Berakhot 11a — La raison de Beit Chamai, le hatan exempté par sa préoccupation, et le prix d'une pratique contraire à Beit Hillel

Berakhot 11a

Sougya : Le folio achève la mahloket du premier chapitre. La guemara demande d'abord pourquoi Beit Chamai n'expliquent pas le verset comme Beit Hillel, et répond que « quand tu te couches et quand tu te lèves » aurait pu s'écrire « le matin et le soir » : la formule choisie désigne donc une posture réelle.

Il faut alors rendre à Beit Chamai le verset « et quand tu marches sur la route », que Beit Hillel utilisaient : il sert à exempter celui qui est occupé à une mitsva, et parmi eux le hatan qui épouse une vierge. La guemara construit cette exemption par étapes, définit la notion de tirda (préoccupation) et la limite à la préoccupation de mitsva, en s'appuyant sur l'endeuillé qui reste tenu à toutes les mitsvot sauf les tefilin.

Une baraita rapporte ensuite l'incident de Rabbi Yichmael et Rabbi Elazar ben Azaria attablés ensemble, où la question de la posture devient une question de transmission devant les élèves. Trois amoraim évaluent enfin ce que vaut une pratique conforme à Beit Chamai : elle est valide pour Rav Ye'hezkel, nulle pour Rav Yossef, passible de mort pour Rav Nahman bar Yits'hak.

La michna ouvre alors le sujet des bénédictions du Chema : deux avant et une après le matin, deux avant et deux après le soir, avec la règle générale sur la longueur et la conclusion des bénédictions.

Les quatre mouvements du folio 1. La raison de Beit Chamai pourquoi pas comme Beit Hillel ? La formule du verset le décide 2. Le hatan occupé à une mitsva vierge exempt, veuve tenu la tirda et sa limite 3. L'incident du repas R. Yichmael se redresse R. Elazar se penche le regard des élèves 4. Le prix de la pratique valide / nulle / mortelle puis la michna des bénédictions du Chema Le fil du folio Le folio passe de l'exégèse du verset à la conduite réelle : d'abord ce que le verset oblige, puis qui en est dispensé, puis ce qui arrive à celui qui suit l'avis écarté. La halakha devient une question de pratique publique. Ouverture de la fin du chapitre La michna quitte la lecture elle-même pour son encadrement liturgique : combien de bénédictions, de quelle longueur.
Les quatre mouvements de Berakhot 11a, de la raison de Beit Chamai à l'ouverture de la michna des bénédictions.
Qui est exempt de la lecture du Chema, et pourquoi Un homme au moment du Chema quelle est son occupation ? Occupé à une mitsva source : « quand tu es assis dans ta maison » — ta maison EXEMPT Envoyé pour une mitsva source : « et quand tu marches sur la route » — ta route EXEMPT Le hatan préoccupation de pensée verset supplémentaire requis voir ci-dessous Il épouse une vierge tirda de mitsva : il pense à l'union de mitsva EXEMPT Il épouse une veuve aucune préoccupation de ce genre TENU La limite de la tirda Celui dont le bateau a coulé est préoccupé, mais d'une préoccupation facultative : il reste tenu. Preuve : l'endeuillé, accablé de peine, demeure tenu à toutes les mitsvot, sauf les tefilin dont le verset dit qu'elles sont une parure.
L'arbre des exemptions : occupé à une mitsva, envoyé pour une mitsva, hatan, et la limite posée à la notion de tirda.
Que vaut une pratique conforme à Beit Chamai ? Trois réponses Rav Ye'hezkel il a agi Les deux écoles sont deux manières licites de lire. Source : aucune, c'est un enseignement direct. Conséquence : rien à refaire. Rav Yossef il n'a rien fait du tout Source : la souka de Rabbi Yo'hanan ben ha-Horanit. Beit Chamai lui dirent : tu n'as jamais accompli la mitsva. Conséquence : relire le Chema. Rav Nahman bar Yits'hak il est passible de mort Source : Rabbi Tarfon sur la route, exposé aux brigands. Les Sages : tu méritais d'être responsable de toi-même. Conséquence : le danger encouru lui est imputable. Ce qui sépare les trois avis Rav Ye'hezkel considère la lecture accomplie selon une opinion recevable. Rav Yossef juge que Beit Hillel traitent l'avis adverse comme Beit Chamai traitent le leur : sans valeur. Rav Nahman bar Yits'hak ajoute que transgresser Beit Hillel expose à un danger dont on porte la responsabilité.
Les trois évaluations amoraiques d'une pratique conforme à Beit Chamai, avec leur source et leur conséquence.
1
גְּמָ׳ בִּשְׁלָמָא בֵּית הִלֵּל — קָא מְפָרְשִׁי טַעְמַייְהוּ וְטַעְמָא דְּבֵית שַׁמַּאי, אֶלָּא בֵּית שַׁמַּאי — מַאי טַעְמָא לָא אָמְרִי כְּבֵית הִלֵּל?

Guemara. Soit : Beit Hillel exposent leur propre raison et la raison de Beit Chamai ; mais Beit Chamai, quelle raison ont-ils de ne pas dire comme Beit Hillel ?

💡 Explication

La michna avait donné un avantage à Beit Hillel : ils rendent compte des deux versets, celui qui semble appuyer Beit Chamai (« quand tu te couches ») et celui qui appuie leur propre lecture (« et quand tu marches sur la route »). La guemara demande donc à Beit Chamai de justifier leur refus d'une lecture qui explique tout.

Le terme bichlama (« soit ») marque cette concession : un côté de la mahloket est en ordre, l'autre reste à expliquer.

🖼️ Schéma
Deux lectures d'une même formule « quand tu te couches et quand tu te lèves » le verset aurait pu dire : le matin et le soir Beit Chamai Ces mots décrivent une posture réelle. Le soir : couché. Le matin : debout. Argument : si le verset ne voulait marquer que l'heure, il l'aurait dit. Beit Hillel Ces mots marquent l'heure : le temps où les gens se couchent et se lèvent. Argument : « et quand tu marches sur la route » exclut toute posture fixe. Le prix à payer pour Beit Chamai : le verset de la route leur échappe. La guemara va le leur rendre autrement.
Les deux lectures de la formule du verset et l'objection qui ouvre le folio.
2
אָמְרִי לָךְ בֵּית שַׁמַּאי: אִם כֵּן, נֵימָא קְרָא ״בַּבֹּקֶר וּבָעֶרֶב״, מַאי ״בְּשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ״? בִּשְׁעַת שְׁכִיבָה — שְׁכִיבָה מַמָּשׁ, וּבִשְׁעַת קִימָה — קִימָה מַמָּשׁ.

Beit Chamai peuvent te répondre : s'il en était ainsi, que le verset dise « le matin et le soir » ; que vient donc « quand tu te couches et quand tu te lèves » ? Au moment du coucher — couché pour de bon ; et au moment du lever — debout pour de bon.

💡 Explication

La réponse porte sur le choix des mots. Pour marquer une heure, la langue dispose d'une expression simple : le matin et le soir. Puisque le verset a préféré deux verbes de posture, ces verbes disent la posture.

Beit Chamai lisent donc une double exigence : l'heure et la position du corps. Le soir on lit étendu, le matin on lit debout.

3
וּבֵית שַׁמַּאי: הַאי ״וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ״, מַאי עֲבִיד לְהוּ?

Et Beit Chamai, ce « et quand tu marches sur la route », qu'en font-ils ?

💡 Explication

Beit Hillel tiraient de ce membre de phrase la preuve que la lecture se fait dans toute situation. Si Beit Chamai refusent cette lecture, le verset reste sans emploi chez eux, ce qui est inadmissible : aucun mot de la Torah ne demeure inutile.

4
הַהוּא מִבָּעֵי לְהוּ, לְכִדְתַנְיָא: ״בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתְךָ״ — פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה, ״וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ״ — פְּרָט לְחָתָן. מִכָּאן, אָמְרוּ: הַכּוֹנֵס אֶת הַבְּתוּלָה — פָּטוּר, וְאֶת הָאַלְמָנָה — חַיָּיב.

Celui-là leur est nécessaire pour ce qui a été enseigné dans une baraita : « quand tu es assis dans ta maison » — à l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva ; « et quand tu marches sur la route » — à l'exclusion du hatan (le jeune marié). De là ils ont dit : celui qui épouse une vierge est exempt, et celui qui épouse une veuve est tenu.

📜 Rachi (3)
גְּמ' בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי מַשְׁמַע:
Plus loin, la guemara expliquera d'où cela se déduit.
וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ פְּרָט לְחָתָן ואע"ג דְּחָתָן נָמֵי עוֹסֵק בְּמִצְוָה הוּא אִי לָאו קְרָא יַתִּירָה לָא נָפְקָא לָן מִקְּרָא קַמָּא דְּכֵיוָן דְּעוֹסֵק בְּמִצְוָה לָא כְּתִיב בִּקְרָא בְּהֶדְיָא אֶלָּא מִיעוּטָא בְּעָלְמָא הוּא דְּקָא דָּרְשִׁינַן מִבֵּיתְךָ וּמְמַעֲטִינַן מִינָּהּ עוֹסֵק בִּמְלֶאכֶת מִצְוָה דְּאִיכָּא טִרְדָּא אֲבָל חָתָן דְּטִרְדָּא דְּמַחֲשָׁבָה בְּעָלְמָא הוּא שֶׁמְּחַשֵּׁב עַל עֵסֶק בְּתוּלִים אִי לָאו קְרָא יַתִּירָה לָא אִתְמַעוּט:
Bien que le hatan soit lui aussi occupé à une mitsva, sans ce verset supplémentaire nous ne l'aurions pas déduit du premier verset. Car « celui qui est occupé à une mitsva » n'est pas écrit explicitement dans le verset : nous tirons de « ta maison » une simple exclusion, et nous en excluons celui qui accomplit un travail de mitsva, ou il y a une préoccupation effective. Mais le hatan, dont la préoccupation est une simple préoccupation de pensée, puisqu'il pense à l'affaire des signes de virginité, n'aurait pas été exclu sans un verset supplémentaire.
הַכּוֹנֵס אֶת הַבְּתוּלָה פָּטוּר שֶׁטָּרוּד בְּמַחֲשֶׁבֶת בְּעִילַת מִצְוָה:
Parce qu'il est préoccupé par la pensée de l'union de mitsva qui l'attend.
💡 Explication

Le verset sert donc à Beit Chamai à fonder deux exemptions. La première, tirée de « ta maison », vise celui qui est occupé à une mitsva (osek be-mitsva). La seconde, tirée de « la route », vise le hatan.

La dernière phrase fixe la portée pratique : l'exemption du hatan couvre le mariage avec une vierge, non le mariage avec une veuve. La suite du folio expliquera d'où vient chacune de ces déductions et ce qui sépare les deux cas.

5
מַאי מַשְׁמַע?

D'où cela se déduit-il ?

📜 Rachi (1)
מַאי מַשְׁמַע פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה:
D'où se déduit l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva.
💡 Explication

La guemara reprend la première exclusion de la baraita et demande sa source exacte : par quel mécanisme les mots « quand tu es assis dans ta maison » excluent-ils celui qui est occupé à une mitsva ?

6
אָמַר רַב פָּפָּא: כִּי דֶּרֶךְ. מַה דֶּרֶךְ רְשׁוּת, אַף כָּל רְשׁוּת.

Rav Papa a dit : « comme la route ». De même que la route est facultative, de même tout ce qui est visé est facultatif.

📜 Rachi (1)
כִּי דֶּרֶךְ בְּשִׁבְתְּךָ וּבְלֶכְתְּךָ הֻוקְּשׁוּ לַדֶּרֶךְ:
« Quand tu es assis » et « quand tu marches » sont rapprochés de la route par une hekecha (analogie interne au verset).
💡 Explication

Rav Papa propose une hekecha (rapprochement entre deux membres d'un même verset). Les situations énumérées — être assis, marcher — se lisent à la lumière de la route, qui désigne un déplacement ordinaire.

Le mot clé est rechout (facultatif) : le verset ne parlerait que d'occupations libres, et l'obligation ne toucherait que celui qui vaque à ses propres affaires.

7
מִי לָא עָסְקִינַן דְּקָא אָזֵיל לִדְבַר מִצְוָה, וַאֲפִילּוּ הָכִי אָמַר רַחֲמָנָא: לְקֶרִי. אִם כֵּן לִכְתּוֹב רַחֲמָנָא ״בְּשַׁבָּת וּבְלֶכֶת״ מַאי ״בְּשִׁבְתְּךָ וּבְלֶכְתְּךָ״? — בְּשֶׁבֶת דִּידָךְ וּבְלֶכֶת דִּידָךְ הוּא דְּמִחַיְּיבַתְּ, הָא דְּמִצְוָה פְּטִירַת.

Ne traitons-nous pas aussi du cas où il va pour une affaire de mitsva ? Et malgré cela le Miséricordieux a dit : qu'il lise !

S'il en est ainsi, que le Miséricordieux écrive « quand on est assis et quand on marche » ; que vient « quand tu es assis et quand tu marches » ? C'est dans ton fait d'être assis et dans ton fait de marcher que tu es tenu ; celle de la mitsva, tu en es exempt.

📜 Rachi (1)
מִי לָא עָסְקִינַן כּוּ' כְּלוֹמַר מִנָּלַן דִּבְדֶרֶךְ רְשׁוּת לְחֻודָּא אַייְרֵי קְרָא הָא קְרָא דֶּרֶךְ סְתָמָא כְּתִיב וּמִמֵּילָא מִשְׁתְּמַע נָמֵי מִינֵּיהּ דֶּרֶךְ מִצְוָה וַאֲפִילּוּ הָכִי אָמַר רַחֲמָנָא לִיקְרֵי:
C'est-à-dire : d'où savons-nous que le verset parle de la seule route facultative ? Le verset a écrit « route » sans précision, et l'on en comprend donc aussi la route parcourue pour une mitsva ; malgré cela le Miséricordieux a dit de lire.
💡 Explication

L'objection ruine la hekecha : le verset a écrit « route » sans préciser, ce qui englobe aussi la route parcourue pour une mitsva, et il ordonne pourtant de lire. Le mot « route » ne porte donc aucune idée de rechout.

La réponse déplace le point d'appui vers la forme grammaticale. Les deux verbes portent un suffixe possessif : bechivtekha et oulekhtekha (ton fait d'être assis, ton fait de marcher). L'obligation vise l'homme dans ses propres affaires, et laisse de côté celui qui agit pour une mitsva.

🖼️ Schéma
Comment le verset exempte celui qui est occupé à une mitsva Première proposition : Rav Papa « comme la route » : de même que la route est facultative, tout ce qui est visé est facultatif. Objection Le verset a écrit « route » sans préciser. Une route parcourue pour une mitsva en fait donc partie, et le verset ordonne malgré tout de lire. L'analogie ne prouve rien. Réponse : la forme du mot Le verset aurait pu écrire « quand on est assis et quand on marche ». Il a écrit « quand TU es assis et quand TU marches » : dans ton affaire à toi tu es tenu, dans celle de la mitsva tu es exempt. Le point d'appui se déplace du contenu du mot « route » vers le suffixe possessif des deux verbes.
Le passage de la hekecha de Rav Papa au suffixe possessif des deux verbes.
8
אִי הָכִי אֲפִילּוּ כּוֹנֵס אֶת הָאַלְמָנָה נָמֵי?

S'il en est ainsi, celui qui épouse une veuve devrait l'être aussi ?

💡 Explication

Si l'exemption vient de ce que l'homme est occupé à une mitsva, elle devrait couvrir tout mariage, puisque épouser une veuve est également une mitsva. La baraita, elle, distingue les deux cas. Un autre critère doit donc être à l'œuvre.

9
הַאי טְרִיד, וְהַאי לָא טְרִיד.

Celui-ci est préoccupé, et celui-là n'est pas préoccupé.

💡 Explication

Le critère retenu est la tirda (préoccupation qui accapare l'esprit). Celui qui épouse une vierge a l'esprit pris par ce qui l'attend ; celui qui épouse une veuve reste disponible.

L'exemption du hatan tient donc à son état intérieur plutôt qu'à la nature de son acte.

10
אִי מִשּׁוּם טִרְדָּא, אֲפִילּוּ טָבְעָה סְפִינָתוֹ בַּיָּם נָמֵי! וְכִי תֵּימָא: הָכִי נָמֵי, אַלְּמָה אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: אָבֵל חַיָּיב בְּכָל הַמִּצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה, חוּץ מִן הַתְּפִילִּין, שֶׁהֲרֵי נֶאֱמַר בָּהֶם ״פְּאֵר״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ״?!

Si c'est à cause de la préoccupation, alors même celui dont le bateau a coulé en mer devrait l'être ! Et si tu dis : en effet, il en va ainsi — pourquoi donc Rabbi Abba bar Zavda a-t-il dit au nom de Rav : l'endeuillé est tenu à toutes les mitsvot énoncées dans la Torah, hormis les tefilin, car le mot « parure » a été employé à leur sujet, ainsi qu'il est dit : « ta parure, ceins-la sur toi » ?

📜 Rachi (2)
אִי מִשּׁוּם טִרְדָּא דְּמַחֲשָׁבָה פָּטַרְתָּ לֵיהּ אֲפִילּוּ טָבְעָה סְפִינָתוֹ נָמֵי:
Si c'est la préoccupation de la pensée qui l'exempte, alors même celui dont le bateau a coulé devrait l'être.
אַלְּמָה אָמַר רַבִּי אַבָּא כְּמוֹ לָמָּה אָמַר אע"פ שֶׁטָּרוּד בְּצַעֲרוֹ חַיָּיב בְּכָל הַמִּצְוֹת חוּץ מִן הַתְּפִילִּין שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶם פְּאֵר לִיחֶזְקֵאל פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ וְגוֹ' וְכֵיוָן דְּבָעוּ פְּאֵר וְאֵבֶל מִתְגּוֹלֵל בְּצַעֲרוֹ בְּעָפָר אֵין זֶה פְּאֵר:
« Alma » a le sens de « pourquoi ». Il a enseigné que, bien qu'il soit accaparé par sa peine, l'endeuillé reste tenu à toutes les mitsvot, hormis les tefilin, au sujet desquelles le mot « parure » a été employé, lorsqu'il fut dit à Ye'hezkel : « ta parure, ceins-la sur toi ». Puisqu'elles requièrent une parure, et que l'endeuillé se roule dans la poussière de son affliction, il n'y a là aucune parure.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶם פְּאֵר פרש"י וְאָבֵל מְעוֹלֵל בַּעֲפַר קַרְנוֹ וְאֵין נָאֶה לָתֵת פְּאֵר תַּחַת אֵפֶר. וא"ת וְלָמָּה לִי הַאי טַעְמָא תִּיפּוֹק לֵיהּ מִדְּאָמַר לִיחֶזְקֵאל פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ מִכְּלָל דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא אָסוּר. וְתֵירֵץ הַשַּׂר מִקּוּצִי דְּצָרִיךְ טַעְמָא שֶׁל רַשִׁ"י כִּי הֵיכִי דְּלָא נֵילַף שְׁאָר מִצְוֹת מִתְּפִילִּין מִקַּל וָחֹומֶר. א"נ צָרִיךְ טַעְמָא דְּרַשִׁ"י לְחַיְּיבוֹ בִּתְפִילִּין לְאַחַר יוֹם רִאשׁוֹן דְּלָא שַׁייָּךְ מְעוֹלֵל בַּעֲפַר קַרְנוֹ אֶלָּא בְּיוֹם רִאשׁוֹן דַּוְקָא:
Rachi explique : l'endeuillé enfonce sa corne dans la poussière, et il ne convient pas de poser une parure à la place de la cendre. Et si tu demandes : pourquoi ce motif est-il nécessaire ? Qu'on le déduise de ce qui fut dit à Ye'hezkel, « ta parure, ceins-la sur toi », d'où il ressort que la chose est interdite à tout autre. Le Sar de Coucy a répondu que le motif de Rachi est nécessaire pour éviter que l'on apprenne les autres mitsvot à partir des tefilin par un kal va-homer (raisonnement à fortiori). Autre réponse : le motif de Rachi est nécessaire pour le rendre tenu aux tefilin après le premier jour, car « il enfonce sa corne dans la poussière » ne vaut que le premier jour.
💡 Explication

Si la tirda dispense, elle devrait dispenser partout : celui qui vient de perdre sa cargaison en mer est assurément préoccupé.

L'enseignement de Rav ferme cette voie. L'avel (endeuillé) porte la plus lourde des peines et reste pourtant tenu à tout, avec une seule exception, celle des tefilin, écartées parce que le verset les appelle peer (parure). Une préoccupation, même extrême, ne dispense donc pas par elle-même.

🖼️ Schéma
La tirda : deux préoccupations, deux régimes Tirda de mitsva Cas : le hatan qui épouse une vierge. Sa pensée est prise par l'union de mitsva qui l'attend. Le verset supplémentaire suffit à exclure ce seul cas : EXEMPT Tirda facultative Cas : celui dont le bateau a coulé en mer. Sa peine est réelle, mais elle porte sur une affaire qu'il a choisie. L'exclusion tirée du verset ne l'atteint pas : TENU La preuve par l'endeuillé Rabbi Abba bar Zavda au nom de Rav : l'endeuillé reste tenu à toutes les mitsvot de la Torah. Seule exception : les tefilin, au sujet desquelles le verset dit à Ye'hezkel « ta parure, ceins-la sur toi ». Si une peine aussi lourde n'exempte pas, une perte de biens ne peut pas exempter non plus. La préoccupation ne dispense donc que lorsqu'elle naît d'une mitsva.
La tirda de mitsva et la tirda facultative, et la preuve tirée du régime de l'endeuillé.
11
הָתָם טְרִיד טִרְדָּא דְמִצְוָה, הָכָא טְרִיד טִרְדָּא דִרְשׁוּת.

Là, il est préoccupé d'une préoccupation de mitsva ; ici, il est préoccupé d'une préoccupation facultative.

📜 Rachi (1)
טְרִיד טִרְדָּא דְּמִצְוָה וְכֵיוָן דַּאֲנַן מִיעוּט בְּעָלְמָא דָּרְשִׁינַן פְּרָט לְחָתָן מֻסָּתַיִיךְ אִם מְמַעֶטֶת מִינֵּיהּ טִרְדָּא דְּמִצְוָה:
Puisque nous ne tirons là qu'une simple exclusion — « à l'exclusion du hatan » —, il suffit d'en exclure la préoccupation de mitsva.
💡 Explication

La réponse restreint la portée de la tirda. Seule compte la préoccupation qui naît d'une mitsva à accomplir : celle du hatan. La perte du bateau, si douloureuse soit-elle, relève des affaires que l'homme mène pour lui-même.

Rachi ajoute une raison de mesure : puisque l'exemption tient à une simple exclusion tirée d'un mot, elle doit rester étroite.

12
וּבֵית שַׁמַּאי?

Et Beit Chamai ?

💡 Explication

La guemara revient à son point de départ. Toute la déduction qui précède a été conduite selon Beit Hillel, pour qui « et quand tu marches sur la route » enseigne que la lecture se fait en tout état. Chez Beit Chamai, ce membre de phrase servait déjà à exempter le hatan. Que leur reste-t-il pour exempter aussi les envoyés d'une mitsva ?

13
הַהוּא מִבָּעֵי לְהוּ — פְּרָט לִשְׁלוּחֵי מִצְוָה.

Celui-là leur est nécessaire pour exclure les envoyés d'une mitsva.

💡 Explication

Chez Beit Chamai, le verset porte donc les deux exemptions ensemble : le hatan et les chlouhei mitsva (ceux qui se déplacent pour accomplir une mission de mitsva). Rien du verset ne reste inemployé.

14
וּבֵית הִלֵּל אָמְרִי: מִמֵּילָא שְׁמַע מִינַּהּ דַּאֲפִילּוּ בַדֶּרֶךְ נָמֵי קָרֵי.

Et Beit Hillel disent : de cela même on apprend que l'on lit même sur la route.

📜 Rachi (1)
וב"ה אָמְרִי לָךְ נְהִי נָמֵי דִּקְרָא לְמִדְרַשׁ מִינֵּיהּ פְּרָט לְחָתָן אֲתָא מִמֵּילָא ש"מ בְּלֶכֶת דִּידָךְ הוּא דִּמְחַיֶּיבֶת אַלְמָא בַּדֶּרֶךְ נָמֵי קָרֵי:
Même en admettant que le verset vienne pour qu'on en tire l'exclusion du hatan, on en apprend d'office que tu es tenu dans ton propre fait de marcher ; il en ressort donc que l'on lit aussi sur la route.
💡 Explication

Beit Hillel n'ont pas besoin d'un verset séparé pour leur règle. Puisque l'exclusion porte sur « ton fait de marcher », il en ressort qu'une marche ordinaire oblige à lire, sans changer de position.

Le même verset livre ainsi une exclusion et, par contrecoup, une obligation.

15
תָּנוּ רַבָּנַן, בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים: עוֹמְדִין וְקוֹרִין, יוֹשְׁבִין וְקוֹרִין, וּמַטִּין וְקוֹרִין, הוֹלְכִין בַּדֶּרֶךְ וְקוֹרִין, עוֹשִׂין בִּמְלַאכְתָּן וְקוֹרִין. וּמַעֲשֶׂה בְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין בִּמְקוֹם אֶחָד, וְהָיָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל מֻוטֶּה, וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה זָקוּף. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע, הִטָּה רַבִּי אֶלְעָזָר וְזָקַף רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. אָמַר לוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל: יִשְׁמָעֵאל אָחִי, אֶמְשֹׁול לְךָ מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה — מָשָׁל לְאֶחָד שֶׁאוֹמְרִים לוֹ זְקָנְךָ מְגֻודָּל! אָמַר לָהֶם: יִהְיֶה כְּנֶגֶד הַמַּשְׁחִיתִים. אַף כָּךְ אַתָּה, כָּל זְמַן שֶׁאֲנִי זָקוּף — אַתָּה מֻוטֶּה, עַכְשָׁיו כְּשֶׁאֲנִי הִטֵּתִי אַתָּה זָקַפְתָּ.

Nos maîtres ont enseigné : Beit Hillel disent : debout on lit, assis on lit, penché on lit, en marchant sur la route on lit, en accomplissant son travail on lit. Et il advint que Rabbi Yichmael et Rabbi Elazar ben Azaria étaient attablés en un même lieu ; Rabbi Yichmael était penché et Rabbi Elazar ben Azaria était droit.

Lorsque vint le temps de la lecture du Chema, Rabbi Elazar se pencha et Rabbi Yichmael se redressa. Rabbi Elazar ben Azaria dit à Rabbi Yichmael : Yichmael, mon frère, je vais te dire une parabole, à quoi la chose ressemble-t-elle : à un homme à qui l'on dit, ta barbe est longue et belle !

Il leur répondit : qu'elle soit dressée contre les destructeurs. Toi de même : tant que j'étais droit, tu étais penché ; maintenant que je me suis penché, tu t'es redressé.

📜 Rachi (4)
עוֹסְקִין בִּמְלַאכְתָּן וְקוֹרִין לְקַמָּן מוֹקְמִינַן לָהּ בְּפֶרֶק שֵׁנִי (ד' טז.):
Plus loin, au deuxième chapitre (folio 16a), la guemara précisera dans quel cas cela s'applique.
הִטָּה רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה כב"ש:
Comme Beit Chamai.
לְאֶחָד שֶׁאָמְרוּ לוֹ זְקָנְךָ מְגֻודָּל אָמַר לָהֶם יִהְיֶה זֶה כְּנֶגֶד הַמַּשְׁחִיתִים מָשָׁל שֶׁלְּךָ דּוֹמֶה לְאֶחָד שֶׁאוֹמְרִים לוֹ זְקָנְךָ נָאֶה וּמְגֻודָּל וְהוּא אוֹמֵר לָהֶם הוֹאִיל וְקִלַּסְתֶּם אוֹתוֹ אַף הוּא יִהְיֶה כְּנֶגֶד הַמַּשְׁחִיתִים הַגָּדוֹל הַזֶּה יִהְיֶה נָתוּן לְתַעַר וּלְמִסְפָּרַיִם שֶׁאָבִיא עָלָיו וְאַשְׁחִיתֶנּוּ:
Ta parabole ressemble à celle d'un homme à qui l'on dit : ta barbe est belle et longue. Il leur répond : puisque vous l'avez louée, qu'elle soit dressée contre les destructeurs — cette longue barbe sera livrée au rasoir et aux ciseaux que j'amènerai sur elle pour la détruire.
עַכְשָׁיו שֶׁאֲנִי הִטֵּתִי הֲרֵי אֲנִי כִּמְקַלֵּס אֶת מַעֲשֶׂיךָ שֶׁהָיִיתָ מֻוטֶּה וְאַתָּה נִזְקַפְתָּ:
Me voici comme louant ta conduite, toi qui étais penché ; et toi, tu t'es redressé.
💡 Explication

La baraita commence par la règle de Beit Hillel sous sa forme la plus large : toute position convient, y compris le travail en cours.

Suit un incident qui met la règle à l'épreuve. Les deux maîtres, disciples de Beit Hillel, changent de posture au moment précis du Chema, chacun dans un sens opposé. Rabbi Elazar y voit une contradiction systématique et l'exprime par une machal (parabole) mordante : l'homme dont on loue la barbe répond qu'il la garde pour narguer ceux qui rasent la leur, autrement dit il transforme un compliment en opposition.

🖼️ Schéma
L'incident du repas : deux postures qui s'échangent Avant l'heure du Chema R. Yichmael penché — R. Elazar droit À l'heure du Chema R. Yichmael droit — R. Elazar penché Le reproche de R. Elazar Tu fais toujours l'inverse de moi. Comme celui à qui l'on dit : ta barbe est belle, et qui répond : qu'elle soit dressée contre les destructeurs. La réponse de R. Yichmael 1. J'ai agi selon Beit Hillel, et toi selon Beit Chamai. 2. Et bien plus : les élèves pourraient fixer la halakha sur ce qu'ils voient. Pourquoi le second motif est nécessaire Beit Hillel admettent la position penchée : rester penché n'aurait donc rien enfreint. Le changement de posture à l'heure exacte du Chema, lui, se lit comme une prise de position, et c'est cela que les élèves retiendraient.
L'échange de postures au moment du Chema, le reproche de Rabbi Elazar et la double réponse de Rabbi Yichmael.
16
אָמַר לוֹ: אֲנִי עָשִׂיתִי כְּדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל, וְאַתָּה עָשִׂיתָ כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁמָּא יִרְאוּ הַתַּלְמִידִים וְיִקְבְּעוּ הֲלָכָה לְדוֹרוֹת.

Il lui dit : moi j'ai agi selon les paroles de Beit Hillel, et toi tu as agi selon les paroles de Beit Chamai. Et bien plus : les élèves risquent de voir et de fixer la halakha pour les générations.

💡 Explication

Rabbi Yichmael répond sur deux plans. Le premier est halakhique : sa conduite suit Beit Hillel, celle de son compagnon suit Beit Chamai.

Le second est pédagogique. Une conduite vue par des élèves fait autorité : elle risque de devenir la norme transmise. La guemara va demander pourquoi ce second motif est nécessaire.

17
מַאי ״וְלֹא עוֹד״?

Que vient « et bien plus » ?

💡 Explication

Le premier motif semblait suffire. La guemara cherche donc ce que le second ajoute, et sa réponse éclairera la portée exacte du premier.

18
וְכִי תֵּימָא: בֵּית הִלֵּל נָמֵי אִית לְהוּ מַטִּין, הָנֵי מִילֵּי דְּמַטֵּה וַאֲתָא מֵעִיקָּרָא. אֲבָל הָכָא, כֵּיוָן דְּעַד הַשְׁתָּא הֲוֵית זָקוּף וְהַשְׁתָּא מֻוטֶּה, אָמְרִי: שְׁמַע מִינַּהּ כְּבֵית שַׁמַּאי סְבִירָא לְהוּ, שֶׁמָּא יִרְאוּ הַתַּלְמִידִים וְיִקְבְּעוּ הֲלָכָה לְדוֹרוֹת.

Et si tu dis : Beit Hillel aussi admettent la position penchée — cela vaut lorsqu'on était penché depuis le début ; mais ici, puisque tu étais droit jusqu'à présent et que te voilà penché, ils diront : il faut en conclure qu'ils tiennent comme Beit Chamai. Les élèves risquent de voir et de fixer la halakha pour les générations.

📜 Rachi (2)
ב"ה נָמֵי אִית לְהוּ מַטִּין דִּבְמַטִּין נָמֵי שָׁרוּ כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל מַטִּין וְקוֹרִין:
Ils permettent aussi la position penchée, comme il a été dit plus haut : « penché on lit ».
אֲבָל עַכְשָׁיו כֵּיוָן דְּעַד הַשְׁתָּא הָיִיתָ זָקוּף וְעַכְשָׁיו הִטֵּיתָ אִם לֹא נִזְקַפְתִּי אֲנִי יִרְאוּ הַתַּלְמִידִים וְיִקְבְּעוּ הֲלָכָה:
Maintenant, puisque tu étais droit jusqu'à présent et que tu t'es penché, si je ne m'étais pas redressé, les élèves verraient et fixeraient la halakha.
💡 Explication

La réponse limite le premier motif. Rester penché est permis selon Beit Hillel, donc la posture de Rabbi Elazar ne transgresse rien en elle-même.

Ce qui pose problème, c'est le changement de posture à l'heure exacte du Chema : il se lit comme une prise de position en faveur de Beit Chamai. Le second motif est donc nécessaire pour justifier que Rabbi Yichmael, lui, se redresse.

19
תָּנֵי רַב יְחֶזְקֵאל: עָשָׂה כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי — עֲשֵׂה, כְּדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל — עֲשֵׂה.

Rav Ye'hezkel a enseigné : celui qui a agi selon les paroles de Beit Chamai a agi ; selon les paroles de Beit Hillel, il a agi.

💡 Explication

Première des trois évaluations. Pour Rav Ye'hezkel, les deux écoles offrent chacune une manière valide de s'acquitter. Celui qui a lu penché le soir à rempli son obligation.

🖼️ Schéma
Que vaut une pratique conforme à Beit Chamai ? Trois réponses Rav Ye'hezkel il a agi Les deux écoles sont deux manières licites de lire. Source : aucune, c'est un enseignement direct. Conséquence : rien à refaire. Rav Yossef il n'a rien fait du tout Source : la souka de Rabbi Yo'hanan ben ha-Horanit. Beit Chamai lui dirent : tu n'as jamais accompli la mitsva. Conséquence : relire le Chema. Rav Nahman bar Yits'hak il est passible de mort Source : Rabbi Tarfon sur la route, exposé aux brigands. Les Sages : tu méritais d'être responsable de toi-même. Conséquence : le danger encouru lui est imputable. Ce qui sépare les trois avis Rav Ye'hezkel considère la lecture accomplie selon une opinion recevable. Rav Yossef juge que Beit Hillel traitent l'avis adverse comme Beit Chamai traitent le leur : sans valeur. Rav Nahman bar Yits'hak ajoute que transgresser Beit Hillel expose à un danger dont on porte la responsabilité.
Les trois évaluations d'une pratique conforme à Beit Chamai, leur source et leur conséquence.
20
רַב יוֹסֵף אָמַר: עָשָׂה כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי — לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. דִּתְנַן: מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁלְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין, וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין.

Rav Yossef a dit : celui qui a agi selon les paroles de Beit Chamai n'a rien fait du tout. Car nous avons appris : celui dont la tête et la plus grande partie du corps se trouvaient dans la souka et dont la table était dans la maison — Beit Chamai invalident et Beit Hillel valident.

🗂️ Tossefot (1)
תָּנֵי רַב יְחֶזְקֵאל עָשָׂה כְּבֵית שַׁמַּאי עָשָׂה וְרַב יוֹסֵף אָמַר עָשָׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וא"ת פְּשִׁיטָא דְּאֵין הֲלָכָה כְּמוֹתָן. וי"ל הוֹאִיל וב"ש מַחְמִירִים עַל הָאָדָם טְפֵי מב"ה לֹא שַׁיָּיךְ לוֹמַר פְּשִׁיטָא. דְּהָא דְּעָשָׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם הַיְינוּ הֵיכָא דב"ש מְקִילִּין וב"ה מַחְמִירִין אֲבָל הָכָא בק"ש לָא פָּסְלִי ב"ה דִּבְרֵי ב"ש. אֲבָל תֵּימָא א"כ מַה מַיְיתֵי מִסֻּוכָּה כו' לֹא קִיַּימְתָּ מִצְוַת סֻוכָּה כו' ופירש"י דְּכִי הֵיכִי דָמֵי שֶׁעָשָׂה כב"ה לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם לב"ש אַף הָעוֹשֶׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם לב"ה וּמַאי קָא מְדַמֶּה הָתָם פָּסְלִי ב"ש לְגַמְרֵי מַה דְּמַכְשְׁרִי ב"ה. אֲבָל הָכָא קָרָא קִרְיַת שְׁמַע כב"ש אַלִּיבָּא דב"ה יָצָא. ע"כ פֵּירֵשׁ הר"ר שְׁמַעְיָה דְּקָא מְדַמֶּה הָכִי מִדְּקָאָמַר לֹא קִיַּימְתָּ אע"ג דְּמִן הַדִּין יָצָא שֶׁהֲרֵי בְּרֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁלְחָנוֹ. כה"ג גַּבֵּי ק"ש אע"ג דְּמִן הַדִּין יָצָא בְּדִיעֲבַד כֵּיוָן דלב"ה אֵין נָכוֹן כִּדְאִיתָא בְּמַתְנִיתִין כְּדַאי הָיִיתָ לָחוּב בְּעַצְמְךָ. אִם עָשָׂה כב"ש לב"ה לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם [וְע' תּוֹסְפוֹת סֻוכָּה ג. ד"ה דְּאָמַר]:
Et si tu demandes : il va de soi que la halakha ne suit pas Beit Chamai ! On peut répondre : puisque Beit Chamai imposent à l'homme une exigence plus lourde que Beit Hillel, on ne peut pas dire que la chose va de soi. En effet, la règle selon laquelle celui qui a agi comme Beit Chamai n'a rien fait vaut là où Beit Chamai allègent et Beit Hillel alourdissent ; mais ici, pour le Chema, Beit Hillel n'invalident pas la pratique de Beit Chamai. Il y a pourtant lieu de s'étonner : s'il en est ainsi, que vient prouver le cas de la souka et le « tu n'as jamais accompli la mitsva de la souka » ? Rachi explique que, de même que celui qui a agi comme Beit Hillel n'a rien fait selon Beit Chamai, de même celui qui agit comme Beit Chamai n'a rien fait selon Beit Hillel. Mais quelle est la comparaison ? Là, Beit Chamai invalident entièrement ce que Beit Hillel valident, tandis qu'ici celui qui a lu le Chema comme Beit Chamai s'est acquitté selon Beit Hillel. Rabbi Chemaya a donc expliqué que la comparaison porte sur ceci : ils ont dit « tu n'as pas accompli », alors qu'à la stricte règle il s'est acquitté, puisque avec la tête et la plus grande partie du corps dans la souka il n'y a d'interdit qu'un décret, de peur qu'il ne se laisse entraîner à la suite de sa table. De même pour le Chema : alors qu'à la stricte règle il s'est acquitté après coup, puisque selon Beit Hillel la conduite ne convient pas, comme il est dit dans la michna « tu méritais d'être responsable de toi-même », celui qui a agi comme Beit Chamai n'a rien fait selon Beit Hillel. (Voir Tossefot Souka 3a, s.v. de-amar.)
💡 Explication

Deuxième évaluation. Rav Yossef appuie sa position sur une michna de Souka, où la même mahloket entre les deux écoles se rejoue autour d'un cas concret.

La crainte de Beit Chamai porte sur le risque que l'homme se laisse entraîner à la suite de sa table et finisse par manger hors de la souka. Ce qui intéresse ici Rav Yossef, c'est la manière dont chaque école traite la pratique de l'autre.

21
אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: מַעֲשֶׂה שֶׁהָלְכוּ זִקְנֵי בֵּית שַׁמַּאי וְזִקְנֵי בֵּית הִלֵּל לְבַקֵּר אֶת רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן הַחוֹרָנִית, מְצָאוּהוּ שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁלְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, וְלֹא אָמְרוּ לוֹ כְּלוּם.

Beit Hillel dirent à Beit Chamai : il advint que les anciens de Beit Chamai et les anciens de Beit Hillel allèrent visiter Rabbi Yo'hanan ben ha-Horanit ; ils le trouvèrent la tête et la plus grande partie du corps dans la souka et sa table dans la maison, et ils ne lui dirent rien.

💡 Explication

Beit Hillel produisent un argument de fait : les anciens de Beit Chamai eux-mêmes ont vu cette pratique sans la reprendre, ce qui vaudrait acceptation tacite.

22
אָמְרוּ לָהֶם: וּמִשָּׁם רְאָיָה?! אַף הֵם אָמְרוּ לוֹ: אִם כֵּן הָיִיתָ נוֹהֵג לֹא קִיַּימְתָּ מִצְוַת סֻוכָּה מִיָּמֶיךָ.

Ils leur dirent : et de là une preuve ? Eux aussi lui dirent : si telle était ta conduite, tu n'as jamais accompli la mitsva de la souka de ta vie.

📜 Rachi (1)
לֹא קִייַּמְתָּ כּוּ' וְכִי הֵיכִי דְּעָשָׂה כְּדִבְרֵי ב"ה לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם לְדִבְרֵי ב"ש אַף הָעוֹשֶׂה כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם לְדִבְרֵי ב"ה:
De même que celui qui a agi selon Beit Hillel n'a rien fait selon Beit Chamai, de même celui qui agit selon Beit Chamai n'a rien fait selon Beit Hillel.
💡 Explication

Beit Chamai renversent le témoignage : loin de se taire, leurs anciens ont prononcé la sentence la plus dure. La formule « tu n'as jamais accompli la mitsva de ta vie » est précisément ce qui intéresse Rav Yossef.

Rachi tire la conséquence : chaque école tient pour nul ce que fait l'autre. Puisque la halakha suit Beit Hillel, celui qui agit selon Beit Chamai n'a rien fait.

23
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: עָשָׂה כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי — חַייָּב מִיתָה. דִּתְנַן, אָמַר רַבִּי טַרְפוֹן: אֲנִי הָיִיתִי בָּא בַּדֶּרֶךְ וְהִטֵּתִי לִקְרוֹת כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי וְסִכַּנְתִּי בְּעַצְמִי מִפְּנֵי הַלִּסְטִים, אָמְרוּ לוֹ: כְּדַאי הָיִיתָ לָחוּב בְּעַצְמְךָ, שֶׁעָבַרְתָּ עַל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל.

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : celui qui a agi selon les paroles de Beit Chamai est passible de mort. Car nous avons appris dans la michna : Rabbi Tarfon a dit : je venais sur la route et je me suis penché pour lire selon les paroles de Beit Chamai, et je me suis mis en danger à cause des brigands.

Ils lui dirent : tu méritais d'être responsable de toi-même, car tu as transgressé les paroles de Beit Hillel.

💡 Explication

Troisième évaluation, la plus sévère. Rav Nahman bar Yits'hak s'appuie sur la michna du chapitre : Rabbi Tarfon s'est arrêté au bord de la route pour lire étendu et s'est exposé aux brigands.

La réponse des Sages ne se contente pas de corriger sa halakha : elle lui impute le danger encouru. Suivre l'avis écarté devient une faute dont on porte le risque.

24
מַתְנֵי׳ בַּשַּׁחַר מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ וְאַחַת לְאַחֲרֶיהָ. וּבָעֶרֶב מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ וּשְׁתַּיִם לְאַחֲרֶיהָ. אַחַת אֲרֻוכָּה וְאַחַת קְצָרָה.

Michna. Le matin, on récite deux bénédictions avant elle et une après elle ; et le soir, on récite deux bénédictions avant elle et deux après elle : une longue et une courte.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' בַּשַּׁחַר מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם וְכוּ' כִּדְאָמַר בִּבְרָכוֹת יְרוּשַׁלְמִי שֶׁבַע בְּרָכוֹת הַלָּלוּ עַל שֵׁם (תְּהִלִּים קיט) שֶׁבַע בַּיּוֹם הִלַּלְתִּיךָ:
Comme il est dit dans le Talmud de Jérusalem, traité Berakhot : ces sept bénédictions répondent au verset « sept fois par jour je T'ai loué » (Tehilim 119).
אַחַת אֲרֻוכָּה וְאַחַת קְצָרָה אַשְּׁתַּיִם לְאַחֲרֶיהָ דְּעַרְבִית קָאֵי (נ"א אֲרֻוכָּה אֱמֶת וֶאֱמוּנָה קְצָרָה הַשְׁכִּיבֵנוּ):
Cela se rapporte aux deux bénédictions qui suivent le Chema du soir. (Autre version : la longue est Emet ve-emouna, la courte est Hachkivenou.)
🗂️ Tossefot (1)
אַחַת אֲרֻוכָּה וְאַחַת קְצָרָה פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י אֲרֻוכָּה אֱמֶת וֶאֱמוּנָה. קְצָרָה הַשְׁכִּיבֵנוּ. וְתֵימַהּ דְּהַשְׁכִּיבֵנוּ נָמֵי אֲרֻוכָּה הַרְבֵּה וְתֵדַע מִדְּלָא קָא חֲשִׁיב לָהּ בַּתּוֹסֶפְתָּא בַּהֲדֵי הַקְּצָרוֹת. וְעוֹד פְּעָמִים שֶׁמַּאֲרִיכִין הַרְבֵּה בְּתוֹסֶפֶת כְּמוֹ אוֹר יוֹם הֶנֶף. וְעוֹד אֱמֶת וֶאֱמוּנָה פְּעָמִים שֶׁמְּקַצְּרִין בָּהּ מְאֹד כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן לָמֶ"ד אֵין אוֹמְרִים פָּרָשַׁת צִיצִית בַּלַּיְלָה הוּא קָא מְסַיֵּים מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ שֶׁהוֹצֵאתָנוּ מִמִּצְרַיִם וְכוּ' בְּפֶרֶק הָיָה קוֹרֵא (לְקַמָּן בְּרָכוֹת ד' יד ע"ב) וְנִרְאֶה לר"ת דְּהַכֹּל קָאֵי בֶּאֱמֶת וֶאֱמוּנָה אַחַת אֲרֻוכָּה וְאַחַת קְצָרָה כְּלוֹמַר בֵּין יַאֲרִיךְ בָּהּ בֵּין יְקַצֵּר בָּהּ כְּדִלְקַמָּן. וְכֵן אַשְׁכַּחְנָא הָתָם (יְבָמוֹת ד' מא.) אַחַת אֲרוּסוֹת וְאַחַת נְשׂוּאוֹת אַחַת בְּתוּלוֹת וְאַחַת בְּעוּלוֹת:
Rachi explique : la longue est Emet ve-emouna, la courte est Hachkivenou. Cela étonne, car Hachkivenou est elle aussi fort longue ; la preuve, la Tossefta ne la compte pas parmi les bénédictions courtes. De plus, on l'allonge parfois beaucoup par des ajouts, comme « or yom ha-nef ». De plus, on abrège parfois beaucoup Emet ve-emouna, comme il est dit plus loin selon l'avis pour lequel on ne dit pas la section des tsitsit la nuit : il conclut alors « nous Te rendons grâce de nous avoir fait sortir d'Égypte », au chapitre Haya kore (Berakhot 14b). Rabbenou Tam retient donc que le tout se rapporte à Emet ve-emouna : « une longue et une courte » veut dire qu'il l'allonge ou qu'il l'abrège, comme il est dit plus loin. Nous trouvons de même là-bas (Yevamot 41a) : « qu'elles soient fiancées ou mariées, vierges ou déjà unies ».
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' בַּשַּׁחַר מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ וְאַחַת לְאַחֲרֶיהָ וּבָעֶרֶב מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ וּשְׁתַּיִם לְאַחֲרֶיהָ אַחַת אֲרֻוכָּה וְאַחַת קְצָרָה. מָקוֹם שֶׁאָמְרוּ לְהַאֲרִיךְ אֵינוֹ רַשַּׁאי לְקַצֵּר לְקַצֵּר אֵינוֹ רַשַּׁאי לְהַאֲרִיךְ. לַחְתֹּום אֵינוֹ רַשַּׁאי שֶׁלֹּא לַחְתֹּום. שֶׁלֹּא לַחְתֹּום אֵינוֹ רַשַּׁאי לַחְתֹּום:
Michna. Le matin, on récite deux bénédictions avant elle et une après elle ; et le soir, on récite deux bénédictions avant elle et deux après elle : une longue et une courte. Là où ils ont dit d'allonger, on n'a pas le droit d'abréger ; là où ils ont dit d'abréger, on n'a pas le droit d'allonger. Là où ils ont dit de conclure par une formule de bénédiction, on n'a pas le droit de s'en abstenir ; là où ils ont dit de ne pas conclure, on n'a pas le droit de conclure.
💡 Explication

La michna passe de la lecture du Chema à son encadrement liturgique. Le compte est de sept bénédictions par jour, que Rachi rattache au verset « sept fois par jour je T'ai loué ».

La dernière formule, « une longue et une courte », fait l'objet d'une divergence entre Rachi et Rabbenou Tam, exposée par Tossefot : porte-t-elle sur les deux bénédictions du soir, ou sur les deux manières de réciter une seule d'entre elles ?

🖼️ Schéma
Les bénédictions qui encadrent le Chema Le matin : deux avant, une après avant 1 avant 2 Chema après 1 Le soir : deux avant, deux après — une longue et une courte avant 1 avant 2 Chema après 1 longue après 2 courte Sept bénédictions au total. Rachi les rattache au verset « sept fois par jour je T'ai loué ».
Le compte des bénédictions autour du Chema : deux et une le matin, deux et deux le soir.
25
מָקוֹם שֶׁאָמְרוּ לְהַאֲרִיךְ — אֵינוֹ רַשַּׁאי לְקַצֵּר, לְקַצֵּר — אֵינוֹ רַשַּׁאי לְהַאֲרִיךְ. לַחְתֹּום — אֵינוֹ רַשַּׁאי שֶׁלֹּא לַחְתֹּום, שֶׁלֹּא לַחְתֹּום — אֵינוֹ רַשַּׁאי לַחְתֹּום.

Là où ils ont dit d'allonger, on n'a pas le droit d'abréger ; là où ils ont dit d'abréger, on n'a pas le droit d'allonger. Là où ils ont dit de conclure par une formule de bénédiction, on n'a pas le droit de s'en abstenir ; là où ils ont dit de ne pas conclure, on n'a pas le droit de conclure.

📜 Rachi (2)
לַחְתֹּום בְּבָרוּךְ:
Conclure par « baroukh ».
שֶׁלֹּא לַחְתֹּום כְּגוֹן בִּרְכַּת הַפֵּירוֹת וּמִצְוֹת:
Par exemple la bénédiction sur les fruits et celle des mitsvot.
🗂️ Tossefot (1)
מָקוֹם שֶׁאָמְרוּ לְקַצֵּר כְּגוֹן בְּבִרְכַּת פֵּירוֹת וּבְבִרְכַּת הַמִּצְוֹת אֵין לוֹ לְהַאֲרִיךְ:
Par exemple pour la bénédiction sur les fruits et celle des mitsvot : il n'a pas à l'allonger.
💡 Explication

La michna pose la règle qui gouverne toute la liturgie : la forme de chaque bénédiction est fixée et vaut dans les deux sens.

Le mot hatima (conclusion) désigne la formule finale en « baroukh » qui referme certaines bénédictions. Rachi donne l'exemple contraire : la bénédiction sur les fruits et celle des mitsvot se disent sans conclusion de ce type.

🖼️ Schéma
Deux règles fixes : la longueur et la conclusion La longueur Bénédiction fixée comme longue — on doit l'allonger. Bénédiction fixée comme courte — on doit l'abréger. La conclusion (hatima) Bénédiction qui se conclut par une formule en « baroukh » — on la conclut. Bénédiction sans conclusion, comme celle des fruits — on s'en abstient. Le principe commun La forme de chaque bénédiction est fixée par les Sages. Elle vaut dans les deux sens : on ne l'augmente pas plus qu'on ne l'ampute, et cela vaut aussi bien pour son étendue que pour sa formule finale.
Les deux règles fixes de la michna : l'étendue de la bénédiction et sa formule finale.
26
גְּמ׳ מַאי מְבָרֵךְ?

Guemara. Quelle bénédiction récite-t-on ?

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַאי מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ דְּשַׁחַר מַאי נִיהוּ:
Les deux bénédictions qui précèdent le Chema du matin, quelles sont-elles ?
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי מְבָרֵךְ. א"ר יַעֲקֹב בַּר אִידִי א"ר הוֹשַׁעְיָא יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ. וְנֵימָא יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא נֹוגַהּ. אָמַר רָבָא בַּר עֻולָּא כְּדַי לְהַזְכִּיר מִדַּת יוֹם בַּלַּיְלָה וּמִדַּת לַיְלָה בַּיּוֹם. מִדַּת לַיְלָה בַּיּוֹם יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ. וּמִדַּת יוֹם בַּלַּיְלָה גּוֹלֵל אוֹר מִפְּנֵי חֹשֶׁךְ וְחֹשֶׁךְ מִפְּנֵי אוֹר. בְּרָכָה שְׁנִיָּה מַאי הִיא. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אַהֲבָה רַבָּה אֲהַבְתָּנוּ. וְרַבָּנַן אָמְרִי אַהֲבַת עוֹלָם תַּנְיָא נָמֵי הָכִי אֵין אוֹמְרִין אַהֲבָה רַבָּה אֶלָּא אַהֲבַת עוֹלָם וְכֵן הוּא אוֹמֵר וְאַהֲבַת עוֹלָם אֲהַבְתִּיךְ. וקי"ל כְּרַבָּנָן. וְהָא דְּאָמַר לְקַמָּן אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הִשְׁכִּים לִקְרוֹת קֹודֶם שֶׁקָּרָא קְרִיאַת שְׁמַע צָרִיךְ לְבָרֵךְ. לְאַחַר שֶׁקָּרָא קְרִיאַת שְׁמַע אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ מַאי טַעְמָא שֶׁכְּבָר נִפְטַר בְּאַהֲבָה רַבָּה. הַהִיא מֵימְרָא דִּשְׁמוּאֵל דְּהוּא מָרָא דִּשְׁמַעְתָּא קַמַּיְיתָא וְרַבָּנָן פְּלִיגִי עָלֶיהָ וּכְבָר אִדְחֵי לָהּ הָא דִּשְׁמוּאֵל דְּתַנְיָא כְּוָותַייְהוּ דְּרַבָּנָן וְכָל מַאי דְּמַשְׁכַּחַת בָּתַר הָכִי אַהֲבָה רַבָּה אַעִיקָּרָא דִּשְׁמוּאֵל גָּרִיר. וְהַגְּאוֹנִים כָּתְבוּ שֶׁיֵּשׁ לְקַייֵּם דִּבְרֵי שְׁנֵיהֶם. וְעוֹד נ"א וְכֵן בְּאַשְׁכְּנַז וּבְצָרְפַת נָהֲגוּ לוֹמַר בְּשַׁחֲרִית אַהֲבָה רַבָּה וְלוֹמַר בְּעַרְבִית אַהֲבַת עוֹלָם. וְכֵן סְתָמָא דִּגְמָ' לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין הִזְכִּיר אַהֲבָה רַבָּה בְּשֶׁל שַׁחֲרִית:
Guemara : quelle bénédiction récite-t-on ? Rabbi Yaakov bar Idi a dit au nom de Rabbi Ochaya : « Celui qui forme la lumière et crée l'obscurité ». Qu'on dise donc : « Celui qui forme la lumière et crée la clarté » ? Rava bar Oula a dit : afin de mentionner la mesure du jour dans la nuit et la mesure de la nuit dans le jour. La mesure de la nuit dans le jour : « Celui qui forme la lumière et crée l'obscurité » ; et la mesure du jour dans la nuit : « Il fait rouler la lumière devant l'obscurité et l'obscurité devant la lumière ». Quelle est la seconde bénédiction ? Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : Ahava raba ahavtanou. Et les Sages disent : Ahavat olam. Une baraita enseigne de même : on dit Ahavat olam, et non Ahava raba, et il est dit de même : « d'un amour éternel Je t'ai aimé ». Nous tenons la halakha comme les Sages. Quant à ce qui est dit plus loin, au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : celui qui s'est levé tôt pour étudier avant d'avoir lu le Chema doit réciter la bénédiction, tandis qu'après avoir lu le Chema il n'a pas à la réciter, puisqu'il s'en est déjà acquitté par Ahava raba — cet enseignement vient de Chmouel, qui est l'auteur du premier énoncé, et les Sages sont en désaccord avec lui ; l'avis de Chmouel a déjà été écarté, puisqu'une baraita enseigne comme les Sages. Tout ce que l'on trouve ensuite sous le nom d'Ahava raba se rattache à l'énoncé initial de Chmouel. Les Gueonim ont écrit qu'il y a lieu de maintenir les paroles des uns et des autres. Autre version : ainsi, en Achkenaz et en France, l'usage est de dire Ahava raba le matin et Ahavat olam le soir. Et de même, l'énoncé anonyme de la guemara plus loin dans notre passage a mentionné Ahava raba pour la prière du matin.
💡 Explication

La guemara demande le contenu des deux bénédictions qui précèdent le Chema du matin, que la michna avait comptées sans les nommer. La réponse ouvre la sougya des bénédictions et se poursuivra sur le folio suivant.

27
אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא:

Rabbi Yaakov a dit au nom de Rabbi Ochaya :

💡 Explication

Le folio se coupe au milieu de la citation. La formule des deux bénédictions du matin, « Celui qui forme la lumière et crée l'obscurité » puis Ahava raba ou Ahavat olam, sera donnée au début du folio suivant. Le Roch, rapporté ci-dessus, en donne déjà la teneur et la conclusion halakhique.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).