Berakhot 12a — Ouverture et clôture d'une bénédiction, l'abolition des Dix Paroles et la manière de s'incliner dans la prière

Berakhot 12a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya précédente : si les cohanim du michmar récitaient « Ahava raba », l'inférence de Reich Lakich sur les bénédictions qui ne s'empêchent pas l'une l'autre s'effondre, et il faut alors la comprendre autrement, comme portant sur leur ordre. Vient ensuite la michna de Tamid qui mentionne les Dix Paroles : Rav Yehouda au nom de Chmouel rapporte qu'on avait voulu les réciter aussi hors du Temple, mais qu'on les a abolies à cause de la récrimination des minim ; deux Amoraim tenteront encore de les rétablir, sans succès.

Le corps du folio pose alors une question qui traverse toute la matière des bénédictions : quelqu'un ouvre une bénédiction avec une intention et la clôt avec une autre — le corps de la bénédiction ou sa clôture ? Le cas est celui d'une coupe de bière prise pour du vin.

Une baraita sur « Yotser or » et « Maariv aravim » semble trancher, mais la guemara montre qu'elle ne prouve rien, et la question reste ouverte. Le folio se termine sur deux enseignements de Rabba bar Hinena Sava au nom de Rav : l'obligation de dire « Emet ve-yatsiv » le matin et « Emet ve-emouna » le soir, puis la règle de la keria — on s'incline à « baroukh » et on se redresse au Nom.

Les quatre mouvements du folio 1. Fin de la sougya Si le michmar disait Ahava raba, l'inférence de Reich Lakich tombe Réponse : il s'agit de l'ordre 2. Les Dix Paroles Lues au Temple avec le Chema Abolies hors du Temple à cause des minim 3. Ouverture / clôture Il ouvre pour du vin, il clôt pour de la bière Deux tentatives de preuve, question laissée ouverte 4. Rav, par Rabba Emet ve-yatsiv le matin, Emet ve-emouna le soir On s'incline à baroukh, on se redresse au Nom Le fil qui relie les mouvements La michna de Tamid citée en 11b fournit la matière des deux premiers mouvements ; la michna de notre chapitre, sur l'allongement des bénédictions, ouvre le troisième. À retenir La question centrale du folio reste sans réponse : elle sera tranchée par les décisionnaires, et Tossefot rapporte déjà le désaccord entre le Rif et le Ri.
Le plan du folio : fin de la sougya du michmar, abolition des Dix Paroles, question de l'ouverture et de la clôture, enseignements de Rav.
Il ouvre avec une intention, il clôt avec une autre : que suit-on ? Cas évident (pachita) Coupe de VIN, il croit que c'est de la BIÈRE Ouverture : intention de che-hakol Clôture : bore péri ha-guefen Acquitte dans tous les cas car che-hakol aurait suffi pour le vin La vraie question (baaya) Coupe de BIÈRE, il croit que c'est du VIN Ouverture : intention de bore péri ha-guefen Clôture : che-hakol nihya bi-dvaro Acquitte ou non ? la bénédiction du vin ne vaut pas pour la bière Les deux termes de l'alternative Ikar berakha le corps de la bénédiction décide : non acquitte Hatima la clôture décide : acquitte Deux tentatives de preuve, toutes deux écartées 1. La baraita Yotser or / Maariv aravim : cette bénédiction est longue et se clôt par Baroukh, et son ouverture vise déjà les deux moments. 2. La règle générale de la baraita : elle vient inclure le cas des dattes, ou la clôture du pain aurait de toute façon suffi. Conséquence pratique (nafka mina) Le Rif allège : la question restée sans réponse, il s'est acquitté. Le Ri est rigoureux : il faut bénir à nouveau. Rabbenou Hananel : on se reprend dans le temps d'une parole.
La sougya centrale : le cas évident, la vraie question, les deux termes de l'alternative et les deux tentatives de preuve.
S'incliner à baroukh, se redresser au Nom Baroukh il s'incline keria Le Nom il se redresse zekifa Suite du texte debout Raison donnée par Chmouel Tehilim 146,8 : Il redresse ceux qui sont courbés Objection et réponse devant Mon nom, non pas à Mon nom Où l'on s'incline : aux Avot et à la Hodaa. Le Roch ajoute la mesure du geste : plier depuis les reins, sans excès.
La règle de Rav sur l'inclinaison dans la Amida, et le verset qui la fonde.
1
אֶלָּא, אִי אָמְרַתְּ ״אַהֲבָה רַבָּה״ הֲווּ אָמְרִי, מַאי בְּרָכוֹת אֵין מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ? דִּלְמָא הַאי דְּלָא אָמְרִי ״יוֹצֵר אוֹר״ מִשּׁוּם דְּלָא מְטָא זְמַן ״יוֹצֵר אוֹר״, וְכִי מְטָא זְמַן ״יוֹצֵר אוֹר״ הֲווּ אָמְרִי.

Mais si tu dis qu'ils récitaient « Ahava raba », d'où tirerait-on que les bénédictions ne s'empêchent pas l'une l'autre ? Peut-être que s'ils ne disaient pas « Yotser or », c'est parce que le temps de « Yotser or » n'était pas encore arrivé, et que lorsque le temps de « Yotser or » arrivait, ils le disaient.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ הַךְ בְּרָכָה דְּקָאָמְרִי אַהֲבָה רַבָּה הֵיכִי ש"מ דְּאֵין מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ דִּלְמָא הַאי דְּלָא אָמְרִי יוֹצֵר אוֹר מִשּׁוּם דְּלָא מְטָא זִמְנֵיהּ הוּא וְכִי מְטָא זִמְנֵיהּ אָמְרִי לָהּ ואע"ג דְּקָרוּ אִינְהוּ ק"ש לָא מְטָא זִמְנֵיהּ כִּדְאָמְרִינַן בְּעָלְמָא (יוֹמָא לז:) הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע עִם אַנְשֵׁי מִשְׁמָר לֹא יָצָא שֶׁאַנְשֵׁי מִשְׁמָר מַקְדִּימִין:
Cette bénédiction dont tu dis qu'elle était « Ahava raba » : comment en déduire que les bénédictions ne s'empêchent pas l'une l'autre ? Peut-être que s'ils ne disaient pas « Yotser or », c'est que son temps n'était pas venu, et lorsque son temps venait ils la disaient. Et bien qu'ils aient récité eux-mêmes le Chema, son temps n'était pas venu, comme nous le disons ailleurs (Yoma 37b) : celui qui récite le Chema avec les hommes du michmar ne s'est pas acquitté, car les hommes du michmar s'y prennent tôt.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם דְּלָא מְטָא זְמַן יוֹצֵר אוֹר דִּנְהִי דִּשְׁחִיטַת הַתָּמִיד מִשֶּׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר פֵּי' רַשִׁ"י מִיהוּ לָא הֲוָה שָׁעָה לוֹמַר יוֹצֵר אוֹר כִּדְאָמְרִי' הַקּוֹרֵא כו' וְיָכוֹל לִסְבֹּור הַבָּרַייְתָא כְּוָתִיקִין:
Bien que l'abattage du tamid soit valable dès le lever de l'aube, comme l'a expliqué Rachi, ce n'était pourtant pas encore l'heure de dire « Yotser or », comme nous disons « celui qui récite le Chema », etc. Et l'on peut soutenir que la baraita suit l'avis des vatikin.
⚖️ Rosh (1)
הָיָה קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְהִגִּיעַ זְמַן הַקְּרִיאָה אִם כִּווֵּן לִבּוֹ יָצָא וְאִם לָאו לֹא יָצָא וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא קָרָא בְּבִרְכוֹתֶיהָ יָצָא. וְכֵן פר"ח וְאָמְרִינַן נָמֵי בִּירוּשַׁלְמִי אָמַר רַבִּי אַבָּא זֹאת אוֹמֶרֶת בְּרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת וְרַב הַאי גָּאוֹן זַ"ל כָּתַב דְּסִדְרָן אֵינוֹ מְעַכֵּב אֲבָל צָרִיךְ לִקְרוֹת אֶת שְׁתֵּיהֶן. וְדִיֵּיק מִדְּקָאָמַר גְּמָרָא לְעֵיל בְּפ"ק (בְּרָכוֹת דַּף יב.) לֹא לְעוֹלָם דְּאָמְרִי אַהֲבָה רַבָּה וְלָא אָמְרִי יוֹצֵר אוֹר וְכִי מְטָא זִימְנָא אָמְרִי וּמַאי בְּרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת לְקַדֵּם. אַלְמָא סְתָמָא דִּגְמָרָא ס"ל דְּסִדְרָן אֵינוֹ מְעַכֵּב. אֲבָל אִם לֹא אָמַר כְּלָל מְעַכֵּב. וְהָא דְּדִיֵּיק הָכָא בִּירוּשַׁלְמִי דִּבְרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת. הַייְנוּ בְּיָחִיד אֲבָל בְּצִבּוּר מְעַכְּבִין כְּהַהִיא דִּלְעֵיל דְּקָתָנֵי אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה:
« Il lisait dans la Torah et le temps de la lecture arriva : s'il a dirigé son cœur, il s'est acquitté ; sinon, il ne s'est pas acquitté. » Et bien qu'il n'ait pas lu avec ses bénédictions, il s'est acquitté. Ainsi l'a expliqué Rabbenou Hananel, et nous disons de même dans le Yerouchalmi : Rabbi Abba a dit, cela veut dire que les bénédictions ne sont pas indispensables. Rav Haï Gaon a écrit pour sa part que leur ordre n'est pas indispensable, mais qu'il faut bien réciter les deux. Il le déduit de ce que dit la guemara plus haut, au premier chapitre (Berakhot 12a) : « non, en vérité ils disaient Ahava raba et ne disaient pas Yotser or, et lorsque le temps venait ils le disaient ; et que signifie alors que les bénédictions ne s'empêchent pas l'une l'autre ? — l'ordre ». Il ressort donc que l'énoncé anonyme de la guemara tient que l'ordre n'est pas indispensable, tandis que l'omission complète l'est. Et ce que le Yerouchalmi déduit ici, que les bénédictions ne sont pas indispensables, vaut pour l'individu ; en public en revanche elles le sont, comme dans le passage précédent qui enseigne « le memounè leur dit ».
💡 Explication

La guemara achève la vérification commencée à la fin de 11b. L'inférence de Reich Lakich tenait sur ce raisonnement : les cohanim omettaient une bénédiction et s'acquittaient malgré tout, donc les bénédictions ne s'empêchent pas l'une l'autre. Ce raisonnement ne vaut que si la bénédiction omise pouvait déjà être dite.

Or, dans la branche « Ahava raba », l'omission de « Yotser or » s'explique tout autrement : le michmar servait bien avant le lever du soleil, et le temps de « Yotser or » n'était pas encore venu. Une omission imposée par l'heure n'enseigne rien sur le statut des bénédictions entre elles.

2
וְאִי מִכְּלָלָא מַאי?

Et si c'est par inférence, qu'en est-il ?

📜 Rachi (1)
וְאִי מִכְּלָלָא מַאי וְכִי אֲמַר לֵיהּ מִכְּלָלָא מַאי גְּרִיעוּתָא אִיכָּא. דְּאָמַר לָאו בְּפֵירוּשׁ אִתְּמַר הָא שַׁפִּיר מָצֵי לְמִשְׁמַע מִכְּלָלָא דְּיוֹצֵר אוֹר קָא אָמְרִי וּמִשָּׁנֵינַן לֵיכָּא לְמִשְׁמַע מֵהָכָא דִּילְמָא לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ אַהֲבָה רַבָּה וְכוּ':
Lorsqu'il lui dit que c'est par inférence, quel défaut y a-t-il ? Il a dit que cela n'a pas été énoncé explicitement — or on pourrait fort bien l'apprendre par inférence, à savoir qu'ils disaient « Yotser or ». Et nous répondons : on ne peut rien en apprendre de là, car peut-être, en vérité, je te dirai qu'ils disaient « Ahava raba », etc.
💡 Explication

La guemara revient sur la correction de Rav Yits'hak bar Yossef : le propos de Reich Lakich a été déduit mi-khlala, par inférence, et non énoncé explicitement. Elle demande maintenant ce que ce défaut change en pratique, puisque l'inférence paraissait solide.

3
דְּאִי מִכְּלָלָא, לְעוֹלָם ״אַהֲבָה רַבָּה״ הֲווּ אָמְרִי. וְכִי מְטָא זְמַן ״יוֹצֵר אוֹר״ הֲווּ אָמְרִי לֵיהּ. וּמַאי ״בְּרָכוֹת אֵין מְעַכְּבוֹת זוֹ אֶת זוֹ״ — סֵדֶר בְּרָכוֹת.

Car si c'est par inférence, on peut dire qu'en vérité ils récitaient « Ahava raba », et que lorsque le temps de « Yotser or » arrivait ils le récitaient. Et que signifie alors « les bénédictions ne s'empêchent pas l'une l'autre » ?

L'ordre des bénédictions.

📜 Rachi (1)
סֵדֶר בְּרָכוֹת אִם הִקְדִּים הַמְאֻוחָרוֹת:
S'il a avancé celles qui viennent après.
💡 Explication

Voici la réponse. Une inférence est fragile parce qu'elle admet une autre lecture. Si le propos de Reich Lakich a seulement été déduit, on peut lui donner un sens plus étroit : les bénédictions ne s'empêchent pas l'une l'autre quant à leur ordre. Celui qui a récité la seconde avant la première s'est acquitté.

Dans cette lecture, les cohanim disaient bien les deux bénédictions, chacune en son temps, et l'enseignement porte uniquement sur la succession. L'inférence ne permet donc plus d'identifier la bénédiction unique de la michna de Tamid.

4
וְקוֹרִין עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת ״שְׁמַע״, ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״, ״וְיֹאמַר״, ״אֱמֶת וְיַצִּיב״, וַעֲבוֹדָה, וּבִרְכַּת כֹּהֲנִים.

« Et ils récitaient les Dix Paroles, le Chema, « Ve-haya im chamoa », « Va-yomer », « Emet ve-yatsiv », la avoda et la bénédiction des cohanim. »

💡 Explication

La guemara reprend la michna de Tamid citée plus haut pour en commenter un autre élément : la lecture quotidienne des Dix Paroles par les cohanim au Temple, avant les trois passages du Chema.

5
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אַף בִּגְבוּלִין בִּקְּשׁוּ לִקְרוֹת כֵּן, אֶלָּא שֶׁכְּבָר בִּטְּלוּם מִפְּנֵי תַּרְעֹומֶת הַמִּינִין.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : dans les provinces aussi on voulut lire ainsi, mais on les avait déjà abolies à cause de la récrimination des minim.

📜 Rachi (3)
בִּקְּשׁוּ לִקְבֹּועַ עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת בִּקְרִיאַת שְׁמַע:
D'insérer les Dix Paroles dans la lecture du Chema.
מִפְּנֵי תַּרְעֹומֶת הַמִּינִין שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ לְעַמֵּי הָאָרֶץ אֵין שְׁאָר תּוֹרָה אֱמֶת וְתֵדְעוּ שֶׁאֵין קוֹרִין אֶלָּא מַה שֶׁאָמַר הַקָּדוֹשׁ ב"ה וְשָׁמְעוּ מִפִּיו בְּסִינַי:
Afin qu'ils ne disent pas aux gens du peuple : le reste de la Torah n'est pas véridique, et sachez-le, puisqu'on ne lit que ce que le Saint béni soit-Il a dit et qu'ils ont entendu de Sa bouche au Sinaï.
הַמִּינִין עַכּוּ"ם:
Les minim : les idolâtres.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּיטְּלוּם מִפְּנֵי תַּרְעוֹמוֹת הַמִּינִין. עַייֵּן רַשִׁ"י זַ"ל, וְהִקְשָׁה עַל זֶה הָרַב 'עִיּוּן יַעֲקֹב' זַ"ל, אֵיךְ אֶפְשָׁר שֶׁיֹּאמְרוּ כֵּן וַהֲלֹא קוֹרִין גַּם כֵּן שְׁמַע וְהָיָה אִם שָׁמֹעַ וַיֹּאמֶר שֶׁלֹּא שָׁמְעוּ בְּסִינַי, אֶלָּא מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה כִּשְׁאָר דִבְרֵי תוֹרָה? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת לִהְיוֹתָהּ כְּתוּבָה קֹודֶם פָּרָשִׁיּוֹת ק"ש הָיוּ מֻוכְרָחִים לְתַקֵּן אֲמִירָתָהּ קֹודֶם הַכֹּל, וְאִם כֵּן מִמֵּילָא הַבְּרָכָה תִּהְיֶה סְמוּכָה לָהּ, וְלָכֵן יֹאמְרוּ הַמִּינִין זֶה עִיקַּר מַה שֶׁשְּׁמַעְתֶּם בְּסִינַי, וְעָלֶיהָ בִּלְבַד תִּקְּנוּ הַבְּרָכָה, וּמַה שֶׁאוֹמְרִים אַחֲרֶיהָ שְׁאָר פָּרָשִׁיּוֹת, הֵם תּוֹסְפוֹת דְּבָרִים בְּעָלְמָא ח"ו, וְלֹא נִתְקְנָה הַבְּרָכָה בַּעֲבוּרָם, וּמִלְּבַד פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל נִרְאֶה לִי בס"ד, תַּרְעֹומֶת הַמִּינִין, שֶׁהָיוּ קוֹרִין תַּגָּר עַל יִשְׂרָאֵל, בְּאָומְרָם כָּל יוֹם אַתֶּם אוֹמְרִים עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת וּמְבָרְכִין עֲלֵיהֶם וְאֵין אַתֶּם מְקַייְּמִים מַה שֶׁכָּתוּב בָּהֶם, וְהֵם דְּבָרִים שֶׁאָדָם דָּשׁ בַּעֲקֵבָיו, כְּגוֹן (שְׁמוֹת ב') לֹא תִּשָּׂא שֵׁם ה' אֱ-לֹהֶיךָ וְלֹא תִּגְנֹוב וְלֹא תַּחְמֹוד, וְכֵן כַּבֵּד אֶת אָבִיךָ וְאֶת אִמֶּךָ, וּבָזֶה הַפֵּירוּשׁ שֶׁכָּתַבְתִּי יָבֹא לְשׁוֹן תַּרְעֹומֶת יוֹתֵר נָכוֹן, מַה שֶׁאֵין כֵּן לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל לֹא יִתְייַשֵּׁב לְשׁוֹן מִתְרַעֲמִים הֵיטֵב.
« On les a abolies à cause de la récrimination des minim. » Vois Rachi. Le Rav Iyoun Yaakov a objecté : comment auraient-ils pu parler ainsi, alors qu'on lit également le Chema, « Ve-haya im chamoa » et « Va-yomer », qui n'ont pas été entendus au Sinaï mais reçus de Moche notre maître, comme le reste des paroles de la Torah ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les Dix Paroles, étant écrites avant les passages du Chema, obligeaient à en fixer la récitation en tête de tout ; dès lors la bénédiction se serait trouvée attenante à elles, et les minim auraient dit : voilà l'essentiel de ce que vous avez entendu au Sinaï, c'est sur cela seul que la bénédiction a été instituée, et ce que vous dites ensuite, les autres passages, n'est qu'un ajout de paroles, à D.ieu ne plaise, pour lequel la bénédiction n'a pas été instituée. Outre l'explication de Rachi, il me semble, avec l'aide du Ciel, que « la récrimination des minim » signifie qu'ils récriminaient contre Israël en disant : chaque jour vous dites les Dix Paroles et vous récitez une bénédiction sur elles, et vous n'accomplissez pas ce qui y est écrit — des choses que l'homme foule du talon, comme « tu ne porteras pas le nom de Hachem ton D.ieu en vain » (Chemot 20), « tu ne voleras pas », « tu ne convoiteras pas », ainsi que « honore ton père et ta mère ». Avec cette explication, le terme « récrimination » se comprend mieux ; avec l'explication de Rachi, le mot « récriminer » ne se justifie pas aussi bien.
💡 Explication

Ba-gvoulin désigne le pays hors de l'enceinte du Temple. On voulut y étendre l'usage du Temple et joindre chaque jour les Dix Paroles au Chema. Le projet fut écarté, et le verbe employé indique que l'abolition était déjà acquise au moment de la demande.

Le motif est la récrimination des minim. Rachi l'expose : si l'on ne lit chaque jour que les Dix Paroles, on donne prise à l'argument selon lequel elles seules auraient été entendues au Sinaï et le reste de la Torah serait sans valeur. Rachi glose ici « minim » par les idolâtres ; le Ben Yehoyada proposera une autre lecture du mot « récrimination ».

🖼️ Schéma
Les Dix Paroles dans la lecture du Chema Au Temple Dix Paroles + Chema + Emet ve-yatsiv usage maintenu Dans les provinces On voulut faire de même projet abandonné Abolition à cause de la récrimination des minim déjà acquise L'argument redouté (Rachi) Seules les Dix Paroles viendraient du Sinaï ; le reste de la Torah serait sans valeur. L'argument redouté (Ben Yehoyada) Vous les dites chaque jour et vous ne les accomplissez pas : vol, faux serment, convoitise. Deux tentatives de rétablissement Rabba bar bar Hana a Soura, arrêté par Rav Hisda ; Amemar à Nehardea, arrêté par Rav Achi.
L'usage du Temple, la demande des provinces, l'abolition et les deux tentatives de rétablissement.
6
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: בִּגְבוּלִין בִּקְּשׁוּ לִקְרוֹת כֵּן, אֶלָּא שֶׁכְּבָר בִּטְּלוּם מִפְּנֵי תַּרְעֹומֶת הַמִּינִין.

Une baraita enseigne de même : Rabbi Nathan dit : dans les provinces on voulut lire ainsi, mais on les avait déjà abolies à cause de la récrimination des minim.

7
רַבָּה בַּר בַּר חָנָה סְבַר לְמִקְבְּעִינְהוּ בְּסוּרָא, אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא: כְּבָר בִּטְּלוּם מִפְּנֵי תַּרְעֹומֶת הַמִּינִין.

Rabba bar bar Hana songea à les instituer à Soura. Rav Hisda lui dit : on les a déjà abolies à cause de la récrimination des minim.

💡 Explication

Deux récits parallèles montrent que la question s'est reposée en Babylonie, dans les deux grands centres d'étude. La réponse est chaque fois la même formule : une décision déjà prise ne se rouvre pas, même si le motif qui l'a dictée semble éloigné.

8
אֲמֵימַר סְבַר לְמִקְבְּעִינְהוּ בִּנְהַרְדְּעָא, אָמַר לֵיהּ רַב אַשִּׁי: כְּבָר בִּטְּלוּם מִפְּנֵי תַּרְעֹומֶת הַמִּינִין.

Amemar songea à les instituer à Nehardea. Rav Achi lui dit : on les a déjà abolies à cause de la récrimination des minim.

9
וּבְשַׁבָּת מוֹסִיפִין בְּרָכָה אַחַת לַמִּשְׁמָר הַיּוֹצֵא. מַאי בְּרָכָה אַחַת? אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ: מִשְׁמָר הַיּוֹצֵא אוֹמֵר לַמִּשְׁמָר הַנִּכְנָס: ״מִי שֶׁשִּׁכֵּן אֶת שְׁמוֹ בַּבַּיִת הַזֶּה, הוּא יַשְׁכִּין בֵּינֵיכֶם אַהֲבָה וְאִחְוָה וְשָׁלוֹם וְרֵיעוּת״.

« Et le chabbat on ajoute une bénédiction pour le michmar sortant. » Quelle est cette bénédiction ? Rabbi Helbo a dit : le michmar sortant dit au michmar entrant : « Que Celui qui a fait résider Son nom dans cette maison fasse résider parmi vous amour, fraternité, paix et amitié. »

🗂️ Tossefot (1)
בְּרָכָה אַחַת לַמִּשְׁמָר הַיּוֹצֵא וְכוּ' תֵּימָא קְצָת מַאי הִיא הוֹאִיל וְלֵית בָּהּ לֹא שֵׁם וְלֹא מַלְכוּת:
Cela fait quelque difficulté : en quoi est-ce une bénédiction, puisqu'elle ne comporte ni le Nom ni la royauté ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
הוּא יַשְׁכִּין בֵּינֵיכֶם אַהֲבָה וְאִחְוָה וְשָׁלוֹם וְרֵעוּת. נִרְאֶה לִי בס"ד ד' דְּבָרִים אֵלּוּ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת רֹאשׁ , כִּי אוֹת א' נִכְלָל בּוֹ שְׁתַּיִם, שֶׁהֵם א הָבָה א חַוָּה [ ש לוֹם ר עִוֵּת] , וְהַכֹּהֵן רֹאשׁ בְּעַמָּיו, וכמ"ש (וַיִּקְרָא כא, ח) וְקִדַּשְׁתּוֹ לְבָרֵךְ רִאשׁוֹן וְלִקְרֹוא רִאשׁוֹן, וְהָא דִּמְבָרְכִין אוֹתָם בְּאַרְבָּעָה אֵלֶּה שֶׁכֻּולָּם הֵם עִנְיָן אֶחָד, נִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי בַּכֹּהֲנִים הַנִּמְצָאִים בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ יֵשׁ ד' מִינֵי שְׂרָרָה, הָא' כה"ג, הַב' סְגָן, הַג' מְמֻונֶּה, הֵד' כֹּהֵן הֶדְיוֹט, וְלָכֵן מְבָרְכִין אוֹתָם בְּאַרְבָּעָה הֲנֵז' שֶׁכֻּולָּם מַשְׁמָעוּת אַחַת לָהֶם, כְּנֶגֶד כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִן אַרְבָּעָה בַּעֲלֵי שֶׁשָּׁרָה הַנִּזְכָּרִים, זֶה יִהְיֶה בְּאַהֲבָה, וְזֶה בְּאַחְוָה, וְזֶה בְּשָׁלוֹם, וְזֶה בְּרֵיעוּת. אוֹ נִרְאֶה לִי, מְבָרְכִים אוֹתָם בְּאַרְבָּעָה הֲנֵז', כְּנֶגֶד ד' מִינֵי אֲכִילַת קָדָשִׁים שֶׁאוֹכְלִים בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, שֶׁלֹּא יָרִיבוּ זֶה עִם זֶה בְּחֶלְקָם, וְהֵם: הָא' בְּשַׂר קָדְשֵׁי קָדָשִׁים, וְהַב' בְּשַׂר קָדָשִׁים קַלִּים, וְעוֹד שְׁתַּיִם בַּלֶּחֶם, שֶׁהֵם הָא' לֶחֶם הַפָּנִים שֶׁהוּא קָדְשֵׁי קָדָשִׁים, וְהַב' שְׁאָר חַלּוֹת שֶׁאוֹכְלִים בְּכָל יוֹם עִם הַקָּרְבָּנוֹת. אוֹ יוּבָן, כְּנֶגֶד ד' אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁנִּקְרָא כִּכְתָבוֹ בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת כ' כ') בְּכָל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי אָבוֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ, וְלָכֵן אוֹמְרִים מִי שֶׁשִּׁכֵּן שְׁמוֹ בַּבַּיִת הַזֶּה הוּא יִשְׁכֹּון וְכוּ', וְהַטַּעַם שֶׁהֵם מְבָרְכִים בְּעִנְיַן הָאַחְדוּת וְאַהֲבָה וְהַשָּׁלוֹם, מִפְּנֵי שֶׁהַכֹּהֲנִים כַּעֲסָנִים הֵם מִצַּד טִבְעָם שֶׁנֶּאֱמַר (הוֹשֵׁעַ ד' ד') וְעַמְּךָ כִּמְרִיבֵי כֹּהֵן, וּמִן הַכַּעַס נוֹלַד קְטָטָה וְשִׂנְאָה, לְכָךְ יְבָרְכוּם בְּכָךְ. אוֹ יוּבָן בס"ד הַטַּעַם, מִפְּנֵי שֶׁהַכֹּהֲנִים קְרוֹבִין לֵידַע שֵׁם הַמְפֹורָשׁ יוֹתֵר מִשְּׁאָר אָדָם, וּמִי שֶׁיּוֹדֵעַ שֵׁם הַמְפֹורָשׁ צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה לוֹ שָׁלוֹם וְאַהֲבָה עִם בְּנֵי אָדָם כְּדֵי שֶׁלֹּא יַזִּיקֵם, וּבִפְרָט מִי שֶׁהוּא מְקַבֵּל מַתָּנוֹת, כִּי לָכֵן הָיוּ נִזְהָרִים הַיּוֹדְעִים אוֹתוֹ לְבִלְתִּי יִלְמְדוּ אוֹתוֹ לְכָל מִי שֶׁמְּקַבֵּל מַתָּנוֹת, וכמ"ש בְּמִדְרַשׁ קֹהֶלֶת בְּאוֹתוֹ רוֹפֵא עַיֵּין שָׁם, וְכֹהֲנִים מְקַבְּלֵי מַתָּנוֹת הֵם לְכָךְ הָיוּ מְבָרְכִים אוֹתָם בְּשָׁלוֹם וְאַהֲבָה וְאַחֲוָה.
« Qu'Il fasse résider parmi vous amour, fraternité, paix et amitié. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les initiales de ces quatre mots forment le mot roch, « tête », la lettre alef y valant pour deux, puisqu'elle ouvre ahava et ahva. Or le cohen est tête parmi son peuple, ainsi qu'il est écrit « tu le sanctifieras » (Vayikra 21, 8) : pour bénir le premier et pour lire le premier. Et si on les bénit par ces quatre termes, qui disent tous une même chose, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce qu'il y a chez les cohanim présents au Temple quatre degrés d'autorité : le cohen gadol, le segan, le memounè et le cohen ordinaire ; on les bénit donc par ces quatre termes de sens voisin, un pour chacun des quatre détenteurs de charge : celui-ci dans l'amour, celui-là dans la fraternité, cet autre dans la paix, cet autre dans l'amitié. Ou bien il me semble qu'on les bénit par ces quatre termes en regard des quatre sortes de kodachim que l'on mange au Temple, afin qu'ils ne se querellent pas sur leur part : la chair des kodchei kodachim, la chair des kodachim kalim, et deux sortes de pain, le pain de proposition qui est kodchei kodachim, et les autres galettes que l'on mange chaque jour avec les sacrifices. Ou encore, en regard des quatre lettres du Nom, que l'on prononce au Temple tel qu'il s'écrit, ainsi qu'il est dit « en tout lieu où Je ferai mentionner Mon nom, Je viendrai vers toi et te bénirai » (Chemot 20, 20) ; c'est pourquoi l'on dit « Celui qui a fait résider Son nom dans cette maison, qu'Il fasse résider », etc. Quant à la raison pour laquelle ils bénissent en matière d'unité, d'amour et de paix, c'est que les cohanim sont par nature enclins à la colère, ainsi qu'il est dit « ton peuple est comme ceux qui querellent le cohen » (Hochea 4, 4), et de la colère naissent la dispute et la haine : on les bénit donc en ce sens. Ou bien, avec l'aide du Ciel, la raison est que les cohanim sont plus proches que quiconque de la connaissance du Nom explicite, et celui qui connaît le Nom explicite doit vivre en paix et en amour avec les hommes afin de ne pas leur nuire, à plus forte raison celui qui reçoit des dons ; c'est pourquoi ceux qui le connaissaient prenaient garde de ne pas l'enseigner à qui reçoit des dons, comme il est rapporté dans le Midrach Kohelet au sujet de ce médecin, vois-y ; et les cohanim reçoivent des dons : on les bénissait donc par la paix, l'amour et la fraternité.
💡 Explication

Dernier élément de la michna de Tamid a être expliqué : la bénédiction supplémentaire du chabbat, jour où l'équipe de cohanim de service, le michmar, passe le relais à la suivante. Rabbi Helbo en donne la formule, qui est une parole adressée par les sortants aux entrants.

Tossefot relève la difficulté de vocabulaire : cette formule ne comporte ni le Nom ni la mention de la royauté, les deux éléments qui font ordinairement une bénédiction.

10
מָקוֹם שֶׁאָמְרוּ לְהַאֲרִיךְ. פְּשִׁיטָא הֵיכָא דְּקָא נָקֵיט כָּסָא דְּחַמְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר דְּשִׁכְרָא הוּא, וּפָתַח וּמְבָרֵךְ אַדַּעְתָּא דְשִׁכְרָא, וְסִיֵּים בִּדְחַמְרָא — יָצָא. דְּאִי נָמֵי אִם אָמַר ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״ — יָצָא. דְּהָא תְּנַן: עַל כֻּולָּם אִם אָמַר ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״ — יָצָא.

« Là où l'on a dit d'allonger. » Il va de soi que si quelqu'un tient à la main une coupe de vin en pensant que c'est de la bière, qu'il commence à bénir avec l'intention de la bière et conclut par celle du vin, il s'est acquitté. Car même s'il avait dit « che-hakol nihya bi-dvaro », il se serait acquitté, puisque nous avons appris dans une michna : sur toutes choses, s'il a dit « che-hakol nihya bi-dvaro », il s'est acquitté.

📜 Rachi (1)
פָּתַח בִּדְשִׁכְרָא וְסִיֵּים בִּדְחַמְרָא תְּחִלַּת הַבְּרָכָה אָמַר ע"מ שֶׁהַכֹּל וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ לְמֶלֶךְ הָעוֹלָם נִזְכַּר שֶׁהוּא יַיִן וְאָמַר פְּרִי הַגָּפֶן פְּשִׁיטָא לָן דְּיָצָא דְּהָא אֲפִילּוּ סִיֵּים כָּל הַבְּרָכָה כְּדַעַת פְּתִיחָתָהּ וְאָמַר שֶׁהַכֹּל יָצָא עַל הַיַּיִן דִּתְנַן וְכוּ':
Il a commencé la bénédiction avec l'intention de dire « che-hakol », et quand il est arrivé à « melekh ha-olam » il s'est souvenu que c'était du vin et a dit « péri ha-guefen ». Il est évident pour nous qu'il s'est acquitté, puisque même s'il avait achevé toute la bénédiction conformément à son intention d'ouverture et dit « che-hakol », il se serait acquitté pour le vin, comme nous l'avons appris dans une michna, etc.
💡 Explication

La guemara revient à la michna de notre chapitre, qui interdit d'allonger là où l'on doit abréger et inversement. De là elle passe à une question voisine : que vaut une bénédiction dont l'ouverture et la clôture ne visent pas la même chose ?

Le premier cas est posé comme évident, pachita. Il tient une coupe de vin qu'il prend pour de la bière ; il commence donc en vue de « che-hakol », puis, s'apercevant de son erreur, il clôt par « bore péri ha-guefen ». Il s'est acquitté, et pour une raison simple : la formule générale « che-hakol » convient de toute manière au vin après coup. L'ouverture, même suivie jusqu'au bout, n'aurait rien gâté.

11
אֶלָּא הֵיכָא דְּקָא נָקֵיט כָּסָא דְּשִׁכְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר דְּחַמְרָא הוּא, פְּתַח וּבָרֵיךְ אַדַּעְתָּא דְחַמְרָא, וְסִיֵּים בִּדְשִׁכְרָא, מַאי?

Mais dans le cas où il tient à la main une coupe de bière en pensant que c'est du vin, qu'il commence à bénir avec l'intention du vin et conclut par celle de la bière, qu'en est-il ?

📜 Rachi (1)
אֶלָּא קָא מִבַּעְיָא לָן פָּתַח אַדַּעְתָּא דְּחַמְרָא כְּדֵי לְסַייֵּם בפה"ג וּכְשֶׁהִגִּיעַ לְמֶלֶךְ הָעוֹלָם נִזְכַּר שֶׁהוּא שֵׁכָר וְסִיֵּים שֶׁהַכֹּל מַהוּ:
Voici notre question : il a commencé avec l'intention du vin, pour conclure par « bore péri ha-guefen » ; et quand il est arrivé à « melekh ha-olam » il s'est souvenu que c'était de la bière et a conclu par « che-hakol » : qu'en est-il ?
🗂️ Tossefot (1)
פָּתַח וְאָמַר בא"י אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם וְהָיָה סָבוּר שֶׁהָיָה יַיִן וְהֵבִין שֶׁהָיָה שֵׁכָר וְאַחַר שֶׁהֵבִין שֶׁהָיָה שֵׁכָר סִיֵּים שֶׁהַכֹּל:
Il a commencé en disant « Béni sois-Tu, ה' notre D.ieu, Roi du monde », pensant que c'était du vin ; il a compris ensuite que c'était de la bière, et après l'avoir compris il a conclu par « che-hakol ».
💡 Explication

Le cas est retourné, et la difficulté apparaît. L'ouverture visait « bore péri ha-guefen », formule qui ne convient nullement à la bière ; la clôture, elle, est exacte. La bénédiction se trouve donc coupée en deux moitiés de statut opposé.

12
בָּתַר עִיקַּר בְּרָכָה אָזְלִינַן, אוֹ בָּתַר חֲתִימָה אָזְלִינַן?

Suivons-nous le corps de la bénédiction, ou bien suivons-nous la clôture ?

📜 Rachi (1)
בָּתַר עִיקַּר בְּרָכָה אָזְלִינַן וְעִיקַּר בְּרָכָה אַדַּעְתָּא דְּיַיִן נֶאֶמְרָה וְהָוֵי כְּמוֹ שֶׁסִּייֵּם בַּיַּיִן וְאֵין בִּרְכַּת הַיַּיִן מוֹצִיאָה יְדֵי בִּרְכַּת שֵׁכָר שֶׁאֵין הַשֵּׁכָר מִן הַגָּפֶן:
Le corps de la bénédiction a été énoncé avec l'intention du vin, et il en va comme s'il avait conclu par celle du vin ; or la bénédiction du vin n'acquitte pas de la bénédiction de la bière, puisque la bière ne provient pas de la vigne.
💡 Explication

La question est posée dans ses termes techniques. Ikar berakha, le corps de la bénédiction, désigne l'intention avec laquelle elle a été engagée ; hatima désigne les mots par lesquels elle s'achève. Si le corps décide, la bénédiction est celle du vin et n'acquitte pas pour la bière. Si la clôture décide, elle vaut.

Rachi précise l'enjeu : la bénédiction du vin n'acquitte pas de celle de la bière, la bière ne provenant pas de la vigne. Aucune des deux formules ne peut ici couvrir l'autre, contrairement au cas précédent.

13
תָּא שְׁמַע: שַׁחֲרִית, פָּתַח בְּ״יוֹצֵר אוֹר״ וְסִיֵּים בְּ״מַעֲרִיב עֲרָבִים״ — לֹא יָצָא. פָּתַח בְּ״מַעֲרִיב עֲרָבִים״ וְסִיֵּים בְּ״יוֹצֵר אוֹר״ — יָצָא.

Viens et entends : le matin, s'il a commencé par « Yotser or » et conclu par « Maariv aravim », il ne s'est pas acquitté ; s'il a commencé par « Maariv aravim » et conclu par « Yotser or », il s'est acquitté.

📜 Rachi (2)
פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר כְּלוֹמַר אַדַּעְתָּא דְּלֵימָא יוֹצֵר אוֹר:
C'est-à-dire avec l'intention de dire « Yotser or ».
וְסִייֵּם בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים כְּשֶׁאָמַר מֶלֶךְ הָעוֹלָם נִזְכַּר וְסִייֵּם אֲשֶׁר בִּדְבָרוֹ מַעֲרִיב עֲרָבִים:
Quand il a dit « melekh ha-olam », il s'est souvenu et a conclu par « acher bi-dvaro maariv aravim ».
💡 Explication

Une baraita est produite comme preuve. Elle traite du même accident dans les bénédictions du Chema : on commence avec la formule d'un moment et l'on clôt avec celle de l'autre. Les quatre cas qu'elle énumère semblent donner la réponse cherchée, puisque le statut suit chaque fois la clôture.

🖼️ Schéma
La baraita des quatre cas : Yotser or et Maariv aravim Moment Ouverture Clôture Statut Matin Yotser or Maariv aravim non acquitté Matin Maariv aravim Yotser or acquitté Soir Maariv aravim Yotser or non acquitté Soir Yotser or Maariv aravim acquitté Règle générale de la baraita : tout suit la clôture. La guemara montrera que cette règle ne se transporte pas aux bénédictions courtes.
Les quatre cas de la baraita : le statut suit chaque fois la clôture, matin comme soir.
14
עַרְבִית, פָּתַח בְּ״מַעֲרִיב עֲרָבִים״ וְסִיֵּים בְּ״יוֹצֵר אוֹר״ — לֹא יָצָא. פָּתַח בְּ״יוֹצֵר אוֹר״ וְסִיֵּים בְּ״מַעֲרִיב עֲרָבִים״ — יָצָא.

Le soir, s'il a commencé par « Maariv aravim » et conclu par « Yotser or », il ne s'est pas acquitté ; s'il a commencé par « Yotser or » et conclu par « Maariv aravim », il s'est acquitté.

15
כָּלְלוּ שֶׁל דָּבָר: הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַחִתּוּם.

Règle générale : tout suit la clôture.

💡 Explication

La baraita conclut par une formule générale, ha-kol holekh ahar ha-hatoum. Prise telle quelle, elle répond à la question posée : la clôture décide. La guemara va montrer que cette formule ne se transporte pas telle quelle au cas du vin et de la bière.

16
שָׁאנֵי הָתָם דְּקָאָמַר ״בָּרוּךְ יוֹצֵר הַמְּאוֹרוֹת״.

Il en va autrement là-bas, puisqu'il dit « Béni... qui forme les luminaires ».

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי הָתָם וְכוּ' כְּלוֹמַר דִּלְמָא פְּתִיחָה אֵינָהּ כְּלוּם וְהָא דְּקָתָנֵי יָצָא לְפִי שֶׁחוֹזֵר וְחוֹתֵם בָּהּ בְּבָרוּךְ יוֹצֵר הַמְּאוֹרוֹת וע"י חֲתִימָתָהּ קָאָמַר דְּיָצָא אֶלָּא שֶׁהַכֹּל שֶׁאֵין חוֹתֵם בָּהּ בְּבָרוּךְ וּפְתִיחָתָהּ אַדַּעְתָּא דְּבוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן הוּא אֵימָא דְּלָא יָצָא:
C'est-à-dire : peut-être l'ouverture ne compte-t-elle pour rien, et si la baraita enseigne qu'il s'est acquitté, c'est parce qu'il reprend et clôt par « Béni... qui forme les luminaires », de sorte qu'il s'acquitte par cette clôture. Mais « che-hakol », qui ne se clôt pas par « Béni » et dont l'ouverture s'est faite avec l'intention de « bore péri ha-guefen », je pourrais dire qu'il ne s'est pas acquitté.
💡 Explication

La preuve est écartée par une distinction de structure. « Yotser or » est une bénédiction longue, qui s'achève par une clôture introduite par « Béni » : cette clôture forme à elle seule une bénédiction complète. Celui qui l'a prononcée correctement s'est acquitté par elle, quelle qu'ait été son ouverture.

« Che-hakol » et « bore péri ha-guefen » sont des bénédictions courtes, sans clôture séparée. Rien n'y rattrape une ouverture faussée, et le cas reste entier.

17
הָנִיחָא לְרַב דְּאָמַר כָּל בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ הַזְכָּרַת הַשֵּׁם אֵינָהּ בְּרָכָה — שַׁפִּיר. אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר כָּל בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ מַלְכוּת אֵינָהּ בְּרָכָה, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Cela va bien pour Rav, qui dit que toute bénédiction ne comportant pas la mention du Nom n'est pas une bénédiction : parfait. Mais pour Rabbi Yo'hanan, qui dit que toute bénédiction ne comportant pas la royauté n'est pas une bénédiction, que peut-on dire ?

📜 Rachi (1)
מַאי אִיכָּא לְמֵימַר הֵיכִי נָפֵיק מִשּׁוּם חֲתִימָתָהּ הָא אֵין מַלְכוּת בַּחֲתִימָתָהּ:
Comment s'acquitterait-il par sa clôture, puisqu'il n'y a pas de royauté dans cette clôture ?
💡 Explication

La distinction précédente suppose que la clôture « Béni... qui forme les luminaires » soit une bénédiction complète à elle seule. Cela tient pour Rav, qui exige seulement la mention du Nom : la clôture le contient.

Pour Rabbi Yo'hanan, une bénédiction exige en outre la malkhout, la mention de la royauté, c'est-à-dire « Roi du monde ». Or la clôture ne la comporte pas, puisqu'elle figure à l'ouverture. La clôture ne peut donc rien acquitter par elle-même.

18
אֶלָּא כֵּיוָן דְּאָמַר רַבָּה בַּר עֻולָּא: כְּדַי לְהַזְכִּיר מִדַּת יוֹם בַּלַּיְלָה וּמִדַּת לַיְלָה בַּיּוֹם, כִּי קָאָמַר בְּרָכָה וּמַלְכוּת מֵעִיקָּרָא — אַתַּרְוַיְיהוּ קָאָמַר.

Mais puisque Rabba bar Oula a dit : afin de mentionner la mesure du jour dans la nuit et la mesure de la nuit dans le jour — lorsqu'il énonce la bénédiction avec la royauté au début, il l'énonce pour les deux.

📜 Rachi (1)
ה"ג אֶלָּא כֵּיוָן דְּאָמַר כּוּ' אֶלָּא לָא תֵּימָא מִשּׁוּם חֲתִימָתָהּ יָצָא אֶלָּא פְּתִיחָתָהּ נָמֵי מְעַלַּיְיתָא הִיא וְלָא תִּפְשׁוֹט מִינֵּיהּ לְחֻמְרָא וְשִׁכְרָא דִּלְגַבֵּי בִּרְכוֹת עַרְבִית וְשַׁחֲרִית הוּא דְּמָצֵי לְמֵימַר דְּכִי פָּתַח בָּזוֹ וְסִיֵּים בְּזוֹ יָצָא דְּהָא כִּי פָּתַח בְּשַׁחֲרִית אַדַּעְתָּא דְּמַעֲרִיב עֲרָבִים הֲוָה דַּעְתֵּיהּ לְאַדְכּוֹרֵי בָּהּ מִדַּת הַיּוֹם בַּלַּיְלָה כְּגוֹן גּוֹלֵל אוֹר וְכִי פָּתַח עַרְבִית אַדַּעְתָּא דְּיוֹצֵר אוֹר הֲוָה דַּעְתֵּיהּ לְאַדְכּוֹרֵי בָּהּ מִדַּת לַיְלָה כְּגוֹן וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ הִלְכָּךְ אַדַּעְתָּא דְּתַרְוַיְיהוּ הָוְיָא:
Ainsi faut-il lire : « Mais puisqu'il a dit », etc. Ne dis donc pas qu'il s'est acquitté par sa clôture ; son ouverture aussi est valable, et l'on ne peut rien en résoudre pour le vin et la bière. Car c'est à propos des bénédictions du soir et du matin que l'on peut dire qu'en commençant par l'une et concluant par l'autre il s'est acquitté : lorsqu'il a commencé le matin avec l'intention de « Maariv aravim », il avait à l'esprit d'y mentionner la mesure du jour dans la nuit, par exemple « golel or » ; et lorsqu'il a commencé le soir avec l'intention de « Yotser or », il avait à l'esprit d'y mentionner la mesure de la nuit dans le jour, par exemple « ou-vore hochekh ». Son intention portait donc sur les deux.
💡 Explication

La réponse déplace l'explication. Il faut abandonner l'idée que c'est la clôture qui acquitte, et dire que l'ouverture elle-même était valable. On l'apprend de l'enseignement de Rabba bar Oula rapporté en 11b : chaque bénédiction mentionne la mesure du moment opposé, « bore hochekh » le matin et « golel or » le soir.

Celui qui ouvre le matin en visant « Maariv aravim » a donc dans l'esprit un contenu qui a sa place le matin ; son ouverture, royauté comprise, vaut pour les deux moments. La baraita cesse alors d'être une preuve pour le vin et la bière, où aucune formule ne recouvre l'autre.

19
תָּא שְׁמַע מִסֵּיפָא: ״כָּלְלוּ שֶׁל דָּבָר: הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַחִתּוּם״. כְּלָלוֹ שֶׁל דָּבָר לְאֵתוֹיֵי מַאי? לָאו לְאֵתוֹיֵי הָא דַּאֲמַרַן?

Viens et entends depuis la fin : « Règle générale : tout suit la clôture. » Que vient inclure « règle générale » ? N'est-ce pas pour inclure ce que nous avons dit ?

📜 Rachi (1)
לָאו לְאֵתוֹיֵי הָא דַּאֲמַרַן כְּגוֹן שִׁכְרָא וְחַמְרָא:
Par exemple la bière et le vin.
💡 Explication

Nouvelle tentative de preuve, tirée cette fois de la formule générale qui clôt la baraita. Une règle générale sert d'ordinaire à inclure des cas non énumérés. Puisque les quatre cas du matin et du soir sont déjà énoncés, elle doit viser autre chose, et l'on propose : le vin et la bière.

20
לֹא, לַאֲתוּיֵי נַהְמָא וְתַמְרֵי. הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דְּאָכַל נַהְמָא, וְקָסָבַר דְּתַמְרֵי אָכַל, וּפָתַח אַדַּעְתָּא דְּתַמְרֵי וְסַיֵּים בִּדְנַהֲמָא — הַיְינוּ בַּעְיַין!

Non, c'est pour inclure le pain et les dattes. Comment cela ?

Si l'on dit qu'il a mangé du pain en pensant manger des dattes, qu'il a commencé avec l'intention des dattes et conclu par celle du pain — c'est notre question même !

📜 Rachi (1)
הַייְנוּ בַּעְיַין דְּהָא בִּרְכַּת הַתְּמָרִים עַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ אֵינָהּ עוֹלָה לְבִרְכַּת הַלֶּחֶם וְאִי בְּהָא פְּשַׁטְתְּ דְּהַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר חִתּוּם בְּרָכוֹת הוּא הַדִּין לְחֻמְרָא וְשִׁכְרָא:
Car la bénédiction des dattes, « bore péri ha-ets », ne vaut pas pour la bénédiction du pain ; et si tu résolvais par là que tout suit la clôture des bénédictions, il en irait de même pour le vin et la bière.
🗂️ Tossefot (1)
לָא לַאֲתוּיֵי נַהְמָא וּפֵירֵשׁ רַב אִלְפָּס הַשְׁתָּא דְּלָא אִפְּשִׁיטָא בַּעְיַין אָזְלִינַן לְקֻולָּא וַאֲפִילּוּ פָּתַח בְּחַמְרָא וְסִייֵּם בְּשִׁכְרָא יָצָא. ור"י הֵי' אוֹמֵר לְחוּמְרָא דְּצָרִיךְ לְבָרֵךְ פַּעַם אַחֶרֶת. וּמִיהוּ הָיָה אוֹמֵר ר"ח אִם הָיָה יוֹדֵעַ בְּבֵירוּר שֶׁטָּעָה בְּדִבּוּרוֹ שֶׁאָמַר בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ תַּחַת (בּוֹרֵא) פְּרִי הַגָּפֶן דִּבְתוֹךְ כְּדֵי דִּבּוּר יָכוֹל לַחֲזֹור בּוֹ. וְכֵן בי"ט בַּחֲתִימָה שֶׁל יוֹם טוֹב אִם טָעָה בֵּין מְקַדֵּשׁ יִשְׂרָאֵל וְהַזְּמַנִּים וְאָמַר מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת וְחָזַר בְּתוֹךְ כְּדֵי דִּבּוּר יָצָא אַחֲרֵי שֶׁהוּא יוֹדֵעַ שֶׁהוּא י"ט. וְהִקְשָׁה הר"ר יַעֲקֹב מִקִּינּוּן מַאי קָא מִבַּעְיָא לֵיהּ וְהָא וַדַּאי מִצְוֹת אֵינָן צְרִיכוֹת כַּוָּונָה. וְהָיָה אוֹמֵר הָרִ"י דְּהַייְנוּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת וְלֹא נִתְכַּוֵּין לָצֵאת. אֲבָל הֵיכָא דְּנִתְכַּוֵּין לְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְנִמְצָא שֵׁכָר לָא מְהַנֵּי:
Le Rif a expliqué : puisque notre question n'a pas été tranchée, nous allons vers l'allégement, et même s'il a commencé par celle du vin et conclu par celle de la bière, il s'est acquitté. Le Ri disait pour sa part qu'il faut aller vers la rigueur et qu'il doit bénir une seconde fois. Rabbenou Hananel disait toutefois que s'il savait avec certitude s'être trompé en parlant, ayant dit « bore péri ha-ets » à la place de « bore péri ha-guefen », il peut se reprendre dans le temps d'une parole (tokh kedei dibour). De même un jour de fête : dans la clôture propre au yom tov, s'il s'est trompé et a dit « mekadech ha-Chabbat » au lieu de « mekadech Israël ve-ha-zemanim », s'il se reprend dans le temps d'une parole il s'est acquitté, puisqu'il sait bien que c'est yom tov. Rabbi Yaakov de Chinon a objecté : quelle est donc la question, puisque assurément les mitsvot n'exigent pas l'intention ? Le Ri répondait qu'il s'agit ici de celui qui entend la prière derrière la synagogue sans avoir eu l'intention de s'acquitter ; mais la où il a eu l'intention de bénir sur du vin et qu'il se trouve que c'est de la bière, cela ne sert de rien.
💡 Explication

La guemara propose un autre contenu pour la règle générale : le cas du pain et des dattes. Elle examine alors dans quel sens l'entendre. Dans le premier sens, il mange du pain en croyant manger des dattes : il ouvre pour « bore péri ha-ets » et clôt par « ha-motsi ». Cette lecture ramènerait exactement à la question posée sur le vin et la bière, puisque la bénédiction des dattes ne vaut jamais pour le pain.

Tossefot rapporte ici la portée pratique de la question restée ouverte : le Rif allège, le Ri est rigoureux, et Rabbenou Hananel introduit la reprise tokh kedei dibour, dans le temps d'une parole.

21
לָא צְרִיכָא: כְּגוֹן דְּאָכַל תַּמְרֵי, וְקָסָבַר נַהְמָא אָכַל, וּפָתַח בִּדְנַהְמָא, וְסִיֵּים בִּדְתַמְרֵי [— יָצָא]. דַּאֲפִילּוּ סִיֵּים בִּדְנַהְמָא — נָמֵי יָצָא.

Il fallait l'énoncer pour un cas comme celui-ci : il a mangé des dattes en pensant manger du pain, il a commencé par celle du pain et conclu par celle des dattes [— il s'est acquitté]. Car même s'il avait conclu par celle du pain, il se serait également acquitté.

💡 Explication

La guemara retient l'autre sens, où les deux formules conviennent. Il mange des dattes en croyant du pain : il ouvre pour « ha-motsi » et clôt par « bore péri ha-ets ». Il s'est acquitté, et sans que l'alternative entre ouverture et clôture ait à être tranchée, puisque la bénédiction du pain aurait de toute façon convenu après coup.

🖼️ Schéma
Pain et dattes : pourquoi ce cas ne résout pas la question Sens écarté Il mange du PAIN en croyant des DATTES Ouverture : bore péri ha-ets Clôture : ha-motsi le'hem C'est exactement notre question Sens retenu Il mange des DATTES en croyant du PAIN Ouverture : ha-motsi le'hem Clôture : bore péri ha-ets Acquitté La raison Les dattes nourrissent elles aussi : même conclue par la bénédiction du pain, la bénédiction aurait valu après coup. Conséquence Ce cas ne met jamais en balance ouverture et clôture, puisque les deux formules conviennent. La question du vin et de la bière reste ouverte.
Les deux sens possibles du cas pain et dattes : celui qui reposerait la question est écarté, celui qui la contourne est retenu.
22
מַאי טַעְמָא — דְּתַמְרֵי נָמֵי מֵיזָן זָיְינִי.

Quelle en est la raison ? Les dattes aussi nourrissent.

💡 Explication

La raison est donnée en trois mots : les dattes rassasient elles aussi. La bénédiction du pain porte sur ce qui nourrit ; les dattes entrent dans cette catégorie après coup, même si l'on ne dira jamais « ha-motsi » sur elles a priori.

La règle générale de la baraita est donc épuisée par ce cas, et la question du vin et de la bière reste ouverte. Elle sera tranchée par les décisionnaires, comme Tossefot l'a rapporté.

23
אָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא סָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: כֹּל שֶׁלֹּא אָמַר ״אֱמֶת וְיַצִּיב״ שַׁחֲרִית, וְ״אֱמֶת וֶאֱמוּנָה״ עַרְבִית — לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְהַגִּיד בַּבֹּקֶר חַסְדֶּךָ וֶאֱמוּנָתְךָ בַּלֵּילוֹת״.

Rabba bar Hinena Sava a dit au nom de Rav : quiconque n'a pas dit « Emet ve-yatsiv » le matin et « Emet ve-emouna » le soir ne s'est pas acquitté de son obligation, ainsi qu'il est dit : « pour annoncer au matin Ta bonté, et Ta fidélité dans les nuits ».

📜 Rachi (2)
כָּל מִי שֶׁלֹּא אָמַר בִּרְכַּת אֱמֶת וְיַצִּיב כְּמוֹ שֶׁתִּקְּנוּהָ וְכֵן אֱמֶת וֶאֱמוּנָה בְּעַרְבִית לֹא יָצָא:
Celui qui n'a pas dit la bénédiction « Emet ve-yatsiv » telle qu'on l'a instituée, ni de même « Emet ve-emouna » le soir : il ne s'est pas acquitté.
שְׁנָא' לְהַגִּיד בַּבֹּקֶר חַסְדְּךָ וּבִרְכַּת אֱמֶת וְיַצִּיב כֻּולָּהּ עַל חֶסֶד שֶׁעָשָׂה עִם אֲבוֹתֵינוּ הִיא שֶׁהוֹצִיאָם מִמִּצְרַיִם וּבָקַע לָהֶם הַיָּם וְהֶעֱבִירָם וּבִרְכַּת אֱמֶת וֶאֱמוּנָה מְדַבֵּר בָּהּ אַף עַל הָעֲתִידוֹת שֶׁאָנוּ מְצַפִּים שֶׁיְּקַייֵּם לָנוּ הַבְטָחָתוֹ וֶאֱמוּנָתוֹ לְגָאֳלֵנוּ מִיַּד מְלָכִים וּמִיַּד עָרִיצִים וּלְשׁוּם נַפְשֵׁנוּ בַּחַיִּים וּלְהַדְרִיכֵנוּ עַל בְּמוֹת אוֹיְבֵינוּ כָּל אֵלֶּה הַנִּסִּים הַתְּדִירִים תָּמִיד:
La bénédiction « Emet ve-yatsiv » porte tout entière sur la bonté accomplie envers nos pères : Il les a fait sortir d'Égypte, a fendu pour eux la mer et les a fait passer. La bénédiction « Emet ve-emouna » parle aussi de ce qui est à venir et que nous attendons : qu'Il tienne pour nous Sa promesse et Sa fidélité, nous délivre de la main des rois et de la main des tyrans, place notre âme parmi les vivants et nous fasse marcher sur les hauteurs de nos ennemis — tous ces miracles constants.
🗂️ Tossefot (2)
אֱמֶת וְיַצִּיב וְכוּ' לָא קָאֵי עַל הַשְּׁכִינָה אֶלָּא קָאֵי אַהַדָּבָר הַזֶּה וְכוּ'. וְכֵן אִיתָא בהר"ם. וְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי הַאי מַרְגָּנִיתָא דְּלֵית בֵּיהּ טִימֵּא פֵּירוּשׁ שֶׁאֵין לָהּ שׁוּמָא כָּל מַה שֶׁמְּשַׁבֵּחַ מִתְגַּנֵּי לָהּ כִּדְאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת ד' לג ב) בְּחַד דְּפָתַח וְאָמַר הָאֵל הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא וְהָיָה מַאֲרִיךְ הַרְבֵּה וא"ל ר' חֲנִינָא סַיֵּימְתְּ לְשִׁבְחֵי דְּמָרָךְ כִּי כָּל פֶּה לֹא יוּכַל לְסַפֵּר שִׁבְחוֹ:
Cela ne se rapporte pas à la Chekhina mais à la chose même, etc. Ainsi se trouve-t-il chez le Maharam. Et il se trouve dans le Yerouchalmi : cette perle qui n'a pas de prix — c'est-à-dire qu'elle est inestimable, et tout éloge que l'on en fait la diminue, comme il est dit plus loin (Berakhot 33b) au sujet de celui qui ouvrit en disant « le D.ieu grand, puissant et redoutable » et allongeait beaucoup, et à qui Rabbi Hanina dit : as-tu fini les louanges de ton Maître ? Car nulle bouche ne peut raconter Sa louange.
לְהַגִּיד בַּבֹּקֶר חַסְדְּךָ חֶסֶד שֶׁהַקָּדוֹשׁ ב"ה עָשָׂה לָנוּ בְּמִצְרַיִם. וֶאֱמוּנָתֶךָ פִּי' מְדַבֵּר עַל הֶעָתִיד שֶׁאָנוּ מְצַפִּים שֶׁיִּשְׁמֹור הַבְטָחָתוֹ וֶאֱמוּנָתוֹ וְיִגְאָלֵנוּ מִיַּד הַמְּלָכִים וּבְסוֹף בְּרָכָה חוֹזֵר לִגְאוּלָּה דְּפַרְעֹה כְּדֵי לִסְמֹוךְ לְגָאַל יִשְׂרָאֵל. א"נ ע"ד הַמְדֵּר' (רַבָּה אֵיכָה ג) חֲדָשִׁים לַבְּקָרִים רַבָּה אֱמוּנָתֶךָ שֶׁאָדָם מַאֲמִין וּמַפְקִיד רוּחוֹ בְּיָדוֹ וּמַחֲזִירָהּ בְּלֹא יְגִיעָה:
« Pour annoncer au matin Ta bonté » : la bonté que le Saint béni soit-Il nous a faite en Égypte. « Et Ta fidélité » : cela parle de ce qui est à venir et que nous attendons, qu'Il garde Sa promesse et Sa fidélité et nous délivre de la main des rois ; et à la fin de la bénédiction on revient à la délivrance de Pharaon, afin de la joindre à « Qui a délivré Israël ». Ou bien selon le midrach (Eikha Rabba 3) : « ils sont nouveaux chaque matin, grande est Ta fidélité » — l'homme confie son souffle entre Ses mains, et Il le lui rend sans peine.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל מִי שֶׁלֹּא אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב שַׁחֲרִית, וֶאֱמֶת וֶאֱמוּנָה עַרְבִית לֹא יָצָא יְדֵי חִבָּתוֹ. י"ל מַאי קָא מַשְׁמַע לַן פְּשִׁיטָה, כֵּיוָן דְּלָא אָמַר בְּרָכָה שֶׁתִּקְּנוּ חֲכָמִים, וְאִם כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר דְּלָא אֲמָרָהּ בִּלְשׁוֹן שֶׁתִּקְּנוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל, אֶלָּא קִיצֵּר גַּם עַל זֶה קַשָּׁא מִמַּה נַפְשָׁךְ, אִם אָמַר מֵעֵין הַבְּרָכָה לָמָּה לֹא יָצָא י"ח, וְאִם לָאו וַדַּאי לֹא יָצָא, וְעוֹד לְפִי זֶה לָמָּה נָקֵיט זֶה הַדִּין בֶּאֱמֶת וְיַצִּיב הֲלֹא דִּין זֶה יֶשְׁנוֹ בְּכָל מַטְבֵּעַ בְּרָכוֹת וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בִּסְתָם, כֹּל שֶׁלֹּא אָמַר בְּרָכָה שֶׁתִּקְּנוּ חֲכָמִים לֹא יָצָא י"ח, וְאֵין לוֹמַר כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר לֹא יָצָא י"ח ק"ש, דְּזֶה לֹא יִתָּכֵן, דְּהָא קַיְימָא לַן בְּרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר דְּאִם לֹא אָמַר שְׁתֵּי בְּרָכוֹת אֵלֶּה, אֲפִילּוּ שֶׁאָמַר אַחַת מֵהֶם לֹא יָצָא י"ח אוֹתָהּ הַבְּרָכָה שֶׁאָמְרָה, דְּבָעֵינַן שֶׁיֹּאמַר שְׁתֵּיהֶן, א' בְּשַׁחֲרִית וְאַחַת בְּעַרְבִית, וְאָז יָצָא י"ח שַׁחֲרִית וְעַרְבִית, וְאִם לֹא אָמַר בְּעַרְבִית אַף עַל פִּי שֶׁאָמַר בְּשַׁחֲרִית לֹא יָצָא י"ח שַׁחֲרִית , וְכֵן לְהֵפֶךְ, מִשּׁוּם דִּשְׁתַּיִם אֵלֶּה שָׁיְיכִי לְהָדְדִי, וּבִשְׁבִיל טַעַם אַחֵר נִתְקְנוּ זוֹ בְּשַׁחֲרִית וְזוֹ בְּעַרְבִית, וְהַייְנוּ דְּכָתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת (תְּהִלִּים צב, ג) לְהַגִּיד בַּבֹּקֶר חַסְדְּךָ, חֶסֶד שֶׁעָשָׂה לָנוּ הקב"ה בְּמִצְרַיִם, וֶאֱמוּנָתֶךָ בַּלֵּילוֹת, מְדַבֵּר עַל הֶעָתִיד, שֶׁאֲנַחְנוּ מְצַפִּים שֶׁיִּשְׁמֹור הַבְטָחָתוֹ וֶאֱמוּנָתוֹ, שֶׁיִּגְאָלֵנוּ מִיָּד הַמְּלָכִים, נִמְצָא שֶׁל שְׁחֹרַת נִתְקְנָה עַל גְּאֻולָּתֵנוּ מִמִּצְרַיִם, וְשֶׁל עַרְבִית עֲקָרָה נִתְקְנָה עַל גְּאֻולָּתֵנוּ לֶעָתִיד, וְכֵן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל, וְהִנֵּה צָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה בְּשַׁחֲרִית עֲקָרָה עַל יְצִיאַת מִצְרַיִם וְשֶׁל עַרְבִית עֲקָרָה עַל גְּאֻולָּה שֶׁל הֶעָתִיד, וְנִרְאֶה הַטַּעַם עַל פִּי מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בַּפָּסוּק (יְשַׁעְיָה נב, ג) חִנָּם נִמְכַּרְתֶּם וְלֹא בְכֶסֶף תִּגָּאֵלוּ, כִּי שֶׁל יְצִיאַת מִצְרַיִם הָיְתָה עַל פִּי מִדַּת הַחֶסֶד שֶׁהֵם כֶּסֶף, אֲבָל גְּאֻולָּה הָעֲתִידָה תִּהְיֶה עַל פִּי מִדַּת הַגְּבוּרָה, וְזֶה הַטַּעַם שֶׁגְּאֻולָּה שֶׁל יְצִיאַת מִצְרַיִם הָיָה אַחֲרֶיהָ שִׁעְבּוּד וּגְאֻולָּה הָעֲתִידָה אֵין אַחֲרֶיהָ שִׁעְבּוּד. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד מִמֵּילָא הַטַּעַם, מַה שֶׁתִּקְּנוּ הַבְּרָכוֹת בְּשַׁחֲרִית עַל יְצִיאַת מִצְרַיִם, מִפְּנֵי שֶׁבְּשַׁחֲרִית שׁוֹלֵט מִדַּת הַחֶסֶד, וּגְאֻולָּה זוֹ הָיְתָה עַל פִּי מִדַּת הַחֶסֶד, אֲבָל בְּעַרְבִית שֶׁשּׁוֹלֵט מִדַּת הַגְּבוּרָה, תִּקְּנוּ הַבְּרָכָה עִיקָּרָהּ עַל גְּאֻולָּה הָעֲתִידָה, שֶׁהִיא תִּהְיֶה עַל פִּי מִדַּת הַגְּבוּרָה, וְהַשְׁתָּא מִמֵּילָא מוּבָן הַטַּעַם דִּשְׁתֵּי בְּרָכוֹת שָׁיְיכִי אַהֲדָדֵי, וְהַייְנוּ כִּי בְּכַוָּנָה מְכֻוֶּונֶת תִּיקְּנוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה זוֹ בְּשַׁחֲרִית וְזוֹ בְּעַרְבִית, לְלַמְּדֵנוּ דְּשֶׁל יְצִיאַת מִצְרַיִם הָיְתָה עַל פִּי מִדַּת הַחֶסֶד שֶׁשּׁוֹלֵט בְּשַׁחֲרִית, וְשֶׁל הֶעָתִיד לָבֹא תִּהְיֶה עַל פִּי מִדַּת הַגְּבוּרָה שֶׁשּׁוֹלֶטֶת בְּעַרְבִית, וְאָז מִמֵּילָא נֵדַע שֶׁגְּאֻולָּה הָעֲתִידָה אֵין אַחֲרֶיהָ שִׁעְבּוּד, כִּי דַּוְקָא שֶׁל יְצִיאַת מִצְרַיִם שֶׁהָיְתָה עַל פִּי הַחֶסֶד הָיָה אַחֲרֶיהָ שִׁעְבּוּד מִצַּד קִטְרוּג מִדַּת הַדִּין, אֲבָל בָּעֲתִידָה שֶׁגַּם מִדַּת הַדִּין תַּסְכִּים מִי יְקַטְרֵג, וְלָכֵן אִם אָמַר בְּשַׁחֲרִית דַּוְקָא וְלֹא בְּעַרְבִית, וְכֵן לְהֵפֶךְ, לֹא יָצָא י"ח, יַעַן כִּי בְּאַחַת בִּלְבַד לֹא יַרְגִּישׁ בְּשִׁינּוּי כְּדֵי שֶׁיָּבֹא לְהִתְעוֹרֵר וּלְהָבִין הַטַּעַם הַזֶּה, וְלִלְמֹוד מַזֶּה עַל מַעֲלַת הַגְּאֻולָּה הָעֲתִידָה שֶׁלֹּא יִהְיֶה אַחֲרֶיהָ שִׁעְבּוּד, וְנִמְצָא שֶׁלֹּא נִתְקַייְּמָה בָּזֶה כַּוָּנָתָם שֶׁל אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה בְּסֵדֶר זֶה שֶׁתִּקְּנוּ בִּשְׁתֵּיהֶם, וּלְפִי זֶה יְתֹורַץ בס"ד דִּקְדּוּק גָּדוֹל בַּפָּסוּק, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְהַגִּיד אֱמוּנָתֶךָ בַּלֵּילוֹת וּבַבֹּקֶר חֲסָדֶיךָ, שֶׁהַדֶּרֶךְ לִתְפֹּוס לַיְלָה קֹודֶם יוֹם, כמ"ש (בְּרֵאשִׁית א' ה') וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר, וּבְהָכִי נִיחָא, דְּבַבֹּקֶר מַזְכִּירִין שֶׁל יְצִיאַת מִצְרַיִם דְּהָיְתָה בָּרִאשׁוֹנָה, וּבָעֶרֶב עַל אַחֲרוֹנָה, וְלָכֵן הַכָּתוּב נָקֵיט גַּם כֵּן כְּסֵדֶר זֶה.
« Quiconque n'a pas dit Emet ve-yatsiv le matin et Emet ve-emouna le soir ne s'est pas acquitté de son obligation. » On peut demander : que nous apprend-il ? Cela va de soi, puisqu'il n'a pas dit la bénédiction instituée par les Sages. Et si son intention est de dire qu'il ne l'a pas dite dans les termes institués par nos Sages mais l'a abrégée, la difficulté demeure des deux côtés : s'il a dit la substance de la bénédiction, pourquoi ne se serait-il pas acquitté ? et s'il ne l'a pas dite, il est certain qu'il ne s'est pas acquitté. De plus, pourquoi énoncer cette règle à propos d'« Emet ve-yatsiv », puisqu'elle vaudrait pour toute formule de bénédiction ? Il aurait fallu dire de façon générale : quiconque n'a pas dit la bénédiction instituée par les Sages ne s'est pas acquitté. Et l'on ne peut pas dire que son intention est qu'il ne s'est pas acquitté de l'obligation du Chema, car cela ne se peut, puisque nous tenons que les bénédictions ne sont pas indispensables. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que son intention est celle-ci : s'il n'a pas dit ces deux bénédictions, alors même qu'il en a dit une, il ne s'est pas acquitté de celle qu'il a dite, car il faut les dire toutes deux, l'une le matin et l'autre le soir, et alors il s'acquitte du matin et du soir ; s'il n'a pas dit celle du soir, même ayant dit celle du matin, il ne s'est pas acquitté de celle du matin, et inversement, parce que ces deux bénédictions se tiennent l'une l'autre et que chacune a été instituée, matin et soir, pour une raison propre. C'est ce qu'écrivent les Tossefot : « pour annoncer au matin Ta bonté » (Tehilim 92, 3), la bonté que le Saint béni soit-Il nous a faite en Égypte ; « et Ta fidélité dans les nuits », cela parle de ce qui est à venir et que nous attendons, qu'Il garde Sa promesse et Sa fidélité et nous délivre de la main des rois. Il ressort que celle du matin a été instituée sur notre délivrance d'Égypte et celle du soir principalement sur notre délivrance à venir, et ainsi l'a expliqué Rachi. Or il faut comprendre pourquoi celle du matin porte principalement sur la sortie d'Égypte et celle du soir sur la délivrance à venir. La raison paraît tenir à ce qu'a écrit notre maître le Ari sur le verset « vous avez été vendus pour rien, et vous serez rachetés sans argent » (Yechayahou 52, 3) : la sortie d'Égypte s'est faite selon la mesure de 'hessed, qui est l'argent, tandis que la délivrance à venir se fera selon la mesure de guevoura ; c'est pourquoi la délivrance d'Égypte fut suivie d'un asservissement, tandis que la délivrance à venir n'en sera suivie d'aucun. On comprend dès lors, avec l'aide du Ciel, pourquoi l'on a institué le matin la bénédiction sur la sortie d'Égypte : le matin, c'est la mesure de 'hessed qui gouverne, et cette délivrance s'est faite selon 'hessed ; tandis que le soir, où gouverne la mesure de guevoura, on a institué la bénédiction portant principalement sur la délivrance à venir, qui se fera selon guevoura. On comprend alors pourquoi ces deux bénédictions se tiennent l'une l'autre : les hommes de la Grande Assemblée ont institué à dessein l'une le matin et l'autre le soir, pour nous enseigner que la délivrance d'Égypte s'est faite selon la mesure de 'hessed qui gouverne le matin, et que celle de l'avenir se fera selon la mesure de guevoura qui gouverne le soir ; nous savons alors d'eux-mêmes que la délivrance à venir ne sera suivie d'aucun asservissement, car seule celle d'Égypte, faite selon 'hessed, fut suivie d'un asservissement en raison de l'accusation portée par la mesure de din, tandis que dans la délivrance à venir, où la mesure de din elle-même consentira, qui pourrait accuser ? C'est pourquoi, s'il a dit celle du matin seulement et non celle du soir, ou l'inverse, il ne s'est pas acquitté : avec une seule il ne perçoit pas la différence qui doit l'éveiller à comprendre cette raison et à en apprendre la grandeur de la délivrance à venir, qui ne sera suivie d'aucun asservissement ; l'intention des hommes de la Grande Assemblée, dans l'ordre qu'ils ont institué pour les deux, se trouve alors inaccomplie. On résoudra ainsi, avec l'aide du Ciel, une grande difficulté du verset : il aurait fallu dire « pour annoncer Ta fidélité dans les nuits et au matin Ta bonté », l'usage étant de placer la nuit avant le jour, comme il est dit « il fut soir, il fut matin » (Bereshit 1, 5). Cela se comprend bien ainsi : au matin on mentionne la sortie d'Égypte, qui fut la première, et le soir la dernière ; le verset a donc lui aussi suivi cet ordre.
💡 Explication

Nouvel enseignement, rapporté au nom de Rav. Les deux formules d'ouverture de la bénédiction qui suit le Chema diffèrent selon le moment, et le verset des Tehilim en donne l'appui : 'hessed le matin, emouna le soir.

Rachi explique la différence de contenu : « Emet ve-yatsiv » raconte tout entière la bonté déjà accomplie envers les pères, la sortie d'Égypte et l'ouverture de la mer ; « Emet ve-emouna » parle en outre de ce qui est attendu, la promesse encore à tenir. Le Ben Yehoyada tirera de là que les deux bénédictions se tiennent l'une l'autre.

🖼️ Schéma
Emet ve-yatsiv le matin, Emet ve-emouna le soir Matin Emet ve-yatsiv pour annoncer au matin Ta bonté Objet : la sortie d'Égypte, déjà accomplie Ben Yehoyada : mesure de 'hessed Soir Emet ve-emouna et Ta fidélité dans les nuits Objet : la délivrance attendue Ben Yehoyada : mesure de guevoura Ce que Rachi souligne La bénédiction du matin raconte le passé ; celle du soir engage aussi l'avenir, la promesse encore attendue. Lecture du Ben Yehoyada Les deux bénédictions se tiennent : la différence entre elles enseigne que la délivrance à venir ne sera suivie d'aucun asservissement.
Deux formules pour un même office : le passé accompli le matin, la promesse attendue le soir.
24
וְאָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא [סָבָא] מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: הַמִּתְפַּלֵּל, כְּשֶׁהוּא כּוֹרֵעַ כּוֹרֵעַ בְּבָרוּךְ, וּכְשֶׁהוּא זוֹקֵף — זוֹקֵף בְּשֵׁם

Et Rabba bar Hinena Sava a dit au nom de Rav : celui qui prie, lorsqu'il s'incline, s'incline à « baroukh », et lorsqu'il se redresse, se redresse au Nom.

📜 Rachi (1)
כְּשֶׁהוּא כּוֹרֵעַ בְּאָבוֹת וּבְהוֹדָאָה כּוֹרֵעַ בְּבָרוּךְ וְזוֹקֵף אֶת עַצְמוֹ כְּשֶׁהוּא מַזְכִּיר אֶת הַשֵּׁם עַל שֵׁם ה' זוֹקֵף כְּפוּפִים (תְּהִילִּים קמ״ו:ח׳):
Aux Avot et à la Hodaa, il s'incline à « baroukh » et se redresse lorsqu'il mentionne le Nom, d'après le verset « Il redresse ceux qui sont courbés » (Tehilim 146, 8).
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא סָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב כָּל שֶׁלֹּא אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב שַׁחֲרִית וֶאֱמֶת וֶאֱמוּנָה עַרְבִית לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ שֶׁנֶּאֱמַר לְהַגִּיד בַּבֹּקֶר חַסְדֶּךָ וֶאֱמוּנָתְךָ בַּלֵּילוֹת. וְאָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא סָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב הַמִּתְפַּלֵּל כְּשֶׁהוּא כּוֹרֵעַ כּוֹרֵעַ בְּבָרוּךְ. וְכַשְּׁהוּא זוֹקֵף זוֹקֵף בַּשֵּׁם. אָמַר שְׁמוּאֵל מַאי טַעְמָא דְּרַב מִשּׁוּם דִּכְתִיב ה' זוֹקֵף כְּפוּפִים: רַב שֵׁשֶׁת כִּי הֲוָה כָּרַע כָּרַע כְּחִיזְרָא. כִּי זָקֵיף זָקֵיף כְּחַוְיָא. פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ בְּשֵׁם רַב הַאי גָּאוֹן זַ"ל חִיזְרָא הוּא אֶחָד מִמִּינֵי קוֹצִים שֶׁמְּצַוִּים בְּבָבֶל וְקוֹרִים אוֹתוֹ אלכס"ר וּכְשֶׁכּוֹרֵעַ לֹא יִכְרַע מֵאֶמְצַע מָתְנָיו וְרֹאשׁוֹ זָקוּף וְעוֹמֵד אֶלָּא יָכוֹף אֶת רֹאשׁוֹ כְּאַגְמוֹן וְיִכְרַע. יְרוּשַׁלְמִי תָּנֵי דְּבֵי חֲלַפְתָּא בֶּן שָׁאוּל הַכֹּל שׁוֹחִין עִם ש"צ בְּהוֹדָאָה. וְר' זֵירָא אָמַר וּבִלְבַד בְּמוֹדִים ר"ש בַּר נָתָן מִשּׁוּם ר' אַבָּא בַּר חִינְנָא מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁשָּׁחָה יוֹתֵר מִדַּאי וְהֶעֱבִירוֹ ר' יוֹחָנָן אָמַר ר' חַיָּיא לָא הֲוָה מֵעֵבֶר אֶלָּא גָּעַר. א"ר יִרְמְיָה וּבִלְבַד דְּלָא נַעֲבִיד כְּהָדָא חָזַרְנָא אֶלָּא כָּל עַצְמוֹתַי תֹּאמַרְנָה. וּפִי' בֶּעָרוּךְ בְּעֵרֶךְ חָזַר הַצָּב לְמִינֵהוּ תַּרְגּוּם יְרוּשַׁלְמִי חִזְרַנָא. וּכְשֶׁהוּא שׁוֹחֶה שׁוֹחֶה מִמָּתְנָיו וְרֹאשׁוֹ עוֹמֵד כִּבְרִיָּיתוֹ:
Rabba bar Hinena Sava a dit au nom de Rav : quiconque n'a pas dit « Emet ve-yatsiv » le matin et « Emet ve-emouna » le soir ne s'est pas acquitté de son obligation, ainsi qu'il est dit : « pour annoncer au matin Ta bonté, et Ta fidélité dans les nuits ». Et Rabba bar Hinena Sava a dit au nom de Rav : celui qui prie, lorsqu'il s'incline, s'incline à « baroukh », et lorsqu'il se redresse, se redresse au Nom. Chmouel a dit : quelle est la raison de Rav ? Parce qu'il est écrit « Il redresse ceux qui sont courbés ». Rav Chechet, lorsqu'il s'inclinait, s'inclinait comme un hizra, et lorsqu'il se redressait, se redressait comme un serpent. Le Aroukh a expliqué au nom de Rav Haï Gaon : le hizra est une espèce d'épineux répandue en Babylonie, que l'on appelle alkesar ; lorsqu'on s'incline, on ne doit pas plier depuis le milieu des reins en gardant la tête droite, mais courber la tête comme un jonc et s'incliner ainsi. Yerouchalmi : l'école de Halafta ben Chaoul enseigne : tous s'inclinent avec l'officiant à la Hodaa ; et Rabbi Zeira dit : à condition que ce soit à « Modim ». Rabbi Chimon bar Nathan au nom de Rabbi Abba bar Hinena : il arriva que quelqu'un s'inclina plus que de mesure, et Rabbi Yo'hanan l'écarta [de l'office] ; Rabbi Hiya dit : il ne l'a pas écarté, il l'a réprimandé. Rabbi Yirmeya a dit : à condition de ne pas faire comme ce hazrana, mais selon « tous mes os diront ». Le Aroukh a expliqué, à l'entrée hazar : « le tsav selon son espèce » (Vayikra 11, 29), que le Targoum de Jérusalem rend par hazrana. Et lorsqu'on s'incline, on s'incline depuis les reins, la tête gardant sa position naturelle.
💡 Explication

Second enseignement du même maître au nom de Rav, sur le geste de la Amida. La keria, l'inclinaison, se fait sur le mot « baroukh » ; la zekifa, le redressement, se fait à la mention du Nom. Rachi précise où : aux Avot et à la Hodaa, les deux endroits où l'on s'incline.

Le Roch, qui réunit ici les deux enseignements de Rabba bar Hinena Sava, ajoute la mesure du geste rapportée plus loin et le passage du Yerouchalmi qui reprend celui qui s'incline plus que de raison.

🖼️ Schéma
S'incliner à baroukh, se redresser au Nom Baroukh il s'incline keria Le Nom il se redresse zekifa Suite du texte debout Raison donnée par Chmouel Tehilim 146,8 : Il redresse ceux qui sont courbés Objection et réponse devant Mon nom, non pas à Mon nom Où l'on s'incline : aux Avot et à la Hodaa. Le Roch ajoute la mesure du geste : plier depuis les reins, sans excès.
Le geste de la Amida selon Rav : inclinaison à baroukh, redressement au Nom.
25
אָמַר שְׁמוּאֵל: מַאי טַעְמָא דְּרַב — דִּכְתִיב: ״ה׳ זוֹקֵף כְּפוּפִים״.

Chmouel a dit : quelle est la raison de Rav ? Parce qu'il est écrit : « ה' redresse ceux qui sont courbés ».

💡 Explication

Chmouel donne l'appui scripturaire. Le verset associe le redressement au Nom lui-même : c'est Lui qui redresse. Le fidèle se redresse donc au moment où il prononce le Nom, et le geste redit le verset.

26
מֵתִיבִי: ״מִפְּנֵי שְׁמִי נִחַת הוּא״.

On objecte : « et devant Mon nom il était dans l'effacement ».

📜 Rachi (1)
נַחַת לְשׁוֹן הַכְנָעָה:
Nahat : terme de soumission.
💡 Explication

Objection tirée du verset de Malakhi qui fait l'éloge du cohen : devant le Nom, il se tenait dans l'effacement. Rachi glose le mot nahat comme un terme de soumission. Le verset semblerait donc demander de rester courbé au Nom, contre la règle de Rav.

27
מִי כְּתִיב ״בִּשְׁמִי״? ״מִפְּנֵי שְׁמִי״ כְּתִיב.

Est-il écrit « à Mon nom » ? C'est « devant Mon nom » qui est écrit.

💡 Explication

La réponse tient à une préposition. Le verset dit mi-pnei chemi, devant Mon nom, et non bi-chemi, à Mon nom. L'effacement précède la mention du Nom, c'est-à-dire au moment de « baroukh » ; il ne l'accompagne pas. La règle de Rav est donc confirmée.

28
אֲמַר לֵיהּ שְׁמוּאֵל לְחִייָּא בַּר רַב: בַּר אוֹרְיָאן, תָּא וְאֵימָא לְךָ מִלְּתָא מְעַלַּייְתָא דַּאֲמַר אֲבוּךְ. הָכִי אָמַר אֲבוּךְ: כְּשֶׁהוּא כּוֹרֵעַ — כּוֹרֵעַ בְּ״בָּרוּךְ״, כְּשֶׁהוּא זוֹקֵף — זוֹקֵף בְּשֵׁם.

Chmouel dit à Hiya bar Rav : fils de Torah, viens que je te dise une parole excellente qu'a dite ton père. Ainsi a dit ton père : lorsqu'il s'incline, il s'incline à « baroukh » ; lorsqu'il se redresse, il se redresse au Nom.

🪔 Ben Yehoyada (1)
הָכִי אָמַר אֲבוּךְ כְּשֶׁהוּא כּוֹרֵעַ כּוֹרֵעַ בְּבָרוּךְ. צ"ל שִׂיחַת תַּלְמִידֵי חֲכָמִים דא"ל הָכִי אָמַר אֲבוּךְ, מַהוּ תֵּיבַת 'הָכִי' וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אָמַר אֲבוּךְ וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, מַה דְּנָקֵיט רַב בִּלְשׁוֹנוֹ דְּבָרִים בַּכֶּפֶל, הַכּוֹרֵעַ כּוֹרֵעַ וְהַזּוֹקֵף זוֹקֵף, וְלֹא אָמַר צָרִיךְ לִכְרֹועַ בְּבָרוּךְ וְלִזְקֹוף בְּשֵׁם, הַייְנוּ בָּא לְלַמְּדֵינוּ שֶׁצָּרִיךְ לִכְרֹועַ שְׁתֵּי כְּרִיעוֹת, דְּהַייְנוּ תְּחִלָּה יִכְרַע הַגּוּף, וְאַחַר כָּךְ יִכְרַע הָרֹאשׁ, וְכֵן צָרִיךְ לִזְקֹוף ב' זְקִיפוֹת, תְּחִלָּה הַגּוּף וְאַחַר כָּךְ הָרֹאשׁ, וְלָכֵן כֶּפֶל הַלָּשׁוֹן כַּנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת יְעַייֵּן שָׁם, וְלָכֵן א"ל הָכִי אָמַר אֲבוּךְ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּלָשׁוֹן זֶה אָמַר אֲבוּךְ, עַל כֵּן דִּקְדֵּק בְּכֶפֶל הַלָּשׁוֹן, שֶׁבָּא לְלַמְּדֵינוּ בּוֹ דָּבָר יָקָר שֶׁל שְׁתֵּי כְּרִיעוֹת וּשְׁתֵּי זְקִיפוֹת, וּבָזֶה יוּבָן דִּבְרֵי שְׁמוּאֵל דְּאָמַר מ"ט דְּרַב דִּכְתִיב (תְּהִלִּים קמו, ח) ה' זָקַף כְּפוּפִים, שֶׁבָּא לְהָבִיא רְאָיָה עַל שְׁתֵּי כְּרִיעוֹת, דִּכְתִיב כְּפוּפִים שְׁתֵּי כְּפִיפוֹת, וּמִמֵּילָא יָדְעִינַן נָמֵי דְּצָרִיךְ שְׁתֵּי זְקִיפוֹת.
« Ainsi a dit ton père : lorsqu'il s'incline, il s'incline à baroukh. » Il faut dire qu'il s'agit ici de la conversation des sages : pourquoi lui dit-il « ainsi a dit ton père », alors qu'il aurait suffi de dire « ton père a dit », etc. ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, que si Rav a employé une formule redoublée — « celui qui s'incline, s'incline » et « celui qui se redresse, se redresse » — au lieu de dire simplement qu'il faut s'incliner à « baroukh » et se redresser au Nom, c'est pour nous apprendre qu'il faut faire deux inclinaisons : d'abord incliner le corps, puis incliner la tête ; et de même deux redressements, d'abord le corps puis la tête. C'est pourquoi il a redoublé la formule, comme il est rapporté dans le Sefer ha-Kavanot, vois-y. Aussi lui dit-il « ainsi a dit ton père », c'est-à-dire : c'est dans ces termes que ton père a parlé, et il a pris soin de redoubler la formule pour nous enseigner par là une chose précieuse, deux inclinaisons et deux redressements. On comprend par là les paroles de Chmouel disant : quelle est la raison de Rav ? Parce qu'il est écrit « Il redresse ceux qui sont courbés » (Tehilim 146, 8) — il vient apporter une preuve pour les deux inclinaisons, puisqu'il est écrit « courbés » au pluriel, deux courbures ; et l'on en sait de même qu'il faut deux redressements.
💡 Explication

Le folio s'achève sur une scène de transmission. Chmouel rapporte au fils de Rav une parole de son père, avec la marque d'estime bar ouryan, fils de Torah. La formule reprise est exactement celle du début du passage.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur le mot « ainsi » et sur le redoublement de la formule, pour y lire une indication de geste : deux inclinaisons et deux redressements, le corps puis la tête.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).