Berakhot 12b — Les bénédictions des dix jours de techouva, la prière pour autrui, la honte qui expie, et pourquoi la section des tsitsit se lit la nuit

Berakhot 12b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la manière dont Rav Chechet s'inclinait et se redressait, puis rassemble trois enseignements de Rabba bar Hinnana Sava au nom de Rav : la formule des bénédictions pendant les dix jours qui vont de Roch Hachana a Yom Kippour (HaMelekh hakadoch et HaMelekh hamichpat, contre HaKel hakadoch et Melekh ohev tsedaka oumichpat), l'obligation de demander miséricorde pour son prochain, et le pouvoir expiatoire de la honte éprouvée pour une faute. Ce dernier point est démontré par l'épisode du roi Chaoul qui, devant Chemouel, n'ose pas mentionner les Ourim veToumim parce qu'il avait tué Nov, la ville des cohanim ; deux preuves montrent qu'il fut pardonné.

La sougya passe ensuite aux sections lues dans le Chema : pourquoi la section de Balak n'y a pas été insérée malgré le verset kara chakhav, et pourquoi celle des tsitsit y figure, avec ses cinq contenus. Le folio se clôt sur la michna de Rabbi Elazar ben Azarya et la controverse de Ben Zoma et des Sages sur le mot kol dans tous les jours de ta vie : les nuits, ou les jours du Machiah.

1. Fin de la sougya de la prière Rav Chechet : inclinaison rapide, redressement lent. Puis trois enseignements de Rabba bar Hinnana Sava au nom de Rav. 2. Les trois enseignements de Rav a. Formule des bénédictions durant les dix jours - b. Qui peut prier pour autrui et ne le fait pas est un fauteur c. Qui faute et en a honte : toutes ses fautes sont pardonnées 3. Preuve par le roi Chaoul Il n-ose pas mentionner les Ourim veToumim (il avait tué Nov, ville des cohanim) : c-est la honte. Deux preuves de son pardon : demain avec moi (Rabbi Yo'hanan) et la bat kol : l-élu de Hachem. 4. Les sections du Chema Balak : écartée malgré kara chakhav, à cause de la peine imposée au public (torah tsibour). Tsitsit : retenue parce qu-elle contient cinq choses. 5. Michna et guemara : la sortie d-Égypte la nuit Ben Zoma : kol yeme hayekha ajoute les nuits. Les Sages : kol ajoute les jours du Machiah.
Plan du folio : de la posture de la prière aux sections du Chema, puis à la michna sur la mention de la sortie d-Égypte la nuit.
Quelle formule durant les dix jours entre Roch Hachana et Yom Kippour ? Rav (via Rabba bar Hinnana Sava) On change la formule : HaMelekh hakadoch (le Roi saint) HaMelekh hamichpat (le Roi du jugement) Raison (Rachi) : durant ces jours Il manifeste Sa royauté pour juger le monde. Rabbi Elazar Même s-il a dit HaKel hakadoch : il est quitte. Verset : Hachem Tsevaot s-élève par le jugement et le D.ieu saint est sanctifié par la justice. Au moment même où Il se révèle par le jugement, le verset dit encore HaKel hakadoch. Mai hava alah ? - Quelle conclusion ? Rav Yossef : HaKel hakadoch, Melekh ohev tsedaka oumichpat. Rabba : HaMelekh hakadoch, HaMelekh hamichpat. Halakha : comme Rabba
La controverse sur la formule des bénédictions durant les dix jours de techouva, et sa conclusion halakhique.
Pourquoi la section des tsitsit dans le Chema : les cinq choses Explicites dans le texte 1. Les tsitsit : ils se feront des tsitsit 2. La sortie d-Égypte : que Je vous ai fait sortir 3. Le joug des mitsvot : vous les verrez et vous vous souviendrez de toutes les mitsvot Trois contenus lus à la surface du verset. Dérivés d-un seul verset 4. Après vos cœurs : la minout (hérésie) 5. Après vos yeux : la pensée de transgression 6. Vous vous prostituez : la pensée d-idolâtrie Baraita sur vélo tatourou (Nombres 15,39). Six items sont énumérés pour cinq annonces. Un seul verset : vélo tatourou aharei levavkhem ve-aharei enekhem Conséquence : la section est lue même la nuit, pour la sortie d-Égypte
Les cinq choses contenues dans la section des tsitsit : trois explicites, trois dérivées du verset vélo tatourou.
1
רַב שֵׁשֶׁת, כִּי כָּרַע — כָּרַע כְּחִיזְרָא. כִּי קָא זָקֵיף — זָקֵיף כְּחִיוְיָא.

Rav Chechet, quand il s'inclinait, s'inclinait comme une baguette ; et quand il se redressait, il se redressait comme un serpent.

📜 Rachi (3)
כְּחִיזְרָא שֵׁבֶט בְּיַד אָדָם וְחוֹבְטוֹ כְּלַפֵּי מַטָּה בְּבַת אַחַת:
Comme une baguette (hizra) — une baguette dans la main d'un homme, qu'il abat vers le bas d'un seul coup.
זָקֵיף כְּחִיוְיָא בְּנַחַת רֹאשׁוֹ תְּחִלָּה וְאח"כ גּוּפוֹ שֶׁלֹּא תִּרְאֶה כְּרִיעָתוֹ עָלָיו כְּמַשּׂוֹי:
Il se redresse comme un serpent — doucement : la tête d'abord, et le corps ensuite, afin que son inclinaison ne paraisse pas peser sur lui comme une charge.
כְּחַוְיָא כְּנָחָשׁ הַזֶּה כְּשֶׁהוּא זוֹקֵף עַצְמוֹ מַגְבִּיהַּ הָרֹאשׁ תְּחִלָּה וְנִזְקָף מְעַט מְעַט:
Comme un serpent — comme ce serpent qui, lorsqu'il se redresse, lève d'abord la tête et se dresse peu à peu.
🗂️ Tossefot (1)
כָּרַע כְּחִיזְרָא וּלְקַמָּן (בְּרָכוֹת ד' כח:) אָמְרִינַן עַד שֶׁיִּרְאֶה אִיסָּר וְכוּ' לָא סַגִּי בִּכְרִיעָה לְבַד וְרֹאשׁוֹ זָקוּף אֶלָּא בָּעֵי נָמֵי שֶׁיָּכוֹף הָרֹאשׁ וְכֵן אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִרְקִין וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָשֹׁוחַ יוֹתֵר מִדַּאי. אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה כְּהָדֵין חַרְדּוֹנָא וְהַייְנוּ תַּרְגּוּם יְרוּשַׁלְמִי שֶׁל צָב (וַיִּקְרָא יא) וְהַצָּב כְּשֶׁהוּא שׁוֹחֶה רֹאשׁוֹ זָקוּף. ובר"ה וי"כ שֶׁאָנוּ שׁוֹחִין כָּל שָׁעָה בַּתְּפִלָּה צָרִיךְ לִיזָּהֵר שֶׁיַּגְבִּיהַּ קֹודֶם שֶׁיְּסַייֵּם הַבְּרָכָה רַק שֶׁיִּכְרַע בְּבָרוּךְ וְשֶׁיַּגְבִּיהַּ מִיָּד דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן סוֹף אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת לד.) אִם בָּא לִשְׁחוֹת תְּחִלַּת כָּל בְּרָכָה וְסוֹף כָּל בְּרָכָה מְלַמְּדִין אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יִשְׁחֶה:
Il s'inclinait comme une baguette — or plus loin (Berakhot 28b) nous disons « jusqu'à ce que se voie un issar » etc. : l'inclinaison seule, la tête restant droite, ne suffit pas ; il faut aussi courber la tête. Ainsi est-il dit également dans le Yerouchalmi de notre chapitre : « pourvu qu'il ne se courbe pas plus que de raison ». Rabbi Yirmeya a dit : pourvu qu'il ne fasse pas comme ce hardona — c'est la traduction du Targoum yerouchalmi de tsav (Lévitique 11), la tortue : quand elle se courbe, sa tête demeure droite. Et à Roch Hachana et à Yom Kippour, où nous nous inclinons à tout moment dans la prière, il faut veiller à se redresser avant d'achever la bénédiction : on s'incline seulement à « baroukh » et on se redresse aussitôt, car nous disons plus loin, à la fin du chapitre Ein omdin (Berakhot 34a), que celui qui vient à s'incliner au début de chaque bénédiction et à la fin de chaque bénédiction, on le lui enseigne pour qu'il ne s'incline pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב שֵׁשֶׁת כִּי כָּרַע כָּרַע כַּחֲזִירָא, כִּי קָא זָקֵיף זָקֵיף כְּחַוְוייָא. נִרְאֶה לִי בס"ד גַּם רַב שֵׁשֶׁת עֲבִיד כְּרַב, שְׁתֵּי כְּרִיעוֹת וּשְׁתֵּי זְקִיפוֹת, לְכָךְ הַשַּׁ"ס נָקֵיט גַּם כָּאן לָשׁוֹן כָּפוּל וְלֹא אָמַר ר"ש כָּרַע כַּחֲזִירָא וְזָקֵיף כְּחַווְיָא, אַךְ הַדִּמְיוֹנוֹת שֶׁל חֲזִירָא וְחַוְיָא הוּא עַל 'הַמְּהִירוּת וְהַמִּתּוּן', דְּהַייְנוּ שֶׁהַכְּרִיעָה בֵּין שֶׁל הַגּוּף בֵּין שֶׁל הָרֹאשׁ הָיָה מְמַהֵר בָּהֶם וְלֹא יִתְנַהֵג בִּכְבֵידוּת וּבְנַחַת כְּמוֹ הַחֲזִירָא, שֶׁאָדָם חוֹבְטוֹ בְּבַת אַחַת וְלֹא בְּנַחַת וּבִכְבֵידוּת, אֲבָל הַזְּקִיפוֹת בֵּין שֶׁל גּוּף בֵּין שֶׁל רֹאשׁ הָיָה עוֹשֶׂה בִּכְבֵידוּת וּבְנַחַת, כְּמוֹ נָחָשׁ שֶׁנִּזְקַף בְּנַחַת וּכְבֵידוּת, וְהָיָה עוֹשֶׂה כֵּן כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתְרָאֶה כְּרִיעָתוֹ עָלָיו כְּמַשּׂוֹי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי טַעַם אַחֵר שֶׁהָיָה נוֹהֵג בִּכְרִיעוֹת כַּחֲזִירָא וּבִזְקִיפוּת כְּחַוְוייָא כִּי חֲזִירָא הוּא שֵׁבֶט הָרוֹמֵז לְמִדַּת הַדִּין, וְהָיָה עוֹשֶׂה בִּכְרִיעָתוֹ כִּי הָיָה מַכְנִיעַ כּוֹחוֹת הַדִּין בִּכְרִיעָה, אֲבָל בִּזְקִיפָה זָקֵיף כְּחַוְוייָא, לִרְמֹוז עַל נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁנָּפְלוּ בְּחֵטְא הַנָּחָשׁ יִהְיוּ נִזְקָפִים עַל יְדֵי מִצְוַת זְקִיפָה זוֹ, וְלָכֵן זוֹקֵף בְּשֵׁם דְּאִלְמָלֵא הקב"ה עוֹזֵר לָאָדָם לֹא הָיָה יָכוֹל. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁכּוֹרֵעַ בְּבָרוּךְ, לִרְמֹוז בָּזֶה עַל חֶסֶד שֶׁעָשָׂה הקב"ה לָאָדָם בִּירִידַת הַנְּשָׁמָה מִשְּׁמֵי מָרוֹם לָעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן, וְזֶהוּ מֵעֵין הַכְּרִיעָה, וְלָכֵן עוֹשֶׂה בִּמְהִירוּת כַּחֲזִירָא, כִּי יְרִידַת הַנְּשָׁמָה מִלְמַעְלָה הִיא בִּמְהִירוּת, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קמז, טו) הַשֹּׁלֵחַ אִמְרָתוֹ אָרֶץ עַד מְהֵרָה יָרוּץ דְּבָרוֹ, וְלָכֵן הַכְּרִיעָה הָרוֹמֶזֶת לִירִידַת הַנְּשָׁמָה לָעוֹלָם הַזֶּה הִיא בִּמְהִירוּת כַּחֲזִירָא, וְהַזְּקִיפָה הָרוֹמֶזֶת לַעֲלִיַּית הַנְּשָׁמָה עוֹשָׂה כִּזְקִיפַת הַנָּחָשׁ לְאַט לְאַט, כִּי הָעֲלִיּוֹת שֶׁל הַנְּשָׁמָה יִהְיוּ בְּהַדְרָגוֹת לְאַט לְאַט. וְדַע לְפִי דִּבְרֵי רַשִׁ"י זַ"ל, חֲזִירָא הוּא שֵׁבֶט שֶׁקּוֹרִין בְּעַרְבִי 'כְּיִזְרָאן', וְטִבְעוֹ הוּא כָּךְ לְפָנֵינוּ, וּבְתוֹסְפוֹת רַבֵּינוּ יְאֻודֶּה חָסִיד זַ"ל הֵבִיא בֵּיאוּר אַחֵר כַּחֲזִירָא, וְגַם כְּעִנְיַן כְּרִיעָה וּזְקִיפָה הֵבִיא שָׁם בֵּיאוּר אַחֵר עַיֵּין שָׁם.
« Rav Chechet, quand il s'inclinait, s'inclinait comme une baguette ; quand il se redressait, se redressait comme un serpent. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rav Chechet aussi agissait comme Rav : deux inclinaisons et deux redressements ; c'est pourquoi le Talmud emploie ici encore une formulation redoublée, et n'a pas dit simplement « Rav Chechet s'inclinait comme une baguette et se redressait comme un serpent ». Les comparaisons de la baguette et du serpent portent sur la rapidité et la lenteur : l'inclinaison, celle du corps comme celle de la tête, il l'accomplissait rapidement, sans la faire avec lourdeur et lenteur, comme la baguette qu'un homme abat d'un seul coup et non doucement ni lourdement ; tandis que les redressements, du corps comme de la tête, il les faisait avec lenteur et retenue, comme le serpent qui se dresse doucement et lourdement ; et il agissait ainsi afin que son inclinaison ne parût pas peser sur lui comme une charge. Il me semble encore une autre raison à ce qu'il s'inclinait comme une baguette et se redressait comme un serpent : la baguette est un bâton qui fait allusion à la mesure de rigueur (midat hadin), et il agissait ainsi dans son inclinaison parce qu'il soumettait les forces du din par l'inclinaison ; mais dans le redressement il se redressait comme un serpent, pour faire allusion aux étincelles de sainteté tombées lors de la faute du serpent, qui se relèvent par la mitsva de ce redressement ; c'est pourquoi l'on se redresse au Nom, car si le Saint béni soit-Il n'aidait pas l'homme, il n'y parviendrait pas. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle on s'incline à « baroukh » est de faire allusion à la bonté que le Saint béni soit-Il a faite à l'homme en faisant descendre la nechama (l'âme) des hauteurs célestes vers ce monde d'en bas : telle est la signification de l'inclinaison ; et on l'accomplit rapidement comme la baguette, car la descente de la nechama d'en haut se fait rapidement, ainsi qu'il est dit (Psaumes 147,15) « Il envoie Sa parole sur la terre, Son verbe court avec rapidité ». L'inclinaison, qui fait allusion à la descente de la nechama vers ce monde, se fait donc rapidement comme la baguette ; et le redressement, qui fait allusion à la montée de la nechama, se fait comme le redressement du serpent, lentement, car les élévations de la nechama se font par degrés, lentement. Sache enfin que, selon les paroles de Rachi, hizra est une baguette que l'on appelle en arabe kizran, et telle est sa nature ; et dans les Tossefot de Rabbenou Yehouda hé-Hassid une autre explication de « comme une baguette » est rapportée, ainsi qu'une autre explication de l'inclinaison et du redressement — voir là-bas.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא סָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב כָּל שֶׁלֹּא אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב שַׁחֲרִית וֶאֱמֶת וֶאֱמוּנָה עַרְבִית לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ שֶׁנֶּאֱמַר לְהַגִּיד בַּבֹּקֶר חַסְדֶּךָ וֶאֱמוּנָתְךָ בַּלֵּילוֹת. וְאָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא סָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב הַמִּתְפַּלֵּל כְּשֶׁהוּא כּוֹרֵעַ כּוֹרֵעַ בְּבָרוּךְ. וְכַשְּׁהוּא זוֹקֵף זוֹקֵף בַּשֵּׁם. אָמַר שְׁמוּאֵל מַאי טַעְמָא דְּרַב מִשּׁוּם דִּכְתִיב ה' זוֹקֵף כְּפוּפִים: רַב שֵׁשֶׁת כִּי הֲוָה כָּרַע כָּרַע כְּחִיזְרָא. כִּי זָקֵיף זָקֵיף כְּחַוְיָא. פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ בְּשֵׁם רַב הַאי גָּאוֹן זַ"ל חִיזְרָא הוּא אֶחָד מִמִּינֵי קוֹצִים שֶׁמְּצַוִּים בְּבָבֶל וְקוֹרִים אוֹתוֹ אלכס"ר וּכְשֶׁכּוֹרֵעַ לֹא יִכְרַע מֵאֶמְצַע מָתְנָיו וְרֹאשׁוֹ זָקוּף וְעוֹמֵד אֶלָּא יָכוֹף אֶת רֹאשׁוֹ כְּאַגְמוֹן וְיִכְרַע. יְרוּשַׁלְמִי תָּנֵי דְּבֵי חֲלַפְתָּא בֶּן שָׁאוּל הַכֹּל שׁוֹחִין עִם ש"צ בְּהוֹדָאָה. וְר' זֵירָא אָמַר וּבִלְבַד בְּמוֹדִים ר"ש בַּר נָתָן מִשּׁוּם ר' אַבָּא בַּר חִינְנָא מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁשָּׁחָה יוֹתֵר מִדַּאי וְהֶעֱבִירוֹ ר' יוֹחָנָן אָמַר ר' חַיָּיא לָא הֲוָה מֵעֵבֶר אֶלָּא גָּעַר. א"ר יִרְמְיָה וּבִלְבַד דְּלָא נַעֲבִיד כְּהָדָא חָזַרְנָא אֶלָּא כָּל עַצְמוֹתַי תֹּאמַרְנָה. וּפִי' בֶּעָרוּךְ בְּעֵרֶךְ חָזַר הַצָּב לְמִינֵהוּ תַּרְגּוּם יְרוּשַׁלְמִי חִזְרַנָא. וּכְשֶׁהוּא שׁוֹחֶה שׁוֹחֶה מִמָּתְנָיו וְרֹאשׁוֹ עוֹמֵד כִּבְרִיָּיתוֹ:
Rabba bar Hinnana Sava a dit au nom de Rav : quiconque n'a pas dit Emet veyatsiv le matin et Emet ve-emouna le soir n'est pas quitte de son obligation, car il est dit : « raconter au matin Ta bonté, et Ta fidélité dans les nuits ». Et Rabba bar Hinnana Sava a dit au nom de Rav : celui qui prie, lorsqu'il s'incline, s'incline à « baroukh », et lorsqu'il se redresse, se redresse au Nom. Chemouel a dit : quelle est la raison de Rav ? Parce qu'il est écrit « Hachem redresse ceux qui sont courbés ». Rav Chechet, quand il s'inclinait, s'inclinait comme une baguette ; quand il se redressait, se redressait comme un serpent. Le Aroukh a expliqué au nom de Rav Haï Gaon que le hizra est une des espèces d'épines fréquentes en Babylonie, que l'on appelle alkasar ; et lorsqu'il s'incline, qu'il ne s'incline pas depuis le milieu des reins la tête restant droite et dressée, mais qu'il courbe la tête comme un jonc et s'incline ainsi. Yerouchalmi : on a enseigné dans l'école de Halafta ben Chaoul : tous s'inclinent avec l'officiant à la bénédiction de reconnaissance (hoda'a). Et Rabbi Zeira dit : uniquement à Modim. Rabbi Chimon bar Natan au nom de Rabbi Abba bar Hinnana : il arriva que quelqu'un s'inclina plus que de raison, et Rabbi Yo'hanan l'écarta [de l'office] ; Rabbi Hiya dit : il ne l'écarta pas, mais il le réprimanda. Rabbi Yirmeya a dit : pourvu que l'on ne fasse pas comme cette tortue, mais plutôt « tous mes os diront ». Et le Aroukh a expliqué, à la racine hzr : « la tortue selon son espèce » — le Targoum yerouchalmi rend hazrana ; et lorsqu'elle se courbe, elle se courbe depuis les reins, sa tête demeurant dressée comme à sa création.
💡 Explication

Le folio précédent a établi quand on s'incline et quand on se redresse dans la Amida. Ici la guemara décrit la manière : deux images opposées. L'inclinaison de Rav Chechet était rapide et d'un seul tenant, comme une baguette souple qu'on abat vers le bas d'un coup ; son redressement était lent et progressif, la tête d'abord puis le corps, comme un serpent qui se dresse par degrés.

Rachi donne la raison du redressement lent : que l'inclinaison ne paraisse pas peser sur celui qui prie comme une charge dont il se débarrasserait. La lenteur du retour manifeste que l'inclinaison était voulue.

🖼️ Schéma
Deux vitesses dans un même geste Kria - l-inclinaison Comme une baguette que l-on abat vers le bas d-un seul coup. Un seul mouvement, sans délai. Tête et corps ensemble. Rachi : hizra, la baguette. Zekifa - le redressement Comme un serpent qui se dresse : la tête d-abord, puis le corps. Par degrés, peu à peu. But (Rachi) : que l-inclinaison ne paraisse pas peser comme une charge.
Rav Chechet : une inclinaison d'un seul coup, un redressement par degrés.
2
וְאָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא סָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ אָדָם מִתְפַּלֵּל ״הָאֵל הַקָּדוֹשׁ״, ״מֶלֶךְ אוֹהֵב צְדָקָה וּמִשְׁפָּט״, חוּץ מֵעֲשָׂרָה יָמִים שֶׁבֵּין רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים, שֶׁמִּתְפַּלֵּל ״הַמֶּלֶךְ הַקָּדוֹשׁ״, וְ״הַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט״.

Et Rabba bar Hinnana Sava a dit au nom de Rav : toute l'année, on prie « HaKel hakadoch » (le D.ieu saint) et « Melekh ohev tsedaka oumichpat » (Roi qui aime la justice et le droit), à l'exception des dix jours qui vont de Roch Hachana a Yom Kippour, où l'on prie « HaMelekh hakadoch » (le Roi saint) et « HaMelekh hamichpat » (le Roi du jugement).

📜 Rachi (2)
הַמֶּלֶךְ הַקָּדוֹשׁ לְפִי שֶׁבַּיָּמִים הַלָּלוּ הוּא מַרְאֶה מַלְכוּתוֹ לִשְׁפֹּוט אֶת הָעוֹלָם:
Le Roi saint — parce que, durant ces jours, Il manifeste Sa royauté pour juger le monde.
הַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט כְּמוֹ מֶלֶךְ הַמִּשְׁפָּט. כְּמוֹ נֹושְׂאֵי הָאָרוֹן הַבְּרִית (יְהוֹשֻׁעַ ג׳:י״ד) כְּמוֹ אֲרוֹן הַבְּרִית. וְכֵן הַמִּסְגְּרוֹת הַמְכוֹנוֹת (מְלָכִים ב ט״ז:י״ז) שֶׁהוּא כְּמוֹ מִסְגְּרוֹת הַמְכוֹנוֹת. וְכֵן הָעֵמֶק הַפְּגָרִים (יִרְמְיָהוּ ל״א:מ׳) כְּמוֹ עֵמֶק הַפְּגָרִים:
HaMelekh hamichpat — cela équivaut à « Melekh hamichpat » (le Roi du jugement), comme « nossei ha-aron habrit » (Josue 3,14) équivaut à « aron habrit », comme « hamisguerot hamekhonot » (II Rois 16,17) équivaut à « misguerot hamekhonot », et comme « ha-emek hapegarim » (Jérémie 31,40) équivaut à « emek hapegarim ».
💡 Explication

Deuxième enseignement de Rabba bar Hinnana Sava au nom de Rav. Il porte sur la conclusion (hatima) de deux bénédictions de la Amida : la troisième, celle de la sainteté, et la onzième, celle du rétablissement du droit. Durant les dix jours de techouva, la formule change et met en avant la royauté.

Rachi en donne la raison : durant ces jours, Hachem manifeste Sa royauté en jugeant le monde ; la formule ordinaire, qui parle de Lui comme du Kel saint, laisse cette dimension implicite.

3
וְרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר אֲפִילּוּ אָמַר ״הָאֵל הַקָּדוֹשׁ״ — יָצָא. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּגְבַּהּ ה׳ צְבָאוֹת בַּמִּשְׁפָּט וְהָאֵל הַקָּדוֹשׁ נִקְדָּשׁ בִּצְדָקָה״. אֵימָתַי ״וַיִּגְבַּהּ ה׳ צְבָאוֹת בַּמִּשְׁפָּט״ — אֵלּוּ עֲשָׂרָה יָמִים שֶׁמֵּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד יוֹם הַכִּפּוּרִים, וְקָאָמַר ״הָאֵל הַקָּדוֹשׁ״.

Et Rabbi Elazar dit : même s'il a dit « HaKel hakadoch », il est quitte, car il est dit : « Hachem Tsevaot s'élève par le jugement, et le D.ieu saint est sanctifié par la justice » (Isaie 5,16). Quand « Hachem Tsevaot s'élève-t-Il par le jugement » ?

Ce sont ces dix jours qui vont de Roch Hachana a Yom Kippour — et pourtant le verset dit « le D.ieu saint ».

💡 Explication

Rabbi Elazar s'oppose à Rav. Sa preuve est un verset qui réunit précisément les deux éléments : le moment où Hachem s'élève par le jugement, et la désignation qui Lui est alors donnée. Puisque l'Écriture elle-même, en parlant du temps du jugement, emploie la formule HaKel hakadoch, cette formule reste valide durant les dix jours.

La divergence est donc sur le statut du changement : formule obligatoire selon Rav, formule préférable mais non indispensable selon Rabbi Elazar. La différence pratique est immédiate : faut-il faire recommencer celui qui s'est trompé ?

4
מַאי הֲוָה עֲלָהּ?

Quelle conclusion en a-t-on finalement tirée ?

5
אָמַר רַב יוֹסֵף: ״הָאֵל הַקָּדוֹשׁ״ וּ״מֶלֶךְ אוֹהֵב צְדָקָה וּמִשְׁפָּט״. רַבָּה אָמַר: ״הַמֶּלֶךְ הַקָּדוֹשׁ״ וּ״הַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט״. וְהִלְכְתָא כְּרַבָּה.

Rav Yossef a dit : « HaKel hakadoch » et « Melekh ohev tsedaka oumichpat ». Rabba a dit : « HaMelekh hakadoch » et « HaMelekh hamichpat ».

Et la halakha est comme Rabba.

🗂️ Tossefot (1)
וְהִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ דְּרַבָּה דְּצָרִיךְ לַחְתֹּום הַמֶּלֶךְ הַקָּדוֹשׁ וְהַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט וְאִם לֹא אָמַר מַחֲזִירִין אוֹתוֹ. וְכֵן זָכְרֵנוּ וּמִי כָּמוֹךָ וְכָתוּב לְחַיִּים וּבְסֵפֶר חַיִּים מַחֲזִירִים אוֹתוֹ אִם לֹא אָמַר. דְּכָל הַמְשַׁנֶּה מִמַּטְבֵּעַ שֶׁטָּבְעוּ חֲכָמִים אֵינוֹ יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ וְכָךְ פָּסַק רַבֵּינוּ יְהוּדָה אִם סָפֵק לוֹ אִם אָמַר אִם לֹא אָמַר מַחֲזִירִים אוֹתוֹ כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי דְּתַעֲנִית פ"ק (א א) הָיָה מִתְפַּלֵּל וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם הִזְכִּיר טַל וּמָטָר וְאִם לָאו כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם בְּחֶזְקַת שֶׁלֹּא לָמוּד. פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא אָמַר אֶלָּא כְּמוֹ שֶׁהוּא לִמּוּד עַד עַתָּה שֶׁלֹּא אָמַר כֵּן. אַחַר כֵּן בְּחֶזְקַת שֶׁהִזְכִּיר וְהוּא הַדִּין לְכָל הַדְּבָרִים שֶׁצָּרִיךְ לְהַזְכִּיר כָּךְ הַדִּין. וְאִם כֵּן בַּעֲשֶׂרֶת יְמֵי תְּשׁוּבָה דְּלֵיכָּא שְׁלֹשִׁים יוֹם צָרִיךְ לַחֲזֹור. ור"ח כָּתַב דְּאֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִכָּל אוֹתָן דְּבָרִים דְּלָא פָּסַק בַּסֵּפֶר בְּפֵירוּשׁ וְהֵבִיא רְאָיָה לִדְבָרָיו:
Et la halakha est comme Rabba — car il faut conclure « HaMelekh hakadoch » et « HaMelekh hamichpat », et s'il ne l'a pas dit on le fait recommencer. De même pour « Zokhrenou », « Mi khamokha », « Oukhtov lehayim » et « Ouvsefer 'hayim » : on le fait recommencer s'il ne les a pas dits, car quiconque modifie la formule frappée par les Sages n'est pas quitte de son obligation. Ainsi a tranché Rabbenou Yehouda : s'il a un doute et ne sait pas s'il l'a dit ou non, on le fait recommencer, comme il est dit dans le Yerouchalmi de Taanit, premier chapitre : celui qui priait et ne sait pas s'il a mentionné la rosée et la pluie ou non — durant trente jours il a la présomption de ne pas en avoir encore l'habitude ; c'est-à-dire qu'il ne l'a pas dit, mais qu'il a suivi son habitude antérieure, où il ne le disait pas ; passé ce délai, il a la présomption de l'avoir mentionné. Il en va de même pour toutes les mentions que l'on doit faire. Dès lors, durant les dix jours de techouva, où il n'y a pas trente jours, il doit recommencer. Rabbenou Hananel, lui, a écrit qu'on ne le fait recommencer pour aucune de ces mentions, car cela n'a pas été tranché explicitement dans le livre, et il a apporté une preuve à ses paroles.
💡 Explication

Les deux amoraim reprennent chacun une position tannaitique-amoraique antérieure : Rav Yossef suit Rabbi Elazar, Rabba suit Rav. La guemara tranche comme Rabba : durant les dix jours, la formule est HaMelekh hakadoch et HaMelekh hamichpat.

Tossefot tire la conséquence pratique : celui qui n'a pas dit la formule propre aux dix jours recommence, car qui modifie la formule frappée par les Sages n'est pas quitte. Il étend cette règle aux autres ajouts de la période (Zokhrenou, Mi khamokha, Oukhtov lehayim, Ouvsefer 'hayim) et discute le cas du doute, où Rabbenou Hananel diverge.

6
וְאָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא סָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: כֹּל שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עַל חֲבֵירוֹ וְאֵינוֹ מְבַקֵּשׁ — נִקְרָא ״חוֹטֵא״. שֶׁנֶּאֱמַר: ״גַּם אָנֹכִי חָלִילָה לִּי מֵחֲטֹא לַה׳ מֵחֲדֹל לְהִתְפַּלֵּל בַּעַדְכֶם״.

Et Rabba bar Hinnana Sava a dit au nom de Rav : quiconque a la possibilité de demander miséricorde pour son prochain et ne la demande pas est appelé « fauteur », car il est dit : « Quant à moi, loin de moi de fauter envers Hachem en cessant de prier pour vous » (I Samuel 12,23).

🪔 Ben Yehoyada (1)
כֹּל שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עַל חֲבֵרוֹ. קַשָּׁא, מִלָּשׁוֹן זֶה מַשְׁמַע דְּאִיכָּא דְּלָא אֶפְשָׁר לוֹ לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עַל חֲבֵירוֹ, וְהֵיכִי מַשְׁכַּחַת לָהּ, דַּהֲלֹא כָּל אָדָם יֵשׁ לוֹ פֶּה לְהִתְפַּלֵּל, וְהָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'כֹּל שֶׁאֵינוֹ מְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עַל חֲבֵירוֹ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבַקָּשַׁת רַחֲמִים בְּכַווָּנַת הַלֵּב תַּלְיָא מִלְּתָא, וְלִפְעָמִים יִזְדַּמֵּן שֶׁחֲבֵירוֹ עוֹמֵד בְּצָרָה גְּדוֹלָה וְהוּא אוֹהֲבוֹ כְּנַפְשׁוֹ, וְלָכֵן הוּא מִצְטַעֵר מְאֹד וּמִתְבַּלְבֵּל דַּעְתּוֹ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל, אוֹ כִּי גַּם הוּא עוֹמֵד בְּצָרָה גְּדוֹלָה, שֶׁהוּא חוֹלֶה הַרְבֵּה וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל בְּעַד חֲבֵירוֹ, בְּרַם הַמְפָרְשִׁים זַ"ל הִקְשׁוּ אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ הָכִי, דִּלְמָא צִבּוּר שָׁאנֵי, כִּדְפָרִיךְ לְקַמָּן עַל הַפָּסוּק (יְשַׁעְיָה כג, טז) לְמַעַן תִּזְכְּרִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, דְּגַבֵּי עוֹשֶׂה עֲבֵירָה וּמִתְבַּייֵּשׁ בָּהּ שַׁפִּיר פָּרֵיךְ צִבּוּר שָׁאנֵי, כִּי הַצִּבּוּר לְרֹוב מַעֲלָתָן שֶׁהֵם צִבּוּר דַּי לָהֶם בְּכַפָּרָה זוֹ שֶׁל הַבּוּשָׁה, מַה שֶׁאֵין כֵּן יָחִיד לֹא יַסְפִּיק לוֹ זֶה הַכַּפָּרָה שֶׁל בּוּשָׁה, אֲבָל הָכָא לָא שָׁיְיכָה פִּירְכָּהּ זוֹ, יַעַן כִּי הַצִּבּוּר לְרֹוב מַעֲלָתָם תְּפִלָּתָם רְצוּיָה וְאֵינָהּ חוֹזֶרֶת רֵיקָם, וְלָכֵן לֹא יִצְטָרְכוּ לִתְפִילָּתוֹ שֶׁל יָחִיד זֶה, וְעַל כֵּן אִם גַּם בְּצִבּוּר נִקְרָא חוֹטֵא, כָּל שֶׁכֵּן בַּחֲבֵירוֹ שֶׁהוּא יָחִיד, וְאֵין חָבוּשׁ מַתִּיר עַצְמוֹ מִבֵּית הָאֲסוּרִים שֶׁלֹּא יוּכַל לְהִתְפַּלֵּל עַל עַצְמוֹ, דְּנֶחְשָׁב זֶה שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל עָלָיו חוֹטֵא.
« Quiconque a la possibilité de demander miséricorde pour son prochain. » Difficulté : cette formulation implique qu'il existe des cas où l'on n'a pas la possibilité de demander miséricorde pour son prochain ; comment cela se conçoit-il, puisque tout homme a une bouche pour prier ? Il aurait fallu dire « quiconque ne demande pas miséricorde pour son prochain ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la demande de miséricorde dépend de l'intention du cœur : il arrive que le prochain se trouve dans une grande détresse et qu'on l'aime comme soi-même, de sorte que l'on souffre beaucoup et que l'esprit se trouble au point de ne pouvoir prier ; ou bien que l'on se trouve soi-même dans une grande détresse, gravement malade, et que l'on ne puisse prier pour son prochain. Cependant, les commentateurs ont demandé pourquoi la guemara n'objecte pas ici « peut-être une communauté est-elle différente », comme elle objecte plus loin à propos du verset « afin que tu te souviennes » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans le cas de celui qui commet une transgression et en éprouve de la honte, l'objection « la communauté est différente » est justifiée, car la communauté, en raison de son grand mérite, se contente de cette expiation par la honte, tandis que pour un individu cette expiation par la honte ne suffirait pas. Mais ici cette objection ne s'applique pas, car la communauté, par son grand mérite, voit sa prière agréée et celle-ci ne revient pas vide ; elle n'a donc pas besoin de la prière de cet individu. Dès lors, si même à l'égard de la communauté il est appelé fauteur, à plus forte raison à l'égard de son prochain, qui est un individu ; et « le prisonnier ne se délivre pas lui-même de sa prison », il ne peut prier pour lui-même, de sorte que celui qui n'a pas prié pour lui est tenu pour fauteur.
💡 Explication

Troisième enseignement de la série. Chemouel, qui vient de reprocher au peuple d'avoir demandé un roi, déclare que s'abstenir de prier pour lui serait une faute. Rav en tire une règle générale : la prière pour autrui n'est pas une piété surérogatoire, son omission porte un nom.

Noter la formulation : « quiconque a la possibilité de demander ». Le Ben Ich Haï s'y arrête, puisque tout homme a une bouche pour prier ; il répond que la demande de miséricorde dépend de l'intention du cœur, laquelle peut faire défaut à celui que la détresse accable.

7
אָמַר רָבָא: אִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא, צָרִיךְ שֶׁיַּחֲלֶה עַצְמוֹ עָלָיו.

Rava a dit : s'il s'agit d'un talmid 'hakham, il faut se rendre malade à son sujet.

📜 Rachi (1)
ה"ג וְאִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא וְצָרִיךְ לְרַחֲמִים צָרִיךְ שֶׁיַּחֲלֶה עַצְמוֹ עָלָיו אִם ת"ח הוּא זֶה שֶׁצָּרִיךְ לְרַחֲמִים צָרִיךְ שֶׁיֶּחֱלֶה חֲבֵירוֹ עַצְמוֹ עָלָיו:
Voici la leçon : « et s'il s'agit d'un talmid 'hakham qui a besoin de miséricorde, il faut se rendre malade à son sujet » — si celui qui a besoin de miséricorde est un talmid 'hakham, il faut que son compagnon se rende malade à son sujet.
💡 Explication

Rava ajoute un degré. Pour un homme ordinaire, la prière suffit à acquitter l'obligation énoncée par Rav ; pour un talmid 'hakham qui a besoin de miséricorde, il faut aller jusqu'à se rendre malade à son sujet, c'est-à-dire s'affliger réellement, par le jeûne et le sac, comme le montrera le verset cité au segment suivant.

8
מַאי טַעְמָא? אִילֵימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״וְאֵין חֹלֶה מִכֶּם עָלַי וְאֵין גֹּולֶה אֶת אָזְנִי״ — דִּילְמָא מֶלֶךְ שָׁאנֵי. אֶלָּא מֵהָכָא: ״וַאֲנִי בַּחֲלוֹתָם לְבוּשִׁי וְגוֹ׳״.

Quelle en est la raison ? Si tu dis : parce qu'il est écrit « et nul d'entre vous ne s'est rendu malade pour moi et ne m'a informé » (I Samuel 22,8) — peut-être un roi est-il différent.

Mais plutôt d'ici : « Et moi, quand ils étaient malades, mon vêtement était un sac » etc. (Psaumes 35,13).

📜 Rachi (1)
בְּחָלוּתָם עַל דּוֹאֵג וַאֲחִיתֹופֶל הוּא אוֹמֵר שֶׁהָיוּ ת"ח:
Quand ils étaient malades — il parle de Doeg et d'Ahitofel, qui étaient des talmidei hakhamim.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא מֵהָכָא וַאֲנִי בַּחֲלוֹתָם לְבוּשִׁי שָׂק. קַשָּׁא, אַמַּאי לֹא הוֹכִיחַ לָזֶה מִן הַכָּתוּב בַּנְּבִיאִים בְּעָמוֹס וָא"ו (פָּסוּק ו') הַשֹּׁתִים בְּמִזְרְקֵי יַיִן וְרֵאשִׁית שְׁמָנִים יִמְשָׁחוּ וְלֹא נֶחְלוּ עַל שֵׁבֶר יוֹסֵף דְּמַשְׁמַע צָרִיךְ שֶׁיֶּחֱלוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, הָתָם עַל כְּלָלוּת יִשְׂרָאֵל קָאָמַר, וְצִבּוּר שָׁאנֵי וּכְמוֹ שֶׁתֵּירֵץ לְקַמָּן. וְעוֹד נִרְאֶה לִי הָתָם שָׁאנֵי, דְּעָבְדִי שִׂמְחָה גַּם כֵּן בְּמַזְרְקָחֵי יַיִן וְרֵאשִׁית שְׁמָנִים, לְהָכִי קָפֵיד עֲלַייְהוּ וְהֶעֱנִישָׁם, אַךְ מָהַרְשָׁ"א זַ"ל הִקְשָׁה, בְּהַאי קְרָא אֵינוֹ מְפֹורָשׁ שֶׁיֶּחֱלֶה הָאָדָם עַל חֲבֵירוֹ אֶלָּא שֶׁיַּעֲנֶה עַצְמוֹ, עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּדָיֵיק מִתֵּיבַת וַאֲנִי שֶׁהִיא לְשׁוֹן יֶתֶר, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וּבְחָלוּתָם לְבוּשֵׁי שַׂק, וּלְכָךְ מַשְׁמַע כַּוָּנַת הַכָּתוּב לוֹמַר וַאֲנִי בְּחָלוּתָם, כְּלוֹמַר גַּם אֲנִי נִתְעָרַבְתִּי בְּחָלוּתָם, שֶׁנַּעֲשֵׂיתִי חוֹלֶה כְּמוֹתָם עַל חֳלָיִים, וְלֹא דַּי שֶׁנָּחַלְתִּי אֶלָּא גַּם הָיָה לְבוּשֵׁי שַׂק. אִי נָמֵי י"ל צַעַר הַשַּׂק לַמֶּלֶךְ, חֲשִׁיב כְּמוֹ צַעַר חֹולִי בִּשְׁאָר אָדָם, מִפְּנֵי שֶׁהַמֶּלֶךְ מְפֻונָּק בְּיוֹתֵר, וְגַם זִילָא בֵּיהּ מִלְּתָא בְּיוֹתֵר.
« Mais plutôt d'ici : et moi, quand ils étaient malades, mon vêtement était un sac. » Difficulté : pourquoi ne l'a-t-on pas prouvé du verset des Prophètes, dans Amos chapitre 6 (verset 6) : « ils boivent dans des coupes de vin et s'oignent des huiles les meilleures, et ils ne se sont pas rendus malades pour la brisure de Yossef » — ce qui implique bien qu'il faut se rendre malade ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là il s'agit de l'ensemble d'Israël, et la communauté est différente, comme la guemara le répondra plus loin. Il me semble encore que là le cas est différent, car ils se livraient en outre à la réjouissance, avec des coupes de vin et les huiles les meilleures ; c'est pour cela qu'Il s'est irrité contre eux et les a punis. Le Maharcha a objecté que, dans ce verset des Psaumes, il n'est pas explicite que l'homme se rende malade pour son prochain, mais seulement qu'il s'afflige lui-même — voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la déduction se fait du mot « et moi », qui est superflu : il aurait fallu dire « et quand ils étaient malades, mon vêtement était un sac » ; le sens du verset est donc « et moi, quand ils étaient malades », c'est-à-dire moi aussi je me suis mêlé à leur maladie, je suis devenu malade comme eux de leur maladie ; et non seulement je suis tombé malade, mais mon vêtement était encore un sac. On peut aussi dire que la peine du sac, pour un roi, équivaut à la peine de la maladie pour un autre homme, car le roi est particulièrement délicat et la chose lui est particulièrement humiliante.
💡 Explication

La guemara cherche la source de Rava. Première proposition : la plainte de Chaoul à ses serviteurs, « nul d'entre vous ne s'est rendu malade pour moi ». Elle est écartée : Chaoul était roi, et l'on doit peut-être à un roi une inquiétude que l'on ne doit pas à un simple talmid 'hakham.

Seconde proposition, retenue : David dit de ses ennemis Doeg et Ahitofel — qui étaient, précise Rachi, des talmidei hakhamim — qu'au temps de leur maladie il portait le sac et jeûnait. La preuve porte : même envers des adversaires, le statut de talmid 'hakham imposait cette affliction.

🖼️ Schéma
Deux degrés, et la recherche de la source Homme ordinaire Demander miséricorde. Sinon : fauteur. Talmid 'hakham (Rava) Se rendre malade à son sujet. Source proposée 1 : nul ne s-est rendu malade pour moi (Chaoul, I Samuel 22,8) Ecartée : peut-être un roi est-il différent. Le devoir viendrait de la royauté, non de l-étude. Source retenue : et moi, quand ils étaient malades, mon vêtement était un sac (Psaumes 35,13) David parle de Doeg et Ahitofel, qui étaient des talmidei hakhamim (Rachi). Sac et jeûne.
La source de l'obligation de se rendre malade pour un talmid 'hakham : première preuve écartée, seconde retenue.
9
וְאָמַר רַבָּה בַּר חִינָּנָא סָבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: כָּל הָעוֹשֶׂה דְּבַר עֲבֵירָה וּמִתְבַּייֵּשׁ בּוֹ — מוֹחֲלִין לוֹ עַל כָּל עֲוֹנֹותָיו. שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְמַעַן תִּזְכְּרִי וָבֹשְׁתְּ וְלֹא יִהְיֶה לָּךְ עוֹד פִּתְחוֹן פֶּה מִפְּנֵי כְּלִמָּתֵךְ בְּכַפְּרִי לָךְ לְכָל אֲשֶׁר עָשִׂית נְאֻם ה׳ אֱ-לֹהִים״.

Et Rabba bar Hinnana Sava a dit au nom de Rav : quiconque commet une transgression et en éprouve de la honte, on lui pardonne toutes ses fautes, car il est dit : « afin que tu te souviennes et que tu aies honte, et que tu n'ouvres plus la bouche à cause de ta confusion, quand Je te pardonnerai tout ce que tu as fait, dit le Seigneur D.ieu » (Ezechiel 16,63).

📜 Rachi (1)
לְמַעַן תִּזְכְּרִי וּבֹושֶׁת סֵיפֵיהּ דִּקְרָא בְּכַפְרִי לָךְ אֶת כָּל אֲשֶׁר עָשִׂיתָ:
« Afin que tu te souviennes et que tu aies honte » — la fin du verset : « quand Je te pardonnerai tout ce que tu as fait ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹשֶׂה עֲבֵרָה וּמִתְבַּיֵּשׁ בָּהּ מוֹחֲלִין לוֹ. נִרְאֶה לִי הַטַּעַם, כִּי בְּבוּשָׁה נִשְׁפַּךְ דָּמוֹ בְּקִרְבּוֹ וַהֲרֵי זֶה כְּאִלּוּ נֶהֱרַג, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַמַּלְבִּין פְּנֵי חֲבֵירוֹ בָּרַבִּים כְּאִלּוּ שׁוֹפֵךְ דָּמִים, וְאָמַר בַּגְּמָרָא דְּחָזֵינַן, אָזֵיל סֻומָּקָא וְאָתֵי חִיווָּרָא, וְכֵן זֶה שֶׁנִּתְבַּייֵּשׁ נֶחְשָׁב לוֹ כְּאִלּוּ נֶהֱרַג, וּלְהָכִי מְהַנְּיָא לֵיהּ כַּפָּרָה, כִּי מִיתָה מְכַפֶּרֶת עַל הַכֹּל, מִיהוּ וַדַּאי דְּלָא קָאָמַר כֵּן אֶלָּא אִם כֵּן עָשָׂה תְּשׁוּבָה בְּוִידּוּי וַחֲרָטָה וַעֲזִיבַת הַחֵטְא , וְרַק עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ בְּאַרְבָּעָה חִלּוּקֵי כַּפָּרָה דְּהַכֹּל תּוֹלִין וּמִיתָה מְכַפֶּרֶת קָאָמַר הָכָא, שֶׁהַבּוּשָׁה מַסְפֶּקֶת בִּמְקוֹם מִיתָה, אֲבָל וַדַּאי בְּלֹא תְּשׁוּבָה לָא מְהַנֵּי כְּלוּם, כִּי אֲפִילּוּ הַמִּיתָה עַצְמָהּ, אִם לֹא מֵת מִתּוֹךְ תְּשׁוּבָה לֹא תּוֹעִיל לוֹ מִיתָתוֹ. וְעוֹד נַמֵּי נִרְאֶה לִי, דְּהָא דִּמְהַנְּיָא בּוּשָׁה לִגְמֹור הַכַּפָּרָה בִּמְקוֹם מִיתָה, הַייְנוּ דַּוְקָא אִם הוּא קִבֵּל צַעַר הַבּוּשָׁה בְּלִבּוֹ בְּשִׂמְחָה לְכַפָּרַת עֲוֹנֹותָיו אָז תּוֹעִיל לוֹ :
« Quiconque commet une transgression et en éprouve de la honte, on lui pardonne. » La raison me semble être que, dans la honte, son sang se répand au-dedans de lui, et c'est comme s'il avait été tué — ainsi nos maîtres ont-ils dit : celui qui fait pâlir le visage de son prochain en public, c'est comme s'il versait le sang ; et la guemara dit qu'on le constate : le rouge s'en va et le blanc vient. De même, celui qui a éprouvé de la honte est considéré comme s'il avait été tué, et c'est pourquoi cela lui vaut expiation, car la mort expie tout. Toutefois, cela n'est certainement dit que s'il a fait techouva par la confession, le regret et l'abandon de la faute ; ce dont il est question ici, c'est seulement de ce qui a été enseigné dans les quatre divisions de l'expiation, à savoir que tout le reste suspend et que la mort expie : la honte suffit alors à tenir lieu de mort. Mais sans techouva, rien n'y sert, car même la mort elle-même, si l'on ne meurt pas dans la techouva, ne profite pas. Il me semble encore que la honte n'achève l'expiation à la place de la mort que si l'on a reçu dans son cœur avec joie la peine de la honte pour l'expiation de ses fautes ; alors elle lui profite.
💡 Explication

Quatrième enseignement de Rabba bar Hinnana Sava. La honte éprouvée pour une faute a un pouvoir expiatoire qui déborde la faute elle-même : « toutes ses fautes » sont pardonnées. Rachi indique où porte la preuve : la fin du verset, « quand Je te pardonnerai tout ce que tu as fait ».

Le Ben Ich Haï précise la portée de cette règle : la honte tient lieu de mort dans le système des quatre divisions de l'expiation, mais elle ne dispense pas de la techouva elle-même, faite de confession, de regret et d'abandon de la faute.

10
דִּילְמָא צִבּוּר שָׁאנֵי. אֶלָּא מֵהָכָא: ״וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֶל שָׁאוּל לָמָּה הִרְגַּזְתַּנִי לְהַעֲלוֹת אֹתִי וַיֹּאמֶר שָׁאוּל צַר לִי מְאֹד וּפְלִשְׁתִּים נִלְחָמִים בִּי וַה׳ סָר מֵעָלַי וְלֹא עָנָנִי עוֹד גַּם בְּיַד הַנְּבִיאִים גַּם בַּחֲלֹמוֹת וָאֶקְרָאֶה לְךָ לְהוֹדִיעֵנִי מָה אֶעֱשֶׂה״. וְאִילּוּ ״אוּרִים וְתֻמִּים״ לָא קָאָמַר.

Peut-être une communauté est-elle différente. Mais plutôt d'ici : « Chemouel dit à Chaoul : pourquoi m'as-tu troublé en me faisant monter ?

Chaoul répondit : je suis dans une grande détresse, les Pelichtim me font la guerre, et D.ieu s'est retiré de moi et ne me répond plus, ni par les prophètes ni par les songes ; je t'ai appelé pour que tu me fasses savoir ce que je dois faire » (I Samuel 28,15) — or il n'a pas mentionné les Ourim veToumim.

📜 Rachi (1)
גַּם בַּחֲלוֹמוֹת גַּם בַּנְּבִיאִים וְלֹא א"ל גַּם בְּאוּרִים לְפִי שֶׁנִּתְבַּייֵּשׁ מִמֶּנּוּ שֶׁלֹּא יֹאמַר לוֹ אַתָּה גָּרַמְתָּ לְעַצְמְךָ שֶׁלֹּא נַעֲנֵיתָ בְּאוּרִים וְתֻומִּים לְפִי שֶׁהָרַגְתָּ אֶת הַכֹּהֲנִים:
« Ni par les songes ni par les prophètes » — et il ne lui a pas dit « ni par les Ourim », parce qu'il en avait honte devant lui, de peur qu'il ne lui dise : c'est toi-même qui as causé de n'être pas répondu par les Ourim veToumim, puisque tu as tué les cohanim.
💡 Explication

Le verset d'Ezechiel s'adressait à la communauté d'Israël ; or une communauté obtient plus aisément le pardon qu'un individu. La preuve est donc écartée, et la guemara cherche un cas individuel.

Elle le trouve dans l'épisode de Chaoul et de la nécromancienne. Chaoul énumère les voies de réponse qui lui ont été fermées, prophètes et songes, et omet les Ourim veToumim. Cette omission n'est pas un oubli : Rachi explique qu'il avait honte devant Chemouel, de peur de s'entendre dire qu'il s'était lui-même privé de cette voie en tuant les cohanim.

11
מִשּׁוּם דְּקַטְלֵיהּ לְנֹוב עִיר הַכֹּהֲנִים.

Parce qu'il avait tué Nov, la ville des cohanim.

12
וּמִנַּיִן דְּאַחִילוּ לֵיהּ מִן שְׁמַיָּא — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֶל שָׁאוּל (מָחָר) [וּמָחָר] אַתָּה וּבָנֶיךָ עִמִּי״, וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן ״עִמִּי״ — בִּמְחִיצָתִי.

Et d'où sait-on qu'on le lui a pardonné du Ciel ? Car il est dit : « Chemouel dit à Chaoul : demain, toi et tes fils, vous serez avec moi » (I Samuel 28,19), et Rabbi Yo'hanan a dit : « avec moi » veut dire dans ma mehitsa (mon enceinte, mon rang parmi les justes).

🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִנַּיִן דְּאַחִילוּ לֵיהּ מִן שְׁמַיָּא שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל א כ״ח:ט״ו) וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֶל שָׁאוּל...וּמָחָר. הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל, מנ"ל דְּאַחִילוּ לֵיהּ מִשּׁוּם דְּנִתְבַּיֵּישׁ וְלֹא הִזְכִּיר הָאוּרִים, וְדִילְמָא בִּשְׁבִיל שֶׁקִּבֵּל עָלָיו הַמִּיתָה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ שֶׁאָמַר לוֹ אִם אַתָּה שׁוֹמֵעַ לַעֲצָתִי לִיפֹּול בַּחֶרֶב, תְּהֵא מִיתָתְךָ כַּפָּרָה עָלֶיךָ, וְיִהְיֶה גּוֹרָלְךָ עִמִּי בְּמָקוֹם שֶׁאֲנִי שָׁרוּי שָׁם, עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כָּל צַדִּיק נִכְוֶוה מֵחֻופָּתוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵין מְחִיצוֹת הַצַּדִּיקִים שָׁווִים, אֶלָּא כָּל אֶחָד מְחִיצָתוֹ לְפִי עֶרְכּוֹ, וְגַם יָדוּעַ שֶׁאֵין הַצַּדִּיק זוֹכֶה לִמְקוֹמוֹ הַגָּדוֹל הָרָאוּי לוֹ תֶּיכֶף וּמִיָּד בְּבוֹאוֹ לְגַן עֵדֶן , אֶלָּא עֲלִיּוֹתָיו בִּמְקוֹמוֹת הֵם חֲלוּקִים בְּהַדְרָגוֹת בְּמֶשֶׁךְ יָמִים וְשָׁנִים, וְכָל עֵת שֶׁיָּבֹאוּ לְהַעֲלוֹתוֹ לְמָקוֹם עֶלְיוֹן יוֹתֵר הֵם דָּנִים אוֹתוֹ עַל דִּקְדּוּקֵי מִצְוֹת יוֹתֵר, וְכַאֲשֶׁר סֵפֶר מהרח"ו זַ"ל מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁהָיוּ דָּנִים אוֹתוֹ אַחַר כַּמָּה שָׁנִים שֶׁנִּכְנַס לְגַן עֵדֶן עַל חֵטְא שֶׁל שׁוֹגֵג, בִּשְׁבִיל שֶׁהָיוּ רוֹצִים לְהַעֲלוֹתוֹ עֲלִיָּה גְּדוֹלָה יוֹתֵר מִמָּקוֹם שֶׁהָיָה בּוֹ. גַּם כָּתַב עוֹד מהרח"ו זַ"ל שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְשׁוּם צַדִּיק לִיקַּח מְקוֹמוֹ הֶעָקְרִי בְּגַן עֵדֶן תֵּיכֶף אַחַר הַפְּטִירָה מֵעוֹלָם הַזֶּה, וַאֲפִילּוּ שֶׁהוּא צַדִּיק גָּמוּר, אֶלָּא רַק אַחַר י"ב חֹדֶשׁ כַּנּוֹדָע, וְכָל מֶשֶׁךְ י"ב חֹדֶשׁ תַּעֲלֶה נַפְשׁוֹ בַּהַדְרָגוֹת, עַייֵּן שָׁם, וְהִנֵּה וַדַּאי שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה הָיְתָה מְחִיצָתוֹ גְּדוֹלָה מִמְּחִיצָתוֹ שֶׁל שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה, כִּי הָיָה שָׁקוּל כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן, וְזָכָה לְמַדְרֵגָה גְּדוֹלָה שֶׁל נְבוּאָה, וְכֵן מוּכָח נָמֵי מִדְּבָרָיו, מִמַּה שֶׁיֵּשׁ לוֹ לְפִי עֶרְכּוֹ, וְהִנֵּה בְּאוֹתָהּ שָׁעָה שֶׁדִּבֵּר עִמּוֹ דְּבָרִים אֵלּוּ עָבַר כַּמָּה חֳדָשִׁים אַחַר שֶׁנִּפְטַר שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה, וְאֵיךְ יִתָּכֵן שֶׁיִּהְיֶה שָׁאוּל לְמָחָר שֶׁהוּא יוֹם פְּטִירָתוֹ יָשַׁב בִּמְחִיצָּה שֶׁל שְׁמוּאֵל, אֲפִילּוּ אִם נֹאמַר שֶׁהוּא לְפִי עֶרְכּוֹ שָׁקוּל לִהְיוֹתוֹ בִּמְחִיצָּתוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה, אֶלָּא וַדַּאי בְּאוֹתָהּ שָׁעָה שֶׁדִּבֵּר שָׁאוּל עִם שְׁמוּאֵל וְנִתְבַּיֵּישׁ מִצַּד הָאוּרִים, נִתְכַּפְּרוּ לוֹ כָּל עֲוֹנֹותָיו הֵן עַל מַה שֶׁהָרַג אֶת נֹוב עִיר הַכֹּהֲנִים, הֵן עַל מַה שֶׁרָדַף אֶת דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, כִּי הַבּוּשָׁה נֶחְשְׁבָה לוֹ מִיתָה מַמָּשׁ, וְעַל כֵּן הַקַּבָּלָה שֶׁקִּבֵּל אוֹתָהּ שָׁעָה עַל עַצְמוֹ לִהְיוֹת נֶהֱרָג בַּחֶרֶב לְמָחָר, הוֹעִילָה שֶׁיִּתְעַלֶּה בְּמַעֲלוֹת רָמוֹת בְּלִי הַדְרָגוֹת וּמֶשֶׁךְ זְמַן, וְיַגִּיעַ תֶּיכֶף וּמִיָּד לְמָחָר לֵישֵׁב בִּמְחִיצָּה שֶׁל שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה. וְזֶה שֶׁאָמַר לוֹ אִם תְּקַבֵּל עָלֶיךָ לֵיהָרֵג תִּהְיֶה מָחָר בִּמְחִיצָתִי, שֶׁלֹּא הֻוצְרַךְ לְבַשְּׂרוֹ עַל יְדֵי כָּךְ שֶׁיָּבֹא לְגַן עֵדֶן, כִּי זֶה כְּבָר נִשְׁלַם מִכֹּחַ הַבּוּשָׁה שֶׁנִּמְחֲלוּ אוֹתָם עוֹנוֹת, אַךְ בְּיָשְׁרוֹ עַל יְדֵי כָּךְ לֹא תִּצְטָרֵךְ לְקַבֵּל עֲלִיּוֹת שֶׁלְּךָ בְּהַדְרָגוֹת בְּמֶשֶׁךְ יָמִים וָחֳדָשִׁים וּשְׁנַיִם, אֶלָּא מָחָר תַּגִּיעַ לֵישֵׁב בִּמְחִיצָתִי תֶּיכֶף וּמִיָּד, בַּעֲבוּר קַבָּלָה זוֹ שֶׁאַתָּה מְקַבֵּל עַל עַצְמְךָ, וְעַל כֵּן שַׁפִּיר יָלֵיף הַשַּׁ"ס מֵהַאי קְרָא דְּעַמֵּי בִּמְחִיצָתִי, דְּחָזֵינַן עֲצַת שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה הָיְתָה לְשָׁאוּל שֶׁיַּשִּׂיג מָחָר אֶת מְחִיצָתוֹ תֵּיכֶף, וּמֻוכְרָח לוֹמַר כִּי הוּא כְּבָר נִטְהַר מֵאוֹתָם עוֹנוֹת שֶׁל הֲרִיגַת נֹוב וּרְדִיפָה שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, מֵחֲמַת הַבּוּשָׁה שֶׁנִּתְבַּיֵּישׁ אוֹתָהּ שָׁעָה קֹודֶם שֶׁאָמַר לוֹ עִמִּי בִּמְחִיצָתִי. וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ דִּקְדּוּק אַחֵר, דִּלְמַאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא הָכָא הַאי דְּרָשָׁה דר"י, דְּדָרַשׁ עִמִּי בִּמְחִיצָתִי וְסַגִּי לְהָבִיא הַפָּסוּק בִּלְבַד דְּקָאָמַר עִמִּי, דְּמַשְׁמַע שֶׁיָּבֹא לְגַן עֵדֶן, וּבָזֶה שֶׁכָּתַבְנוּ יָבֹא נָכוֹן, דְּעִיקַּר הַיַּלְפוּתָא הוּא מִכֹּחַ שֶׁאָמַר לוֹ עִמִּי בִּמְחִיצָתִי, דְּאִי אֶפְשָׁר לְהַשִּׂיג מְחִיצָּה שֶׁל שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה תֵּיכֶף בַּיּוֹם שֶׁנִּפְטַר, אִם לֹא נֹאמַר שֶׁהַבּוּשָׁה הִסְפִּיקָה לִמְחֹול לוֹ עַל הַכֹּל בִּמְקוֹם מִיתָה שֶׁאָז קַבָּלָתוֹ שֶׁקִּבֵּל לֵיהָרֵג הוֹעִילָה לוֹ לְהַשִּׂיג מְחִיצָתוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה בְּבַת אַחַת לְמָחָר.
« Et d'où sait-on qu'on le lui a pardonné du Ciel ? Car il est dit : Chemouel dit à Chaoul... et demain. » Le Rif a objecté : d'où savons-nous qu'on lui a pardonné parce qu'il a eu honte et n'a pas mentionné les Ourim ? Peut-être est-ce parce qu'il a accepté sur lui la mort, comme nos maîtres l'ont dit, que Chemouel lui dit : si tu écoutes mon conseil de tomber par l'épée, ta mort te sera une expiation, et ton lot sera avec moi, la où je réside — voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit : « chaque juste est brûlé par le dais de son compagnon », c'est-à-dire que les mehitsot (enceintes) des justes ne sont pas égales, mais que chacun a son enceinte selon son rang. On sait aussi que le juste n'obtient pas la grande place qui lui revient aussitôt, dès son entrée au gan éden, mais que ses élévations se font par des degrés distincts au fil des jours et des années ; et chaque fois que l'on veut le faire monter à une place plus élevée, on le juge sur des points de mitsvot plus fins, comme le Maharhou l'a raconté au sujet d'un hassid que l'on jugea, plusieurs années après son entrée au gan éden, pour une faute commise par inadvertance, parce que l'on voulait l'élever plus haut que la place où il se trouvait. Le Maharhou a encore écrit qu'aucun juste ne peut prendre sa place essentielle au gan éden aussitôt après son départ de ce monde, fut-il parfaitement juste, mais seulement au bout de douze mois, comme on le sait, et que durant ces douze mois son âme monte par degrés — voir là-bas. Or il est certain que l'enceinte de Chemouel le prophète, que la paix soit sur lui, était plus grande que celle du roi Chaoul, car il était l'égal de Moche et d'Aharon et il atteignit un grand degré de prophétie ; cela ressort également de ses propres paroles, de ce qu'il possède selon son rang. Et au moment où il lui tint ces paroles, plusieurs mois s'étaient écoulés depuis le départ de Chemouel le prophète ; comment se pouvait-il donc que Chaoul, dès le lendemain, jour de son décès, siégeât dans l'enceinte de Chemouel, même en admettant que, selon son rang, il fut digne de se trouver dans l'enceinte de Chemouel le prophète ? Il faut donc dire qu'au moment où Chaoul parla à Chemouel et eut honte à cause des Ourim, toutes ses fautes lui furent expiées, aussi bien d'avoir tué Nov la ville des cohanim que d'avoir poursuivi le roi David, car la honte lui fut comptée comme une mort véritable ; dès lors, l'acceptation qu'il prit sur lui à ce moment-là d'être tué par l'épée le lendemain lui permit de s'élever à de hauts degrés sans passer par des degrés successifs ni attendre de délai, et de parvenir aussitôt, dès le lendemain, à siéger dans l'enceinte de Chemouel le prophète. C'est ce que Chemouel lui dit : si tu acceptes sur toi d'être tué, tu seras demain dans mon enceinte. Il n'avait pas besoin de lui annoncer par là qu'il viendrait au gan éden, cela étant déjà acquis par la force de la honte qui avait effacé ces fautes ; il lui annonçait plutôt que tu n'auras pas besoin de recevoir tes élévations par degrés au fil des jours, des mois et des années, mais que dès demain tu parviendras aussitôt à siéger dans mon enceinte, grâce à cette acceptation que tu prends sur toi. Ainsi le Talmud déduit-il justement de ce verset que « avec moi » veut dire « dans mon enceinte », puisque nous voyons que le conseil de Chemouel le prophète était que Chaoul atteigne dès le lendemain son enceinte ; et il faut nécessairement dire qu'il était déjà purifié de ces fautes, le meurtre de Nov et la poursuite du roi David, à cause de la honte qu'il éprouva à ce moment-là. Cela permet de résoudre une autre difficulté : pourquoi fallait-il apporter ici l'exégèse de Rabbi Yo'hanan, qui explique « avec moi — dans mon enceinte », alors qu'il aurait suffi d'apporter le verset seul, qui dit « avec moi », impliquant qu'il viendrait au gan éden ? D'après ce que nous avons écrit, cela s'explique bien : l'essentiel de la déduction tient à ce qu'il lui a dit « avec moi, dans mon enceinte », car il est impossible d'atteindre l'enceinte de Chemouel le prophète dès le jour du décès, à moins de dire que la honte à suffi à tout lui faire pardonner à la place de la mort, et qu'alors l'acceptation d'être tué lui a permis d'atteindre d'un seul coup, dès le lendemain, l'enceinte de Chemouel le prophète.
💡 Explication

Il ne suffit pas d'établir que Chaoul a eu honte ; il faut montrer que cette honte à obtenu le pardon. La preuve est dans la réponse de Chemouel : « demain, toi et tes fils, vous serez avec moi ». Rabbi Yo'hanan lit ces mots comme une promesse de place, non comme la simple annonce de la mort.

Le Ben Ich Haï construit sur ce point tout son développement : les enceintes des justes ne sont pas égales, et l'on n'y accède que par degrés ; que Chaoul rejoigne dès le lendemain celle de Chemouel suppose que ses fautes étaient déjà effacées.

🖼️ Schéma
La chaîne de la preuve : la honte de Chaoul La faute Nov, la ville des cohanim, est tuée. La honte Devant Chemouel il tait les Ourim veToumim. Le pardon Demain, toi et tes fils, vous serez avec moi. Rabbi Yo'hanan : dans ma mehitsa. Preuve 1 : Rabbi Yo'hanan Avec moi = dans mon enceinte, parmi les justes. Une place, non une simple mort. Source : I Samuel 28,19. Preuve 2 : les Sages Une bat kol conclut après les Guivonim : l-élu de Hachem. Eux venaient le blâmer. Source : II Samuel 21,6.
De la faute à la honte, et de la honte au pardon : les deux preuves apportées par la guemara.
13
וְרַבָּנָן אָמְרִי, מֵהָכָא: ״וְהוֹקַעֲנוּם לַה׳ בְּגִבְעַת שָׁאוּל בְּחִיר ה׳״. יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה ״בְּחִיר ה׳״.

Et les Sages disent : d'ici — « nous les pendrons devant Hachem à Guivat Chaoul, l'élu de Hachem » (II Samuel 21,6). Une bat kol (voix céleste) sortit et dit : « l'élu de Hachem ».

📜 Rachi (2)
וְרַבָּנָן סָבְרִי מֵהָכָא שָׁמְעִינַן דְּאַחִילוּ לוֹ:
Et les Sages — estiment que c'est d'ici que l'on apprend qu'on le lui a pardonné.
וְהוֹקַעֲנוּם גִּבְעוֹנִים אָמְרוּ לְדָוִד בְּסוֹף יָמָיו שֶׁהָיָה רָעָב ג' שָׁנִים וַיִּשְׁאַל דָּוִד בַּה' וַיֹּאמֶר ה' אֶל שָׁאוּל וְאֶל בֵּית הַדָּמִים עַל אֲשֶׁר הֵמִית אֶת הַגִּבְעֹונִים שֶׁהָרַג אֶת הַכֹּהֲנִים שֶׁהָיוּ מַסְפִּיקִים לַגִּבְעוֹנִים לֶחֶם וּמַיִם שֶׁהַגִּבְעוֹנִים נְתָנָם יְהוֹשֻׁעַ חֹוטְבֵי עֵצִים וְשֹׁואֲבֵי מַיִם לַמִּזְבֵּחַ וַיֹּאמֶר דָּוִד אֶל הַגִּבְעֹונִים וּבַמֶּה אֲכַפֵּר לָכֶם וּבָרְכוּ אֶת נַחֲלַת ה' וְהֵם אָמְרוּ לוֹ יֻותַּן לָנוּ שִׁבְעָה אֲנָשִׁים מִבָּנָיו וְהוֹקַעֲנוּם בְּגִבְעַת שָׁאוּל וּבַת קוֹל יָצְאָה וְסִייְּמָה אַחֲרֵיהֶם בְּחִיר ה' דְּוַדַּאי הֵם לֹא אָמְרוּ בְּחִיר ה' שֶׁהֲרֵי לְגַנּוֹתוֹ הָיוּ בָּאִין וְלֹא לִכְבוֹדוֹ:
« Nous les pendrons » — les Guivonim dirent cela à David à la fin de ses jours, alors qu'il y avait eu la famine pendant trois ans ; David interrogea Hachem, qui répondit : c'est à cause de Chaoul et de la maison de sang, parce qu'il a fait mourir les Guivonim — car il avait tué les cohanim qui fournissaient aux Guivonim le pain et l'eau, les Guivonim ayant été établis par Yehochoua fendeurs de bois et puiseurs d'eau pour l'autel. David dit aux Guivonim : par quoi ferai-je expiation pour vous, afin que vous bénissiez l'héritage de Hachem ? Ils lui répondirent : que sept hommes de ses fils nous soient livrés, et nous les pendrons à Guivat Chaoul. Et une bat kol sortit et conclut après eux : « l'élu de Hachem » — car eux, certainement, n'ont pas dit « l'élu de Hachem », puisqu'ils venaient pour le blâmer et non pour l'honorer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְרַבָּנַן אָמְרִי מֵהָכָא וְהוֹקַעְנוּם לַה' בְּגִבְעַת שָׁאוּל. מַקְשִׁים מֵאַחַר שֶׁהַמִּתְבַּיֵּישׁ נִמְחָלִים כָּל עֲוֹנֹותָיו, וְגַם עוֹד שֶׁהוּא נֶהֱרַג בַּמִּלְחָמָה עִם בָּנָיו, לָמָּה נִשְׁאַר עָוֹן זֶה שֶׁל גִּבְעוֹנִים? וְהָרִי"ף זַ"ל פֵּירֵשׁ מַה שֶׁנִּפְקַד עָלָיו עֲוֹן הַגִּבְעוֹנִים אַחַר מִיתָתוֹ בִּשְׁבִיל חִילּוּל הַשֵּׁם וְכוּ', וּדְבָרָיו תְּמוּהִים, דְּמִיתָה מְכַפֶּרֶת עַל חִילּוּל הַשֵּׁם, ומ"ש אִם יְכֻופַּר עָוֹן זֶה עַד יְמוּתוּן, אֵין הַכַּוָּנָה לוֹמַר אַחַר שֶׁיָּמוּתוּ יַעֲשֶׂה לָהֶם דָּבָר לְכַפֵּר עַל זֶה, אֶלָּא הַכַּוָּנָה הוּא שֶׁהַמִּיתָה עַצְמָהּ תִּהְיֶה מְכַפֶּרֶת וְכֵן מְפֹורָשׁ בְּאַרְבָּעָה חִלּוּקֵי כַּפָּרָה בְּסוֹף יוֹמָא, דְּאָמַר לַהֲדֵיהּ עַל חִלּוּל הַשֵּׁם מִיתָה מְכַפֶּרֶת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד, דמ"ש הַמִּתְבַּיֵּישׁ עַל עֲבֵירָה נִמְחָלִין עֲוֹונֹותָיו , וְכֵן מ"ש יִסּוּרִין וּמִיתָה מְכַפְּרִים עַל כְּרִיתוֹת וְחִלּוּל הַשֵּׁם, בְּסוֹף הַגְּמָרָא דְּיוֹמָא, כָּל זֶה הוּא עַל הַנּוֹגֵעַ בֵּין אָדָם לַמָּקוֹם , אֲבָל עַל הַנּוֹגֵעַ בֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ, הֵן מִצַּד מָמוֹן, הֵן מִצַּד נְפָשׁוֹת, לָא מִפְּטַר אא"כ חֲבֵירוֹ יִמְחֹול לוֹ, אַךְ אִם שְׁנֵיהֶם יִשְׂרָאֵל, כֵּיוָן שֶׁנַּעֲשָׂה מִשְׁפָּט בְּדִינוֹ, מִסְּתָמָא נֶפֶשׁ אוֹתוֹ שֶׁחָטָא לוֹ גַּם הִיא תִּמְחֹול, אַחַר שֶׁמָּחַל הַקב"ה עַל חֶלְקוֹ, וְכָל זֶה בְּיִשְׂרָאֵל עִם יִשְׂרָאֵל, אַךְ הַגִּבְעוֹנִים אֲשֶׁר לֹא מִזֶּרַע יִשְׂרָאֵל הֵמָּה, אַף עַל פִּי שֶׁשָּׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה נִמְחֲלוּ לוֹ כָּל עֲוֹנֹותָיו מִצַּד חֵלֶק הַמָּקוֹם ב"ה, עִם כָּל זֶה הַגִּבְעוֹנִים עַל נִזְקָם לֹא מָחֲלוּ, וְצָרִיךְ לְהִנָּקֵם מִמֶּנּוּ בַּעֲבוּרָם, וְלָכֵן מֵעֵת שֶׁהָרַג מֵהֶם ז' נְפָשׁוֹת וְנִגְזַר לַהֲרֹוג ז' מִבָּנָיו לְפַיְּיסָם הֵם נִתְפַּייְּסוּ בָּזֶה, גַּם מִצַּד נֶזֶק מָמוֹן שֶׁהִגִּיעַ לָהֶם, שֶׁשָּׂמְחוּ בִּתְלִייָּתָם בְּפִרְסוּם, שֶׁאָמְרוּ עַתָּה שֶׁמּוֹרִים אֲנַחְנוּ, שֶׁלֹּא יָבֹא עוֹד אֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת לָנוּ רָעָה, מֵאַחַר שֶׁנַּעֲשֵׂית נְקָמָה זוֹ בִּשְׁבִילֵנוּ.
« Et les Sages disent : d'ici — nous les pendrons devant Hachem à Guivat Chaoul. » On objecte : puisque celui qui éprouve de la honte voit toutes ses fautes pardonnées, et qu'en outre il fut tué à la guerre avec ses fils, pourquoi cette faute envers les Guivonim est-elle demeurée ? Le Rif a expliqué que ce qui lui fut réclamé après sa mort, la faute des Guivonim, le fut à cause de la profanation du Nom, etc. ; mais ses paroles étonnent, car la mort expie la profanation du Nom. Et ce qui est dit « si cette faute vous sera expiée jusqu'à ce que vous mouriez » ne veut pas dire qu'après leur mort on ferait quelque chose pour l'expier, mais que la mort elle-même expiera ; ainsi est-il explicite dans les quatre divisions de l'expiation, à la fin de Yoma, où il est dit expressément que pour la profanation du Nom la mort expie. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui a été dit — celui qui a honte de sa transgression voit ses fautes pardonnées, de même que les souffrances et la mort expient les keritot et la profanation du Nom, à la fin de la guemara de Yoma — concerne uniquement ce qui relève des rapports entre l'homme et l'Omniprésent ; mais pour ce qui relève des rapports entre l'homme et son prochain, qu'il s'agisse d'argent ou de vies, il n'est pas quitte tant que son prochain ne lui a pas pardonné. Toutefois, si tous deux sont juifs, dès lors que le jugement a été rendu, l'âme de celui envers qui il a fauté pardonnera vraisemblablement elle aussi, une fois que le Saint béni soit-Il a pardonné pour Sa part. Tout cela vaut entre Juifs ; mais les Guivonim, qui ne sont pas de la descendance d'Israël, bien que toutes les fautes du roi Chaoul lui eussent été pardonnées du côté de la part de l'Omniprésent, n'ont pas pardonné pour le dommage qui leur avait été fait, et il fallait les venger de lui. C'est pourquoi, dès lors qu'il avait tué sept âmes des leurs et qu'il fut décrété de faire mourir sept de ses fils pour les apaiser, ils furent apaisés par cela, y compris pour le dommage matériel qui leur était advenu, car ils se réjouirent de leur pendaison publique et dirent : maintenant nous sommes gardés, aucun autre en Israël ne viendra plus nous faire du mal, puisque cette vengeance a été exercée pour nous.
💡 Explication

Seconde preuve du pardon de Chaoul. Les Guivonim réclament à David sept fils de Chaoul pour les pendre ; le verset ajoute à Chaoul le titre d'élu de Hachem. Or ces gens venaient l'accuser : le titre ne peut venir d'eux. Il faut donc l'attribuer à une bat kol qui conclut la phrase après eux, ce qui atteste que Chaoul avait été pardonné.

Le Ben Ich Haï demande alors pourquoi, s'il était pardonné, la faute envers les Guivonim continuait d'être réclamée ; il répond en distinguant ce qui relève des rapports entre l'homme et l'Omniprésent et ce qui relève des rapports entre l'homme et son prochain.

14
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ בֶּן זוּטַרְתִּי אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בַּר זְבִידָא: בִּקְּשׁוּ לִקְבֹּועַ פָּרָשַׁת בָּלָק בִּקְרִיאַת שְׁמַע, וּמִפְּנֵי מַה לֹא קְבָעוּהָ — מִשּׁוּם טֹורַח צִבּוּר.

Rabbi Abbahou ben Zoutarti a dit au nom de Rabbi Yehouda bar Zevida : on a voulu fixer la section de Balak dans la lecture du Chema ; et pourquoi ne l'a-t-on pas fixée ? À cause de la peine imposée au public (torah tsibour).

🗂️ Tossefot (2)
בִּקְּשׁוּ לִקְבֹּועַ פָּרָשַׁת בָּלָק בְּפָרָשַׁת ק"ש וּמִפְּנֵי מַה לֹא קְבָעוּהָ וְכוּ' אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי (בְּרָכוֹת א ה) דְּאוֹתָן ג' פָּרָשִׁיּוֹת שֶׁתִּקְּנוּ בְּקִרְיַת שְׁמַע לְפִי שֶׁבָּהֶן עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת וְעַיֵּין בּוֹ וְתִמְצָא הַכֹּל:
« On a voulu fixer la section de Balak dans la section du Chema, et pourquoi ne l'a-t-on pas fixée » etc. — il est dit dans le Yerouchalmi (Berakhot 1,5) que les trois sections instituées dans la lecture du Chema l'ont été parce qu'elles contiennent les dix paroles ; regarde là-bas et tu y trouveras tout.
הַדְרָן עֲלָךְ מֵאֵימָתַי
Hadran alakh « Méémataï » — fin du premier chapitre.
💡 Explication

Nouvelle sougya, qui ramène au sujet du chapitre : le contenu du Chema. Les Sages ont envisagé d'y ajouter la section de Balak, et y ont renoncé pour un motif institutionnel : la torah tsibour, la charge que représenterait pour l'assemblée une lecture aussi longue, répétée deux fois par jour.

Ce motif structure toute la suite : la guemara va chercher pourquoi on a voulu l'ajouter, puis pourquoi on ne pouvait pas se contenter du seul verset qui la rendait intéressante.

15
מַאי טַעְמָא? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהּ: ״אַל מְצִיאָם מִמִּצְרַיִם״ — לֵימָא פָּרָשַׁת רִבִּית וּפָרָשַׁת מִשְׁקָלוֹת דִּכְתִיב בָּהֶן יְצִיאַת מִצְרַיִם.

Quelle en est la raison ? Si tu dis : parce qu'il y est écrit « D.ieu les fait sortir d'Égypte » (Nombres 23,22), que l'on dise donc la section de l'intérêt (ribbit) et la section des poids, où la sortie d'Égypte est également écrite.

📜 Rachi (2)
פָּרָשַׁת רִבִּית אַל תִּקַּח מֵאִתּוֹ נֶשֶׁךְ וְתַרְבִּית וְגוֹ' (וַיִּקְרָא כ״ה:ל״ו) וּסְמִיךְ לֵיהּ יְצִיאַת מִצְרַיִם:
La section de l'intérêt — « ne prends de lui ni intérêt ni usure » etc. (Lévitique 25,36), et la sortie d'Égypte lui est juxtaposée.
וּפָרָשַׁת מִשְׁקָלוֹת אַבְנֵי צֶדֶק וְגוֹ' (וַיִּקְרָא י״ט:ל״ו) סֵיפֵיהּ דִּקְרָא אֲשֶׁר הוֹצֵאתִי אֶתְכֶם וְגוֹ':
Et la section des poids — « des pierres justes » etc. (Lévitique 19,36) ; la fin du verset : « que Je vous ai fait sortir » etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי טַעְמָא, אִילֵּימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהּ (בַּמִּדְבָּר כג, כג) 'אֵל מוֹצִיאָם מִמִּצְרַיִם' לֵימָא פָּרָשַׁת רִבִּית. הִקְשָׁה פְּנֵי יְהוֹשֻׁעַ זַ"ל, יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת טוּבָא, דִּטְפֵי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִפָּרָשַׁת קֹדֶשׁ (שְׁמוֹת יג) וְהָיָה כִּי יְבִאֲךָ, דְּכָל הַפָּרָשָׁה מַיְירֵי בִּיצִיאַת מִצְרַיִם, וּכְתִיבָה נָמֵי בִּתְפִילִּין גַּבֵּי פ' שְׁמַע (דְּבָרִים יא, יג) וְהָיָה אִם שְׁמַע, עַיֵּין שָׁם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין כָּאן קֻושְׁיָא כְּלָל, דְּפָרָשַׁת קֹדֶשׁ יֵשׁ בָּהּ 'עֲשָׂרָה פְּסוּקִים', וּפָרָשַׁת וְהָיָה כִּי יְבִאֲךָ יֵשׁ בָּהּ 'שִׁבְעָה פְּסוּקִים', וּלְכָךְ הִקְשָׁה מִן פָּרָשַׁת רִבִּית שֶׁהִיא קְצָרָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ 'חֲמִשָּׁה פְּסוּקִים', וְכֵן פָּרָשַׁת מִשְׁקוֹלוֹת אֵין בָּהּ אֶלָּא 'אַרְבָּעָה פְּסוּקִים', וְאִם תִּמְנֶה הַתֵּיבוֹת גַּם כֵּן תִּמְצָא שֶׁיֵּשׁ הֶפְרֵשׁ גָּדוֹל, וּלְהָכִי הִקְשָׁה מְהַנֵּי שֶׁהֵם קְצָרוֹת, וְלֵיכָּא טֹורַח צִבּוּר בִּקְרִיאָתָם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקֵיט רִבִּית וּמִשְׁקוֹלוֹת, מִפְּנֵי כִּי הַטַּעַם שֶׁנִּזְכַּר בָּהֶם יְצִיאַת מִצְרַיִם הוּא דּוֹמֶה לְטַעַם זְכִירַת יְצִיאַת מִצְרַיִם גַּבֵּי צִיצִית, וְהַייְנוּ כמ"ש בַּגְּמָרָא (ב"מ סא:), לָמָּה נִזְכְּרָה יְצִיאַת מִצְרַיִם בְּפָרָשַׁת צִיצִית, וּפָרָשַׁת רִבִּית, וּפָרָשַׁת מִשְׁקוֹלוֹת, אָמַר הקב"ה, אֲנִי הוּא שֶׁהִבְחַנְתִּי בְּמִצְרַיִם בֵּין טִיפָּה שֶׁל בְּכוֹר לְשֶׁאֵינָהּ שֶׁל בְּכוֹר, אֲנִי הוּא עָתִיד לְהִבָּחֵן וּלְהִיפָּרַע מִן הַתּוֹלֶה לְקָלָא אִילָן בְּבִגְדוֹ וְאוֹמֵר תְּכֵלֶת הוּא, וּבְמִשְׁקוֹלוֹת אָמַר הקב"ה, אֲנִי הִבְחַנְתִּי בְּמִצְרַיִם בֵּין טִיפָּה וְכוּ' וַאֲנִי עָתִיד לִיפָּרַע מְטֻומָּן מִשְּׁקוּלוֹתָיו בְּמֶלַח לְרַמּוֹת הַבְּרִיּוֹת, וּבָרִבִּית אָמַר הקב"ה, אֲנִי הִבְחַנְתִּי בֵּין בְּכוֹר וְכוּ' וַאֲנִי נִפְרָע מֵהַמַּלְוֶה מָעוֹת לְיִשְׂרָאֵל בְּרִבִּית וְאוֹמֵר שֶׁל נָכְרִי הֵם, נִמְצָא הַטַּעַם שָׁוֶה בִּשְׁלָשְׁתָּם, וְגַם בִּשְׁלָשְׁתָּם קָאֵי עַל מַכַּת בְּכוֹרוֹת בִּלְבַד, וּלְהָכִי מַקְּשׁוּ מִינַּייְהוּ, מִשּׁוּם דְּדָמֵי בְּטַעְמָם לְפָרָשַׁת צִיצִית שֶׁאָנוּ אוֹמְרִים בִּקְרִיאַת שְׁמַע בְּעִנְיָן זֶה שֶׁל זְכִירַת יְצִיאַת מִצְרַיִם.
« Quelle en est la raison ? Si tu dis : parce qu'il y est écrit D.ieu les fait sortir d'Égypte — que l'on dise donc la section de l'intérêt. » Le Pnei Yehochoua a objecté qu'il y a beaucoup à demander : il aurait mieux valu objecter à partir de la section de Kadech (Exode 13) et de « Vehaya ki yeviakha », car toute la section traite de la sortie d'Égypte, et elle est en outre écrite dans les tefilin à côté de la section « Chema » et de « Vehaya im chamoa » (Deutéronome 11,13) — voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il n'y a là aucune difficulté : la section de Kadech comporte dix versets et la section de « Vehaya ki yeviakha » sept versets ; c'est pourquoi la guemara objecte à partir de la section de l'intérêt, qui est courte et ne comporte que cinq versets, ainsi que de la section des poids, qui n'en comporte que quatre ; et si tu comptes les mots, tu trouveras également une grande différence. La guemara objecte donc à partir de ces sections, qui sont courtes et dont la lecture n'impose aucune peine au public. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la guemara a choisi l'intérêt et les poids parce que la raison pour laquelle la sortie d'Égypte y est mentionnée ressemble à la raison de sa mention à propos des tsitsit, comme il est dit dans la guemara (Baba Metsia 61b) : pourquoi la sortie d'Égypte est-elle mentionnée dans la section des tsitsit, dans la section de l'intérêt et dans la section des poids ? Le Saint béni soit-Il a dit : c'est Moi qui ai distingué en Égypte entre la goutte du premier-né et celle qui n'était pas d'un premier-né ; c'est Moi qui distinguerai à l'avenir et qui punirai celui qui teint son vêtement avec de l'indigo végétal en disant que c'est de la tekhelet. Pour les poids, le Saint béni soit-Il a dit : J'ai distingué en Égypte entre la goutte, etc., et Je punirai à l'avenir celui qui enfouit ses poids dans le sel pour tromper les gens. Et pour l'intérêt, le Saint béni soit-Il a dit : J'ai distingué entre le premier-né, etc., et Je punirai celui qui prête de l'argent à un Juif à intérêt en prétendant que cet argent appartient à un non-Juif. La raison est donc la même dans les trois cas, et dans les trois elle porte sur la seule plaie des premiers-nés ; c'est pourquoi la guemara objecte à partir d'elles, parce qu'elles ressemblent, quant à leur raison, à la section des tsitsit que nous disons dans la lecture du Chema, précisément sur ce point de la mention de la sortie d'Égypte.
💡 Explication

Première hypothèse sur l'intérêt de la section de Balak : elle mentionne la sortie d'Égypte, contenu central du Chema. La guemara la rejette : ce contenu ne lui est pas propre. Rachi indique les deux passages concurrents, celui de l'intérêt (Lévitique 25,36) et celui des poids (Lévitique 19,36), où la mention figure aussi.

L'argument est renforcé par leur brièveté, comme le relève le Ben Ich Haï : ces sections sont courtes, quatre ou cinq versets, et n'imposeraient donc aucune peine au public.

🖼️ Schéma
Pourquoi Balak, et pourquoi pas Balak Hypothèse 1 Parce qu-elle mentionne la sortie d-Égypte. Nombres 23,22. Rejetée : ce motif n-est pas propre à Balak Section de l-intérêt (Lévitique 25) et section des poids (Lévitique 19) la mentionnent aussi, et elles sont bien plus courtes. Cinq versets et quatre versets (Ben Ich Haï). Hypothèse 2 retenue Le verset kara chakhav : il évoque le coucher et le lever. Alors pourquoi ne pas dire ce seul verset ? Règle reçue : on ne coupe que là où Moche notre maître a coupé. Le verset ne peut donc être détaché de sa section. Et la section entière serait une peine pour le public.
Les deux raisons envisagées d'insérer Balak, et la règle de découpage qui interdit d'en extraire un seul verset.
16
אֶלָּא אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין, מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהּ הַאי קְרָא: ״כָּרַע שָׁכַב כַּאֲרִי וּכְלָבִיא מִי יְקִימֶנּוּ״.

Mais plutôt, Rabbi Yossi bar Avin a dit : parce qu'il y est écrit ce verset : « il s'est accroupi, il s'est couché comme un lion et comme une lionne, qui le fera lever ? » (Nombres 24,9).

📜 Rachi (1)
כָּרַע שָׁכַב דְּדָמֵי לִבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ שֶׁהַקָּדוֹשׁ ב"ה שׁוֹמְרֵנוּ בְּשָׁכְבֵנוּ וּבְקוּמֵנוּ לִשְׁכַּב שַׂלְוִים וּשְׁקֵטִים כַּאֲרִי וּכְלָבִיא:
« Il s'est accroupi, il s'est couché » — cela ressemble à « quand tu te couches et quand tu te lèves », car le Saint béni soit-Il nous garde à notre coucher et à notre lever, pour que nous reposions tranquilles et paisibles comme un lion et une lionne.
💡 Explication

Seconde raison, retenue : la section de Balak contient un verset qui évoque le coucher et le lever, exactement les deux moments que le Chema lui-même désigne (« quand tu te couches et quand tu te lèves »). Rachi ajoute le contenu de cette ressemblance : Hachem nous garde à notre coucher et à notre lever, de sorte que nous reposions tranquilles comme un lion.

17
וְלֵימָא הַאי פְּסוּקָא וְתוּ לָא.

Que l'on dise alors ce seul verset, et rien de plus.

📜 Rachi (1)
וְלֵימָא הַאי פְּסוּקָא וְלֵיכָּא טֹורַח צִבּוּר:
« Que l'on dise ce verset » — et il n'y aurait pas de peine pour le public.
18
גְּמִירִי: כֹּל פָּרָשָׁה דְּפַסְקַהּ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ — פָּסְקִינַן, דְּלָא פַּסְקַהּ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ — לָא פָּסְקִינַן.

Nous avons reçu par tradition : toute section que Moche notre maître a coupée, nous la coupons ; celle que Moche notre maître n'a pas coupée, nous ne la coupons pas.

💡 Explication

Réponse à l'objection précédente, et clé de toute la sougya. Le découpage du texte de la Torah en sections (parachiot, ouvertes et fermées) n'est pas à la disposition des Sages : il remonte à Moche. On ne peut donc extraire un verset isolé du milieu d'une section pour en faire une lecture autonome.

Le verset « kara chakhav » se trouve au milieu de la section de Balak. Ou bien on lit la section entière, ce qui impose une peine au public, ou bien on renonce ; c'est la seconde voie qui a été choisie.

19
פָּרָשַׁת צִיצִית מִפְּנֵי מַה קְבָעוּהָ?

La section des tsitsit, pourquoi l'a-t-on fixée ?

20
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בַּר חֲבִיבָא, מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ חֲמִשָּׁה דְּבָרִים: מִצְוַת צִיצִית, יְצִיאַת מִצְרַיִם, עֹול מִצְוֹת, וְדַעַת מִינִים, הִרְהוּר עֲבֵירָה, וְהִרְהוּר עֲבוֹדָה זָרָה.

Rabbi Yehouda bar Haviva a dit : parce qu'elle contient cinq choses — la mitsva des tsitsit, la sortie d'Égypte, le joug des mitsvot, l'opinion des minim, la pensée de transgression et la pensée d'idolâtrie.

📜 Rachi (1)
עֹול מִצְוֹת וַעֲשִׂיתֶם אֶת כָּל מִצְוֹתָי:
Le joug des mitsvot — « et vous ferez toutes Mes mitsvot ».
💡 Explication

Réponse symétrique de la précédente : si Balak a été écartée malgré un motif réel, la section des tsitsit a été retenue parce qu'elle concentre plusieurs contenus à la fois. Le décompte annonce cinq alors que la liste en énumère six ; les commentateurs résolvent ce décalage en identifiant le motif principal, la sortie d'Égypte, qui commande l'inclusion, les autres étant ce qui s'y ajoute.

21
בִּשְׁלָמָא הָנֵי תְּלָת מְפָרְשָׁן. עֹול מִצְוֹת, דִּכְתִיב: ״וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת כָּל מִצְוֹת ה׳״. צִיצִית, דִּכְתִיב: ״וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִית וְגוֹ׳״. יְצִיאַת מִצְרַיִם, דִּכְתִיב: ״אֲשֶׁר הוֹצֵאתִי וְגוֹ׳״. אֶלָּא: דַּעַת מִינִים, הִרְהוּר עֲבֵירָה, וְהִרְהוּר עֲבוֹדָה זָרָה — מִנָּלַן?

Soit : ces trois-là sont explicites. Le joug des mitsvot, car il est écrit « vous les verrez et vous vous souviendrez de toutes les mitsvot de Hachem » ; les tsitsit, car il est écrit « ils se feront des tsitsit » etc. ; la sortie d'Égypte, car il est écrit « que Je vous ai fait sortir » etc.

Mais l'opinion des minim, la pensée de transgression et la pensée d'idolâtrie — d'où les tirons-nous ?

💡 Explication

La guemara vérifie l'énumération. Trois éléments se lisent à la surface du texte, avec leur verset. Les trois autres ne s'y trouvent pas nommés : il faut donc montrer d'où on les tire. La réponse viendra d'une baraita qui lit chacun des trois membres du verset « et vous n'explorerez pas après vos cœurs et après vos yeux ».

22
דְּתַנְיָא: ״אַחֲרֵי לְבַבְכֶם״ — זוֹ מִינוּת, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״אָמַר נָבָל בְּלִבּוֹ אֵין אֱ-לֹהִים״. ״אַחֲרֵי עֵינֵיכֶם״ — זֶה הִרְהוּר עֲבֵירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר שִׁמְשׁוֹן אֶל אָבִיו אוֹתָהּ קַח לִי, כִּי הִיא יָשְׁרָה בְעֵינָי״. ״אַתֶּם זֹונִים״ — זֶה הִרְהוּר עֲבוֹדָה זָרָה, וְכֵן הוּא אוֹמֵר ״וְיִזְנוּ אַחֲרֵי הַבְּעָלִים״.

Comme il a été enseigné : « après vos cœurs » — c'est la minout (l'hérésie), et ainsi est-il dit : « l'insensé a dit en son cœur : il n'y a pas de D.ieu » ; « après vos yeux » — c'est la pensée de transgression, car il est dit : « Chimchon dit à son père : prends-la-moi, car elle est droite à mes yeux » ; « vous vous prostituez » — c'est la pensée d'idolâtrie, et ainsi est-il dit : « ils se prostituèrent après les Béalim ».

📜 Rachi (2)
מִינוּת אוֹתָם הַהוֹפְכִים טַעֲמֵי הַתּוֹרָה לְמִדְרַשׁ טָעוּת וֶאֱלִיל:
La minout — ceux qui retournent les raisons de la Torah vers une interprétation d'erreur et d'idole.
וְכֵן הוּא אוֹמֵר אָמַר נָבָל בְּלִבּוֹ אֵין אֱ-לֹהִים וְאֵין לְךָ נָבָל מִן הַהוֹפֵךְ דִּבְרֵי אֱ-לֹהִים חַיִּים:
« Et ainsi est-il dit : l'insensé a dit en son cœur, il n'y a pas de D.ieu » — et il n'est pas de plus insensé que celui qui renverse les paroles du D.ieu vivant.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַחֲרֵי לְבַבְכֶם זוֹ מִינוּת. קַשָּׁא, מֵהֵיכָא מַשְׁמַע מִינוּת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לֵב לְמַפְרֵעַ בַּל שֶׁהוּא כִּינּוּי לַעֲבוֹדָה זָרָה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יִרְמְיָהוּ נא, מד) וּפָקַדְתִּי עַל בֵּל בְּבָבֶל, וְכֵן (יְשַׁעְיָהוּ מו, א) כָּרַע בֵּל קֹרֵס נְבוֹ, וְהַמִּינוּת מוֹשֶׁכֶת הָאָדָם לַעֲבוֹדָה זָרָה. גַּם עוֹד בַּל לְשׁוֹן בִּלְבּוּל , שֶׁהַמִּינִים מְבַלְבְּלִים וּמְהַפְּכִים דִּבְרֵי אֱ-לֹהִים חַיִּים הַכְּתוּבִים בַּתּוֹרָה, וְלָכֵן אָמַר (מְלָכִים א יח, לז) וְאַתָּה הֲסִבֹּתָ אֶת לִבָּם אֲחֹרַנִּית, שֶׁיִּתְהַפְּכוּ אוֹתִיּוֹת לֵב לְאוֹתִיּוֹת בַּל רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁיִּתְבַּלְבְּלוּ, וְלָזֶה אָמַר (בַּמִּדְבָּר טו, לט) וְלֹא תָתֻרוּ אַחֲרֵי לְבַבְכֶם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר הַמִּינוּת שֶׁרְמוּזָה בִּקְרִיאַת לֵב לְאָחוֹר, וְלָזֶה הֵבִיא (תְּהִלִּים יד, א) אָמַר נָבָל בְּלִבּוֹ, כִּי בְּשֵׁם נָבָל יֵשׁ לֵב הָפוּךְ, שֶׁנִּתְהַפְּכוּ אוֹתִיּוֹת 'לֵב' לְאוֹתִיּוֹת 'בַּל', וּמַה שֶׁאָמַר וְאַחֲרֵי עֵינֵיכֶם זֶה 'הִרְהוּר עֲבֵירָה', נִרְאֶה לִי אַחֲרֵי לְשׁוֹן אֲחוֹרַיִם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֲחוֹרֵי עַיִן יֵשׁ אוֹתִיּוֹת סַטֵּם , לְשׁוֹן סַטֵּימָה שֶׁהוּא הִרְהוּר הַבָּא מִן הַשָּׂטָן, כִּי שָׂטָן וְסַטֵּם חַד הוּא.
« Après vos cœurs — c'est la minout. » Difficulté : d'où cela implique-t-il la minout ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « lev » (le cœur) lu à rebours donne « bal », qui est un nom d'idolâtrie, comme il est dit (Jérémie 51,44) « et Je punirai Bel à Babel », et (Isaie 46,1) « Bel s'est effondre, Nevo s'est écroulé » ; or la minout entraîne l'homme vers l'idolâtrie. En outre, « bal » est une expression de bilboul (confusion), car les minim brouillent et renversent les paroles du D.ieu vivant écrites dans la Torah ; c'est pourquoi il est dit (I Rois 18,37) « et Toi, Tu as retourné leur cœur en arrière », c'est-à-dire que les lettres de « lev » se retournent en lettres de « bal », autrement dit qu'ils se trouvent brouillés. C'est en ce sens qu'il est dit (Nombres 15,39) « et vous n'explorerez pas après vos cœurs », c'est-à-dire la minout, à laquelle il est fait allusion par la lecture de « lev » à rebours ; et c'est pourquoi la baraita apporte (Psaumes 14,1) « l'insensé a dit en son cœur », car dans le nom « naval » se trouve « lev » renversé, les lettres lamed-beth s'étant retournées en beth-lamed. Quant à « et après vos yeux — c'est la pensée de transgression », il me semble que « aharei » est une expression d'ahoraim (l'arrière) : c'est-à-dire que derrière les lettres du mot « ayin » (l'œil) se tiennent les lettres samekh-têt-mem, expression de setima (obstruction), qui désigne la pensée venant du satan, car satan et setem sont une seule et même chose.
💡 Explication

La baraita distribue les trois derniers contenus sur les trois membres d'un seul verset (Nombres 15,39). Le cœur est le siège des opinions, donc de la minout ; l'œil est le point de départ du désir, donc de la pensée de transgression ; le verbe zona (se prostituer) est, dans le langage des prophètes, la désignation habituelle de l'idolâtrie.

Rachi définit les minim : ceux qui retournent les raisons de la Torah vers une interprétation d'erreur. Le second verset cité prend alors tout son poids : il n'est pas de plus insensé que celui qui renverse les paroles du D.ieu vivant.

🖼️ Schéma
Un verset, trois mises en garde (Nombres 15,39) vélo tatourou aharei levavkhem ve-aharei énekhem acher atem zonim Après vos cœurs La minout, l-hérésie. Preuve : l-insensé a dit en son cœur, il n-y a pas de D.ieu. Le cœur : siège des opinions. Après vos yeux La pensée de transgression. Preuve : elle est droite à mes yeux (Chimchon). L-œil : départ du désir. Vous vous prostituez La pensée d-idolâtrie. Preuve : ils se prostituèrent après les Béalim. Langage habituel des prophètes.
La baraita répartit trois mises en garde sur les trois membres du verset des tsitsit.
23
מַתְנֵי׳ מַזְכִּירִין יְצִיאַת מִצְרַיִם בַּלֵּילוֹת. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: הֲרֵי אֲנִי כְּבֶן שִׁבְעִים שָׁנָה, וְלֹא זָכִיתִי שֶׁתֵּאָמֵר יְצִיאַת מִצְרַיִם בַּלֵּילוֹת, עַד שֶׁדְּרָשָׁהּ בֶּן זוֹמָא.

MICHNA. On mentionne la sortie d'Égypte dans les nuits.

Rabbi Elazar ben Azarya a dit : me voici comme âgé de soixante-dix ans, et je n'avais pas mérité que l'on dise la sortie d'Égypte dans les nuits, jusqu'à ce que Ben Zoma l'ait déduit.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מַזְכִּירִין יְצִיאַת מִצְרַיִם בַּלֵּילוֹת פָּרָשַׁת צִיצִית בק"ש ואע"פ שֶׁאֵין לַיְלָה זְמַן צִיצִית דִּכְתִיב וּרְאִיתֶם אֹותוֹ וּזְכַרְתֶּם אוֹמְרִים אוֹתָהּ בַּלַּיְלָה מִפְּנֵי יְצִיאַת מִצְרַיִם שֶׁבָּהּ:
MICHNA. « On mentionne la sortie d'Égypte dans les nuits » — la section des tsitsit dans le Chema ; bien que la nuit ne soit pas le temps des tsitsit, comme il est écrit « vous les verrez et vous vous souviendrez », on la dit la nuit à cause de la sortie d'Égypte qu'elle contient.
כְּבֶן שִׁבְעִים שָׁנָה כְּבָר הָיִיתִי נִרְאֶה זָקֵן וְלֹא זָקֵן מַמָּשׁ שֶׁבָּאת עָלָיו שֵׂיבָה יוֹם שֶׁהֶעֱבִירוּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל מִנְּשִׂיאוּתוֹ וּמִינּוּ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה נָשִׂיא כִּדְאִיתָא לְקַמָּן בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת כח א) וְאוֹתוֹ הַיּוֹם דָּרַשׁ בֶּן זוֹמָא מִקְרָא זֶה:
« Comme âgé de soixante-dix ans » — il paraissait déjà vieux sans l'être réellement, la blancheur lui étant venue le jour où l'on démit Rabban Gamliel de sa charge de nassi et où l'on nomma Rabbi Elazar ben Azarya nassi, comme il est dit plus loin, au chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 28a) ; et ce jour-là Ben Zoma exposa ce verset.
💡 Explication

Nouvelle michna. Elle énonce d'abord la pratique : la sortie d'Égypte se mentionne aussi la nuit, ce qui justifie la lecture de la section des tsitsit le soir, bien que la nuit ne soit pas le temps des tsitsit — Rachi le précise.

Rabbi Elazar ben Azarya rapporte qu'il n'avait pas réussi à établir cette pratique par un verset, jusqu'à la déduction de Ben Zoma. Rachi rattache la scène au jour où Rabban Gamliel fut démis de sa charge de nassi et où Rabbi Elazar ben Azarya fut nommé à sa place : c'est ce jour-là que Ben Zoma exposa ce verset, et c'est pourquoi il dit « comme âgé de soixante-dix ans ».

24
שֶׁנֶּאֱמַר ״לְמַעַן תִּזְכֹּר אֶת יוֹם צֵאתְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם כֹּל יְמֵי חַיֶּיךָ״. ״יְמֵי חַיֶּיךָ״ — הַיָּמִים, ״כָּל יְמֵי חַיֶּיךָ״ — הַלֵּילוֹת.

Car il est dit : « afin que tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d'Égypte tous les jours de ta vie » (Deutéronome 16,3). « Les jours de ta vie » — les jours ; « tous les jours de ta vie » — les nuits.

💡 Explication

La déduction de Ben Zoma repose sur un mot en apparence superflu. « Les jours de ta vie » aurait suffi à désigner le temps de la vie, et se serait entendu des journées ; l'ajout de « tous » étend l'obligation aux nuits. La mention nocturne de la sortie d'Égypte devient ainsi une obligation de la Torah.

25
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: ״יְמֵי חַיֶּיךָ״ — הָעוֹלָם הַזֶּה. ״כֹּל״ — לְהָבִיא לִימוֹת הַמָּשִׁיחַ.

Et les Sages disent : « les jours de ta vie » — ce monde-ci ; « tous » — pour inclure les jours du Machiah.

💡 Explication

Les Sages acceptent le principe de la déduction : le mot « tous » ajoute quelque chose. Ils l'appliquent à un autre axe : non l'extension du jour à la nuit, mais celle de ce monde aux jours du Machiah. Pour eux, la mention nocturne demeure un usage sans fondement scripturaire propre.

26
גְּמ׳ תַּנְיָא, אָמַר לָהֶם בֶּן זוֹמָא לַחֲכָמִים: וְכִי מַזְכִּירִין יְצִיאַת מִצְרַיִם לִימוֹת הַמָּשִׁיחַ! וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר ״הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם ה׳ וְלֹא יֹאמְרוּ עוֹד חַי ה׳ אֲשֶׁר הֶעֱלָה אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם כִּי אִם חַי ה׳ אֲשֶׁר הֶעֱלָה וַאֲשֶׁר הֵבִיא אֶת זֶרַע בֵּית יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ צָפוֹנָה וּמִכֹּל הָאֲרָצוֹת אֲשֶׁר הִדַּחְתִּים שָׁם״.

GUEMARA. Il a été enseigné : Ben Zoma dit aux Sages : mentionnera-t-on la sortie d'Égypte aux jours du Machiah ?

N'a-t-il pas déjà été dit : « voici, des jours viennent, dit Hachem, où l'on ne dira plus : vive Hachem qui a fait monter les enfants d'Israël du pays d'Égypte, mais : vive Hachem qui a fait monter et qui a ramené la descendance de la maison d'Israël du pays du nord et de tous les pays où Je les avais dispersés » (Jérémie 23,7-8).

💡 Explication

La baraita prolonge la controverse de la michna. Ben Zoma attaque la lecture des Sages par un verset de Jérémie qui semble annoncer la disparition de la mention de la sortie d'Égypte aux jours du Machiah. Si le souvenir doit cesser, le mot « tous » ne peut pas servir à l'y inclure.

27
אָמְרוּ לוֹ: לֹא שֶׁתֵּעָקֵר יְצִיאַת מִצְרַיִם מִמְּקוֹמָהּ, אֶלָּא שֶׁתְּהֵא שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת עִיקָּר, וִיצִיאַת מִצְרַיִם טָפֵל לוֹ.

Ils lui dirent : non pas que la sortie d'Égypte soit arrachée de sa place, mais que l'asservissement aux royaumes sera l'essentiel, et la sortie d'Égypte accessoire par rapport à lui.

💡 Explication

Réponse des Sages : le verset de Jérémie ne parle pas de suppression mais de hiérarchie. La délivrance de l'asservissement aux royaumes deviendra le récit principal, et la sortie d'Égypte lui sera tefel (accessoire) — mentionnée encore, mais au second rang.

C'est ce renversement d'ordre, et non un effacement, que décrit la prophétie. Le segment suivant apportera un parallèle linguistique pour montrer que ce type de formulation absolue s'entend souvent d'un simple déplacement d'accent.

🖼️ Schéma
Le mot kol dans tous les jours de ta vie Ben Zoma kol ajoute les nuits. La mention nocturne est une obligation de la Torah. Halakha retenue. Les Sages kol ajoute les jours du Machiah. Les jours de ta vie désignent ce monde-ci seulement. Objection de Ben Zoma Jérémie : on ne dira plus vive Hachem qui a fait monter Israël du pays d-Égypte. Réponse des Sages La sortie d-Égypte n-est pas arrachée : elle devient accessoire, l-asservissement aux royaumes devient l-essentiel.
La controverse de Ben Zoma et des Sages sur le mot kol, et la réponse au verset de Jérémie.
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כַּיּוֹצֵא בּוֹ אַתָּה אוֹמֵר: ״לֹא יִקָּרֵא שִׁמְךָ עוֹד יַעֲקֹב כִּי אִם יִשְׂרָאֵל יִהְיֶה שְׁמֶךָ״,

De même tu dis : « ton nom ne sera plus appelé Yaakov, mais Israël sera ton nom » (Genèse 35,10),

🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּיּוֹצֵא בּוֹ אַתָּה אוֹמֵר לֹא יִקָּרֵא שִׁמְךָ עוֹד יַעֲקֹב. פֵּירוּשׁ מַייְתֵי מֵהָכָא דִּמְיוֹן לִדְרָשָׁתוֹ, שֶׁאֵין רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא יֹאמְרוּ כְּלָל, אֶלָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא יֹאמְרוּ אֲמִירָה עִקָּרִית, ומ"ש אַחַר זֶה וְכֵן הוּא אוֹמֵר אַל תִּזְכְּרוּ, מַיְיתֵי הוֹכָחָה עַל עִיקַּר הָעִנְיָן, לְכָךְ אָמַר וְכֵן הוּא אוֹמֵר, בְּרַם הצל"ח זַ"ל הִקְשָׁה, בִּשְׁלָמָא בְּיַעֲקֹב לֹא נֶעֱקַר בֶּאֱמֶת כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רש"ז זַ"ל, אֲבָל פָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ מג, יח) אַל תִּזְכְּרוּ רִאשֹׁנוֹת וְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ דִּילְמָא קוּשְׁטָא הָכִי הוּא, דְּאַל יִזְכְּרוּ כְּלָל, יְעַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד תִּתְבּוֹנְנוּ לְשׁוֹן בִּינָה, וְהַיְינוּ שֶׁיָּבִין דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר וְזֶה שַׁייָּךְ לְמֵימַר עַל יְצִיאַת מִצְרַיִם שֶׁנִּכְתְּבוּ בַּמִּקְרָאוֹת שֶׁהוּא לָשׁוֹן קָצָר, וְכָל תֵּיבָה וְתֵיבָה נִדְרְשָׁה לִפְרָטֵי נִסִּים כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּהַגָּדָה בְּדִבְרֵי הַמַּגִּיד וּבְמִדְרְשֵׁי חֲכָמֵינוּ זַ"ל וְעַל זֶה שַׁיָּיךְ לְשׁוֹן תִּתְבֹּנָנוּ, אֲבָל סִיפּוּרִים שֶׁל שִׁעְבּוּד מַלְכוּיוֹת לֹא נֶאֶמְרוּ בְּמִקְרָאוֹת שֶׁל תַּנַ"ך, שֶׁהֵם לָשׁוֹן קָצָר שֶׁצְּרִיכִין בִּינָה לְהָבִין דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר, וַאֲנַחְנוּ צְרִיכִין לִזְכֹּור אוֹתָם בְּפִינוּ בִּסְפוּרִים אֲרֻוכִּים, כִּי אֵין לָנוּ בָּהֶם מִקְרָאוֹת הַנֶּאֱמָרִים בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁמְּדַבְּרִים בְּלָשׁוֹן קָצָר שֶׁצָּרִיךְ לוֹ בִּינָה, וְלָזֶה אָמַר אַל תִּתְבֹּנָנוּ, הֵם סִפּוּרֵי יְצִיאַת מִצְרַיִם שֶׁהֵם אֲמוּרִים בַּמִּקְרָאוֹת, שֶׁהֵם לָשׁוֹן קָצָר שֶׁצָּרִיךְ לָהֶם בִּינָה לְפָרֵשׁ אוֹתָם, וְכֵן רִאשֹׁנוֹת שֶׁל שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת אַל תִּזְכְּרוּ בִּסְפוּרִים אֲרֻוכִּים מִשֶּׁלָּהֶם, יַעַן כִּי הִנְנִי עוֹשֶׂה חֲדָשָׁה, זוֹ מִלְחֶמֶת גּוֹג, שֶׁהַנִּסִּים מְרֻובִּים וּמְעֻולִּים יוֹתֵר, וְכֵיוָן דְּאָמַר עַל יְצִיאַת מִצְרַיִם אַל תִּתְבֹּנָנוּ, מַשְׁמַע לְאוֹמְרָם בְּלָשׁוֹן קָצָר שֶׁל מִקְרָא, וְרַק אַל תִּתְבֹּנָנוּ בָּהֶם לְסַפְּרָם כְּפִי הַמְפֹורָשׁ בַּהַגָּדָה, וּמִמֵּילָא אַל תִּזְכְּרוּ דְּשִׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת אֵין הַכַּוָּנָה אַל יִזְכְּרוּם כְּלָל, אֶלָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר אַל יִזְכְּרוּ בַּאֲרֻוכָּה, שֶׁלְּמַעְלָה מֵהֶם יֵשׁ נִסִּים שֶׁל מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג, שֶׁבָּהֶם מְסַפְּרִים בַּאֲרֻוכָּה וּבִתְמִידוּת בְּכָל יוֹם וּבְכָל זְמַן. וּלְפִי זֶה שַׁפִּיר מַייְתֵי הוֹכָחָה מֵהַאי קְרָא, דְּחָזֵינַן שֶׁתָּפַס הַכָּתוּב בָּרִאשׁוֹנָה אַל תִּזְכְּרוּ, וּבְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ, בַּעַל כָּרְחָהּ צָרִיךְ אַתָּה לוֹמַר דְּאִיכָּא בְּנַיְיהוּ חִילּוּק זֶה שֶׁאָמַרְנוּ, וְכַאֲשֶׁר יַגִּיעוּ הַנִּסִּים שֶׁל שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת, תִּהְיֶה אֲמִירָתָן עִיקָּר, וְשֶׁל יְצִיאַת מִצְרַיִם טְפֵילָה, וְכַאֲשֶׁר יַגִּיעוּ נִסִּים מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג יִהְיוּ הֵם עִיקָּר, וְשִׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת וִיצִיאַת מִצְרַיִם טָפֵל.
« De même tu dis : ton nom ne sera plus appelé Yaakov. » C'est-à-dire que la guemara apporte de là une comparaison à son explication : le verset ne veut pas dire qu'on ne le dira plus du tout, mais qu'on ne le dira plus à titre principal. Et ce qui est ajouté ensuite, « et ainsi est-il dit : ne vous souvenez pas », est une preuve portant sur le fond de la question, c'est pourquoi il est dit « et ainsi est-il dit ». Cependant, le Tselah a objecté : soit, pour Yaakov le nom n'a pas réellement été arraché, comme Rachi l'a écrit ; mais le verset (Isaie 43,18) « ne vous souvenez pas des choses premières et ne considérez pas les choses anciennes » — peut-être est-il à prendre à la lettre, qu'on ne s'en souviendra plus du tout ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « titbonanou » est une expression de bina (compréhension), c'est-à-dire comprendre une chose à partir d'une autre ; et cela se dit justement de la sortie d'Égypte, qui est écrite dans des versets d'une langue concise, où chaque mot est interprété pour désigner les détails des miracles, comme il est écrit dans la Haggada dans les paroles du maguid et dans les midrachim de nos sages : c'est à cela que convient l'expression « titbonanou ». Mais les récits de l'asservissement aux royaumes n'ont pas été dits dans des versets du Tanakh, en langue concise exigeant la bina pour comprendre une chose à partir d'une autre ; nous devons nous en souvenir de notre bouche par de longs récits, car nous n'avons pas à leur sujet de versets dits avec l'esprit saint, qui parlent en langue concise nécessitant la bina. C'est pourquoi il est dit « ne les considérez pas » : ce sont les récits de la sortie d'Égypte, énoncés dans des versets en langue concise nécessitant la bina pour les expliquer ; et « ne vous souvenez pas des choses premières », celles de l'asservissement aux royaumes, par de longs récits à leur sujet, car « voici, Je fais une chose nouvelle » — c'est la guerre de Gog, dont les miracles sont plus nombreux et plus élevés. Et puisqu'il est dit au sujet de la sortie d'Égypte « ne les considérez pas », cela implique de les dire dans la langue concise du verset, et seulement de ne pas s'y arrêter pour les raconter comme il est explicite dans la Haggada ; dès lors, « ne vous souvenez pas » à propos de l'asservissement aux royaumes ne signifie pas qu'on ne s'en souviendra pas du tout, mais qu'on ne s'en souviendra pas longuement, car au-dessus d'eux il y a les miracles de la guerre de Gog et Magog, que l'on racontera longuement et constamment, chaque jour et en tout temps. Selon cela, la preuve tirée de ce verset est bien fondée : nous voyons que l'Écriture emploie pour les choses premières l'expression « ne vous souvenez pas », et pour les choses anciennes « ne considérez pas » ; tu dois nécessairement dire qu'il y a entre elles la distinction que nous avons faite. Et lorsque viendront les miracles de la délivrance de l'asservissement aux royaumes, leur mention sera l'essentiel et celle de la sortie d'Égypte l'accessoire ; et lorsque viendront les miracles de la guerre de Gog et Magog, ils seront l'essentiel, et l'asservissement aux royaumes ainsi que la sortie d'Égypte l'accessoire.
💡 Explication

Parallèle linguistique à l'appui de la réponse. Le verset dit de Yaakov que son nom ne sera plus appelé ainsi ; or l'Écriture continue de l'appeler Yaakov. La formule négative ne signifie donc pas une abolition, mais un changement de rang : Israël devient le nom principal, Yaakov demeure au second plan.

Le même raisonnement s'applique à Jérémie : « on ne dira plus » signifie « on ne dira plus à titre principal ». Le folio s'interrompt ici, la suite du développement se trouvant au début du folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).