Berakhot 13a — Fin des changements de nom, hadran du premier chapitre, et ouverture du chapitre Haya kore : kavana, interruptions et langue du Chema

Berakhot 13a

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya des changements de nom ouverte au folio précédent : Yaakov garde son nom au second rang, Avram devient père du monde entier et Saray princesse pour tous, puis bar Kappara et Rabbi Eliezer font de l'appellation « Avram » une transgression, positive pour l'un, négative pour l'autre, avant que l'objection tirée de Nehemie soit écartée. Vient ensuite le hadran du chapitre Meemataï, puis la michna qui ouvre le deuxième chapitre : celui qui lisait la section du Chema dans la Torah au moment où l'heure de la lecture arrive s'acquitte s'il a dirigé son cœur ; suivent les règles d'interruption selon Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, la liste des coupures et l'ordre des trois sections selon Rabbi Yehochoua ben Korha.

La guemara demande alors si la michna prouve que les mitsvot exigent une kavana, et se rabat sur le cas de celui qui lit pour corriger le rouleau. Elle s'achève sur la controverse entre Rabbi et les Sages : le Chema se dit-il tel qu'il est écrit, en langue sainte, ou dans toute langue ?

Berakhot 13a : de la fin du perek 1 au cœur du perek 2 Fin du perek 1 Les changements de nom : Yaakov / Israël, Avram / Avraham, Saray / Sara. Segments 1 à 14 Hadran Clôture du chapitre Meemataï. Le Roch y rassemble la halakha des dix jours de techouva. Michna du perek 2 Lire la Torah quand arrive l'heure du Chema ; kavana ; interruptions ; ordre des trois sections. Segments 16 à 21 Guemara Les mitsvot exigent-elles la kavana ? En quelle langue dit-on le Chema ? Segments 22 à 37 Le folio s'interrompt sur la réponse de Rabbi Akiva, qui se poursuit au folio suivant.
Plan du folio : la fin de la sougya des noms, le hadran, puis la michna et la guemara du deuxième chapitre.
Interrompre le Chema pour saluer : Rabbi Meir contre Rabbi Yehouda Rabbi Meir Rabbi Yehouda Bein haperakim aux coupures, entre les bénédictions et les sections Salue par égard pour l'honneur Répond par égard pour l'honneur Salue par égard pour l'honneur Rend le salut à tout homme Be-emtsa au milieu d'une bénédiction ou d'une section Salue par crainte Répond par crainte Salue par crainte Répond par égard pour l'honneur Les coupures selon la michna : 1re berakha / 2e berakha / Chema / Vehaya im chamoa / Vayomer / Emet veyatsiv. Rabbi Yehouda : entre Vayomer et Emet veyatsiv, on n'interrompt pas du tout.
La michna des interruptions : ce que chacun autorise aux coupures et au milieu d'une section.
En quelle langue dit-on le Chema ? Les deux versets et leur échange Rabbi (Yehouda haNassi) Position : le Chema se dit ke-khetava, tel qu'il est écrit, en langue sainte. Son verset : ve-hayou (et elles seront) = be-havayatan yehou, telles quelles. Et chema, comment l'utilise-t-il ? Fais entendre à ton oreille ce que tu fais sortir de ta bouche. Ordre de lecture : de devarim / ha-devarim. Les Sages (Hakhamim) Position : le Chema se dit be-khôl lachon, dans toute langue. Leur verset : chema (écoute) = dans toute langue que tu entends. Et ve-hayou, comment l'utilisent-ils ? Qu'il ne lise pas à l'envers (le-mafrea). Audition : celui qui n'a pas fait entendre à son oreille s'est tout de même acquitté. Suite de la guemara : chacun des deux versets reste nécessaire à cause de l'autre, de sorte qu'on ne peut déduire de cette controverse la langue de toute la Torah. Halakha selon le Roch : comme les Sages, le Chema se dit dans toute langue.
La controverse de Rabbi et des Sages sur la langue du Chema, et l'échange des deux versets.
1
לֹא שֶׁיֵּעָקֵר ״יַעֲקֹב״ מִמְּקוֹמוֹ, אֶלָּא ״יִשְׂרָאֵל״ עִיקָּר וְ״יַעֲקֹב״ טָפֵל לוֹ. וְכֵן הוּא אוֹמֵר ״אַל תִּזְכְּרוּ רִאשֹׁנוֹת וְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ״: אַל תִּזְכְּרוּ רִאשֹׁנוֹת״ — זֶה שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת, ״וְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ״ — זוֹ יְצִיאַת מִצְרַיִם.

... non pas que le nom « Yaakov » soit arraché de sa place, mais « Israël » est le nom principal et « Yaakov » lui est secondaire. Et de même il est dit : « ne vous souvenez pas des choses premières et ne considérez pas les choses anciennes » (Isaie 43,18) — « ne vous souvenez pas des choses premières », c'est l'asservissement aux royaumes ; « et les choses anciennes, ne les considérez pas », c'est la sortie d'Égypte.

📜 Rachi (1)
לֹא שֶׁיֵּעָקֵר יַעֲקֹב מִמְּקוֹמוֹ שֶׁהֲרֵי מָצִינוּ שֶׁקְּרָאוֹ הקב"ה יַעֲקֹב אַחַר זֹאת בְּרִדְתּוֹ לְמִצְרַיִם שֶׁנֶּאֱמַר וַיֹּאמֶר אֱ-לֹהִים לְיִשְׂרָאֵל וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב יַעֲקֹב וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי (בְּרֵאשִׁית מו):
Nous trouvons en effet que le Saint béni soit-Il l'a appelé Yaakov après cet épisode, lors de sa descente en Égypte, comme il est dit : « et D.ieu dit à Israël, et Il dit : Yaakov, Yaakov, et il répondit : me voici » (Genèse 46,2).
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְקַדְמֹנִיּוֹת אַל תִּתְבֹּנָנוּ זוֹ יְצִיאַת מִצְרַיִם. נִרְאֶה לִי כִּי לְשׁוֹן קַדְמוֹן יוֹרֶה עַל הַרְחָקָה וְהַפְלָגָה בִּזְמַן, לְכָךְ קַדְמֹנִיּוֹת עַל יְצִיאַת מִצְרַיִם אֲבָל לָשׁוֹן רִאשׁוֹן אֵינוֹ מוֹרֶה עַל הַרְחָקָה, אֶלָּא שַׁיָּיךְ גַּם עַל קְרוֹבִים זֶה לָזֶה בַּזְּמַן יֹאמַר עַל הַנַּעֲשֶׂה תְּחִלָּה רִאשׁוֹן, וְזֶה יִתְייַשֵּׁב עַל שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת שֶׁהִיא קְרוֹבָה בִּזְמַן אֶל מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג, וְרַק שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת תְּחִלָּה, וְגוֹג וּמָגוֹג אַחַר כָּךְ, וְלָכֵן דָּרַשׁ רִאשׁוֹנוֹת עַל שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת, וְזֶה פָּשׁוּט, בְּרַם יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת, הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר קַדְמֹנִיּוֹת דִּיצִיאַת מִצְרַיִם בְּרֵישָׁא, וְאַחַר כָּךְ רִאשֹׁנוֹת דְּשִׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הוֹאִיל דִּגְאוּלָּה מִשִּׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת חֲבִיבָה טְפֵי, שֶׁהִיא אַחַר אֹורֶךְ גָּלוּת שָׁנִים מְרֻובִּים, וְגַם הִיא מִכָּל הָאֻומּוֹת, מַה שֶׁאֵין כֵּן יְצִיאַת מִצְרַיִם, לְכָךְ נָקֵיט לָהּ בְּרֵישָׁא קֹודֶם יְצִיאַת מִצְרַיִם.
« Et les choses anciennes, ne les considérez pas : c'est la sortie d'Égypte. » Il me semble que le terme kadmon (ancien) indique l'éloignement et la distance dans le temps ; c'est pourquoi kadmoniyot vise la sortie d'Égypte. Mais le terme richon (premier) n'indique pas l'éloignement : il s'emploie aussi pour des événements proches l'un de l'autre et se dit de ce qui a eu lieu en premier. Cela convient à l'asservissement aux royaumes, proche dans le temps de la guerre de Gog et Magog : l'asservissement aux royaumes d'abord, Gog et Magog ensuite. C'est pourquoi le verset interprète richonot comme l'asservissement aux royaumes, et cela est simple. Toutefois on peut objecter : le verset aurait dû mentionner d'abord kadmoniyot, la sortie d'Égypte, et seulement ensuite richonot, l'asservissement aux royaumes. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que puisque la délivrance de l'asservissement aux royaumes est plus chère — elle vient après un long exil de nombreuses années, et elle porte sur toutes les nations, contrairement à la sortie d'Égypte — le verset la mentionne en premier, avant la sortie d'Égypte.
💡 Explication

Fin de la réponse ouverte au folio précédent. La formule « ton nom ne sera plus Yaakov » ne supprime pas le nom : elle le fait passer au second rang. Israël devient le nom principal, Yaakov reste comme nom secondaire, ce que la suite du texte biblique confirme.

Le verset d'Isaie sert de second appui. Il est lu en deux membres : les « choses premières » désignent l'asservissement aux royaumes, les « choses anciennes » la sortie d'Égypte. La délivrance à venir ne supprime pas le souvenir de ces événements, elle les fait passer au second plan.

2
״הִנְנִי עֹשֶׂה חֲדָשָׁה עַתָּה תִצְמָח״, תָּנֵי רַב יוֹסֵף: זוֹ מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג.

« Voici, Je fais une chose nouvelle, maintenant elle va germer » (Isaie 43,19) — Rav Yossef a enseigné : c'est la guerre de Gog et Magog.

📜 Rachi (1)
הִנְנִי עוֹשֶׂה חֲדָשָׁה בָּתַר אַל תִּזְכְּרוּ רִאשׁוֹנוֹת כְּתִיב:
Ce verset est écrit juste après « ne vous souvenez pas des choses premières ».
💡 Explication

Le verset suivant identifie ce qui fera passer au second plan les délivrances antérieures : la guerre de Gog et Magog. Rav Yossef enseigne cette identification sous forme de baraita.

3
מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה — לְאָדָם שֶׁהָיָה מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וּפָגַע בּוֹ זְאֵב וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה זְאֵב. פָּגַע בּוֹ אֲרִי וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה אֲרִי. פָּגַע בּוֹ נָחָשׁ וְנִיצַּל מִמֶּנּוּ, שָׁכַח מַעֲשֵׂה שְׁנֵיהֶם, וְהָיָה מְסַפֵּר וְהוֹלֵךְ מַעֲשֵׂה נָחָשׁ. אַף כָּךְ יִשְׂרָאֵל — צָרוֹת אַחֲרוֹנוֹת מְשַׁכְּחוֹת אֶת הָרִאשׁוֹנוֹת.

À quoi cela ressemble-t-il ? À un homme qui marchait sur la route ; un loup l'attaqua et il en réchappa, et il allait racontant l'affaire du loup.

Un lion l'attaqua et il en réchappa, et il allait racontant l'affaire du lion. Un serpent l'attaqua et il en réchappa : il oublia les deux affaires précédentes, et il allait racontant l'affaire du serpent.

Ainsi en est-il d'Israël : les détresses les plus récentes font oublier les premières.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁכַח מַעֲשֵׂה שְׁנֵיהֶם וְהָיָה מְסַפֵּר וְכוּ'. הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל לָמָּה בְּמַעֲשֵׂה הָאֲרִי לֹא שָׁכַח מַעֲשֵׂה הַזְּאֵב, וּבְמַעֲשֵׂה הַנָּחָשׁ שָׁכַח מַעֲשֵׂה הָאֲרִי הַסְּמוּכָה לָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי זְאֵב וַאֲרִי אֹופֶן מִלְחַמְתָּם וּרְדִיפָתָם קְרוֹבִים וְדוֹמִין זֶה לָזֶה, לְכָךְ כַּאֲשֶׁר יְסַפֵּר מַעֲשֵׂה אֲרִי אַף עַל פִּי שֶׁהַצָּלָתוֹ יוֹתֵר גְּדוֹלָה לֹא יִשְׁכַּח מַעֲשֵׂה הַזְּאֵב, אַךְ אֲרִי וְנָחָשׁ אֵין אֹופֶן מִלְחַמְתָּם וּרְדִיפָתָם וְעִנְייָנָם קְרוֹבִין וְדוֹמִין זֶה עִם זֶה, לְכָךְ כַּאֲשֶׁר בָּא לִזְכֹּור מַעֲשֵׂה נָחָשׁ אֵינוֹ מִתְעוֹרֵר לִזְכֹּור מַעֲשֵׂה הָאֲרִי, וְכֵן בַּנִּמְשָׁל מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג מְשֻׁונָּה בְּעִנְייָנָהּ מִכָּל הַמִּלְחָמוֹת שֶׁל מְלָכִים וְאֵין לָהּ דִּמְיוֹן לָהֶם.
« Il oublia les deux affaires et il allait racontant, etc. » Le Rif a demandé : pourquoi, lors de l'affaire du lion, n'a-t-il pas oublié l'affaire du loup, alors que lors de l'affaire du serpent il a oublié celle du lion, qui lui était pourtant proche ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le loup et le lion ont une manière de combattre et de poursuivre proche et semblable ; c'est pourquoi, lorsqu'il raconte l'affaire du lion, bien que son sauvetage ait été plus grand, il n'oublie pas l'affaire du loup. Mais le lion et le serpent n'ont pas une manière de combattre, de poursuivre, ni une nature proches et semblables ; c'est pourquoi, lorsqu'il en vient à mentionner l'affaire du serpent, il n'est pas amené à se souvenir de celle du lion. De même dans ce que la parabole désigne : la guerre de Gog et Magog diffère par sa nature de toutes les guerres des rois, et elle ne leur ressemble en rien.
💡 Explication

La parabole explique le mécanisme du verset. Chaque danger surpasse le précédent, et le récit du plus récent occupe seul la bouche du rescapé. Le souvenir des délivrances antérieures ne disparaît pas de la mémoire, il cesse d'être ce que l'on raconte.

4
״אַבְרָם הוּא אַבְרָהָם״:

« Avram, c'est Avraham » (I Chroniques 1,27).

💡 Explication

La guemara passe des noms de Yaakov à ceux d'Avraham et de Sara. Le verset des Chroniques, qui identifie les deux noms, sert de point de départ.

5
בַּתְּחִלָּה נַעֲשָׂה אָב לַאֲרָם, וּלְבַסּוֹף נַעֲשָׂה אָב לְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ.

Au début il devint père pour Aram, et à la fin il devint père pour le monde entier.

📜 Rachi (2)
בַּתְּחִלָּה אָב לַאֲרָם לְאַנְשֵׁי מְדִינָתוֹ שֶׁמֵּאֶרֶץ אֲרָם הָיָה שֶׁנֶּאֱמַר בְּעֵבֶר הַנָּהָר יָשְׁבוּ אֲבוֹתֵיכֶם (יְהוֹשֻׁעַ כד) וְאוֹמֵר אֶל אֲרַם נַהֲרַיִם אֶל עִיר נָחוֹר (בְּרֵאשִׁית כד):
Pour les gens de son pays, car il était du pays d'Aram, comme il est dit : « au-delà du fleuve habitaient vos pères » (Josue 24,2), et il est dit : « vers Aram Naharayim, vers la ville de Nahor » (Genèse 24,10).
אָב לְכָל הָעוֹלָם אַב הֲמוֹן גּוֹיִם (שָׁם יז):
« Père d'une multitude de nations » (Genèse 17,5).
💡 Explication

Le nom Avram est lu comme av Aram, père d'Aram, c'est-à-dire chef et notable pour les gens de son pays. Le nom Avraham est lu comme av hamon, père d'une multitude, selon le verset « car père d'une multitude de nations Je t'ai établi » (Genèse 17,5). Le changement de nom marque un élargissement du rang.

6
״שָׁרִי הִיא שָׂרָה״.

« Saray, c'est Sara. »

📜 Rachi (1)
שָׁרִי לְשׁוֹן יָחִיד מַשְׁמַע שָׂרָתִי:
Le mot est au singulier possessif : « ma princesse ».
💡 Explication

Le même raisonnement s'applique au nom de Sara. Le verset des Chroniques identifie les deux formes, ce qui appelle la même explication que pour Avram.

7
בַּתְּחִלָּה נַעֲשֵׂית שָׂרַי לְאֻומָּתָהּ, וּלְבַסּוֹף נַעֲשֵׂית שָׂרָה לְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ.

Au début elle devint Saray, princesse pour sa nation, et à la fin elle devint Sara, princesse pour le monde entier.

🪔 Ben Yehoyada (1)
נַעֲשֵׂית שָׁרִי לְאֻומָּתָהּ. קַשָּׁא, לָמָּה בְּאַבְרָהָם נָקֵיט 'אָב לַאֲרָם', וְלֹא אָמַר 'לְאֻומָּתוֹ', וּבְשָׂרֵי אָמַר 'לְאֻומָּתָהּ', וְגַם הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'שָׁרִי לַאֲרָם', דְּגַם הִיא הֲווָת יָתְבָה בַּאֲרַם עִם בַּעֲלָהּ? וְנִרְאֶה לִי גַּבֵּי אַבְרָהָם אוֹתִיּוֹת אֲרָם נִמְצָאִים ב א ב רָם , דְּקָרֵינַן בִּשְׁמֵיהּ 'אַב אֲרָם', וּלְהָכִי נָקֵיט בָּהּ אָב לַאֲרָם כְּמַשְׁמָעוּת אוֹתִיּוֹת שְׁמוֹ, אֲבָל בְּשֵׁם שָׁרִי לֹא יֵשׁ רֶמֶז לַאֲרָם, לְכָךְ אָמַר 'לְאֻומָּתָהּ' בִּסְתָם, בְּרַם עֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת, בִּשְׁלָמָא מ"ש בְּאַבְרָהָם 'נַעֲשָׂה אָב לְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ' אָתֵי שַׁפִּיר, כִּי עַל יְדֵי תּוֹסְפוֹת הֵ"א בִּשְׁמוֹ נַעֲשֶׂה בִּשְׁמוֹ נוֹטָרִיקוֹן שֶׁל תֵּיבַת הָמוֹן דְּקָאֵי עַל כָּל הָעוֹלָם, אַךְ בְּשִׁינּוּי שֵׁם שָׂרָה הֵיכָא מַשְׁמַע עַל כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי שָׁרִי בְּיוֹ"ד מִעוּט, שֶׁהַיּוֹ"ד מִקְּטַנַּת הַתֹּואַר, כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ לְחַכְמֵי הַדִּקְדּוּק שֶׁמָּנוּ עֲשָׂרָה שִׁימּוּשִׁים לְיוּ"ד, וּבִכְלָלָם יוּ"ד הַהַקְטָנָה, כְּמוֹ (ש"ב יג, כ) הַאֲמִינוּן אָחִיךָ, וְכֵן כָּאן יוּ"ד בַּסּוֹף שָׁרִי, מִקְּטַנַּת תֹּואַר הַשֵּׁם הַמּוֹרֶה עַל שְׂרָרָה, אֲבָל שָׂרָה בְּהֵ"א, הִיא הֵ"א הַכִּינּוּי, כְּמוֹ שְׁאֵרָהּ כְּסוּתָהּ וְעָנְתָה, וְכֵן כָּאן שָׂרָה בְּהֵ"א הוּא כִּינּוּי שֶׁל שְׂרָרָה, שֶׁיִּפֹּול זֶה הַכִּינּוּי עַל שְׂרָרָה שְׁלֵימָה שֶׁשּׂוֹרֶרֶת עַל כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ ודו"ק.
« Elle devint Saray pour sa nation. » On peut demander : pourquoi, pour Avraham, dit-on « père pour Aram » et non « pour sa nation », tandis que pour Saray on dit « pour sa nation » ? On aurait pu dire aussi « Saray pour Aram », puisqu'elle aussi habitait Aram avec son mari. Il me semble que, chez Avraham, les lettres d'Aram se trouvent dans A-V-RAM, de sorte que l'on lit dans son nom « av Aram », père d'Aram ; c'est pourquoi le texte dit « père pour Aram », conformément au sens des lettres de son nom. Mais dans le nom Saray il n'y a aucune allusion à Aram, et l'on dit donc « pour sa nation », de manière générale. Toutefois on peut encore objecter : pour Avraham, ce qui est dit « il devint père du monde entier » se comprend bien, car par l'ajout du hé dans son nom celui-ci devient l'acronyme du mot hamon (multitude), qui vise le monde entier ; mais dans le changement du nom de Sara, où voit-on le monde entier ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Saray avec un youd exprime la diminution, le youd amoindrissant le titre, comme l'ont enseigné les maîtres de la grammaire, qui ont compté dix emplois du youd, parmi lesquels le youd de diminution, comme dans « Aminon ton frère » (II Samuel 13,20) ; de même ici, le youd à la fin de Saray amoindrit le titre qui exprime la seigneurie. Mais Sara avec un hé, c'est le hé du suffixe possessif, comme dans « sa nourriture, son vêtement et son droit conjugal » (Exode 21,10) ; de même ici, Sara avec un hé exprime la seigneurie, et ce suffixe porte sur une seigneurie entière, qui règne sur le monde entier. Examine bien cela.
💡 Explication

Saray se lit « ma princesse », avec un possessif qui restreint sa dignité à son propre peuple. Sara, sans ce possessif, exprime une seigneurie sans restriction. Le passage d'un nom à l'autre suit exactement la même logique que pour Avram et Avraham.

8
תָּנֵי בַּר קַפָּרָא: כָּל הַקּוֹרֵא לְאַבְרָהָם ״אַבְרָם״ — עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה שִׁמְךָ אַבְרָהָם״. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: עוֹבֵר בְּלָאו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא יִקְרָא עוֹד [אֶת] שִׁמְךָ אַבְרָם״.

Bar Kappara a enseigné : quiconque appelle Avraham « Avram » transgresse un commandement positif, comme il est dit : « et ton nom sera Avraham » (Genèse 17,5). Rabbi Eliezer dit : il transgresse un interdit, comme il est dit : « et ton nom ne sera plus appelé Avram ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַקּוֹרֵא לְאַבְרָהָם אַבְרָם עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה. מַקְשִׁים אַמַּאי לֹא נִזְכַּר דִּין זֶה בַּפּוֹסְקִים, מֵאַחַר דְּאִית בֵּיהּ לָאו וַעֲשֵׂה? וְנִרְאֶה לִי דְּאֵין זֶה נוֹהֵג אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה עוֹדֶנּוּ חַי בָּעוֹלָם הַזֶּה קֹודֶם שֶׁנִּפְטַר, וְכֵן נָמֵי נוֹהֵג לְאַחַר תְּחִייַּת הַמֵּתִים, וְאַף עַל גַּב דְּהָרַמְבַּ"ם כָּתַב הִלְכְתָא לִמְשִׁיחָא, מִכָּל מָקוֹם דִּין זֶה שֶׁיֶּשְׁנוֹ בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים שֶׁהוּא אַחַר בִּיאַת מָשִׁיחַ לֹא כְּתָבוֹ, וּלְפִי זֶה שַׁפִּיר פָּרִיךְ מִן פָּסוּק דִּנְחֶמְיָה, כִּי נְחֶמְיָה הוּא סֵפֶר אֶחָד מִן הכ"ד, וְאֵין בָּטֵל לֶעָתִיד לָבֹא, וְגַם אַחַר הַתְּחִיָּה יִהְיוּ לוֹמְדִים בּוֹ כִּשְׁאָר תַּנַ"ך, דְּאֵין בָּטֵל לִימּוּדָם לֶעָתִיד לָבֹא, וְאוֹתוֹ זְמַן אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה חַי, וְאֵיךְ קוֹרִין אַבְרָם, וּמְשַׁנֵּי דָּבָר זֶה לֹא אִכְפַּת.
« Quiconque appelle Avraham Avram transgresse un commandement positif. » On demande : pourquoi cette règle n'est-elle pas mentionnée chez les décisionnaires, alors qu'elle comporte un interdit et un commandement positif ? Il me semble qu'elle ne s'appliquait que du temps où Avraham notre père, que la paix soit sur lui, était encore vivant en ce monde, avant sa disparition, et qu'elle s'appliquera de même après la résurrection des morts. Et bien que le Rambam ait écrit des halakhot valant pour l'époque messianique, il n'a pas écrit celle-ci, qui vaut au temps de la résurrection des morts, laquelle suit la venue du machiah. Selon cela, l'objection tirée du verset de Nehemie est bien fondée : Nehemie est l'un des vingt-quatre livres, et il ne sera pas aboli dans l'avenir ; après la résurrection aussi on l'étudiera comme le reste du Tanakh, car l'étude de ces livres ne sera pas abolie dans l'avenir. Or à ce moment-là Avraham notre père, que la paix soit sur lui, sera vivant : comment donc lira-t-on « Avram » ? Et la guemara répond que, dans ce cas, cela n'a pas d'importance.
💡 Explication

Deux lectures du même verset. Bar Kappara retient la formule affirmative « et ton nom sera Avraham » et en tire un commandement positif (asse). Rabbi Eliezer retient la formule négative « ton nom ne sera plus appelé Avram » et en tire un interdit (lav), plus grave.

Les deux avis se rejoignent sur le fond : le nom Avraham est désormais obligatoire. Ils diffèrent sur la nature de la transgression, ce qui pèse en cas de faute.

9
אֶלָּא מֵעַתָּה הַקּוֹרֵא לְשָׂרָה ״שָׁרִי״ הָכִי נָמֵי?

Mais alors, celui qui appelle Sara « Saray », en irait-il de même ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה הַקּוֹרֵא לְשָׂרָה שָׂרַי הָכִי נָמֵי. פֵּירוּשׁ דְּאֵין לוֹמַר אִין הָכִי נָמֵי, דְּאִם כֵּן לָמָּה ר"א נָקֵיט דָּבָר זֶה בְּאַבְרָהָם לְחוּד, וּמְשַׁנֵּי הָתָם קב"ה אָמַר לְאַבְרָהָם לָא תִּיקָּרֵא, פֵּירֵשׁ לוֹ דַּוְקָא צִוָּה בְּכָךְ, וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה בְּשָׂרִי לֹא צִוָּה לְכָל הָעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָפֵיד רַק עַל אַבְרָהָם בַּעְלָהּ, דְּאִם יִקְרָאֶנָּה שָׁרִי בְּיוֹ"ד, מַשְׁמַע שֶׁהוּא מִנְּשֹׂא אוֹתָהּ עָלָיו, שֶׁאוֹמֵר לָהּ שָׂרָתִי, וּבָזֶה אִי אֶפְשָׁר שֶׁתִּבְנֶה וְתִתְעַבֵּר מִמֶּנּוּ, שֶׁצָּרִיךְ לִהְיוֹת הוּא גָּדוֹל וּמְנֻושָּׂא עָלֶיהָ אָז תִּבְנֶה מִמֶּנּוּ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים עַל פָּסוּק תִּקְרָא אַתָּה אוֹתָהּ כָּךְ, אֲבָל בִּשְׁאָר הָעוֹלָם לֵיכָּא קְפִידָא, אִם כָּל הָעוֹלָם קוֹרִין אוֹתָהּ שָׁרְתֵינוּ.
« Mais alors, celui qui appelle Sara Saray, en irait-il de même ? » C'est-à-dire qu'on ne peut pas répondre « en effet, il en va de même », car alors pourquoi Rabbi Eliezer aurait-il énonce cette règle pour Avraham seulement ? Et la guemara répond que là-bas, c'est le Saint béni soit-Il qui a dit à Avraham « tu n'appelleras pas » : Il le lui a ordonné à lui en particulier. Il faut comprendre pourquoi, pour Saray, Il ne l'a pas ordonné au monde entier. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la réserve ne portait que sur Avraham son mari : s'il l'appelait Saray avec un youd, cela signifierait qu'il la place au-dessus de lui, puisqu'il lui dit « ma princesse » ; et dans ces conditions elle ne pourrait être édifiée ni concevoir de lui, car il faut qu'il soit grand et élevé au-dessus d'elle pour qu'elle soit édifiée par lui, comme l'ont écrit les commentateurs sur le verset « c'est toi qui l'appelleras ainsi ». Mais pour le reste du monde il n'y a pas de réserve, même si le monde entier l'appelle « notre princesse ».
💡 Explication

Objection par extension. Le nom de Sara a lui aussi été changé par une formule négative ; la règle de bar Kappara et de Rabbi Eliezer devrait donc s'y appliquer, ce qu'aucune source n'enseigne.

10
הָתָם, קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא אָמַר לְאַבְרָהָם: ״שָׂרַי אִשְׁתְּךָ לֹא תִקְרָא אֶת שְׁמָהּ שָׂרָי כִּי שָׂרָה שְׁמָהּ״.

Là-bas, c'est le Saint béni soit-Il qui a dit à Avraham : « Saray ton épouse, tu n'appelleras pas son nom Saray, car Sara est son nom » (Genèse 17,15).

💡 Explication

Réponse fondée sur le destinataire de l'ordre. Pour Sara, la formule négative s'adresse à Avraham seul : « tu n'appelleras pas ». Pour Avraham, la formule est impersonnelle : « ton nom ne sera plus appelé », ce qui vise tout le monde.

11
אֶלָּא מֵעַתָּה הַקּוֹרֵא לְיַעֲקֹב ״יַעֲקֹב״ הָכִי נָמֵי?!

Mais alors, celui qui appelle Yaakov « Yaakov », en irait-il de même ?

💡 Explication

Seconde objection par extension. Le verset dit de Yaakov, lui aussi de manière impersonnelle : « ton nom ne sera plus appelé Yaakov, mais Israël sera ton nom » (Genèse 32,29). La règle devrait donc valoir là aussi.

12
שָׁאנֵי הָתָם דַּהֲדַר אַהְדְּרֵיהּ קְרָא, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֱ-לֹהִים לְיִשְׂרָאֵל בְּמַרְאֹות הַלַּיְלָה וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב יַעֲקֹב״.

Il en va autrement là-bas, car le verset lui-même est revenu sur ce nom, comme il est écrit : « et D.ieu dit à Israël dans les visions de la nuit, et Il dit : Yaakov, Yaakov » (Genèse 46,2).

💡 Explication

Réponse : dans le cas de Yaakov, l'Écriture elle-même réemploie l'ancien nom, et c'est D.ieu qui l'emploie. Ce retour du texte prouve que le nom Yaakov demeure permis, conformément à ce qui a été dit au début du folio : il devient secondaire sans être supprimé.

13
מֵתִיב רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי בַּר זְבִידָא: ״אַתָּה הוּא ה׳ הָאֱ-לֹהִים אֲשֶׁר בָּחַרְתָּ בְּאַבְרָם״!

Rabbi Yossi bar Avin — et certains disent Rabbi Yossi bar Zevida — a soulevé une objection : « C'est Toi, Hachem, D.ieu, qui as choisi Avram » (Nehemie 9,7) !

💡 Explication

Objection tirée d'un verset tardif : Nehemie, bien après le changement de nom, écrit encore « Avram ». Si l'appellation était interdite, un livre du Tanakh ne l'emploierait pas.

14
אֲמַר לֵיהּ הָתָם נָבִיא הוּא דְּקָא מְסַדַּר לְשִׁבְחֵיהּ דְּרַחֲמָנָא מַאי דַּהֲוָה מֵעִיקָּרָא.

Il lui répondit : là-bas, c'est le prophète qui énumère les louanges du Miséricordieux, en rappelant ce qui était à l'origine.

📜 Rachi (1)
מְסַדֵּר שְׁבָחֵיהּ דְּמֵעִיקָּרָא אֲשֶׁר בָּחַרְתָּ בּוֹ בִּהְיוֹת שְׁמוֹ אַבְרָם וְשַׂמְתָּ שְׁמוֹ אַבְרָהָם:
À l'origine : « Tu l'as choisi » alors que son nom était encore Avram, « et Tu as fait de son nom Avraham ».
💡 Explication

Réponse : le verset de Nehemie raconte l'histoire. Il rappelle l'état antérieur — « Tu l'as choisi » alors qu'il s'appelait encore Avram — et poursuit en disant « et Tu as fait de son nom Avraham ». L'emploi de l'ancien nom appartient au récit du passé, non à l'appellation courante.

15
הַדְרָן עֲלָךְ מֵאֵימָתַי

Hadran alakh Meemataï — nous reviendrons vers toi, chapitre « À partir de quand ».

📜 Rachi (1)
הַדְרָן עֲלָךְ מֵאֵימָתַי
Formule de clôture du premier chapitre, Meemataï.
⚖️ Rosh (1)
וְאָמַר רַבָּה בַּר חֲנִינָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ מִתְפַּלֵּל אָדָם הָאֵל הַקָּדוֹשׁ וּמֶלֶךְ אוֹהֵב צְדָקָה וּמִשְׁפָּט חוּץ מֵעֲשָׂרָה יָמִים שֶׁבֵּין ר"ה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל הַמֶּלֶךְ הַקָּדוֹשׁ וְהַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט. ר"א אוֹמֵר אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה יָמִים שֶׁבֵּין ר"ה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים אִם אָמַר הָאֵל הַקָּדוֹשׁ וּמֶלֶךְ אוֹהֵב צְדָקָה וּמִשְׁפַּט יָצָא שֶׁנֶּאֱמַר וַיִּגְבַּהּ ה' צְבָאוֹת בַּמִּשְׁפָּט וְהָאֵל הַקָּדוֹשׁ נִקְדָּשׁ בִּצְדָקָה אֵימָתַי וַיִּגְבַּהּ ה' צְבָאוֹת בַּמִּשְׁפָּט בִּי' יָמִים שמר"ה ליוה"כ וְקָאָמַר הָאֵל הַקָּדוֹשׁ. מַאי הָוֵי עֲלַהּ. רַב יוֹסֵף אָמַר הָאֵל הַקָּדוֹשׁ מֶלֶךְ אוֹהֵב צְדָקָה וּמִשְׁפָּט פֵּירוּשׁ אִם אָמַר כָּךְ בְּדִיעֲבַד יָצָא רַבָּה אָמַר הַמֶּלֶךְ הַקָּדוֹשׁ וְהַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט. וְהִלְכְתָא כְּרַבָּה וּבְלָאו הַאי פִּיסְקָא קַייְמָא לַן כְּרַבָּה דְּרַבָּה וְרַב יוֹסֵף הֲלָכָה כְּרַבָּה. וְאִם לֹא אָמַר מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִדְּקָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אַפֵּי' אָמַר הָאֵל הַקָּדוֹשׁ יָצָא מִכְּלָל דִּלְרַב אֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד לֹא יָצָא וְרַבָּה סְבִירָא לֵיהּ כְּרַב: וְכֵן זָכְרֵנוּ וּמִי כָּמוֹךָ וְכָתוּב לְחַיִּים וּבְסֵפֶר הַחַיִּים שֶׁמּוֹסִיפִין בַּעֲשֶׂרֶת יְמֵי הַתְּשׁוּבָה אִם לֹא אָמַר מַחֲזִירִין אוֹתוֹ בֵּין בְּיָחִיד בֵּין בְּצִבּוּר דִּמְשַׁנֶּה הוּא מִמַּטְבֵּעַ בְּרָכוֹת. וְאִם מְסֻופָּק הוּא אִם הִזְכִּיר אִם לֹא יַחֲזֹור וְיִתְפַּלֵּל דְּאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דְּתַעֲנִית פֶּרֶק קַמָּא תַּנְיָא הַמִּתְפַּלֵּל וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם הִזְכִּיר הַגֶּשֶׁם אִם לָאו. כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם חֲזָקָה מַה שֶׁהוּא לִמּוּד מַזְכִּיר מִכָּאן וְאֵילָךְ מַה שֶׁצָּרִיךְ מַזְכִּיר. כָּךְ כָּתוּב בְּתוֹסָפוֹת בְּשֵׁם רִ"י זַ"ל. וּתְמֵיהֵנִי לָמָּה מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מֵאַחַר שֶׁאֵינוֹ מֻוזְכָּר בַּגְּמָרָא. דִּבְהַמְלֵךְ הַקָּדוֹשׁ וְהַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט אִיכָּא פְּלֻוגְתָּא וּפְסִיק גְּמָרָא דְּלָא יָצָא. אֲבָל בְּזָכְרֵנוּ וּמִי כָּמוֹךָ אִם תַּקָּנַת גְּאוֹנִים הִיא לְאָמְרוֹ מנ"ל דְּמַחֲזִירִין אוֹתוֹ אֵין זֶה נִקְרָא מְשַׁנֶּה מִמַּטְבֵּעַ בְּרָכוֹת מֵאַחַר שֶׁלֹּא הֻוזְכַּר בַּגְּמָרָא: הַדְרָן עֲלָךְ מֵאֵימָתַי
Et Rabba bar Hinnana a dit au nom de Rav : toute l'année, on prie HaKel hakadoch et Melekh ohev tsedaka oumichpat, sauf pendant les dix jours qui vont de Roch Hachana a Yom Kippour, où l'on dit HaMelekh hakadoch et HaMelekh hamichpat. Rabbi Eleazar dit : même pendant ces dix jours, s'il a dit HaKel hakadoch et Melekh ohev tsedaka oumichpat, il s'est acquitté, comme il est dit : « et Hachem Tsevaot sera exalté par le jugement, et le D.ieu saint sera sanctifié par la tsedaka » (Isaie 5,16) — quand Hachem Tsevaot est-Il exalté par le jugement ? Pendant les dix jours qui vont de Roch Hachana a Yom Kippour ; et le verset dit pourtant HaKel hakadoch. Qu'en est-il en définitive ? Rav Yossef dit : HaKel hakadoch, Melekh ohev tsedaka oumichpat, c'est-à-dire que s'il a dit ainsi, a posteriori (bediavad) il s'est acquitté. Rabba dit : HaMelekh hakadoch et HaMelekh hamichpat. Et la halakha est comme Rabba ; même sans cette décision explicite, nous tenons la halakha comme Rabba, car entre Rabba et Rav Yossef la halakha suit Rabba. Et s'il ne l'a pas dit, on le fait recommencer : puisque Rabbi Eleazar dit que même s'il a dit HaKel hakadoch il s'est acquitté, il en ressort que pour Rav il ne s'est pas acquitté, même a posteriori, et Rabba tient comme Rav. De même pour Zokhrenou, Mi khamokha, Oukhtov lehayim et Ouvesefer hahayim, que l'on ajoute pendant les dix jours de techouva : s'il ne les a pas dits, on le fait recommencer, aussi bien un particulier qu'en communauté, car il modifie la formule fixée des bénédictions. Et s'il a un doute, s'il les a mentionnés ou non, il recommence sa prière, car il est dit dans le Yerouchalmi de Taanit, premier chapitre : il a été enseigné — celui qui prie et ne sait pas s'il a mentionné la pluie ou non : pendant trente jours, la présomption est qu'il dit ce à quoi il est habitué ; passé ce délai, il dit ce qu'il faut. Ainsi est-il écrit dans les Tossefot au nom du Ri, que sa mémoire soit bénie. Et je m'étonne : pourquoi le fait-on recommencer, puisque cela n'est pas mentionné dans la guemara ? Pour HaMelekh hakadoch et HaMelekh hamichpat, il y a une controverse et la guemara tranche qu'il ne s'est pas acquitté ; mais pour Zokhrenou et Mi khamokha, si c'est une institution des Gueonim de les dire, d'où tenons-nous qu'on le fait recommencer ? Cela ne s'appelle pas modifier la formule fixée des bénédictions, puisque ce n'est pas mentionné dans la guemara. Hadran alakh Meemataï.
💡 Explication

Formule de clôture du premier chapitre du traité. Le Roch saisit ce point de passage pour rassembler la halakha issue des sujets du chapitre, en particulier les formules de la amida pendant les dix jours de techouva.

16
מַתְנֵי׳ הָיָה קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְהִגִּיעַ זְמַן הַמִּקְרָא, אִם כִּוֵּון לִבּוֹ — יָצָא.

MICHNA. Celui qui lisait dans la Torah et l'heure de la lecture est arrivée : s'il a dirigé son cœur, il s'est acquitté.

📜 Rachi (2)
הָיָה קוֹרֵא בַּתּוֹרָה פָּרָשַׁת ק"ש:
Il lisait la section du Chema.
וְהִגִּיעַ זְמַן הַמִּקְרָא זְמַן ק"ש:
Le temps de la lecture du Chema.
🗂️ Tossefot (1)
הָיָה קוֹרֵא אִם כִּוֵּון לִבּוֹ יָצָא בִּירוּשַׁלְמִי אָמְרִינַן בְּרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת דאע"פ שֶׁלֹּא אָמַר שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ וּשְׁתַּיִם לְאַחֲרֶיהָ יָצָא דְּאִם לֹא כֵן תִּקְשֵׁי מַאי מְהַנֵּי אִם כִּוֵּון לִבּוֹ הֲרֵי לֹא בֵּירֵךְ תְּחִלָּה. וא"ת הָא בפ"ק (יב א) מַסְּקִינַן סֵדֶר בְּרָכוֹת אֵין מְעַכְּבוֹת הָא בְּרָכוֹת מְעַכְּבוֹת. וְי"ל דְּהָתָם אַיְירֵי בְּצִבּוּר. דַּיְקָא נָמֵי דְּקָתָנֵי אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה:
Dans le Yerouchalmi nous disons que les bénédictions ne sont pas indispensables : même s'il n'a pas dit les deux qui précèdent et les deux qui suivent, il s'est acquitté. Sans cela on demanderait : à quoi sert « s'il a dirigé son cœur », puisqu'il n'a pas béni auparavant ? Et si tu objectes : au premier chapitre (12a) nous concluons que c'est l'ordre des bénédictions qui n'est pas indispensable, d'où il ressort que les bénédictions elles-mêmes le seraient — on peut répondre que là-bas il s'agit de la communauté ; la formulation le montre, puisqu'il est enseigné « le préposé leur dit ».
⚖️ Rosh (1)
הָיָה קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְהִגִּיעַ זְמַן הַקְּרִיאָה אִם כִּווֵּן לִבּוֹ יָצָא וְאִם לָאו לֹא יָצָא וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא קָרָא בְּבִרְכוֹתֶיהָ יָצָא. וְכֵן פר"ח וְאָמְרִינַן נָמֵי בִּירוּשַׁלְמִי אָמַר רַבִּי אַבָּא זֹאת אוֹמֶרֶת בְּרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת וְרַב הַאי גָּאוֹן זַ"ל כָּתַב דְּסִדְרָן אֵינוֹ מְעַכֵּב אֲבָל צָרִיךְ לִקְרוֹת אֶת שְׁתֵּיהֶן. וְדִיֵּיק מִדְּקָאָמַר גְּמָרָא לְעֵיל בְּפ"ק (בְּרָכוֹת דַּף יב.) לֹא לְעוֹלָם דְּאָמְרִי אַהֲבָה רַבָּה וְלָא אָמְרִי יוֹצֵר אוֹר וְכִי מְטָא זִימְנָא אָמְרִי וּמַאי בְּרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת לְקַדֵּם. אַלְמָא סְתָמָא דִּגְמָרָא ס"ל דְּסִדְרָן אֵינוֹ מְעַכֵּב. אֲבָל אִם לֹא אָמַר כְּלָל מְעַכֵּב. וְהָא דְּדִיֵּיק הָכָא בִּירוּשַׁלְמִי דִּבְרָכוֹת אֵינָן מְעַכְּבוֹת. הַייְנוּ בְּיָחִיד אֲבָל בְּצִבּוּר מְעַכְּבִין כְּהַהִיא דִּלְעֵיל דְּקָתָנֵי אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה:
« Celui qui lisait dans la Torah et l'heure de la lecture est arrivée : s'il a dirigé son cœur il s'est acquitté, sinon il ne s'est pas acquitté » — et bien qu'il ne l'ait pas lue avec ses bénédictions, il s'est acquitté. Ainsi a expliqué Rabbenou Hananel, et nous disons de même dans le Yerouchalmi : Rabbi Abba a dit, cela enseigne que les bénédictions ne sont pas indispensables. Mais Rav Haï Gaon, que sa mémoire soit bénie, a écrit que c'est leur ordre qui n'est pas indispensable, tandis qu'il faut bien réciter les deux. Il le déduit de ce que la guemara dit plus haut, au premier chapitre (Berakhot 12a) : « non, en vérité, ils disaient Ahava rabba et ne disaient pas Yotser or, et quand le temps arrivait ils la disaient ; et que signifie que les bénédictions ne sont pas indispensables ? Quant à leur ordre. » Il ressort donc que la guemara elle-même tient que l'ordre n'est pas indispensable, mais que s'il n'en a dit aucune, cela est indispensable. Et ce que le Yerouchalmi déduit ici, que les bénédictions ne sont pas indispensables, vise le particulier ; en communauté elles sont indispensables, comme dans le passage précédent où il est enseigné « le préposé leur dit ».
💡 Explication

Ouverture du deuxième chapitre. Le cas : un homme lit dans la Torah les sections qui composent le Chema, et le moment de la lecture obligatoire arrive pendant sa lecture. La michna décide que, s'il a dirigé son cœur (kavana), sa lecture vaut acquittement.

Rabbenou Hananel précise que l'acquittement vaut même sans les bénédictions qui encadrent le Chema. La question de ce que recouvre exactement « diriger son cœur » occupera toute la guemara qui suit.

17
בַּפְּרָקִים, שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב. וּבָאֶמְצַע, שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.

Aux coupures, il salue par égard pour l'honneur et il répond ; au milieu, il salue par crainte et il répond. Paroles de Rabbi Meir.

📜 Rachi (5)
בַּפְּרָקִים בֵּין הַהַפְסָקוֹת וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לְהוּ בְּמַתְנִיתִין בֵּין פָּרָשָׁה רִאשׁוֹנָה לַשְּׁנִיָּה בֵּין שְׁנִיָּה לִשְׁמַע כו':
Entre les coupures ; la michna les explicite plus bas : entre la première section et la deuxième, entre la deuxième et Chema, etc.
שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹם אָדָם נִכְבָּד שֶׁרָאוּי לְהַקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם:
Il salue un homme honorable auquel il convient d'adresser le salut le premier.
וּמֵשִׁיב שָׁלוֹם אִם הִקְדִּימוֹ לוֹ וּבַגְּמָרָא פָּרֵיךְ כֵּיוָן דְּשׁוֹאֵל פְּשִׁיטָא דְּמֵשִׁיב:
Il rend le salut si l'autre le lui a adressé le premier. Et la guemara demande : puisqu'il salue de lui-même, il va de soi qu'il répond.
וּבָאֶמְצַע בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה אוֹ הַפָּרָשָׁה:
Au milieu de la bénédiction ou de la section.
מִפְּנֵי הַיִּרְאָה אָדָם שֶׁהוּא יָרֵא מִפָּנָיו שֶׁלֹּא יַהַרְגֵהוּ אֲבָל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד לֹא:
Devant un homme qu'il craint, de peur qu'il ne le tue ; mais par égard pour l'honneur, non.
🗂️ Tossefot (1)
וּבְאֶמְצַע שׁוֹאֵל מִפְּנֵי וְכוּ' וּפָסַק רַבֵּינוּ שְׁמַעְיָה דִּבְמָקוֹם שֶׁאָסוּר לְסַפֵּר אָסוּר לְדַבֵּר אֲפִילּוּ בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ מַתְנִיתִין. וּבִירוּשַׁלְמִי קָאָמַר אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע הַפָּסוּק רַב הוּנָא בְּשֵׁם רַב יוֹסֵף אָמַר וְדִבַּרְתָּ בָּם מִכָּאן שֶׁיֵּשׁ לְךָ רְשׁוּת לְדַבֵּר בָּם. וְהַיְינוּ נָמֵי דְּאָמְרִי' בפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף יט:) וְדִבַּרְתָּ בָּם וְלֹא בַּתְּפִלָּה פֵּירוּשׁ שֶׁאֵין מְשִׁיבִין בָּהּ מִפְּנֵי הַכָּבוֹד:
Rabbenou Chemaya a tranché que là où il est interdit de converser, il est interdit de parler même en langue sainte, et c'est ce qui ressort de notre michna. Dans le Yerouchalmi il est dit que cela vaut même au milieu d'un verset ; Rav Houna au nom de Rav Yossef a dit : « et tu parleras d'elles » (Deutéronome 6,7) — de là, tu as la permission de parler pendant elles. C'est aussi ce que nous disons au premier chapitre de Yoma (19b) : « et tu parleras d'elles » et non pendant la prière, c'est-à-dire qu'on n'y répond pas même par égard pour l'honneur.
💡 Explication

La michna distingue deux situations : les coupures (bein haperakim), entre les bénédictions et les sections, et le milieu (be-emtsa) d'une bénédiction ou d'une section. Aux coupures, l'interruption est permise pour un motif d'honneur ; au milieu, elle exige un motif plus fort, la crainte d'un homme dangereux.

La guemara demandera plus loin pourquoi la michna mentionne séparément le fait de saluer et celui de répondre : si l'on peut prendre l'initiative du salut, répondre va de soi.

18
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּאֶמְצַע, שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד. וּבִפְרָקִים, שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב שָׁלוֹם לְכָל אָדָם.

Rabbi Yehouda dit : au milieu, il salue par crainte et il répond par égard pour l'honneur ; aux coupures, il salue par égard pour l'honneur et il rend le salut à tout homme.

📜 Rachi (1)
ר"י בִּגְמָרָא מְפָרֵשׁ פְּלֻוגְתַּייְהוּ:
La guemara explique plus loin en quoi ils divergent.
💡 Explication

Rabbi Yehouda sépare l'initiative du salut et la réponse. Répondre étant moins grave que prendre l'initiative, il permet au milieu de répondre pour un simple motif d'honneur, et aux coupures de répondre à tout homme, même sans obligation d'honneur particulière.

19
אֵלּוּ הֵן בֵּין הַפְּרָקִים: בֵּין בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה לַשְּׁנִיָּה, בֵּין שְׁנִיָּה לְ״שְׁמַע״, בֵּין ״שְׁמַע״ ל״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״, בֵּין ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ לְ״וְיֹאמַר״, בֵּין ״וְיֹאמַר״ לְ״אֱמֶת וְיַצִּיב״.

Voici quelles sont les coupures : entre la première bénédiction et la deuxième ; entre la deuxième et Chema ; entre Chema et Vehaya im chamoa ; entre Vehaya im chamoa et Vayomer ; entre Vayomer et Emet veyatsiv.

💡 Explication

La michna définit précisément les cinq points de coupure. Chaque bénédiction et chaque section forme une unité close, de sorte que le passage de l'une à l'autre constitue une coupure où l'interruption est plus facilement permise.

20
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בֵּין ״וְיֹאמַר״ לְ״אֱמֶת וְיַצִּיב״ — לֹא יַפְסִיק.

Rabbi Yehouda dit : entre Vayomer et Emet veyatsiv, il n'interrompt pas.

📜 Rachi (1)
בֵּין וַיֹּאמֶר לֶאֱמֶת וְיַצִּיב לֹא יַפְסִיק בַּגְּמָרָא (ד' יד) מְפָרֵשׁ טַעְמַיְיהוּ:
La guemara (14a) expliqué leurs raisons.
💡 Explication

Rabbi Yehouda retire le dernier point de la liste. Pour lui, la fin de la troisième section et le début de Emet veyatsiv doivent se suivre sans interruption. La guemara donnera plus loin (14a) la raison de cette position.

21
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: לָמָּה קָדְמָה פָּרָשַׁת ״שְׁמַע״ לְ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ — כְּדֵי שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם תְּחִלָּה, וְאַחַר כָּךְ מְקַבֵּל עָלָיו עֹול מִצְוֹת. ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ לְ״וְיֹאמַר״ — שֶׁ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ נוֹהֵג בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה, ״וְיֹאמַר״ אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בַּיּוֹם בִּלְבַד.

Rabbi Yehochoua ben Korha a dit : pourquoi la section de Chema précède-t-elle celle de Vehaya im chamoa ? Afin que l'on accepte d'abord sur soi le joug de la royauté du Ciel, et qu'ensuite on accepte sur soi le joug des mitsvot.

Et pourquoi Vehaya im chamoa précède-t-elle Vayomer ? Parce que Vehaya im chamoa s'applique aussi bien le jour que la nuit, tandis que Vayomer ne s'applique que le jour.

📜 Rachi (2)
וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ נוֹהֵג בֵּין בַּיּוֹם בֵּין בַּלַּיְלָה דְּמִשְׁתַּעֵי בְּתַלְמוּד תּוֹרָה דִּכְתִיב (דְּבָרִים י״א:י״ט) וְלִמַּדְתֶּם אֹותָם אֶת בְּנֵיכֶם:
Car elle traite de l'étude de la Torah, comme il est écrit « et vous les enseignerez à vos fils » (Deutéronome 11,19).
וַיֹּאמֶר אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בַּיּוֹם דְּמִשְׁתַּעֵי בְּצִיצִית שֶׁאֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בַּיּוֹם דִּכְתִיב וּרְאִיתֶם אוֹתוֹ פְּרָט לִכְסוּת לַיְלָה (שַׁבָּת כז:):
Car elle traite des tsitsit, qui ne valent que le jour, comme il est écrit « et vous le verrez » (Nombres 15,39), à l'exclusion du vêtement de nuit (Chabbat 27b).
🗂️ Tossefot (2)
לָמָּה קָדְמָה פָּרָשַׁת שְׁמַע לִוְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ וא"ת תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּקָדְמָה בַּתּוֹרָה וי"ל דְּהָכִי קָאָמַר לָמָּה קָדְמָה אַף לְפָרָשַׁת צִיצִית דְּקָדְמָה לְכֻולָּן אֶלָּא וַדַּאי אֵין אָנוּ חוֹשְׁשִׁין לָזֶה שֶׁהִיא קוֹדֶמֶת בַּתּוֹרָה מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן אֵין מֻוקְדָּם וּמְאֻוחָר וא"כ הָיָה לָנוּ לְהַקְדִּים וְהָיָה שֶׁהִיא מְדַבֶּרֶת בִּלְשׁוֹן רַבִּים:
Si tu objectes : la réponse est évidente, puisque cette section précède l'autre dans la Torah — on peut répondre que la question porte aussi sur la section des tsitsit, qui les précède toutes deux dans la Torah : pourquoi Chema la précède-t-elle également ? Il faut donc dire que nous ne tenons pas compte de l'antériorité dans la Torah, puisque nous disons qu'il n'y a pas d'antérieur ni de postérieur dans la Torah ; dès lors nous aurions dû placer d'abord Vehaya im chamoa, qui parle au pluriel.
וְיֹאמַר אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בַּיּוֹם מִכָּאן מַשְׁמַע כְּר' שִׁמְעוֹן דְּאָמַר בְּפֶ' הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת ד' מג.) דְּצִיצִי' מ"ע שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא וְכֵן אִיתָא בְּקִדּוּשִׁין (פ"ק ד' לג:) דְּקָאָמַר צִיצִית מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא וא"ת א"כ לָמֶ"ד (מְנָחוֹת מא.) צִיצִית חוֹבַת טַלִּית הוּא וַאֲפִילּוּ מֻונַּחַת בְּקוּפְסָא אַפֵּ"ה חַייֶּבֶת בְּצִיצִית הֵיכִי אַשְׁכְּחַן שֶׁיְּהֵא הַזְּמַן גְּרָמָא. וְי"ל דְּאִם הָיָה כְּסוּת הַמְיֻוחָד לְלַיְלָה פָּטוּר וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי דְּקִדּוּשִׁין אָמַר לָהֶם ר"ש אִי אַתֶּם מוֹדִים לִי דְּצִיצִית מ"ע שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא שֶׁהֲרֵי כְּסוּת לַיְלָה פָּטוּר מִן הַצִּיצִית א"ר אִילָא טַעֲמָא דְּרַבָּנָן שֶׁאִם הָיָה מְיֻוחָד לְיוֹם וְלַיְלָה שֶׁחַיָּיב בְּצִיצִית:
De là il ressort que l'on suit Rabbi Chimon, qui dit au chapitre HaTekhelet (Menahot 43a) que les tsitsit sont un commandement positif dépendant du temps ; il en va de même dans Kidouchin (premier chapitre, 33b), où il est dit que les tsitsit sont un commandement positif dépendant du temps. Si tu objectes : selon celui qui dit (Menahot 41a) que les tsitsit sont une obligation du vêtement, de sorte que même posé dans un coffre il y est tenu, où trouve-t-on que le commandement dépende du temps ? On peut répondre que, s'il s'agissait d'un vêtement destiné spécialement à la nuit, il en serait exempt. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi de Kidouchin : Rabbi Chimon leur dit — ne me concédez-vous pas que les tsitsit sont un commandement positif dépendant du temps, puisque le vêtement de nuit en est exempt ? Rabbi Ila dit : la raison des Sages est que, s'il était destiné au jour et à la nuit, il serait tenu aux tsitsit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה קָדְמָה פָּרָשַׁת שְׁמַע לְפָרָשַׁת וְהָיָה אִם שְׁמַע? הִקְשׁוּ בְּתוֹסָפוֹת זַ"ל, מַאי קוּשְׁיָא וַהֲלֹא בֶּאֱמֶת הִיא קָדְמָה בַּתּוֹרָה, דִּשְׁמַע בְּפָרָשַׁת וָאֶתְחַנַּן, וְהָיָה אִם שְׁמַע בְּפָרָשַׁת עֵקֶב? וּמַה שֶׁתֵּירְצוּ נִרְאֶה דֹּוחַק, דְּהָעִיקָּר חָסֵר מִן הַסֵּפֶר. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי קְרִיאַת שְׁמַע אַף עַל גַּב שֶׁהֵם פָּרָשִׁיּוֹת הַכְּתוּבִים בַּתּוֹרָה, אֵין הַקּוֹרֵא צָרִיךְ לְכַוֵּין כְּקוֹרֵא בַּתּוֹרָה, אֶלָּא צָרִיךְ לְכַוֵּין שֶׁהוּא קוֹרְאָהּ לְשֵׁם מִצְוָתָהּ, שֶׁהוּא מִצְוַת עֲשֵׂה לִקְרוֹתָהּ בְּעוֹנָתָהּ, וְרַק אַחַר שֶׁעָבַר זְמַנָּהּ תִּהְיֶה קְרִיאָתָהּ כְּקוֹרֵא בַּתּוֹרָה, וכמ"ש לְעֵיל בַּמִּשְׁנָה מִכָּאן וְאֵילָךְ הַקּוֹרֵא לֹא הִפְסִיד, כְּאָדָם הַקּוֹרֵא בַּתּוֹרָה וּלְהָכִי סְבִירָא לֵיהּ לְהַשּׁוֹאֵל דְּמִסְתַּבְּרָא כֵּיוָן דְּצָרִיךְ הַקּוֹרֵא לְכַוֵּין שֶׁהוּא קוֹרְאָהּ לְשֵׁם מִצְוָתָהּ וְלֹא כְּקוֹרֵא בַּתּוֹרָה, לְכָךְ רָאוּי שֶׁלֹּא לִקְרוֹתָהּ כַּסֵּדֶר הַכָּתוּב בַּתּוֹרָה, שְׁמַע קֹודֶם, כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא נִרְאֶה כְּקוֹרֵא בַּתּוֹרָה, אֶלָּא אַדְּרַבָּא עָדִיף טְפֵי לְהַפֵּךְ סֵדֶר הַכָּתוּב בְּתוֹכָהּ כְּדֵי דְּמֶחֱזֵי שֶׁהוּא קוֹרְאָהּ לְשֵׁם מִצְוָה, וּלְכָךְ שָׁאַל לָמָּה קָדְמָה וְכוּ'
« Pourquoi la section de Chema précède-t-elle celle de Vehaya im chamoa ? » Les Tossefot, que leur mémoire soit bénie, ont demandé : quelle est la difficulté, puisqu'en vérité elle la précède dans la Torah, Chema se trouvant dans la section Vaethanan et Vehaya im chamoa dans la section Ekev ? Et la réponse qu'ils donnent paraît forcée, car l'essentiel manquerait alors au texte. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la lecture du Chema, bien qu'elle porte sur des sections écrites dans la Torah, n'exige pas de celui qui la lit l'intention de quelqu'un qui lit dans la Torah : il doit avoir l'intention de la lire au titre de sa mitsva, car c'est un commandement positif de la lire en son temps ; seulement une fois son temps passé, sa lecture devient celle de quelqu'un qui lit dans la Torah, comme il a été dit plus haut dans la michna « à partir de là, celui qui lit n'a rien perdu, il est comme un homme qui lit dans la Torah ». C'est pourquoi celui qui pose la question estime qu'il serait logique, puisque le lecteur doit avoir l'intention de lire au titre de la mitsva et non comme celui qui lit dans la Torah, de ne pas la lire selon l'ordre écrit dans la Torah, avec Chema en premier, afin qu'il n'apparaisse pas comme lisant dans la Torah ; au contraire, il vaudrait mieux inverser l'ordre du texte pour qu'il apparaisse qu'il la lit au titre de la mitsva. C'est pourquoi il a demandé : pourquoi a-t-elle précédé, etc.
💡 Explication

Les trois sections ne se suivent pas dans la Torah, et la michna justifie l'ordre retenu pour la lecture. La raison du premier ordre est logique : on accepte d'abord le joug de la royauté du Ciel (ol malkhout chamayim), c'est-à-dire la reconnaissance de D.ieu et de Son unité, puis le joug des mitsvot (ol mitsvot), qui figure dans la deuxième section.

La raison du second ordre tient à l'étendue de l'obligation : la deuxième section traite de l'étude, qui vaut de jour comme de nuit, tandis que la troisième traite des tsitsit, qui ne valent que le jour.

🖼️ Schéma
Pourquoi cet ordre des trois sections du Chema ? Chema Deutéronome 6 Joug de la royauté du Ciel Vehaya im chamoa Deutéronome 11 Joug des mitsvot Vayomer Nombres 15 : les tsitsit Le jour seulement accepter d'abord la royauté, ensuite les commandements Vehaya vaut jour et nuit, Vayomer le jour seul Rabbi Yehochoua ben Korha : l'ordre de la lecture suit une logique d'acceptation, non l'ordre du texte de la Torah.
L'ordre des trois sections du Chema et les deux raisons données par Rabbi Yehochoua ben Korha.
22
גְּמ׳ שְׁמַע מִינַּהּ מִצְוֹת צְרִיכוֹת כַּוָּונָה.

GUEMARA. On en déduit que les mitsvot exigent une intention.

📜 Rachi (1)
גְּמ' ש"מ מִצְוֹת צְרִיכוֹת כַּוָּונָה שֶׁיְּהֵא מִתְכַּוֵּין לְשֵׁם מִצְוָה וְתִקְשֶׁה לְרַבָּה דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה (כח.) הַתּוֹקֵעַ לָשִׁיר יָצָא:
Il faut avoir l'intention d'accomplir la mitsva ; cela ferait difficulté à Rabba, qui dit dans le traité Roch Hachana (28a) que celui qui sonne du chofar pour faire de la musique s'est acquitté.
💡 Explication

La guemara tente de trancher une question qui traverse tout le Talmud : l'accomplissement d'une mitsva exige-t-il l'intention de l'accomplir (mitsvot tsrikhot kavana) ? La michna, qui subordonne l'acquittement au fait d'avoir dirigé son cœur, semble le prouver.

23
מַאי ״אִם כִּווֵּן לִבּוֹ״ — לִקְרוֹת. לִקְרוֹת?! וְהָא קָא קָרֵי!

Que signifie « s'il a dirigé son cœur » ? Qu'il a eu l'intention de lire.

De lire ? Mais il lit déjà !

📜 Rachi (2)
כִּווֵּן לִקְרוֹת אֲבָל לָצֵאת יְדֵי מִצְוָה לָא בָּעֵינַן שֶׁיְּהֵא מִתְכַּוֵּין אֶלָּא לִקְרוֹת בְּתוֹרָה בְּעָלְמָא:
Mais il n'est pas requis qu'il ait l'intention de s'acquitter de la mitsva : il suffit qu'il ait eu l'intention de lire simplement dans la Torah.
הָא קָא קָרֵי הָא בְּקוֹרֵא קָא עֲסִיק תַּנָּא וְאָתֵי דְּקָתָנֵי הָיָה קוֹרֵא בַּתּוֹרָה:
Le tana traite précisément de quelqu'un qui lit, puisqu'il enseigne « il lisait dans la Torah ».
💡 Explication

La guemara refuse la déduction : « diriger son cœur » viserait seulement l'intention de lire, sans intention d'accomplir la mitsva. Une objection immédiate suit : la michna décrit un homme en train de lire dans la Torah, l'intention de lire est donc acquise.

24
בְּקוֹרֵא לְהַגִּיהַּ.

Il s'agit de celui qui lit pour corriger le texte.

📜 Rachi (1)
בְּקוֹרֵא לְהַגִּיהַּ אֶת הַסֵּפֶר אִם יֵשׁ בּוֹ טָעוּת דַּאֲפִילּוּ לִקְרִיאָה נָמֵי לֹא מִתְכַּוֵּין:
Il corrige le rouleau s'il s'y trouve une erreur : il n'a donc même pas l'intention de lire.
🗂️ Tossefot (1)
בְּקוֹרֵא לְהַגִּיהַּ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין לִקְרוֹת. תֵּימַהּ אַכַּתִּי הָא קָא קָרֵי. ע"כ נִרְאֶה בְּקוֹרֵא לְהַגִּיהַּ שֶׁאֵינוֹ קוֹרֵא הַתֵּיבוֹת כְּהִלְכָתָן וְכִנְקֻודָּתָן אֶלָּא כִּכְתִיבָתָן קָרֵי כְּדֵי לְהָבִין בַּחֲסֵרוֹת וּבִיתֵרוֹת כְּמוֹ לְטֹטָפֹת וּמְזוּזַת וְאִם כִּוֵּון לִבּוֹ לָאו דַּוְקָא אֶלָּא כְּלוֹמַר לִקְרוֹת כְּדִין כִּנְקֻודָּתָן וּכְהִלְכָתָן:
Le Kountrass, c'est-à-dire Rachi, a expliqué qu'il n'a pas l'intention de lire. Cela étonne : il lit tout de même. Il faut donc dire que « celui qui lit pour corriger » ne prononce pas les mots selon leur règle et leur vocalisation, mais les lit tels qu'ils sont écrits, afin de discerner les formes défectives et pleines, comme letotafot et mezouzot. Et « s'il a dirigé son cœur » ne se prend pas au sens strict : cela signifie qu'il a eu l'intention de lire comme il se doit, selon la vocalisation et la règle.
💡 Explication

Réponse : la michna vise un homme qui parcourt le rouleau pour en corriger les erreurs (le-haguiha). Selon Rachi, il n'a alors même pas l'intention de lire, et « diriger son cœur » signifie qu'il a bien voulu lire.

Les Tossefot objectent qu'il lit malgré tout, et proposent une autre lecture : le correcteur prononce les mots tels qu'ils sont écrits, sans les vocaliser correctement, afin de repérer les formes pleines et défectives. « Diriger son cœur » signifie alors avoir lu selon la vocalisation et la règle.

🖼️ Schéma
Le raisonnement de la guemara sur la kavana Michna : il lisait dans la Torah, s'il a dirigé son cœur il s'est acquitté Hava amina : donc les mitsvot exigent une kavana Rejet : diriger son cœur veut dire avoir l'intention de lire Objection : mais il lit déjà ! Réponse : il s'agit de celui qui lit pour corriger le rouleau (le-haguiha) et qui n'a donc pas l'intention de lire
Le mouvement complet du raisonnement, de la michna à la réponse sur celui qui lit pour corriger.
25
תָּנוּ רַבָּנַן: קְרִיאַת שְׁמַע כִּכְתָבָהּ, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּכָל לָשׁוֹן.

Nos maîtres ont enseigné : la lecture du Chema se fait telle qu'elle est écrite, paroles de Rabbi. Et les Sages disent : dans toute langue.

📜 Rachi (1)
כִּכְתָבָהּ בִּלְשׁוֹן הַקֹּדֶשׁ:
En langue sainte.
🗂️ Tossefot (1)
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים בְּכָל לָשׁוֹן אוֹמֵר הָרִ"י דַּהֲלָכָה כַּחֲכָמִים דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי מֵחֲבֵירוֹ וְלֹא מֵחֲבֵירָיו (עֵרוּבִין מו ב) וְעוֹד דְּרַבָּנָן סְבִירָא לְהוּ כְּמַאן דַּאֲמַר לֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא וּכְוָתֵיהּ פָּסְקִינַן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף טו:):
Le Ri dit que la halakha suit les Sages, car la halakha suit Rabbi contre un seul de ses collègues, non contre plusieurs (Erouvin 46b) ; en outre, les Sages tiennent comme celui qui dit que celui qui n'a pas fait entendre à son oreille s'est acquitté, et c'est ainsi que nous tranchons plus loin (Berakhot 15b).
💡 Explication

Nouvelle baraita, qui ouvre la question de la langue. Pour Rabbi (Yehouda haNassi), le Chema se dit ke-khetava, tel qu'il est écrit, donc en langue sainte. Pour les Sages, il peut se dire dans toute langue.

Les Tossefot indiquent d'emblée que la halakha suit les Sages, notamment parce que Rabbi ne l'emporte pas sur plusieurs collègues.

26
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי? אֲמַר קְרָא ״וְהָיוּ״ בַּהֲוָייָתָן יְהוּ.

Quelle est la raison de Rabbi ? Le verset dit « et elles seront » : elles seront telles qu'elles sont.

💡 Explication

Rabbi s'appuie sur le mot ve-hayou du verset « et ces paroles que Je t'ordonne aujourd'hui seront sur ton cœur » (Deutéronome 6,6). Il le lit comme une exigence de permanence de la forme : les paroles restent dans leur état, donc dans leur langue d'origine.

27
וְרַבָּנָן, מַאי טַעְמַיְיהוּ? אֲמַר קְרָא: ״שְׁמַע״ — בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ.

Et les Sages, quelle est leur raison ? Le verset dit « écoute » : dans toute langue que tu entends.

💡 Explication

Les Sages s'appuient sur le premier mot du Chema. Chema signifie « entends », donc « comprends » : la lecture doit être faite dans une langue que celui qui la dit comprend.

28
וּלְרַבִּי נָמֵי, הָא כְתִיב ״שְׁמַע״! הַהוּא מִבָּעֵי לֵיהּ: הַשְׁמַע לְאָזְנֶיךָ מַה שֶּׁאַתָּה מוֹצִיא מִפִּיךָ.

Et selon Rabbi aussi, n'est-il pas écrit « écoute » ? Ce mot lui sert à enseigner : fais entendre à tes oreilles ce que tu fais sortir de ta bouche.

💡 Explication

La guemara vérifie que chaque avis rend compte du verset de l'autre. Rabbi emploie le mot chema dans un autre sens : la lecture doit être audible pour celui qui la prononce.

29
וְרַבָּנָן? סָבְרִי לַהּ כְּמַאן דַּאֲמַר לֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ — יָצָא.

Et les Sages ? Ils tiennent comme celui qui dit : s'il n'a pas fait entendre à son oreille, il s'est acquitté.

💡 Explication

Les Sages n'ont pas besoin de cette dernière exigence, puisqu'ils suivent l'avis selon lequel une lecture inaudible acquitte tout de même. Le mot chema reste donc disponible pour enseigner la permission de toute langue.

30
וּלְרַבָּנַן נָמֵי הָא כְּתִיב ״וְהָיוּ״? הַהוּא מִבְּעֵי לְהוּ שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ.

Et selon les Sages aussi, n'est-il pas écrit « et elles seront » ? Ce mot leur sert à enseigner qu'il ne lira pas à l'envers.

💡 Explication

Symétrie de la vérification. Les Sages emploient ve-hayou pour interdire de lire le Chema dans le désordre (le-mafrea) : les mots doivent se suivre dans l'ordre du texte.

31
וְרַבִּי, שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״דְּבָרִים״ ״הַדְּבָרִים״. וְרַבָּנָן, ״דְּבָרִים״ ״הַדְּבָרִים״ — לָא דָּרְשִׁי.

Et Rabbi, d'où tire-t-il qu'il ne lira pas à l'envers ? Il le tire de « paroles » écrit « les paroles ».

Et les Sages n'interprètent pas « paroles » et « les paroles ».

📜 Rachi (1)
מְדַבְּרִים הַדְּבָרִים דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב וְהָיוּ דְּבָרִים הָאֵלֶּה (דְּבָרִים ו׳:ו׳) לְמִדְרַשׁ שֶׁיִּקְרָא הַדְּבָרִים כְּסִדְרָן וְלֹא לְמַפְרֵעַ כְּגוֹן וּבִשְׁעָרֶיךָ בֵּיתְךָ מְזוּזוֹת:
Le verset aurait pu écrire « ve-hayou devarim ha-ele » ; l'article de ha-devarim enseigne qu'il faut lire les paroles dans leur ordre et non à l'envers, comme on lirait « ou-vichearekha beitekha mezouzot ».
💡 Explication

Rabbi, qui a déjà employé ve-hayou pour la langue, trouve l'interdiction du désordre ailleurs : le verset aurait pu écrire « devarim » sans article, il écrit « ha-devarim », avec article, ce qui désigne des paroles déterminées, dans leur ordre.

Les Sages ne tirent rien de cette différence d'article, ce qui explique qu'ils aient besoin de ve-hayou pour la même règle.

32
לְמֵימְרָא דְּסָבַר רַבִּי דְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה, ״וְהָיוּ״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי?

Cela revient-il à dire que Rabbi tient que toute la Torah a été dite dans toute langue ? Car s'il te venait à l'esprit qu'elle a été dite en langue sainte, pourquoi le Miséricordieux a-t-Il écrit « et elles seront » ?

📜 Rachi (1)
לֵימָא קָסָבַר ר' וְכוּ' מִדְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ קְרָא לק"ש שֶׁתְּהֵא כִּכְתָבָהּ סְבִירָא לֵיהּ בִּשְׁאָר כָּל הַתּוֹרָה בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה לִקְרוֹת:
Puisqu'il lui faut un verset pour dire que le Chema doit être lu tel qu'il est écrit, il tient que le reste de la Torah peut se lire dans toute langue.
🗂️ Tossefot (1)
בִּלְשׁוֹן הַקֹּדֶשׁ נֶאֶמְרָה פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י פֶּרֶק שֵׁנִי דִּמְגִילָּה (ד' יז: וְשָׁם) לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה. וְלָא נְהִירָא דְּהָא עֶזְרָא תִּיקֵּן קְרִיאַת הַתּוֹרָה וּמִקַּמֵּי דַּאֲתָא עֶזְרָא וְהָיוּ לָמָּה לִי. וְי"ל דְּמַיְירֵי בַּפָּרָשִׁיּוֹת הַמְחֻוייָּבִין לִקְרוֹת דְּאוֹרָייְתָא כְּמוֹ פָּרָשַׁת זָכוֹר אִי נָמֵי מִקְרָא בִּכּוּרִים וּוִדּוּי מַעֲשֵׂר וּפָרָשַׁת חֲלִיצָה שֶׁמִּצְוָה בַּתּוֹרָה לִקְרוֹתָן אעפ"כ בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה בְּסִינַי שֶׁכָּל דִּבּוּר וְדִבּוּר שֶׁהָיָה יוֹצֵא מִפִּי הקב"ה הָיָה מִתְחַלֵּק לְשִׁבְעִים לָשׁוֹן:
Rachi a expliqué, au deuxième chapitre de Meguila (17b), qu'il s'agit de la lecture publique de la Torah. Cela ne paraît pas juste, car c'est Ezra qui a institué la lecture de la Torah : avant la venue d'Ezra, à quoi bon ve-hayou ? On peut répondre qu'il s'agit des sections que la Torah elle-même oblige à lire, comme la section de Zakhor, ou encore la déclaration sur les prémices, la confession de la dîme et la section de la halitsa, que la Torah ordonne de lire. Et malgré cela, elle a été donnée au Sinaï dans toutes les langues, car chaque parole qui sortait de la bouche du Saint béni soit-Il se divisait en soixante-dix langues.
💡 Explication

La guemara élargit le débat. Si toute lecture de la Torah devait déjà se faire en langue sainte, le verset qui impose cette langue au Chema serait superflu. La nécessité de ce verset suggère que le reste peut se dire dans toute langue.

Les Tossefot précisent de quelles lectures il s'agit : les sections que la Torah elle-même oblige à lire, comme Zakhor, la déclaration sur les prémices, la confession de la dîme et la section de la halitsa.

33
אִיצְטְרִיךְ מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״שְׁמַע״.

Il était nécessaire, parce qu'il est écrit « écoute ».

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם דִּכְתִיב שְׁמַע דְּלָא תִּדְרוֹשׁ שְׁמַע בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ כְּרַבָּנָן:
Pour que tu n'interprètes pas chema comme « dans toute langue que tu entends », à la manière des Sages.
💡 Explication

Rejet de la déduction. Le verset ve-hayou reste nécessaire même si toute la Torah se lit en langue sainte : sans lui, on aurait interprété le mot chema comme les Sages et permis toute langue pour le Chema.

34
לְמֵימְרָא דְּסָבְרִי רַבָּנַן דְּכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה, ״שְׁמַע״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי?!

Cela revient-il à dire que les Sages tiennent que toute la Torah a été dite en langue sainte ? Car s'il te venait à l'esprit qu'elle a été dite dans toute langue, pourquoi le Miséricordieux a-t-Il écrit « écoute » ?

💡 Explication

La guemara applique la même déduction à l'avis opposé. Si toute la Torah pouvait déjà se lire dans n'importe quelle langue, la permission accordée spécifiquement au Chema serait superflue.

35
אִיצְטְרִיךְ מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״וְהָיוּ״.

Il était nécessaire, parce qu'il est écrit « et elles seront ».

💡 Explication

Même rejet, en sens inverse. Le mot chema reste nécessaire, faute de quoi on aurait interprété ve-hayou comme Rabbi et imposé la langue sainte. La controverse sur le Chema ne permet donc de conclure ni dans un sens ni dans l'autre sur la langue du reste de la Torah.

36
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְהָיוּ״ שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ. ״הַדְּבָרִים … עַל לְבָבֶךָ״ — יָכוֹל תְּהֵא כָּל הַפָּרָשָׁה צְרִיכָה כַּוָּונָה? — תַּלְמוּד לוֹמַר ״הָאֵלֶּה״. עַד כָּאן צְרִיכָה כַּווָּנָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ אֵין צְרִיכָה כַּוָּונָה. דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר.

Nos maîtres ont enseigné : « et elles seront » — qu'il ne lise pas à l'envers. « Les paroles ... sur ton cœur » — j'aurais pu penser que toute la section exige une intention ; le verset dit « celles-ci » : jusqu'ici elle exige une intention, à partir de là elle n'exige pas d'intention.

Paroles de Rabbi Eliezer.

📜 Rachi (1)
עַד כָּאן עַד עַל לְבָבֶךָ:
Jusqu'à « sur ton cœur ».
🗂️ Tossefot (1)
עַד כָּאן מִצְוַת כַּוָּונָה עַד בְּכָל מְאֹדֶךָ שֶׁשְּׁנֵי פְּסוּקִים אֵלּוּ מְדַבְּרִים בְּיִחוּד ה' בְּאַהֲבָתוֹ וּבְיִרְאָתוֹ:
Jusqu'à be-khôl mêôdekha, « de tout ton pouvoir », car ces deux versets traitent de l'unité de ה', de Son amour et de Sa crainte.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר ק"ש כִּכְתָבָהּ דִּבְרֵי רַבִּי. וחכ"א בְּכָל לָשׁוֹן. מ"ט דְּרַבִּי. אָמַר קְרָא וְהָיוּ בַּהֲוָייָתָן יְהוּ. וְרַבָּנָן מ"ט אָמַר קְרָא שְׁמַע בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ אֲבָל וְהָיוּ לְשֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ הוּא דַּאֲתָא. וְקַיְימָא לָן כְּרַבָּנָן חֲדָא דְּיָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים וְעוֹד דְּסָתַם לָן תַּנָּא דְּמַתְנִיתִין כְּוָותַייְהוּ דִּתְנַן סוֹטָה דַּף לב. וְאֵלּוּ נֶאֱמָרִין בְּכָל לָשׁוֹן פָּרָשַׁת סוֹטָה וּוִידּוּי מַעֲשֵׂר וק"ש וּתְפִלָּה וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וּשְׁבוּעַת הָעֵדוּת וּשְׁבוּעַת הַפִּקָּדוֹן. וְקַיְימָא לָן דִּסְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא הֲלָכָה כִּסְתָם מַתְנֵי'. וְעוֹד דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ וְרַבָּנָן סְבִירָא לְהוּ כְּמַאן דַּאֲמַר לֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא וְהָכִי פָּסְקִינַן הִלְכְתָא לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף טו.) וְעוֹד דְּקָאָמַר הָכָא דְּרַבִּי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר לֹא יָצָא וּלְקַמָּן שָׁם עַל מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי גּוּפֵיהּ קָאָמַר וְרַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי שָׁמְעַת מִינָּהּ לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה רוֹצֶה לַחֲלֹוק עַל רַבָּנָן דְּהִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ. כָּתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל הַאי דְּקָתָנֵי תְּפִלָּה בְּכָל לָשׁוֹן ה"מ בְּצִבּוּר אֲבָל בְּיָחִיד לָא. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב שַׁבָּת דַּף יב: לְעוֹלָם אַל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כָּל הַשּׁוֹאֵל צְרָכָיו בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי אֵין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת נִזְקָקִין לוֹ לְפִי שֶׁאֵין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מַכִּירִין בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי. מָצָאתִי בְּנִימּוּקֵי תַּלְמִידֵי ה"ר יוֹנָה זַ"ל שֶׁהָיָה תָּמֵיהַּ כֵּיוָן שֶׁתְּפִלָּה בְּיָחִיד אֵינָהּ נֶאֱמֶרֶת אֶלָּא בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ הֵיאַךְ נָהֲגוּ כָּל הָעוֹלָם שֶׁהַנָּשִׁים מִתְפַּלְּלוֹת בִּשְׁאָר לְשׁוֹנוֹת דְּכֵיוָן שֶׁחַייָּבוֹת בִּתְפִלָּה לֹא הָיָה לָהֶן לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא בִּלְשׁוֹן הַקֹּדֶשׁ. וְרַבָּנֵי צָרְפַת זַ"ל הָיוּ נוֹתְנִין טַעַם לַמִּנְהָג וְאָמְרוּ כֵּיוָן שֶׁהִיא הַתְּפִלָּה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין כְּמוֹ תְּפִלַּת צִבּוּר דָּייְנִינַן לָהּ וְיָכוֹל יָחִיד לְאָמְרָהּ בְּלָשׁוֹן אַחֶרֶת. וְהָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אַל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי זֶהוּ בְּשׁוֹאֵל צְרָכָיו כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ לוֹ חוֹלֶה בְּבֵיתוֹ אוֹ דָּבָר אַחֵר שֶׁהוּא צָרִיךְ. אֲבָל תְּפִלָּה שֶׁהִיא קָבוּעַ לַצִּבּוּר אֲפִילּוּ כְּשֶׁיָּחִיד מִתְפַּלֵּל בְּבֵיתוֹ כְּמִתְפַּלֵּל בְּצִבּוּר דָּמֵי שא"צ מֵלִיץ לִפְנֵי הקב"ה. וְלִי נִרְאֶה דְּאֵינוֹ קָשֶׁה דְּדַוְקָא לָשׁוֹן זֶה קָאָמַר רַב יְהוּדָה דְּלָא יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו. וְכֵן הִקְשׁוּ בְּתוֹסָפוֹת שַׁבָּת שָׁם ד"ה שֶׁאֵין אַהָא דְּקָאָמַר שֶׁאֵין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מַכִּירִין בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי וַהֲלֹא אֲפִילּוּ מַחְשְׁבוֹת לֵב הָאָדָם הֵם יוֹדְעִים וּמַכִּירִין אֶלָּא לָשׁוֹן זֶה מְגֻונֶּה בְּעֵינֵיהֶן לְהִזָּקֵק לוֹ:
Nos maîtres ont enseigné : le Chema se dit tel qu'il est écrit, paroles de Rabbi ; et les Sages disent : dans toute langue. Quelle est la raison de Rabbi ? Le verset dit ve-hayou : elles seront telles qu'elles sont. Et les Sages, quelle est leur raison ? Le verset dit chema : dans toute langue que tu entends ; quant à ve-hayou, il vient enseigner qu'on ne lira pas à l'envers. Et nous tenons la halakha comme les Sages. D'abord, entre un individu et une majorité, la halakha suit la majorité. Ensuite, notre michna anonyme est conforme à leur avis, car nous avons appris (Sota 32a) : « et voici ce qui se dit dans toute langue : la section de la sota, la confession de la dîme, le Chema, la prière, la bénédiction après le repas, le serment de témoignage et le serment de dépôt » ; or nous tenons que lorsqu'il y a un enseignement anonyme dans la michna et une controverse dans une baraita, la halakha suit la michna anonyme. Ensuite, il est dit juste après que les Sages tiennent comme celui qui dit que celui qui n'a pas fait entendre à son oreille s'est acquitté, et c'est ainsi que nous tranchons plus loin (Berakhot 15a). Ensuite, il est dit ici que Rabbi tient comme Rabbi Yossi, qui dit qu'il ne s'est pas acquitté, alors que plus loin, sur les paroles de Rabbi Yossi lui-même, il est dit « Rabbi Yossi, en déduis-tu deux choses ? », parce qu'il ne voulait pas contredire les Sages, dont l'avis fait halakha. Le Rav Alfassi, que sa mémoire soit bénie, a écrit : ce qui est enseigné, que la prière se dit dans toute langue, vise la prière en communauté, mais non celle d'un particulier, car Rav Yehouda a dit au nom de Rav (Chabbat 12b) : que l'homme ne demande jamais ses besoins en langue araméenne ; et Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque demande ses besoins en langue araméenne, les anges de service ne s'occupent pas de lui, car les anges de service ne comprennent pas l'araméen. J'ai trouvé dans les notes des élèves de Rabbenou Yona, que sa mémoire soit bénie, qu'il s'étonnait : puisque la prière d'un particulier ne se dit qu'en langue sainte, comment tout le monde à-t-il pris l'usage que les femmes prient dans d'autres langues ? Puisqu'elles sont tenues à la prière, elles ne devraient prier qu'en langue sainte. Les rabbins de France, que leur mémoire soit bénie, donnaient une raison à cet usage : puisqu'il s'agit de la prière que la communauté récite, nous la jugeons comme une prière publique, et un particulier peut donc la dire dans une autre langue ; et ce que Rav Yehouda a dit, que l'homme ne demande pas ses besoins en araméen, vise celui qui demande ses propres besoins, par exemple s'il a un malade à la maison ou une autre nécessité ; mais la prière, qui est fixée pour la communauté, même lorsqu'un particulier la dit chez lui, est comme s'il priait en communauté, et elle n'a pas besoin d'intercesseur devant le Saint béni soit-Il. Et il me semble à moi que la difficulté n'en est pas une, car Rav Yehouda a visé précisément cette langue-là en disant que l'homme ne demande pas ses besoins ainsi. Les Tossefot ont objecté de même (Chabbat, s.v. che-ein) sur ce qui est dit, que les anges de service ne comprennent pas l'araméen : ils connaissent pourtant même les pensées du cœur de l'homme. Mais cette langue est méprisable à leurs yeux, au point qu'ils ne s'en occupent pas.
💡 Explication

Nouvelle baraita, qui reprend les deux exigences tirées du même verset : l'ordre de lecture et la kavana. Rabbi Eliezer limite l'exigence d'intention à la première partie de la section, le mot « celles-ci » (ha-ele) marquant la frontière.

Rachi place cette frontière au mot « sur ton cœur » ; les Tossefot la placent à « de tout ton pouvoir », parce que les deux premiers versets traitent de l'unité de ה', de Son amour et de Sa crainte. Rabbi Akiva contestera cette limite dans la suite immédiate.

🖼️ Schéma
Jusqu'où faut-il la kavana selon Rabbi Eliezer ? Kavana exigée Chema Israël ... jusqu'à al levavekha Kavana non exigée le reste de la section frontière tirée du mot ha-ele (celles-ci) Rachi place la frontière à al levavekha. Les Tossefot la placent à be-khôl mêôdekha, parce que ces deux versets traitent de l'unité de ה', de Son amour et de Sa crainte. Rabbi Akiva contestera cette limite au folio suivant.
L'étendue de la kavana selon Rabbi Eliezer, et le point où Rachi et les Tossefot placent la frontière.
37
אָמַר לוֹ רַבִּי עֲקִיבָא: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר:

Rabbi Akiva lui dit : or le verset dit :

💡 Explication

Début de la réplique de Rabbi Akiva, qui contestera la limitation posée par Rabbi Eliezer. Le folio s'interrompt ici, la citation et la suite du raisonnement se trouvant au début du folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).