Berakhot 13b — Jusqu'où la kavana dans le Chema : du premier verset à la section entière, prolonger le mot ehad, le Chema de Rabbi, et les salutations pendant la lecture

Berakhot 13b

Sougya : Le folio achève le débat sur l'étendue de la kavana (intention) dans la lecture du Chema. Rabbi Akiva tire de « que Je te commande aujourd'hui sur ton cœur » que toute la première section requiert l'intention, et Rabbi Yo'hanan tranche comme lui ; une autre version rapporte la même décision sur la baraita de Rabbi Aha au nom de Rabbi Yehouda.

Une baraita oppose ensuite Rav Zoutra et Rabbi Yochiya sur le partage entre mitsva de lecture et mitsva d'intention, et la guemara réduit l'écart entre eux. Rabbi Meir limite l'intention au premier verset, et Rava tranche comme lui ; de là viennent les règles sur la prolongation du mot ehad (sur le dalet, sans escamoter le het), la station immobile jusqu'à « al levavekha », et le Chema de Rabbi Yehouda haNassi réduit à un seul verset lorsqu'il passait ses mains sur son visage.

Le folio traite encore de celui que le sommeil terrasse après le premier verset, de l'interdiction de lire couché sur le dos (perakdan), puis revient à la michna sur les saluts échangés aux intervalles et au milieu des sections, avec la correction « hissourei mehassera » qui sépare Rabbi Meir de Rabbi Yehouda.

Jusqu'où faut-il la kavana (intention) dans le Chema ? Chema Israël premier verset Veahavta ... ouvcharekha suite de la 1re section Vehaya im chamoa 2e section Tsitsit 3e section Rabbi Meir : le premier verset seul. Rava tranche ainsi : halakha retenue. Rabbi Akiva ; Rabbi Aha au nom de Rabbi Yehouda ; Rabbi Yo'hanan : toute la première section. Premier tana de la baraita : celui qui lit le Chema doit y appliquer son cœur, sans limite de section. Conséquence pratique : celui qui a lu le premier verset avec intention s'est acquitté du minimum requis ; il doit néanmoins lire la suite, mais sans que l'absence d'intention l'invalide.
Les trois étendues possibles de la kavana dans le Chema, et la position retenue.
La baraita de "al levavekha" : Rav Zoutra contre Rabbi Yochiya Rav Zoutra, première lecture Jusqu'ici intention ; à partir d'ici lecture. Rabbi Yochiya, première lecture Jusqu'ici lecture ; à partir d'ici intention. Objection "ladaber bam" figure là-bas, mais "vedibarta bam" figure déjà ici. Objection "al levavkhem" figure là-bas, mais "al levavekha" figure déjà ici. Rectification Jusqu'ici intention et lecture ; à partir d'ici lecture sans intention. Rectification Jusqu'ici lecture et intention ; à partir d'ici intention sans lecture. Mais la 2e section porte aussi "al levavkhem" : l'intention devrait donc y valoir. Mais la 2e section porte aussi "ladaber bam" : la lecture devrait donc y valoir. Réponse "vessamtem" sert à Rabbi Yitshak : les tefilin du bras se placent face au cœur. Réponse "ladaber bam" y parle de l'étude : enseignez la Torah à vos enfants pour qu'ils la récitent.
Les deux avis de la baraita, chacun corrigé par une objection puis défendu par une réponse.
Saluer et répondre pendant le Chema : Rabbi Meir et Rabbi Yehouda Rabbi Meir (après correction) Rabbi Yehouda Aux intervalles entre les sections Salue en raison de l'honneur ; il va sans dire qu'il répond. Salue en raison de l'honneur ; rend le salut à tout homme. Au milieu dans une section Salue en raison de la crainte ; il va sans dire qu'il répond. Salue en raison de la crainte ; répond en raison de l'honneur. Nafka mina : pour Rabbi Meir, le motif de la réponse est celui du salut lui-même ; pour Rabbi Yehouda, on répond à un motif plus faible que celui qui autoriserait à saluer le premier.
La michna selon les deux tanaim, une fois rétablie la formule « il va sans dire ».
1
״אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם עַל לְבָבֶךָ״. מִכָּאן אַתָּה לָמֵד שֶׁכָּל הַפָּרָשָׁה כֻּולָּהּ צְרִיכָה כַּוָּונָה.

« que Je te commande aujourd'hui, sur ton cœur ». De là tu apprends que toute la section entière requiert la kavana (intention).

🗂️ Tossefot (1)
אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ דְּאִי כִּדְקָא אָמְרַתְּ הֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב אֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ דִּמְצַוְּךָ מַשְׁמַע אֲפִילּוּ מִכָּאן וְאֵילָךְ ומ"מ אִצְטְרִיךְ הָאֵלֶּה דְּאִי לָאו הָכִי הֲוָה אֲמִינָא דְּאַף פָּרָשָׁה שְׁנִיָּיה בִּכְלָל:
« Que Je te commande » — car s'il en allait comme tu le dis, l'Écriture aurait dû écrire « que Je t'ai commandé » (acher tsivitikha) ; « metsavekha », au présent, implique même à partir d'ici et au-delà. Et malgré tout le mot « ha-eleh » restait nécessaire : sans lui, j'aurais dit que la seconde section aussi est comprise dans la règle.
💡 Explication

Fin de la déduction de Rabbi Akiva, commencée au folio précédent. Contre Rabbi Eliezer, qui lisait le mot ha-eleh (« ces paroles-ci ») comme une restriction limitant l'intention au premier verset, Rabbi Akiva s'appuie sur la suite du verset : « que Je te commande aujourd'hui sur ton cœur ». La mention du cœur y accompagne l'ensemble de ce qui est commandé, donc toute la première section.

Le mot kavana désigne ici la conscience de ce que l'on dit au moment où on le dit, distincte de la simple keria (lecture, prononciation).

2
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est comme Rabbi Akiva.

💡 Explication

Décision tranchée : toute la première section du Chema exige l'intention. Cette position sera réduite plus loin par Rava, qui tranche comme Rabbi Meir et limite l'exigence au premier verset.

3
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַהָא דְתַנְיָא. הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ, רַבִּי אַחָא מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כֵּיוָן שֶׁכִּווֵּן לִבּוֹ בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי אַחָא שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה.

Certains enseignent cela à propos de ceci, car il a été enseigné : celui qui lit le Chema doit y appliquer son cœur ; Rabbi Aha au nom de Rabbi Yehouda dit : dès lors qu'il y a appliqué son cœur dans la première section, il n'en a plus besoin. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est comme Rabbi Aha qui a parlé au nom de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (2)
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ לְהָא דְּרַבָּה בב"ח:
Certains enseignent cela — c'est-à-dire cette parole de Rabba bar bar Hana.
בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן כָּל פָּרָשַׁת שְׁמַע:
Dans la première section — toute la section « Chema ».
💡 Explication

La guemara donne une seconde tradition (ikka demateni la : certains rapportent l'enseignement autrement) de la même décision de Rabbi Yo'hanan. Au lieu de porter sur la controverse de Rabbi Akiva et Rabbi Eliezer, elle porte sur une baraita où le premier tana exige l'intention pendant tout le Chema, et où Rabbi Aha au nom de Rabbi Yehouda la limite à la première section.

Les deux versions aboutissent au même résultat pratique : la première section requiert l'intention, la suite non.

4
תַּנְיָא אִידָךְ. ״וְהָיוּ״ — שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ. ״עַל לְבָבֶךָ״ — רַב זוּטְרָא אוֹמֵר עַד כָּאן מִצְוַת כַּווָּנָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ מִצְוַת קְרִיאָה. רַבִּי יֹאשִׁיָּה אוֹמֵר: עַד כָּאן מִצְוַת קְרִיאָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ מִצְוַת כַּוָּונָה.

Il a été enseigné une autre baraita : « vehayou » (et elles seront) — qu'il ne lise pas à rebours. « Sur ton cœur » — Rav Zoutra dit : jusqu'ici la mitsva d'intention, à partir d'ici la mitsva de lecture.

Rabbi Yochiya dit : jusqu'ici la mitsva de lecture, à partir d'ici la mitsva d'intention.

📜 Rachi (4)
ע"כ מִצְוַת כַּוָּונָה כו' כֻּולָּהּ מְפָרֵשׁ לָהּ וְאָזֵיל:
Jusqu'ici la mitsva d'intention, etc. — la guemara va expliquer toute cette baraita dans la suite.
א"ר יֹאשִׁיָּה עַד כָּאן פֶּרֶק רִאשׁוֹן:
Rabbi Yochiya dit : jusqu'ici — la première section.
מִצְווֹת כַּוָּונָה כו' קס"ד דְּכַווָּנָה בְּלֹא קְרִיאָה:
La mitsva d'intention, etc. — on comprend d'abord (kasalka da'atakh) qu'il s'agit d'intention sans lecture.
מִכָּאן וְאֵילָךְ פָּרָשַׁת וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ:
À partir d'ici — la section « Vehaya im chamoa ».
💡 Explication

Nouvelle baraita sur le même verset. Elle en tire d'abord que le Chema se lit dans l'ordre (lo yikra lemafrea : ne pas lire à rebours), puis partage la lecture en deux zones à partir des mots « sur ton cœur », qui closent le premier verset et ouvrent « veahavta ».

Les deux amoraim se séparent sur le sens de ce partage : Rav Zoutra place l'intention avant et la lecture après, Rabbi Yochiya fait l'inverse. La guemara va montrer qu'aucun des deux ne peut être pris à la lettre.

5
מַאי שְׁנָא מִכָּאן וְאֵילָךְ מִצְוַת קְרִיאָה — דִּכְתִיב: ״לְדַבֵּר בָּם״? הָכָא נָמֵי הָא כְתִיב ״וְדִבַּרְתָּ בָּם״!

En quoi est-ce différent, qu'à partir d'ici ce soit la mitsva de lecture — parce qu'il est écrit « pour en parler » ? Mais ici aussi il est bien écrit « et tu en parleras » !

💡 Explication

Première objection contre Rav Zoutra, pris à la lettre. Si la mitsva de lecture ne commençait qu'à la seconde section parce qu'on y lit « ladaber bam » (pour en parler), le premier verset et « veahavta » comportent déjà « vedibarta bam » (et tu en parleras). La lecture y est donc requise aussi.

6
הָכִי קָאָמַר: עַד כָּאן מִצְוַת כַּווָּנָה וּקְרִיאָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ — קְרִיאָה בְּלֹא כַּוָּונָה.

Voici ce qu'il dit : jusqu'ici, mitsva d'intention et de lecture ; à partir d'ici — lecture sans intention.

💡 Explication

Rectification de la position de Rav Zoutra. Le partage porte sur l'ajout de l'intention, non sur la lecture : la première zone cumule lecture et intention, la seconde garde la lecture seule.

7
וּמַאי שְׁנָא עַד כָּאן מִצְוַת כַּוָּונָה וּקְרִיאָה דִּכְתִיב ״עַל לְבָבֶךָ … וְדִבַּרְתָּ בָּם״. הָתָם נָמֵי הָא כְּתִיב ״עַל לְבַבְכֶם … לְדַבֵּר בָּם״.

Et en quoi est-ce différent que jusqu'ici ce soit mitsva d'intention et de lecture, parce qu'il est écrit « sur ton cœur … et tu en parleras » ? La aussi il est bien écrit « sur votre cœur … pour en parler » !

💡 Explication

Seconde objection contre Rav Zoutra ainsi rectifié. Les deux exigences réunies dans la première section, le cœur et la parole, figurent aussi dans la seconde : « et vous placerez ces paroles Miennes sur votre cœur … pour en parler ». Le partage semble donc sans base scripturaire.

8
הַהוּא מִבָּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַבִּי יִצְחָק דְּאָמַר: ״וְשַׂמְתֶּם אֶת דְּבָרַי אֵלֶּה״ — צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא שִׂימָה כְּנֶגֶד הַלֵּב.

Ce verset-là est nécessaire pour l'enseignement de Rabbi Yitshak, qui a dit : « et vous placerez ces paroles Miennes » — il faut que le placement soit face au cœur.

📜 Rachi (1)
שֶׁתְּהֵא שִׂימָה כְּנֶגֶד הַלֵּב דְּהָא וְשַׂמְתֶּם דִּכְתִיב לָאו בִּקְרִיאָה וְכַוָּונָה אַייְרֵי אֶלָּא בְּשִׂימַת תְּפִילִּין שֶׁל יָד שֶׁיְּהֵא שָׂם אוֹתָהּ עַל גֹּובַהּ שֶׁל יָד כְּנֶגֶד הַלֵּב עַל קְבוּרַת הַזְּרוֹעַ ברדו"ן:
Que le placement soit face au cœur — car le « vessamtem » qui est écrit là ne parle ni de lecture ni d'intention, mais de la pose des tefilin du bras : qu'il les place sur la partie haute du bras, face au cœur, sur le renflement du bras, en langue vulgaire braon (le muscle du bras).
💡 Explication

Réponse : dans la seconde section, « sur votre cœur » ne parle pas de l'intention pendant la lecture. Le verbe vessamtem (et vous placerez) y désigne la pose des tefilin du bras, et le mot « cœur » en fixe l'emplacement : le bras, à la hauteur du cœur.

Le verset étant déjà employé pour cette halakha, il ne peut plus servir à exiger l'intention dans la seconde section ; le partage de Rav Zoutra tient.

9
אָמַר מַר, רַבִּי יֹאשִׁיָּה אוֹמֵר: עַד כָּאן מִצְוַת קְרִיאָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ — מִצְוַת כַּוָּונָה. מַאי שְׁנָא מִכָּאן וְאֵילָךְ מִצְוַת כַּוָּונָה — מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״עַל לְבַבְכֶם״, הָכָא נָמֵי הָא כְתִיב ״עַל לְבָבֶךָ״!

Le Maître a dit : Rabbi Yochiya dit : jusqu'ici la mitsva de lecture, à partir d'ici la mitsva d'intention. En quoi est-ce différent qu'à partir d'ici ce soit la mitsva d'intention — parce qu'il est écrit « sur votre cœur » ?

Ici aussi il est bien écrit « sur ton cœur » !

💡 Explication

La guemara reprend maintenant le second avis de la baraita (amar mar : le Maître a dit, formule qui rouvre un enseignement déjà cité) et lui applique la même critique symétrique.

10
הָכִי קָאָמַר: עַד כָּאן, מִצְוַת קְרִיאָה וְכַוָּונָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ — כַּוָּונָה בְּלֹא קְרִיאָה.

Voici ce qu'il dit : jusqu'ici, mitsva de lecture et d'intention ; à partir d'ici — intention sans lecture.

11
וּמַאי שְׁנָא עַד כָּאן מִצְוַת קְרִיאָה וְכַוָּונָה — דִּכְתִיב ״עַל לְבָבֶךָ״ ״וְדִבַּרְתָּ בָּם״, הָתָם נָמֵי הָא כְּתִיב ״עַל לְבַבְכֶם … לְדַבֵּר בָּם״!

Et en quoi est-ce différent que jusqu'ici ce soit la mitsva de lecture et d'intention, parce qu'il est écrit « sur ton cœur » et « et tu en parleras » ? La aussi il est bien écrit « sur votre cœur … pour en parler » !

12
הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב. וְהָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: אִגְמִירוּ בְּנַיְיכוּ תּוֹרָה, כִּי הֵיכִי דְּלִיגְרְסוּ בְּהוּ.

Celui-là est écrit à propos des paroles de Torah. Et voici ce que dit la Torah : enseignez la Torah à vos enfants, afin qu'ils la récitent couramment.

📜 Rachi (1)
ה"ג הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב כִּדְמוֹכַח קְרָא וְלִמַּדְתֶּם אֹותָם אֶת בְּנֵיכֶם וְגוֹ':
Telle est la leçon : celui-là est écrit à propos des paroles de Torah — comme le prouve le verset « et vous les enseignerez à vos enfants … ».
💡 Explication

Réponse symétrique de celle donnée à Rav Zoutra. Dans la seconde section, « ladaber bam » ne vise pas la lecture du Chema : le verset entier, « et vous les enseignerez à vos enfants, pour en parler », porte sur l'étude et la transmission de la Torah.

Le mot araméen ligresou (qu'ils récitent couramment) désigne la maîtrise du texte apprise par répétition.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ ה׳ אֶחָד״ — עַד כָּאן צְרִיכָה כַּווָּנַת הַלֵּב, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. אָמַר רָבָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר.

Nos maîtres ont enseigné : « Écoute Israël, ה' notre D.ieu, ה' est Un » — jusqu'ici il faut l'intention du cœur, paroles de Rabbi Meir. Rava a dit : la halakha est comme Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
עַד כָּאן פָּסוּק רִאשׁוֹן לְבַדּוֹ:
Jusqu'ici — le premier verset seul.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר וְהָכֵי הִלְכְתָא דקיי"ל כְּרָבָא דְּהוּא בָּתְרָאָה:
« Rava a dit : la halakha est comme Rabbi Meir » — et telle est la halakha, car nous tenons pour règle de trancher comme Rava, qui est le dernier.
💡 Explication

Troisième position, la plus restrictive : pour Rabbi Meir, l'intention n'est requise que pour le premier verset. Rava tranche ainsi, et cette décision devient la halakha : elle l'emporte sur celle de Rabbi Yo'hanan rapportée plus haut, selon la règle qui suit l'avis du dernier des amoraim.

La suite du folio se comprend à partir de là : tout ce qui concerne la prolongation du mot ehad, la station immobile et l'effort contre le sommeil se concentre sur ce premier verset.

14
תַּנְיָא סוּמָכוֹס אוֹמֵר: כָּל הַמַּאֲרִיךְ בְּ״אֶחָד״, מַאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו. אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: וּבִדְלֵית. אָמַר רַב אַשִּׁי: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַחֲטֹוף בַּחֵית.

Il a été enseigné : Soumkhos dit : quiconque prolonge sur « ehad » (Un), on lui prolonge ses jours et ses années. Rav Aha bar Yaakov a dit : et sur le dalet.

Rav Achi a dit : à condition qu'il n'escamote pas le het.

📜 Rachi (2)
וּבַדָּלֶ"ת וְלֹא בְּחֵי"ת דְּכָל כַּמָּה דְּאָמַר אָח בְּלֹא דָּלֶ"ת לָא מִשְׁתְּמַע מִידִי וּמַה בֶּצַע בְּהַאֲרָכָתוֹ אֲבָל בְּדָלֶ"ת יַאֲרִיךְ עַד כַּשִּׁיעוּר שֶׁיַּעֲשֶׂנּוּ בְּלִבּוֹ יָחִיד בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ וּלְאַרְבַּע רוּחוֹתֶיהָ כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
Et sur le dalet — et non sur le het, car tant qu'il dit « ah » sans le dalet, cela ne signifie rien, et quel profit y a-t-il dans sa prolongation ? Mais sur le dalet, il prolongera la durée nécessaire pour Le proclamer dans son cœur unique au ciel et sur la terre et vers ses quatre directions, comme cela est expliqué plus loin.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַחֲטֹוף בְּחֵי"ת בִּשְׁבִיל אֲרִיכוּת הַדָּלֶ"ת לֹא יְמַהֵר בִּקְרִיאָתָהּ שֶׁלֹּא יִקְרָאֶנָּה בַּחֲטָף בְּלֹא פֶּתַח וְאֵין זֶה כְּלוּם:
À condition qu'il n'escamote pas le het — à cause de la longueur du dalet, qu'il ne se hâte pas dans sa lecture au point de le prononcer avec un hataf au lieu d'un pata'h, car alors cela ne vaut rien.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמַּאֲרִיךְ בְּ'אֶחָד', מַאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי הַמַּאֲרִיךְ בְּאֶחָד, צָרִיךְ שֶׁיַּאֲרִיךְ שִׁיעוּר שֶׁיַּמְלִיכֵהוּ לְמַעְלָה וּלְמַטָּה וּבְאַרְבַּע רוּחוֹת שֶׁהֵם שֵׁשׁ קְצָווֹת, וְשִׁשָּׁה פְּעָמִים אֶחָד [13] עוֹלֶה מִסְפַּר ג' הַווָּיוֹת [78] , שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה רִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם מִסְפַּר מַזָּלָא , שֶׁמִּשָּׁם נִמְשָׁכִים הַחַיִּים בְּסוֹד 'בְּנֵי חַיֵּי וּמְזוֹנֵי, לָאו בִּזְכוּתָא תַּלְיָא מִלְּתָא, אֶלָּא בְּמַזָּלָא תַּלְיָא מִלְּתָא'. אִי נָמֵי כֵּיוָן דְּמַאֲרִיךְ בְּאֶחָד צָרִיךְ לְכַוֵּין לִמְסוֹר עַצְמוֹ עַל קְדוֹשׁ ה' בִּסְקִילָה שְׂרֵיפָה הֶרֶג וְחֶנֶק, וּמֵאַחַר דְּמַפְקִיר חַיָּיו לִכְבוֹדוֹ יִתְבָּרֵךְ, לְכָךְ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה מַאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו, אַךְ קַשָּׁא, וַהֲלֹא יָמִים בִּכְלַל שָׁנִים הֵם, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שְׁנוֹתָיו בִּלְבַד, וְנִרְאֶה לִי בס"ד מַאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו בְּאֵיכוּת, כִּי יֵשׁ עֶרֶב יֹאמַר מִי יִתֵּן בֹּוקֶר וּבֹוקֶר יֹאמַר מִי יִתֵּן עֶרֶב, וְזֶה יָמָיו פּוֹרְחִים כַּאֲבַק, אֵין בָּהֶם סִימַן בְּרָכָה, וְאוֹמְרוֹ שְׁנוֹתָיו עַל הַכְּמוֹת, וּמַה שֶׁאָמַר ר' אַחָא בַּר יַעֲקֹב שֶׁצָּרִיךְ לְהַאֲרִיךְ בְּדָלֶ"ת, הִנֵּה בָּזֶה מוּבָן הַפָּסוּק (מִשְׁלֵי ח' ל"ד) אַשְׁרֵי אָדָם שֹׁמֵעַ לִי לִשְׁקֹד עַל דַּלְתֹתַי יוֹם יוֹם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר יִזָּהֵר בְּדָלֶ"ת שֶׁל אָח ד בִּקְרִיאַת שְׁמַע שַׁחֲרִית, וְדָלֶ"ת דְּאָח ד דִּקְרִיאַת שְׁמַע עַרְבִית, לְהַמְלִיךְ הקב"ה בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ וְד' רוּחוֹת ודו"ק.
« Quiconque prolonge sur ehad, on lui prolonge ses jours et ses années. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est la suivante : celui qui prolonge sur ehad doit prolonger la durée nécessaire pour Le proclamer roi en haut et en bas et aux quatre directions, ce qui fait six extrémités ; et six fois ehad [13] donne le nombre de trois fois le Nom (havayot) [78], qui sont les trois premières sefirot, dont le nombre est celui de mazla, d'où découlent les vies, selon le sod (sens caché) de « les enfants, la vie et la subsistance ne dépendent pas du mérite, mais du mazal ». Ou encore : puisqu'il prolonge sur ehad, il doit avoir l'intention de se livrer lui-même pour la sanctification du Nom de ה' par la lapidation, le bûcher, le glaive et l'étranglement ; et puisqu'il abandonne sa vie pour Son honneur béni, mesure pour mesure on lui prolonge ses jours et ses années. Mais il y a une difficulté : les jours sont compris dans les années, et il aurait fallu dire seulement « ses années ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'« on lui prolonge ses jours » se dit de la qualité : car il en est qui, le soir, disent « qui donnera le matin », et le matin « qui donnera le soir » ; les jours d'un tel homme s'envolent comme la poussière, il n'y a en eux aucun signe de bénédiction. Et « ses années » se dit de la quantité. Quant à ce qu'a dit Rabbi Aha bar Yaakov, qu'il faut prolonger sur le dalet, par là se comprend le verset (Proverbes 8,34) « Heureux l'homme qui M'écoute, veillant à Mes portes (dalot) jour après jour » : il veut dire qu'il prendra garde au dalet de ehad dans la lecture du Chema du matin, et au dalet de ehad dans la lecture du Chema du soir, pour proclamer le Saint béni soit-Il roi au ciel et sur la terre et aux quatre directions. Étudie bien cela.
💡 Explication

Puisque l'intention se concentre sur le premier verset, elle se marque dans la prononciation du dernier mot, ehad (Un). Prolonger ce mot laisse le temps de la proclamation intérieure.

Deux précisions techniques : la prolongation porte sur la lettre finale dalet, car s'arrêter sur le het laisserait entendre « ah », qui ne signifie rien ; et cette prolongation ne doit pas conduire à bâcler le het en le réduisant à un hataf au lieu du pata'h.

15
רַבִּי יִרְמְיָה הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַבִּי [חַייָּא בַּר אַבָּא], חַזְיֵיהּ דַּהֲוָה מַאֲרֵיךְ טוּבָא, אֲמַר לֵיהּ: כֵּיוָן דְּאַמְלֵיכְתֵּיהּ לְמַעְלָה וּלְמַטָּה וּלְאַרְבַּע רוּחוֹת הַשָּׁמַיִם — תּוּ לָא צְרִיכַת.

Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Hiyya bar Abba ; il le vit prolonger beaucoup. Il lui dit : dès lors que tu L'as proclamé roi en haut et en bas et aux quatre directions du ciel, tu n'as plus besoin de prolonger.

📜 Rachi (1)
דְּאַמְלֵיכְתֵּיהּ לְמַעְלָה וְכוּ' שֶׁהֶאֱרַכְתָּ שִׁיעוּר שֶׁתַּחֲשֹׁוב בְּלִבְּךָ ה' אֶחָד בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ וְאַרְבַּע רוּחוֹתֶיהָ:
Dès lors que tu L'as proclamé roi en haut, etc. — que tu as prolongé la durée nécessaire pour penser dans ton cœur que ה' est Un au ciel et sur la terre et vers ses quatre directions.
💡 Explication

La prolongation a une mesure : le temps de parcourir en pensée les six directions et d'y reconnaître la royauté de Hachem. Au-delà, elle n'ajoute rien.

Le verbe amlikhtei (tu L'as proclamé roi) donne le contenu de l'intention du premier verset : accepter le joug de la royauté des cieux, kabbalat ol malkhout chamayim.

🖼️ Schéma
La mesure de la prolongation sur "ehad" : six directions ehad prolonger sur le dalet en haut : le ciel en bas : la terre ouest est nord sud Rabbi Hiyya bar Abba : une fois les six directions parcourues, prolonger davantage n'ajoute rien.
Le contenu de l'intention pendant le mot ehad, et la mesure qui en fixe la durée.
16
אָמַר רַב נָתָן בַּר מָר עֻוקְבָא אָמַר רַב יְהוּדָה: ״עַל לְבָבֶךָ״ בַּעֲמִידָה. ״עַל לְבָבֶךָ״ סָלְקָא דַעְתָּךְ?! אֶלָּא אֵימָא עַד ״עַל לְבָבֶךָ״ בַּעֲמִידָה. מִכָּאן וְאֵילָךְ — לֹא. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר כָּל הַפָּרָשָׁה כֻּולָּהּ בַּעֲמִידָה.

Rav Natan bar Mar Oukva a dit au nom de Rav Yehouda : « sur ton cœur » — en station immobile. « Sur ton cœur » [seulement], cela te viendrait-il à l'esprit ?

Dis plutôt : jusqu'à « sur ton cœur » en station immobile ; à partir de là — non. Et Rabbi Yo'hanan dit : toute la section entière en station immobile.

📜 Rachi (1)
בַּעֲמִידָה אֲפִילּוּ לְב"ה דְּאָמְרִי [לְעֵיל (בְּרָכוֹת יא.)] עוֹסְקִין בִּמְלַאכְתָּן וְקוֹרִין וּמְהַלְּכִין וְקוֹרִין מוֹדִים הֵם שֶׁצָּרִיךְ לַעֲמֹוד בְּמָקוֹם אֶחָד עַד הַמִּקְרָא הַזֶּה לְפִי שֶׁעַד כָּאן מִצְוַת כַּוָּונָה:
En station — même selon Beth Hillel, qui disent qu'on vaque à son travail en lisant et qu'on marche en lisant, ils reconnaissent qu'il faut se tenir en un seul endroit jusqu'à ce verset, parce que jusqu'ici c'est la mitsva d'intention.
🗂️ Tossefot (1)
עַל לְבָבֶךָ בַּעֲמִידָה בִּירוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ לָאו דְּאִי הָיָה יוֹשֵׁב עוֹמֵד אֶלָּא דְּאִם הָיָה מְהַלֵּךְ עוֹמֵד אע"ג דב"ה אָמְרִי כָּל אָדָם קוֹרֵא כְּדַרְכּוֹ מ"מ מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר לַעֲמֹוד כְּשֶׁהוּא מְהַלֵּךְ לְפִי שֶׁאֵינוֹ מְיֻושָּׁב כָּל כָּךְ וְאֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין כְּשֶׁהוּא מְהַלֵּךְ כַּאֲשֶׁר הָיָה עוֹמֵד וְכֵן הֲלָכָה דִּמְהַלֵּךְ בְּדֶרֶךְ מִצְוָה לַעֲמֹוד בְּפָסוּק א' וּבָעֵינַן כַּוָּנָה בְּפָסוּק רִאשׁוֹן לְבַד וְכֵן אִיתָא בְּתַנְחוּמָא רַב יְהוּדָה בְּשֵׁם שְׁמוּאֵל אָמַר אָסוּר לְקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם כְּשֶׁהוּא מְהַלֵּךְ אֶלָּא יַעֲמוֹד וְיִקְרָא וּכְשֶׁיַּגִּיעַ לִוְאָהַבְתָּ יֵלֵךְ לְדַרְכּוֹ:
« Sur ton cœur, en station » — dans le Yerouchalmi il est expliqué que cela ne signifie pas que celui qui était assis doive se lever, mais que celui qui marchait doit s'arrêter. Et bien que Beth Hillel disent que chacun lit à sa manière habituelle, il reste que la manière la plus accomplie d'accomplir la mitsva est de s'arrêter lorsqu'on marche, parce qu'on est moins posé et qu'on ne peut pas se concentrer en marchant comme lorsqu'on est arrêté. Et telle est la halakha : celui qui marche en chemin a la mitsva de s'arrêter pour le premier verset, et l'intention est requise pour le premier verset seul. Ainsi est-il rapporté dans le Tan'houma : Rav Yehouda au nom de Chemouel a dit : il est interdit d'accepter sur soi le joug de la royauté des cieux en marchant ; il s'arrêtera et lira, et lorsqu'il parviendra à « veahavta », il ira son chemin.
💡 Explication

Le mot ba-amida désigne ici l'arrêt sur place, non la position debout : celui qui marchait s'immobilise pour lire. La raison en est l'intention, difficile à tenir en marchant.

Deux mesures : jusqu'à la fin du premier verset pour Rav Yehouda, toute la première section pour Rabbi Yo'hanan, en accord avec sa décision rapportée plus haut.

17
וְאַזְדָּא רַבִּי יוֹחָנָן לְטַעְמֵיהּ, דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי אַחָא שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה.

Et Rabbi Yo'hanan suit ici sa propre ligne, car Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est comme Rabbi Aha qui a parlé au nom de Rabbi Yehouda.

💡 Explication

La formule azda letaamei (il suit sa propre ligne) rattache une parole d'un maître à une autre de ses positions. Puisque Rabbi Yo'hanan exige l'intention pendant toute la première section, il exige aussi l'arrêt sur place pendant toute cette section : la station immobile sert l'intention.

18
תָּנוּ רַבָּנַן: ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ ה׳ אֶחָד״ זוֹ קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא. אֲמַר לֵיהּ רַב לְרַבִּי חַייָּא: לָא חֲזֵינָא לֵיהּ לְרַבִּי דִּמְקַבֵּל עֲלֵיהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם. אֲמַר לֵיהּ: בַּר פַּחֲתֵי, בְּשָׁעָה שֶׁמַּעֲבִיר יָדָיו עַל פָּנָיו, מְקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם.

Nos maîtres ont enseigné : « Écoute Israël, ה' notre D.ieu, ה' est Un » — telle était la lecture du Chema de Rabbi Yehouda haNassi. Rav dit à Rabbi Hiyya : je ne l'ai jamais vu accepter sur lui la royauté des cieux.

Il lui répondit : fils de nobles, au moment où il passe ses mains sur son visage, il accepte sur lui le joug de la royauté des cieux.

📜 Rachi (1)
לָא חָזֵינָא דִּמְקַבֵּל עֲלֵיהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם שֶׁהָיָה שׁוֹנֶה לְתַלְמִידָיו מִקֹּודֶם זְמַן ק"ש וּכְשֶׁהִגִּיעַ הַזְּמַן לֹא רְאִיתִיו מַפְסִיק:
Je ne l'ai pas vu accepter sur lui la royauté des cieux — car il enseignait à ses élèves avant le temps de la lecture du Chema, et quand le temps est arrivé je ne l'ai pas vu s'interrompre.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה' אֱ-לֹהֵינוּ ה' אֶחָד עַד כָּאן צְרִיכָה כַּווָּנַת הַלֵּב דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. אָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּר"מ. תַּנְיָא סוּמָכוֹס בֶּן אִיסִי אוֹמֵר כָּל הַמַּאֲרִיךְ בְּאֶחָד מַאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו. א"ר אַחָא בַּר יַעֲקֹב ובדלי"ת. א"ר אָשֵׁי וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַחֲטֹוף בְּחֵי"ת. וְכֵן לֹא יַאֲרִיךְ בְּאָלֶ"ף דַּהֲוָה מַשְׁמַע אִי חַד כְּלוֹמַר אֵין חַד. רַבִּי יִרְמְיָה הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא חַזְייֵהּ דְּקָא מַאֲרִיךְ טוּבָא. א"ל לָמָּה לָךְ כֻּולֵּי הַאי. א"ל וְאֶלָּא עַד כַּמָּה. א"ל כְּדֵי שֶׁתַּמְלִיכֵהוּ לְמַעְלָה וּלְמַטָּה וּבְאַרְבַּע רוּחוֹת הָעוֹלָם. י"א שֶׁיַּמְלִיכֵהוּ בְּמַחְשָׁבָה. וי"א שֶׁיִּרְמֹוז בְּעֵינָיו בְּשָׁעָה שֶׁמִּמְּלִיכוּ בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ וּבְאַרְבַּע רוּחוֹת הָעוֹלָם. וּמְבִיאִין סֶמֶךְ לְדִבְרֵיהֶם מֵעֻובְדָּא דָּר' חַייָּא דא"ל רַבִּי חִייָּא לְרַב בַּר פַּחֲתֵי בְּשָׁעָה שֶׁמַּעֲבִיר יָדָיו עַל עֵינָיו מְקַבֵּל עָלָיו מַלְכוּת שָׁמַיִם וּמַה שֶׁהָיָה נוֹתֵן יָדָיו עַל עֵינָיו שֶׁלֹּא יֵרָאֶה שֶׁהוּא רוֹמֵז בְּעֵינָיו וְאֵין רְאָיָה מִשָּׁם לְפִי שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב בְּתוֹךְ הַצִּבּוּר הָיָה מַעֲבִיר יָדָיו עַל עֵינָיו כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לְכַוֵּין. א"ר נָתָן בַּר מָר עֻוקְבָא א"ר יְהוּדָה עַד עַל לְבָבֶךָ בַּעֲמִידָה. יְרוּשַׁלְמִי לֹא אִם הָיָה יוֹשֵׁב עוֹמֵד אֶלָּא אִם מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ עוֹמֵד ר' יוֹחָנָן אוֹמֵר כָּל הַפָּרָשָׁה כֻּולָּהּ בַּעֲמִידָה. וְלֵית הִלְכְתָא לָא כְּרַב נָתָן וְלֹא כְּרַב יוֹחָנָן דְּקַיְימָא לָן כְּרָבָא דְּהוּא בָּתְרָאָה דִּפְסִיק הֲלָכָה כְּר"מ דְּלָא צָרִיךְ כַּוָּונָה אֶלָּא בְּפָסוּק רִאשׁוֹן בִּלְבַד. וַעֲמִידָה מִשּׁוּם כַּווָּנָה הִיא. וּכְבָר רָאִינוּ מִי שֶׁדָּחָה דִּבְרֵי ר' יוֹחָנָן מִדְּפָסַק רָבָא הֲלָכָה כְּר"מ וּפְסִיק כְּרַב נָתָן דְּאָמַר עַד עַל לְבָבֶךָ בַּעֲמִידָה וְהַדִּין פִּיסְקָא לָאו מְעַלְּיָא הוּא דְּכִי הֵיכִי דְּדָחֵי רָבָא דִּבְרֵי ר' יוֹחָנָן הָכִי נָמֵי דָּחֵי דִּבְרֵי ר' נָתָן. וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל כָּתַב מִשּׁוּם גָּאוֹן דִּמְהַלֵּךְ צָרִיךְ לַעֲמֹוד עַד עַל לְבָבֶךָ כִּדְאָמַר פ"ק דְּיוֹמָא דַּף יט: דִּבְפֶרֶק רִאשׁוֹן אֵין לוֹ לִרְמֹוז בְּעֵינָיו וְכֵן כָּתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל לְקַמָּן בְּפִרְקִין דְּאָסוּר לִרְמֹוז בְּכָל הַפֶּרֶק מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב קְרִיאַת עֲרַאי וְכֵן נָמֵי צָרִיךְ עֲמִידָה מִשּׁוּם דְּלָא לֵיחָשֵׁב קְרִיאַת עֲרַאי. וְהָא דְּלָא בָּעֵי עֲמִידָה בְּכָל הַפָּרָשָׁה מִשּׁוּם דְּפָסוּק דְּבָתְרֵיהּ כְּתִיב וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ אַלְמָא דְּקוֹרֵא בִּמְהַלֵּךְ: אָמַר רַבִּי אִילָא בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה' אֱ-לֹהֵינוּ ה' אֶחָד וְנֶאֱנַס בְּשֵׁינָה יָצָא. א"ל רַב נַחְמָן לְדָרוּ עַבְדֵּיהּ בִּפְסוּקָא קַמָּא צַעֲרַן טְפֵי לָא תְּצַעֲרַן. א"ל רַב יוֹסֵף לְרַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַבָּה אֲבוּךְ הֵיכִי הֲוָה עָבֵיד. א"ל בִּפְסוּקָא קַמָּא הֲוָה קָמְצַעַר נַפְשֵׁיהּ טְפֵי לָא מִצַּעַר נַפְשֵׁיהּ. וְהָא דְּקָאָמַר נֶאֱנַס בְּשֵׁינָה יָצָא רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁהוּא מְדֻומְדָּם וְאֵינוֹ יָכוֹל לִקְרוֹת בְּכַווָּנָה מִכָּאן וְאֵילָךְ. מִיהוּ הָיָה קוֹרֵא אֶת כֻּולָּהּ. וְכֵן הָא דא"ל ר"נ לְדָרוּ עַבְדֵּיהּ בִּפְסוּקָא קַמָּא צַעֲרַן כְּלוֹמַר הֲקִיצֵנִי מִשְּׁנָתִי עַד שֶׁאוֹכַל לְכַוֵּין. טְפֵי לָא תְּצַעֲרַן אַף אִם אֶקְרָא בְּלֹא כַּוָּונָה לֹא תְּצַעֲרֵנִי לַהֲקִיצֵנִי. דְּמִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא שֶׁצָּרִיךְ לִקְרוֹת כֻּולָּהּ. וְהַהִיא דְּרַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא שֶׁהָיָה קוֹרֵא פָּסוּק רִאשׁוֹן בִּלְבַד וְאָמַר בַּר קַפָּרָא דְּאֵינוֹ חוֹזֵר וְגוֹמְרוֹ הָתָם מַיְירֵי שֶׁעָבַר זְמַן הַקְּרִיאָה קֹודֶם שֶׁגָּמַר לִמּוּדוֹ. וא"ת כֵּיוָן דְּבָעֵינַן שֶׁיִּקְרָא אֶת כֻּולָּהּ לָמָּה לֹא הִפְסִיק לִקְרוֹתָהּ דְּאַפֵּי' מִי שֶׁתּוֹרָתוֹ אוֹמַנְתּוֹ תְּנַן בְּפ"ק דְּשַׁבָּת דַּף יא. דְּמַפְסִיק לק"ש. וי"ל דה"מ אָדָם שֶׁלּוֹמֵד לְבַדּוֹ אֲבָל מִי שֶׁלּוֹמֵד תּוֹרָה בָּרַבִּים אֵין לוֹ לְהַפְסִיק:
Nos maîtres ont enseigné : « Écoute Israël, ה' notre D.ieu, ה' est Un » — jusqu'ici il faut l'intention du cœur, paroles de Rabbi Meir. Rava a dit : la halakha est comme Rabbi Meir. Il a été enseigné : Soumkhos ben Issi dit : quiconque prolonge sur ehad, on lui prolonge ses jours et ses années. Rav Aha bar Yaakov a dit : et sur le dalet. Rav Achi a dit : à condition qu'il n'escamote pas le het. De même il ne prolongera pas sur le alef, car cela laisserait entendre « i had », c'est-à-dire « il n'y a pas de Un ». Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Hiyya bar Abba ; il le vit prolonger beaucoup. Il lui dit : pourquoi tout cela ? Il lui répondit : et jusqu'où donc ? Il lui dit : le temps de Le proclamer roi en haut et en bas et aux quatre directions du monde. Certains disent qu'il Le proclame roi par la pensée ; d'autres disent qu'il fait un signe des yeux au moment où il Le proclame roi au ciel, sur la terre et aux quatre directions du monde. Ils appuient leurs paroles sur l'épisode de Rabbi Hiyya, qui dit à Rav : fils de nobles, au moment où il passe ses mains sur ses yeux, il accepte sur lui la royauté des cieux ; et s'il posait ses mains sur ses yeux, c'était pour qu'on ne voie pas qu'il faisait un signe des yeux. Il n'y a pas de preuve à en tirer, car il siégeait au milieu de la communauté et passait ses mains sur ses yeux afin de pouvoir se concentrer. Rav Natan bar Mar Oukva a dit au nom de Rav Yehouda : jusqu'à « sur ton cœur », en station immobile. Yerouchalmi : non pas que celui qui était assis doive se lever, mais que celui qui marche en chemin s'arrête. Rabbi Yo'hanan dit : toute la section entière en station immobile. Et la halakha ne suit ni Rav Natan ni Rabbi Yo'hanan, car nous tenons pour règle de suivre Rava, qui est le dernier, et qui a tranché comme Rabbi Meir : l'intention n'est requise que pour le premier verset seul, et la station immobile n'est là que pour l'intention. Nous avons déjà vu quelqu'un rejeter les paroles de Rabbi Yo'hanan du fait que Rava a tranché comme Rabbi Meir, tout en tranchant comme Rav Natan qui dit : jusqu'à « sur ton cœur » en station immobile ; cette décision n'est pas bonne, car de même que Rava rejette les paroles de Rabbi Yo'hanan, il rejette de même les paroles de Rav Natan. Le Raavad, de mémoire bénie, a écrit au nom d'un gaon que celui qui marche doit s'arrêter jusqu'à « sur ton cœur », comme il est dit au premier chapitre de Yoma (19b), que pendant la première section il ne doit pas faire de signe des yeux. Ainsi a écrit également Rav Alfassi, de mémoire bénie, plus loin dans notre chapitre : il est interdit de faire des signes pendant toute la section, parce que cela est tenu pour une lecture faite en passant (keriat arai) ; et pour la même raison la station immobile est requise, afin que la lecture ne soit pas tenue pour une lecture faite en passant. Et si la station n'est pas requise pour toute la section, c'est parce que le verset qui suit porte « et lorsque tu marcheras en chemin » : il en ressort qu'on lit en marchant. Rabbi Ila fils de Rav Chemouel bar Marta a dit au nom de Rav : celui qui a dit « Écoute Israël, ה' notre D.ieu, ה' est Un » puis a été vaincu par le sommeil, s'est acquitté. Rav Nahman dit à Darou son serviteur : sur le premier verset, importune-moi ; au-delà, ne m'importune pas. Rav Yossef dit à Rav Yossef fils de Rabba : ton père, comment faisait-il ? Il lui dit : sur le premier verset il se faisait violence, au-delà il ne se faisait pas violence. Et ce qui est dit, « vaincu par le sommeil, il s'est acquitté », veut dire qu'il est engourdi et ne peut plus lire avec intention à partir de là ; il lisait pourtant le tout. De même ce que Rav Nahman a dit à Darou son serviteur : « sur le premier verset, importune-moi », c'est-à-dire réveille-moi de mon sommeil jusqu'à ce que je puisse me concentrer ; « au-delà, ne m'importune pas », c'est-à-dire même si je lis sans intention, ne me tourmente pas pour me réveiller. Car il va de soi qu'il faut lire le tout. Quant à Rabbi Yehouda haNassi, qui lisait le premier verset seul et dont bar Kappara a dit qu'il ne revenait pas l'achever, il s'agit là d'un cas où le temps de la lecture était passé avant qu'il n'eût achevé son enseignement. Et si tu demandes : puisque nous exigeons qu'il lise le tout, pourquoi ne s'interrompait-il pas pour la lire, alors que même celui dont la Torah est le métier, nous l'avons appris au premier chapitre de Chabbat (11a), s'interrompt pour la lecture du Chema ? On peut répondre que cela vaut pour celui qui étudie seul, mais celui qui enseigne la Torah en public n'a pas à s'interrompre.
💡 Explication

Application concrète de la position de Rabbi Meir : Rabbi Yehouda haNassi, retenu par son cours, s'acquittait du moment essentiel en lisant le premier verset seul, les mains passées sur le visage pour écarter toute distraction.

Bar pahtei (fils de nobles) est l'appellation donnée à Rav par son oncle Rabbi Hiyya, la famille de Rav étant de haut rang. Rav ne voyait pas Rabbi s'interrompre, parce que l'acceptation du joug se faisait sans changer de posture ni suspendre l'étude.

19
חוֹזֵר וְגוֹמְרָהּ, אוֹ אֵינוֹ חוֹזֵר וְגוֹמְרָהּ? בַּר קַפָּרָא אוֹמֵר: אֵינוֹ חוֹזֵר וְגוֹמְרָהּ. רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרַבִּי אוֹמֵר: חוֹזֵר וְגוֹמְרָהּ. אֲמַר לֵיהּ בַּר קַפָּרָא לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרַבִּי: בִּשְׁלָמָא לְדִידִי דְּאָמֵינָא ״אֵינוֹ חוֹזֵר וְגוֹמְרָהּ״, הַיְינוּ דִּמְהַדַּר רַבִּי אַשְּׁמַעְתָּא דְּאִית בַּהּ יְצִיאַת מִצְרַיִם. אֶלָּא לְדִידָךְ דְּאָמְרַתְּ חוֹזֵר וְגוֹמְרָהּ, לָמָּה לֵיהּ לְאַהְדּוֹרֵי?

Revient-il l'achever, ou ne revient-il pas l'achever ? Bar Kappara dit : il ne revient pas l'achever.

Rabbi Chimon fils de Rabbi dit : il revient l'achever. Bar Kappara dit à Rabbi Chimon fils de Rabbi : admettons, selon moi qui dis qu'il ne revient pas l'achever, cela explique que Rabbi cherchait un enseignement où figure la sortie d'Égypte.

Mais selon toi qui dis qu'il revient l'achever, pourquoi aurait-il eu besoin de le chercher ?

📜 Rachi (2)
חוֹזֵר וְגוֹמְרָהּ לְאַחַר שֶׁעָמְדוּ הַתַּלְמִידִים:
Il revient l'achever — après que les élèves se sont levés.
דְּקָא מַהְדַּר לְשַׁנּוֹת לַתַּלְמִידִים בְּכָל יוֹם שְׁמַעְתָּא דְּאִית בַּהּ יְצִיאַת מִצְרַיִם בִּמְקוֹם פָּרָשַׁת צִיצִית וֶאֱמֶת וְיַצִּיב:
Qu'il cherchait — à enseigner chaque jour à ses élèves un enseignement où figure la sortie d'Égypte, à la place de la section des tsitsit et de « Emet veyatsiv ».
💡 Explication

Question sur la pratique de Rabbi : après avoir lu le premier verset pendant son cours, achevait-il le reste du Chema une fois les élèves partis ?

L'argument de bar Kappara vient d'une habitude observée : Rabbi choisissait chaque jour un sujet d'étude comportant la sortie d'Égypte. Cette recherche s'explique s'il n'achevait pas le Chema, la troisième section (tsitsit) étant le lieu ordinaire de cette mention.

🖼️ Schéma
Le Chema de Rabbi Yehouda haNassi pendant son cours début du cours mains passées sur le visage premier verset, acceptation du joug fin du cours Bar Kappara Il n'achevait pas le Chema ensuite. D'où son choix d'un sujet portant la sortie d'Égypte. Rabbi Chimon fils de Rabbi Il achevait le Chema après le cours. Le sujet choisi sert à mentionner la sortie d'Égypte pendant le temps prescrit. Point en jeu : la mention de la sortie d'Égypte a son heure, que la section des tsitsit assure d'ordinaire dans la lecture du Chema.
Les deux lectures de la pratique de Rabbi, et le rôle du sujet d'étude choisi chaque jour.
20
כְּדֵי לְהַזְכִּיר יְצִיאַת מִצְרַיִם בִּזְמַנָּהּ.

Afin de mentionner la sortie d'Égypte en son temps.

📜 Rachi (1)
בִּזְמַנָּהּ בִּזְמַן ק"ש:
En son temps — au temps de la lecture du Chema.
💡 Explication

Réponse de Rabbi Chimon : même s'il achevait le Chema plus tard, le temps prescrit pour mentionner la sortie d'Égypte serait déjà passé. Le sujet d'étude choisi permettait de la mentionner à l'heure voulue.

21
אָמַר רַבִּי אִילָא בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: אָמַר ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ ה׳ אֶחָד״ וְנֶאֱנַס בְּשֵׁינָה — יָצָא. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן לְדָרוּ עַבְדֵּיהּ: בִּפְסוּקָא קַמָּא — צַעֲרַן, טְפֵי — לָא תְּצַעֲרַן. אֲמַר לֵיהּ רַב יוֹסֵף לְרַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַבָּה: אֲבוּךְ הֵיכִי הֲוָה עָבֵיד? אֲמַר לֵיהּ: בִּפְסוּקָא קַמָּא הֲוָה קָא מְצַעַר נַפְשֵׁיהּ, טְפֵי — לָא הֲוָה מְצַעַר נַפְשֵׁיהּ.

Rabbi Ila fils de Rav Chemouel bar Marta a dit au nom de Rav : celui qui a dit « Écoute Israël, ה' notre D.ieu, ה' est Un » puis a été vaincu par le sommeil — il s'est acquitté. Rav Nahman dit à Darou son serviteur : sur le premier verset — importune-moi ; au-delà — ne m'importune pas.

Rav Yossef dit à Rav Yossef fils de Rabba : ton père, comment faisait-il ? Il lui répondit : sur le premier verset il se faisait violence, au-delà il ne se faisait pas violence.

📜 Rachi (1)
בִּפְסוּקָא קַמָּא צַעֲרָן אִם רְאִיתַנִי מְנַמְנֵם צַעֲרֵנִי עַד שֶׁאֶנָּעֵר יָפֶה בְּפָסוּק רִאשׁוֹן:
Sur le premier verset, importune-moi — si tu me vois somnoler, secoue-moi jusqu'à ce que je sois bien éveillé pour le premier verset.
💡 Explication

Trois témoignages qui traduisent en conduite la position de Rabbi Meir : l'effort pour rester éveillé se concentre sur le premier verset, la où l'intention est requise.

Le Roch précise que « il s'est acquitté » vise l'intention et non la lecture : le reste du Chema doit encore être lu, même sans la même tension d'esprit.

22
אָמַר רַב יוֹסֵף: פְּרַקְדָּן, לֹא יִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע. מִקְרָא הוּא דְּלָא לִיקְרֵי, הָא מִיגְנָא שַׁפִּיר דָּמֵי? וְהָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי לָיֵיט אַמַּאן דְּגָנֵי אַפַּרְקִיד!

Rav Yossef a dit : celui qui est perakdan (couché sur le dos) ne lira pas le Chema. Est-ce seulement lire qui lui est interdit, tandis que dormir ainsi serait permis ?

Or Rabbi Yehochoua ben Levi a maudit celui qui dort sur le dos !

📜 Rachi (2)
פְּרַקְדָּן שׁוֹכֵב עַל גַּבּוֹ וּפָנָיו לְמַעְלָה:
Perakdan — couché sur le dos, le visage vers le haut.
לָייֵט אַמַּאן דְּגָנֵי אַפַּרְקִיד שֶׁמָּא יִתְקַשֶּׁה אֶבְרוֹ בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ וְנִרְאֶה לָרַבִּים וְהוּא דֶּרֶךְ גְּנַאי:
Il maudissait celui qui dort sur le dos — de crainte que son membre ne se raidisse pendant son sommeil et ne soit vu du public, ce qui est chose indécente.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, לָייֵט אַמַּאן דְּגָנֵי אַפַּרְקִיד. קַשָּׁא לְפִי פָּרוּשׁ א', שֶׁהוּא רַק מִטַּעַם דְּרוֹאִין אוֹתוֹ בְּקִישּׁוּי, וְיִתְגַּנֶּה לִפְנֵיהֶם וְלָאו מִשּׁוּם קֶרִי, אִם כֵּן רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי לָא אַיְירֵי בְּיָשֵׁן בַּחֹשֶׁךְ, אוֹ בְּחֶדֶר סָגוּר עָלָיו לְבַדּוֹ, וְהַשְׁתָּא לְפִי זֶה לֵיכָּא קֻושְׁיָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אַיְירֵי בְּכָל גַּוְונָא, וְהַייְנוּ טַעְמָא כֵּיוָן דְּהוּא מְלֻומָּד לִישֹׁן עַל גַּבָּיו בַּחֹשֶׁךְ, אוֹ בְּחֶדֶר סָגוּר עָלָיו, אָז אִם יִזְדַּמֵּן שֶׁיָּשֵׁן עִם בְּנֵי אָדָם וְאִיכָּא אוֹר אַף עַל גַּב שֶׁהוּא נִזְהָר לְכַתְּחִילָּה שֶׁלֹּא יָשַׁן שָׁם בִּפְנֵי אֵלּוּ אַפַּרְקִיד, עִם כָּל זֶה אַחַר שֶׁיָּשֵׁן כָּרָאוּי, הוּא מִתְהַפֵּךְ לִישֹׁן אַפַּרְקִיד, וְאֵינוֹ מַרְגִּישׁ בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ מִפְּנֵי כִּי הוּא מְלֻומָּד בְּכָךְ, לָכֵן גַּם עַל מַה שֶׁיָּשַׁן כָּךְ בְּחֶדֶר סָגוּר, אוֹ בַּחֹשֶׁךְ לָיֵיט רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, וְהִנֵּה רַשִׁ"י זַ"ל בְּנִדָּה פֵּירֵשׁ עוֹד טַעַם אַחֵר לְהָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, מִשּׁוּם דְּיָדָיו מֻונַּחַת עַל הָאֵבֶר וּמִתְחַמֵּם, וְיֵשׁ בָּזֶה אִיסּוּר קֶרִי, וְלֹא הֵבִיא כָּאן אוֹתוֹ טַעַם, מִשּׁוּם דְּכָאן מְשַׁנֵּי כִּי מַצְלֵי שַׁפִּיר דָּמֵי. וּלְפִי טַעַם הַנִּזְכָּר גַּם כִּי מְצַלֵּי נָמֵי, מִיהוּ קַשָּׁא, מַאי מַקְשֵׁי הַשַּׁ"ס מֵהָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, דִּילְמָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אַייְרֵי בִּפְרַקְדָּן שׁוֹכֵב עַל גַּבּוֹ, דְּאָתֵי לֵיהּ קִשּׁוּי וְנִגְלֶה קִשּׁוּיָיו, אֲבָל רַב יוֹסֵף אַייְרֵי בְּטוּחוֹת פָּנָיו בַּקַּרְקַע? וְנִרְאֶה לִי כֵּיוָן דִּפְרַקְדָּן מַשְׁמַע פָּנָיו, וּמַשְׁמַע עַל גַּבּוֹ, לָא הֲוָה רַב יוֹסֵף נָקֵיט בִּסְתָם.
« Or Rabbi Yehochoua ben Levi a maudit celui qui dort sur le dos. » Il y a une difficulté selon la première explication, d'après laquelle le motif tient seulement à ce qu'on le voit dans cet état et qu'il en est déshonoré devant les gens, sans rapport avec le keri (émission séminale). S'il en est ainsi, Rabbi Yehochoua ben Levi ne parlerait pas de celui qui dort dans l'obscurité, ni de celui qui dort dans une chambre fermée sur lui seul ; dès lors il n'y aurait pas d'objection. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yehochoua ben Levi parle assurément de tous les cas, et la raison en est la suivante : puisque cet homme est accoutumé à dormir sur le dos dans l'obscurité ou dans une chambre fermée, il arrivera, lorsqu'il dormira parmi des gens et qu'il y aura de la lumière, que même s'il prend garde au départ de ne pas s'étendre ainsi devant eux, une fois endormi il se retournera pour dormir sur le dos sans s'en apercevoir dans son sommeil, parce qu'il y est habitué ; c'est pourquoi Rabbi Yehochoua ben Levi a maudit aussi celui qui dort ainsi dans une chambre fermée ou dans l'obscurité. Rachi, de mémoire bénie, dans le traité Nidda, a expliqué encore une autre raison à la parole de Rabbi Yehochoua ben Levi : parce que ses mains reposent sur le membre et qu'il s'échauffe, et qu'il y a en cela l'interdit du keri ; il n'a pas rapporté cette raison ici, parce qu'ici la guemara répond que lorsqu'il est incliné c'est permis, alors que selon la raison mentionnée ce serait interdit même incliné. Il reste toutefois une difficulté : pourquoi la guemara objecte-t-elle depuis Rabbi Yehochoua ben Levi ? Peut-être Rabbi Yehochoua ben Levi parle-t-il du perakdan couché sur le dos, chez qui survient le raidissement et dont le raidissement est découvert, tandis que Rav Yossef parlerait de celui dont le visage est tourné vers le sol. Il me semble que, puisque « perakdan » peut désigner le visage tourné vers le sol comme il peut désigner le fait d'être sur le dos, Rav Yossef ne l'aurait pas employé sans précision.
⚖️ Rosh (1)
אֲמַר רַב יוֹסֵף פְּרַקְדָּן לֹא יִקְרָא אֶת שְׁמַע. ק"ש הוּא דְּלָא לִיקְרֵי הָא מִיגְנָא שַׁפִּיר דָּמֵי וְהָא רִיבָּ"ל לָייֵט אַמַּאן דְּגָנֵי אַפַּרְקִיד. אָמְרִי מִיגְנָא כִּי מַצְלֵי שַׁפִּיר דָּמֵי מִקְרָא אע"ג דִּמְצַלֵּי נָמֵי אָסוּר. וְהָא ר' יוֹחָנָן מְצַלֵּי וְקוֹרֵא שָׁאנֵי ר' יוֹחָנָן דְּבַעַל בָּשָׂר הֲוָה:
Rav Yossef a dit : celui qui est perakdan ne lira pas le Chema. Est-ce seulement lire qui lui est interdit, tandis que dormir ainsi serait permis ? Or Rabbi Yehochoua ben Levi a maudit celui qui dort sur le dos. Ils ont dit : dormir, lorsqu'il est incliné sur le côté, est permis ; lire, même incliné, est également interdit. Or Rabbi Yo'hanan s'inclinait et lisait ! Rabbi Yo'hanan est un cas à part, car il était corpulent.
💡 Explication

Nouveau sujet, rattaché à la posture de la lecture. Le mot perakdan désigne celui qui est étendu sur le dos, le visage vers le haut.

La guemara procède par dyouka (déduction du choix des mots) : Rav Yossef parle de lecture, ce qui laisserait entendre que dormir dans cette position est permis ; or une malédiction de Rabbi Yehochoua ben Levi porte précisément sur ce sommeil.

23
אָמְרִי, מִיגְּנָא כִּי מְצַלֵּי — שַׁפִּיר דָּמֵי, מִקְרָא אַף עַל גַּב דְּמַצְלֵי נָמֵי — אָסוּר.

Ils ont dit : dormir, lorsqu'il est incliné — c'est permis ; lire, même incliné — c'est également interdit.

📜 Rachi (2)
מִיגְּנָא לִישֹׁן:
Miguena — dormir.
כִּי מַצְלֵי שַׁפִּיר דָּמֵי כְּשֶׁהוּא מֻוטֶּה עַל צִדּוֹ מְעַט שַׁפִּיר דָּמֵי אֲבָל מִקְּרֵי ק"ש אֲפִילּוּ מְצַלֵּי נָמֵי אָסוּר שֶׁמְּקַבֵּל עָלָיו מַלְכוּת שָׁמַיִם דֶּרֶךְ שְׂרָרָה וְגַאֲוָה:
Lorsqu'il est incliné, c'est permis — quand il est un peu penché sur le côté, c'est permis ; mais lire le Chema, même incliné, est interdit, car il accepterait sur lui la royauté des cieux d'une manière qui sent la domination et l'orgueil.
💡 Explication

Distinction en deux temps. Pour dormir, il suffit de se pencher légèrement sur le côté : la posture n'est plus celle du perakdan. Pour lire le Chema, cette inclinaison ne suffit pas.

Rachi donne la raison propre à la lecture : accepter le joug de la royauté des cieux en étant ainsi étendu revient à le faire d'une manière qui sent la domination et l'orgueil.

🖼️ Schéma
Trois postures : dormir et lire le Chema Perakdan à plat sur le dos Dormir : interdit Lire le Chema : interdit Incliné sur le côté légèrement tourné Dormir : permis Lire le Chema : interdit Rabbi Yo'hanan homme corpulent Il s'inclinait et lisait : cas particulier, faute de pouvoir faire autrement. La posture étendue convient au sommeil une fois le corps tourné, et reste écartée de la lecture du Chema.
Le partage entre le sommeil et la lecture selon la posture, et l'exception de Rabbi Yo'hanan.
24
וְהָא רַבִּי יוֹחָנָן מַצְלֵי וְקָרֵי!

Or Rabbi Yo'hanan s'inclinait et lisait !

25
שָׁאנֵי רַבִּי יוֹחָנָן דְּבַעַל בָּשָׂר הֲוָה.

Rabbi Yo'hanan est un cas à part, car il était corpulent.

💡 Explication

La position assise ou droite lui était pénible ; sa conduite ne fixe donc pas la règle.

26
בַּפְּרָקִים שׁוֹאֵל וְכוּ׳.

« Aux intervalles, il salue … » etc.

💡 Explication

Retour à la michna citée au début du chapitre : aux intervalles entre les sections, on salue en raison de l'honneur et on répond ; au milieu d'une section, on salue en raison de la crainte et on répond.

27
מֵשִׁיב מֵחֲמַת מַאי? אִילֵּימָא מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, הַשְׁתָּא מִשְׁאָל שְׁאִיל, אַהֲדוּרֵי מִבַּעְיָא?! אֶלָּא: שׁוֹאֵל — מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, וּמֵשִׁיב שָׁלוֹם — לְכָל אָדָם. אֵימָא סֵיפָא: ״וּבָאֶמְצַע שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה, וּמֵשִׁיב״.

Il répond en raison de quoi ? Si tu dis en raison de l'honneur : maintenant qu'il salue le premier en raison de l'honneur, faut-il encore dire qu'il répond ?!

Il faut donc dire : il salue en raison de l'honneur, et il rend le salut à tout homme. Regarde alors la fin de la michna : « et au milieu, il salue en raison de la crainte, et il répond ».

📜 Rachi (1)
לְכָל אָדָם אֲפִילּוּ אֵינוֹ נִכְבָּד:
À tout homme — même s'il ne s'agit pas d'un personnage honorable.
💡 Explication

La guemara analyse la michna de Rabbi Meir. Saluer le premier est plus grave que répondre à un salut ; si l'honneur autorise déjà à saluer, mentionner qu'il répond pour ce même motif serait superflu.

D'où une première lecture : « il répond » élargit la règle, puisqu'on rend le salut à n'importe qui. La suite de la michna va rendre cette lecture intenable.

28
מֵשִׁיב מֵחֲמַת מַאי? אִילֵּימָא מִפְּנֵי הַיִּרְאָה — הַשְׁתָּא מִשְׁאָל שְׁאִיל, אַהֲדוּרֵי מִבַּעְיָא? אֶלָּא — מִפְּנֵי הַכָּבוֹד. הַייְנוּ דְּרַבִּי יְהוּדָה! — דִּתְנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּאֶמְצַע — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, וּבִפְרָקִים — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב שָׁלוֹם לְכָל אָדָם?

Il répond en raison de quoi ? Si tu dis en raison de la crainte : maintenant qu'il salue le premier en raison de la crainte, faut-il encore dire qu'il répond ?!

Il faut donc dire : en raison de l'honneur. Mais alors c'est exactement l'avis de Rabbi Yehouda !

Car nous avons appris : Rabbi Yehouda dit : au milieu — il salue en raison de la crainte et répond en raison de l'honneur ; et aux intervalles — il salue en raison de l'honneur et rend le salut à tout homme.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' בַּפְּרָקִים שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב. וּבָאֶמְצַע שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב דִּבְרֵי ר' מֵאִיר. ר' יְהוּדָה אוֹמֵר בָּאֶמְצַע שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד. וּבֵין הַפְּרָקִים שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב לְכָל אָדָם. יְרוּשַׁלְמִי עַד כַּדּוּן בְּאֶמְצַע הַפָּרָשָׁה. אַפֵּי' בְּאֶמְצַע הַפָּסוּק. ר' יִרְמְיָה מְרַמֵּז. ר' יוֹנָה מִשְׁתַּעֵי. רַב הוּנָא בְּשֵׁם רַב יוֹסֵף וְדִבַּרְתָּ בָּם מִכָּאן שֶׁיֵּשׁ לְךָ רְשׁוּת לְדַבֵּר בָּם: מִפְּנֵי הַיִּרְאָה. פירש"י אָדָם שֶׁהוּא מִתְיָירֵא שֶׁמָּא יַהַרְגֶנּוּ. וְלָא נְהִירָא לִי פְּשִׁיטָא שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁעוֹמֵד בִּפְנֵי פִּיקּוּחַ נֶפֶשׁ. וְנִרְאֶה דְּאָבִיו וְאִמּוֹ וְרַבּוֹ חֲשִׁיב מִפְּנֵי הַיִּרְאָה דִּכְתִיב אִישׁ אִמּוֹ וְאָבִיו תִּירָאוּ וּתְנַן מוֹרָא רַבָּךְ כְּמוֹרָא שָׁמַיִם: [דַּף יד ע"א]
Michna : aux intervalles il salue en raison de l'honneur et il répond ; au milieu il salue en raison de la crainte et il répond — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : au milieu il salue en raison de la crainte et répond en raison de l'honneur ; et entre les sections il salue en raison de l'honneur et répond à tout homme. Yerouchalmi : jusqu'ici il s'agit du milieu de la section ; en va-t-il de même au milieu du verset ? Rabbi Yirmeya faisait un signe. Rabbi Yona parlait. Rav Houna au nom de Rav Yossef : « et tu en parleras » — de là que tu as la permission d'en parler. « En raison de la crainte » : Rachi a expliqué qu'il s'agit d'un homme dont on craint qu'il ne le tue. Cela ne me paraît pas juste, car c'est évident : rien ne tient devant le péril de mort (pikouah nefech). Il paraît plutôt que son père, sa mère et son maître relèvent de « en raison de la crainte », car il est écrit « chacun craindra sa mère et son père », et nous avons appris : la crainte de ton maître est comme la crainte du Ciel. [folio 14a]
💡 Explication

Même raisonnement applique à la seconde partie de la michna. Si « il répond » y désigne la réponse en raison de l'honneur, Rabbi Meir dit exactement ce que dit Rabbi Yehouda, et la michna rapporterait une controverse vide.

29
חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: בַּפְּרָקִים — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁהוּא מֵשִׁיב. וּבָאֶמְצַע — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁהוּא מֵשִׁיב, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּאֶמְצַע — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד,

Il manque quelque chose à la michna, et voici ce qu'elle enseigne : aux intervalles — il salue en raison de l'honneur, et il va sans dire qu'il répond ; et au milieu — il salue en raison de la crainte, et il va sans dire qu'il répond, paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : au milieu — il salue en raison de la crainte et répond en raison de l'honneur,

📜 Rachi (1)
חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִתְנֵי בְּתַרְוַוייְהוּ אֵין צָרִיךְ לוֹמַר וְתוּ לֵיכָּא לְמִקְשֵׁי מִידִי:
Il manque quelque chose — car il aurait fallu enseigner dans les deux cas « il va sans dire », et alors il n'y a plus rien à objecter.
🗂️ Tossefot (1)
שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וְכוּ' ר"מ וְר' יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע מֵשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד א"כ נִרְאֶה שֶׁמֻּותָּר לַעֲנוֹת קַדִּישׁ וּקְדֻושָּׁה בְּאֶמְצַע ק"ש דְּאֵין לְךָ מִפְּנֵי הַכָּבוֹד גָּדוֹל מִזֶּה אֲבָל בְּאֶמְצַע י"ח אָסוּר דְּמַשְׁמַע לְקַמָּן בְּפֶ' אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת ד' לא.) דְּבֵין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה אֵין לַעֲנוֹת וכ"ש בַּתְּפִלָּה עַצְמָהּ וּמִי שֶׁמִּתְפַּלֵּל לְבַדּוֹ וש"צ מַגִּיעַ לְמוֹדִים יִשְׁחֶה לְמוֹדִים אֲבָל לֹא יֹאמַר מוֹדִים וְדַוְקָא שֶׁהָיָה בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה אֲבָל בְּסוֹף הַבְּרָכָה לֹא דְּנִרְאֶה כְּכוֹרֵעַ בִּשְׁבִיל הַבְּרָכָה וְאָמְרִינַן (לְקַמָּן בְּרָכוֹת ד' לד.) דְּאֵין לִכְרֹועַ בְּכָל בְּרָכוֹת אֶלָּא בְּאוֹתָן שֶׁתִּקְּנוּ חֲכָמִים ור"ת הָיָה רָגִיל שֶׁהָיָה מַמְתִּין בְּעוֹשֶׂה פֶּלֶא כְּדֵי לַעֲנוֹת קַדִּישׁ וּקְדֻושָּׁה עִם הַצְּבוּ' וְהֵי' סוֹבֵר אַפֵּי' שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת הַכֹּל אֵינוֹ חוֹזֵר לְרֹאשׁ:
« Il salue en raison de la crainte, etc. » — entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, la halakha suit Rabbi Yehouda, qui dit que même au milieu on répond en raison de l'honneur. S'il en est ainsi, il apparaît qu'il est permis de répondre au kaddich et à la kedoucha au milieu de la lecture du Chema, car il n'y a pas d'honneur plus grand que celui-là. Mais au milieu des dix-huit bénédictions c'est interdit, car il ressort plus loin, au chapitre « Ein omedin » (Berakhot 31a), qu'entre la gueoula et la tefila on ne doit pas répondre, et à plus forte raison dans la tefila elle-même. Celui qui prie seul et dont l'officiant parvient à « Modim » s'inclinera pour « Modim » sans dire « Modim » ; et cela précisément lorsqu'il se trouve au milieu d'une bénédiction, mais non à la fin d'une bénédiction, car il paraîtrait alors s'incliner à cause de la bénédiction, et nous disons plus loin (Berakhot 34a) qu'il ne faut pas s'incliner dans toutes les bénédictions, mais seulement dans celles que les Sages ont instituées. Rabbeinou Tam avait coutume d'attendre à « osse fêle » afin de répondre au kaddich et à la kedoucha avec la communauté, et il tenait que même s'il s'est interrompu le temps qu'il aurait fallu pour tout achever, il ne recommence pas depuis le début.
💡 Explication

Hissourei mehassera (la michna est incomplète) : la guemara rétablit dans les deux membres la formule « il va sans dire ». Pour Rabbi Meir, la réponse suit toujours le même motif que le salut, et la mention de la réponse n'est qu'un à fortiori.

La controverse redevient réelle : Rabbi Yehouda autorise au milieu la réponse en raison de l'honneur, là où Rabbi Meir la réserve à la crainte. Le folio s'interrompt au milieu de la phrase de Rabbi Yehouda, achevée au début du folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).