Berakhot 14a — Où l'on peut s'interrompre : du Chema au Hallel et à la Meguila, goûter pendant un jeûne, et l'interdit de saluer ou de vaquer à ses affaires avant la prière

Berakhot 14a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la baraita qui confirme la lecture corrigée de la michna : pour Rabbi Meir la réponse au salut suit toujours le motif du salut, pour Rabbi Yehouda elle est plus large. De là, Ahai demande à Rabbi Hiya si l'on peut s'interrompre pendant le Hallel et la Meguila : le kal va-homer depuis le Chema, obligation de la Torah, contre le poids du persouméi nissa (publication du miracle) ; Rabba distingue les jours où l'individu achève le Hallel de ceux où il ne l'achève pas.

Une question parallèle, posée par Achyan à Rabbi Ami, porte sur celui qui jeûne et goûte un plat : a-t-il pris sur lui l'abstention de manger, ou l'abstention de tout plaisir ? Le folio passe ensuite à la parole de Rav sur celui qui salue son prochain avant d'avoir prié — comme s'il en avait fait un bama (autel privé) — discutée par Chmouel, objectée par Rav Chechet depuis notre michna, puis restreinte par Rabbi Abba au cas où l'on se lève tôt pour aller à sa porte ; de même pour celui qui vaque à ses affaires avant la prière.

Après une digression sur les sept nuits sans rêve, la guemara revient à la michna et tranche comme Rabbi Yehouda : on n'interrompt pas entre « Elokeikhem » et « Emet veyatsiv ».

Où peut-on s'interrompre pour saluer ? Chema (obligation de la Torah) Aux intervalles : salue par honneur. Au milieu : salue par crainte. Hallel et Meguila (des Sages) Réponse de Rabbi Hiya : il s'interrompt, et il n'y a rien là. Le doute d'Ahai Kal va-homer depuis le Chema, ou persouméi nissa prioritaire ? Précision de Rabba sur le Hallel Jours où l'individu achève le Hallel Entre un chapitre et l'autre : il s'interrompt. Au milieu d'un chapitre : il ne s'interrompt pas. Jours où il ne l'achève pas Même au milieu d'un chapitre : il s'interrompt. Cas de Rav bar Chaba : Ravina ne s'est pas interrompu un jour où l'on n'achève pas le Hallel ; réponse de la guemara : Rav bar Chaba n'avait pas à ses yeux le rang qui l'aurait imposé.
Les trois régimes d'interruption : Chema, Hallel selon le type de jour, Meguila.
Saluer avant d'avoir prié : Rav et Chmouel sur "ki bameh nehchav hou" Rav Al tikri "bameh" ela "bama". Saluer avant la tefila revient à dresser un autel privé : le mot est lu autrement. Chmouel Le mot garde son sens simple : "en quoi". En quoi l'as-tu estimé, lui, au point de lui donner le pas sur l'honneur du Ciel ? Objection de Rav Chechet Notre michna autorise à saluer aux intervalles du Chema, qui précède pourtant la tefila. Réponse de Rabbi Abba L'interdit vise celui qui se lève tôt pour aller saluer à sa porte ; une rencontre fortuite reste permise. Prolongement : vaquer à ses affaires avant la prière Rabbi Yona au nom de Rabbi Zira : comme s'il avait bâti un bama — précise ensuite en "c'est interdit". Rav Idi bar Avin au nom de Rav Yitshak bar Achyan : "tsedek lefanav yehalékh" — la prière passe devant la route.
La parole de Rav, sa discussion, son objection et sa restriction pratique.
Le fil du folio Fin de la michna baraita confirmante Hallel et Meguila Ahai à Rabbi Hiya Goûter en jeûnant Achyan à Rabbi Ami Saluer avant la tefila Rav, Chmouel, Rabbi Abba Vaquer à ses affaires Rabbi Yona, Rav Idi bar Avin Sept nuits sans rêve save'a lu cheva Retour à la michna halakha comme Rabbi Yehouda Les deux questions centrales sont posées par des tanaim (récitants) à leur maître, sur le même modèle : une obligation acceptée couvre-t-elle seulement son objet déclaré, ou tout ce qui lui ressemble ? Réponse identique dans les deux cas : "il s'interrompt / il goûte, et il n'y a rien là".
Enchaînement des sujets du folio et parallèle entre les deux questions posées aux maîtres.
1
וּבִפְרָקִים — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב שָׁלוֹם לְכָל אָדָם.

Et aux intervalles — il salue en raison de l'honneur, et il rend le salut à tout homme.

💡 Explication

Fin de la phrase de Rabbi Yehouda commencée au bas du folio précédent. Avec cette formulation, la controverse avec Rabbi Meir tient debout : Rabbi Yehouda autorise aux intervalles à rendre le salut à n'importe qui, la où Rabbi Meir fait toujours dépendre la réponse du même motif que le salut.

2
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וּפָגַע בּוֹ רַבּוֹ אוֹ גָּדוֹל הֵימֶנּוּ, בַּפְּרָקִים — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁהוּא מֵשִׁיב, וּבָאֶמְצַע — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁהוּא מֵשִׁיב. דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּאֶמְצַע — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, וּבִפְרָקִים — שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב שָׁלוֹם לְכָל אָדָם.

On a enseigné de même dans une baraita : celui qui lit le Chema et que rencontre son maître ou un homme plus grand que lui — aux intervalles, il salue en raison de l'honneur, et il va sans dire qu'il répond ; et au milieu, il salue en raison de la crainte, et il va sans dire qu'il répond. Paroles de Rabbi Meir.

Rabbi Yehouda dit : au milieu — il salue en raison de la crainte et répond en raison de l'honneur ; et aux intervalles — il salue en raison de l'honneur et rend le salut à tout homme.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' בַּפְּרָקִים שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב. וּבָאֶמְצַע שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב דִּבְרֵי ר' מֵאִיר. ר' יְהוּדָה אוֹמֵר בָּאֶמְצַע שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַיִּרְאָה וּמֵשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד. וּבֵין הַפְּרָקִים שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב לְכָל אָדָם. יְרוּשַׁלְמִי עַד כַּדּוּן בְּאֶמְצַע הַפָּרָשָׁה. אַפֵּי' בְּאֶמְצַע הַפָּסוּק. ר' יִרְמְיָה מְרַמֵּז. ר' יוֹנָה מִשְׁתַּעֵי. רַב הוּנָא בְּשֵׁם רַב יוֹסֵף וְדִבַּרְתָּ בָּם מִכָּאן שֶׁיֵּשׁ לְךָ רְשׁוּת לְדַבֵּר בָּם: מִפְּנֵי הַיִּרְאָה. פירש"י אָדָם שֶׁהוּא מִתְיָירֵא שֶׁמָּא יַהַרְגֶנּוּ. וְלָא נְהִירָא לִי פְּשִׁיטָא שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁעוֹמֵד בִּפְנֵי פִּיקּוּחַ נֶפֶשׁ. וְנִרְאֶה דְּאָבִיו וְאִמּוֹ וְרַבּוֹ חֲשִׁיב מִפְּנֵי הַיִּרְאָה דִּכְתִיב אִישׁ אִמּוֹ וְאָבִיו תִּירָאוּ וּתְנַן מוֹרָא רַבָּךְ כְּמוֹרָא שָׁמַיִם: [דַּף יד ע"א]
Michna : aux intervalles il salue en raison de l'honneur et il répond ; au milieu il salue en raison de la crainte et il répond — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : au milieu il salue en raison de la crainte et répond en raison de l'honneur ; et entre les sections il salue en raison de l'honneur et répond à tout homme. Yerouchalmi : jusqu'ici il s'agit du milieu de la section ; en va-t-il de même au milieu du verset ? Rabbi Yirmeya faisait un signe. Rabbi Yona parlait. Rav Houna au nom de Rav Yossef : « et tu en parleras » — de là que tu as la permission d'en parler. « En raison de la crainte » : Rachi a expliqué qu'il s'agit d'un homme dont on craint qu'il ne le tue. Cela ne me paraît pas juste, car c'est évident : rien ne tient devant le péril de mort (pikouah nefech). Il paraît plutôt que son père, sa mère et son maître relèvent de « en raison de la crainte », car il est écrit « chacun craindra sa mère et son père », et nous avons appris : la crainte de ton maître est comme la crainte du Ciel. [folio 14a]
💡 Explication

La baraita confirme la correction apportée à la michna par le hissourei mehassera (« il manque quelque chose »). Elle porte explicitement la formule « il va sans dire qu'il répond » dans les deux membres de l'avis de Rabbi Meir.

La controverse devient nette : pour Rabbi Meir, la réponse suit le motif du salut ; pour Rabbi Yehouda, elle est plus large que lui à chaque niveau.

3
בְּעָא מִינֵּיהּ אַחַי תַּנָּא דְּבֵי רַבִּי חִיָּיא מֵרַבִּי חִייָּא: בְּהַלֵּל וּבִמְגִילָּה מַהוּ שֶׁיַּפְסִיק? אָמְרִינַן קַל וָחֹומֶר: קְרִיאַת שְׁמַע דְּאוֹרָייְתָא — פּוֹסֵק, הַלֵּל דְּרַבָּנָן מִבַּעְיָא?! אוֹ דִּלְמָא פַּרְסוֹמֵי נִיסָּא עֲדִיף.

Ahai, le tanna de la maison d'étude de Rabbi Hiya, demanda à Rabbi Hiya : pendant le Hallel et pendant la Meguila, qu'en est-il de s'interrompre ? Disons-nous un kal va-homer : pour la lecture du Chema, qui relève de la Torah, il s'interrompt ; pour le Hallel, qui relève des Sages, faut-il seulement le demander ?!

Ou bien peut-être la publication du miracle (persouméi nissa) l'emporte-t-elle ?

📜 Rachi (3)
אָחִי כָּךְ שְׁמוֹ:
C'est son nom.
תַּנָּא דְבֵי רַבִּי חִיָּיא שֶׁהָיָה שׁוֹנֶה בְּבֵית רַבִּי חַיָּיא:
Il récitait les enseignements dans la maison d'étude de Rabbi Hiya.
מַהוּ שֶׁיַּפְסִיק לִשְׁאֵלַת שָׁלוֹם:
Pour saluer.
💡 Explication

Tanna désigne ici le récitant attitré d'une maison d'étude, celui qui connaît par cœur les michnayot et les baraitot et les récite devant le maître. Ahai occupait cette fonction chez Rabbi Hiya.

La question oppose deux logiques. Le kal va-homer (raisonnement à fortiori) : ce que l'on autorise dans une obligation de la Torah, on l'autorise à plus forte raison dans une obligation rabbinique. En sens inverse, le persouméi nissa (publication du miracle) donne au Hallel et à la Meguila une exigence de continuité propre, que l'échelle Torah/Sages ne mesure pas.

4
אֲמַר לֵיהּ: פּוֹסֵק, וְאֵין בְּכָךְ כְּלוּם. אָמַר רַבָּה: יָמִים שֶׁהַיָּחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל, בֵּין פֶּרֶק לְפֶרֶק פּוֹסֵק, בְּאֶמְצַע הַפֶּרֶק — אֵינוֹ פּוֹסֵק, וְיָמִים שֶׁאֵין הַיָּחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל — אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע הַפֶּרֶק פּוֹסֵק.

Il lui dit : il s'interrompt, et il n'y a rien là. Rabba a dit : les jours où l'individu achève le Hallel, entre un chapitre et l'autre il s'interrompt, au milieu du chapitre il ne s'interrompt pas ; et les jours où l'individu n'achève pas le Hallel, même au milieu du chapitre il s'interrompt.

📜 Rachi (1)
יָמִים שֶׁהַיָּחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל שֶׁהוּא חוֹבָה לְכָל אָדָם וְהֵם אֶחָד וְעֶשְׂרִים יוֹם בַּשָּׁנָה כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (ד' י.):
Ce sont les jours où le Hallel est une obligation pour tout homme ; ils sont au nombre de vingt et un dans l'année, comme nous le disons dans le traité Arakhin (10a).
🗂️ Tossefot (1)
יָמִים שֶׁהַיָּחִיד גּוֹמֵר בָּהֶם אֶת הַהַלֵּל לָאו דַּוְקָא יָחִיד אֶלָּא אֲפִילּוּ צִבּוּר קוֹרֵא יָחִיד כֵּיוָן שֶׁאֵין כָּל יִשְׂרָאֵל בְּיַחַד כְּמוֹ שֶׁהָיוּ בִּשְׁחִיטַת פְּסָחִים בי"ד בְּנִיסָן וְלָאו דַּוְקָא גּוֹמֵר דְּוַדַּאי קי"ל דְּיָמִים שֶׁאֵין יָחִיד גּוֹמֵר אֶת הַהַלֵּל אֵין חוֹבָה לְאָמְרוֹ כְּלָל אֲפִילּוּ בְּדִילּוּג דְּהָכִי מַשְׁמַע בַּעֲרָכִין (פ"ב ד' י:) דַּחֲשִׁיב כ"א יוֹם דְּיָחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל וּפָרִיךְ ר"ה וי"כ נָמֵי לֵימָא מַשְׁמַע דְּבִשְׁאָר יָמִים טוֹבִים כְּמוֹ בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּאֵין לוֹמַר מִדְּלָא חֲשִׁיב יוֹתֵר מכ"א יוֹם וְגַם מִדְּלָא קָאָמַר לִגְמֹור בר"ה ובי"ה דְּאָז הֲוָה מַשְׁמַע דְּבִשְׁאָר יָמִים טוֹבִים כְּמוֹ בר"ח וַדַּאי אֵין גּוֹמְרִין אֲבָל קוֹרִין אֲבָל עַתָּה מַשְׁמַע אֲפִילּוּ קוֹרִין לֹא וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (ד' כח:) רַב אִיקְּלַע לְבָבֶל חֲזָנְהוּ דְּהָווּ קָא קָרוּ בר"ח סָבַר לְאַפְסוֹקִינְהוּ. פֵּירוּשׁ שֶׁהָיָה סוֹבֵר שֶׁהָיוּ גּוֹמְרִים אוֹתוֹ כֵּיוָן דַּחֲזָא דְּקָא מְדַלְּגִי דַּלּוֹגֵי אֲמַר ש"מ מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶם אַלְמָא דְּיָמִים דְּאֵין גּוֹמְרִין בָּהֶן הַלֵּל אֵין חוֹבָה לְאָמְרוֹ וּמַה שֶׁאָנוּ אוֹמְרִין אוֹתוֹ הַיְינוּ מִשּׁוּם מִנְהָג. וְכָתוּב בְּמַחֲזוֹר וִיטְרִי כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא מִנְהָג בְּעָלְמָא לָא מְבָרְכִינַן עָלֶיהָ כִּדְאָמַר פֶּרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה ד' מד:) אֵין מְבָרְכִין עַל דָּבָר שֶׁהוּא מִנְהָג. וּמִיהוּ אוֹמֵר ר"ת דְּאֵינוֹ רְאָיָה דְּאַטִּלְטוּל וַדַּאי לָא מִבָּרְכִינַן אֲבָל עַל מִצְוָה פְּשִׁיטָא דִּמְבָרְכִינַן דְּהָא חָזֵינַן כָּל יו"ט שֵׁנִי אֵינוֹ אֶלָּא מִנְהָגָא וּמְבָרְכִין וְהָכָא נָמֵי מַשְׁמַע דִּמְבָרְכִין דְּאִי לֹא מְבָרְכִין מַאי הַפְסָקָה שַׁיָּיךְ בָּהּ וְעוֹד רְאָיָה דִּמְבָרְכִינַן עַל מִנְהָגָא מֵהָא דְּרַב עַל לְבֵי כְּנִישְׁתָּא וְכוּ' וְאִם לֹא בֵּרְכוּ בַּתְּחִלָּה אַמַּאי לֹא הִרְגִּישׁ רַב דַּהֲוָה מִנְהָגָא עַד שֶׁדִּלְּגוּ אֶלָּא בְּוַודַּאי בֵּרְכוּ מִפְּנֵי שֶׁמְּבָרְכִים בְּטוֹב עַל מִנְהָגָא וּבִשְׁבִיל כֵּן לֹא הִרְגִּישׁ עַד הַדִּלּוּג וא"ת אַמַּאי לָא אַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ אִם בֵּרְכוּ לִקְרוֹת אוֹ לִגְמֹור וי"ל דִּבְכָךְ אֵין לָחוּשׁ שֶׁבְּטוּב יָכוֹל לְבָרֵךְ לִגְמֹור אַפֵּי' כְּשֶׁהוּא מְדַלֵּג אוֹ אִיפְּכָא וּמַה שֶׁמְּבָרְכִין כָּךְ עַל הַדִּלּוּג לִקְרוֹת וּכְשֶׁהֵן גּוֹמְרִין לִגְמֹור כְּדֵי שֶׁלֹּא יִטְעוּ וּמִשּׁוּם הָכִי לֹא הָיָה יָכוֹל לְהָבִין מִתּוֹךְ הַבְּרָכָה עַד הַדִּלּוּג וְיֵשׁ שֶׁרוֹצִין לוֹמַר דְּיָחִיד הָאוֹמֵר הַלֵּל בְּיָמִים שֶׁאֵין גּוֹמְרִין שֶׁאֵין לוֹ לְבָרֵךְ וּמִיהוּ הַשַּׂר מִקּוּצִי הָיָה אוֹמֵר דְּכֵיוָן שֶׁרָצָה לְחַיֵּיב עַצְמוֹ מְבָרֵךְ וְאֵין זֶה בְּרָכָה לְבַטָּלָה מִידִי דַּהֲוָה אַלּוּלָב וְאַתְּפִילִּין דְּהָנֵי נָשֵׁי מְבָרְכוֹת אע"ג שֶׁאֵינָן חַייָּבוֹת וּבְלֵילֵי פְּסָחִים יֵשׁ שֶׁמְּבָרְכִין פַּעֲמַיִם בַּתְּחִלָּה לִקְרוֹת וְאַחַר הַסְּעוּדָה אַחַר שְׁפוֹךְ מְבָרְכִין לִגְמֹור וּמַייְתִי רְאָיָה מִיְּרוּשַׁלְמִי (דְּפֶרֶק א') מֵהַהִיא דְּמַיְיתֵי עֲלָהּ דְּכָל הַבְּרָכוֹת פּוֹתְחִין בְּבָרוּךְ חוּץ מִן הַבְּרָכוֹת הַסְּמוּכוֹת לַחֲבֶרְתָּהּ וּבִרְכַּת הַפֵּירוֹת וְהַמִּצְוֹת וּפָרִיךְ בִּירוּשַׁלְמִי עֲלָהּ וְהָא אִיכָּא גְּאֻולָּה פֵּירוּשׁ אֲשֶׁר גְּאָלָנוּ דִּסְמוּכָה לַחֲבֶרְתָּהּ וְאַמַּאי פּוֹתַחַת בְּבָרוּךְ שַׁנְיָיא דְּאִם שָׁמְעָה בבהכ"נ יָצָא וּפָרִיךְ וַהֲרֵי סוֹפָהּ פֵּירוּשׁ יְהַלְלוּךָ דְּאֵינָהּ סְמוּכָה שֶׁהַסְּעוּדָה מַפְסֶקֶת וְאַפֵּ"ה אֵינָהּ פּוֹתַחַת בְּבָרוּךְ וּמְשַׁנֵּי שְׁתַּיִם הִנֵּה אַחַת לְהַבָּא וְאַחַת לְשֶׁעָבַר פֵּירוּשׁ אַחַת לְהַבָּא זוֹ הִיא אוֹתָהּ בְּרָכָה שֶׁמְּבָרְכִין אַחַר אֲכִילָה לִגְמֹור וּלְאוֹתָהּ בְּרָכָה הִיא סְמוּכָה אַחַת לְשֶׁעָבַר הַיְינוּ אוֹתָהּ שֶׁבֵּירַךְ קֹודֶם אֲכִילָה אַלְמָא דִּמְבָרְכִין שְׁנֵי פְּעָמִים אֲבָל זֶה הַפֵּירוּשׁ אֵינוֹ מְיֻושָּׁב דַּהֲרֵי סֵיפָא מַשְׁמַע דְּקָאֵי אַבְּרָכָה דַּאֲשֶׁר גְּאָלָנוּ דְּקָאֵי בָּהּ מִתְּחִלָּה אֶלָּא וַדַּאי אַבְּרָכָה דַּאֲשֶׁר גְּאָלָנוּ קָאֵי כַּאֲשֶׁר אֲפָרֵשׁ מִיהוּ מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי כַּאֲשֶׁר פֵּירַשְׁתִּי תְּחִלָּה שֶׁהָיוּ מְבָרְכִין ב' פְּעָמִים תְּחִלָּה וָסוֹף אֲבָל אוֹמֵר ר' יְהוּדָה דְּזוֹ הִיא תְּמִיהָא גְּדוֹלָה מֵאַחַר שֶׁבֵּירֵךְ קֹודֶם אֲכִילָה אַמַּאי מַפְסִיק וְאוֹכֵל בֵּינְתַיִם שֶׁהֲרֵי בְּיָמִים שֶׁאֵין יָחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל כֵּיוָן שֶׁבֵּירֵךְ תְּחִלָּה כְּמוֹ הָכָא אֵינוֹ מֻותָּר לִפְסֹוק אֶלָּא מִפְּנֵי הַכָּבוֹד דְּאִי בְּשֶׁלֹּא בֵּירֵךְ אַמַּאי לֹא יַפְסִיק בְּאֶמְצַע אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא מִפְּנֵי הַכָּבוֹד הָא לֹא הָיָה מַפְסִיק שׁוּם בְּרָכָה אֶלָּא נִרְאֶה הָא דְּפָרִיךְ בִּירוּשַׁלְמִי הֲרֵי גְּאֻולָּה דְּמַשְׁמַע דִּמְבָרְכִין עָלֶיהָ בַּתְּחִלָּה אַייְרֵי בְּאָדָם שֶׁעוֹשֶׂה הַסֵּדֶר בְּבַת אַחַת שֶׁאָז אֵינוֹ מַפְסִיק שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֲבָל אָנוּ שֶׁמַּפְסִיקִין לֶאֱכֹול אֵין לָנוּ לְבָרֵךְ כְּלָל לֹא בַּתְּחִלָּה וְלֹא בַּסּוֹף וְהָא דְּקָאָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי וַהֲרֵי סֵיפָא זֶהוּ אֲשֶׁר גְּאָלָנוּ דְּחוֹתֶמֶת בְּבָרוּךְ וְאַמַּאי וְהָא הוֹדָאָה בְּעָלְמָא הִיא כְּבִרְכַּת פֵּירוֹת וְאַמַּאי חוֹתֶמֶת בְּבָרוּךְ וּמְשַׁנֵּי שְׁתַּיִם הִנֵּה שְׁתֵּי גְּאֻולּוֹת אַחַת לְהַבָּא וְאַחַת לְשֶׁעָבַר פֵּירוּשׁ לֶעָתִיד כְּמוֹ יַגִּיעֵנוּ וְגַם הִיא אֲרֻוכָּה קְצָת וְגַם יֵשׁ בָּהּ לְשֶׁעָבַר כְּמוֹ אֲשֶׁר גְּאָלָנוּ מִגְּאֻולַּת מִצְרַיִם לְפִיכָךְ חוֹתֶמֶת בְּבָרוּךְ וּמַה שֶׁהִקְשָׁה מִיַּהֲלָלוּךְ שֶׁאֵינָהּ סְמוּכָה לְפִי מַה שֶׁפֵּרַשְׁתִּי עַתָּה וְאַפֵּ"ה אֵינָהּ פּוֹתַחַת בְּבָרוּךְ יֵשׁ לִיתֵּן טַעַם לְפִי שֶׁהִיא הוֹדָאָה בְּעָלְמָא וַאֲפִילּוּ שֶׁהִיא אֲרֻוכָּה קְצָת תִּקְּנוּ בָּהּ חֲתִימָה וְלֹא פְּתִיחָה כְּמוֹ אֱ-לֹהַי נְשָׁמָה. וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי שֶׁהָיָה דַּרְכָּן לוֹמַר הַלֵּל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וְאַחַ"כּ שׁוֹתִין כּוֹסוֹת שֶׁלָּהֶם בְּבֵיתָם בְּלֹא שׁוּם סֵדֶר דְּבָעֵי בַּיְּרוּשַׁלְמִי (פ' ע"פ) שֶׁתָּאַן בְּבַת אַחַת מַהוּ פֵּירוּשׁ זֶה אַחַר זֶה בְּלֹא הַלֵּל וְסֵדֶר בֵּינְתַיִם מַהוּ שָׁמְעִינַן מִן הָדָא דְּא"ר יוֹחָנָן הַלֵּל אִם שְׁמָעָהּ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת יָצָא וְכֵן מַשְׁמַע בַּתּוֹסֶפְתָּא דָּמֵי שֶׁלֹּא הָיָה יוֹדֵעַ וְנִכְנָס בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וְכוּ' וְהַשְׁתָּא נָמֵי מְיֻושָּׁב דְּבִשְׁבִיל כָּךְ פּוֹתַחַת בְּרָכָה דַּאֲשֶׁר גְּאָלָנוּ בְּבָרוּךְ דְּטַעֲמָא שֶׁאֵינָהּ סְמוּכָה כִּי הָא דְּאִם קָרָא הַלֵּל בבהכ"נ יָצָא:
« Les jours où l'individu achève le Hallel » — il ne s'agit pas précisément d'un individu, mais même d'une communauté, qui est appelée « individu » dès lors que tout Israël n'est pas réuni ensemble comme il l'était lors de l'abattage des agneaux pascaux le 14 nissan. Et « achève » n'est pas non plus à prendre au pied de la lettre, car nous tenons pour certain que, les jours où l'individu n'achève pas le Hallel, il n'y a aucune obligation de le dire, même en sautant des passages. C'est ce qui ressort d'Arakhin (chap. 2, 10b), où l'on compte vingt et un jours durant lesquels l'individu achève le Hallel, et l'on objecte : que l'on dise aussi Roch Hachana et Yom Kippour ! Cela montre que, pour les autres fêtes comme les Roch Hodech, il est évident pour la guemara qu'on ne le dit pas, puisqu'elle ne compte pas plus de vingt et un jours ; et aussi parce qu'elle ne dit pas « achever à Roch Hachana et à Yom Kippour », formule qui aurait implique que les autres jours, comme Roch Hodech, on n'achève certes pas mais on lit, tandis qu'à présent il ressort qu'on ne lit même pas. C'est aussi ce qui ressort du dernier chapitre de Taanit (28b) : Rav arriva à Babylone, il les vit qui lisaient le Hallel à Roch Hodech, et il songea à les interrompre — c'est-à-dire qu'il pensait qu'ils l'achevaient ; dès qu'il vit qu'ils sautaient des passages, il dit : j'en conclus qu'ils tiennent la coutume de leurs pères. On voit donc que, les jours où l'on n'achève pas le Hallel, il n'y a pas d'obligation de le dire, et si nous le disons, c'est en raison de la coutume. Il est écrit dans le Mahzor Vitry que, puisqu'il ne s'agit que d'une simple coutume, on ne récite pas de bénédiction sur lui, comme il est dit au chapitre « Loulav véarava » (Soucca 44b) : on ne récite pas de bénédiction sur une chose qui n'est que coutume. Toutefois Rabbeinou Tam dit que ce n'est pas une preuve : sur le simple maniement du rameau, certes on ne bénit pas, mais sur une mitsva il est évident qu'on bénit, car nous voyons que le second jour de fête n'est qu'une coutume et que l'on y bénit. Ici aussi il ressort qu'on bénit, car si l'on ne bénissait pas, en quoi une interruption serait-elle pertinente ? Autre preuve que l'on bénit sur une coutume : de ce récit où Rav entra à la synagogue, etc. ; si l'on n'avait pas béni au début, pourquoi Rav n'a-t-il pas remarqué qu'il s'agissait d'une coutume avant qu'ils ne sautent des passages ? Il faut donc dire qu'ils avaient bien béni, parce qu'on bénit à bon droit sur une coutume, et c'est pourquoi il n'a rien remarqué jusqu'au saut. Et si tu objectes : pourquoi ne lui est-il pas venu à l'esprit de distinguer s'ils avaient béni « de lire » ou « d'achever » ? On peut répondre qu'il n'y a pas lieu de s'en soucier, car on peut à bon droit bénir « d'achever » même en sautant des passages, ou l'inverse ; et si l'on bénit ainsi « de lire » lorsqu'on saute et « d'achever » lorsqu'on achève, c'est afin qu'on ne se trompe pas, et c'est pourquoi il ne pouvait rien comprendre de la bénédiction jusqu'au saut. Certains veulent dire qu'un individu qui dit le Hallel les jours où l'on n'achève pas ne doit pas bénir ; toutefois le Sar de Coucy disait que, dès lors qu'il a voulu s'y obliger lui-même, il bénit, et ce n'est pas une bénédiction en vain — comme il en va du loulav et des téfilines, sur lesquels les femmes bénissent bien qu'elles n'y soient pas tenues. Aux nuits de Pessa'h, certains bénissent deux fois : au début « de lire », et après le repas, après « chéfokh », ils bénissent « d'achever ». Ils en apportent une preuve du Yerouchalmi (chap. 1), de ce qu'on y rapporte : toutes les bénédictions s'ouvrent par « baroukh », à l'exception des bénédictions adjacentes à une autre, et des bénédictions sur les fruits et sur les mitsvot. Le Yerouchalmi objecte : mais il y a là gueoula — c'est-à-dire « Acher gué'alanou » — qui est adjacente à une autre, et pourquoi s'ouvre-t-elle par « baroukh » ? Il répond : elle diffère, car si on l'a entendue à la synagogue on s'est acquitté. On objecte encore : mais sa fin — c'est-à-dire « Yehalélukha » — n'est pas adjacente, puisque le repas fait interruption, et pourtant elle ne s'ouvre pas par « baroukh » ! Et l'on répond : elles sont deux, l'une pour l'avenir et l'une pour le passé — c'est-à-dire que « l'une pour l'avenir » est cette bénédiction que l'on récite après avoir mangé, « d'achever », et c'est à elle que « Yehalélukha » est adjacente ; « l'une pour le passé » est celle que l'on a récitée avant de manger. On voit donc qu'on bénissait deux fois. Mais cette explication ne tient pas, car « sa fin » se rapporte manifestement à la bénédiction « Acher gué'alanou » dont il était question dès le début. Il faut donc dire qu'elle porte bien sur « Acher gué'alanou », comme je vais l'expliquer. Toutefois il ressort du Yerouchalmi, selon ma première explication, qu'on bénissait deux fois, au début et à la fin. Mais Rabbi Yehouda dit que c'est là un grand étonnement : puisqu'il a béni avant de manger, pourquoi interrompt-il et mange-t-il entre-temps ? Car les jours où l'individu n'achève pas le Hallel, dès lors qu'il a béni au début comme ici, il n'est permis d'interrompre qu'en raison de l'honneur ; et s'il s'agissait d'un cas où l'on n'a pas béni, pourquoi n'interromprait-il pas au milieu même sans motif d'honneur, puisqu'il n'interrompait aucune bénédiction ? Il paraît donc que ce que le Yerouchalmi objecte — « mais il y a là gueoula », d'où il ressort qu'on bénit au début — vise un homme qui accomplit tout le Seder d'un seul tenant, lequel n'interrompt pas puisqu'il n'en a pas besoin ; mais nous, qui interrompons pour manger, nous ne devons pas bénir du tout, ni au début ni à la fin. Et ce que dit le Yerouchalmi, « mais sa fin », vise « Acher gué'alanou », qui scelle par « baroukh » : pourquoi donc, puisqu'elle n'est qu'une simple action de grâces, comme la bénédiction sur les fruits ? Et l'on répond : « elles sont deux » — deux gueoulot, l'une pour l'avenir et l'une pour le passé ; c'est-à-dire pour l'avenir, comme « Yaguiénou », et elle est aussi un peu longue, et elle contient aussi le passé, comme « Acher gué'alanou » de la délivrance d'Égypte ; c'est pourquoi elle scelle par « baroukh ». Quant à l'objection tirée de « Yehalélukha », qui n'est pas adjacente selon ce que je viens d'expliquer et qui pourtant ne s'ouvre pas par « baroukh », on peut en donner la raison : elle n'est qu'une simple action de grâces, et bien qu'elle soit un peu longue, on y a institué un sceau sans ouverture, comme dans « Elokaï nechama ». C'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi : leur usage était de dire le Hallel à la synagogue, puis de boire leurs coupes chez eux sans aucun Seder, car le Yerouchalmi (chap. « Arvei pessahim ») demande : s'il les a bues d'un seul coup, qu'en est-il ? — c'est-à-dire l'une après l'autre, sans Hallel ni Seder entre elles. Nous l'apprenons de ceci, que Rabbi Yo'hanan a dit : le Hallel, s'il l'a entendu à la synagogue, il s'est acquitté. C'est aussi ce qui ressort de la Tossefta : celui qui ne savait pas et qui entra à la synagogue, etc. Et maintenant tout s'explique : la bénédiction « Acher gué'alanou » s'ouvre par « baroukh » pour la raison qu'elle n'est pas adjacente, conformément à ce cas où l'on a entendu le Hallel à la synagogue et où l'on s'est acquitté.
💡 Explication

Rabbi Hiya tranche pour le kal va-homer : le persouméi nissa ne crée pas d'interdit d'interrompre. Rabba affine ensuite selon le degré d'obligation du jour.

Les jours où l'individu achève le Hallel sont les vingt et un jours de l'année où sa récitation complète est obligatoire ; le Hallel y reçoit alors la même structure d'intervalles que le Chema. Les autres jours, où sa récitation relève de la coutume et se fait en sautant des passages, l'interruption est ouverte partout.

🖼️ Schéma
Deux régimes de Hallel selon le jour L'individu achève le Hallel (21 jours) Entre chapitres : oui Au milieu : non L'individu n'achève pas (coutume) Entre chapitres et au milieu : oui Règle sous-jacente : plus l'obligation du jour est forte, plus la structure du texte se durcit. Rachi : les 21 jours sont énumérés dans Arakhin 10a. Tossefot : "individu" vaut aussi pour une communauté qui prie sans tout Israël réuni.
Le partage de Rabba entre les jours d'obligation et les jours de coutume.
5
אֵינִי?! וְהָא רַב בַּר שְׁבָא אִיקְּלַע לְגַבֵּיהּ דְּרָבִינָא, וְיָמִים שֶׁאֵין הַיָּחִיד גּוֹמֵר אֶת הַהַלֵּל הֲוָה, וְלָא פְּסִיק לֵיהּ!

Est-ce ainsi ?! Or Rav bar Chaba se trouva une fois devant Ravina, et c'était un des jours où l'individu n'achève pas le Hallel, et pourtant Ravina ne s'est pas interrompu pour lui !

💡 Explication

Objection de fait contre Rabba : un cas rapporté montre un maître qui ne s'interrompt pas, précisément un jour où la règle de Rabba autorise l'interruption partout.

6
שָׁאנֵי רַב בַּר שְׁבָא דְּלָא חֲשִׁיב עֲלֵיהּ דְּרָבִינָא.

Rav bar Chaba est différent, car il n'avait pas de rang à ses yeux, aux yeux de Ravina.

💡 Explication

La réponse laisse la règle de Rabba intacte. L'autorisation d'interrompre porte sur celui que l'on doit saluer en raison de l'honneur ou de la crainte ; Rav bar Chaba n'entrait pas, aux yeux de Ravina, dans cette catégorie, et le silence de Ravina ne prouve rien contre Rabba.

7
בְּעָא מִינֵּיהּ אַשְׁיָאן תַּנָּא דְּבֵי רַבִּי אַמֵּי מֵרַבִּי אַמֵּי: הַשָּׁרוּי בְּתַעֲנִית מַהוּ שֶׁיִּטְעֹום? אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה קַבֵּיל עֲלֵיהּ — וְהָא לֵיכָּא. אוֹ דִּילְמָא: הֲנָאָה קַבֵּיל עֲלֵיהּ — וְהָא אִיכָּא.

Achyan, le tanna de la maison d'étude de Rabbi Ami, demanda à Rabbi Ami : celui qui se trouve en jeûne, qu'en est-il pour goûter ? A-t-il pris sur lui de manger et de boire — et cela n'est pas le cas ici ; ou bien peut-être a-t-il pris sur lui le plaisir — et cela est bien le cas ici ?

📜 Rachi (1)
מַהוּ שֶׁיִּטְעֹום אֶת הַתַּבְשִׁיל לָדַעַת אִם צָרִיךְ מֶלַח אוֹ תַּבְלִין:
Goûter le plat pour savoir s'il y faut du sel ou des épices.
🗂️ Tossefot (1)
אוֹ דִּילְמָא הֲנָאָה קַבֵּיל עֲלֵיהּ הַאי לִישָּׁנָא מַשְׁמַע דְּמַייְרֵי בְּתַעֲנִית יָחִיד שֶׁקִּבֵּל עָלָיו אֲבָל בְּתַעֲנִית הַכָּתוּב לֹא:
« Ou bien peut-être a-t-il pris sur lui le plaisir » — cette formulation montre qu'il s'agit d'un jeûne individuel qu'il a pris sur lui, mais pour un jeûne prescrit par l'Écriture, non.
⚖️ Rosh (1)
בָּעֵי מִינֵּיהּ אַשְׁיָאן תַּנָּא דְבֵי ר' אַמִּי מַר' אַמֵּי הַשָּׁרוּי בְּתַעֲנִית מַהוּ שֶׁיִּטְעֹום אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה קַבֵּיל עֲלֵיהּ וְהָא לֵיכָּא אוֹ דִּלְמָא הֲנָאָה קַבֵּיל עֲלֵיהּ וְהָא אִיכָּא א"ל טוֹעֵם וְאֵין בְּכָךְ כְּלוּם תַּנְיָא נָמֵי הָכִי מַטְעֶמֶת אֵינָהּ טְעוּנָה בְּרָכָה וְהַשָּׁרוּי בְּתַעֲנִית טוֹעֵם וְאֵין בְּכָךְ כְּלוּם. עַד כַּמָּה. רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי טָעֲמִי עַד שִׁיעוּר רְבִיעִית. טוֹעֵם וְאֵין בְּכָךְ כְּלוּם פֵּירֵשׁ רַב חֲנַנְאֵל כְּגוֹן שֶׁחוֹזֵר וּפוֹלְטוֹ הִלְכָּךְ לָא חֲשִׁיבָא הַטְּעִימָה הֲנָאָה וְגַם א"צ בְּרָכָה וּמִיהוּ דַּוְקָא רְבִיעִית אֲבָל טְפֵי מֵרְבִיעִית חֲשִׁיבָא הֲנָאָה לְעִנְיַן תַּעֲנִית. וּמִיהוּ נִרְאֶה דִּבְרָכָה לֹא צָרִיךְ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה בְּתוֹךְ מֵעָיו:
Achyan, le tanna de la maison d'étude de Rabbi Ami, demanda à Rabbi Ami : celui qui se trouve en jeûne, qu'en est-il pour goûter ? A-t-il pris sur lui de manger et de boire — et cela n'est pas le cas ici ; ou bien à-t-il pris sur lui le plaisir — et cela est bien le cas ici ? Il lui dit : il goûte, et il n'y a rien là. On a enseigné de même dans une baraita : la dégustation ne requiert pas de bénédiction, et celui qui se trouve en jeûne goûte, et il n'y a rien là. Jusqu'à combien ? Rabbi Ami et Rabbi Assi goûtaient jusqu'à la mesure d'un revi'it. « Il goûte, et il n'y a rien là » : Rabbeinou Hananel a expliqué qu'il s'agit d'un cas où il recrache ensuite ; c'est pourquoi la dégustation n'est pas tenue pour un plaisir, et elle ne requiert pas non plus de bénédiction. Toutefois cela vaut précisément pour un revi'it ; au-delà d'un revi'it, c'est tenu pour un plaisir quant au jeûne. Il paraît néanmoins qu'une bénédiction n'est pas requise, puisqu'il ne tire pas de jouissance dans ses entrailles.
💡 Explication

Même forme de question que celle d'Ahai, posée par un tanna à son maître. Il s'agit de goûter un plat pour vérifier son assaisonnement pendant un jour de jeûne.

L'alternative porte sur le contenu de l'engagement : le jeûne vise-t-il l'acte de manger et boire, que la dégustation n'accomplit pas, ou vise-t-il la hanaa (le plaisir tiré de la nourriture), qui est déjà présente dans la dégustation ?

8
אֲמַר לֵיהּ: טוֹעֵם וְאֵין בְּכָךְ כְּלוּם. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: מַטְעֶמֶת אֵינָהּ טְעוּנָה בְּרָכָה, וְהַשָּׁרוּי בְּתַעֲנִית טוֹעֵם וְאֵין בְּכָךְ כְּלוּם.

Il lui dit : il goûte, et il n'y a rien là. On a enseigné de même dans une baraita : la dégustation (mata'ameth) ne requiert pas de bénédiction, et celui qui se trouve en jeûne goûte, et il n'y a rien là.

📜 Rachi (1)
מַטְעֶמֶת טְעִימַת תַּבְשִׁיל:
La dégustation d'un plat.
🗂️ Tossefot (1)
טוֹעֵם וְאֵין בְּכָךְ כְּלוּם פֵּירֵשׁ רַ"ח שֶׁחוֹזֵר וּפוֹלֵט דְּלָא חֲשִׁיב הֲנָאָה מִן הַטְּעִימָה אֲבָל בּוֹלֵעַ לֹא אֲפִילּוּ בִּשְׁאָר תַּעֲנִיּוֹת וּמִשּׁוּם הָכִי הַפּוֹלֵט אֵינוֹ צָרִיךְ בְּרָכָה שֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה:
« Il goûte, et il n'y a rien là » — Rabbeinou Hananel a expliqué qu'il recrache ensuite, de sorte que la dégustation n'est pas tenue pour un plaisir ; mais avaler, non, même lors des autres jeûnes. C'est pourquoi celui qui recrache n'a pas besoin de bénédiction, puisqu'il n'en tire pas de jouissance.
💡 Explication

La baraita apporte une confirmation double. Elle traite la dégustation comme un acte qui n'entre pas dans la catégorie de la consommation : elle n'appelle donc pas de bénédiction, et elle ne rompt pas le jeûne.

Rabbeinou Hananel, cité par les Tossefot et par le Roch, précise le cas : celui qui goûte recrache ensuite. C'est cette restitution qui retire à l'acte le caractère de hanaa.

9
עַד כַּמָּה?

Jusqu'à combien ?

💡 Explication

La question fixe la limite quantitative de la permission. Un acte qui reste une dégustation en dessous d'un certain volume devient une consommation au-delà.

10
רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי טָעֲמִי עַד שִׁיעוּר רְבִיעֲתָא.

Rabbi Ami et Rabbi Assi goûtaient jusqu'à la mesure d'un revi'it.

📜 Rachi (1)
רְבִיעֲתָא רְבִיעִית הַלּוֹג:
Un revi'it, c'est-à-dire le quart d'un log.
💡 Explication

Le revi'it est le quart d'un log, mesure de référence du droit talmudique pour les liquides. Elle sert ici de seuil : en deçà, l'acte reste une dégustation ; au-delà, le Roch le tient pour un plaisir quant au jeûne.

11
אָמַר רַב: כָּל הַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לַחֲבֵירוֹ קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל כְּאִילּוּ עֲשָׂאוֹ בָּמָה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״חִדְלוּ לָכֶם מִן הָאָדָם אֲשֶׁר נְשָׁמָה בְּאַפּוֹ כִּי בַמֶּה נֶחְשָׁב הוּא״. אַל תִּקְרֵי, ״בָּמָה״ אֶלָּא ״בָּמָה״.

Rav a dit : quiconque salue son prochain avant d'avoir prié, c'est comme s'il en avait fait un bama (autel privé), ainsi qu'il est dit : « Cessez de vous occuper de l'homme dont l'âme est dans ses narines, car en quoi (bameh) est-il compté ? » Ne lis pas « bameh » mais « bama ».

📜 Rachi (1)
חִדְלוּ לָכֶם מִן הָאָדָם כְּשֶׁיֵּשׁ לָכֶם לַעֲסֹוק בִּכְבוֹד הַמָּקוֹם אַל תִּתְעַסְּקוּ בִּכְבוֹד אָדָם דְּאִי לָאו הָכִי לָמָּה לֵיהּ לַחְדֹּול:
Lorsque vous avez à vous occuper de l'honneur du Lieu (Hachem), ne vous occupez pas de l'honneur d'un homme ; car sans cela, à quoi bon dire « cessez » ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לַחֲבֵרוֹ קֹדֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל. הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל, מְנָא לֵיהּ דְּאַייְרֵי בְּנוֹתֵן שָׁלוֹם קֹודֶם תְּפִלָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּדָייֵק מַה שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ ב, כב) נְשָׁמָה בְּאַפּוֹ, כִּי הָאָדָם בַּלַּיְלָה מַפְקִיד נִשְׁמָתוֹ להקב"ה, וּבַבֹּקֶר מַחֲזִירָהּ לוֹ, וְנִכְנֶסֶת דֶּרֶךְ חָוטְמוֹ כַּאֲשֶׁר הָיָה בְּעֵת הַבְּרִיאָה, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ב, ז) וַיִּפַּח בְּאַפָּיו נִשְׁמַת חַיִּים, וְלָזֶה אָמַר חִדְלוּ לָכֶם מִן הָאָדָם בִּזְמַן שֶׁהַנְּשָׁמָה הִיא בְּאַפּוֹ שֶׁחוֹזֶרֶת בּוֹ בַּבֹּקֶר דֶּרֶךְ הַחֹוטֶם, וּמִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁהוּא קֹודֶם תְּפִלָּה, וְשׁוּב רָאִיתִי בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ פ' תְּצַוֶּה (דַּף קפב.) שֶׁכָּתַב מִקְדַּשׁ מֶלֶךְ שָׁם, וְזַ"ל, וּפָסוּק חִדְלוּ לָכֶם מִן הָאָדָם נִרְאֶה לִי כְּמוֹ שֶׁאָמַר הָרַב, שֶׁהַנְּשָׁמָה הַחוֹזֶרֶת בְּשַׁחֲרִית אֵינָהּ מִתְיַישֶּׁבֶת בִּמְקוֹמָהּ אֶלָּא עַד אַחַר שֶׁהִתְפַּלְּלוּ. וְזֶה שֶׁכָּתַב הָרַב אֲשֶׁר נְשָׁמָה בְּאַפּוֹ שֶׁעֲדַיִין הִיא בְּאַפּוֹ, וְהַטַּעַם כִּי הָרְשִׁימוֹת שֶׁל אוֹר הַמֹּוחִין שֶׁנִּסְתַּלְּקוּ בַּלַּיְלָה אֵינָם חוֹזְרִים לְהָאִיר מַמָּשׁ אֶלָּא עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל, וְאוֹר מְעַט שֶׁמְּאִירִים קֹודֶם תְּפִלָּה, בַּמֶּה נֶחְשָׁב הוּא לְעֵרֶךְ מַה שֶׁלְּאַחַר תְּפִלָּה, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, עַיֵּין שָׁם, וּלְפִי זֶה אָתֵי שַׁפִּיר הַיַּלְפוּתָא הָכִי, דְּמַשְׁמַע דְּאַיְירֵי קֹודֶם תְּפִלָּה, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָלֵיף מִכָּאן עַל הַשָּׁלוֹם, מִן תֵּיבַת לָכֶם דְּנִרְאֶה יֶתֶר, לְכָךְ מְפָרֵשׁ חִדְלוּ גַּם מִן הַשָּׁלוֹם שֶׁהוּא נִיתַּן לָכֶם, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ גָּדוֹל הַשָּׁלוֹם שֶׁנִּיתַּן לְיִשְׂרָאֵל שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים כט, יא) ה' יְבָרֵךְ אֶת עַמּוֹ בַשָּׁלוֹם. וְהָא דְּאִיכָּא קְפִידָא יוֹתֵר בְּשָׁלוֹם, הַייְנוּ כִּי הָאָדָם בְּסוֹף בִּרְכַּת הָעֲמִידָה שֶׁהִיא בִּרְכַּת הֶחָתוּם, מְבָרֵךְ שִׂים שָׁלוֹם וְכוּ' וְחוֹתֵם הַמְבָרֵךְ אֶת עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל בַּשָּׁלוֹם, וְגַם כְּשֶׁפּוֹסֵעַ מְבַקֵּשׁ עֲשֵׂה שָׁלוֹם בִּמְרוֹמָיו, הוּא יַעֲשֶׂה שָׁלוֹם עָלֵינוּ, נִמְצָא מְבַקֵּשׁ אֶת הַשָּׁלוֹם מֵאִיתּוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְאִם הוּא נוֹתֵן שָׁלוֹם לַחֲבֵירוֹ קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל, נִמְצָא זֶה אֵינוֹ צָרִיךְ לְבַקֵּשׁ שָׁלוֹם מִן הקב"ה כִּי הוּא יֵשׁ לוֹ שָׁלוֹם וְנוֹתֵן לַאֲחֵרִים גַּם כֵּן, לְכָךְ יֶאְשַׁם בְּכָךְ, וְנִרְאֶה לִי לְכָךְ אָמַר כְּאִלּוּ עֲשָׂאוֹ בָּמָה, מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, כִּי יָדוּעַ שֶׁהַשָּׁלוֹם אֲשֶׁר אֲנַחְנוּ מְבַקְּשִׁים בְּבִרְכַּת שִׂים שָׁלוֹם, הוּא נִמְשָׁךְ מִן יִחוּד הוי"ה אֶהְיֶה הַנַּעֲשֶׂה בִּקְרִיאַת שְׁמַע, וְיִחוּד זֶה שֶׁל הוי"ה [26] אהי"ה [21] מִסְפַּר מ"ז [47] , נֶהְפַּךְ מִסְפָּר זֶה שֶׁל מ"ז לְמִסְפַּר בַּמֶּה [47] שֶׁהַחֶשְׁבּוֹן מְכֻוָּון הֵיטֵיב, וּלְכָךְ אָמַר כְּאִלּוּ עֲשָׂאוֹ בָּמָה.
« Quiconque salue son prochain avant d'avoir prié. » Le Rif a objecté : d'où sait-on que le verset traite de celui qui salue avant la prière ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on le déduit de ce qui est dit (Yechaya 2, 22) « dont l'âme est dans ses narines ». Car l'homme, la nuit, confie son âme au Saint béni soit-Il, et au matin Il la lui rend ; elle entre par sa narine comme il en fut au moment de la création, ainsi qu'il est écrit (Berechit 2, 7) « et Il insuffla dans ses narines une âme de vie ». C'est pourquoi le verset dit « cessez de vous occuper de l'homme » au moment où l'âme est dans sa narine, lorsqu'elle lui revient au matin par le nez ; et de là il ressort qu'il s'agit d'avant la prière. J'ai vu ensuite dans le Zohar, parachat Tetsave (182a), ce qu'écrit là le Mikdach Melekh, et voici ses termes : « Le verset ‹ cessez de vous occuper de l'homme › me paraît être comme l'a dit le Maître, à savoir que la nechama (âme) qui revient au matin ne s'établit à sa place qu'après que l'on a prié. C'est ce qu'écrit le Maître : ‹ dont l'âme est dans ses narines › — qu'elle est encore dans sa narine. La raison en est que les rechimot (traces) de la lumière des mohin (facultés de l'intellect supérieur) qui se sont retirées la nuit ne reviennent réellement éclairer qu'après la prière ; et la faible lumière qu'elles donnent avant la prière, ‹ en quoi (bameh) est-elle comptée › au regard de ce qui vient après la prière. » Fin de citation, vois-y. Selon cela, la déduction se comprend bien ainsi : il ressort que le verset traite du temps qui précède la prière. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on tire d'ici le point qui concerne le chalom (salut, paix) du mot « lakhem » (« pour vous »), lequel paraît superflu ; c'est pourquoi on explique : cessez aussi du chalom qui vous a été donné, comme l'ont dit nos maîtres : grande est la paix, qui a été donnée à Israël, ainsi qu'il est dit (Tehilim 29, 11) « ה' bénira Son peuple par la paix ». Et si l'on est plus strict à l'endroit du chalom, c'est que l'homme, à la fin de la prière debout, dans la bénédiction qui la scelle, dit « Sim chalom » et scelle par « qui bénit Son peuple Israël par la paix » ; et lorsqu'il recule, il demande encore « Celui qui fait la paix dans Ses hauteurs, qu'Il fasse la paix sur nous ». Il se trouve donc qu'il demande la paix à Lui, béni soit-Il. Or s'il donne le chalom à son prochain avant d'avoir prié, il se trouve qu'il n'a pas besoin de demander la paix au Saint béni soit-Il, puisqu'il la détient déjà et qu'il la donne même à d'autres ; c'est en cela qu'il se rend coupable. Et il me semble que l'on dit pour cette raison « comme s'il en avait fait un bama », mesure pour mesure : car il est connu que la paix que nous demandons dans la bénédiction « Sim chalom » découle du yihoud (union) du Nom ה' et du Nom E-hyeh accompli dans la lecture du Chema ; ce yihoud de ה' (26) et de E-hyeh (21) donne le nombre 47, et ce nombre 47 se retourne en le nombre du mot « bama » (47), le compte tombant exactement juste. C'est pourquoi on dit « comme s'il en avait fait un bama ».
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַב כָּל הַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לַחֲבֵירוֹ קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל כְּאִילּוּ עֲשָׂאוֹ בָּמָה שֶׁנֶּאֱמַר חִדְלוּ לָכֶם מִן הָאָדָם אֲשֶׁר נְשָׁמָה בְּאַפּוֹ כִּי בַּמֶּה נֶחְשָׁב הוּא אַל תִּקְרֵי בַּמֶּה אֶלָּא בָּמָה וְדַוְקָא מַשְׁכִּים לְפִתְחוֹ. אֲבָל שֶׁאֵינוֹ מַשְׁכִּים לְפִתְחוֹ שָׁרִי דְּהִתְנָן בַּפְּרָקִים שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב שָׁלוֹם לְכָל אָדָם. אָמַר רַב יִצְחָק בַּר אַשְׁיָאן אָסוּר לְאָדָם לָצֵאת לַדֶּרֶךְ קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל שֶׁנֶּאֱמַר צֶדֶק לְפָנָיו יְהַלֵּךְ וְגוֹ'. וְאָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין כָּל הַמִּתְפַּלֵּל וְאַחַ"כּ יוֹצֵא לַדֶּרֶךְ הקב"ה עוֹשֶׂה לוֹ חֲפָצָיו שֶׁנֶּאֱמַר צֶדֶק לְפָנָיו יְהַלֵּךְ וְיָשֵׂם לְדֶרֶךְ פְּעָמָיו:
Rav a dit : quiconque salue son prochain avant d'avoir prié, c'est comme s'il en avait fait un bama, ainsi qu'il est dit « cessez de vous occuper de l'homme dont l'âme est dans ses narines, car en quoi (bameh) est-il compté » — ne lis pas « bameh » mais « bama ». Et cela vaut précisément pour celui qui se lève tôt pour aller à sa porte ; mais celui qui ne se lève pas tôt pour aller à sa porte, c'est permis, car nous avons appris dans la michna : aux intervalles il salue en raison de l'honneur et rend le salut à tout homme. Rav Yitshak bar Achyan a dit : il est interdit à l'homme de se mettre en route avant d'avoir prié, ainsi qu'il est dit « la justice marchera devant Lui, etc. ». Et Rav Idi bar Avin a dit : quiconque prie et se met ensuite en route, le Saint béni soit-Il accomplit ses affaires pour lui, ainsi qu'il est dit « la justice marchera devant Lui, et Il posera ses pas sur le chemin ».
גְּמ' אָמַר ר' אָבָהוּ אָמַר ר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה. וא"ר אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מ"ט דְּר' יְהוּדָה דִּכְתִיב וָהּ' אֱ-לֹהִים אֱמֶת. חוֹזֵר וְאוֹמֵר אֱמֶת אוֹ אֵינוֹ חוֹזֵר וְאוֹמֵר אֱמֶת פֵּירוּשׁ אִם שָׁהָה בֵּנְתַיִים. אֲבָל בְּלֹא שְׁהִייָּה פְּשִׁיטָא דְּלָא יֹאמַר פַּעֲמַייִם אֱמֶת. אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן חוֹזֵר וְאוֹמֵר אֱמֶת. רָבָא אָמַר אֵינוֹ חוֹזֵר וְאוֹמֵר אֱמֶת. וְהִלְכְתָא כְּרָבָא:
Guemara : Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Yehouda. Et Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Il est écrit « et ה' Elokim est vérité ». Revient-il dire « émet », ou ne revient-il pas dire « émet » ? — c'est-à-dire s'il s'est interrompu entre-temps ; car sans interruption, il est évident qu'il ne dira pas deux fois « émet ». Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il revient et dit « émet ». Rava dit : il ne revient pas dire « émet ». Et la halakha suit Rava.
💡 Explication

Bama désigne l'autel privé, licite avant la construction du Temple puis interdit. Le procédé du al tikri (« ne lis pas ainsi mais ainsi ») revocalise le mot bameh du verset en bama, sans en changer les lettres.

L'enjeu est un ordre de priorité. Le matin, avant la tefila, l'homme se tourne vers Hachem ; adresser d'abord son hommage à un autre revient à lui dresser un autel parallèle.

🖼️ Schéma
Le procédé du al tikri sur un même squelette de lettres Lecture reçue : bameh "en quoi est-il compté" — question rhétorique. Lecture de Rav : bama "un autel privé" — l'homme devient objet d'hommage. Ce qui reste commun : les mêmes consonnes du verset ; seule la vocalisation change. Chmouel : conserve la lecture reçue et lit le verset comme un reproche direct. Ben Yehoyada : l'âme revient au matin par les narines et ne se fixe qu'après la prière.
Les deux lectures du même mot du verset, et ce qu'elles engagent.
12
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בַּמֶּה חֲשַׁבְתּוֹ לָזֶה וְלֹא לָאֱלֹוהַּ?

Et Chmouel a dit : en quoi l'as-tu estimé, celui-là, et non D.ieu ?

📜 Rachi (1)
וּשְׁמוּאֵל לָא דְּרֵישׁ לְשׁוֹן בָּמָה אֶלָּא כְּמַשְׁמָעוֹ בַּמֶּה חֲשַׁבְתּוֹ לָזֶה שֶׁהִקְדַּמְתָּ כְּבוֹדוֹ לִכְבוֹדִי:
Il n'interprète pas le mot au sens de « bama » (autel), mais le prend dans son sens simple : en quoi l'as-tu estimé, celui-là, pour avoir mis son honneur avant le Mien ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בַּמֶּה חֲשַׁבְתּוֹ לָזֶה וְלֹא לָאֱלֹוהַּ? מַקְשִׁים, מַאי אִיכָּא בֵּין רַב לִשְׁמוּאֵל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַב טַעְמוֹ, מִשּׁוּם שֶׁהַשָּׁלוֹם הוּא שְׁמוֹ שֶׁל הקב"ה, וְאֵין רָאוּי שֶׁיַּזְכִּיר אוֹתוֹ לְצֹורֶךְ בָּשָׂר וָדָם קֹודֶם שֶׁיִּזְכְּרֶנּוּ לִפְנֵי הקב"ה, וְטַעַם זֶה מְפֹורָשׁ בַּפּוֹסְקִים וְשֻׁלְחָן עָרוּךְ סִי' פ"ט, אֲבָל שְׁמוּאֵל טַעְמוֹ מִשּׁוּם כָּבוֹד כֵּיוָן דְּמַשְׁכִּים לְפִתְחוֹ לָתֵת לוֹ שָׁלוֹם, הֲרֵי זֶה מַקְדִּים כְּבוֹד בָּשָׂר וָדָם לִכְבוֹד שָׁמַיִם, ונ"מ אִם לֹא יַזְכִּיר שָׁלוֹם אֶלָּא יֹאמַר לוֹ צַפְרָא וְכוּ', לְרַב מֻותָּר, וְלִשְׁמוּאֵל אָסוּר.
« Et Chmouel a dit : en quoi l'as-tu estimé, celui-là, et non D.ieu ? » On demande : quelle différence y a-t-il entre Rav et Chmouel ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de Rav tient à ceci que le chalom est un des Noms du Saint béni soit-Il, et il ne convient pas de le mentionner pour le besoin d'un être de chair et de sang avant de l'avoir mentionné devant le Saint béni soit-Il ; cette raison est explicitée chez les décisionnaires et dans le Choulhan Aroukh, siman 89. La raison de Chmouel tient à l'honneur : puisqu'il se lève tôt pour aller à sa porte lui donner le chalom, il fait passer l'honneur d'un être de chair et de sang avant l'honneur du Ciel. Conséquence pratique : s'il ne mentionne pas le mot chalom mais lui dit « bonjour », etc., pour Rav c'est permis, et pour Chmouel c'est interdit.
💡 Explication

Chmouel garde au mot son sens littéral et lit le verset comme un reproche adressé à celui qui a interverti l'ordre des honneurs. La faute tient au rang accordé, non à un acte assimilé à un culte.

13
מֵתִיב רַב שֵׁשֶׁת: בַּפְּרָקִים שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וּמֵשִׁיב!

Rav Chechet objecta : aux intervalles, il salue en raison de l'honneur et il répond !

📜 Rachi (1)
שׁוֹאֵל מִפְּנֵי הַכָּבוֹד וְהָא ק"ש קֹודֶם תְּפִלָּה הוּא וְקָתָנֵי שׁוֹאֵל:
Or la lecture du Chema précède la tefila, et la michna enseigne pourtant qu'il salue.
💡 Explication

L'objection tire sa force de la chronologie de l'office : la lecture du Chema précède la tefila. La michna autorise pourtant à saluer pendant cette lecture, donc avant d'avoir prié.

14
תַּרְגְּמָהּ רַבִּי אַבָּא: בְּמַשְׁכִּים לְפִתְחוֹ.

Rabbi Abba l'expliqua : il s'agit de celui qui se lève tôt pour aller à sa porte.

📜 Rachi (2)
תַּרְגְּמָהּ רַבִּי אַבָּא לְהָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָסְרִי:
Il a expliqué ainsi la parole de Rav et de Chmouel, qui interdisent.
בְּמַשְׁכִּים לְפִתְחוֹ אֲבָל פָּגְעוּ בַּדֶּרֶךְ שׁוֹאֵל:
Mais s'il l'a rencontré en chemin, il le salue.
🗂️ Tossefot (1)
בְּמַשְׁכִּים לְפִתְחוֹ וְכֵן הֲלָכָה אֲבָל פָּגְעוּ בְּאַקְרַאי מֻותָּר:
« Il s'agit de celui qui se lève tôt pour aller à sa porte » — telle est la halakha ; mais s'il l'a rencontré par hasard, c'est permis.
💡 Explication

La restriction sauve les deux textes. L'interdit de Rav et de Chmouel vise une démarche délibérée : se lever tôt et se rendre chez quelqu'un pour le saluer. La michna, elle, parle d'une rencontre survenue pendant la lecture.

Les Tossefot précisent que telle est la halakha retenue : la rencontre fortuite reste permise.

🖼️ Schéma
Deux situations distinguées par Rabbi Abba Machkim lepitho (se lever tôt pour sa porte) Démarche voulue, avant la tefila. Interdit : c'est là le cas de Rav et de Chmouel. Rencontre en chemin Survenue pendant la lecture du Chema. Permis : c'est là le cas de notre michna. Tossefot : telle est la halakha ; s'il l'a rencontré par hasard, c'est permis.
La distinction qui concilie la parole de Rav avec la michna.
15
אָמַר רַבִּי יוֹנָה אָמַר רַבִּי זֵירָא: כָּל הָעוֹשָׂה חֲפָצָיו קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל — כְּאִלּוּ בָּנָה בָּמָה. אָמְרוּ לוֹ ״בַּמֶּה״ אָמַרְתָּ? אֲמַר לְהוּ: לֹא, ״אָסוּר״ קָא אֲמִינָא.

Rabbi Yona a dit au nom de Rabbi Zira : quiconque vaque à ses affaires avant d'avoir prié, c'est comme s'il avait bâti un bama. Ils lui dirent : as-tu dit « bama » ?

Il leur dit : non, j'ai dit « c'est interdit ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: 'בָּמָה' קָאָמְרַתְּ? הָא דְּלָא נִתְעוֹרֵר בָּזֶה עַל דִּבְרֵי רַב, מִשּׁוּם דְּרַב קָאָמַר כְּאִלּוּ עֲשָׂאוֹ, וְדָמֵי לְכָל כְּאִלּוּ דְּנָקְטִי חֲכָמֵינוּ זַ"ל, הַכּוֹעֵס כְּעוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה, הַמִּתְגָּאֶה כְּאִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה, הַמַּלְבִּין כְּאִלּוּ שׁוֹפֵךְ דָּם, וְכֵן כַּיּוֹצֵא, דְּכַף הַדִּמְיוֹן אֵינוֹ מַמָּשׁ, אֲבָל עַל דִּבְרֵי רַבִּי יוֹנָה דְּאָמַר עֲשָׂאוֹ וְלֹא אָמַר כְּאִלּוּ, נִתְעוֹרֵר בַּמֶּה קָאָמְרַתְּ, שֶׁהוּא מַמָּשׁ דְּאֵיךְ יִתָּכֵן, וַהֲלֹא אֵין אָדָם אוֹסֵר דָּבָר שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ, וְהֵשִׁיב אִיסּוּר קָאָמֵינָא, שֶׁגַּם אֲנִי כִּוַּנְתִּי לוֹמַר כְּאִלּוּ עֲשָׂאוֹ:
« Il lui dit : as-tu dit ‹ bama › ? » Si l'on ne s'est pas étonné de la sorte sur les paroles de Rav, c'est que Rav a dit « comme s'il en avait fait », à l'instar de tous les « comme si » qu'emploient nos maîtres : celui qui se met en colère est comme celui qui sert l'idolâtrie ; celui qui s'enorgueillit est comme s'il servait l'idolâtrie ; celui qui fait pâlir son prochain est comme s'il versait le sang, et ainsi de suite. Le kaf de comparaison n'indique pas la chose réelle. Mais sur les paroles de Rabbi Yona, qui a dit « il en a fait » sans dire « comme si », on s'est étonné : « as-tu dit bama ? », c'est-à-dire réellement — et comment cela se pourrait-il, puisqu'un homme ne rend pas interdite une chose qui ne lui appartient pas ? Il répondit : « j'ai dit : c'est interdit », c'est-à-dire que mon intention était moi aussi de dire « comme s'il en avait fait ».
💡 Explication

La parole de Rabbi Yona étend au domaine des affaires personnelles ce que Rav disait du salut. Ses élèves le reprennent sur la formule et il ramène son propos à un interdit sans comparaison.

Le Ben Yehoyada explique la reprise : Rav avait dit « comme s'il en avait fait », avec la particule de comparaison, tandis que la formule rapportée à Rabbi Yona affirmait l'acte lui-même.

16
(וְכִדְרַב אִידִי בַּר אָבִין דְּאָמַר) רַב אִידִי בַּר אָבִין אָמַר רַב יִצְחָק בַּר אַשְׁיָאן: אָסוּר לוֹ לְאָדָם לַעֲשׂוֹת חֲפָצָיו קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צֶדֶק לְפָנָיו יְהַלֵּךְ וְיָשֵׂם לְדֶרֶךְ פְּעָמָיו״.

(Et comme l'a dit Rav Idi bar Avin) Rav Idi bar Avin a dit au nom de Rav Yitshak bar Achyan : il est interdit à l'homme de vaquer à ses affaires avant d'avoir prié, ainsi qu'il est dit : « La justice marchera devant Lui, et Il posera ses pas sur le chemin. »

📜 Rachi (2)
ה"ג אָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אַשְׁיָאן אָסוּר לְאָדָם לַעֲשׂוֹת חֲפָצָיו קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל:
Telle est la leçon à retenir : « Rav Idi bar Avin a dit au nom de Rav Yitshak bar Achyan : il est interdit à l'homme de vaquer à ses affaires avant d'avoir prié. »
צֶדֶק תְּפִלָּה שֶׁמַּצְדִּיקוֹ לְבוֹרְאוֹ וַהֲדַר וְיָשֵׂם פְּעָמָיו לְדַרְכֵי חֲפָצָיו:
« Tsedek » désigne la prière, par laquelle il reconnaît la justice de son Créateur ; et ensuite seulement « il posera ses pas » sur les chemins de ses affaires.
💡 Explication

Le verset (Tehilim 85, 14) fournit un appui à l'interdit. Rachi lit tsedek comme la prière, par laquelle l'homme reconnaît la justice de son Créateur ; « poser ses pas sur le chemin » désigne ensuite la sortie vers les affaires.

L'ordre du verset devient l'ordre de la journée : la prière d'abord, la route ensuite.

17
וְאָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין אָמַר רַב יִצְחָק בַּר אַשְׁיָאן: כָּל הַמִּתְפַּלֵּל וְאַחַר כָּךְ יוֹצֵא לַדֶּרֶךְ, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עוֹשֶׂה לוֹ חֲפָצָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צֶדֶק לְפָנָיו יְהַלֵּךְ וְיָשֵׂם לְדֶרֶךְ פְּעָמָיו״.

Et Rav Idi bar Avin a dit au nom de Rav Yitshak bar Achyan : quiconque prie et se met ensuite en route, le Saint béni soit-Il accomplit ses affaires pour lui, ainsi qu'il est dit : « La justice marchera devant Lui, et Il posera ses pas sur le chemin. »

💡 Explication

Le même verset reçoit une seconde lecture. Le sujet de « Il posera ses pas » devient Hachem, qui dispose la route de celui qui a prié d'abord.

Le folio place ainsi côte à côté l'interdit et sa contrepartie : le même verset porte la mise en garde et la promesse.

18
וְאָמַר רַבִּי יוֹנָה אָמַר רַבִּי זֵירָא: כָּל הַלָּן שִׁבְעַת יָמִים בְּלֹא חֲלוֹם נִקְרָא ״רַע״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׂבֵעַ יָלִין בַּל יִפָּקֶד רָע״, אַל תִּקְרֵי ״שֶׁבַע״ אֶלָּא ״שֶׁבַע״.

Et Rabbi Yona a dit au nom de Rabbi Zira : quiconque passe sept nuits sans rêve est appelé « mauvais » (ra), ainsi qu'il est dit : « Rassasié (save'a), il passera la nuit et ne sera pas visité par le mal » ; ne lis pas « save'a » mais « cheva » (sept).

📜 Rachi (1)
אַל תִּקְרֵי שֶׁבַע אֶלָּא שֶׁבַע יָלִין בַּל יִפָּקֶד מִן הַשָּׁמַיִם בַּחֲלוֹם הֲרֵי הוּא רַע לְכָךְ אֵין מַשְׁגִּיחִין לְפָקְדוֹ:
S'il passe sept nuits sans être visité du Ciel par un rêve, c'est qu'il est mauvais ; c'est pourquoi on ne prend pas garde à le visiter.
💡 Explication

Nouveau al tikri, sur le même squelette de lettres que précédemment : save'a (rassasié) relu cheva (sept). Le verset (Michlei 19, 23) est alors entendu ainsi : celui qui passe sept nuits sans être visité est « ra ».

Rachi explique le mécanisme : le rêve est une visite envoyée du Ciel ; son absence prolongée marque celui qu'on ne prend pas la peine de visiter.

19
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: הָכִי אָמַר רַבִּי חִייָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַמַּשְׂבִּיעַ עַצְמוֹ מִדִּבְרֵי תּוֹרָה וְלָן — אֵין מְבַשְּׂרִין אוֹתוֹ בְּשׂוֹרוֹת רָעוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׂבֵעַ יָלִין בַּל יִפָּקֶד רָע״.

Rav Aha, fils de Rabbi Hiya bar Abba, lui dit : ainsi a dit Rabbi Hiya au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque se rassasie de paroles de Torah et passe la nuit, on ne lui annonce pas de mauvaises nouvelles, ainsi qu'il est dit : « Rassasié, il passera la nuit et ne sera pas visité par le mal. »

💡 Explication

Rav Aha oppose à la lecture de Rabbi Yona la lecture reçue du même verset, sans revocalisation. « Rassasié » y garde son sens, applique à l'étude : celui qui s'endort empli de Torah est préservé des mauvaises nouvelles.

20
אֵלּוּ הֵן בֵּין הַפְּרָקִים וְכוּ׳.

« Voici les intervalles », etc.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אֵלּוּ הֵן בֵּין הַפְּרָקִים בֵּין בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה לַשְּׁנִיָּה. בֵּין שְׁנִיָּה לְשָׁמַע. בֵּין שְׁמַע לִוְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ. בֵּין וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ לְוַיֹּאמֶר. בֵּין וַיֹּאמֶר לֶאֱמֶת וְיַצִּיב. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר בֵּין וַיֹּאמֶר לֶאֱמֶת וְיַצִּיב לֹא יַפְסִיק. יֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק אִי בָּעֵי לְמֵימַר לֹא יַפְסִיק כְּלָל אֲפִילּוּ לְהָשִׁיב דַּחֲמִיר מִבָּאֶמְצַע הַפֶּרֶק. א"ד הַאי דְּקָאָמַר לֹא יַפְסִיק הַייְנוּ כְּדִין כָּל הַפְּרָקִים אֲבָל לָא חֲשִׁיב טְפֵי מִבָּאֶמְצַע הַפֶּרֶק. מִיהוּ נִרְאֶה מִדִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם וָהּ' אֱ-לֹהִים אֱמֶת דְּלָא יַפְסִיק כְּלָל אֶלָּא אוֹמֵר אֱמֶת וְיַצִּיב וְאַחַ"כּ יַפְסִיק כְּמוֹ בְּאֶמְצַע הַפֶּרֶק:
Michna : voici les intervalles — entre la première bénédiction et la seconde ; entre la seconde et le Chema ; entre le Chema et « Vehaya im chamoa » ; entre « Vehaya im chamoa » et « Vayomer » ; entre « Vayomer » et « Emet veyatsiv ». Rabbi Yehouda dit : entre « Vayomer » et « Emet veyatsiv », il n'interrompra pas. Il y a lieu d'hésiter : veut-il dire qu'il n'interrompra pas du tout, même pour répondre, ce qui serait plus grave qu'au milieu d'une section ? Ou bien ce qu'il dit, « il n'interrompra pas », signifie-t-il qu'il en va comme de la règle de tous les intervalles, sans que ce soit tenu pour plus grave qu'au milieu d'une section ? Il paraît toutefois, du fait qu'il en explique la raison par « et ה' Elokim est vérité », qu'il n'interrompra pas du tout, mais dira « Emet veyatsiv » et n'interrompra qu'ensuite, comme au milieu d'une section.
💡 Explication

Reprise de la michna par ses premiers mots, pour ouvrir la discussion sur la dernière clause : la controverse entre le premier tana et Rabbi Yehouda quant à l'intervalle entre « Vayomer » et « Emet veyatsiv ».

21
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר בֵּין ״אֱ-לֹהֵיכֶם״ לְ״אֱמֶת וְיַצִּיב״ לֹא יַפְסִיק. אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה — דִּכְתִיב:

Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Yehouda, qui a dit qu'entre « Elokeikhem » et « Emet veyatsiv » il n'interrompra pas. Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ?

Car il est écrit :

💡 Explication

La halakha est tranchée comme Rabbi Yehouda. Le dernier mot de la troisième section du Chema et le premier mot de la bénédiction qui suit forment ensemble la phrase du verset (Yirmiyahou 10, 10) ; les séparer par une interruption romprait cette phrase.

La citation du verset est coupée par la fin du folio et se poursuit au début de 14b.

🖼️ Schéma
La jonction entre la fin du Chema et Emet veyatsiv Fin de la 3e section ... Elokeikhem Bénédiction suivante Emet veyatsiv ... Verset reconstitué ... Elokim émet (Yirmiyahou 10, 10) Premier tana Cet endroit est un intervalle comme les autres. Rabbi Yehouda — halakha retenue Il n'interrompra pas : la phrase du verset serait coupée. Roch : il dira donc "Emet veyatsiv", puis pourra s'interrompre comme au milieu d'une section.
Pourquoi Rabbi Yehouda refuse l'interruption à cet endroit précis.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).