Sougya : Le folio s'ouvre sur la baraita qui confirme la lecture corrigée de la michna : pour Rabbi Meir la réponse au salut suit toujours le motif du salut, pour Rabbi Yehouda elle est plus large. De là, Ahai demande à Rabbi Hiya si l'on peut s'interrompre pendant le Hallel et la Meguila : le kal va-homer depuis le Chema, obligation de la Torah, contre le poids du persouméi nissa (publication du miracle) ; Rabba distingue les jours où l'individu achève le Hallel de ceux où il ne l'achève pas.
Une question parallèle, posée par Achyan à Rabbi Ami, porte sur celui qui jeûne et goûte un plat : a-t-il pris sur lui l'abstention de manger, ou l'abstention de tout plaisir ? Le folio passe ensuite à la parole de Rav sur celui qui salue son prochain avant d'avoir prié — comme s'il en avait fait un bama (autel privé) — discutée par Chmouel, objectée par Rav Chechet depuis notre michna, puis restreinte par Rabbi Abba au cas où l'on se lève tôt pour aller à sa porte ; de même pour celui qui vaque à ses affaires avant la prière.
Après une digression sur les sept nuits sans rêve, la guemara revient à la michna et tranche comme Rabbi Yehouda : on n'interrompt pas entre « Elokeikhem » et « Emet veyatsiv ».
Et aux intervalles — il salue en raison de l'honneur, et il rend le salut à tout homme.
Fin de la phrase de Rabbi Yehouda commencée au bas du folio précédent. Avec cette formulation, la controverse avec Rabbi Meir tient debout : Rabbi Yehouda autorise aux intervalles à rendre le salut à n'importe qui, la où Rabbi Meir fait toujours dépendre la réponse du même motif que le salut.
On a enseigné de même dans une baraita : celui qui lit le Chema et que rencontre son maître ou un homme plus grand que lui — aux intervalles, il salue en raison de l'honneur, et il va sans dire qu'il répond ; et au milieu, il salue en raison de la crainte, et il va sans dire qu'il répond. Paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Yehouda dit : au milieu — il salue en raison de la crainte et répond en raison de l'honneur ; et aux intervalles — il salue en raison de l'honneur et rend le salut à tout homme.
La baraita confirme la correction apportée à la michna par le hissourei mehassera (« il manque quelque chose »). Elle porte explicitement la formule « il va sans dire qu'il répond » dans les deux membres de l'avis de Rabbi Meir.
La controverse devient nette : pour Rabbi Meir, la réponse suit le motif du salut ; pour Rabbi Yehouda, elle est plus large que lui à chaque niveau.
Ahai, le tanna de la maison d'étude de Rabbi Hiya, demanda à Rabbi Hiya : pendant le Hallel et pendant la Meguila, qu'en est-il de s'interrompre ? Disons-nous un kal va-homer : pour la lecture du Chema, qui relève de la Torah, il s'interrompt ; pour le Hallel, qui relève des Sages, faut-il seulement le demander ?!
Ou bien peut-être la publication du miracle (persouméi nissa) l'emporte-t-elle ?
Tanna désigne ici le récitant attitré d'une maison d'étude, celui qui connaît par cœur les michnayot et les baraitot et les récite devant le maître. Ahai occupait cette fonction chez Rabbi Hiya.
La question oppose deux logiques. Le kal va-homer (raisonnement à fortiori) : ce que l'on autorise dans une obligation de la Torah, on l'autorise à plus forte raison dans une obligation rabbinique. En sens inverse, le persouméi nissa (publication du miracle) donne au Hallel et à la Meguila une exigence de continuité propre, que l'échelle Torah/Sages ne mesure pas.
Il lui dit : il s'interrompt, et il n'y a rien là. Rabba a dit : les jours où l'individu achève le Hallel, entre un chapitre et l'autre il s'interrompt, au milieu du chapitre il ne s'interrompt pas ; et les jours où l'individu n'achève pas le Hallel, même au milieu du chapitre il s'interrompt.
Rabbi Hiya tranche pour le kal va-homer : le persouméi nissa ne crée pas d'interdit d'interrompre. Rabba affine ensuite selon le degré d'obligation du jour.
Les jours où l'individu achève le Hallel sont les vingt et un jours de l'année où sa récitation complète est obligatoire ; le Hallel y reçoit alors la même structure d'intervalles que le Chema. Les autres jours, où sa récitation relève de la coutume et se fait en sautant des passages, l'interruption est ouverte partout.
Est-ce ainsi ?! Or Rav bar Chaba se trouva une fois devant Ravina, et c'était un des jours où l'individu n'achève pas le Hallel, et pourtant Ravina ne s'est pas interrompu pour lui !
Objection de fait contre Rabba : un cas rapporté montre un maître qui ne s'interrompt pas, précisément un jour où la règle de Rabba autorise l'interruption partout.
Rav bar Chaba est différent, car il n'avait pas de rang à ses yeux, aux yeux de Ravina.
La réponse laisse la règle de Rabba intacte. L'autorisation d'interrompre porte sur celui que l'on doit saluer en raison de l'honneur ou de la crainte ; Rav bar Chaba n'entrait pas, aux yeux de Ravina, dans cette catégorie, et le silence de Ravina ne prouve rien contre Rabba.
Achyan, le tanna de la maison d'étude de Rabbi Ami, demanda à Rabbi Ami : celui qui se trouve en jeûne, qu'en est-il pour goûter ? A-t-il pris sur lui de manger et de boire — et cela n'est pas le cas ici ; ou bien peut-être a-t-il pris sur lui le plaisir — et cela est bien le cas ici ?
Même forme de question que celle d'Ahai, posée par un tanna à son maître. Il s'agit de goûter un plat pour vérifier son assaisonnement pendant un jour de jeûne.
L'alternative porte sur le contenu de l'engagement : le jeûne vise-t-il l'acte de manger et boire, que la dégustation n'accomplit pas, ou vise-t-il la hanaa (le plaisir tiré de la nourriture), qui est déjà présente dans la dégustation ?
Il lui dit : il goûte, et il n'y a rien là. On a enseigné de même dans une baraita : la dégustation (mata'ameth) ne requiert pas de bénédiction, et celui qui se trouve en jeûne goûte, et il n'y a rien là.
La baraita apporte une confirmation double. Elle traite la dégustation comme un acte qui n'entre pas dans la catégorie de la consommation : elle n'appelle donc pas de bénédiction, et elle ne rompt pas le jeûne.
Rabbeinou Hananel, cité par les Tossefot et par le Roch, précise le cas : celui qui goûte recrache ensuite. C'est cette restitution qui retire à l'acte le caractère de hanaa.
Jusqu'à combien ?
La question fixe la limite quantitative de la permission. Un acte qui reste une dégustation en dessous d'un certain volume devient une consommation au-delà.
Rabbi Ami et Rabbi Assi goûtaient jusqu'à la mesure d'un revi'it.
Le revi'it est le quart d'un log, mesure de référence du droit talmudique pour les liquides. Elle sert ici de seuil : en deçà, l'acte reste une dégustation ; au-delà, le Roch le tient pour un plaisir quant au jeûne.
Rav a dit : quiconque salue son prochain avant d'avoir prié, c'est comme s'il en avait fait un bama (autel privé), ainsi qu'il est dit : « Cessez de vous occuper de l'homme dont l'âme est dans ses narines, car en quoi (bameh) est-il compté ? » Ne lis pas « bameh » mais « bama ».
Bama désigne l'autel privé, licite avant la construction du Temple puis interdit. Le procédé du al tikri (« ne lis pas ainsi mais ainsi ») revocalise le mot bameh du verset en bama, sans en changer les lettres.
L'enjeu est un ordre de priorité. Le matin, avant la tefila, l'homme se tourne vers Hachem ; adresser d'abord son hommage à un autre revient à lui dresser un autel parallèle.
Et Chmouel a dit : en quoi l'as-tu estimé, celui-là, et non D.ieu ?
Chmouel garde au mot son sens littéral et lit le verset comme un reproche adressé à celui qui a interverti l'ordre des honneurs. La faute tient au rang accordé, non à un acte assimilé à un culte.
Rav Chechet objecta : aux intervalles, il salue en raison de l'honneur et il répond !
L'objection tire sa force de la chronologie de l'office : la lecture du Chema précède la tefila. La michna autorise pourtant à saluer pendant cette lecture, donc avant d'avoir prié.
Rabbi Abba l'expliqua : il s'agit de celui qui se lève tôt pour aller à sa porte.
La restriction sauve les deux textes. L'interdit de Rav et de Chmouel vise une démarche délibérée : se lever tôt et se rendre chez quelqu'un pour le saluer. La michna, elle, parle d'une rencontre survenue pendant la lecture.
Les Tossefot précisent que telle est la halakha retenue : la rencontre fortuite reste permise.
Rabbi Yona a dit au nom de Rabbi Zira : quiconque vaque à ses affaires avant d'avoir prié, c'est comme s'il avait bâti un bama. Ils lui dirent : as-tu dit « bama » ?
Il leur dit : non, j'ai dit « c'est interdit ».
La parole de Rabbi Yona étend au domaine des affaires personnelles ce que Rav disait du salut. Ses élèves le reprennent sur la formule et il ramène son propos à un interdit sans comparaison.
Le Ben Yehoyada explique la reprise : Rav avait dit « comme s'il en avait fait », avec la particule de comparaison, tandis que la formule rapportée à Rabbi Yona affirmait l'acte lui-même.
(Et comme l'a dit Rav Idi bar Avin) Rav Idi bar Avin a dit au nom de Rav Yitshak bar Achyan : il est interdit à l'homme de vaquer à ses affaires avant d'avoir prié, ainsi qu'il est dit : « La justice marchera devant Lui, et Il posera ses pas sur le chemin. »
Le verset (Tehilim 85, 14) fournit un appui à l'interdit. Rachi lit tsedek comme la prière, par laquelle l'homme reconnaît la justice de son Créateur ; « poser ses pas sur le chemin » désigne ensuite la sortie vers les affaires.
L'ordre du verset devient l'ordre de la journée : la prière d'abord, la route ensuite.
Et Rav Idi bar Avin a dit au nom de Rav Yitshak bar Achyan : quiconque prie et se met ensuite en route, le Saint béni soit-Il accomplit ses affaires pour lui, ainsi qu'il est dit : « La justice marchera devant Lui, et Il posera ses pas sur le chemin. »
Le même verset reçoit une seconde lecture. Le sujet de « Il posera ses pas » devient Hachem, qui dispose la route de celui qui a prié d'abord.
Le folio place ainsi côte à côté l'interdit et sa contrepartie : le même verset porte la mise en garde et la promesse.
Et Rabbi Yona a dit au nom de Rabbi Zira : quiconque passe sept nuits sans rêve est appelé « mauvais » (ra), ainsi qu'il est dit : « Rassasié (save'a), il passera la nuit et ne sera pas visité par le mal » ; ne lis pas « save'a » mais « cheva » (sept).
Nouveau al tikri, sur le même squelette de lettres que précédemment : save'a (rassasié) relu cheva (sept). Le verset (Michlei 19, 23) est alors entendu ainsi : celui qui passe sept nuits sans être visité est « ra ».
Rachi explique le mécanisme : le rêve est une visite envoyée du Ciel ; son absence prolongée marque celui qu'on ne prend pas la peine de visiter.
Rav Aha, fils de Rabbi Hiya bar Abba, lui dit : ainsi a dit Rabbi Hiya au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque se rassasie de paroles de Torah et passe la nuit, on ne lui annonce pas de mauvaises nouvelles, ainsi qu'il est dit : « Rassasié, il passera la nuit et ne sera pas visité par le mal. »
Rav Aha oppose à la lecture de Rabbi Yona la lecture reçue du même verset, sans revocalisation. « Rassasié » y garde son sens, applique à l'étude : celui qui s'endort empli de Torah est préservé des mauvaises nouvelles.
« Voici les intervalles », etc.
Reprise de la michna par ses premiers mots, pour ouvrir la discussion sur la dernière clause : la controverse entre le premier tana et Rabbi Yehouda quant à l'intervalle entre « Vayomer » et « Emet veyatsiv ».
Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Yehouda, qui a dit qu'entre « Elokeikhem » et « Emet veyatsiv » il n'interrompra pas. Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ?
Car il est écrit :
La halakha est tranchée comme Rabbi Yehouda. Le dernier mot de la troisième section du Chema et le premier mot de la bénédiction qui suit forment ensemble la phrase du verset (Yirmiyahou 10, 10) ; les séparer par une interruption romprait cette phrase.
La citation du verset est coupée par la fin du folio et se poursuit au début de 14b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).