Berakhot 14b — La jonction du Chema et de émet, la section des tsitsit le soir, l'ordre des trois sections, et le Chema lu sans tefilin

Berakhot 14b

Sougya : Le folio s'ouvre sur le mot émet (vérité) qui soude la fin du Chema à la bénédiction suivante : faut-il le dire deux fois ? Rabbi Yo'hanan dit oui, Rabba dit non, et le Roch tranche comme Rava.

Vient ensuite l'usage de Terre d'Israël, qui abrège la section des tsitsit le soir puisque la mitsva des tsitsit ne vaut pas la nuit : Abaye objecte à partir de la règle de Rav — on ne commence pas, mais si l'on a commencé on achève — et l'on discute du mot qui constitue un commencement. La michna de Rabbi Yehochoua ben Korha sur l'ordre des trois sections est ensuite doublée par la baraita de Rabbi Chimon ben Yohai, qui classe les sections selon l'étude, l'enseignement et l'accomplissement.

Le folio s'achève sur la conduite de Rav, qui lisait le Chema avant de mettre les tefilin, et sur la parole de Oulla : lire le Chema sans tefilin, c'est porter contre soi-même un faux témoignage.

Le mot émet à la jonction du Chema et de la bénédiction Fin du Chema : ... Ani Hachem Elokekhem (Je suis Hachem votre D.ieu) Début de la bénédiction : Emet veyatsiv (Vérité et solidité) Le verset de Jérémie soude les deux : "et Hachem, D.ieu, est vérité". D'où la question : le mot émet une fois pour clore le Chema, puis une seconde fois pour ouvrir la bénédiction ? Rabbi Abahou au nom de Rabbi Yo'hanan Il répète et dit émet. Le mot appartient aux deux : il clôt et il ouvre. Rabba Il ne répète pas. Un seul émet sert de charnière. Halakha (Roch) : comme Rava - on ne répète pas. La question ne se pose d'ailleurs que si l'on a marqué une pause entre les deux ; sans pause, il va de soi qu'on ne le dit pas deux fois.
Un seul émet ou deux : la controverse de la jonction, et la décision retenue.
La section des tsitsit le soir : commencer, abréger, achever ? Donnée de départ : la mitsva des tsitsit ne vaut pas la nuit. La troisième section du Chema semble donc sans objet le soir - mais elle contient la sortie d'Égypte, qu'il faut mentionner. Usage de Terre d'Israël On dit le début : "Parle aux enfants d'Israël et dis-leur", puis on saute à la fin : "Je suis Hachem votre D.ieu" - émet. Objection d'Abaye Rav Kahana au nom de Rav : on ne commence pas ; mais si l'on a commencé, on achève. Or ils commencent et n'achèvent pas. Quel mot constitue un commencement ? Daber el bnei Israël Rav : ce n'est pas un commencement. Ve-amarta alehem Rav : c'est déjà un commencement. Ve-assou lahem tsitsit Rav Papa : pour la Terre d'Israël, seul ce mot ouvre. Conclusion d'Abaye pour Babylone Puisqu'on commence en Terre d'Israël, nous commençons aussi ; et puisque nous avons commencé, nous achevons - car Rav a dit : s'il a commencé, il achève. D'où notre usage de lire toute la section.
De l'usage abrégé de Terre d'Israël à la lecture intégrale en Babylonie.
Pourquoi les trois sections sont dans cet ordre : deux raisons 1. Chema Deutéronome 6 2. Vehaya im chamoa Deutéronome 11 3. Vayomer (tsitsit) Nombres 15 Rabbi Yehochoua ben Korha (michna) On accepte d'abord le joug de la royauté du Ciel (Chema), ensuite le joug des mitsvot (Vehaya im chamoa). L'ordre suit la hiérarchie de l'acceptation. Rabbi Chimon ben Yohai (baraita) : par contenu décroissant Chema : étudier + enseigner + accomplir Vehaya im chamoa : enseigner + accomplir Vayomer : accomplir seulement Les deux raisons ne s'opposent pas : la guemara dit "il en énonce une, et une autre encore".
Les deux explications de l'ordre des sections, et leur articulation.
1
״וָהּ׳ אֱ-לֹהִים אֱמֶת״.

« Et Hachem, D.ieu, est vérité ».

📜 Rachi (1)
וָהּ' אֱ-לֹהִים אֱמֶת לְכָךְ אֵין מַפְסִיקִין בֵּין אֲנִי ה' אֱ-לֹהֵיכֶם לֶאֱמֶת:
C'est pourquoi on n'interrompt pas entre « Je suis Hachem votre D.ieu » et « émet ».
💡 Explication

Fin de la déduction commencée au folio précédent : le verset de Jérémie (10, 10) accole le nom divin au mot émet (vérité). De là, on apprend que le dernier mot du Chema, « Je suis Hachem votre D.ieu », doit se prolonger sans coupure par le mot émet qui ouvre la bénédiction suivante.

2
חוֹזֵר וְאוֹמֵר ״אֱמֶת״, אוֹ אֵינוֹ חוֹזֵר וְאוֹמֵר ״אֱמֶת״?

Répète-t-il et dit-il « émet », ou bien ne répète-t-il pas et ne dit-il pas « émet » ?

💡 Explication

La question porte sur la jonction. Celui qui achève le Chema par « Je suis Hachem votre D.ieu » ajoute déjà le mot émet pour respecter le verset. Doit-il ensuite le redire pour ouvrir la bénédiction Émet veyatsiv, ou ce mot unique sert-il à la fois de conclusion et d'ouverture ?

Le Roch précise plus loin que la question ne se pose que si l'on a marqué une pause entre les deux ; sans pause, il va de soi qu'on ne le dit pas deux fois de suite.

3
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: חוֹזֵר וְאוֹמֵר ״אֱמֶת״. רַבָּה אָמַר: אֵינוֹ חוֹזֵר וְאוֹמֵר ״אֱמֶת״. הַהוּא דְּנָחִית קַמֵּיהּ דְּרַבָּה. שְׁמַעְיָה רַבָּה דְּאָמַר ״אֱמֶת״ ״אֱמֶת״ תְּרֵי זִימְנֵי. אָמַר רַבָּה: כָּל ״אֱמֶת״ ״אֱמֶת״ תַּפְסֵיהּ לְהַאי.

Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il répète et dit « émet ». Rabba a dit : il ne répète pas et ne dit pas « émet ».

Un homme descendit devant l'arche en présence de Rabba ; Rabba l'entendit dire « émet », « émet » deux fois. Rabba dit : tout le « émet, émet » a saisi celui-là.

📜 Rachi (1)
כֹּל אֱמֶת אֱמֶת תַּפְסֵיהּ לְהַאי רִיהֲטָא שֶׁל אֱמֶת תְּפָסַתּוּ לָזֶה:
Le débit précipité du mot « émet » s'est emparé de cet homme.
⚖️ Rosh (2)
גְּמ' אָמַר ר' אָבָהוּ אָמַר ר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה. וא"ר אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מ"ט דְּר' יְהוּדָה דִּכְתִיב וָהּ' אֱ-לֹהִים אֱמֶת. חוֹזֵר וְאוֹמֵר אֱמֶת אוֹ אֵינוֹ חוֹזֵר וְאוֹמֵר אֱמֶת פֵּירוּשׁ אִם שָׁהָה בֵּנְתַיִים. אֲבָל בְּלֹא שְׁהִייָּה פְּשִׁיטָא דְּלָא יֹאמַר פַּעֲמַייִם אֱמֶת. אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן חוֹזֵר וְאוֹמֵר אֱמֶת. רָבָא אָמַר אֵינוֹ חוֹזֵר וְאוֹמֵר אֱמֶת. וְהִלְכְתָא כְּרָבָא:
Guemara : Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Yehouda. Et Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quel est le motif de Rabbi Yehouda ? Car il est écrit « et Hachem, D.ieu, est vérité ». « Répète-t-il et dit-il émet, ou ne répète-t-il pas et ne dit-il pas émet ? » — cela signifie : s'il a marqué une pause entre les deux ; mais sans pause, il va de soi qu'il ne dira pas deux fois « émet ». Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il répète et dit « émet ». Rava a dit : il ne répète pas et ne dit pas « émet ». Et la halakha suit Rava.
מַתְנֵי' הָאֻומָּנִין קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן וּבְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ מַה שֶׁאֵין רַשָּׁאִין לַעֲשׂוֹת כֵּן בִּתְפִלָּה:
Michna : les artisans lisent le Chema au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de maçonnerie (nidbakh), ce qu'ils n'ont pas le droit de faire pour la tefila.
💡 Explication

Deux positions : pour Rabbi Yo'hanan, le mot est répété, chaque occurrence ayant sa fonction propre ; pour Rabba, un seul mot suffit.

La remarque de Rabba sur l'officiant est ironique : l'homme s'est laissé emporter par le mot lui-même, comme si le mot l'avait pris et ne le lâchait plus.

4
אָמַר רַב יוֹסֵף: כַּמָּה מְעַלְּיָא הָא שְׁמַעְתְּתָא, דְּכִי אֲתָא רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה אָמַר: אָמְרִי בְּמַעֲרָבָא עַרְבִית — ״דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם אֲנִי ה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם אֱמֶת״.

Rav Yossef a dit : combien cette tradition est excellente ! Car lorsque Rav Chemouel bar Yehouda arriva, il rapporta : on dit en Occident (en Terre d'Israël), le soir : « Parle aux enfants d'Israël et dis-leur...

Je suis Hachem votre D.ieu » — vérité.

📜 Rachi (1)
הָא שְׁמַעְתָּתָא דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה אֲמַר אָמְרִי בְּמַעְרְבָא וְכוּ'. ק"ש שֶׁל עַרְבִית אֵין קוֹרִין בָּהּ פָּרָשַׁת צִיצִית כֻּולָּהּ לְפִי שֶׁאֵין מִצְוַת צִיצִית בַּלַּיְלָה אֲבָל מַתְחִילִין אוֹתָהּ וּמַפְסִיקִים בָּהּ וּמְדַלְּגִים וְאוֹמְרִים אֲנִי ה' אֱ-לֹהֵיכֶם אֱמֶת:
Celle de Rav Chemouel bar Yehouda, qui a dit : on dit en Occident, etc. Dans la lecture du Chema du soir, on ne lit pas toute la section des tsitsit, puisque la mitsva des tsitsit ne vaut pas la nuit ; mais on la commence, on s'y interrompt, on saute, et l'on dit « Je suis Hachem votre D.ieu — vérité ».
💡 Explication

La troisième section du Chema traite des tsitsit, dont la mitsva ne vaut pas la nuit. En Terre d'Israël on la lisait donc le soir sous forme abrégée : le premier membre du verset d'ouverture, puis un saut jusqu'au dernier membre, « Je suis Hachem votre D.ieu », suivi de émet.

Maarava (l'Occident) désigne la Terre d'Israël du point de vue de la Babylonie.

5
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: מַאי מְעַלְּיוּתָא? וְהָא אָמַר רַב כָּהֲנָא אָמַר רַב: לֹא יַתְחִיל, וְאִם הִתְחִיל — גּוֹמֵר. וְכִי תֵּימָא ״וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם״ לָא הָוֵי הַתְחָלָה — וְהָאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק אָמַר רַב: ״דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״ לָא הָוֵי הַתְחָלָה, ״וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם״ הָוֵי הַתְחָלָה.

Abaye lui dit : qu'y a-t-il d'excellent ? Rav Kahana n'a-t-il pas dit au nom de Rav : il ne commencera pas, et s'il a commencé, il achève ?

Et si tu dis que « et dis-leur » ne constitue pas un commencement — Rav Chemouel bar Yitshak n'a-t-il pas dit au nom de Rav : « Parle aux enfants d'Israël » ne constitue pas un commencement, « et dis-leur » constitue un commencement ?

📜 Rachi (1)
לֹא יַתְחִיל אֵין צָרִיךְ לְהַתְחִיל וְיֹאמַר עַרְבִית:
Il ne commencera pas — il n'a pas besoin de commencer et de la dire le soir.
💡 Explication

Abaye oppose à l'usage rapporté une règle de Rav : ou bien l'on s'abstient entièrement de la section des tsitsit le soir, ou bien, l'ayant entamée, on la mène à son terme. L'usage décrit fait exactement ce qui est exclu : il commence et n'achève pas.

Une échappatoire serait de dire que les mots prononcés ne comptent pas comme un commencement. Mais Rav lui-même a fixé le seuil : daber el bnei Israël ne compte pas, car c'est une formule d'introduction fréquente dans la Torah ; ve-amarta alehem compte déjà.

🖼️ Schéma
Le seuil du commencement dans la section des tsitsit Daber el bnei Israël Parle aux enfants d'Israël Ve-amarta alehem et dis-leur Ve-assou lahem tsitsit et qu'ils se fassent des tsitsit Rav (Babylonie) : pas encore commencé commencement : il faut donc achever la section Rav Papa (usage de Terre d'Israël) : pas encore commencé - on peut s'arrêter et sauter à la fin commencement
Où passe la ligne du commencement, selon Rav et selon l'usage de Terre d'Israël.
6
אָמַר רַב פָּפָּא: קָסָבְרִי בְּמַעֲרָבָא ״וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם״ נָמֵי לָא הָוְיָא הַתְחָלָה עַד דְּאָמַר ״וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִית״.

Rav Papa a dit : ils tiennent, en Occident, que « et dis-leur » non plus ne constitue pas un commencement, tant qu'il n'a pas dit « et qu'ils se fassent des tsitsit ».

💡 Explication

Rav Papa dénoue l'objection : l'usage de Terre d'Israël repose sur un seuil différent. Le commencement de la section ne s'établit qu'au moment où l'on prononce le contenu propre de la mitsva, ve-assou lahem tsitsit. Tant que l'on n'y est pas parvenu, on peut s'interrompre et sauter à la conclusion sans avoir rien commencé.

7
אָמַר אַבַּיֵּי: הִלְכָּךְ, אֲנַן אַתְחוֹלֵי מַתְחֲלִינַן, דְּקָא מַתְחֲלִי בְּמַעֲרָבָא, וְכֵיוָן דְּאַתְחֲלִינַן — מִגְמָר נָמֵי גָּמְרִינַן. דְּהָא אָמַר רַב כָּהֲנָא אָמַר רַב לֹא יַתְחִיל, וְאִם הִתְחִיל גּוֹמֵר.

Abaye dit : dès lors, nous, nous commençons bien, puisqu'on commence en Occident ; et puisque nous avons commencé, nous achevons aussi, car Rav Kahana a dit au nom de Rav : il ne commencera pas, et s'il a commencé, il achève.

📜 Rachi (1)
אַתְחוֹלֵי מַתְחֲלִינַן דְּהָא מַתְחֲלִי בְּמַעֲרָבָא:
Nous commençons bien — puisqu'on commence en Occident.
💡 Explication

Abaye tire de la réponse de Rav Papa une conséquence pratique pour la Babylonie, en combinant les deux seuils. Du côté de la Terre d'Israël, on voit qu'il est légitime d'entamer les premiers mots le soir ; du côté de Rav, ces mêmes mots comptent déjà comme un commencement, et ce qui a été commencé doit être achevé.

De là vient l'usage de lire intégralement la section des tsitsit le soir, alors même que la mitsva ne s'applique pas la nuit.

8
חִייָּא בַּר רַב אָמַר: אָמַר ״אֲנִי ה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם״, צָרִיךְ לוֹמַר ״אֱמֶת״. לֹא אָמַר ״אֲנִי ה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם״ — אֵינוֹ צָרִיךְ לוֹמַר ״אֱמֶת״.

Hiya bar Rav a dit : s'il a dit « Je suis Hachem votre D.ieu », il doit dire « émet ». S'il n'a pas dit « Je suis Hachem votre D.ieu », il n'a pas besoin de dire « émet ».

📜 Rachi (2)
אָמַר אֲנִי ה' אֱ-לֹהֵיכֶם דְּהַייְנוּ פָּרָשַׁת צִיצִית:
C'est-à-dire la section des tsitsit.
צָרִיךְ לוֹמַר אֱמֶת כְּדִכְתִיב וָהּ' אֱ-לֹהִים אֱמֶת:
Il doit dire « émet » — comme il est écrit « et Hachem, D.ieu, est vérité ».
⚖️ Rosh (1)
ר"ג אוֹמֵר עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר אָמַר ר"י אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כר"ג וְאֵין צָרִיךְ לְהַחְמִיר וּלְהַרְחִיק עַד חֲצוֹת לְגַבֵּי ק"ש כְּמוֹ לִשְׁאָר דְּבָרִים דְּהָא חֲכָמִים לָא פְלִיגִי עָלֶיהָ דר"ג אֶלָּא בִּסְיָיג כְּדֵי לְהַרְחִיק אֶת הָאָדָם מִן הָעֲבֵירָה ור"ג לֹא מַצְרִיךְ לְהַרְחִיק מ"מ אֵין לוֹ לֶאֱכֹול וְלֹא לְשַׁנּוֹת ס"א לִשְׁתּוֹת עַד שֶׁיִּקְרָא וְיִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יַחְטְפֶנּוּ שֵׁינָה. תַּנְיָא ר"ש בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּלַּיְלָה. אַחַת קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְאַחַת לְאַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה. הָא גּוּפָא קַשְׁיָא אָמְרַתְּ פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּלַּיְלָה אַחַת קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְאַחַת אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר אַלְמָא אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר לַיְלָה הוּא. וַהֲדַר אָמְרַתְּ וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה אַלְמָא יוֹם הוּא. לְעוֹלָם לַיְלָה הוּא. וְהָא דְּנָפֵיק בֵּיהּ בְּדִימָמָא. מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּקָייְמִי בְּהַהוּא שַׁעְתָּא. לְעוֹלָם לַיְלָה הוּא פֵּירוּשׁ בִּלְשׁוֹן הָעוֹלָם נִקְרָא לַיְלָה לְפִי שֶׁעֲדַייִן לֹא הֵאִיר הַיּוֹם. ואע"פ שֶׁהוּא חָשׁוּב יוֹם לְכָל אוֹתָן שֶׁמִּצְוָתָן בַּיּוֹם כִּדְאִיתָא בִּמְגִילָּה דַּף כ. וְכֻולָּן שֶׁעֲשָׂאָן מִשֶּׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר יָצָא. מ"מ לְכַתְּחִלָּה אֵין לַעֲשׂוֹתָהּ מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כַּלַּיְלָה. וְכֵן לְעִנְיַן ק"ש נָמֵי לַיְלָה הוּא לְמִי שֶׁמֵּרֹוב אֹונֶס לֹא הָיָה יָכוֹל לִקְרוֹת בַּלַּיְלָה יָכוֹל לִקְרוֹת אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. מִיהוּ כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּקָיְימִי בְּהַהִיא שַׁעְתָּא מִיקְּרֵי זְמַן קִימָה לִקְרוֹת בּוֹ לְמִי שֶׁצָּרִיךְ לְהַחְזִיק בַּדֶּרֶךְ אוֹ כַּיּוֹצֵא בוֹ דְּבָרִים אֲחֵרִים שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִקְרוֹת בִּזְמַנּוֹ. וְכִי תֵּימָא כֵּיוָן דְּיוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בִּקְרִיאָה שֶׁל עַרְבִית אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר אַמַּאי תָּנֵי ר"ש בֶּן יוֹחַי פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּלַּיְלָה אַחַת קֹודֶם עַמּוּד הַשַּׁחַר לְאַשְׁמְעִינַן רְבוּתָא טְפֵי דְּיוֹצֵא בק"ש שֶׁל עַרְבִית אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. וְנִרְאֶה לְפִי שֶׁרוֹצֶה לְהַשְׁמִיעֵנוּ שֶׁקּוֹרֵא אָדָם ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים סְמוּכִין זֶה לָזֶה וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה. וּלְהָכִי הֻוצְרַךְ לוֹמַר בְּאוֹתוֹ שֶׁל עַרְבִית קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר דְּאִם אֵירְעוֹ אֹונֶס שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לִקְרוֹת בַּלַּיְלָה וְגַם צָרִיךְ לְהַחְזִיק בַּדֶּרֶךְ וְאֵינוֹ יָכוֹל לִקְרוֹת בִּזְמַנּוֹ לֹא מִסְתַּבְּרָא שֶׁיִּקְרָא שֶׁל עַרְבִית וְשֶׁל שַׁחֲרִית אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר אע"פ שֶׁיָּכוֹל לִקְרוֹת שֶׁל עַרְבִית לְבַדָּהּ אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וּלְהָכִי תָּנֵי אַחַת קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. א"ר אֲחָא ב"ח אַרִיבָּ"ל הֲלָכָה כְּר"ש בֶּן יוֹחַי: אִיכָּא דְמַתְנֵי לַהּ לְהָא דָּר' אַחָא בַּר חֲנִינָא אַהָא דְּתַנְיָא ר"ש בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר מִשּׁוּם ר"ע פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּיּוֹם אַחַת קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה וְאַחַת אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה וְיוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וַאֲתָת שֶׁל לַיְלָה. הָא גּוּפָא קַשְׁיָא אָמְרַתְּ פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּיּוֹם אַחַת קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה אַלְמָא קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה יְמָמָא. וַהֲדַר אָמְרַתְּ וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל לַיְלָה. אַלְמָא לֵילְיָא הוּא. לְעוֹלָם יְמָמָא הוּא וְהָא דְּנָפֵיק בָּהּ בִּדְלֵילְיָא. מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּגָנוּ בְּהַהִיא שַׁעְתָּא. לְעוֹלָם יְמָמָא פֵּירוּשׁ בִּלְשׁוֹן הָעוֹלָם נִקְרָא יוֹם קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה לְפִי שֶׁכְּבָר הֵאִיר הַיּוֹם קְצָת וְגַם חֲשִׁיב יוֹם בְּדִיעֲבַד לְכָל אוֹתָן שֶׁמִּצְוָתָן בַּיּוֹם. וְהָא דְּנָפֵיק בָּהּ בִּדְלֵילְיָא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּגָנוּ בְּהַהִיא שַׁעְתָּא הִילְכָּךְ מִי שֶׁנֶּאֱנַס וְלֹא הָיָה יָכוֹל לִקְרוֹת בַּלַּיְלָה יָכוֹל לִקְרוֹת עַד הָנֵץ הַחַמָּה. וְעַתָּה לָא פְלִיגִי הָנֵי תְּרֵי בָּרָיְיתוֹת אַהֲדָדֵי. הָא דְּתָנֵי ר"ש אַלִּיבָּא דְּנַפְשֵׁיהּ וְהָא דְּתָנֵי אַלִּיבָּא דר"ע. וְכֵן דר"ג דְּמַתְנִי' דק"ש שֶׁל עַרְבִית דַּווְקָא עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר הֵיכָא דְּלָא אַנִּים. אֲבָל אִם אֲנִיס יָכוֹל לִקְרוֹת עַד הָנֵץ הַחַמָּה. וּבָנָיו שֶׁל ר"ג לֹא הָיוּ אֲנוּסִים אֶלָּא נִמְשַׁךְ לִבָּם אַחַר הַמִּשְׁתֶּה וְהַאי דְּקָאָמַר אַלִּיבָּא דר"ע דק"ש שֶׁל שַׁחֲרִית לְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה דַּוְוקָא הֵיכָא דְּלָא אַנִּים וְאִי תִּיקְשֵׁי לָךְ הָא לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף ט:) קָאָמַר ר"ע מִשֶּׁיַּכִּיר בֵּין חֲמוֹר לְעָרוֹד. וצ"ל דִּתְרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דר"ע אִי נָמֵי הָא דְּקָאָמַר אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה לָאו דַּוְוקָא דה"ה נָמֵי קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה אֶלָּא נְקַט אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה לְאַשְׁמְעִינַן דִּלְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה אֵינוֹ יָכוֹל לִקְרוֹת ק"ש שֶׁל עַרְבִית אֲפִילּוּ אַחַר שֶׁנֶּאֱנַס. אָמַר רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא אַרִיבָּ"ל הֲלָכָה כְּדִבְרֵי ר"ש שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר"ע. וּכְסֻוגְיָא הַזּוֹ פֵּירֵשׁ גַּם רַב אִלְפָּס זַ"ל. א"ר זֵירָא וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יֹאמַר הַשְׁכִּיבֵנוּ פירש"י הַקּוֹרֵא ק"ש שֶׁל לַיְלָה שַׁחֲרִית סָמוּךְ לְעַמּוּד הַשַּׁחַר לֹא יֹאמַר הַשְׁכִּיבֵנוּ. שֶׁאֵין עַתָּה זְמַן תְּחִלַּת שְׁכִיבָה אֶלָּא זְמַן סוֹף הַשְּׁכִיבָה. וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּלָא קָאֵי אֶלָּא אַהֵיכָא שֶׁקָּרָא אַחַר שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר. אֲבָל קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר יָכוֹל לוֹמַר הַשְׁכִּיבֵנוּ. וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּקָבַע מִילְּתֵיהּ דְּר' זֵירָא בָּתַר בָּרַייְתָא דְּר"ש בֶּן יוֹחַי. וה"ר יִצְחָק גִּיאָת זַ"ל כָּתַב לֹא שֶׁלֹּא יֹאמַר כָּל הַבְּרָכָה דְּהָא בָּעֵי לְמֵימַר שְׁתַּיִם לְאַחֲרֶיהָ. אֶלָּא שֶׁלֹּא יֹאמַר אֵלּוּ הַמִּלּוֹת הַשְׁכִּיבֵנוּ ה' אֱ-לֹהֵינוּ לְשָׁלוֹם אֶלָּא מַתְחִיל וְתַקְּנֵנוּ בְּעֵצָה טוֹבָה מִלְּפָנֶיךָ. וְאֵין מַשְׁמַע כְּפֵירוּשׁוֹ דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לַגְּמָרָא לְפָרוֹשֵׁי כְּדִלְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּרָכוֹת דַּף יד:) דְּקָאָמַר לֹא אָמַר אֲנִי ה' אֱ-לֹהֵיכֶם אֵינוֹ צָרִיךְ לוֹמַר אֱמֶת וּמְפָרֵשׁ גְּמָרָא הֵיאַךְ יֹאמַר הַבְּרָכָה:
Rabban Gamliel dit : jusqu'à ce que monte l'aube (amoud hachahar). Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la halakha suit Rabban Gamliel, et il n'y a pas lieu d'être rigoureux et de s'en tenir éloigné jusqu'à minuit pour la lecture du Chema comme pour les autres choses, car les Sages ne divergent de Rabban Gamliel qu'au titre d'une haie protectrice (seyag), afin d'éloigner l'homme de la faute, et Rabban Gamliel n'exige pas cet éloignement. Néanmoins, il ne doit ni manger ni étudier — autre version : ni boire — avant d'avoir lu et prie, de peur que le sommeil ne le surprenne. Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit : il arrive qu'un homme lise le Chema deux fois dans la nuit, une fois avant que monte l'aube et une fois après que l'aube est montée, et il s'acquitte par elles de son obligation, l'une pour le jour et l'autre pour la nuit. Cela même fait difficulté : tu as dit qu'il arrive qu'un homme lise le Chema deux fois dans la nuit, une fois avant que monte l'aube et une fois après que l'aube est montée — il en ressort qu'après la montée de l'aube c'est encore la nuit ; puis tu as dit qu'il s'acquitte par elles de son obligation, l'une pour le jour et l'autre pour la nuit — il en ressort que c'est le jour. En vérité c'est la nuit ; et s'il s'acquitte par elle de celle du jour, c'est parce qu'il y a des gens qui se lèvent à cette heure-là. « En vérité c'est la nuit » — explication : dans le langage courant on appelle cela nuit, puisque le jour n'a pas encore éclairé ; et bien que ce soit tenu pour jour à l'égard de toutes les mitsvot dont le temps est le jour, comme il est dit dans Meguila 20a : toutes celles qu'il a accomplies depuis la montée de l'aube, il s'est acquitté — néanmoins, à priori (lekhathila), on ne les accomplira pas alors, parce que cela ressemble encore à la nuit. De même pour la lecture du Chema : c'est la nuit, et celui qui, par force majeure (ones), n'a pas pu lire pendant la nuit, peut lire après la montée de l'aube. Toutefois, puisqu'il y a des gens qui se lèvent à cette heure, ce moment est appelé « temps du lever » et l'on peut y lire, pour celui qui doit se mettre en route ou dans d'autres cas semblables où il ne peut pas lire en son temps. Et si tu dis : puisqu'il s'acquitte de son obligation par la lecture du soir après la montée de l'aube, pourquoi Rabbi Chimon ben Yohai enseigne-t-il qu'il arrive qu'un homme lise le Chema deux fois dans la nuit, dont une avant la montée de l'aube ? Qu'il nous enseigne plutôt la nouveauté plus forte : que l'on s'acquitte du Chema du soir après la montée de l'aube. Il apparaît qu'il veut nous apprendre qu'un homme lit le Chema deux fois de suite, l'une proche de l'autre, et s'acquitte par elles, l'une pour le jour et l'autre pour la nuit. C'est pourquoi il a dû dire que celle du soir se fait avant la montée de l'aube : car s'il lui est survenu un empêchement qui l'a empêché de lire pendant la nuit et qu'il doive de surcroît se mettre en route sans pouvoir lire en son temps, il n'est pas vraisemblable qu'il lise celle du soir et celle du matin toutes deux après la montée de l'aube, bien qu'il puisse lire celle du soir seule après la montée de l'aube ; c'est pourquoi il enseigne « une avant que monte l'aube ». Rabbi Aha bar Hanina a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha suit Rabbi Chimon ben Yohai. Certains rapportent cette parole de Rabbi Aha bar Hanina à cet autre enseignement : Rabbi Chimon ben Yohai dit au nom de Rabbi Akiva : il arrive qu'un homme lise le Chema deux fois dans le jour, une fois avant le lever du soleil (hanets hahama) et une fois après le lever du soleil, et il s'acquitte par elles de son obligation, l'une pour le jour et l'autre pour la nuit. Cela même fait difficulté : tu as dit qu'il arrive qu'un homme lise le Chema deux fois dans le jour, une fois avant le lever du soleil — il en ressort qu'avant le lever du soleil c'est le jour ; puis tu as dit qu'il s'acquitte par elles de son obligation, l'une pour la nuit — il en ressort que c'est la nuit. En vérité c'est le jour ; et s'il s'acquitte par elle de celle de la nuit, c'est parce qu'il y a des gens qui dorment encore à cette heure. « En vérité c'est le jour » — explication : dans le langage courant on appelle jour le moment qui précède le lever du soleil, puisque le jour a déjà un peu éclairé, et c'est aussi tenu pour jour à posteriori (bediavad) à l'égard de toutes les mitsvot dont le temps est le jour. Et s'il s'acquitte par elle de celle de la nuit, c'est parce qu'il y a des gens qui dorment à cette heure ; dès lors, celui qui a été empêché et n'a pas pu lire pendant la nuit peut lire jusqu'au lever du soleil. Désormais, ces deux baraitot ne se contredisent plus : l'une enseigne l'avis propre de Rabbi Chimon, l'autre son enseignement selon Rabbi Akiva. De même, la parole de Rabban Gamliel dans la michna, selon laquelle le Chema du soir se lit précisément jusqu'à la montée de l'aube, vise celui qui n'a pas été empêché ; mais s'il a été empêché, il peut lire jusqu'au lever du soleil. Et les fils de Rabban Gamliel n'étaient pas empêchés : leur cœur s'était laissé entraîner par le festin. Et ce qui est dit selon Rabbi Akiva, que le Chema du matin se lit après le lever du soleil, ne vaut précisément que là où il n'a pas été empêché. Et si tu objectes que plus loin (Berakhot 9b) Rabbi Akiva dit « dès qu'il distingue entre un âne et un onagre », il faut dire que deux tanaim rapportent des versions différentes de l'avis de Rabbi Akiva ; ou bien : « après le lever du soleil » n'est pas à prendre au pied de la lettre, car il en va de même avant le lever du soleil ; s'il a retenu « après le lever du soleil », c'est pour nous apprendre qu'après le lever du soleil on ne peut plus lire le Chema du soir, même après avoir été empêché. Rabbi Aha bar Hanina a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha suit les paroles de Rabbi Chimon dites au nom de Rabbi Akiva. Et le Rif, de mémoire bénie, a expliqué la sougya de cette manière. Rabbi Zeira a dit : à condition qu'il ne dise pas « Hachkivenou ». Rachi a expliqué : celui qui lit le Chema de la nuit au matin, aux abords de l'aube, ne dira pas « Hachkivenou », car ce n'est plus alors le temps où l'on se couche, mais le temps où le coucher s'achève. D'autres expliquent que cela ne vise que celui qui a lu après la montée de l'aube, tandis qu'avant la montée de l'aube il peut dire « Hachkivenou » ; c'est ce qui ressort du fait que la parole de Rabbi Zeira a été placée après la baraita de Rabbi Chimon ben Yohai. Et Rabbenou Yitshak ibn Guiat, de mémoire bénie, a écrit qu'il ne s'agit pas de s'abstenir de toute la bénédiction, puisqu'il faut en dire deux après le Chema, mais de ne pas dire ces mots-ci : « Fais-nous coucher, Hachem notre D.ieu, en paix » ; il commence plutôt à « Et établis-nous par un bon conseil venu de devant Toi ». Son explication ne paraît pas ressortir du texte, car s'il en était ainsi la guemara aurait dû le préciser, comme elle le fait plus loin au deuxième chapitre (Berakhot 14b), où elle dit : s'il n'a pas dit « Je suis Hachem votre D.ieu », il n'a pas besoin de dire « émet », et où elle explique comment il dira la bénédiction.
💡 Explication

Hiya bar Rav lie le mot émet au dernier membre de la section des tsitsit. Celui qui a lu cette section jusqu'à « Je suis Hachem votre D.ieu » enchaîne par émet, conformément au verset de Jérémie. Celui qui a entièrement omis la section le soir n'a rien à enchaîner de la sorte.

9
וְהָא בָּעֵי לְאַדְכּוֹרֵי יְצִיאַת מִצְרַיִם!

Mais il doit bien mentionner la sortie d'Égypte !

📜 Rachi (1)
וְהָא בָּעֵי לְאַדְכּוֹרֵי יְצִיאַת מִצְרַיִם דִּתְנַן (לְעֵיל בְּרָכוֹת ד' יב:) מַזְכִּירִין יְצִיאַת מִצְרַיִם בַּלֵּילוֹת וְאִי לֹא אָמַר אֱמֶת וֶאֱמוּנָה וְלֹא אָמַר פָּרָשַׁת צִיצִית הֵיכִי מִדְּכַר יְצִיאַת מִצְרַיִם:
Car nous avons appris (plus haut, Berakhot 12b) : on mentionne la sortie d'Égypte la nuit. Et s'il n'a pas dit « émet ve-emouna » ni la section des tsitsit, comment mentionnera-t-il la sortie d'Égypte ?
💡 Explication

Objection de fond : la mention de la sortie d'Égypte la nuit est une obligation établie plus haut dans le traité. Elle est portée par la section des tsitsit et par la bénédiction Émet ve-emouna. Celui qui omet les deux se retrouve sans aucune mention.

10
דְּאָמַר הָכִי: ״מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁהוֹצֵאתָנוּ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם וּפְדִיתָנוּ מִבֵּית עֲבָדִים וְעָשִׂיתָ לָנוּ נִסִּים וּגְבוּרוֹת עַל הַיָּם וְשַׁרְנוּ לָךְ״.

Il dit ainsi : « Nous te rendons grâce, Hachem notre D.ieu, de nous avoir fait sortir du pays d'Égypte, de nous avoir rachetés de la maison de servitude, d'avoir accompli pour nous des miracles et des actes de puissance sur la mer, et nous avons chanté pour Toi. »

📜 Rachi (1)
וְשַׁרְנוּ לָךְ מִי כָמֹכָה בָּאֵלִים וְגוֹ' מַלְכוּתֵךְ רָאוּ בָּנַיִךְ עַד גָּאַל יִשְׂרָאֵל וְהַשְׁכִּיבֵנוּ:
« Et nous avons chanté pour Toi » — « Qui est comme Toi parmi les puissants », etc., « Tes enfants ont vu Ta royauté », jusqu'à « qui a délivré Israël », puis « Hachkivenou ».
💡 Explication

Réponse : une formule brève tient lieu de la bénédiction complète. Elle condense l'essentiel de Émet ve-emouna : la sortie d'Égypte, le rachat, les miracles de la mer et le chant qui les a suivis.

11
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: לָמָּה קָדְמָה פָּרָשַׁת ״שְׁמַע״ וְכוּ׳.

Rabbi Yehochoua ben Korha a dit : pourquoi la section « Chema » précède-t-elle, etc.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה לָמָּה קָדְמָה שְׁמַע לִוְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ כְּדֵי שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם תְּחִלָּה וְאַחַ"כּ יְקַבֵּל עָלָיו עֹול הַמִּצְוֹת. ואע"פ שֶׁמֻּוקְדָּם בַּתּוֹרָה צָרִיךְ טַעַם. דְּאֵין מֻוקְדָּם וּמְאֻוחָר בַּתּוֹרָה. וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ לְוַיֹּאמֶר שֶׁוְּיִהְיֶה אִם שָׁמוֹעַ נוֹהֵג בֵּין בַּיּוֹם בֵּין בַּלַּיְלָה. וַיֹּאמֶר אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בַּיּוֹם דְּקָסָבַר דְּצִיצִית הָוֵי מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא דִּפְלִיג. אַדְּרַבָּנָן דִּמְנָחוֹת פֶּרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מג.) מִכָּאן אוֹמֵר ר"ת דַּהֲלָכָה כר"ש וְכֵן כָּל הָאָמוֹרָאִים דִּלְעֵיל סָבְרִי דְּאֵין אוֹמֵר פָּרָשַׁת צִיצִית בַּלַּיְלָה. וְכֵן מַשְׁמַע בְּשַׁבָּת פֶּרֶק בּ"מ דַּף כה: גַּבֵּי ר' יְהוּדָה בַּר אִילְעַאי שֶׁהָיוּ תַּלְמִידָיו מַגְבִּיהִין נ"א מְחַבִין כַּנְפֵי כְּסוּתָם מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם צִיצִית בִּסְדִינַן. דְּקָאָמַר וְאִינְהוּ סָבוּר מִשּׁוּם כְּסוּת לַיְלָה. וּמִדִּנְקַט הַגְּמָרָא הַאי טַעְמָא וּשְׁבַק הָנֵי טַעְמֵי אַחֲרֵינִי דִּמְנָחוֹת דַּף מ. ש"מ דְּאַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא נְקַט טַעְמָא. וְעוֹד בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כז:) גַּבֵּי הָא דְּפָרִיךְ כִּי הֵיכִי דְּמִרַבֵּינַן שְׁאָר בְּגָדִים לְעִנְיַן טֻומְאָה נְרַבֶּה נָמֵי לְעִנְיַן צִיצִית מֵאֲשֶׁר תְּכַסֶּה. וּמְשַׁנֵּי הַהוּא מִבְּעֵי לֵיהּ לְרַבּוֹת כְּסוּת סוּמָא. וְהַייְנוּ כר"ש. וְלָא קָאָמַר לְרַבּוֹת בַּעֲלַת חָמֵשׁ דְּהַיְינוּ כְּרַבָּנָן. וְעוֹד סְתָמָא דְּבָרַיְיתָא בפ"ק דְּקִידּוּשִׁין דַּף לג: קָא חֲשִׁיב צִיצִית בַּהֲדֵי מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא. וְעוֹד בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים דַּף יח: פְּלִיגִי תַּנָּאֵי חַד מְרַבֶּה כְּסוּת סוּמָא מֵאֲשֶׁר תְּכַסֶּה. וְאִידָךְ מֵאֲשֶׁר וְלָא קָאָמַר דס"ל כְּרַבָּנָן. אֶלָּא דֹּוחַק לְהַעֲמִיד שְׁנֵיהֶם כר"ש אַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא. וַאֲנַן נְהִיגִי לוֹמַר פָּרָשַׁת צִיצִית בַּלַּיְלָה דְּקָאָמַר בגמ' אָמַר רַב יוֹסֵף כַּמָּה הָוֵי מְעַלְּיָא הַאי שְׁמַעְתְּתָא דְּכִי אֲתָא רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה אֲמַר אָמְרִי בְּמַעְרְבָא עַרְבִית דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם אֲנִי ה' אֱ-לֹהֵיכֶם אֱמֶת. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי מַאי מְעַלְּיוּתָא וְהָאָמַר רַב כָּהֲנָא אָמַר רַב לֹא יַתְחִיל וְאִם הִתְחִיל גּוֹמֵר וְכִי תֵּימָא וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם לָא הָוֵי הַתְחָלָה וְהָאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק אָמַר רַב דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לָא הָוֵי הַתְחָלָה. וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם הָוֵי הַתְחָלָה. אָמַר רַב פָּפָּא קָסָבְרִי בְּמַעְרְבָא וְאָמַרְתָּ נָמֵי לָא הָוֵי הַתְחָלָה עַד דְּאָמַר וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִית. אָמַר אַבַּיֵּי הִלְכָּךְ אַתְחוֹלֵי מַתְחֲלִינַן כִּדְמַתְחֲלִי בְּמַעֲרָבָא וְכֵיוָן דְּמַתְחֲלִינַן מִיגְמָר נָמֵי גָּמְרִינַן דְּהָא אָמַר רַב כָּהֲנָא אָמַר רַב אִם הִתְחִיל גּוֹמֵר:
Michna : Rabbi Yehochoua ben Korha a dit : pourquoi « Chema » précède-t-il « Vehaya im chamoa » ? Afin qu'il accepte d'abord sur lui le joug de la royauté du Ciel, et qu'ensuite il accepte sur lui le joug des mitsvot. Et bien que cette section précède dans la Torah, une raison reste nécessaire, car il n'y a pas d'ordre chronologique strict dans la Torah. « Vehaya im chamoa » précède « Vayomer » parce que « Vehaya im chamoa » vaut de jour comme de nuit, tandis que « Vayomer » ne vaut que le jour, car il tient que les tsitsit sont une mitsva positive dépendante du temps ; en cela il diverge des Sages de Menahot, chapitre « HaTekhelet » (Menahot 43a). De là, Rabbenou Tam dit que la halakha suit Rabbi Chimon ; et de même tous les Amoraim cités plus haut tiennent qu'on ne dit pas la section des tsitsit la nuit. C'est aussi ce qui ressort de Chabbat, chapitre « Bameh madlikin » (25b), à propos de Rabbi Yehouda bar Ilai dont les disciples relevaient — autre version : cachaient — les coins de leur vêtement, parce que leur drap n'avait pas de tsitsit ; car il est dit : et eux pensaient que c'était à cause du vêtement de nuit. Et puisque la guemara retient ce motif-là et laisse de côté les autres motifs de Menahot 40a, il en ressort qu'elle a retenu le motif conforme à la halakha. De plus, au chapitre « Bameh madlikin » (Chabbat 27b), à propos de l'objection : de même que nous incluons les autres étoffes pour l'impureté, incluons-les aussi pour les tsitsit, à partir de « dont tu te couvres » ; et l'on répond : ce verset est nécessaire pour inclure le vêtement de l'aveugle — ce qui correspond à Rabbi Chimon ; et l'on n'a pas dit : pour inclure le vêtement à cinq coins, ce qui correspondrait aux Sages. De plus, la baraita anonyme du premier chapitre de Kidouchin (33b) compte les tsitsit parmi les mitsvot positives dépendantes du temps. De plus, au deuxième chapitre de Zevahim (18b), des tanaim divergent : l'un inclut le vêtement de l'aveugle à partir de « dont tu te couvres », l'autre à partir de « acher », et l'on n'a pas dit qu'il tient comme les Sages ; il serait forcé d'établir les deux selon Rabbi Chimon conformément à la halakha. Et notre usage à nous est de dire la section des tsitsit la nuit, car il est dit dans la guemara : Rav Yossef a dit : combien cette tradition est excellente, car lorsque Rav Chemouel bar Yehouda arriva il rapporta : on dit en Occident, le soir, « Parle aux enfants d'Israël et dis-leur... Je suis Hachem votre D.ieu — vérité ». Abaye lui dit : qu'y a-t-il d'excellent ? Rav Kahana n'a-t-il pas dit au nom de Rav : il ne commencera pas, et s'il a commencé, il achève ? Et si tu dis que « et dis-leur » ne constitue pas un commencement — Rav Chemouel bar Yitshak n'a-t-il pas dit au nom de Rav : « Parle aux enfants d'Israël » ne constitue pas un commencement, « et dis-leur » constitue un commencement ? Rav Papa a dit : ils tiennent, en Occident, que « et dis-leur » non plus ne constitue pas un commencement, tant qu'il n'a pas dit « et qu'ils se fassent des tsitsit ». Abaye dit : dès lors, nous commençons, comme on commence en Occident ; et puisque nous commençons, nous achevons aussi, car Rav Kahana a dit au nom de Rav : s'il a commencé, il achève.
💡 Explication

Retour à la michna. La question porte sur l'ordre de récitation des trois sections, qui ne suit pas leur ordre d'apparition dans la Torah et demande donc une raison.

Réponse de la michna : on accepte d'abord le joug de la royauté du Ciel (Chema), et seulement ensuite le joug des mitsvot (Vehaya im chamoa).

12
תַּנְיָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר: בְּדִין הוּא שֶׁיַּקְדִּים ״שְׁמַע״, לְ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ — שֶׁזֶּה לִלְמֹוד, וְזֶה לְלַמֵּד. ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ לְ״וְיֹאמַר״ — שֶׁזֶּה לִלְמֹוד, וְזֶה לַעֲשׂוֹת.

Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit : il est de droit que « Chema » précède « Vehaya im chamoa », car celle-ci comporte l'étude et celle-là l'enseignement ; et que « Vehaya im chamoa » précède « Vayomer », car celle-ci comporte l'étude et celle-là l'accomplissement.

📜 Rachi (3)
שֶׁזֶּה לִלְמֹוד וְדִבַּרְתָּ בָּם:
« Et tu en parleras ».
וְזֶה לְלַמֵּד וְלִמַּדְתֶּם אֹותָם אֶת בְּנֵיכֶם וְאִם לֹא לָמַד תְּחִלָּה הֵיאַךְ יְלַמֵּד אֶת בָּנָיו:
« Et vous les enseignerez à vos enfants » — et s'il n'a pas d'abord étudié, comment enseignera-t-il à ses enfants ?
וְזֶה לַעֲשׂוֹת וַיֹּאמֶר אֵין בָּהּ אֶלָּא עֲשִׂיָּיה:
« Vayomer » ne comporte que l'accomplissement.
💡 Explication

Rabbi Chimon ben Yohai propose un autre principe de classement : les sections vont du plus au moins riche en contenu. Le rang supérieur revient à l'étude, puis à l'enseignement, puis à l'accomplissement.

Rachi identifie les appuis scripturaires : « et tu en parleras » pour l'étude, « et vous les enseignerez à vos enfants » pour l'enseignement, et la section des tsitsit qui ne comporte que l'acte.

13
אַטּוּ ״שְׁמַע״ — לִלְמֹוד אִית בֵּיהּ, לְלַמֵּד וְלַעֲשׂוֹת לֵית בֵּיהּ?! וְהָא כְּתִיב: ״וְשִׁנַּנְתָּם״, ״וּקְשַׁרְתָּם״, ״וּכְתַבְתָּם״! וְתוּ: ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ — לְלַמֵּד הוּא דְּאִית בֵּיהּ, וְלַעֲשׂוֹת לֵית בֵּיהּ? וְהָא כְּתִיב: ״וּקְשַׁרְתָּם״, ״וּכְתַבְתָּם״!

Est-ce à dire que « Chema » comporte l'étude, mais ne comporte ni l'enseignement ni l'accomplissement ?! Or il est écrit : « et tu les inculqueras », « et tu les attacheras », « et tu les écriras » !

De plus : « Vehaya im chamoa » ne comporterait que l'enseignement, et pas l'accomplissement ? Or il est écrit : « et tu les attacheras », « et tu les écriras » !

📜 Rachi (2)
וּקְשַׁרְתָּם דִּתְפִילִּין:
« Et tu les attacheras » — des tefilin.
וּכְתַבְתָּם דִּמְזוּזָה עֲשִׂיָּיה הִיא:
« Et tu les écriras » — de la mezouza : c'est un acte.
💡 Explication

Objection sur les faits : la première section contient elle aussi l'enseignement (« et tu les inculqueras à tes fils ») et l'accomplissement (tefilin et mezouza), et la deuxième contient également l'accomplissement. Le classement tel qu'il vient d'être formulé ne correspond donc pas au contenu réel des sections.

14
אֶלָּא הָכִי קָאָמַר: בְּדִין הוּא שֶׁתִּקְדֹּם ״שְׁמַע״ לְ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״, שֶׁזֶּה לִלְמוֹד וּלְלַמֵּד וְלַעֲשׂוֹת. ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״ לְ״וְיֹאמַר״, שֶׁזֶּה יֵשׁ בָּהּ לְלַמֵּד וְלַעֲשׂוֹת, ״וְיֹאמַר״ אֵין בָּהּ אֶלָּא לַעֲשׂוֹת בִּלְבַד.

Il faut donc dire ainsi : il est de droit que « Chema » précède « Vehaya im chamoa », car celle-ci comporte l'étude, l'enseignement et l'accomplissement ; et que « Vehaya im chamoa » précède « Vayomer », car celle-ci comporte l'enseignement et l'accomplissement, tandis que « Vayomer » ne comporte que l'accomplissement seul.

💡 Explication

Rectification : le classement ne repose pas sur un élément unique par section, mais sur le nombre d'éléments que chacune comporte. Trois pour la première, deux pour la deuxième, un pour la troisième. L'ordre suit ainsi une richesse décroissante.

🖼️ Schéma
Étudier, enseigner, accomplir : le contenu des trois sections Section Étudier Enseigner Accomplir 1. Chema oui oui oui 2. Vehaya im chamoa non oui oui 3. Vayomer (tsitsit) non non oui L'ordre de récitation suit le nombre d'éléments contenus dans chaque section : trois, deux, un. La première formulation de la baraita désignait un seul élément par section ; la guemara la corrige.
Le classement corrigé des trois sections selon Rabbi Chimon ben Yohai.
15
וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִדְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה! חֲדָא וְעוֹד קָאָמַר, חֲדָא: כְּדֵי שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם תְּחִלָּה וְאַחַר כָּךְ יְקַבֵּל עָלָיו עֹול מִצְוֹת, וְעוֹד — מִשּׁוּם דְּאִית בַּהּ הָנֵי מִילֵּי אַחְרָנְיָיתָא.

Et qu'il le déduise de Rabbi Yehochoua ben Korha ! — Il énonce une raison, et une autre encore : d'une part, afin qu'il accepte d'abord sur lui le joug de la royauté du Ciel et qu'ensuite il accepte sur lui le joug des mitsvot ; d'autre part, parce qu'elle contient ces autres éléments.

💡 Explication

Si la raison de la michna suffit déjà, celle de Rabbi Chimon ben Yohai paraît superflue. Réponse : les deux raisons se cumulent, elles ne s'opposent pas. La formule hada ve-od kaamar (« il en dit une, et une autre encore ») désigne ce type d'accumulation de motifs.

16
רַב מֶשִׁי יָדֶיהָ, וְקָרָא קְרִיאַת שְׁמַע, וְאַנַּח תְּפִילִּין וְצַלִּי. וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהָתַנְיָא הַחוֹפֵר כּוּךְ לְמֵת בַּקֶּבֶר — פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה. הִגִּיעַ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע — עוֹלֶה וְנוֹטֵל יָדָיו, וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע, וּמִתְפַּלֵּל.

Rav se lava les mains, lut le Chema, mit les tefilin et pria. Comment a-t-il pu agir ainsi ?

N'a-t-il pas été enseigné : celui qui creuse une niche funéraire (koukh) pour un mort dans un tombeau est dispensé de la lecture du Chema, de la tefila, des tefilin et de toutes les mitsvot énoncées dans la Torah. Lorsque le temps de la lecture du Chema arrive, il remonte, se lave les mains, met les tefilin, lit le Chema et prie.

📜 Rachi (4)
רַב מֶשִׁי יְדֵי פַּעַם אַחַת רָאוּהוּ שֶׁעָשָׂה כֵּן:
Une fois, on le vit agir ainsi.
וְהֵיכִי עֲבִיד הָכִי שֶׁהִקְדִּים ק"ש לִתְפִילִּין:
Comment a-t-il pu agir ainsi — en faisant précéder la lecture du Chema aux tefilin.
כּוּךְ קֶבֶר שֶׁחוֹפְרִין בְּקִירוֹת מְעָרָה אָרְכוּ ד' וְרָחְבּוֹ ז' טְפָחִים:
Koukh — tombe que l'on creuse dans les parois d'une grotte, sa longueur quatre coudées et sa largeur sept tefahim.
פָּטוּר מק"ש דְּהָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק (ד' יא.) בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה:
Dispensé de la lecture du Chema — car celui qui est occupé à une mitsva est dispensé d'une autre mitsva, comme nous l'avons dit au premier chapitre (11a) : « quand tu es assis dans ta maison » exclut celui qui est occupé à une mitsva.
🗂️ Tossefot (2)
וּמַנַּח תְּפִילִּין וּמְצַלֵּי וּמֵהָתָם מַשְׁמַע שֶׁמֻּותָּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין בֵּין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וְכֵן בְּטַלִּית מַנִּיחַ אָדָם טַלִּיתוֹ בֵּין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה. וְכֵן מָצִינוּ שֶׁרַבִּי יִצְחָק בְּרַבִּי יְהוּדָה שָׁלַח אַחַר טַלִּיתוֹ וְשָׁהָה הַשָּׁלִיחַ וּכְבָר קָרָא ק"ש בְּבִרְכוֹתֶיהָ וְנִתְעַטֵּף בְּטַלִּיתוֹ וְגָמַר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה וְהֵבִיא רְאָיָה מֵהָכָא מֵהַהִיא דְּרַב. מ"מ יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין תְּפִילִּין לְטַלִּית דְּעִיקַּר ק"ש וּתְפִלָּה שָׁיְיכִי בִּתְפִילִּין כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ כְּאִילּוּ מֵעִיד עֵדוּת שֶׁקֶר בְּעַצְמוֹ פֵּירוּשׁ בָּאָדוֹן שֶׁצִּוָּה שֶׁהוּא קוֹרֵא וְהָיוּ לְטוֹטָפֹת וּלְאוֹת עַל יָדְךָ וְאֵין. וּתְפִלָּה נָמֵי כְּדַאֲמָרָן קָרֵי ק"ש וּמִתְפַּלֵּל זוֹ הִיא מַלְכוּת שָׁמַיִם אֲבָל צִיצִית שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא חוֹבַת טַלִּית שֶׁאִם יֵשׁ לוֹ טַלִּית חַיָּיב וְאִם אֵין לוֹ פָּטוּר מִצִּיצִית וְיָכוֹל לִקְרֹוא ק"ש בְּלֹא צִיצִית וַדַּאי דְּהָוֵי הַפְסָקָה. וְהָרַב רַבִּי מֹשֶׁה מִקּוּצִי הָיָה אוֹמֵר דְּאַפֵּי' מִכָּאן אֵין רְאָיָה דְּמָצֵי לְמֵימַר הִנִּיחַ תְּפִילִּין בְּלֹא בְּרָכָה וּלְאַחַר י"ח מְמַשְׁמֵשׁ בָּהֶם וּמְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם וּבְהָכִי סַגִּי שֶׁגַּם מֻותָּר לְהִתְעַטֵּף בְּטַלִּית בְּעֵת שֶׁיָּדָיו מְטֻונָּפוֹת וְאַחַר שֶׁיִּטֹּול יָדָיו יְמַשְׁמֵשׁ בְּטַלִּיתוֹ וּמְבָרֵךְ:
« Il mit les tefilin et pria » — il ressort de là qu'il est permis de mettre les tefilin entre la bénédiction de la délivrance et la tefila ; et de même pour le talit, un homme peut mettre son talit entre la délivrance et la tefila. Nous trouvons ainsi que Rabbi Yitshak, fils de Rabbi Yehouda, envoya chercher son talit ; le messager tarda, il avait déjà lu le Chema avec ses bénédictions, il s'enveloppa de son talit et acheva les dix-huit bénédictions, et il tira preuve de ce cas de Rav. Il y a néanmoins lieu de distinguer entre les tefilin et le talit, car la lecture du Chema et la tefila tiennent essentiellement aux tefilin, comme il est dit plus loin : « comme s'il portait contre lui-même un faux témoignage » — c'est-à-dire à l'égard du Maître qui l'a ordonné, puisqu'il lit « et ce sera un signe sur ta main et un fronteau entre tes yeux » alors qu'il n'en a pas ; et de même pour la tefila, comme nous l'avons dit : il lit le Chema et prie, voilà la royauté du Ciel complète. Mais les tsitsit ne sont qu'une obligation attachée au vêtement : s'il a un talit il est tenu, et s'il n'en a pas il en est dispensé, et il peut lire le Chema sans tsitsit ; c'est donc bien là une interruption. Rabbi Moche de Coucy disait que même de là il n'y a pas de preuve, car on peut dire qu'il a mis les tefilin sans bénédiction, et qu'après les dix-huit bénédictions il les a touchées et a récité la bénédiction sur elles ; cela suffit, puisqu'il est également permis de s'envelopper du talit au moment où les mains sont souillées, et qu'après s'être lavé les mains il touchera son talit et récitera la bénédiction.
וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה וא"ת וְכִי ק"ש לָא הֲוָה בִּכְלַל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה. וְי"ל דְּאִי לָא תָּנֵי בְּהֶדְיָא ק"ש הֲוָה אֲמִינָא דְּדַוְקָא הָנֵי דְּלֵית לְהוּ קְבִיעוּת זְמַן אֲבָל ק"ש דִּקְבִיעַ לְהוּ זְמַן לֹא הוֹאִיל וּזְמַן עוֹבֵר קמ"ל:
« Et de toutes les mitsvot énoncées dans la Torah » — et si tu demandes : la lecture du Chema n'entre-t-elle pas dans les mitsvot énoncées dans la Torah ? On peut répondre : si le Chema n'avait pas été enseigné explicitement, j'aurais dit que la dispense ne vaut que pour les mitsvot sans temps fixe, mais que le Chema, dont le temps est fixé et peut passer, n'en relève pas ; cela nous apprend qu'il en relève.
💡 Explication

Deux difficultés se nouent ici. La conduite de Rav place la lecture du Chema avant la pose des tefilin, alors que la baraita donne l'ordre inverse.

Le principe de fond de la baraita est que celui qui est occupé à une mitsva est dispensé d'une autre mitsva : le fossoyeur qui prépare une sépulture accomplit une mitsva et n'interrompt pas son travail.

17
הָא גוּפָא קַשְׁיָא, רֵישָׁא אָמַר פָּטוּר, וְסֵיפָא חַיָּיב?!

Cette baraita elle-même fait difficulté : le début dit qu'il est dispensé, et la fin qu'il est tenu ?!

💡 Explication

Avant de résoudre la contradiction avec Rav, la guemara relève une contradiction interne à la baraita : le fossoyeur y est d'abord dispensé de tout, puis obligé de remonter au temps du Chema.

18
הָא לָא קַשְׁיָא: סֵיפָא בִּתְרֵי, וְרֵישָׁא בְּחַד.

Cela n'est pas difficile : la fin traite de deux [fossoyeurs], et le début d'un seul.

📜 Rachi (1)
וְסֵיפָא בָּתַרְתִּי וְהָכִי קָאָמַר אִם שְׁנַיִם הֵם מַנִּיחַ אֶת חֲבֵירוֹ חוֹפֵר וְהוּא עוֹלֶה וּמְקַיֵּים מִצְוַת ק"ש וּתְפִילִּין וּתְפִלָּה וְחוֹזֵר לִמְלָאכָה וַחֲבֵירוֹ יַעֲלֶה וְיַנִּיחַ תְּפִילִּין וְיִקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל:
Et la fin traite de deux — et voici ce qu'elle dit : s'ils sont deux, il laisse son compagnon creuser, monte, accomplit la mitsva de la lecture du Chema, des tefilin et de la tefila, puis retourne au travail ; et son compagnon montera, mettra les tefilin, lira le Chema et priera.
💡 Explication

Résolution : la dispense vaut pour celui qui travaille seul, car s'arrêter interromprait la mitsva en cours. Lorsqu'ils sont deux, chacun peut monter à son tour pendant que l'autre continue de creuser, et la mitsva n'est pas interrompue.

19
מִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא לְרַב. רַב כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה סְבִירָא לֵיהּ, דְּאָמַר עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם תְּחִלָּה וְאַחַר כָּךְ עֹול מִצְוֹת.

En tout état de cause, cela fait difficulté pour Rav. — Rav tient comme Rabbi Yehochoua ben Korha, qui a dit : le joug de la royauté du Ciel d'abord, et ensuite le joug des mitsvot.

📜 Rachi (2)
מ"מ תְּפִילִּין קוֹדְמִים לק"ש:
En tout état de cause — les tefilin précèdent la lecture du Chema.
עֹול מִצְוֹת דְּהַנָּחַת תְּפִילִּין עֹול מִצְוָה הוּא:
Le joug des mitsvot — car la pose des tefilin est un joug de mitsva.
💡 Explication

La contradiction interne résolue, la baraita reste opposée à la conduite de Rav puisqu'elle place les tefilin avant le Chema. Première réponse : Rav applique le principe de Rabbi Yehochoua ben Korha, en étendant à la pose des tefilin la priorité reconnue à l'acceptation de la royauté du Ciel.

20
אֵימַר דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה — לְהַקְדִּים קְרִיאָה לִקְרִיאָה, קְרִיאָה לַעֲשִׂיָּה מִי שָׁמְעַתְּ לֵיהּ?!

Admettons que Rabbi Yehochoua ben Korha ait dit de faire précéder une lecture à une lecture ; mais une lecture à un acte, le lui as-tu entendu dire ?!

📜 Rachi (1)
קְרִיאָה לִקְרִיאָה שְׁמַע שֶׁהוּא קַבָּלַת מַלְכוּת שָׁמַיִם לִוְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ שֶׁהוּא קַבָּלַת עֹול מִצְוֹת:
Une lecture à une lecture — « Chema », qui est acceptation de la royauté du Ciel, avant « Vehaya im chamoa », qui est acceptation du joug des mitsvot.
💡 Explication

Objection à cette réponse. La michna de Rabbi Yehochoua ben Korha compare deux lectures : celle du Chema et celle de Vehaya im chamoa. Rien n'autorise à en tirer une priorité de la lecture sur un acte comme la pose des tefilin.

21
וְתוּ, מִי סָבַר לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה? וְהָאָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי: זִמְנִין סַגִּיאִין הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַב, וּמַקְדִּים וּמֶשִׁי יָדֶיהָ, וּמְבָרֵךְ, וּמַתְנֵי לָן פִּרְקִין, וּמַנַּח תְּפִילִּין, וַהֲדַר קָרֵי קְרִיאַת שְׁמַע. וְכִי תֵּימָא: בִּדְלָא מְטָא זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע, אִם כֵּן מַאי אַסְהַדְתֵּיהּ דְּרַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי?

De plus, tient-il vraiment comme Rabbi Yehochoua ben Korha ? Rav Hiya bar Achi n'a-t-il pas dit : bien des fois je me suis tenu devant Rav ; il se levait tôt, se lavait les mains, récitait la bénédiction, nous enseignait notre chapitre, mettait les tefilin, puis lisait le Chema.

Et si tu dis : c'était lorsque le temps de la lecture du Chema n'était pas encore arrivé — s'il en est ainsi, quel est l'objet du témoignage de Rav Hiya bar Achi ?

📜 Rachi (3)
וּמַקְדִּים מַשְׁכִּים:
Il devançait — il se levait de bon matin.
וּמְבָרֵךְ עַל הַתּוֹרָה:
Et il récitait la bénédiction — sur la Torah.
וּמַתְנֵי פִּרְקִין אַלְמָא מַקְדִּים הוּא לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה דְּהַיְינוּ עֲשִׂייָּה דְּמִצְוָה מִקַּמֵּי מַלְכוּת שָׁמַיִם:
Et il nous enseignait notre chapitre — il en ressort qu'il commençait par s'occuper de Torah, ce qui est l'accomplissement d'une mitsva, avant la royauté du Ciel.
💡 Explication

Seconde objection, tirée d'un autre témoignage sur la conduite habituelle de Rav. L'ordre y est inverse : étude de Torah, tefilin, puis Chema. Rav placerait donc l'accomplissement avant la royauté du Ciel.

La dernière phrase écarte une échappatoire : si le temps du Chema n'était pas encore venu, le témoignage n'apprendrait rien et n'aurait pas été rapporté.

22
לְאַפּוֹקֵי מִמַּאן דְּאָמַר לַמִּשְׁנָה אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ, קָמַשְׁמַע לַן דְּאַף לְמִשְׁנָה נָמֵי צָרִיךְ לְבָרֵךְ.

C'est pour exclure celui qui dit que pour la michna il n'est pas nécessaire de réciter la bénédiction ; cela nous apprend que même pour la michna il faut la réciter.

💡 Explication

Réponse partielle : le témoignage de Rav Hiya bar Achi a bien un objet propre, même si le temps du Chema n'était pas encore venu. Il enseigne que la bénédiction sur la Torah est due aussi pour l'étude de la michna, contre l'avis qui la réservait à l'Écriture.

23
מִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא לְרַב! שְׁלוּחָא הוּא דְּעַוֵּית.

En tout état de cause, cela fait difficulté pour Rav ! — C'est le messager qui a failli.

📜 Rachi (1)
שְׁלוּחָא הוּא דְּעַוֵּית הַשָּׁלִיחַ קִלְקֵל שֶׁאִיחֵר לְהָבִיא לוֹ תְּפִילִּין מֵעִיקָּרָא וְהִגִּיעַ זְמַן ק"ש וְהֻוזְקַק לִקְרוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲבֹור הַזְּמַן וְכִי מָטֵי שְׁלוּחָא דִּתְפִילִּין אַנְּחִינְהוּ:
C'est le messager qui a failli — le messager a mal fait, en tardant à lui apporter les tefilin ; le temps de la lecture du Chema était arrivé et il a dû lire pour ne pas laisser passer le temps ; et lorsque le messager des tefilin arriva, il les mit.
💡 Explication

Réponse finale sur le cas rapporté au début. La conduite de Rav — Chema puis tefilin — résultait d'une circonstance et ne constitue pas une règle : le porteur des tefilin les avait apportées en retard, et Rav a lu le Chema pour ne pas en laisser passer le temps.

🖼️ Schéma
La conduite de Rav : trois étapes de la discussion Fait rapporté Rav se lave les mains, lit le Chema, met les tefilin, prie. La baraita du fossoyeur donne l'ordre inverse. Première réponse : Rav suit Rabbi Yehochoua ben Korha Royauté du Ciel d'abord, joug des mitsvot ensuite - et les tefilin sont un joug de mitsva. Objection 1 Il a parlé d'une lecture avant une lecture, non d'une lecture avant un acte. Objection 2 Rav Hiya bar Achi : d'ordinaire Rav mettait les tefilin avant de lire le Chema. Conclusion Le messager avait tardé : Rav a lu le Chema à son heure et mis les tefilin ensuite. Cas d'espèce, non une règle.
De la conduite observée à son explication par les circonstances.
24
אָמַר עֻולָּא: כָּל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע בְּלֹא תְּפִילִּין, כְּאִילּוּ מֵעִיד עֵדוּת שֶׁקֶר בְּעַצְמוֹ. אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּאִילּוּ הִקְרִיב עוֹלֶה בְּלֹא מִנְחָה, וְזֶבַח בְּלֹא נְסָכִים.

Oulla a dit : quiconque lit le Chema sans tefilin, c'est comme s'il portait contre lui-même un faux témoignage. Rabbi Hiya bar Aba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est comme s'il offrait un holocauste sans oblation, et un sacrifice sans libations.

📜 Rachi (3)
כְּאִלּוּ מֵעִיד עֵדוּת שֶׁקֶר בְּעַצְמוֹ לִישָּׁנָא מְעַלְּיָא:
Expression adoucie.
כְּאִילּוּ הִקְרִיב עוֹלֶה בְּלֹא מִנְחָה שֶׁחִייְּבוֹ הַכָּתוּב לְהַקְרִיב עִמָּהּ שְׁנָא' (בַּמִּדְבָּר כ״ח:ה׳) וַעֲשִׂירִית הָאֵיפָה וְגוֹ' אַף הַקּוֹרֵא וְאֵינוֹ מְקַיֵּים אֵינוֹ גּוֹמֵר אֶת הַמִּצְוָה:
Comme s'il offrait un holocauste sans oblation — que l'Écriture a imposé d'offrir avec lui, comme il est dit (Nombres 28, 5) « et un dixième d'épha », etc. De même, celui qui lit et n'accomplit pas n'achève pas la mitsva.
נְסָכִים הוּא הַיַּיִן הַמִּתְנַסֵּךְ עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ אַחַר הָעוֹלָה וְהַזֶּבַח כְּדָכַת' וּנְסָכֶיהָ' חֲצִי הַהִין וְגוֹ'(שָׁם) וה"ה דְּמָצֵי לְמֵימ' כְּאִילּוּ הִקְרִיב עוֹלֶה בְּלֹא מִנְחָה וּנְסָכִים דְּהָא עוֹלָה נָמֵי טְעוּנָה נְסָכִים אֶלָּא לִישָּׁנָא דִּקְרָא נְקַט עֹולָה וּמִנְחָה זֶבַח וּנְסָכִים:
Nessakhim — c'est le vin que l'on répand sur l'autel après l'holocauste et le sacrifice, comme il est écrit « et leurs libations, un demi-hin », etc. (ibid.). Il aurait pu dire de même : comme s'il offrait un holocauste sans oblation et sans libations, puisque l'holocauste requiert lui aussi des libations ; mais il a repris la formulation du verset : holocauste et oblation, sacrifice et libations.
🗂️ Tossefot (1)
עוֹלָה בְּלֹא מִנְחָה ה"ה דְּמָצֵי לְמֵימַר בְּלֹא נְסָכִים שֶׁהֲרֵי עוֹלָה נָמֵי טְעוּנָה נְסָכִים אֶלָּא לִישָּׁנָא דִּקְרָא נְקַט עוֹלָה וּמִנְחָה וְגוֹ':
« Un holocauste sans oblation » — il aurait pu dire de même « sans libations », puisque l'holocauste requiert lui aussi des libations ; mais il a repris la formulation du verset : holocauste et oblation, etc.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר עֻולָּא כָּל הַקּוֹרֵא ק"ש בְּלֹא תְּפִילִּין כְּאִלּוּ מֵעִיד עֵדוּת שֶׁקֶר בְּעַצְמוֹ. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כְּאִלּוּ הִקְרִיב עוֹלֶה בְּלֹא מִנְחָה זֶבַח בְּלֹא נְסָכִים. וא"ר יוֹחָנָן הָרוֹצֶה לְקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה דַּף טו עא יִפְנֶה וְיִטֹּול יָדָיו וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין וְקוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל זֶהוּ מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה. א"ר חַייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן כָּל הַנִּפְנֶה וְנוֹטֵל יָדָיו וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין וְקוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן שֶׁנֶּאֱמַר אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן כַּפָּי וַאֲסֹובְבָה אֶת מִזְבַּחֲךָ ה'. רַב קָרֵי ק"ש וְאַנַּח תְּפִילִּין וְאֶצְלִי. וְאַסִּיקְנָא שְׁלוּחָא הוּא דְּעַוֵּית שֶׁאִיחֵר מִלְּהָבִיא תְּפִילִּין עַד אַחַר שֶׁקָּרָא ק"ש וְהִפְסִיק וְהִנִּיחַ תְּפִילִּין כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְפַּלֵּל בְּלֹא תְּפִילִּין. וְנִמְצָא כָּתוּב עַל שֵׁם ר' יִצְחָק זַ"ל ב"ר יְהוּדָה שֶׁהֵבִיא לוֹ הַשָּׁלִיחַ טַלִּיתוֹ אַחַר ק"ש וְהִתְעַטֵּף בְּטַלִּית וְהִתְפַּלֵּל. וְהֵבִיא סַעַד לִדְבָרָיו מֵהָא דְּרַב אַנַּח תְּפִילִּין בֵּין ק"ש לִתְפִלָּה וה"ה לְצִיצִית וְנִרְאֶה שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק דִּתְפִילִּין שָׁאנֵי כִּדְאָמַר מַנִּיחַ תְּפִילִּין וְיִקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל זוֹ הִיא מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה. וְעוֹד נִרְאֶה דְּמִן הַסְּבָרָא יֵשׁ לְחַלֵּק דְּשָׁאנֵי תְּפִילִּין שֶׁכָּתוּב בָּהֶן קַבָּלַת עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם וְעֹול מִצְוֹת וּקְרָאָם הַכָּתוּב זִכָּרוֹן. וְעוֹד זֶהוּ מִצְוָה בְּגוּפוֹ שֶׁל אָדָם אֲבָל מִצְוַת צִיצִית אֵינוֹ בְּגוּפוֹ אֶלָּא שֶׁחַייָּב הַכָּתוּב בְּבֶגֶד שֶׁיֵּשׁ לוֹ אַרְבַּע כְּנָפַיִם. וְאִם לֹא יִלְבָּשֶׁנּוּ עַתָּה יִלְבָּשֶׁנּוּ אַחַר זְמַן. וְאֵין לְהַפְסִיק בֵּין קְרִיאַת שְׁמַע לִתְפִלָּה בִּשְׁבִיל עֲטִיפַת צִיצִית:
Guemara : Oulla a dit : quiconque lit le Chema sans tefilin, c'est comme s'il portait contre lui-même un faux témoignage. Rabbi Hiya bar Aba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est comme s'il offrait un holocauste sans oblation, un sacrifice sans libations. Et Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui veut accepter sur lui le joug de la royauté du Ciel de façon complète [folio 15a] se soulagera, se lavera les mains, mettra les tefilin, lira le Chema et priera ; voilà la royauté du Ciel complète. Rabbi Hiya bar Aba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque se soulage, se lave les mains, met les tefilin, lit le Chema et prie, l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un sacrifice, ainsi qu'il est dit : « je laverai mes mains dans l'innocence et j'entourerai Ton autel, Hachem ». Rav lisait le Chema, mettait les tefilin et priait ; et nous avons conclu que c'est le messager qui a failli, ayant tardé à apporter les tefilin jusqu'après la lecture du Chema, de sorte qu'il s'est interrompu et a mis les tefilin afin de ne pas prier sans tefilin. Et il se trouve écrit au nom de Rabbi Yitshak, de mémoire bénie, fils de Rabbi Yehouda, que le messager lui apporta son talit après le Chema, qu'il s'enveloppa du talit et pria ; il a appuyé ses paroles sur ce cas de Rav, qui mit les tefilin entre le Chema et la tefila, et il en a conclu qu'il en va de même pour les tsitsit. Il apparaît pourtant qu'il y a lieu de distinguer, car les tefilin sont différentes, comme il a été dit : il met les tefilin, lit le Chema et prie, voilà la royauté du Ciel complète. De plus, il apparaît que le raisonnement lui-même conduit à distinguer, car les tefilin sont différentes en ce qu'y est écrite l'acceptation du joug de la royauté du Ciel et du joug des mitsvot, et que l'Écriture les a appelées « souvenir ». De plus, c'est une mitsva qui porte sur le corps même de l'homme, tandis que la mitsva des tsitsit ne porte pas sur son corps : l'Écriture a imposé une obligation au vêtement qui a quatre coins, et s'il ne le revêt pas maintenant, il le revêtira plus tard. On n'interrompra donc pas entre la lecture du Chema et la tefila pour s'envelopper des tsitsit.
💡 Explication

Le Chema contient l'ordre de porter les tefilin. Le lire sans les porter revient à attester une chose que l'on dément soi-même au moment où on la dit. Rachi note que la formule est un lachon maalya, une expression adoucie pour un reproche grave.

L'image de Rabbi Yo'hanan est différente : le sacrifice offert sans son oblation ni ses libations reste valide, mais incomplet. La lecture est faite, la mitsva n'est pas achevée.

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וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָרוֹצֶה שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵמָה

Et Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui veut accepter sur lui le joug de la royauté du Ciel de façon complète

💡 Explication

Ouverture de la parole qui s'achève au début du folio suivant : se soulager, se laver les mains, mettre les tefilin, lire le Chema, puis prier. L'enchaînement complet des cinq actes constitue l'acceptation entière de la royauté du Ciel.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).