Sougya : Le folio s'ouvre sur le mot émet (vérité) qui soude la fin du Chema à la bénédiction suivante : faut-il le dire deux fois ? Rabbi Yo'hanan dit oui, Rabba dit non, et le Roch tranche comme Rava.
Vient ensuite l'usage de Terre d'Israël, qui abrège la section des tsitsit le soir puisque la mitsva des tsitsit ne vaut pas la nuit : Abaye objecte à partir de la règle de Rav — on ne commence pas, mais si l'on a commencé on achève — et l'on discute du mot qui constitue un commencement. La michna de Rabbi Yehochoua ben Korha sur l'ordre des trois sections est ensuite doublée par la baraita de Rabbi Chimon ben Yohai, qui classe les sections selon l'étude, l'enseignement et l'accomplissement.
Le folio s'achève sur la conduite de Rav, qui lisait le Chema avant de mettre les tefilin, et sur la parole de Oulla : lire le Chema sans tefilin, c'est porter contre soi-même un faux témoignage.
« Et Hachem, D.ieu, est vérité ».
Fin de la déduction commencée au folio précédent : le verset de Jérémie (10, 10) accole le nom divin au mot émet (vérité). De là, on apprend que le dernier mot du Chema, « Je suis Hachem votre D.ieu », doit se prolonger sans coupure par le mot émet qui ouvre la bénédiction suivante.
Répète-t-il et dit-il « émet », ou bien ne répète-t-il pas et ne dit-il pas « émet » ?
La question porte sur la jonction. Celui qui achève le Chema par « Je suis Hachem votre D.ieu » ajoute déjà le mot émet pour respecter le verset. Doit-il ensuite le redire pour ouvrir la bénédiction Émet veyatsiv, ou ce mot unique sert-il à la fois de conclusion et d'ouverture ?
Le Roch précise plus loin que la question ne se pose que si l'on a marqué une pause entre les deux ; sans pause, il va de soi qu'on ne le dit pas deux fois de suite.
Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il répète et dit « émet ». Rabba a dit : il ne répète pas et ne dit pas « émet ».
Un homme descendit devant l'arche en présence de Rabba ; Rabba l'entendit dire « émet », « émet » deux fois. Rabba dit : tout le « émet, émet » a saisi celui-là.
Deux positions : pour Rabbi Yo'hanan, le mot est répété, chaque occurrence ayant sa fonction propre ; pour Rabba, un seul mot suffit.
La remarque de Rabba sur l'officiant est ironique : l'homme s'est laissé emporter par le mot lui-même, comme si le mot l'avait pris et ne le lâchait plus.
Rav Yossef a dit : combien cette tradition est excellente ! Car lorsque Rav Chemouel bar Yehouda arriva, il rapporta : on dit en Occident (en Terre d'Israël), le soir : « Parle aux enfants d'Israël et dis-leur...
Je suis Hachem votre D.ieu » — vérité.
La troisième section du Chema traite des tsitsit, dont la mitsva ne vaut pas la nuit. En Terre d'Israël on la lisait donc le soir sous forme abrégée : le premier membre du verset d'ouverture, puis un saut jusqu'au dernier membre, « Je suis Hachem votre D.ieu », suivi de émet.
Maarava (l'Occident) désigne la Terre d'Israël du point de vue de la Babylonie.
Abaye lui dit : qu'y a-t-il d'excellent ? Rav Kahana n'a-t-il pas dit au nom de Rav : il ne commencera pas, et s'il a commencé, il achève ?
Et si tu dis que « et dis-leur » ne constitue pas un commencement — Rav Chemouel bar Yitshak n'a-t-il pas dit au nom de Rav : « Parle aux enfants d'Israël » ne constitue pas un commencement, « et dis-leur » constitue un commencement ?
Abaye oppose à l'usage rapporté une règle de Rav : ou bien l'on s'abstient entièrement de la section des tsitsit le soir, ou bien, l'ayant entamée, on la mène à son terme. L'usage décrit fait exactement ce qui est exclu : il commence et n'achève pas.
Une échappatoire serait de dire que les mots prononcés ne comptent pas comme un commencement. Mais Rav lui-même a fixé le seuil : daber el bnei Israël ne compte pas, car c'est une formule d'introduction fréquente dans la Torah ; ve-amarta alehem compte déjà.
Rav Papa a dit : ils tiennent, en Occident, que « et dis-leur » non plus ne constitue pas un commencement, tant qu'il n'a pas dit « et qu'ils se fassent des tsitsit ».
Rav Papa dénoue l'objection : l'usage de Terre d'Israël repose sur un seuil différent. Le commencement de la section ne s'établit qu'au moment où l'on prononce le contenu propre de la mitsva, ve-assou lahem tsitsit. Tant que l'on n'y est pas parvenu, on peut s'interrompre et sauter à la conclusion sans avoir rien commencé.
Abaye dit : dès lors, nous, nous commençons bien, puisqu'on commence en Occident ; et puisque nous avons commencé, nous achevons aussi, car Rav Kahana a dit au nom de Rav : il ne commencera pas, et s'il a commencé, il achève.
Abaye tire de la réponse de Rav Papa une conséquence pratique pour la Babylonie, en combinant les deux seuils. Du côté de la Terre d'Israël, on voit qu'il est légitime d'entamer les premiers mots le soir ; du côté de Rav, ces mêmes mots comptent déjà comme un commencement, et ce qui a été commencé doit être achevé.
De là vient l'usage de lire intégralement la section des tsitsit le soir, alors même que la mitsva ne s'applique pas la nuit.
Hiya bar Rav a dit : s'il a dit « Je suis Hachem votre D.ieu », il doit dire « émet ». S'il n'a pas dit « Je suis Hachem votre D.ieu », il n'a pas besoin de dire « émet ».
Hiya bar Rav lie le mot émet au dernier membre de la section des tsitsit. Celui qui a lu cette section jusqu'à « Je suis Hachem votre D.ieu » enchaîne par émet, conformément au verset de Jérémie. Celui qui a entièrement omis la section le soir n'a rien à enchaîner de la sorte.
Mais il doit bien mentionner la sortie d'Égypte !
Objection de fond : la mention de la sortie d'Égypte la nuit est une obligation établie plus haut dans le traité. Elle est portée par la section des tsitsit et par la bénédiction Émet ve-emouna. Celui qui omet les deux se retrouve sans aucune mention.
Il dit ainsi : « Nous te rendons grâce, Hachem notre D.ieu, de nous avoir fait sortir du pays d'Égypte, de nous avoir rachetés de la maison de servitude, d'avoir accompli pour nous des miracles et des actes de puissance sur la mer, et nous avons chanté pour Toi. »
Réponse : une formule brève tient lieu de la bénédiction complète. Elle condense l'essentiel de Émet ve-emouna : la sortie d'Égypte, le rachat, les miracles de la mer et le chant qui les a suivis.
Rabbi Yehochoua ben Korha a dit : pourquoi la section « Chema » précède-t-elle, etc.
Retour à la michna. La question porte sur l'ordre de récitation des trois sections, qui ne suit pas leur ordre d'apparition dans la Torah et demande donc une raison.
Réponse de la michna : on accepte d'abord le joug de la royauté du Ciel (Chema), et seulement ensuite le joug des mitsvot (Vehaya im chamoa).
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit : il est de droit que « Chema » précède « Vehaya im chamoa », car celle-ci comporte l'étude et celle-là l'enseignement ; et que « Vehaya im chamoa » précède « Vayomer », car celle-ci comporte l'étude et celle-là l'accomplissement.
Rabbi Chimon ben Yohai propose un autre principe de classement : les sections vont du plus au moins riche en contenu. Le rang supérieur revient à l'étude, puis à l'enseignement, puis à l'accomplissement.
Rachi identifie les appuis scripturaires : « et tu en parleras » pour l'étude, « et vous les enseignerez à vos enfants » pour l'enseignement, et la section des tsitsit qui ne comporte que l'acte.
Est-ce à dire que « Chema » comporte l'étude, mais ne comporte ni l'enseignement ni l'accomplissement ?! Or il est écrit : « et tu les inculqueras », « et tu les attacheras », « et tu les écriras » !
De plus : « Vehaya im chamoa » ne comporterait que l'enseignement, et pas l'accomplissement ? Or il est écrit : « et tu les attacheras », « et tu les écriras » !
Objection sur les faits : la première section contient elle aussi l'enseignement (« et tu les inculqueras à tes fils ») et l'accomplissement (tefilin et mezouza), et la deuxième contient également l'accomplissement. Le classement tel qu'il vient d'être formulé ne correspond donc pas au contenu réel des sections.
Il faut donc dire ainsi : il est de droit que « Chema » précède « Vehaya im chamoa », car celle-ci comporte l'étude, l'enseignement et l'accomplissement ; et que « Vehaya im chamoa » précède « Vayomer », car celle-ci comporte l'enseignement et l'accomplissement, tandis que « Vayomer » ne comporte que l'accomplissement seul.
Rectification : le classement ne repose pas sur un élément unique par section, mais sur le nombre d'éléments que chacune comporte. Trois pour la première, deux pour la deuxième, un pour la troisième. L'ordre suit ainsi une richesse décroissante.
Et qu'il le déduise de Rabbi Yehochoua ben Korha ! — Il énonce une raison, et une autre encore : d'une part, afin qu'il accepte d'abord sur lui le joug de la royauté du Ciel et qu'ensuite il accepte sur lui le joug des mitsvot ; d'autre part, parce qu'elle contient ces autres éléments.
Si la raison de la michna suffit déjà, celle de Rabbi Chimon ben Yohai paraît superflue. Réponse : les deux raisons se cumulent, elles ne s'opposent pas. La formule hada ve-od kaamar (« il en dit une, et une autre encore ») désigne ce type d'accumulation de motifs.
Rav se lava les mains, lut le Chema, mit les tefilin et pria. Comment a-t-il pu agir ainsi ?
N'a-t-il pas été enseigné : celui qui creuse une niche funéraire (koukh) pour un mort dans un tombeau est dispensé de la lecture du Chema, de la tefila, des tefilin et de toutes les mitsvot énoncées dans la Torah. Lorsque le temps de la lecture du Chema arrive, il remonte, se lave les mains, met les tefilin, lit le Chema et prie.
Deux difficultés se nouent ici. La conduite de Rav place la lecture du Chema avant la pose des tefilin, alors que la baraita donne l'ordre inverse.
Le principe de fond de la baraita est que celui qui est occupé à une mitsva est dispensé d'une autre mitsva : le fossoyeur qui prépare une sépulture accomplit une mitsva et n'interrompt pas son travail.
Cette baraita elle-même fait difficulté : le début dit qu'il est dispensé, et la fin qu'il est tenu ?!
Avant de résoudre la contradiction avec Rav, la guemara relève une contradiction interne à la baraita : le fossoyeur y est d'abord dispensé de tout, puis obligé de remonter au temps du Chema.
Cela n'est pas difficile : la fin traite de deux [fossoyeurs], et le début d'un seul.
Résolution : la dispense vaut pour celui qui travaille seul, car s'arrêter interromprait la mitsva en cours. Lorsqu'ils sont deux, chacun peut monter à son tour pendant que l'autre continue de creuser, et la mitsva n'est pas interrompue.
En tout état de cause, cela fait difficulté pour Rav. — Rav tient comme Rabbi Yehochoua ben Korha, qui a dit : le joug de la royauté du Ciel d'abord, et ensuite le joug des mitsvot.
La contradiction interne résolue, la baraita reste opposée à la conduite de Rav puisqu'elle place les tefilin avant le Chema. Première réponse : Rav applique le principe de Rabbi Yehochoua ben Korha, en étendant à la pose des tefilin la priorité reconnue à l'acceptation de la royauté du Ciel.
Admettons que Rabbi Yehochoua ben Korha ait dit de faire précéder une lecture à une lecture ; mais une lecture à un acte, le lui as-tu entendu dire ?!
Objection à cette réponse. La michna de Rabbi Yehochoua ben Korha compare deux lectures : celle du Chema et celle de Vehaya im chamoa. Rien n'autorise à en tirer une priorité de la lecture sur un acte comme la pose des tefilin.
De plus, tient-il vraiment comme Rabbi Yehochoua ben Korha ? Rav Hiya bar Achi n'a-t-il pas dit : bien des fois je me suis tenu devant Rav ; il se levait tôt, se lavait les mains, récitait la bénédiction, nous enseignait notre chapitre, mettait les tefilin, puis lisait le Chema.
Et si tu dis : c'était lorsque le temps de la lecture du Chema n'était pas encore arrivé — s'il en est ainsi, quel est l'objet du témoignage de Rav Hiya bar Achi ?
Seconde objection, tirée d'un autre témoignage sur la conduite habituelle de Rav. L'ordre y est inverse : étude de Torah, tefilin, puis Chema. Rav placerait donc l'accomplissement avant la royauté du Ciel.
La dernière phrase écarte une échappatoire : si le temps du Chema n'était pas encore venu, le témoignage n'apprendrait rien et n'aurait pas été rapporté.
C'est pour exclure celui qui dit que pour la michna il n'est pas nécessaire de réciter la bénédiction ; cela nous apprend que même pour la michna il faut la réciter.
Réponse partielle : le témoignage de Rav Hiya bar Achi a bien un objet propre, même si le temps du Chema n'était pas encore venu. Il enseigne que la bénédiction sur la Torah est due aussi pour l'étude de la michna, contre l'avis qui la réservait à l'Écriture.
En tout état de cause, cela fait difficulté pour Rav ! — C'est le messager qui a failli.
Réponse finale sur le cas rapporté au début. La conduite de Rav — Chema puis tefilin — résultait d'une circonstance et ne constitue pas une règle : le porteur des tefilin les avait apportées en retard, et Rav a lu le Chema pour ne pas en laisser passer le temps.
Oulla a dit : quiconque lit le Chema sans tefilin, c'est comme s'il portait contre lui-même un faux témoignage. Rabbi Hiya bar Aba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est comme s'il offrait un holocauste sans oblation, et un sacrifice sans libations.
Le Chema contient l'ordre de porter les tefilin. Le lire sans les porter revient à attester une chose que l'on dément soi-même au moment où on la dit. Rachi note que la formule est un lachon maalya, une expression adoucie pour un reproche grave.
L'image de Rabbi Yo'hanan est différente : le sacrifice offert sans son oblation ni ses libations reste valide, mais incomplet. La lecture est faite, la mitsva n'est pas achevée.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui veut accepter sur lui le joug de la royauté du Ciel de façon complète
Ouverture de la parole qui s'achève au début du folio suivant : se soulager, se laver les mains, mettre les tefilin, lire le Chema, puis prier. L'enchaînement complet des cinq actes constitue l'acceptation entière de la royauté du Ciel.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).