Berakhot 15a — La royauté des cieux entière : se préparer avant la prière, puis la grande controverse sur « fais entendre à ton oreille » — Chema, terouma, birkat hamazon et Meguila

Berakhot 15a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la parole de Rabbi Yo'hanan : celui qui veut recevoir le joug entier de la royauté des cieux se soulage, se lave les mains, met les tefillin, lit le Chema et prie. Rabbi Hiya bar Abba ajoute que l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et offert un sacrifice, sur le verset « je laverai mes mains dans la pureté et je ferai le tour de Ton autel ».

De là, la guemara discute de la propreté des mains quand l'eau manque : la terre, un caillou ou un éclat de bois suffisent, et Rav Hisda maudissait celui qui court après l'eau à l'heure du Chema — pour la tefila, en revanche, on avance jusqu'à une parsa. La michna ouvre ensuite la sougya centrale du folio : celui qui lit le Chema sans le faire entendre à son oreille s'est-il acquitté ?

Rabbi Yehouda dit oui, Rabbi Yossei dit non, et Rabbi Meir, dans la baraita citée à la fin, dispense même d'emblée. La guemara éprouve ces positions sur trois autres cas — le sourd qui prélève la terouma, celui qui récite le birkat hamazon dans son cœur, le sourd qui lit la Meguila — et rectifie plusieurs fois son attribution avant de trouver l'équilibre : l'avis propre de Rabbi Yehouda contre celui de son maître Rabbi Elazar ben Azarya, puis la ligne de partage entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda.

La royauté des cieux entière : cinq gestes dans l'ordre 1. Yifaneh Il se soulage. 2. Netilat yadaim Il se lave les mains. 3. Tefillin Il les pose. 4. Chema Il le lit. 5. Tefila Il prie. Ce que cela vaut (Rabbi Hiya bar Abba) Comme s'il avait bâti un autel et offert dessus un sacrifice. Le verset et la lecture de Rava "Je laverai dans la pureté" et non "je laverai mes mains" : comme s'il s'était immergé entier. Quand l'eau manque "Benikayon" veut dire : tout ce qui nettoie — terre, caillou, éclat de bois. Chema : on ne court pas après l'eau (Rav Hisda). Tefila : on avance jusqu'à une parsa. En arrière : on ne revient pas d'un mil ; en deçà d'un mil, on revient.
Les cinq gestes de la préparation, leur valeur, et la règle de l'eau.
Faire entendre à son oreille : trois positions, quatre cas Rabbi Meir Rabbi Yehouda Rabbi Yossei Le cas Chema obligation de la Torah Permis même d'emblée : tout suit l'intention du cœur. Après coup il s'est acquitté ; d'emblée, non. Il ne s'est pas acquitté, même après coup. Terouma d'un sourd l'enjeu est la bénédiction Il prélève d'emblée (Rabbi Yehouda b. Chimon b. Pazi). Après coup oui, d'emblée non. Valable après coup : la bénédiction est rabbinique. Birkat hamazon "dans son cœur" Aucune réserve. Il ne le fera pas ; s'il l'a fait, il s'est acquitté. Il ne s'est pas acquitté (Tossefot : par institution). Meguila lue par un sourd institution des Sages — — Inapte, même après coup (Rav Matana). Nafka mina : le sourd qui parle sans entendre, et tout homme qui lit du bout des lèvres. Rabbi Yehouda parle tantôt en son nom propre, tantôt au nom de son maître Rabbi Elazar ben Azarya.
Carte de la mahloket : ce que chaque tana dit du Chema, de la terouma, du birkat hamazon et de la Meguila.
Le mouvement de la sougya : quatre établissements successifs 1. Rav Hisda : la michna de la terouma est de Rabbi Yossei. Il ne dit "il ne s'est pas acquitté" que pour le Chema, qui est de la Torah. Difficulté : le birkat hamazon "dans son cœur" 2. C'est donc Rabbi Yehouda : après coup oui, d'emblée non. Cela rend compte à la fois de la terouma et du birkat hamazon. Difficulté : le sourd prélève la terouma d'emblée 3. Rabbi Yehouda permet même d'emblée — c'est son avis propre (dideh). Ce qui exige de faire entendre vient de son maître, Rabbi Elazar ben Azarya (derabeh). La baraita apporte alors Rabbi Meir 4. Conclusion : Rabbi Yehouda peut tenir comme son maître. Le sourd qui prélève d'emblée est alors de Rabbi Meir ; le birkat hamazon, de Rabbi Yehouda. La sougya se poursuit au folio suivant avec la Meguila et l'avis de Rav Matana.
Frise du raisonnement : chaque difficulté déplace l'attribution des enseignements.
1
יִפְנֶה, וְיִטֹּול יָדָיו, וְיַנִּיחַ תְּפִילִּין, וְיִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע, וְיִתְפַּלֵּל, וְזוֹ הִיא מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵמָה.

…il se soulagera, se lavera les mains, mettra les tefillin, lira le Chema et priera : voilà la royauté des cieux entière.

📜 Rachi (1)
יִפְנֶה לִנְקָבָיו:
Pour ses besoins naturels.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר עֻולָּא כָּל הַקּוֹרֵא ק"ש בְּלֹא תְּפִילִּין כְּאִלּוּ מֵעִיד עֵדוּת שֶׁקֶר בְּעַצְמוֹ. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כְּאִלּוּ הִקְרִיב עוֹלֶה בְּלֹא מִנְחָה זֶבַח בְּלֹא נְסָכִים. וא"ר יוֹחָנָן הָרוֹצֶה לְקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה דַּף טו עא יִפְנֶה וְיִטֹּול יָדָיו וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין וְקוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל זֶהוּ מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה. א"ר חַייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן כָּל הַנִּפְנֶה וְנוֹטֵל יָדָיו וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין וְקוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן שֶׁנֶּאֱמַר אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן כַּפָּי וַאֲסֹובְבָה אֶת מִזְבַּחֲךָ ה'. רַב קָרֵי ק"ש וְאַנַּח תְּפִילִּין וְאֶצְלִי. וְאַסִּיקְנָא שְׁלוּחָא הוּא דְּעַוֵּית שֶׁאִיחֵר מִלְּהָבִיא תְּפִילִּין עַד אַחַר שֶׁקָּרָא ק"ש וְהִפְסִיק וְהִנִּיחַ תְּפִילִּין כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְפַּלֵּל בְּלֹא תְּפִילִּין. וְנִמְצָא כָּתוּב עַל שֵׁם ר' יִצְחָק זַ"ל ב"ר יְהוּדָה שֶׁהֵבִיא לוֹ הַשָּׁלִיחַ טַלִּיתוֹ אַחַר ק"ש וְהִתְעַטֵּף בְּטַלִּית וְהִתְפַּלֵּל. וְהֵבִיא סַעַד לִדְבָרָיו מֵהָא דְּרַב אַנַּח תְּפִילִּין בֵּין ק"ש לִתְפִלָּה וה"ה לְצִיצִית וְנִרְאֶה שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק דִּתְפִילִּין שָׁאנֵי כִּדְאָמַר מַנִּיחַ תְּפִילִּין וְיִקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל זוֹ הִיא מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה. וְעוֹד נִרְאֶה דְּמִן הַסְּבָרָא יֵשׁ לְחַלֵּק דְּשָׁאנֵי תְּפִילִּין שֶׁכָּתוּב בָּהֶן קַבָּלַת עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם וְעֹול מִצְוֹת וּקְרָאָם הַכָּתוּב זִכָּרוֹן. וְעוֹד זֶהוּ מִצְוָה בְּגוּפוֹ שֶׁל אָדָם אֲבָל מִצְוַת צִיצִית אֵינוֹ בְּגוּפוֹ אֶלָּא שֶׁחַייָּב הַכָּתוּב בְּבֶגֶד שֶׁיֵּשׁ לוֹ אַרְבַּע כְּנָפַיִם. וְאִם לֹא יִלְבָּשֶׁנּוּ עַתָּה יִלְבָּשֶׁנּוּ אַחַר זְמַן. וְאֵין לְהַפְסִיק בֵּין קְרִיאַת שְׁמַע לִתְפִלָּה בִּשְׁבִיל עֲטִיפַת צִיצִית:
Guemara. Oula a dit : quiconque lit le Chema sans tefillin, c'est comme s'il portait contre lui-même un faux témoignage. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est comme s'il avait offert une ola (holocauste) sans minha, un zevah sans nessakhim (libations). Et Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui veut recevoir sur lui le joug entier de la royauté des cieux se soulagera, se lavera les mains, mettra les tefillin, lira le Chema et priera : voilà la royauté des cieux entière. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque se soulage, se lave les mains, met les tefillin, lit le Chema et prie, l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et offert dessus un sacrifice, ainsi qu'il est dit : « je laverai mes mains dans la pureté et je ferai le tour de Ton autel, Hachem ». Rav lisait le Chema, mettait ensuite les tefillin et priait. Et nous avons conclu que c'est son émissaire qui avait manqué : il avait tardé à lui apporter les tefillin jusqu'après la lecture du Chema ; Rav s'est alors interrompu et a mis les tefillin, afin de ne pas prier sans tefillin. On trouve écrit au nom de Rabbi Yits'hak, de mémoire bénie, fils de Rabbi Yehouda, que l'émissaire lui apporta son talit après le Chema, qu'il s'en enveloppa et pria ; il appuyait ses paroles sur le cas de Rav, qui mit les tefillin entre le Chema et la tefila, et il en irait de même pour les tsitsit. Il semble pourtant qu'il faille distinguer : les tefillin sont différents, comme il est dit « il met les tefillin, lit le Chema et prie : voilà la royauté des cieux entière ». Et il semble encore que le raisonnement impose la distinction : les tefillin sont différents parce qu'y est écrite l'acceptation du joug de la royauté des cieux et du joug des mitsvot, et que l'Écriture les appelle « souvenir » (zikaron) ; de plus c'est une mitsva qui porte sur le corps même de l'homme, alors que la mitsva des tsitsit ne porte pas sur son corps : l'Écriture n'oblige qu'un vêtement pourvu de quatre coins, et s'il ne le revêt pas maintenant, il le revêtira plus tard. On ne s'interrompt donc pas entre le Chema et la tefila pour s'envelopper des tsitsit.
💡 Explication

Fin de la parole de Rabbi Yo'hanan commencée au bas du folio précédent. Les cinq gestes forment une séquence : on écarte d'abord ce qui empêche (les besoins du corps, les mains souillées), on se revêt ensuite du signe de l'engagement (tefillin), et l'on prononce alors l'acceptation du joug (Chema) avant de prier. Une acceptation seulement dite, sans cette préparation, reste incomplète.

2
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַנִּפְנֶה, וְנוֹטֵל יָדָיו, וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע, וּמִתְפַּלֵּל — מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן, דִּכְתִיב: ״אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן כַּפָּי וַאֲסֹובְבָה אֶת מִזְבַּחֲךָ ה׳״. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: לָא סְבַר לַהּ מָר כְּאִילּוּ טָבַל, דִּכְתִיב: ״אֶרְחַץ [בְּנִקָּיוֹן]״ — וְלֹא כָּתַב ״אַרְחִיץ [כְּפִי]״.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque se soulage, se lave les mains, met les tefillin, lit le Chema et prie, l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et offert dessus un sacrifice, ainsi qu'il est écrit : « je laverai mes mains dans la pureté et je ferai le tour de Ton autel, Hachem » (Tehilim 26, 6). Rava lui dit : le maître ne tient-il donc pas que c'est comme s'il s'était immergé ?

Car il est écrit « je laverai dans la pureté », et il n'est pas écrit « je laverai mes mains ».

📜 Rachi (1)
דִּכְתִיב אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן מַשְׁמַע אֶרְחַץ כָּל הַגּוּף וְלָא כְּתִיב אַרְחִיץ כְּפִי לִדְרָשָׁה אֲתָא לוֹמַר שֶׁמַּעֲלֶה עָלָיו שְׂכַר רְחִיצַת כַּפָּיו כְּאִלּוּ טָבַל כָּל גּוּפוֹ:
Cela signifie : je laverai tout le corps. Et le fait qu'il ne soit pas écrit « je laverai mes mains » vient pour une derasha, pour dire qu'on lui compte la récompense du lavage de ses mains comme s'il avait immergé tout son corps.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַנִּפְנֶה, וְנוֹטֵל יָדָיו, וּמַנִּיחַ תְּפִלִּין, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע, וּמִתְפַּלֵּל, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר זֶה עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת, שֶׁשְּׁנֵי הַמַּעֲשִׂים הָאֵלֶּה שֶׁהֵם יִפְנוּ, וְיִטֹּול יָדָיו, הֵם בְּסוֹד תִּיקּוּן עוֹלָם הָעֲשִׂיָּה, וּכְנֶגֶד זֶה הוּא תִּיקּוּן סֵדֶר הַקָּרְבָּנוֹת, שֶׁהֵם גַּם כֵּן בְּסוֹד תִּיקּוּן הָעֲשִׂיָּה, עַייֵּן שָׁם, וּלְפִי זֶה לְכָךְ נָקֵיט (תְּהִלִּים כו, ו) אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן כַּפָּי וַאֲסֹבְבָה אֶת מִזְבַּחֲךָ וְכוּ', כִּי שְׁנֵיהֶם בְּמָקוֹם אֶחָד הֵם. גַּם לְהָכִי קָרֵי לָהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה, כִּי בִּשְׁנֵי הַמַּעֲשִׂים אֵלּוּ שֶׁל יִפְנֶה שֶׁדּוֹחֶה הַפְּסֹולֶת לַחוּץ, וְגַם נוֹטֵל יָדָיו לְהַעֲבִיר מִמֶּנּוּ רוּחַ רָעָה, אָז מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, דּוֹחֶה הוּא אֶת הַחִיצוֹנִים מִן הַקְּדֻושָּׁה, וְכַאֲשֶׁר יִתְפָּרְדוּ כָּל פֹּועֲלֵי אָוֶן אָז תִּתְרוֹמֵם הַקְּדֻושָּׁה, וְתִהְיֶה מַלְכוּת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה דָּייְקָא, וְהָבֵן.
« Quiconque se soulage, se lave les mains, met les tefillin, lit le Chema et prie, l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et offert dessus un sacrifice. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de cette parole tient à ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Sefer haKavanot : ces deux actes que sont se soulager et se laver les mains relèvent du sod (secret) de la réparation du monde de la Assiya (le monde de l'action), et il leur correspond la récitation de l'ordre des sacrifices, qui relève elle aussi du sod de la réparation de la Assiya — vois-y. Aussi le verset prend-il « je laverai mes mains dans la pureté et je ferai le tour de Ton autel » (Tehilim 26, 6), car les deux se tiennent au même endroit. C'est encore pour cela qu'on appelle cela royauté des cieux entière : par ces deux actes — se soulager, qui repousse les déchets au-dehors, et se laver les mains, qui écarte de soi l'esprit mauvais — il repousse alors, mesure pour mesure, les forces extérieures hors de la sainteté ; et lorsque se dispersent tous les artisans du mal, la sainteté s'élève, et la royauté des cieux est bien entière. Comprends.
⚖️ Rosh (1)
הַנִּכְנָס לִישַׁן עַל מִטָּתוֹ אוֹמֵר שְׁמַע עַד וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ ור"ח זַ"ל כָּתַב גַּם פָּרָשָׁה שְׁנִיָּה לְפִי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ בְּשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ וְאֶפְשָׁר דְּגָרְסִינַן שְׁמַע וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ וּמְבָרֵךְ בָּרוּךְ הַמַּפִּיל חַבְלֵי שֵׁינָה עַל עֵינַי וּתְנוּמָה עַל עַפְעַפַּי י"ר מי"א שֶׁתַּשְׁכִּיבֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַעֲמִידֵנִי לְחַיִּים וּלְשָׁלוֹם וְאַל יְבַהֲלוּנִי חֲלוֹמוֹת רָעִים וְהִרְהוּרִים רָעִים וּתְהֵא מִטָּתִי שְׁלֵמָה לְפָנֶיךָ וְהָאֵר עֵינַי פֶּן אִישַׁן הַמָּוֶת בא"י הַמֵּאִיר לָעוֹלָם כֻּולּוֹ בִּכְבוֹדוֹ וְכִי מִיתְּעָר לֵימָא הָכִי אֱ-לֹהַי נְשָׁמָה שֶׁנָּתַתָּ בִּי טְהוֹרָה הִיא אַתָּה בְּרָאתָהּ וְאַתָּה יְצַרְתָּהּ וְאַתָּה נְפַחְתָּהּ בִּי עַד בא"י הַמַּחֲזִיר נְשָׁמוֹת לִפְגָרִים מֵתִים וְכִי שָׁמַע קוֹל תַּרְנְגוֹלָא לֵימָא בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן לַשֶּׂכְוִי בִּינָה לְהַבְחִין בֵּין יוֹם וּבֵין לָיְלָה הַלֵּב נִקְרָא שֶׂכְוִי בִּלְשׁוֹן הַמִּקְרָא דִּכְתִיב מִי נָתַן לַשֶּׂכְוִי בִינָה וְהַלֵּב הוּא הַמֵּבִין וע"י הַבִּינָה אָדָם מַבְחִין בֵּין יוֹם וּבֵין לָיְלָה וּמִפְּנֵי שֶׁתַּרְנְגוֹל מֵבִין גַּם כֵּן וּבְעַרְבֵי קוֹרִין לְתַרְנְגוֹל שֶׂכְוִי הִתְקִינוּ בְּרָכָה זוֹ לְאוֹמְרָהּ בִּשְׁמִיעַת קוֹל הַתַּרְנְגוֹל וּמִיהוּ אִם לֹא שָׁמַע קוֹל הַתַּרְנְגוֹל יָכוֹל לְבָרֵךְ בְּרָכָה זוֹ שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא הוֹדָאָה לַמָּקוֹם שֶׁנָּתַן לָנוּ בִּינָה וַהֲבָנָה וּבָרָא לָנוּ כָּל צָרְכֵינוּ דְּאַף אִם יָשַׁן אָדָם בְּבַיִת אָפֵל יַבְחִין בִּיאַת הַיּוֹם ע"י קוֹל הַתַּרְנְגוֹל וְכִי לוֹבֵשׁ לֵימָא בָּרוּךְ מַלְבִּישׁ עֲרֻומִּים וְכִי מַנַּח יָדֶיהָ לְעֵינֵיהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ פּוֹקֵחַ עִוְרִים וְכִי תָּרֵיץ וְיָתֵיב אוֹמֵר בָּרוּךְ מַתִּיר אֲסוּרִים וְכִי זְקִיף אוֹמֵר בָּרוּךְ זוֹקֵף כְּפוּפִים וְכִי נְחִית לְאַרְעָא אוֹמֵר בָּרוּךְ רֹוקַע הָאָרֶץ עַל הַמָּיִם וְכִי מְסַייֵּם מְסָאנֵי אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁעָשִׂיתָ לִי כָּל צָרְכֵי וְכִי מְסַגֵּי אוֹמֵר בָּרוּךְ הַמֵּכִין מִצְעֲדֵי גָבֶר וְכִי אָסַר הֶמְיָינֵיהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ אוֹזֵר יִשְׂרָאֵל בִּגְבוּרָה וְכִי פְּרִיס סוּדָרָא אַרֵישֵׁיהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ עוֹטֵר יִשְׂרָאֵל בְּתִפְאָרָה כִּי מֶשִׁי יָדֶיהָ אוֹמֵר בָּרוּךְ אקב"ו עַל נְטִילַת יָדַיִם לְפִי שֶׁיָּדָיו שֶׁל אָדָם עַסְקָנִיּוֹת הֵם וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא לִיגַע בְּבָשָׂר הַמְטֻונָּף בַּלַּיְלָה. תִּיקְּנוּ בְּרָכָה קֹודֶם שֶׁיִּקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל וְרָאוּי הָיָה לְבָרֵךְ עַל נְקִיּוּת יָדַיִם אֶלָּא עַל שֵׁם שֶׁתִּיקְּנוּ בִּנְטִילַת יָדַיִם לַאֲכִילָה לְבָרֵךְ ענט"י לְפִי שֶׁצָּרִיךְ לִיטֹּול מִן הַכְּלִי וְהַכְּלִי שְׁמוֹ נַטְלָא בִּלְשׁוֹן הַגְּמָרָא לְכָךְ תִּיקְּנוּ נָמֵי לְבָרֵךְ עַל נְטִילַת יָדַיִם. וְנִרְאֶה שֶׁאִם אֵין לוֹ מַיִם וּמְנַקֶּה אֶת יָדָיו בִּצְרוֹר וְעָפָר שֶׁמְּבָרֵךְ עַל נְקִיּוּת יָדַיִם דְּחַיָּיב אָדָם לְנַקּוֹת יָדָיו בִּשְׁעַת תְּפִלָּה כִּדְאָמַר לְעֵיל פ"ב (בְּרָכוֹת דַּף טו.) דְּכָתֵיב אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן כַּפָּי. מִזֶּה יֵשׁ לִלְמֹוד דְּהוּא הַדִּין בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה וּבִתְפִלַּת הָעַרְבִית אִם עָשָׂה צְרָכָיו וְנוֹטֵל יָדָיו מְבָרֵךְ עַל נְטִילַת יָדַיִם אֲבָל כָּל הַיּוֹם כְּשֶׁעוֹשֶׂה צְרָכָיו אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ כִּי אִם אֲשֶׁר יָצַר דְּלָא נִתְקְנָה בִּרְכַּת עַל נְטִילַת יָדַיִם כִּי אִם לִסְעוּדָה וְלִתְפִלָּה כִּי הַךְ דְּהָכָא. כִּי מֶשִׁי אַפֵּיהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ הַמַּעֲבִיר שֵׁינָה מֵעֵינַי וּתְנוּמָה מֵעַפְעַפָּי יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתַּרְגִּילֵנִי בְּתוֹרָתֶךָ וְדַבְּקֵנִי בְּמִצְוֹתֶיךָ וְאַל תְּבִיאֵנִי לֹא לִידֵי חֵטְא וְלֹא לִידֵי עֲבֵירָה וְעָוֹן וְלֹא לִידֵי בִּזָּיוֹן וְלֹא לִידֵי נִסָּיוֹן וְלֹא יִשְׁלֹוט בִּי יֵצֶר הָרָע וְכוֹף אֶת יִצְרִי לְהִשְׁתַּעְבֵּד לָךְ וּתְנֵנִי הַיּוֹם וּבְכָל יוֹם לְחֵן וּלְחֶסֶד וּלְרַחֲמִים בְּעֵינֶיךָ וּבְעֵינֵי כָּל רוֹאַי וְתִגְמְלֵנִי חֲסָדִים טוֹבִים בָּרוּךְ אַתָּה ה' גּוֹמֵל חֲסָדִים טוֹבִים לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל וּלְעֵיל בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מו.) פֵּירְשׁוּ הַתּוֹסָפוֹת שֶׁיֵּשׁ בִּבְרָכָה זוֹ מֵעֵין פְּתִיחָה סָמוּךְ לַחֲתִימָה כָּל הָנָךְ בְּרָכוֹת שֶׁהֵן לַהֲנָאָתוֹ כְּמוֹ מַלְבּוּשׁ עֲרוּמִים וְעוֹטֵר אֶת יִשְׂרָאֵל וְשֶׁעָשִׂיתָ לִי כָּל צָרְכֵי אִם אֵין נֶהֱנֶה מֵהֶם כְּגוֹן שֶׁשָּׁכַב עַל מִטָּתוֹ עָרֹום אֵינוֹ מְבָרֵךְ אוֹתָם וְהָאִידָּנָא נָהֲגוּ לְבָרֵךְ אֵלּוּ הַבְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר אַחַר שֶׁנָּטַל יָדָיו דְּכָל זְמַן שֶׁאֵין יָדָיו נְקִיּוֹת אֵין לְבָרְכָן וְהָא דְּאָמְרִינַן פְּסָחִים ז: כָּל הַבְּרָכוֹת כֻּולָּן מְבָרְכִים עֲלֵיהֶם עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן הַייְנוּ בִּרְכַּת הַמִּצְוֹת שֶׁאוֹמֵר בָּהֶן וְצִוָּנוּ צָרִיךְ לְבָרֵךְ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא תְּחִלָּה עַל מַה שֶׁצִּוָּנוּ וְקֵרְבָנוּ לַעֲבוֹדָתוֹ אֲבָל בְּרָכָה שֶׁל הוֹדָאָה וְשֶׁבַח כְּגוֹן אֵלּוּ יָכוֹל לְבָרֵךְ אַחַר כֵּן. מִיהוּ מִלָּשׁוֹן שֶׁסִּדְּרָם הַגְּמָרָא מַשְׁמַע שֶׁיָּכוֹל לְבָרֵךְ כָּל אֵלּוּ הַבְּרָכוֹת קֹודֶם נְטִילַת יָדַיִם וְזֶהוּ סַעַד לִדְבָרַי שֶׁלֹּא תִּקְּנוּ נְטִילַת יָדַיִם אֶלָּא לק"ש וְלִתְפִלָּה:
Celui qui entre se coucher sur son lit dit le Chema jusqu'à « Vehaya im chamoa ». Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a écrit qu'on dit aussi la deuxième section, parce qu'il s'y trouve « quand tu te couches et quand tu te lèves » ; il est possible que la version soit : « Chema » et « Vehaya im chamoa ». Et il bénit : « Béni sois-Tu qui fais tomber les liens du sommeil sur mes yeux et l'assoupissement sur mes paupières. Que ce soit Ta volonté, Hachem mon D.ieu, de me coucher en paix et de me relever pour la vie et pour la paix ; que ne me troublent ni rêves mauvais ni pensées mauvaises ; que ma couche soit entière devant Toi ; éclaire mes yeux, de peur que je ne dorme du sommeil de la mort. Béni sois-Tu, Hachem, qui éclaires le monde entier dans Ta gloire. » Et lorsqu'il se réveille, qu'il dise : « Mon D.ieu, l'âme que Tu as mise en moi est pure ; Toi Tu l'as créée, Toi Tu l'as formée, Toi Tu l'as insufflée en moi… » jusqu'à « Béni sois-Tu, Hachem, qui rends les âmes aux corps morts ». Et lorsqu'il entend le chant du coq, qu'il dise : « Béni soit Celui qui a donné au sekhvi le discernement de distinguer le jour de la nuit. » Le cœur est appelé sekhvi dans la langue de l'Écriture, comme il est écrit « qui a donné au sekhvi le discernement » : c'est le cœur qui comprend, et c'est par l'intelligence que l'homme distingue le jour de la nuit ; et parce que le coq lui aussi discerne, et qu'en arabe on appelle le coq sekhvi, on a institué de dire cette bénédiction en entendant le chant du coq. Toutefois, s'il n'a pas entendu le coq, il peut dire cette bénédiction, car elle n'est qu'une action de grâces envers le Lieu qui nous a donné intelligence et compréhension et a créé pour nous tous nos besoins ; car même si un homme dort dans une maison obscure, il discerne la venue du jour par le chant du coq. Quand il s'habille, qu'il dise « Béni… qui vêt ceux qui sont nus » ; quand il pose sa main sur ses yeux, « Béni… qui rend la vue aux aveugles » ; quand il se redresse et s'assoit, « Béni… qui délie ceux qui sont liés » ; quand il se tient droit, « Béni… qui redresse ceux qui sont courbés » ; quand il pose le pied à terre, « Béni… qui étend la terre sur les eaux » ; quand il chausse ses souliers, « Béni… qui a pourvu à tous mes besoins » ; quand il marche, « Béni… qui affermit les pas de l'homme » ; quand il ceint sa ceinture, « Béni… qui ceint Israël de force » ; quand il pose son turban sur sa tête, « Béni… qui couronne Israël de splendeur ». Quand il se lave les mains, il dit « Béni… qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné la netilat yadaim », parce que les mains de l'homme sont actives et qu'il est impossible qu'elles n'aient pas touché, pendant la nuit, un endroit souillé : on a donc institué une bénédiction avant qu'il ne lise le Chema et ne prie. Il aurait convenu de bénir « sur la propreté des mains » (al nekiout yadaim) ; mais parce qu'on a institué, pour le lavage des mains avant le repas, de bénir « al netilat yadaim » — puisqu'il faut verser depuis un récipient, et que le récipient s'appelle natla dans la langue de la guemara — on a institué de même ici de bénir « al netilat yadaim ». Et il semble que s'il n'a pas d'eau et qu'il nettoie ses mains avec un caillou ou de la terre, il bénisse « al nekiout yadaim », car l'homme est tenu de nettoyer ses mains à l'heure de la prière, comme il est dit plus haut au chapitre deux (Berakhot 15a) : « je laverai mes mains dans la pureté ». De là on apprend qu'il en va de même pour la prière de minha et pour celle du soir : s'il a fait ses besoins et se lave les mains, il bénit « al netilat yadaim ». Mais tout au long du jour, lorsqu'il fait ses besoins, il n'a pas à bénir sinon « Acher yatsar », car la bénédiction « al netilat yadaim » n'a été instituée que pour le repas et pour la prière, comme dans notre cas. Quand il se lave le visage, il dit : « Béni… qui fais passer le sommeil de mes yeux et l'assoupissement de mes paupières. Que ce soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de m'habituer à Ta Torah et de m'attacher à Tes commandements ; ne me conduis ni à la faute, ni à la transgression, ni au péché, ni au mépris, ni à l'épreuve ; que le mauvais penchant ne domine pas en moi ; soumets mon penchant pour qu'il Te soit asservi ; accorde-moi, aujourd'hui et chaque jour, grâce, bienveillance et miséricorde à Tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient, et accorde-moi de bonnes bontés. Béni sois-Tu, Hachem, qui accordes de bonnes bontés à Ton peuple Israël. » Et plus haut, au chapitre « Chelocha cheakhlou » (Berakhot 46a), les Tossefot ont expliqué que cette bénédiction comporte une sorte d'ouverture proche de sa formule de clôture. Toutes ces bénédictions qui répondent à un agrément personnel — comme « qui vêt ceux qui sont nus », « qui couronne Israël » et « qui a pourvu à tous mes besoins » — s'il n'en jouit pas, par exemple s'il a dormi nu sur son lit, il ne les dit pas. Aujourd'hui l'usage s'est établi de dire ces bénédictions dans l'ordre après s'être lavé les mains, car tant que les mains ne sont pas propres on ne doit pas les dire. Et ce que nous disons (Pessahim 7b), que toutes les bénédictions se disent avant l'accomplissement de l'acte, vise les bénédictions des mitsvot, où l'on dit « et Il nous a ordonné » : il faut bénir d'abord le Saint, béni soit-Il, pour ce qu'Il nous a ordonné et nous a rapprochés de Son service ; mais une bénédiction de reconnaissance et de louange comme celles-ci peut se dire ensuite. Toutefois, de l'ordre dans lequel la guemara les a rangées il ressort qu'on peut dire toutes ces bénédictions avant la netilat yadaim, et cela appuie l'idée que la netilat yadaim n'a été instituée que pour le Chema et la prière.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan lit le verset comme une seule scène : le lavage des mains et l'approche de l'autel s'y suivent, donc les cinq gestes du matin tiennent lieu de service au Temple.

Rava pousse la lecture plus loin en s'appuyant sur la forme du verbe : le texte dit « je laverai dans la pureté » sans complément, au lieu de « je laverai mes mains ». L'objet manquant ouvre la derasha : la récompense n'est pas seulement celle d'un lavage de mains, mais celle d'une tevila (immersion) du corps entier.

3
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרָבָא: חֲזִי מָר הַאי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דַּאֲתָא מִמַּעְרְבָא וְאָמַר: מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם לִרְחוֹץ יָדָיו — מְקַנֵּחַ יָדָיו בֶּעָפָר וּבִצְרוֹר וּבְקִסְמִית.

Ravina dit à Rava : que le maître considère ce jeune érudit venu de l'Occident (Erets Israël), qui a dit : celui qui n'a pas d'eau pour se laver les mains essuie ses mains avec de la terre, avec un caillou ou avec un éclat de bois.

📜 Rachi (1)
קָסְמֵית קֵיסָם:
Un éclat de bois.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַאי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דַּאֲתָא מִמַּעְרְבָא, וְאָמַר: מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם לִרְחֹץ יָדָיו, מְקַנֵּחַ יָדָיו בֶּעָפָר וּבִצְרוֹר וּבְקֵיסָמִים. הַאי צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן דִּגְאָתִי מִמַּעֲרָבָא וְאָמַר וְכוּ'. קַשָּׁא, לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ דְּאָתֵי מִמַּעֲרָבָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הַמַּיִם בְּיֹוקֶר, כִּי הִיא לִמְטַר הַשָּׁמַיִם תִּשְׁתֶּה מָּיִם, וְלָכֵן יֵשׁ מָקוֹם בְּרֹאשׁ לוֹמַר הַאי דִּינָא דְּאָמַר הַהוּא צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן, לָא אִתְּמַר אֶלָּא בְּמַעֲרָבָא דְּאֵין הַמַּיִם מְצֻוִּים הַרְבֵּה, וְלָכֵן אִם אֵין לוֹ מַיִם, לֹא הִטְרִיחוּ אוֹתוֹ לְבַקֵּשׁ מִבֵּית חֲבֵירוֹ וְלֵילֵךְ אָנֶה וָאָנָה בַּעֲבוּרָם, כִּי אוּלַי גַּם לַחֲבֵירוֹ יֵשׁ בְּצִמְצוּם וְיִקְשֶׁה בְּעֵינָיו לִיתֵּן לוֹ, לְכָךְ אָמְרוּ יְקַנֵּחַ יָדָיו בְּעָפָר, מַה שֶׁאֵין כֵּן שְׁאָר מְקוֹמוֹת שֶׁמְּצַוִּים בָּהֶם מַיִם רַבִּים, כְּמוֹ עָרֵי בָּבֶל, שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בְּאֵר מַיִם חַיִּים בְּכָל חָצֵר וְחָצֵר, וְגַם עוֹמְדִים עַל נְהָרוֹת גְּדוֹלִים חִדֶּקֶל וּפְרָת, שֶׁהַמַּיִם רַבִּים, אִם לֹא נִמְצָא אֵצֶל זֶה בְּבֵיתוֹ יֵלֵךְ וְיִקַּח מִבֵּית הַשָּׁכֵן שֶׁלּוֹ, אֶפְשָׁר לֹא הֻותַּר אֵצֶל זֶה בְּבֵיתוֹ יֵלֵךְ וְיִקַּח מִבֵּית הַשָּׁכֵן שֶׁלּוֹ, אֶפְשָׁר לֹא הֻותַּר לוֹ לְנַקּוֹת בְּעָפָר, אוֹ דִּילְמָא שֶׁמָּא הַאי דִּינָא דְּאָמַר הַהוּא צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן יֶשְׁנוֹ בְּכָל מָקוֹם, כִּי דִּינָא הוּא, וְלֹא תַּקָּנָה לְפִי הַמָּקוֹם, לְכָךְ פֵּירֵשׁ דְּאָתֵי מִמַּעֲרָבָא דְּעַל כֵּן יֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק בִּשְׁנֵי צְדָדִין הַנִּזְכָּרִים, וְהֵשִׁיב לוֹ דִּינָא וּבְכָל אֲתַר אִתְּמַר, וְלָאו דַּוְקָא בְּמַעֲרָבָא כִּי יֵשׁ לָזֶה יַלְפוּתָא מִן הַכָּתוּב דִּכְתִיב (תְּהִלִּים כו, ו) אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן כַּפַּי.
« Ce jeune érudit venu de l'Occident, qui a dit : celui qui n'a pas d'eau pour se laver les mains essuie ses mains avec de la terre, un caillou ou des éclats de bois. » Difficulté : à quoi bon préciser qu'il venait de l'Occident ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu qu'en Erets Israël l'eau est chère, car ce pays boit l'eau de la pluie du ciel ; il y avait donc lieu de penser d'abord que la règle énoncée par cet érudit n'a été dite qu'en Occident, où l'eau n'est pas abondante : celui qui n'a pas d'eau, on ne lui impose pas la peine d'en demander chez son compagnon ni d'aller ça et là pour en trouver, car peut-être son compagnon lui-même n'en a-t-il qu'avec parcimonie et lui en donnerait-il à contrecœur ; c'est pourquoi ils ont dit qu'il essuie ses mains avec de la terre. Il en irait autrement dans les autres lieux, où l'eau abonde, comme les villes de Babylonie, qui ont un puits d'eau vive dans chaque cour et se tiennent au bord de grands fleuves, le Hidekel et le Perat, où les eaux sont nombreuses : si un homme n'en trouve pas chez lui, qu'il aille en prendre chez son voisin, et peut-être ne lui a-t-on pas permis de se nettoyer avec de la terre. Ou peut-être la règle énoncée par cet érudit vaut-elle en tout lieu, car c'est un din (une règle de droit) et non une disposition adaptée au lieu. C'est pour cela qu'il a précisé qu'il venait de l'Occident, puisque de là naissait le doute entre les deux côtés mentionnés. Et il lui a répondu que c'est un din énoncé en tout lieu, et non spécialement en Occident, car on le tire du verset où il est écrit : « je laverai mes mains dans la pureté » (Tehilim 26, 6).
💡 Explication

Le tsourva merabanan (jeune érudit) rapporte un enseignement d'Erets Israël, et Ravina le soumet à Rava comme une chose étonnante : le verset parlait d'un lavage, et voici qu'on se contente d'un essuyage. La question porte sur la nature de l'exigence — de l'eau, ou de la propreté.

4
אֲמַר לֵיהּ: שַׁפִּיר קָאָמַר, מִי כְּתִיב ״אֶרְחַץ בְּמַיִם״? ״בְּנִקָּיוֹן״ כְּתִיב — כָּל מִידִי דִּמְנַקֵּי, דְּהָא רַב חִסְדָּא לָיֵיט אַמַּאן דִּמְהַדַּר אַמַּיָּא בְּעִידָּן צְלוֹתָא.

Il lui dit : il a bien parlé. Est-il écrit « je laverai avec de l'eau » ?

« Dans la pureté » est écrit — tout ce qui nettoie. Car Rav Hisda maudissait celui qui court après l'eau à l'heure de la prière.

🗂️ Tossefot (1)
אַמַּאן דִּמְהַדַּר אַמַּיָּא בְּעִידָּן ק"ש וְיֵשׁ סְפָרִים דְּגָרְסִי הָנֵי מִילֵּי לק"ש אֲבָל לִתְפִלָּה לֹא דְּקָאָמַר רשב"ל (פְּסָחִים מו.) לְגַבֵּל וְלִתְפִלָּה ד' מִילִין וְנִרְאֶה דְּלָא גָּרְסִינַן לֵיהּ דְּהוּא הַדִּין לְעִנְיַן צְלוֹתָא נָמֵי מִטַּעַם שֶׁלֹּא יַעֲבֹור זְמַן תְּפִלָּה דְּמַאי שְׁנָא ק"ש מִתְּפִלָּה וְגַם יֵשׁ לְקַמָּן פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת ד' כב.) בִּטְּלוּהָ לִנְטִילוּתָא כִּדְרַב חִסְדָּא דְּלָיֵיט אַמַּאן דִּמְהַדַּר אַמַּיָּא בְּעִידָּן צְלוֹתָא וּמִדְּלָא הִזְכִּיר שָׁם ק"ש מַשְׁמַע דִּבְכָל עִנְיָן מֻותָּר וְהַהִיא דרשב"ל דְּאָמַר וְלִתְפִלָּה ד' מִילִין פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לְהִתְפַּלֵּל שָׁם בְּמִנְיָן:
Certains livres portent la version : « cela ne vaut que pour le Chema, mais non pour la tefila », d'après ce que dit Rech Lakich (Pessahim 46a) : « pour pétrir et pour la prière, quatre mil ». Il semble qu'on ne doive pas retenir cette version, car il en va de même pour la tefila, et pour la même raison : que le temps de la prière ne passe pas — en quoi le Chema différerait-il de la tefila ? De plus, il est dit plus loin au chapitre « Mi chemeto » (Berakhot 22a) qu'on a annulé la netila, conformément à Rav Hisda qui maudissait celui qui court après l'eau à l'heure de la prière ; et puisqu'il n'y mentionne pas le Chema, il en ressort que c'est permis en tout état de cause. Quant à la parole de Rech Lakich, « et pour la prière, quatre mil », Rachi l'explique : pour prier là-bas avec un minyan.
💡 Explication

Rava tranche par la lettre du verset : le mot benikayon (dans la pureté) nomme un résultat, non un moyen. Tout ce qui nettoie convient donc.

La preuve suivante vient de la conduite : Rav Hisda maudissait celui qui court après l'eau au moment de la prière. Si l'eau était indispensable, cette course serait une mitsva ; le fait qu'elle soit blâmée montre que l'exigence porte sur la propreté, et que le temps de la lecture prime.

5
וְהָנֵי מִילֵּי לִקְרִיאַת שְׁמַע, אֲבָל לִתְפִלָּה מַהְדַּר. וְעַד כַּמָּה? — עַד פַּרְסָה. וְהָנֵי מִילֵּי לְקַמֵּיהּ, אֲבָל לַאֲחוֹרֶיהָ — אֲפִילּוּ מִיל אֵינוֹ חוֹזֵר. [וּמִינָּהּ] מִיל הוּא דְּאֵינוֹ חוֹזֵר, הָא פָּחוֹת מִמִּיל — חוֹזֵר.

Et cela ne vaut que pour le Chema ; mais pour la tefila, il fait le détour chercher de l'eau. Et jusqu'où ?

Jusqu'à une parsa. Et cela ne vaut que devant lui ; mais derrière lui, il ne revient pas même d'un mil.

Et de là : c'est d'un mil qu'il ne revient pas, mais de moins d'un mil, il revient.

📜 Rachi (1)
לק"ש בְּעִידָּנָא דק"ש שֶׁזְּמַנָּהּ קָבוּעַ פֶּן יַעֲבֹור הַזְּמַן אֲבָל לִתְפִלָּה דְּכָל הַיּוֹם זְמַנָּהּ הוּא צָרִיךְ לְמֶהְדַּר אַמַּיָּא:
À l'heure du Chema, dont le temps est fixé, de peur que le temps ne passe ; mais pour la tefila, dont le temps s'étend sur toute la journée, il doit faire le détour pour trouver de l'eau.
💡 Explication

La guemara pose une règle de distance, fondée sur le temps disponible. Le Chema a une heure fixe : chercher l'eau risque de faire passer le temps, donc on s'en dispense. La tefila s'étend sur une plus longue plage : on peut donc consacrer du chemin à la recherche d'eau.

Deux mesures : une parsa (environ quatre mil) si l'eau se trouve sur le chemin qu'on parcourt de toute façon ; en arrière, la peine est plus lourde, et l'on ne revient pas d'un mil — mais d'une distance moindre, si.

🖼️ Schéma
Jusqu'où aller chercher de l'eau avant la tefila Lui Devant lui : jusqu'à une parsa Derrière lui : pas un mil En arrière Un mil : il ne revient pas. Moins d'un mil : il revient. Pour le Chema Il ne cherche pas : son temps est fixé, et il pourrait le laisser passer.
Les distances : une parsa en avant, pas un mil en arrière.
6
מַתְנֵי׳ הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְלֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ — יָצָא. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא יָצָא.

Michna. Celui qui lit le Chema sans le faire entendre à son oreille s'est acquitté.

Rabbi Yossei dit : il ne s'est pas acquitté.

💡 Explication

Ouverture de la sougya centrale du folio. La question : la lecture du Chema exige-t-elle seulement que la bouche prononce, ou faut-il encore que l'oreille perçoive ? Le premier tana — que la guemara identifiera comme Rabbi Yehouda — dit que la lecture inaudible acquitte ; Rabbi Yossei dit qu'elle n'acquitte pas.

7
קָרָא וְלֹא דִּקְדֵּק בְּאוֹתִיּוֹתֶיהָ, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: יָצָא. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא יָצָא.

S'il a lu sans articuler exactement ses lettres : Rabbi Yossei dit : il s'est acquitté ; Rabbi Yehouda dit : il ne s'est pas acquitté.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' וְלֹא דִּקְדֵּק בְּאוֹתִיּוֹתֶיהָ לְפָרְשָׁן יָפֶה בִּשְׂפָתָיו:
Les articuler nettement avec ses lèvres.
💡 Explication

Deuxième cas de la michna, et les positions s'inversent : ici c'est Rabbi Yossei qui est indulgent et Rabbi Yehouda qui est sévère. L'exigence porte cette fois sur la netteté de la prononciation des lettres, non sur l'audition.

8
הַקּוֹרֵא לְמַפְרֵעַ — לֹא יָצָא. קָרָא וְטָעָה — יַחֲזֹור לַמָּקוֹם שֶׁטָּעָה.

Celui qui lit à l'envers ne s'est pas acquitté. S'il a lu et s'est trompé, il revient à l'endroit où il s'est trompé.

💡 Explication

L'ordre des versets fait partie de la mitsva : la lecture lemafrea (à l'envers) ne vaut pas. La guemara rattachera cette règle au mot vehayou — « qu'ils soient » tels qu'ils sont écrits.

9
גְּמָ׳ מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי? מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״שְׁמַע״ — הַשְׁמַע לְאָזְנְךָ מַה שֶׁאַתָּה מוֹצִיא מִפִּיךָ. וְתַנָּא קַמָּא סָבַר, ״שְׁמַע״ — בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ.

Guemara. Quelle est la raison de Rabbi Yossei ?

Parce qu'il est écrit « chema » (écoute) : fais entendre à ton oreille ce que tu fais sortir de ta bouche. Et le premier tana tient : « chema » — dans toute langue que tu entends.

💡 Explication

Un seul mot, chema, peut se lire de deux façons. Rabbi Yossei le prend au sens d'audition : que l'oreille perçoive ce que la bouche dit. Le premier tana le prend au sens de compréhension : la lecture est valable dans toute langue que l'homme entend, c'est-à-dire qu'il comprend.

10
וְרַבִּי יוֹסֵי, תַּרְתֵּי שְׁמַע מִינָּה.

Et Rabbi Yossei : tu en apprends deux choses.

📜 Rachi (1)
תַּרְתֵּי ש"מ כִּי דְּרָשַׁת נָמֵי שְׁמַע בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ ש"מ נָמֵי דְּצָרִיךְ לְהַשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ:
Même quand tu interprètes aussi « chema » au sens de « dans toute langue que tu entends », tu en apprends encore qu'il faut faire entendre à son oreille.
💡 Explication

Rabbi Yossei ne rejette pas la première lecture : il tient les deux ensemble. Le mot chema enseigne à la fois que toute langue convient et qu'il faut faire entendre à son oreille.

11
תְּנַן הָתָם: חֵרֵשׁ הַמְדַבֵּר וְאֵינוֹ שׁוֹמֵעַ — לֹא יִתְרֹום. וְאִם תָּרַם — תְּרוּמָתוֹ תְּרוּמָה.

Nous avons appris là-bas : un sourd qui parle mais n'entend pas ne prélèvera pas la terouma ; et s'il l'a prélevée, sa terouma est une terouma valable.

📜 Rachi (1)
לֹא יִתְרֹום לְפִי שֶׁאֵינוֹ שׁוֹמֵעַ הַבְּרָכָה שֶׁהוּא מְבָרֵךְ עָלֶיהָ:
Parce qu'il n'entend pas la bénédiction qu'il prononce dessus.
💡 Explication

La guemara transporte la question dans un autre domaine. La michna des terouma (le prélèvement donné au cohen) distingue le lekhathila (d'emblée) du bediavad (après coup) : le sourd ne prélèvera pas, mais son prélèvement, une fois fait, tient. La réserve porte sur la bénédiction, qu'il ne s'entend pas prononcer.

12
מַאן תָּנָא חֵרֵשׁ הַמְדַבֵּר וְאֵינוֹ שׁוֹמֵעַ דִּיעֲבַד — אִין, לְכַתְּחִלָּה — לָא?

Quel est le tana qui tient que pour un sourd qui parle mais n'entend pas, après coup oui, mais d'emblée non ?

📜 Rachi (1)
מַאן תְּנָא כו' לֹא יָצָא אַפֵּי' בְּדִיעֲבַד ה"מ כו':
Même après coup ; hanei mile (cela ne vaut que dans tel cas), etc.
💡 Explication

La guemara cherche à rattacher cette michna à l'un des avis de notre michna. La structure recherchée est précise : une position intermédiaire, qui interdit d'emblée tout en validant après coup.

13
אָמַר רַב חִסְדָּא: רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דִּתְנַן: הַקּוֹרֵא אֶת ״שְׁמַע״ וְלֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ — יָצָא, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא יָצָא.

Rav Hisda dit : c'est Rabbi Yossei, car nous avons appris : celui qui lit le Chema sans le faire entendre à son oreille s'est acquitté — paroles de Rabbi Yehouda ; Rabbi Yossei dit : il ne s'est pas acquitté.

💡 Explication

Rav Hisda attribue la michna de la terouma à Rabbi Yossei. Au passage, il livre l'information décisive pour tout le folio : le premier tana de notre michna, celui qui déclare acquitte, est Rabbi Yehouda.

14
עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי לֹא יָצָא, אֶלָּא גַּבֵּי קְרִיאַת שְׁמַע דְּאוֹרָייְתָא, אֲבָל תְּרוּמָה — מִשּׁוּם בְּרָכָה הוּא, וּבְרָכָה דְּרַבָּנַן וְלָא בִּבְרָכָה תַּלְיָא מִילְּתָא.

Rabbi Yossei n'a dit « il ne s'est pas acquitté » qu'à propos du Chema, qui est de la Torah ; mais pour la terouma, la réserve tient à la bénédiction, or la bénédiction est d'institution rabbinique, et la chose ne dépend pas de la bénédiction.

📜 Rachi (1)
בְּרָכָה דְּרַבָּנָן הִיא דַּאֲמוּר רַבָּנָן (פְּסָחִים ד' ז:) כָּל הַמִּצְוֹת כֻּולָּן מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן:
Car les Sages ont dit (Pessahim 7b) que sur toutes les mitsvot on bénit avant de les accomplir.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר ק"ש כִּכְתָבָהּ דִּבְרֵי רַבִּי. וחכ"א בְּכָל לָשׁוֹן. מ"ט דְּרַבִּי. אָמַר קְרָא וְהָיוּ בַּהֲוָייָתָן יְהוּ. וְרַבָּנָן מ"ט אָמַר קְרָא שְׁמַע בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ אֲבָל וְהָיוּ לְשֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ הוּא דַּאֲתָא. וְקַיְימָא לָן כְּרַבָּנָן חֲדָא דְּיָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים וְעוֹד דְּסָתַם לָן תַּנָּא דְּמַתְנִיתִין כְּוָותַייְהוּ דִּתְנַן סוֹטָה דַּף לב. וְאֵלּוּ נֶאֱמָרִין בְּכָל לָשׁוֹן פָּרָשַׁת סוֹטָה וּוִידּוּי מַעֲשֵׂר וק"ש וּתְפִלָּה וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וּשְׁבוּעַת הָעֵדוּת וּשְׁבוּעַת הַפִּקָּדוֹן. וְקַיְימָא לָן דִּסְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא הֲלָכָה כִּסְתָם מַתְנֵי'. וְעוֹד דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ וְרַבָּנָן סְבִירָא לְהוּ כְּמַאן דַּאֲמַר לֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא וְהָכִי פָּסְקִינַן הִלְכְתָא לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף טו.) וְעוֹד דְּקָאָמַר הָכָא דְּרַבִּי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר לֹא יָצָא וּלְקַמָּן שָׁם עַל מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי גּוּפֵיהּ קָאָמַר וְרַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי שָׁמְעַת מִינָּהּ לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה רוֹצֶה לַחֲלֹוק עַל רַבָּנָן דְּהִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ. כָּתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל הַאי דְּקָתָנֵי תְּפִלָּה בְּכָל לָשׁוֹן ה"מ בְּצִבּוּר אֲבָל בְּיָחִיד לָא. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב שַׁבָּת דַּף יב: לְעוֹלָם אַל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כָּל הַשּׁוֹאֵל צְרָכָיו בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי אֵין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת נִזְקָקִין לוֹ לְפִי שֶׁאֵין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מַכִּירִין בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי. מָצָאתִי בְּנִימּוּקֵי תַּלְמִידֵי ה"ר יוֹנָה זַ"ל שֶׁהָיָה תָּמֵיהַּ כֵּיוָן שֶׁתְּפִלָּה בְּיָחִיד אֵינָהּ נֶאֱמֶרֶת אֶלָּא בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ הֵיאַךְ נָהֲגוּ כָּל הָעוֹלָם שֶׁהַנָּשִׁים מִתְפַּלְּלוֹת בִּשְׁאָר לְשׁוֹנוֹת דְּכֵיוָן שֶׁחַייָּבוֹת בִּתְפִלָּה לֹא הָיָה לָהֶן לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא בִּלְשׁוֹן הַקֹּדֶשׁ. וְרַבָּנֵי צָרְפַת זַ"ל הָיוּ נוֹתְנִין טַעַם לַמִּנְהָג וְאָמְרוּ כֵּיוָן שֶׁהִיא הַתְּפִלָּה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין כְּמוֹ תְּפִלַּת צִבּוּר דָּייְנִינַן לָהּ וְיָכוֹל יָחִיד לְאָמְרָהּ בְּלָשׁוֹן אַחֶרֶת. וְהָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אַל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי זֶהוּ בְּשׁוֹאֵל צְרָכָיו כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ לוֹ חוֹלֶה בְּבֵיתוֹ אוֹ דָּבָר אַחֵר שֶׁהוּא צָרִיךְ. אֲבָל תְּפִלָּה שֶׁהִיא קָבוּעַ לַצִּבּוּר אֲפִילּוּ כְּשֶׁיָּחִיד מִתְפַּלֵּל בְּבֵיתוֹ כְּמִתְפַּלֵּל בְּצִבּוּר דָּמֵי שא"צ מֵלִיץ לִפְנֵי הקב"ה. וְלִי נִרְאֶה דְּאֵינוֹ קָשֶׁה דְּדַוְקָא לָשׁוֹן זֶה קָאָמַר רַב יְהוּדָה דְּלָא יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו. וְכֵן הִקְשׁוּ בְּתוֹסָפוֹת שַׁבָּת שָׁם ד"ה שֶׁאֵין אַהָא דְּקָאָמַר שֶׁאֵין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מַכִּירִין בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי וַהֲלֹא אֲפִילּוּ מַחְשְׁבוֹת לֵב הָאָדָם הֵם יוֹדְעִים וּמַכִּירִין אֶלָּא לָשׁוֹן זֶה מְגֻונֶּה בְּעֵינֵיהֶן לְהִזָּקֵק לוֹ:
Nos maîtres ont enseigné : le Chema se lit tel qu'il est écrit — paroles de Rabbi. Et les Sages disent : dans toute langue. Quelle est la raison de Rabbi ? Le verset dit « vehayou » : qu'ils soient tels qu'ils sont. Et quelle est la raison des Sages ? Le verset dit « chema » : dans toute langue que tu entends ; quant à « vehayou », il vient enseigner qu'on ne lise pas à l'envers. Et nous tenons la halakha comme les Sages : d'abord parce que, dans un différend entre un individu et plusieurs, la halakha suit les plusieurs ; ensuite parce que le tana de la michna a enseigné anonymement comme eux, ainsi qu'il est enseigné (Sota 32a) : « voici ce qui se dit dans toute langue : la section de la sota, la déclaration de la dîme, le Chema, la tefila, le birkat hamazon, le serment du témoignage et le serment du dépôt » ; et nous tenons que lorsque l'enseignement anonyme est dans la michna et la controverse dans une baraita, la halakha suit la michna anonyme. Ensuite parce qu'il est dit plus loin que les Sages tiennent comme celui qui dit « s'il n'a pas fait entendre à son oreille, il s'est acquitté », et telle est la halakha que nous tranchons plus loin (Berakhot 15a). Ensuite encore parce qu'il est dit ici que Rabbi tient comme Rabbi Yossei, qui dit « il ne s'est pas acquitté », alors que plus loin, sur la parole de Rabbi Yossei lui-même, il est dit « et Rabbi Yossei : tu en apprends deux choses » — parce qu'il ne voulait pas contredire les Sages, dont l'avis fait la halakha. Le Rav Alfassi, de mémoire bénie, a écrit : ce qui est enseigné, que la tefila se dit dans toute langue, ne vaut qu'en public, mais non pour un individu ; car Rav Yehouda a dit au nom de Rav (Chabbat 12b) : que l'homme ne demande jamais ses besoins en langue araméenne ; et Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque demande ses besoins en langue araméenne, les anges du service ne s'occupent pas de lui, car les anges du service ne comprennent pas la langue araméenne. J'ai trouvé dans les notes des disciples de Rabbenou Yona, de mémoire bénie, qu'il s'étonnait : puisque la tefila d'un individu ne se dit qu'en langue sainte, comment l'usage s'est-il répandu partout que les femmes prient dans les autres langues, alors qu'étant tenues à la tefila elles ne devraient prier qu'en langue sainte ? Et les rabbins de France, de mémoire bénie, donnaient une raison à cet usage : puisqu'il s'agit de la prière que la communauté récite, on la traite comme une prière publique, et un individu peut la dire dans une autre langue ; quant à ce que Rav Yehouda a dit, que l'homme ne demande pas ses besoins en langue araméenne, cela vise celui qui demande ses besoins propres, par exemple s'il a un malade chez lui ou quelque autre nécessité ; mais la prière fixée pour la communauté, même lorsqu'un individu la dit chez lui, est comme la prière en public, qui n'a pas besoin d'intercesseur devant le Saint, béni soit-Il. À mes yeux, il n'y a pas de difficulté, car c'est de cette langue-là précisément que Rav Yehouda a dit que l'homme n'y demande pas ses besoins. De même les Tossefot ont objecté là-bas (Chabbat 12b) sur ce qui est dit, que les anges du service ne comprennent pas la langue araméenne : ne connaissent-ils pas jusqu'aux pensées du cœur de l'homme ? Mais cette langue leur est méprisable, au point qu'ils refusent de s'en occuper.
💡 Explication

Rav Hisda explique comment Rabbi Yossei, si sévère pour le Chema, peut valider la terouma du sourd après coup : la sévérité tenait au statut du Chema, obligation de la Torah. Pour la terouma, ce qui manque au sourd est seulement la bénédiction — d'institution rabbinique — et la validité du prélèvement ne dépend pas d'elle.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rabbi Yossei peut être sévère ici et indulgent là Chema Obligation de la Torah. Le défaut porte sur l'acte lui-même : la lecture n'a pas été entendue. Il ne s'est pas acquitté. Terouma Le défaut porte sur la bénédiction, qui est d'institution rabbinique. Le prélèvement n'en dépend pas. Après coup, sa terouma est valable.
La distinction de Rav Hisda : l'acte visé, ou seulement sa bénédiction.
15
וּמִמַּאי דְּרַבִּי יוֹסֵי הִיא, דִּילְמָא רַבִּי יְהוּדָה הִיא? וְאָמַר גַּבֵּי קְרִיאַת שְׁמַע נָמֵי דִּיעֲבַד — אִין, לְכַתְּחִלָּה — לָא. תֵּדַע, דְּקָתָנֵי: ״הַקּוֹרֵא״, דִּיעֲבַד — אִין, לְכַתְּחִלָּה — לָא.

Et d'où sait-on que c'est Rabbi Yossei ? Peut-être est-ce Rabbi Yehouda, et il aurait dit qu'à propos du Chema aussi, après coup oui, mais d'emblée non.

Sache-le, puisqu'il enseigne « celui qui lit » : après coup oui, d'emblée non.

📜 Rachi (2)
וּמִמַּאי דְּר' יוֹסֵי הִיא קס"ד הַאי דְּמוֹקְמִי לָהּ כְּר' יוֹסֵי מִשּׁוּם דִּסְבִירָא לָן דְּר' יְהוּדָה לְכַתְּחִלָּה נָמֵי מַכְשִׁיר:
Nous pensions d'abord que si l'on établit cette michna selon Rabbi Yossei, c'est parce que nous tenions que Rabbi Yehouda déclare valable même d'emblée.
דִּלְמָא ר' יְהוּדָה הִיא וק"ש נָמֵי דִּיעֲבַד אִין לְכַתְּחִלָּה לָא. ה"ג ול"ג אֲפִילּוּ:
Et pour le Chema aussi : après coup oui, d'emblée non. Telle est la version à retenir, sans le mot « même ».
🗂️ Tossefot (1)
דִּילְמָא ר' יְהוּדָה הִיא וא"ת וַהֲלֹא אֵין נִזְכָּר ר' יְהוּדָה בְּרֵישָׁא. וְי"ל דִּפְשִׁיטָא מִדְּסֵיפָא ר' יְהוּדָה רֵישָׁא נָמֵי ר' יְהוּדָה וּפְלִיגִי בְּמִילְּתָא דְּר' יְהוּדָה:
Si tu demandes : Rabbi Yehouda n'est pourtant pas mentionné dans la première partie de la michna. On peut répondre : cela va de soi, puisque la seconde partie est de Rabbi Yehouda, la première l'est aussi, et ils sont en controverse sur la parole de Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La guemara conteste l'attribution. Si Rabbi Yehouda lui-même interdisait d'emblée tout en validant après coup, il serait le tana de la michna de la terouma, et l'on n'aurait pas besoin de Rabbi Yossei.

L'indice tiré de la formulation : la michna dit hakoréh (celui qui a lu), un passé qui décrit un fait accompli. Le langage du bediavad suggère que d'emblée la chose est interdite.

16
אָמְרִי: הַאי דְּקָתָנֵי ״הַקּוֹרֵא״, לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר דִּיעֲבַד נָמֵי לָא. דְּאִי רַבִּי יְהוּדָה, אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה נָמֵי יָצָא.

Ils dirent : s'il enseigne « celui qui lit », c'est pour te faire connaître la portée de l'avis de Rabbi Yossei, qui dit que même après coup il ne s'est pas acquitté ; car s'il s'agissait de Rabbi Yehouda, même d'emblée il se serait acquitté.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם ר' יוֹסֵי לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּאַפֵּי' דִּיעֲבַד נָמֵי לֹא יָצָא:
Pour te faire connaître la portée de son avis : même après coup, il ne s'est pas acquitté.
🗂️ Tossefot (1)
לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי יוֹסֵי וא"ת לַשְׁמְעִינַן כֹּחוֹ דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּכֹחַ דְּהֶתֵּירָא עָדִיף. וְי"ל כֵּיוָן דְּרַבִּי יְהוּדָה לָא דָּרֵישׁ הַשְׁמַע לְאָזְנְךָ אֵין כָּאן שׁוּם חִדּוּשׁ וּפְשִׁיטָא דִּלְכַתְּחִלָּה וּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי לְאָוסְרוֹ אִי שָׁרִי דִּיעֲבַד הוּא הַדִּין לְכַתְּחִלָּה:
Si tu demandes : qu'il nous fasse plutôt connaître la portée de l'avis de Rabbi Yehouda, puisque la force de celui qui permet est préférable. On peut répondre : puisque Rabbi Yehouda n'interprète pas « fais entendre à ton oreille », il n'y a là aucune nouveauté, et il va de soi que c'est permis d'emblée ; d'où tirerait-on de l'interdire ? Si c'est permis après coup, il en va de même d'emblée.
💡 Explication

Réponse : la formulation au passé ne vise pas Rabbi Yehouda mais Rabbi Yossei. En posant le cas comme déjà accompli, la michna montre la portée de sa sévérité : même le fait accompli n'est pas rattrapé. Le langage du bediavad sert donc l'avis sévère, non l'avis permissif.

17
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא — כְּרַבִּי יוֹסֵי? וְאֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: לֹא יְבָרֵךְ אָדָם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלִבּוֹ, וְאִם בֵּירַךְ — יָצָא.

Comment l'as-tu établie ? Selon Rabbi Yossei.

Mais alors, ce qui est enseigné dans une baraita : « qu'un homme ne récite pas le birkat hamazon dans son cœur ; et s'il l'a récité ainsi, il s'est acquitté » —

📜 Rachi (1)
בְּלִבּוֹ שֶׁלֹּא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ:
Sans le faire entendre à son oreille.
💡 Explication

Nouvelle difficulté, tirée d'un troisième cas. Réciter dans son cœur veut dire ici prononcer sans se faire entendre. La baraita adopte exactement la position intermédiaire : interdit d'emblée, valable après coup.

18
מַנִּי? לָא רַבִּי יוֹסֵי וְלָא רַבִּי יְהוּדָה. דְּאִי רַבִּי יְהוּדָה — הָא אָמַר, לְכַתְּחִלָּה נָמֵי יָצָא? אִי רַבִּי יוֹסֵי, דִּיעֲבַד נָמֵי לָא!

de qui est-ce ? Ni de Rabbi Yossei ni de Rabbi Yehouda.

Car si c'est Rabbi Yehouda, n'a-t-il pas dit que même d'emblée il s'acquitte ? Et si c'est Rabbi Yossei, même après coup il ne s'acquitte pas !

📜 Rachi (1)
וְאִי ר' יוֹסֵי דִּיעֲבַד נָמֵי לָא דְּהָא בהמ"ז דְּאוֹרָייְתָא הִיא וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ (דְּבָרִים ח׳:י׳):
Car le birkat hamazon est de la Torah : « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras » (Devarim 8, 10).
🗂️ Tossefot (1)
אִי ר' יוֹסֵי דִּיעֲבַד נָמֵי לָא וא"ת לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ רַבִּי יוֹסֵי הִיא וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן שָׁאנֵי דְּלָא כְּתִיב בֵּיהּ שְׁמַע דְּבִשְׁלָמָא תְּרוּמָה דִּלְעֵיל וּמְגִילָּה דִּלְקַמָּן שֶׁהֵן מִדְּרַבָּנָן יֵשׁ לְדַמּוֹתָם לק"ש שֶׁתִּקְּנוּ שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיַּשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ כְּמוֹ בק"ש וְתִקְּנוּ מַמָּשׁ שֶׁלֹּא יָצָא כְּמוֹ בק"ש אֲבָל בבהמ"ז שֶׁהִיא מִדְּאוֹרַיְיתָּא כֵּיוָן דְּלָא כְּתִיב בֵּיהּ שְׁמַע לָמָּה יֵשׁ לָנוּ לְתַקֵּן שֶׁלֹּא יָצָא אִם לֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ כֵּיוָן דמה"ת יָצָא. וְי"ל כֵּיוָן שֶׁתִּקְּנוּ שֶׁצָּרִיךְ לְהַשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ כְּמוֹ בק"ש הוֹאִיל וּמִדְּרַבָּנָן מִיהָא צָרִיךְ לְהַשְׁמִיעַ אֵין לְחַלֵּק בֵּין ק"ש וּבֵין בהמ"ז דַּאֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד אִית לָן לְמֵימַר שֶׁלֹּא יָצָא:
Si tu demandes : on pourrait toujours dire que c'est bien Rabbi Yossei, et que le birkat hamazon est différent, puisque le mot « chema » n'y est pas écrit. En effet, la terouma dont il a été question plus haut et la Meguila dont il sera question plus loin sont d'institution rabbinique, et l'on peut les assimiler au Chema : les Sages ont institué qu'il faut faire entendre à son oreille comme pour le Chema, et ont institué proprement qu'il ne s'acquitte pas, comme pour le Chema. Mais pour le birkat hamazon, qui est de la Torah, puisque « chema » n'y est pas écrit, pourquoi instituerions-nous qu'il ne s'acquitte pas s'il n'a pas fait entendre à son oreille, alors que selon la Torah il s'est acquitté ? On peut répondre : puisqu'ils ont institué qu'il faut faire entendre à son oreille comme pour le Chema, et que de toute façon il le faut au moins par institution rabbinique, il n'y a pas lieu de distinguer entre le Chema et le birkat hamazon, et nous devons dire que même après coup il ne s'est pas acquitté.
💡 Explication

Le birkat hamazon est, comme le Chema, une obligation de la Torah (« tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras »). La distinction de Rav Hisda, qui reposait sur le caractère rabbinique de la bénédiction de la terouma, ne s'applique donc plus. La baraita reste sans auteur.

19
אֶלָּא מַאי, רַבִּי יְהוּדָה. וְדִיעֲבַד — אִין, לְכַתְּחִלָּה — לֹא.

Mais quoi donc ? C'est Rabbi Yehouda : après coup oui, d'emblée non.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מַאי ר' יְהוּדָה וק"ש דִּיעֲבַד אִין לְכַתְּחִלָּה לָא וְהָא דִּתְרוּמָה וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּר' יְהוּדָה:
Et pour le Chema : après coup oui, d'emblée non ; et l'enseignement sur la terouma comme celui sur le birkat hamazon sont de Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La guemara revient au premier soupçon : c'est Rabbi Yehouda qui occupe la position intermédiaire. Un seul auteur rend compte alors des deux baraitot, celle de la terouma et celle du birkat hamazon.

20
אֶלָּא הָא דְּתָנֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי: חֵרֵשׁ הַמְדַבֵּר וְאֵינוֹ שׁוֹמֵעַ — תּוֹרֵם לְכַתְּחִלָּה, מַנִּי?

Mais alors, ce qu'enseigne Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi — un sourd qui parle mais n'entend pas prélève la terouma d'emblée — de qui est-ce ?

💡 Explication

Une troisième baraita vient renverser l'équilibre : elle permet au sourd de prélever d'emblée. Aucune des positions retenues jusqu'ici ne va aussi loin.

21
לָא רַבִּי יְהוּדָה וְלָא רַבִּי יוֹסֵי. אִי רַבִּי יְהוּדָה — הָא אָמַר דִּיעֲבַד אִין, לְכַתְּחִלָּה לָא. אִי רַבִּי יוֹסֵי — הָא אָמַר דִּיעֲבַד נָמֵי לָא?

Ni de Rabbi Yehouda ni de Rabbi Yossei. Si c'est Rabbi Yehouda, n'a-t-il pas dit : après coup oui, d'emblée non ?

Si c'est Rabbi Yossei, n'a-t-il pas dit que même après coup non ?

💡 Explication

La difficulté est symétrique de la précédente : on manque cette fois d'un avis assez large. Les deux tanaim connus sont trop sévères pour cette baraita.

22
אֶלָּא, לְעוֹלָם רַבִּי יְהוּדָה, וַאֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה נָמֵי. וְלָא קַשְׁיָא, הָא — דִּידֵיהּ, הָא — דְּרַבֵּיהּ. דִּתְנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע צָרִיךְ שֶׁיַּשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ ה׳ אֶחָד״. אָמַר לוֹ רַבִּי מֵאִיר: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר ״אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם עַל לְבָבֶךָ״ — אַחַר כַּוָּנַת הַלֵּב הֵן הֵן הַדְּבָרִים.

Mais en vérité c'est bien Rabbi Yehouda, et même d'emblée. Et il n'y a pas de difficulté : ceci est son propre avis, cela est l'avis de son maître.

Car nous avons appris : Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Elazar ben Azarya : celui qui lit le Chema doit le faire entendre à son oreille, ainsi qu'il est dit : « Écoute, Israël, Hachem est notre D.ieu, Hachem est un. » Rabbi Meir lui dit : il est pourtant dit « que je t'ordonne aujourd'hui, sur ton cœur » — les paroles suivent l'intention du cœur.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא רַבִּי יְהוּדָה לְכַתְּחִלָּה קָאָמַר וְהָא דְּרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי ר' יְהוּדָה הִיא וְדִתְרוּמָה ר' יוֹסֵי הִיא וּמוֹדֶה הוּא דִּבְרָכוֹת דְּרַבָּנָן דִּיעֲבַד שַׁפִּיר דָּמֵי וְהָא דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן ר' יְהוּדָה הִיא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבֵּיהּ ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה דְּאוֹמֵר צָרִיךְ שֶׁיַּשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ וְכָל צָרִיךְ לְכַתְּחִלָּה מַשְׁמַע הָא דִּיעֲבַד שַׁפִּיר דָּמֵי:
L'enseignement de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi est de Rabbi Yehouda ; celui de la terouma est de Rabbi Yossei — et il concède que pour les bénédictions, qui sont d'institution rabbinique, cela convient après coup ; et celui du birkat hamazon est de Rabbi Yehouda au nom de son maître Rabbi Elazar ben Azarya, qui dit qu'il faut faire entendre à son oreille : or tout « il faut » vise ce qui se fait d'emblée, d'où il ressort qu'après coup cela convient.
אַחַר כַּווָּנַת הַלֵּב כו' וְאַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה נָמֵי א"צ:
Et même d'emblée il n'en a pas besoin.
💡 Explication

La solution repose sur une distinction classique : dideh (son avis propre) contre derabéh (l'avis de son maître). Rabbi Yehouda transmet un enseignement de Rabbi Elazar ben Azarya, qui exige de faire entendre à l'oreille ; mais quand il parle en son nom, il permet même d'emblée.

La baraita introduit en outre un troisième personnage : Rabbi Meir, qui lit « sur ton cœur » et en tire que tout suit l'intention du cœur. Noter aussi la valeur du mot tsarikh (il faut) : une exigence d'emblée, dont il ressort qu'après coup la chose tient.

🖼️ Schéma
Rabbi Yehouda parle à deux titres Didéh — son avis propre Il n'interprète pas "chema" comme une exigence d'audition. Le sourd prélève la terouma d'emblée. C'est la baraita de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi. Derabéh — au nom de son maître Rabbi Elazar ben Azarya : il faut faire entendre à son oreille. D'emblée non, après coup oui. C'est la baraita du birkat hamazon récité dans son cœur.
La clé du folio : distinguer ce que Rabbi Yehouda dit en son nom de ce qu'il transmet.
23
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי, אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יְהוּדָה כְּרַבֵּיהּ סְבִירָא לֵיהּ. וְלָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי מֵאִיר, הָא רַבִּי יְהוּדָה.

Maintenant que tu en es venu là, tu peux même dire que Rabbi Yehouda tient comme son maître. Et il n'y a pas de difficulté : ceci est de Rabbi Meir, cela est de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (2)
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי דְּאַשְׁמַעַת לָן פְּלֻוגְתָּא דר"מ:
Puisque tu nous as fait connaître la controverse de Rabbi Meir.
אֲפִילּוּ תֵּימָא ר' יְהוּדָה דְּאָמַר בק"ש נָמֵי יָצָא דִּיעֲבַד אִין לְכַתְּחִלָּה לָא וְהָא דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְדִתְרוּמָה רַבִּי יְהוּדָה הִיא וּדְקָא קַשְׁיָא לָךְ דְּר' יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּר"ש בֶּן פַּזִּי מַנִּי ר"מ הִיא דְּמַכְשַׁר לְכַתְּחִלָּה:
Qui dit que pour le Chema aussi il s'acquitte : après coup oui, d'emblée non ; et l'enseignement du birkat hamazon comme celui de la terouma sont de Rabbi Yehouda. Quant à ta difficulté — de qui est l'enseignement de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi ? — il est de Rabbi Meir, qui déclare valable même d'emblée.
💡 Explication

Une fois Rabbi Meir connu, on n'a plus besoin de dédoubler Rabbi Yehouda. La baraita permissive — le sourd prélève d'emblée — revient à Rabbi Meir ; celle du birkat hamazon reste à Rabbi Yehouda, qui suit son maître. Chaque enseignement retrouve un auteur sans qu'aucun tana se contredise.

24
תְּנַן הָתָם: הַכֹּל כְּשֵׁרִים לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה, חוּץ מֵחֵרֵשׁ, שׁוֹטֶה וְקָטָן. וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן.

Nous avons appris là-bas : tous sont aptes à lire la Meguila, hormis un sourd, un chote (insensé) et un mineur ; et Rabbi Yehouda déclare le mineur apte.

💡 Explication

Quatrième terrain d'épreuve : la lecture de la Meguila. Le sourd y est écarté au même titre que le chote et le mineur, c'est-à-dire de façon absolue, sans distinguer d'emblée et après coup.

25
מַאן תְּנָא חֵרֵשׁ דִּיעֲבַד נָמֵי לָא? אָמַר רַב מַתָּנָה: רַבִּי יוֹסֵי הִיא. דִּתְנַן: הַקּוֹרֵא אֶת ״שְׁמַע״ וְלֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ — יָצָא, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא יָצָא.

Quel est le tana selon lequel, pour un sourd, même après coup ce n'est pas valable ? Rav Matana dit : c'est Rabbi Yossei, car nous avons appris : celui qui lit le Chema sans le faire entendre à son oreille s'est acquitté — paroles de Rabbi Yehouda ; Rabbi Yossei dit : il ne s'est pas acquitté.

📜 Rachi (2)
מַאן תְּנָא חֵרֵשׁ דִּיעֲבַד נָמֵי לָא דְּקָתָנֵי גַּבֵּי שׁוֹטֶה:
Puisque la michna l'enseigne aux côtés du chote.
לֹא יָצָא דִּיעֲבַד הוּא:
C'est une formulation d'après coup.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן וא"ת בְּאֵיזֶה קָטָן מַיְירֵי אִי בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ הָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק רָאוּהוּ בֵּית דִּין (ר"ה ד' כט.) שֶׁכָּל שֶׁאֵינוֹ מְחֻוייָּב בַּדָּבָר אֵינוֹ מוֹצִיא אֶת הָרַבִּים ומ"ט דְּר' יְהוּדָה דְּמַכְשִׁיר וְאִי בְּהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ מַאי טַעְמַיְיהוּ דְּרַבָּנָן דְּאָסְרִי הֲרֵי קְרִיאַת מְגִילָּה דְּרַבָּנָן וְאָמְרִי' קָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ מִדְּרַבָּנַן כְּגָדוֹל וּפוֹטֵר דְּרַבָּנָן כִּדְאָמַר לְקַמָּן בְּפֶ' מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת ד' כ:) דְּקָטָן מוֹצִיא אָבִיו שֶׁלֹּא אָכַל אֶלָּא כַּזַּיִת דְּהַיְינוּ דְּרַבָּנָן. וי"ל שָׁאנֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁהִיא חוּמְרָא יַתִּירְתָא יוֹתֵר מִדְּאוֹרַייְתָּא וּבְקַל נִפְטָרִים מִמֶּנָּה כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן (שָׁם) וְהֵם הֶחְמִירוּ עַל עַצְמָם אוֹ בִּכְזַיִת אוֹ בְּכַבֵּיצָה א"נ הָתָם לֵיכָּא בְּקָטָן אֶלָּא חַד דְּרַבָּנָן דְּמַיְירֵי שֶׁהַקָּטָן אָכַל כְּדֵי שְׂבִיעָה לְכָךְ אָתֵי דְּרַבָּנָן וּמוֹצִיא דְּרַבָּנָן אֲבָל הָכָא דְּגַבֵּי קָטָן אִיכָּא תַּרְתֵּי דְּרַבָּנָן דְּהַמְּגִילָּה דְּרַבָּנָן וְהַקָּטָן דְּרַבָּנָן אֵינוֹ יָכוֹל לְהוֹצִיא הֵיכָא דְּלֵיכָּא אֶלָּא חַד דְּרַבָּנָן:
Si tu demandes : de quel mineur s'agit-il ? S'il s'agit d'un mineur qui n'a pas atteint l'âge de l'éducation (hinoukh), nous disons pourtant au chapitre « Raouhou beit din » (Roch Hachana 29a) que celui qui n'est pas tenu à une chose n'en acquitte pas le public — quelle serait alors la raison de Rabbi Yehouda, qui le déclare apte ? Et s'il s'agit d'un mineur qui a atteint l'âge de l'éducation, quelle est la raison des Sages, qui l'interdisent ? La lecture de la Meguila est d'institution rabbinique, et nous disons qu'un mineur parvenu à l'âge de l'éducation est, du point de vue rabbinique, comme un adulte, et qu'il acquitte d'une obligation rabbinique, ainsi qu'il est dit plus loin au chapitre « Mi cheméto » (Berakhot 20b), où un mineur acquitte son père qui n'a mangé qu'un kazayit, ce qui est une obligation rabbinique. On peut répondre : le birkat hamazon est différent, car il s'agit là d'une rigueur supplémentaire au-delà de la Torah, dont on se libère facilement, comme nous disons plus loin (ibid.) qu'ils se sont imposé à eux-mêmes la mesure d'un kazayit ou d'un kabeitsa. Ou encore : là-bas, dans le cas du mineur, il n'y a qu'un seul niveau rabbinique, puisqu'il s'agit d'un mineur qui a mangé à satiété ; un cas rabbinique vient donc acquitter un cas rabbinique. Mais ici, s'agissant du mineur, il y a deux niveaux rabbiniques — la Meguila est d'institution rabbinique et l'obligation du mineur l'est aussi — et il ne peut acquitter que la où il n'y a qu'un seul niveau rabbinique.
💡 Explication

Rav Matana rattache cette michna à Rabbi Yossei. L'argument tient à la place du sourd dans la liste : puisqu'il figure à côté du chote et du mineur, dont la lecture ne vaut en aucun cas, son inaptitude est elle aussi absolue.

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מִמַּאי דְּרַבִּי יוֹסֵי הִיא וְדִיעֲבַד נָמֵי לָא,

D'où sait-on que c'est Rabbi Yossei et que même après coup ce n'est pas valable —

💡 Explication

La question reste ouverte : le folio s'interrompt ici et la réponse se lit au début de 15b. La guemara y montrera que l'inaptitude du sourd à la Meguila doit se comprendre comme absolue, sur le modèle de l'avis de Rabbi Yossei.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).