Berakhot 15b — Le sourd qui parle sans entendre, la halakha sur l'audition du Chema, la résurrection tirée du cheol et de la matrice, et la précision des lettres

Berakhot 15b

Sougya : Le folio poursuit la discussion ouverte au folio précédent : celui qui lit le Chema doit-il le faire entendre à son oreille ? La Guemara essaie d'attribuer quatre sources — la michna de Meguila, l'enseignement sur le sourd qui prélève la terouma, la baraita du birkat hamazon récité dans le cœur, et la baraita où Rabbi Yehouda cite Rabbi Elazar ben Azarya contre Rabbi Meir — à un même tana, et n'y parvient qu'en distinguant l'avis propre de Rabbi Yehouda de celui de son maître.

Rav Hisda au nom de Rav Cheila tranche par une double halakha : à priori il faut s'entendre, après coup on est quitte. Rav Yossef limite ensuite la controverse au seul Chema.

Vient la clause de la michna sur la précision des lettres, tranchée dans le sens de l'indulgence, puis deux paroles de Rabbi Tavi et de Rabbi Hama : le rapprochement du cheol et de la matrice, d'où un kal va-homer sur la résurrection des morts, et l'exigence de précision — dans l'écriture des tefilin et des mezouzot, puis dans la lecture, où il faut donner un intervalle entre les mots qui se collent.

Faut-il faire entendre le Chema à son oreille ? Les trois positions Deux versets s'opposent : "Écoute, Israël" (Chema Israël) tire vers l'audition ; "que Je t'ordonne aujourd'hui, sur ton cœur" tire vers l'intention. R. Elazar ben Azarya (cité par R. Yehouda) À priori : il doit s'entendre. Après coup : la Guemara hésite, peut-être sans remède. Verset : Chema Israël. Rabbi Yehouda (son avis) dans notre michna À priori : il doit s'entendre. Après coup : il est quitte. Position intermédiaire. Rabbi Yossi À priori : non. Après coup : non plus, il n'est pas quitte. Position la plus stricte. Rabbi Meir Les paroles suivent l'intention du cœur. Même à priori, l'audition n'est pas requise. Halakha : Rav Hisda au nom de Rav Cheila Comme R. Yehouda au nom de R. Elazar ben Azarya : à priori s'entendre. Et comme R. Yehouda : après coup, quitte. La double formule de Rav Hisda combine les deux moitiees : l'exigence vient du maître, l'indulgence de l'élève.
Les trois positions sur l'audition du Chema, et la double halakha de Rav Hisda.
Quatre sources à caser chez un même tana : le circuit de la sougya 1. Michna de Meguila Sourd, aliéné, mineur : inaptes à lire la Meguila. À priori ou aussi après coup ? 2. Terouma R. Yehouda fils de R. Chimon ben Pazi : le sourd qui parle prélève même à priori. 3. Birkat hamazon On ne bénit pas dans son cœur ; si on l'a fait, on est quitte. 4. Baraita du Chema R. Yehouda au nom de R. Elazar ben Azarya, contre R. Meir. Première tentative : tout mettre sur Rabbi Yehouda, après coup seulement Bloqué par la terouma, qui est permise à priori. On passe alors à : Rabbi Yehouda même à priori. Deuxième tentative : Rabbi Yehouda même à priori Bloqué par le birkat hamazon, où l'on interdit à priori. Aucun tana ne couvre les quatre sources. Sortie 1 : son avis / l'avis de son maître Terouma à priori : avis propre de R. Yehouda. Birkat hamazon : avis de R. Elazar ben Azarya, son maître, qu'il rapporte sans le suivre. Sortie 2 : maintenant que R. Meir est connu R. Yehouda suit son maître : à priori non, après coup oui. La terouma à priori revient alors à R. Meir, qui n'exige pas l'audition. L'apparition de Rabbi Meir dans la baraita libère une quatrième place et résout l'encombrement. La halakha de Rav Hisda se lit ensuite sur la sortie 2 : R. Yehouda tel qu'il rapporte son maître.
Comment la Guemara répartit quatre enseignements entre Rabbi Yehouda, son maître et Rabbi Meir.
Le dikdouk : être entier dans l'écriture, être entier dans la lecture Écriture : ou-khtavtám Lu comme ou-khtav tam : une écriture entière. Conséquence : dans les tefilin et les mezouzot on écrit toute la section, y compris les ordres (tsavaot) : "et tu les attacheras", "et tu les écriras". Contraste : pour la sota, R. Yehouda dit qu'on écrit les malédictions seules, pas les ordres. Lecture : ve-limadtem Lu comme limoudkha tam : un enseignement entier. Conséquence : donner un intervalle entre les mots qui se collent (bein hadvekím), quand un mot s'achève par la lettre qui ouvre le suivant. Sans intervalle, les deux lettres n'en font qu'une et le sens du verset se brouille. Même racine : tam, entier Le même mot commande le scribe et le lecteur. Rien ne doit manquer, rien ne doit se fondre. Récompense annoncée par R. Hama fils de R. Hanina Qui est précis dans les lettres du Chema, on lui refroidit le Guehinam - lecture de befarès en befarèsh.
Deux exigences tirées du même mot tam : l'écriture complète du scribe et la diction séparée du lecteur.
1
דִּילְמָא רַבִּי יְהוּדָה הִיא, וּלְכַתְּחִלָּה הוּא דְּלָא, הָא דִּיעֲבַד — שַׁפִּיר דָּמֵי.

Peut-être est-ce Rabbi Yehouda, et c'est à priori (lekhathila) seulement que non ; mais après coup (bediavad), c'est parfaitement valable ?

📜 Rachi (1)
וּלְכַתְּחִלָּה הוּא דְּלָא הָא דִּיעֲבַד שַׁפִּיר דָּמֵי וּבְהָא אִיכָּא לְמֵימַר דַּאֲפִילּוּ ר' יְהוּדָה מוֹדֶה דְּלָא שָׁמְעִינַן דִּפְלִיג בק"ש אֶלָּא דִּיעֲבַד:
Et sur ce point on peut dire que même Rabbi Yehouda l'admet, car nous ne l'avons entendu diverger, à propos du Chema, que pour le cas d'après coup.
💡 Explication

La sougya poursuit l'examen ouvert au folio précédent. On cherche à savoir si la michna de Meguila, qui écarte le 'herech (le sourd-muet, ou ici le sourd qui parle), l'écarte absolument ou seulement à priori. Si elle ne vise que le cas à priori, elle peut se lire selon Rabbi Yehouda, pour qui l'audition manquante n'invalide pas après coup.

2
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּקָתָנֵי, חֵרֵשׁ דֻּומְיָא דְּשׁוֹטֶה וְקָטָן. מַה שׁוֹטֶה וְקָטָן דִּיעֲבַד נָמֵי לָא — אַף חֵרֵשׁ דִּיעֲבַד נָמֵי לָא.

Cela ne peut te venir à l'esprit, car il est enseigné : le sourd sur le modèle de l'aliéné (choteh) et du mineur (katan). De même que pour l'aliéné et le mineur, même après coup ce n'est pas valable, de même pour le sourd, même après coup ce n'est pas valable.

💡 Explication

Argument de forme : la michna range les trois cas dans une seule énumération, ce que la Guemara appelle domya, la mise sur un même modèle. Puisque l'aliéné et le mineur sont écartés absolument, le sourd cité avec eux l'est aussi.

3
וְדִילְמָא הָא כִּדְאִיתָא וְהָא כִּדְאִיתָא.

Et peut-être celui-ci est selon ce qu'il est et celui-là selon ce qu'il est.

💡 Explication

Réponse à l'argument de forme : une énumération commune n'impose pas une règle commune. Chaque terme de la liste garde son propre régime, l'un invalide à priori, l'autre absolument.

4
וּמִי מָצֵית לְאוֹקְמַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה? וְהָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: רַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן, מִכְּלָל דְּרֵישָׁא לָאו רַבִּי יְהוּדָה הִיא?!

Et peux-tu vraiment l'établir selon Rabbi Yehouda ? Puisque la fin de la michna (sefa) enseigne : Rabbi Yehouda déclare le mineur apte, il en ressort que le début (recha) n'est pas de Rabbi Yehouda !

📜 Rachi (1)
מִדְּסֵיפָא ר' יְהוּדָה דְּקָתָנֵי ר' יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן:
Puisque la fin de la michna enseigne : Rabbi Yehouda déclare le mineur apte.
💡 Explication

Nouvelle objection, tirée cette fois de la structure de la michna : un tana nomme dans la clause finale s'oppose d'ordinaire à l'auteur anonyme de la clause initiale. Si Rabbi Yehouda déclare le mineur apte à la fin, il n'est pas celui qui l'écarte au début.

5
וְדִילְמָא כֻּולָּהּ רַבִּי יְהוּדָה הִיא וּתְרֵי גַווְנֵי קָטָן, וְחַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה, חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ, אֲבָל קָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִנּוּךְ — אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה כָּשֵׁר, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה, שֶׁרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן.

Et peut-être toute la michna est de Rabbi Yehouda, et il s'agit de deux sortes de mineurs ; la michna est incomplète (hassorei mehassra) et voici ce qu'elle enseigne : tous sont aptes à lire la Meguila, sauf le sourd, l'aliéné et le mineur. Dans quel cas cela est-il dit ?

Pour un mineur qui n'a pas atteint l'âge de l'éducation (hinoukh) ; mais un mineur qui a atteint l'âge de l'éducation est apte même à priori — telles sont les paroles de Rabbi Yehouda, car Rabbi Yehouda déclare le mineur apte.

📜 Rachi (2)
וְדִילְמָא כֻּולָּהּ ר' יְהוּדָה הִיא וְחַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה חוּץ מחש"ו וְהָא כִּדְאִיתָא וְהָא כִּדְאִיתָא:
Celui-ci est selon ce qu'il est et celui-là selon ce qu'il est.
בד"א דְּקָטָן לְכַתְּחִלָּה לֹא בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ אֲבָל הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ אַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה שָׁרִי. הִגִּיעַ לְחִנּוּךְ מִצְוֹת כְּגוֹן בֶּן תֵּשַׁע וּבֶן עָשָׂר כִּדְאָמְרִינַן בְּיוֹמָא פֶּרֶק בָּתְרָא (ד' פב.):
Dans quel cas cela est-il dit — que le mineur n'est pas apte à priori ? Pour un mineur qui n'a pas atteint l'âge de l'éducation ; mais s'il l'a atteint, c'est permis même à priori. « Atteint l'âge de l'éducation aux mitsvot » : par exemple un enfant de neuf ou dix ans, comme nous le disons dans Yoma, dernier chapitre (folio 82a).
🗂️ Tossefot (1)
דִּילְמָא ר' יְהוּדָה וְחַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְכוּ' תֵּימַהּ דְּאֵין זֶה בְּשׁוּם מָקוֹם דְּקָאָמַר חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וּלְאוֹקְמֵי אַלִּיבָּא דְחַד תַּנָּא וְעוֹד לוֹקֶמְיָה כְּר' יוֹסֵי וּבְלֹא חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא. וְי"ל מִשּׁוּם דִּלְקַמָּן פָּסְקִינַן כְּר' יְהוּדָה לְכָךְ נִיחָא לְאוֹקְמֵיהּ אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה:
C'est étonnant : nulle part ailleurs on ne dit « la michna est incomplète » pour l'établir selon un seul tana ; de plus, qu'on l'établisse selon Rabbi Yossi, sans avoir à la compléter. On peut répondre : puisque plus loin nous tranchons comme Rabbi Yehouda, il est préférable de l'établir selon Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La Guemara emploie le procédé du hassorei mehassra : elle complète la michna d'une phrase manquante, et la clause finale devient une précision de la clause initiale au lieu d'un désaccord. Rabbi Yehouda écarte le mineur trop jeune et admet celui qui est déjà en âge d'éducation.

Les Tossefot notent que ce procédé sert habituellement à concilier deux tanaim, non à maintenir un seul auteur ; ils répondent que la halakha étant tranchée plus loin comme Rabbi Yehouda, il est utile de lui rattacher toute la michna.

6
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא, כְּרַבִּי יְהוּדָה — וְדִיעֲבַד אִין, לְכַתְּחִלָּה לָא? אֶלָּא הָא דְּתָנֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, חֵרֵשׁ הַמְדַבֵּר וְאֵינוֹ שׁוֹמֵעַ — תּוֹרֵם לְכַתְּחִלָּה,

Selon qui l'as-tu établie ? Selon Rabbi Yehouda — et après coup oui, à priori non ?

Mais alors ce qu'a enseigné Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi : un sourd qui parle sans entendre prélève la terouma même à priori —

📜 Rachi (3)
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא לְמַתְנִיתִין דִּמְגִילָּה:
La michna de Meguila.
כְּרַבִּי יְהוּדָה וְאַשָּׁמְעַת לָן דְּכִי אָמַר ר' יְהוּדָה בק"ש יָצָא דִּיעֲבַד קָאָמַר וְלֹא לְכַתְּחִלָּה:
Et tu nous as fait entendre que lorsque Rabbi Yehouda dit, à propos du Chema, qu'il est quitte, il parle du cas d'après coup et non du cas à priori.
אֶלָּא הָא דְתָנֵי כו' תּוֹרֵם ואע"פ שֶׁהוּא צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְאֵין אָזְנָיו שׁוֹמְעוֹת מִנִּי:
Et cela bien qu'il doive réciter la bénédiction et que ses oreilles n'entendent pas — selon qui ?
💡 Explication

Deuxième source versée au dossier. Celui qui prélève la terouma récite une bénédiction, qu'il n'entend pas ; l'autoriser à priori suppose que l'audition n'est jamais requise. Cet enseignement contredit donc la lecture qu'on venait d'adopter.

7
מַנִּי? לָא רַבִּי יְהוּדָה וְלָא רַבִּי יוֹסֵי. אִי רַבִּי יְהוּדָה, דִּיעֲבַד אִין לְכַתְּחִילָּה לָא. אִי רַבִּי יוֹסֵי, דִּיעֲבַד נָמֵי לָא!

selon qui ? Ni Rabbi Yehouda ni Rabbi Yossi.

Si c'est Rabbi Yehouda : après coup oui, à priori non. Si c'est Rabbi Yossi : même après coup, non !

8
אֶלָּא מַאי, רַבִּי יְהוּדָה — וַאֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה נָמֵי? אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: לֹא יְבָרֵךְ אָדָם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלִבּוֹ, וְאִם בֵּירַךְ — יָצָא, מַנִּי?

Mais alors quoi ? Rabbi Yehouda, et même à priori aussi ?

Mais alors ce qui a été enseigné : un homme ne récitera pas le birkat hamazon dans son cœur, et s'il l'a récité il est quitte — selon qui ?

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מַאי בָּעֵית לְמֵימַר דְּר' יְהוּדָה הִיא דק"ש אַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה קָאָמַר כִּי הֵיכִי דְּתֵיקוּ הָא דר' יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אַלִּיבֵּיהּ וְהַאי דְּאִפְּלִיגוּ בְּדִיעֲבַד לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּר' יוֹסֵי:
Veux-tu dire que c'est Rabbi Yehouda, et qu'à propos du Chema il parle même du cas à priori, afin que l'enseignement de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi tienne selon lui, et que s'ils ont divergé sur le cas d'après coup, c'est pour te faire connaître la force de Rabbi Yossi ?
אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא כו' מַנִּי:
Selon qui ?
💡 Explication

On tente donc l'autre lecture : Rabbi Yehouda autoriserait même à priori, et la controverse avec Rabbi Yossi n'aurait été formulée sur le cas d'après coup que pour marquer la sévérité de Rabbi Yossi. Une troisième source vient aussitôt fermer cette issue : le birkat hamazon récité en silence, interdit à priori et valable après coup.

9
לָא רַבִּי יְהוּדָה וְלָא רַבִּי יוֹסֵי. אִי רַבִּי יְהוּדָה, הָא אָמַר אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה נָמֵי, וְאִי רַבִּי יוֹסֵי, הָא אָמַר אֲפִילּוּ דִּיעֲבַד נָמֵי לָא!

Ni Rabbi Yehouda ni Rabbi Yossi. Si c'est Rabbi Yehouda, n'a-t-il pas dit que même à priori c'est permis ?

Et si c'est Rabbi Yossi, n'a-t-il pas dit que même après coup ce n'est pas valable ?

10
לְעוֹלָם רַבִּי יְהוּדָה הִיא, וַאֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה נָמֵי. וְלָא קַשְׁיָא הָא — דִּידֵיהּ, הָא — דְּרַבֵּיהּ. דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע צָרִיךְ שֶׁיַּשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל״. אָמַר לוֹ רַבִּי מֵאִיר: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר: ״אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם עַל לְבָבֶךָ״, אַחַר כַּוָּנַת הַלֵּב הֵן הֵן הַדְּבָרִים.

En vérité c'est Rabbi Yehouda, et même à priori aussi. Et il n'y a pas de difficulté : ceci est son propre avis, cela est l'avis de son maître.

Car il a été enseigné : Rabbi Yehouda a dit au nom de Rabbi Elazar ben Azarya : celui qui lit le Chema doit le faire entendre à son oreille, ainsi qu'il est dit « Écoute, Israël ». Rabbi Meir lui dit : voici qu'il est dit « que Je t'ordonne aujourd'hui, sur ton cœur » — les paroles suivent l'intention du cœur.

📜 Rachi (1)
לְעוֹלָם ר' יְהוּדָה אַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה מַכְשִׁיר וְדִמְגִילָּה רַבִּי יוֹסֵי הִיא וְאַפֵּי' דִּיעֲבַד נָמֵי פְּסִיל וְהָא דְּתוֹרֵם לְכַתְּחִלָּה ר' יְהוּדָה וְהָא דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּרַבֵּיהּ הוּא דְּאָמַר ר' יְהוּדָה מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה צָרִיךְ לְהַשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ וְהַאי לִישָּׁנָא לְכַתְּחִלָּה מַשְׁמַע אֲבָל דִּיעֲבַד יָצָא:
Et la michna de Meguila est de Rabbi Yossi, qui invalide même après coup ; ce qui concerne le prélèvement de la terouma à priori est de Rabbi Yehouda ; et l'enseignement sur le birkat hamazon est l'avis de son maître, car Rabbi Yehouda a dit au nom de Rabbi Elazar ben Azarya qu'il faut le faire entendre à son oreille — et cette formulation désigne le cas à priori, tandis qu'après coup il est quitte.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר ר' אָבִין זֹאת אוֹמֶרֶת הִרְהוּר כְּדִבּוּר דָּמֵי וְכָל אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּהִרְהוּר. דְּאִי ס"ד הִרְהוּר לָאו כְּדִבּוּר דָּמֵי לָמָּה מְהַרְהֵר. אָתְיָא מַתְנִיתִין כְּר"מ דְּאָמַר לְעֵיל בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּרָכוֹת דַּף טו:) הֲרֵי הוּא אוֹמֵר עַל לְבָבֶךָ בְּכַוָּונַת הַלֵּב הֵן הֵן הַדְּבָרִים. אִי נָמֵי כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר אִם לֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא אֲבָל לְכַתְּחִלָּה צָרִיךְ לְהַשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ וּבַעַל קֶרִי אוֹקְמוּהָ אַדְּאוֹרָייְתָא וְיוֹצֵא בְּהִרְהוּר. וְרַב חִסְדָּא אָמַר הִרְהוּר לָאו כְּדִבּוּר דָּמֵי וְאָתְיָא מַתְנִיתִין כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר אִם לֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ לֹא יָצָא. וְאַפֵּי' לְרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר אַחַר כַּוָּונַת הַלֵּב הֵן הַדְּבָרִים מִכָּל מָקוֹם צָרִיךְ שֶׁיּוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו וּבְלֹא הַשְׁמָעַת הָאֹוזֶן קָרֵי לֵיהּ כַּווָּנַת הַלֵּב וְכֵן הָא דְּתַנְיָא לְעֵיל שָׁם לֹא יְבָרֵךְ אָדָם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלִבּוֹ וְאִם בֵּירֵךְ יָצָא הַייְנוּ בְּמוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו בְּלֹא הַשְׁמָעַת הָאֹוזֶן. וְכָתַב ר"ח זַ"ל הִלְכְתָא כְּרַב חִסְדָּא מִדְּשָׁקְלוּ וְטָרוּ ר' אֶלְעָזָר וְרַב אַדָּא לְתָרוֹצֵי מִילְּתֵיהּ וְאֵין יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בק"ש בְּהִרְהוּר עַד שֶׁיּוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו אע"פ שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַשְׁמִיעַ לְאָזְנָיו כְּדִפְסַק רַב חִסְדָּא גּוּפֵיהּ לְעֵיל פ"ב שָׁם וְהֵבִיא רְאָיָה רַבֵּינוּ יוֹנָה זַ"ל דְּהִרְהוּר לָאו כְּדִבּוּר דָּמֵי מִדְּאָמְרִי' בְּשַׁבָּת בְּפֶרֶק שׁוֹאֵל (שַׁבָּת דַּף קנ.) מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ וְדַבֵּר דָּבָר דִּבּוּר אָסוּר וְהִרְהוּר מֻותָּר. וּפָרִיךְ עָלָיו וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בְּכָל מָקוֹם מֻותָּר לְהַרְהֵר חוּץ מִבֵּית הַמֶּרְחָץ וּבֵית הַכִּסֵּא אַלְמָא הִרְהוּר כְּדִבּוּר. וּמְשַׁנֵּי הָתָם מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְהָיָה מַחֲנֶיךָ קָדוֹשׁ כְּלוֹמַר הָא דְּאָסַר רַבִּי יוֹחָנָן הִרְהוּר לָאו מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְלֹא יִרְאֶה בְךָ עֶרְוַת דָּבָר דְּהִרְהוּר לָאו בִּכְלַל דִּבּוּר אֶלָּא מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְהָיָה מַחֲנֶיךָ קָדוֹשׁ מַשְׁמַע אֲפִילּוּ בְּהִרְהוּר. אֶלָּא מַאי הִרְהוּר לָאו כְּדִבּוּר דָּמֵי לָמָּה מְהַרְהֵר אָמַר ר"א כְּדַי שֶׁלֹּא יְהוּ כָּל הָעוֹלָם עֲסוּקִים וְהוּא יוֹשֵׁב וּבָטֵל. מִכָּאן כָּתַב בַּעַל ה"ג קָרָא ק"ש וּבָא לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמְצָאָם שֶׁקּוֹרְאִין ק"ש קוֹרֵא פָּסוּק רִאשׁוֹן עִמָּהֶם:
Guemara : Rabbi Avin a dit : cela signifie que la pensée (hirhour) équivaut à la parole, et que tout homme s'acquitte de son obligation par la pensée. Car si tu pensais que la pensée n'équivaut pas à la parole, pourquoi penserait-il ? Notre michna serait alors selon Rabbi Meir, qui a dit plus haut, au deuxième chapitre (Berakhot 15b) : voici qu'il est dit « sur ton cœur » — les paroles suivent l'intention du cœur. Ou bien selon Rabbi Yehouda, qui a dit que s'il n'a pas fait entendre à son oreille il est quitte, mais qu'à priori il doit le faire entendre à son oreille ; quant au baal keri, on l'a établi sur le plan de la Tora, et il s'acquitte par la pensée. Et Rav Hisda a dit : la pensée n'équivaut pas à la parole, et notre michna est selon Rabbi Yossi, qui a dit que s'il n'a pas fait entendre à son oreille il n'est pas quitte. Et même selon Rabbi Meir, qui a dit que les paroles suivent l'intention du cœur, il faut de toute façon qu'il prononce de ses lèvres ; lorsqu'il prononce sans faire entendre à l'oreille, on appelle cela « intention du cœur ». De même, la baraita enseignée plus haut au même endroit : un homme ne récitera pas le birkat hamazon dans son cœur, et s'il l'a récité il est quitte — il s'agit de celui qui prononce de ses lèvres sans faire entendre à son oreille. Et Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a écrit : la halakha est comme Rav Hisda, puisque Rabbi Elazar et Rav Ada ont discuté pour justifier sa parole ; on ne s'acquitte donc pas du Chema par la pensée tant qu'on ne prononce pas de ses lèvres, même s'il n'est pas nécessaire de le faire entendre à ses oreilles, comme Rav Hisda lui-même l'a tranché plus haut, au deuxième chapitre, au même endroit. Et Rabbenou Yona, de mémoire bénie, a apporté une preuve que la pensée n'équivaut pas à la parole, de ce que nous disons dans Chabbat, chapitre Choel (Chabbat 150a) : « de poursuivre tes affaires et de parler parole » — la parole est interdite, la pensée est permise. On objecte contre lui : Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit qu'il est permis de penser en tout lieu, sauf aux bains et aux lieux d'aisance ? Il en ressortirait que la pensée équivaut à la parole. On répond : là-bas, c'est en vertu du verset « et ton camp sera saint ». Autrement dit, l'interdiction de Rabbi Yo'hanan tient au verset « et ton camp sera saint », qui vaut même pour la pensée, et non au verset « qu'Il ne voie chez toi aucune chose indécente », la pensée n'entrant pas dans la catégorie de la parole. Et alors quoi : si la pensée n'équivaut pas à la parole, pourquoi penserait-il ? Rabbi Elazar a dit : afin que tout le monde ne soit pas occupé tandis que lui reste assis et inoccupé. De là, l'auteur des Halakhot Guedolot a écrit : celui qui a lu le Chema puis est venu à la synagogue et les a trouvés en train de lire le Chema, lit le premier verset avec eux.
💡 Explication

La sortie de l'impasse tient à une distinction classique : didei, ce que le maître soutient pour lui-même, et de-rabei, ce qu'il transmet au nom de son propre maître sans y adhérer. Rabbi Yehouda rapporte l'exigence d'audition au nom de Rabbi Elazar ben Azarya, et permet pour sa part le prélèvement de la terouma à priori.

La baraita citée fait aussi apparaître Rabbi Meir, dont la position ouvre la solution du segment suivant : le verset « sur ton cœur » déplace l'exigence de l'oreille vers l'intention.

11
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי, אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יְהוּדָה כְּרַבֵּיהּ סְבִירָא לֵיהּ, וְלָא קַשְׁיָא, הָא — רַבִּי יְהוּדָה, הָא — רַבִּי מֵאִיר.

Maintenant que tu es arrivé à cela, tu peux même dire que Rabbi Yehouda pense comme son maître, et il n'y a pas de difficulté : ceci est de Rabbi Yehouda, cela est de Rabbi Meir.

📜 Rachi (2)
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי דְּאַשְּׁמַעְתַּן הָא פְּלוּגְתָּא דר"מ:
Puisque tu nous as fait connaître cette controverse où figure Rabbi Meir.
אַפֵּי' תֵּימָא ר' יְהוּדָה דְּאָמַר בק"ש יָצָא דִּיעֲבַד אִין לְכַתְּחִלָּה לָא וּמַתְנִי' דִּמְגִילָּה לְכַתְּחִלָּה הִיא דְּפָסְלָה לְחֵרֵשׁ וְר' יְהוּדָה הִיא וְהָא דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן נָמֵי ר' יְהוּדָה הִיא וּדְקָא קַשְׁיָא לָךְ הָא דר"י בְּרֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי מַנִּי ר"מ הִיא דְּמַכְשִׁיר לְכַתְּחִלָּה:
Qui dit, à propos du Chema : après coup oui, à priori non. La michna de Meguila porte sur le cas à priori et écarte le sourd, et elle est de Rabbi Yehouda ; l'enseignement sur le birkat hamazon est lui aussi de Rabbi Yehouda ; et ce qui te faisait difficulté — l'enseignement de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi, selon qui ? — c'est Rabbi Meir, qui déclare apte même à priori.
💡 Explication

La baraita vient de faire apparaître Rabbi Meir. Une place s'ouvre donc dans la répartition : l'enseignement qui permet à priori au sourd de prélever la terouma revient à Rabbi Meir, et Rabbi Yehouda garde sa position moyenne, en accord avec son maître.

12
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַב שִׁילָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה.

Rav Hisda a dit au nom de Rav Cheila : la halakha est comme Rabbi Yehouda qui a parlé au nom de Rabbi Elazar ben Azarya, et la halakha est comme Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה דק"ש שֶׁלֹּא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא:
Que pour le Chema, celui qui n'a pas fait entendre à son oreille est quitte.
💡 Explication

La décision arrive sous la forme de deux énoncés successifs, chacun portant sur une moitié de la règle : l'exigence à priori vient de la citation du maître, la validation après coup vient de la position propre de Rabbi Yehouda. Les deux segments suivants montrent que ni l'un ni l'autre ne pouvait être omis.

🖼️ Schéma
La double halakha de Rav Hisda au nom de Rav Cheila Enoncé 1 Comme R. Yehouda au nom de R. Elazar ben Azarya. Effet : à priori, il faut s'entendre. Enoncé 2 Comme R. Yehouda, dans notre michna. Effet : après coup, il est quitte. Règle obtenue À priori : lire le Chema de façon audible à sa propre oreille. Après coup : celui qui ne s'est pas entendu a rempli son obligation.
Chaque énoncé porte une moitié de la règle ; ensemble ils donnent la halakha pratique.
13
וּצְרִיכָא, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה, הֲוָה אָמֵינָא אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה, קָמַשְׁמַע לַן הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה.

Et les deux étaient nécessaires. Car s'il nous avait seulement enseigné que la halakha est comme Rabbi Yehouda, j'aurais dit : même à priori.

Il nous fait donc savoir que la halakha est comme Rabbi Yehouda qui a parlé au nom de Rabbi Elazar ben Azarya.

📜 Rachi (1)
הֲוָה אֲמִינָא דְּרַבִּי יְהוּדָה לְכַתְּחִלָּה נָמֵי אָמַר וְהַאי דְּאִפְּלִיג דִּיעֲבַד מִשּׁוּם דְּרַבִּי יוֹסֵי:
Que Rabbi Yehouda a parlé aussi du cas à priori, et que s'il a divergé sur le cas d'après coup, c'est à cause de Rabbi Yossi.
💡 Explication

Début de la tsrikhouta, l'examen qui montre la nécessité de chaque énoncé. Avec le seul renvoi à Rabbi Yehouda, on aurait pu retenir la lecture large écartée plus haut, celle qui l'autorise même à priori.

14
וְאִי אַשְׁמְעִינַן הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, הֲוָה אָמֵינָא צָרִיךְ וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה. קָמַשְׁמַע לַן הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה.

Et s'il nous avait seulement enseigné que la halakha est comme Rabbi Yehouda qui a parlé au nom de Rabbi Elazar ben Azarya, j'aurais dit : il le doit, et il n'a pas de remède. Il nous fait donc savoir que la halakha est comme Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה אֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד:
Même après coup.
💡 Explication

Second versant de la tsrikhouta. Le mot « doit » (tsarikh), pris seul, pourrait signifier une condition de validité ; le second énoncé le ramène à une exigence à priori.

15
אָמַר רַב יוֹסֵף: מַחֲלֹוקֶת בִּקְרִיאַת שְׁמַע, אֲבָל בִּשְׁאָר מִצְוֹת — דִּבְרֵי הַכֹּל לֹא יָצָא, דִּכְתִיב: ״הַסְכֵּת וּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל״.

Rav Yossef a dit : la controverse porte sur la lecture du Chema ; mais pour les autres mitsvot, de l'avis de tous il n'est pas quitte, car il est écrit « Sois attentif et écoute, Israël ».

📜 Rachi (1)
בִּשְׁאָר מִצְוֹת בְּכָל הַבְּרָכוֹת:
Dans toutes les bénédictions.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל בִּשְׁאָר מִצְוֹת יָצָא וא"ת הָא לְעֵיל אָמַר דִּשְׁאָר מִצְוֹת יָלְפִינַן מק"ש כְּגוֹן תְּרוּמָה וּמְגִילָּה וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן. וְי"ל דְּרַב יוֹסֵף פְּלִיג אַסֻּוגְיָא דִּלְעֵיל:
Si tu demandes : plus haut il a été dit que les autres mitsvot — la terouma, la Meguila, le birkat hamazon — se déduisent du Chema. On peut répondre : Rav Yossef diverge de la sougya précédente.
💡 Explication

Rav Yossef propose de limiter la controverse. Dans sa première formulation, le Chema serait le seul domaine où l'on discute, l'audition étant requise partout ailleurs en vertu du verset « Sois attentif et écoute ». Les Tossefot relèvent que la sougya précédente faisait exactement l'inverse, en déduisant les autres mitsvot du Chema, et concluent que Rav Yossef s'en écarte.

16
מֵיתִיבִי: לֹא יְבָרֵךְ אָדָם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלִבּוֹ, וְאִם בֵּירַךְ — יָצָא. אֶלָּא אִי אִתְּמַר — הָכִי אִתְּמַר: אָמַר רַב יוֹסֵף מַחֲלֹוקֶת בִּקְרִיאַת שְׁמַע, דִּכְתִיב ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל״, אֲבָל בִּשְׁאָר מִצְוֹת — דִּבְרֵי הַכֹּל יָצָא.

On objecte : un homme ne récitera pas le birkat hamazon dans son cœur, et s'il l'a récité il est quitte. Il faut donc dire : si cela a été énoncé, voici comment cela a été énoncé.

Rav Yossef a dit : la controverse porte sur la lecture du Chema, car il est écrit « Écoute, Israël » ; mais pour les autres mitsvot, de l'avis de tous il est quitte.

💡 Explication

La baraita du birkat hamazon renverse la formule de Rav Yossef : ailleurs que dans le Chema, l'audition manquante n'empêche pas de s'acquitter. La sougya inverse donc l'énoncé et fait du Chema le seul lieu de la controverse, en raison du verset qui commande d'écouter.

17
וְהָכְתִיב ״הַסְכֵּת וּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל״!

Mais n'est-il pas écrit « Sois attentif et écoute, Israël » ?

18
הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב.

Ce verset est écrit à propos des paroles de Tora.

📜 Rachi (1)
הַהוּא הַסְכֵּת וּשְׁמַע בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב כִּדְאָמְרִי' בְּפָ' הָרוֹאֶה (בְּרָכוֹת ד' סג:) כַּתְּתוּ עַצְמְכֶם עַל דִּבְרֵי תוֹרָה:
« Sois attentif et écoute » est écrit à propos des paroles de Tora, comme nous le disons au chapitre Haroe (Berakhot 63b) : brisez-vous sur les paroles de Tora.
💡 Explication

Le verset « Sois attentif et écoute » (hasket ou-chema) est retiré du dossier : il porte sur l'étude, et non sur l'accomplissement des bénédictions. Rachi renvoie à la lecture de ce verset au chapitre Haroe, où hasket est rapproché d'un verbe signifiant se briser, se dépenser sur les paroles de Tora.

19
״קָרָא וְלֹא דִּקְדֵּק בְּאוֹתִיּוֹתֶיהָ״.

« Celui qui a lu sans être précis dans ses lettres. »

📜 Rachi (1)
וְלֹא דִּקְדֵּק שֶׁמְּגַמְגֵּם:
Qui bredouille.
💡 Explication

La Guemara revient à la clause suivante de la michna, qui traite du dikdouk, la précision de la diction, distincte de la question de l'audition. La michna y opposait Rabbi Yossi, indulgent, et Rabbi Yehouda, exigeant.

20
אָמַר רַבִּי טָבִי אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי שְׁנֵיהֶם לְהָקֵל.

Rabbi Tavi a dit au nom de Rabbi Yochiya : la halakha est comme les paroles des deux, dans le sens de l'indulgence.

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה כְּדִבְרֵי שְׁנֵיהֶם לְהָקֵל הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה דְּלָא בָּעֵי שְׁמִיעָה וַהֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי דְּלָא בָּעֵי דִּקְדּוּק:
La halakha est comme Rabbi Yehouda, qui n'exige pas l'audition, et la halakha est comme Rabbi Yossi, qui n'exige pas la précision.
💡 Explication

Formule d'arbitrage : dans chacune des deux controverses de la michna, on retient l'avis indulgent, chaque fois d'un tana différent. La halakha suit Rabbi Yehouda, qui n'exige pas l'audition après coup, et Rabbi Yossi, qui n'exige pas la précision des lettres.

21
וְאָמַר רַבִּי טָבִי אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה: מַאי דִכְתִיב ״שָׁלוֹשׁ הֵנָּה לֹא תִשְׂבַּעְנָה. שָׁאוּל וְעָצַר רֶחֶם״. וְכִי מָה עִנְיַן שְׁאוֹל אֵצֶל רֶחֶם? אֶלָּא לוֹמַר לָךְ: מָה רֶחֶם מַכְנִיס וּמוֹצִיא, אַף שְׁאוֹל מַכְנִיס וּמוֹצִיא.

Et Rabbi Tavi a dit au nom de Rabbi Yochiya : que signifie ce qui est écrit « Elles sont trois à ne jamais se rassasier : le cheol et la matrice close » ? Quel rapport le cheol a-t-il avec la matrice ?

Cela vient t'enseigner : de même que la matrice fait entrer et fait sortir, de même le cheol fait entrer et fait sortir.

📜 Rachi (3)
שָׁאוּל וְעֹוצֶר רֶחֶם פָּסוּק הוּא בְּסֵפֶר מִשְׁלֵי שָׁלֹשׁ הִנֵּה לֹא תַּשְׁבַּעְנָה:
C'est un verset du livre des Proverbes : « Elles sont trois à ne jamais se rassasier ».
רֶחֶם מַכְנִיס הַזֶּרַע וּמוֹצִיא הַוָּלָד:
La matrice fait entrer la semence et fait sortir l'enfant.
שָׁאוּל קֶבֶר:
Le cheol : la tombe.
💡 Explication

La Guemara enchaîne sur une seconde parole du même couple de maîtres, selon l'usage qui regroupe les enseignements d'un rapporteur. Le verset des Proverbes place côté à côté le cheol, la tombe, et la matrice ; le rapprochement livre un enseignement : la tombe rend ce qu'elle reçoit.

22
וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמָה רֶחֶם שֶׁמַּכְנִיסִין בּוֹ בַּחֲשַׁאי, מוֹצִיאִין מִמֶּנּוּ בְּקוֹלֵי קוֹלוֹת. שְׁאוֹל שֶׁמַּכְנִיסִין בּוֹ בְּקוֹלֵי קוֹלוֹת, אֵינוֹ דִּין שֶׁמּוֹצִיאִין מִמֶּנּוּ בְּקוֹלֵי קוֹלוֹת? מִכָּאן תְּשׁוּבָה לָאוֹמְרִים אֵין תְּחִיַּית הַמֵּתִים מִן הַתּוֹרָה.

Et n'est-ce pas un raisonnement à fortiori (kal va-homer) ? Si la matrice, dans laquelle on fait entrer en silence, laisse sortir à grands cris, le cheol, dans lequel on fait entrer à grands cris, ne convient-il pas qu'il laisse sortir à grands cris ?

De là, une réponse à ceux qui disent que la résurrection des morts ne se trouve pas dans la Tora.

📜 Rachi (1)
שֶׁמַּכְנִיסִין בּוֹ בְּקוֹלֵי קוֹלוֹת שֶׁל בְּכִי וּמִסְפֵּד:
On y fait entrer à grands cris : ceux des pleurs et de l'oraison funèbre.
💡 Explication

Le rapprochement devient un kal va-homer construit sur le contraste du silence et du bruit. La conception se fait sans bruit et l'enfantement s'accompagne de cris ; l'ensevelissement s'accompagne de cris, et la sortie de la tombe le sera d'autant plus.

La formule finale désigne une catégorie discutée ailleurs dans le Talmud : ceux qui contestent que la résurrection soit enseignée par l'Écriture elle-même.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de la matrice et du cheol La matrice (rehem) Entrée : en silence. Sortie : à grands cris. Cas léger : peu de bruit à l'entrée, et pourtant du bruit à la sortie. Le cheol (la tombe) Entrée : à grands cris. Sortie : à plus forte raison à grands cris. Cas lourd : déjà du bruit à l'entrée, donc du bruit à la sortie. Point commun établi par le verset : les deux font entrer et font sortir. Conclusion Réponse à ceux qui disent que la résurrection des morts ne se trouve pas dans la Tora.
Du cas léger de la matrice au cas lourd de la tombe : la structure du raisonnement.
23
תָּנֵי רַבִּי אוֹשַׁעְיָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא: ״וּכְתַבְתָּם״ — הַכֹּל בִּכְתָב, אֲפִילּוּ צַוָּאוֹת.

Rabbi Ochaya a enseigné devant Rava : « et tu les écriras » (ou-khtavtam) — tout doit être en écriture, même les ordres.

📜 Rachi (2)
וּכְתַבְתָּם שֶׁתְּהֵא כְּתִיבָה תַּמָּה וּשְׁלֵימָה:
Que l'écriture soit entière et complète.
וַאֲפִילּוּ צַוָּאוֹת שֶׁבַּפָּרָשָׁה כְּגוֹן וּקְשַׁרְתָּם וּכְתַבְתָּם צָרִיךְ לִכְתֹּוב בִּתְפִילִּין וּמְזוּזוֹת:
Même les ordres qui figurent dans la section, comme « et tu les attacheras » et « et tu les écriras » : il faut les écrire dans les tefilin et les mezouzot.
💡 Explication

Nouveau volet du folio, consacré à la précision de l'écriture. Le mot ou-khtavtam se lit comme ou-khtav tam, une écriture entière : dans les tefilin et les mezouzot on écrit la section complète, y compris les phrases qui ordonnent d'écrire et d'attacher, appelées ici tsavaot.

24
אֲמַר לֵיהּ: דְּאָמַר לָךְ מַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּאָמַר גַּבֵּי סוֹטָה — אָלוֹת כּוֹתֵב, צַוָּאוֹת אֵינוֹ כּוֹתֵב. וְהָתָם הוּא דִּכְתִיב: ״וְכָתַב אֶת הָאָלֹות הָאֵלֶּה״, אֲבָל הָכָא דִּכְתִיב: ״וּכְתַבְתָּם״ — אֲפִילּוּ צַוָּאוֹת נָמֵי.

Il lui dit : selon qui te l'a-t-on enseigné ? C'est Rabbi Yehouda, qui a dit à propos de la sota : il écrit les malédictions, il n'écrit pas les ordres.

Et là-bas il est écrit « et il écrira ces malédictions » ; mais ici, où il est écrit « et tu les écriras », même les ordres aussi.

📜 Rachi (2)
דְּאָמַר לָךְ מַנִּי הָא דְּאִצְטְרִיךְ לֵיהּ קְרָא לְרַבּוֹת צַוָּאוֹת לִכְתִיבָה:
Ce qui rend nécessaire un verset pour inclure les ordres dans l'écriture.
רַבִּי יְהוּדָה הִיא דְּשָׁמְעִינַן גַּבֵּי כְּתִיבַת פָּרָשַׁת סוֹטָה מִשּׁוּם דְּלָא כְּתִיב בֵּיהּ וּכְתַבְתָּם אֶלָּא וְכָתַב דְּאָמַר אָלוֹת אִין צַוָּאוֹת לָא כְּגוֹן וְהִשְׁבִּיעַ אֹותָהּ הַכֹּהֵן וְאָמַר הַכֹּהֵן דִּתְנַן (סוֹטָה ד' יז) רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר כָּל עַצְמוֹ אֵינוֹ כּוֹתֵב אֶלָּא יִתֵּן ה' אוֹתָךְ לְאָלָה וְלִשְׁבֻועָה:
Car nous l'avons entendu à propos de l'écriture de la section de la sota : puisqu'il n'y est pas écrit « et tu les écriras » mais « et il écrira », il dit que les malédictions oui, les ordres non — par exemple « et le cohen la fera jurer », « et le cohen dira » ; comme nous l'avons appris (Sota 17) : Rabbi Yehouda dit : en tout et pour tout, il n'écrit que « qu'Il te livre à la malédiction et au serment ».
💡 Explication

Rava situe l'enseignement : seul un tana qui restreint ailleurs l'écriture à besoin d'un verset pour l'élargir ici. Rabbi Yehouda limite le rouleau de la sota aux malédictions et en exclut les phrases de procédure ; c'est pourquoi il faut un mot explicite pour inclure ces phrases dans la mezouza.

25
אַטּוּ טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״וְכָתַב״? טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם דִּכְתִיב ״אָלוֹת״. אָלוֹת אִין, צַוָּאוֹת — לָא.

Est-ce à dire que la raison de Rabbi Yehouda tient à ce qu'il est écrit « et il écrira » ? La raison de Rabbi Yehouda tient à ce qu'il est écrit « les malédictions » : les malédictions oui, les ordres non.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם אֵלֶּה הוּא דְּמַשְׁמַע מִיעוּטָא הָא לָא כְּתִיב מִיעוּטָא הֲוָה מַשְׁמַע כֻּולָּהּ מִלְּתָא מֻוכְתָּב וְהָכָא דְּלֵיכָּא מִיעוּטָא לָמָּה לֵיהּ לְרַבּוֹיִינְהוּ מֻוכְתַּבְתָּם:
Ce mot marque une restriction ; car sans restriction, l'expression « et il écrira » aurait désigné toute la chose. Et ici, où il n'y a pas de restriction, pourquoi faudrait-il les inclure à partir de « et tu les écriras » ?
💡 Explication

Objection sur la mécanique du raisonnement. Chez la sota, la restriction vient du mot « les malédictions », qui limite l'objet de l'écriture, et non de la forme verbale employée. Là où ce mot restrictif est absent, comme dans la mezouza, l'écriture porterait d'elle-même sur toute la section, et le verset supplémentaire devient superflu.

26
אִצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא נֵילַף ״כְּתִיבָה״ ״כְּתִיבָה״ מֵהָתָם: מֶה הָתָם — אָלוֹת אִין, צַוָּאוֹת לָא. אַף הָכָא נָמֵי — צַוָּאוֹת לֹא. כְּתַב רַחֲמָנָא ״וּכְתַבְתָּם״ — אֲפִילּוּ צַוָּאוֹת.

C'était nécessaire : il aurait pu te venir à l'esprit de déduire « écriture » de « écriture » depuis la-bas — de même que là-bas les malédictions oui, les ordres non, de même ici les ordres non. C'est pourquoi la Tora a écrit « et tu les écriras » : même les ordres.

💡 Explication

Réponse : le verset prévient une guezera chava, l'analogie fondée sur un terme commun. Le mot « écriture » figure dans les deux passages ; sans indication contraire, on aurait transporté la restriction de la sota vers la mezouza. Le mot ou-khtavtam bloque ce transport.

🖼️ Schéma
Pourquoi ou-khtavtam était nécessaire Sota Verset : "et il écrira ces malédictions". R. Yehouda : malédictions oui, ordres non. Restriction tirée du mot "malédictions". Mezouza et tefilin Verset : "et tu les écriras". Aucun mot restrictif. Résultat : toute la section, ordres compris. guezera chava ketiva-ketiva Rôle du verset Sans lui, on aurait transporté la restriction de la sota vers la mezouza par l'analogie du mot écriture. Le mot ou-khtavtam coupe cette analogie et inclut les ordres.
Le verset supplémentaire sert à bloquer une analogie, non à enseigner directement.
27
תָּנֵי רַב עוֹבַדְיָה קַמֵּיהּ דְּרָבָא: ״וְלִמַּדְתֶּם״ שֶׁיְּהֵא לִמּוּדְךָ תָּם — שֶׁיִּתֵּן רֶיוַח בֵּין הַדְּבָקִים.

Rav Ovadya a enseigné devant Rava : « et vous les enseignerez » (ve-limadtem) — que ton enseignement soit entier (tam) : qu'il donne un intervalle entre les mots qui se collent.

📜 Rachi (1)
בֵּין הַדְּבֵקִים תֵּיבוֹת הַמְדֻובָּקוֹת זוֹ בְּזוֹ אִם אֵינְךָ מַפְרִידָן כְּשֶׁהַתֵּיבָה הַשְּׁנִיָּה מִתְּחִלַּת בָּאוֹת שֶׁהַתֵּיבָה שֶׁמִּלְּפָנֶיהָ נִגְמֶרֶת הוּא קוֹרֵא אוֹתָן שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת בְּאוֹת אַחַת אִם אֵינוֹ מִתְעַסֵּק לִיתֵּן רִיוַּח בֵּינֵיהֶן כְּדִמְפָרֵשׁ רָבָא:
Les mots collés l'un à l'autre : si tu ne les séparés pas lorsque le second mot commence par la lettre par laquelle s'achève le mot précédent, il lit ces deux lettres comme une seule, faute de prendre soin de donner un intervalle entre elles — comme Rava l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּין הַדְּבֵקִים רַב אִלְפָּס מוֹסִיף כְּגוֹן וְחָרָה אַף דְּאִם לֹא יִתֵּן רִיוַּח אָז נִרְאֶה כְּמוֹ וְחָרַף וְכֵן מוֹסִיף וּרְאִיתֶם אֹותוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת וַעֲשִׂיתֶם אֶת שֶׁצָּרִיךְ לִיתֵּן רִיוַּח בֵּין מֵ"ם שֶׁבְּסוֹף תֵּיבָה לְאָלֶ"ף שֶׁבִּתְחִלַּת תֵּיבָה שֶׁאַחֲרֵי' וְכֵן צָרִיךְ לְהַתִּיז זיי"ן שֶׁל תִּזְכְּרוּ שֶׁלֹּא יִשְׁמַע שִׁי"ן לְמַעַן שֶׁיִּהְיֶה לָנוּ שְׂכַר מִצְוֹת וְאֵין לָנוּ לְעֵשָׂו' עַל מְנָת לְקַבֵּל פְּרָס:
Le Rif ajoute par exemple « ve-hara af » : sans intervalle, on entend « ve-haraf ». Il ajoute de même « ou-r'item oto », « ou-zekhartem et », « va-assitem et » : il faut donner un intervalle entre le mem final d'un mot et l'alef qui ouvre le mot suivant. Il faut aussi détacher le zayin de « tizkerou », pour qu'on n'entende pas un chin, ce qui donnerait « lemaan tiskerou » : afin que nous ayons un salaire pour les mitsvot. Or nous avons à servir sans viser la récompense.
💡 Explication

Le même jeu de lecture s'applique à la diction. Ve-limadtem se lit limoudkha tam, ton enseignement entier, d'où l'exigence d'un intervalle bein hadvekim : lorsqu'un mot s'achève par la lettre qui ouvre le suivant, les deux lettres risquent de se fondre en une seule.

28
עָנֵי רָבָא בָּתְרֵיהּ: כְּגוֹן ״עַל לְבָבֶךָ״, ״עַל לְבַבְכֶם״, ״בְּכָל לְבָבְךָ״, ״בְּכָל לְבַבְכֶם״, ״עֵשֶׂב בְּשָׂדֶךָ״, ״וַאֲבַדְתֶּם מְהֵרָה״, ״הַכָּנָף פָּתִיל״, ״אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ״.

Rava répondit après lui : par exemple « al levavekha », « al levavkhem », « bekhol levavekha », « bekhol levavkhem », « essev bessadekha », « va-avadtem mehera », « hakanaf petil », « etkhem me-erets ».

💡 Explication

Rava donne la liste des jonctions du Chema où la dernière lettre d'un mot rencontre la première du mot suivant. Ce sont les points précis où le lecteur doit marquer une séparation.

🖼️ Schéma
Les jonctions à séparer dans le Chema, selon Rava Mots juxtaposés Lettre commune Risque sans intervalle al levavekha lamed un seul lamed entendu al levavkhem lamed un seul lamed entendu bekhol levavekha lamed un seul lamed entendu bekhol levavkhem lamed un seul lamed entendu essev bessadekha bet les deux bet fondus va-avadtem mehera mem les deux mem fondus hakanaf petil pe les deux pe fondus etkhem me-erets mem les deux mem fondus Les Tossefot ajoutent au nom du Rif : ve-hara af, ou-r'item oto, ou-zekhartem et, va-assitem et, et l'articulation du zayin de tizkerou.
Les huit jonctions citées par Rava, et les ajouts rapportés par les Tossefot.
29
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: כָּל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּמְדַקְדֵּק בְּאוֹתִיּוֹתֶיהָ מְצַנְּנִין לוֹ גֵּיהִנָּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּפָרֵשׂ שַׁדַּי מְלָכִים בָּהּ תַּשְׁלֵג בְּצַלְמוֹן״ — אַל תִּקְרֵי ״בַּפֶּרֶשׁ״ אֶלָּא ״בַּפֶּרֶשׁ״, אַל תִּקְרֵי ״בְּצַלְמוֹן״ אֶלָּא ״בְּצַלְמָוֶת״.

Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit : quiconque lit le Chema et est précis dans ses lettres, on lui refroidit le Guehinam, ainsi qu'il est dit « quand Chaddai disperse (befares) des rois en elle, il neige au Tsalmon » — ne lis pas « befares » mais « befaresh », ne lis pas « beTsalmon » mais « betsalmavet ».

📜 Rachi (1)
בְּפֶרֶשׁ שַׁדַּי אִם תְּפָרֵשׁ שַׁדַּי וְתַבְדִּיל תֵּיבוֹת שֶׁל מַלְכוּת שָׁמַיִם מְלָכִים בָּהּ תַּשְׁלֵג בְּצַלְמוֹן הַתּוֹרָה אֲשֶׁר בָּהּ מְלָכִים יִמְלֹוכוּ תַּשְׁלֵג וּתְצַנֵּן לְךָ אֶת צֵל הַמָּוֶת:
Si tu détaillés et séparés les mots de la royauté du Ciel — « des rois en elle, il neige au Tsalmon » : la Tora par laquelle les rois règnent te fera neiger et te refroidira l'ombre de la mort.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּמְדַקְדֵּק בְּאוֹתִיּוֹתֶיהָ, מְצַנְּנִין לוֹ גֵּיהִנֹּום. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַייְרֵי בְּצַדִּיק גָּמוּר שֶׁיּוֹרֵד לְגֵיהִנָּם לְפִי שָׁעָה, כְּדֵי לִמְשֹׁוךְ וְלַעֲלוֹת מִשָּׁם נְשָׁמוֹת, וּכְדֵי שֶׁלֹּא יִצְטַעֵר אוֹתָהּ שָׁעָה מֵאֵשׁ גֵּיהִנָּם, מְצַנְּנִין לוֹ, וְשׁוּב רָאִיתִי שֶׁכֵּן כָּתַב הַגָּאוֹן הצל"ח זַ"ל, יְעַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה יוּבָן טַעַם נָכוֹן מַה יֵשׁ בָּזֶה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, וְהוּא כִּי אֵשׁ גֵּיהִנָּם הוּא כֻּולּוֹ חֵלֶק אֶחָד, וְעֶצֶם אֶחָד, וְאִם יִצְטַנֵּן הָאֵשׁ בִּשְׁבִיל אוֹתוֹ צַדִּיק נִמְצָא הָרְשָׁעִים שֶׁצְּרִיכִים לְהִשָּׂרֵף בְּכָל רֶגַע בְּאֵין הֶפְסֵק וּמָנוֹחַ הֵם נִיצּוֹלִים, וְאֵיךְ יִתָּכֵן זֶה?! וּלְכָךְ רָאוּי שֶׁלֹּא יִצְטַנֵּן בִּשְׁבִיל הַצַּדִּיק הַהוּא, אַךְ בֶּאֱמֶת אִם זֶה הַצַּדִּיק מְדַקְדֵּק בִּקְרִיאַת שְׁמַע, שֶׁנּוֹתֵן רִיוַּח בֵּין הַדְּבֵקִים לְהַבְדִּיל בֵּין תֵּיבָה לַתֵּיבָה, כֵּן הקב"ה יַעֲשֶׂה הַבְדָּלָה בֵּין הָאֵשׁ שֶׁיּוֹרֵד שָׁם הַצַּדִּיק, וּבֵין הָאֵשׁ שֶׁהוּא דּוֹלֵק עַל הָרְשָׁעִים, וְעַל יְדֵי כֵּן אוֹתוֹ הָאֵשׁ שֶׁיּוֹרֵד בּוֹ הַצַּדִּיק יִצְטַנֵּן, וְאוֹתוֹ הָאֵשׁ שֶׁשּׂוֹרֵף אֶת הָרְשָׁעִים יִשָּׁאֵר בְּחֻומּוֹ, כֵּיוָן שֶׁנִּבְדְּלוּ זֶה מִזֶּה, וְנַעֲשָׂה כְּמוֹ כֹּותֶל מַפְסִיק בְּנֵיהֶם, וְנִמְצָא הֲוָה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְמִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, כִּי הַקּוֹרֵא בִּמְהִירוּת בִּלְתִּי הַרְוָוחָה בֵּין תֵּיבָה לַתֵּיבָה יִהְיֶה הֶבֶל פִּיו חַם יוֹתֵר, כִּי הַהֶבֶל יוֹצֵא מְקָרֵב הָאָדָם חַם הַרְבֵּה, וְאִם יִקְרָא לְאַט לְאַט כְּדֵי לָתֵת רִיוַּח בֵּין תֵּיבָה לַתֵּיבָה, יִצְטַנֵּן הַהֶבְדֵּל קְצָת בְּתוֹךְ הַפֶּה דְּהַייְנוּ בְּעוֹדוֹ בַּאֲוִיר הַפֶּה, לָכֵן הַמְדַקְדֵּק בְּאוֹתִיּוֹתֶיהָ שֶׁנּוֹתֵן רִיוַּח מֻוכְרָח שֶׁקּוֹרֵא בְּנַחַת, שֶׁאָז יִצְטַנֵּן הַהֶבֶל בְּתוֹךְ פִּיו קְצָת וּלְכָךְ מְצַנְּנִין לוֹ גֵּיהִנָּם, וְהִנֵּה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת פְּסוּקִים פָּרָשַׁת שְׁמַע וּפָרָשַׁת וְהָיָה אִם שְׁמַע עוֹלֶה ת"ז [407] , כְּמִנְיַן אַתָּה [406] עַם הַכּוֹלֵל, וּבָזֶה יוּבָן (תְּהִלִּים כג, ד) גַּם כִּי אֵלֵךְ בְּגֵיא צַלְמָוֶת לֹא אִירָא רָע כִּי אַתָּה עִמָּדִי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר זְכוּת הַפְּסוּקִים שֶׁרָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם 'אַתָּה', שֶׁאֲנִי מְדַקְדֵּק בָּהֶם הוּא עִמָּדִי.
« Quiconque lit le Chema et est précis dans ses lettres, on lui refroidit le Guehinam. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'agit d'un juste accompli qui descend au Guehinam pour un moment, afin d'en tirer et d'en faire remonter des nechamot (âmes) ; pour qu'il ne souffre pas à cette heure du feu du Guehinam, on le lui refroidit. J'ai vu ensuite que le Gaon auteur du Tselah, de mémoire bénie, a écrit ainsi, voir là-bas. Par là se comprend la juste raison de la mesure pour mesure. Le feu du Guehinam est tout entier d'une seule pièce et d'une seule substance ; si le feu se refroidissait à cause de ce juste, les méchants qui doivent brûler à chaque instant sans interruption ni repos en seraient sauvés — comment cela se pourrait-il ? Il conviendrait donc qu'il ne se refroidisse pas pour ce juste. Mais en vérité, si ce juste est précis dans la lecture du Chema, donnant un intervalle entre les mots qui se collent pour séparer un mot de l'autre, ainsi le Saint béni soit-Il fera une séparation entre le feu où descend le juste et le feu qui brûle sur les méchants ; par là, le feu où descend le juste se refroidira, et le feu qui brûle les méchants gardera sa chaleur, puisqu'ils ont été séparés l'un de l'autre et qu'il s'est fait comme une cloison entre eux — voilà la mesure pour mesure. D'une autre façon, il me semble, avec l'aide du Ciel, en voici la raison de mesure pour mesure : celui qui lit vite, sans intervalle entre un mot et l'autre, aura le souffle de sa bouche plus chaud, car le souffle sort très chaud de l'intérieur de l'homme ; s'il lit lentement, afin de donner un intervalle entre un mot et l'autre, le souffle se refroidit un peu dans la bouche, tant qu'il est encore dans l'air de la bouche. Celui qui est précis dans ses lettres et donne un intervalle lit donc nécessairement avec calme, et alors son souffle se refroidit un peu dans sa bouche ; c'est pourquoi on lui refroidit le Guehinam. Et voici : les initiales des versets de la section Chema et de la section Vehaya im chamoa donnent 407, comme le compte de « ata » (406) avec l'unité du total. Par là se comprend le verset (Psaumes 23, 4) « même si je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car Toi (ata) es avec moi » : le mérite des versets dont les initiales forment « ata », et dans lesquels je suis précis, est avec moi.
שֶׁנֶּאֱמַר: (שָׁם סח) "בְּפֶרֶשׁ שְׁדֵי מְלָכִים, בָּהּ תַּשְׁלֵג בְּצַלְמוֹן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֵיכָא רְמִיזָא קְרִיאַת שְׁמַע בְּתֵיבַת 'שַׁדַּי'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתְבוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל בִּקְרִיאַת שְׁמַע הָאָדָם עוֹשֶׂה שְׁנֵי כְּתָרִים, כֶּתֶר תּוֹרָה וְכֶתֶר מַלְכוּת, וְהַכַּוָּנָה הוּא כִּי פָּסוּק שְׁמַע יִשְׂרָאֵל הוּא יִחוּד הַתִּפְאֶרֶת הַנִּקְרָא תּוֹרָה, וּבְיִחוּד זֶה נַעֲשֶׂה כֶּתֶר תּוֹרָה, וּפָסוּק בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד הוּא יִחוּד הַמַּלְכוּת, וּבוֹ נַעֲשֶׂה כֶּתֶר מַלְכוּת, נִמְצָא בִּקְרִיאַת שְׁמַע יֵשׁ תִּיקּוּן ב' כְּתָרִים, וְכָל כֶּתֶר [620] הוּא ב' פְּעָמִים יֵשׁ [310] , וְנִמְצָא 'שְׁנֵי כֶּתֶר' הוּא 'ד' פְּעָמִים יֵשׁ', וְזֶה נִרְמַז בְּתֵיבַת שַׁדַּי שֶׁהוּא ד' י"ש עַל קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁבָּהּ נַעֲשֶׂה שְׁנֵי כְּתָרִים. אִי נָמֵי, נִרְאֶה לִי שְׁנֵי פְּסוּקִים שֶׁל קַבָּלַת מַלְכוּת שָׁמַיִם יֵשׁ בָּהֶם 'מ"ט אוֹתִיּוֹת', וּפָסוּק וְאָהַבְתָּ שֶׁבּוֹ עִיקַּר קַבָּלַת עֹול מִצְוֹת, דִּכְתִיב בֵּיהּ בְּכָל לְבָבְךָ, בִּשְׁנֵי יְצָרֶיךָ, וּבְכָל נַפְשֶׁךָ, אֲפִילּוּ נוֹטֵל נַפְשְׁךָ, וּבְכָל מְאֹדֶךָ, אֲפִילּוּ נוֹטֵל מָמוֹנְךָ, שֶׁגַּם זֶה הַפָּסוּק חָשׁוּב לְמִמְנֵי בְּאוֹתִיּוֹת, יֵשׁ בּוֹ ט"ל [39] אוֹתִיּוֹת, סַךְ הַכֹּל ג' פְּסוּקִים הַנִּזְכָּרִים הֵם פ"ח [ 88 ] , וְנִשְׁאַר בִּקְרִיאַת שְׁמַע רכ"ו [ 226 ] תֵּיבוֹת עִם כֶּפֶל ג' תֵּיבוֹת, נִמְצָא סַךְ הַכֹּל מִסְפַּר שַׁדַּי [ 314 ] , ודו"ק.
« Ainsi qu'il est dit (ibid. 68) : quand Chaddai disperse des rois en elle, il neige au Tsalmon. » On peut demander : où la lecture du Chema est-elle suggérée dans le mot « Chaddai » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'ont écrit les mekoubalim, de mémoire bénie : par la lecture du Chema, l'homme fait deux couronnes, la couronne de la Tora et la couronne de la royauté. L'intention en est que le verset « Écoute, Israël » est l'union du Tiferet, appelé Tora, et par cette union se fait la couronne de la Tora ; et le verset « Béni soit le nom de la gloire de Son royaume à jamais » est l'union de la Malkhout, et par lui se fait la couronne de la royauté. Il se trouve donc que dans la lecture du Chema il y a la réparation (tikoun) de deux couronnes. Or chaque « keter » (620) vaut deux fois « yech » (310), de sorte que « deux couronnes » valent quatre fois « yech » ; cela est suggéré dans le mot « Chaddai », qui se lit dalet yech, à propos de la lecture du Chema par laquelle se font deux couronnes. Ou bien, il me semble : les deux versets de l'acceptation de la royauté du Ciel comptent quarante-neuf lettres, et le verset « ve-ahavta », où réside l'essentiel de l'acceptation du joug des mitsvot — car il y est écrit « de tout ton cœur », avec tes deux penchants, « de toute ton âme », même s'Il prend ton âme, « et de tout ton bien », même s'Il prend ton argent — ce verset mérite lui aussi d'être compté en lettres : il en a trente-neuf. Le total des trois versets mentionnés est donc quatre-vingt-huit ; et il reste dans la lecture du Chema deux cent vingt-six mots, avec la répétition de trois mots. Le total donne le compte de « Chaddai » (314). Et examine bien.
💡 Explication

Le verset est relu par deux substitutions de lecture. Befares, disperser, devient befaresh, articuler distinctement ; beTsalmon, nom de lieu, devient betsalmavet, l'ombre de la mort, comprise ici comme le Guehinam. Celui qui sépare les mots de l'acceptation de la royauté du Ciel obtient que la neige refroidisse pour lui ce lieu.

30
וְאָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: לָמָּה נִסְמְכוּ

Et Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit : pourquoi ont-ils été juxtaposés

🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה נִסְמְכוּ אֹהָלִים לִנְחָלִים? עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל וּפֵירוּשׁ הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל, וְכָתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל דְּרַשִׁ"י זַ"ל לֹא רָצָה כְּפֵירוּשׁ הַתּוֹס' זַ"ל, מִשּׁוּם דְּמַה טַבּוּ אֹהָלֶיךָ יַעֲקֹב קָאֵי עַל אָהֳלֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁדָּרִים עִם כָּל בְּנֵי בֵּיתָם, וּלְהָכִי פֵּירֵשׁ כַּאֲהָלִים נָטַע ה', דְּאֶפְשָׁר לְפָרְשׁוֹ בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת עַד כָּאן, עַייֵּן שָׁם. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בָּזֶה אַכַּתִּי מַאי אַלּוּמֵי הַאי מֵהַאי, כְּמוֹ דְּאֹהָלִים שְׁנִיָּה, יֵשׁ לְפָרְשׁוֹ בְּשָׂמִים וְיֵשׁ לְפָרְשׁוֹ בָּתֵּי מִדְרָשׁוֹת, כֵּן אֹהָלִים רִאשׁוֹנָה, נָמֵי יֵשׁ לְפָרְשׁוֹ מְקוֹם דִּירָה וְיֵשׁ לְפָרְשׁוֹ בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת, וְאַדְּרַבָּה אֹהָלִים רִאשׁוֹנָה מְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לַהֲדֵיהּ שֶׁפֵּירְשׁוּ עַל בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת, וְהִנֵּה בְּפֶרֶק חֵלֶק דָּרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הָכִי, בִּקֵּשׁ שֶׁלֹּא יִהְיוּ בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת מַה טֹּבוּ אֹהָלֶיךָ, שֶׁלֹּא תִּשְׁרֶה שְׁכִינָה מִשְׁכְּנֹתֶיךָ יִשְׂרָאֵל, לֹא תִּמָּשֵׁךְ מַלְכוּתָם כִּנְחָלִים נָטָיוּ, לֹא יִהְיֶה לָהֶם זֵתִים וּכְרָמִים כְּגִנַּת עֲלֵי נָהָר, לֹא יִהְיֶה רֵיחָן נוֹדֵף כַּאֲהָלִים נָטַע ה', נִמְצָא לְפִי זֶה בִּדְרָשׁ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מְפֹורָשׁ דְּאֹהָלִים הֵם בְּשָׂמִים, וּלְפִי זֶה נִמְצָא 'נְחָלִים' סְמִיכִי לְ'אֹהָלִים קַמָּא', טְפֵי מִסְּמוּכָה ד'אֹהָלִים בָּתְרָא', יַעַן שֶׁשָּׁם תֵּיבוֹת כְּגִנַּת עֲלֵי נָהָר מַפְסִיקִין בֵּינֵיהֶם, אֲבָל מַשְׁכַּנְתִּיךְ יִשְׂרָאֵל לָא חֲשִׁיב הֶפְסֵק, יַעַן כִּי הֵם עִנְיָן אֶחָד, דְּהַשְׁרָאַת שְׁכִינָה בְּיִשְׂרָאֵל הוּא בְּבָתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לְהַתּוֹסָפוֹת דִּמְפָרְשִׁי הַסְּמִיכוּת לְאֹהָלִים קַמָּא יִתְיַישֵּׁב טְפֵי, יַעַן כִּי כְּתִיב כִּנְחָלִים בְּכָ"ף הַדִּמְיוֹן, וּבָאֳהָלִים קַמָּא לֹא יֵשׁ כָּ"ף, וּבָזֶה יוּבָן שַׁפִּיר דְּרָשַׁת ר' חֲמָא דְּדָרֵישׁ 'אֹהָלִים כִּנְחָלִים', מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם נְפָרֵשׁ הַסְּמִיכוּת לְאֹהָלִים בָּתְרָא, אֵיךְ תִּתְייַשֵּׁב הַדְּרָשָׁה אֹהָלִים כִּנְחָלִים, מֵאַחַר דְּכָ"ף הַדִּמְיוֹן הוּא כַּאֲהָלִים בָּתְרָא? אַךְ רַשִׁ"י זַ"ל סָבַל דֹּוחַק זֶה וּפֵירֵשׁ הַסְּמִיכוּת לְאֹהָלִים בָּתְרָא, מִפְּנֵי שֶׁרָאָה דָּר' חֲמָא לָא מַייְתֵי אֶלָּא רַק קְרָא דְּכִנְחָלִים נָטָיוּ, וְאִם הַסְּמִיכוּת לְאֹהָלִים קַמָּא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְהַזְכִּיר פָּסוּק מַה טֹּבוּ אֹהָלֶיךָ יַעֲקֹב גַּם כֵּן, וְאִם כֵּן ר' חֵמָא עַצְמוֹ לָמָּה עָשָׂה הַסְּמִיכוּת עִם אֹהָלִים בָּתְרָא, וְלֹא עִם אֹהָלִים קַמָּא? נִרְאֶה לִי מִשּׁוּם דְּאֹהָלִים בָּתְרָא כָּתוּב בְּפָסוּק אֶחָד עִם נְחָלִים, מַה שֶׁאֵין כֵּן אֹהָלִים קַמָּא הוּא פָּסוּק בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְנִרְאֶה נָמֵי לוֹמַר דָּר' חֲמָא לֵית לֵיהּ דְּרָשַׁת פֶּרֶק חֵלֶק דְּהָתָם דְּרֵישׁ אֹהָלִים לְשׁוֹן בְּשָׂמִים, וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ דִּקְדּוּק אַחֵר, לָמָּה רַשִׁ"י זַ"ל בַּחֻומָּשׁ הֵבִיא שְׁנֵי הַפֵּרוּשִׁים דְּאֹהָלִים, וְכָאן לֹא כָּתַב פֵּירוּשׁ שֶׁל בְּשָׂמִים כְּלָל, וּבָזֶה נִיחָא, דְּכָאן מְפָרֵשׁ דִּבְרֵי ר' חֲמָא דְּלֵית לֵיהּ הַאי פֵּירוּשׁ דִּבְשָׂמִים.
« Pourquoi les tentes (ohalim) ont-elles été juxtaposées aux torrents (nehalim) ? » Voir le commentaire de Rachi, de mémoire bénie, et celui des Tossefot, de mémoire bénie. Le Rav auteur du Petah Enayim, de mémoire bénie, a écrit que Rachi n'a pas voulu du commentaire des Tossefot, parce que « que tes tentes sont belles, Yaakov » porte sur les tentes d'Israël, où ils demeurent avec tous les gens de leur maison ; c'est pourquoi il a expliqué « comme des aloès que Hachem a plantés », que l'on peut interpréter comme les synagogues et les maisons d'étude — fin de citation, voir là-bas. On peut objecter : en quoi l'un l'emporte-t-il sur l'autre ? De même que le second « ohalim » peut s'interpréter comme des aromates ou comme des maisons d'étude, de même le premier « ohalim » peut s'interpréter comme un lieu d'habitation ou comme des synagogues et des maisons d'étude ; bien plus, le premier « ohalim » a été explicitement expliqué par nos maîtres, de mémoire bénie, comme désignant les synagogues et les maisons d'étude. Et voici, au chapitre Helek, nos maîtres, de mémoire bénie, ont exposé ainsi : il a demandé qu'il n'y ait ni synagogues ni maisons d'étude — « que tes tentes sont belles » ; que la Chekhina ne repose pas — « tes demeures, Israël » ; que leur royauté ne se prolonge pas — « comme des torrents qui s'étendent » ; qu'ils n'aient ni oliviers ni vignes — « comme des jardins près du fleuve » ; que leur parfum ne se répande pas — « comme des aloès que Hachem a plantés ». Il se trouve donc que dans l'exposition de nos maîtres, de mémoire bénie, il est explicite que « ohalim » désigne des aromates. Selon cela, « nehalim » se rattache au premier « ohalim » plus qu'au second, puisque les mots « comme des jardins près du fleuve » les séparent, tandis que « tes demeures, Israël » ne compte pas comme une séparation, les deux formant une seule chose : le repos de la Chekhina sur Israël se fait dans les synagogues et les maisons d'étude. De plus, il me semble, avec l'aide du Ciel, que selon les Tossefot, qui rattachent la juxtaposition au premier « ohalim », cela s'accorde mieux, puisqu'il est écrit « ki-nehalim » avec le kaf de comparaison, tandis que le premier « ohalim » n'a pas de kaf ; ainsi se comprend bien l'exposition de Rabbi Hama, qui expose « ohalim comme nehalim ». Si l'on rattache au contraire la juxtaposition au second « ohalim », comment l'exposition « ohalim comme nehalim » tiendrait-elle, puisque le kaf de comparaison porte sur ce second « ohalim » ? Mais Rachi, de mémoire bénie, a supporté cette gêne et a rattaché la juxtaposition au second « ohalim », parce qu'il a vu que Rabbi Hama n'apporte que le verset « ki-nehalim natayou » ; si la juxtaposition portait sur le premier « ohalim », il aurait dû mentionner aussi le verset « que tes tentes sont belles, Yaakov ». Et alors, pourquoi Rabbi Hama lui-même a-t-il fait la juxtaposition avec le second « ohalim » et non avec le premier ? Il me semble que c'est parce que le second « ohalim » figure dans le même verset que « nehalim », tandis que le premier « ohalim » forme un verset à lui seul. Il semble aussi qu'il faille dire que Rabbi Hama ne retient pas l'exposition du chapitre Helek, où l'on expose « ohalim » au sens d'aromates. Par là se résout une autre difficulté : pourquoi Rachi, de mémoire bénie, a-t-il apporte dans son commentaire sur le Houmach les deux explications de « ohalim », tandis qu'ici il n'écrit pas du tout l'explication des aromates ? Cela s'explique bien : ici il explique les paroles de Rabbi Hama, qui ne retient pas cette explication des aromates.
💡 Explication

Ouverture d'une nouvelle exposition, dont la suite se lit au folio suivant : le rapprochement des tentes (ohalim) et des torrents (nehalim) dans la prophétie de Bilam. Le Ben Ich Haï discute ici lequel des deux mots ohalim du passage sert d'appui à l'exposition.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).