Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la deracha précédente : les tentes rapprochées des torrents, les maisons d'étude qui font passer l'homme du plateau de la faute au plateau du mérite. La guemara revient ensuite à la michna sur celui qui s'est trompé dans le Chema : Rabbi Elazar, pendant qu'on lui noue son dais nuptial, va chercher à la maison d'étude la baraita qui règle les trois degrés du doute (au milieu du paragraphe, entre deux paragraphes, entre deux « oukhtavtam »), et rapporte la correction de Rabbi Yo'hanan : celui qui a déjà commencé « lema'an yirbou yemekhem » a suivi son habitude et continue.
La michna suivante ouvre le vrai sujet du folio : jusqu'où la kavana est-elle exigée. Les artisans lisent le Chema au sommet de l'arbre, ce qui leur est interdit pour la tefila.
Rav Mari oppose cette michna à la baraita qui exige d'appliquer son cœur ; Rav Chechet répond qu'ils s'interrompent, et la guemara partage entre le premier paragraphe et le second. Suit le statut liturgique des ouvriers salariés : Chema avec ses bénédictions, tefila, birkat hamazon abrégé, mais ni office ni bénédiction sacerdotale — avec la ligne de partage entre celui qui travaille pour son salaire et celui qui travaille pour son repas.
Le folio se clôt sur le marié : la michna le dispense, Rabban Gamliel refuse pour lui-même de se priver du joug de la royauté des cieux, et la baraita tire les deux dispenses — l'occupé à une mitsva et le marié — des mots « quand tu es assis dans ta maison » et « quand tu vas sur le chemin ».
... les tentes rapprochées des torrents, ainsi qu'il est écrit : « comme des torrents qui s'étendent, comme des jardins près du fleuve, comme des aloès qu'Il a plantés, etc. » — pour te dire : de même que les torrents font passer l'homme de l'impureté à la pureté, de même les tentes font passer l'homme du plateau de la faute au plateau du mérite.
Fin de la deracha commencée au folio précédent sur la bénédiction de Bilaam. Le verset juxtapose deux images, les torrents et les tentes ; la guemara lit ce voisinage comme une comparaison de fonction. Le torrent purifie par immersion ; la tente, entendue comme la maison d'étude, produit un effet du même ordre sur la balance des actes.
Le vocabulaire de la balance — kaf hova (plateau de la faute) et kaf zekhout (plateau du mérite) — est celui du jugement : l'étude déplace l'homme d'un plateau à l'autre.
« Celui qui lit à l'envers ne s'est pas acquitté, etc. »
Reprise du lemme de la michna du chapitre : celui qui lit le Chema lemafrea, hors de l'ordre des versets, ne s'est pas acquitté ; celui qui a lu et s'est trompé revient à l'endroit de son erreur. La guemara va traiter du cas où l'endroit de l'erreur est justement inconnu.
Rabbi Ami et Rabbi Assi nouaient le dais nuptial pour Rabbi Elazar. Il leur dit : pendant ce temps, je vais aller entendre une parole de la maison d'étude, et je reviendrai vous la dire.
Il alla et trouva le tana qui enseignait devant Rabbi Yo'hanan :
Le tana dont il est question ici n'est pas un maître de la Michna mais le récitant attaché à la maison d'étude, qui énonce par cœur les baraitot devant le maître, lequel les commente ensuite. Rabbi Elazar profite de l'intervalle des préparatifs pour aller recueillir un enseignement et le rapporter.
Celui qui a lu et s'est trompé, et ne sait pas où il s'est trompé : au milieu du paragraphe — il revient au début ; entre un paragraphe et l'autre — il revient au premier paragraphe ; entre une « écriture » et l'autre — il revient à la première « écriture ».
La baraita règle trois degrés de doute, du plus étroit au plus large. Le doute porte sur le lieu de l'erreur, jamais sur le fait de s'être trompé : on revient donc au dernier point certain en amont.
Les deux paragraphes du Chema s'achèvent chacun sur le même mot, oukhtavtam (« et tu les écriras »), d'où la confusion possible entre « une écriture et l'autre ». Rachi précise que « revenir au premier paragraphe » signifie revenir à la première coupure, c'est-à-dire au début de Vehaya im chamoa.
Rabbi Yo'hanan lui dit : on n'a enseigné cela que dans le cas où il n'a pas commencé « lema'an yirbou yemekhem » ; mais s'il a commencé « lema'an yirbou yemekhem » — il a saisi le fil de son habitude et il poursuit.
Correction de Rabbi Yo'hanan sur le troisième cas. « Lema'an yirbou yemekhem » est le verset qui suit immédiatement le second oukhtavtam. Dès lors qu'il l'a entamé, la preuve est faite qu'il se trouve bien dans le second paragraphe, et le doute tombe.
L'expression sirkhei nakat, littéralement « il a pris son pli », désigne la force de l'habitude : la suite du texte lui est si familière qu'elle se déroule sans faute.
Il vint et le leur dit. Ils lui dirent : si nous n'étions venus que pour entendre cette parole, cela nous aurait suffi.
Formule d'accueil d'un enseignement : elle mesure le prix de la parole entendue au regard du temps consacré à la préparation du dais.
MICHNA. Les artisans lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de pierres, ce qu'ils n'ont pas le droit de faire pour la tefila.
Nouvelle michna, et vraie question du folio : quel degré d'attention chaque texte réclame-t-il. Le nidbakh est une assise de pierres d'un mur en construction. L'artisan y demeure et lit sur place, sans descendre.
La tefila se distingue : elle est une demande de miséricorde et exige la kavana (l'application du cœur), que la peur de tomber rend impossible.
Le marié est dispensé de la lecture du Chema la première nuit et jusqu'à l'issue du chabbat, s'il n'a pas accompli l'acte. Il arriva que Rabban Gamliel épousa une femme et lut le Chema la première nuit.
Ses disciples lui dirent : ne nous as-tu pas enseigné, notre maître, que le marié est dispensé de la lecture du Chema ? Il leur dit : je ne vous écoute pas, au point de me priver de la royauté des cieux ne serait-ce qu'un instant.
La dispense du marié tient à la même raison que la permission donnée à l'artisan, prise par l'autre bout : l'esprit accaparé. Le marié est retenu par le souci de sa propre mitsva, et l'on ne lui demande pas une attention qu'il ne peut donner.
Rabban Gamliel se juge lui-même capable de la kavana ; il use donc de la dispense comme d'une faculté, et y renonce.
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : les artisans lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de pierres, et ils prient au sommet de l'olivier et au sommet du figuier ; pour tous les autres arbres, ils descendent en bas et prient.
Et le maître de maison, dans un cas comme dans l'autre, descend en bas et prie, parce que son esprit n'est pas posé sur lui.
La baraita affine la michna. La tefila reste possible en hauteur lorsque la station y est sûre : l'olivier et le figuier portent des branches assez nombreuses pour tenir sans effort et sans crainte.
Le baal habayit, qui travaille pour lui-même, ne subit aucune perte de temps imposée par autrui ; l'allègement accordé à l'ouvrier salarié ne le concerne donc pas.
Rav Mari, fils de la fille de Chmouel, opposa deux enseignements devant Rava : nous avons appris dans la michna « les artisans lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de pierres » — donc la kavana n'est pas requise. Or on a enseigné au contraire : celui qui lit le Chema doit y appliquer son cœur, ainsi qu'il est dit « Écoute, Israël », et plus loin il est dit « Sois attentif et écoute, Israël » ; de même que là-bas il s'agit d'être attentif, de même ici il s'agit d'être attentif.
Rami (« il a opposé ») désigne la mise en contradiction de deux sources. La baraita établit l'exigence de kavana par une guezera chava sur le verbe « écoute » : le mot commun transporte d'un verset à l'autre l'exigence d'attention (hasket).
Il resta silencieux. Il lui dit : as-tu entendu quelque chose sur ce point ?
Il lui répondit : ainsi a dit Rav Chechet — à condition qu'ils s'interrompent de leur travail et lisent.
Rava n'a pas de réponse et interroge à son tour celui qui l'a questionné. La solution de Rav Chechet retire la contradiction en restreignant la michna : la permission porte sur le lieu, le sommet de l'arbre, et non sur la dispense de kavana ; l'artisan y reste, mais suspend son geste.
Mais on a enseigné : Beit Hillel disent qu'ils s'occupent de leur travail et lisent !
Objection frontale à Rav Chechet : une baraita explicite autorise la lecture pendant le travail.
Ce n'est pas une difficulté : ici, il s'agit du premier paragraphe ; là, du second paragraphe.
Partage classique : l'exigence d'attention se concentre sur le premier paragraphe, celui de l'acceptation du joug ; le second peut se dire en travaillant.
Tossefot signale que « premier paragraphe » est dit largement : selon Rava, dont la halakha suit l'avis, l'exigence porte en vérité sur le premier verset seul.
Nos maîtres ont enseigné : les ouvriers qui travaillaient chez un maître de maison lisent le Chema et récitent les bénédictions avant et après ; ils mangent leur pain et récitent les bénédictions avant et après ; et ils prient la prière des dix-huit. Mais ils ne descendent pas devant l'arche et ils n'élèvent pas leurs mains.
La baraita fixe le programme liturgique de l'ouvrier salarié. Le principe de tri est la durée : ce qui lui incombe personnellement se fait, ce qui prolongerait l'interruption au service de la communauté est écarté.
Descendre devant l'arche désigne l'office public, et élever les mains la bénédiction des cohanim.
Mais on a enseigné : « un abrégé des dix-huit » ! Rav Chechet dit : ce n'est pas une difficulté — ceci suit Rabban Gamliel, cela suit Rabbi Yehochoua.
Nouvelle contradiction : une baraita fait prier aux ouvriers les dix-huit bénédictions entières, une autre leur fait dire un mééin chemoneh esré, forme abrégée qui condense les onze bénédictions médianes en une seule (Havinénou), les trois premières et les trois dernières restant entières.
Première solution : chaque baraita suit un tana différent, selon la controverse de Berakhot 28b.
Si c'est Rabbi Yehochoua, pourquoi parler spécialement des ouvriers ? Tout homme aussi bien !
Réfutation de la première solution. Pour Rabbi Yehochoua, l'abrégé vaut pour chacun ; mentionner les ouvriers n'apprendrait rien.
Tossefot écarte la réponse qu'on pourrait tenter — que l'abrégé serait une faculté pour tous et une obligation pour l'ouvrier : puisque la forme abrégée est disponible, son emploi par l'ouvrier, même d'emblée, ne constitue aucune nouveauté.
Plutôt : l'une et l'autre suivent Rabban Gamliel, et ce n'est pas une difficulté — ici, il s'agit de ceux qui travaillent pour leur salaire ; là, de ceux qui travaillent pour leur repas.
Solution retenue. Les deux baraitot suivent le même tana, et la différence vient du contrat : celui qui reçoit un salaire en plus de sa nourriture doit du temps à son employeur et abrège ; celui qui travaille pour son seul repas dispose du temps de la table et prie les dix-huit en entier.
Et on a enseigné : les ouvriers qui travaillaient chez un maître de maison lisent le Chema et prient ; et ils mangent leur pain sans réciter de bénédiction avant, mais ils récitent après deux bénédictions. Comment ?
La première bénédiction selon sa règle ; pour la seconde, il ouvre par la bénédiction de la terre et l'on inclut « Bâtisseur de Jérusalem » dans la bénédiction de la terre.
Cette baraita confirme le partage précédent, et pousse l'abrègement jusqu'au birkat hamazon. Le tri se fait sur l'origine de l'obligation : la bénédiction avant le pain est d'institution rabbinique et tombe ; celles d'après sont de la Torah, tirées de « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras », et se maintiennent, en fondant la deuxième et la troisième, proches par leur objet.
Tossefot souligne la portée de la mesure : les Sages exercent ici leur pouvoir de déraciner une obligation de la Torah, parce que les ouvriers sont accaparés par le travail d'autrui.
Dans quel cas cela vaut-il ? Pour ceux qui travaillent pour leur salaire.
Mais ceux qui travaillent pour leur repas, ou si le maître de maison était attablé avec eux — ils bénissent selon la règle.
Clôture du partage. Un troisième cas s'y ajoute : lorsque le maître de maison mange avec eux, la durée du repas devient la sienne, et rien ne justifie plus d'abréger.
« Le marié est dispensé de la lecture du Chema. » Nos maîtres ont enseigné : « quand tu es assis dans ta maison » — à l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva ; « et quand tu vas sur le chemin » — à l'exclusion du marié. De là ils ont dit : celui qui épouse une vierge est dispensé, celui qui épouse une veuve est tenu.
La baraita fonde les deux dispenses sur les deux membres du même verset. La règle générale — osek bemitzva patour min hamitzva, celui qui est occupé à une mitsva est dispensé d'une autre — sort du premier membre ; le cas particulier du marié sort du second.
La distinction entre la vierge et la veuve tient au degré de préoccupation : c'est le souci de la consommation du mariage qui empêche l'attention.
D'où cela s'entend-il ? Rav Papa dit : « comme le chemin » — de même que le chemin relève du facultatif, de même ici il s'agit du facultatif.
La question porte sur le procédé : comment le mot « chemin » exclut-il le marié. Rav Papa lit le verset comme une définition du cas visé : l'obligation de lire est énoncée pour celui qui vaque à ses affaires, donc à une occupation reshout (facultative).
Ne traitons-nous pas aussi du cas où il va pour une affaire de mitsva ? Et pourtant la Torah a dit de lire !
Objection contre Rav Papa : le mot « chemin » couvre tous les déplacements, y compris ceux qu'une mitsva commande ; le verset obligerait donc précisément celui que l'on voulait dispenser.
Si c'était le cas, que le verset dise « quand on va » ; que vient dire « quand tu vas » ? Apprends-en que c'est dans ton propre aller que tu es tenu, tandis que dans celui d'une mitsva tu es dispensé.
Réponse par la forme du mot. Le verset aurait pu employer l'infinitif impersonnel belékhet, « quand on va » ; il écrit belékhtekha, « quand tu vas », avec le suffixe possessif. Ce suffixe restreint l'obligation aux déplacements qui sont les siens propres.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).