Berakhot 16a — Lire sans savoir où l'on s'est trompé, puis la kavana à l'ouvrage : les artisans au sommet de l'arbre, les ouvriers du maître de maison, et le marié dispensé parce qu'il est occupé à une mitsva

Berakhot 16a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la deracha précédente : les tentes rapprochées des torrents, les maisons d'étude qui font passer l'homme du plateau de la faute au plateau du mérite. La guemara revient ensuite à la michna sur celui qui s'est trompé dans le Chema : Rabbi Elazar, pendant qu'on lui noue son dais nuptial, va chercher à la maison d'étude la baraita qui règle les trois degrés du doute (au milieu du paragraphe, entre deux paragraphes, entre deux « oukhtavtam »), et rapporte la correction de Rabbi Yo'hanan : celui qui a déjà commencé « lema'an yirbou yemekhem » a suivi son habitude et continue.

La michna suivante ouvre le vrai sujet du folio : jusqu'où la kavana est-elle exigée. Les artisans lisent le Chema au sommet de l'arbre, ce qui leur est interdit pour la tefila.

Rav Mari oppose cette michna à la baraita qui exige d'appliquer son cœur ; Rav Chechet répond qu'ils s'interrompent, et la guemara partage entre le premier paragraphe et le second. Suit le statut liturgique des ouvriers salariés : Chema avec ses bénédictions, tefila, birkat hamazon abrégé, mais ni office ni bénédiction sacerdotale — avec la ligne de partage entre celui qui travaille pour son salaire et celui qui travaille pour son repas.

Le folio se clôt sur le marié : la michna le dispense, Rabban Gamliel refuse pour lui-même de se priver du joug de la royauté des cieux, et la baraita tire les deux dispenses — l'occupé à une mitsva et le marié — des mots « quand tu es assis dans ta maison » et « quand tu vas sur le chemin ».

Au sommet de l'arbre : ce que l'on peut y dire CHEMA Artisan au sommet de l'arbre ou de l'assise : il lit sur place. 1er paragraphe (Chema Israël) : il s'interrompt de son travail. 2e paragraphe (Vehaya im chamoa) : il continue à travailler et lit. TEFILA Olivier et figuier : il prie au sommet (branches nombreuses, pas de frayeur). Tous les autres arbres : il descend en bas et prie. Maître de maison, dans tous les cas : il descend en bas et prie. La raison du partage La tefila est une demande de miséricorde et requiert la kavana ; la peur de tomber l'empêche. Pour le maître de maison, aucune perte de travail ne justifie l'allègement : il est son propre maître.
Chema et tefila au sommet de l'arbre : ce qui est permis à l'artisan, ce qui ne l'est pas.
Les ouvriers chez le maître de maison : ce qu'ils font, ce qu'ils ne font pas Ils font Chema, avec ses bénédictions avant et après. Bénédictions du pain, avant et après. Tefila des dix-huit. Ils ne font pas Descendre devant l'arche comme officiant. Élever les mains pour la bénédiction sacerdotale. Motif : perte de travail excessive. La ligne de partage retenue par la guemara Il travaille pour son salaire Il doit hâter l'ouvrage. Tefila : abrégé des dix-huit. Pain : rien avant ; deux bénédictions après, la 2e absorbant Bâtisseur de Jérusalem. Il travaille pour son repas Le temps de la table lui appartient. Tefila : les dix-huit en entier. Pain : les bénédictions selon leur règle. Idem si le maître de maison est attablé.
Le statut liturgique des ouvriers, et la différence entre le salaire et le repas.
D'où viennent les deux dispenses du Chema Verset : quand tu es assis dans ta maison, et quand tu vas sur le chemin Quand tu es assis dans ta maison À l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva : il est dispensé. Le chemin est facultatif ; ton aller à toi t'oblige. Et quand tu vas sur le chemin À l'exclusion du marié, dont l'esprit est pris par sa propre mitsva. Le texte dit belekhtekha, non belekhet. Il épouse une vierge Dispensé la première nuit et jusqu'à l'issue du chabbat. Il épouse une veuve Tenu de lire : son esprit reste libre. Rabban Gamliel pour lui-même Il lit malgré la dispense : pas un instant sans le joug.
La dérivation des deux dispenses et les trois cas pratiques du marié.
1
אֹהָלִים לִנְחָלִים, דִּכְתִיב: ״כִּנְחָלִים נִטָּיוּ כְּגַנֹּות עֲלֵי נָהָר כַּאֲהָלִים נָטַע וְגוֹ׳״ — לוֹמַר לָךְ: מַה נְחָלִים מַעֲלִין אֶת הָאָדָם מִטֻּומְאָה לְטָהֳרָה — אַף אֹהָלִים מַעֲלִין אֶת הָאָדָם מִכַּף חוֹבָה לְכַף זְכוּת.

... les tentes rapprochées des torrents, ainsi qu'il est écrit : « comme des torrents qui s'étendent, comme des jardins près du fleuve, comme des aloès qu'Il a plantés, etc. » — pour te dire : de même que les torrents font passer l'homme de l'impureté à la pureté, de même les tentes font passer l'homme du plateau de la faute au plateau du mérite.

📜 Rachi (2)
אֹהָלִים לִנְחָלִים כִּנְחָלִים נָטָיוּ כַּאֲהָלִים נָטַע:
Le verset vise est : « comme des torrents qui s'étendent... comme des tentes qu'Il a plantées ».
אַף [אֹהָלִים] בָּתֵּי מִדְרָשׁוֹת. אֹהָלִים לְשׁוֹן נְטִיעָה נוֹפֶלֶת בָּהֶם שֶׁנֶּאֱמַר וְיִטַּע אָהֳלֵי אַפַּדְנוֹ (דָּנִיֵּאל יא):
Les maisons d'étude. Le mot « tentes » se prête au vocabulaire de la plantation, ainsi qu'il est dit : « il plantera les tentes de son palais » (Daniel 11).
🗂️ Tossefot (1)
אֹהָלִים לִנְחָלִים פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס דִּכְתִיב כִּנְחָלִים נָטָיוּ כַּאֲהָלִים נָטַע. וְלִי נִרְאֶה דְּאֹהָלִים דְּהַאי קְרָא לָאו לְשׁוֹן אֹהֶל אֶלָּא לְשׁוֹן בְּשָׂמִים אֶלָּא נִרְאֶה מִדִּסְמִיךְ מַה טוּבוֹ אֻוהְלִיךְ לְכִנְחָלִים נָטָיוּ:
Le Qountres (Rachi) explique : parce qu'il est écrit « comme des torrents qui s'étendent, comme des tentes qu'Il a plantées ». Il me semble pour ma part que les ahalim de ce verset relèvent du vocabulaire des aromates et non de celui de la tente ; le rapprochement vient plutôt de ce que « que tes tentes sont belles » se trouve juxtaposé à « comme des torrents qui s'étendent ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַה נְחָלִים מַעֲלִים אֶת הָאָדָם מִטֻּמְאָה לְטָהֳרָה. אַף אֹהָלִים מַעֲלִים אֶת הָאָדָם מִכַּף חוֹבָה לְכַף זְכוּת. נִרְאֶה לִי בס"ד הַיּוֹשֵׁב עֲרַאי בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וּבֵית הַמִּדְרָשׁ נִקְרָאִים לְגַבֵּיהּ דִּידֵיהּ 'אֹהֶל', אֲבָל הַיּוֹשֵׁב שָׁם וְלוֹמֵד בְּקֶבַע נֶחְשָׁבִין לְגַבֵּי דִּידֵיהּ 'בַּיִת', וְאָז בְּשָׂכָר זֶה יִהְיֶה נוֹסָף מִסְפַּר בַּיִת [412] עַל מִסְפַּר חוֹבָה [21] , וְיִהְיֶה סַךְ הַכֹּל מִסֵּפֶר זְכוּת [433] , וְלָזֶה אָמַר מַעֲלִין אֶת הָאָדָם מִכַּף חוֹבָה לְכַף זְכוּת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עִנְיָן הַדִּמְיוֹן הַזֶּה לִנְחָלִים, כִּי הַנְּחָלִים אִם טָבַל בָּהֶם אָדָם טָמֵא, נִקְרָא הוּא עַצְמוֹ אַחַר הַטְּבִילָה אָדָם טָהוֹר, וְכֵן קְדֻושַּׁת אֹהָלִים שֶׁהֵם בָּתֵּי מִדְרָשׁוֹת מְסַייְּעִין לָאָדָם לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה מֵאַהֲבָה, שֶׁהַזְּדוֹנוֹת עַצְמָן יִתְהַפְּכוּ לִזְכִיּוֹת.
« De même que les torrents font passer l'homme de l'impureté à la pureté, de même les tentes font passer l'homme du plateau de la faute au plateau du mérite. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui s'assied de façon occasionnelle à la synagogue et à la maison d'étude, ces lieux sont appelés pour lui « tente » (ohel) ; mais celui qui s'y assied et y étudie de façon fixe, ils sont considérés pour lui comme une « maison » (bayit). Alors, en récompense, le nombre de bayit [412] s'ajoutera au nombre de hova [21], et le total donnera le nombre de zekhout [433] — c'est en ce sens qu'il a dit : elles font passer l'homme du plateau de la faute au plateau du mérite. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sens de cette comparaison avec les torrents est le suivant : dans les torrents, si un homme impur s'y immerge, il est lui-même appelé après l'immersion un homme pur ; de même la sainteté des tentes, qui sont les maisons d'étude, aide l'homme à faire techouva par amour, si bien que les fautes volontaires elles-mêmes se changent en mérites.
💡 Explication

Fin de la deracha commencée au folio précédent sur la bénédiction de Bilaam. Le verset juxtapose deux images, les torrents et les tentes ; la guemara lit ce voisinage comme une comparaison de fonction. Le torrent purifie par immersion ; la tente, entendue comme la maison d'étude, produit un effet du même ordre sur la balance des actes.

Le vocabulaire de la balance — kaf hova (plateau de la faute) et kaf zekhout (plateau du mérite) — est celui du jugement : l'étude déplace l'homme d'un plateau à l'autre.

2
״הַקּוֹרֵא לְמַפְרֵעַ לֹא יָצָא וְכוּ׳״.

« Celui qui lit à l'envers ne s'est pas acquitté, etc. »

💡 Explication

Reprise du lemme de la michna du chapitre : celui qui lit le Chema lemafrea, hors de l'ordre des versets, ne s'est pas acquitté ; celui qui a lu et s'est trompé revient à l'endroit de son erreur. La guemara va traiter du cas où l'endroit de l'erreur est justement inconnu.

3
רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי הֲווֹ קָא קָטְרִין לֵיהּ גְּנָנָא לְרַבִּי אֶלְעָזָר. אֲמַר לְהוּ: אַדְּהָכִי וְהָכִי אֵיזִיל וְאֶשְׁמַע מִלְּתָא דְבֵי מִדְרְשָׁא, וְאַיְּתֵי וְאֵימָא לְכוּ. אֲזַל אַשְׁכְּחֵיהּ לְתַנָּא דְּקָתָנֵי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן:

Rabbi Ami et Rabbi Assi nouaient le dais nuptial pour Rabbi Elazar. Il leur dit : pendant ce temps, je vais aller entendre une parole de la maison d'étude, et je reviendrai vous la dire.

Il alla et trouva le tana qui enseignait devant Rabbi Yo'hanan :

📜 Rachi (1)
קָטְרִין לֵיהּ גְּנָנָא קוֹשְׁרִין לוֹ חֻופָּה לְהַשִּׂיאוֹ אִשָּׁה:
On lui nouait le dais pour le marier.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי, הֲווֹ קָא קָטְרִין לֵיהּ גְּנָנָא לְרַבִּי אֶלְעָזָר. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַשְׁמְעִינַן תַּלְמוּדָא בָּזֶה שֶׁיֵּשׁ מִצְוָה רַבָּה בַּעֲשִׂיָּה וְתִיקּוּן שֶׁל הַחֻופָּה, דְּהָא ר' אַמִּי וְר' אַסִּי בִּיטְּלוּ תַּלְמוּדָם וְעָשׂוּ זֶה בְּיָדָם, אַף עַל גַּב דַּהֲוָה אֶפְשָׁר עַל יְדֵי אֲחֵרִים, וְכֵן תִּמְצָא בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ פָּרָשַׁת תְּרוּמָה בְּעֻובְדָּא דִּבְרֵיהּ דְּרַב סָפְרָא, וְלָזֶה אָמַר אִלּוּ לֹא בָּאנוּ אֶלָּא לִשְׁמוֹעַ דָּבָר זֶה דַּייֵּנוּ, כְּלוֹמַר אִלּוּ לֹא בָּאנוּ לְעֵסֶק זֶה שֶׁבָּטַלְנוּ בּוֹ מִתַּלְמוּד תּוֹרָה, אֶלָּא רַק לִהְיוֹת זֶה סִיבָּה לִשְׁמֹועַ דָּבָר יָקָר וְחִדּוּשׁ כָּזֶה דַּייֵּנוּ, דְּאַף עַל פִּי שֶׁעֵסֶק הַגְּנָנָא הוּא זְמַן מְרֻובֶּה, וּשְׁמִיעַת דָּבָר זֶה הוּא זְמַן מוּעָט יַסְפִּיק.
« Rabbi Ami et Rabbi Assi nouaient le dais nuptial pour Rabbi Elazar. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Talmud nous enseigne par là qu'il y a une grande mitsva dans la confection et l'installation de la houppa, puisque Rabbi Ami et Rabbi Assi ont interrompu leur étude et l'ont faite de leurs propres mains, bien qu'elle eût pu être faite par d'autres ; tu trouveras de même dans le Zohar, parachat Terouma, dans l'épisode du fils de Rav Safra. C'est pourquoi ils ont dit : « si nous n'étions venus que pour entendre cette parole, cela nous aurait suffi » — c'est-à-dire : si nous ne nous étions engagés dans cette occupation, pour laquelle nous avons interrompu l'étude de la Torah, que pour qu'elle soit la cause d'entendre une parole aussi précieuse et aussi neuve, cela nous aurait suffi ; car même si l'occupation du dais prend beaucoup de temps et que l'écoute de cette parole prend peu de temps, cela suffit.
💡 Explication

Le tana dont il est question ici n'est pas un maître de la Michna mais le récitant attaché à la maison d'étude, qui énonce par cœur les baraitot devant le maître, lequel les commente ensuite. Rabbi Elazar profite de l'intervalle des préparatifs pour aller recueillir un enseignement et le rapporter.

4
קָרָא וְטָעָה וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהֵיכָן טָעָה, בְּאֶמְצַע הַפֶּרֶק — יַחְזֹור לְרֹאשׁ. בֵּין פֶּרֶק לְפֶרֶק — יַחְזֹור לְפֶרֶק רִאשׁוֹן. בֵּין כְּתִיבָה לִכְתִיבָה — יַחְזֹור לִכְתִיבָה רִאשׁוֹנָה.

Celui qui a lu et s'est trompé, et ne sait pas où il s'est trompé : au milieu du paragraphe — il revient au début ; entre un paragraphe et l'autre — il revient au premier paragraphe ; entre une « écriture » et l'autre — il revient à la première « écriture ».

📜 Rachi (4)
יַחְזֹור לְרֹאשׁ כְּגוֹן שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ שֶׁבְּפֶרֶק זֶה טָעָה וְדִלֵּג אֲבָל אֵינוֹ יוֹדֵעַ בְּאֵיזֶה מָקוֹם בּוֹ טָעָה:
Par exemple lorsqu'il sait que c'est dans ce paragraphe-ci qu'il s'est trompé et qu'il a sauté, mais qu'il ne sait pas à quel endroit il s'est trompé.
בֵּין פֶּרֶק לְפֶרֶק שֶׁיּוֹדֵעַ שֶׁגָּמַר הַפָּרָשָׁה וְצָרִיךְ לְהַתְחִיל פָּרָשָׁה אַחֶרֶת וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ בְּאֵיזֶה מֵהֶן:
Il sait qu'il a achevé la paracha et qu'il doit en commencer une autre, mais il ne sait pas laquelle.
יַחְזֹור לְפֶרֶק רִאשׁוֹן לְהֶפְסֵק רִאשׁוֹן וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ:
À la première coupure, c'est-à-dire à « Vehaya im chamoa ».
בֵּין כְּתִיבָה לִכְתִיבָה שֶׁיּוֹדֵעַ שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר וּכְתַבְתָּם וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם רִאשׁוֹן אִם שֵׁנִי:
Il sait qu'il doit dire « oukhtavtam », mais il ne sait pas s'il s'agit du premier ou du second.
🗂️ Tossefot (1)
הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהֵיכָן טָעָה חוֹזֵר לְרֹאשׁ פִּי' מִטַּעַם שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ מֵהֵיכָן טָעָה אֲבָל אִם הָיָה יוֹדֵעַ מֵהֵיכָן טָעָה שֶׁדִּלֵּג תֵּיבָה אוֹ פָּסוּק אֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור אֶלָּא מֵאוֹתוֹ פָּסוּק וְאֵילָךְ וְכֵן בְּהַלֵּל וּמְגִילָּה:
Cela vaut du fait qu'il ne sait pas d'où il s'est trompé ; mais s'il savait d'où il s'est trompé, ayant sauté un mot ou un verset, il n'aurait à revenir qu'à partir de ce verset-là. Il en va de même pour le Hallel et pour la Meguila.
💡 Explication

La baraita règle trois degrés de doute, du plus étroit au plus large. Le doute porte sur le lieu de l'erreur, jamais sur le fait de s'être trompé : on revient donc au dernier point certain en amont.

Les deux paragraphes du Chema s'achèvent chacun sur le même mot, oukhtavtam (« et tu les écriras »), d'où la confusion possible entre « une écriture et l'autre ». Rachi précise que « revenir au premier paragraphe » signifie revenir à la première coupure, c'est-à-dire au début de Vehaya im chamoa.

🖼️ Schéma
Il s'est trompé et ne sait pas où : trois degrés de doute 1. Le doute porte sur un endroit à l'intérieur d'un paragraphe Il sait dans quel paragraphe il a sauté, non à quel endroit. Il reprend au début de ce paragraphe. 2. Le doute porte sur le passage d'un paragraphe à l'autre Il sait qu'il doit commencer une nouvelle paracha, non laquelle. Il revient à la première coupure : Vehaya im chamoa. 3. Le doute porte sur lequel des deux oukhtavtam il vient de dire Les deux paragraphes finissent par le même mot. Il revient au premier oukhtavtam.
Plus le doute est large, plus le retour en arrière remonte haut.
5
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא פָּתַח בְּ״לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם״, אֲבָל פָּתַח בְּ״לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם״ — סִרְכֵיהּ נְקַט וְאָתֵי.

Rabbi Yo'hanan lui dit : on n'a enseigné cela que dans le cas où il n'a pas commencé « lema'an yirbou yemekhem » ; mais s'il a commencé « lema'an yirbou yemekhem » — il a saisi le fil de son habitude et il poursuit.

📜 Rachi (2)
וא"ר יוֹחָנָן לְתַנָּא וְכוּ':
Il s'adresse au tana, etc.
סִרְכֵיהּ נְקַט אֵין לִטְעוֹת מִכָּאן עֵד אֱמֶת וְיַצִּיב וא"צ לַחֲזֹור אֶלָּא לֶאֱמֶת שֶׁהַפָּרָשָׁה שְׁגוּרָה בְּפִיו:
Il n'y a pas à se tromper depuis cet endroit jusqu'à « Émet veyatsiv », et il n'a donc à revenir qu'à « Émet », car cette paracha lui est familière.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' הָאֻומָּנִין קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן וּבְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ מַה שֶׁאֵין רַשָּׁאִין לַעֲשׂוֹת כֵּן בִּתְפִלָּה:
Michna : les artisans lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de pierres, ce qu'ils n'ont pas le droit de faire pour la tefila.
💡 Explication

Correction de Rabbi Yo'hanan sur le troisième cas. « Lema'an yirbou yemekhem » est le verset qui suit immédiatement le second oukhtavtam. Dès lors qu'il l'a entamé, la preuve est faite qu'il se trouve bien dans le second paragraphe, et le doute tombe.

L'expression sirkhei nakat, littéralement « il a pris son pli », désigne la force de l'habitude : la suite du texte lui est si familière qu'elle se déroule sans faute.

6
אֲתָא וַאֲמַר לְהוּ. אָמְרוּ לֵיהּ: אִלּוּ לֹא בָּאנוּ אֶלָּא לִשְׁמוֹעַ דָּבָר זֶה — דַּיֵּינוּ.

Il vint et le leur dit. Ils lui dirent : si nous n'étions venus que pour entendre cette parole, cela nous aurait suffi.

💡 Explication

Formule d'accueil d'un enseignement : elle mesure le prix de la parole entendue au regard du temps consacré à la préparation du dais.

7
מַתְנֵי׳ הָאֻומָּנִין — קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן וּבְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ. מַה שֶּׁאֵינָן רַשָּׁאִין לַעֲשׂוֹת כֵּן בִּתְפִלָּה.

MICHNA. Les artisans lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de pierres, ce qu'ils n'ont pas le droit de faire pour la tefila.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' הָאֻומָּנִין שֶׁהֵם עֲסוּקִים בִּמְלַאכְתָּן בְּרֹאשׁ הָאִילָן אוֹ בְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ וְהִגִּיעַ זְמַן ק"ש קוֹרִין לְשָׁם מִיָּד:
Alors qu'ils sont occupés à leur travail au sommet de l'arbre ou au sommet de l'assise, et que l'heure du Chema est arrivée : ils lisent sur place, immédiatement.
נִדְבָּךְ בִּנְיָן שֶׁל אֲבָנִים כְּמוֹ נִדְבָּכִין דִּי אֶבֶן גְּלָל (עֶזְרָא ו׳:ד׳):
Une construction de pierres, comme dans « des assises de pierres de taille » (Ezra 6,4).
מַה שֶּׁאֵינָן רַשָּׁאִין לַעֲשׂוֹת כֵּן בִּתְפִלָּה דִּצְלוֹתָא רַחֲמֵי הִיא וּבָעֵי כַּווָּנָה הִלְכָּךְ אֵין מִתְפַּלְּלִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן וּבְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ דְּמִסְתְּפֵי דִּילְמָא נָפְלִי דְּאֵין יְכוֹלִין לַעֲמֹוד שָׁם אֶלָּא עַל יְדֵי הַדְּחָק וּמֵחֲמַת בִּעֲתוּתָא לָא מָצֵי מְכַוְּונִי:
Car la tefila est une demande de miséricorde et requiert la kavana ; c'est pourquoi on ne prie pas au sommet de l'arbre ni au sommet de l'assise, car on craint de tomber, ne pouvant s'y tenir qu'à grand-peine, et la frayeur empêche de se concentrer.
תְּנַן הָאֻומָּנִין קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן אַפֵּי' בִּזְמַן שֶׁהֵן עֲסוּקֵין אַלְמָא לָא בָּעֵי כַּוָּונָה:
Même lorsqu'ils sont occupés : donc la kavana n'est pas requise.
💡 Explication

Nouvelle michna, et vraie question du folio : quel degré d'attention chaque texte réclame-t-il. Le nidbakh est une assise de pierres d'un mur en construction. L'artisan y demeure et lit sur place, sans descendre.

La tefila se distingue : elle est une demande de miséricorde et exige la kavana (l'application du cœur), que la peur de tomber rend impossible.

8
חָתָן פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע לַיְלָה הָרִאשׁוֹנָה וְעַד מוֹצָאֵי שַׁבָּת אִם לֹא עָשָׂה מַעֲשֶׂה. וּמַעֲשֶׂה בְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁנָּשָׂא אִשָּׁה וְקָרָא לַיְלָה הָרִאשׁוֹנָה. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ שֶׁחָתָן פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע? אָמַר לָהֶם אֵינִי שׁוֹמֵעַ לָכֶם לְבַטֵּל הֵימֶנִי מַלְכוּת שָׁמַיִם אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת.

Le marié est dispensé de la lecture du Chema la première nuit et jusqu'à l'issue du chabbat, s'il n'a pas accompli l'acte. Il arriva que Rabban Gamliel épousa une femme et lut le Chema la première nuit.

Ses disciples lui dirent : ne nous as-tu pas enseigné, notre maître, que le marié est dispensé de la lecture du Chema ? Il leur dit : je ne vous écoute pas, au point de me priver de la royauté des cieux ne serait-ce qu'un instant.

🗂️ Tossefot (1)
מַעֲשֶׂה בר"ג שֶׁנָּשָׂא אִשָּׁה וְקָרָא ק"ש בְּלַיְלָה רִאשׁוֹנָה לָאו מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור הוּא דקמ"ל אִם גָּדוֹל הוּא וּבוֹטֵחַ בְּעַצְמוֹ שֶׁיּוּכַל לְהִתְכַּוֵּין וְהוּא רָאוּי לִיטֹּול אֶת הַשֵּׁם הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ:
Ce fait rapporté ne vient pas contredire la règle : il nous apprend que si l'homme est grand et qu'il a confiance en lui-même, sachant qu'il pourra avoir la kavana, et qu'il est digne de porter le Nom, il en a la faculté.
💡 Explication

La dispense du marié tient à la même raison que la permission donnée à l'artisan, prise par l'autre bout : l'esprit accaparé. Le marié est retenu par le souci de sa propre mitsva, et l'on ne lui demande pas une attention qu'il ne peut donner.

Rabban Gamliel se juge lui-même capable de la kavana ; il use donc de la dispense comme d'une faculté, et y renonce.

9
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: הָאֻומָּנִין — קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן וּבְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ. וּמִתְפַּלְּלִין בְּרֹאשׁ הַזַּיִת וּבְרֹאשׁ הַתְּאֵנָה. וּשְׁאָר כָּל הָאִילָנוֹת — יוֹרְדִים לְמַטָּה וּמִתְפַּלְּלִין. וּבַעַל הַבַּיִת, בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ יוֹרֵד לְמַטָּה וּמִתְפַּלֵּל, לְפִי שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : les artisans lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de pierres, et ils prient au sommet de l'olivier et au sommet du figuier ; pour tous les autres arbres, ils descendent en bas et prient.

Et le maître de maison, dans un cas comme dans l'autre, descend en bas et prie, parce que son esprit n'est pas posé sur lui.

📜 Rachi (4)
גְּמ' וּמִתְפַּלְּלִין בְּרֹאשׁ הַזַּיִת וּבְרֹאשׁ הַתְּאֵנָה בִּזְמַן שֶׁעוֹסְקִין בָּהֶן מִפְּנֵי שֶׁעַנְפֵיהֶם מְרֻובִּים וִיכוֹלִין לַעֲמֹוד שָׁם שֶׁלֹּא בְּדֹוחַק וְאֵין שָׁם פַּחַד לִיפֹּול לְפִיכָךְ מִתְפַּלְּלִין בְּרֹאשָׁם אֲבָל בִּשְׁאָר אִילָנוֹת אֵין מִתְפַּלְּלִין:
Lorsqu'ils y sont occupés, parce que leurs branches sont nombreuses et qu'on peut s'y tenir sans être à l'étroit, sans crainte de tomber ; c'est pourquoi on prie à leur sommet, alors que sur les autres arbres on ne prie pas.
בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ כְּלוֹמַר בֵּין מִתְּאֵנָה בֵּין מִשְּׁאָר אִילָנוֹת:
C'est-à-dire aussi bien depuis le figuier que depuis les autres arbres.
יוֹרֵד וּמִתְפַּלֵּל דְּהָא אֵינוֹ מְשֻׁועְבָּד לִמְלָאכָה שֶׁהוּא בִּרְשׁוּת עַצְמוֹ:
Puisqu'il n'est pas assujetti au travail, étant sous sa propre autorité.
לְפִי שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו מִבִּעֲתוּתוֹ וְאִם הֵקֵלּוּ אֵצֶל פּוֹעֲלִים מִפְּנֵי בִּטּוּל מְלָאכָה לֹא הֵקֵלּוּ אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת:
Du fait de sa frayeur. Et si l'on a allégé pour les ouvriers à cause de la perte de travail, on n'a pas allégé pour le maître de maison.
🗂️ Tossefot (1)
לְפִי שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו וְאִם תֹּאמַר תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף י:) לֹא יַעֲמוֹד אָדָם בִּמְקוֹם גָּבוֹהַּ וְיִתְפַּלֵּל. וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם מַיְירֵי עַל גַּבֵּי כִּסֵּא אוֹ סַפְסָל אֲבָל בְּאִילָן שֶׁעָלָה שָׁם לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ הָוֵי כְּמוֹ עֲלִיָּיה:
Si tu demandes : qu'il le tire de ce que nous avons dit plus haut (Berakhot 10b), qu'un homme ne se tienne pas dans un endroit élevé pour prier ? On peut répondre : là-bas il s'agit d'une chaise ou d'un banc, tandis qu'un arbre sur lequel il est monté pour faire son travail est comme un étage.
💡 Explication

La baraita affine la michna. La tefila reste possible en hauteur lorsque la station y est sûre : l'olivier et le figuier portent des branches assez nombreuses pour tenir sans effort et sans crainte.

Le baal habayit, qui travaille pour lui-même, ne subit aucune perte de temps imposée par autrui ; l'allègement accordé à l'ouvrier salarié ne le concerne donc pas.

10
רָמֵי לֵיהּ רַב מָרִי בְּרַהּ דְּבַת שְׁמוּאֵל לְרָבָא, תְּנַן: הָאֻומָּנִין קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן וּבְרֹאשׁ הַנִּדְבָּךְ, אַלְמָא לָא בָּעֵי כַּוָּנָה. וּרְמִינְהִי: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל״, וּלְהַלָּן הוּא אוֹמֵר: ״הַסְכֵּת וּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל״. מַה לְהַלָּן בְּ״הַסְכֵּת״ אַף כָּאן בְּ״הַסְכֵּת״.

Rav Mari, fils de la fille de Chmouel, opposa deux enseignements devant Rava : nous avons appris dans la michna « les artisans lisent au sommet de l'arbre et au sommet de l'assise de pierres » — donc la kavana n'est pas requise. Or on a enseigné au contraire : celui qui lit le Chema doit y appliquer son cœur, ainsi qu'il est dit « Écoute, Israël », et plus loin il est dit « Sois attentif et écoute, Israël » ; de même que là-bas il s'agit d'être attentif, de même ici il s'agit d'être attentif.

📜 Rachi (2)
בְּרָהּ דְּבַת שְׁמוּאֵל בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת קָרֵי לֵיהּ בַּר רָחֵל וּבַת שְׁמוּאֵל הָיְתָה וְנִשְׁבֵּית לְבֵין הָעַמִּים כִּדְאָמַר בִּכְתֻובּוֹת (דַּף כג.) וּבָא עָלֶיהָ אֶחָד וְנִתְעַבְּרָה הֵימֶנּוּ וְאַחַ"כּ נִתְגַּיֵּיר וּשְׁמֵיהּ אִיסּוּר כִּדְאָמְרִי' בב"ב (דַּף קמט.) רַב מָרִי בְּרֵיהּ הוֹרָתוֹ שֶׁלֹּא בִּקְדֻושָּׁה הֲוָה לְכָךְ לֹא הָיָה נִקְרָא עַל שֵׁם אָבִיו:
En plusieurs endroits on l'appelle « fils de Rahel ». Elle était fille de Chmouel, fut faite captive parmi les nations, comme il est dit dans Ketoubot (23a) ; un homme eut commerce avec elle et elle en conçut, puis il se convertit et son nom était Issour, comme nous le disons dans Baba Batra (149a). Rav Mari, son fils, fut conçu hors de la sainteté ; c'est pourquoi il n'était pas appelé du nom de son père.
תְּנַן הָאֻומָּנִין קוֹרִין בְּרֹאשׁ הָאִילָן אפ' בִּזְמַן שֶׁהֵן עֲסוּקֵין אַלְמָא לָא בָּעֵי כַּוָּונָה:
Même lorsqu'ils sont occupés : donc la kavana n'est pas requise.
💡 Explication

Rami (« il a opposé ») désigne la mise en contradiction de deux sources. La baraita établit l'exigence de kavana par une guezera chava sur le verbe « écoute » : le mot commun transporte d'un verset à l'autre l'exigence d'attention (hasket).

11
אֲשַׁתֵּיק. אֲמַר לֵיהּ: מִידֵּי שְׁמִיעַ לָךְ בְּהָא? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַב שֵׁשֶׁת — וְהוּא שֶׁבְּטֵלִין מִמְּלַאכְתָּן וְקוֹרִין.

Il resta silencieux. Il lui dit : as-tu entendu quelque chose sur ce point ?

Il lui répondit : ainsi a dit Rav Chechet — à condition qu'ils s'interrompent de leur travail et lisent.

📜 Rachi (1)
שֶׁבְּטֵלִין מִמְּלַאכְתָּן וְקוֹרִין כְּדֵי שֶׁיְּהוּ קוֹרִין בְּכַוָּונָה רַשָּׁאִין לְהִיבָּטֵל מִמְּלַאכְתָּן:
Afin de lire avec kavana, ils ont le droit de s'interrompre de leur travail.
💡 Explication

Rava n'a pas de réponse et interroge à son tour celui qui l'a questionné. La solution de Rav Chechet retire la contradiction en restreignant la michna : la permission porte sur le lieu, le sommet de l'arbre, et non sur la dispense de kavana ; l'artisan y reste, mais suspend son geste.

12
וְהָתַנְיָא: בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים עוֹסְקִים בִּמְלַאכְתָּן וְקוֹרִין!

Mais on a enseigné : Beit Hillel disent qu'ils s'occupent de leur travail et lisent !

💡 Explication

Objection frontale à Rav Chechet : une baraita explicite autorise la lecture pendant le travail.

13
לָא קַשְׁיָא: הָא בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן, הָא בְּפֶרֶק שֵׁנִי.

Ce n'est pas une difficulté : ici, il s'agit du premier paragraphe ; là, du second paragraphe.

📜 Rachi (1)
פֶּרֶק רִאשׁוֹן פָּרָשַׁת שְׁמַע בָּעֵי כַּוָּונָה:
La paracha de « Chema » requiert la kavana.
🗂️ Tossefot (1)
הָא בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן לָאו דַּוְקָא נְקַט פֶּרֶק א'. דְּהַיְינוּ אַלִּיבָּא דְּרָבָא וְרָבָא אָמַר לְעֵיל (בְּרָכוֹת יג:) פָּסוּק רִאשׁוֹן לְבַד וְהָכִי הִלְכְתָא:
Il n'a pas dit « premier paragraphe » au sens strict. Cela suit l'avis de Rava, et Rava a dit plus haut (Berakhot 13b) : le premier verset seulement — et telle est la halakha.
💡 Explication

Partage classique : l'exigence d'attention se concentre sur le premier paragraphe, celui de l'acceptation du joug ; le second peut se dire en travaillant.

Tossefot signale que « premier paragraphe » est dit largement : selon Rava, dont la halakha suit l'avis, l'exigence porte en vérité sur le premier verset seul.

🖼️ Schéma
Deux sources opposées, une seule ligne de partage Rav Chechet Ils s'interrompent de leur travail et lisent. Baraita de Beit Hillel Ils s'occupent de leur travail et lisent. Premier paragraphe Acceptation du joug : kavana requise. Il suspend son travail. Selon Rava : le premier verset seul. Second paragraphe Il continue son ouvrage et lit en travaillant.
La contradiction se résout en partageant le Chema, non en écartant l'une des deux sources.
14
תָּנוּ רַבָּנַן: הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת, קוֹרִין קְרִיאַת שְׁמַע וּמְבָרְכִין לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ. וְאוֹכְלִין פִּתָּן וּמְבָרְכִין לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ, וּמִתְפַּלְּלִין תְּפִלָּה שֶׁל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה. אֲבָל אֵין יוֹרְדִין לִפְנֵי הַתֵּיבָה, וְאֵין נוֹשְׂאִין כַּפֵּיהֶם.

Nos maîtres ont enseigné : les ouvriers qui travaillaient chez un maître de maison lisent le Chema et récitent les bénédictions avant et après ; ils mangent leur pain et récitent les bénédictions avant et après ; et ils prient la prière des dix-huit. Mais ils ne descendent pas devant l'arche et ils n'élèvent pas leurs mains.

📜 Rachi (2)
קוֹרִין אֶת שְׁמַע וּמְבָרְכִין לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ כְּתִקּוּנָהּ וְכֵן בִּזְמַן תְּפִלָּה:
Selon la règle établie ; et de même à l'heure de la tefila.
אֲבָל אֵין יוֹרְדִין לִפְנֵי הַתֵּיבָה אֵינָן רַשָּׁאִין לִיבָּטֵל מִמְּלַאכְתָּן וְלֵירֵד לִפְנֵי הַתֵּיבָה לַעֲשׂוֹת שְׁלִיחַ צִבּוּר שֶׁיֵּשׁ שָׁם בִּטּוּל מְלָאכָה יוֹתֵר מִדַּאי:
Ils n'ont pas le droit de s'interrompre de leur travail pour descendre devant l'arche et faire office d'officiant, car il y aurait là une perte de travail excessive.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' חָתָן פָּטוּר מק"ש לַיְלָה רִאשׁוֹנָה עַד מוֹצָאֵי שַׁבָּת אִם לֹא עָשָׂה מַעֲשֶׂה. וּמַעֲשֶׂה בר"ג שֶׁנָּשָׂא אִשָּׁה וְקָרָא בַּלַּיְלָה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁנְּשָׂאָהּ אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו לֹא לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ שֶׁחָתָן פָּטוּר מק"ש לַיְלָה הָרִאשׁוֹנָה. אָמַר לָהֶם אֵינִי שׁוֹמֵעַ לָכֶם לְבַטֵּל מִמֶּנִּי עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם אַפֵּי' שָׁעָה אַחַת:
Michna : le marié est dispensé de la lecture du Chema la première nuit jusqu'à l'issue du chabbat, s'il n'a pas accompli l'acte. Il arriva que Rabban Gamliel épousa une femme et lut le Chema la première nuit de son mariage. Ses disciples lui dirent : ne nous as-tu pas enseigné, notre maître, que le marié est dispensé de la lecture du Chema la première nuit ? Il leur dit : je ne vous écoute pas, au point de m'ôter le joug de la royauté des cieux ne serait-ce qu'un instant.
א"ר חִייָּא בַּר אַבָּא אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר' יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלוּחַ וּבֵירַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף א"ל רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא לְרַבִּי זֵירָא הַאי זַיִת מָלוּחַ כֵּיוָן דִּשְׁקַלְתֵּיהּ לְגַרְעִינֵיתֵיהּ בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא. אַבְּרָכָה אַחֲרוֹנָה קָבָעֵי אֲבָל בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה אֲפִילּוּ כָּל דְּהוּ מְבָרֵךְ דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה. וְכֵן פירש"י בְּסֻוכָּה פֶּרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כו:) גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁהֵבִיאוּ לוֹ פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה וְלֹא בֵּירַךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע הָא לְפָנָיו בֵּירַךְ וה"נ אָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּכֹל שֶׁאוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אוֹמֵר לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ כֹּל שֶׁאֵין אוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ הֲתִיבּוֹן הֲרֵי פָּחוֹת מִכַּזַּיִת שֶׁאֵין מְבָרְכִין עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת לֹא יְבָרְכוּ לְפָנָיו הַמּוֹצִיא. א"ר יַעֲקֹב בְּרַבִּי אֲחָא לִשְׁאָר מִינִין נִצְרְכָה פִּי' לָא אָתֵי לִפְלוּגֵי בֵּין דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שִׁיעוּר לְדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ שִׁיעוּר אֶלָּא בֵּין פַּת לִשְׁאָר מִינֵי מַאֲכָל כְּגוֹן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה וְכוּבָא דְּאַרְעָא וּפַת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין הֵיכָא דְּלָא קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עֲלַייְהוּ וּפַת אֹורֶז וּפַת דֹּוחַן שֶׁאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לִפְנֵיהֶם הַמּוֹצִיא אַף עַל גַּב דִּלְעֵיל בְּרֵישׁ פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לָהּ) נָפְקָא לָן בְּרָכָה לְכַתְּחִלָּה ק"ו מִלִּבְסוֹף כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ כְּשֶׁהוּא רָעֵב לֹא כ"ש מ"מ לָא אָמְרִינַן דַּיּוֹ שֶׁלֹּא יְבָרֵךְ עַל מַשֶּׁהוּ שֶׁבַּתְּחִלָּה כְּמוֹ שֶׁאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְבַסּוֹף דְּלָאו קַל וָחֹומֶר גָּמוּר הוּא דְּמַה לְבַסּוֹף שֶׁכֵּן נֶהֱנֶה כְּבָר כִּדְאָמַר לְעֵיל תֵּדַע דִּבְרָכָה לְפָנָיו לָאו דְּאוֹרַיְיתָא הִיא דְּהָא תְּנַן לְעֵיל בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) בַּעַל קֶרִי מְבָרֵךְ עַל הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו. וְכֵן בְּפֶרֶק הָיָה קוֹרֵא (בְּרָכוֹת דַּף טז.) הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה אֵצֶל בעה"ב אוֹכְלִין פִּתָּן וְאֵין מְבָרְכִין לְפָנֶיהָ אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֶיהָ: מִי סָבְרַתְּ ר' יוֹחָנָן זַיִת קָטָן אָכַל זַיִת גָּדוֹל אָכַל וְכוּ'. וּבִירוּשַׁלְמִי מַיְיתֵי עֻובְדָּא אַחַרְיַנָא. רַבִּי יוֹחָנָן נְסַב זַיִת וּבֵירַךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וַהֲוָה ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא מִסְתַּכֵּל בֵּיהּ אָמַר מַאי הַדִּין בַּבְלָאָה מִסְתַּכֵּל לֵית לֵיהּ כָּל שֶׁהוּא מִמִּין ז' טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו. אִית לֵיהּ וּמַה צְרִיכָא לֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינִיתְיָהּ מְמַעֲטֵיהּ. וְלֵית לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינֵיתֶיהּ מְמַעֲטֶיהָ מֶה עֲבַד לֵיהּ ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם בְּרֵיהּ. מִלְּתֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן אֲמָרָהּ שֶׁכֵּן אִם אָכַל אַפֵּי' פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִמּוֹן שֶׁהוּא טָעוּן בְּרָכָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וְהַשְׁתָּא אִי הֲוָה עוּבְדָא דִּגְמָרָא דִּידַן הַהוּא עֻובְדָּא גּוּפָא דִּירוּשַׁלְמִי א"כ חוֹלֵק גְּמ' דִּידַן עַל הַיְרֻושַּׁל' וס"ל דְּאַפֵּי' בִּרְיָה בָּעֵי כַּזַּיִת וּגָמ' דִּידַן עִיקָּר. אֲבָל אֶפְשָׁר דִּשְׁנֵי מַעֲשִׂים הָווּ וְהַאי דִּירוּשַׁלְמִי הָוֵי זַיִת שָׁלֵם כְּשֶׁהוּבָא לְפָנָיו אע"ג שֶׁהִשְׁלִיךְ הַגַּרְעִינִים כֵּיוָן שֶׁהוּבָא לְפָנָיו שָׁלֵם וְנֶהֱנָה מִבְּרִיָּה שְׁלֵימָה מַה שֶׁדֶּרֶךְ לֶאֱכֹול מִמֶּנָּה יֵשׁ כָּאן שִׁיעוּר. אֲבָל הַאי עֻובְדָּא דִּגְמָרָא דִּידַן אֶפְשָׁר דְּהַאי זַיִת מָלִיחַ דְּהוּבָא לְפָנָיו בְּלֹא גַּרְעִין הָיָה כִּי הַהִיא דְּסוֹף אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מ:) גַּבֵּי זֵיתֵי גְּלוּסְקָא דְּקָתָנֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר הַשְּׁלָחִים אֲסוּרִים. הֵיכִי דָמֵי שְׁלָחִים. א"ר יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא כֹּל שֶׁאוֹחֵז בְּיָדוֹ וְגַרְעִינִיתוֹ נִשְׁמֶטֶת וּבְהַךְ זַיִת אַיְירֵי הָכָא הִלְכָּךְ לָא הָוֵי בִּרְיָה וִירֵא שָׁמַיִם יַחְמִיר שֶׁלֹּא יֹאכַל פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר לְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק וְיֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק עַל בִּרְכַּת בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת אִם צְרִיכָה שִׁיעוּר אִם לָאו דְּדִילְמָא דַּוְקָא בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ דִּכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ הוּא דְּבָעֵי שִׁיעוּר לְמַר בִּכְדֵי אֲכִילָה וּלְמַר בִּכְדֵי שְׂבִיעָה אֲבָל בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת לֹא בָּעֵי שִׁיעוּרָא וְהָא דְּפָרִיךְ הָכָא הֵיכִי בְּרִיךְ ר' יוֹחָנָן עַל זַיִת מָלִיחַ מִשּׁוּם דְּבָצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא אַלִּיבָּא דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא פָּרֵיךְ דְּאָמַר בְּמִילְּתֵיהּ קָאֵי וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ אוֹ דִּלְמָא לֹא נִתְקְנָה בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת שֶׁהִיא דְּרַבָּנָן אֶלָּא דֻּומְיָא דִּבְרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' שֶׁהִיא דְּאוֹרָיְיתָא וּמִדּר' צָדוֹק בְּפֶ' הַיָּשָׁן שֶׁנָּטַל פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו אֶלָּא לְפָנָיו אֵין רְאָיָה דִּילְמָא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לֹא בֵּירַךְ הָא בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת בֵּירַךְ וּמִתּוֹךְ דִּבְרֵי ר"י מַשְׁמַע שֶׁאִם אָכַל מז' מִינִים פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר שֶׁיְּבָרֵךְ אַחֲרָיו בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת וְלָא נְהִירָא לִי דְּמִסְתַּבֵּר דְּעַל מִין שֶׁרָאוּי לְבָרֵךְ עָלָיו מֵעֵין ג' בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן הַשִּׁיעוּר לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בְּרָכָה אַחֶרֶת וְכֵן מַשְׁמַע הַהִיא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁלֹּא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו כְּלָל דְּאִילּוּ בֵּירַךְ בְּרָכָה אַחֶרֶת הָיָה הַסֵּפֶר מְפָרֵשׁ אֵיזֶה בְּרָכָה בֵּירַךְ וְכֵן מָצָאתִי בְּשֵׁם הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל:
Rabbi Hiya bar Abba a dit : j'ai vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et réciter dessus une bénédiction au début et à la fin. Rabbi Yirmeya bar Abba dit à Rabbi Zeira : cette olive salée, dès lors qu'on lui a retiré son noyau, la mesure requise n'y est plus. C'est sur la bénédiction finale qu'il s'interroge ; mais pour la bénédiction initiale, on bénit sur la moindre quantité, car il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction. Ainsi a expliqué Rachi dans Souka, chapitre « Hayachen » (Souka 26b), à propos de l'épisode de Rabbi Tsadok, à qui l'on apporta moins qu'un kabeitsa : il le mangea hors de la souka et ne récita pas de bénédiction après, ce qui implique qu'il en avait bien récité une avant. Nous disons de même dans le Yerouchalmi de notre chapitre : tout ce sur quoi l'on récite les trois bénédictions, on dit avant lui « Hamotsi le'hem min haarets » ; tout ce sur quoi l'on ne récite pas les trois bénédictions, on ne dit pas avant lui « Hamotsi le'hem min haarets ». On a objecté : voici que sur moins d'un kazayit on ne récite pas les trois bénédictions — qu'on ne dise donc pas « Hamotsi » avant lui ! Rabbi Yaakov fils de Rabbi Aha a dit : c'est pour les autres espèces que cette règle était nécessaire. Explication : la distinction ne porte pas entre ce qui atteint la mesure et ce qui ne l'atteint pas, mais entre le pain et les autres espèces d'aliments, comme les plats de marmite, le kouba dear'a, le pain de kisnin lorsqu'on n'a pas fixé son repas dessus, le pain de riz et le pain de millet, sur lesquels on ne récite pas les trois bénédictions et devant lesquels on ne dit donc pas « Hamotsi ». Et bien que plus haut, au début du chapitre (Berakhot 35a), nous ayons tiré la bénédiction préliminaire d'un kal va-homer depuis la bénédiction finale — s'il bénit lorsqu'il est rassasié, à plus forte raison lorsqu'il a faim — nous ne disons pas pour autant « dayo », au point qu'il ne bénirait pas au début sur une quantité minime comme il ne bénit pas à la fin ; car ce n'est pas un kal va-homer complet, la fin se distinguant en ce qu'il a déjà tiré profit, comme il a été dit plus haut. Sache que la bénédiction préliminaire n'est pas de la Torah, puisque nous avons appris plus haut au chapitre « Mi chemeto » (Berakhot 20b) : celui qui a eu une pollution récite la bénédiction après le repas et ne la récite pas avant ; et de même au chapitre « Haya koré » (Berakhot 16a) : les ouvriers qui travaillaient chez un maître de maison mangent leur pain sans réciter de bénédiction avant, mais récitent la bénédiction après. « Penses-tu que Rabbi Yo'hanan a mangé une petite olive ? C'est une grosse olive qu'il a mangée », etc. Le Yerouchalmi rapporte un autre épisode : Rabbi Yo'hanan prit une olive et récita une bénédiction avant et après, et Rabbi Hiya bar Abba le regardait. Il dit : qu'a ce Babylonien à regarder ainsi ? Ne tient-il pas que tout ce qui est des sept espèces exige une bénédiction avant et après ? Il le tient. Pourquoi alors s'interroge-t-il ? Parce que le noyau en diminue la quantité. Et Rabbi Yo'hanan ne tient-il pas que le noyau en diminue la quantité ? Comment donc a-t-il fait ? À cause de la beria (l'unité entière). La parole de Rabbi Yo'hanan enseigne donc que celui qui a mangé même un seul grain de raisin ou un seul grain de grenade doit réciter une bénédiction avant et après. Or si l'épisode de notre guemara était celui-là même du Yerouchalmi, notre guemara serait en désaccord avec le Yerouchalmi et tiendrait que même une beria exige un kazayit, et notre guemara ferait autorité. Mais il est possible qu'il y ait eu deux épisodes : celui du Yerouchalmi portait sur une olive entière lorsqu'elle fut placée devant lui ; bien qu'il en ait jeté le noyau, puisqu'elle lui a été apportée entière et qu'il a joui d'une unité entière, de ce qu'on a coutume d'en manger, la mesure y est. Tandis que dans l'épisode de notre guemara, il est possible que cette olive salée lui ait été apportée sans noyau, comme dans le passage de la fin de « Ein maamidin » (Avoda Zara 40b) à propos des olives glouska, où il est enseigné : Rabbi Yossi dit : les chelahim sont interdites. Qu'est-ce que les chelahim ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : toute olive que l'on tient dans la main et dont le noyau se détache. C'est de cette olive-là qu'il s'agit ici, et elle n'est donc pas une beria. Aussi celui qui craint le Ciel sera-t-il rigoureux et ne mangera pas moins que la mesure, afin de sortir du doute. Il y a lieu de s'interroger au sujet de la bénédiction « Boré nefachot » : exige-t-elle une mesure ou non ? Peut-être seule la bénédiction « meein chaloch », au sujet de laquelle il est écrit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras », exige une mesure — pour l'un la mesure d'une consommation, pour l'autre la mesure d'une satiété — tandis que « Boré nefachot » n'exigerait pas de mesure. Et l'objection posée ici, comment Rabbi Yo'hanan a-t-il bénit sur une olive salée alors que la mesure n'y est pas, est posée selon Rabbi Hiya bar Abba, qui maintient sa position et tient qu'il faut réciter dessus une bénédiction unique abrégeant les trois. Ou bien peut-être « Boré nefachot », qui est d'institution rabbinique, n'a-t-elle été instituée qu'à l'image de la bénédiction unique abrégeant les trois, qui est de la Torah. Quant à l'épisode de Rabbi Tsadok au chapitre « Hayachen », qui prit moins qu'un kabeitsa et ne récita pas de bénédiction après mais seulement avant, on n'en tire aucune preuve : peut-être n'a-t-il pas récité le birkat hamazon, mais a bien récité « Boré nefachot ». Des paroles du Ri il ressort que celui qui a mangé des sept espèces moins que la mesure récite après « Boré nefachot » ; cela ne me paraît pas juste, car il est logique que sur une espèce qui mérite la bénédiction « meein chaloch », le défaut de mesure n'appelle pas une autre bénédiction. Cela ressort aussi de l'épisode de Rabbi Tsadok, qui ne récita après aucune bénédiction : s'il en avait récité une autre, le texte aurait précisé laquelle. Ainsi l'ai-je trouvé au nom de notre maître Rabbi Yona, de mémoire bénie.
💡 Explication

La baraita fixe le programme liturgique de l'ouvrier salarié. Le principe de tri est la durée : ce qui lui incombe personnellement se fait, ce qui prolongerait l'interruption au service de la communauté est écarté.

Descendre devant l'arche désigne l'office public, et élever les mains la bénédiction des cohanim.

15
וְהָתַנְיָא מֵעֵין שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה! אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לָא קַשְׁיָא, הָא — רַבָּן גַּמְלִיאֵל, הָא — רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.

Mais on a enseigné : « un abrégé des dix-huit » ! Rav Chechet dit : ce n'est pas une difficulté — ceci suit Rabban Gamliel, cela suit Rabbi Yehochoua.

📜 Rachi (2)
מֵעֵין שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה הֲבִינֵנוּ לְדַעַת דְּרָכֶיךָ כו' שֶׁכּוֹלֵל י"א בְּרָכוֹת בִּבְרָכָה אַחַת וְג' רִאשׁוֹנוֹת וְג' אַחֲרוֹנוֹת כְּהִלְכָתָן:
« Havinénou, fais-nous connaître Tes voies », etc., qui réunit onze bénédictions en une seule, les trois premières et les trois dernières étant dites selon leur règle.
הָא ר"ג הָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דִּתְנַן בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כֹּח:) ר"ג אוֹמֵר בְּכָל יוֹם וְיוֹם מִתְפַּלֵּל אָדָם י"ח בְּרָכוֹת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר מֵעֵין י"ח:
Car nous avons appris au chapitre « Tefilat hachahar » (Berakhot 28b) : Rabban Gamliel dit : chaque jour, l'homme prie dix-huit bénédictions ; Rabbi Yehochoua dit : un abrégé des dix-huit.
💡 Explication

Nouvelle contradiction : une baraita fait prier aux ouvriers les dix-huit bénédictions entières, une autre leur fait dire un mééin chemoneh esré, forme abrégée qui condense les onze bénédictions médianes en une seule (Havinénou), les trois premières et les trois dernières restant entières.

Première solution : chaque baraita suit un tana différent, selon la controverse de Berakhot 28b.

16
אִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, מַאי אִירְיָא פּוֹעֲלִים? אֲפִילּוּ כָּל אָדָם נָמֵי!

Si c'est Rabbi Yehochoua, pourquoi parler spécialement des ouvriers ? Tout homme aussi bien !

🗂️ Tossefot (1)
אַפֵּי' כָּל אָדָם נָמֵי וא"ת הָא שְׁאָר כָּל אָדָם רְשׁוּת וּפוֹעֲלִים חוֹבָה. וְי"ל דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ כֵּיוָן שֶׁיָּכוֹל לוֹמַר מֵעֵין י"ח אֵין זֶה שׁוּם חִדּוּשׁ אִם הַפּוֹעֲלִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה:
Si tu demandes : pour tout autre homme c'est une faculté, alors que pour les ouvriers c'est une obligation ? On peut répondre : cela lui paraît évident — dès lors qu'on peut dire l'abrégé des dix-huit, il n'y a aucune nouveauté à ce que les ouvriers le disent, même d'emblée.
💡 Explication

Réfutation de la première solution. Pour Rabbi Yehochoua, l'abrégé vaut pour chacun ; mentionner les ouvriers n'apprendrait rien.

Tossefot écarte la réponse qu'on pourrait tenter — que l'abrégé serait une faculté pour tous et une obligation pour l'ouvrier : puisque la forme abrégée est disponible, son emploi par l'ouvrier, même d'emblée, ne constitue aucune nouveauté.

17
אֶלָּא אִידִי וְאִידִי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן, בְּעוֹשִׂין בִּשְׂכָרָן. כָּאן, בְּעוֹשִׂין בִּסְעֻודָּתָן.

Plutôt : l'une et l'autre suivent Rabban Gamliel, et ce n'est pas une difficulté — ici, il s'agit de ceux qui travaillent pour leur salaire ; là, de ceux qui travaillent pour leur repas.

📜 Rachi (1)
עוֹשִׂין בִּשְׂכָרָן שֶׁנּוֹטְלִין שְׂכַר פְּעֻולָּתָן לְבַד סְעֻודָּתָן צְרִיכִין לְמַהֵר הַמְּלָאכָה וּמִתְפַּלְּלִין מֵעֵין י"ח:
Ceux qui reçoivent le salaire de leur travail en plus de leur repas doivent hâter l'ouvrage : ils prient l'abrégé des dix-huit.
💡 Explication

Solution retenue. Les deux baraitot suivent le même tana, et la différence vient du contrat : celui qui reçoit un salaire en plus de sa nourriture doit du temps à son employeur et abrège ; celui qui travaille pour son seul repas dispose du temps de la table et prie les dix-huit en entier.

🖼️ Schéma
Deux baraitot sur la tefila des ouvriers : deux solutions, une retenue Solution écartée : deux tanaim Rabban Gamliel (dix-huit) contre Rabbi Yehochoua (abrégé), mais l'abrégé vaudrait alors pour tous. Solution retenue : un seul tana, deux contrats Il travaille pour son salaire Le temps appartient à l'employeur. Abrégé des dix-huit. Il travaille pour son repas Le temps de la table lui revient. Les dix-huit en entier.
La nafka mina se déplace de la controverse des tanaim vers les termes de l'embauche.
18
וְהָתַנְיָא: הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂים מְלָאכָה אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת — קוֹרִין קְרִיאַת שְׁמַע וּמִתְפַּלְּלִין. וְאוֹכְלִין פִּתָּן — וְאֵין מְבָרְכִים לְפָנֶיהָ, אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֶיהָ שְׁתַּיִם. כֵּיצַד? בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה כְּתִקּוּנָהּ, שְׁנִיָּה פּוֹתֵחַ בְּבִרְכַּת הָאָרֶץ וְכוֹלְלִין ״בּוֹנֵה יְרוּשָׁלַיִם״ בְּבִרְכַּת הָאָרֶץ.

Et on a enseigné : les ouvriers qui travaillaient chez un maître de maison lisent le Chema et prient ; et ils mangent leur pain sans réciter de bénédiction avant, mais ils récitent après deux bénédictions. Comment ?

La première bénédiction selon sa règle ; pour la seconde, il ouvre par la bénédiction de la terre et l'on inclut « Bâtisseur de Jérusalem » dans la bénédiction de la terre.

📜 Rachi (4)
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא דְּיֵשׁ חִלּוּק בֵּין עוֹשִׂין בִּשְׂכָרָן לְעוֹשִׂין בִּסְעֻודָּתָן:
Dit sur un ton d'acquiescement : il y a bien une différence entre ceux qui travaillent pour leur salaire et ceux qui travaillent pour leur repas.
וְאֵין מְבָרְכִין לְפָנֶיהָ שֶׁאֵינָהּ מִן הַתּוֹרָה:
Car elle n'est pas de la Torah.
אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֶיהָ שֶׁהִיא מִן הַתּוֹרָה דִּכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ (לְקַמָּן בְּרָכוֹת דַּף מח:):
Car elle est de la Torah, ainsi qu'il est écrit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras » (plus loin, Berakhot 48b).
וְכוֹלְלִין שְׁנֵי בְּרָכוֹת בְּאַחַת שֶׁבִּרְכַּת הָאָרֶץ וּבִנְיַן יְרוּשָׁלַיִם דּוֹמוֹת:
Deux bénédictions en une seule, car la bénédiction de la terre et celle de la construction de Jérusalem se ressemblent.
🗂️ Tossefot (1)
וְחוֹתֵם בְּבִרְכַּת הָאָרֶץ אע"ג דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא הֵם. יֵשׁ כֹּחַ בְּיַד חֲכָמִים לַעֲקֹור דָּבָר מִן הַתּוֹרָה הוֹאִיל וּטְרוּדִים בִּמְלֶאכֶת בַּעַל הַבַּיִת:
Bien qu'elles soient de la Torah, les Sages ont le pouvoir de déraciner une chose de la Torah, puisque ces ouvriers sont accaparés par le travail du maître de maison.
⚖️ Rosh (1)
א"ר חִייָּא בַּר אַבָּא אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר' יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלוּחַ וּבֵירַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף א"ל רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא לְרַבִּי זֵירָא הַאי זַיִת מָלוּחַ כֵּיוָן דִּשְׁקַלְתֵּיהּ לְגַרְעִינֵיתֵיהּ בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא. אַבְּרָכָה אַחֲרוֹנָה קָבָעֵי אֲבָל בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה אֲפִילּוּ כָּל דְּהוּ מְבָרֵךְ דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה. וְכֵן פירש"י בְּסֻוכָּה פֶּרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כו:) גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁהֵבִיאוּ לוֹ פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה וְלֹא בֵּירַךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע הָא לְפָנָיו בֵּירַךְ וה"נ אָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּכֹל שֶׁאוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אוֹמֵר לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ כֹּל שֶׁאֵין אוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ הֲתִיבּוֹן הֲרֵי פָּחוֹת מִכַּזַּיִת שֶׁאֵין מְבָרְכִין עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת לֹא יְבָרְכוּ לְפָנָיו הַמּוֹצִיא. א"ר יַעֲקֹב בְּרַבִּי אֲחָא לִשְׁאָר מִינִין נִצְרְכָה פִּי' לָא אָתֵי לִפְלוּגֵי בֵּין דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שִׁיעוּר לְדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ שִׁיעוּר אֶלָּא בֵּין פַּת לִשְׁאָר מִינֵי מַאֲכָל כְּגוֹן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה וְכוּבָא דְּאַרְעָא וּפַת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין הֵיכָא דְּלָא קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עֲלַייְהוּ וּפַת אֹורֶז וּפַת דֹּוחַן שֶׁאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לִפְנֵיהֶם הַמּוֹצִיא אַף עַל גַּב דִּלְעֵיל בְּרֵישׁ פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לָהּ) נָפְקָא לָן בְּרָכָה לְכַתְּחִלָּה ק"ו מִלִּבְסוֹף כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ כְּשֶׁהוּא רָעֵב לֹא כ"ש מ"מ לָא אָמְרִינַן דַּיּוֹ שֶׁלֹּא יְבָרֵךְ עַל מַשֶּׁהוּ שֶׁבַּתְּחִלָּה כְּמוֹ שֶׁאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְבַסּוֹף דְּלָאו קַל וָחֹומֶר גָּמוּר הוּא דְּמַה לְבַסּוֹף שֶׁכֵּן נֶהֱנֶה כְּבָר כִּדְאָמַר לְעֵיל תֵּדַע דִּבְרָכָה לְפָנָיו לָאו דְּאוֹרַיְיתָא הִיא דְּהָא תְּנַן לְעֵיל בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) בַּעַל קֶרִי מְבָרֵךְ עַל הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו. וְכֵן בְּפֶרֶק הָיָה קוֹרֵא (בְּרָכוֹת דַּף טז.) הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה אֵצֶל בעה"ב אוֹכְלִין פִּתָּן וְאֵין מְבָרְכִין לְפָנֶיהָ אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֶיהָ: מִי סָבְרַתְּ ר' יוֹחָנָן זַיִת קָטָן אָכַל זַיִת גָּדוֹל אָכַל וְכוּ'. וּבִירוּשַׁלְמִי מַיְיתֵי עֻובְדָּא אַחַרְיַנָא. רַבִּי יוֹחָנָן נְסַב זַיִת וּבֵירַךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וַהֲוָה ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא מִסְתַּכֵּל בֵּיהּ אָמַר מַאי הַדִּין בַּבְלָאָה מִסְתַּכֵּל לֵית לֵיהּ כָּל שֶׁהוּא מִמִּין ז' טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו. אִית לֵיהּ וּמַה צְרִיכָא לֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינִיתְיָהּ מְמַעֲטֵיהּ. וְלֵית לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינֵיתֶיהּ מְמַעֲטֶיהָ מֶה עֲבַד לֵיהּ ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם בְּרֵיהּ. מִלְּתֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן אֲמָרָהּ שֶׁכֵּן אִם אָכַל אַפֵּי' פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִמּוֹן שֶׁהוּא טָעוּן בְּרָכָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וְהַשְׁתָּא אִי הֲוָה עוּבְדָא דִּגְמָרָא דִּידַן הַהוּא עֻובְדָּא גּוּפָא דִּירוּשַׁלְמִי א"כ חוֹלֵק גְּמ' דִּידַן עַל הַיְרֻושַּׁל' וס"ל דְּאַפֵּי' בִּרְיָה בָּעֵי כַּזַּיִת וּגָמ' דִּידַן עִיקָּר. אֲבָל אֶפְשָׁר דִּשְׁנֵי מַעֲשִׂים הָווּ וְהַאי דִּירוּשַׁלְמִי הָוֵי זַיִת שָׁלֵם כְּשֶׁהוּבָא לְפָנָיו אע"ג שֶׁהִשְׁלִיךְ הַגַּרְעִינִים כֵּיוָן שֶׁהוּבָא לְפָנָיו שָׁלֵם וְנֶהֱנָה מִבְּרִיָּה שְׁלֵימָה מַה שֶׁדֶּרֶךְ לֶאֱכֹול מִמֶּנָּה יֵשׁ כָּאן שִׁיעוּר. אֲבָל הַאי עֻובְדָּא דִּגְמָרָא דִּידַן אֶפְשָׁר דְּהַאי זַיִת מָלִיחַ דְּהוּבָא לְפָנָיו בְּלֹא גַּרְעִין הָיָה כִּי הַהִיא דְּסוֹף אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מ:) גַּבֵּי זֵיתֵי גְּלוּסְקָא דְּקָתָנֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר הַשְּׁלָחִים אֲסוּרִים. הֵיכִי דָמֵי שְׁלָחִים. א"ר יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא כֹּל שֶׁאוֹחֵז בְּיָדוֹ וְגַרְעִינִיתוֹ נִשְׁמֶטֶת וּבְהַךְ זַיִת אַיְירֵי הָכָא הִלְכָּךְ לָא הָוֵי בִּרְיָה וִירֵא שָׁמַיִם יַחְמִיר שֶׁלֹּא יֹאכַל פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר לְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק וְיֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק עַל בִּרְכַּת בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת אִם צְרִיכָה שִׁיעוּר אִם לָאו דְּדִילְמָא דַּוְקָא בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ דִּכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ הוּא דְּבָעֵי שִׁיעוּר לְמַר בִּכְדֵי אֲכִילָה וּלְמַר בִּכְדֵי שְׂבִיעָה אֲבָל בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת לֹא בָּעֵי שִׁיעוּרָא וְהָא דְּפָרִיךְ הָכָא הֵיכִי בְּרִיךְ ר' יוֹחָנָן עַל זַיִת מָלִיחַ מִשּׁוּם דְּבָצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא אַלִּיבָּא דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא פָּרֵיךְ דְּאָמַר בְּמִילְּתֵיהּ קָאֵי וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ אוֹ דִּלְמָא לֹא נִתְקְנָה בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת שֶׁהִיא דְּרַבָּנָן אֶלָּא דֻּומְיָא דִּבְרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' שֶׁהִיא דְּאוֹרָיְיתָא וּמִדּר' צָדוֹק בְּפֶ' הַיָּשָׁן שֶׁנָּטַל פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו אֶלָּא לְפָנָיו אֵין רְאָיָה דִּילְמָא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לֹא בֵּירַךְ הָא בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת בֵּירַךְ וּמִתּוֹךְ דִּבְרֵי ר"י מַשְׁמַע שֶׁאִם אָכַל מז' מִינִים פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר שֶׁיְּבָרֵךְ אַחֲרָיו בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת וְלָא נְהִירָא לִי דְּמִסְתַּבֵּר דְּעַל מִין שֶׁרָאוּי לְבָרֵךְ עָלָיו מֵעֵין ג' בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן הַשִּׁיעוּר לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בְּרָכָה אַחֶרֶת וְכֵן מַשְׁמַע הַהִיא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁלֹּא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו כְּלָל דְּאִילּוּ בֵּירַךְ בְּרָכָה אַחֶרֶת הָיָה הַסֵּפֶר מְפָרֵשׁ אֵיזֶה בְּרָכָה בֵּירַךְ וְכֵן מָצָאתִי בְּשֵׁם הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל:
Rabbi Hiya bar Abba a dit : j'ai vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et réciter dessus une bénédiction au début et à la fin. Rabbi Yirmeya bar Abba dit à Rabbi Zeira : cette olive salée, dès lors qu'on lui a retiré son noyau, la mesure requise n'y est plus. C'est sur la bénédiction finale qu'il s'interroge ; mais pour la bénédiction initiale, on bénit sur la moindre quantité, car il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction. Ainsi a expliqué Rachi dans Souka, chapitre « Hayachen » (Souka 26b), à propos de l'épisode de Rabbi Tsadok, à qui l'on apporta moins qu'un kabeitsa : il le mangea hors de la souka et ne récita pas de bénédiction après, ce qui implique qu'il en avait bien récité une avant. Nous disons de même dans le Yerouchalmi de notre chapitre : tout ce sur quoi l'on récite les trois bénédictions, on dit avant lui « Hamotsi le'hem min haarets » ; tout ce sur quoi l'on ne récite pas les trois bénédictions, on ne dit pas avant lui « Hamotsi le'hem min haarets ». On a objecté : voici que sur moins d'un kazayit on ne récite pas les trois bénédictions — qu'on ne dise donc pas « Hamotsi » avant lui ! Rabbi Yaakov fils de Rabbi Aha a dit : c'est pour les autres espèces que cette règle était nécessaire. Explication : la distinction ne porte pas entre ce qui atteint la mesure et ce qui ne l'atteint pas, mais entre le pain et les autres espèces d'aliments, comme les plats de marmite, le kouba dear'a, le pain de kisnin lorsqu'on n'a pas fixé son repas dessus, le pain de riz et le pain de millet, sur lesquels on ne récite pas les trois bénédictions et devant lesquels on ne dit donc pas « Hamotsi ». Et bien que plus haut, au début du chapitre (Berakhot 35a), nous ayons tiré la bénédiction préliminaire d'un kal va-homer depuis la bénédiction finale — s'il bénit lorsqu'il est rassasié, à plus forte raison lorsqu'il a faim — nous ne disons pas pour autant « dayo », au point qu'il ne bénirait pas au début sur une quantité minime comme il ne bénit pas à la fin ; car ce n'est pas un kal va-homer complet, la fin se distinguant en ce qu'il a déjà tiré profit, comme il a été dit plus haut. Sache que la bénédiction préliminaire n'est pas de la Torah, puisque nous avons appris plus haut au chapitre « Mi chéméto » (Berakhot 20b) : celui qui a eu une pollution récite la bénédiction après le repas et ne la récite pas avant ; et de même au chapitre « Haya koré » (Berakhot 16a) : les ouvriers qui travaillaient chez un maître de maison mangent leur pain sans réciter de bénédiction avant, mais récitent la bénédiction après. « Penses-tu que Rabbi Yo'hanan a mangé une petite olive ? C'est une grosse olive qu'il a mangée », etc. Le Yerouchalmi rapporte un autre épisode : Rabbi Yo'hanan prit une olive et récita une bénédiction avant et après, et Rabbi Hiya bar Abba le regardait. Il dit : qu'a ce Babylonien à regarder ainsi ? Ne tient-il pas que tout ce qui est des sept espèces exige une bénédiction avant et après ? Il le tient. Pourquoi alors s'interroge-t-il ? Parce que le noyau en diminue la quantité. Et Rabbi Yo'hanan ne tient-il pas que le noyau en diminue la quantité ? Comment donc a-t-il fait ? À cause de la beria (l'unité entière). La parole de Rabbi Yo'hanan enseigne donc que celui qui a mangé même un seul grain de raisin ou un seul grain de grenade doit réciter une bénédiction avant et après. Or si l'épisode de notre guemara était celui-là même du Yerouchalmi, notre guemara serait en désaccord avec le Yerouchalmi et tiendrait que même une beria exige un kazayit, et notre guemara ferait autorité. Mais il est possible qu'il y ait eu deux épisodes : celui du Yerouchalmi portait sur une olive entière lorsqu'elle fut placée devant lui ; bien qu'il en ait jeté le noyau, puisqu'elle lui a été apportée entière et qu'il a joui d'une unité entière, de ce qu'on a coutume d'en manger, la mesure y est. Tandis que dans l'épisode de notre guemara, il est possible que cette olive salée lui ait été apportée sans noyau, comme dans le passage de la fin de « Ein maamidin » (Avoda Zara 40b) à propos des olives glouska, où il est enseigné : Rabbi Yossi dit : les chelahim sont interdites. Qu'est-ce que les chelahim ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : toute olive que l'on tient dans la main et dont le noyau se détache. C'est de cette olive-là qu'il s'agit ici, et elle n'est donc pas une beria. Aussi celui qui craint le Ciel sera-t-il rigoureux et ne mangera pas moins que la mesure, afin de sortir du doute. Il y a lieu de s'interroger au sujet de la bénédiction « Boré nefachot » : exige-t-elle une mesure ou non ? Peut-être seule la bénédiction « mééin chaloch », au sujet de laquelle il est écrit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras », exige une mesure — pour l'un la mesure d'une consommation, pour l'autre la mesure d'une satiété — tandis que « Boré nefachot » n'exigerait pas de mesure. Et l'objection posée ici, comment Rabbi Yo'hanan a-t-il bénit sur une olive salée alors que la mesure n'y est pas, est posée selon Rabbi Hiya bar Abba, qui maintient sa position et tient qu'il faut réciter dessus une bénédiction unique abrégeant les trois. Ou bien peut-être « Boré nefachot », qui est d'institution rabbinique, n'a-t-elle été instituée qu'à l'image de la bénédiction unique abrégeant les trois, qui est de la Torah. Quant à l'épisode de Rabbi Tsadok au chapitre « Hayachen », qui prit moins qu'un kabeitsa et ne récita pas de bénédiction après mais seulement avant, on n'en tire aucune preuve : peut-être n'a-t-il pas récité le birkat hamazon, mais a bien récité « Boré nefachot ». Des paroles du Ri il ressort que celui qui a mangé des sept espèces moins que la mesure récite après « Boré nefachot » ; cela ne me paraît pas juste, car il est logique que sur une espèce qui mérite la bénédiction « mééin chaloch », le défaut de mesure n'appelle pas une autre bénédiction. Cela ressort aussi de l'épisode de Rabbi Tsadok, qui ne récita après aucune bénédiction : s'il en avait récité une autre, le texte aurait précisé laquelle. Ainsi l'ai-je trouvé au nom de notre maître Rabbi Yona, de mémoire bénie.
💡 Explication

Cette baraita confirme le partage précédent, et pousse l'abrègement jusqu'au birkat hamazon. Le tri se fait sur l'origine de l'obligation : la bénédiction avant le pain est d'institution rabbinique et tombe ; celles d'après sont de la Torah, tirées de « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras », et se maintiennent, en fondant la deuxième et la troisième, proches par leur objet.

Tossefot souligne la portée de la mesure : les Sages exercent ici leur pouvoir de déraciner une obligation de la Torah, parce que les ouvriers sont accaparés par le travail d'autrui.

🖼️ Schéma
Le birkat hamazon de l'ouvrier salarié Avant le pain Supprimée (rabbinique) 1. Hazan et haméfarnès Dite selon sa règle 2. Bénédiction de la terre Ouverture, puis Bâtisseur de Jérusalem incluse dedans Trois bénédictions de la Torah ramenées à deux Birkat hazan Birkat haarets Bonéi Yerouchalayim Les deux dernières sont dites en une seule, parce que leur objet se ressemble.
Ce qui tombe, ce qui reste, ce qui fusionne dans le birkat hamazon abrégé.
19
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּעוֹשִׂין בִּשְׂכָרָן, אֲבָל עוֹשִׂין בִּסְעוּדָתָן אוֹ שֶׁהָיָה בַּעַל הַבַּיִת מֵיסֵב עִמָּהֶן — מְבָרְכִין כְּתִיקּוּנָהּ.

Dans quel cas cela vaut-il ? Pour ceux qui travaillent pour leur salaire.

Mais ceux qui travaillent pour leur repas, ou si le maître de maison était attablé avec eux — ils bénissent selon la règle.

📜 Rachi (1)
אֲבָל עוֹשִׂין בִּסְעֻודָּתָן בִּשְׁבִיל הָאֲכִילָה לְבַדָּהּ מִתְפַּלְּלִין י"ח:
Pour la seule nourriture : ils prient les dix-huit.
💡 Explication

Clôture du partage. Un troisième cas s'y ajoute : lorsque le maître de maison mange avec eux, la durée du repas devient la sienne, et rien ne justifie plus d'abréger.

20
חָתָן פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע. תָּנוּ רַבָּנַן: ״בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתְךָ״ — פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה. ״וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ״ — פְּרָט לְחָתָן. מִכָּאן אָמְרוּ: הַכּוֹנֵס אֶת הַבְּתוּלָה — פָּטוּר, וְאֶת הָאַלְמָנָה — חַיָּיב.

« Le marié est dispensé de la lecture du Chema. » Nos maîtres ont enseigné : « quand tu es assis dans ta maison » — à l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva ; « et quand tu vas sur le chemin » — à l'exclusion du marié. De là ils ont dit : celui qui épouse une vierge est dispensé, celui qui épouse une veuve est tenu.

📜 Rachi (1)
בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה כְּבָר פֵּירַשְׁתִּיהָ בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן (דַּף יא.):
Je l'ai déjà expliqué au premier chapitre (11a).
💡 Explication

La baraita fonde les deux dispenses sur les deux membres du même verset. La règle générale — osek bemitzva patour min hamitzva, celui qui est occupé à une mitsva est dispensé d'une autre — sort du premier membre ; le cas particulier du marié sort du second.

La distinction entre la vierge et la veuve tient au degré de préoccupation : c'est le souci de la consommation du mariage qui empêche l'attention.

21
מַאי מַשְׁמַע? אָמַר רַב פָּפָּא: כִּי דֶּרֶךְ. מַה דֶּרֶךְ רְשׁוּת, אַף הָכָא נָמֵי רְשׁוּת.

D'où cela s'entend-il ? Rav Papa dit : « comme le chemin » — de même que le chemin relève du facultatif, de même ici il s'agit du facultatif.

💡 Explication

La question porte sur le procédé : comment le mot « chemin » exclut-il le marié. Rav Papa lit le verset comme une définition du cas visé : l'obligation de lire est énoncée pour celui qui vaque à ses affaires, donc à une occupation reshout (facultative).

22
מִי לָא עָסְקִינַן דְּקָאֲזִיל לִדְבַר מִצְוָה, וַאֲפִילּוּ הָכִי אָמַר רַחֲמָנָא: לִיקְרֵי.

Ne traitons-nous pas aussi du cas où il va pour une affaire de mitsva ? Et pourtant la Torah a dit de lire !

💡 Explication

Objection contre Rav Papa : le mot « chemin » couvre tous les déplacements, y compris ceux qu'une mitsva commande ; le verset obligerait donc précisément celui que l'on voulait dispenser.

23
אִם כֵּן, לֵימָא קְרָא ״בְּלֶכֶת״, מַאי ״בְּלֶכְתְּךָ״ — שְׁמַע מִינָּה: בְּלֶכֶת דִּידָךְ הוּא דִּמְחַיֶּיבֶת, הָא דְּמִצְוָה — פְּטִירַת.

Si c'était le cas, que le verset dise « quand on va » ; que vient dire « quand tu vas » ? Apprends-en que c'est dans ton propre aller que tu es tenu, tandis que dans celui d'une mitsva tu es dispensé.

💡 Explication

Réponse par la forme du mot. Le verset aurait pu employer l'infinitif impersonnel belékhet, « quand on va » ; il écrit belékhtekha, « quand tu vas », avec le suffixe possessif. Ce suffixe restreint l'obligation aux déplacements qui sont les siens propres.

🖼️ Schéma
Un suffixe qui décide de la dispense Formulation possible : belékhet Quand on va, sans précision du sujet. Tout déplacement obligerait, mitsva comprise. Formulation du verset : belékhtekha Quand toi tu vas, pour tes propres affaires. L'aller commandé par une mitsva sort du cadre. Conséquence Celui qui chemine pour lui-même lit le Chema ; celui qui chemine pour une mitsva en est dispensé.
La dispense tient à la forme suffixée du verbe, non à la nature du chemin.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).