Berakhot 16b — Le trouble de mitsva, le deuil de Rabban Gamliel, le statut du serviteur à sa mort, et les prières personnelles des maîtres après la Amida

Berakhot 16b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la discussion consacrée au marié exempt du Chema : la Guemara essaie de fonder l'exemption tantôt sur la mitsva, tantôt sur le trouble de l'esprit (tirda), et conclut en distinguant un trouble de reshout (acte facultatif), qui ne dispense pas, d'un trouble de mitsva, qui dispense. Vient ensuite la michna sur Rabban Gamliel, qui s'est lavé la première nuit de son deuil parce qu'il est istenis, et qui a accepté des condoléances à la mort de son serviteur Tavi.

La Guemara en tire un dossier complet sur le statut du serviteur à sa mort : rangée de consolation, bénédiction des endeuillés, éloge funèbre, titre de « père untel », et la formule qu'on adresse au maître. Une baraita voisine fixe à trois les pères et à quatre les mères.

Le folio s'achève sur une suite de prières personnelles que sept maîtres ajoutaient après la Amida.

Pourquoi le marié est exempt du Chema : le circuit de la sougya Michna : celui qui épouse une vierge est exempt de la lecture du Chema la première nuit ; celui qui épouse une veuve y est tenu. Objection 1 (segment 1 du folio) Si la raison est la mitsva du mariage, épouser une veuve est aussi une mitsva : pourquoi parler précisément de la vierge ? Réponse 1 La raison est le trouble de l'esprit (tirda) : ici il est troublé (vierge), et là il ne l'est pas (veuve). Objection 2 Si le trouble suffit à dispenser, celui dont le bateau a coulé serait exempt. Or Rav : l'endeuillé est tenu à toutes les mitsvot, hormis les tefilin (verset : peer, splendeur). Réponse 2 : deux sortes de trouble Trouble de reshout (endeuillé, naufrage) = ne dispense pas. Trouble de mitsva (le marié) = dispense. Conclusion : la dispense tient au trouble, mais seulement lorsque ce trouble vient de la mitsva elle-même.
Le va-et-vient entre mitsva et trouble, jusqu'à la distinction finale entre trouble de reshout et trouble de mitsva.
À la mort d'un serviteur : ce que la halakha retire et ce qu'elle laisse On ne fait pas - se tenir en rangée (choura) de consolation - réciter la bénédiction des endeuillés - adresser les paroles de consolation - prononcer un éloge funèbre (hesped) - les appeler père untel, mère unetelle Tossefot : de peur qu'on ne les fasse monter au rang de la généalogie (yohassin). On dit seulement Que le Lieu comble ta perte. La même formule que pour un bœuf ou un âne qui sont morts : le lien est de l'ordre du bien possédé. Ben Ich Haï : c'est une formule de prière ; on peut la dire même hors de sa présence. Les deux écarts du folio Rabbi Eliezer : ses élèves viennent le consoler pour sa servante ; il se dérobe trois fois, puis leur rappelle la halakha en clair. Rabban Gamliel : il accepte des condoléances pour Tavi, et ses serviteurs reçoivent le titre de père untel. Le principe qui autorise l'écart La Guemara demande : un fait rapporté pour contredire la baraita ? Réponse : parce qu'ils étaient importants. Rabbi Yossi admet de même un éloge pour le serviteur kacher ; on lui objecte : qu'as-tu laissé pour les hommes droits ?
La règle générale sur les serviteurs, la formule qui subsiste, et les deux cas où la valeur personnelle déplace la règle.
Les prières personnelles ajoutées après la Amida Chaque maître prolonge la Amida par une demande qui lui est propre. Le folio les aligne dans cet ordre. Rabbi Elazar La maison : amour, fraternité, paix, amitié. Des élèves. Le jardin d'Éden, un bon compagnon, la crainte du Nom. Rabbi Yo'hanan Que Hachem regarde notre honte et notre malheur, et se revête de miséricorde, de puissance et de grâce. Rabbi Zera Ne pas fauter, n'avoir ni honte ni confusion devant nos pères. Rabbi Hiya Que la Tora soit notre métier. Que le cœur ne défaille pas, que les yeux ne s'éteignent pas. Rav Onze demandes de vie : longue, de paix, de bien, de bénédiction, de subsistance, de crainte de la faute... Rabbi Être sauvé des effrontés, du mauvais penchant, du mauvais voisin et de l'adversaire dur en justice. Rav Safra Que Tu établisses la paix... — la phrase reste ouverte : la suite se lit au folio 17a. Rabbi Elazar rattache d'abord la lecture du Chema et la Amida à un seul verset : « ainsi je Te bénirai durant ma vie, en Ton nom je lèverai mes paumes » ; la suite d'oraisons personnelles se greffe sur cette lecture.
Les sept prières personnelles du folio, du service de la maison de Rabbi Elazar jusqu'à la demande de paix de Rav Safra.
1
אִי הָכִי מַאי אִירְיָא הַכּוֹנֵס אֶת הַבְּתוּלָה? אֲפִילּוּ כּוֹנֵס אֶת הָאַלְמָנָה נָמֵי.

Si c'est ainsi, pourquoi parler précisément de celui qui épouse une vierge ? Même celui qui épouse une veuve devrait être exempt lui aussi.

🗂️ Tossefot (1)
אִי הָכִי מַאי אִירְיָא בְּתוּלָה אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא דְּטַעְמָא מִשּׁוּם טִרְדָּא שַׁפִּיר אֶלָּא מֵאַחַר שֶׁהוּא תּוֹלֶה הַטַּעַם בְּמִצְוָה אַלְמָנָה נָמֵי:
Si tu disais que la raison tient au trouble de l'esprit (tirda), on comprendrait la distinction ; mais dès lors qu'il rattache la raison à la mitsva, la veuve aussi devrait exempter.
💡 Explication

Suite directe du folio précédent. La michna exempte du Chema celui qui épouse une vierge, et l'explication retenue rattachait cette exemption à la mitsva du mariage. La Guemara pousse cette explication à bout : épouser une veuve est aussi une mitsva, et l'exemption devrait donc s'étendre à lui.

2
הָכָא — טְרִיד, וְהָכָא — לָא טְרִיד.

Ici il est troublé, et ici il n'est pas troublé.

💡 Explication

Réponse brève : la distinction ne tient plus au fait qu'il y ait mitsva ou non, mais au degré de trouble de l'esprit. Celui qui épouse une vierge est préoccupé par l'inquiétude de la première nuit ; celui qui épouse une veuve ne l'est pas. Le mot clé est tirda : l'esprit occupé ailleurs, incapable de la kavana requise pour l'acceptation du joug de la royauté du Ciel.

3
אִי מִשּׁוּם טִרְדָּא, אֲפִילּוּ טָבְעָה סְפִינָתוֹ בַּיָּם נָמֵי, אַלְּמָה אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: אָבֵל חַיָּיב בְּכָל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה, חוּץ מִן הַתְּפִילִּין שֶׁהֲרֵי נֶאֱמַר בָּהֶן ״פְּאֵר״, שֶׁנֶּאֱמַר ״פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ וְגוֹ׳״!

Si c'est à cause du trouble, alors même celui dont le bateau a coulé en mer devrait être exempt ! Pourquoi donc Rabbi Abba bar Zavda a-t-il dit au nom de Rav : l'endeuillé est tenu à toutes les mitsvot énoncées dans la Tora, hormis les tefilin, puisqu'il y est dit « splendeur » (peer), ainsi qu'il est dit : « ta splendeur, ceins-la sur toi... » (Ezechiel 24, 17) !

💡 Explication

Objection de fond : si le trouble suffit à dispenser, la dispense déborde de toutes parts. Celui qui vient de perdre ses biens en mer est troublé, l'endeuillé est troublé. Or Rav enseigne que l'endeuillé reste tenu à toutes les mitsvot, y compris la lecture du Chema, et n'est dispensé que des tefilin — pour une raison propre, tirée du mot peer (splendeur) employé à leur sujet chez Ezechiel, qui ne s'accorde pas avec l'état d'un endeuillé.

4
אָמְרִי הָתָם טִרְדָּא דִּרְשׁוּת הָכָא טִרְדָּא דְמִצְוָה.

Ils dirent : là-bas, il s'agit d'un trouble de reshout (acte facultatif) ; ici, il s'agit d'un trouble de mitsva.

💡 Explication

Conclusion de la sougya. Le critère retenu combine les deux explications : le trouble dispense, mais seulement lorsqu'il naît de la mitsva elle-même. Le naufrage et le deuil sont des troubles de reshout, extérieurs à toute obligation ; l'inquiétude du marié est un trouble de mitsva, produit par l'accomplissement en cours. Celui qui est occupé par une mitsva est dispensé d'une autre mitsva.

5
מַתְנֵי׳ רָחַץ לַיְלָה הָרִאשׁוֹן שֶׁמֵּתָה אִשְׁתּוֹ. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ שֶׁאָבֵל אָסוּר לִרְחוֹץ? אָמַר לָהֶם אֵינִי כִּשְׁאָר בְּנֵי אָדָם, אִסְטְנִיס אֲנִי.

MICHNA. Il se lava la première nuit qui suivit la mort de sa femme.

Ses élèves lui dirent : ne nous as-tu pas enseigné, notre maître, que l'endeuillé a interdiction de se laver ? Il leur dit : je ne suis pas comme les autres hommes, je suis istenis (d'une sensibilité délicate).

📜 Rachi (1)
רָחַץ לַיְלָה הָרִאשׁוֹן שֶׁמֵּתָה אִשְׁתּוֹ וְנִקְבְּרָה בּוֹ בַּיּוֹם ואע"פ שֶׁאָבֵל אָסוּר בִּרְחִיצָה הוּא רָחַץ כִּדְאָמַר טַעְמָא אִסְטְנִיס אֲנִי וְהוּא אָדָם מְעֻונָּג וּמְפֻונָּק:
Et elle fut enterrée le jour même. Bien que l'endeuillé ait interdiction de se laver, lui s'est lavé, comme il en a donné la raison : « je suis istenis » — un homme délicat et sensible.
🗂️ Tossefot (1)
אִסְטְנִיס אֲנִי וְאִיכָּא צַעַר אִם לֹא הָיָה רוֹחֵץ דְּאֵינוֹ אָסוּר לִרְחֹוץ בִּימֵי אֶבְלוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם תַּעֲנוּג וְגַם לְחוֹף רֹאשׁוֹ אִי אִית לֵיהּ עִרְבּוּבְיָא בְּרֵישֵׁיהּ שָׁרִי אַפֵּי' תּוֹךְ שִׁבְעָה וְכֵן הִתִּיר רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל לְיוֹלֶדֶת אֲבֵלָה לִרְחֹוץ תּוֹךְ שִׁבְעָה וְלִרְחֹוץ נָמֵי בְּתִשְׁעָה בְּאָב וְכֵן מַשְׁמַע נָמֵי בְּמַס' יוֹמָא (ד' עז:) מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֲטָטִין בְּרֹאשׁוֹ סָךְ כְּדַרְכּוֹ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ אע"ג דְּסִיכָה כִּשְׁתִיָּה ביוה"כ וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי אֲבָל אָסוּר בִּרְחִיצָה הָדָא דְּתֵימָא בִּרְחִיצָה שֶׁל תַּעֲנוּג אֲבָל בִּרְחִיצָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל תַּעֲנוּג מֻותָּר כְּהָדָא דְּאִיתְּמַר מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֲטָטִין בְּרֵישֵׁיהּ וְכוּ':
Et il y a souffrance s'il ne se lavait pas ; car il n'est interdit de se laver pendant les jours de deuil qu'à titre de plaisir. De même, se laver la tête lorsqu'on l'a sale est permis, même dans les sept jours ; ainsi Rabbenou Chmouel a-t-il permis à une accouchée endeuillée de se laver dans les sept jours, et de se laver également le neuf av. C'est ce qui ressort aussi du traité Yoma (77b) : celui qui a des croûtes sur la tête s'enduit à son habitude le jour de Kipour et n'a pas à s'en soucier, bien que l'onction soit assimilée à la boisson à Kipour. C'est ce qui ressort aussi du Yerouchalmi : « l'endeuillé a interdiction de se laver » — cela vise le lavage de plaisir, mais un lavage qui n'est pas de plaisir est permis, comme il a été dit : celui qui a des croûtes sur la tête, etc.
💡 Explication

Nouvelle michna. Rabban Gamliel s'écarte deux fois de ce qu'il a lui-même enseigné, et ses élèves relèvent chaque fois l'écart. Ici, il se lave la nuit qui suit le décès de sa femme, alors que l'endeuillé a interdiction de se laver. Sa réponse pose un principe de portée générale : l'interdit de se laver vise le plaisir, et celui qui souffre réellement de la privation n'y est pas tenu.

6
וּכְשֶׁמֵּת טָבִי עַבְדּוֹ קִבֵּל עָלָיו תַּנְחוּמִין. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ שֶׁאֵין מְקַבְּלִין תַּנְחוּמִין עַל הָעֲבָדִים? אָמַר לָהֶם: אֵין טָבִי עַבְדִּי כִּשְׁאָר כָּל הָעֲבָדִים, כָּשֵׁר הָיָה.

Et lorsque mourut Tavi son serviteur, il accepta pour lui des condoléances. Ses élèves lui dirent : ne nous as-tu pas enseigné, notre maître, qu'on n'accepte pas de condoléances pour les serviteurs ?

Il leur dit : Tavi mon serviteur n'est pas comme tous les autres serviteurs, il était kacher (droit et vertueux).

💡 Explication

Deuxième écart. La règle veut qu'on n'accepte pas de condoléances pour un serviteur, le lien avec le maître relevant du bien possédé plutôt que de la parenté. Rabban Gamliel invoque la valeur personnelle de Tavi. Ce sont ces deux lignes que la Guemara développera longuement : la règle d'abord, puis les cas où la qualité de l'homme déplace la règle.

7
חָתָן אִם רוֹצֶה לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע לַיְלָה הָרִאשׁוֹן — קוֹרֵא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לֹא כָּל הָרוֹצֶה לִיטֹּול אֶת הַשֵּׁם, יִטֹּול.

Le marié, s'il veut lire le Chema la première nuit, il le lit. Rabban Chimon ben Gamliel dit : il ne suffit pas de vouloir prendre le Nom pour le prendre.

📜 Rachi (1)
לֹא כָּל הָרוֹצֶה וְכוּ' אִם לֹא הֻוחְזַק חָכָם וְחָסִיד לָרַבִּים אֵין זֶה אֶלָּא גַּאֲוָה שֶׁמַּרְאֶה בְּעַצְמוֹ שֶׁיָּכוֹל לְכַוֵּין לִבּוֹ:
S'il n'a pas la réputation établie de sage et d'homme pieux aux yeux du public, il n'y a là qu'orgueil : il montre de lui-même qu'il serait capable de diriger son cœur.
💡 Explication

Retour au marié. Le premier avis lui laisse la faculté de lire le Chema malgré sa dispense. Rabban Chimon ben Gamliel s'y oppose : se conduire en homme capable de kavana au milieu de son trouble revient à s'attribuer une réputation de piété. L'expression « prendre le Nom » désigne ici le renom de celui qui craint le Ciel.

8
גְּמ׳ מַאי טַעְמָא דְּרַבָּן (שִׁמְעוֹן בֶּן) גַּמְלִיאֵל? קָסָבַר: אֲנִינוּת לַיְלָה — דְּרַבָּנָן, דִּכְתִיב: ״וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מַר״. וּבִמְקוֹם אִיסְטְנִיס לָא גְזַרוּ בֵּיהּ רַבָּנָן.

GUEMARA. Quelle est la raison de Rabban Gamliel ?

Il tient que l'aninout de la nuit est de rang rabbinique, car il est écrit : « et sa fin sera comme un jour amer » (Amos 8, 10). Et là où il s'agit d'un istenis, les Sages n'ont pas décrété.

📜 Rachi (1)
גמ' קָסָבַר אֲנִינוּת לַיְלָה דְּרַבָּנַן ואע"פ שֶׁהָיָה לֵיל יוֹם הַמִּיתָה וּכְתִיבָא אֲנִינוּת בְּאוֹרָיְיתָא דִּכְתִיב לֹא אָכַלְתִּי בְאֹונִי מִמֶּנּוּ (דְּבָרִים כ״ו:י״ד) וּפָחוֹת מִיּוֹם אֶחָד אֵינוֹ אֲנִינוּת דְּיָלְפִי רַבָּנָן מִוְּאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מַר קָסָבַר ר"ג אֵין לַיְלָה שֶׁל אַחֲרָיו עִם הַיּוֹם אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן הוּא כִּשְׁאָר יְמֵי הָאֵבֶל וְגַבֵּי אִסְטְנִיס לָא גְזוּר בָּהּ רַבָּנָן פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּתַנָּאֵי הִיא בִּזְבָחִים (ד' צט:) בַּאֲנִינוּת לַיְלָה אִי מִדְּאוֹרַיְיתָּא אִי מִדְּרַבָּנָן:
Bien qu'il se soit agi de la nuit du jour du décès, et que l'aninout soit écrite dans la Tora — « je n'en ai pas mangé dans mon aninout » (Deutéronome 26, 14) — et que moins d'un jour ne constitue pas une aninout, les Sages le tirant de « et sa fin sera comme un jour amer », Rabban Gamliel tient que la nuit qui suit le jour n'est pas jointe à lui par la Tora, mais relève du rang rabbinique, comme les autres jours du deuil ; et pour l'istenis les Sages n'ont pas décrété. C'est une controverse de tanaim dans Zevahim (99b) : l'aninout de la nuit est-elle de rang toranique ou rabbinique.
🗂️ Tossefot (1)
אֲנִינוּת לַיְלָה דְּרַבָּנָן וא"ת וַהֲרֵי אוֹנֵן נָמֵי אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בְּמַעֲשֵׂר אֲבָל לְעִנְיַן רְחִיצָה דַּאֲבֵילוּת דְּרַבָּנַן הוּא וא"כ לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ דַּאֲנִינוּת לַיְלָה דְּאוֹרָיְיתָא הָוֵי גַּבֵּי מַעֲשֵׂר. וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאִי אִיתָא דְּהָוֵי דְּאוֹרָייְתָא גַּבֵּי מַעֲשֵׂר. גַּבֵּי שְׁאָר דְּבָרִים דְּרַבָּנָן נָמֵי הֲוָה לָן לְמִגְזַר דְּכָל דְּתַקּוּן רַבָּנַן כְּעֵין דְּאוֹרָיְיתָא תַּקּוּן:
Et si tu demandes : l'onen lui-même n'observe de règle toranique qu'à propos du maasser (dîme), tandis que pour ce qui est du lavage, cela relève du deuil, qui est de rang rabbinique ; dès lors je pourrais toujours te dire que l'aninout de la nuit est de rang toranique quant au maasser. Il faut répondre : s'il était vrai qu'elle soit de rang toranique quant au maasser, il aurait fallu décréter aussi pour les autres choses de rang rabbinique, car tout ce que les Sages ont institué, ils l'ont institué à l'image de la loi toranique.
💡 Explication

La Guemara justifie le premier écart de Rabban Gamliel. L'aninout est l'état de l'endeuillé entre le décès et l'enterrement, ou le jour même du décès ; le verset d'Amos, en la comparant à « un jour amer », la limite au jour. La nuit qui suit relève donc d'un décret des Sages, et un décret rabbinique ne s'applique pas à celui qui en souffrirait réellement, l'istenis.

9
וּכְשֶׁמֵּת טָבִי עַבְדּוֹ וְכוּ׳.

« Et lorsque mourut Tavi son serviteur, etc. »

10
תָּנוּ רַבָּנַן: עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת אֵין עוֹמְדִין עֲלֵיהֶם בְּשׁוּרָה, וְאֵין אוֹמְרִים עֲלֵיהֶם בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְתַנְחוּמֵי אֲבֵלִים.

Nos maîtres ont enseigné : pour les serviteurs et les servantes, on ne se tient pas en rangée (choura) autour du maître, et on ne récite pas pour eux la bénédiction des endeuillés (birkat avelim) ni les paroles de consolation des endeuillés (tanhoumé avelim).

📜 Rachi (2)
אֵין עוֹמְדִין עֲלֵיהֶם בְּשׁוּרָה כְּשֶׁחוֹזְרִים מִבֵּית הַקְּבָרוֹת הָיוּ עוֹשִׂים שׁוּרוֹת סְבִיב הָאָבֵל וּמְנַחֲמִין אוֹתוֹ וְאֵין שׁוּרָה פְּחוּתָה מֵעֲשָׂרָה:
Au retour du cimetière, on formait des rangées autour de l'endeuillé et on le consolait ; et une rangée ne compte pas moins de dix personnes.
בִּרְכַּת אֲבֵלִים בִּרְכַּת רְחָבָה שֶׁמַּבְרִין אוֹתוֹ סְעוּדָה רִאשׁוֹנָה מִשֶּׁל אֲחֵרִים וּמְבָרְכִין שָׁם בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְהִיא מְפֹורֶשֶׁת בִּכְתֻובּוֹת פֶּרֶק רִאשׁוֹן (ד' ח.):
La bénédiction de la place publique (rehava) : on lui sert le premier repas aux frais d'autrui, et l'on y récite la bénédiction des endeuillés ; elle est détaillée dans Ketoubot, premier chapitre (8a).
🗂️ Tossefot (1)
אֵין עוֹמְדִין עֲלֵיהֶם בְּשׁוּרָה דִּילְמָא אָתֵי לְאַסּוֹקֵי לְיוּחֲסִין:
De peur qu'on n'en vienne à les faire monter au rang de la généalogie (yohassin).
💡 Explication

La baraita fixe la règle dont Rabban Gamliel s'est écarté. Les trois usages nommés sont les marques publiques du deuil : la choura, rangée d'au moins dix personnes formée au retour du cimetière ; la birkat avelim, récitée au premier repas offert à l'endeuillé ; et les paroles de consolation. Aucune ne s'applique à la mort d'un serviteur.

11
מַעֲשֶׂה וּמֵתָה שִׁפְחָתוֹ שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. נִכְנְסוּ תַּלְמִידָיו לְנַחֲמוֹ. כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹתָם עָלָה לָעֲלִייָּה, וְעָלוּ אַחֲרָיו. נִכְנַס לָאַנְפִּילוֹן, נִכְנְסוּ אַחֲרָיו. נִכְנַס לַטְּרַקְלִין, נִכְנְסוּ אַחֲרָיו. אָמַר לָהֶם: כִּמְדֻומֶּה אֲנִי שֶׁאַתֶּם נִכְוִים בְּפוֹשְׁרִים, עַכְשָׁיו אִי אַתֶּם נִכְוִים אֲפִילּוּ בְּחַמֵּי חַמִּין, לֹא כָּךְ שָׁנִיתִי לָכֶם: עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת אֵין עוֹמְדִים עֲלֵיהֶם בְּשׁוּרָה, וְאֵין אוֹמְרִים עֲלֵיהֶם בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְלֹא תַּנְחוּמֵי אֲבֵלִים? אֶלָּא מָה אוֹמְרִים עֲלֵיהֶם? — כְּשֵׁם שֶׁאוֹמְרִים לוֹ לְאָדָם עַל שׁוֹרוֹ וְעַל חֲמוֹרוֹ שֶׁמֵּתוּ — ״הַמָּקוֹם יְמַלֵּא לְךָ חֶסְרוֹנְךָ״, כָּךְ אוֹמְרִים לוֹ עַל עַבְדּוֹ וְעַל שִׁפְחָתוֹ ״הַמָּקוֹם יְמַלֵּא לְךָ חֶסְרוֹנְךָ״.

Il arriva que la servante de Rabbi Eliezer mourut. Ses élèves entrèrent le consoler.

Dès qu'il les vit, il monta à l'étage, et ils montèrent après lui. Il entra dans l'anpilon (vestibule), ils entrèrent après lui.

Il entra dans le teraklin (grande salle), ils entrèrent après lui. Il leur dit : je pensais que vous vous brûlez à l'eau tiède ; voici que vous ne vous brûlez même pas à l'eau bouillante.

Ne vous ai-je pas enseigné ainsi : pour les serviteurs et les servantes, on ne se tient pas en rangée autour d'eux, et on ne récite pas pour eux la bénédiction des endeuillés ni les paroles de consolation des endeuillés ? Alors que dit-on a leur sujet ?

De même qu'on dit à un homme, au sujet de son bœuf ou de son âne qui sont morts : « que le Lieu comble ta perte », ainsi lui dit-on au sujet de son serviteur ou de sa servante : « que le Lieu comble ta perte ».

📜 Rachi (2)
לָאַנְפִּילוֹן בַּיִת קָטָן שֶׁלִּפְנֵי טְרַקְלִין הַגָּדוֹל:
Une petite pièce qui précède la grande salle (teraklin).
נִכְוִים בְּפוֹשְׁרִים כְּלוֹמַר סָבוּר הָיִיתִי שֶׁתָּבִינוּ דָּבָר בְּרֶמֶז מוּעָט שֶׁרְאִיתֶם אוֹתִי סָר מֵעֲלֵיכֶם לִיכָּנֵס לָאַנְפִּילוֹן:
C'est-à-dire : je pensais que vous comprendriez la chose à une allusion légère, en me voyant m'écarter de vous pour entrer dans l'anpilon.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמַר לָהֶם: כִּמְדַמֶּה אֲנִי שֶׁאַתֶּם נְכַוֵּין בְּפוֹשְׁרִין, עַכְשָׁיו אִי אַתֶּם נְכַוֵּין אֲפִלּוּ בְּחַמֵּי חַמִּין. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וְהַנָּא מֵעִיקָּרָא כְּשֶׁרָאָה שֶׁנִּכְנְסוּ לְבֵיתוֹ לְנַחֲמוֹ, יָדַע שֶׁשָּׁכְחוּ הַהֲלָכָה וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר תֵּיכֶף, לֹא כָּךְ שָׁנִיתִי לָכֶם, וְלָמָּה עָלָה בִּשְׁתִיקָה לְהִשָּׁמֵט מֵהֶם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי רָצָה שֶׁהֵם מֵעַצְמָם יִזְכְּרוּ הַהֲלָכָה עַל יְדֵי שֶׁיִּרְאוּ שֶׁהוּא נִשְׁמָט מֵהֶם, וְלָכֵן בְּהַשְׁמָטָה הָרִאשׁוֹנָה קָרֵי לָהּ פּוֹשְׁרִין, וְלַשְּׁנִיָּה קָרֵי לָהּ חַמִּין כֵּיוָן דַּחֲזוּ תְּרֵי, וְלַשְּׁלִישִׁית קַרְיֵהּ לָהּ חַמֵּי חַמִּין, כֵּיוָן דַּחֲזוּ תְּלָת הַשְּׁמִטּוֹת צְרִיכִין לְהַרְגִּישׁ לֹא עַל חִנָּם עָשָׂה כָּךְ לִדְחוֹתָם מֵעָלָיו, וְאָז יִזְכְּרוּ הַהֲלָכָה, וְעִם כָּל זֶה, לֹא זָכְרוּ, וְאָז אָמַר כֵּיוָן שֶׁנִּשְׁתַּכְּחָה מֵהֶם כָּל כָּךְ, אֵין עוֹד תִּקְוָה לַעֲשׂוֹת הַמְצָאָה שֶׁיִּזְכְּרוּ אוֹתָהּ, וְהֻוכְרַח לוֹמַר לָהֶם בְּפֵירוּשׁ.
« Il leur dit : je pensais que vous vous brûlez à l'eau tiède ; voici que vous ne vous brûlez même pas à l'eau bouillante. » On peut demander : dès le début, quand il vit qu'ils étaient entrés chez lui pour le consoler, il savait qu'ils avaient oublié la halakha, et il aurait dû leur dire aussitôt « ne vous ai-je pas enseigné ainsi ? » ; pourquoi est-il monté en silence pour se dérober à eux ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il voulait qu'ils se rappellent d'eux-mêmes la halakha en le voyant se dérober. C'est pourquoi il a appelé la première dérobade « eau tiède » ; la deuxième, « eau chaude », puisqu'ils en avaient vu deux ; et la troisième, « eau bouillante », puisqu'après trois dérobades ils devaient sentir qu'il n'agissait pas sans raison en les écartant ainsi, et se rappeler alors la halakha. Malgré tout cela ils ne s'en sont pas souvenus, et il dit alors : puisqu'elle leur est sortie de la mémoire à ce point, il n'y a plus d'espoir de trouver un moyen détourné pour la leur rappeler — et il lui a fallu la leur dire explicitement.
כְּשֵׁם שֶׁאוֹמְרִים לוֹ לְאָדָם עַל שׁוֹרוֹ וְעַל חֲמוֹרוֹ שֶׁמֵּתוּ: "הַמָּקוֹם יְמַלֵּא חֶסְרוֹנְךָ" כָּךְ אוֹמְרִים לוֹ עַל עַבְדּוֹ וְעַל שִׁפְחָתוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵאַחַר דְּצָרִיךְ לוֹמַר לְאָדוֹן דְּבָרִים אֵלּוּ, לָמָּה כְּשֶׁרָאָה אוֹתָם ר' אֱלִיעֶזֶר נִשְׁמַט וְעָלָה לָעֲלִיָּה, כִּי שֶׁמָּא לֹא בָּאוּ לְנַחֲמוֹ, אֶלָּא בָּאוּ לוֹמַר לוֹ כָּךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי דְּבָרִים אֵלּוּ הֵם לְשׁוֹן תְּפִלָּה וְאֵין צָרִיךְ לָבֹא אֶצְלוֹ בְּכַוָּנָה כְּדֵי לוֹמַר דְּבָרִים, אֶלָּא כָּל הַשּׁוֹמֵעַ בְּחֶסְרוֹנוֹ, יֹאמַר כֵּן דְּבַר תְּפִלָּה בַּעֲדוֹ, וַאֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בְּפָנָיו, וְרַק אִם נִזְדַּמֵּן שֶׁרָאָה אוֹתוֹ יֹאמַר לוֹ דְּבָרִים אֵלּוּ לְנֹכַח, וְלָכֵן כְּשֶׁרָאָה שֶׁקָּמוּ מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ וּבָאוּ אֶצְלוֹ לְבֵיתוֹ, הֵבִין כִּי כַּוָּנָתָם לְנַחֲמוֹ, כִּי הַמְנַחֵם צָרִיךְ לָבֹא לְבֵית הָאָבֵל לְנַחֲמוֹ, שֶׁאִם הָיוּ רוֹצִים לוֹמַר לוֹ דְּבָרִים אֵלּוּ בִּלְבַד, לֹא הָיוּ צְרִיכִים לְבַטֵּל מִלִּימּוּדָם וְלָבֹא לְבֵיתוֹ בַּעֲבוּר דְּבָרִים אֵלּוּ.
« De même qu'on dit à un homme au sujet de son bœuf et de son âne qui sont morts : que le Lieu comble ta perte, ainsi lui dit-on au sujet de son serviteur et de sa servante. » On peut demander : puisqu'il faut adresser ces paroles au maître, pourquoi Rabbi Eliezer, en les voyant, s'est-il dérobé et est-il monté à l'étage ? Peut-être n'étaient-ils pas venus le consoler, mais précisément pour lui dire cela. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces paroles sont de l'ordre de la prière : point n'est besoin de venir auprès de lui avec l'intention de les prononcer ; quiconque apprend sa perte les dit en prière pour lui, même hors de sa présence, et seulement s'il se trouve qu'il le voit, il les lui dit en face. C'est pourquoi, en voyant qu'ils s'étaient levés de la maison d'étude et étaient venus chez lui, il comprit que leur intention était de le consoler, car celui qui console doit venir à la maison de l'endeuillé pour le consoler ; s'ils avaient voulu lui dire ces seules paroles, ils n'auraient pas eu besoin d'interrompre leur étude et de venir chez lui pour cela.
💡 Explication

Le récit illustre la baraita par un cas où le maître refuse la consolation qu'on lui apporte. L'image de l'eau tiède et de l'eau bouillante mesure la finesse de l'élève : comprendre à une allusion légère, ou ne rien sentir même après trois dérobades. La conclusion fixe la seule formule admise, « que le Lieu comble ta perte », identique à celle qu'on adresse pour la perte d'une bête de travail.

12
תַּנְיָא אִידָךְ: עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת אֵין מַסְפִּידִין אוֹתָן. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אִם עֶבֶד כָּשֵׁר הוּא — אוֹמְרִים עָלָיו: ״הוֹי אִישׁ טוֹב וְנֶאֱמָן וְנֶהֱנֶה מִיגִיעוֹ״. אָמְרוּ לוֹ: אִם כֵּן, מָה הִנַּחְתָּ לַכְּשֵׁרִים?

On a enseigné dans une autre baraita : les serviteurs et les servantes, on ne fait pas leur éloge funèbre. Rabbi Yossi dit : si c'est un serviteur kacher, on dit sur lui : « hélas, un homme bon et fidèle, qui jouissait du fruit de son labeur ».

Ils lui dirent : s'il en est ainsi, qu'as-tu laissé pour les hommes droits ?

📜 Rachi (1)
הָוֵי לְשׁוֹן גְּנִיחָה וּצְעָקָה:
Terme de gémissement et de cri.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם עֶבֶד כָּשֵׁר הוּא אוֹמְרִים עָלָיו: הוֹי אִישׁ טוֹב וְנֶאֱמָן וְנֶהֱנֶה מִיגִיעוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמְרוּ אֵלָיו דְּבָרִים אֵלּוּ, מִשּׁוּם דִּסְתָם עֲבָדִים גַּזְלָנִים , וְעַל זֶה אָמְרוּ נֶאֱמָן וְנֶהֱנֶה מִיְּגִיעוֹ וְלֹא מִן הַגֶּזֶל וְלָכֵן אוֹמְרִים עָלָיו גַּם כֵּן אִישׁ טוֹב, מִפְּנֵי שֶׁהַנֶּהֱנֶה מִיְּגִיעַ כַּפּוֹ קוֹרֵהוּ הַכָּתוּב טוֹב, דִּכְתִיב (תְּהִלִּים קכח, ב) יְגִיעַ כַּפֶּיךָ כִּי תֹאכֵל, אַשְׁרֶיךָ וְטוֹב לָךְ, גַּם עוֹד אוֹמְרִים עָלָיו אִישׁ טוֹב לְאַפּוֹקֵי מֵאוֹתָם עֲבָדִים דְּנֶאֱמַר בָּהֶם 'נְהוּם כְּרֵיסֵיהּ לָא שָׁוֵי', וּכְמוֹ עַבְדָּא דְּרָ"ן, וּמַה שֶׁאָמְרוּ מָה הִנַּחְתָּ לַכְּשֵׁרִים, אַף עַל גַּב דְּר' יוֹסֵי נָמֵי בְּעֶבֶד כָּשֵׁר מַיְירֵי, בְּלָשׁוֹן קָצָר הֱשִׁיבוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מָה הִנַּחְתָּ לַכְּשֵׁרִים שֶׁלָּנוּ שֶׁהֵם בְּנֵי חוֹרִין, וְלֹא רָצָה לְהַזְכִּיר בְּפֵירוּשׁ בְּנֵי חוֹרִין, מִפְּנֵי שֶׁאֵין לִפְתֹּוחַ פִּיו לַשָּׂטָן, לְהַזְכִּיר הֶסְפֵּד עַל בְּנֵי חוֹרִין שֶׁהֵם יִשְׂרָאֵל.
« Si c'est un serviteur kacher, on dit sur lui : hélas, un homme bon et fidèle, qui jouissait du fruit de son labeur. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces paroles lui sont dites parce que les serviteurs sont d'ordinaire portés au vol ; c'est pourquoi on dit « fidèle, jouissant du fruit de son labeur », et non du vol. On dit aussi sur lui « un homme bon », parce que celui qui jouit du fruit de ses mains, l'Écriture l'appelle bon : « le fruit de tes mains, quand tu le mangeras, heureux es-tu et bien t'en sera » (Psaumes 128, 2). On dit encore sur lui « un homme bon » pour exclure ces serviteurs dont on a dit « le pain de son ventre, il ne le vaut pas », comme le serviteur de Rav Nahman. Quant à leur parole « qu'as-tu laissé pour les hommes droits ? », bien que Rabbi Yossi parle lui aussi d'un serviteur kacher, ils lui ont répondu de façon abrégée : ils voulaient dire, qu'as-tu laissé pour nos hommes droits qui sont des hommes libres ? Ils n'ont pas voulu mentionner explicitement les hommes libres, pour ne pas ouvrir la bouche au Satan en évoquant un éloge funèbre sur des hommes libres, qui sont Israël.
💡 Explication

Deuxième baraita, sur le hesped (éloge funèbre). Rabbi Yossi admet une formule mesurée pour le serviteur vertueux. L'objection de ses collègues porte sur l'échelle des éloges : si l'on dispose déjà cela pour un serviteur, il ne reste plus de terme supérieur pour les hommes libres d'Israël qui le méritent.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין קוֹרִין ״אָבוֹת״ אֶלָּא לִשְׁלֹשָׁה, וְאֵין קוֹרִין ״אִמָּהוֹת״ אֶלָּא לְאַרְבַּע.

Nos maîtres ont enseigné : on n'appelle « pères » (avot) que trois, et on n'appelle « mères » (imahot) que quatre.

📜 Rachi (3)
אֵין קוֹרִין אָבוֹת לְיִשְׂרָאֵל:
À l'égard d'Israël.
אֶלָּא לִשְׁלֹשָׁה אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב לְאַפּוֹקֵי שְׁבָטִים:
Avraham, Its'hak et Yaakov, à l'exclusion des tribus.
אֶלָּא לְאַרְבַּע שָׂרָה רִבְקָה רָחֵל וְלֵאָה:
Sara, Rivka, Rahel et Léa.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין קוֹרִין 'אָבוֹת' אֶלָּא לִשְׁלֹשָׁה, וְאֵין קוֹרִין 'אִמָּהוֹת' אֶלָּא לְאַרְבַּע. נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ דּוֹר רְבִיעִי שֶׁהֵם הַשְּׁבָטִים, רִאשׁוֹן שֶׁבָּהֶם נִקְרָא רְאוּבֵן ' רְאוּ בֵּן', כְּלוֹמַר רָאוּ מִכָּאן וְאֵילָךְ לֹא יֵשׁ תֹּואַר אָב , אֶלָּא רַק בֵּן. וּמַה שֶׁאָמְרוּ עַד הָכָא חֲשִׁיבִי, נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה נֶחְשָׁבִים בְּמִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה, כִּי 'אוֹתִיּוֹת' אַבְרָהָם יִצְחָק יַעֲקֹב שָׂרָה רִבְקָה רָחֵל לֵאָה הֵם מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה [26] , וְהַטַּעַם שֶׁהָאָבוֹת הֵן הֵן הַמֶּרְכָּבָה, וּלְכָךְ בָּאוּ בְּחֶשְׁבּוֹן שֵׁם הֲוָיָ"ה עִם הָאִמָּהוֹת כִּי אִישׁ בְּלֹא אִשָּׁה פְּלַג גּוּפָא. בְּרַם הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּסֵפֶר רב"ל הִקְשָׁה מִמַּה שֶׁאָמְרוּ בְּעִדִּיּוֹת שֶׁהֲרֵי אֲבוֹת הָעוֹלָם לֹא עָמְדוּ עַל דִּבְרֵיהֶם, וְכֵן בִּירוּשַׁלְמִי דר"ה קָרֵי לְרַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל אֲבוֹת הָעוֹלָם? וְתֵירֵץ בְּשֵׁם רַב יַעְבֵּץ זַ"ל, אֲבוֹת הָעוֹלָם נִקְרָאִים, אָבוֹת סְתָם אֵין נִקְרָאִים, וְעַל תֵּירוּץ זֶה קַשְׁיָא לֵיהּ, דְּמָצִינוּ שֶׁהַתְּנָאִים נִקְרָאִים בְּשֵׁם אָבוֹת בִּסְתָם, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל עַל קְרִיאַת הַמִּשְׁנָה בְּשֵׁם אָבוֹת. גַּם יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת נָמֵי מִמַּה שֶׁנֶּאֱמַר בְּפָרָשַׁת שׁוֹפְטִים (דְּבָרִים יח, ח) לְבַד מִמְכָּרָיו עַל הָאָבוֹת, וְיֵשׁ לְיַישֵּׁב, וְהָרַב חִידָ"א זַ"ל שָׁם כָּתַב בְּשֵׁם הָרָ"ן וְהָרִיטְבָ"א זַ"ל, דְּעִיקַּר הַקְּפִידָא הוּא לִקְרֹא אוֹתָם כֵּן בִּתְפִילָּה לִפְנֵי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, אֲבָל בִּדְבָרִים שֶׁמְּדַבְּרִים בְּנֵי אָדָם זֶה עִם זֶה יְכוֹלִים לִקְרוֹת 'אָבוֹת' גַּם לִשְׁאָר צַדִּיקִים וּגְדוֹלִים. וְעוֹד הֵבִיא בְּשֵׁם הָרַב בִּנְיַן יְהוֹשֻׁעַ, דְּלוֹמַר אָבוֹת אֵין קְפִידָא, רַק אֵין לוֹמַר אָבִינוּ, וְכָתַב עַל זֶה לָא נְהִירָא וְאִפְכָּא מִסְתַּבְּרָא, דְּהַסְּבָרָה נוֹתֶנֶת דְּאֵין קוֹרִין 'אָבוֹת' אֶלָּא לִשְׁלֹשָׁה, הַיְינוּ דַּוְקָא לוֹמַר אָבוֹת סְתָם דֶּרֶךְ כְּלָל, אָמְנָם לוֹמַר אָבִינוּ אוֹ אָבוּתֵנוּ לֵית לַן בַּהּ וְאֵין קְפִידָא, עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְאִם שֶׁבְּוַדַּאי דַּעַת הָרַב זַ"ל רְחָבָה מִדַּעְתֵּינוּ, עִם כָּל זֶה אֲנִי אוֹמֵר לְפִי קוֹצֵר דַּעְתִּי דְּלָאו אִפְּכָא מִסְתַּבְּרָא, וְדִבְרֵי הָרַב בִּנְיַן יְהוֹשֻׁעַ הֵם נְכוֹנִים, וְעוֹד דְּמֻוכְרָח לוֹמַר כְּמוֹ שֶׁכָּתַב בִּנְיַן יְהוֹשֻׁעַ, דְּמַה שֶׁאָמְרוּ אֵין קוֹרִין 'אָבוֹת' אֶלָּא לִשְׁלֹשָׁה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵין קוֹרִין כָּל יִשְׂרָאֵל לְצַדִּיק אֶחָד בְּתֹואַר אָבִינוּ, אֶלָּא לִשְׁלֹשָׁה וְלֹא כַּאֲשֶׁר חָשַׁב רַבֵּינוּ חִידָ"א זַ"ל, דְּהַכַּוָּנָה שֶׁלֹּא לוֹמַר אָבוֹת סְתָם אֶלָּא לִשְׁלֹשָׁה, דְּהָא הַשַּׁ"ס מַקְשֵׁי מַאי טַעְמָא אִילֵּימָא מִשּׁוּם דְּלָא יָדְעִינַן אִי מֵרְאוּבֵן וְכוּ', וְאִם כַּוָּנַת הַבָּרַיְיתָא כְּמוֹ שֶׁחָשַׁב רַבֵּינוּ חִידָ"א זַ"ל, אִם כֵּן דְּכַווְּתָא נָמֵי גַּבֵּי שְׁבָטִים, הַכַּוָּנָה שֶׁיִּקְרְאוּ לִכְלָלוּת הַשְּׁבָטִים בְּשֵׁם אָבוֹת סְתָם, אִם כֵּן לְפִי זֶה הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְהַקְשׁוֹת אֵילָמָא מִשּׁוּם דְּכָל חַד וְחַד מִינָן מִשִּׁבְטָא חַד קָא אָתֵי, דִּלְפִי דַּעַת הָרַב זַ"ל הַקְּפִידָא הִיא שֶׁלֹּא לוֹמַר אָבוֹת סְתָם דֶּרֶךְ כְּלָל עַל הי"ב שְׁבָטִים, וּלְכָךְ צָרִיךְ קָרֵי לי"ב שְׁבָטִים בְּשֵׁם אָבוֹת, כֵּיוָן דְּאֵין כָּל הַשְּׁבָטִים אָבוֹת לָזֶה הָאָדָם, אֶלָּא רַק שֵׁבֶט אֶחָד הוּא אָב אֵלָיו, וְלָזֶה יִקְשֶׁה מִן הָאִמָּהוֹת דְּאֵיךְ כָּל חַד מִינָן קָרֵי לְאַרְבַּעְתָּם בְּשֵׁם אִמָּהוֹת, וַהֲלֹא אֵין רָחֵל וְלֵאָה אִמָּהוֹת לְכָל חַד וְחַד, וְהַאי לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר הַשַּׁ"ס אִי מֵרְאוּבֵן וְכוּ', לֹא שַׁייָּךְ עַל הַקָּפְדָא זוֹ שֶׁל אֲמִירַת אָבוֹת סְתָם דֶּרֶךְ כְּלָל, כְּמוֹ שֶׁחָשַׁב רַבֵּינוּ חִידָ"א זַ"ל, וְרַק לְפִי דַּעַת הָרַב בִּנְיַן יְהוֹשֻׁעַ זַ"ל דְּכַוָּנַת הַבָּרַיְיתָא הוּא לְבִלְתִּי נֶאֱמַר שֵׁם אָבִינוּ עַל צַדִּיק אַחֵר, שַׁפִּיר נְקִיטָה שַׁ"ס סִגְנוֹן הַקֻּושְׁיָא בְּהַאי לִישָּׁנָא, אִילֵּימָא מִשּׁוּם דְּלָא יָדְעִינַן וְכוּ', כְּלוֹמַר לְהָכִי לֹא נוּכַל לוֹמַר כֻּולָּנוּ תֹּואַר אָבִינוּ עַל כָּל חַד מִן הַשְּׁבָטִים, כַּאֲשֶׁר אוֹמְרִים עַל אַבְרָהָם בִּפְנֵי עַצְמוֹ אָבִינוּ, וְכֵן עַל יִצְחָק בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְעַל יַעֲקֹב בִּפְנֵי עַצְמוֹ, דְּאִי הָכִי אִמָּהוֹת נָמֵי, אֵיךְ נֹאמַר כֻּולָּנוּ תֹּואַר אִמֵּנוּ עַל לֵאָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ, וְעַל רָחֵל בִּפְנֵי עַצְמָהּ, וַהֲלֹא לָא יָדְעִינַן אִי מְלֵאָה אָתֵינַן, אִי מֵרָחֵל אָתֵינַן, וּלְפִי זֶה מִלְּשׁוֹן הַשַּׁ"ס בַּקֻּושְׁיָא הַנִּזְכֶּרֶת מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ הַבָּרַייְתָא כַּהֲבָנַת הָרַב בִּנְיַן יְהוֹשֻׁעַ זַ"ל, וְלֹא כְּמוֹ שֶׁחָשַׁב רַבֵּינוּ חִידָ"א זַ"ל. וּתְמֵהֵנִי אֵיךְ רַבֵּינוּ חִידָ"א זַ"ל לֹא נִרְגָּשׁ בָּזֶה, וְרָאִיתִי עוֹד לְרַבֵּינוּ חִידָ"א זַ"ל ברב"ל, שֶׁכָּתַב הֵיכָא דְּקָאָמַר אִילֵּימָא מַשְׁמַע שֶׁיֶּשׁ לוֹ ב' צְדָדִין וְכוּ', וְשָׁם חִידֵּשׁ הָרַב זַ"ל צַד אֶחָד, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיֵשׁ לְהָבִין דְּגַם הַמַּקְשָׁן סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ הַאי תֵּירוּצָא דִּטְפֵי לָא חֲשִׁיבִי, אַךְ לֹא הוֹוֶה נִיחָא לֵיהּ, מִשּׁוּם דַּחֲזָא דְּהָווּ גְּדוֹלֵי עוֹלָם אַחַר הָאָבוֹת, וְהִתְרַצֵּן הֵשִׁיב, אַף עַל גַּב דַּהֲווֹ גָּדְלִי עוֹלָם, מִכָּל מָקוֹם לֹא הָיוּ שְׁקוּלִים עִם שְׁלשָׁה אָבוֹת, וְשַׁפִּיר נוּכַל לְתָרֵץ טְפֵי לָא חֲשִׁיבִי.
« On n'appelle pères que trois, et on n'appelle mères que quatre. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela que le premier de la quatrième génération, celle des tribus, porte le nom de Reouven, que l'on peut lire « reou ben », voyez : un fils — voyez qu'à partir d'ici il n'y a plus le titre de père, mais seulement celui de fils. Quant à leur parole « jusqu'ici ils sont importants », il me semble que l'intention est qu'ils sont comptés dans le Nom de quatre lettres, béni soit-Il : les lettres d'Avraham, Its'hak, Yaakov, Sara, Rivka, Rahel et Léa forment le compte de ce Nom (26). La raison en est que les patriarches sont eux-mêmes le Char (merkava) ; c'est pourquoi ils entrent dans ce compte avec les matriarches, car un homme sans femme est une moitié de corps. Toutefois le Gaon le Hida, de mémoire bénie, dans son livre Rav'l, a objecté à partir de ce qui est dit dans Edouyot, « or les pères du monde ne se sont pas maintenus dans leurs paroles », et de même du Yerouchalmi de Roch Hachana, où Rabbi Akiva et Rabbi Yichmael sont appelés pères du monde. Il a répondu au nom de Rav Yaabets, de mémoire bénie : on les appelle « pères du monde », on ne les appelle pas « pères » sans plus. Sur cette réponse il objecte que nous trouvons des tanaim appelés du nom de pères sans plus, comme l'a écrit le Rambam, de mémoire bénie, à propos du nom de Avot donné au traité de la Michna. On peut objecter encore de ce qui est dit dans la section Choftim (Deutéronome 18, 8), « outre le produit de son patrimoine (al ha-avot) ». Il y a de quoi résoudre : le Rav Hida, de mémoire bénie, écrit là-bas au nom du Ran et du Ritva, de mémoire bénie, que la réserve porte surtout sur le fait de les appeler ainsi dans la prière devant le Nom, béni soit-Il ; mais dans les propos que les hommes tiennent entre eux, ils peuvent appeler « pères » d'autres justes et d'autres grands hommes. Il rapporte encore au nom du Rav auteur du Binyan Yehochoua que dire « pères » ne souffre pas de réserve, et qu'il faut seulement s'abstenir de dire « notre père » ; et il écrit là-dessus que cela ne paraît pas juste, et que le contraire est plus raisonnable, car la raison veut que « on n'appelle pères que trois » vise précisément le fait de dire « pères » sans plus, de façon générale, tandis que dire « notre père » ou « nos pères » ne souffre aucune réserve — fin de ses paroles. Bien que l'esprit du Rav, de mémoire bénie, soit certainement plus large que le nôtre, je dis pourtant, selon la petitesse de mon esprit, que le contraire n'est pas plus raisonnable et que les paroles du Rav Binyan Yehochoua sont justes ; et l'on est même contraint de dire comme lui, à savoir que « on n'appelle pères que trois » veut dire que tout Israël n'appelle pas un juste donné du titre de « notre père », sinon les trois, et non comme l'a pensé notre maître le Hida, de mémoire bénie, pour qui l'intention serait de ne pas dire « pères » sans plus sinon pour les trois. Car la Guemara objecte : « quelle en est la raison ? Si tu dis que c'est parce que nous ne savons pas si nous descendons de Reouven, etc. » ; or si l'intention de la baraita était celle qu'a pensée notre maître le Hida, de mémoire bénie, alors, pour les tribus aussi, l'intention serait qu'on appelle l'ensemble des tribus du nom de pères sans plus, et il aurait alors fallu objecter « si tu dis que c'est parce que chacun de nous vient d'une seule tribu », puisque selon l'avis du Rav, de mémoire bénie, la réserve porte sur le fait de dire « pères » sans plus, de façon générale, à propos des douze tribus, et qu'il faudrait donc appeler les douze tribus du nom de pères ; car toutes les tribus ne sont pas pères de cet homme-là, seule une tribu est son père. Et de là surgirait la difficulté tirée des matriarches : comment chacun de nous les appelle-t-il toutes quatre du nom de mères, alors que Rahel et Léa ne sont pas mères de chacun ? Or la formulation que retient la Guemara, « si nous descendons de Reouven, etc. », ne s'accorde pas avec cette réserve portant sur le fait de dire « pères » sans plus, de façon générale, comme l'a pensé notre maître le Hida, de mémoire bénie. Seulement selon l'avis du Rav Binyan Yehochoua, de mémoire bénie, pour qui l'intention de la baraita est de ne pas dire « notre père » d'un autre juste, la Guemara adopte à bon droit ce tour de question, « si tu dis que c'est parce que nous ne savons pas, etc. » — c'est-à-dire : voilà pourquoi nous ne pouvons pas tous dire le titre de « notre père » sur chacune des tribus, comme nous le disons sur Avraham à lui seul, sur Its'hak à lui seul et sur Yaakov à lui seul ; car s'il en était ainsi, il en irait de même pour les matriarches — comment dirions-nous tous le titre de « notre mère » sur Léa à elle seule et sur Rahel à elle seule, alors que nous ne savons pas si nous descendons de Léa ou de Rahel ? Selon cela, la formulation de la Guemara dans la question mentionnée contraint d'expliquer la baraita comme l'a comprise le Rav Binyan Yehochoua, de mémoire bénie, et non comme l'a pensé notre maître le Hida, de mémoire bénie. Je m'étonne que notre maître le Hida, de mémoire bénie, ne l'ait pas senti. J'ai vu encore notre maître le Hida, de mémoire bénie, dans le Rav'l, écrire que là où la Guemara dit « si tu dis », cela indique qu'il y a deux côtés possibles, etc., et le Rav, de mémoire bénie, y a innové un côté. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut comprendre que celui qui objecte avait lui aussi à l'esprit cette réponse « au-delà ils ne sont pas importants », mais qu'elle ne le satisfaisait pas, parce qu'il voyait qu'il y a eu des grands du monde après les patriarches ; et celui qui répond à répondu : bien qu'il y ait eu des grands du monde, ils n'ont pourtant pas été de poids égal aux trois patriarches, et l'on peut donc bien répondre « au-delà ils ne sont pas importants ».
💡 Explication

La Guemara enchaîne sur une baraita voisine, appelée par le titre honorifique dont il sera question deux lignes plus loin. Le titre de av se limite à Avraham, Its'hak et Yaakov ; celui d'em à Sara, Rivka, Rahel et Léa. Les fils de Yaakov, chefs des tribus, en sont exclus.

14
אָבוֹת מַאי טַעְמָא? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דְּלָא יָדְעִינַן אִי מֵרְאוּבֵן קָא אָתֵינַן אִי מִשִּׁמְעוֹן קָא אָתֵינַן, אִי הָכִי אִמָּהוֹת נָמֵי לָא יָדְעִינַן אִי מֵרָחֵל קָא אָתֵינַן אִי מִלֵּאָה קָא אָתֵינַן! אֶלָּא, עַד הָכָא חֲשִׁיבִי, טְפֵי לָא חֲשִׁיבִי.

Les pères, quelle en est la raison ? Si tu dis que c'est parce que nous ne savons pas si nous descendons de Reouven ou si nous descendons de Chimon — s'il en est ainsi, pour les mères non plus nous ne savons pas si nous descendons de Rahel ou de Léa !

Il faut donc dire : jusqu'ici ils sont importants, au-delà ils ne le sont plus.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא עַד הָכָא חֲשִׁיבִי, טְפֵי לָא חֲשִׁיבִי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וְהָא אִיכָּא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, דִּכְתִיב בֵּיהּ (דְּבָרִים לד, י) וְלֹא קָם נָבִיא עוֹד בְּיִשְׂרָאֵל כְּמֹשֶׁה, דַּאֲפִילּוּ הָאָבוֹת לֹא הִשִּׂיגוּ מַדְרִיגַת נְבוּאָתוֹ, וְזָכָה לַעֲלוֹת לַמָּרוֹם, וְקִבֵּל תּוֹרָה מהקב"ה וְגַם נִשְׁמָתוֹ הָיְתָה גְּדוֹלָה מִן הָאָבוֹת , כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים, שֶׁהָאָבוֹת זָכוּ לְרוּחַ דַּאֲצִילוּת, אַבְרָהָם מִן חֶסֶד, יִצְחָק מִן גְּבוּרָה, יַעֲקֹב מִן תִּפְאֶרֶת אֲבָל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה זָכָה לִבְחִינַת נְשָׁמָה דַּאֲצִילוּת מִן הַבִּינָה, גַּם כָּתַב שֶׁזָּכָה לְכָל שֵׁשֶׁת אַלְפִין דַּרְגִין דְּנִשְׁמְתִין כַּנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים, וְגַם בַּמִּדְרָשׁ וְזֹאת הַבְּרָכָה דְּרֵישׁ (מִשְׁלֵי לא, כט) וְאַתְּ עָלִית עַל כֻּלָּנָה, עַל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁיֹּאמַר לְאַבְרָהָם אֲנִי גָּדוֹל מִמְּךָ, וְכֵן לְיִצְחָק, וְכֵן לְיַעֲקֹב, וְאֵיךְ יִתָּכֵן לוֹמַר דְּלָא חֲשִׁיב כְּאָבוֹת, וְאִם כֵּן לָמָּה לֹא נִקְרָא אָבִינוּ כְּמוֹ הָאָבוֹת זיע"א? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִין הָכִי נָמֵי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה חֲשִׁיב טְפֵי אַךְ אֵין לוֹ צֹורֶךְ בְּתֹואַר אָבִינוּ, כִּי הוּא קִים לֵיהּ בִּדְרָבָא מִינֵּיהּ, שֶׁקּוֹרִין אוֹתוֹ 'רַבֵּינוּ', וְתֹואַר רַב עָדִיף מִתֹּואַר אָב , דְּקַייְמָא לָן (ב"מ ל"ג.) אָבִיו וְרַבּוֹ רַבּוֹ קוֹדֵם, וְדַע דְּמַה שֶׁאָמְרוּ טְפֵי לָא חֲשִׁיבִי, לָאו מִצַּד הַצְּדָקוֹת וְהַמַּעֲשִׂים קָאָמַר אֶלָּא מִצַּד גֹּודֶל מַעֲלַת נִשְׁמָתָם, וְעַייֵּן בְּסִפְרֵי הַקָּטָן אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ (פָּרָשַׁת בָּלָק דַּף קכא) מַה שֶׁאָמְרוּ שָׁם מִסֵּפֶר הַגִּלְגּוּלִים בְּעִנְיַן הִתְחַלְּקוּת הַנְּשָׁמוֹת וְתָבִין בִּדְבָרִים, וּמִזֶּה נוּכַל לְתָרֵץ קֻושְׁיָא הַנִּזְכֶּרֶת שֶׁהִקְשֵׁיתִי מִן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּאֹופֶן אַחֵר, ודו"ק, וְהִנֵּה בָּזֶה מוּבָן רָמַז הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי ל, כט) שְׁלֹשָׁה הֵמָּה מֵיטִיבֵי צָעַד וְאַרְבָּעָה מֵיטִבֵי לָכֶת, כִּי שְׁלשָׁה אָבוֹת וְאַרְבָּעָה אִמָּהוֹת חֲשִׁיבִי, טְפֵי לָא חֲשִׁיבִי מִצַּד הִתְחַלְּקוּת הַנְּשָׁמוֹת.
« Il faut donc dire : jusqu'ici ils sont importants, au-delà ils ne le sont plus. » On peut objecter : il y a pourtant Moche notre maître, la paix soit sur lui, dont il est écrit (Deutéronome 34, 10) « il ne s'est plus levé en Israël de prophète comme Moche » — les patriarches eux-mêmes n'ont pas atteint le degré de sa prophétie ; il a mérité de monter en haut, il a reçu la Tora du Saint béni soit-Il, et son âme était plus grande que celle des patriarches, comme l'a écrit notre maître le Ari dans le Chaar HaGuilgoulim : les patriarches ont mérité le roua'h d'Atsilout — Avraham du 'Hessed, Its'hak de la Guevoura, Yaakov du Tiferet — tandis que Moche notre maître, la paix soit sur lui, a mérité le niveau de la nechama (âme) d'Atsilout, issue de la Bina ; il a écrit aussi qu'il a mérité les six mille degrés des nechamot, comme il est mentionné dans le Chaar HaPessoukim. De même, dans le Midrach sur Vezot HaBerakha, on expose (Proverbes 31, 29) « et toi, tu les as toutes surpassées » à propos de Moche notre maître, la paix soit sur lui, qui dirait à Avraham : je suis plus grand que toi, et de même à Its'hak, et de même à Yaakov. Comment donc peut-on dire qu'il n'est pas important comme les patriarches ? Et s'il en est ainsi, pourquoi ne l'appelle-t-on pas « notre père » comme les patriarches, que leur mérite nous protège ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité Moche notre maître, la paix soit sur lui, est plus important encore, mais qu'il n'a pas besoin du titre de « notre père », car il possède déjà plus grand que lui : on l'appelle « notre maître » (rabbenou), et le titre de maître l'emporte sur le titre de père, puisque nous tenons (Baba Metsia 33a) qu'entre son père et son maître, son maître passe en premier. Et sache que la parole « au-delà ils ne sont pas importants » se dit du côté de la grandeur de leur âme, non du côté de leur justice et de leurs actes ; vois dans mon modeste ouvrage Aderet Eliahou (section Balak, page 121) ce que j'y ai rapporté du Sefer HaGuilgoulim sur la répartition des âmes, et tu comprendras ces choses. De là nous pouvons résoudre autrement la difficulté tirée de Moche notre maître, la paix soit sur lui ; examine bien. Voici qu'ainsi se comprend l'allusion du verset (Proverbes 30, 29) « ils sont trois à marcher d'un beau pas, et quatre à la belle allure » : les trois pères et les quatre mères sont importants, au-delà ils ne le sont plus, du côté de la répartition des âmes.
💡 Explication

La Guemara élimine l'explication généalogique : elle vaudrait aussi bien contre Rahel et Léa, dont on ne descend pas non plus toutes et tous. Le critère retenu est celui de la hachivout, l'importance : la lignée des pères s'arrête à Yaakov, et le titre avec elle.

🖼️ Schéma
Où s'arrête le titre de père, et pourquoi Trois pères Avraham, Its'hak, Yaakov Titre : av Quatre mères Sara, Rivka, Rahel, Léa Titre : em Les douze tribus Reouven, Chimon, Levi... Sans titre de père Explication écartée Nous ignorons de quelle tribu nous venons. Objection : nous ignorons aussi si nous venons de Rahel ou de Léa. Explication retenue Jusqu'ici ils sont importants (hachivout), au-delà ils ne le sont plus. Ben Ich Haï : Moche notre maître est plus grand encore, mais il n'a pas besoin de ce titre — on l'appelle rabbenou, et le titre de maître l'emporte sur celui de père.
Les sept noms qui portent les titres, l'explication écartée et l'explication retenue.
15
תַּנְיָא אִידָךְ: עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת אֵין קוֹרִין אוֹתָם ״אַבָּא פְּלוֹנִי״ וְ״אִמָּא פְּלוֹנִית״. וְשֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל הָיוּ קוֹרִים אוֹתָם ״אַבָּא פְּלוֹנִי״ וְ״אִמָּא פְּלוֹנִית״.

On a enseigné dans une autre baraita : les serviteurs et les servantes, on ne les appelle pas « père untel » ni « mère unetelle ». Or ceux de Rabban Gamliel, on les appelait « père untel » et « mère unetelle ».

📜 Rachi (1)
אַבָּא פְּלוֹנִי אִמָּא פְּלוֹנִית לֹא בִּבְנֵיהֶם קָאָמַר אֶלָּא בִּשְׁאָר בְּנֵי אָדָם כְּעֵין שֶׁאָנוּ קוֹרִין עַכְשָׁיו מַר פְּלוֹנִי מָרַת פְּלוֹנִית כָּךְ הָיוּ רְגִילִין לוֹמַר אַבָּא פְּלוֹנִי וְאִמָּא פְּלוֹנִית:
Il ne parle pas de leurs enfants, mais du reste des gens : de la même façon que nous disons aujourd'hui « monsieur untel, madame unetelle », ils avaient coutume de dire « père untel » et « mère unetelle ».
💡 Explication

Troisième baraita sur le même sujet, cette fois sur le titre honorifique donné du vivant de la personne. Rachi précise que le titre n'est pas celui des enfants à leurs parents, mais l'équivalent de notre « monsieur » et « madame ». La baraita elle-même rapporte l'usage contraire dans la maison de Rabban Gamliel.

16
מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור?! מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיבִי.

Un fait rapporté pour contredire ?! Parce qu'ils étaient importants.

💡 Explication

La Guemara relève la forme étrange de la baraita, qui énonce une règle puis raconte aussitôt un usage contraire. La réponse reprend le critère du folio : la hachivout, la valeur reconnue de ces serviteurs, justifie l'usage de la maison de Rabban Gamliel, et rejoint sa réponse à ses élèves sur Tavi.

17
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מַאי דִכְתִיב, ״כֵּן אֲבָרֶכְךָ בְחַיָּי בְּשִׁמְךָ אֶשָּׂא כַפָּי״? ״כֵּן אֲבָרְכֶךָּ בְּחַיַּי״ — זוֹ קְרִיאַת שְׁמַע. ״בְּשִׁמְךָ אֶשָּׂא כְּפִי״ — זוֹ תְּפִלָּה. וְאִם עוֹשֶׂה כֵּן — עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״כְּמוֹ חֵלֶב וָדֶשֶׁן תִּשְׂבַּע נַפְשִׁי״. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁנּוֹחֵל שְׁנֵי עוֹלָמִים — הָעוֹלָם הַזֶּה וְהָעוֹלָם הַבָּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשִׂפְתֵי רְנָנוֹת יְהַלֶּל פִּי״.

Rabbi Elazar a dit : que signifie ce qui est écrit, « ainsi je Te bénirai durant ma vie, en Ton nom je lèverai mes paumes » (Psaumes 63, 5) ? « Ainsi je Te bénirai durant ma vie », c'est la lecture du Chema.

« En Ton nom je lèverai mes paumes », c'est la prière. Et s'il fait ainsi, l'Écriture dit de lui : « comme de graisse et de moelle mon âme se rassasie » (ibid.

6). Bien plus, il hérite de deux mondes, ce monde-ci et le monde à venir, ainsi qu'il est dit : « et de lèvres pleines de chants ma bouche loue » (ibid.).

📜 Rachi (2)
כֵּן אֲבָרְכֶךָּ וּכְמוֹ חֵלֶב וְדֶשֶׁן. תְּרֵי קְרָאֵי דִּסְמִיכִי לְהָדְדִי:
Et « comme de graisse et de moelle » : deux versets voisins l'un de l'autre.
רְנָנוֹת שְׁתַּיִם:
Deux — le pluriel indique deux chants.
🪔 Ben Yehoyada (3)
וְאִם עָשָׂה כֵּן, עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: כְּמוֹ חֵלֶב וָדֶשֶׁן תִּשְׂבַּע נַפְשִׁי. חֵלֶב בִּשְׁבִיל קְרִיאַת שְׁמַע דְּצָרִיךְ לִקְרֹוא שְׁנַיִם בַּיּוֹם, א' דְּקָרְבָּנוֹת, וְא' דְּיוֹצֵר, וּשְׁתַּיִם בַּלַּיְלָה, א' דְּעַרְבִית, וְא' עַל הַמִּטָּה, כִּי בְּאַרְבַּעְתָּן תָּלוּי הַתִּיקּוּן בָּהֶם כַּנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת, וְצָרִיךְ לְקַבֵּל עֹול מַלְכוּת בִּקְרִיאַת שְׁמַע בִּשְׁתֵּי לְבָבוֹת, דְּהַייְנוּ בְּיֵצֶר הַטּוֹב וּבְיֵצֶר הָרַע, שֶׁשְּׁנֵיהֶם נִקְרְאוּ 'לֵב', כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְאָהַבְתָּ אֵת ה' אֱ-לֹהֶיךָ, בְּכָל לְבָבְךָ, בִּשְׁנֵי יְצָרֶיךָ, אִם כֵּן הַקְּרִיאָה שְׁמַע נִשְׁלֶמֶת בִּשְׁמוֹנָה לֵב, וְלָזֶה זוֹכֶה לְחָלָב שֶׁהוּא ה' לֵב, וְדֶשֶׁן בִּזְכוּת הַתְּפִלָּה, שֶׁהִיא תִּיקּוּן זו"ן, שֶׁהֵם יְצִירָה ו עֲשִׂיָּה [700] , שֶׁעוֹלֶה מִסְפָּרָם ת"ש, וְלָכֵן נִקְרֵאת כַּפָּרַת [700] , שֶׁהוּא מִסְפַּר ת"ש, וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ בְּרֶמֶז וְעָשִׂיתָ כַפֹּרֶת זָהָב טָהוֹר, וְתֵיבַת דֶּשֶׁן שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'ד"ו ש"ן', כְּלוֹמַר שְׁנֵי פְּעָמִים ש"ן [350] , שֶׁהוּא מִסְפַּר ת"ש [700] , וְהִנֵּה ח' פְּעָמִים לב [32] מִסְפַּר רנ"ו [256] , סִימָן לַדָּבָר (יִרְמְיָהוּ לא,ו) רנו לְיַעֲקֹב שִׂמְחָה, גַּם 'דּוּ שֵׁן' שֶׁהוּא מִסְפַּר ת"ש, עוֹלֶה מִסֵּפֶר רִנַּנְתְּ [700] בְּלֹא וּוָא"ו, וְלָזֶה אָמַר כְּמוֹ חֵלֶב וָדֶשֶׁן תִּשְׂבַּע נַפְשִׁי וְשִׂפְתֵי רְנָנוֹת יְהַלֶּל פִּי. גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מ טה כ סא ש וּלְחֵן מ נָוָרָה הוּא ת' [700] כְּמִנְיַן חֵלֶב וְדֶשֶׁן [700] , וְיָדוּעַ ד' תִּיקּוּנִים אֵלּוּ הֵם תִּיקּוּנֵי הַשְּׁכִינָה, מַתְחִילִים מִן עַרְבִית וְנִשְׁלָמִים בַּעֲמִידָה דְּשַׁחֲרִית, כִּי הָעֲמִידָה הִיא סוֹד הַמְּנוֹרָה, וְהַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הֶחָתוּם, לְכָךְ אָמַר עָלָיו נֶאֱמַר כְּמוֹ חֵלֶב וָדֶשֶׁן תִּשְׂבַּע נַפְשִׁי.
« Et s'il fait ainsi, l'Écriture dit de lui : comme de graisse et de moelle mon âme se rassasie. » « Helev » (graisse) pour la lecture du Chema, qu'il faut lire deux fois le jour — une fois dans les korbanot et une fois à Yotser — et deux fois la nuit — une fois à Arvit et une fois sur le lit ; car c'est dans ces quatre lectures que se tient leur tikoun (réparation), comme il est mentionné dans le Sefer HaKavanot. Il faut recevoir le joug de la royauté du Ciel dans la lecture du Chema avec les deux cœurs, c'est-à-dire avec le penchant au bien et avec le penchant au mal, tous deux appelés « lev », comme il est dit « et tu aimeras Hachem ton D.ieu de tout ton cœur », avec tes deux penchants. La lecture du Chema s'accomplit donc par huit fois « lev », et par là il mérite « helev », que l'on peut lire « het lev », huit fois lev. Et « dechen » (moelle) par le mérite de la prière, qui est le tikoun de Zeir Anpin et de la Nokva, lesquels sont Yetsira et Assia, dont le compte s'élève à sept cents ; c'est pourquoi le couvercle de l'arche est appelé « kaporet », dont le compte est sept cents, comme on l'a écrit en allusion sur « et tu feras un kaporet d'or pur ». Et le mot « dechen » est fait des lettres « do chin-noun », c'est-à-dire deux fois trois cent cinquante, ce qui donne sept cents. Or huit fois « lev » (32) donne 256, dont le signe est (Jérémie 31, 6) « chantez (ronnou) pour Yaakov une joie » ; de même « do chin-noun », qui vaut sept cents, donne le compte de « renanot » (700) écrit sans vav. C'est pourquoi il est dit « comme de graisse et de moelle mon âme se rassasie, et de lèvres pleines de chants ma bouche loue ». Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les initiales de mita (lit), kisse (siège), choulhan (table) et menora (candélabre) donnent quatre cents, comme le compte de « helev ve-dechen » (400). Or on sait que ces quatre réparations sont les tikounim de la Chekhina : elles commencent à Arvit et s'achèvent à la Amida de Chaharit, car la Amida est le secret de la menora ; et tout se règle sur la conclusion. C'est pourquoi il est dit de lui « comme de graisse et de moelle mon âme se rassasie ».
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁנּוֹחֵל שְׁנֵי עוֹלָמִים, הָעוֹלָם הַזֶּה וְהָעוֹלָם הַבָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ דִּקְרִיאַת שְׁמַע נַעֲשֶׂה יִחוּד יוּ"ד בְּהֵ"א רִאשׁוֹנָה הַנִּקְרֵאת עוֹלָם הַבָּא, וּבַעֲמִידָה נַעֲשָׂה יִחוּד וָא"ו בְּהֵ"א אַחֲרוֹנָה הַנִּקְרֵאת עוֹלָם הַזֶּה, לְכָךְ אָמַר נוֹחֵל שְׁנֵי עוֹלָמִים, שֶׁנִּמְשַׁךְ לוֹ שֶׁפַע מִשָּׁם, וְנִרְמָז בִּרְנָנוֹת, כִּי בְּחִינַת הֵ"א רִאשׁוֹנָה מְכֻוֶּנֶת בְּשֵׁם רִנָּה, וְכֵן מְכֻונֵּית בְּחִינַת הֵ"א אַחֲרוֹנָה.
« Bien plus, il hérite de deux mondes, ce monde-ci et le monde à venir. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que par la lecture du Chema se fait l'union du youd avec le premier hé, appelé monde à venir, et que par la Amida se fait l'union du vav avec le dernier hé, appelé ce monde-ci. C'est pourquoi il est dit qu'il hérite de deux mondes, l'abondance lui étant tirée de là ; et cela est suggéré par « renanot » (chants), car le niveau du premier hé est désigné par le nom de rina (chant), et de même est désigné le niveau du dernier hé.
מַאי דִכְתִיב: (תְּהִילִּים ס״ג:ה׳) "כֵּן אֲבָרְכֶךָּ בְּחַיַּי, בְּשִׁמְךָ אֶשָּׂא כְּפִי"? "כֵּן אֲבָרְכֶךָּ" זוֹ קְרִיאַת שְׁמַע. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לִקְרִיאַת שְׁמַע בָּזֶה בְּתֵיבַת אֲבָרְכֶךָּ, דְּקָרֵינַן בָּהּ 'אֲבָרֵךְ כֹּה', כִּי קמ"ץ שֶׁל אוֹת ך' יוֹצֵא בְּמִבְטָא בִּמְקוֹם הֵ"א כְּמוֹ (תְּהִלִּים קמה, י') וַחֲסִידֶיךָ יְבָרֲכוּכָה, וְעִיקַּר קְרִיאַת שְׁמַע הוּא פָּסוּק רִאשׁוֹן שֶׁהוּא 'כ"ה אוֹתִיּוֹת', אוֹ יוּבָן לִרְמֹוז קְרִיאַת שְׁמַע בְּתֵיבַת כֵּן כִּי פָּסוּק רִאשׁוֹן כ"ה אוֹתִיּוֹת וְאוֹמְרִים פַּעֲמַייִם בַּבֹּקֶר וּבָעֶרֶב הֲרֵי נוּ"ן שֶׁל כ ן , וּפָסוּק וְאָהַבְתָּ שֶׁבּוֹ עִיקַּר עֹול מִצְוֹת יֵשׁ בּוֹ עֲשָׂרָה תֵּבוֹת, וּפַעֲמַיִים בַּבֹּוקֶר וּבָעֶרֶב הֲרֵי כ' שֶׁל כ ן, גַּם יֵשׁ לוֹמַר אֲבָרְכֶךָּ [243] עִם כּוֹלֵל הָאוֹתִיּוֹת [5] עוֹלֶה רמ"ח [248] גַּם יֵשׁ לוֹמַר בְּחַיַּי עַל מִסְפַּר שִׁבְעִים שֶׁעָשִׂינוּ בִּשְׁנֵי פְּסוּקִים הַנִּזְכָּרִים, וְחַיֵּי הָאָדָם שִׁבְעִים, דִּכְתִיב (שָׁם צ, י) יְמֵי שְׁנוֹתֵינוּ בָהֶם שִׁבְעִים שָׁנָה, וְזֶה שֶׁכָּתוּב כֵּן אֲבָרְכֶךָּ בְּחַיַּי, גַּם חַיִּים שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הֵם שִׁבְעִים, וְזֶהוּ כְּנֶגֶד מִסְפַּר חַיַּי, וְאוֹמְרוֹ בְּשִׁמְךָ אֶשָּׂא כְּפִי, זוֹ 'הַתְּפִלָּה', כִּי הַתְּפִלָּה נִקְרֵאת נְשִׂיאַת כְּפִי, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שָׁם קַמָּא, ב) תִּכּוֹן תְּפִלָּתִי קְטֹרֶת לְפָנֶיךָ מַשְׂאַת כַּפַּי מִנְחַת עָרֶב, וְכֵן כְּתִיב (שְׁמוֹת ט, לג) וַיִּפְרֹשׂ כַּפָּיו אֶל ה', (מְלָכִים א ח׳:כ״ב) וְיָדָיו פְּרוּשׂוֹת הַשָּׁמַיִם, וְלָזֶה אָמַר בְּשִׁמְךָ אֶשָּׂא כְּפִי, כִּי בִּרְכוֹת הָעֲמִידָה הֵם י"ט כְּמִנְיַן מִלּוּי שֵׁם הֲוָיָ"ה דְּאַלְפִין שֶׁעוֹלִין י"ט, וְלָזֶה אָמַר בְּשִׁמְךָ אֶשָּׂא כַפָּי זוֹ תְּפִלָּה, בְּשִׁמְךָ דַּיְיקָא כְּלוֹמַר בְּמִילּוּי אוֹתִיּוֹת שִׁמְךָ.
« Que signifie ce qui est écrit (Psaumes 63, 5) : ainsi je Te bénirai durant ma vie, en Ton nom je lèverai mes paumes ? Ainsi je Te bénirai, c'est la lecture du Chema. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion à la lecture du Chema dans le mot « avarekheka », que l'on peut lire « avarekh ko », car le kamats de la lettre khaf finale se prononce comme un hé, ainsi que dans (Psaumes 145, 10) « et Tes fidèles Te béniront (yevarekhoukha) » ; or l'essentiel de la lecture du Chema est le premier verset, qui compte vingt-cinq lettres. On peut aussi comprendre que la lecture du Chema est suggérée dans le mot « ken » : le premier verset a vingt-cinq lettres et on le dit deux fois, matin et soir — voilà le noun de « ken » (50) ; et le verset « ve-ahavta », où réside l'essentiel du joug des mitsvot, compte dix mots, dits deux fois, matin et soir — voilà le khaf de « ken » (20). On peut dire aussi que « avarekheka » (243), avec le nombre de ses lettres (5), s'élève à 248. On peut dire encore « be-hayai » (durant ma vie) d'après le compte de soixante-dix obtenu dans les deux versets mentionnés, et la vie de l'homme est de soixante-dix ans, comme il est écrit (ibid. 90, 10) « les jours de nos années sont en eux soixante-dix ans » ; c'est ce qui est écrit, « ainsi je Te bénirai durant ma vie ». De même, les années du roi David, la paix soit sur lui, furent soixante-dix, ce qui répond au compte de « hayai ». Et ce qu'il dit, « en Ton nom je lèverai mes paumes », c'est la prière, car la prière est appelée élévation des paumes, comme il est dit (ibid. 141, 2) « que ma prière soit posée comme l'encens devant Toi, l'élévation de mes paumes comme l'offrande du soir », et de même il est écrit (Exode 9, 33) « il étendit ses paumes vers Hachem », et (Rois I 8, 22) « ses mains étendues vers le ciel ». C'est pourquoi il dit « en Ton nom je lèverai mes paumes », car les bénédictions de la Amida sont au nombre de dix-neuf, comme le compte du remplissage du Nom, béni soit-Il, par des alefs, qui s'élève à dix-neuf ; c'est pourquoi il dit « en Ton nom je lèverai mes paumes », c'est la prière — « en Ton nom » précisément, c'est-à-dire dans le remplissage des lettres de Ton nom.
💡 Explication

Le folio passe à l'aggada et ouvre la série consacrée à la prière. Rabbi Elazar lit dans un seul verset les deux obligations du matin et du soir : la lecture du Chema et la Amida, désignée par le geste des mains levées. Le verset suivant fournit la récompense, et le pluriel « chants » (renanot) fonde la promesse des deux mondes.

🖼️ Schéma
Un verset, deux obligations, deux mondes Ainsi je Te bénirai durant ma vie = la lecture du Chema acceptation du joug de la royauté du Ciel En Ton nom je lèverai mes paumes = la prière (la Amida) geste des mains levées vers le Ciel Récompense immédiate Comme de graisse et de moelle mon âme se rassasie. Récompense supplémentaire : deux mondes Le pluriel de renanot (chants) porte les deux : ce monde-ci et le monde à venir.
Le découpage du verset chez Rabbi Elazar et les deux niveaux de récompense.
18
רַבִּי אֶלְעָזָר בָּתַר דִּמְסַיֵּים צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתְּשַׁכֵּן בְּפוּרֵינוּ אַהֲבָה וְאַחְוָה וְשָׁלוֹם וְרֵיעוּת. וְתַרְבֶּה גְּבוּלֵנוּ בְּתַלְמִידִים וְתַצְלִיחַ סוֹפֵנוּ אַחֲרִית וְתִקְוָה. וְתָשִׂים חֶלְקֵנוּ בְּגַן עֵדֶן, וְתַקְּנֵנוּ בְּחָבֵר טוֹב וְיֵצֶר טוֹב בְּעוֹלָמֶךָ. וְנַשְׁכִּים וְנִמְצָא יִחוּל לְבָבֵנוּ לְיִרְאָה אֶת שְׁמֶךָ, וְתָבֹא לְפָנֶיךָ קוֹרַת נַפְשֵׁנוּ לְטוֹבָה״.

Rabbi Elazar, après avoir achevé sa prière, disait ceci : « Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de faire demeurer dans notre lot amour, fraternité, paix et amitié ; d'élargir notre domaine par des élèves et de faire réussir notre fin par un avenir et une espérance ; de placer notre part dans le jardin d'Éden et de nous établir avec un bon compagnon et un bon penchant dans Ton monde ; que nous nous levions tôt et trouvions notre cœur tendu vers la crainte de Ton nom, et que vienne devant Toi le contentement de notre âme, pour le bien. »

📜 Rachi (5)
בְּפוּרֵינוּ בְּגוֹרָלֵנוּ:
Dans notre lot.
אַחֲרִית וְתִקְוָה שֶׁתְּהֵא אַחֲרִיתֵנוּ טוֹבָה וְנִרְאֶה מַה שֶׁקִּוִּינוּ:
Que notre fin soit bonne et que nous voyions ce que nous avons espéré.
וְתַקְּנֵנוּ לְשׁוֹן תִּקּוּן:
Terme de tikoun, mise en ordre.
וְנַשְׁכִּים וְנִמְצָא יִחוּל לְבָבֵנוּ לְיִרְאָה אֶת שְׁמֶךָ שֶׁלֹּא יִתְגַּבֵּר עָלֵינוּ יֵצֶר הָרַע בְּהִרְהוּר הַלַּיְלָה לָסוּר מֵאַחֲרֶיךָ בַּיּוֹם אֶלָּא כְּשֶׁנַּשְׁכִּים בְּכָל בֹּקֶר נִמְצָא לְבָבֵנוּ מְיַיחֵל לְךָ:
Que le penchant au mal ne prenne pas le dessus sur nous par les pensées de la nuit, au point de nous écarter de Toi le jour ; mais que, nous levant chaque matin, nous trouvions notre cœur tendu vers Toi dans l'attente.
וְתָבֹא לְפָנֶיךָ קוֹרַת נַפְשֵׁנוּ כְּלוֹמַר סִפּוּק צָרְכֵנוּ וְקוֹרַת רוּחֵנוּ:
C'est-à-dire la satisfaction de nos besoins et l'apaisement de notre esprit.
🪔 Ben Yehoyada (3)
יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתְּשַׁכֵּן בְּפוּרֵינוּ אַהֲבָה וְאַחְוָה וְשָׁלוֹם וְרֵעוּת וְתַרְבֶּה גְּבוּלֵנוּ בְּתַלְמִידִים. פֵּירוּשׁ אַהֲבָה עִם אִשְׁתּוֹ, וְאַחֲוָה עִם קְרוֹבָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ, וְשָׁלוֹם עִם בְּנֵי אָדָם הַגְּדוֹלִים, וְרֵעוּת עִם בְּנֵי אָדָם הַדּוֹמִין לוֹ וְהַקְּטַנִּים מִמֶּנּוּ, גַּם אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ 'פֹּורִיָּה', שֶׁפָּרִין וְרָבִין עָלֶיהָ, פֵּירוּשׁ פָּרִין בִּזְכָרִים, וְרָבִין בִּנְקֵבוֹת, נִמְצָא פֹּורִיָּה כּוֹלֶלֶת אָב וָאֵם, בֵּן וּבַת, שֶׁהֵם כְּנֶגֶד ד' הֲוָיוֹת הַשֵּׁם ב"ה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי יח, כב) מָצָא אִשָּׁה מָצָא טוֹב וַיָּפֶק רָצוֹן מֵה', לְכָךְ נָקֵיט ד' תּוֹאֲרִים שֶׁל טוֹבָה הַנִּזְכָּרִים כְּנֶגֶד ד' הַנִּזְכָּרִים, וְאוֹמְרוֹ וְתִרְבֶּה גְּבוּלֵנוּ בְּתַלְמִידִים , רְצוֹנוֹ לוֹמַר תַּלְמִידִים שֶׁלִּי יִזְכּוּ גַּם כֵּן לְלַמֵּד אֲחֵרִים מִמַּה שֶׁלָּמְדוּ מִמֶּנִּי, וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ וּבָזֶה יִרְבֶּה גְּבוּלֵי עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמְרוּ בְּנֵי בָנִים הֲרֵי הֵם כְּבָנִים.
« Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de faire demeurer dans notre lot amour, fraternité, paix et amitié, et d'élargir notre domaine par des élèves. » Explication : l'amour avec sa femme, la fraternité avec ses proches et les gens de sa maison, la paix avec les hommes plus grands que lui, et l'amitié avec ceux qui lui ressemblent et ceux qui sont plus petits que lui. Nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit aussi : pourquoi l'appelle-t-on « pouria » ? Parce qu'on y fructifie et qu'on s'y multiplie — c'est-à-dire qu'on fructifie par des garçons et qu'on se multiplie par des filles. Il se trouve donc que « pouria » comprend le père et la mère, le fils et la fille, qui correspondent aux quatre lettres du Nom, béni soit-Il ; et comme on l'a dit sur le verset (Proverbes 18, 22) « qui a trouvé une femme a trouvé le bien et obtient la faveur de Hachem », il retient quatre termes de bien correspondant aux quatre que l'on vient de mentionner. Et ce qu'il dit, « et d'élargir notre domaine par des élèves », veut dire : que mes élèves méritent eux aussi d'enseigner à d'autres ce qu'ils ont appris de moi, et ainsi de suite ; par là mon domaine s'élargira, sur le mode de ce qu'ils ont dit, les fils des fils sont comme des fils.
וְתַצְלִיחַ סוֹפֵנוּ אַחֲרִית וְתִקְוָה. הִנֵּה אִם זֶה ר' אֶלְעָזָר הוּא ר' אֶלְעָזָר בֶּן שַׁמּוּעַ, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל, נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ הִתְפַּלֵּל כֵּן, כִּי הוּא אֶחָד מֵעֲשָׂרָה הֲרוּגֵי מַלְכוּת, אֲשֶׁר בַּהֲרִיגָתָם זָכוּ לְהַעֲלוֹת בְּגוּפָם מַמָּשׁ אֶת מ"ן דְּמַלְכוּת מַעֲלֶה, וּמֵאָז וְאֵילָךְ עַד יְמוֹת הַמָּשִׁיחַ הֵם הַמַּעְלִים מ"ן דְּמַלְכוּת לְמַעְלָה, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, וּבָזֶה מוּבָן מַה שֶׁהִתְפַּלֵּל תַּצְלִיחַ סוּפֵינוּ אַחֲרִית וְתִקְוָה עַל זְמַן הֲרִיגָתָם, וְעַל זְמַן שֶׁאַחַר כָּךְ עַד יְמוֹת הַמָּשִׁיחַ. גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד תַּצְלִיחַ סוֹפֵנוּ וְכוּ', עַל פִּי מַה שֶׁפֵּרַשְׁתִּי בס"ד בַּפָּסוּק הֵן גָּאַלְתִּי אֶתְכֶם אַחֲרִית כְּרֵאשִׁית, שֶׁפֵּרַשְׁתִּי הַכַּוָּנָה שֶׁהַגָּלוּת נִרְמַז בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת הָאָבוֹת שֶׁהֵם אי"י , שֶׁהוּא מְסַפֵּר אַךְ [21] , וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים עג, א) אַךְ טוֹב לְיִשְׂרָאֵל, שֶׁהַגָּלוּת הוּא לְטוֹבָתָם, וְהַגְּאוּלָּה נִרְמְזָה בְּסוֹף שְׁמוֹת הָאִמָּהוֹת, שֶׁהֵם שַׂר ה , רַבָּק ה , רח ל , לֹא ה , שֶׁסּוֹף שְׁמָם מִסְפַּר גְּאֻולָּה [45] , שֶׁהוּא מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִילּוּי אַלְפִין שֶׁעוֹלֶה מ"ה [45] , כְּמִנְיַן 'גְּאֻולָּה', וְהִנֵּה הַגָּלוּת הָרָמוּז בְּרֵאשִׁית שְׁמוֹת הָאָבוֹת, כְּבָר נִתְקַיֵּים, אַךְ הַגְּאֻולָּה שֶׁנִּרְמְזָה בְּאַחֲרִית שְׁמוֹת הָאִמָּהוֹת עֲדַיִין לֹא נִתְקַייְּמָה, וְלָזֶה אָמַר הֵן גָּאַלְתִּי אֶתְכֶם אַחֲרִית כְּרֵאשִׁית, כְּמוֹ שֶׁקִּיַּימְתִּי בָּכֶם הָרָאשִׁית, כֵּן אֲקַייֵּם בָּכֶם רֶמֶז הָאַחֲרִית, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (אִיּוֹב ח' ז') וְהָיָה רֵאשִׁיתְךָ מִצְעָר וְאַחֲרִיתְךָ יִשְׂגֶּה מְאֹד, כִּי אוֹתִיּוֹת שְׁמוֹת הָאָבוֹת וְהָאֲמָהוֹת הֵם צִינּוֹרוֹת הַשֶּׁפַע עָלֵינוּ, וְאִם הָיָה הָרָאשִׁית מִצַּעַר שֶׁהוּא מְסַפֵּר אַךְ [21] , לְשׁוֹן מִעוּט, הָאַחֲרִית שֶׁל שְׁמוֹת הָאִמָּהוֹת יִשְׁגֶּה שֶׁהוּא מְסַפֵּר אַךְ , לְשׁוֹן מִעוּט, הָאַחֲרִית שֶׁל שְׁמוֹת הָאִמָּהוֹת יִשְׁגֶּה מְאֹד, כִּי יַעֲלֶה מִסְפַּר מְאֹד [45] , הַמּוֹרֶה עַל מִסְפַּר גְּאֻולָּה [45] , וְלָזֶה אָמַר וְתַצְלִיחַ סוֹפֵנוּ אַחֲרִית, שֶׁנִּזְכֶּה לְהַשִּׂיג רֶמֶז הַנִּרְמָז בְּאַחֲרִית, וְאָמַר וְתִקְוָה , שֶׁהוּא 'תק וָהּ', דְּהַיְינוּ 'ת"ק' רֶמֶז לְעֵץ חַיִּים מַהֲלַךְ ת"ק שָׁנָה, שֶׁרָמוּז בְּמִילּוּי שֵׁם שַׁדַּי , וּפְגָם חֵטְא אדה"ר סִילֵּק הִשְׁפַּעְתָּ הֶאָרָה מִן הַתַּחְתּוֹנִים, וַאֲנַחְנוּ מְקֻויָּם שֶׁתַּחֲזֹור עֲטָרָה לְיָושְׁנָהּ וְנַשִּׂיג עֵץ הַחַיִּים שֶׁהוּא ת"ק, גַּם נַשִּׂיג שְׁאֵרִית הַשֵּׁם ב"ה, שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת ר"ה, וְזֶהוּ ת"ק ו"ה.
« Et de faire réussir notre fin par un avenir et une espérance. » Si ce Rabbi Elazar est Rabbi Elazar ben Chamoua, comme l'a écrit le Rav auteur du Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a prié ainsi parce qu'il est l'un des dix martyrs du royaume : par leur mise à mort, ils ont mérité d'élever dans leur corps même les mayin noukvin de la Malkhout vers le haut, et depuis lors jusqu'aux jours du Machiah ce sont eux qui élèvent les mayin noukvin de la Malkhout vers le haut, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie. Par là se comprend sa prière « fais réussir notre fin par un avenir et une espérance » : elle porte sur le temps de leur mise à mort et sur le temps qui suivra, jusqu'aux jours du Machiah. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'expliquer « fais réussir notre fin », etc., d'après ce que j'ai expliqué avec l'aide du Ciel sur le verset « voici, Je vous ai rachetés, la fin comme le commencement » : j'ai expliqué que l'exil est suggéré dans les initiales des noms des patriarches, alef, youd et youd, qui font le compte de « akh » (21) ; c'est pourquoi il est dit (Psaumes 73, 1) « akh, certes D.ieu est bon pour Israël » — l'exil est pour leur bien. Et la délivrance est suggérée dans les finales des noms des matriarches : Sara, Rivka, Rahel, Léa, dont les dernières lettres font le compte de « gueoula » (45), qui est le compte du Nom, béni soit-Il, dans son remplissage par des alefs, lequel s'élève à 45, comme le compte de « gueoula ». Or l'exil suggéré dans le commencement des noms des patriarches s'est déjà réalisé, tandis que la délivrance suggérée dans la fin des noms des matriarches ne s'est pas encore réalisée ; c'est pourquoi il est dit « voici, Je vous ai rachetés, la fin comme le commencement » : comme J'ai accompli en vous le commencement, ainsi J'accomplirai en vous l'allusion de la fin. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel (Job 8, 7), « ton commencement aura été peu de chose et ta fin grandira beaucoup » : les lettres des noms des patriarches et des matriarches sont les canaux de l'abondance vers nous ; si le commencement fut peu de chose, soit le compte de « akh » (21), terme de diminution, la fin, celle des noms des matriarches, grandira beaucoup, car elle atteindra le compte de « meod » (45), qui indique le compte de « gueoula » (45). C'est pourquoi il dit « fais réussir notre fin, un avenir » — que nous méritions d'atteindre ce qui est suggéré dans la fin. Et il dit « et une espérance » (tikva), que l'on peut lire « tak va » : « tak » (500) fait allusion à l'arbre de vie, d'une étendue de cinq cents ans, suggérée dans le remplissage du nom Chaddai ; l'atteinte de la faute d'Adam, le premier homme, a retiré l'effusion de cette clarté aux êtres d'en bas, et nous espérons que la couronne revienne à son état d'autrefois, que nous atteignions l'arbre de vie, qui est cinq cents, et que nous atteignions aussi le reste du Nom, béni soit-Il, qui est les lettres resh et hé — voilà « tak, vav-hé ».
ותשים חלקנו בגן־עדן. פירוש שאם אדם יחטא יהיה חלקו ושכרו אצל צדיק אחר, כי על זה מתפלל האדם בכל יום ושים חלקנו עמהם, כמו שכתב רבינו האר"י ז"ל, רצונו לומר שחלקו יהיה אצל צדיקים הבוטחים בשמך באמת, שאין רוצים להנות משל אחרים, כדי שבחזרתינו בתשובה ישיבו לנו את חלקינו בשכר מצות, ולא יהיה אצל צדיקים שלא ירצו להחזירו לנו אחר שזכו בו, וכל זה הבקשה נצרכה לאדם אשר יחטא, אבל אם אינו חוטא כלל יהיה חלקו ושכרו שמור לו בגן עדן, ולא יהיה מונח אצל אחרים, לכך כאן מתפלל ותשים חלקנו בגן־עדן, כלומר יהיה שמור לנו בגן עדן ולא יהיה אצל צדיקים אחרים, ואמר תקנינו בחבר טוב, פירוש נפש צדיק גדול שתביא לנו בסוד העיבור בעולם הזה שתסייענו בעבודת הקודש, ואומרו יצר טוב בעולמך, פירוש תשלח לנו יצר טוב מן היצירה שהיא עולמך, שתתייחס לשם הוי"ה ב"ה שהוא סוד תפארת, ולא יהיה מן העשיה, כי העשיה יש בה תערובת רוב רע כידוע, ואומר ונשכים ונמצא יחול לבבנו ליראה את שמך וכו', פירוש כי האדם בלילה פנוי מן עסקים, ולכן לבו מחשב ומהרהר בעסקים שיעשה למחר , ומוליד המצאות והכנות לענייניו, והצדיק כל מחשבות לבו הוא להוליד המצאות בנויים על היושר והאמת, ומי שאינו צדיק חושב מחשבות להוליד ערמות ותחבולות בדרך לא טוב, ולכן אמר נשכים בבוקר ונמצא י יחול לבבנו, כלומר אשר קוינו בלילה בהמצאות שחשבנו בלבבינו, הכל ליראה את שמך, דברים שהם נעשים על פי היראה והחכמה והיושר.
« Et de placer notre part dans le jardin d'Éden. » Explication : si un homme faute, sa part et sa récompense se trouveront auprès d'un autre juste ; c'est sur cela que l'homme prie chaque jour « et place notre part avec eux », comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie — c'est-à-dire que sa part soit auprès des justes qui se fient à Ton nom en vérité, qui ne veulent pas jouir du bien d'autrui, afin que, lorsque nous reviendrons en techouva, ils nous restituent notre part dans la récompense des mitsvot, et qu'elle ne se trouve pas auprès de justes qui ne voudraient pas nous la rendre après l'avoir acquise. Toute cette demande est nécessaire à l'homme qui faute ; mais s'il ne faute pas du tout, sa part et sa récompense lui seront gardées dans le jardin d'Éden et ne seront pas déposées auprès d'autres. C'est pourquoi il prie ici « et place notre part dans le jardin d'Éden », c'est-à-dire qu'elle nous soit gardée dans le jardin d'Éden et ne se trouve pas auprès d'autres justes. Il dit « et établis-nous avec un bon compagnon » : explication, l'âme d'un grand juste que Tu nous amènes par le secret du ibour (adjonction d'âme) en ce monde, pour qu'elle nous assiste dans le service saint. Et ce qu'il dit, « et un bon penchant dans Ton monde » : explication, envoie-nous un bon penchant issu de la Yetsira, qui est Ton monde, celui qui se rapporte au Nom, béni soit-Il, secret du Tiferet, et qu'il ne vienne pas de la Assia, car il y a dans la Assia un mélange où le mal domine, comme on le sait. Et il dit « que nous nous levions tôt et trouvions notre cœur tendu vers la crainte de Ton nom », etc. : explication, l'homme, la nuit, est libre de ses occupations, et son cœur calcule et médite alors les affaires qu'il traitera le lendemain, et il enfante des inventions et des préparatifs pour ses affaires ; le juste, lui, a toutes les pensées de son cœur tournées vers des inventions bâties sur la droiture et la vérité, tandis que celui qui n'est pas juste médite des pensées pour enfanter des ruses et des artifices par une voie qui n'est pas bonne. C'est pourquoi il dit : que nous nous levions tôt le matin et trouvions notre cœur tendu, c'est-à-dire que ce que nous avons espéré la nuit dans les inventions pensées en notre cœur soit tout entier tourné vers la crainte de Ton nom, choses faites selon la crainte, la sagesse et la droiture.
💡 Explication

Première des sept prières personnelles ajoutées après la Amida. Celle de Rabbi Elazar suit un ordre : la paix de la maison, la postérité d'étude, la fin des jours, la part au monde à venir, puis l'orientation du cœur au réveil. Le mot pour traduit par « lot » est glosé par Rachi au sens de part échue.

19
רַבִּי יוֹחָנָן בָּתַר דִּמְסַיֵּים צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתְּצַיֵּץ בְּבָשְׁתֵּנוּ, וְתַבִּיט בְּרָעָתֵנוּ, וְתִתְלַבֵּשׁ בְּרַחֲמֶיךָ, וְתִתְכַּסֶּה בְּעָזְּךָ, וְתִתְעַטֵּף בַּחֲסִידוּתָךְ, וְתִתְאַזֵּר בַּחֲנִינוּתֵךְ, וְתָבֹא לְפָנֶיךָ מִדַּת טוּבְךָ וְעִנְוְתָנוּתֶךְ״.

Rabbi Yo'hanan, après avoir achevé sa prière, disait ceci : « Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, que Tu regardes notre honte et voies notre malheur ; que Tu Te revêtes de Ta miséricorde et Te couvres de Ta puissance, que Tu T'enveloppes de Ta bienveillance et Te ceignes de Ta grâce ; et que vienne devant Toi la mesure de Ta bonté et de Ton humilité. »

📜 Rachi (1)
וְתַבִּיט בְּרָעָתֵנוּ תֵּדַע וְתִתֵּן לִבְּךָ בָּרָעָה הַבָּאָה עָלֵינוּ:
Que Tu saches et que Tu prennes à cœur le malheur qui vient sur nous.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, ה' אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתְּצַיֵּץ בְּבָשְׁתֵּנוּ, וְתַבִּיט בְּרָעָתֵנוּ וְתִתְלַבֵּשׁ בְּרַחֲמֶיךָ וְתִתְכַּסֶּה בְּעֻזֶּךָ, וְתִתְעַטֵּף בַּחֲסִידוּתָךְ, וְתִתְאַזֵּר בַּחֲנִינוֹתֶיךָ. פֵּירוּשׁ יִשְׂרָאֵל כְּשֶׁחוֹטְאִין אֲנוּסִין הֵם מיצה"ר, וְהַמִּבְחָן לָזֶה, כִּי אַחַר שֶׁיַּעֲשֶׂה הָעֲבֵירָה תֵּיכֶף יִתְחָרֵט , מַה שֶׁאֵין כֵּן אוּמוֹת הָעוֹלָם אַחַר שֶׁעוֹשִׂין הָעֲבֵירָה הֵם שְׂמֵחִים עַל אֲשֶׁר בָּאָה הָעֲבֵירָה לְיָדָם וְעָשׂוּ אוֹתָהּ, וּמֵאַחַר שֶׁהָאָדָם מִתְחָרֵט וּמִתְבַּיֵּישׁ בִּפְנֵי עַצְמוֹ אַחַר עֲשׂוֹתוֹ הָעֲבֵירָה, לְכָךְ רָאוּי הוּא שֶׁיִּמָּחֵל לוֹ הקב"ה עֲוֹנוֹ, כִּי זֶה מִבְחָן שֶׁהוּא הָיָה אָנוּס מִן היצה"ר בַּעֲוֹנוֹ, וְזֶה שֶׁאָמַר תְּצַיֵּץ בְּבָשְׁתֵּנוּ , שֶׁיִּהְיֶה לָנוּ אַחַר עֲשִׂיַּית הָעֲבֵירָה, וְאַחַר כָּךְ תַּבִּיט בְּרָעָתֵנוּ , הִיא הָעֲבֵירָה שֶׁעָשִׂינוּ אוֹתָהּ לָדוּן אוֹתָנוּ עָלֶיהָ, יַעַן כִּי מִן הַבּוּשָׁה יִתְאַמֵּת שֶׁאֲנַחְנוּ אֲנוּסִים הָיִינוּ בְּאוֹתָהּ עֲבֵירָה, וְאוֹמֵר וְתִתְלַבֵּשׁ בְּרַחֲמֶיךָ וְכוּ', נָקֵיט ד' תּוֹאֲרִים, רַחֲמֶיךָ, עֻזָּךְ, חֲסִידוּתָךְ, חֲנִינוֹתַיִךְ , כְּנֶגֶד הֶאָרוֹת, אַבָּא, וְאִימָּא, שֶׁהֵם חָכְמָה וּבִינָה וַאֲרִיךְ וְעַתִּיק שֶׁהֵם סוֹד כֶּתֶר, שֶׁהֵם נִרְמָזִים בְּאוֹתִיּוֹת י"ה, אֲשֶׁר אוֹת וָא"ו דְּשֵׁם הוי"ה, שֶׁהוּא סוֹד הַתִּפְאֶרֶת, מִתְלַבֵּשׁ וּמִתְכַּסֶּה וּמִתְעַטֵּף וּמִתְאַזֵּר בָּהֶם ודו"ק.
« Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, que Tu regardes notre honte et voies notre malheur ; que Tu Te revêtes de Ta miséricorde, Te couvres de Ta puissance, T'enveloppes de Ta bienveillance et Te ceignes de Ta grâce. » Explication : quand Israël faute, il y est contraint par le penchant au mal, et la preuve en est qu'aussitôt après avoir commis la faute il se repent, tandis que les nations du monde, après avoir commis la faute, se réjouissent que l'occasion leur en soit venue et qu'elles l'aient accomplie. Dès lors que l'homme se repent et a honte devant lui-même après avoir commis la faute, il convient que le Saint béni soit-Il lui pardonne sa faute, car c'est la preuve qu'il y a été contraint par le penchant au mal. C'est ce qu'il dit, « que Tu regardes notre honte », celle qui est notre après l'accomplissement de la faute, et ensuite « que Tu voies notre malheur », c'est-à-dire la faute que nous avons commise, pour nous juger à son sujet ; car par la honte se vérifie que nous avons été contraints dans cette faute. Et ce qu'il dit, « que Tu Te revêtes de Ta miséricorde », etc. : il retient quatre termes — Ta miséricorde, Ta puissance, Ta bienveillance, Ta grâce — correspondant aux clartés de Abba et Ima, qui sont 'Hokhma et Bina, et de Arikh et Atik, qui sont le secret du Keter, tous suggérés dans les lettres youd et hé, où la lettre vav du Nom, béni soit-Il, secret du Tiferet, se revêt, se couvre, s'enveloppe et se ceint. Examine bien.
💡 Explication

La prière de Rabbi Yo'hanan est bâtie sur quatre verbes de vêtement — se revêtir, se couvrir, s'envelopper, se ceindre — appliqués aux attributs de miséricorde. Le point de départ est la honte que l'homme éprouve après la faute, prise comme signe qu'il y a été entraîné plutôt que porte.

20
רַבִּי זֵירָא בָּתַר דִּמְסַיֵּים צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁלֹּא נֶחֱטָא וְלֹא נֵבוֹשׁ וְלֹא נִכָּלֵם מֵאֲבוֹתֵינוּ״.

Rabbi Zera, après avoir achevé sa prière, disait ceci : « Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, que nous ne fautions pas, que nous n'ayons pas honte et que nous ne soyons pas confus devant nos pères. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, ה' אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁלֹּא נְחַטֵּא, וְלֹא נֵבוֹשׁ, וְלֹא נִכְלָם מֵאֲבוֹתֵינוּ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד יֵשׁ נִקְרָא צַדִּיק שֶׁאֵין בְּמַעֲשָׂיו דָּבָר נֶחְשָׁב לְחֵטְא, אַךְ אִם תַּעֲרִיךְ אוֹתוֹ לְגַבֵּי צַדִּיקִים גְּדוֹלִים תִּמְצָא בְּמַעֲשָׂיו דְּבָרִים שֶׁנֶּחְשָׁבִים לְחֵטְא, וּלְכָךְ מִתְפַּלֵּל לֹא נְחַטֵּא, וְלֹא לְבַד בְּעֵרֶךְ הַדּוֹר הַזֶּה הַקְּטַנִּים נִהְיֶה כָּךְ, אֶלָּא לֹא נֵבוֹשׁ וְלֹא נִכְלָם גַּם מֵעֵרֶךְ אֲבוֹתֵינוּ, הֵם צַדִּיקִים הָרִאשׁוֹנִים, וְאָמַר לָשׁוֹן כָּפוּל 'לֹא נֵבוֹשׁ' בְּגַן עֵדֶן הַתַּחְתּוֹן, 'וְלֹא נִכְלָם' בְּגַן עֵדֶן הָעֶלְיוֹן.
« Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, que nous ne fautions pas, que nous n'ayons pas honte et que nous ne soyons pas confus devant nos pères. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'un homme est appelé juste lorsque ses actes ne comportent rien qui soit tenu pour une faute ; mais si tu le mets en regard des grands justes, tu trouveras dans ses actes des choses tenues pour des fautes. C'est pourquoi il prie « que nous ne fautions pas ». Et sa demande ne se limite pas au regard des petits de cette génération : « que nous n'ayons pas honte et ne soyons pas confus » même au regard de nos pères, qui sont les premiers justes. Il emploie une expression double : « que nous n'ayons pas honte » dans le jardin d'Éden d'en bas, « et que nous ne soyons pas confus » dans le jardin d'Éden d'en haut.
💡 Explication

La plus brève des sept prières. Elle mesure l'homme moins à la loi qu'à la génération qui l'a précédé : la honte visée est celle qu'on éprouverait en comparaison des premiers justes.

21
רַבִּי חִייָּא בָּתַר דִּמְצַלֵּי אָמַר הָכִי: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתְּהֵא תּוֹרָתְךָ אֻומָּנוּתֵנוּ, וְאַל יִדְוֶה לִבֵּנוּ, וְאַל יֵחָשְׁכוּ עֵינֵינוּ״.

Rabbi Hiya, après avoir prié, disait ceci : « Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, que Ta Tora soit notre métier, que notre cœur ne défaille pas et que nos yeux ne s'obscurcissent pas. »

💡 Explication

Trois demandes liées à l'étude : la Tora comme oumanout, occupation régulière et non passe-temps, puis les deux conditions physiques de cette occupation, la vigueur du cœur et la lumière des yeux.

22
רַב בָּתַר צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתִּתֵּן לָנוּ חַיִּים אֲרֻוכִּים, חַיִּים שֶׁל שָׁלוֹם, חַיִּים שֶׁל טוֹבָה, חַיִּים שֶׁל בְּרָכָה, חַיִּים שֶׁל פַּרְנָסָה, חַיִּים שֶׁל חִלּוּץ עֲצָמוֹת, חַיִּים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם יִרְאַת חֵטְא, חַיִּים שֶׁאֵין בָּהֶם בּוּשָׁה וּכְלִימָּה, חַיִּים שֶׁל עֹושֶׁר וְכָבוֹד, חַיִּים שֶׁתְּהֵא בָּנוּ אַהֲבַת תּוֹרָה וְיִרְאַת שָׁמַיִם, חַיִּים שֶׁתְּמַלֵּא לָנוּ אֶת כָּל מִשְׁאֲלוֹת לִבֵּנוּ לְטוֹבָה״.

Rav, après sa prière, disait ceci : « Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de nous donner une vie longue, une vie de paix, une vie de bien, une vie de bénédiction, une vie de subsistance, une vie de vigueur des os, une vie où il y ait crainte de la faute, une vie sans honte ni confusion, une vie de richesse et d'honneur, une vie où soient en nous l'amour de la Tora et la crainte du Ciel, une vie où Tu combles pour nous toutes les demandes de notre cœur pour le bien. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב, בָּתַר צְלוֹתֵיהּ, אֲמַר הָכִי: יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, ה' אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתִּתֵּן לָנוּ חַיִּים אֲרֻכִּים, חַיִּים שֶׁל שָׁלוֹם, חַיִּים שֶׁל טוֹבָה, חַיִּים שֶׁל בְּרָכָה, חַיִּים שֶׁל פַּרְנָסָה, חַיִּים שֶׁל חִלּוּץ עֲצָמוֹת, חַיִּים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם יִרְאַת חֵטְא, חַיִּים שֶׁאֵין בָּהֶם בּוּשָׁה וּכְלִימָּה, חַיִּים שֶׁל עֹשֶׁר וְכָבוֹד, חַיִּים שֶׁתְּהֵא בָּנוּ אַהֲבַת תּוֹרָה וְיִרְאַת שָׁמַיִם, חַיִּים שֶׁתְּמַלֵּא לָנוּ אֶת כָּל מִשְׁאֲלוֹת לִבֵּנוּ לְטוֹבָה. וּתְפִלָּתוֹ שֶׁל רַב שֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל י"א פְּעָמִים חַיִּים, נִרְאֶה לִי בס"ד י"א פְּעָמִים חַיִּים [68] עוֹלֶה תשמ"ח [748] , וּבָזֶה יוּבָן (דְּבָרִים כו, יא) ו שָׂמַחְתָּ בְכָל הַטּוֹב, (יְשַׁעְיָהוּ לה, י) וּפְדוּיֵי ה' יְשֻׁובוּן וּבָאוּ צִיּוֹן בְּרִנָּה ו שִׂמְחַת עוֹלָם עַל רֹאשָׁם.
« Rav, après sa prière, disait ceci : qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de nous donner une vie longue, une vie de paix, une vie de bien, une vie de bénédiction, une vie de subsistance, une vie de vigueur des os, une vie où il y ait crainte de la faute, une vie sans honte ni confusion, une vie de richesse et d'honneur, une vie où soient en nous l'amour de la Tora et la crainte du Ciel, une vie où Tu combles pour nous toutes les demandes de notre cœur pour le bien. » Quant à la prière de Rav, où il disait onze fois « vie », il me semble, avec l'aide du Ciel, que onze fois « 'hayim » (68) s'élève à 748, soit le compte de « tismah » (tu te réjouiras). Par là se comprend (Deutéronome 26, 11) « et tu te réjouiras de tout le bien », et (Isaie 35, 10) « les rachetés de Hachem reviendront et viendront à Sion dans le chant, et une joie éternelle sera sur leur tête ».
💡 Explication

La prière de Rav énumère onze fois le mot vie, chaque fois qualifié autrement. Cette formule est passée dans la bénédiction du mois récitée à la synagogue. Le Ben Ich Haï relève le compte des onze occurrences.

23
רַבִּי בָּתַר צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ וֵא-לֹהֵי אֲבוֹתֵינוּ, שֶׁתַּצִּילֵנוּ מֵעַזֵּי פָּנִים וּמֵעַזּוּת פָּנִים, מֵאָדָם רַע, וּמִפְגָּע רַע, מֵיצֵר רַע, מְחַבֵּר רַע, מִשְׁכָּן רַע, וּמִשָּׂטָן הַמַּשְׁחִית, וּמִדִּין קָשֶׁה וּמִבַּעַל דִּין קָשֶׁה, בֵּין שֶׁהוּא בֶּן בְּרִית בֵּין שֶׁאֵינוֹ בֶּן בְּרִית״.

Rabbi, après sa prière, disait ceci : « Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu et D.ieu de nos pères, de nous sauver des effrontés et de l'effronterie, d'un homme mauvais et d'un mauvais accident, d'un mauvais penchant, d'un mauvais compagnon, d'un mauvais voisin, du Satan destructeur, d'un jugement dur et d'un adversaire dur en justice, qu'il soit fils de l'alliance ou qu'il ne le soit pas. »

📜 Rachi (3)
מֵעַזֵּי פָּנִים שֶׁלֹּא יִתְגָּרוּ בֵּי:
Qu'ils ne me cherchent pas querelle.
וּמֵעַזּוּת פָּנִים שֶׁלֹּא יוֹצִיאוּ עָלַי לַעַז מַמְזֵרוּת:
Qu'on ne répande pas sur moi la rumeur d'une tare de naissance (mamzerout).
שֶׁאֵינוֹ בֶּן בְּרִית שֶׁאֵינוֹ מָהוּל:
Qui n'est pas circoncis.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, ה' אֱ-לֹהַי וֵא-לֹהֵי אֲבוֹתַי, שֶׁתַּצִּילֵנִי מֵעַזֵּי פָּנִים, וּמֵעַזּוּת פָּנִים, מֵאָדָם רַע, וּמִפְגָּע רַע, מְחַבֵּר רַע, מֵיצֵר רַע, מִשְׁכָּן רַע, וּמִשָּׂטָן הַמַּשְׁחִית, וּמִדִּין קָשֶׁה, וּמִבַּעַל דִּין קָשֶׁה. בֵּין שֶׁהוּא בֶּן בְּרִית וּבֵין שֶׁאֵינוֹ בֶּן בְּרִית. וּמַה שֶׁהִתְפַּלֵּל רַבִּי בְּלָשׁוֹן זֶה, דְּבֶן בְּרִית, וְאֵינוֹ בֶּן בְּרִית, נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם, דְּיָדוּעַ שֶׁרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ הוּא הָיָה בְּחִינַת הַיְּסוֹד, שֶׁהוּא הָיָה מִן הַחֲמִשָּׁה בְּחִינוֹת שֶׁל הַיְּסוֹד, כַּנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים, וְעַל כֵּן הִתְפַּלֵּל בְּכָךְ, כִּי בַּעֲלֵי עָרְלָה שֶׁאֵינָם בְּנֵי בְּרִית נֶגְדִּיִּים אֵלָיו וְיִתְגָּרוּ בּוֹ יוֹתֵר, וְהִתְפַּלֵּל מֵעַזֵּי פָּנִים, כְּעִנְיַן עַזּוּת אֵשֶׁת פּוֹטִיפַר שֶׁאָמְרָה שֶׁכָּבָה עִמִּי, וְעַזּוּת פָּנִים, כְּמוֹ עִנְיָן שֶׁעָשְׂתָה אַחַר כָּךְ שֶׁהוֹצִיאָה הַדִּבָּה בְּשֶׁקֶר וַתֹּאמֶר (בְּרֵאשִׁית לט יד) בָּא אֵלַי לִשְׁכַּב עִמִּי.
« Qu'il soit Ta volonté, Hachem mon D.ieu et D.ieu de mes pères, de me sauver des effrontés et de l'effronterie, d'un homme mauvais, d'un mauvais accident, d'un mauvais compagnon, d'un mauvais penchant, d'un mauvais voisin, du Satan destructeur, d'un jugement dur et d'un adversaire dur en justice, qu'il soit fils de l'alliance ou qu'il ne le soit pas. » Quant à la raison pour laquelle Rabbi a prié en ces termes, « fils de l'alliance » et « non fils de l'alliance », il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que notre saint maître relevait du niveau du Yessod : il était de ces cinq niveaux du Yessod mentionnés dans le Chaar HaGuilgoulim. C'est pourquoi il a prié ainsi, car les hommes de la orla, qui ne sont pas fils de l'alliance, lui sont opposés et le provoquent davantage. Il a prié d'être sauvé des effrontés, à la manière de l'effronterie de la femme de Potifar, qui dit « couche avec moi », et de l'effronterie, comme ce qu'elle fit ensuite en répandant une rumeur mensongère et en disant (Genèse 39, 14) « il est venu vers moi pour coucher avec moi ».
💡 Explication

La prière de Rabbi Yehouda HaNassi porte sur ce qui vient du dehors : les hommes, les rencontres, les procès. Rachi distingue deux effronteries : celle qui cherche querelle en face, et celle qui répand une rumeur sur la naissance. La dernière clause vise l'adversaire en justice, juif ou non.

24
וְאַף עַל גַּב דְּקָיְימִי קָצוֹצֵי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי.

Et cela bien que des gardes fussent postés auprès de Rabbi.

📜 Rachi (1)
ואע"ג דְּקָייְמִי קָצוֹצֵי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי שֶׁהָיוּ שׁוֹטְרִים עוֹמְדִין בְּמִצְוַת אַנְטוֹנִינוּס לְהַכּוֹת וּלְהִנָּקֵם בְּכָל הָעוֹמְדִים עָלָיו:
Des gardes se tenaient là, sur ordre d'Antonin, pour frapper tous ceux qui se dressaient contre lui et en tirer vengeance.
💡 Explication

Remarque de la Guemara : Rabbi disposait d'une protection officielle, et priait pourtant chaque jour d'être sauvé des effrontés. Rachi rattache ces gardes à Antonin.

25
רַב סָפְרָא בָּתַר צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתָּשִׂים שָׁלוֹם

Rav Safra, après sa prière, disait ceci : « Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, d'établir la paix

💡 Explication

La dernière prière du folio reste ouverte : la phrase de Rav Safra se poursuit au début du folio 17a, où elle demande la paix dans la famille d'en haut et dans la famille d'en bas.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).