Berakhot 17a — Le florilège des prières personnelles des maîtres après la tefila, les maximes qu'ils avaient toujours à la bouche, et la question du lichma : l'égalité du savant et de l'artisan, le mérite des femmes, et le monde à venir

Berakhot 17a

Sougya : Le folio achève d'abord la série des « yehi ratson » que chaque amora ajoutait après sa prière : Rabbi Alexandri demande le coin de lumière, puis nomme les deux obstacles qui empêchent l'homme de faire la volonté du Ciel — le levain dans la pâte et l'asservissement aux royaumes ; Rava se déclare poussière et vase de honte et demande d'être lavé sans souffrances ; Mar fils de Ravina demande la garde de sa langue ; Rav Chechet, au sortir d'un jeûne, demande que sa graisse et son sang amaigris tiennent lieu de sacrifice. La guemara passe ensuite aux maximes que les maîtres avaient constamment à la bouche : Rabbi Yo'hanan à la fin du livre d'Iyov, Rabbi Meir sur l'étude et la crainte, les sages de Yavne sur l'égalité du talmid 'hakham et de l'artisan, Abaye sur la ruse au service de la crainte du Ciel et sur le salut donné le premier.

Rava énonce alors le principe qui traverse tout le passage : la fin de la sagesse est la techouva et les bonnes actions, et le verset « lesoseihem » vise ceux qui agissent lichma. Rachi et les Tossefot doivent le concilier avec Pessahim 50b, qui encourage l'étude même chelo lichma.

Le folio se clôt sur le monde à venir selon Rav, sur la promesse faite aux femmes et la réponse de Rabbi Hiya à Rav sur leur mérite, puis sur les bénédictions que les disciples adressaient à leur maître en prenant congé, et la mahloket sur « alufenou messoubalim ».

Le florilège des prières personnelles après la tefila Chaque maître ajoutait sa demande propre à la fin de la prière fixe. Rabbi Alexandri (1re version) Nous placer dans un coin de lumière, non d'obscurité. Que le cœur ne défaille pas, que les yeux ne s'éteignent pas. Rav Hamnouna / Rabbi Alexandri (2e version) Notre volonté est de faire Ta volonté ; qui empêche ? Le levain dans la pâte et l'asservissement aux royaumes. Rava Poussière de mon vivant, vase de honte devant Toi. Lave mes fautes, mais non par souffrances et maladies. Mar fils de Ravina Garde ma langue du mal, que mon âme soit comme poussière. Ouvre mon cœur à Ta Torah, sauve-moi du mauvais penchant. Rav Chechet, au sortir d'un jeûne Du sacrifice on n'offrait que graisse et sang, et l'on était absous. Ma graisse et mon sang amaigris tiennent lieu d'offrande. Rabbi Yo'hanan, à la fin du livre d'Iyov Fin de l'homme : mourir ; fin de la bête : la chehita. Heureux qui a grandi dans la Torah et part avec un bon nom. Le point commun La tefila fixe une fois achevée, chacun formule ce qui lui manque en propre ; la guemara conserve ces ajouts comme un enseignement.
Les six prières personnelles conservées par le folio, avec la demande propre à chacune.
Le fil du lichma à travers le folio Une même question revient de segment en segment : que vaut une étude faite pour autre chose qu'elle-même. Prière du début du folio Que ceux qui étudient chelo lichma en viennent à étudier lichma. Sages de Yavne Celui qui fait beaucoup et celui qui fait peu sont égaux, pourvu qu'il dirige son cœur. Rava Le verset dit lesoseihem et non lessossim : ceux qui agissent lichma. Difficulté : Pessahim 50b Que l'homme s'occupe toujours de Torah et de mitsvot même chelo lichma, car de chelo lichma il vient à lichma. Réponse de Rachi et des Tossefot Ici : celui qui étudie pour provoquer ses compagnons (lekanter). Mieux vaudrait pour lui de n'avoir pas été créé. Là-bas Celui qui étudie pour être honoré. Son étude a une valeur, et elle le conduira à étudier lichma.
Deux sens de chelo lichma : provoquer autrui, condamné ici ; rechercher les honneurs, toléré à Pessahim 50b.
Les congés pris à la maison d'étude Deux formules que les disciples adressaient au maître au moment de partir. Chez Rabbi Ami (ou Rabbi Hanina) Une bénédiction longue, membre par membre : cœur, bouche, langue, paupières, yeux, visage, lèvres, reins, pas. Elle demande le monde présent et le monde à venir. Chez Rav Hisda (ou Rabbi Chmuel bar Nahmani) Un seul verset : alufenou messoubalim. Nos chefs sont chargés — Tehilim 144, 14. La guemara y attache aussitôt une mahloket sur le sens des deux mots. Mahloket sur alufenou messoubalim Premier avis : chefs dans la Torah, chargés de mitsvot. Second avis : chefs dans la Torah et les mitsvot, chargés de souffrances.
Les deux congés et la mahloket finale sur le verset des Tehilim.
1
בַּפָּמַלְיָא שֶׁל מַעְלָה. וּבְפָּמַלְיָא שֶׁל מַטָּה, וּבֵין הַתַּלְמִידִים הָעוֹסְקִים בְּתוֹרָתֶךָ בֵּין עוֹסְקִין לִשְׁמָהּ בֵּין עוֹסְקִין שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ. וְכָל הָעוֹסְקִין שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ יְהִי רָצוֹן שֶׁיְּהוּ עוֹסְקִין לִשְׁמָהּ״.

…dans la pamalia (cour, entourage) d'en haut et dans la pamalia d'en bas, et parmi les disciples qui s'occupent de Ta Torah, qu'ils s'en occupent lichma (pour elle-même) ou qu'ils s'en occupent chelo lichma. Et tous ceux qui s'en occupent chelo lichma, que ce soit Ta volonté qu'ils en viennent à s'en occuper lichma. »

📜 Rachi (2)
בַּפָּמַלְיָא שֶׁל מַעְלָה בַּחֲבוּרַת שָׂרֵי הָאֻומּוֹת שֶׁכְּשֶׁהַשָּׂרִים שֶׁל מַעְלָה יֵשׁ תַּגָּר בֵּינֵיהֶם תֵּיכֶף יֵשׁ קְטָטָה בֵּין הָאֻומּוֹת כְּדִכְתִיב וְעַתָּה אָשׁוּב לְהִלָּחֵם עִם שַׂר פָּרָס (דָּנִיֵּאל י׳:כ׳):
Dans l'assemblée des princes célestes des nations : lorsque les princes d'en haut ont une querelle entre eux, il y a aussitôt une dispute entre les nations, comme il est écrit « et maintenant je retourne combattre le prince de Perse » (Daniel 10, 20).
וּבְפָּמַלְיָא שֶׁל מַטָּה בַּחֲבוּרַת הַחֲכָמִים:
Dans l'assemblée des sages.
💡 Explication

Le segment achève la prière commencée au folio précédent. Le mot pamalia (du latin familia) désigne une cour, une suite. La pamalia d'en haut est, selon Rachi, l'assemblée des princes célestes des nations : leurs conflits se traduisent aussitôt en guerres ici-bas. La pamalia d'en bas est l'assemblée des sages.

La demande finale ouvre le thème qui traverse tout le folio : le rapport entre lichma (l'étude accomplie pour elle-même) et chelo lichma (l'étude accomplie pour un motif extérieur). La prière n'écarte pas ceux qui étudient chelo lichma ; elle demande qu'ils passent à l'autre état.

2
רַבִּי אָלֶכְּסַנְדְרִי בָּתַר צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתַּעֲמִידֶנּוּ בְּקֶרֶן אוֹרָה, וְאַל תַּעֲמִידֵנוּ בְּקֶרֶן חֲשֵׁכָה, וְאַל יַדְוֶה לִבֵּנוּ, וְאַל יַחְשְׁכוּ עֵינֵינוּ״. אִיכָּא דְאָמְרִי, הָא רַב הַמְנוּנָא מְצַלֵּי לַהּ. וְרַבִּי אָלֶכְּסַנְדְרִי בָּתַר דִּמְצַלֵּי אָמַר הָכִי: ״רִבּוֹן הָעוֹלָמִים, גָּלוּי וְיָדוּעַ לְפָנֶיךָ שֶׁרְצוֹנֵנוּ לַעֲשׂוֹת רְצוֹנְךָ, וּמִי מְעַכֵּב? — שְׂאוֹר שֶׁבָּעִיסָּה וְשִׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת. יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ שֶׁתַּצִּילֵנוּ מִיָּדָם, וְנָשׁוּב לַעֲשׂוֹת חֻוקֵּי רְצוֹנְךָ בְּלֵבָב שָׁלֵם״.

Rabbi Alexandri, après sa prière, disait ainsi : « Que ce soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de nous placer dans un coin de lumière et de ne pas nous placer dans un coin d'obscurité ; que notre cœur ne défaille pas et que nos yeux ne s'obscurcissent pas. » Certains disent que c'est Rav Hamnouna qui récitait cette prière, et que Rabbi Alexandri, après avoir prié, disait ainsi : « Maître des mondes, il est révélé et connu devant Toi que notre volonté est de faire Ta volonté ; et qui empêche ? Le levain qui est dans la pâte et l'asservissement aux royaumes.

Que ce soit Ta volonté de nous délivrer de leur main, et que nous revenions accomplir les décrets de Ta volonté d'un cœur entier. »

📜 Rachi (3)
בְּקֶרֶן אוֹרָה בְּזָוִית אוֹרָה:
Dans un angle de lumière.
וּמִי מְעַכֵּב שֶׁאֵין אָנוּ עוֹשִׂים רְצוֹנְךָ:
Qui empêche que nous ne fassions pas Ta volonté.
שְׂאוֹר שֶׁבָּעִיסָּה יֵצֶר הָרַע שֶׁבִּלְבָבֵנוּ הַמַּחְמִיצֵנוּ:
Le mauvais penchant qui est dans notre cœur et qui nous fait fermenter.
🪔 Ben Yehoyada (2)
יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, ה' אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתַּעֲמִידֶנּוּ בְּקֶרֶן אוֹרָה, וְאַל תַּעֲמִידֵנוּ בְּקֶרֶן חֲשֵׁכָה. נִרְאֶה לִי בס"ד קֶרֶן אוֹרָה הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם שֶׁהִיא סוֹד בִּינָה, דְּאֵינָהּ חֲסֵירָה, כִּי חָכְמָה וּבִינָה כַּחֲדָא נָפְקִין, וְכַחֲדָא שַׁרְיָין, וְהִיא תְּשׁוּבָה עִילָּאָה, וְקֶרֶן חֲשׁוּכָה הֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁהִיא סוֹד מַלְכוּת, וּמְקַבֶּלֶת אוֹרָהּ מִן הַתִּפְאֶרֶת כַּלְּבָנָה שֶׁהִיא חֲשׁוּכָה, וּמְקַבֶּלֶת אוֹר מִן הַשֶּׁמֶשׁ וְהִיא תְּשׁוּבָה תַּתָּאָה, וּמְבַקֵּשׁ שֶׁתְּזַכֵּנוּ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה עִלָּאָה, וְאוֹמְרוֹ בְּקֶרֶן, כִּי בַּעַל תְּשׁוּבָה בְּקֶרֶן זָוִית שֶׁל ה', וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (מְנָחוֹת כט:) לָמָּה תָּלֵי' כְּרָעֵיהּ דְּהֵ"א כִּי הֵיכִי דְּלִיטּוֹל בֵּיהּ בַּעַל תְּשׁוּבָה. אוֹ יוּבָן עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שׁוֹלֶטֶת הַיְּצִירָה בִּימֵי הַחֹול, אֲבָל בְּחוּץ לָאָרֶץ שׁוֹלֶטֶת הָעֲשִׂיָּה, וְיָדוּעַ שֶׁהַיְּצִירָה מְכֻונֵּית בְּשֵׁם 'אוֹר', וְהָעֲשִׂיָּה בְּשֵׁם 'חֹשֶׁךְ', וְלָזֶה אָמַר תַּעֲמִידֶנּוּ בְּקֶרֶן אוֹרָה , שֶׁתְּזַכֶּנּוּ לֵישֵׁב תָּמִיד בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְלֹא נֵשֵׁב בְּחוּץ לָאָרֶץ. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מ"ש בַּמִּדְרָשׁ בְּפִסְקָא (בַּמִּדְבָּר ב' ג') קֵדְמָה מִזְרָחָה דֶּגֶל מַחֲנֵה יְהוּדָה, אָמַר לֵיהּ הקב"ה לְמֹשֶׁה, מִזְרָח שֶׁמִּמֶּנּוּ אוֹר יוֹצְאָהּ לָעוֹלָם, יִהְיֶה כְּנֶגְדּוֹ יְהוּדָה שֶׁהוּא בַּעַל מַלְכוּת וְכוּ', וְעָלָיו יִשָּׂשכָר שֶׁהוּא בַּעַל תּוֹרָה וְכוּ', וְעָלָיו זְבוּלוּן שֶׁהוּא בַּעַל עֲשִׁירוּת וְכוּ', יְעַיֵּין שָׁם, נִמְצָא הַמִּזְרָח שֶׁהוּא קֶרֶן אוֹרָה לְעוֹלָם, יִתְייַחֲסוּ לוֹ ג' מַתָּנוֹת טוֹבוֹת, שֶׁהֵם תּוֹרָה וּמַלְכוּת וְעֹושֶׁר, אֲשֶׁר בְּאֵלֶּה הֵם עִיקַּר הַבְטָחוֹת יִשְׂרָאֵל לֶעָתִיד, וְלָזֶה אָמַר תַּעֲמִידֶנּוּ בְּקֶרֶן אוֹרָה, שֶׁנַּשִּׂיג הַבְטָחוֹת הַמִּתְייַחֲסִים לַמִּזְרָח, שֶׁהוּא קֶרֶן אוֹרָה שֶׁל הָעוֹלָם, וְאַל תַּעֲמִידֶנּוּ בְּקֶרֶן חֲשׁוּכָה הַצָּפוֹן שֶׁמִּשָּׁם הַחֹשֶׁךְ הוּא הָרַע, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יִרְמְיָהוּ א, יד) מִצָּפוֹן תִּפָּתַח הָרָעָה. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹרָה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁנִּכְתְּבָה בַּתּוֹרָה, הוּא אוֹר בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית א' ג') יְהִי אוֹר, וְהַזָּוִית שֶׁל אוֹר הַנִּזְכָּר הוּא תֵּיבַת שֶׁעוֹמֶדֶת בְּצִידָּהּ, וּבָהּ רָמוּז כ"ה אוֹרוֹת כְּמִנְיַן יְהִי [25] , כַּנּוֹדָע, וְעַל זֶה אָמַר אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה (בְּרֵאשִׁית כב, ה) וַאֲנִי וְהַנַּעַר נֵלְכָה עַד כֹּה , וְלָזֶה אָמַר (בַּמִּדְבָּר ו, כג) כֹּה תְבָרֲכוּ אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וּלְכָךְ מְבַקֵּשׁ תַּעֲמִידֶנּוּ בְּקֶרֶן אוֹרָה , הֵם כ"ה אוֹרוֹת הָרְמוּזִים בְּתֵיבַת 'יְהִי', וְאַל תַּעֲמִידֵנוּ בְּקֶרֶן חֲשֵׁכָה , כִּי חֹשֶׁךְ הָרִאשׁוֹן הַנִּכְתָּב בַּתּוֹרָה הוּא בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית א' ב') תֹהוּ וָבֹהוּ וְחֹשֶׁךְ עַל פְּנֵי תְהוֹם, וְקֶרֶן שֶׁל חֹשֶׁךְ זֶה הוּא תֵּיבַת וָבֹהוּ, אֲשֶׁר מַשְׁמָעוּתוֹ שֶׁהָאָדָם יְהֵא תּוֹהֶה וּבְהָהּ. אוֹ יוּבָן בס"ד הַשָּׂכָר נִקְרָא קֶרֶן , כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (שַׁבָּת קכז.) 'וְהַקֶּרֶן קַייֶּמֶת לוֹ לָעוֹלָם הַבָּא', וְיֵשׁ אָדָם לוֹקֵחַ שָׂכָר מִשֶּׁלּוֹ מַה שֶׁטָּרַח בַּתּוֹרָה וּמִצְוֹת, וְיֵשׁ לוֹקֵחַ מִשֶּׁל אֲחֵרִים, אִם סְפָרוֹ עָלָיו לָשׁוֹן הָרַע, אוֹ בִּיְּישׁוּהוּ, שֶׁאֵין זֶה שְׂכַר מִצְוֹת שֶׁלּוֹ, וְיֵשׁ הֶפְרֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה, כִּי זֶה מֵאִיר וְזֶה אֵינוֹ מֵאִיר, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ בְּמַלְבּוּשֵׁי נִשְׁמוֹת הַנָּשִׁים בְּגַן עֵדֶן, דְּלָבְשִׁי מַלְבּוּשֵׁי גּוֹבְרִין אַךְ לָא נַהֲרִין כָּל כָּךְ, וּפֵרַשְׁנוּ הַטַּעַם, דְּמַלְבּוּשִׁים אֵלּוּ הֵם מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה, וְהַנָּשִׁים אֵין לָהֶם מִשֶּׁלָּהֶם אֶלָּא מִמַּה שֶׁלָּקְחוּ מִבַּעֲלֵיהֶם, לְכָךְ אֵינָם מְאִירִים כְּמוֹ שֶׁלָּהֶם מַמָּשׁ, וְלָזֶה אָמַר הַעֲמִידֶנּוּ בְּקֶרֶן אוֹרָה, שָׂכָר שֶׁל תּוֹרָה וּמִצְוֹת שֶׁהוּא מֵאִיר, וְאַל תַּעֲמִידֶנּוּ בְּקֶרֶן חֲשׁוּכָה, שָׂכָר שֶׁל אֲחֵרִים שֶׁהוּא חָשׁוּךְ, שֶׁלֹּא נִצְטָרֵךְ אֵלָיו, וְאַל יַדְוֶה לִבֵּנוּ מִצַּד קִיּוּם הַמִּצְוֹת וְאַל יֵחָשְׁכוּ עֵינֵינוּ בַּתּוֹרָה.
« Que ce soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de nous placer dans un coin de lumière et de ne pas nous placer dans un coin d'obscurité. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le coin de lumière est le premier hei du Nom, qui est le sod (secret) de Bina : celui-là n'est pas déficient, car 'Hokhma et Bina sortent ensemble et résident ensemble, et c'est la techouva supérieure. Le coin d'obscurité est le hei final, qui est le sod de Malkhout : elle reçoit sa lumière de Tiferet comme la lune, qui est obscure et reçoit sa lumière du soleil, et c'est la techouva inférieure. On demande donc d'être rendu digne d'accomplir la techouva supérieure. Et il dit « dans un coin » (bekeren), car le baal techouva se tient dans l'angle du hei, comme ils ont dit dans la guemara (Menahot 29b) : pourquoi la jambe du hei est-elle suspendue ? Afin que le baal techouva puisse y entrer. On peut aussi le comprendre d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie : en terre d'Israël c'est le monde de Yetsira qui domine les jours de semaine, mais hors de la terre c'est celui d'Assia ; or on sait que Yetsira est désignée par le nom « lumière » et Assia par le nom « obscurité ». C'est pourquoi il dit « place-nous dans un coin de lumière » : accorde-nous de résider toujours en terre d'Israël et de ne pas résider hors de la terre. On peut encore le comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce que dit le Midrach sur le passage (Bamidbar 2, 3) « à l'orient, vers le levant, la bannière du camp de Yehouda » : le Saint, béni soit-Il, dit à Moche : l'orient, d'où la lumière sort vers le monde, aura en face de lui Yehouda qui détient la royauté, et près de lui Issakhar qui détient la Torah, et près de lui Zevouloun qui détient la richesse — voir là-bas. Il se trouve que l'orient, qui est le coin de lumière du monde, se voit rattacher trois bons dons : la Torah, la royauté et la richesse, en quoi consiste l'essentiel des promesses faites à Israël pour l'avenir. C'est pourquoi il dit « place-nous dans un coin de lumière » : que nous obtenions les promesses rattachées à l'orient, coin de lumière du monde ; « et ne nous place pas dans un coin d'obscurité », le nord, d'où vient l'obscurité qui est le mal, comme il est dit (Yirmiya 1, 14) « du nord s'ouvrira le malheur ». Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la première lumière écrite dans la Torah est le « or » du verset (Berechit 1, 3) « que la lumière soit » ; l'angle de cette lumière est le mot qui se tient à son côté, et il y est fait allusion à vingt-cinq lumières, selon la valeur numérique de « yehi » (25), comme on le sait. C'est de cela qu'Avraham notre père, la paix sur lui, a dit (Berechit 22, 5) « moi et le jeune homme irons jusqu'à ko » ; et c'est pour cela qu'il est dit (Bamidbar 6, 23) « ko tevarkhou — ainsi vous bénirez les enfants d'Israël ». C'est pourquoi il demande « place-nous dans un coin de lumière », les vingt-cinq lumières allusionnées dans le mot « yehi » ; « et ne nous place pas dans un coin d'obscurité », car la première obscurité écrite dans la Torah est dans le verset (Berechit 1, 2) « tohou vavohou, et l'obscurité sur la face de l'abîme », et l'angle de cette obscurité est le mot « vavohou », dont le sens est que l'homme demeure hébété et vide. On peut encore le comprendre, avec l'aide du Ciel, ainsi : la récompense est appelée « keren » (capital), comme ils ont dit (Chabbat 127a) « et le capital lui demeure pour le monde à venir ». Or il y a l'homme qui prend une récompense qui est la sienne, pour sa peine dans la Torah et les mitsvot, et celui qui prend de la récompense d'autrui, quand on a parlé de lui en mal ou qu'on l'a humilié, ce qui est étranger à la récompense de ses propres mitsvot. Il y a une différence entre les deux : l'une éclaire, l'autre n'éclaire pas. Ainsi qu'ils ont dit dans le saint Zohar au sujet des vêtements des âmes des femmes au Gan Éden : elles revêtent les vêtements des hommes, mais ceux-ci n'éclairent pas autant. Nous en avons expliqué la raison : ces vêtements viennent de l'occupation de la Torah, et les femmes n'en ont pas en propre, seulement ce qu'elles ont pris de leurs maris ; c'est pourquoi ils n'éclairent pas comme les leurs propres. C'est ce qu'il dit : « place-nous dans un coin de lumière », la récompense de la Torah et des mitsvot, qui éclaire ; « et ne nous place pas dans un coin d'obscurité », la récompense d'autrui, qui est obscure, afin que nous n'en ayons pas besoin. « Que notre cœur ne défaille pas » du côté de l'accomplissement des mitsvot, « et que nos yeux ne s'obscurcissent pas » dans la Torah.
יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, ה' אֱ-לֹהֵינוּ, שֶׁתַּכְנִיעֵם מִלְּפָנֵינוּ וּמֵאַחֲרֵינוּ. נִרְאֶה לִי בס"ד היצה"ר נִכְנָע מִזִּכְרוֹן וְהִסְתַּכְּלוּת עַל זְמַן הֶעָבַר שֶׁבָּא מִטִּיפָּה סְרוּחָה, וְעַל לְהַבָּא שֶׁהוֹלֵךְ לִמְקוֹם עָפָר, כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַתַּנָּא (אָבוֹת פֶּרֶק ג' מִשְׁנָה א') הִסְתַּכֵּל בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים וְכוּ', אוֹ שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה עַכָּבוֹת לְפָנֵינוּ כְּשֶׁנִּבָּא לַעֲשׂוֹת דְּבַר מִצְוָה, וְלֹא יִדְחֶה אוֹתָנוּ מֵאֲחוֹרֵינוּ לִמְקוֹם עֲבֵירָה, אוֹ הַכַּוָּנָה הֵן בְּעִנְייְנֵי עוֹלָם הַבָּא שֶׁהִיא לְפָנֵינוּ וְהֵן בְּעִנְייְנֵי עוֹלָם הַזֶּה שֶׁהִיא מֵאַחֲרֵינוּ.
« Que ce soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de les soumettre devant nous et derrière nous. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mauvais penchant est soumis par le souvenir et la considération du temps passé, dont l'homme vient d'une goutte putride, et de l'avenir, où il s'en va vers un lieu de poussière, comme l'a dit le Tana (Avot 3, 1) « considère trois choses… ». Ou bien : qu'il ne dresse pas d'obstacles devant nous lorsque nous venons accomplir une mitsva, et qu'il ne nous pousse pas par-derrière vers un lieu de transgression. Ou encore, l'intention porte à la fois sur les affaires du monde à venir, qui est devant nous, et sur les affaires de ce monde, qui est derrière nous.
💡 Explication

La guemara enregistre deux versions. Selon la première, Rabbi Alexandri demandait la lumière ; selon la seconde, cette formule appartenait à Rav Hamnouna et Rabbi Alexandri en disait une autre.

La seconde prière nomme deux obstacles. Le levain qui est dans la pâte (seor chebeissa) désigne, selon Rachi, le mauvais penchant logé dans le cœur, qui fait aigrir l'homme du dedans. L'asservissement aux royaumes (chi'boud malkhouyot) est l'entrave extérieure, la domination politique. L'homme se déclare donc pris entre une contrainte interne et une contrainte externe, alors même que sa volonté profonde reste droite.

🖼️ Schéma
Notre volonté est de faire Ta volonté : qui empêche ? Point de départ : la volonté profonde est droite Il est révélé et connu devant Toi que notre volonté est de faire Ta volonté. Obstacle intérieur Le levain qui est dans la pâte. Rachi : le mauvais penchant dans notre cœur, qui nous fait fermenter. Obstacle extérieur L'asservissement aux royaumes. La domination politique qui prend le temps et les forces de l'homme. Demande : délivre-nous de leur main, et nous reviendrons accomplir Tes décrets d'un cœur entier.
Les deux entraves nommées par la prière, l'une dans le cœur, l'autre dans l'histoire.
3
רָבָא בָּתַר צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״אֱ-לֹהַי, עַד שֶׁלֹּא נוֹצַרְתִּי אֵינִי כְּדַאי, וְעַכְשָׁיו שֶׁנּוֹצַרְתִּי כְּאִלּוּ לֹא נוֹצַרְתִּי. עָפָר אֲנִי בְּחַיַּי, קַל וָחֹומֶר בְּמִיתָתִי, הֲרֵי אֲנִי לְפָנֶיךָ כִּכְלִי מָלֵא בּוּשָׁה וּכְלִימָּה. יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי, שֶׁלֹּא אֶחֱטָא עוֹד, וּמַה שֶּׁחָטָאתִי לְפָנֶיךָ מָרֵק בְּרַחֲמֶיךָ הָרַבִּים, אֲבָל לֹא עַל יְדֵי יִסּוּרִין וָחֳלָאִים רָעִים״. וְהַיְינוּ וִידּוּי דְּרַב הַמְנוּנָא זוּטֵי בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי.

Rava, après sa prière, disait ainsi : « Mon D.ieu, avant que je fusse formé je n'en étais pas digne, et maintenant que j'ai été formé c'est comme si je n'avais pas été formé. Poussière je suis de mon vivant, à plus forte raison dans ma mort.

Me voici devant Toi comme un vase rempli de honte et de confusion. Que ce soit Ta volonté, Hachem mon D.ieu, que je ne pèche plus, et ce que j'ai fauté devant Toi, efface-le dans Ta grande miséricorde, mais non par des souffrances ni par des maladies mauvaises. » Et c'est là la confession de Rav Hamnouna Zouti au jour de Kippour.

📜 Rachi (4)
אֵינִי כְּדַאי לֹא הָיִיתִי חָשׁוּב וְהָגוּן לִהְיוֹת נוֹצָר:
Je n'étais pas assez important ni digne pour être formé.
וְעַכְשָׁיו שֶׁנּוֹצַרְתִּי מָה חֲשִׁיבוּתִי הֲרֵי אֲנִי כְּאִילּוּ לֹא נוֹצַרְתִּי:
Quelle est mon importance ? Me voici comme si je n'avais pas été formé.
ק"ו שֶׁבְּמִיתָתִי עָפָר אֲנִי:
À plus forte raison : dans ma mort je suis poussière.
מָרָק כָּלֶה וְהָתָם:
Fais disparaître et achève.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֱ-לֹהַי, עַד שֶׁלֹּא נוֹצַרְתִּי אֵינִי כְּדַאי. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, מַעֲשֵׂה הַמִּצְוֹת, עוֹשֶׂה תִּיקּוּן בַּעֲשִׂיָּה שֶׁהִיא סוֹד נֶפֶשׁ, וְלִימּוּד הַתּוֹרָה עוֹשֶׂה תִּיקּוּן בִּיצִירָה שֶׁהִיא סוֹד רוּחַ, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַטַּעַם שֶׁלֹּא נִתְּנָה תּוֹרָה אֶלָּא לְיִשְׂרָאֵל, וְלֹא עָשָׂה כֵן לְכָל גּוֹי, כִּי אֻומּוֹת הָעוֹלָם אֵין לָהֶם אֶלָּא רַק בְּחִינַת נֶפֶשׁ, בְּסוֹד מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי יט, ב) גַּם בְּלֹא דַעַת נֶפֶשׁ לֹא טוֹב, מַה שֶׁאֵין כֵּן יִשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם נר"ן מִן הַקְּדֻושָּׁה, וְלָכֵן אוּמוֹת הָעוֹלָם נָתַן לָהֶם קְצָת מִצְוֹת מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ לָהֶם נֶפֶשׁ בְּמִקְצָת אֲבָל תּוֹרָה אֵין לָהֶם כִּי אֵין לָהֶם בְּחִינַת רוּחַ כְּלָל וְעִיקָּר, וְזֶה שֶׁאָמַר עַד שֶׁלֹּא נוֹצַרְתִּי רְצוֹנוֹ לוֹמַר, אִם לֹא הָיָה לָנוּ אֲחִיזָה וְקֶשֶׁר בִּיצִירָה אֵינִי כְּדַאי לִלְמֹוד תּוֹרָה, וְעַכְשָׁיו שֶׁנּוֹצַרְתִּי כְּאִלּוּ לֹא נוֹצַרְתִּי, יַעַן כִּי אֵין אֲנִי עוֹסֵק בַּתּוֹרָה שֶׁהִיא תִּיקּוּן הַיְּצִירָה כָּרָאוּי, וְאָמַר עוֹד עָפָר אֲנִי בְּחַיַּי, דְּאַף עַל גַּב דְּהָאָדָם יֵשׁ לוֹ גּוּף וְנֶפֶשׁ, עִם כָּל זֶה לִהְיוֹתוֹ נוֹטֶה אֶל הַחֹומֶר יוֹתֵר לְכָךְ נִקְרָא עָפָר, וְקַל וָחֹמֶר בְּמִיתָתִי שֶׁהוּא עָפָר מַמָּשׁ, וְאָמַר כִּכְלִי מָלֵא בּוּשָׁה וּכְלִמָּה, שֶׁהַגּוּף מָלֵא מוֹתָרוֹת הַסְּרוּחִים, הֵן שֶׁל אֲכִילָה, הֵן שֶׁל שְׁתִיָּה.
« Mon D.ieu, avant que je fusse formé je n'en étais pas digne. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on l'expliquera d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie : l'accomplissement des mitsvot opère une réparation dans Assia, qui est le sod (secret) du nefech, et l'étude de la Torah opère une réparation dans Yetsira, qui est le sod du roua'h. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle la Torah n'a été donnée qu'à Israël, et qu'il n'en a pas fait autant pour aucune nation : les nations du monde n'ont que l'aspect du nefech, selon le sod de ce que dit le verset (Michle 19, 2) « même sans connaissance, une âme n'est pas bonne », tandis qu'Israël possède nefech, roua'h et nechama issus de la sainteté. C'est pourquoi les nations ont reçu quelques mitsvot, parce qu'elles ont une part de nefech, mais elles n'ont pas la Torah, car elles n'ont d'aucune façon l'aspect du roua'h. Et c'est ce qu'il dit : « avant que je fusse formé », c'est-à-dire, si nous n'avions ni prise ni attache dans Yetsira, je ne serais pas digne d'étudier la Torah ; « et maintenant que j'ai été formé, c'est comme si je n'avais pas été formé », parce que je ne m'occupe pas comme il convient de la Torah, qui est la réparation de Yetsira. Il dit encore « poussière je suis de mon vivant » : bien que l'homme ait un corps et une âme, comme il penche davantage vers la matière il est appelé poussière ; « et à plus forte raison dans ma mort », où il est poussière au sens propre. Et il dit « comme un vase rempli de honte et de confusion », car le corps est rempli de résidus putrides, ceux de la nourriture comme ceux de la boisson.
💡 Explication

La prière de Rava se compose de deux mouvements. D'abord un abaissement progressif : avant la création, indignité ; après la création, insignifiance ; de son vivant, poussière ; à plus forte raison dans la mort. Puis la demande.

Le verbe marek est rendu par Rachi au sens d'achever, de faire disparaître entièrement. La demande porte donc sur un effacement complet de la faute, avec une réserve explicite sur le moyen : que ce ne soit pas au prix de souffrances. La guemara signale enfin que cette formule est devenue le vidouy (confession) récité par Rav Hamnouna Zouti à Kippour ; elle figure aujourd'hui encore dans la liturgie de ce jour.

🖼️ Schéma
La prière de Rava : quatre degrés d'abaissement, puis une demande Avant la création Je n'en étais pas digne. Après la création Comme si je n'étais pas. De mon vivant Poussière. Dans la mort À plus forte raison. Image finale de l'abaissement Me voici devant Toi comme un vase rempli de honte et de confusion. Demande Ne plus pécher ; effacer par la grande miséricorde ce qui fut fauté. Réserve sur le moyen Mais non par des souffrances ni par des maladies mauvaises.
L'abaissement conduit à la demande, et la demande porte aussi sur le moyen de l'expiation.
4
מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא כִּי הֲוָה מְסַיֵּים צְלוֹתֵיהּ אָמַר הָכִי: ״אֱ-לֹהַי, נְצֹור לְשׁוֹנִי מֵרָע וְשִׂפְתוֹתַי מִדַּבֵּר מִרְמָה, וְלִמְקַלְּלֵי נַפְשִׁי תִּדֹּום, וְנַפְשִׁי כֶּעָפָר לַכֹּל תִּהְיֶה. פְּתַח לִבִּי בְּתוֹרָתְךָ, וּבְמִצְוֹתֶיךָ תִּרְדֹּוף נַפְשִׁי. וְתַצִּילֵנִי מְפַגֵּעַ רַע, מִיֵּצֶר הָרַע, וּמֵאִשָּׁה רָעָה, וּמִכָּל רָעוֹת הַמִּתְרַגְּשׁוֹת לָבֹא בָּעוֹלָם. וְכָל הַחוֹשְׁבִים עָלַי רָעָה מְהֵרָה הָפֵר עֲצָתָם וְקַלְקֵל מַחְשְׁבוֹתָם. יִהְיוּ לְרָצוֹן אִמְרֵי פִי וְהֶגְיוֹן לִבִּי לְפָנֶיךָ ה׳ צוּרִי וְגֹואֲלִי״.

Mar fils de Ravina, lorsqu'il achevait sa prière, disait ainsi : « Mon D.ieu, garde ma langue du mal et mes lèvres de proférer la tromperie ; que devant ceux qui me maudissent mon âme se taise, et que mon âme soit comme la poussière pour tous. Ouvre mon cœur à Ta Torah, et que mon âme poursuive Tes commandements.

Délivre-moi d'un mauvais accident, du mauvais penchant, d'une mauvaise femme et de tous les maux qui font irruption dans le monde. Et tous ceux qui méditent contre moi le mal, romps vite leur dessein et déjoue leurs pensées.

Que les paroles de ma bouche et la méditation de mon cœur trouvent grâce devant Toi, Hachem mon rocher et mon libérateur. »

🗂️ Tossefot (1)
וְנַפְשִׁי כֶּעָפָר לַכֹּל תִּהְיֶה מֶה עָפָר אֵינוֹ מְקַבֵּל כְּלָיָה לְעוֹלָם כֵּן יְהִי רָצוֹן שֶׁזַּרְעִי לֹא יִכְלֶה לְעוֹלָם כְּמוֹ שֶׁהוּא אוֹמֵר וְהָיָה זַרְעֲךָ כַּעֲפַר הָאָרֶץ:
De même que la poussière ne subit jamais de destruction, ainsi que ce soit Ta volonté que ma descendance ne soit jamais détruite, selon ce qui est dit « et ta descendance sera comme la poussière de la terre » (Berechit 28, 14).
💡 Explication

Cette prière est passée telle quelle dans la liturgie : elle conclut aujourd'hui encore la amida quotidienne, sous le nom d'Elokai netsor. Elle s'ouvre sur la garde de la parole, passe à l'effacement de soi devant l'offense, puis demande l'ouverture à la Torah et la protection contre quatre dangers.

Les Tossefot s'arrêtent sur l'image « que mon âme soit comme la poussière pour tous ». Ils y lisent une seconde intention : la poussière ne subit jamais de destruction, si bien que la formule contient aussi une demande de pérennité pour la descendance.

5
רַב שֵׁשֶׁת כִּי הֲוָה יָתֵיב בְּתַעֲנִיתָא, בָּתַר דִּמְצַלֵּי אָמַר הָכִי: ״רִבּוֹן הָעוֹלָמִים, גָּלוּי לְפָנֶיךָ בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם, אָדָם חוֹטֵא — וּמַקְרִיב קָרְבָּן. וְאֵין מַקְרִיבִין מִמֶּנּוּ, אֶלָּא חֶלְבּוֹ וְדָמוֹ, וּמִתְכַּפֵּר לוֹ. וְעַכְשָׁיו יָשַׁבְתִּי בְּתַעֲנִית וְנִתְמַעֵט חֶלְבִּי וְדָמִי, יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ שֶׁיְּהֵא חֶלְבִּי וְדָמִי שֶׁנִּתְמַעֵט כְּאִילּוּ הִקְרַבְתִּיו לְפָנֶיךָ עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ, וְתִרְצֵנִי״.

Rav Chechet, lorsqu'il se tenait en jeûne, disait ainsi après avoir prié : « Maître des mondes, il est révélé devant Toi qu'au temps où le Temple est debout, un homme pèche et apporte un sacrifice ; et l'on n'en offre que sa graisse et son sang, et il lui est pardonné. Et maintenant, je me suis tenu en jeûne et ma graisse et mon sang ont diminué.

Que ce soit Ta volonté que ma graisse et mon sang qui ont diminué soient comme si je les avais offerts devant Toi sur l'autel, et agrée-moi. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, שֶׁיְּהֵא חֶלְבִּי וְדָמִי שֶׁנִּתְמַעֵט, כְּאִלּוּ הִקְרַבְתִּיו לְפָנֶיךָ. נִרְאֶה לִי בס"ד כָּל זֶה בְּאוֹתִיּוֹת אָדָם , לְכָךְ בַּקָּרְבָּנוֹת נִזְכַּר שֵׁם 'אָדָם', וְהַיְינוּ אוֹתִיּוֹת דָּם דָּא דָּם נִרְמַז בָּהֶם הַ'דֹּם', וּבְמִילּוּי הַ'מֵּ" ם ' נִרְמַז חֵלֶב [40] בְּמִסְפַּר מֵ"ם [40] , וּבְמִילּוּי הַדָּלֶ"ת נִרְמְזָה הַנֶּפֶשׁ, כִּי מִלּוּי ד ל"ת [430] גֵּי' נֶפֶשׁ [430] שֶׁצָּרִיךְ לְצָרֵף עִם חֵלֶב דָּם, אֶת הַנֶּפֶשׁ, וּבְאוֹת אָלֶ"ף ד א דָּם, רֶמֶז שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה שֶׁהוּא מִסְפַּר כ"ו [26] , וְאוֹת אָלֶף הוּא וָא"ו וּשְׁנֵי יודי"ן כְּמִנְיַן כ"ו, וְכָל הַקְרָבָה צְרִיכָה לִהְיוֹת לְשֵׁם הוי"ה, לְכָךְ לֹא נִזְכַּר בַּקָּרְבָּנוֹת שֵׁם 'אֱ-לֹהִים' וּשְׁאָר שְׁמוֹת הַקֹּדֶשׁ כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא.
« Que ce soit Ta volonté que ma graisse et mon sang qui ont diminué soient comme si je les avais offerts devant Toi. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que tout cela se trouve dans les lettres du mot « adam » ; c'est pourquoi le nom « adam » est mentionné à propos des sacrifices. Les lettres « dam » de « a-dam » font allusion au sang. Dans le remplissage de la lettre mem est allusionnée la graisse, car « helev » a pour valeur quarante, comme le nombre que porte le nom de la lettre mem. Dans le remplissage de la lettre dalet est allusionne le nefech, car le remplissage de « dalet » vaut quatre cent trente, comme « nefech » — car il faut joindre à la graisse et au sang l'âme elle-même. Et dans la lettre alef de « a-dam » est allusionne le Nom havaya, béni soit-Il, dont la valeur est vingt-six : la lettre alef se compose d'un vav et de deux youd, ce qui fait le nombre vingt-six. Or toute offrande doit être faite au Nom havaya ; c'est pourquoi on ne mentionne pas dans les sacrifices le nom Elokim ni les autres noms saints, comme il est dit dans la guemara.
💡 Explication

Le raisonnement est un rapprochement terme à terme. Dans le sacrifice, ce qui monte sur l'autel est la graisse et le sang ; le reste de l'animal ne monte pas, et pourtant l'expiation est acquise. Le jeûne produit exactement cette diminution de graisse et de sang dans le corps de celui qui jeûne.

Rav Chechet demande donc que ce qui a été retranché de son propre corps soit compté comme l'offrande qu'il ne peut plus apporter. La formule est passée dans la liturgie des jours de jeûne.

🖼️ Schéma
Le jeûne tenu pour un sacrifice Au temps du Temple L'homme pèche. Il apporte un sacrifice. Seuls la graisse et le sang montent sur l'autel. Résultat : il lui est pardonné. En temps de jeûne L'homme jeûne. Sa graisse et son sang diminuent. Ce sont les mêmes deux éléments. Demande : qu'ils tiennent lieu d'offrande. Le rapprochement porte sur la matière même de l'expiation : ce qui montait sur l'autel est ce que le jeûne retranche du corps.
Graisse et sang : le terme commun entre le sacrifice et le jeûne.
6
רַבִּי יוֹחָנָן כִּי הֲוָה מְסַייֵּם סִפְרָא דְאִיּוֹב, אֲמַר הָכִי: ״סוֹף אָדָם לָמוּת וְסוֹף בְּהֵמָה לִשְׁחִיטָה, וְהַכֹּל לְמִיתָה הֵם עוֹמְדִים. אַשְׁרֵי מִי שֶׁגָּדֵל בַּתּוֹרָה וַעֲמָלוֹ בַּתּוֹרָה, וְעוֹשֶׂה נַחַת רוּחַ לְיוֹצְרוֹ, וְגָדֵל בְּשֵׁם טוֹב וְנִפְטָר בְּשֵׁם טוֹב מִן הָעוֹלָם, וְעָלָיו אָמַר שְׁלֹמֹה: 'טוֹב שֵׁם מִשֶּׁמֶן טוֹב וְיוֹם הַמָּוֶת מִיּוֹם הִוָּלְדוֹ'״.

Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il achevait le livre d'Iyov, disait ainsi : « La fin de l'homme est de mourir et la fin de la bête est la chehita (l'abattage), et tous se tiennent pour la mort. Heureux celui qui a grandi dans la Torah, dont la peine est dans la Torah, qui procure du contentement à son Créateur, qui a grandi avec un bon nom et qui a quitté le monde avec un bon nom.

Et c'est de lui que Chelomo a dit : un bon nom vaut mieux qu'une bonne huile, et le jour de la mort que le jour de la naissance. »

📜 Rachi (1)
כִּי הֲוָה מְסַייֵּם סִפְרָא דְאִיּוֹב עַל שֵׁם שֶׁאִיּוֹב נִפְטַר בְּשֵׁם טוֹב:
Parce qu'Iyov s'en est allé avec un bon nom.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּי הֲוָה מְסַיֵּם סִפְרָא דְאִיּוֹב. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לִדְבָרִים אַחַר סָפְרָא דְּאִיּוֹב, כִּי יָדוּעַ אִיּוֹב הָיָה צַדִּיק גָּדוֹל, וְלָקָה בְּיִסּוּרִין קָשִׁים בַּעֲבוּר גִּלְגּוּל רִאשׁוֹן, שֶׁהוּא גִּלְגּוּל תֶּרַח שֶׁהָיָה עוֹבֵד צְלָמִים, וְלָכֵן בַּעֲבוּר הַנֶּפֶשׁ שֶׁהִיא שֶׁל תֶּרַח לָקָה בְּיִסּוּרִין, וכמ"ש רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל עַל פָּסוּק (אִיּוֹב לב, ב) בְּאִיּוֹב חָרָה אַפּוֹ עַל צַדְּקוֹ נַפְשׁוֹ מֵאֱ-לֹהִים, כִּי נַפְשׁוֹ הָיְתָה שֶׁל תֶּרַח וְחַיֶּיבֶת, (שָׁם ג') וּבִשְׁלֹשֶׁת רֵעָיו חָרָה אַפּוֹ עַל אֲשֶׁר לֹא מָצְאוּ מַעֲנֶה וַיַּרְשִׁיעוּ אֶת אִיּוֹב, דַּיְיקָא רְצוֹנוֹ לוֹמַר לְגוּפוֹ שֶׁבְּגִלְגּוּל זֶה, וּבֶאֱמֶת הוּא הָיָה צַדִּיק בְּגִלְגּוּל זֶה, עַיֵּין שָׁם, וּמִזֶּה יִלְמֹוד הָאָדָם בִּינָה, אִם יִרְאֶה יִסּוּרִין קָשִׁים עַל צַדִּיק גָּמוּר אַל יְהַרְהֵר אַחַר מִדּוֹתָיו יָת', אֶלָּא יִתְלֶה הַסִּבָּה בְּגִלְגּוּל הַקּוֹדֵם, וּכְמוֹ עִנְיַן אִיּוֹב וְאָמַר וְהַכֹּל לְמִיתָה הֵם עוֹמְדִין, רְצוֹנוֹ לוֹמַר, אֲפִילּוּ אוֹתָם שֶׁכְּבָר מֵתוּ, לְמִיתָה אַחֶרֶת הֵם עוֹמְדִין, שֶׁיָּבֹאוּ בְּגִלְגּוּל כְּדֵי לְתַקֵּן הֶעָבַר וְיָמוּתוּ עוֹד הַפַּעַם, וְנִרְאֶה לִי עוֹד טַעַם אַחֵר, כִּי בְּסוֹף אִיּוֹב כְּתִיב (שָׁם מ"ב יז) זָקֵן וְשֶׁבַע יָמִים, וְקַשָּׁא, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְשֶׁבַע 'שָׁנִים'? אַךְ הָעִנְיָן הִיא שֶׁהָאָדָם כָּל יוֹם וְיוֹם יֵשׁ לוֹ חַיִּים חֲדָשִׁים בִּפְנֵי עַצְמָם, כִּי בְּכָל לַיְלָה בְּעֵת שֵׁינָה תֵּצֵא נַפְשׁוֹ מִקִּרְבּוֹ וְנֶחְשָׁב מֵת, וְחוֹזֵר חַי בַּבֹּוקֶר , וְלָכֵן מְבָרְכִים כָּל יוֹם מַחֲזִיר נְשָׁמוֹת לִפְגָרִים מֵתִים, וּלְפִי זֶה עִיקַּר מִסְפַּר חַיֵּי הָאָדָם רָאוּי שֶׁיִּתְחַלֵּק לְפִי מִסְפַּר הַיָּמִים, וְלָכֵן כְּתִיב וְשֶׁבַע יָמִים, וְלָזֶה סָמַךְ דְּבָרִים לְסִיּוּם הַנִּזְכָּר שֶׁבָּאִיּוֹב, כִּי אָמַר סוֹף אָדָם לָמוּת, וְאֵיךְ יֹאמַר הַכֹּל לְמִיתָה הֵם עוֹמְדִים? אֶלָּא וַדַּאי הַכַּוָּנָה כָּךְ, סוֹף אָדָם לָמוּת מִיתָה הָעִקָּרִית שֶׁהוֹלֵךְ בָּהּ לַקֶּבֶר, וּמִלְּבַד מִיתָה הָעִקָּרִית הִנֵּה כָּל הַחַיִּים שֶׁלֹּא מֵתוּ עֲדַיִין, לְמִיתָה שֶׁל הַשֵּׁינָה הֵם עוֹמְדִין. גַּם יוּבָן 'סוֹף אוֹתִיּוֹת' אָדָם יֵשׁ בָּהֶן , וְאוֹת בֵּי"ת תִּהְיֶה שִׁימּוּשׁ, וְאִם כֵּן עִיקַּר הַתֵּיבָה הֵן שֶׁהוּא לְשׁוֹן מִיתָה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל בַּמִּדְרָשׁ, וְזֶהוּ סוֹף אָדָם לָמוּת, כִּי בְּשֵׁם אָדָם נִרְמַז זֶה, וְאָמַר עוֹד אַשְׁרֵי מִי שֶׁגָּדֵל בַּתּוֹרָה, כְּלוֹמַר לִימּוּדוֹ בַּתּוֹרָה סִבֵּב לוֹ הַגְּדֻולָּה, וְעִם כָּל זֶה לֹא נִתְגָּאָה וְלֹא נִתְרַשֵּׁל בָּהּ, אֶלָּא עוֹדֶנּוּ עוֹשֶׂה נַחַת רוּחַ לְיוֹצְרוֹ, אָמַר נַחַת רוּחַ כִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה מְתַקֵּן בְּרוּחַ , וְגָדֵל בְּשֵׁם טוֹב וְנִפְטָר בְּשֵׁם טוֹב עַל דֶּרֶךְ אַשְׁרֵי נַעֲרוֹתֵינוּ שֶׁלֹּא בִּיְּישָׁה אֶת יַלְדוֹתֵינוּ, וְאַשְׁרֵי יַלְדוּתֵינוּ שֶׁלֹּא בִּייְּשָׁה אֶת זִקְנוּתֵינוּ, וְזֶהוּ גָּדֵל בְּנַעֲרוּתוֹ, וְנִפְטָר בְּזִקְנוּתוֹ.
« Lorsqu'il achevait le livre d'Iyov. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une raison à ce qu'il disait ces paroles précisément après le livre d'Iyov. On sait qu'Iyov était un grand tsadik et qu'il fut frappé de souffrances dures à cause d'un premier guilgoul (transmigration), celui de Térah qui servait les idoles ; c'est donc à cause de l'âme, qui était celle de Térah, qu'il fut frappé de souffrances. Ainsi qu'a écrit notre maître le Maharam Alchikh, de mémoire bénie, sur le verset (Iyov 32, 2) « contre Iyov sa colère s'enflamma, parce qu'il se déclarait juste plutôt que D.ieu » : son âme était celle de Térah et elle était coupable ; « et contre ses trois compagnons sa colère s'enflamma, parce qu'ils n'avaient pas trouvé de réponse et qu'ils condamnaient Iyov » — précisément son corps dans ce guilgoul-ci, alors qu'en vérité il était tsadik dans ce guilgoul ; voir là-bas. L'homme en tirera de l'intelligence : s'il voit des souffrances dures fondre sur un tsadik parfait, qu'il ne s'interroge pas sur les mesures du Ciel, mais qu'il en rattache la cause au guilgoul précédent, comme dans l'affaire d'Iyov. Et il dit « et tous se tiennent pour la mort », c'est-à-dire : même ceux qui sont déjà morts se tiennent pour une autre mort, car ils viendront en guilgoul afin de réparer le passé et mourront encore une fois. Il me semble encore une autre raison : à la fin d'Iyov il est écrit (42, 17) « âgé et rassasié de jours ». Cela fait difficulté : il aurait fallu dire « rassasié d'années ». Mais la chose est que l'homme a chaque jour une vie nouvelle en elle-même, car chaque nuit, pendant le sommeil, son âme sort de lui et il est compté comme mort, puis il revient à la vie au matin ; c'est pourquoi on bénit chaque jour « qui rend les âmes aux corps morts ». Selon cela, le compte principal de la vie de l'homme doit se diviser selon le nombre des jours, et c'est pourquoi il est écrit « rassasié de jours ». C'est à cette fin du livre d'Iyov qu'il a rattaché ses paroles : il dit « la fin de l'homme est de mourir » — comment peut-il ensuite dire « et tous se tiennent pour la mort » ? L'intention est bien celle-ci : « la fin de l'homme est de mourir » de la mort principale, par laquelle il va au tombeau ; et outre cette mort principale, tous les vivants qui ne sont pas encore morts se tiennent pour la mort du sommeil. On comprend encore que les lettres finales du mot « adam » s'y trouvent, la lettre bet y servant de préfixe ; le corps du mot est ainsi un terme qui signifie la mort, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, dans le Midrach. Et c'est « la fin de l'homme est de mourir », car cela est allusionne dans le nom « adam ». Il dit encore « heureux celui qui a grandi dans la Torah », c'est-à-dire que son étude de la Torah lui a valu la grandeur, et qu'avec tout cela il ne s'est pas enorgueilli ni relâché, mais qu'il continue de procurer du contentement à son Créateur. Il dit « nahat roua'h » parce que l'occupation de la Torah opère une réparation dans le roua'h. « Il a grandi avec un bon nom et il a quitté le monde avec un bon nom », selon la formule « heureuse notre jeunesse qui n'a pas fait honte à notre enfance, et heureuse notre enfance qui n'a pas fait honte à notre vieillesse » : il a grandi dans sa jeunesse, et il s'en est allé dans sa vieillesse.
💡 Explication

Rachi indique pourquoi cette formule était attachée à la fin du livre d'Iyov : Iyov s'en est allé avec un bon nom, et le verset qui clôt le livre le décrit « âgé et rassasié de jours ».

Le propos est construit sur un renversement du verset de Kohelet 7, 1. La mort n'est pas présentée comme un accident mais comme le terme commun de tout ce qui vit ; ce qui distingue les hommes entre eux est donc ce qui a rempli l'intervalle. D'où les quatre critères énoncés : avoir grandi dans la Torah, y avoir peiné, procurer du nahat roua'h (contentement) au Créateur, et conserver un bon nom du début jusqu'à la fin.

7
מַרְגְּלָא בְּפֻומֵּיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר: ״גְּמֹור בְּכָל לְבָבְךָ וּבְכָל נַפְשְׁךָ לָדַעַת אֶת דְּרָכַי, וְלִשְׁקֹוד עַל דַּלְתֵי תוֹרָתִי. נְצֹור תּוֹרָתִי בְּלִבְּךָ, וְנֶגֶד עֵינֶיךָ תִּהְיֶה יִרְאָתִי. שְׁמֹור פִּיךְ מִכָּל חֵטְא, וְטַהֵר וְקַדֵּשׁ עַצְמְךָ מִכָּל אַשְׁמָה וְעָוֹן. וַאֲנִי אֶהְיֶה עִמְּךָ בְּכָל מָקוֹם״.

Rabbi Meir avait constamment à la bouche : « Étudie de tout ton cœur et de toute ton âme pour connaître Mes voies et pour veiller aux portes de Ma Torah. Garde Ma Torah dans ton cœur, et que Ma crainte soit devant tes yeux.

Garde ta bouche de toute faute, purifie-toi et sanctifie-toi de toute culpabilité et de toute transgression. Et Moi Je serai avec toi en tout lieu. »

📜 Rachi (1)
מַרְגְּלָא בְפוּמֵיהּ דָּבָר זֶה רָגִיל בְּפִיו:
Cette parole lui était habituelle.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּמֹר בְּכָל לְבָבְךָ וּבְכָל נַפְשְׁךָ לָדַעַת אֶת דְּרָכַי, וְלִשְׁקֹד עַל דַּלְתֵי תּוֹרָתִי נְצֹר תּוֹרָתִי בְּלִבְּךָ, וְנֶגֶד עֵינֶיךָ תִּהְיֶה יִרְאָתִי. שְׁמֹור פִּיךְ מִכָּל חֵטְא, וְטַהֵר וְקַדֵּשׁ עַצְמְךָ מִכָּל אַשְׁמָה וְעָוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד לֵב נֶפֶשׁ [462] מִסְפָּרָם נתי"ב [462] , כִּי נְתִיב הַתּוֹרָה יַשִּׂיג הָאָדָם עַל יְדֵי צֵירוּף הַלֵּב וְהַנֶּפֶשׁ, גַּם עַל יְדֵי שְׁנֵיהֶם יִקְנֶה מִדַּת הָאַהֲבָה, לְכָךְ לֵב נֶפֶשׁ [462] עוֹלִים מִסְפַּר מִדַּת הָאַהֲבָה [462] , וְזֶה שֶׁאָמַר בְּכָל לְבָבְךָ וּבְכָל נַפְשְׁךָ לָדַעַת אֶת דְּרָכַי, שֶׁעַל יְדֵי צֵירוּף 'לֵב וְנֶפֶשׁ' תַּשִּׂיג הַנְּתִיב שֶׁלִּי, וְלִשְׁקֹד עַל דַּלְתֹתַי יוֹם יוֹם הֵם אוֹתִיּוֹת 'דַּד' שֶׁל הַתּוֹרָה, דִּכְתִיב בָּהּ דַּדֶּיהָ יְרַוֻּךָ בְכָל עֵת, וְהַתּוֹרָה יֵשׁ בָּהּ ח' דַּרְגִין שֶׁהֵם: כָּשֵׁר וּפָסוּל, חַיָּיב וְזַכַּאי, טָמֵא וְטָהוֹר, אָסוּר וּמֻותָּר, וְזֶהוּ לִשְׁקֹד עַל דְּלָתְתִי, 'שְׁנֵי דָּלֶתִין' שֶׁל אַרְבַּע וְאַרְבַּע, ד' וְד'. וְאָמַר עוֹד (תְּהִילִּים לד, יד) נְצֹר לְשׁוֹנְךָ מֵרָע וּשְׂפָתֶיךָ מִדַּבֵּר מִרְמָה, דְּכֵלִים שֶׁל הַתּוֹרָה הֵם לָשׁוֹן וּשְׂפָתַיִם, וְצָרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ נְקִיִּים מִדִּבּוּר רַע שֶׁהוּא לָשׁוֹן הָרַע, וְגַם מִמִּרְמָה שֶׁהוּא שֶׁקֶר, וְאָמְרָה עוֹד נְצֹור תּוֹרָתִי בִּלְבָבְךָ וְנֶגֶד עֵינֶיךָ תִּהְיֶה יִרְאָתִי , שֶׁאִם יִרְאַת שָׁמַיִם הַתּוֹרָה מִשְׁתַּמֶּרֶת בַּלֵּב וְלֹא תִּשָּׁכַח, וְלָזֶה אָמַר (מִשְׁלֵי ח, יד) אֲנִי בִינָה לִי גְבוּרָה [216] מִסֵּפֶר יִרְאָה [216] . גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ, נֶגֶד עֵינֶיךָ תִּהְיֶה יָרֵאתִי, כִּי 'אַחַר אוֹתִיּוֹת' עַיִ"ן יֵשׁ כֶּסֶף, וּמִבְחַן הֲיִרְאַת שָׁמַיִם הִיא בְּכֶסֶף , שֶׁהוּא מָמוֹן הָאָדָם שֶׁיֵּשׁ בְּנֵי אָדָם שֶׁיֵּשׁ לָהֶם יִרְאַת שָׁמַיִם וְאֵינָם נְקִיִּים מֵחֲשַׁשׁ גְּנֵיבָה וְגֶזֶל וְכַיּוֹצֵא, וְזֶה שֶׁאָמַר נֶגֶד עֵינֶיךָ שֶׁהוּא הַכֶּסֶף, שָׁם תִּהְיֶה יָרֵאתִי קְבוּעָה וּמְשַׁמֶּשֶׁת. גַּם נִרְאֶה לִי כֶּסֶף לְשׁוֹן תַּאֲוָה וְהִשְׁתּוֹקְקוּת, כְּמוֹ (בְּרֵאשִׁית לא ל) כִּי נִכְסֹף נִכְסַפְתָּה לְבֵית אָבִיךָ, וְזֶה שֶׁאָמַר נְצֹר תּוֹרָתִי בְּלִבְּךָ , כִּי הַלֵּב הוּא אוֹצַר הַתּוֹרָה, וְכַנִּזְכָּר בְּאוֹתוֹ מַעֲשֶׂה שֶׁל אוֹתוֹ חָכָם שֶׁיָּרַד לַסְּפִינָה עִם סוֹחֲרִים וְטֶבַע הַמָּמוֹן כֻּולּוֹ, אַךְ צָרִיךְ לִשְׁמִירַת הַתּוֹרָה בַּלֵּב. עוֹד דָּבָר שֶׁהוּא הַתַּאֲוָה וְהִשְׁתּוֹקְקוּת הַנִּרְמָז בְּאוֹתִיּוֹת כֶּסֶף , שֶׁהֵם נֶגֶד אוֹתִיּוֹת עַיִ"ן . אוֹ יוּבָן הָרְאִיָּה תִּמָּשֵׁךְ מִן הָעַיִן, וְהֵפֶךְ רְאִיָּה וְתִהְיֶה יִרְאָה, שְׁמֹור פִּיךְ מִכָּל חֵטְא , אֵין זֶה חֵטְא הַדִּבּוּר, שֶׁכְּבָר נֶאֱמַר זֶה קֹודֶם, אֶלָּא חֵטְא מַאֲכָלוֹת אֲסוּרוֹת, וְטַהֵר וְקַדֵּשׁ עַצְמְךָ מִכָּל אַשְׁמָה וְעָוֹן שֶׁל אֲחֵרִים, כִּי שֶׁלּוֹ כְּבָר נֶאֱמַר אַךְ יֵשׁ שֶׁל אֲחֵרִים, וְהוּא יִתְחַיֵּיב בָּהֶם עַל אֲשֶׁר לֹא הוֹכִיחַ אוֹתוֹ בָּהֶם, וְאָמַר תַּרְתֵּי 'אַשְׁמָה וְעָוֹן' כִּי שְׁנֵי מִינֵי עוֹנוֹת הֵם בֵּין אָדָם לַמָּקוֹם וּבֵין אָדָם לַחֲבֵירוֹ, וְאָמַר 'טָהַר וְקִדֵּשׁ', טָהַר בַּלֵּב, וְקִדֵּשׁ בַּמּוֹחַ, בְּמַחְשָׁבָה אֲשֶׁר שָׁם, אֶהְיֶה עִמָּךְ בְּכָל שָׁעָה כִּי הַתּוֹרָה גַּם בְּעִידָּנָא דְּלָא עָסֵיק בָּהּ אַגּוֹנֵי מַגְּנָא וְאַצּוּלֵי מַצְּלָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן שְׁאָר מִצְוֹת.
« Étudie de tout ton cœur et de toute ton âme pour connaître Mes voies et pour veiller aux portes de Ma Torah. Garde Ma Torah dans ton cœur, et que Ma crainte soit devant tes yeux. Garde ta bouche de toute faute, purifie-toi et sanctifie-toi de toute culpabilité et de toute transgression. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « lev nefech » (cœur et âme) a pour valeur quatre cent soixante-deux, comme « nativ » (sentier) : c'est par la jonction du cœur et de l'âme que l'homme atteint le sentier de la Torah. Par les deux ensemble il acquiert aussi la mesure de l'amour, et c'est pourquoi « lev nefech » a la même valeur que « midat haahava ». Voilà ce qu'il dit : « de tout ton cœur et de toute ton âme pour connaître Mes voies », c'est-à-dire que par la jonction du cœur et de l'âme tu atteindras Mon sentier. Et « veiller aux portes de Ma Torah, jour après jour » : ce sont les deux dalet de la Torah, dont il est écrit « ses seins t'enivreront en tout temps ». La Torah comporte huit degrés, qui sont : cachere et passoul, coupable et acquitté, impur et pur, interdit et permis ; et c'est « veiller à Mes deux portes », deux battants de quatre et quatre, dalet et dalet. Il dit encore (Tehilim 34, 14) « garde ta langue du mal et tes lèvres de proférer la tromperie », car les instruments de la Torah sont la langue et les lèvres : ils doivent être nets de toute parole mauvaise, qui est le lachon hara, et aussi de la tromperie, qui est le mensonge. Il dit encore « garde Ma Torah dans ton cœur, et que Ma crainte soit devant tes yeux », car s'il y a crainte du Ciel la Torah se conserve dans le cœur et ne s'oublie pas ; c'est ce que dit le verset (Michle 8, 14) « Je suis l'intelligence, à Moi la force », dont la valeur numérique est celle de « yira » (crainte). Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, au sujet de « que Ma crainte soit devant tes yeux » : après les lettres du mot « ayin » (œil) viennent celles du mot « kessef » (argent), et l'épreuve de la crainte du Ciel se fait sur l'argent, c'est-à-dire sur les biens de l'homme, car il est des gens qui ont la crainte du Ciel sans être nets du soupçon de vol et de rapine. C'est ce qu'il dit : « devant tes yeux », qui est l'argent, là Ma crainte doit être fixée et à l'œuvre. Il me semble aussi que « kessef » est un terme de désir et d'aspiration, comme (Berechit 31, 30) « car tu as ardemment désiré la maison de ton père ». Et c'est ce qu'il dit « garde Ma Torah dans ton cœur », car le cœur est le trésor de la Torah, comme dans l'histoire de ce sage qui descendit sur un navire avec des marchands et dont tout l'argent sombra : il faut donc garder la Torah dans le cœur. Il y a encore la chose qui est désir et aspiration, allusionnée dans les lettres de « kessef », qui font face aux lettres de « ayin ». On peut aussi comprendre que la vue procède de l'œil, et que l'inverse de « reiya » (vue) donne « yira » (crainte). « Garde ta bouche de toute faute » : il ne s'agit pas de la faute de la parole, qui a déjà été mentionnée plus haut, mais de la faute des aliments interdits. « Purifie-toi et sanctifie-toi de toute culpabilité et de toute transgression » d'autrui, car les siennes ont déjà été mentionnées ; il en existe d'autres, celles d'autrui, dont il porte la charge pour ne pas l'avoir repris. Il dit deux termes, « culpabilité et transgression », car il y a deux sortes de fautes, entre l'homme et le Lieu et entre l'homme et son prochain. Il dit « purifie-toi et sanctifie-toi » : purifie-toi dans le cœur, sanctifie-toi dans le cerveau, dans la pensée qui s'y trouve. « Je serai avec toi à toute heure », car la Torah, même au moment où l'on ne s'en occupe pas, protège et sauve, ce que ne font pas les autres mitsvot.
💡 Explication

L'expression margla befoumeh (« il avait cela comme une perle dans la bouche ») introduit, dans les segments qui suivent, une série de maximes que chaque maître répétait constamment. Rachi la rend simplement : cette parole lui était habituelle.

La maxime de Rabbi Meir est formulée comme une parole divine adressée à l'homme. Elle enchaîne quatre exigences — l'étude, la conservation intérieure, la crainte placée devant les yeux, la garde de la bouche et la purification — et se conclut par une contrepartie : la présence divine en tout lieu.

8
מַרְגְּלָא בְּפֻומַּייְהוּ דְּרַבָּנַן דְּיַבְנֶה: ״אֲנִי בְּרֵיהּ, וַחֲבֵרִי בְּרֵיהּ. אֲנִי מְלַאכְתִּי בָּעִיר וְהוּא מְלַאכְתּוֹ בַּשָּׂדֶה. אֲנִי מַשְׁכִּים לִמְלַאכְתִּי, וְהוּא מַשְׁכִּים לִמְלַאכְתּוֹ. כְּשֵׁם שֶׁהוּא אֵינוֹ מִתְגַּדֵּר בִּמְלַאכְתִּי, כָּךְ אֲנִי אֵינִי מִתְגַּדֵּר בִּמְלַאכְתּוֹ. וְשֶׁמָּא תֹּאמַר: אֲנִי מְרַבֶּה, וְהוּא מַמְעִיט — שָׁנִינוּ: אֶחָד הַמַּרְבֶּה וְאֶחָד הַמַּמְעִיט וּבִלְבַד שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם״.

Les sages de Yavne avaient constamment à la bouche : « Je suis une créature et mon compagnon est une créature. Mon travail est à la ville et le sien est aux champs.

Je me lève tôt pour mon travail et il se lève tôt pour le sien. De même qu'il ne prétend pas exceller dans mon métier, ainsi je ne prétends pas exceller dans le sien.

Et si tu venais à dire : moi je fais beaucoup et lui fait peu — nous avons appris : celui qui fait beaucoup et celui qui fait peu sont égaux, pourvu qu'il dirige son cœur vers le Ciel. »

📜 Rachi (6)
אֲנִי הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה בְּרִיָּה אֲנִי וְכֵן חַבָּרֵי עַם הָאָרֶץ בְּרִיָּה הוּא:
Moi qui m'occupe de Torah, je suis une créature, et de même mon compagnon, l'homme du peuple, est une créature.
אֲנִי מְלַאכְתִּי בָּעִיר כְּלוֹמַר נוֹחָה מְלַאכְתִּי מִמְּלַאכְתּוֹ:
C'est-à-dire : mon travail est plus aisé que le sien.
מִתְגַּדֵּר מִתְגַּדֵּל לִתְפֹּוס אֻומָּנוּתִי:
Il s'élève pour s'emparer de mon métier.
וְשֶׁמָּא תֹּאמַר הַדִּין עִמּוֹ שֶׁאֵינוֹ מִתְגַּדֵּר בִּמְלַאכְתִּי שֶׁאִילּוּ הָיָה תּוֹפֵס אֻומָּנוּתִי לֹא הָיָה לוֹ לֵב פָּתוּחַ לְהַרְבּוֹת בַּתּוֹרָה כְּמוֹתִי וְהָיָה מַמְעִיט וְאֵין לוֹ שָׂכָר:
La raison serait de son côté lorsqu'il ne prétend pas exceller dans mon métier : car s'il prenait mon métier, il n'aurait pas le cœur assez ouvert pour multiplier la Torah autant que moi ; il en ferait peu et n'aurait pas de récompense.
שָׁנִינוּ שֶׁיֵּשׁ לוֹ שָׂכָר לַמַּמְעִיט כְּמוֹ לַמַּרְבֶּה:
Qu'il y a une récompense pour celui qui fait peu comme pour celui qui fait beaucoup.
וּבִלְבַד שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם וְאֵצֶל קָרְבָּנוֹת הוּא בִּמְנָחוֹת בְּסוֹפָהּ:
Et cela se trouve à propos des sacrifices, dans le traité Menahot, a sa fin.
🗂️ Tossefot (1)
אֲנִי בְּרִיָּה וַחֲבֵרִי בְּרִיָּה כְּלוֹמַר יֵשׁ לוֹ לֵב כָּמוֹנִי לְהַבְחִין בֵּין טוֹב לְרַע:
C'est-à-dire : il a un cœur comme le mien pour discerner entre le bien et le mal.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲנִי בְּרִיָּה וַחֲבֵרִי בְּרִיָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד כָּל יִשְׂרָאֵל נִשְׁמָתָם מֵעוֹלָם הַבְּרִיאָה, כמ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד בָּרוּךְ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁבְּרָאָנוּ לִכְבוֹדוֹ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל חֲצוּבִים מִתַּחַת כִּסֵּא הַכָּבוֹד, וְהַבְּרִיאָה נִקְרֵאת כִּסֵּא הַכָּבוֹד, וְהַכַּוָּנָה אֲנִי הֶחָכָם שֶׁעוֹסֵק בַּתּוֹרָה כָּל הַיּוֹם, וַחֲבֵירִי הוּא הַסּוֹחֵר שֶׁעוֹסֵק בְּמַשָּׂא וּמַתָּן, שָׁנִינוּ נִשְׁמָתֵינוּ יְקָרָה מֵעוֹלָם הַבְּרִיאָה, גַּם בְּרִיָּה 'בַּר יָהּ' בְּסוֹד (דְּבָרִים יד, א) בָּנִים אַתֶּם לַה' אֱ-לֹהֵיכֶם, שֶׁשָּׁנִינוּ נִקְרָאִים בָּנִים לַמָּקוֹם, אֲנִי מַשְׁכִּים לִמְלַאכְתִּי וְכוּ', כְּלוֹמַר שְׁנֵינוּ עוֹשִׂים מְלַאכְתֵּנוּ בִּזְרִיזוּת, אֲנִי מְלַאכְתִּי בָּעִיר, שֶׁהֶחָכָם יְשִׁיבָתוֹ כָּל הַיּוֹם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, וַחֲבֵירִי הָעוֹסֵק בִּפְרַקְמַטְיָא מְלַאכְתּוֹ בַּשָּׂדֶה, כָּל מַעֲשֵׂה חוּץ יִתְייַחֵס לַשָּׂדֶה, כְּשֵׁם שֶׁהוּא אֵינוֹ מִתְגַּדֵּר בִּמְלַאכְתִּי, כְּלוֹמַר לֹא יִתְפָּאֵר בְּעַצְמוֹ לוֹמַר אִם לֹא הָיָה לִי עֵסֶק הָיִיתִי גַּם אֲנִי מֵחוֹבְשֵׁי בֵּית הַמִּדְרָשׁ כְּמוֹ שֶׁעוֹשִׂין הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים, כָּךְ אֵין אֲנִי מִתְגַּדֵּר בִּמְלַאכְתּוֹ, שֶׁאֵינִי מִתְפָּאֵר לוֹמַר אִם הָיִיתִי עוֹסֵק בִּפְרַקְמַטְיָא הָיִיתִי נִזְהָר לַעֲסֹוק בֶּאֱמוּנָה כָּמוֹהוּ, וְלֹא לַשֶּׁקֶר, וְלֹא לְעֵקֶל, וְלֹא לַעֲקַלְקַלּוֹת, וְאִם תֹּאמַר אֲנִי עַל כָּל פָּנִים אֶתְפָּאָר עָלָיו, כִּי אֲנִי עוֹשֶׂה בֵּירוּר מנ"ק עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה כָּל הַיּוֹם, וְהוּא עוֹשֶׂה בֵּירוּר מנ"ק עַל יְדֵי מַשָּׂא וּמַתָּן בֶּאֱמוּנָה, בְּשָׁעָה שֶׁיִּזְדַּמֵּן לְיָדוֹ דְּבַר אִיסּוּר כְּמוֹ שֶׁקֶר, וְגֶזֶל, וּשְׁבוּעַת שָׁוְא, וְהוּא פּוֹרֵשׁ וְאֵינוֹ חוֹטֵא, לָזֶה אָמַר הָא שָׁנִינוּ אֶחָד הַמַּרְבֶּה וְאֶחָד הַמַּמְעִיט, וּבִלְבַד שֶׁיְּכַוֵּן אֶת לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם, וְאִם כֵּן אֵין לִי לְהִתְפָּאֵר עָלָיו.
« Je suis une créature et mon compagnon est une créature. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'âme de tout Israël vient du monde de Beria (création), comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le sod de « béni soit notre D.ieu qui nous a créés pour Sa gloire », et comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, qu'elles sont taillées de sous le Trône de gloire, Beria étant appelée Trône de gloire. L'intention est donc : moi le sage qui m'occupe de Torah tout le jour, et mon compagnon qui est le marchand occupé au commerce, tous deux avons une âme précieuse venue du monde de Beria. De plus, « beria » se lit « bar ya », fils de D.ieu, selon le sod de (Devarim 14, 1) « vous êtes des fils pour Hachem votre D.ieu » : tous deux sommes appelés fils du Lieu. « Je me lève tôt pour mon travail », c'est-à-dire que tous deux faisons notre travail avec diligence. « Mon travail est à la ville », car le sage siège tout le jour à la maison d'étude ; et mon compagnon qui s'occupe de négoce, son travail est aux champs, tout ouvrage extérieur se rattachant au champ. « De même qu'il ne prétend pas exceller dans mon métier », c'est-à-dire qu'il ne se vante pas en disant : si je n'avais pas d'affaires, je serais moi aussi de ceux qui siègent à la maison d'étude comme le font les talmide hakhamim ; « ainsi je ne prétends pas exceller dans le sien », car je ne me vante pas de dire : si je m'occupais de négoce, je prendrais garde d'agir avec droiture comme lui, sans mensonge, sans détour et sans tortuosité. Et si tu disais : malgré tout je me vanterai devant lui, car moi j'opère le birour (le triage des étincelles) par l'occupation de la Torah tout le jour, tandis que lui l'opère par un commerce mené avec droiture, lorsque se présente à lui une chose interdite comme le mensonge, le vol ou le faux serment, et qu'il s'en écarte et ne pèche pas — à cela il répond : nous avons appris que celui qui fait beaucoup et celui qui fait peu sont égaux, pourvu qu'il dirige son cœur vers le Ciel ; je n'ai donc pas de quoi me vanter devant lui.
💡 Explication

La maxime est une règle de mesure intérieure pour le talmid 'hakham. Elle pose d'abord une égalité de statut — l'un et l'autre sont des créatures — puis une différence de fonction, ville contre champ, et une symétrie de zèle : chacun se lève tôt pour son ouvrage.

Le verbe mitgader est rendu par Rachi au sens de prétendre s'élever dans le métier de l'autre. Rachi ajoute l'objection que le savant pourrait se faire : si l'homme des champs exerçait mon métier, il n'aurait pas le cœur assez libre pour étudier autant que moi. La réponse vient de la michna sur les sacrifices (Menahot, fin du traité) : la mesure de la récompense se prend à la kavana (l'intention dirigée vers le Ciel), et non à la quantité.

🖼️ Schéma
Moi et mon compagnon : une symétrie et sa limite Le sage Une créature. Son travail est à la ville. Il se lève tôt pour son travail. Il ne prétend pas au métier de l'autre. L'homme des champs Une créature. Son travail est aux champs. Il se lève tôt pour son travail. Il ne prétend pas au métier de l'autre. Objection possible Moi je fais beaucoup, lui fait peu : la symétrie s'arrête donc là. Réponse de la michna Beaucoup et peu se valent, pourvu que le cœur soit dirigé vers le Ciel.
La quantité ne départage pas les deux hommes ; c'est la direction du cœur qui est prise pour mesure.
9
מַרְגְּלָא בְפוּמֵיהּ דְּאַבַּיֵּי: לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם עָרוּם בְּיִרְאָה. ״מַעֲנֶה רַךְ מֵשִׁיב חֵמָה״. וּמַרְבֶּה שָׁלוֹם עִם אֶחָיו וְעִם קְרוֹבָיו וְעִם כָּל אָדָם וַאֲפִילּוּ עִם גּוֹי בַּשּׁוּק, כְּדֵי שֶׁיְּהֵא אָהוּב לְמַעְלָה וְנֶחְמָד לְמַטָּה, וִיהֵא מְקֻובָּל עַל הַבְּרִיּוֹת.

Abaye avait constamment à la bouche : que l'homme soit toujours rusé dans la crainte. « Une réponse douce détourne la fureur », et qu'il multiplie la paix avec ses frères, avec ses proches et avec tout homme, et même avec le non-Juif au marché, afin d'être aimé en haut, agréable en bas et bien reçu par les créatures.

📜 Rachi (1)
עָרֹום בְּיִרְאָה לְהַעֲרִים בְּכָל מִינֵי עָרְמָה לְיִרְאַת בּוֹרְאוֹ:
User de toutes sortes de ruses au service de la crainte de son Créateur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם עָרוּם בְּיִרְאָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה, עָרֹום נֶגֶד הַיֵּצֶר הָרַע עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִילִּים קיט, נט) חִשַּׁבְתִּי דְרָכָי וָאָשִׁיבָה רַגְלַי אֶל עֵדֹתֶיךָ, אֲנִי עוֹמֵד בַּבֹּוקֶר אוֹמֵר לַפַּרְדֵּס אֲנִי הוֹלֵךְ, לְגִינָּה אֲנִי הוֹלֵךְ, וְכַאֲשֶׁר אֵצֵא מִבֵּיתִי אָשִׁיבָה רַגְלִי לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, שֶׁכֵּן רָאוּי לָאָדָם לַעֲשׂוֹת תַּחְבּוּלָה וְעָרְמָה נֶגֶד הַיֵּצֶר הָרַע, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר 'כִּי בְתַחְבֻּלוֹת תַּעֲשֶׂה לְּךָ מִלְחָמָה' (מִשְׁלֵי כד, ו) וְלָכֵן כְּתִיב (מִשְׁלֵי ח, יב) אֲ‍נִי חָכְמָה שָׁכַנְתִּי עָרְמָה נֶגֶד הַיֵּצֶר הָרַע, כְּדֵי לְהַשִּׂיג שְׁלֵימוֹת הַיִּרְאָה, וְאָמַר עוֹד מַעֲנֶה רַּךְ יָשִׁיב חֵמָה הוּא לְשׁוֹן הַכָּתוּב בְּמִשְׁלֵי (ט"ו), מַעֲנֶה רַּךְ יָשִׁיב חֵמָה, שֶׁאִם הָאָדָם יְדַבֵּר לָשׁוֹן רַכָּה אָז יָשִׁיב חֲמַת הַכּוֹעֵס כְּנֶגְדּוֹ וִישַׁכֵּךְ חֲמָתוֹ מֵאֵילָיו , וְכֵן הָאָדָם בֵּינוֹ לַמָּקוֹם יִתְפַּלֵּל בְּתַחֲנוּנִים וְלָשׁוֹן רַכָּה, אָז מֵשִׁיב הַחֵימָה בִּתְפִלָּתוֹ, וְאָמַר עוֹד מְדַבֵּר שָׁלוֹם וַאֲפִלּוּ עִם גּוֹי בַּשּׁוּק, הָא דְּפֵירֵשׁ וְאָמַר בַּשּׁוּק לִרְבוּתָא, כִּי שׁוּק נִקְרָא מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲנוּיוֹת פְּתוּחוֹת, וְעוֹבְרִים וְשָׁבִים רַבִּים, וְהֵם נִדְחָקִים זֶה עִם זֶה וְאִיכָּא טִרְדָּה גְּדוֹלָה בְּהִלּוּךְ שָׁם, עִם כָּל זֶה נִזְהָר לָתֵת שָׁלוֹם אֲפִילּוּ לְגוֹי.
« Que l'homme soit toujours rusé dans la crainte. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est d'être rusé face au mauvais penchant, à la manière de ce qu'a dit le roi David, la paix sur lui (Tehilim 119, 59) « j'ai considéré mes voies et j'ai ramené mes pas vers Tes témoignages » : je me lève le matin et je dis, je vais au verger, je vais au jardin, et lorsque je sors de ma maison je ramène mes pas vers la maison d'étude. Ainsi convient-il à l'homme d'user de stratagème et de ruse contre le mauvais penchant, comme il est dit (Michle 24, 6) « car c'est par des stratagèmes que tu mèneras ta guerre » ; et c'est pourquoi il est écrit (Michle 8, 12) « moi la sagesse, j'habite avec la ruse », contre le mauvais penchant, afin d'atteindre la perfection de la crainte. Il dit encore « une réponse douce détourne la fureur », qui est le langage du verset dans Michle (15, 1) : si l'homme parle avec douceur, il détourne la fureur de celui qui s'emporte contre lui et l'apaise de lui-même. De même, entre l'homme et le Lieu : qu'il prie par des supplications et en langage doux, et il détourne alors la fureur par sa prière. Il dit encore « qu'il parle de paix, et même avec le non-Juif au marché ». S'il a précisé « au marché », c'est pour renforcer la chose : on appelle marché un lieu où les boutiques sont ouvertes, où passent et repassent beaucoup de gens qui se pressent les uns contre les autres, et où il y a grand embarras à circuler ; malgré cela il prenait soin de donner le salut, même à un non-Juif.
💡 Explication

Aroum beyira : Rachi rend « rusé » au sens actif et positif — user de toutes les ruses possibles au service de la crainte de son Créateur. Le mot n'a donc pas ici sa charge négative ; il désigne l'ingéniosité mise au service d'une fin droite.

La suite tire de cette règle une pratique concrète : la douceur de la réponse, d'après Michle 15, 1, et l'extension de la paix par cercles concentriques — frères, proches, tout homme, jusqu'au non-Juif rencontré au marché, c'est-à-dire quelqu'un avec qui l'on n'a aucun lien. Les trois conséquences énoncées vont du haut vers le bas : aimé en haut, agréable en bas, bien reçu par les créatures.

10
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁלֹּא הִקְדִּימוֹ אָדָם שָׁלוֹם מֵעוֹלָם, וַאֲפִילּוּ גּוֹי בַּשּׁוּק.

On a dit de Rabban Yo'hanan ben Zakai que jamais personne ne l'a devancé pour le salut, pas même un non-Juif au marché.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, שֶׁלֹּא הִקְדִּימוֹ אָדָם שָׁלוֹם מֵעוֹלָם, אֲפִלּוּ גּוֹי בַּשּׁוּק. הִקְשָׁה הָרַב ס"ח זַ"ל בְּשֵׁם הַגָּאוֹן ב"ח זַ"ל מַאי אֲפִילּוּ דְּנָקֵיט הָכָא, וּמַאי רְבוּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בָּזֶה דְּהָא כָּל אָדָם חַייָּב לַעֲשׂוֹת כֵּן לְהַקְדִּים שָׁלוֹם לְגוֹי, כְּדֵי שֶׁלֹּא יַקְדִּימוּ הַגּוֹי וְיִצְטָרֵךְ לִכְפֹּול לוֹ הַשָּׁלוֹם, אֶלָּא הוּא יַקְדִּים וְאָז הַגּוֹי יַכְפִּיל לְיִשְׂרָאֵל הַשָּׁלוֹם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, דְּכָתְבוּ הַפּוֹסְקִים בא"ח סִי' פ"ד אָסוּר לִקְרֹא לְאָדָם שֶׁשְּׁמוֹ שָׁלוֹם בְּבֵית הַכִּסֵּא וּבֵית הַמֶּרְחָץ, והט"ז הִתִּיר, וְהֶעֱלָה הַגָּאוֹן חִידָ"א בְּבִרְכֵּי יוֹסֵף סִי' פ"ה סק"ט דְּלָתֵת שָׁלוֹם, אוֹ לְהַחֲזִיר בְּבֵית הַכִּסֵּא וּבֵית הַמֶּרְחָץ אָסוּר, אֲבָל לִקְרֹא אִישׁ שֶׁשְּׁמוֹ שָׁלוֹם מֻותָּר , עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה מְבוֹאוֹת מְטֻונָּפוֹת דִּינָם כְּבֵית הַכִּסֵּא וּבֵית הַמֶּרְחָץ, אַךְ הוּא דַּוְקָא דְּיָדַע שֶׁהַמָּבוֹי מְטֻונָּף, אֲבָל אִם לֹא יָדַע, סָמְכִינַן דְּאֵינוֹ מְטֻונָּף, וְנוֹתֵן וּמַחֲזִיר שָׁלוֹם לְיִשְׂרָאֵל וְכַנִּזְכָּר בַּפּוֹסְקִים וּלְפִי זֶה מִסְתַּבְּרָא לְמָבוֹי דְּכָל זֶה אֵינוֹ אֶלָּא בְּיִשְׂרָאֵל, דְּמִשּׁוּם חִיבּוּב הַשָּׁלוֹם סָמְכִינַן לוֹמַר אֵינוֹ מְטֻונָּף, אַף עַל גַּב דְּרֹוב מְבוֹאוֹת מְטֻונָּפוֹת הֵם, אֲבָל עִם גּוֹי לָא סָמְכִינַן לִיתֵּן לוֹ שָׁלוֹם בַּמָּבוֹי דְּאוּלַי מְטֻונָּף הוּא, כֵּיוָן דְּרֹוב מְטֻונָּפִים, וְלָכֵן אַשְׁמְעִינַן רְבוּתָא, דַּאֲפִילּוּ לְגוֹי הָיָה נוֹתֵן שָׁלוֹם בִּמְבוֹאוֹת, וְלָא חָיֵישׁ שֶׁמָּא מְטֻונָּף הוּא.
« On a dit de Rabban Yo'hanan ben Zakai que jamais personne ne l'a devancé pour le salut, pas même un non-Juif au marché. » Le Rav Sefer Hassidim, de mémoire bénie, a objecté au nom du Gaon Bayit Hadach, de mémoire bénie : que vient faire ici le mot « même », et quelle particularité y a-t-il pour Rabban Yo'hanan ben Zakai, puisque tout homme est tenu d'agir ainsi et de saluer le non-Juif en premier, afin que ce dernier ne le devance pas et qu'il n'ait pas à lui rendre son salut, mais que ce soit lui qui devance et que le non-Juif rende le salut à l'homme d'Israël ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les décisionnaires ont écrit dans le Ora'h Haim, siman 84, qu'il est interdit d'appeler un homme dont le nom est Chalom dans les lieux d'aisance et dans les bains ; le Taz l'a permis ; et le Gaon Hida, dans le Birké Yossef, siman 85, alinéa 9, a conclu que donner le salut ou le rendre dans les lieux d'aisance et dans les bains est interdit, mais qu'appeler un homme dont le nom est Chalom est permis ; voir là-bas. Or les ruelles souillées ont le même statut que les lieux d'aisance et les bains, mais seulement lorsqu'on sait que la ruelle est souillée ; si on ne le sait pas, on se fonde sur la présomption qu'elle ne l'est pas, et l'on donne et rend le salut à un Juif, comme il est dit chez les décisionnaires. Selon cela, il est raisonnable de dire, pour la ruelle, que tout cela ne vaut que pour un Juif : par égard pour la paix, on se fonde sur la présomption qu'elle n'est pas souillée, bien que la plupart des ruelles le soient ; mais pour un non-Juif on ne s'appuie pas sur cette présomption afin de lui donner le salut dans une ruelle, car elle est peut-être souillée, puisque la plupart le sont. C'est donc une chose remarquable qu'on nous enseigne ici : même au non-Juif il donnait le salut dans les ruelles, sans craindre qu'elles fussent souillées.
💡 Explication

La guemara illustre la maxime précédente par une conduite. Le point porte sur l'antériorité : Rabban Yo'hanan ben Zakai saluait le premier, sans exception et sans distinction de personne.

11
מַרְגְּלָא בְפוּמֵיהּ דְּרָבָא: תַּכְלִית חָכְמָה — תְּשׁוּבָה וּמַעֲשִׂים טוֹבִים, שֶׁלֹּא יְהֵא אָדָם קוֹרֵא וְשׁוֹנֶה וּבוֹעֵט בְּאָבִיו וּבְאִמּוֹ וּבְרַבּוֹ וּבְמִי שֶׁהוּא גָּדוֹל מִמֶּנּוּ בְּחָכְמָה וּבְמִנְיָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רֵאשִׁית חָכְמָה יִרְאַת ה׳ שֵׂכֶל טוֹב לְכָל עֹושֵׂיהֶם״. ״לָעוֹשִׂים״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״לְעוֹשֵׂיהֶם״ — לָעוֹשִׂים לִשְׁמָהּ וְלֹא לָעוֹשִׂים שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ. וְכָל הָעוֹשֶׂה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ, נוֹחַ לוֹ שֶׁלֹּא נִבְרָא.

Rava avait constamment à la bouche : la fin de la sagesse, c'est la techouva (le retour) et les bonnes actions, en sorte qu'un homme ne lise pas et n'étudie pas pour ensuite regimber contre son père, contre sa mère, contre son maître et contre celui qui lui est supérieur en sagesse et en nombre, ainsi qu'il est dit : « le commencement de la sagesse est la crainte de Hachem, une bonne intelligence pour tous ceux qui les accomplissent ». Il n'est pas dit « pour ceux qui accomplissent », mais « pour ceux qui les accomplissent » — pour ceux qui accomplissent lichma et non pour ceux qui accomplissent chelo lichma.

Et quiconque accomplit chelo lichma, mieux eût valu pour lui de n'avoir pas été créé.

📜 Rachi (2)
תַּכְלִית חָכְמָה עִיקָּרָהּ שֶׁל תּוֹרָה שֶׁיְּהֵא עִמָּהּ תְּשׁוּבָה ומע"ט:
L'essentiel de la Torah est qu'elle s'accompagne de techouva et de bonnes actions.
הָעוֹשֶׂה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ נוֹחַ לוֹ שֶׁלֹּא נִבְרָא פֵּירוּשׁ שֶׁאֵינוֹ לוֹמֵד כְּדֵי לְקַייֵּם אֶלָּא לְקַנְטֵר דִּבְפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נ:) אָמְרִינַן רָבָא רָמֵי כְּתִיב עַד שָׁמַיִם חַסְדֶּךָ וּכְתִיב מֵעַל הַשָּׁמַיִם כָּאן בְּעוֹסֵק שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ כּוּ' וְהָתָם אַיְירֵי בִּמְקַייֵּם כְּדֵי שֶׁיְּכַבְּדוּהוּ וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין:
L'explication est qu'il n'étudie pas en vue d'accomplir, mais pour provoquer. Car au chapitre Makom chenahagou (Pessahim 50b) nous disons : Rava met en opposition deux versets, il est écrit « jusqu'aux cieux Ta bonté » et il est écrit « au-dessus des cieux » — ici pour celui qui s'occupe chelo lichma, etc. ; et là-bas il s'agit de celui qui accomplit afin d'être honoré. C'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi de notre chapitre.
🗂️ Tossefot (1)
הָעוֹשֶׂה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ נוֹחַ לוֹ שֶׁלֹּא נִבְרָא וא"ת הָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב פֶּרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים ד' נ:) לְעוֹלָם יַעֲסֹוק אָדָם בַּתּוֹרָה וּבַמִּצְוֹת אַפֵּי' שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ בָּא לִשְׁמָהּ וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי שֶׁאֵינוֹ לוֹמֵד אֶלָּא לְקַנְתֵּר חֲבֵירָיו וְהָתָם מַייְרֵי שֶׁלּוֹמֵד ע"מ שֶׁיְּכַבְּדוּהוּ:
Et si tu dis : Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav, au chapitre Makom chenahagou (Pessahim 50b), que l'homme doit toujours s'occuper de Torah et de mitsvot même chelo lichma, car de chelo lichma il vient à lichma ? On peut répondre qu'ici il s'agit de celui qui n'étudie que pour provoquer ses compagnons, tandis que là-bas il s'agit de celui qui étudie afin d'être honoré.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רֵאשִׁית חָכְמָה, יִרְאַת ה', שֵׂכֶל טוֹב לְכָל עֹשֵׂיהֶם, תְּהִלָּתוֹ עָמַדְתָּ לָעַד 'לְלוֹמְדֵיהֶם' לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא 'לַעֲשֵׁיהֶם', לָעוֹשִׂים לִשְׁמָהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּיֵּיק לִשְׁמָהּ מִן יִתּוּר אוֹת הֵ"א, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'לָעוֹשִׂים', וְהוֹסִיף הֵ"א לִרְמֹוז 'לָעוֹשִׂים לִשְׁמָהּ', כִּי יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ בְּבֵיאוּר תּוֹרָה לִשְׁמָהּ, שֶׁהוּא לְשֵׁם הֵ"א, וְאָמַר עוֹד כָּל הָעוֹשִׂים שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ נוֹחַ לָהֶם שֶׁלֹּא נִבְרְאוּ נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיֵּשׁ בְּמִצְוַת הַתּוֹרָה אַרְבָּעָה בְּחִינוֹת , שֶׁהֵם מַעֲשֶׂה בַּעֲשִׂיָּה, וְדִבּוּר בִּיצִירָה, וְכַוָּנָה בִּבְרִיאָה, וּמַחְשָׁבָה בַּאֲצִילוּת, וְעוֹשִׂים שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ יֵשׁ לָהֶם שְׁתַּיִם דַּוְקָא, שֶׁהֵם מַעֲשֶׂה וְדִבּוּר, שֶׁהֵם בַּעֲשִׂיָּה וּבִיצִירָה, וְחָסֵר מֵהֶם הַכַּוָּנָה שֶׁהִיא בִּבְרִיאָה, וְיָדוּעַ שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִשְׁמָתָם מִן הַבְּרִיאָה, שֶׁהוּא מְקוֹם הַכַּוָּנָה בְּסוֹד בָּרוּךְ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁבְּרָאָנוּ לִכְבוֹדוֹ, וְלָזֶה אָמַר נוֹחַ לָהֶם שֶׁלֹּא נִבְרְאוּ זָכַר לְשׁוֹן בְּרִיאָה וְלֹא אָמַר שֶׁלֹּא נוֹצְרוּ, כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם נְשָׁמָה מִבְּרִיאָה שֶׁשָּׁם הוּא סוֹד הַכַּוָּנָה.
« Le commencement de la sagesse est la crainte de Hachem, une bonne intelligence pour tous ceux qui les accomplissent, Sa louange demeure à jamais » — il n'est pas dit « pour ceux qui les étudient » mais « pour ceux qui les accomplissent », pour ceux qui accomplissent lichma. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a déduit le lichma du hei surnuméraire : il aurait fallu dire « leossim », et le verset a ajouté un hei pour faire allusion à « ceux qui accomplissent lichma », car on connaît ce qu'a écrit notre maître dans son explication de « Torah lichma » : c'est au nom du hei. Il dit encore « tous ceux qui accomplissent chelo lichma, mieux eût valu pour eux de n'avoir pas été créés ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a dans les mitsvot de la Torah quatre aspects : l'acte, dans Assia ; la parole, dans Yetsira ; la kavana (intention), dans Beria ; et la pensée, dans Atsilout. Ceux qui accomplissent chelo lichma n'en ont que deux, l'acte et la parole, qui sont dans Assia et dans Yetsira, et il leur manque la kavana, qui est dans Beria. Or on sait que l'âme d'Israël vient de Beria, lieu de la kavana, selon le sod de « béni soit notre D.ieu qui nous a créés pour Sa gloire ». C'est pourquoi il dit « mieux eût valu pour eux de n'avoir pas été créés », mentionnant le terme de création et non celui de formation : c'est-à-dire qu'ils n'auraient pas eu d'âme venue de Beria, où se tient le sod de la kavana.
💡 Explication

La deracha porte sur le suffixe du mot leosseihem dans Tehilim 111, 10. Le verset aurait pu dire leossim, « pour ceux qui accomplissent » ; le suffixe pluriel renvoie à un objet, et Rava y lit une restriction : ceux qui accomplissent les choses elles-mêmes, donc pour elles-mêmes.

La conclusion est sévère, et elle heurte de front Pessahim 50b, où Rav Yehouda au nom de Rav encourage l'étude même chelo lichma. Rachi et les Tossefot résolvent la contradiction en distinguant deux motifs : ici, celui qui étudie lekanter (pour provoquer ses compagnons) ; là-bas, celui qui étudie pour être honoré. Rachi renvoie aussi au Yerouchalmi de notre chapitre.

🖼️ Schéma
Un suffixe qui restreint la promesse du verset Formulation possible : leossim Pour tous ceux qui accomplissent. Toute pratique serait couverte, quel qu'en soit le motif. Formulation du verset : leosseihem Pour ceux qui les accomplissent. Le suffixe vise les choses elles-mêmes : lichma. Conséquence énoncée par Rava Quiconque accomplit chelo lichma, mieux eût valu pour lui de n'avoir pas été créé. Lecture de Rachi et des Tossefot Il s'agit de celui qui étudie pour provoquer ses compagnons ; Pessahim 50b parle de celui qui étudie pour être honoré.
La deracha du suffixe, puis la restriction que les commentateurs apportent à la conclusion.
12
מַרְגְּלָא בְפוּמֵיהּ דְּרַב: לֹא כָּעוֹלָם הַזֶּה הָעוֹלָם הַבָּא. הָעוֹלָם הַבָּא אֵין בּוֹ לֹא אֲכִילָה וְלֹא שְׁתִיָּהּ וְלֹא פְּרִיָּה וּרְבִיָּה וְלֹא מַשָּׂא וּמַתָּן וְלֹא קִנְאָה וְלֹא שִׂנְאָה וְלֹא תַּחֲרוּת, אֶלָּא צַדִּיקִים יוֹשְׁבִין וְעַטְרוֹתֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם וְנֶהֱנִים מִזִּיו הַשְּׁכִינָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֶּחֱזוּ אֶת הָאֱ-לֹהִים וַיֹּאכְלוּ וַיִּשְׁתּוּ״.

Rav avait constamment à la bouche : le monde à venir n'est pas comme ce monde-ci. Dans le monde à venir il n'y a ni manger, ni boire, ni procréation, ni négoce, ni jalousie, ni haine, ni rivalité ; mais les justes sont assis, leurs couronnes sur leur tête, et ils jouissent du rayonnement de la Chekhina, ainsi qu'il est dit : « ils virent D.ieu et ils mangèrent et burent ».

📜 Rachi (1)
וַיֹּאכְלוּ וַיִּשְׁתּוּ שָׂבְעוּ מִזִּיו הַשְּׁכִינָה כְּאִילּוּ אָכְלוּ וְשָׁתוּ:
Ils furent rassasiés du rayonnement de la Chekhina comme s'ils avaient mangé et bu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
צַדִּיקִים יוֹשְׁבִים וְעַטְרוֹתֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם וְנֶהֱנִין מִזִּיו הַשְּׁכִינָה. מַקְשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר עַל רָאשֵׁיהֶם, וְנִרְאֶה לִי כָּל אֵלּוּ הָעֲטָרוֹת נַעֲשִׂים מִן עֵסֶק הַתּוֹרָה, כִּי מִן אוֹרוֹת הַמִּצְוֹת נַעֲשִׂים לְבוּשִׁים דִּיקָר, וּמִן אוֹרוֹת דִבְרֵי תוֹרָה נַעֲשִׂים עֲטָרוֹת כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (שְׁמוֹת כה, כה) זָר זָהָב, זָכָה נַעֲשֵׂית לוֹ זֵר, כְּלוֹמַר עֲטָרָה, וְדָרְשׁוּ זֶה עַל הַתּוֹרָה שֶׁבָּאָרוֹן, וְהִנֵּה דִבְרֵי תוֹרָה תְּלוּיִים בְּחָכְמָתוֹ שֶׁל אָדָם, וְאוֹצַר הַחָכְמָה הוּא בַּמּוֹחַ שֶׁבְּתוֹךְ הָרֹאשׁ, וְלָזֶה אָמַר עַטְרוֹתֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם, לוֹמַר נַעֲשִׂים מִן אוֹרוֹת דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁהֵם מְקוֹרָם בְּתוֹךְ רָאשֵׁיהֶם שֶׁשָּׁם הַמּוֹחַ, גַּם כֹּחַ הַזִּכָּרוֹן שֶׁשּׁוֹמֵר אֶת הַתּוֹרָה הוּא בַּמּוֹחַ, נִמְצָא הַמּוֹחַ שֶׁבְּרֹאשׁ הָאָדָם הוּא אוֹצָר שֶׁל הַתּוֹרָה.
« Les justes sont assis, leurs couronnes sur leur tête, et ils jouissent du rayonnement de la Chekhina. » On objecte qu'il aurait fallu dire « sur leur tête » au sens de « posées dessus ». Il me semble que toutes ces couronnes sont faites de l'occupation de la Torah : des lumières des mitsvot se font des vêtements de gloire, et des lumières des paroles de Torah se font des couronnes, comme on le sait. C'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit sur le verset (Chemot 25, 25) « une bordure d'or » : s'il a mérité, elle devient pour lui une couronne, et ils ont applique cela à la Torah qui est dans l'arche. Or les paroles de Torah dépendent de la sagesse de l'homme, et le trésor de la sagesse est dans le cerveau qui est à l'intérieur de la tête. C'est pourquoi il dit « leurs couronnes dans leur tête », pour dire qu'elles sont faites des lumières des paroles de Torah, dont la source est à l'intérieur de leur tête, là où se trouve le cerveau ; de plus, la faculté de mémoire qui conserve la Torah est dans le cerveau. Il se trouve que le cerveau, dans la tête de l'homme, est le trésor de la Torah.
💡 Explication

La description procède par retranchements. Les trois premiers termes sont des besoins du corps, les quatre suivants des rapports entre les hommes : le négoce, la jalousie, la haine, la rivalité. Ce qui reste est un état de réception.

La preuve tirée de Chemot 24, 11 repose sur le rapprochement de deux propositions du même verset : ils virent, et ils mangèrent et burent. Rachi l'explicite — ils furent rassasiés du rayonnement de la Chekhina comme s'ils avaient mangé et bu. La vision tient donc lieu de nourriture.

🖼️ Schéma
Le monde à venir selon Rav : ce qui en est retranché, ce qui y demeure Absent Besoins du corps : manger, boire, procréation. Rapports entre les hommes : négoce, jalousie, haine, rivalité. Ce qui disparaît tient à la rareté et au manque. Présent Les justes sont assis. Leurs couronnes sur leur tête. Ils jouissent du rayonnement de la Chekhina. Rachi : ils en furent rassasiés comme d'un repas. Verset d'appui : ils virent D.ieu et ils mangèrent et burent (Chemot 24, 11) — la vision elle-même rassasie.
Un état décrit par soustraction, puis par ce qui subsiste : la réception du rayonnement.
13
גְּדוֹלָה הַבְטָחָה שֶׁהִבְטִיחָן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְנָשִׁים יוֹתֵר מִן הָאֲנָשִׁים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נָשִׁים שַׁאֲנַנּוֹת קֹמְנָה שְׁמַעְנָה קוֹלִי בָּנוֹת בֹּטְחוֹת הַאְזֵנָּה אִמְרָתִי״.

Grande est la promesse que le Saint, béni soit-Il, a faite aux femmes plus qu'aux hommes, ainsi qu'il est dit : « femmes tranquilles, levez-vous, entendez ma voix ; filles confiantes, prêtez l'oreille à ma parole ».

📜 Rachi (1)
גְּדוֹלָה הַבְטָחָה שֶׁהֲרֵי קְרָאָן שַׁאֲנַנּוֹת וּבוֹטְחוֹת:
Puisqu'il les a appelées tranquilles et confiantes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּדוֹלָה הַבְטָחָה שֶׁהִבְטִיחָן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְנָשִׁים, יוֹתֵר מִן הָאֲנָשִׁים. מַקְשִׁים מַה שַׁיָּיכוּת לְהַאי דְּרָשָׁה עִם מַאֲמָר הַקּוֹדֵם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מַה שֶׁנֶּאֱמַר קֹודֶם זֶה עַטְרוֹתֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם, הַכַּוָּנָה הוּא עַל אוֹרוֹת הַנַּעֲשִׂים מִן עֵסֶק הַתּוֹרָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק זֵר זָהָב סָבִיב, זָכָה נַעֲשֵׂית לוֹ זֵר, כְּלוֹמַר עֲטָרָה, לֹא זָכָה, זָרָה מִמֶּנּוּ, וּבָא מִסֵּדֶר הַשַּׁ"ס לְלַמְּדֵינוּ אַל תַּחְשֹׁוב כִּי מַאֲמַר עַטְרוֹתֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם קָאֵי עַל הָאֲנָשִׁים בִּלְבַד, אֶלָּא גַּם הוּא לְנָשִׁים, יַעַן כִּי גְּדוֹלָה הַבְטָחָה שֶׁהִבְטִיחַ הקב"ה לְנָשִׁים, וְאֵיךְ יִהְיוּ גְּרוּעִים בִּדְבַר הָעֲטָרוֹת, וּלְכָךְ סָמַךְ לָזֶה מִלַּת ר' חִיָּיא נָשִׁים בְּמַאי זָכְייָן, כְּלוֹמַר בְּמַאי זַכְייָן בָּעֲטָרוֹת מֵאַחַר שֶׁאֵין לָהֶם עֵסֶק הַתּוֹרָה.
« Grande est la promesse que le Saint, béni soit-Il, a faite aux femmes plus qu'aux hommes. » On objecte : quel rapport cette deracha a-t-elle avec le propos précédent ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui a été dit auparavant, « leurs couronnes sur leur tête », vise les lumières faites de l'occupation de la Torah, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, sur le verset « une bordure d'or tout autour » : s'il a mérité, elle devient pour lui une couronne ; s'il n'a pas mérité, elle lui devient étrangère. Celui qui a ordonné le Talmud est venu nous enseigner de ne pas penser que la formule « leurs couronnes sur leur tête » ne porte que sur les hommes : elle vaut aussi pour les femmes, car grande est la promesse que le Saint, béni soit-Il, a faite aux femmes, et comment seraient-elles amoindries dans l'affaire des couronnes ? C'est pourquoi il a rattaché à cela la parole de Rabbi Hiya « par quoi les femmes méritent-elles », c'est-à-dire par quoi méritent-elles les couronnes, puisqu'elles n'ont pas l'occupation de la Torah.
💡 Explication

La deracha se fonde sur les deux qualificatifs du verset d'Yechayahou 32, 9, comme l'explique Rachi : le prophète les appelle chaananot (tranquilles) et botehot (confiantes). Ces deux termes sont lus comme une promesse de tranquillité et d'assurance qui n'a pas d'équivalent adressé aux hommes.

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אֲמַר לֵיהּ רַב לְרַבִּי חַייָּא: נָשִׁים בְּמַאי זַכְיָין? בְּאַקְרוֹיֵי בְּנַייְהוּ לְבֵי כְנִישְׁתָּא, וּבְאַתְנוֹיֵי גַּבְרַיְיהוּ בֵּי רַבָּנַן, וְנָטְרִין לְגַבְרַיְיהוּ עַד דְּאָתוּ מִבֵּי רַבָּנַן.

Rav dit à Rabbi Hiya : par quoi les femmes méritent-elles ? Par le fait de conduire leurs enfants à la lecture à la synagogue, de faire étudier la michna à leurs maris à la maison d'étude, et d'attendre leurs maris jusqu'à ce qu'ils reviennent de la maison d'étude.

📜 Rachi (3)
לְבֵי כְּנִישְׁתָּא תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן הָיוּ רְגִילִין לִהְיוֹת לְמֵדִים לִפְנֵי רַבָּן בְּבֵית הַכְּנֶסֶת:
À la synagogue : les jeunes enfants de la maison du maître avaient coutume d'apprendre devant leur maître à la synagogue.
בֵּי רַבָּנַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ שֶׁשָּׁם שׁוֹנִים מִשְׁנָה וּגְמָרָא:
La maison d'étude, où l'on enseigne la michna et la guemara.
וְנָטְרָן לְגַבְרַיְיהוּ מַמְתִּינוֹת לְבַעֲלֵיהֶן וְנוֹתְנוֹת לָהֶם רְשׁוּת לָלֶכֶת וְלִלְמֹוד תּוֹרָה בְּעִיר אַחֶרֶת:
Elles attendent leurs maris et leur donnent la permission d'aller étudier la Torah dans une autre ville.
💡 Explication

La question suppose acquise la promesse du segment précédent et interroge son fondement : quel mérite la fonde. La réponse de Rabbi Hiya énumère trois actes, tous tournés vers l'étude d'autrui.

Rachi précise deux réalités de l'époque. Les enfants apprenaient à lire devant leur maître à la synagogue, et le be rabbanan désigne la maison d'étude où l'on enseigne la michna et la guemara. Sur le troisième acte, Rachi ajoute une nuance : elles attendent leurs maris et leur donnent la permission d'aller étudier la Torah dans une autre ville.

🖼️ Schéma
Par quoi les femmes méritent-elles : les trois actes énoncés par Rabbi Hiya Les enfants Les conduire à la lecture à la synagogue. Rachi : c'est là que les enfants apprenaient devant leur maître. Les maris, au départ Les faire étudier la michna à la maison d'étude. Rachi : le lieu où l'on enseigne michna et guemara. Les maris, pendant l'absence Les attendre jusqu'à leur retour de la maison d'étude. Rachi : et leur donner permission d'aller étudier dans une autre ville.
Trois actes qui portent tous sur l'étude d'un autre, l'enfant ou le mari.
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כִּי הֲווֹ מִפַּטְרִי רַבָּנַן מִבֵּי רַבִּי אַמֵּי, וְאָמְרִי לַהּ מִבֵּי רַבִּי חֲנִינָא, אָמְרִי לֵיהּ הָכִי: ״עוֹלָמְךָ תִּרְאֶה בְּחַיֶּיךָ, וְאַחֲרִיתְךָ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא, וְתִקְוָתְךָ לְדוֹר דּוֹרִים. לִבְּךָ יֶהְגֶּה תְּבוּנָה, פִּיךָ יְדַבֵּר חָכְמוֹת וּלְשׁוֹנְךָ יַרְחִישׁ רְנָנוֹת, עַפְעַפֶּיךָ יַיְשִׁירוּ נֶגְדְּךָ, עֵינֶיךָ יָאִירוּ בִּמְאוֹר תּוֹרָה, וּפָנֶיךָ יַזְהִירוּ כְּזֹוהַר הָרָקִיעַ, שִׂפְתוֹתֶיךָ יַבִּיעוּ דַּעַת, וְכִלְיוֹתֶיךָ תַּעֲלֹוזְנָה מֵישָׁרִים, וּפְעָמֶיךָ יָרוּצוּ לִשְׁמוֹעַ דִּבְרֵי עַתִּיק יוֹמִין״.

Lorsque les sages prenaient congé de la maison de Rabbi Ami, et certains disent de la maison de Rabbi Hanina, ils lui disaient ainsi : « Que tu voies ton monde de ton vivant, que ta fin soit pour la vie du monde à venir et ton espérance pour les générations des générations. Que ton cœur médite l'intelligence, que ta bouche dise des sagesses et que ta langue murmure des chants.

Que tes paupières se dirigent droit devant toi, que tes yeux s'éclairent de la lumière de la Torah et que ton visage resplendisse comme la clarté du firmament. Que tes lèvres répandent la connaissance, que tes reins exultent de droiture, et que tes pas courent pour entendre les paroles de l'Ancien des jours. »

📜 Rachi (4)
מִפַּטְרִי רַבָּנָן זֶה מִזֶּה שֶׁהָיָה נוֹטֵל רְשׁוּת מֵחֲבֵירוֹ לָשׁוּב לְבֵיתוֹ וּלְאַרְצוֹ:
Les sages prenaient congé l'un de l'autre : chacun demandait à son compagnon la permission de retourner chez lui et dans son pays.
עוֹלָמְךָ תִּרְאֶה בְּחַיֶּיךָ כָּל צְרָכֶיךָ תִּמְצָא:
Que tu trouves tout ce dont tu as besoin.
פִּיךָ יְדַבֵּר חָכְמוֹת בִּלְשׁוֹן בְּרָכָה הָיוּ אוֹמְרִים:
C'est en formule de bénédiction qu'ils disaient cela.
יַיְשִׁירוּ לְשׁוֹן יֹושֶׁר שֶׁתְּהֵא מֵבִין בַּתּוֹרָה כַּהֲלָכָה:
Terme de droiture : que tu comprennes la Torah selon la halakha.
🪔 Ben Yehoyada (2)
עוֹלָמְךָ תִּרְאֶה בְּחַיֶּיךָ, וְאַחֲרִיתְךָ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא, וְתִקְוָתְךָ לְדוֹר דּוֹרִים, לִבְּךָ יֶהְגֶּה תְּבוּנָה, פִּיךָ יְדַבֵּר חָכְמוֹת, וּלְשׁוֹנְךָ יַרְחִישׁ רְנָנוֹת, עַפְעַפַּיִךְ יַיְשִׁירוּ נֶגְדְּךָ, עֵינֶיךָ יָאִירוּ בִּמְאוֹר תּוֹרָה, וּפָנֶיךָ יַזְהִירוּ כְּזֹהַר הָרָקִיעַ, שִׂפְתוֹתֶיךָ יַבִּיעוּ דַּעַת וְכִלְיוֹתֶיךָ תַּעֲלֹזְנָה מֵישָׁרִים, וּפְעָמַיִךְ יָרוּצוּ לְשַׁמֵּעַ דִּבְרֵי עַתִּיק יוֹמִין. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי נֶפֶשׁ רוּחַ נְשָׁמָה שֶׁל אָדָם כָּל אֶחָד נִקְרָא עוֹלָם בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְאֵין הָאָדָם שָׁלֵם עַד שֶׁיִּזְכֶּה לִיקַּח כָּל שְׁלֹשָׁה עוֹלָמוֹת אֵלּוּ וּלְתַקְּנָם, אַךְ אִי אֶפְשָׁר לִיקַּח שְׁלָשְׁתָּם בְּבַת אַחַת בְּגוּף אֶחָד, אֶלָּא יִקַּח תְּחִלָּה אֶת הַנֶּפֶשׁ וְיַשְׁלִים תִּיקּוּן שֶׁלָּהּ וְיִפָּטֵר, וְיִקַּח בְּגוּף אַחֵר אֶת הָרוּחַ וְיַשְׁלִים תִּיקּוּן שֶׁלּוֹ וְיִפָּטֵר, וַיִּקַּח אֶת הַנְּשָׁמָה, מִיהוּ אֶפְשָׁר עַל יְדֵי כַּוָּנוֹת יְדוּעוֹת אֲשֶׁר הֵם מְיֻוסָּדִים עַל דְּבָרִים אֵלּוּ אַחַר שֶׁיֵּדַע וְיָבִין שֶׁנִּשְׁלַם תִּיקּוּן נַפְשׁוֹ, יַעֲשֶׂה אוֹתָהּ כַּווָּנָה בַּלַּיְלָה בְּשָׁכְבוּ עַל מִטָּתוֹ, וְיוּכַל לִמְשֹׁוךְ בְּגוּפוֹ אֶת הָרוּחַ, וְלֹא יִצְטָרֵךְ לְהִפָּטֵר מִן הָעוֹלָם וְכֵן הָעִנְיָן גַּם כֵּן בְּתַשְׁלוּם תִּיקּוּן הָרוּחַ וְרַק צָרִיךְ שֶׁיֵּדַע שֶׁכְּבָר הִשְׁלִים אֶת שֶׁלּוֹ, וְיַעֲשֶׂה הַכַּוָּנָה וְיוֹעִיל לוֹ לְבִלְתִּי יִצְטָרֵךְ לָמוּת, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בָּזֶה בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים, וְכָתַב זֶה הַטַּעַם שֶׁיִּמְצָא צַדִּיקִים גְּדוֹלִים נִפְטָרִים בְּקִצְרַת שָׁנִים, מִפְּנֵי שֶׁהֵם הִשְׁלִימוּ הַנֶּפֶשׁ וְאֵין יוֹדְעִים וּמַרְגִּישִׁים לַעֲשׂוֹת אוֹתָהּ הַכַּוָּנָה כְּדֵי שֶׁתִּסְתַּלֵּק הַנֶּפֶשׁ וְיָבֹא הָרוּחַ בִּמְקוֹמָהּ בְּאוֹתוֹ הַגּוּף עַצְמוֹ וְלֹא יִצְטָרֵךְ לְהִפָּטֵר, וְעַל זֶה נֶאֱמַר (אִיּוֹב ד, כא) יָמוּתוּ וְלֹא בְּחָכְמָה, כְּלוֹמַר מֵחֶסְרוֹן יְדִיעָה שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בְּעִנְיָן זֶה, וְזֶה שֶׁאָמַר הַפָּסוּק (שָׁם לד, יד) אִם יָשִׂים אֵלָיו לִבּוֹ רוּחוֹ וְנִשְׁמָתוֹ אֵלָיו יֶאֱסֹף וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל שָׁם בְּאֹורֶךְ כָּזֶה, יְעַייֵּן שָׁם וְלָכֵן מְבָרְכִים אוֹתוֹ עוֹלָמְךָ , פֵּירוּשׁ הֵן הָרוּחַ, הֵן הַנְּשָׁמָה, שֶׁנִּקְרָאִים כָּל אֶחָד עוֹלָם, שֶׁהֵם שַׁייָּכִים לְךָ, תִּזְכֶּה לִרְאוֹת בְּחַיֶּיךָ , כְּלוֹמַר תִּקַּח אוֹ תָּם לְתַקְּנָם בְּחַיֶּיךָ, בִּהְיוֹתְךָ חַי בְּגוּף זֶה, וְלֹא תִּצְטָרֵךְ לְהִפָּטֵר לְהִתְגַּלְגֵּל בְּגִלְגּוּל אַחֵר כְּדֵי לִיקְחָם. וּמַה שֶׁאָמַר וְאַחֲרִיתְךָ לָעוֹלָם הַבָּא , נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁמְּבָרְכִים אוֹתוֹ שֶׁיִּזְכֶּה לְמַדְרֵיגָה הַגְּדוֹלָה שֶׁהִיא מְזֻומָּן לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא, וְהִיא גְּדוֹלָה מִבֶּן עוֹלָם הַבָּא וְכַמְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, וְלָכֵן אָמְרוּ 'אַחֲרִיתְךָ', כִּי לָזֶה יִזְכֶּה בְּאַחֲרִית לֶעָתִיד, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּעִנְיַן שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה. וְתִקְוָתְךָ לְדוֹר דּוֹרִים , נִרְאֶה לִי דּוֹר [210] הַבִּינָה 'עֲשָׂרָה פְּעָמִים' אהי"ה [21] , דּוֹר וְדוֹרִים לֵאָה וְרָחֵל, לִבְּךָ יֶהְגֶּה תְּבוּנָה זִוּוּג ישסו"ת, וּפִיךָ יְדַבֵּר חָכְמוֹת זִוּוּג או"א ו לְשׁוֹנְךָ יַרְחִישׁ רְנָנוֹת זִוּוּג זו"ן. אוֹ יוּבָן יֶהְגֶּה תְּבוּנָה , עֵסֶק הַנִּגְלֶה, יְדַבֵּר חָכְמוֹת, עֵסֶק נִסְתָּר, יַרְחִישׁ רְנָנוֹת , אֵלּוּ הַתְּפִילּוֹת שֶׁכֻּולָּם הֵם עֵסֶק הַפֶּה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד עוֹלָמְךָ תִּרְאֶה בְּחַיֶּיךָ , כִּי נֶפֶשׁ הַצַּדִּיק בְּעוֹדוֹ בַּחַיִּים תַּעֲלֶה לְמַעְלָה בְּכָל לַיְלָה בְּעֵת שֵׁינָה וּתְשׁוֹטֵט בְּגַן עֵדֶן הַתַּחְתּוֹן, וּבְגַן עֵדֶן הָעֶלְיוֹן, כָּל אֶחָד לְפִי עֶרְכּוֹ, וּבִכְלָל תִּרְאֶה גַּם מְקוֹמָהּ וַחֲלָקָה בְּגַן עֵדֶן הַמּוּכָן לָהּ אַחַר הַפְּטִירָה, אַךְ עַל הָרֹוב כְּשֶׁיָּקִיץ, לֹא יַרְגִּישׁ הַגּוּף וְלֹא יֵדַע מֵרְאָיָה זוֹ, וְעַל כָּל פָּנִים הַנֶּפֶשׁ תֵּדַע וְתִשְׂמַח, וְלָזֶה בֵּרְכוּ אוֹתוֹ 'עוֹלָמְךָ תִּזְכֶּה לִרְאוֹתוֹ בְּחַיֶּיךָ', וְאַחֲרִיתְךָ לָעוֹלָם הַבָּא , כְּלוֹמַר לֹא יִצְטָרֵךְ לָשׁוּב בְּגִלְגּוּל לָעוֹלָם הַזֶּה בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן מַעֲשִׂים, וְתִקְוָתְךָ , הַתּוֹרָה, תִּזְכֶּה בָּהּ לְדוֹר דּוֹרִים שֶׁיִּתְקַייֵּם בְּךָ מַאֲמָר (יְשַׁעְיָהוּ נט, כא) לֹא יָמוּשׁוּ מִפִּיךָ וּמִפִּי זַרְעֲךָ וּמִפִּי זֶרַע זַרְעֲךָ, לִבְּךָ יֶהְגֶּה תְּבוּנָה , בְּחֵלֶק הַמִּקְרָא, פִּיךָ יְדַבֵּר חָכְמוֹת , בְּחֵלֶק הַמִּשְׁנָה, וּלְשׁוֹנְךָ יַרְחִישׁ רְנָנוֹת , בְּחֵלֶק הָאַגָּדָה שֶׁהֵם מְשַׂמְּחִים אֶת הַלֵּב כְּמוֹ רְנָנוֹת, וְכֵן נָמֵי יִתְפָּרֵשׁ עַל חֵלֶק הַפִּלְפּוּל, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל קב"ה חָדֵי בְּפִלְפּוּלָא, לְהָכִי קָרֵי לֵיהּ רְנָנוֹת, עַפְעַפַּיִךְ יַיְשִׁירוּ נֶגְדְּךָ בַּתַּלְמוּד, שֶׁתִּהְיֶה זוֹכֶה לְאַסּוֹקֵי שְׁמַעְתָּתָא אַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא, וְזֶהוּ יִישַׁר נִגְדִּיךְ שֶׁתְּכַוֵּין עַל הָאֱמֶת, וְעֵינֶיךָ יָאִירוּ בִּמְאוֹר תּוֹרָה זֶה חֵלֶק הַסּוֹד, שֶׁהוּא אוֹר שֶׁל הַתּוֹרָה, וּפָנֶיךָ יַזְהִירוּ כְּזֹהַר הָרָקִיעַ , הִיא הַבְּרָכָה שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת ח' א') חָכְמַת אָדָם תָּאִיר פָּנָיו, וְהַתַּלְמִידִים נֶהֱנִים מֵרְאִיַּית פָּנָיו וּמִתְחַכְּמִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַב, אִילּוּ חֲזַיְתָה לר"מ מִקַּמֵּיהּ הֲוָה חֲכִימָנָא טְפֵי, דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ ל, כ) וְהָיוּ עֵינֶיךָ רֹאוֹת אֶת מוֹרֶיךָ, וְכִלְיוֹתֶיךָ תַּעֲלֹוזְנָה מֵישָׁרִים , שֶׁיִּהְיוּ שְׁתֵּי הַכְּלָיוֹת מְיַעֲצוֹת לְטוֹבָה, שֶׁטֶּבַע הָעוֹלָם א' מְיַעֶצֶת לְטוֹבָה, וְא' לְהֵפֶךְ, וּפְעָמַיִךְ יָרוּצוּ לִשְׁמֹעַ דִּבְרֵי עַתִּיק יוֹמִין , הִיא עֲלִיַּית הַנְּשָׁמָה בַּלַּיְלָה, שֶׁמּוֹלִיכִים אוֹתָם לִישִׁיבוֹת הַצַּדִּיקִים לִשְׁמֹועַ דִבְרֵי תוֹרָה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל לְתַלְמִידָיו, שֶׁבְּעֵת שִׁינְתּוֹ נִשְׁמָתוֹ תַּעֲלֶה לְמַעְלָה, וְשׁוֹאֲלִים אוֹתָהּ בְּאֵיזֶה יְשִׁיבָה תִּרְצֶה אִם שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה? אוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל? אוֹ שֶׁל חִזְקִיָּהוּ? אוֹ שֶׁל ר' מֵאִיר? אוֹ שֶׁל ר' עֲקִיבָא? וְכַיּוֹצֵא, וּפַעַם א' אָמַר בְּיוֹם שַׁבָּת עָלְתָה נִשְׁמָתוֹ לִשְׁמֹועַ סוֹדוֹת הַתּוֹרָה בְּפָרָשַׁת בִּלְעָם, שֶׁאִם הָיָה דּוֹרֵשׁ זֶה בְּהָקִיץ לֹא הָיָה מַסְפִּיק שְׁמֹנִים שָׁנָה, וְזֶהוּ דִּבְרֵי עַתִּיק יוֹמִין הֵם הַסּוֹדוֹת.
« Que tu voies ton monde de ton vivant, que ta fin soit pour la vie du monde à venir et ton espérance pour les générations des générations ; que ton cœur médite l'intelligence, que ta bouche dise des sagesses et que ta langue murmure des chants ; que tes paupières se dirigent droit devant toi, que tes yeux s'éclairent de la lumière de la Torah et que ton visage resplendisse comme la clarté du firmament ; que tes lèvres répandent la connaissance et que tes reins exultent de droiture, et que tes pas courent pour entendre les paroles de l'Ancien des jours. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nefech, le roua'h et la nechama de l'homme sont chacun appelés un monde en soi, et que l'homme n'est complet que lorsqu'il mérite de prendre ces trois mondes et de les réparer. Or il est impossible de les prendre tous les trois à la fois dans un seul corps : il prend d'abord le nefech, en achève la réparation et s'en va ; il prend dans un autre corps le roua'h, en achève la réparation et s'en va ; puis il prend la nechama. Toutefois, il est possible, par des kavanot connues qui sont fondées sur ces matières, après qu'il sait et comprend que la réparation de son nefech est achevée, de faire cette kavana la nuit, couché sur son lit, et d'attirer dans son corps le roua'h sans avoir besoin de quitter le monde ; et il en va de même pour l'achèvement de la réparation du roua'h. Il faut seulement qu'il sache qu'il a déjà achevé la sienne, qu'il fasse la kavana, et cela lui vaudra de n'avoir pas besoin de mourir, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar HaGuilgoulim. Il a écrit que c'est la raison pour laquelle on trouve de grands tsadikim qui s'en vont après peu d'années : parce qu'ils ont achevé le nefech et qu'ils ne savent ni ne perçoivent qu'il faut faire cette kavana pour que le nefech se retire et que le roua'h vienne à sa place dans ce même corps, sans qu'ils aient besoin de partir. C'est de cela qu'il est dit (Iyov 4, 21) « ils meurent, et non par sagesse », c'est-à-dire par le manque de connaissance qu'ils ont en cette matière ; et c'est ce que dit le verset (Iyov 34, 14) « s'il tourne vers lui son cœur, son roua'h et sa nechama il recueillera vers lui », comme l'a écrit notre maître, de mémoire bénie, là-bas au long ; voir là-bas. C'est pourquoi on le bénit ainsi : « ton monde », c'est-à-dire le roua'h comme la nechama, appelés chacun un monde et qui te reviennent, « que tu mérites de le voir de ton vivant », c'est-à-dire que tu les prennes et les réparés de ton vivant, dans ce corps-ci, sans avoir besoin de partir pour revenir dans un autre guilgoul afin de les prendre. Et ce qu'il dit « et ta fin pour le monde à venir » : il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'on le bénit d'atteindre le grand degré de celui qui est préparé pour la vie du monde à venir, degré plus grand que celui de « fils du monde à venir », comme cela est explicite dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie. C'est pourquoi ils ont dit « ta fin », car c'est à la fin, dans l'avenir, qu'il y parviendra, comme l'a écrit notre maître, de mémoire bénie, au sujet de Chemouel le prophète, la paix sur lui. « Et ton espérance pour les générations des générations » : il me semble que « dor » (génération) est Bina, dix fois le Nom Ekyeh ; « dor védorim » sont Léa et Rahel. « Que ton cœur médite l'intelligence » est l'union de Issakhar-Zevouloun ; « que ta bouche dise des sagesses », l'union d'Abba et Ima ; « que ta langue murmure des chants », l'union de Zeir Anpin et Noukva. On peut aussi comprendre « qu'il médite l'intelligence » de l'occupation du niveau révélé, « qu'il dise des sagesses » de l'occupation du niveau caché, et « qu'il murmure des chants » des prières, qui toutes sont l'ouvrage de la bouche. D'une autre façon, il me semble, avec l'aide du Ciel, que « tu verras ton monde de ton vivant » se comprend ainsi : l'âme du tsadik, tant qu'il est en vie, monte en haut chaque nuit pendant le sommeil et parcourt le Gan Éden inférieur et le Gan Éden supérieur, chacun selon son rang ; et en particulier elle voit aussi son lieu et sa part dans le Gan Éden qui lui est préparé après le départ. Le plus souvent, à son réveil, le corps ne perçoit rien et ne sait rien de cette vision, mais l'âme, en tout cas, le sait et s'en réjouit. C'est pourquoi ils l'ont béni : « ton monde, que tu mérites de le voir de ton vivant ». « Et ta fin pour le monde à venir », c'est-à-dire qu'il n'ait pas besoin de revenir en guilgoul dans ce monde-ci par manque d'actions. « Ton espérance », qui est la Torah, que tu mérites par elle « les générations des générations », en sorte que s'accomplisse en toi la parole (Yechayahou 59, 21) « elles ne s'écarteront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance, ni de la bouche de la descendance de ta descendance ». « Que ton cœur médite l'intelligence », dans la partie de l'Écriture ; « que ta bouche dise des sagesses », dans la partie de la michna ; « que ta langue murmure des chants », dans la partie de la aggada, qui réjouit le cœur comme des chants ; et cela s'explique aussi de la partie du pilpoul, car nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit que le Saint, béni soit-Il, se réjouit du pilpoul, et c'est pourquoi il l'appelle « chants ». « Que tes paupières se dirigent droit devant toi », dans le Talmud : que tu mérites de conclure la discussion conformément à la halakha, et c'est « qu'elles se dirigent droit devant toi », que tu vises le vrai. « Que tes yeux s'éclairent de la lumière de la Torah », c'est la partie du sod, qui est la lumière de la Torah. « Que ton visage resplendisse comme la clarté du firmament », c'est la bénédiction dont a parlé le verset (Kohelet 8, 1) « la sagesse de l'homme fait luire son visage », et les disciples tirent profit de la vue de son visage et deviennent sages, comme l'a dit Rav : si j'avais vu Rabbi Meir de face, j'aurais été plus sage, car il est écrit (Yechayahou 30, 20) « et tes yeux verront ceux qui t'enseignent ». « Que tes reins exultent de droiture » : que les deux reins conseillent pour le bien, alors que par nature l'un conseille pour le bien et l'autre à l'inverse. « Et que tes pas courent pour entendre les paroles de l'Ancien des jours » : c'est la montée de l'âme la nuit, lorsqu'on la conduit aux yechivot des tsadikim pour entendre des paroles de Torah, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, à ses disciples : pendant son sommeil son âme monte en haut, et on lui demande dans quelle yechiva elle veut aller — celle de Moche notre maître, la paix sur lui ? celle de Chemouel ? celle de Hizkiyahou ? celle de Rabbi Meir ? celle de Rabbi Akiva ? et ainsi de suite. Une fois, un jour de Chabbat, il dit que son âme était montée entendre les secrets de la Torah dans la parachat Bilam, et que s'il avait exposé cela à l'état de veille, quatre-vingts ans n'y auraient pas suffi. Ce sont là les « paroles de l'Ancien des jours », qui sont les secrets.
כִּי הֲווֹ מִפַּטְרִי רַבָּנַן מִבֵּי רַב חִסְדָּא, וְאָמְרִי לַהּ מִבֵּי רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, אָמְרוּ לֵיהּ הָכִי: אַלּוּפֵינוּ מְסַבְּלִים. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הֵם הָיוּ אוֹמְרִים שְׁנֵי מִילוֹת אֵלּוּ דַּוְקָא, וְהוּא אַלּוּפֵינוּ מְסַבְּלִים, וּמַיְיתִי הַגְּמָרָא דְּרָשַׁת רַב וּשְׁמוּאֵל עַל מַאֲמָר זֶה, לְהוֹדִיעֵנוּ כַּווָּנָתָם, וְאָמַר אַלּוּפֵינוּ בַּתּוֹרָה, כִּי בַּתּוֹרָה יֵשׁ בּוֹ ד' חֲלָקִים פַּרְדֵּ"ס. וְחֵלֶק הַסּוֹד כְּנֶגֶד מִסְפַּר הָאֲלָפִים, וְלָכֵן אָמַר אַלּוּפֵינוּ בַּתּוֹרָה, שֶׁגַּם כְּנֶגֶד הָאֲלָפִים שֶׁהוּא הַסּוֹד יֵשׁ בְּיָדֵינוּ, וּמַאן דְּדָרֵישׁ אַלּוּפֵינוּ בַּמִּצְווֹת, כִּי הַמִּצְוָה צְרִיכָה לִהְיוֹת שְׁלֵימָה בְּמַעֲשֶׂה וְדִבּוּר וְכַוָּנָה וּמַחְשָׁבָה, וְגַם אֵלּוּ הֵם כְּנֶגֶד ד' חֲלוּקוֹת שֶׁל הַמִּסְפָּר, שֶׁהֵם אֲחָדִים, עֲשָׂרוֹת, מֵאוֹת, אֲלָפִים, וְהַמַּחֲשָׁבָה כְּנֶגֶד הָאֲלָפִים, וְהַייְנוּ שֶׁהֵם שְׁלֵמִים גַּם בְּמַחְשָׁבָה, וְאוֹמְרוֹ שֶׁלֹּא תִּהְיֶה סִיעָתֵנוּ וְכוּ', הִנֵּה לְפִי דַּעַת הַתּוֹסָפוֹת צָרִיךְ לוֹמַר אֵין יוֹצֵא, כִּי בְּזָכָר מִשְׁתַּעֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל פִּי הַקְדָּמָה שֶׁכָּתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּשֵׁם חס"ל זַ"ל, שֶׁאִם הִרְשִׁיעַ הָאָדָם ת' יוֹם וְלֹא שָׁב בֵּנְתַיִים, יִכָּנֵס בַּחֲמִשִּׁים שַׁעֲרֵי טֻומְאָה וְלֹא יָצָא מִשָּׁם, עַייֵּן שָׁם, וְלָזֶה אָמַר יוֹצֵאת, קָרֵי בָּהּ יוֹצֵא ת', שֶׁלֹּא יָצָא חוּץ מִשּׁוּרַת ת' יוֹם.
« Lorsque les sages prenaient congé de la maison de Rav Hisda, et certains disent de la maison de Rabbi Chmuel bar Nahmani, ils lui disaient ainsi : alufenou messoubalim. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils disaient précisément ces deux mots, « alufenou messoubalim », et que la guemara rapporte la deracha de Rav et de Chemouel sur cette parole pour nous faire connaître leur intention. Le premier dit « alufenou dans la Torah », car la Torah comporte quatre parties, le pardes, et la partie du sod correspond au rang des milliers ; c'est pourquoi il dit « alufenou dans la Torah » — que même au rang des milliers, qui est le sod, nous avons quelque chose en main. Celui qui explique « alufenou dans les mitsvot » raisonne ainsi : la mitsva doit être complète dans l'acte, la parole, la kavana et la pensée, et ces quatre correspondent aux quatre rangs du nombre, unités, dizaines, centaines et milliers, la pensée correspondant aux milliers ; ils sont donc complets jusque dans la pensée. Quant à « qu'il n'y ait pas de brèche dans notre groupe », selon l'avis des Tossefot il faudrait dire « en yotse » au masculin, puisque le verset parle au masculin. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention se comprend d'après l'introduction qu'a écrite le Gaon Hida, de mémoire bénie, au nom du 'Hessed Léalafim, de mémoire bénie : si l'homme s'est rendu coupable quatre cents jours sans faire techouva dans l'intervalle, il entre dans les cinquante portes de l'impureté et n'en sort plus ; voir là-bas. C'est pourquoi il dit « yotsèt », que l'on peut lire « yotse tav », qu'il ne sorte pas hors de la ligne des quatre cents jours.
💡 Explication

La bénédiction suit le corps de haut en bas : cœur, bouche, langue, paupières, yeux, visage, lèvres, reins, pas. À chaque organe est assignée une fonction d'étude ou de louange.

Rachi éclaire deux points. Maftéri rabbanan désigne le fait de prendre congé l'un de l'autre pour rentrer chez soi et dans son pays. Et yéicharou est rattaché à la racine de la droiture : que tu comprennes la Torah selon la halakha. L'expression finale, atik yomin, est reprise de Daniel 7.

16
כִּי הֲווֹ מִפַּטְרִי רַבָּנַן מִבֵּי רַב חִסְדָּא, וְאָמְרִי לַהּ מִבֵּי רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, אָמְרוּ לֵיהּ הָכִי: ״אַלּוּפֵינוּ מְסַבְּלִים וְגוֹ׳״.

Lorsque les sages prenaient congé de la maison de Rav Hisda, et certains disent de la maison de Rabbi Chmuel bar Nahmani, ils lui disaient ainsi : « Nos chefs sont chargés, etc. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּי הֲווֹ מִפַּטְרִי רַבָּנַן מִבֵּי רַב חִסְדָּא, וְאָמְרִי לַהּ מִבֵּי רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, אָמְרוּ לֵיהּ הָכִי: אַלּוּפֵינוּ מְסַבְּלִים. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הֵם הָיוּ אוֹמְרִים שְׁנֵי מִילוֹת אֵלּוּ דַּוְקָא, וְהוּא אַלּוּפֵינוּ מְסַבְּלִים, וּמַיְיתִי הַגְּמָרָא דְּרָשַׁת רַב וּשְׁמוּאֵל עַל מַאֲמָר זֶה, לְהוֹדִיעֵנוּ כַּווָּנָתָם, וְאָמַר אַלּוּפֵינוּ בַּתּוֹרָה, כִּי בַּתּוֹרָה יֵשׁ בּוֹ ד' חֲלָקִים פַּרְדֵּ"ס. וְחֵלֶק הַסּוֹד כְּנֶגֶד מִסְפַּר הָאֲלָפִים, וְלָכֵן אָמַר אַלּוּפֵינוּ בַּתּוֹרָה, שֶׁגַּם כְּנֶגֶד הָאֲלָפִים שֶׁהוּא הַסּוֹד יֵשׁ בְּיָדֵינוּ, וּמַאן דְּדָרֵישׁ אַלּוּפֵינוּ בַּמִּצְווֹת, כִּי הַמִּצְוָה צְרִיכָה לִהְיוֹת שְׁלֵימָה בְּמַעֲשֶׂה וְדִבּוּר וְכַוָּנָה וּמַחְשָׁבָה, וְגַם אֵלּוּ הֵם כְּנֶגֶד ד' חֲלוּקוֹת שֶׁל הַמִּסְפָּר, שֶׁהֵם אֲחָדִים, עֲשָׂרוֹת, מֵאוֹת, אֲלָפִים, וְהַמַּחֲשָׁבָה כְּנֶגֶד הָאֲלָפִים, וְהַייְנוּ שֶׁהֵם שְׁלֵמִים גַּם בְּמַחְשָׁבָה, וְאוֹמְרוֹ שֶׁלֹּא תִּהְיֶה סִיעָתֵנוּ וְכוּ', הִנֵּה לְפִי דַּעַת הַתּוֹסָפוֹת צָרִיךְ לוֹמַר אֵין יוֹצֵא, כִּי בְּזָכָר מִשְׁתַּעֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל פִּי הַקְדָּמָה שֶׁכָּתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּשֵׁם חס"ל זַ"ל, שֶׁאִם הִרְשִׁיעַ הָאָדָם ת' יוֹם וְלֹא שָׁב בֵּנְתַיִים, יִכָּנֵס בַּחֲמִשִּׁים שַׁעֲרֵי טֻומְאָה וְלֹא יָצָא מִשָּׁם, עַייֵּן שָׁם, וְלָזֶה אָמַר יוֹצֵאת, קָרֵי בָּהּ יוֹצֵא ת', שֶׁלֹּא יָצָא חוּץ מִשּׁוּרַת ת' יוֹם.
« Lorsque les sages prenaient congé de la maison de Rav Hisda, et certains disent de la maison de Rabbi Chmuel bar Nahmani, ils lui disaient ainsi : alufenou messoubalim. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils disaient précisément ces deux mots, « alufenou messoubalim », et que la guemara rapporte la deracha de Rav et de Chemouel sur cette parole pour nous faire connaître leur intention. Le premier dit « alufenou dans la Torah », car la Torah comporte quatre parties, le pardes, et la partie du sod correspond au rang des milliers ; c'est pourquoi il dit « alufenou dans la Torah » — que même au rang des milliers, qui est le sod, nous avons quelque chose en main. Celui qui explique « alufenou dans les mitsvot » raisonne ainsi : la mitsva doit être complète dans l'acte, la parole, la kavana et la pensée, et ces quatre correspondent aux quatre rangs du nombre, unités, dizaines, centaines et milliers, la pensée correspondant aux milliers ; ils sont donc complets jusque dans la pensée. Quant à « qu'il n'y ait pas de brèche dans notre groupe », selon l'avis des Tossefot il faudrait dire « en yotse » au masculin, puisque le verset parle au masculin. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention se comprend d'après l'introduction qu'a écrite le Gaon Hida, de mémoire bénie, au nom du 'Hessed Léalafim, de mémoire bénie : si l'homme s'est rendu coupable quatre cents jours sans faire techouva dans l'intervalle, il entre dans les cinquante portes de l'impureté et n'en sort plus ; voir là-bas. C'est pourquoi il dit « yotsèt », que l'on peut lire « yotse tav », qu'il ne sorte pas hors de la ligne des quatre cents jours.
💡 Explication

Le second congé tient en un seul verset, cité par ses deux premiers mots. Il s'agit de Tehilim 144, 14 : « nos chefs sont chargés, point de brèche et point de sortie et point de cri sur nos places ». Le verset entier est sous-entendu par le mot végomer (« et le reste »), et la guemara va aussitôt en discuter le sens.

17
״אַלּוּפֵינוּ מְסַבְּלִים״ — רַב וּשְׁמוּאֵל, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר, חַד אָמַר: ״אַלּוּפֵינוּ״ — בַּתּוֹרָה, וְ״מְסַבְּלִים״ — בְּמִצְוֹת. וְחַד אָמַר: ״אַלּוּפֵינוּ״ — בַּתּוֹרָה וּבְמִצְוֹת, וְ״מְסַבְּלִים״ — בְּיִסּוּרִים.

« Nos chefs sont chargés » — Rav et Chemouel, et certains disent Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar. L'un dit : « nos chefs » — dans la Torah, et « chargés » — de mitsvot.

Et l'autre dit : « nos chefs » — dans la Torah et dans les mitsvot, et « chargés » — de souffrances.

💡 Explication

La mahloket porte sur la répartition des deux mots du verset. Le premier avis les distribue sur deux domaines distincts : la maîtrise dans l'étude d'une part, la charge des mitsvot d'autre part. Le second avis réunit Torah et mitsvot sous le premier mot et réserve le second aux yissourim (souffrances).

L'enjeu est le sens de la bénédiction adressée au maître. Selon le premier avis, on lui souhaite l'abondance de la pratique ; selon le second, on décrit sa condition réelle, où la grandeur en Torah s'accompagne d'épreuves.

🖼️ Schéma
Alufenou messoubalim : deux répartitions des mêmes mots Premier avis Alufenou : chefs dans la Torah. Messoubalim : chargés de mitsvot. Les deux mots décrivent deux domaines distincts. Second avis Alufenou : chefs dans la Torah et les mitsvot. Messoubalim : chargés de souffrances. Le second mot introduit les yissourim. Attribution : Rav et Chemouel, ou selon une autre version Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar.
La mahloket se joue sur le partage des deux mots du verset entre Torah, mitsvot et souffrances.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).