Berakhot 17b — Fin du chapitre Haya kore : la prière des Sages de Yavne, les abirei lev, la youhara du marié et du 9 av ; début du chapitre Mi chéméto : l'exemption de l'onen et des accompagnants du mort

Berakhot 17b

Sougya : Le folio achève d'abord la série des prières personnelles des maîtres : la dernière, celle des Sages de Yavne, lit le verset des Psaumes « point de brèche, point de sortie, point de cri dans nos rues » comme une demande de préservation contre le disciple qui tourne mal. Vient ensuite un couple d'avis sur le verset d'Isaie « écoutez-Moi, cœurs endurcis, éloignés de la tsedaka » : selon l'une des lectures, les justes sont nourris de plein droit, et le monde entier vit de leur mérite, ce qu'illustre la bat kol du mont Horev sur Rabbi Hanina ben Dossa.

Rav Yehouda, Rav Yossef et Rav Achi donnent au même verset une lecture toute différente, tournée vers ceux qui voient la Tora de près et ne se convertissent pas. La Guemara revient alors à la michna du marié et découvre une double contradiction sur la youhara (l'ostentation religieuse), entre notre michna et celle du 9 av : Rabbi Yo'hanan intervertit les avis, Rav Chicha les concilie par un critère de visibilité publique.

Le chapitre se clôt par le hadran, et un nouveau chapitre s'ouvre : « Mi chéméto », celui dont le mort gît devant lui, exempt du Chema, de la prière, des tefilin et de tous les commandements ; avec le régime des porteurs du brancard, de la rangée de consolation, et la baraita sur le repas de l'onen.

FIN DU CHAPITRE - Haya kore seg 0 - Prière des Sages de Yavne : point de brèche, de sortie, de cri seg 1-4 - Abirei lev : les justes, Hanina ben Dossa, puis les gens de Gouvai seg 5-9 - Retour à la michna : le marié et la youhara, contradiction avec le 9 av seg 10 - Hadran alakh NOUVEAU CHAPITRE - Mi chéméto seg 11-14 - MICHNA : l'onen exempt ; porteurs du brancard et remplaçants ; rangée de consolation ; femmes et mineurs seg 15-16 - GUEMARA : le mot mouttal est-il restrictif ? Contradiction avec la baraita du repas de l'onen
Plan du folio : la fin du chapitre Haya kore, le hadran, puis l'ouverture du chapitre Mi chéméto.
La double contradiction sur la youhara (l'ostentation religieuse) Les Sages (Rabanan) Rabban Chimon ben Gamliel Chema du marié la 1re nuit de ses noces (notre michna) S'il veut lire, il lit = pas de crainte de youhara Il interdit de lire = crainte de youhara Travail le 9 av la où l'usage est de travailler (Pessahim) Seuls les talmide hakhamim chomen = crainte de youhara Que chacun se conduise en talmid 'hakham = pas de crainte de youhara Deux issues Rabbi Yo'hanan : mouhlefet hachita Les attributions sont interverties dans l'une des deux sources. On corrige le texte pour que chaque maître reste cohérent avec lui-même. Prix à payer : une émendation. Rav Chicha fils de Rav Idi : le critère de visibilité Le Chema : tout le monde lit, lui aussi lit - il ne se distingue pas. Le 9 av : tout le monde travaille, lui chôme - il se distingue. Prix à payer : aucun, le texte reste en place.
Le tableau des positions croisées, puis les deux façons de lever la contradiction.
Le cortège funèbre : qui est tenu au Chema ? marché Le brancard (la mita) DEVANT le brancard ils n'ont pas encore porté si on a besoin d'eux : EXEMPTS du Chema DERRIÈRE le brancard ils ont déjà porté leur part même si on a besoin d'eux : TENUS Les uns et les autres : EXEMPTS de la prière (tefila) Après l'enterrement : la rangée de consolation (chourah) avel Rangée intérieure elle voit l'endeuillé : EXEMPTE Rangée extérieure elle est là par respect : TENUE
Le principe : celui dont la présence est encore requise pour le mort est exempt ; celui qui a déjà rempli son office redevient tenu.
1
״אֵין פֶּרֶץ״ — שֶׁלֹּא תְּהֵא סִיעָתֵנוּ כְּסִיעָתוֹ שֶׁל דָּוִד שֶׁיָּצָא מִמֶּנּוּ אֲחִיתֹופֶל. ״וְאֵין יוֹצֵאת״ — שֶׁלֹּא תְּהֵא סִיעָתֵנוּ כְּסִיעָתוֹ שֶׁל שָׁאוּל שֶׁיָּצָא מִמֶּנּוּ דּוֹאֵג הָאֲדוֹמִי. ״וְאֵין צְוָחָה״ — שֶׁלֹּא תְּהֵא סִיעָתֵנוּ כְּסִיעָתוֹ שֶׁל אֱלִישָׁע שֶׁיָּצָא מִמֶּנּוּ גֵּחֲזִי. ״בִּרְחוֹבוֹתֵינוּ״ — שֶׁלֹּא יְהֵא לָנוּ בֵּן אוֹ תַּלְמִיד שֶׁמַּקְדִּיחַ תַּבְשִׁילוֹ בָּרַבִּים, כְּגוֹן יֵשׁוּ הַנּוֹצְרִי.

« Point de brèche » — que notre groupe ne soit pas comme le groupe de David, dont est sorti Ahitofel. « Point de sortie » — que notre groupe ne soit pas comme le groupe de Chaoul, dont est sorti Doeg l'Edomite.

« Point de cri » — que notre groupe ne soit pas comme le groupe d'Elicha, dont est sorti Guehazi. « Dans nos rues » — que nous n'ayons ni fils ni disciple qui brûle son plat en public, comme Yéshou HaNotsri.

🗂️ Tossefot (2)
פָּרַץ זֶה אֲחִיתֹופֶל שֶׁפָּרַץ פִּרְצָה בְּמַלְכוּת בֵּית דָּוִד. יוֹצֵאת זֶה דּוֹאֵג שֶׁיָּצָא לְתַרְבּוּת רָעָה כְּדִמְפָרֵשׁ בְּחֵלֶק (קו:) גַּבֵּי וַוי שֶׁיֵּצֵא זֶה:
« Brèche », c'est Ahitofel : il a ouvert une brèche dans la royauté de la maison de David. « Sortie », c'est Doeg, qui est sorti vers une conduite mauvaise, comme cela est expliqué dans le chapitre Helek (Sanhédrin 106b) à propos du « malheur à celui-ci qui est sorti ».
צְוָחָה זֶה גֵּחֲזִי שֶׁהָיָה מְצֹורָע וּכְתִיב בֵּיהּ טָמֵא טָמֵא יִקְרָא וְהַיְינוּ צְוָחָה:
« Cri », c'est Guehazi : il était atteint de tsaraat, et il est écrit à son sujet « impur, impur ! » criera-t-il (Lévitique 13, 45) — voilà le cri.
💡 Explication

Le folio précédent a rapporté la prière que les Sages ajoutaient à la sortie de la maison d'étude de Yavne. Elle s'appuie sur le verset des Psaumes (144, 14) et lit chacun de ses mots comme la demande d'être préservé d'un type de disgrâce. Le mot-clé est siata (le groupe, l'entourage d'un maître) : la crainte porte sur ce qui sort d'un cercle d'étude, non sur ce qui l'attaque du dehors.

Chaque figure citée est un disciple ou un proche de grand homme qui a mal tourné : Ahitofel auprès de David, Doeg auprès de Chaoul, Guehazi auprès d'Elicha. L'expression mackdiah tavchilo (littéralement « il brûle son plat ») désigne celui qui gâte publiquement son enseignement et entraîne les autres.

2
״שִׁמְעוּ אֵלַי אַבִּירֵי לֵב הָרְחוֹקִים מִצְּדָקָה״, רַב וּשְׁמוּאֵל, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר. חַד אָמַר: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִזּוֹנִין בִּצְדָקָה, וְהֵם נִזּוֹנִין בִּזְרוֹעַ. וְחַד אָמַר: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִזּוֹנִין בִּזְכוּתָם, וְהֵם אֲפִילּוּ בִּזְכוּת עַצְמָן אֵין נִזּוֹנִין. כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב.

« Écoutez-Moi, cœurs endurcis (abirei lev), vous qui êtes éloignés de la tsedaka » (Isaie 46, 12). Rav et Chmouel, et certains rapportent Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar.

L'un dit : le monde entier est nourri par la tsedaka, et eux sont nourris par le bras. Et l'autre dit : le monde entier est nourri grâce à leur mérite, et eux, même par leur propre mérite, ils ne sont pas nourris.

Conformément à ce qu'a dit Rav Yehouda au nom de Rav.

📜 Rachi (2)
כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִזּוֹנִין בִּצְדָקָה בְּצִדְקָתוֹ שֶׁל הקב"ה וְלֹא בִּזְכוּת שֶׁבְּיָדָן:
Par la tsedaka du Saint béni soit-Il, et pas en vertu d'un mérite qu'ils détiendraient.
וְהֵם נִזּוֹנִין בַּזְּרוֹעַ בִּזְכוּת שֶׁבְּיָדָם וּבְצַדִּיקִים מִשְׁתַּעֵי קְרָא וְקָרֵי לְהוּ רְחוֹקִים מִצִּדְקָתוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ ב"ה:
Par le mérite qu'ils détiennent. Le verset parle des justes, et il les appelle « éloignés » de la tsedaka du Saint béni soit-Il.
🗂️ Tossefot (1)
וְהֵם נִזּוֹנִין בַּזְּרוֹעַ וּלְכָךְ יֵשׁ לְהַגִּיהַּ בַּתְּקִיעוֹת וְהֵם בִּזְרוֹעַ עָדֶיךָ בָּאוּ וְלָא גָּרְסִינַן עָדֶיךָ לֹא בָּאוּ:
C'est pourquoi il faut corriger, dans les piyoutim des tekiot : « et eux, par le bras, sont venus vers Toi », et nous ne lisons pas « vers Toi ils ne sont pas venus ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ נִזּוֹנִין בִּצְדָקָה, וְהֵם נִזּוֹנִין בִּזְרוֹעַ. נִרְאֶה לִי בס"ד בִּצְדָקָה הִיא הַמַּלְכוּת, שֶׁהִיא סוֹד הֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁהִיא נֻוקְבָּא, וְהֵם נִזּוֹנִין בִּזְרוֹעַ סוֹד וָא"ו שֶׁבַּשֵּׁם, שֶׁהוּא תִּפְאֶרֶת שֶׁהוּא דְּכוֹרָא וְעָדִיף טְפֵי. אוֹ יוּבָן הַמָּזוֹן זוֹכִין בּוֹ יִשְׂרָאֵל עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה, מִדִּין נַצִּיל מִזּוֹטוֹ שֶׁל יָם, לְכָךְ הַתּוֹרָה נִקְרֵאת לֶחֶם, וַהֲמוֹן הָעָם אֵין לָהֶם עֵסֶק תּוֹרָה, לְכָךְ נִזּוֹנִין בִּצְדָקָה, אַךְ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים יֵשׁ לָהֶם עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת ח"ן ה ' [84] , שֶׁעוֹלֶה פ"ד [84] , נִזּוֹנִין בִּזְרוֹעַ, שֶׁאִם תּוֹסִיף פ"ד עַל צְדָקָה [199] יַעֲלֶה מִסֵּפֶר זָרוּעַ [283] .
« Le monde entier est nourri par la tsedaka, et eux sont nourris par le bras. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la tsedaka désigne la Malkhout, laquelle est le sod (le secret) du dernier hé du Nom, la noukva (l'aspect féminin) ; « et eux sont nourris par le zeroa », sod du vav du Nom, qui est Tiferet, l'aspect masculin, et qui est supérieur. On peut aussi le comprendre ainsi : la subsistance, Israël l'obtient par l'étude de la Tora, au titre de la règle du sauvetage de ce que la mer rejette (zouto chel yam) ; c'est pourquoi la Tora est appelée « pain ». Le commun du peuple n'a pas l'étude de la Tora et se trouve donc nourri par la tsedaka ; mais les talmide hakhamim ont l'étude de la Tora, appelée « hen ה' », dont le compte s'élève à 84. Ils sont nourris « par le bras » : si tu ajoutes 84 à tsedaka, qui vaut 199, tu obtiens le compte de zeroa, 283.
💡 Explication

Le verset d'Isaie s'adresse à des « cœurs endurcis éloignés de la tsedaka ». Les deux maîtres l'entendent des justes, ce qui suppose une double inversion de sens : abirei lev devient la force de cœur, et réhokim mi-tsedaka l'éloignement de la tsedaka de Hachem, c'est-à-dire du don gratuit.

Le mot tsedaka désigne ici le don que rien n'oblige : le monde reçoit sa subsistance sans y avoir droit. Le mot zeroa (le bras) désigne au contraire ce qui est pris de plein droit, en vertu d'un mérite acquis. Le premier avis honore donc les justes : ils touchent leur dû. Le second les place plus haut encore : le monde vit de leur mérite, tandis qu'eux-mêmes ne consomment rien du leur — ce qui appelle immédiatement l'exemple de Rabbi Hanina ben Dossa au segment suivant.

🖼️ Schéma
Isaie 46, 12 : cœurs endurcis, éloignés de la tsedaka les deux avis s'accordent : le verset parle des JUSTES Premier avis Le monde : nourri par la TSEDAKA = don gratuit, sans droit acquis Les justes : nourris par le ZÉROA = de plein droit, par leur mérite ils sont donc éloignés du régime du don Second avis Le monde : nourri par LEUR mérite = le mérite des justes soutient tout Les justes : rien, même de leur mérite ils n'en consomment pas pour eux-mêmes d'où l'exemple de Hanina ben Dossa
Les deux lectures du verset : ce qui change, c'est ce dont les justes sont dits éloignés.
3
דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּכָל יוֹם וָיוֹם בַּת קוֹל יוֹצֵאת מֵהַר חוֹרֵב וְאוֹמֶרֶת: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִזּוֹנִין בִּשְׁבִיל חֲנִינָא בְּנִי, וַחֲנִינָא בְּנִי דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת.

Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : chaque jour, une bat kol (voix venue d'en haut) sort du mont Horev et proclame : le monde entier est nourri grâce à Hanina mon fils, et Hanina mon fils se contente d'un kav de caroubes d'une veille de Chabbat à l'autre.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ נִזּוֹן בִּשְׁבִיל חֲנִינָא בְּנִי, וַחֲנִינָא בְּנִי, דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת. קַשָּׁא, הַאי חֲלוּקָא לְמַאי אִצְטְרִיךְ בַּת קוֹל, כִּי עַל זֶה רוֹאִין הָעוֹלָם וְיוֹדְעִין שֶׁדַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַמְפָרְשִׁים פֵּרְשׁוּ בִּשְׁבִיל, רְצוֹנוֹ לוֹמַר שְׁבִיל וְצִינּוֹר שֶׁלּוֹ, שֶׁכָּל הַשֶּׁפַע יוֹרֵד תּוֹךְ שְׁבִיל ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא, וּקְשָׁא מַאי נ"מ מִזֶּה, וְנִרְאֶה לִי שֶׁהוּא לְטוֹבַת הָעוֹלָם כִּי הַמְקַטְרְגִים כְּשֶׁיִּרְאוּ רִבּוּי שֶׁפַע יוֹרֵד תּוֹךְ שְׁבִילִין רַבִּים שֶׁל בְּנֵי אָדָם, יְקַטְרְגוּ שֶׁאֵינָם רְאוּיָם מִצַּד טוֹבָה, אַךְ אִם יוֹרֵד הַשֶּׁפַע תּוֹךְ שְׁבִיל שֶׁל ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא לֹא אִכְפַּת לָהֶם, לֹא יְקַטְרְגוּ, וְלֹא יִתְקַנְּאוּ, יַעַן כִּי רוֹאִין אוֹתוֹ מִסְתַּפֵּק בְּמוּעָט, וְדִקְדּוּקֵי עֲנִיּוּת מְאֹד, וְלָכֵן לֹא יָשִׂימוּ לֵב עַל אֵיכוּת וְכַמּוּת הַשֶּׁפַע שֶׁיּוֹרֵד תּוֹךְ שְׁבִיל שֶׁלּוֹ, וְזֶה הוּא לְטוֹבַת הָעוֹלָם, וְזֶה שֶׁאָמַר כָּל הָעוֹלָם נִזּוֹן תּוֹךְ שְׁבִיל חֲנִינָא בְּנִי, וְהַטַּעַם כִּי חֲנִינָא בְּנִי דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין, שֶׁהוּא מִסְתַּפֵּק בְּמוּעָט הַרְבֵּה, לָכֵן מִפְּנֵי שֶׁיּוֹרֵד תּוֹךְ שְׁבִיל שֶׁלּוֹ, נִיצַּל מִן קִטְרוּג וְקִנְאַת הַמְקַטְרְגִים.
« Le monde entier est nourri en faveur de Hanina mon fils, et Hanina mon fils se contente d'un kav de caroubes d'une veille de Chabbat à l'autre. » Difficulté : pourquoi une bat kol serait-elle nécessaire pour cette seconde partie, puisque tout le monde voit et sait qu'il se contente d'un kav de caroubes ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les commentateurs ont expliqué <i>bichvil</i> au sens de <i>chévil</i>, son canal : toute l'abondance descend par le canal de Rabbi Hanina ben Dossa. On demandera quelle différence pratique il y a là. Il me semble que c'est pour le bien du monde : quand les accusateurs voient une abondance considérable descendre par les canaux de nombreux hommes, ils accusent, disant qu'ils n'en sont pas dignes ; mais si l'abondance descend par le canal de Rabbi Hanina ben Dossa, cela ne les touche pas, ils n'accusent pas et ne jalousent pas, puisqu'ils le voient se contenter de peu et vivre dans une pauvreté extrême ; ils ne prêtent donc aucune attention à la qualité ni à la quantité de l'abondance qui descend par son canal, et c'est là un bien pour le monde. Voilà ce que dit le texte : le monde entier est nourri par le canal de Hanina mon fils ; et la raison en est que Hanina mon fils se contente d'un kav de caroubes, se satisfaisant de très peu — de sorte qu'en descendant par son canal, l'abondance échappe à l'accusation et à la jalousie des accusateurs.
💡 Explication

La bat kol fournit la preuve du second avis : le mérite d'un seul juste porte la subsistance de tous, et ce juste-là vit d'un kav de caroubes par semaine, la ration la plus pauvre qui soit. Le contraste entre ce qui passe par lui et ce qu'il prend pour lui est le cœur de l'enseignement.

4
וּפְלִיגָא דְּרַב יְהוּדָה. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה מַאן ״אַבִּירֵי לֵב״ — גּוֹבַאי טַפְשָׁאֵי. אָמַר רַב יוֹסֵף: תֵּדַע, דְּהָא לָא אִיגַּייַּר גִּיּוֹרָא מִינַּייְהוּ.

Et cela est en désaccord avec Rav Yehouda. Car Rav Yehouda a dit : qui sont les « cœurs endurcis » (abirei lev) ?

Les sots de Gouvai. Rav Yossef a dit : la preuve en est qu'aucun converti n'est jamais sorti de leurs rangs.

📜 Rachi (2)
וּפְלִיגָא דְּרַב יְהוּדָה דְּאִיהוּ אָמַר אַבִּירֵי לֵב הַיְינוּ רְשָׁעִים:
Car lui a dit que les « cœurs endurcis » sont les impies.
גּוֹבַאי שֵׁם אֻומָּה הִיא בְּבָבֶל וּבְמַסֶּכֶת קִדּוּשִׁין (פ"ד דַּף ע:) אָמְרִינַן שֶׁהָיוּ מִן הַנְּתִינִים:
Gouvai : nom d'un peuple de Babylonie. Dans le traité Kidouchin (chapitre 4, 70b), nous disons qu'ils étaient du nombre des netinim.
💡 Explication

Rav Yehouda revient au sens ordinaire du verset : les abirei lev sont des hommes au cœur dur, et le mot « éloignés de la tsedaka » les décrit. Il les identifie à une population précise de Babylonie. Rav Yossef propose un critère vérifiable : l'absence complète de guerim (convertis) issus de ce groupe est le signe d'une imperméabilité totale.

5
אָמַר רַב אַשִּׁי: בְּנֵי מָתָא מְחַסְיָא ״אַבִּירֵי לֵב״ נִינְהוּ, דְּקָא חָזוּ יְקָרָא דְּאוֹרָייְתָא תְּרֵי זִמְנֵי בְּשַׁתָּא, וְלָא קָמִגַּיַּיר גִּיּוֹרָא מִינַּייְהוּ.

Rav Achi a dit : les gens de Mata Mehassia sont des « cœurs endurcis », eux qui voient l'honneur de la Tora deux fois par an, et dont pourtant aucun converti n'est sorti.

📜 Rachi (1)
שְׁבָחָא דְּאוֹרָיְיתָא תְּרֵי זִימְנֵי בְּשַׁתָּא שֶׁהָיוּ נֶאֱסָפִים שָׁם יִשְׂרָאֵל בַּאֲדָר לִשְׁמֹועַ בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח מִדְרָשׁ דְּרַב אַשִּׁי וּבֶאֱלוּל לִשְׁמֹועַ הִלְכוֹת הֶחָג:
Israël s'y rassemblait en Adar pour entendre les lois de Pessa'h à la maison d'étude de Rav Achi, et en Eloul pour entendre les lois de la fête.
🗂️ Tossefot (1)
תְּרֵי זִימְנֵי בְּשַׁתָּא אֲבָל בַּעֲצֶרֶת שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא יוֹם אֶחָד לֹא הָיוּ כָּל כָּךְ מִתְאַסְּפִין וְשֶׁמָּא נִיסָּא אִיתְרְחִישׁ לְהוּ וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר הָעִתִּים שֶׁחִבֵּר הָרַב רַבִּי יְהוּדָה בַּר בַּרְזִילַּי שֶׁשָּׁמַע שֶׁהָיָה עַמּוּד שֶׁל אֵשׁ יוֹרֵד מִן הַשָּׁמַיִם עֲלֵיהֶם בְּכַלָּה דֶּאֱלוּל וּבְכַלָּה דַּאֲדָר:
Mais à Atseret, qui ne dure qu'un seul jour, on ne se rassemblait pas autant. Peut-être aussi un miracle leur advenait-il : j'ai vu dans le Sefer HaItim, composé par Rav Yehouda bar Barzilaï, qu'il avait entendu dire qu'une colonne de feu descendait du ciel sur eux, à la kala d'Eloul et à la kala d'Adar.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָלֵין בְּנֵי מָתָא מְחַסְיָא, "אַבִּירֵי לֵב" נִינְהוּ, דְּהָא קָא חָזוּ בִּשְׁבָחָא דְּאוֹרָיְתָא תְּרֵי זִימְנֵי בְּשַׁתָּא, וְלָא מְגַייֵּר גִּיּוֹרָא מִנַּיְהוּ. עַל מַה שֶׁכָּתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת בְּשֵׁם סֵפֶר הָעִתִּים, שֶׁהָיָה יוֹרֵד עַמּוּד אֵשׁ וְכוּ', יְעַיֵּין שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בָּזֶה אִיכָּא יְקָרָא דְּאוֹרָייְתָא טְפֵי מֵאֵשׁ שֶׁהָיָה מְסַבֵּב אֶת הַצַּדִּיקִים הָעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה, כִּי זֶה נִמְשָׁךְ מִבְּחִינַת הָעִיגּוּלִים, וְזֶה מִבְּחִינַת הַיֹּושֶׁר.
« Et ces gens de Mata Mehassia sont des cœurs endurcis, puisqu'ils voient la louange de la Tora deux fois par an et qu'aucun converti n'est sorti de chez eux. » Sur ce qu'ont écrit les Tossefot au nom du Sefer HaItim, qu'une colonne de feu descendait, etc., voir là-bas. Il me semble qu'il y a ici un honneur de la Tora plus grand encore que le feu qui entourait les justes occupés de Tora, car ce feu-là procède de l'aspect des iggoulim (les cercles), tandis que celui-ci procède de l'aspect du yocher (la rectitude).
💡 Explication

Rav Achi durcit encore le critère de Rav Yossef. À Mata Mehassia se tenaient deux fois l'an les grandes assemblées d'étude appelées kala, en Adar et en Eloul. Le voisinage immédiat d'un tel spectacle, sans le moindre effet, sert d'illustration à l'endurcissement du cœur.

6
חָתָן אִם רוֹצֶה לִקְרוֹת וְכוּ׳.

« Le marié, s'il veut lire, etc. »

💡 Explication

La Guemara reprend la michna laissée en suspens : le marié, la première nuit de ses noces, est exempt du Chema ; s'il veut néanmoins le lire, il le peut, et Rabban Chimon ben Gamliel le lui interdit. C'est ce dernier point qui va servir de point de départ.

7
לְמֵימְרָא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל חָיֵישׁ לְיֻוהֲרָא וְרַבָּנַן לָא חָיְישִׁי לְיֻוהֲרָא, וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ! דִּתְנַן: מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב — עוֹשִׂין. מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת — אֵין עוֹשִׂין. וְכָל מָקוֹם תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בְּטֵלִים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לְעוֹלָם יַעֲשֶׂה כָּל אָדָם אֶת עַצְמוֹ כְּתַלְמִיד חָכָם.

Faut-il en conclure que Rabban Chimon ben Gamliel craint la youhara et que les Sages ne la craignent pas ? Or nous les avons entendus tenir l'inverse !

Car nous avons appris dans une michna : dans un lieu où l'on a coutume de travailler le 9 av, on travaille ; dans un lieu où l'on a coutume de ne pas travailler, on ne travaille pas. Et partout, les talmide hakhamim chomen.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : que tout homme se conduise toujours comme un talmid 'hakham.

💡 Explication

Le mot youhara désigne l'ostentation religieuse : se donner en public pour plus pieux ou plus savant qu'on ne l'est. Dans notre michna, Rabban Chimon ben Gamliel s'en soucie et interdit au marié de lire ; les Sages ne s'en soucient pas.

La michna de Pessahim (54b) présente exactement le rapport inverse : les Sages réservent le chômage du 9 av aux talmide hakhamim, ce qui suppose qu'un homme ordinaire qui chômerait ferait acte de youhara ; Rabban Chimon ben Gamliel, lui, invite chacun à s'y conduire en talmid 'hakham.

8
קַשְׁיָא דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן, קַשְׁיָא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל!

Il y a donc difficulté entre les Sages et les Sages, et difficulté entre Rabban Chimon ben Gamliel et Rabban Chimon ben Gamliel !

💡 Explication

La Guemara formule la contradiction sous sa forme double, selon la tournure classique kachya X à-X : chacun des deux camps se contredit lui-même d'une michna à l'autre.

9
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר: לְעוֹלָם לֹא תַּחֲלִיף. דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן לָא קַשְׁיָא: קְרִיאַת שְׁמַע, כֵּיוָן דְּכֻולֵּי עָלְמָא קָא קָרוּ וְאִיהוּ נָמֵי קָרֵי — לָא מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא. הָכָא, כֵּיוָן דְּכֻולֵּי עָלְמָא עָבְדִי מְלָאכָה וְאִיהוּ לָא קָא עָבֵיד — מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא.

Rabbi Yo'hanan a dit : les positions sont interverties. Rav Chicha fils de Rav Idi a dit : en vérité, n'intervertis rien.

Les Sages avec les Sages, il n'y a pas de difficulté : pour le Chema, puisque tout le monde lit et que lui aussi lit, cela n'apparaît pas comme de la youhara. Ici, puisque tout le monde travaille et que lui ne travaille pas, cela apparaît comme de la youhara.

🗂️ Tossefot (1)
רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר לְעוֹלָם לֹא תַּחֲלִיף פר"ח דַּהֲלָכָה כְּרַב שֵׁשֶׁת דְּהוּא בָּתְרָאָה וַהֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר לֹא כָּל הָרוֹצֶה לִיטֹּול אֶת הַשֵּׁם יִטּוֹל וּבְכָל מָקוֹם שֶׁשָּׁנָה רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בְּמִשְׁנָתֵינוּ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ חוּץ מֵעָרֵב וְצַיְדָן וּרְאָיָה אַחֲרוֹנָה (כְּתֻובּוֹת עז א) וְכֵן פָּסַק ר"ח וּמִיהוּ אָנוּ שֶׁבְּשׁוּם פַּעַם אֵין אָנוּ מְכַוְּונִים הֵיטֵב גַּם חָתָן יֵשׁ לִקְרוֹת דְּאַדְּרַבָּה נִרְאֶה כְּיֻוהֲרָא אִם לֹא יִקְרָא כְּלוֹמַר אֲנִי מְכַוֵּין בְּכָל שָׁעָה אֲבָל לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב אֵין לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה:
Rabbenou Hananel a expliqué que la halakha suit Rav Chechet, qui est le dernier, et que la halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel, lequel dit que quiconque veut prendre le Nom ne le prend pas ; et partout où Rabban Chimon ben Gamliel enseigne dans notre michna, la halakha suit son avis, sauf pour « erev », « Tsidon » et « raaya aharona » (Ketoubot 77a). Telle est la décision de Rabbenou Hananel. Toutefois, nous qui de toute façon ne parvenons jamais à une concentration parfaite, même le marié doit lire : au contraire, s'abstenir de lire aurait l'apparence de la youhara, comme s'il déclarait « moi, je me concentre à toute heure ». Mais travailler le 9 av, il faut s'en abstenir.
💡 Explication

Deux solutions. Mouhlefet hachita : Rabbi Yo'hanan intervertit les attributions dans l'une des deux sources, ce qui exige une émendation du texte reçu.

Rav Chicha conserve les deux textes tels quels et introduit un critère : la youhara dépend de ce qui se voit. Le marié qui lit le Chema se fond dans une foule qui lit ; celui qui chôme le 9 av dans un lieu où l'on travaille se détache seul. Le même maître peut donc craindre la youhara dans un cas et non dans l'autre sans se contredire.

🖼️ Schéma
Le critère de Rav Chicha : se distingue-t-on du reste de la foule ? Chema du marié tout le monde lit - lui aussi lit rien ne le signale au regard pas de youhara Chômage le 9 av tout le monde travaille - lui chôme il se détache seul du groupe apparence de youhara
La youhara se mesure à l'écart visible entre l'individu et la conduite commune.
10
דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לָא קַשְׁיָא: הָתָם בְּכַוָּנָה תַלְיָא מִילְּתָא, וַאֲנַן סָהֲדֵי דְּלָא מָצֵי לְכַוּוֹנֵי דַּעְתֵּיהּ. אֲבָל הָכָא, הָרוֹאֶה אוֹמֵר: מְלָאכָה הוּא דְּאֵין לוֹ. פּוּק חֲזִי כַּמָּה בַּטְלָנֵי אִיכָּא בְּשׁוּקָא.

Rabban Chimon ben Gamliel avec Rabban Chimon ben Gamliel, il n'y a pas de difficulté : là-bas, la chose dépend de la concentration, et il est évident pour tous qu'il ne peut pas concentrer son esprit. Mais ici, celui qui le voit dit : c'est qu'il n'a pas de travail.

Sors et vois combien d'oisifs il y a au marché.

📜 Rachi (2)
אָמְרִי אִינָשֵׁי עֲבִידְתָּא הוּא דְּלֵית לֵיהּ הָרוֹאֶה אוֹתוֹ שֶׁאֵינוֹ עוֹשֶׂה מְלָאכָה אֵינוֹ מֵבִין שֶׁמֵּחֲמַת תִּשְׁעָה בְּאָב הוּא בָּטֵל אֶלָּא אֵין לוֹ מְלָאכָה לַעֲשׂוֹת:
Celui qui le voit s'abstenir de travailler ne comprend pas qu'il chôme à cause du 9 av, mais pense qu'il n'a pas de travail à faire.
פּוּק חֲזִי כַּמָּה בַּטְלָנֵי אִיכָּא בְּשׁוּקָא אַף בִּימֵי מְלָאכָה:
Même les jours ouvrables.
💡 Explication

La seconde branche de la réponse applique le même critère à Rabban Chimon ben Gamliel. Pour le Chema, l'obstacle est la kavana (la concentration) : chacun sait qu'un marié en est incapable cette nuit-là, de sorte que lire malgré tout revient à se déclarer publiquement au-dessus de sa condition.

Pour le 9 av, l'observateur dispose d'une explication banale de l'oisiveté : le chômage passe inaperçu parmi les nombreux desœuvres du marché. Le geste demeure donc silencieux, et Rabban Chimon ben Gamliel peut le recommander à tous.

11
הַדְרָן עֲלָךְ הָיָה קוֹרֵא

Hadran alakh, chapitre « Haya kore » (nous reviendrons vers toi).

📜 Rachi (1)
הַדְרָן עֲלָךְ הָיָה קוֹרֵא
Fin du chapitre « Haya kore ».
🗂️ Tossefot (1)
הַדְרָן עֲלָךְ הָיָה קוֹרֵא
Fin du chapitre « Haya kore ».
💡 Explication

Formule qui clôt le chapitre : elle exprime le vœu de revenir sur ce qui vient d'être étudié. Le chapitre Haya kore s'achève ici ; le chapitre suivant, Mi chéméto, s'ouvre au segment 11.

12
מַתְנֵי׳ מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו — פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין, וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה.

MICHNA. Celui dont le mort gît devant lui est exempt du Chema, de la prière et des tefilin, et de tous les commandements énoncés dans la Tora.

📜 Rachi (1)
מִי שֶׁמֵּתוּ כּוּ' פָּטוּר מִלִּקְרוֹת ק"ש לְפִי שֶׁהוּא טָרוּד בְּמַחֲשֶׁבֶת קְבוּרָתוֹ וְהָוְיָא דֻּומְיָא דְּחָתָן דְּפָטוּר מִשּׁוּם טִירְדָּא דְּמִצְוָה:
Parce qu'il est absorbé par le souci de son enterrement ; c'est semblable au marié, exempt en raison du trouble causé par une mitsva.
🗂️ Tossefot (2)
מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו רַשִׁ"י גָּרֵיס מִי שֶׁמֵּתוּ אַחַר תְּפִלַּת הַשַּׁחַר אֲבָל נִרְאֶה לר"י שֶׁהוּא אַחַר הָיָה קוֹרֵא דְּאַיְירֵי בְּסֵיפֵיהּ מק"ש וְכָאן מַתְחִיל נָמֵי מִפְּטוֹר ק"ש וּבִירוּשַׁלְמִי גָּרֵיס כְּמוֹ כֵן:
Rachi a pour version que le chapitre « Mi chéméto » vient après « Tefilat hachahar ». Il paraît toutefois à Rabbenou Yits'hak qu'il vient après « Haya kore », lequel traite à sa fin du Chema, et qu'ici aussi on commence par l'exemption du Chema ; le Talmoud de Jérusalem a la même version.
פָּטוּר מק"ש בַּיְּרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ טַעְמָא א"ר בְּוַן כְּתִיב לְמַעַן תִּזְכֹּור כו' עַד כָּל יְמֵי חַיֶּיךָ יָמִים שֶׁאַתָּה עוֹסֵק בַּחַיִּים וְלֹא יָמִים שֶׁאַתָּה עוֹסֵק בַּמֵּתִים: הָכִי גָּרְסִינַן פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין:
Le Talmoud de Jérusalem en explique la raison : Rabbi Boun a dit, il est écrit « afin que tu te souviennes... tous les jours de ta vie » (Deutéronome 16, 3) — les jours où tu t'occupes des vivants, et non les jours où tu t'occupes des morts. Voici la version à retenir : « exempt du Chema, de la prière et des tefilin ».
⚖️ Rosh (1)
פָּטוּר מק"ש וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה. אָמְרוּ שֶׁפַּעַם אַחַת הָיָה ר"י זַ"ל אוֹנֵן וְאָכַל בְּלֹא הַבְדָּלָה. א"ל תַּלְמִידָיו וְנַבְדִּיל לְפָנֶיךָ. אָמַר לָהֶם הָאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי אִם בָּרְכוּ אֵין עוֹנֶה אַחֲרֵיהֶם אָמֵן. וּלְמָחֳרָתוֹ כְּשֶׁבָּא מִבֵּית הַקְּבָרוֹת אָמְרוּ לוֹ לָמָּה אִינָךְ עוֹשֶׂה הַבְדָּלָה הָאָמְרִינַן טַעַם מַבְדִּיל וְהֵשִׁיב לָהֶם מֵאַחַר שֶׁהָיִיתִי פָּטוּר אֶמֶשׁ בִּשְׁעַת חִיּוּב הַבְדָּלָה מִשּׁוּם שֶׁהָיִיתִי אוֹנֵן גַּם עַתָּה פָּטוּר אֲנִי. שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּפֶרֶק קַמָּא דַּחֲגִיגָה דַּף ט. חִיגֵּר בְּיוֹם רִאשׁוֹן וְנִתְפַּשֵּׁט בְּיוֹם שֵׁנִי כֵּיוָן שֶׁנִּדְחָה בְּיוֹם רִאשׁוֹן שׁוּב אֵינוֹ חַייָּב בְּיוֹם שֵׁנִי. וה"ר מֵאִיר זַ"ל דְּנוֹרֶנְבֶּערְג כָּתַב בְּהִלְכוֹת שְׂמָחוֹת שֶׁלּוֹ מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מֵת בְּשַׁבָּת וְלֹא נִקְבַּר עַד לְמָחָר וְלֹא הִבְדִּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת נ"ל שֶׁמֻּותָּר לֶאֱכֹול בְּלֹא הַבְדָּלָה. דְּאָמְרִינַן בְּפֶ' מִי שֶׁמֵּתוּ מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו פָּטוּר מִכָּל מִצְוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה. וְאָמְרִינַן עֲלָהּ בִּירוּשַׁלְמִי כָּל הַפָּטוּר מִן הַדָּבָר וְעוֹשֵׂהוּ נִקְרָא הֶדְיוֹט. וּבְיוֹם הַמָּחֳרָת לְאַחַר שֶׁנִּקְבַּר מֵתוֹ אָסוּר לֶאֱכֹול עַד שֶׁיַּבְדִּיל דְּהָא קי"ל בְּעַרְבֵי פְּסָחִים דַּף קו: וְקז. טַעַם מַבְדִּיל. וְאָמְרִי' נָמֵי מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל במ"ש מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ. וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ נוֹשְׂאֵי הַמִּטָּה וְחִילּוּפֵיהֶן וְכוּ' עַד אֵלּוּ וָאֵלּוּ פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה ופירש"י וְזֶה לְשׁוֹנוֹ פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה דְּלָאו דְּאוֹרָיְיתָא הִיא וְרַבּוֹתֵינוּ פֵּירְשׁוּ לְפִי שֶׁיֵּשׁ לָהֶן עוֹד שְׁהוּת ול"נ שֶׁאֵין זֶה לְשׁוֹן פְּטוּרִין. וְאֵין לְהַקְשׁוֹת עַל דְּבָרַי מפרש"י דְּמַשְׁמַע כֵּיוָן שֶׁפְּטוּרִין הַהִיא שַׁעְתָּא פְּטוּרִין עוֹלָמִית. דְּהָא וַדַּאי לֵיתָא דָּמֵי לֹא מוֹדֶה רַשִׁ"י דְּאִם קָבְרוּ אֶת הַמֵּת וְיֵשׁ שְׁהוּת בַּיּוֹם שֶׁיּוּכְלוּ לְהִתְפַּלֵּל שֶׁמִּתְפַּלְּלִין וְעַד כָּאן (ס"א עַל כָּרְחָךְ) לָא פְלִיגִי רַבּוֹתָיו וְהוּא אֶלָּא שֶׁלְּפִי רַבּוֹתָיו אִם הִגִּיעַ זְמַן הַתְּפִלָּה וְיָכוֹל לַעֲסֹוק וַעֲדַייִן יֵשׁ לָהֶן שְׁהוּת לְהִתְפַּלֵּל יַעַסְקוּ בּוֹ וְאִם לָאו לֹא יִבָּטְלוּ מִתְּפִלָּה. ולפירש"י אַפֵּי' אִם יַעֲבֹור זְמַן הַתְּפִלָּה יִתְעַסְּקוּ בּוֹ. וא"כ בְּנִדּוֹן זֶה כֵּיוָן דִּזְמַן הַהַבְדָּלָה כָּל יוֹם הַמָּחֳרָת וְכָל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ אע"פ שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהַבְדִּיל קֹודֶם שֶׁנִּקְבַּר מֵתוֹ יַבְדִּיל לְאַחַר שֶׁנִּקְבַּר מֵתוּ כִּדְפָרֵישִׁית. וְאֵין לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַבְדִּיל לֹא יֹאכַל. דְּהָא אָמְרִינַן דְּאֵינוֹ מְבָרֵךְ וְאֵינוֹ מְזַמֵּן אֲפִילּוּ הָכֵי אוֹכֵל וַאֲפִילּוּ אִם שָׁמַע מֵאֲחֵרִים שֶׁהִבְדִּילוּ במ"ש אֵינוֹ עוֹלֶה לוֹ כֵּיוָן דִּבְהַהִיא שַׁעֲתָא לָאו בַּר חִיּוּבָא הוּא וְצָרִיךְ לְמָחָר לַחֲזֹור לְבָרֵךְ וּלְהַבְדִּיל מִיהוּ אֵינוֹ מְבָרֵךְ עַל הַבְּשָׂמִים וְעַל הַמָּאוֹר. שָׁמַעְתִּי שֶׁיֵּשׁ גְּדוֹלִים שֶׁאוֹמְרִים לְאַחֵר לְהַבְדִּיל וּבָזֶה נִפְטַר הָאָבֵל. וְאֵין נִרְאֶה לִי כְּלָל אֶלָּא כִּדְפָרֵישִׁית. וְשׁוּב הִגִּיד לִי הר"ז הַלֵּוִי זַ"ל משפיר"א בְּשֵׁם ה"ר יְקוּתִיאֵל משפיר"א שֶׁמָּצָא גָּדוֹל אֶחָד שכ' כִּדְבָרַי וְאֶת שְׁמוֹ לֹא הִגִּיד לִי ע"כ לְשׁוֹן ר"מ זַ"ל. ונ"ל כְּדִבְרֵי ר' יְהוּדָה דְּהָא דְּאָמְרִינַן בע"פ מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל במ"ש מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ. הַייְנוּ כְּשֶׁלֹּא הָיָה לוֹ יַיִן במ"ש אוֹ שֶׁאֵירְעוֹ אֹונֶס אַחֵר שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהַבְדִּיל. אֲבָל אוֹנֵן דִּבְשָׁעָה שֶׁחָל עָלָיו חִיּוּב הַבְדָּלָה הָיָה פָּטוּר נִפְטַר לְגַמְרֵי וְתוּ לָא מִיחַייַּב. וְדָמְיָא לְגַמְרֵי לְהַהִיא דְּחִיגֵּר בְּיוֹם רִאשׁוֹן וְנִתְפַּשֵּׁט בְּיוֹם שֵׁנִי: וּבְשַׁבָּת מֵיסֵב וְאוֹכֵל בָּשָׂר וְשׁוֹתֶה יַיִן וּמְבָרֵךְ וּמְזַמֵּן וּמְבָרְכִין עָלָיו וּמְזַמְּנִין עָלָיו וְחַיָּיב בק"ש וּבִתְפִלָּה וּבְכָל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר מִתּוֹךְ שֶׁנִּתְחַיֵּיב בְּאֵלּוּ נִתְחַיֵּיב בְּכֻולָּן וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. בַּיְּרוּשַׁלְמִי פָּסַק כְּרַשְׁבָּ"ג. ובה"ג כָּתַב דַּהֲלָכָה כת"ק דְּאָסוּר. וְלֹא שַׁיָּיךְ כָּאן הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּאָבֵל מִשּׁוּם דְּאַכַּתִּי לָא חָל אֲבֵלוּת עֲלֵיהּ וְאִם אִיתָא דִּגְמָ' דִּידַן סָבַר דַּהֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג הֲוָה פָּסַק כְּוָותֵיהּ: קָתָנֵי מִיהָא אוֹכֵל בְּבַיִת אַחֵר וְאַפֵּ"ה פָּטוּר מק"ש וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין. אָמַר רַב אַשִּׁי כָּל זְמַן שֶׁמֻּוטָּל עָלָיו לְקָובְרוֹ כְּמוּטָל לְפָנָיו דָּמֵי דִּכְתִיב וְאֶקְבְּרָה מָתַי מִלִּפְנֵי אַטּוּ הַהִיא שַׁעְתָּא קַמֵּיהּ הֲוָת רַמְיָא אֶלָּא כָּל זְמַן שֶׁמֻּוטָּל עָלָיו לְקָובְרוֹ כְּמוּטָל לְפָנָיו דָּמֵי:
« Exempt du Chema, de la prière, des tefilin et de tous les commandements énoncés dans la Tora. » On a rapporté qu'une fois Rabbenou Yehouda était onen (endeuillé avant l'enterrement) et mangea sans havdala. Ses disciples lui dirent : nous ferons la havdala devant toi. Il leur répondit : n'avons-nous pas dit dans le Talmoud de Jérusalem que, s'ils bénissent, il ne répond pas amen après eux ? Le lendemain, à son retour du cimetière, on lui dit : pourquoi ne fais-tu pas la havdala, puisque nous disons que celui qui a goûté peut encore faire la havdala ? Il leur répondit : puisque j'étais exempt hier soir, à l'heure où l'obligation de la havdala est tombée, parce que j'étais onen, j'en suis exempt maintenant encore. Ainsi trouvons-nous au premier chapitre de Haguiga (9a) : boiteux le premier jour et guéri le second, puisqu'il a été écarté le premier jour il n'est plus tenu le second. Et Rabbi Meir de Rothenbourg a écrit dans ses Hilkhot Semahot : celui dont un mort survient le Chabbat, qui n'est enterré que le lendemain, et qui n'a pas fait la havdala à la sortie du Chabbat, il me semble qu'il lui est permis de manger sans havdala. Car nous disons au chapitre « Mi chemeto » : celui dont le mort gît devant lui est exempt de tous les commandements de la Tora, et le Talmoud de Jérusalem dit là-dessus : quiconque est exempt d'une chose et l'accomplit tout de même est appelé hedyot (homme du commun). Mais le lendemain, après qu'il a enterré son mort, il lui est interdit de manger avant d'avoir fait la havdala, car nous tenons dans Arve Pessahim (106b et 107a) que celui qui a goûté fait encore la havdala ; et nous disons aussi que celui qui n'a pas fait la havdala à la sortie du Chabbat peut la faire tout au long de la semaine. Quant à ce que nous disons au chapitre « Mi chemeto » : les porteurs du brancard, leurs remplaçants, etc., jusqu'à « les uns et les autres sont exempts de la prière », Rachi a expliqué, voici ses termes : « exempts de la prière, parce qu'elle n'est pas de la Tora ; et nos maîtres ont expliqué que c'est parce qu'ils ont encore le temps ; et il me semble que le mot exempt ne convient pas pour cela ». Et il ne faut pas objecter aux termes de Rachi, dont il semblerait ressortir que, s'ils sont exempts à ce moment-là, ils le seraient pour toujours : il n'en va certainement pas ainsi, car Rachi reconnaît bien que, s'ils ont enterré le mort et qu'il reste du temps dans la journée pour prier, ils prient. Ses maîtres et lui ne divergent que sur ceci : selon ses maîtres, si le temps de la prière est arrivé et qu'il peut s'occuper du mort tout en gardant le temps de prier ensuite, qu'ils s'en occupent ; sinon, qu'ils ne négligent pas la prière. Selon Rachi, même si le temps de la prière doit passer, ils s'occupent de lui. Dès lors, dans le cas qui nous occupe, puisque le temps de la havdala s'étend sur tout le lendemain et sur toute la semaine, bien qu'il n'ait pas pu faire la havdala avant d'enterrer son mort, il la fera après l'avoir enterré, comme je l'ai expliqué. Et l'on ne dira pas : puisqu'il ne peut pas faire la havdala, qu'il ne mange pas ; car nous disons qu'il ne bénit pas et ne fait pas le zimoun, et qu'il mange pourtant. Et même s'il a entendu d'autres faire la havdala à la sortie du Chabbat, cela ne l'acquitte pas, puisqu'à cette heure-là il n'était pas tenu ; il devra le lendemain reprendre la bénédiction et la havdala. Toutefois il ne bénit ni sur les aromates ni sur la lumière. J'ai entendu que de grands maîtres font dire la havdala par un autre et tiennent l'endeuillé pour quitte ; cela ne me paraît aucunement juste, et je m'en tiens à ce que j'ai expliqué. Par la suite, Rav Zerahia HaLevi de Spire m'a rapporté au nom de Rav Yekoutiel de Spire qu'il avait trouvé un grand maître écrivant comme moi, sans m'en dire le nom. Fin des termes de Rabbi Meir. Et il me semble comme les propos de Rabbi Yehouda : ce que nous disons dans Arve Pessahim, que celui qui n'a pas fait la havdala à la sortie du Chabbat peut la faire toute la semaine, vise le cas où il n'avait pas de vin à la sortie du Chabbat, ou bien où un empêchement l'a atteint. Mais l'onen, qui était exempt à l'heure où l'obligation de la havdala est tombée, en est entièrement libéré et n'y est plus tenu ; cela ressemble en tout point au cas du boiteux le premier jour et guéri le second. « Et le Chabbat il s'accoude et mange de la viande et boit du vin, il bénit et fait le zimoun, on bénit pour lui et on fait le zimoun pour lui, et il est tenu au Chema, à la prière et à tous les commandements énoncés dans la Tora. Rabban Chimon ben Gamliel dit : puisqu'il est tenu à ceux-là, il est tenu à tous. Et Rabbi Yo'hanan a dit : la différence entre eux porte sur les relations conjugales. » Le Talmoud de Jérusalem a tranché comme Rabban Chimon ben Gamliel. Les Halakhot Guedolot ont écrit que la halakha suit le premier tana, qui interdit. Et la règle « la halakha suit celui qui allège en matière de deuil » ne s'applique pas ici, parce que le deuil proprement dit n'est pas encore tombé sur lui ; et si notre Talmoud avait tenu que la halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel, il aurait tranché en ce sens. « Il est enseigné en tout cas qu'il mange dans une autre maison, et qu'il est malgré tout exempt du Chema, de la prière et des tefilin. Rav Achi a dit : tant qu'il lui incombe de l'enterrer, c'est comme s'il gisait devant lui, ainsi qu'il est écrit (Genèse 23, 4) que j'enterre mon mort de devant moi — est-ce qu'à cette heure-là il gisait devant lui ? Mais tant qu'il lui incombe de l'enterrer, c'est comme s'il gisait devant lui. »
💡 Explication

Ouverture du chapitre Mi chéméto. Celui dont un proche est décédé et n'est pas encore enterré porte le nom d'onen. Tant que le corps est devant lui, il est dispensé de tous les commandements positifs.

Rachi rattache cette exemption au principe déjà rencontré pour le marié : le tirda de mitsva (le trouble de l'esprit causé par une obligation en cours) dispense de ce qu'on ne peut accomplir avec l'attention requise. Les Tossefot y ajoutent la raison du Talmoud de Jérusalem, tirée du verset « tous les jours de ta vie » : les jours où l'on s'occupe des vivants.

13
נוֹשְׂאֵי הַמִּטָּה וְחִלּוּפֵיהֶן, וְחִלּוּפֵי חִלּוּפֵיהֶן, אֶת שֶׁלִּפְנֵי הַמִּטָּה, וְאֶת שֶׁלְּאַחַר הַמִּטָּה. אֶת שֶׁלִּפְנֵי הַמִּטָּה צֹורֶךְ בָּהֶם — פְּטוּרִין, וְאֶת שֶׁלְּאַחַר הַמִּטָּה צֹורֶךְ בָּהֶם — חַייָּבִין. וְאֵלּוּ וָאֵלּוּ פְּטוּרִים מִן הַתְּפִלָּה.

Les porteurs du brancard, leurs remplaçants et les remplaçants de leurs remplaçants, ceux qui sont devant le brancard et ceux qui sont derrière le brancard : ceux qui sont devant le brancard et dont on a besoin sont exempts ; ceux qui sont derrière le brancard, même si on a besoin d'eux, sont tenus. Les uns et les autres sont exempts de la prière.

📜 Rachi (6)
וְחִלּוּפֵיהֶן שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ שֶׁמִּתְחַלְּפִין לָשֵׂאת לְפִי שֶׁהַכֹּל חֲפֵצִין לִזְכּוֹת בּוֹ:
C'est l'usage : ils se relaient pour porter, car tous désirent en avoir le mérite.
אֶת שֶׁלִּפְנֵי הַמִּטָּה שֶׁיִּתְעַסְּקוּ בּוֹ כְּשֶׁתַּגִּיעַ הַמִּטָּה אֶצְלָם:
Ils s'en occuperont lorsque le brancard arrivera jusqu'à eux.
וְשֶׁלְּאַחַר הַמִּטָּה שֶׁנְּשָׂאוּהוּ כְּבָר:
Ils l'ont déjà porté.
שֶׁלִּפְנֵי הַמִּטָּה צֹורֶךְ בָּהֶם פְּטוּרִים אִם צְרִיכִים לְשֵׂאתוֹ פְּטוּרִים:
S'ils sont nécessaires pour le porter, ils sont exempts.
וְשֶׁלְּאַחַר הַמִּטָּה אַף אִם צֹורֶךְ בָּהֶם חַייָּבִים הוֹאִיל שֶׁכְּבָר יָצְאוּ יְדֵי חוֹבָתָן מִן הַמֵּת:
Même si l'on a besoin d'eux, ils sont tenus, puisqu'ils se sont déjà acquittés de leur devoir envers le mort.
וְאֵלּוּ וְאֵלּוּ פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה דְּלָאו דְּאוֹרָייְתָא הִיא וְרַבּוֹתֵינוּ פֵּירְשׁוּ לְפִי שֶׁיֵּשׁ לָהֶם עוֹד שְׁהוּת וְלִי נִרְאֶה שֶׁאֵין זֶה לְשׁוֹן פָּטוּר:
Parce qu'elle n'est pas de la Tora. Et nos maîtres ont expliqué que c'est parce qu'ils ont encore le temps ; il me semble pour ma part que le mot « exempt » ne convient pas pour cela.
🗂️ Tossefot (2)
הָכִי גָרֵיס רַשִׁ"י שֶׁלְּאַחַר הַמִּטָּה אֲפִילּוּ הַמִּטָּה צְרִיכָה לָהֶם חַייָּבִין לְפִי שֶׁלְּעוֹלָם לֹא הָיוּ רְגִילִים לָשֵׂאת שֶׁכְּבָר נָשְׂאוּ חֶלְקָם וְתֵימַהּ קְצָת הַלָּשׁוֹן לְפָרֵשׁ מַאי קָאָמַר אַפֵּי' צְרִיכָה לָהֶם וַהֲלֹא לֹא הָיוּ נוֹשְׂאִין כְּלָל אֶת הַמֵּת לְכָךְ נִרְאֶה כְּגִרְסַת הַסְּפָרִים שֶׁלִּפְנֵי הַמִּטָּה וְשֶׁלְּאַחַר הַמִּטָּה אֶת שֶׁהַמִּטָּה צְרִיכָה לָהֶם פְּטוּרִין אֵין צְרִיכָה לָהֶם חַיָּיבִין:
Telle est la version de Rachi : « ceux qui sont derrière le brancard, même si le brancard a besoin d'eux, sont tenus », parce qu'en tout état de cause ils n'avaient plus coutume de porter, ayant déjà porté leur part. La formulation surprend un peu : que signifie « même si le brancard a besoin d'eux », puisqu'ils ne portaient plus du tout le mort ? Il paraît donc préférable de retenir la version des livres : « ceux qui sont devant le brancard et ceux qui sont derrière le brancard : ceux dont le brancard a besoin sont exempts, ceux dont il n'a pas besoin sont tenus ».
אֵלּוּ וָאֵלּוּ פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה אֲבָל בק"ש וּבִתְפִילִּין שֶׁהֵן מִדְּאוֹרַיְיתָּא חַייָּבִים וְרֵישָׁא דְּקָאָמַר מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו דְּפָטוּר מִן קְרִיאַת שְׁמַע וּמִן הַתְּפִילִּין וְכוּ' כָּל שֶׁכֵּן דְּפָטוּר מִן הַתְּפִלָּה אֶלָּא לָא בָּעֵי לְמִיתְנֵי בְּרֵישָׁא אֶלָּא הַחִלּוּק שֶׁבֵּין נוֹשְׂאֵי הַמִּטָּה לְמֵתוֹ מוּטָל לְפָנָיו:
Mais au Chema et aux tefilin, qui sont de la Tora, ils sont tenus. Quant à la clause initiale, qui énonce que celui dont le mort gît devant lui est exempt du Chema et des tefilin, etc., à plus forte raison est-il exempt de la prière ; simplement, cette première clause ne veut enseigner que la différence entre les porteurs du brancard et celui dont le mort gît devant lui.
⚖️ Rosh (1)
פָּטוּר מק"ש וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה. אָמְרוּ שֶׁפַּעַם אַחַת הָיָה ר"י זַ"ל אוֹנֵן וְאָכַל בְּלֹא הַבְדָּלָה. א"ל תַּלְמִידָיו וְנַבְדִּיל לְפָנֶיךָ. אָמַר לָהֶם הָאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי אִם בָּרְכוּ אֵין עוֹנֶה אַחֲרֵיהֶם אָמֵן. וּלְמָחֳרָתוֹ כְּשֶׁבָּא מִבֵּית הַקְּבָרוֹת אָמְרוּ לוֹ לָמָּה אִינָךְ עוֹשֶׂה הַבְדָּלָה הָאָמְרִינַן טַעַם מַבְדִּיל וְהֵשִׁיב לָהֶם מֵאַחַר שֶׁהָיִיתִי פָּטוּר אֶמֶשׁ בִּשְׁעַת חִיּוּב הַבְדָּלָה מִשּׁוּם שֶׁהָיִיתִי אוֹנֵן גַּם עַתָּה פָּטוּר אֲנִי. שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּפֶרֶק קַמָּא דַּחֲגִיגָה דַּף ט. חִיגֵּר בְּיוֹם רִאשׁוֹן וְנִתְפַּשֵּׁט בְּיוֹם שֵׁנִי כֵּיוָן שֶׁנִּדְחָה בְּיוֹם רִאשׁוֹן שׁוּב אֵינוֹ חַייָּב בְּיוֹם שֵׁנִי. וה"ר מֵאִיר זַ"ל דְּנוֹרֶנְבֶּערְג כָּתַב בְּהִלְכוֹת שְׂמָחוֹת שֶׁלּוֹ מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מֵת בְּשַׁבָּת וְלֹא נִקְבַּר עַד לְמָחָר וְלֹא הִבְדִּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת נ"ל שֶׁמֻּותָּר לֶאֱכֹול בְּלֹא הַבְדָּלָה. דְּאָמְרִינַן בְּפֶ' מִי שֶׁמֵּתוּ מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו פָּטוּר מִכָּל מִצְוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה. וְאָמְרִינַן עֲלָהּ בִּירוּשַׁלְמִי כָּל הַפָּטוּר מִן הַדָּבָר וְעוֹשֵׂהוּ נִקְרָא הֶדְיוֹט. וּבְיוֹם הַמָּחֳרָת לְאַחַר שֶׁנִּקְבַּר מֵתוֹ אָסוּר לֶאֱכֹול עַד שֶׁיַּבְדִּיל דְּהָא קי"ל בְּעַרְבֵי פְּסָחִים דַּף קו: וְקז. טַעַם מַבְדִּיל. וְאָמְרִי' נָמֵי מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל במ"ש מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ. וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ נוֹשְׂאֵי הַמִּטָּה וְחִילּוּפֵיהֶן וְכוּ' עַד אֵלּוּ וָאֵלּוּ פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה ופירש"י וְזֶה לְשׁוֹנוֹ פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה דְּלָאו דְּאוֹרָיְיתָא הִיא וְרַבּוֹתֵינוּ פֵּירְשׁוּ לְפִי שֶׁיֵּשׁ לָהֶן עוֹד שְׁהוּת ול"נ שֶׁאֵין זֶה לְשׁוֹן פְּטוּרִין. וְאֵין לְהַקְשׁוֹת עַל דְּבָרַי מפרש"י דְּמַשְׁמַע כֵּיוָן שֶׁפְּטוּרִין הַהִיא שַׁעְתָּא פְּטוּרִין עוֹלָמִית. דְּהָא וַדַּאי לֵיתָא דָּמֵי לֹא מוֹדֶה רַשִׁ"י דְּאִם קָבְרוּ אֶת הַמֵּת וְיֵשׁ שְׁהוּת בַּיּוֹם שֶׁיּוּכְלוּ לְהִתְפַּלֵּל שֶׁמִּתְפַּלְּלִין וְעַד כָּאן (ס"א עַל כָּרְחָךְ) לָא פְלִיגִי רַבּוֹתָיו וְהוּא אֶלָּא שֶׁלְּפִי רַבּוֹתָיו אִם הִגִּיעַ זְמַן הַתְּפִלָּה וְיָכוֹל לַעֲסֹוק וַעֲדַייִן יֵשׁ לָהֶן שְׁהוּת לְהִתְפַּלֵּל יַעַסְקוּ בּוֹ וְאִם לָאו לֹא יִבָּטְלוּ מִתְּפִלָּה. ולפירש"י אַפֵּי' אִם יַעֲבֹור זְמַן הַתְּפִלָּה יִתְעַסְּקוּ בּוֹ. וא"כ בְּנִדּוֹן זֶה כֵּיוָן דִּזְמַן הַהַבְדָּלָה כָּל יוֹם הַמָּחֳרָת וְכָל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ אע"פ שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהַבְדִּיל קֹודֶם שֶׁנִּקְבַּר מֵתוֹ יַבְדִּיל לְאַחַר שֶׁנִּקְבַּר מֵתוּ כִּדְפָרֵישִׁית. וְאֵין לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַבְדִּיל לֹא יֹאכַל. דְּהָא אָמְרִינַן דְּאֵינוֹ מְבָרֵךְ וְאֵינוֹ מְזַמֵּן אֲפִילּוּ הָכֵי אוֹכֵל וַאֲפִילּוּ אִם שָׁמַע מֵאֲחֵרִים שֶׁהִבְדִּילוּ במ"ש אֵינוֹ עוֹלֶה לוֹ כֵּיוָן דִּבְהַהִיא שַׁעֲתָא לָאו בַּר חִיּוּבָא הוּא וְצָרִיךְ לְמָחָר לַחֲזֹור לְבָרֵךְ וּלְהַבְדִּיל מִיהוּ אֵינוֹ מְבָרֵךְ עַל הַבְּשָׂמִים וְעַל הַמָּאוֹר. שָׁמַעְתִּי שֶׁיֵּשׁ גְּדוֹלִים שֶׁאוֹמְרִים לְאַחֵר לְהַבְדִּיל וּבָזֶה נִפְטַר הָאָבֵל. וְאֵין נִרְאֶה לִי כְּלָל אֶלָּא כִּדְפָרֵישִׁית. וְשׁוּב הִגִּיד לִי הר"ז הַלֵּוִי זַ"ל משפיר"א בְּשֵׁם ה"ר יְקוּתִיאֵל משפיר"א שֶׁמָּצָא גָּדוֹל אֶחָד שכ' כִּדְבָרַי וְאֶת שְׁמוֹ לֹא הִגִּיד לִי ע"כ לְשׁוֹן ר"מ זַ"ל. ונ"ל כְּדִבְרֵי ר' יְהוּדָה דְּהָא דְּאָמְרִינַן בע"פ מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל במ"ש מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ. הַייְנוּ כְּשֶׁלֹּא הָיָה לוֹ יַיִן במ"ש אוֹ שֶׁאֵירְעוֹ אֹונֶס אַחֵר שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהַבְדִּיל. אֲבָל אוֹנֵן דִּבְשָׁעָה שֶׁחָל עָלָיו חִיּוּב הַבְדָּלָה הָיָה פָּטוּר נִפְטַר לְגַמְרֵי וְתוּ לָא מִיחַייַּב. וְדָמְיָא לְגַמְרֵי לְהַהִיא דְּחִיגֵּר בְּיוֹם רִאשׁוֹן וְנִתְפַּשֵּׁט בְּיוֹם שֵׁנִי: וּבְשַׁבָּת מֵיסֵב וְאוֹכֵל בָּשָׂר וְשׁוֹתֶה יַיִן וּמְבָרֵךְ וּמְזַמֵּן וּמְבָרְכִין עָלָיו וּמְזַמְּנִין עָלָיו וְחַיָּיב בק"ש וּבִתְפִלָּה וּבְכָל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר מִתּוֹךְ שֶׁנִּתְחַיֵּיב בְּאֵלּוּ נִתְחַיֵּיב בְּכֻולָּן וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. בַּיְּרוּשַׁלְמִי פָּסַק כְּרַשְׁבָּ"ג. ובה"ג כָּתַב דַּהֲלָכָה כת"ק דְּאָסוּר. וְלֹא שַׁיָּיךְ כָּאן הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּאָבֵל מִשּׁוּם דְּאַכַּתִּי לָא חָל אֲבֵלוּת עֲלֵיהּ וְאִם אִיתָא דִּגְמָ' דִּידַן סָבַר דַּהֲלָכָה כְּרַשְׁבָּ"ג הֲוָה פָּסַק כְּוָותֵיהּ: קָתָנֵי מִיהָא אוֹכֵל בְּבַיִת אַחֵר וְאַפֵּ"ה פָּטוּר מק"ש וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין. אָמַר רַב אַשִּׁי כָּל זְמַן שֶׁמֻּוטָּל עָלָיו לְקָובְרוֹ כְּמוּטָל לְפָנָיו דָּמֵי דִּכְתִיב וְאֶקְבְּרָה מָתַי מִלִּפְנֵי אַטּוּ הַהִיא שַׁעְתָּא קַמֵּיהּ הֲוָת רַמְיָא אֶלָּא כָּל זְמַן שֶׁמֻּוטָּל עָלָיו לְקָובְרוֹ כְּמוּטָל לְפָנָיו דָּמֵי:
« Exempt du Chema, de la prière, des tefilin et de tous les commandements énoncés dans la Tora. » On a rapporté qu'une fois Rabbenou Yehouda était onen (endeuillé avant l'enterrement) et mangea sans havdala. Ses disciples lui dirent : nous ferons la havdala devant toi. Il leur répondit : n'avons-nous pas dit dans le Talmoud de Jérusalem que, s'ils bénissent, il ne répond pas amen après eux ? Le lendemain, à son retour du cimetière, on lui dit : pourquoi ne fais-tu pas la havdala, puisque nous disons que celui qui a goûté peut encore faire la havdala ? Il leur répondit : puisque j'étais exempt hier soir, à l'heure où l'obligation de la havdala est tombée, parce que j'étais onen, j'en suis exempt maintenant encore. Ainsi trouvons-nous au premier chapitre de Haguiga (9a) : boiteux le premier jour et guéri le second, puisqu'il a été écarté le premier jour il n'est plus tenu le second. Et Rabbi Meir de Rothenbourg a écrit dans ses Hilkhot Semahot : celui dont un mort survient le Chabbat, qui n'est enterré que le lendemain, et qui n'a pas fait la havdala à la sortie du Chabbat, il me semble qu'il lui est permis de manger sans havdala. Car nous disons au chapitre « Mi chemeto » : celui dont le mort gît devant lui est exempt de tous les commandements de la Tora, et le Talmoud de Jérusalem dit là-dessus : quiconque est exempt d'une chose et l'accomplit tout de même est appelé hedyot (homme du commun). Mais le lendemain, après qu'il a enterré son mort, il lui est interdit de manger avant d'avoir fait la havdala, car nous tenons dans Arve Pessahim (106b et 107a) que celui qui a goûté fait encore la havdala ; et nous disons aussi que celui qui n'a pas fait la havdala à la sortie du Chabbat peut la faire tout au long de la semaine. Quant à ce que nous disons au chapitre « Mi chemeto » : les porteurs du brancard, leurs remplaçants, etc., jusqu'à « les uns et les autres sont exempts de la prière », Rachi a expliqué, voici ses termes : « exempts de la prière, parce qu'elle n'est pas de la Tora ; et nos maîtres ont expliqué que c'est parce qu'ils ont encore le temps ; et il me semble que le mot exempt ne convient pas pour cela ». Et il ne faut pas objecter aux termes de Rachi, dont il semblerait ressortir que, s'ils sont exempts à ce moment-là, ils le seraient pour toujours : il n'en va certainement pas ainsi, car Rachi reconnaît bien que, s'ils ont enterré le mort et qu'il reste du temps dans la journée pour prier, ils prient. Ses maîtres et lui ne divergent que sur ceci : selon ses maîtres, si le temps de la prière est arrivé et qu'il peut s'occuper du mort tout en gardant le temps de prier ensuite, qu'ils s'en occupent ; sinon, qu'ils ne négligent pas la prière. Selon Rachi, même si le temps de la prière doit passer, ils s'occupent de lui. Dès lors, dans le cas qui nous occupe, puisque le temps de la havdala s'étend sur tout le lendemain et sur toute la semaine, bien qu'il n'ait pas pu faire la havdala avant d'enterrer son mort, il la fera après l'avoir enterré, comme je l'ai expliqué. Et l'on ne dira pas : puisqu'il ne peut pas faire la havdala, qu'il ne mange pas ; car nous disons qu'il ne bénit pas et ne fait pas le zimoun, et qu'il mange pourtant. Et même s'il a entendu d'autres faire la havdala à la sortie du Chabbat, cela ne l'acquitte pas, puisqu'à cette heure-là il n'était pas tenu ; il devra le lendemain reprendre la bénédiction et la havdala. Toutefois il ne bénit ni sur les aromates ni sur la lumière. J'ai entendu que de grands maîtres font dire la havdala par un autre et tiennent l'endeuillé pour quitte ; cela ne me paraît aucunement juste, et je m'en tiens à ce que j'ai expliqué. Par la suite, Rav Zerahia HaLevi de Spire m'a rapporté au nom de Rav Yekoutiel de Spire qu'il avait trouvé un grand maître écrivant comme moi, sans m'en dire le nom. Fin des termes de Rabbi Meir. Et il me semble comme les propos de Rabbi Yehouda : ce que nous disons dans Arve Pessahim, que celui qui n'a pas fait la havdala à la sortie du Chabbat peut la faire toute la semaine, vise le cas où il n'avait pas de vin à la sortie du Chabbat, ou bien où un empêchement l'a atteint. Mais l'onen, qui était exempt à l'heure où l'obligation de la havdala est tombée, en est entièrement libéré et n'y est plus tenu ; cela ressemble en tout point au cas du boiteux le premier jour et guéri le second. « Et le Chabbat il s'accoude et mange de la viande et boit du vin, il bénit et fait le zimoun, on bénit pour lui et on fait le zimoun pour lui, et il est tenu au Chema, à la prière et à tous les commandements énoncés dans la Tora. Rabban Chimon ben Gamliel dit : puisqu'il est tenu à ceux-là, il est tenu à tous. Et Rabbi Yo'hanan a dit : la différence entre eux porte sur les relations conjugales. » Le Talmoud de Jérusalem a tranché comme Rabban Chimon ben Gamliel. Les Halakhot Guedolot ont écrit que la halakha suit le premier tana, qui interdit. Et la règle « la halakha suit celui qui allège en matière de deuil » ne s'applique pas ici, parce que le deuil proprement dit n'est pas encore tombé sur lui ; et si notre Talmoud avait tenu que la halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel, il aurait tranché en ce sens. « Il est enseigné en tout cas qu'il mange dans une autre maison, et qu'il est malgré tout exempt du Chema, de la prière et des tefilin. Rav Achi a dit : tant qu'il lui incombe de l'enterrer, c'est comme s'il gisait devant lui, ainsi qu'il est écrit (Genèse 23, 4) que j'enterre mon mort de devant moi — est-ce qu'à cette heure-là il gisait devant lui ? Mais tant qu'il lui incombe de l'enterrer, c'est comme s'il gisait devant lui. »
💡 Explication

La michna organise le cortège. Le brancard, la mita, est porté par relais successifs, chacun voulant avoir part à la mitsva. Le partage se fait selon la position par rapport au brancard, qui indique si l'on a déjà porté ou non.

Le critère est l'office restant à accomplir : celui qui doit encore porter est exempt du Chema, celui qui a déjà porté y est tenu même si on lui redemande son concours. Pour la tefila, tous sont exempts ; Rachi en donne la raison, et signale que ses maîtres l'expliquaient autrement, par la possibilité de prier plus tard.

14
קָבְרוּ אֶת הַמֵּת וְחָזְרוּ, אִם יְכוֹלִין לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעוּ לַשּׁוּרָה — יַתְחִילוּ. וְאִם לָאו — לֹא יַתְחִילוּ.

Ils ont enterré le mort et s'en sont revenus : s'ils peuvent commencer et achever avant d'arriver à la rangée, qu'ils commencent ; sinon, qu'ils ne commencent pas.

📜 Rachi (1)
לְשׁוּרָה שֶׁהָיוּ מְנַחֲמִין אֶת הָאָבֵל בְּהֶקֵּף שׁוּרָה סְבִיבוֹתָיו בְּשׁוּבָם מִן הַקֶּבֶר:
On consolait l'endeuillé en formant une rangée autour de lui, au retour du cimetière.
💡 Explication

Au retour du cimetière, l'assistance forme la chourah, une rangée que l'endeuillé traverse pour recevoir les consolations. Le Chema doit être commencé seulement si le temps disponible permet de l'achever avant d'y arriver, pour ne pas l'interrompre.

15
הָעוֹמְדִים בַּשּׁוּרָה, הַפְּנִימִיִּים — פְּטוּרִים, וְהַחִיצוֹנִים — חַייָּבִים. נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִים מִקְּרִיאַת שְׁמַע וּמִן הַתְּפִילִּין, וְחַייָּבִין בִּתְפִלָּה וּבִמְזוּזָה וּבְבִרְכַּת הַמָּזוֹן.

Ceux qui se tiennent dans la rangée : les intérieurs sont exempts, les extérieurs sont tenus. Les femmes, les esclaves et les mineurs sont exempts du Chema et des tefilin, et sont tenus à la prière, à la mezouza et au Birkat hamazon.

💡 Explication

La rangée se compose de plusieurs files. Ceux de la file intérieure, que l'endeuillé voit en passant, accomplissent effectivement la consolation et sont exempts ; ceux des files extérieures, présents par égard, restent tenus.

La michna conclut par une règle générale : le Chema et les tefilin sont des commandements positifs liés au temps, dont les femmes, les esclaves et les mineurs sont exempts ; la prière, la mezouza et le Birkat hamazon leur incombent.

🖼️ Schéma
Femmes, esclaves et mineurs : ce qui les oblige EXEMPTS - Chema - Tefilin commandements positifs liés à un moment fixé du jour TENUS - Tefila (prière) - Mezouza - Birkat hamazon sans moment fixé, ou liés au lieu et au repas
Le partage de la michna suit le caractère temporel ou non du commandement.
16
גמ׳ מֻוטָּל לְפָנָיו — אִין, וְשֶׁאֵינוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו — לֹא.

GUEMARA. « Gît devant lui » — oui ; mais ce qui ne gît pas devant lui — non.

📜 Rachi (1)
גְּמ' שֶׁאֵינוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו כְּגוֹן הוּא בְּבַיִת אֶחָד וְהַמֵּת בְּבַיִת אַחֵר:
Par exemple lorsqu'il se trouve dans une maison et le mort dans une autre.
💡 Explication

La Guemara traite le mot mouttal lefanav (gît devant lui) comme restrictif : la michna n'exempterait que celui qui a le corps sous les yeux. C'est cette lecture stricte qui va se heurter à la baraita du segment suivant.

17
וּרְמִינְהִי: מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו — אוֹכֵל בְּבַיִת אַחֵר, וְאִם אֵין לוֹ בַּיִת אַחֵר — אוֹכֵל בְּבֵית חֲבֵירוֹ, וְאִם אֵין לוֹ בֵּית חֲבֵירוֹ — עוֹשֶׂה מְחִיצָּה וְאוֹכֵל, וְאִם אֵין לוֹ דָּבָר לַעֲשׂוֹת מְחִיצָה — מַחֲזִיר פָּנָיו וְאוֹכֵל. וְאֵינוֹ מֵיסֵב וְאוֹכֵל. וְאֵינוֹ אוֹכֵל בָּשָׂר וְאֵינוֹ שׁוֹתֶה יַיִן, וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ, וְאֵינוֹ מְזַמֵּן.

Et l'on objecte : celui dont le mort gît devant lui mange dans une autre maison ; s'il n'a pas d'autre maison, il mange dans la maison de son compagnon ; s'il n'a pas la maison d'un compagnon, il fait une cloison et mange ; s'il n'a pas de quoi faire une cloison, il détourne son visage et mange. Il ne mange pas accoudé, il ne mange pas de viande et ne boit pas de vin, il ne bénit pas et ne fait pas le zimoun.

📜 Rachi (4)
אוֹכֵל בְּבַיִת אַחֵר דְּנִרְאֶה כְּלוֹעֵג לָרָשׁ וְכוּ':
Car cela apparaît comme se moquer du pauvre (loeg larach), etc.
וְאֵינוֹ מֵיסֵב כְּדֶרֶךְ הַמְסֻובִּים בַּחֲשִׁיבוּת עַל צִדּוֹ הַשְּׂמָאלִית וּבְמַטֵּה:
À la manière des convives, avec distinction, sur le côté gauche et sur un lit.
וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא:
Il n'a pas besoin de dire la bénédiction hamotsi.
וְאֵינוֹ מִזְּמַן אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן:
Il n'a pas besoin de dire le Birkat hamazon.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ פרש"י וְאֵין זָקוּק לְבָרֵךְ - וּמַשְׁמַע מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁוֹ שֶׁאִם רָצָה לְבָרֵךְ רַשַּׁאי מִיהוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי קָאָמַר אִם רָצָה לְהַחְמִיר אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ לְכָךְ נִרְאֶה לוֹמַר אֵינוֹ מְבָרֵךְ אֵינוֹ רַשַּׁאי לְבָרֵךְ וּמְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי לָמָּה וְקָאָמַר מִפְּנֵי כְּבוֹדוֹ שֶׁל מֵת אִי נָמֵי מִפְּנֵי שֶׁאֵין לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ וּפָרִיךְ וְהָתַנְיָא פָּטוּר מִנְּטִילַת לוּלָב וְקָא ס"ד דְּמַיְירֵי ביו"ט וּבוֹ אֵינוֹ טָרוּד לִישָּׂא מַשָּׂאוֹ וּמְשַׁנֵּי תִּפָּתֵר בְּחוֹל פִּי' בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד. וְהָתַנְיָא פָּטוּר מִתְּקִיעַת שׁוֹפָר אִית לָךְ לְמֵימַר בְּחוֹל וְלֹא בי"ט בִּתְמִיהַּ וּמְשַׁנֵּי א"ר חֲנִינָא מִכֵּיוָן שֶׁהוּא זָקוּק לְהָכִין לוֹ אָרוֹן וְתַכְרִיכִין כְּדִתְנַן (שַׁבָּת קנא.) מַחְשִׁיכִין עַל הַתְּחוּם לְהָבִיא לוֹ אָרוֹן וְתַכְרִיכִין כְּמוֹ שֶׁהוּא נוֹשֵׂא מַשָּׂאוֹ דָּמֵי אַלְמָא מַשְׁמַע דִּבְשַׁבָּתוֹת וי"ט אֵינוֹ רַשַּׁאי לְבָרֵךְ וּלְהִתְפַּלֵּל דְּטָרוּד לְהַחְשִׁיךְ לוֹ עַל הַתְּחוּם לְהָבִיא אָרוֹן וְתַכְרִיכִין וְקַשְׁיָא מִסֵּיפָא דְּקָתָנֵי בְּשַׁבָּת מְבָרְכִין עָלָיו וּמְזַמְּנִין עָלָיו וְכֵן תַּנְיָא נָמֵי בַּיְּרוּשַׁלְמִי בד"א בְּחוֹל אֲבָל בְּשַׁבָּת מֵיסֵב וְאוֹכֵל וּמְבָרֵךְ וְעוֹנִים אַחֲרָיו אָמֵן. וְאוֹמֵר הר"י דִּפְלִיגִי אַהֲדָדֵי רֵישָׁא וְסֵיפָא בִּירוּשַׁלְמִי. וְרַבִּי נְתַנְאֵל הָיָה אוֹמֵר דְּאֶפְשָׁר לְיַשְּׁבוֹ דְּוַדַּאי אִם דַּעְתּוֹ לְהַחְשִׁיךְ עַל הַתְּחוּם אָז יֵשׁ לָנוּ לוֹמַר דְּטָרוּד לְהַחְשִׁיךְ וְאֵינוֹ רַשַּׁאי לְבָרֵךְ אֲבָל בְּסֵיפָא מַיְירֵי בְּשֶׁאֵין דַּעְתּוֹ לְהַחְשִׁיךְ עַל הַתְּחוּם וּמִיהוּ הַאי טַעְמָא לֹא שַׁייָּךְ לְטַעְמָא דְּמִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ. וּמִן הַיְּרוּשַׁלְמִי דִּמְשַׁנֵּי דְּפָטוּר מִנְּטִילַת לוּלָב דְּמַיְירֵי בְּחוֹל הַמּוֹעֵד דְּטָרוּד לִישָּׂא מַשָּׂאוֹ לָמַדְנוּ שֶׁבְּחוֹל הַמּוֹעֵד שַׁיָּיךְ אֲנִינוּת כְּשֶׁמֵּתוּ מֻוטָּל לְפָנָיו וְכֵיוָן דִּכְשֶׁמֻּוטָּל לְפָנָיו שַׁייָּךְ אֲנִינוּת כִּי מֻוטָּל עָלָיו לְקָובְרוֹ כְּמוּטָל לְפָנָיו דָּמֵי וְכֵן אִיפְּכָא מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו וְאֵין עָלָיו לְקָובְרוֹ אֵינוֹ נוֹהֵג אֲנִינוּת וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי נִמְסַר לָרַבִּים אוֹכֵל בָּשָׂר וְשׁוֹתֶה יַיִן נִמְסַר לַכַּתָּפִים כְּנִמְסַר לָרַבִּים וְעַל כָּרְחֲךָ נִמְסַר לָרַבִּים ר"ל אַפֵּי' לְפָנָיו דְּאִי שֶׁלֹּא לְפָנָיו תִּיפּוֹק לֵיהּ שֶׁמִּיָּד חָל עָלָיו אֲבֵלוּת מִשֶּׁיָּצָא מִפֶּתַח בֵּיתוֹ וְכֵיוָן דְּלָא חָל עָלֶיהָ אֲנִינוּת א"כ אָדָם שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִקְבֹּור מֵתוֹ כְּגוֹן אָדָם שֶׁמֵּת בְּבֵית הָאֲסוּרִים וְאֵין הַמּוֹשֵׁל מַנִּיחוֹ לְקָובְרוֹ נִרְאֶה שֶׁאֵין חַיָּיב לִנְהֹוג בּוֹ אֲנִינוּת שֶׁהֲרֵי אֵין זֶה מֻוטָּל עָלָיו לְקָבְרוֹ מִפְּנֵי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִפְדּוֹתוֹ וּלְהוֹצִיאוֹ לְקָבְרוֹ כִּדְתַנְיָא בְּמַסֶּכֶת שְׂמָחוֹת (פ"ב) נִתְיָאֲשׁוּ בְּעָלָיו מִלְּקָובְרוֹ מִתְאַבְּלִין עָלָיו וּפְסִיק מִינֵּיהּ תּוֹרַת אֲנִינוּת מִיהוּ בְּאוֹתוֹ שֶׁתְּפָסוֹ מוֹשֵׁל גַּם אֲבֵילוּת אֵינוֹ חַייָּב דְּלָא דָּמֵי לְנִתְיָאֲשׁוּ מִלְּקָובְרוֹ שֶׁשָּׁם אֵינוֹ קוֹבְרוֹ תּוּ אֲבָל הָכָא עֲדַייִן הוּא מְצַפֶּה אִם יוּכַל לַעֲשׂוֹת פְּשָׁרָה עִם הַמּוֹשֵׁל לְהַנִּיחוֹ לְקָבְרוֹ וְכֵן מַעֲשֶׂה דְּר' אֱלִיעֶזֶר בר"ש בְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף פד:) דְּפָסַק מִצְוַת אֲנִינוּת וּמַעֲשֶׂה שֶׁמֵּתָה אֲחוֹתוֹ שֶׁל ר"ת בְּשַׁבָּת וְהוֹדִיעוֹ לוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּעִיר אַחֶרֶת וְאָכַל בָּשָׂר וְשָׁתָה יַיִן וְאָמַר כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ לָהּ בַּעַל שֶׁחַיָּיב בִּקְבוּרָתָהּ אֵינוֹ אָסוּר בְּבָשָׂר וְיַיִן וְאֶפְשָׁר שֶׁגַּם ר"ת אִם הָיָה בָּעִיר עַצְמוֹ הָיָה מֵיקֵל מֵאוֹתוֹ הַטַּעַם:
Rachi a expliqué : « il n'est pas tenu de bénir ». Il ressort de son explication que, s'il veut bénir, il en a le droit. Toutefois le Talmoud de Jérusalem dit que, s'il veut se montrer rigoureux, on ne l'écoute pas. Il paraît donc préférable de dire que « il ne bénit pas » signifie qu'il n'a pas le droit de bénir. Le Talmoud de Jérusalem en cherche la raison et répond : par égard pour l'honneur du mort ; ou bien parce qu'il n'a personne d'autre pour porter sa charge. Il objecte : mais on a enseigné qu'il est exempt de la prise du loulav ! On pensait qu'il s'agissait de yom tov, jour où il n'est pas absorbé à porter sa charge. Il répond : explique-le en semaine, c'est-à-dire pendant hol hamoed. Mais on a enseigné qu'il est exempt de la sonnerie du chofar : peux-tu dire que c'est en semaine et non un yom tov ? Il répond : Rabbi Hanina a dit, puisqu'il doit préparer cercueil et linceuls — comme nous avons appris (Chabbat 151a) qu'on attend la nuit à la limite du tehoum pour lui apporter cercueil et linceuls — c'est comme s'il portait sa charge. Il en ressortirait que le Chabbat et les jours de fête il n'a le droit ni de bénir ni de prier, puisqu'il est absorbé par cette attente. Cela fait difficulté avec la clause finale, qui enseigne que le Chabbat on bénit pour lui et on fait le zimoun pour lui ; et de même il est enseigné dans le Talmoud de Jérusalem : en quoi cela s'applique-t-il ? En semaine ; mais le Chabbat il s'accoude, mange, bénit, et l'on répond amen après lui. Rabbenou Yits'hak dit que la clause initiale et la clause finale du Talmoud de Jérusalem se contredisent. Rabbi Netanel, lui, disait qu'on peut les concilier : certes, s'il a l'intention d'attendre la nuit à la limite du tehoum, il y a lieu de dire qu'il en est absorbé et n'a pas le droit de bénir ; mais la clause finale traite du cas où il n'a pas cette intention. Cette raison ne rejoint toutefois pas celle de l'honneur du mort. De la réponse du Talmoud de Jérusalem, selon laquelle l'exemption du loulav vise hol hamoed parce qu'il est absorbé à porter sa charge, nous apprenons que pendant hol hamoed l'aninout (le statut d'onen) s'applique lorsque son mort gît devant lui. Et puisque l'aninout s'applique quand le mort gît devant lui, il en va de même lorsqu'il lui incombe de l'enterrer : c'est comme s'il gisait devant lui. Inversement, celui dont le mort gît devant lui sans qu'il lui incombe de l'enterrer n'observe pas l'aninout. Cela ressort aussi du Talmoud de Jérusalem : « s'il a été remis à la collectivité, il mange de la viande et boit du vin ; remis aux porteurs, c'est comme remis à la collectivité ». Nécessairement, « remis à la collectivité » vise même le cas où il est devant lui, car s'il s'agissait d'un cas où il n'est pas devant lui, il suffirait de dire que le deuil tombe sur lui dès qu'il sort de la porte de sa maison. Et puisque l'aninout ne tombe pas sur lui, il en résulte qu'un homme qui ne peut pas enterrer son mort — par exemple celui dont le proche est mort en prison et que le gouverneur ne laisse pas enterrer — n'est pas tenu, semble-t-il, d'observer l'aninout, puisqu'il ne lui incombe pas de l'enterrer, ne pouvant le racheter et le faire sortir pour l'enterrement ; comme il est enseigné dans le traité Semahot (chapitre 2) : « si les siens ont renoncé à l'enterrer, on porte le deuil sur lui », et l'aninout cesse à son égard. Toutefois, dans le cas de celui que le gouverneur a saisi, il n'est pas non plus tenu au deuil, car cela ne ressemble pas au cas de ceux qui ont renoncé à l'enterrer : là, il ne sera plus enterré, tandis qu'ici on espère encore un arrangement avec le gouverneur pour qu'il laisse l'enterrer. De même l'épisode de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon dans Baba Metsia (84b), où la mitsva d'aninout a cessé. Et il arriva que la sœur de Rabbenou Tam mourut un Chabbat et qu'on le lui apprit à la sortie du Chabbat, dans une autre ville : il mangea de la viande et but du vin, en disant que, puisqu'elle a un mari à qui incombe son enterrement, la viande et le vin ne lui sont pas interdits. Il se peut d'ailleurs que Rabbenou Tam, s'il s'était trouvé dans la ville même, aurait été indulgent pour cette même raison.
⚖️ Rosh (2)
מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו פָּטוּר מק"ש וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין וּמִכָּל הַמִּצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה:
« Celui dont le mort gît devant lui est exempt du Chema, de la prière, des tefilin et de tous les commandements énoncés dans la Tora. »
גְּמ' מֻוטָּל לְפָנָיו אִין אֵינוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו לָא וּרְמִינְהוּ מִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו אוֹכֵל בְּבַיִת אַחֵר. וְאִם אֵין לוֹ בַּיִת אַחֵר אוֹכֵל בְּבֵית חֲבֵרוֹ. וְאִם אֵין בַּיִת לַחֲבֵרוֹ עוֹשֶׂה מְחִיצָּה וְאוֹכֵל. אֵין לוֹ דָּבָר שֶׁיַּעֲשֶׂה מְחִיצָּה מַחֲזִיר פָּנָיו וְאוֹכֵל. וְאֵינוֹ מֵיסֵב וְאוֹכֵל. וְאֵינוֹ אוֹכֵל בָּשָׂר וְאֵינוֹ שׁוֹתֶה יַיִן וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ וְאֵינוֹ מְזַמֵּן וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו וְאֵין מְזַמְּנִין עָלָיו. וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ פִּי' בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא. וְאֵינוֹ מְזֻמָּן לְבָרֵךְ ברה"מ. וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו דְּלָא תֵּימָא הוּא דְּאֵינוֹ מְבָרֵךְ אֲבָל אֲחֵרִים אוֹכְלִין עִמּוֹ וִיבָרְכוּ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא וִיזַמְּנוּ וְיֵצֵא הוּא בִּשְׁמִיעָה קָא מַשְׁמָע לַן דְּלָא צָרִיךְ. רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ אֵין צָרִיךְ שֶׁיְּבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא מַשְׁמַע שֶׁאִם רָצָה לְבָרֵךְ הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ. וְלֹא מַשְׁמַע כֵּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּקָאָמַר דְּהָכָא חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת נָמֵי אָסוּר מִכְּלָל שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְבָרֵךְ. וי"א הָא דְּמַשְׁמַע דְּאָסוּר לְבָרֵךְ הַיְינוּ כְּשֶׁצָּרִיךְ לַעֲסֹוק בְּצֹורֶךְ מִצָּרְכֵי הַמֵּת אֲבָל אִם כְּבָר עָסַק אוֹ אִם יֵשׁ עוֹסְקִין אֲחֵרִים יָכוֹל לְבָרֵךְ. וּבִירוּשַׁלְמִי לֹא מַשְׁמַע כֵּן דְּגָרְסִינַן הָתָם אֵינוֹ אוֹכֵל כָּל צָרְכּוֹ וְאֵינוֹ אוֹכֵל בָּשָׂר וְאֵינוֹ שׁוֹתֶה יַיִן וְלֹא מְבָרֵךְ. וְאִם בֵּירֵךְ אֵין עוֹנִים אַחֲרָיו אָמֵן. וַאֲחֵרִים שֶׁבֵּרְכוּ אֵין עוֹנֶה אַחֲרֵיהֶם אָמֵן. וּבַעֲנִיַּית אָמֵן אֵינוֹ מִתְבַּטֵּל מֵעֵסֶק הַמֵּת אַפֵּ"ה אָסוּר. וְעוֹד אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף יט) אֵין הַמֵּת מֻוטָּל לְפָנָיו הֵם יוֹשְׁבִין וְקוֹרִין וְהוּא יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם הֵם עוֹמְדִים וּמִתְפַּלְּלִים וְהוּא עוֹמֵד וּמַצְדִּיק עָלָיו אֶת הַדִּין וְאֵינוֹ עוֹסֵק בְּצָרְכֵי הַמֵּת מִדְּקָאָמַר יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם וְהָיָה יָכוֹל לְכַוֵּין בְּפָסוּק רִאשׁוֹן. הִלְכָּךְ נִרְאֶה שֶׁאָסוּר לְהִתְפַּלֵּל כָּל מִי שֶׁמֻּוטָּל עָלָיו הָאֲבֵלוּת. וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּגָרְסִי' הָתָם תַּנְיָא אִם רָצָה לְהַחְמִיר עַל עַצְמוֹ אֵין שׁוֹמְעִין לוֹ. לָמָּה מִפְּנֵי כְּבוֹדוֹ שֶׁל מֵת. אוֹ מִשּׁוּם שֶׁאֵין לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ. מַאי נָפֵיק מִבֵּינַייְהוּ. כְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ אִי תֵימָא מִפְּנֵי כְּבוֹדוֹ שֶׁל מֵת אָסוּר. וְאִי תֵּימָא מִפְּנֵי שֶׁאֵין לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ הֲרֵי יֵשׁ לוֹ מִי שֶׁיִּשָּׂא מַשָּׂאוֹ וְהָתַנְיָא פָּטוּר מִנְּטִילַת לוּלָב תִּפָּתֵר בְּחוֹל וְהָתַנְיָא פָּטוּר מִתְּקִיעַת שׁוֹפָר אִית לָךְ לְמֵימַר בְּחוֹל וְלֹא בי"ט. א"ר חֲנִינָא מִכֵּיוָן שֶׁהוּא זָקוּק לוֹ לְהַחְשִׁיךְ לְהָבִיא לוֹ אָרוֹן וְתַכְרִיכִין כְּמוֹ דְּתָנֵינַן תַּמָּן שַׁבָּת ד' קנא. מַחְשִׁיכִין עַל הַתְּחוּם כו' לְהָבִיא לוֹ אָרוֹן וְתַכְרִיכִין כְּמִי שֶׁהוּא נוֹשֵׂא מַשָּׂאוֹ דָּמֵי וְלָאו דִּסְבִירָא לֵיהּ לַיְּרוּשַׁלְמִי דַּאֲנִינוּת נוֹהֵג בְּשַׁבָּת דְּהָא בִּירֻושַּׁל' הוּא דְּקָתָנֵי בד"א בְּחוֹל אֲבָל בְּשַׁבָּת מֵיסֵב וְאוֹכֵל כָּל צָרְכּוֹ וְכוּ'. אֶלָּא מַיְיתֵי רְאָיָה מִבְּשַׁבָּת קַל וָחֹומֶר לי"ט שֶׁמֻּותָּר לְהִתְעַסֵּק בּוֹ בְּדִבּוּר וְלַעֲבֹור עָלָיו מִשּׁוּם שְׁבוּת הִלְכָּךְ בי"ט שֶׁמֻּותָּר לְקָובְרוֹ ע"י עֲמָמִין וְגַם הוּא יָכוֹל לְהִתְעַסֵּק עִמָּהֶם וּלְהַחֲשִׁיךְ עַל הַתְּחוּם נוֹשֵׂא מַשָּׂאוֹ קָרֵינַן בֵּיהּ וְכָל דִּין אֲנִינוּת נוֹהֵג בּוֹ. אֲבָל בְּשַׁבָּת כֵּיוָן שֶׁאֵין קוֹבְרִין אוֹתוֹ בְּשַׁבָּת אע"פ שֶׁמֻּותָּר לְהַחְשִׁיךְ עָלָיו אֵין נוֹהֵג בּוֹ אֲנִינוּת. וי"א דְּבֵין בְּשַׁבָּת וי"ט אֵין נוֹהֵג בָּהֶן אֲנִינוּת אֶלָּא סָמוּךְ לָעֶרֶב דְּיָכוֹל לְהַחְשִׁיךְ עַל הַתְּחוּם וְהָא דְּפָטוּר מִתְּקִיעַת שׁוֹפָר אַייְרֵי שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ שׁוֹפָר בַּבֹּקֶר וְנִזְדַּמֵּן לוֹ בְּעֶרֶב. וְכֵן אָמְרוּ עַל הָרַמְבַּ"ם זַ"ל שֶׁהָיוּ מֵתִים בָּנָיו שֶׁהָיָה מֵתוֹ מוּטָל לְפָנָיו בְּיוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל ר"ה וְצִוָּה שֶׁיִּתְקְעוּ לְפָנָיו שׁוֹפָר לְהוֹצִיאוֹ יְדֵי חוֹבָה:
Guemara. « Gît devant lui » — oui ; ne gît pas devant lui — non. Et l'on objecte : celui dont le mort gît devant lui mange dans une autre maison ; s'il n'a pas d'autre maison, il mange dans la maison de son compagnon ; si son compagnon n'a pas de maison, il fait une cloison et mange ; s'il n'a pas de quoi faire une cloison, il détourne son visage et mange. Il ne mange pas accoudé, il ne mange pas de viande et ne boit pas de vin, il ne bénit pas, ne fait pas le zimoun, on ne bénit pas pour lui et on ne fait pas le zimoun pour lui. « Il ne bénit pas » : la bénédiction hamotsi. « Il ne fait pas le zimoun » pour dire le Birkat hamazon. « On ne bénit pas pour lui » : pour que tu ne dises pas que c'est lui seul qui ne bénit pas, tandis que d'autres, mangeant avec lui, pourraient dire la bénédiction hamotsi et le zimoun, et qu'il s'acquitterait en les écoutant — cela nous apprend qu'il n'y a pas lieu de le faire. Rachi a expliqué qu'il n'a pas besoin de dire la bénédiction hamotsi, ce qui laisse entendre que, s'il veut bénir, il en a le droit. Cela ne ressort pas ainsi de notre passage, où il est dit qu'ici, même au-delà de quatre coudées, c'est interdit — d'où il résulte qu'il ne peut pas bénir. Certains disent que ce dont il ressort qu'il est interdit de bénir vise le cas où il doit s'occuper des besoins du mort, mais que, s'il s'en est déjà occupé ou si d'autres s'en occupent, il peut bénir. Le Talmoud de Jérusalem ne va pas dans ce sens, car nous y lisons : il ne mange pas à satiété, il ne mange pas de viande, ne boit pas de vin et ne bénit pas ; s'il a béni, on ne répond pas amen après lui ; et si d'autres ont béni, il ne répond pas amen après eux. Or répondre amen ne le détourne pas de s'occuper du mort, et c'est pourtant interdit. De plus, nous disons plus loin dans notre chapitre (Berakhot 19) : lorsque le mort ne gît pas devant lui, ils s'asseyent et lisent, et lui s'assied et se tait ; ils se lèvent et prient, et lui se lève et justifie sur lui le jugement — or il ne s'occupe pas alors des besoins du mort, puisqu'il est dit qu'il s'assied et se tait, alors qu'il aurait pu se concentrer sur le premier verset. Il paraît donc qu'il est interdit de prier à quiconque le deuil incombe. Cela ressort aussi du Talmoud de Jérusalem de notre chapitre, où nous lisons : il a été enseigné que, s'il veut se montrer rigoureux, on ne l'écoute pas. Pourquoi ? Par égard pour l'honneur du mort, ou parce qu'il n'a personne pour porter sa charge. Quelle différence entre les deux ? Le cas où il a quelqu'un pour porter sa charge : si tu dis que c'est par égard pour l'honneur du mort, c'est interdit ; si tu dis que c'est parce qu'il n'a personne pour porter sa charge, or il a quelqu'un. Mais on a enseigné qu'il est exempt de la prise du loulav ! Explique-le en semaine. Mais on a enseigné qu'il est exempt de la sonnerie du chofar : peux-tu dire que c'est en semaine et non un yom tov ? Rabbi Hanina a dit : puisqu'il doit attendre la nuit pour faire apporter cercueil et linceuls, comme nous avons appris là-bas (Chabbat 151a) qu'on attend la nuit à la limite du tehoum, etc., pour lui apporter cercueil et linceuls, c'est comme s'il portait sa charge. Le Talmoud de Jérusalem ne tient pas que l'aninout s'observe le Chabbat, puisque c'est lui-même qui enseigne : en quoi cela s'applique-t-il ? En semaine ; mais le Chabbat il s'accoude et mange à satiété, etc. Il tire plutôt une preuve du Chabbat, à plus forte raison pour yom tov, jour où il est permis de s'occuper de lui par la parole et de transgresser pour lui un interdit rabbinique (chevout). Dès lors, un yom tov, où il est permis de l'enterrer par l'intermédiaire de non-Juifs, où il peut lui-même s'en occuper avec eux et attendre la nuit à la limite du tehoum, nous l'appelons « portant sa charge », et toutes les règles de l'aninout s'appliquent à lui. Mais le Chabbat, puisqu'on ne l'enterre pas ce jour-là, l'aninout ne s'applique pas, bien qu'il soit permis d'attendre la nuit pour lui. Certains disent que ni le Chabbat ni yom tov l'aninout ne s'applique, sauf à l'approche du soir, lorsqu'il peut attendre la nuit à la limite du tehoum ; et ce qui a été dit de l'exemption de la sonnerie du chofar vise le cas où il n'avait pas de chofar le matin et où il s'en est trouvé un le soir. De même a-t-on rapporte au sujet de Maimonide que, ses fils étant morts et son mort gisant devant lui le premier jour de Roch Hachana, il ordonna qu'on sonne le chofar devant lui pour l'acquitter de son obligation.
💡 Explication

La baraita organise une cascade de solutions de repli pour soustraire le repas au regard du mort. Le motif est celui de loeg larach (se moquer du pauvre) : manger devant un mort revient à étaler devant lui ce dont il est privé.

L'objection est la suivante : la baraita parle d'un mort qui gît devant lui, et pourtant elle le fait manger dans une autre maison, où il n'est plus devant lui, tout en maintenant ses interdits. La lecture stricte du segment précédent se trouve donc mise en cause. Les termes ne bénit pas et ne fait pas le zimoun sont l'objet d'une discussion nourrie entre Rachi, qui y voit une dispense, et les Tossefot avec le Roch, qui y lisent une interdiction.

🖼️ Schéma
Où l'onen peut-il manger ? La cascade des solutions 1. Une autre pièce de sa propre maison 2. La maison d'un compagnon à défaut de pièce libre 3. Une cloison (mehitsa) dressée entre lui et le mort 4. Détourner le visage dernier recours motif : loeg larach - ne pas étaler devant le mort ce dont il est privé Dans tous les cas, le repas reste diminué : - il ne s'accoude pas (la posture du convive de fête) - ni viande, ni vin - ni bénédiction avant le repas, ni zimoun après Rachi : il n'y est pas tenu Tossefot et Roch : il n'en a pas le droit
Les quatre degrés de séparation, et ce qui reste interdit dans tous les cas.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).