Sougya : La première moitié du folio achève la sougya de la takana d'Ezra sur le baal keri. Quatre cas se croisent : l'homme bien portant ou malade, et l'émission provoquée (marguil) ou subie par contrainte (leonso).
Rav Assi dispense entièrement le malade par contrainte, Abaye puis Rava reconstruisent l'histoire de la mesure, et Rava tranche : quarante seah pour tout marguil, neuf kabin pour le bien portant par contrainte, rien pour le malade par contrainte. Une baraita ajoute une distinction : neuf kabin suffisent pour lui-même, mais quarante seah sont requises pour autrui.
Deux paires de Sages divergent, l'une sur la première partie de la baraita, l'autre sur la seconde : les quarante seah de Rabbi Yehouda valent-elles aussi dans des récipients, ou seulement dans le sol, l'ajout « en tout état de cause » servant alors à inclure l'eau puisée ? Suivent l'anecdote des trois Sages qui rompent le pain ensemble et le cas de Rav Hama, dont la halakha s'écarte.
La seconde moitié ouvre la michna des empêchements pendant la prière : celui qui se souvient en pleine amida qu'il est baal keri abrège sans interrompre ; celui qui est descendu s'immerger et que le lever du soleil presse lit le Chema dans l'eau ; il faut quatre coudées d'écart des excréments. La guemara y ajoute la lecture de la Torah, les excréments aperçus devant soi ou trouvés après coup, et l'urine qui coule pendant l'amida, avec la question ouverte de savoir où l'on reprend.
dans l'antichambre de Rav Ocha'ya. Ils vinrent poser la question à Rav Assi.
Il leur dit : on n'a enseigné cela que pour un malade qui a provoqué son émission (marguil) ; mais un malade qui l'a subie par contrainte (leonso) est dispensé de tout. Rav Yossef dit : la cruche de Rav Nahman s'est ressoudée.
Fin de la discussion ouverte au folio précédent. Rav Assi tranche par une distinction : chez le malade, tout dépend du caractère provoqué ou subi de l'émission. Le malade marguil garde une obligation ; le malade leonso n'a plus rien à accomplir, ni immersion ni aspersion.
L'image de Rav Yossef est technique : une cruche brisée dont les morceaux se ressoudent redevient utilisable. La position de Rav Nahman, que la discussion avait fissurée, retrouve sa solidité grâce à la réponse de Rav Assi.
Or, tous ces Amoraim et Tanaim divergent sur ce qu'a institué Ezra ; voyons donc comment Ezra a institué sa mesure.
La guemara change de méthode. Au lieu de continuer à comparer les avis, elle remonte à la source : quelle a été exactement la takana (institution) d'Ezra ? Une fois son périmètre précisé, chaque divergence trouvera sa place, soit dans la takana elle-même, soit dans ce que les générations postérieures y ont ajouté.
Abaye a dit : Ezra a institué pour le bien portant qui a provoqué son émission quarante seah, et pour le bien portant qui l'a subie par contrainte, neuf kabin. Puis les Amoraim sont venus et ont divergé à propos du malade.
Un maître tient que le malade marguil est comme le bien portant marguil, et le malade leonso comme le bien portant leonso. Et un maître tient que le malade marguil est comme le bien portant leonso, et que le malade leonso est dispensé de tout.
Abaye répartit la matière en deux étages. Ezra lui-même aurait fixé les deux mesures pour l'homme bien portant : quarante seah pour l'émission provoquée, neuf kabin pour l'émission subie. Le cas du malade serait resté ouvert, et c'est là que les Amoraim se sont divisés.
Le premier avis aligne le malade sur le bien portant, cas par cas. Le second décale d'un cran : la maladie allège, si bien que le malade marguil descend au régime des neuf kabin et que le malade leonso sort entièrement de l'obligation.
Rava a dit : admettons qu'Ezra ait institué une immersion (tevila) ; a-t-il institué une aspersion (netina, le fait de verser l'eau sur soi) ? Le Maître n'a-t-il pas dit : Ezra a institué une immersion pour les baalei keri !
Rava dit donc plutôt : Ezra a institué quarante seah d'immersion pour le bien portant marguil. Puis les Sages sont venus et ont institué neuf kabin pour le bien portant leonso.
Puis les Amoraim sont venus et ont divergé à propos du malade. Un maître tient que le malade marguil est comme le bien portant marguil, et le malade leonso comme le bien portant leonso.
Et un maître tient que le bien portant marguil requiert quarante seah, que le malade marguil est comme le bien portant leonso et requiert neuf kabin, mais que le malade leonso est dispensé de tout.
Rava conteste un détail de la reconstruction d'Abaye. La tradition ne connaît à Ezra qu'une seule mesure, la tevila, l'immersion. Les neuf kabin sont une netina, de l'eau versée sur le corps, ce qui constitue un autre acte : Ezra ne peut donc pas en être l'auteur.
Rava propose alors trois étages au lieu de deux. Ezra fixe l'immersion pour le bien portant marguil ; les Sages d'après lui créent le régime allégé des neuf kabin pour le bien portant leonso ; les Amoraim discutent enfin du malade. La divergence finale reste la même, mais elle porte désormais sur une couche clairement identifiée.
Rava a dit : la halakha est la suivante. Le bien portant marguil et le malade marguil, quarante seah.
Le bien portant leonso, neuf kabin. Mais le malade leonso est dispensé de tout.
Rava tranche en faveur du premier avis pour ce qui concerne le malade marguil, qu'il aligne sur le bien portant marguil : quarante seah dans les deux cas. Il retient en revanche la dispense complète pour le malade leonso, sur laquelle les deux avis se rejoignaient déjà.
Nos maîtres ont enseigné : un baal keri sur lequel on a versé neuf kabin d'eau est pur. En quel cas cela est-il dit ?
Pour lui-même ; mais pour autrui, quarante seah. Rabbi Yehouda dit : quarante seah en tout état de cause.
Nouvel axe, distinct de celui du corps. La baraita distingue selon la destination de l'étude ou de la parole sainte : celui qui étudie pour lui-même se contente des neuf kabin, celui qui enseigne à autrui doit s'immerger dans quarante seah.
Rabbi Yehouda refuse cet allègement et impose quarante seah dans tous les cas. Son expression mikol makom, en tout état de cause, sera le point d'appui de la discussion des segments suivants.
Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi, Rabbi Elazar et Rabbi Yossi berabbi Hanina. Un de cette paire et un de cette paire divergèrent sur la première partie.
L'un dit : ce que tu as énoncé, « en quel cas cela est-il dit ? pour lui-même ; mais pour autrui, quarante seah », on ne l'a enseigné que pour le malade marguil ; mais pour le malade léonso, neuf kabin suffisent. Et l'un dit : tout ce qui est fait pour autrui, même chez un malade léonso, exige qu'il y ait quarante seah.
Quatre Sages forment deux paires, et la guemara indique qu'un membre de chaque paire s'exprime sur chaque partie de la baraita, sans préciser lequel. Ici, la question porte sur la reicha, la première partie.
Le premier avis croise les deux axes du folio : l'exigence de quarante seah pour autrui ne vaut que là où une obligation réelle subsiste, donc chez le malade marguil ; le malade léonso reste au régime allégé même lorsqu'il enseigne. Le second avis rend la destination décisive à elle seule : dès lors qu'il s'agit d'autrui, quarante seah, quel que soit l'état du corps.
Et un de cette paire et un de cette paire divergèrent sur la seconde partie. L'un dit : ce que Rabbi Yehouda a dit, « quarante seah en tout état de cause », on ne l'a enseigné que dans le sol, mais dans des récipients, non.
Et l'un dit : même dans des récipients également.
La seifa, la seconde partie, porte sur Rabbi Yehouda. Le droit de la Torah exige que le mikve soit une eau réunie dans le sol, non dans un ustensile. La question est de savoir si l'expression « en tout état de cause » vient rompre cette exigence.
Le premier avis maintient la règle du sol : l'expression porte sur autre chose. Le second la lit littéralement et valide même des quarante seah contenues dans des récipients, pour cette purification-ci qui reste d'institution rabbinique.
Passe encore selon celui qui dit « même dans des récipients » : c'est ainsi que s'explique l'enseignement « Rabbi Yehouda dit : quarante seah en tout état de cause ». Mais selon celui qui dit : dans le sol, oui ; dans des récipients, non — « en tout état de cause » vient inclure quoi ?
La guemara mesure le prix de chaque lecture. Le second avis donne à l'expression un contenu immédiat. Le premier doit expliquer ce que ces mots ajoutent, car une formule d'ajout reste sans emploi si la règle du sol demeure entière.
Cela vient inclure de l'eau puisée.
Réponse brève et suffisante. Un mikve ordinaire est invalidé par de l'eau puisée (mayim chéouvin), c'est-à-dire recueillie à la main puis versée. Rabbi Yehouda maintient l'exigence des quarante seah réunies dans le sol, et son « en tout état de cause » autorise que cette eau ait été puisée.
Rav Papa, Rav Houna fils de Rav Yehochoua et Rava berabbi bar Chmouel rompirent le pain ensemble. Rav Papa leur dit : laissez-moi bénir, car neuf kabin sont tombés sur moi.
Rava berabbi bar Chmouel leur dit : nous avons appris « en quel cas cela est-il dit ? pour lui-même ; mais pour autrui, quarante seah ». Laissez-moi donc plutôt bénir, car quarante seah sont tombées sur moi.
Rav Houna leur dit : laissez-moi bénir, car il n'est tombé sur moi ni ceci ni cela.
La règle passe à l'usage. Celui qui récite le birkat hamazon pour la table acquitte les autres de leur obligation, ce qui relève du registre « pour autrui » : Rachi le dit expressément. Rav Papa avance ses neuf kabin ; Rava berabbi bar Chmouel objecte que ce régime ne vaut que pour soi-même, et produit ses quarante seah.
Rav Houna clôt l'échange par un argument d'un autre ordre : il n'a eu besoin d'aucune des deux mesures, faute de keri. La pureté conservée vaut mieux que la pureté rendue.
Rav Hama s'immergeait la veille de Pessa'h afin d'acquitter le public de son obligation. Et la halakha ne suit pas son avis.
Rav Hama appliquait à la lettre la distinction entre soi-même et autrui : les jours ordinaires il se contentait des neuf kabin, et la veille de Pessa'h, où il devait acquitter la communauté, il s'immergeait.
La guemara écarte cette conduite. Rachi donne deux raisons possibles : soit l'aspersion suffit aussi pour autrui, soit nous suivons Rabbi Yehouda ben Betera, pour qui les paroles de Torah ne contractent pas d'impureté, ce qui supprime toute la question. Tossefot en tire une conséquence pratique sur la bénédiction de l'immersion.
MICHNA. Celui qui se tenait en prière et s'est souvenu qu'il était baal keri n'interrompt pas, mais abrège.
Le chapitre passe à une nouvelle série de michnayot sur les empêchements pendant la prière. Le premier cas suppose l'avis selon lequel le baal keri ne prie pas : ayant commencé de bonne foi, il ne quitte pas sa prière.
La solution retenue tient la mesure entre deux exigences : il conserve la structure complète de l'amida et dit toutes les bénédictions, mais chacune sous une forme abrégée.
Celui qui est descendu s'immerger : s'il peut remonter, se couvrir et lire avant le lever du soleil, qu'il remonte, se couvre et lise ; sinon, qu'il se couvre dans l'eau et lise. Mais qu'il ne se couvre ni dans une eau malodorante ni dans l'eau de rouissage, tant qu'il n'y a pas versé de l'eau.
Et de combien doit-on s'écarter d'elles et des excréments ? De quatre coudées.
Cas de l'homme déjà dans le bain rituel au moment où l'heure du Chema presse. La priorité va au vêtement : s'il a le temps de sortir et de se couvrir avant le lever du soleil, il le fait. Sinon, l'eau elle-même tient lieu de couverture pour le bas du corps.
Deux eaux sont écartées : l'eau putride et l'eau de rouissage, celle où l'on fait tremper le lin, à cause de leur odeur. Rachi signale que le membre de phrase sur l'ajout d'eau se rapporte en réalité à l'urine, la michna étant elliptique, et que la guemara le rétablira plus loin. La distance de quatre coudées ferme la michna et commandera toute la suite du chapitre.
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : celui qui se tenait en prière et s'est souvenu qu'il était baal keri n'interrompt pas, mais abrège.
Celui qui lisait dans la Torah et s'est souvenu qu'il était baal keri n'interrompt pas pour se retirer, mais lit en bredouillant. Rabbi Meir dit : un baal keri n'a pas le droit de lire dans la Torah plus de trois versets.
La baraita reprend la michna et lui adjoint un second cas, la lecture publique de la Torah. Le principe reste le même : celui qui a commencé poursuit, en réduisant sa part. Pour la prière, la réduction porte sur la longueur des bénédictions ; pour la lecture, elle porte sur la diction, qui devient rapide et négligée.
Rabbi Meir fixe une limite chiffrée. Rachi la rattache à la règle de la lecture publique : descendre en dessous de trois versets est interdit, si bien que trois versets constituent le minimum autant que le maximum pour le baal keri.
On a enseigné par ailleurs : celui qui se tenait en prière et a vu des excréments en face de lui avance devant lui jusqu'à les rejeter quatre coudées derrière lui. Mais n'a-t-on pas enseigné « sur les côtés » ?
Ce n'est pas une difficulté : ici, là où c'est possible ; là, là où ce n'est pas possible.
Deux baraitot donnent deux gestes différents pour un même incident. La guemara les répartit selon les circonstances : l'avancée vers l'avant est la conduite ordinaire, l'écart latéral la solution de repli.
Rachi donne l'exemple concret qui rend l'avancée impossible : une rivière barre le chemin. Dans les deux cas, la mesure reste la même, quatre coudées, et seule la direction du déplacement change.
S'il priait et a trouvé des excréments à l'endroit où il se tenait, Rabba a dit : bien qu'il ait fauté, sa prière est une prière valide. Rava lui objecte : mais il est écrit « le sacrifice des méchants est une abomination » !
Rava dit donc plutôt : puisqu'il a fauté, bien qu'il ait prié, sa prière est une abomination.
Le cas est celui d'une découverte après coup. Rabba distingue la faute et le résultat : l'homme a manqué à son devoir de vérifier le lieu, mais l'acte accompli tient.
Rava refuse cette séparation en s'appuyant sur Proverbes 21, 27. Une offrande faite dans la négligence perd sa qualité d'offrande, et la prière subit le même sort. Tossefot limite aussitôt la portée de la règle : elle ne vise que le lieu où un doute était raisonnable, ce qui rend la négligence réelle. Le Ri en tire l'obligation de reprendre la prière.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui se tenait en prière alors que de l'urine coulait sur ses genoux interrompt jusqu'à ce que l'écoulement cesse, puis reprend sa prière. Où reprend-il ?
Rav Hisda et Rav Hamnouna : l'un dit qu'il reprend au début, et l'un dit : à l'endroit où il s'est interrompu.
Dernier cas du folio, et le plus discuté. L'écoulement impose une interruption, contrairement aux cas précédents où l'on poursuivait en abrégeant ou en se déplaçant.
La question porte sur la reprise. Le Roch formule l'enjeu de fond : pendant l'écoulement, cet homme était-il guavra dahouy, un homme écarté de la prière, auquel cas ce qu'il avait dit ne compte plus et il recommence ; ou bien guavra hazi, un homme apte, l'empêchement venant seulement d'un décret des Sages, auquel cas il reprend la où il s'est arrêté.
Dirons-nous qu'ils divergent sur ceci :
Le folio s'arrête sur l'amorce d'une tentative de réduction. La guemara va proposer de ramener la divergence de Rav Hisda et Rav Hamnouna à une question déjà connue, celle de savoir si une attente de la durée de toute la prière oblige à reprendre au début. La suite, avec l'objection de Rav Achi, appartient au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).