Berakhot 23a — Le corps avant la prière : le besoin naturel qui écarte l'homme, et les tefilin devant le lieu d'aisance

Berakhot 23a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du débat entre Rav Hisda et Rav Hamnouna : celui qui a dû s'interrompre en pleine amida reprend-il au début ou à l'endroit où il s'est arrêté ? Rav Achi écarte la lecture qui ferait porter le désaccord sur la durée de l'interruption et le déplace vers le statut de l'homme lui-même : était-il écarté de la prière, ou apte à prier ?

De là, la guemara passe à la baraita qui déclare abominable la prière de celui qui a besoin de se soulager, en fixe la mesure à une parsa, et l'appuie sur deux versets, celui d'Amos et celui de Kohelet. Le verset de Kohelet ouvre une digression sur le sacrifice apporté sans techouva.

La seconde moitié du daf est entièrement consacrée aux tefilin devant le lieu d'aisance : où les poser, comment les tenir, la controverse de Beit Chamai, Beit Hillel et Rabbi Akiva, l'histoire de l'élève et de la prostituée qui a fixé l'usage, puis les mesures pratiques de rangement, jusqu'à Rabbi Yo'hanan qui refuse de confier ses tefilin à ses disciples.

Le besoin naturel avant et pendant la prière Baraita : celui qui a besoin de se soulager ne doit pas prier et s'il a prié, sa prière est une abomination Il ne peut pas se retenir La baraita parle de lui Il ne prie pas ; s'il a prié, sa prière est une abomination Il peut se retenir Rav Zevid ou Rav Yehouda : sa prière est une prière après coup, elle tient La mesure : jusqu'à une parsa Rav Chechet, ou Rav Zevid selon l'autre version : il doit pouvoir tenir le temps d'une marche d'une parsa. Les deux versets d'appui Amos 4, 12 : prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu -- Kohelet 4, 17 : garde ton pied, lu par Rav Achi comme : garde tes orifices.
La baraita interdit, l'amora restreint : tout dépend de la capacité à se retenir, et cette capacité reçoit une mesure chiffrée.
Entrer au lieu d'aisance avec ses tefilin : les trois positions Beit Chamai Il les ôte à quatre coudées et les dépose dans la fenêtre attenante au domaine public En sortant, il s'éloigne de quatre coudées avant de les remettre Beit Hillel Il les tient dans sa main et entre Ils ne quittent jamais sa garde, donc rien à craindre des souris ni des passants Rabbi Akiva Il les tient dans son vêtement et entre Objection : il pourrait les oublier et les laisser tomber -- donc dans son vêtement et dans sa main La conclusion pratique retenue par la guemara Il les tient dans son vêtement et dans sa main, roulés comme un rouleau, dans la main droite contre le cœur. Précision de Rav Nahman : la lanière ne doit pas dépasser d'un tefah (largeur de main) sous sa main.
Le désaccord porte sur un seul point : faut-il éloigner les tefilin de soi, ou les garder sur soi. La pratique a choisi de ne jamais s'en séparer.
Les trois états successifs de l'usage (baraita du segment 14) Premier état Creux attenants au lieu d'aisance Échec : les souris venaient les prendre Deuxième état Fenêtres attenantes au domaine public Échec : les passants venaient les prendre État final Il les tient dans sa main et entre Plus rien ne s'interpose entre eux et lui L'événement qui a fixé l'usage Un élève laisse ses tefilin dans un creux attenant au domaine public ; une prostituée les prend et vient à la maison d'étude dire qu'un tel les lui a donnés pour salaire. L'élève monte sur le toit, tombe et meurt. À cette heure-là ils instituèrent : il les tient dans son vêtement et dans sa main, et il entre.
La règle finale ne sort pas d'un raisonnement mais d'une suite d'échecs, dont le dernier a coûté la vie à un élève.
1
מַר סָבַר: אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ — חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וּמַר סָבַר: לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק.

L'un des maîtres tient : s'il s'est interrompu le temps qu'il faut pour achever toute [la prière] — il reprend au début. Et l'autre maître tient : [il reprend] à l'endroit où il s'est arrêté.

📜 Rachi (1)
דְּמַר סָבַר כָּל הַמַּפְסִיק בִּתְפִלָּתוֹ אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. כִּדְאָמְרִינַן גַּבֵּי ק"ש לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף כֹּד:) וּבְשָׁהָה קָא מִיפַּלְגִי הָכָא:
Quiconque interrompt sa prière, s'il a attendu le temps de l'achever tout entière, reprend au début, comme nous le disons à propos du Chema plus loin dans ce chapitre (Berakhot 24b) ; et ici, leur désaccord porte sur la durée de l'interruption.
💡 Explication

Ces deux lignes closent une discussion ouverte au folio précédent : un homme se tient en amida et de l'urine se met à couler sur ses genoux. Il attend que cela cesse, puis reprend. La question est : où reprend-il ?

La guemara propose ici de ramener le désaccord de Rav Hisda et de Rav Hamnouna à une règle générale et connue, celle du chehiya (l'interruption prolongée) : celui qui s'interrompt assez longtemps pour avoir pu achever tout le texte reprend au début. Selon cette lecture, l'un des deux maîtres accepte cette règle, l'autre la refuse.

2
אָמַר רַב אַשִּׁי: הַאי ״אִם שָׁהָה״, אִם לֹא שָׁהָה מִיבְּעֵי לֵיהּ! אֶלָּא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ — חוֹזֵר לָרֹאשׁ, וְהָתָם בִּדְלֹא שָׁהָה קָמִיפַּלְגִי, דְּמָר סָבַר גַּבְרָא דְחוּיָא הוּא, וְאֵין רָאוּי, וְאֵין תְּפִלָּתוֹ תְּפִלָּה. וּמַר סָבַר גַּבְרָא חַזְיָא הוּא, וּתְפִלָּתוֹ תְּפִלָּה.

Rav Achi dit : ce « s'il s'est interrompu », c'est « s'il ne s'est pas interrompu » qu'il aurait fallu poser ! Plutôt : tous s'accordent que s'il s'est interrompu le temps d'achever toute [la prière], il reprend au début ; et là, leur désaccord porte sur le cas où il ne s'est pas interrompu [aussi longtemps].

L'un des maîtres tient que l'homme est un homme écarté, qu'il n'était pas apte, et que sa prière n'est pas une prière. Et l'autre maître tient que l'homme était un homme apte, et que sa prière est une prière.

📜 Rachi (3)
הַאי אִם שָׁהָה אִם לֹא שָׁהָה מִיבְּעֵי לֵיהּ בְּמִילְּתָא דְּרַב חִסְדָּא וְרַב הִמְנוּנָא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְאִפְּלוֹגֵי בֵּין שָׁהָה לְלֹא שָׁהָה וּמִדְּלָא אִפְּלִיג שְׁמַע מִינָּה אֲפִילּוּ בִּדְלָא שָׁהָה קָאָמַר:
Dans le propos de Rav Hisda et de Rav Hamnouna, il aurait fallu distinguer entre le cas où il s'est interrompu et celui où il ne s'est pas interrompu ; puisqu'ils n'ont pas fait cette distinction, on en déduit qu'ils parlent même du cas où il ne s'est pas interrompu.
גַּבְרָא דְּחוּיָא הוּא כְּשֶׁהִתְחִיל לְהִתְפַּלֵּל וְהָיָה צָרִיךְ לִנְקָבָיו דָּחוּי הוּא מִלְּהִתְפַּלֵּל הִלְכָּךְ מַה שֶׁהִתְפַּלֵּל אֵינָהּ תְּפִלָּה וְחוֹזֵר לְרֹאשׁ:
Lorsqu'il a commencé à prier alors qu'il avait besoin de se soulager, il était écarté de la prière ; des lors, ce qu'il a prié n'est pas une prière, et il reprend au début.
וּמַר סָבַר גַּבְרָא חַזְיָא אע"פ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהַמְתִּין עַד שֶׁיְּסַייֵּם תְּפִלָּתוֹ תְּפִלָּה רְאוּיָה הִיא מַה שֶׁהִתְפַּלֵּל קֹודֶם שְׁתִיתָה:
Même s'il ne peut pas se retenir jusqu'à la fin, sa prière est valable : ce qu'il a prié avant que [l'urine] ne se mette à couler est une prière apte.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא דְּכוּלֵּי עָלְמָא חוֹזֵר לְרֹאשׁ וה"ה דהו"מ לְאוֹקְמֵי דְּכֻולֵּי עָלְמָא אֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּמִדְּלָא מוּקֵי הָכִי ש"מ דַּהֲלָכָה דְּחוֹזֵר לָרֹאשׁ וְכֵן לְקַמָּן בְּהֶדְיָא אָמַר ר' אֱבֵהוּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְתֵימַהּ דִּבְמַסֶּכֶת ר"ה (דַּף לד:) א"ר יוֹחָנָן שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּט' שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא אַלְמָא תְּקִיעוֹת מִצְטָרְפוֹת אע"ג דְּשָׁהָה כְּדֵי לַעֲשׂוֹת כֻּולָּם וְכֵן בִּמְגִילָּה (פ"ב ד' יח:) נָמֵי דְּאָמְרִינַן אָמַר רַב אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא דְּאָמַר אִם שָׁהָה חוֹזֵר לָרֹאשׁ דְּקָאָמַר נְקוֹט דְּרַב בִּיבִי בִּידָךְ וְאוֹמֵר הַשַּׂר מִקּוּצִי דְּיֵשׁ לְחַלֵּק דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּאֵין רָאוּי לִקְרוֹת וְכֵן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת ד' כד:) דְּרַבִּי אָבָהוּ אָזַל בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת דְּהָתָם כ"ע מוֹדוֹ דְּחוֹזֵר לְרֹאשׁ אֲבָל הֵיכָא דְּגַבְרָא חֲזִי כְּמוֹ מְגִילָּה וְשׁוֹפָר כֻּולֵּי עָלְמָא מוֹדוֹ דְּאֵינוֹ חוֹזֵר לְרֹאשׁ אֶלָּא לְמָקוֹם שֶׁפָּסַק וְרַבֵּינוּ יְהוּדָה פֵּירֵשׁ דְּהָכָא לָא מָצֵי לְמֵימַר דְּכֻולֵּי עָלְמָא דְּאֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּבִדְשָׁהָה קָמִיפַּלְגִי דְּהָא לכ"ע הָוֵי גַּבְרָא חֲזִי כֵּיוָן דְּאֵינוֹ חוֹזֵר לָרֹאשׁ אֲבָל וַדַּאי אִי הו"מ לְמֵימַר הָכִי הֲוָה אָמַר לֵיהּ:
De la même façon, il aurait pu établir que tous s'accordent qu'il ne reprend pas au début ; puisqu'il n'a pas établi ainsi, on en déduit que la halakha est qu'il reprend au début, et de même plus loin Rabbi Abahou dit explicitement qu'il reprend au début. Cela étonne : au traité Roch Hachana (34b) Rabbi Yo'hanan dit que celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée s'est acquitté — donc les sonneries se joignent, bien qu'il ait attendu de quoi les faire toutes ; de même à Meguila (chapitre 2, 18b), où nous disons que Rav a dit : la halakha ne suit pas Rabbi Mouna, qui dit que s'il s'est interrompu il reprend au début, et qu'il ajoute de tenir en main l'enseignement de Rav Bibi. Le maître de Coucy répond qu'il y a lieu de distinguer : ici, c'est différent, car il n'est pas apte à lire ; de même plus loin (Berakhot 24b), où Rabbi Abahou marcha dans des ruelles souillées — là, tous s'accordent qu'il reprend au début ; mais là où l'homme est apte, comme pour la meguila et le chofar, tous s'accordent qu'il ne reprend pas au début, mais à l'endroit où il s'est arrêté. Et Rabbenou Yehouda a expliqué qu'ici on ne pouvait pas dire que tous s'accordent qu'il ne reprend pas au début et que leur désaccord porterait sur le cas où il s'est interrompu, car alors, pour tous, l'homme serait apte, puisqu'il ne reprend pas au début ; mais assurément, si l'on avait pu le dire ainsi, [Rav Achi] l'aurait dit.
💡 Explication

Rav Achi lit la formulation de la discussion. Si le désaccord avait porté sur la durée de l'interruption, les deux maîtres auraient parlé de « s'il s'est interrompu » et « s'il ne s'est pas interrompu ». Comme aucun des deux n'a introduit cette distinction, ils parlent d'un cas où l'interruption a été brève.

Le désaccord se déplace alors du temps vers la personne. Un homme qui commence son amida en ayant déjà besoin de se soulager est-il un guevra dehouya (un homme écarté, inapte dès le départ) ou un guevra hazya (un homme apte) ? Si l'homme était écarté, ce qu'il a prié n'a jamais eu de valeur et il reprend tout ; s'il était apte, la portion déjà dite reste acquise et il reprend à l'endroit interrompu.

🖼️ Schéma
Le déplacement opéré par Rav Achi Lecture écartée Le désaccord porte sur la durée : l'un applique la règle de la chehiya, l'autre la refuse Lecture retenue Tous acceptent la règle de la chehiya. Le cas discuté est celui d'une interruption brève -> Guevra dehouya : homme écarté Il avait déjà besoin de se soulager quand il a commencé Ce qu'il a prié ne compte pas : il reprend au début Guevra hazya : homme apte Tant que rien ne coulait, il était en état de prier Ce qu'il a prié est acquis : il reprend où il s'est arrêté
Rav Achi ne change pas la halakha de la chehiya : il montre que la question posée ici est celle du statut de l'homme au moment où il a commencé.
3
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנִּצְרָךְ לִנְקָבָיו — אַל יִתְפַּלֵּל, וְאִם הִתְפַּלֵּל — תְּפִלָּתוֹ תּוֹעֵבָה. אָמַר רַב זְבִיד וְאִיתֵּימָא רַב יְהוּדָה: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִשְׁהוֹת בְּעַצְמוֹ, אֲבָל אִם יָכוֹל לִשְׁהוֹת בְּעַצְמוֹ — תְּפִלָּתוֹ תְּפִלָּה.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui a besoin de se soulager ne doit pas prier ; et s'il a prié, sa prière est une abomination. Rav Zevid, et certains disent Rav Yehouda, dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il ne peut pas se retenir ; mais s'il peut se retenir, sa prière est une prière.

⚖️ Rosh (1)
ת"ר הָיָה צָרִיךְ לִנְקָבָיו לֹא יִתְפַּלֵּל וְאִם הִתְפַּלֵּל תְּפִלָּתוֹ תּוֹעֵבָה. אָמַר רַב זְבִיד וְאִיתֵּימָא רַב יְהוּדָה ל"ש אֶלָּא שֶׁלֹּא יָכוֹל לַעֲמֹוד עַל עַצְמוֹ אֲבָל אִם יָכוֹל לַעֲמֹוד עַל עַצְמוֹ מֻותָּר. זוֹ הִיא גִּירְסַת רַב אִלְפָּס זַ"ל. וְלִי נִרְאֶה אע"פ דְּיָכוֹל לַעֲמֹוד עַל עַצְמוֹ כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לִנְקָבָיו אֵינוֹ מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה כִּדְאָמַר בַּבָּרַייְתָא בְּסָמוּךְ הָיָה צָרִיךְ לִנְקָבָיו אַל יִתְפַּלֵּל. וּבְרוֹב סְפָרִים גָּרְסִינַן אֲבָל אִם יָכוֹל לַעֲמֹוד עַל עַצְמוֹ תְּפִלָּתוֹ תְּפִלָּה. וְעַד כַּמָּה אָמַר רַב זְבִיד וְאִיתֵּימָא רַב יְהוּדָה עַד פַּרְסָה. תַּנְיָא אִידָךְ הָיָה צָרִיךְ לִנְקָבָיו אַל יִתְפַּלֵּל מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל וּכְתִיב שְׁמֹור רַגְלְךָ כַּאֲשֶׁר תֵּלֵךְ אֶל בֵּית הָאֱ-לֹהִים וְאָמַר רַב אַסִּי וְאִיתֵּימָא רַב חִינָּנָא בַּר פָּפָּא שְׁמֹור נְקָבֶיךָ בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה בָּא לַעֲמֹוד בִּתְפִלָּה לְפָנַי:
Nos maîtres ont enseigné : s'il avait besoin de se soulager, il ne doit pas prier, et s'il a prié, sa prière est une abomination. Rav Zevid, et certains disent Rav Yehouda, dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il ne peut pas se dominer ; mais s'il peut se dominer, cela lui est permis. Telle est la version de Rav Alfassi, de mémoire bénie. Il me semble pourtant que même s'il peut se dominer, du moment qu'il a besoin de se soulager, cela ne lui est pas permis à priori, comme le dit la baraita qui suit : s'il avait besoin de se soulager, il ne doit pas prier. Et dans la plupart des livres nous lisons : mais s'il peut se dominer, sa prière est une prière. Et jusqu'à quelle mesure ? Rav Zevid, et certains disent Rav Yehouda, dit : jusqu'à une parsa. Une autre baraita enseigne : s'il avait besoin de se soulager, il ne doit pas prier, car il est dit « prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël » (Amos 4, 12), et il est écrit « garde ton pied lorsque tu vas à la maison de D.ieu » (Kohelet 4, 17) ; et Rav Assi, et certains disent Rav Hinena bar Papa, a dit : garde tes orifices à l'heure où tu viens te tenir en prière devant Moi.
💡 Explication

La baraita emploie un mot très dur, toeva (abomination) : le terme sert d'ordinaire pour un sacrifice offert avec une intention mauvaise. Un homme pressé par son corps ne peut pas se tenir devant Hachem.

L'amora restreint la portée de la baraita. Elle vise l'homme qui ne parvient plus à se retenir. Celui qui peut encore se dominer garde une prière valable, même s'il aurait mieux fait de se soulager d'abord.

4
וְעַד כַּמָּה? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: עַד פַּרְסָה. אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַמַּתְנִיתָא: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — כְּשֶׁאֵין יָכוֹל לַעֲמֹוד עַל עַצְמוֹ. אֲבָל אִם יָכוֹל לַעֲמֹוד עַל עַצְמוֹ — תְּפִלָּתוֹ תְּפִלָּה. וְעַד כַּמָּה? אָמַר רַב זְבִיד: עַד פַּרְסָה.

Et jusqu'à quelle mesure ? Rav Chechet dit : jusqu'à une parsa.

Certains rapportent cet enseignement sur la baraita elle-même : de quoi parle-t-on ? Du cas où il ne peut pas se dominer ; mais s'il peut se dominer, sa prière est une prière.

Et jusqu'à quelle mesure ? Rav Zevid dit : jusqu'à une parsa.

📜 Rachi (2)
וְעַד כַּמָּה יָכוֹל לְהַעֲמִיד עַצְמוֹ מִנְּקָבָיו שֶׁיְּהֵא מֻותָּר לְהַתְחִיל בִּתְפִלָּה:
Jusqu'à quelle mesure doit-il pouvoir se retenir pour qu'il lui soit permis de commencer la prière.
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לְהַאי בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים בְּמַתְנִיתָא גּוּפָא וְלֹא מִשְּׁמַעְתָּא דְּרַב זִבֵּיד וְרַב יְהוּדָה וְכִי אַיְּירִי אִינְהוּ בְּשִׁיעוּרָא הוּא דְּאַיְירֵי:
Certains rattachent ce « de quoi parle-t-on ? » a la baraita elle-même, et non à l'enseignement de Rav Zevid et de Rav Yehouda ; et lorsque ceux-ci ont parlé, c'est de la mesure qu'ils ont parlé.
💡 Explication

La parsa est une mesure de distance qui vaut quatre milles, et que le Talmud convertit ici en durée de marche. Se retenir « jusqu'à une parsa » signifie donc être capable de tenir le temps qu'il faudrait pour parcourir cette distance.

La guemara signale ensuite une divergence de transmission : selon la première version, la restriction et la mesure sont un enseignement d'amoraim ajouté à la baraita ; selon la seconde, la restriction figure déjà dans la baraita elle-même, et les amoraim n'ont apporté que le chiffre. Le contenu ne change pas, seul son rang change.

5
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: הַנִּצְרָךְ לִנְקָבָיו — הֲרֵי זֶה לֹא יִתְפַּלֵּל, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל״.

Rabbi Chemouel bar Nahmani dit au nom de Rabbi Yonatan : celui qui a besoin de se soulager ne doit pas prier, car il est dit : « prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël ».

💡 Explication

Le verset d'Amos (4, 12) fournit la source scripturaire de la baraita. La hakhana (la préparation) exigée avant de se tenir devant Hachem comprend l'état du corps.

6
וְאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מַאי דִכְתִיב: ״שְׁמֹור רַגְלְךָ כַּאֲשֶׁר תֵּלֵךְ אֶל בֵּית הָאֱ-לֹהִים״? שְׁמֹור עַצְמְךָ שֶׁלֹּא תֶּחְטָא, וְאִם תֶּחֱטָא — הָבֵא קָרְבָּן לִפְנֵי. ״וְקָרוֹב לִשְׁמֹעַ דִּבְרֵי חֲכָמִים״, אָמַר רָבָא: הֱוֵי קָרוֹב לִשְׁמוֹעַ דִּבְרֵי חֲכָמִים, שֶׁאִם חוֹטְאִים מְבִיאִים קָרְבָּן וְעוֹשִׂים תְּשׁוּבָה. ״מַתַּת הַכְּסִילִים זֶבַח״ — אַל תְּהִי כַּכְּסִילִים שֶׁחוֹטְאִים וּמְבִיאִים קָרְבָּן, וְאֵין עוֹשִׂים תְּשׁוּבָה.

Et Rabbi Chemouel bar Nahmani dit au nom de Rabbi Yonatan : que signifie ce qui est écrit « garde ton pied lorsque tu vas à la maison de D.ieu » ? Garde-toi de fauter ; et si tu as fauté, apporte un sacrifice devant Moi.

« Et approche-toi pour écouter les paroles des sages » — Rava dit : sois proche pour écouter les paroles des sages, qui, s'ils fautent, apportent un sacrifice et font techouva. « Plutôt que le don d'un sacrifice par les sots » — ne sois pas comme les sots, qui fautent et apportent un sacrifice sans faire techouva.

📜 Rachi (2)
שְׁמֹור עַצְמְךָ שֶׁלֹּא תֶּחְטָא וְתִצְטָרֵךְ רַגְלֶךָ לָלֶכֶת אֶל בֵּית הָאֱ-לֹהִים לְהָבִיא חַטָּאת:
Et que ton pied n'ait pas à se rendre à la maison de D.ieu pour y apporter un sacrifice expiatoire.
הָוֵי קָרוֹב לִשְׁמֹועַ תְּשׁוּבָה בַּהֲבָאַת קָרְבָּנְךָ מַתַּת אוֹתוֹ כַּכְּסִילִים בְּלֹא תְּשׁוּבָה:
Sois proche pour écouter, c'est-à-dire fais techouva en apportant ton sacrifice, plutôt que de le donner comme les sots, sans techouva.
⚖️ Rosh (2)
ת"ר הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וּמַיִם שׁוֹתְתִים לוֹ עַל בִּרְכָּיו מַמְתִּין עַד שֶׁיִּכְלוּ הַמַּיִם וְחוֹזֵר. פָּסַק ה"ר יוֹסֵף ב"ר מֹשֶׁה זַ"ל דַּאֲפִילּוּ נָפְלוּ עַל בְּגָדָיו כֵּיוָן דַּעֲבִיד טִיף טִיף נִבְלָעִים מְהֵרָה. כִּדְאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כֹּה.) מֵי רַגְלַיִם שֶׁנִּבְלְעוּ בַּבֶּגֶד אוֹ בַּקַּרְקַע וְאֵין בָּהֶם טוֹפֵחַ כְּדֵי לְהַטְפִּיחַ מֻותָּרִין. וְנִרְאֶה דַּאֲפִילּוּ יֵשׁ בָּהֶם טוֹפֵחַ כְּדֵי לְהַטְפִּיחַ מֻותָּר. דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא כְּנֶגֶד הָעַמּוּד בִּלְבַד כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שָׁם וְרַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר וְכֵיוָן שֶׁכְּבָר הוּא עוֹמֵד בִּתְפִלָּה לָא גְּזוּר וְאוֹקְמוּהָ אַדְּאוֹרָיְיתָא. לְהֵיכָן הוּא חוֹזֵר. רַב חִסְדָּא וְרַב הַמְנוּנָא חַד אָמַר חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְחַד אָמַר חוֹזֵר לְמָקוֹם שֶׁפָּסַק לֵימָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי מ"ס אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ ומ"ס לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק. אָמַר רַב אָשֵׁי הַאי שָׁהָה וְלֹא שָׁהָה מִיבְּעֵי לֵיהּ אֶלָּא דכ"ע אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. והב"ע בִּדְלָא שָׁהָה וּבְהָא קָמִיפַּלְגִי מ"ס גַּבְרָא דָּחוּי הוּא וּלְכָךְ יַחֲזֹור לָרֹאשׁ. וְלָא דָּמֵי לִמְהַלֵּךְ בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת דְּאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כֹּד:) שֶׁחוֹזֵר לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק הֵיכָא דְּלָא שָׁהָה דְּהָתָם גַּבְרָא לָאו דָּחוּי הוּא אֶלָּא שֶׁהַמָּקוֹם גּוֹרֵם. ומ"ס גַּבְרָא חֲזִי הוּא דַּאֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁהַמַּיִם שׁוֹתְתִין הוּא רָאוּי לְהִתְפַּלֵּל דְּלָא אָסְרָה תּוֹרָה בְּמֵי רַגְלַיִם אֶלָּא כְּנֶגֶד הָעַמּוּד וְשׁוֹתֵת לָא חֲשִׁיב כְּנֶגֶד הָעַמּוּד וְרַבָּנָן הוּא דְּאַחְמוּר הֵיכָא דְּלָא הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה. דכ"ע שָׁהָה חוֹזֵר לְרֹאשׁ. אֲבָל לָא הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר דכ"ע לֹא שָׁהָה אֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּבִדְשָׁהָה קָמִיפַּלְגִי וּמַאן דס"ל חוֹזֵר לָרֹאשׁ מִשּׁוּם גַּבְרָא דָּחוּי הוּא מִשּׁוּם דלכ"ע הָוֵי גַּבְרָא חֲזִי כֵּיוָן דְּאֵין חוֹזֵר לְרֹאשׁ דְּכֵיוָן דע"י שׁוּם הֶפְסֵק אֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל מַה שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּבָר אִם כֵּן שַׁפִּיר מָצֵי לְהִתְפַּלֵּל אע"פ שֶׁלֹּא הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהָיָה יָכוֹל לְהַעֲמִיד עַצְמוֹ מִלְּהָטִיל מַיִם עַד שֶׁיִּגְמֹור אֶת תְּפִלָּתוֹ. אֲבָל אִם הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר הָכִי הֲוָה מְשַׁנֵּי לֵיהּ דְּקַיְימָא לָן אֲפִילּוּ שָׁהָה בָּהּ כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ אֵינוֹ חוֹזֵר לָרֹאשׁ דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק ב' דִּמְגִילָּה דַּף יח: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מַנִּי שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר' יְהוּדָה גַּבֵּי מְגִילָּה שֶׁאִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְר' יוֹחָנָן נָמֵי קָאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּר"ה דַּף לד: שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא וּמַסִּיק הָתָם דִּפְלִיג אֶדֶר' אָבָהוּ דְּאָמַר חוֹזֵר לָרֹאשׁ וַהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן בְּכָל מָקוֹם. וְעוֹד שַׂר' אָבָהוּ תַּלְמִידוֹ הֲוָה וְאֵין הֲלָכָה כְּתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב וְהָכִי אִיתָא לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף כֹּד:) גַּבֵּי ר' אֱבֵהוּ דַּהֲוָה אָזֵיל בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת וּבְעָא מִינָּהּ דר"י לְהֵיכָא לֶיהְדַּר. וַאֲמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי לְמִיפְסַק וְאַף אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור לָרֹאשׁ. אֲבָל לְדִידָךְ דִּסְבִירָא לָךְ דְּצָרִיךְ לְהַפְסִיק וּסְבִירָא לָךְ דְּהֵיכָא דְּשָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ הָכָא נָמֵי חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן זַ"ל מִקּוּצִי חֲדָא דְּאֵין זֶה דֶּרֶךְ שֶׁיָּשִׁיב הָרַב לְתַלְמִיד לְפִי מַה שֶׁסּוֹבֵר הַתַּלְמִיד כֵּיוָן שֶׁהוּא מְסֻופָּק וְשׁוֹאֵל מִמֶּנּוּ. וְעוֹד מנ"ל הָא דְּרַבִּי אָבָהוּ ס"ל הֵיכָא דְּשָׁהָה בָּאֶמְצַע כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּפִי' הוּא דְּוַדַּאי דְּהֵיכָא דְּשָׁהָה בָּאֶמְצַע כְּדֵי לִגְמֹור אֶת הַכֹּל בְּלֹא דָּחוּי וְאֹונֶס אֶלָּא שָׁהָה מֵעַצְמוֹ וְאִם הָיָה רוֹצֶה הָיָה יָכוֹל לִגְמֹור כה"ג אֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ כִּי הַהִיא דִּמְגִילָּה כְּשֶׁקּוֹרֵא לְסֵירוּגִין וְכֵן הַהִיא דר"ה דְּשָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא אֲבָל הֵיכָא דְּשָׁהָה מֵחֲמַת שֶׁהָיוּ מַיִם שׁוֹתְתִים עַל בִּרְכָּיו לֹא הָיָה יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל בְּאוֹתָהּ שָׁעָה דכ"ע אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְהַשְׁתָּא נִיחָא הָא דְּרַבִּי אֱבֵהוּ לְקַמָּן דה"ק לֵיהּ לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי לְהַפְסִיק הִלְכָּךְ לֹא הָיָה צָרִיךְ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ אֲבָל לְדִידָךְ שֶׁהִפְסַקְתָּ דִּסְבִירָא לָךְ שֶׁאֵין הַמָּקוֹם רָאוּי לִקְרוֹת אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. כָּתַב רַב הַאי דְּהִלְכְתָא כמ"ד שֶׁחוֹזֵר לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק וְאִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ: גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק בְּנֵי הָעִיר (מְגִילָּה דַּף כז:) תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק הַמִּתְפַּלֵּל מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַשְׁתִּין וְהַמַּשְׁתִּין מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְפַּלֵּל. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בִּשְׁלָמָא מַשְׁתִּין מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְפַּלֵּל דִּתְנַן כַּמָּה יַרְחִיק מֵהֶם וּמִן הַצּוֹאָה אַרְבַּע אַמּוֹת. אֶלָּא הַמִּתְפַּלֵּל מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַשְׁתִּין אִי הָכִי קַדֵּישְׁתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ שְׁבִילֵי דִנְהַרְדְּעָא. תָּנֵי יִשְׁהֶה כְּלוֹמַר הָא דְּקָתָנֵי יַרְחִיק יִשְׁהֶה הוּא וְאָמְרִינַן בִּשְׁלָמָא מַשְׁתִּין יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת אֶלָּא הַמִּתְפַּלֵּל יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְאַחַר כָּךְ יַשְׁתִּין מַאי טַעְמָא. אָמַר רַב אַסִּי כָּל אַרְבַּע אַמּוֹת תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם שְׁגוּרָה בְּפִיו וְרַחֵישׁ מְרַחֲשָׁן שִׂפְוָותֵיהּ:
Nos maîtres ont enseigné : s'il se tenait en prière et que de l'eau coulait sur ses genoux, il attend que l'eau cesse, puis reprend. Rabbi Yossef fils de Rabbi Moche, de mémoire bénie, a tranché que même si [les gouttes] sont tombées sur ses vêtements, du moment que cela tombe goutte à goutte, elles sont vite absorbées, comme il est dit plus loin (Berakhot 25a) : de l'urine absorbée dans un vêtement ou dans le sol, s'il n'en reste pas de quoi mouiller ce qui la toucherait, est permise. Et il semble que même s'il en reste de quoi mouiller ce qui la toucherait, cela soit permis, car selon la Torah seul le jet lui-même est interdit, comme nous le disons plus loin au même endroit, et c'est une décision des sages ; or, puisqu'il se tient déjà en prière, ils n'ont pas décrété, et ils l'ont laissé sous la règle de la Torah. Où reprend-il ? Rav Hisda et Rav Hamnouna : l'un dit qu'il reprend au début, l'autre qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté. Dirons-nous que leur désaccord porte sur ceci : l'un tient que s'il s'est interrompu le temps d'achever toute [la prière] il reprend au début, et l'autre qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté ? Rav Achi dit : il aurait fallu poser « s'est interrompu » et « ne s'est pas interrompu » ; plutôt, tous s'accordent que s'il s'est interrompu le temps d'achever toute [la prière] il reprend au début, et ici il s'agit du cas où il ne s'est pas interrompu. Leur désaccord porte sur ceci : l'un tient que l'homme est écarté, et c'est pourquoi il reprend au début ; cela ne ressemble pas à celui qui marche dans des ruelles souillées, dont il est dit plus loin (Berakhot 24b) qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté lorsqu'il ne s'est pas interrompu longuement, car là l'homme n'est pas écarté : c'est le lieu qui en est cause. Et l'autre tient que l'homme est apte, car même à l'heure où l'eau coule il est apte à prier : la Torah n'a interdit, pour l'urine, que le jet, et ce qui s'écoule goutte à goutte n'est pas considéré comme le jet ; ce sont les sages qui ont été stricts là où il ne se tenait pas déjà en prière. Pour tous, s'il s'est interrompu longuement, il reprend au début. Mais on ne pouvait pas dire que, pour tous, celui qui ne s'est pas interrompu ne reprend pas au début, et que leur désaccord porterait sur le cas où il s'est interrompu, celui qui tient qu'il reprend au début le disant parce que l'homme est écarté : car alors, pour tous, l'homme serait apte, puisqu'il ne reprend pas au début ; en effet, du moment qu'aucune interruption ne l'oblige à recommencer ce qu'il a déjà prié, il pouvait bel et bien prier, même s'il ne savait pas qu'il serait capable de se retenir d'uriner jusqu'à la fin de sa prière. Mais s'il avait pu parler ainsi, il lui aurait répondu de la sorte, car nous tenons que même s'il s'est interrompu le temps d'achever toute [la lecture] il ne reprend pas au début : nous disons en effet au chapitre 2 de Meguila (18b) que la halakha ne suit pas Rabbi Mani, qui a dit au nom de Rabbi Yehouda, à propos de la meguila, que s'il s'est interrompu le temps de l'achever tout entière il reprend au début. Rabbi Yo'hanan dit également, au dernier chapitre de Roch Hachana (34b), que celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée s'est acquitté, et l'on conclut là qu'il s'oppose à Rabbi Abahou, lequel dit qu'il reprend au début ; or la halakha suit Rabbi Yo'hanan partout, d'autant que Rabbi Abahou était son disciple, et la halakha ne suit pas le disciple face à son maître. Ainsi est-il rapporté plus loin dans ce chapitre (Berakhot 24b) à propos de Rabbi Abahou, qui marchait dans des ruelles souillées et demanda à Rabbi Yo'hanan où il devait reprendre. Rabbi Yo'hanan lui dit : pour moi, je ne tiens pas qu'il faille s'interrompre, et même s'il s'est interrompu le temps d'achever tout, il n'a pas à reprendre au début ; mais selon toi, qui tiens qu'il faut s'interrompre et que celui qui s'est interrompu le temps de tout achever reprend au début, ici aussi il reprend au début. Rabbenou Chimchon de Coucy, de mémoire bénie, a soulevé une difficulté : d'une part, il n'est pas dans l'usage qu'un maître réponde à son disciple selon l'opinion du disciple, alors que celui-ci est dans le doute et l'interroge ; d'autre part, d'où saurions-nous que Rabbi Abahou tient que celui qui s'est interrompu au milieu le temps de tout achever reprend au début ? Il a expliqué ainsi : assurément, lorsqu'il s'est interrompu au milieu le temps de tout achever sans être écarté ni contraint, mais de son propre fait, et qu'il aurait pu achever s'il l'avait voulu, en pareil cas il ne reprend pas au début, comme dans le cas de la meguila lue par intermittence, et comme dans celui de Roch Hachana où celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée s'est acquitté ; mais là où il s'est interrompu parce que de l'eau coulait sur ses genoux, en sorte qu'il ne pouvait pas prier à ce moment-là, tous s'accordent que s'il s'est interrompu le temps d'achever toute [la prière] il reprend au début. Dès lors, le propos concernant Rabbi Abahou plus loin s'éclaire : voici ce qu'il lui a dit — pour moi, je ne tiens pas qu'il faille s'interrompre, aussi n'y avait-il pas lieu de reprendre au début ; mais selon toi, qui t'es interrompu parce que tu tiens que le lieu n'est pas apte à la lecture, s'il s'est interrompu le temps de tout achever il reprend au début. Rav Haï a écrit que la halakha suit celui qui dit qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté, et que s'il s'est interrompu le temps d'achever toute [la prière] il reprend au début. Nous lisons au chapitre Bnei Ha'ir (Meguila 27b) : un tana enseignait devant Rav Nahman bar Yits'hak : celui qui prie s'éloigne de quatre coudées puis urine, et celui qui urine s'éloigne de quatre coudées puis prie. Rav Nahman lui dit : passe encore que celui qui urine s'éloigne de quatre coudées puis prie, car nous avons appris : de combien doit-il s'éloigner d'elle et des excréments ? De quatre coudées. Mais que celui qui prie s'éloigne de quatre coudées puis urine — s'il en est ainsi, tu as sanctifié toutes les ruelles de Nehardea ! Enseigne plutôt : il attend — c'est-à-dire que ce qui est enseigné « il s'éloigne » signifie « il attend ». Et nous disons : passe encore que celui qui urine attende le temps de parcourir quatre coudées avant de prier, à cause des éclaboussures ; mais que celui qui prie attende le temps de parcourir quatre coudées avant d'uriner, quelle en est la raison ? Rav Assi dit : pendant quatre coudées, la prière de l'homme reste courante dans sa bouche et ses lèvres remuent encore.
גָּרְסִי' בְּפֶרֶק אֵלּוּ הֵן הַלּוֹקִין (מַכּוֹת דַּף טז:) אָמַר רַב אַחָא הַמַּשְׁהֶה נְקָבָיו קָעָבַר מִשּׁוּם בַּל תְּשַׁקְּצוּ אָמַר רַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי הַאי מַאן דְּשָׁתֵי בְּקַרְנָא דְּאֻומָּנָא עוֹבֵר מִשּׁוּם בַּל תְּשַׁקְּצוּ:
Nous lisons au chapitre Elou hen halokin (Makot 16b) : Rav Aha dit que celui qui retient ses besoins transgresse l'interdit « ne vous rendez pas abominables » ; Rav Bibi bar Abaye dit que celui qui boit dans la corne du saigneur transgresse l'interdit « ne vous rendez pas abominables ».
💡 Explication

Le verset de Kohelet (4, 17) est lu mot à mot. « Garde ton pied » devient un avertissement de ne pas fauter, afin de n'avoir pas à se rendre au Temple pour un sacrifice expiatoire. La suite du verset sépare deux façons d'apporter un sacrifice.

Le sage qui a fauté apporte son sacrifice et fait techouva : le rite accompagne un travail intérieur. Le sot apporte le même sacrifice sans rien changer en lui. Le verset déclare le premier préférable au second.

7
״כִּי אֵינָם יוֹדְעִים לַעֲשׂוֹת רָע״ אִי הָכִי צַדִּיקִים נִינְהוּ! אֶלָּא, אַל תְּהִי כַּכְּסִילִים שֶׁחוֹטְאִים וּמְבִיאִים קָרְבָּן, וְאֵינָם יוֹדְעִים אִם עַל הַטּוֹבָה הֵם מְבִיאִים, אִם עַל הָרָעָה הֵם מְבִיאִים. אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: בֵּין טוֹב לְרַע אֵינָן מַבְחִינִים, וְהֵם מְבִיאִים קָרְבָּן לְפָנַי?!

« Car ils ne savent pas faire le mal » — s'il en est ainsi, ce sont des justes ! Plutôt : ne sois pas comme les sots, qui fautent et apportent un sacrifice sans savoir s'ils l'apportent pour le bien ou s'ils l'apportent pour le mal.

Le Saint, béni soit-Il, dit : entre le bien et le mal ils ne distinguent pas, et ils apporteraient un sacrifice devant Moi ?!

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַל תְּהִי כַּכְּסִילִים שֶׁחוֹטְאִין וּמְבִיאִין קָרְבָּן, וְאֵינָם יוֹדְעִים אִם עַל הַטּוֹבָה הֵם מְבִיאִים אוֹ עַל הָרָעָה הֵם מְבִיאִים. פְּשַׁט הַמַּאֲמָר תָּמוּהַּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל תְּשׁוּבָה מֵאַהֲבָה עוֹשֶׂה זְדוֹנוֹת כִּזְכִיּוֹת, וּתְשׁוּבָה מִיִּרְאָה עוֹשֶׂה הַזְּדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת, וְכָתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל שֶׁהָעוֹשֶׂה תְּשׁוּבָה פְּנִימִית, דְּהַיְינוּ לִבּוֹ נִשְׁבַּר כָּרָאוּי עוֹשֶׂה הָעֲוֹנוֹת כִּזְכִיּוֹת, אֲבָל תְּשׁוּבָה חִיצוֹנִית שֶׁאֵין בָּהּ שִׁבְרוֹן לֵב כָּרָאוּי עוֹשֶׂה הָעֲוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת, וְכָתְבוּ עוֹד, טַעַם הַקָּרְבָּן שֶׁהָאָדָם מֵבִיא עִם הַתְּשׁוּבָה, הַייְנוּ כְּדֵי שֶׁעַל יְדֵי הַקָּרְבָּן יַעֲשֶׂה הָאָדָם תְּשׁוּבָה פְּנִימִית בְּשִׁבְרוֹן לֵב כָּרָאוּי, בְּחָשְׁבוּ שֶׁכָּל מַה שֶׁנַּעֲשָׂה בְּקָרְבָּן מִשְּׁחִיטָה עַד זְרִיקָה, רָאוּי מִן הַדִּין לַעֲשׂוֹת בּוֹ בְּעַצְמוֹ, אֶלָּא שהקב"ה חָס עָלָיו וְצִוָּה שֶׁיָּבִיא בְּהֵמָה בִּמְקוֹמוֹ וְעַל יְדֵי כֵּן בְּוַדַּאי יִהְיֶה לוֹ שִׁבְרוֹן לֵב, וְאָז תְּשׁוּבָה זוֹ מְעַלְּיָא לַעֲשׂוֹת הַזְּדוֹנוֹת זְכִיּוֹת, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם הָאָדָם יָבִיא קָרְבָּן וְלֹא יַחְשֹׁוב כֵּן, אֶלָּא יְבִיאֶנּוּ בְּתוֹרַת דּוֹרוֹן בִּלְבַד, שֶׁחוֹשֵׁב שֶׁהוּא מְרַצֶּה בּוֹ להקב"ה לְפָטְרוֹ מֵעֹונֶשׁ עֲוֹנֹותָיו בַּעֲבוּר דּוֹרוֹן זֶה, הִנֵּה בְּוַדַּאי אֵינוֹ עוֹשֶׂה תְּשׁוּבָה פְּנִימִית בְּשִׁבְרוֹן לֵב אֶלָּא חִיצוֹנִית, וְאִם כֵּן הָעֲוֹנוֹת שֶׁלּוֹ יִהְיֶה כִּשְׁגָגוֹת דַּוְקָא, וְזֶה שֶׁאָמַר אֵינָם יוֹדְעִים אִם הַקָּרְבָּן הַזֶּה מְבִיאִים עַל הַטּוֹבָה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר כְּדֵי שֶׁיַּשִּׂיגוּ עַל יָדוֹ טוֹבָה שֶׁיִּהְיוּ הָעֲוֹנוֹת זְכִיּוֹת, עַל יְדֵי שֶׁחוֹשְׁבִין מַעֲשֵׂה הַקָּרְבָּן עַל עַצְמָם וְיִהְיֶה לָהֶם שִׁבְרוֹן לֵב, אוֹ אִם עַל הָעֵדֶר הָרָעָה הֵם מְבִיאִין, דְּהַיְינוּ שֶׁמְּבִיאִין אוֹתוֹ בְּתוֹרַת דּוֹרוֹן, שֶׁיִּתְרַצֶּה הקב"ה בּוֹ לְפָטְרָם מִן עֹונֶשׁ הָעֲוֹנוֹת, שֶׁבָּזֶה אֵין מַשִּׂיגִים טוֹבָה לַהֲפֹוךְ הָעֲוֹנוֹת זְכִיּוֹת, אֶלָּא יִשָּׁאֲרוּ כִּשְׁגָגוֹת, וְלָזֶה אָמַר הקב"ה בֵּין רַע לְטוֹב אֵינָם מַבְחִינִים, פֵּירוּשׁ אֵין מַבְחִינִים מָה הֶפְרֵשׁ בֵּין אִם יָבִיא הָאָדָם הַקָּרְבָּן בְּתוֹרַת דּוֹרוֹן, שֶׁהוּא רַק בִּשְׁבִיל הָעֵדֶר הָרָעָה וּבֵין אִם יְבִיאֶנּוּ כְּדֵי לְעוֹרֵר שִׁבְרוֹן לְבָבוֹ, שֶׁבָּזֶה יַשִּׂיג טוֹבָה לַהֲפֹוךְ הָעֲוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת, הַאִם אֵלּוּ הֵם יִזְכּוּ לְהָבִיא קָרְבָּן לִפְנֵי בִּתְמִיהַּ, כִּי מַה דּוֹרוֹן זֶה נֶחְשָׁב לַהֲבִיאוֹ לִפְנֵי, וְכִי זֶה הוּא כְּבוֹדִי חָס וְחָלִילָה, לְהָבִיא לִי בְּהֵמָה לְדוֹרוֹן.
« Ne sois pas comme les sots, qui fautent et apportent un sacrifice sans savoir s'ils l'apportent pour le bien ou pour le mal. » Le sens simple de cet enseignement étonne. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit : la techouva par amour rend les fautes volontaires semblables à des mérites, et la techouva par crainte rend les fautes volontaires semblables à des fautes involontaires. Les commentateurs, de mémoire bénie, ont écrit que celui qui accomplit une techouva intérieure, c'est-à-dire dont le cœur est brisé comme il convient, rend ses fautes semblables à des mérites, tandis qu'une techouva extérieure, sans véritable brisure du cœur, ne rend ses fautes que semblables à des fautes involontaires. Ils ont encore écrit que la raison du sacrifice apporté avec la techouva est la suivante : par ce sacrifice, l'homme parvient à une techouva intérieure, avec la brisure de cœur qui convient, en pensant que tout ce que l'on fait au sacrifice, de la chehita (abattage) jusqu'à la zerika (aspersion du sang), aurait dû en stricte justice lui être fait à lui-même, et que le Saint, béni soit-Il, a eu pitié de lui et a ordonné qu'il apporte une bête à sa place. Par là, il aura assurément le cœur brisé, et cette techouva est excellente : elle rend les fautes volontaires semblables à des mérites. Il en va autrement si l'homme apporte un sacrifice sans penser ainsi, mais l'apporte à titre de simple présent, croyant apaiser par là le Saint, béni soit-Il, afin d'être dispensé du châtiment de ses fautes en échange de ce présent : celui-là n'accomplit assurément pas une techouva intérieure avec brisure du cœur, mais une techouva extérieure, et alors ses fautes ne deviennent que semblables à des fautes involontaires. C'est le sens de « ils ne savent pas » : ils ne savent pas s'ils apportent ce sacrifice pour le bien, c'est-à-dire pour obtenir par lui le bien que leurs fautes deviennent des mérites, en appliquant à eux-mêmes le rite du sacrifice et en ayant ainsi le cœur brisé ; ou bien s'ils l'apportent pour écarter le mal, c'est-à-dire à titre de présent, afin que le Saint, béni soit-Il, s'apaise et les dispense du châtiment des fautes — auquel cas ils n'obtiennent pas ce bien de voir leurs fautes changées en mérites, et celles-ci demeurent semblables à des fautes involontaires. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a dit : entre le mal et le bien ils ne distinguent pas, c'est-à-dire qu'ils ne discernent pas la différence entre apporter le sacrifice à titre de présent, uniquement pour écarter le mal, et l'apporter afin d'éveiller la brisure de son cœur, par quoi il obtient le bien de voir ses fautes changées en mérites. Ceux-là mériteraient-ils d'apporter un sacrifice devant Moi ? — dit avec étonnement : que vaut un tel présent, apporté devant Moi, et serait-ce là Mon honneur, à D.ieu ne plaise, que de M'apporter une bête en cadeau ?
💡 Explication

La fin du verset, prise à la lettre, dirait des sots qu'ils ignorent comment faire le mal, ce qui en ferait des justes. La guemara relit donc la phrase : leur ignorance porte sur le sens de leur propre sacrifice.

Un sacrifice se comprend de deux façons opposées : action de grâce pour un bien reçu, ou expiation d'une faute commise. Le sot apporte sa bête sans savoir dans laquelle des deux situations il se trouve, faute d'avoir examiné ses actes.

8
רַב אָשֵׁי וְאִיתֵּימָא רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא אָמַר: שְׁמֹור נְקָבֶיךָ בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה לְפָנַי.

Rav Achi, et certains disent Rabbi Hanina bar Papa, dit : garde tes orifices à l'heure où tu te tiens en prière devant Moi.

📜 Rachi (1)
שְׁמוֹר נְקָבֶיךָ מִבֵּין רַגְלֶיךָ כְּמוֹ לְהָסֵךְ אֶת רַגְלָיו (שְׁמוּאֵל א כ״ד:ד׳) שְׁמֹור נְקָבֶיךָ שֶׁלֹּא יָפִיחוּ:
Ceux qui sont entre tes jambes, au sens de « se couvrir les pieds » (I Samuel 24, 4) ; garde tes orifices afin qu'ils n'émettent pas de vent.
💡 Explication

La lecture revient au point de départ. Le mot reguel (pied) du verset de Kohelet est entendu au sens pudique qu'il porte ailleurs dans l'Écriture, et l'avertissement « garde ton pied » devient une exigence concrète : maîtriser son corps avant de se tenir en prière.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנִּכְנָס לְבֵית הַכִּסֵּא, חוֹלֵץ תְּפִילָּיו בְּרִחוּק אַרְבַּע אַמּוֹת, וְנִכְנַס. אָמַר רַב אַחָא בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ, אֲבָל בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי — חוֹלֵץ, וְנִפְנָה לְאַלְתַּר. וּכְשֶׁהוּא יוֹצֵא — מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת, וּמַנִּיחָן, מִפְּנֵי שֶׁעֲשָׂאוֹ בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre au lieu d'aisance ôte ses tefilin à une distance de quatre coudées, puis entre. Rav Aha bar Rav Houna dit au nom de Rav Chechet : on n'a enseigné cela que pour un lieu d'aisance fixe ; mais pour un lieu d'aisance de fortune, il les ôte et se soulage aussitôt.

Et lorsqu'il en sort, il s'éloigne de quatre coudées et les remet, parce qu'il en a fait un lieu d'aisance fixe.

📜 Rachi (3)
בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ צוֹאָה וְכָל בָּתֵּי כִּסְאוֹת שֶׁבַּגְּמָרָא עַל פְּנֵי הַשָּׂדֶה הֵם בְּלֹא חֲפִירָה:
Où il y a des excréments ; et tous les lieux d'aisance dont parle la guemara sont en plein champ, sans fosse.
עֲרַאי שֶׁזֶּה מַתְחִיל עַכְשָׁיו לַעֲשׂוֹתוֹ בֵּית הַכִּסֵּא:
Celui-ci commence à l'instant à en faire un lieu d'aisance.
חוֹלֵץ וְנִפְנֶה לְאַלְתַּר וְיֹאחַז תְּפִילִּין בְּיָדוֹ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן וּבְקָבוּעַ נָמֵי אוֹחֲזָן בְּיָדוֹ אֶלָּא שֶׁצָּרִיךְ לְחָלְצָן בְּרִחוּק ד' אַמּוֹת שֶׁבִּזְמַן שֶׁהֵם בְּרֹאשׁוֹ הֵם בְּגָלוּי וּגְנַאי הַדָּבָר:
Et il tiendra les tefilin dans sa main, comme nous le disons plus loin ; dans un lieu fixe aussi il les tient dans sa main, mais il doit les ôter à une distance de quatre coudées, car tant qu'ils sont sur sa tête ils sont à découvert, et c'est un manque de respect.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הַנִּכְנָס לְבֵית הַכִּסֵּא חוֹלֵץ תְּפִילָּיו בְּרִחוּק אַרְבַּע אַמּוֹת וְנִכְנָס וּכְשֶׁהוּא יוֹצֵא מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַנִּיחָן אֵלּוּ דִּבְרֵי ב"ש וב"ה אוֹמְרִים אוֹחֲזָן בְּיָדוֹ וְנִכְנָס. ר"ע אוֹמֵר אוֹחֲזָן בְּבִגְדוֹ וְנִכְנָס. בְּבִגְדוֹ ס"ד זִימְנִין דְּמִישְׁתְּלֵי וְנוֹפְלִים אֶלָּא אוֹחֲזָן בְּבִגְדוֹ וּבְיָדוֹ וְנִכְנָס. וְלֹא יַנִּיחֵם בַּחוּרִים הַסְּמוּכִים לר"ה שֶׁמָּא יִטְּלוּ אוֹתָם עוֹבְרֵי דְרָכִים וְיָבֹא לִידֵי חֲשָׁד וּמַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד שֶׁהִנִּיחַ תְּפִילִּין בַּחוּרִים הַסִּמּוּכִין לר"ה וּבָאת זוֹנָה אַחַת וּנְטָלָתַן וְאָמְרָה רָאוּ מַה נָּתַן לִי פְּלוֹנִי בְּאֶתְנַנִּי. כֵּיוָן שֶׁשָּׁמַע אוֹתוֹ תַּלְמִיד כָּךְ עָלָה עַל הַגַּג וְנָפַל וּמֵת. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה הִתְקִינוּ שֶׁיְּהֵא אוֹחֲזָם בְּבִגְדוֹ וּבְיָדוֹ וְנִכְנַס. א"ר מִיַּאֲשָׁה בְּרֵיהּ דְּרִיבָּ"ל מִשְּׁמֵיהּ דְּרִיבָּ"ל הֲלָכָה גּוֹלְלָן כְּמִין סֵפֶר וְאוֹחֲזָן בְּיָדוֹ בְּיָמִין כְּנֶגֶד לִבּוֹ. אָמַר רַב יוֹסֵף בַּר מִנְיוֹמֵי אָמַר רַב נַחְמָן וּבִלְבַד שֶׁלֹּא תְּהֵא רְצוּעָה יוֹצְאָהּ מִתַּחַת יָדוֹ טֶפַח. אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא אָמַר ר' זֵירָא בַּיּוֹם גּוֹלְלָן כְּמִין סֵפֶר וּבַלַּיְלָה עוֹשֶׂה לָהֶם כְּמִין כִּיס טֶפַח וּמַנִּיחָן אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה ל"ש אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ שְׁהוּת בְּיוֹם כְּדֵי לְלָובְשָׁן אֲבָל אִם אֵין שְׁהוּת בַּיּוֹם כְּדֵי לְלָובְשָׁן עוֹשֶׂה לָהֶם כִּיס טֶפַח וּמַנִּיחָן אָמַר אַבָּיֵי ל"ש אֶלָּא שֶׁהִנִּיחָן בִּכְלִי שֶׁהוּא כֶּלְיָין אֲבָל בִּכְלִי שֶׁאֵינוֹ כֶּלְיָין אֲפִילּוּ פָּחוֹת מִטֶּפַח. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה כִּי הֲוָה אָזְלִינַן בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן כִּי הֲוָה בָּעֵי לְמֵיעַל לְבֵית הַכִּסֵּא כִּי הֲוָה נָקֵיט סִפְרָא דְּאַגָּדְתָּא הֲוָה יָהֵיב לַן וְכִי הֲוָה נָקֵיט כִּיסְתָּא דִּתְפִילִּין לָא הֲוָה יָהֵיב לַן אָמַר הוֹאִיל וְשֶׁרִיוָּה רַבָּנָן נְנַטְּרַן:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre au lieu d'aisance ôte ses tefilin à une distance de quatre coudées et entre, et lorsqu'il sort il s'éloigne de quatre coudées et les remet — telles sont les paroles de Beit Chamai. Beit Hillel disent : il les tient dans sa main et entre. Rabbi Akiva dit : il les tient dans son vêtement et entre. Dans son vêtement, te viendrait-il à l'esprit ? Il arrive qu'il les oublie et qu'ils tombent. Plutôt : il les tient dans son vêtement et dans sa main, et entre. Et il ne les déposera pas dans les creux attenants au domaine public, de peur que des passants ne les prennent et qu'il n'en vienne à être soupçonné. Il advint qu'un élève déposa ses tefilin dans les creux attenants au domaine public ; une prostituée vint, les prit et dit : voyez ce qu'un tel m'a donné pour salaire. Lorsque cet élève entendit cela, il monta sur le toit, tomba et mourut. À cette heure-là ils instituèrent qu'il les tienne dans son vêtement et dans sa main, et qu'il entre. Rabbi Meyacha, fils de Rabbi Yehochoua ben Levi, dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha est qu'il les roule comme un rouleau et les tient dans sa main droite, contre son cœur. Rav Yossef bar Manyoumi dit au nom de Rav Nahman : à condition que la lanière ne dépasse pas d'un tefah sous sa main. Rabbi Yaakov bar Aha dit au nom de Rabbi Zera : le jour, il les roule comme un rouleau ; la nuit, il leur fait une sorte de sacoche d'un tefah et les y dépose. Rabba bar bar Hana dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il reste assez de temps dans la journée pour les porter ; mais s'il ne reste pas assez de temps dans la journée pour les porter, il leur fait une sacoche d'un tefah et les y dépose. Abaye dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il les dépose dans un récipient qui leur est propre ; mais dans un récipient qui ne leur est pas propre, même moins d'un tefah suffit. Rabba bar bar Hana dit : quand nous marchions derrière Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il voulait entrer au lieu d'aisance et qu'il tenait un livre d'aggada, il nous le confiait ; mais lorsqu'il tenait l'étui de ses tefilin, il ne nous le confiait pas, disant : puisque les sages l'ont permis, qu'ils me gardent.
💡 Explication

La guemara passe des besoins du corps pendant la prière aux objets sacrés portés sur soi. Le partage se fait entre le bet hakisse kavoua (lieu d'aisance fixe), un endroit déjà souillé et connu comme tel, et le bet hakisse arai (lieu de fortune), un terrain propre qu'on utilise pour la première fois.

Le lieu fixe impose l'éloignement de quatre coudées avant même d'entrer ; le lieu de fortune n'exige rien à l'aller. La sortie renverse la situation : l'homme vient lui-même de rendre l'endroit souillé, et il doit alors s'en éloigner de quatre coudées avant de remettre ses tefilin.

🖼️ Schéma
Lieu fixe et lieu de fortune : le traitement n'est pas le même à l'aller et au retour Bet hakisse kavoua : lieu d'aisance fixe Aller : il ôte ses tefilin à quatre coudées, puis entre en les tenant dans sa main Retour : il s'éloigne de quatre coudées avant de les remettre Bet hakisse arai : lieu de fortune Aller : il les ôte sur place et se soulage aussitôt, sans éloignement préalable Retour : il s'éloigne de quatre coudées, car il vient d'en faire un lieu fixe
L'asymétrie s'explique par un fait simple : à l'aller le lieu de fortune est encore propre, au retour il ne l'est plus.
10
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ שֶׁיִּכָּנֵס אָדָם בִּתְפִילִּין לְבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ לְהַשְׁתִּין מַיִם? רָבִינָא שָׁרֵי, רַב אַדָּא בַּר מַתְנָא אָסַר. אָתוּ שֶׁיִּילָּוֶה לְרָבָא, אֲמַר לְהוּ: אָסוּר — חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִפָּנֶה בָּהֶן. וְאָמְרִי לָהּ, שֶׁמָּא יָפִיחַ בָּהֶן.

On leur posa la question : peut-on entrer avec ses tefilin dans un lieu d'aisance fixe pour uriner ? Ravina permettait, Rav Ada bar Matna interdisait.

Ils vinrent poser la question à Rava. Il leur dit : c'est interdit, car nous craignons qu'il n'en vienne à se soulager avec eux.

Et certains rapportent : qu'il n'émette un vent avec eux.

📜 Rachi (2)
מַהוּ שֶׁיִּכָּנֵס בִּתְפֵילָיו כְּשֶׁהֵן בְּרֹאשׁוֹ קָאָמַר:
Il parle du cas où ils sont sur sa tête.
שֶׁמָּא יִפְנֶה בָּהֶן גְּדוֹלִים:
Pour un grand besoin.
🗂️ Tossefot (1)
חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִפָּנֶה בָּהֶן וְאָסוּר וְדַוְקָא בְּבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִפָּנֶה בָּהֶן אֲבָל בְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי שֶׁאֵין רְגִילִים לִפָּנוֹת שָׁם מֻותָּר לְהַשְׁתִּין בָּהֶן וְלָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִפָּנֶה בָּהֶן וְהָא דְּתַנְיָא לְקַמָּן לֹא יַשְׁתִּין בָּהֶן אֲפִילּוּ בְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי הַייְנוּ דַּוְקָא כְּשֶׁאוֹחֲזָן בְּיָדוֹ דְּחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יְשַׁפְשֵׁף בָּהֶן הַנִּיצוֹצוֹת אִם יִפְּלוּ מַיִם עַל רַגְלָיו אוֹ יִגַּע בָּאַמָּה:
C'est précisément dans un lieu d'aisance fixe que l'on craint qu'il ne se soulage avec eux ; mais dans un lieu d'aisance de fortune, où l'on n'a pas coutume de se soulager, il lui est permis d'y uriner avec eux, et l'on ne craint pas qu'il s'y soulage. Quant à la baraita enseignée plus loin, selon laquelle il n'urinera pas avec eux même dans un lieu d'aisance de fortune, elle vise précisément le cas où il les tient dans sa main, car on craint qu'il n'essuie avec eux les éclaboussures si de l'eau tombe sur ses jambes, ou qu'il ne touche son membre.
⚖️ Rosh (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ מַהוּ שֶׁיִּכָּנֵס אָדָם בִּתְפִילִּין לְבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ וּמַשְׁתִּין בָּהֶן מַיִם מִי חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִפָּנֶה בָּהֶן אוֹ לֹא אֲבָל בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי פְּשִׁיטָא שֶׁמֻּותָּר. אֲבָל בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ מִיבַּעְיָא לֵיהּ אִי חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִפְנֶה בָּהֶם ואע"ג דְּתַנְיָא לְקַמָּן הַנִּכְנָס לְבֵית הַכִּסֵּא חוֹלֵץ תְּפִילָּיו בְּרִחוּק אַרְבַּע אַמּוֹת וְנִכְנַס לָאו מִשּׁוּם הַכְּנִיסָה צָרִיךְ לַחְלֹוץ אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו. וּמִתּוֹךְ קֻושְׁיָא זוֹ הָיָה גּוֹרֵס רַב הַאי גָּאוֹן מַהוּ שֶׁיִּכָּנֵס אָדָם לְבֵית הַכִּסֵּא צָנוּעַ פֵּירוּשׁ שֶׁסּוֹפוֹ לִהְיוֹת קָבוּעַ וְלָאו קֻושְׁיָא הִיא כִּדְפָרֵישִׁית. רָבִינָא שָׁרִי וְרַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה אָסַר. אֲתוֹ שַׁיְילוּהּ לְרָבָא אֲמַר לְהוּ אָסוּר חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יִפָּנֶה בָּהֶם:
On leur posa la question : peut-on entrer avec ses tefilin dans un lieu d'aisance fixe et y uriner ? Craignons-nous qu'il n'en vienne à se soulager avec eux, ou non ? Pour un lieu d'aisance de fortune, il est évident que cela est permis ; c'est du lieu d'aisance fixe qu'il s'est enquis, pour savoir si l'on craint qu'il ne s'y soulage avec eux. Et bien qu'il soit enseigné plus loin que celui qui entre au lieu d'aisance ôte ses tefilin à une distance de quatre coudées et entre, ce n'est pas à cause de l'entrée elle-même qu'il doit les ôter, mais parce qu'il veut y faire ses besoins. C'est en raison de cette difficulté que Rav Haï Gaon avait pour version : peut-on entrer dans un lieu d'aisance discret — c'est-à-dire un lieu destiné à devenir fixe ? Mais ce n'est pas une difficulté, ainsi que je l'ai expliqué. Ravina permettait et Rav Ada bar Ahava interdisait ; ils vinrent poser la question à Rava, qui leur dit : c'est interdit, car nous craignons qu'il n'en vienne à se soulager avec eux.
💡 Explication

Le cas est plus étroit que celui de la baraita : l'homme n'entre que pour uriner, ce qui n'exige pas d'ôter les tefilin. La question porte sur le risque créé par le lieu.

Rava tranche par une guezera (mesure préventive) : dans un endroit destiné à cet usage, l'homme risque de faire davantage que ce qu'il avait prévu. Les deux versions du motif diffèrent par le degré — se soulager réellement, ou seulement émettre un vent — mais aboutissent au même interdit.

11
תַּנְיָא אִידָךְ: הַנִּכְנָס לְבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ חוֹלֵץ תְּפִילָּיו בְּרִחוּק אַרְבַּע אַמּוֹת, וּמַנִּיחָן בַּחַלּוֹן הַסָּמוּךְ לִרְשׁוּת הָרַבִּים, וְנִכְנָס. וּכְשֶׁהוּא יוֹצֵא — מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת, וּמַנִּיחָן, דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אוֹחֲזָן בְּיָדוֹ, וְנִכְנָס. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אוֹחֲזָן בְּבִגְדוֹ, וְנִכְנָס.

Une autre baraita enseigne : celui qui entre dans un lieu d'aisance fixe ôte ses tefilin à une distance de quatre coudées, les dépose dans la fenêtre attenante au domaine public, puis entre. Et lorsqu'il sort, il s'éloigne de quatre coudées et les remet — telles sont les paroles de Beit Chamai.

Beit Hillel disent : il les tient dans sa main et entre. Rabbi Akiva dit : il les tient dans son vêtement et entre.

💡 Explication

La seconde baraita ajoute à la première le lieu de dépôt et fait apparaître trois positions. Beit Chamai séparent l'homme de ses tefilin ; Beit Hillel les lui laissent en main ; Rabbi Akiva demande une couverture supplémentaire par le vêtement.

12
בְּבִגְדוֹ סָלְקָא דַעְתָּךְ?! זִימְנִין מִישְׁתְּלֵי לְהוּ וְנָפְלִי! אֶלָּא אֵימָא: אוֹחֲזָן בְּבִגְדוֹ וּבְיָדוֹ, וְנִכְנָס.

Dans son vêtement, te viendrait-il à l'esprit ? Il arrive qu'il les oublie et qu'ils tombent !

Plutôt, dis : il les tient dans son vêtement et dans sa main, et entre.

💡 Explication

La guemara corrige la formulation de Rabbi Akiva. Des tefilin posés dans un pli de vêtement peuvent glisser sans qu'on s'en aperçoive. La position de Rabbi Akiva se lit donc comme un ajout à celle de Beit Hillel : la main tient, le vêtement couvre.

13
וּמַנִּיחָם בַּחוֹרִין הַסְּמוּכִים לְבֵית הַכִּסֵּא, וְלֹא יַנִּיחֵם בַּחוֹרִין הַסְּמוּכִים לִרְשׁוּת הָרַבִּים, שֶׁמָּא יִטְּלוּ אוֹתָם עוֹבְרֵי דְרָכִים, וְיָבֹא לִידֵי חֲשָׁד.

Et il les dépose dans les creux attenants au lieu d'aisance ; il ne les déposera pas dans les creux attenants au domaine public, de peur que des passants ne les prennent et qu'il n'en vienne à être soupçonné.

📜 Rachi (2)
בַּחוּרִים הַסְּמוּכִים לְבֵית הַכִּסֵּא לִפְנִים מִן הַגָּדֵר בַּשָּׂדֶה שֶׁהוּא נִפְנֶה בָּהּ נוֹתְנָן בַּחוּרִים שֶׁבַּכֹּותֶל:
En deçà de la clôture, dans le champ où il se soulage : il les met dans les creux du mur.
בַּחוּרִים הַסְּמוּכִים לִרְשׁוּת הָרַבִּים חוֹרֵי כָּותְלֵי מְחִיצּוֹת הַשָּׂדֶה שֶׁאֵין עַכְבָּרִים מְצֻוִּין בִּמְקוֹם הִילּוּךְ בְּנֵי אָדָם וְהוּא יִכָּנֵס לַאֲחוֹרֵי הַגָּדֵר לִפְנוֹת:
Les creux des murs de clôture du champ ; car les souris ne se trouvent pas là où passent les gens, et lui entrera derrière la clôture pour se soulager.
💡 Explication

Le texte poursuit la baraita et règle le cas où l'homme dépose tout de même ses tefilin. Le danger visé n'est plus la perte, mais le hachad (le soupçon) : des tefilin trouvés au bord de la voie publique passent en des mains inconnues et peuvent servir à déshonorer leur propriétaire.

14
וּמַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד שֶׁהִנִּיחַ תְּפִילָּיו בַּחוֹרִין הַסְּמוּכִים לִרְשׁוּת הָרַבִּים, וּבָאת זוֹנָה אַחַת, וּנְטָלָתַן, וּבָאת לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְאָמְרָה: רָאוּ מַה נָּתַן לִי פְּלוֹנִי בִּשְׂכָרִי! כֵּיוָן שֶׁשָּׁמַע אוֹתוֹ תַּלְמִיד כָּךְ, עָלָה לְרֹאשׁ הַגָּג וְנָפַל וָמֵת. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה הִתְקִינוּ שֶׁיְּהֵא אוֹחֲזָן בְּבִגְדוֹ וּבְיָדוֹ, וְנִכְנָס.

Et il advint qu'un élève déposa ses tefilin dans les creux attenants au domaine public ; une prostituée vint, les prit, se rendit à la maison d'étude et dit : voyez ce qu'un tel m'a donné pour salaire ! Lorsque cet élève entendit cela, il monta au sommet du toit, tomba et mourut.

À cette heure-là, ils instituèrent qu'il les tienne dans son vêtement et dans sa main, et qu'il entre.

💡 Explication

Le récit donne la mesure du soupçon évoqué au segment précédent. Rien dans la conduite de l'élève n'était fautif au moment où il a déposé ses tefilin ; c'est l'usage qu'un tiers en a fait qui a produit le désastre.

La takana (l'institution) qui suit ne corrige pas une faute mais ferme la possibilité même d'une telle situation, en interdisant désormais de se séparer de ses tefilin.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מַנִּיחִין תְּפִילִּין בַּחוֹרִין הַסְּמוּכִים לְבֵית הַכִּסֵּא, וּבָאִין עַכְבָּרִים וְנוֹטְלִין אוֹתָן. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ מַנִּיחִין אוֹתָן בַּחַלּוֹנוֹת הַסְּמוּכוֹת לִרְשׁוּת הָרַבִּים; וּבָאִין עוֹבְרֵי דְרָכִים וְנוֹטְלִין אוֹתָן. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהֵא אוֹחֲזָן בְּיָדוֹ וְנִכְנָס.

Nos maîtres ont enseigné : au début, on déposait les tefilin dans les creux attenants au lieu d'aisance, et des souris venaient les prendre. Ils instituèrent qu'on les dépose dans les fenêtres attenantes au domaine public ; et des passants venaient les prendre.

Ils instituèrent qu'il les tienne dans sa main et entre.

💡 Explication

Cette baraita raconte la même histoire du point de vue de l'institution. Chaque solution écarte un danger et en découvre un autre : loin des hommes, les tefilin sont exposés aux souris ; près des hommes, aux passants.

La sortie du problème consiste à renoncer au dépôt lui-même.

16
אָמַר רַבִּי מְיָאשָׁא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֲלָכָה, גּוֹלְלָן כְּמִין סֵפֶר, וְאוֹחֲזָן בִּימִינוֹ כְּנֶגֶד לִבּוֹ. אָמַר רַב יוֹסֵף בַּר מִנְיוֹמֵי אָמַר רַב נַחְמָן: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא תְּהֵא רְצוּעָה יוֹצֵאת מִתַּחַת יָדוֹ טֶפַח.

Rabbi Meyacha, fils de Rabbi Yehochoua ben Levi, dit : la halakha est qu'il les roule comme un rouleau et les tient dans sa main droite, contre son cœur. Rav Yossef bar Manyoumi dit au nom de Rav Nahman : à condition que la lanière ne sorte pas d'un tefah sous sa main.

📜 Rachi (3)
גּוֹלְלָן בִּרְצוּעוֹת שֶׁלָּהֶן:
Dans leurs lanières.
וְאוֹחֲזָן בִּימִינוֹ שֶׁלֹּא בְּבִגְדוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִפְּלוּ:
Et non dans son vêtement, afin qu'ils ne tombent pas.
שֶׁלֹּא תֵּצֵא רְצוּעָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ קְדֻושָּׁה שֶׁהֲרֵי בָּהֶן הוּא קוֹשְׁרָן וּבְקֶשֶׁר נִרְאֶה בַּעֲשִׂייָּתוֹ כְּמִין דָּלֶ"ת עַל שֵׁם אַחַת מֵאוֹתִיּוֹת שֶׁל שַׁדַּי וְהַשִּׁי"ן עָשׂוּי' בְּכָותְלֵי הַקְּצִיצָה הַחִיצוֹנָה וְהַיּוֹ"ד עֲשׂוּיָה בְּרֹאשׁ רְצוּעַת תְּפִילִּין שֶׁל יָד וּרְצוּעָה קְטַנָּה מְאֹד כָּפוּף רֹאשָׁהּ וְנִרְאֵית כְּמִין יוֹ"ד:
Car elle porte une sainteté : c'est par elle qu'il les attache, et le nœud a l'aspect d'un dalet, d'après l'une des lettres du Nom Chadaï ; le chin est formé sur les parois extérieures du boîtier, et le youd est formé à la tête de la lanière des tefilin du bras — une toute petite lanière dont l'extrémité est repliée et qui a l'aspect d'un youd.
💡 Explication

La halakha fixe la manière concrète de tenir les tefilin. Les rouler dans leurs retsouot (lanières) en fait un objet compact, tenu dans la main droite et plaqué contre le cœur, donc au-dessus de la ceinture.

La restriction de Rav Nahman porte sur ce qui dépasse : les lanières portent elles aussi une sainteté, puisque le nœud qu'elles forment dessine des lettres du Nom Chadaï. Un tefah de lanière pendante deviendrait visible et exposée.

17
אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא אָמַר רַבִּי זֵירָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ שְׁהוּת בְּיוֹם לְלָבְשָׁן, אֲבָל אֵין שְׁהוּת בְּיוֹם לְלָבְשָׁן — עוֹשֶׂה לָהֶן כְּמִין כִּיס טֶפַח, וּמַנִּיחָן.

Rabbi Yaakov bar Aha dit au nom de Rabbi Zera : on n'a enseigné cela que lorsqu'il reste assez de temps dans la journée pour les porter ; mais s'il ne reste pas assez de temps dans la journée pour les porter, il leur fait une sorte de sacoche d'un tefah et les y dépose.

📜 Rachi (1)
בַּיּוֹם כְּשֶׁהוּא חוֹלְצָן בִּשְׁבִיל בֵּית הַכִּסֵּא גּוֹלְלָן כְּמִין סֵפֶר כְּדַאֲמָרָן:
Le jour, lorsqu'il les ôte pour le lieu d'aisance, il les roule comme un rouleau, comme nous l'avons dit.
💡 Explication

La règle de la main tendue vaut tant que les tefilin doivent servir encore ce jour-là. Les tefilin ne se portent pas la nuit ; si le jour s'achève, il ne s'agit plus de les tenir un moment, mais de les ranger.

Le rangement demande alors un récipient dont l'espace intérieur mesure au moins un tefah, largeur de main.

18
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בַּיּוֹם גּוֹלְלָן כְּמִין סֵפֶר וּמַנִּיחָן בְּיָדוֹ כְּנֶגֶד לִבּוֹ, וּבַלַּיְלָה עוֹשֶׂה לָהֶן כְּמִין כִּיס טֶפַח, וּמַנִּיחָן.

Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le jour, il les roule comme un rouleau et les tient dans sa main contre son cœur ; et la nuit, il leur fait une sorte de sacoche d'un tefah et les y dépose.

📜 Rachi (2)
וּבַלַּיְלָה כְּשֶׁהוּא חוֹלְצָן בְּבֵיתוֹ עַל מְנָת לְהַצְנִיעַ עַד הַבֹּקֶר:
La nuit, lorsqu'il les ôte chez lui afin de les ranger jusqu'au matin.
עוֹשֶׂה לָהֶם כִּיס טֶפַח דַּחֲלָלוֹ טֶפַח דַּחֲשִׁיב הַכְּלִי אֹהֶל לְהַפְסִיק בֵּינָם לַקַּרְקַע:
Dont l'espace intérieur mesure un tefah, car alors le récipient est considéré comme une tente qui fait séparation entre eux et le sol.
💡 Explication

Le même partage est énoncé directement en termes de jour et de nuit. Rachi précise que la nuit visée est celle où l'homme ôte ses tefilin chez lui pour les ranger jusqu'au matin.

La mesure d'un tefah a une raison technique : un espace creux de cette dimension constitue un ohel (une tente) au sens des lois de pureté, capable de faire séparation entre les tefilin et le sol.

19
אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּכְלִי שֶׁהוּא כֶּלְיָין, אֲבָל בִּכְלִי שֶׁאֵינוֹ כֶּלְיָין, אֲפִילּוּ פָּחוֹת מִטֶּפַח.

Abaye dit : on n'a enseigné cela que pour un récipient qui leur est propre ; mais pour un récipient qui ne leur est pas propre, même moins d'un tefah [suffit].

📜 Rachi (1)
לֹא שָׁנוּ דְּבָעֵי טֶפַח אֶלָּא בִּכְלִי שֶׁהוּא כֶּלְיָין. כִּיס הֶעָשׂוּי לְצָרְכָן דְּכִלְייָן קָרוֹב לִהְיוֹת בָּטֵל אֶצְלָם הִילְכָּךְ בָּעֵינַן דָּבָר הַנִּיכָּר שֶׁיְּהֵא חוֹצֵץ בִּפְנֵיהֶם:
Qu'un tefah est requis, sinon dans un récipient qui leur est propre, c'est-à-dire une sacoche faite pour leur usage : puisqu'elle leur est propre, elle est proche d'être annulée à leur égard ; aussi exige-t-on quelque chose de bien marqué, qui fasse écran devant eux.
💡 Explication

Abaye distingue deux sortes de contenants. Une sacoche fabriquée pour les tefilin leur est entièrement subordonnée : elle risque d'être batel (annulée) à leur égard et de cesser d'être perçue comme une séparation. Il faut alors une dimension marquée, un tefah.

Un récipient quelconque garde son existence propre et fait écran par lui-même, quelle que soit sa taille.

20
אָמַר מַר זוּטְרָא, וְאִיתֵּימָא רַב אַשִּׁי: תֵּדַע שֶׁהֲרֵי פַּכִּין קְטַנִּים מַצִּילִין בְּאֹהֶל הַמֵּת.

Mar Zoutra, et certains disent Rav Achi, dit : sache-le, puisque de petites fioles protègent sous la tente d'un mort.

📜 Rachi (1)
שֶׁהֲרֵי פַּכִּין קְטַנִּים מַצִּילִין בְּהֶיקֵּף צָמִיד פָּתִיל בְּאֹהֶל הַמֵּת וְאַף עַל גַּב דְּלָא הֲווֹ טֶפַח חָיְיצִי:
Par un couvercle hermétiquement scellé, sous la tente d'un mort ; et bien qu'elles n'aient pas un tefah, elles font écran.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהֲרֵי פַּכִּין קְטַנִּים מַצִּילִין בְּאֹהֶל הַמֵּת וְעַל כָּרְחֲךָ מִטַּעַם אֲוִיר הוּא דְּאִי לֵית בְּהוּ אֲוִיר כְּלָל לֹא הָיוּ מַצִּילִין דְּהָוֵי כְּמוֹ אֳוכָלִין שֶׁגְּבָלָן בְּטִיט שֶׁמְּקַבְּלִין טֻומְאָה בְּאֹהֶל הַמֵּת:
Ce doit nécessairement être en raison de l'espace d'air ; car s'il n'y avait en elles aucun espace d'air, elles ne protégeraient pas, et ce serait comme des aliments pétris dans de l'argile, qui contractent l'impureté sous la tente d'un mort.
💡 Explication

La preuve vient des lois de touma (impureté). Sous le toit qui abrite un cadavre, tout ce qui s'y trouve devient impur ; seul un récipient de terre fermé d'un tsamid patil (couvercle scellé) préserve son contenu.

Ces fioles n'ont pas un tefah, et pourtant elles font écran. Abaye en tire que la mesure d'un tefah n'est pas une exigence générale : elle ne vaut que là où le contenant risque d'être annulé à l'égard de son contenu.

🖼️ Schéma
Quand faut-il un tefah ? La distinction d'Abaye et sa preuve Récipient qui leur est propre Sacoche faite pour les tefilin Elle est proche d'être annulée à leur égard, donc de ne plus rien séparer Un tefah est exigé Récipient qui ne leur est pas propre Un contenant quelconque Il garde son existence propre et fait écran par lui-même Moins d'un tefah suffit La preuve de Mar Zoutra De petites fioles fermées d'un couvercle scellé sauvent leur contenu sous la tente d'un mort, sans atteindre un tefah.
La mesure d'un tefah ne mesure pas l'épaisseur d'une séparation : elle compense le risque qu'un contenant dédié soit annulé à l'égard de ce qu'il contient.
21
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: כִּי הֲוָה אָזְלִינַן בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, כִּי הֲוָה בָּעֵי לְמֵיעַל לְבֵית הַכִּסֵּא כִּי הֲוָה נָקֵיט סִפְרָא דְּאַגַּדְתָּא — הֲוָה יָהֵיב לָן, כִּי הֲוָה נָקֵיט תְּפִילִּין — לָא הֲוָה יָהֵיב לַן, אֲמַר: הוֹאִיל וְשֶׁרוֹנֵהוּ רַבָּנָן —

Rabba bar bar Hana dit : quand nous marchions derrière Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il voulait entrer au lieu d'aisance et qu'il tenait un livre d'aggada, il nous le confiait ; mais lorsqu'il tenait des tefilin, il ne nous les confiait pas. Il disait : puisque les sages l'ont permis —

📜 Rachi (1)
אָמַר הוֹאִיל וּשְׁרוֹנְהוּ רַבָּנַן לְאָוחְזָן בְּיָדוֹ מִשּׁוּם שְׁמִירָתָן:
De les tenir dans sa main, afin qu'ils soient gardés.
💡 Explication

Le folio se clôt sur une conduite de maître plutôt que sur une règle. Rabbi Yo'hanan confie son livre à ses élèves, mais garde ses tefilin sur lui jusque dans le lieu d'aisance.

Sa raison, que Rachi complète, tient en peu de mots : du moment que les sages ont permis de les tenir en main précisément pour qu'ils soient gardés, cette garde lui revient à lui. La phrase reste suspendue et s'achève au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).