Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du débat entre Rav Hisda et Rav Hamnouna : celui qui a dû s'interrompre en pleine amida reprend-il au début ou à l'endroit où il s'est arrêté ? Rav Achi écarte la lecture qui ferait porter le désaccord sur la durée de l'interruption et le déplace vers le statut de l'homme lui-même : était-il écarté de la prière, ou apte à prier ?
De là, la guemara passe à la baraita qui déclare abominable la prière de celui qui a besoin de se soulager, en fixe la mesure à une parsa, et l'appuie sur deux versets, celui d'Amos et celui de Kohelet. Le verset de Kohelet ouvre une digression sur le sacrifice apporté sans techouva.
La seconde moitié du daf est entièrement consacrée aux tefilin devant le lieu d'aisance : où les poser, comment les tenir, la controverse de Beit Chamai, Beit Hillel et Rabbi Akiva, l'histoire de l'élève et de la prostituée qui a fixé l'usage, puis les mesures pratiques de rangement, jusqu'à Rabbi Yo'hanan qui refuse de confier ses tefilin à ses disciples.
L'un des maîtres tient : s'il s'est interrompu le temps qu'il faut pour achever toute [la prière] — il reprend au début. Et l'autre maître tient : [il reprend] à l'endroit où il s'est arrêté.
Ces deux lignes closent une discussion ouverte au folio précédent : un homme se tient en amida et de l'urine se met à couler sur ses genoux. Il attend que cela cesse, puis reprend. La question est : où reprend-il ?
La guemara propose ici de ramener le désaccord de Rav Hisda et de Rav Hamnouna à une règle générale et connue, celle du chehiya (l'interruption prolongée) : celui qui s'interrompt assez longtemps pour avoir pu achever tout le texte reprend au début. Selon cette lecture, l'un des deux maîtres accepte cette règle, l'autre la refuse.
Rav Achi dit : ce « s'il s'est interrompu », c'est « s'il ne s'est pas interrompu » qu'il aurait fallu poser ! Plutôt : tous s'accordent que s'il s'est interrompu le temps d'achever toute [la prière], il reprend au début ; et là, leur désaccord porte sur le cas où il ne s'est pas interrompu [aussi longtemps].
L'un des maîtres tient que l'homme est un homme écarté, qu'il n'était pas apte, et que sa prière n'est pas une prière. Et l'autre maître tient que l'homme était un homme apte, et que sa prière est une prière.
Rav Achi lit la formulation de la discussion. Si le désaccord avait porté sur la durée de l'interruption, les deux maîtres auraient parlé de « s'il s'est interrompu » et « s'il ne s'est pas interrompu ». Comme aucun des deux n'a introduit cette distinction, ils parlent d'un cas où l'interruption a été brève.
Le désaccord se déplace alors du temps vers la personne. Un homme qui commence son amida en ayant déjà besoin de se soulager est-il un guevra dehouya (un homme écarté, inapte dès le départ) ou un guevra hazya (un homme apte) ? Si l'homme était écarté, ce qu'il a prié n'a jamais eu de valeur et il reprend tout ; s'il était apte, la portion déjà dite reste acquise et il reprend à l'endroit interrompu.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui a besoin de se soulager ne doit pas prier ; et s'il a prié, sa prière est une abomination. Rav Zevid, et certains disent Rav Yehouda, dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il ne peut pas se retenir ; mais s'il peut se retenir, sa prière est une prière.
La baraita emploie un mot très dur, toeva (abomination) : le terme sert d'ordinaire pour un sacrifice offert avec une intention mauvaise. Un homme pressé par son corps ne peut pas se tenir devant Hachem.
L'amora restreint la portée de la baraita. Elle vise l'homme qui ne parvient plus à se retenir. Celui qui peut encore se dominer garde une prière valable, même s'il aurait mieux fait de se soulager d'abord.
Et jusqu'à quelle mesure ? Rav Chechet dit : jusqu'à une parsa.
Certains rapportent cet enseignement sur la baraita elle-même : de quoi parle-t-on ? Du cas où il ne peut pas se dominer ; mais s'il peut se dominer, sa prière est une prière.
Et jusqu'à quelle mesure ? Rav Zevid dit : jusqu'à une parsa.
La parsa est une mesure de distance qui vaut quatre milles, et que le Talmud convertit ici en durée de marche. Se retenir « jusqu'à une parsa » signifie donc être capable de tenir le temps qu'il faudrait pour parcourir cette distance.
La guemara signale ensuite une divergence de transmission : selon la première version, la restriction et la mesure sont un enseignement d'amoraim ajouté à la baraita ; selon la seconde, la restriction figure déjà dans la baraita elle-même, et les amoraim n'ont apporté que le chiffre. Le contenu ne change pas, seul son rang change.
Rabbi Chemouel bar Nahmani dit au nom de Rabbi Yonatan : celui qui a besoin de se soulager ne doit pas prier, car il est dit : « prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël ».
Le verset d'Amos (4, 12) fournit la source scripturaire de la baraita. La hakhana (la préparation) exigée avant de se tenir devant Hachem comprend l'état du corps.
Et Rabbi Chemouel bar Nahmani dit au nom de Rabbi Yonatan : que signifie ce qui est écrit « garde ton pied lorsque tu vas à la maison de D.ieu » ? Garde-toi de fauter ; et si tu as fauté, apporte un sacrifice devant Moi.
« Et approche-toi pour écouter les paroles des sages » — Rava dit : sois proche pour écouter les paroles des sages, qui, s'ils fautent, apportent un sacrifice et font techouva. « Plutôt que le don d'un sacrifice par les sots » — ne sois pas comme les sots, qui fautent et apportent un sacrifice sans faire techouva.
Le verset de Kohelet (4, 17) est lu mot à mot. « Garde ton pied » devient un avertissement de ne pas fauter, afin de n'avoir pas à se rendre au Temple pour un sacrifice expiatoire. La suite du verset sépare deux façons d'apporter un sacrifice.
Le sage qui a fauté apporte son sacrifice et fait techouva : le rite accompagne un travail intérieur. Le sot apporte le même sacrifice sans rien changer en lui. Le verset déclare le premier préférable au second.
« Car ils ne savent pas faire le mal » — s'il en est ainsi, ce sont des justes ! Plutôt : ne sois pas comme les sots, qui fautent et apportent un sacrifice sans savoir s'ils l'apportent pour le bien ou s'ils l'apportent pour le mal.
Le Saint, béni soit-Il, dit : entre le bien et le mal ils ne distinguent pas, et ils apporteraient un sacrifice devant Moi ?!
La fin du verset, prise à la lettre, dirait des sots qu'ils ignorent comment faire le mal, ce qui en ferait des justes. La guemara relit donc la phrase : leur ignorance porte sur le sens de leur propre sacrifice.
Un sacrifice se comprend de deux façons opposées : action de grâce pour un bien reçu, ou expiation d'une faute commise. Le sot apporte sa bête sans savoir dans laquelle des deux situations il se trouve, faute d'avoir examiné ses actes.
Rav Achi, et certains disent Rabbi Hanina bar Papa, dit : garde tes orifices à l'heure où tu te tiens en prière devant Moi.
La lecture revient au point de départ. Le mot reguel (pied) du verset de Kohelet est entendu au sens pudique qu'il porte ailleurs dans l'Écriture, et l'avertissement « garde ton pied » devient une exigence concrète : maîtriser son corps avant de se tenir en prière.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre au lieu d'aisance ôte ses tefilin à une distance de quatre coudées, puis entre. Rav Aha bar Rav Houna dit au nom de Rav Chechet : on n'a enseigné cela que pour un lieu d'aisance fixe ; mais pour un lieu d'aisance de fortune, il les ôte et se soulage aussitôt.
Et lorsqu'il en sort, il s'éloigne de quatre coudées et les remet, parce qu'il en a fait un lieu d'aisance fixe.
La guemara passe des besoins du corps pendant la prière aux objets sacrés portés sur soi. Le partage se fait entre le bet hakisse kavoua (lieu d'aisance fixe), un endroit déjà souillé et connu comme tel, et le bet hakisse arai (lieu de fortune), un terrain propre qu'on utilise pour la première fois.
Le lieu fixe impose l'éloignement de quatre coudées avant même d'entrer ; le lieu de fortune n'exige rien à l'aller. La sortie renverse la situation : l'homme vient lui-même de rendre l'endroit souillé, et il doit alors s'en éloigner de quatre coudées avant de remettre ses tefilin.
On leur posa la question : peut-on entrer avec ses tefilin dans un lieu d'aisance fixe pour uriner ? Ravina permettait, Rav Ada bar Matna interdisait.
Ils vinrent poser la question à Rava. Il leur dit : c'est interdit, car nous craignons qu'il n'en vienne à se soulager avec eux.
Et certains rapportent : qu'il n'émette un vent avec eux.
Le cas est plus étroit que celui de la baraita : l'homme n'entre que pour uriner, ce qui n'exige pas d'ôter les tefilin. La question porte sur le risque créé par le lieu.
Rava tranche par une guezera (mesure préventive) : dans un endroit destiné à cet usage, l'homme risque de faire davantage que ce qu'il avait prévu. Les deux versions du motif diffèrent par le degré — se soulager réellement, ou seulement émettre un vent — mais aboutissent au même interdit.
Une autre baraita enseigne : celui qui entre dans un lieu d'aisance fixe ôte ses tefilin à une distance de quatre coudées, les dépose dans la fenêtre attenante au domaine public, puis entre. Et lorsqu'il sort, il s'éloigne de quatre coudées et les remet — telles sont les paroles de Beit Chamai.
Beit Hillel disent : il les tient dans sa main et entre. Rabbi Akiva dit : il les tient dans son vêtement et entre.
La seconde baraita ajoute à la première le lieu de dépôt et fait apparaître trois positions. Beit Chamai séparent l'homme de ses tefilin ; Beit Hillel les lui laissent en main ; Rabbi Akiva demande une couverture supplémentaire par le vêtement.
Dans son vêtement, te viendrait-il à l'esprit ? Il arrive qu'il les oublie et qu'ils tombent !
Plutôt, dis : il les tient dans son vêtement et dans sa main, et entre.
La guemara corrige la formulation de Rabbi Akiva. Des tefilin posés dans un pli de vêtement peuvent glisser sans qu'on s'en aperçoive. La position de Rabbi Akiva se lit donc comme un ajout à celle de Beit Hillel : la main tient, le vêtement couvre.
Et il les dépose dans les creux attenants au lieu d'aisance ; il ne les déposera pas dans les creux attenants au domaine public, de peur que des passants ne les prennent et qu'il n'en vienne à être soupçonné.
Le texte poursuit la baraita et règle le cas où l'homme dépose tout de même ses tefilin. Le danger visé n'est plus la perte, mais le hachad (le soupçon) : des tefilin trouvés au bord de la voie publique passent en des mains inconnues et peuvent servir à déshonorer leur propriétaire.
Et il advint qu'un élève déposa ses tefilin dans les creux attenants au domaine public ; une prostituée vint, les prit, se rendit à la maison d'étude et dit : voyez ce qu'un tel m'a donné pour salaire ! Lorsque cet élève entendit cela, il monta au sommet du toit, tomba et mourut.
À cette heure-là, ils instituèrent qu'il les tienne dans son vêtement et dans sa main, et qu'il entre.
Le récit donne la mesure du soupçon évoqué au segment précédent. Rien dans la conduite de l'élève n'était fautif au moment où il a déposé ses tefilin ; c'est l'usage qu'un tiers en a fait qui a produit le désastre.
La takana (l'institution) qui suit ne corrige pas une faute mais ferme la possibilité même d'une telle situation, en interdisant désormais de se séparer de ses tefilin.
Nos maîtres ont enseigné : au début, on déposait les tefilin dans les creux attenants au lieu d'aisance, et des souris venaient les prendre. Ils instituèrent qu'on les dépose dans les fenêtres attenantes au domaine public ; et des passants venaient les prendre.
Ils instituèrent qu'il les tienne dans sa main et entre.
Cette baraita raconte la même histoire du point de vue de l'institution. Chaque solution écarte un danger et en découvre un autre : loin des hommes, les tefilin sont exposés aux souris ; près des hommes, aux passants.
La sortie du problème consiste à renoncer au dépôt lui-même.
Rabbi Meyacha, fils de Rabbi Yehochoua ben Levi, dit : la halakha est qu'il les roule comme un rouleau et les tient dans sa main droite, contre son cœur. Rav Yossef bar Manyoumi dit au nom de Rav Nahman : à condition que la lanière ne sorte pas d'un tefah sous sa main.
La halakha fixe la manière concrète de tenir les tefilin. Les rouler dans leurs retsouot (lanières) en fait un objet compact, tenu dans la main droite et plaqué contre le cœur, donc au-dessus de la ceinture.
La restriction de Rav Nahman porte sur ce qui dépasse : les lanières portent elles aussi une sainteté, puisque le nœud qu'elles forment dessine des lettres du Nom Chadaï. Un tefah de lanière pendante deviendrait visible et exposée.
Rabbi Yaakov bar Aha dit au nom de Rabbi Zera : on n'a enseigné cela que lorsqu'il reste assez de temps dans la journée pour les porter ; mais s'il ne reste pas assez de temps dans la journée pour les porter, il leur fait une sorte de sacoche d'un tefah et les y dépose.
La règle de la main tendue vaut tant que les tefilin doivent servir encore ce jour-là. Les tefilin ne se portent pas la nuit ; si le jour s'achève, il ne s'agit plus de les tenir un moment, mais de les ranger.
Le rangement demande alors un récipient dont l'espace intérieur mesure au moins un tefah, largeur de main.
Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le jour, il les roule comme un rouleau et les tient dans sa main contre son cœur ; et la nuit, il leur fait une sorte de sacoche d'un tefah et les y dépose.
Le même partage est énoncé directement en termes de jour et de nuit. Rachi précise que la nuit visée est celle où l'homme ôte ses tefilin chez lui pour les ranger jusqu'au matin.
La mesure d'un tefah a une raison technique : un espace creux de cette dimension constitue un ohel (une tente) au sens des lois de pureté, capable de faire séparation entre les tefilin et le sol.
Abaye dit : on n'a enseigné cela que pour un récipient qui leur est propre ; mais pour un récipient qui ne leur est pas propre, même moins d'un tefah [suffit].
Abaye distingue deux sortes de contenants. Une sacoche fabriquée pour les tefilin leur est entièrement subordonnée : elle risque d'être batel (annulée) à leur égard et de cesser d'être perçue comme une séparation. Il faut alors une dimension marquée, un tefah.
Un récipient quelconque garde son existence propre et fait écran par lui-même, quelle que soit sa taille.
Mar Zoutra, et certains disent Rav Achi, dit : sache-le, puisque de petites fioles protègent sous la tente d'un mort.
La preuve vient des lois de touma (impureté). Sous le toit qui abrite un cadavre, tout ce qui s'y trouve devient impur ; seul un récipient de terre fermé d'un tsamid patil (couvercle scellé) préserve son contenu.
Ces fioles n'ont pas un tefah, et pourtant elles font écran. Abaye en tire que la mesure d'un tefah n'est pas une exigence générale : elle ne vaut que là où le contenant risque d'être annulé à l'égard de son contenu.
Rabba bar bar Hana dit : quand nous marchions derrière Rabbi Yo'hanan, lorsqu'il voulait entrer au lieu d'aisance et qu'il tenait un livre d'aggada, il nous le confiait ; mais lorsqu'il tenait des tefilin, il ne nous les confiait pas. Il disait : puisque les sages l'ont permis —
Le folio se clôt sur une conduite de maître plutôt que sur une règle. Rabbi Yo'hanan confie son livre à ses élèves, mais garde ses tefilin sur lui jusque dans le lieu d'aisance.
Sa raison, que Rachi complète, tient en peu de mots : du moment que les sages ont permis de les tenir en main précisément pour qu'ils soient gardés, cette garde lui revient à lui. La phrase reste suspendue et s'achève au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).