Berakhot 23b — Tenir les tefilin en main : lieu d'aisance fixe et lieu de fortune, le repas, le foulard désigné, et les tefilin sous le chevet

Berakhot 23b

Sougya : Le folio poursuit le traitement des tefilin hors du temps de leur port. Il s'ouvre sur Rav Nahman qui garde ses tefilin sur lui pour la protection qu'elles procurent, puis sur une baraita qui interdit de prier en tenant des tefilin ou un sefer Torah, d'uriner avec eux en main et de dormir avec eux.

Rava au nom de Rav Chechet écarte cette baraita comme suivant Beth Chammai ; une objection tirée de la formule des choses que je t'ai permises ici, je te les ai interdites là occupe le cœur du folio. La guemara tente d'abord de rapporter cette formule au découvrement d'un tefah et de deux tefahim, distinction entre l'homme et la femme, puis abandonne cette lecture et la ramène aux tefilin, ce qui réfute Rav Chechet.

La difficulté du kal va-homer se résout par les éclaboussures : le lieu d'aisance fixe en est exempt, le lieu de fortune non. Suivent trois sujets brefs : la préparation avant un repas établi et le sort des tefilin pendant ce repas, le foulard désigné pour y nouer les tefilin avec la question de la hazmana, et enfin les tefilin placées sous le chevet pendant la nuit, où Rava maintient la halakha de Chemouel malgré la réfutation.

Le fil du folio : une baraita écartée, puis rétablie La baraita de départ Il ne priera pas en tenant des tefilin, n'urinera pas avec elles, ne dormira pas avec elles. Rava au nom de Rav Chechet La halakha ne suit pas cette baraita : elle vient de Beth Chammai, qui ne permet rien. Objection tirée d'une autre baraita Les choses que je t'ai permises ici, je te les ai interdites là. Chez Beth Chammai, rien n'a été permis. Lecture écartée La formule porte sur le tefah et les deux tefahim, donc sur l'homme et la femme. Elle tombe : la suite parle d'un kal va-homer sans réponse, et il n'y a là aucun kal va-homer. Lecture retenue La formule porte sur les tefilin, selon Beth Hillel : permises au lieu fixe, interdites au lieu de fortune. Conséquence : Rav Chechet est réfuté, la baraita est bien celle de Beth Hillel. La difficulté restante et sa réponse Pourquoi le lieu fixe est-il plus permissif ? À cause des éclaboussures, absentes là et présentes ici. La règle s'établit par la raison, et le kal va-homer se trouve ainsi neutralisé.
Le folio avance par élimination : une lecture de la baraita est proposée, mise à l'épreuve par la mention du kal va-homer, puis remplacée.
Lieu d'aisance fixe et lieu de fortune : pourquoi la rigueur s'inverse Le lieu fixe est objectivement plus grave, et pourtant c'est là que tenir les tefilin est permis. Lieu d'aisance fixe (kavoua) Un lieu aménagé, où l'on va pour les besoins majeurs. On s'y assied : l'urine s'écoule entièrement. Pas d'éclaboussures sur les jambes. Rien à frotter, donc la main reste libre. Il les tient en main et entre : permis Lieu d'aisance de fortune (arai) Un endroit quelconque, où l'on urine cette fois-ci. On y est debout : l'écoulement reste incomplet. Des éclaboussures atteignent les jambes. Il faut frotter, et la main droite est prise. Il les tient en main : interdit Ce que la baraita voulait dire par kal va-homer sans réponse Établis cette règle par la raison des éclaboussures. Si tu voulais l'établir par un kal va-homer allant du léger au grave, l'argument serait imparable et te conduirait à l'inverse de la halakha.
Un détail matériel, la propreté de la main droite, commande une règle que la logique du léger et du grave aurait renversée.
Le foulard à tefilin : désigner, ou bien s'en servir Hazmana = désignation par la parole ou l'intention. Tsar beh = il y a effectivement noué les tefilin. Il l'a désigné seulement Il s'en est servi seulement Rav Hisda La halakha retenue Permis d'y nouer l'argent La désignation seule ne suffit pas. Permis d'y nouer l'argent L'usage seul ne suffit pas. Les deux : interdit Abaye La hazmana a une valeur Déjà interdit La désignation opère à elle seule. Permis d'y nouer l'argent Sans désignation, l'usage n'attache rien. Les deux : interdit Le point de désaccord et sa portée Une seule case sépare les deux avis : le foulard désigné mais jamais utilisé. Le Roch tranche comme Rav Hisda, en s'appuyant sur Rava contre Abaye dans Sanhédrin, a propos du vêtement tissé pour un mort.
La question dépasse le foulard : un objet est-il saisi par la seule intention qu'on lui destiné, ou faut-il qu'il ait servi ?
1
נִינַטְּרַן. אָמַר רָבָא: כִּי הֲוָה אָזְלִינַן בָּתְרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן, כִּי הֲוָה נָקֵיט סִפְרָא דְּאַגַּדְתָּא — יָהֵיב לָן, כִּי הֲוָה נָקֵיט תְּפִילִּין — לָא יָהֵיב לָן, אֲמַר: הוֹאִיל וְשֶׁרוֹנֵהוּ רַבָּנָן, נִינַטְּרַן.

qu'ils me protègent. Rava a dit : quand nous marchions derrière Rav Nahman, lorsqu'il tenait un livre d'aggada, il nous le confiait ; lorsqu'il tenait des tefilin, il ne nous les confiait pas.

Il disait : puisque les Sages l'ont permis, qu'ils me protègent.

📜 Rachi (1)
נְנַטְּרַן יִשְׁמְרוּנִי אַכְנִיסֵם עִמִּי וְיִשְׁמְרוּנִי מִן הַמַּזִּיקִין:
Ils me garderont — je les ferai entrer avec moi et elles me protégeront des esprits nuisibles.
💡 Explication

La fin de la phrase du folio précédent donne la raison du comportement de Rav Nahman. Il aurait pu remettre ses tefilin à un élève, ce qui l'aurait dispensé de les tenir. Il les gardait tout de même, parce que la permission des Sages de les porter en main lui laissait le bénéfice de leur protection.

Le contraste avec le livre d'aggada éclaire le point : ce livre, il le confiait sans hésiter. Seules les tefilin restaient sur lui.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: לֹא יֹאחַז אָדָם תְּפִילִּין בְּיָדוֹ וְסֵפֶר תּוֹרָה בִּזְרוֹעוֹ וְיִתְפַּלֵּל. וְלֹא יַשְׁתִּין בָּהֶן מַיִם, וְלֹא יִישַׁן בָּהֶן לֹא שֵׁינַת קֶבַע וְלֹא שֵׁינַת עֲרַאי. אָמַר שְׁמוּאֵל: סַכִּין וּמָעוֹת וּקְעָרָה וְכִכָּר, הֲרֵי אֵלּוּ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן.

Nos maîtres ont enseigné : un homme ne tiendra pas des tefilin dans sa main ni un sefer Torah dans son bras pour prier. Il n'urinera pas avec eux, et il ne dormira pas avec eux, ni d'un sommeil régulier (chinat keva) ni d'un sommeil passager (chinat arai).

Chemouel a dit : un couteau, de l'argent, une écuelle et un pain, ceux-là sont pareils à eux.

📜 Rachi (3)
לֹא יֶאֱחֹוז בְּיָדוֹ וְכוּ' וְיִתְפַּלֵּל שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו בִּתְפִלָּה שֶׁהֲרֵי לִבּוֹ תָּמִיד עֲלֵיהֶן שֶׁלֹּא יִפְּלוּ מִיָּדוֹ:
Il ne tiendra pas dans sa main, etc., et priera — car son esprit ne se pose pas sur la prière, puisque son cœur est constamment sur eux, de peur qu'ils ne tombent de sa main.
וְלֹא יִישַׁן בָּהֶן שֶׁמָּא יָפִיחַ:
Et il ne dormira pas avec eux — de peur qu'il n'émette un vent.
הֲרֵי אֵלּוּ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן לְעִנְיַן תְּפִלָּה שֶׁדּוֹאֵג עֲלֵיהֶן שֶׁלֹּא תִּפֹּול הַסַּכִּין וְתַזִּיקֶנּוּ וְהַקְּעָרָה תִּשָּׁפֵךְ וְהַמָּעוֹת יֹאבְדוּ וְהַכִּכָּר יְטַנֵּף:
Ceux-là sont pareils à eux — pour ce qui touche à la prière, car il s'inquiète à leur sujet : que le couteau ne tombe et ne le blesse, que l'écuelle ne se renverse, que l'argent ne se perde, que le pain ne se salisse.
⚖️ Rosh (1)
תָּנוּ רַבָּנַן לֹא יֹאחַז אָדָם תְּפִילִּין בְּיָדוֹ וס"ת בִּזְרוֹעוֹ וְיִתְפַּלֵּל וְלֹא יַשְׁתִּין בָּהֶם מַיִם וְלֹא יִישַׁן בָּהֶן לֹא שֵׁינַת קֶבַע וְלֹא שֵׁינַת עֲרַאי כִּדְאָמַר בְּסֻוכָּה דַּף כו. אֲבָל כְּשֶׁהֵן בְּרֹאשׁוֹ מֻותָּר לְהַשְׁתִּין בָּהֶן בְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי וְגַם מֻותָּר לִישֹׁן בָּהֶן שִׁינַת עֲרַאי כִּדְאָמַר בְּסֻוכָּה הַנִּכְנָס לִישַׁן בַּיּוֹם רָצָה חוֹלֵץ רָצָה מַנִּיחַ. וא"ת הֵיאַךְ שִׁינַת עֲרַאי מֻותָּר וַהֲלֹא אָסוּר לְהַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מֵהֶם וּבְשָׁעָה שֶׁמִּתְנַמְנֵם נִמְצָא שֶׁמַּסִּיחַ דַּעְתּוֹ מֵהֶם. וְהָיָה אוֹמֵר ר' יוֹנָה זַ"ל מִתּוֹךְ דִּבְרֵי רַבִּי' מֹשֶׁה זַ"ל מָצָאנוּ תֵּירוּץ לְדָבָר זֶה דְּוַדַּאי הֶיסַּח הַדַּעַת לָא הָוֵי אֶלָּא כְּשֶׁעוֹמֵד בְּקַלּוּת רֹאשׁ וּבִשְׂחוֹק אֲבָל כְּשֶׁעוֹמֵד בְּיִרְאָה וּמִתְעַסֵּק בִּצְרָכָיו אע"פ שֶׁעוֹסֵק בִּמְלַאכְתּוֹ וְאוֹמַנְתּוֹ וְאֵין דַּעְתּוֹ עֲלֵיהֶן מַמָּשׁ אֵין זֶה נִקְרָא הֶיסַּח הַדַּעַת דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי אֵיךְ יוּכַל אָדָם לְהָנֵית תְּפִילִּין כָּל הַיּוֹם. וְכֵן נָמֵי כְּשֶׁנִּתְנַמְנֵם אֵין כָּאן הֶיסַּח הַדַּעַת כִּי הוּא שׁוֹכֵחַ הַבְלֵי הָעוֹלָם וְאֵין כָּאן קַלּוּת רֹאשׁ. אָמַר שְׁמוּאֵל מָעוֹת וְסַכִּין וּקְעָרָה וְכִכָּר הֲרֵי אֵלּוּ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן. ואע"ג דְּשָׁרוּ בְּבֵית הַכִּסֵּא קֶבַע כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל אוֹחֲזָן בְּבִגְדוֹ וּבְיָדוֹ וְנִכְנָס לְבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי אָסוּר מ"ט בֵּית הַכִּסֵּא קֶבַע לֵיכָּא נִיצוֹצוֹת לְפִיכָךְ שָׁרִי. בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי אִיכָּא נִיצוֹצוֹת וּלְפִיכָךְ אָסוּר אֲפִילּוּ לְאָוחְזָן בְּבִגְדוֹ וּלְהַשְׁתִּין. וא"ת הֵיאַךְ אֶפְשָׁר בְּבֵית הַכִּסֵּא דְּלֵיכָּא נִיצוֹצוֹת וַהֲלֹא אִי אֶפְשָׁר לִגְדוֹלִים בְּלֹא קְטַנִּים. וי"ל דִּבְבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ עוֹשֶׂה צְרָכָיו מְיֻושָּׁב וְכָלִין מֵי רַגְלַיִם וְלֵיכָּא נִיצוֹצוֹת אֲבָל כְּשֶׁמַּשְׁתִּין מְעֻומָּד אֵינָן כָּלִין וְאִיכָּא נִיצוֹצוֹת וּמִצְוָה לְשַׁפְשֵׁף כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵרָאֶה כִּכָּרוֹת שָׁפְכָה וְיוֹצִיא לַעַז עַל בָּנָיו:
Nos maîtres ont enseigné : un homme ne tiendra pas des tefilin dans sa main ni un sefer Torah dans son bras pour prier ; il n'urinera pas avec eux et ne dormira pas avec eux, ni d'un sommeil régulier ni d'un sommeil passager, comme il est dit dans Souka 26a. Mais lorsqu'elles sont sur sa tête, il lui est permis d'uriner avec elles dans un lieu d'aisance de fortune, et il lui est aussi permis de dormir avec elles d'un sommeil passager, comme il est dit dans Souka : celui qui entre pour dormir de jour, s'il le veut il les retire, s'il le veut il les garde. Et si tu objectes : comment un sommeil passager serait-il permis, alors qu'il est interdit de détourner son esprit d'elles (hesseh ha-daat), et qu'au moment où il somnole il s'en trouve détourné ? Rabbenou Yona, de mémoire bénie, disait qu'à partir des paroles de Rabbenou Moche, de mémoire bénie, nous avons trouvé une réponse à cela : le détournement de l'esprit ne se produit que lorsqu'un homme se tient dans la légèreté et le rire. Mais lorsqu'il se tient dans la crainte et s'occupe de ses affaires, même absorbé par son travail et son métier, sans avoir vraiment l'esprit sur elles, cela ne s'appelle pas détournement de l'esprit ; car si tu ne disais pas ainsi, comment un homme pourrait-il porter les tefilin toute la journée ? De même lorsqu'il somnole, il n'y a là aucun détournement de l'esprit, car il oublie les vanités du monde et il n'y a là aucune légèreté. Chemouel a dit : de l'argent, un couteau, une écuelle et un pain, ceux-là sont pareils à eux. Et bien qu'on ait permis, pour le lieu d'aisance fixé, comme nous l'avons dit plus haut, de les tenir dans son vêtement et dans sa main et d'entrer, dans un lieu d'aisance de fortune c'est interdit. Quelle en est la raison ? Dans le lieu d'aisance fixé il n'y a pas d'éclaboussures, c'est pourquoi c'est permis ; dans le lieu de fortune il y a des éclaboussures, et c'est pourquoi il est interdit même de les tenir dans son vêtement pour uriner. Et si tu objectes : comment un lieu d'aisance pourrait-il être sans éclaboussures, puisque les besoins majeurs ne vont pas sans les besoins mineurs ? On peut répondre que dans un lieu d'aisance fixé il fait ses besoins assis, l'urine s'écoule jusqu'à son terme et il n'y a pas d'éclaboussures ; mais lorsqu'il urine debout, l'écoulement reste incomplet et il y a des éclaboussures. C'est alors une mitsva de frotter, afin qu'on ne le croie pas atteint de kerout chofkha et qu'un soupçon ne soit pas jeté sur ses enfants.
💡 Explication

La baraita réunit trois interdits distincts qui tiennent tous à la même cause : l'objet tenu en main occupe l'esprit. Pour la prière, cette occupation empêche la concentration ; Rachi précise que le cœur reste fixé sur la crainte de laisser tomber l'objet.

L'apport de Chemouel élargit la règle au-delà des objets sacrés. Un couteau, des pièces, une écuelle, un pain : chacun porte son propre souci, et cela suffit à rendre la prière impossible dans les règles.

3
אָמַר רָבָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא, דְּבֵית שַׁמַּאי הִיא. דְּאִי בֵּית הִלֵּל — הַשְׁתָּא בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ שְׁרֵי, בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי מִיבַּעְיָא?!

Rava a dit au nom de Rav Chechet : la halakha ne suit pas cette baraita, car elle est celle de Beth Chammai. Car si elle était celle de Beth Hillel : voici que dans un lieu d'aisance fixé c'est permis, faudrait-il encore poser la question pour un lieu d'aisance de fortune ?

📜 Rachi (4)
לֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא דְּקָתָנֵי לֹא יַשְׁתִּין בִּתְפִילִּין:
La halakha ne suit pas cette baraita — celle qui enseigne qu'il n'urinera pas avec des tefilin.
דְּבֵית שַׁמַּאי הִיא דְּאָמְרִי לְעֵיל מַנִּיחָן בַּחַלּוֹן הַסָּמוּךְ לִרְשׁוּת הָרַבִּים וְלֹא יַכְנִיסֵם בְּיָדוֹ וְיִכָּנֵס:
Car elle est celle de Beth Chammai — eux qui ont dit plus haut qu'on les dépose dans la niche voisine du domaine public, et qu'on ne les prend pas en main pour entrer.
דְּאִי בֵּית הִלֵּל הָא אָמְרִי לְעֵיל אוֹחֲזָן בְּיָדוֹ וְנִכְנָס:
Car si elle était celle de Beth Hillel — eux ont pourtant dit plus haut qu'il les tient dans sa main et entre.
בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי כְּגוֹן לְהַשְׁתִּין שֶׁאֵין אָדָם הוֹלֵךְ בִּשְׁבִילָם לְבֵית הַכִּסֵּא וְהַפַּעַם הַזֹּאת נַעֲשָׂה הַמָּקוֹם הַזֶּה בֵּית הַכִּסֵּא תְּחִלָּה:
Lieu d'aisance de fortune — par exemple pour uriner, car un homme ne se rend pas au lieu d'aisance pour cela, et c'est cette fois-ci que cet endroit devient pour la première fois un lieu d'aisance.
💡 Explication

Rav Chechet vise un point précis de la baraita : l'interdiction d'uriner en tenant des tefilin. Cette interdiction lui paraît inconciliable avec Beth Hillel, qui autorise plus haut à entrer dans un lieu d'aisance fixé en les tenant à la main.

Le raisonnement est un kal va-homer : le lieu fixé, où l'on fait ses besoins majeurs, est le cas grave ; le lieu de fortune, où l'on ne fait qu'uriner, est le cas léger. Si le grave est permis, le léger devrait l'être à plus forte raison. La baraita, qui interdit dans le cas léger, ne peut donc venir que de Beth Chammai, lesquels interdisent d'entrer en les tenant.

4
מֵיתִיבִי: דְּבָרִים שֶׁהִתַּרְתִּי לְךָ כָּאן, אָסַרְתִּי לְךָ כָּאן. מַאי לַָאו תְּפִילִּין? אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בֵּית הִלֵּל: הִתַּרְתִּי לְךָ כָּאן קָבוּעַ, אָסַרְתִּי לְךָ כָּאן בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ בֵּית שַׁמַּאי הָא לָא שְׁרוֹ וְלָא מִידֵּי?

On objecte : des choses que je t'ai permises ici, je te les ai interdites là. De quoi s'agit-il, sinon des tefilin ?

Si tu dis qu'il s'agit de Beth Hillel, on comprend : je t'ai permis ici, dans le lieu fixé, et je t'ai interdit là, dans le lieu d'aisance de fortune. Mais si tu dis qu'il s'agit de Beth Chammai, eux n'ont rien permis du tout.

📜 Rachi (4)
שֶׁהִתַּרְתִּי לְךָ כָּאן בְּבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ:
Que je t'ai permises ici — dans un lieu d'aisance fixé.
אָסַרְתִּי לְךָ כָּאן בְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי:
Je te les ai interdites là — dans un lieu d'aisance de fortune.
מַאי לַָאו תְּפִילִּין שֶׁאָמְרוּ בֵּית הִלֵּל אוֹחֲזָן בְּיָדוֹ וְנִכְנָס לְבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ וּלְהַשְׁתִּין בָּהֶם אָסְרוּ כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא לְקַמָּן:
De quoi s'agit-il, sinon des tefilin — car Beth Hillel a dit qu'il les tient dans sa main et entre dans un lieu d'aisance fixé, tandis qu'ils ont interdit d'uriner avec elles, pour la raison expliquée plus loin.
הָא לָא שָׁרוּ בְּבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ:
Eux n'ont rien permis — dans un lieu d'aisance fixé.
🗂️ Tossefot (1)
דְּבָרִים שֶׁהִתַּרְתִּי לְךָ כָּאן כּוּ' וְלָא בָּעֵי לְשַׁנּוֹיֵי דְּבָרִים שֶׁהִתַּרְתִּי לְךָ בְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי אָסַרְתִּי לְךָ בְּקָבוּעַ דְּאָסוּר לְפַנּוֹת בִּגְדוֹלִים וְהַתְּפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ אֲבָל לְהַשְׁתִּין מֻותָּר מִשּׁוּם דְּלָא אַשְׁכְּחַן בַּבָּרַיְיתָא אֲבָל הַךְ דְּטֶפַח וְטִפְחַיִים אַשְׁכְּחַן לֵיהּ בַּבָּרַייְתָא בְּהֶדְיָא הר"ר יוֹסֵף:
Des choses que je t'ai permises ici, etc. — la guemara n'a pas voulu répondre en disant : les choses que je t'ai permises dans un lieu d'aisance de fortune, je te les ai interdites dans un lieu fixé, à savoir qu'il est interdit de faire ses besoins majeurs avec les tefilin sur la tête alors qu'il est permis d'uriner ainsi. Elle ne l'a pas fait parce que cette formulation ne se trouve dans aucune baraita, tandis que celle du tefah et des deux tefahim se trouve explicitement dans une baraita. Ainsi Rabbi Yossef.
💡 Explication

L'objection est de méthode : une baraita parle de choses permises ici et interdites là. Pour que cette formule ait un contenu, il faut un domaine où quelque chose soit réellement permis.

Chez Beth Hillel la formule fonctionne : tenir les tefilin est permis au lieu fixé et interdit au lieu de fortune. Chez Beth Chammai la formule reste vide, puisque rien n'est permis nulle part. La position de Rav Chechet se trouve donc attaquée.

5
כִּי תַנְיָא הַהִיא, לְעִנְיַן טֶפַח וּטְפָחַיִים. דְּתָנֵי חֲדָא: כְּשֶׁהוּא נִפְנֶה — מְגַלֶּה לְאַחֲרָיו טֶפַח וּלְפָנָיו טִפְחַיִים. וְתַנְיָא אִידָךְ: לְאַחֲרָיו טֶפַח וּלְפָנָיו וְלֹא כְלוּם.

Lorsque cette baraita a été enseignée, c'était à propos du tefah et des deux tefahim. Car une baraita enseigne : quand il fait ses besoins, il découvre derrière lui un tefah (une largeur de main) et devant lui deux tefahim.

Et une autre baraita enseigne : derrière lui un tefah, et devant lui rien du tout.

📜 Rachi (3)
כִּי תַנְיָא הַהִיא לָאו לְעִנְיַן תְּפִילִּין תַּנְיָא אֶלָּא לְעִנְיַן גִּלּוּי טֶפַח וְטִפְחַייִם דְּלִגְדוֹלִים אֵינוֹ מְגַלֶּה אֶלָּא טֶפַח וְלִקְטַנִּים מְגַלֶּה טִפְחַיִים וַעֲלָהּ קָאֵי גָּלוּי טִפְחַייִם שֶׁהִתַּרְתִּי לְךָ כָּאן אָסַרְתִּי לְךָ כָּאן:
Lorsque cette baraita a été enseignée — ce n'était pas à propos des tefilin, mais à propos du découvrement d'un tefah et de deux tefahim. Pour les besoins majeurs il ne découvre qu'un tefah, et pour les besoins mineurs il découvre deux tefahim ; c'est à cela que se rapporte le découvrement de deux tefahim que je t'ai permis ici et interdit là.
לְאַחֲרָיו טֶפַח וְלֹא יוֹתֵר מִשּׁוּם צְנִיעוּת:
Derrière lui un tefah — et pas davantage, par pudeur.
וּלְפָנָיו טִפְחַיִים מִשּׁוּם קִילּוּחַ מֵי רַגְלַיִם הַנִּתָּזִין לְמֵרָחוֹק:
Et devant lui deux tefahim — à cause du jet d'urine qui gicle au loin.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא כְּשֶׁהוּא נִפְנֶה מְגֻלֶּה מֵאַחֲרָיו טֶפַח וּמִלְּפָנָיו טִפְחַייִם וְתַנְיָא אִידָךְ מֵאַחֲרָיו טֶפַח וּמִלְּפָנָיו וְלֹא כְלוּם וְלָא קַשְׁיָא הָא בְּאִישׁ וְהָא בְּאִשָּׁה:
Une baraita enseigne : quand il fait ses besoins, il découvre derrière lui un tefah et devant lui deux tefahim ; et une autre baraita enseigne : derrière lui un tefah et devant lui rien du tout. Et il n'y a pas de difficulté : celle-ci parle de l'homme et celle-là de la femme.
💡 Explication

Première tentative de réponse : la formule des choses permises ici et interdites là ne concernerait pas du tout les tefilin, mais la mesure de découvrement du corps lorsque l'on fait ses besoins.

Deux baraitot se contredisent en apparence sur ce qu'il faut découvrir par-devant : deux tefahim selon l'une, rien selon l'autre. La guemara va chercher comment les concilier, et cette conciliation fournira le contenu de la formule.

🖼️ Schéma
Le découvrement du corps : un tefah, deux tefahim, ou rien Un tefah vaut une largeur de main. La mesure est un compromis entre la propreté du vêtement et la pudeur. L'homme Derrière : un tefah, et pas davantage. Devant : deux tefahim. Motif du devant : l'urine jaillit loin ; en se contraignant pour les besoins majeurs, il en vient aux besoins mineurs. La femme Derrière : un tefah, comme l'homme. Devant : rien du tout. Le motif du devant ne la concerne pas, la pudeur reprend donc toute sa place. Première conciliation proposée : une baraita pour les besoins majeurs, l'autre pour les besoins mineurs. Ecartée. Conciliation retenue : les deux parlent des besoins majeurs, l'une de l'homme et l'autre de la femme.
Deux baraitot, deux sujets différents : la contradiction se résout par la distinction entre l'homme et la femme.
6
מַאי לָאו אִידֵּי וְאִידֵּי בְּאִישׁ, וְלָא קַשְׁיָא, כָּאן לִגְדוֹלִים, כָּאן לִקְטַנִּים?

De quoi s'agit-il, sinon que l'une et l'autre parlent de l'homme, et il n'y a pas de difficulté : ici pour les besoins majeurs, là pour les besoins mineurs ?

📜 Rachi (1)
מַאי לַָאו כּוּ' וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר לְעֵיל דְּבָרִים שֶׁהִתַּרְתִּי לְךָ בְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי אָסַרְתִּי לְךָ בְּקָבוּעַ:
De quoi s'agit-il, sinon, etc. — et c'est cela que voulait dire la baraita plus haut : les choses que je t'ai permises au lieu d'aisance de fortune, je te les ai interdites au lieu fixé.
💡 Explication

Première conciliation : les deux baraitot parleraient de l'homme, dans deux situations. Pour les besoins majeurs, rien par-devant ; pour les besoins mineurs, deux tefahim.

Cette lecture donne un contenu à la formule contestée, puisque le lieu de fortune correspond aux besoins mineurs et le lieu fixé aux besoins majeurs : ce qui est permis dans l'un se trouve interdit dans l'autre.

7
וְתִסְבְּרָא?! אִי בִּקְטַנִּים, לְאַחֲרָיו טֶפַח לָמָּה לִי? אֶלָּא אִידֵּי וְאִידֵּי בִּגְדוֹלִים, וְלָא קַשְׁיָא, הָא בְּאִישׁ, הָא בְּאִשָּׁה.

Et le penses-tu vraiment ? S'il s'agissait des besoins mineurs, à quoi bon un tefah derrière lui ?

Plutôt, l'une et l'autre parlent des besoins majeurs, et il n'y a pas de difficulté : celle-ci parle de l'homme, celle-là de la femme.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אִידֵּי וְאִידֵּי בִּגְדוֹלִים וּמִתּוֹךְ שֶׁהוּא דּוֹחֵק עַצְמוֹ לִגְדוֹלִים הוּא בָּא לִידֵי קְטַנִּים הִלְכָּךְ בְּאִישׁ מִלְּאַחֲרָיו טֶפַח וּמִלְּפָנָיו טִפְחַיִים וּבְאִשָּׁה מִלְּפָנֶיהָ וְלֹא כְלוּם וְהָכִי קָאָמַר הָא דִּלְעֵיל דְּבָרִים שֶׁאָסַרְתִּי לְךָ בְּאִשָּׁה הִתַּרְתִּי לְךָ בְּאִישׁ:
Plutôt, l'une et l'autre parlent des besoins majeurs — et comme il se contraint pour les besoins majeurs, il en vient aux besoins mineurs. Donc chez l'homme, un tefah par-derrière et deux tefahim par-devant ; chez la femme, par-devant rien du tout. Et voici ce que voulait dire la baraita citée plus haut : les choses que je t'ai interdites chez la femme, je te les ai permises chez l'homme.
💡 Explication

La conciliation précédente tombe sur une objection simple. Pour uriner, aucune raison n'impose de se découvrir par-derrière ; la baraita qui exige un tefah derrière ne peut donc pas viser les besoins mineurs.

La conciliation retenue change d'axe : les deux baraitot traitent des besoins majeurs, et se distinguent par la personne. L'homme, qui se contraint, en vient aussi aux besoins mineurs et doit se découvrir par-devant ; la femme n'y est pas tenue.

8
אִי הָכִי הָא דְּקָתָנֵי עֲלַהּ, ״זֶהוּ קַל וָחֹומֶר שֶׁאֵין עָלָיו תְּשׁוּבָה״ — מַאי ״אֵין עָלָיו תְּשׁוּבָה״? דַּרְכָּא דְמִלְּתָא הָכִי אִיתָא.

S'il en est ainsi, ce qui est enseigné à ce propos, à savoir : voilà un kal va-homer auquel il n'y a pas de réponse — que signifie il n'y a pas de réponse ? L'usage de la chose est simplement ainsi.

📜 Rachi (3)
אִי הָכִי דִּלְעִנְיַן טֶפַח וּטְפָחַיִים קָתָנֵי דְּבָרִים שֶׁהִתַּרְתִּי לְךָ כָּאן אָסַרְתִּי לְךָ כָּאן:
S'il en est ainsi — que c'est à propos du tefah et des deux tefahim qu'est enseigné : les choses que je t'ai permises ici, je te les ai interdites là.
הָא דְּקָתָנֵי עֲלָהּ בְּסֵיפָא דִּידֵהּ וְזֶה הוּא ק"ו שֶׁאֵין עָלָיו תְּשׁוּבָה בַּדָּבָר הַזֶּה יֵשׁ לְךָ לַהֲשִׁיבֵנִי ק"ו וְאֵין לִי עָלָיו תְּשׁוּבָה לְהַחֲזִיר לְךָ אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בִּתְפִילִּין קָאָמַר וּכְדַאֲמַרַן וב"ה הִיא הַייְנוּ דְקָתָנֵי דְּיֵשׁ כָּאן לְהַקְשׁוֹת קַל וָחֹומֶר הַשְׁתָּא בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ שְׁרֵי בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי מִיבַּעְיָא וְאֵין לִי תְּשׁוּבָה לַהֲשִׁיבְךָ עָלָיו אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְעִנְיַן טֶפַח וְטִפְחַיִים מַאי ק"ו יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת כָּאן:
Ce qui est enseigné à ce propos — dans la fin de cette même baraita : voilà un kal va-homer auquel il n'y a pas de réponse. Sur ce point tu peux m'opposer un kal va-homer, et je n'ai aucune réponse à te renvoyer. Si tu dis que la baraita parle des tefilin, comme nous l'avons dit, et qu'elle suit Beth Hillel, on comprend ce qu'elle enseigne : il y a bien ici matière à objecter par un kal va-homer, à savoir que si le lieu d'aisance fixé est permis, faudrait-il poser la question pour le lieu de fortune, et je n'ai aucune réponse à t'opposer. Mais si tu dis qu'il s'agit du tefah et des deux tefahim, quel kal va-homer y aurait-il ici à objecter ?
אוֹרְחָא דְמִילְּתָא הָכִי הוּא שֶׁהָאִישׁ צָרִיךְ לְגַלּוֹת לְפָנָיו וְלֹא הָאִשָּׁה:
L'usage de la chose est ainsi — l'homme a besoin de se découvrir par-devant, et la femme non.
💡 Explication

La lecture par le tefah et les deux tefahim se heurte à la suite de la baraita, qui qualifie la règle de kal va-homer auquel il n'y a pas de réponse. Une différence entre l'homme et la femme relève de la nature des choses, et aucun raisonnement à fortiori n'y intervient.

Rachi détaille la force de l'expression : elle désigne un argument que l'on m'oppose et auquel je n'ai rien à répliquer. Une telle formule suppose une tension logique réelle, absente ici.

🖼️ Schéma
Le test de la formule : un kal va-homer auquel il n'y a pas de réponse Cette phrase de la baraita sert d'instrument de vérification pour choisir entre les deux lectures. Lecture par le tefah et les tefahim La différence vient de l'anatomie : l'homme se découvre par-devant, la femme non. Aucun raisonnement du léger au grave n'entre ici, donc la formule reste sans emploi. La lecture est abandonnée. Lecture par les tefilin Le lieu fixé est grave et permis, le lieu de fortune est léger et interdit. Le kal va-homer s'impose de lui-même et rien ne permet de le renvoyer. La lecture est retenue.
La mention d'un kal va-homer irréfutable exige une tension entre le léger et le grave, que seule la lecture par les tefilin fournit.
9
אֶלָּא לָאו, תְּפִילִּין, וּתְיוּבְתָּא דְּרָבָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת. תְּיוּבְתָּא.

Plutôt, il s'agit bien des tefilin, et c'est une réfutation de Rava au nom de Rav Chechet. Réfutation.

📜 Rachi (1)
תְּיוּבְתָּא דְּרָבָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת דְּאָמַר בֵּית שַׁמַּאי הִיא וְלָא בֵּית הִלֵּל דְּאִם כֵּן לָא מַשְׁכַּחַת מִידִי לְאוֹקְמָה הַךְ בָּרַיְיתָא דְּקָתָנֵי מַאי שֶׁהִתַּרְתִּי לְךָ כָּאן אָסַרְתִּי לְךָ כָּאן:
Réfutation de Rava au nom de Rav Chechet — lui qui a dit qu'elle était celle de Beth Chammai et non de Beth Hillel ; car s'il en était ainsi, on ne trouverait rien pour expliquer cette baraita qui enseigne : ce que je t'ai permis ici, je te l'ai interdit là.
💡 Explication

La guemara conclut. La baraita des choses permises ici et interdites là porte bien sur les tefilin, ce qui suppose que quelque chose soit permis, donc qu'elle suive Beth Hillel. L'affirmation de Rav Chechet, qui l'attribuait à Beth Chammai, tombe.

Le terme teiouvta répété marque une réfutation définitive, sans réponse possible.

10
מִכָּל מָקוֹם, קַשְׁיָא, הַשְׁתָּא בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ שְׁרֵי, בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי לֹא כָּל שֶׁכֵּן!

En tout état de cause, la difficulté demeure : puisque le lieu d'aisance fixé est permis, le lieu d'aisance de fortune, à plus forte raison !

💡 Explication

La réfutation de Rav Chechet laisse intacte la question qui l'avait motivée. Beth Hillel autorise à tenir les tefilin dans un lieu fixé et l'interdit dans un lieu de fortune : l'ordre attendu du kal va-homer se trouve renversé.

11
הָכִי קָאָמַר: בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ דְּלֵיכָּא נִיצוֹצוֹת, שָׁרוּ. בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי דְּאִיכָּא נִיצוֹצוֹת, אָסְרִי.

Voici ce qu'elle veut dire : dans un lieu d'aisance fixé, où il n'y a pas d'éclaboussures (nitsotsot), ils ont permis ; dans un lieu d'aisance de fortune, où il y a des éclaboussures, ils ont interdit.

📜 Rachi (3)
דְּלֵיכָּא נִיצוֹצוֹת שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְשַׁפְשְׁפָן בִּימִינוֹ מֵעַל רַגְלָיו:
Où il n'y a pas d'éclaboussures — au point qu'il aurait à les frotter de sa main droite sur ses jambes.
בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי לִקְטַנִּים:
Lieu d'aisance de fortune — pour les besoins mineurs.
דְּאִיכָּא נִיצוֹצוֹת הַנִּיתָּזִין עַל גַּבֵּי רַגְלָיו וְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא (דַּף ל.) מִצְוָה לְשַׁפְשְׁפָן שֶׁאָסוּר לְאָדָם שֶׁיֵּצֵא בְּנִיצוֹצוֹת שֶׁעַל גַּבֵּי רַגְלָיו שֶׁמָּא יִרְאֶה כִּכְרוּת שָׁפְכָה וְנִמְצָא מוֹצִיא לַעַז עַל בָּנָיו שֶׁהֵם מַמְזֵרִים הִילְכָּךְ אִי אֶפְשָׁר לֶאֱחֹוז תְּפִילִּין בְּיָדוֹ:
Où il y a des éclaboussures — celles qui giclent sur ses jambes. Nous disons au traité Yoma (30a) que c'est une mitsva de les frotter, car il est interdit à un homme de sortir avec des éclaboussures sur ses jambes : on pourrait le croire atteint de kerout chofkha, et un soupçon serait ainsi jeté sur ses enfants comme s'ils étaient mamzerim. Il lui est donc impossible de tenir les tefilin dans sa main.
💡 Explication

La réponse déplace le critère. La gravité du lieu compte moins que la propreté de la main. Dans un lieu fixé, on est assis et l'écoulement se termine, sans projection sur les jambes ; la main droite reste libre pour tenir les tefilin.

Debout, dans un lieu de fortune, des gouttes atteignent les jambes. Le traité Yoma enseigne l'obligation de les frotter, pour écarter le soupçon de kerout chofkha, une infirmité qui ferait douter de la légitimité des enfants. La main droite se trouve donc occupée, ce qui rend impossible de tenir les tefilin.

12
אִי הָכִי, אַמַּאי ״אֵין עָלָיו תְּשׁוּבָה״? תְּשׁוּבָה מֵעִלַּיְתָא הִיא!

S'il en est ainsi, pourquoi dire qu'il n'y a pas de réponse ? Voilà une excellente réponse !

💡 Explication

Nouvelle difficulté de forme. La guemara vient de fournir une réponse au kal va-homer, à savoir les éclaboussures. La baraita affirmait pourtant qu'aucune réponse n'existait.

13
הָכִי קָאָמַר: הָא מִילְּתָא תֵּיתֵי לַהּ בְּתוֹרַת טַעְמָא, וְלָא תֵּיתֵי לַהּ בְּקַל וָחֹומֶר, דְּאִי אָתְיָא לַהּ בְּתוֹרַת קַל וָחֹומֶר, זֶהוּ קַל וָחֹומֶר שֶׁאֵין עָלָיו תְּשׁוּבָה.

Voici ce qu'elle veut dire : cette règle-là, tu l'établiras par voie de raison, et non par voie de kal va-homer ; car si tu voulais l'établir par voie de kal va-homer, ce serait un kal va-homer auquel il n'y a pas de réponse.

📜 Rachi (3)
הָא מִילְּתָא דִּתְפִילִּין דְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי וְקָבוּעַ:
Cette règle-là — celle des tefilin, pour le lieu d'aisance de fortune et le lieu fixé.
תֵּיתֵי לַהּ בְּתוֹרַת טַעְמָא לְהַתִּיר בְּבֵית הַכִּסֵּא קָבוּעַ אֶת הָאָסוּר בְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי מִשּׁוּם טַעְמָא דְּנִיצוֹצוֹת:
Tu l'établiras par voie de raison — permettre au lieu d'aisance fixé ce qui est interdit au lieu de fortune, en raison des éclaboussures.
דְּאִי אָתְיָא לַהּ בְּתוֹרַת ק"ו לוֹמַר דִּין הוּא לְהָקֵל בְּבֵית הַכִּסֵּא עֲרַאי קַל וּלְהַחְמִיר בְּבֵית הַכִּסֵּא חָמוּר וְלֹא תִּזּוֹל בָּתַר טַעְמָא אֶלָּא בָּתַר חֻומְרָא וְקֻולָּא וַאֲנַן עָבְדִינַן אִיפְּכָא אֵין לִי עָלָיו מַה לַהֲשִׁיבְךָ שֶׁאֵין לִי לִמְצוֹא שֶׁיְּהֵא בְּשׁוּם מָקוֹם בֵּית הַכִּסֵּא עֲרַאי חָמוּר מִן הַקָּבוּעַ שֶׁאוֹכַל לַהֲשִׁיבְךָ אִם הִתַּרְתִּי בְּקָבוּעַ שֶׁהוּא קַל בְּדָבָר פְּלוֹנִי נַתִּיר בְּשֶׁל עֲרַאי שֶׁהוּא חָמוּר בָּהּ אֲבָל טַעְמָא אִיכָּא לְמַאי דְּעָבְדִינַן דְּהָכָא אִיכָּא נִיצוֹצוֹת וְהָכָא לֵיכָּא וְדָבָר זֶה לָאו קַל וָחֹומֶר לֹא קַל וְלֹא חָמוּר:
Car si tu voulais l'établir par voie de kal va-homer — c'est-à-dire dire qu'il est logique d'alléger au lieu de fortune, qui est léger, et d'être rigoureux au lieu fixé, qui est grave, en suivant seulement la rigueur et l'allègement au lieu de suivre la raison, alors que nous faisons l'inverse : dans ce cas je n'aurais rien à te répondre, car je ne saurais trouver aucun domaine où le lieu d'aisance de fortune soit plus grave que le lieu fixé, ce qui me permettrait de te répondre : si j'ai permis au lieu fixé, plus léger sur ce point, telle chose, permettons-la aussi au lieu de fortune, qui y est plus grave. Mais il y a une raison à notre façon de faire : ici il y a des éclaboussures et là il n'y en a pas, et cette chose-là ne relève pas du kal va-homer, ni du léger ni du grave.
💡 Explication

La baraita se lit comme un avertissement de méthode. La règle des tefilin dans les deux lieux d'aisance tient à une raison matérielle, les éclaboussures, et doit s'établir sur ce terrain.

Rachi explique la mise en garde. Si l'on abandonnait la raison pour ne suivre que la logique du léger et du grave, le kal va-homer conduirait à permettre au lieu de fortune ce qui est permis au lieu fixe, et il serait irréfutable, faute d'un domaine où le lieu de fortune se révèle plus grave. La halakha tranche autrement, en s'appuyant sur le motif.

14
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹצֶה לִיכָּנֵס לִסְעוּדַת קֶבַע, מְהַלֵּךְ עֲשָׂרָה פְּעָמִים אַרְבַּע אַמּוֹת, אוֹ אַרְבָּעָה פְּעָמִים עֶשֶׂר אַמּוֹת, וְיִפְנֶה, וְאַחַר כָּךְ נִכְנָס.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui veut prendre part à un repas établi (seouda kevoua) marche dix fois quatre coudées, ou quatre fois dix coudées, fait ses besoins, et entre ensuite.

📜 Rachi (2)
הַנִּכְנָס לִסְעוּדַת קֶבַע וּגְנַאי הוּא שֶׁיִּצְטָרֵךְ לִנְקָבָיו בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה:
Celui qui entre à un repas établi — et il serait gênant qu'il ait à satisfaire ses besoins au milieu du repas.
מְהַלֵּךְ עֲשָׂרָה פְּעָמִים כו' וּבְכָל פַּעַם וּפַעַם בּוֹדֵק עַצְמוֹ וְיוֹשֵׁב אוּלַי יוּכַל לְהִפָּנוֹת שֶׁהַהִילּוּךְ מוֹרִיד הַגְּדוֹלִים לַנֶּקֶב:
Il marche dix fois, etc. — et à chaque fois il s'examine et s'assied, dans l'espoir de pouvoir se soulager, car la marche fait descendre les matières vers l'orifice.
💡 Explication

Le folio passe à un autre sujet, la préparation du corps avant un repas établi, c'est-à-dire un repas de longue durée dont il serait gênant de devoir sortir.

La marche a pour effet de faire descendre les matières. Rachi ajoute qu'à chaque passage il s'examine et s'assied, pour tenter de se soulager.

15
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: הַנִּכְנָס לִסְעוּדַת קֶבַע, חוֹלֵץ תְּפִילָּיו וְאַחַר כָּךְ נִכְנָס. וּפְלִיגָא דְּרַבִּי חַיָּיא, דְּאָמַר רַבִּי חַייָּא: מַנִּיחָן עַל שֻׁלְחָנוֹ, וְכֵן הַדּוֹר לוֹ.

Rabbi Yitshak a dit : celui qui prend part à un repas établi retire ses tefilin et entre ensuite. Et cela diverge de l'avis de Rabbi Hiya, car Rabbi Hiya a dit : il les dépose sur sa table, et c'est ainsi que cela lui fait honneur.

📜 Rachi (2)
חוֹלֵץ תְּפֵילָיו שֶׁמָּא יִשְׁתַּכֵּר בַּסְּעוּדָה וְיִתְגַּנֶּה בִּתְפֵילָיו:
Il retire ses tefilin — de peur qu'il ne s'enivre au cours du repas et ne se conduise indignement avec ses tefilin.
וְכֵן הַדּוֹר לוֹ שֶׁיְּהוּ מְזֻומָּנִים לוֹ וְיַחֲזֹור וְיַנִּיחֵם בִּשְׁעַת בְּרָכָה:
Et c'est ainsi que cela lui fait honneur — afin qu'elles soient à sa disposition et qu'il les remette au moment de la bénédiction.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר ר' יִצְחָק הַנִּכְנָס לִסְעוּדַת קֶבַע חוֹלֵץ תְּפִילִּין וְנִכְנָס וּפְלִיגָא דָּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא דְּאָמַר ר' חַייָּא בַּר אַבָּא מַנִּיחָן עַל שֻׁולְחָנוֹ וְכֵן הָדוּר לוֹ. וְעַד אֵימַת אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק עַד זְמַן בְּרָכָה וְכֵן הֲלָכָה:
Rabbi Yitshak a dit : celui qui prend part à un repas établi retire ses tefilin et entre. Et cela diverge de l'avis de Rabbi Hiya bar Abba, car Rabbi Hiya bar Abba a dit : il les dépose sur sa table, et c'est ainsi que cela lui fait honneur. Et jusqu'à quand ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : jusqu'au moment de la bénédiction. Et telle est la halakha.
💡 Explication

Deux façons de traiter les tefilin pendant le repas. Rabbi Yitshak fait retirer les tefilin avant d'entrer, par crainte que la boisson n'entraîne une conduite indigne. Rabbi Hiya les fait poser sur la table, à portée de main.

La raison de Rabbi Hiya, précisée par Rachi, est pratique autant qu'honorifique : ainsi disposées, elles sont prêtes à être remises au moment de la bénédiction.

16
וְעַד אֵימַת? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: עַד זְמַן בְּרָכָה.

Et jusqu'à quand ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : jusqu'au moment de la bénédiction.

💡 Explication

La question porte sur la durée du dépôt des tefilin sur la table. La réponse fixe le terme au moment du birkat hamazon, où l'homme les remet pour bénir.

17
תָּנֵי חֲדָא: צוֹרֵר אָדָם תְּפִילָּיו עִם מְעוֹתָיו בַּאֲפַרְקְסוּתוֹ. וְתַנְיָא אִידָךְ: לֹא יִצֹּור.

Une baraita enseigne : un homme peut nouer ses tefilin avec son argent dans son afrakssouto (le foulard de sa tête). Et une autre baraita enseigne : il ne les nouera pas.

📜 Rachi (2)
בַּאֲפַרְקְסוּתֵיהּ סוּדָר שֶׁל רֹאשׁוֹ:
Dans son afrakssouto — le foulard de sa tête.
עִם מְעוֹתָיו לֹא עִם הַמָּעוֹת מַמָּשׁ אֶלָּא שְׁנֵי קְשָׁרִים זֶה אֵצֶל זֶה:
Avec son argent — pas avec les pièces elles-mêmes, mais dans deux nœuds voisins l'un de l'autre.
💡 Explication

Nouveau sujet : le foulard qui sert d'enveloppe. Deux baraitot se contredisent sur la possibilité d'y nouer ensemble les tefilin et de l'argent.

Rachi précise la situation matérielle : les pièces ne touchent pas les tefilin, il s'agit de deux nœuds distincts pratiques dans le même tissu.

18
לָא קַשְׁיָא, הָא דְּאַזְמְנֵיהּ. הָא דְּלָא אַזִּמְנֵיהּ. דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: הַאי סוּדָרָא דִּתְפִילִּין דְּאַזְמְנֵיהּ לְמֵיצַר בֵּיהּ תְּפִילִּין, צַר בֵּיהּ תְּפִילִּין — אָסוּר לְמֵיצַר בֵּיהּ פְּשִׁיטֵי, אַזִּמְנֵיהּ וְלָא צַר בֵּיהּ, צַר בֵּיהּ וְלָא אַזִּמְנֵיהּ — שְׁרֵי לְמֵיצַר בֵּיהּ זוּזִי.

Il n'y a pas de difficulté : celle-ci parle d'un cas où il l'a désigné, celle-là d'un cas où il ne l'a pas désigné. Car Rav Hisda a dit : ce foulard à tefilin qu'il a désigné pour y nouer des tefilin, s'il y a effectivement noué des tefilin, il est interdit d'y nouer des pièces ; s'il l'a désigné sans y avoir noué de tefilin, ou s'il y a noué des tefilin sans l'avoir désigné, il est permis d'y nouer des zouz (pièces d'argent).

📜 Rachi (2)
ה"ג הָא דְּאַזְמְנֵיהּ הָא דְּלָא אַזְמְנֵיהּ לְהַהִיא סוּדָר לִתְפִילִּין דְּכֵיוָן דְּאַזְמְנֵיהּ שׁוּב אָסוּר לָצוּר בּוֹ מָעוֹת מֵאַחַר שֶׁהִקְצוֹ לְכָךְ:
Telle est la leçon : celle-ci parle d'un cas où il l'a désigné, celle-là d'un cas où il ne l'a pas désigné — à propos de ce foulard destiné aux tefilin ; car dès lors qu'il l'a désigné, il est désormais interdit d'y nouer de l'argent, puisqu'il l'a mis à part pour cet usage.
צַר בֵּיהּ אִי אַזְמְנֵיהּ אִין אִי לָא אַזְמְנֵיהּ לָא קַדִּישׁ וְשָׁרִי לְמֵיצַר בֵּיהּ דְּהָכִי תַּנְיָא בְּהֶדְיָא בְּסַנְהֶדְרִין (מח:) הִנִּיחַ בּוֹ תְּפֵילָיו יַנִּיחַ בּוֹ מָעוֹת:
S'il y a noué — si de plus il l'a désigné, oui ; s'il ne l'a pas désigné, le foulard n'a pas été consacré et il est permis d'y nouer, car ainsi est-il enseigné explicitement dans Sanhédrin (48b) : s'il y a déposé ses tefilin, il peut y déposer de l'argent.
💡 Explication

La règle de Rav Hisda exige le concours de deux éléments : la hazmana, désignation de l'objet pour l'usage sacré, et l'usage effectif. Un seul des deux laisse le foulard disponible pour l'argent.

Rachi renvoie à Sanhédrin, où une baraita énonce explicitement que celui qui y a déposé ses tefilin sans désignation préalable peut ensuite y déposer de l'argent.

19
וּלְאַבַּיֵּי דְּאָמַר הַזְמָנָה מִילְּתָא הִיא: אַזְמְנֵיהּ אַף עַל גַּב דְּלָא צַר בֵּיהּ. צַר בֵּיהּ, אִי אַזִּמְנֵיהּ — אֲסִיר, אִי לָא אַזִּמְנֵיהּ — לָא.

Et selon Abaye, qui dit que la désignation (hazmana) a une valeur : s'il l'a désigné, c'est interdit même s'il n'y a pas noué de tefilin. S'il y a noué des tefilin : s'il l'avait désigné, c'est interdit ; s'il ne l'avait pas désigné, non.

📜 Rachi (1)
וּלְאַבַּיֵּי דְּאָמַר הַזְמָנָה מִילְּתָא הִיא גַּבֵּי אוֹרֵג בֶּגֶד לְמֵת בְּסַנְהֶדְרִין בְּפֶרֶק נִגְמַר הַדִּין (סַנְהֶדְרִין ד' מז:):
Et selon Abaye, qui dit que la désignation a une valeur — à propos de celui qui tisse un vêtement pour un mort, dans Sanhédrin, chapitre Nigmar ha-Din (47b).
💡 Explication

Abaye tient que la hazmana suffit à elle seule. La désignation attache l'objet à son usage sacré, sans attendre l'usage lui-même.

La divergence avec Rav Hisda se réduit à un seul cas : le foulard désigné mais jamais utilisé. Rachi renvoie à la discussion de Sanhédrin sur celui qui tisse un vêtement destiné à un mort, où Abaye et Rava s'opposent sur ce même principe.

20
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַב נְחוּנְיָא מֵרַב יְהוּדָה: מַהוּ שֶׁיַּנִּיחַ אָדָם תְּפִילָּיו תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו? תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו לָא קָא מִיבַּעְיָא לִי, שֶׁנּוֹהֵג בָּהֶן מִנְהַג בִּזָּיוֹן. כִּי קָא מִיבַּעְיָא לִי, תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו מַאי? אֲמַר לֵיהּ הָכִי אָמַר שְׁמוּאֵל: מֻותָּר, אֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ.

Rav Yossef fils de Rav Nehounya demanda à Rav Yehouda : un homme peut-il placer ses tefilin sous son chevet ? Sous ses pieds, la question ne se pose pas pour moi, car il se conduirait envers elles d'une manière méprisante ; ce que je demande, c'est : sous son chevet, qu'en est-il ?

Il lui répondit : ainsi a dit Chemouel : c'est permis, même si sa femme est avec lui.

📜 Rachi (1)
מַהוּ שֶׁיַּנִּיחַ תְּפֵילָיו תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו בַּלַּיְלָה כְּשֶׁהוּא יָשֵׁן:
Peut-il placer ses tefilin sous son chevet — la nuit, lorsqu'il dort.
⚖️ Rosh (1)
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַב נְחוּנְיָא מֵרַב יְהוּדָה מַהוּ שֶׁיַּנִּיחַ אָדָם תְּפִילִּין תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו. תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו לָא קָמִבַּעְיָא לִי מִפְּנֵי שֶׁנּוֹהֵג בָּהֶם מִנְהַג בִּזָּיוֹן כִּי קָמִבַּעְיָא לִי תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו מַאי א"ל הָכִי אָמַר שְׁמוּאֵל מֻותָּר וַאֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ. וְהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל ואע"ג דְּאִיתּוֹתַב מ"ט כֹּל לְנַטְּרִינְהוּ טְפֵי עָדִיף. הֵיכָא מַנִּיחָן אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה מַנִּיחָן בֵּין כַּר לְכֶסֶת שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ אָמַר רַב נְחֶמְיָה בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף יוֹמָא חַד הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא וַאֲמַר לִי זִיל אַיְיתִי לִי תְּפִילִּין וַאֲתַאי וְאַשְׁכַּחְתִּינְהוּ בֵּין כַּר לְכֶסֶת שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ וַהֲוָה יָדַעְנָא דְּהַהוּא יוֹמָא יוֹם טְבִילָה הֲוָה וּלְאַגְמוֹרֵי הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה הוּא דְּבָעֵי:
Rav Yossef fils de Rav Nehounya demanda à Rav Yehouda : un homme peut-il placer ses tefilin sous son chevet ? Sous ses pieds, la question ne se pose pas pour moi, car il se conduirait envers elles d'une manière méprisante ; ce que je demande, c'est : sous son chevet, qu'en est-il ? Il lui répondit : ainsi a dit Chemouel : c'est permis, et même si sa femme est avec lui. Et la halakha suit Chemouel bien qu'il ait été réfuté. Quelle en est la raison ? Tout ce qui permet de mieux les garder est préférable. Où les place-t-il ? Rabbi Yirmeya a dit : il les place entre le coussin et le matelas, hors de l'aplomb de sa tête. Rav Nehemia fils de Rav Yossef a dit : un jour je me tenais devant Rava, et il me dit : va me chercher mes tefilin. J'y allai et les trouvai entre le coussin et le matelas, hors de l'aplomb de sa tête. Et je savais que ce jour-là était un jour d'immersion ; c'est donc qu'il voulait enseigner la halakha par la pratique.
💡 Explication

Dernier sujet du folio : le rangement des tefilin pendant la nuit. La question écarte d'emblée le cas des pieds, méprisant par nature, et porte sur le chevet, où elles seraient à la fois honorées et gardées.

La réponse de Chemouel étend la permission au cas où la femme partage la couche. Ce point sera précisément l'objet de l'objection qui suit.

21
מֵיתִיבִי: לָא יַנִּיחַ אָדָם תְּפִילָּיו תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו מִפְּנֵי שֶׁנּוֹהֵג בָּהֶם דֶּרֶךְ בִּזָּיוֹן, אֲבָל מַנִּיחָם תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו. וְאִם הָיְתָה אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ — אָסוּר. הָיָה מָקוֹם שֶׁגָּבוֹהַּ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים אוֹ נָמוּךְ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים — מֻותָּר.

On objecte : un homme ne placera pas ses tefilin sous ses pieds, parce qu'il se conduit ainsi envers elles d'une manière méprisante ; mais il peut les placer sous son chevet. Et si sa femme était avec lui, c'est interdit.

S'il y avait un emplacement plus élevé de trois tefahim ou plus bas de trois tefahim, c'est permis.

📜 Rachi (1)
אִם הָיָה מָקוֹם גָּבוֹהַּ ג' טְפָחִים לְמַעְלָה מְרַאֲשׁוֹתָיו וְעָלָיו נוֹתֵן הַתְּפִילִּין אוֹ לְמַטָּה מְרַאֲשׁוֹתָיו יוֹצֵא מָקוֹם מִן הַמִּטָּה:
S'il y avait un emplacement plus élevé de trois tefahim — au-dessus de son chevet, et il y dépose les tefilin ; ou plus bas que son chevet, un emplacement qui sort du lit.
💡 Explication

La baraita confirme la première partie de la réponse de Chemouel, sur le chevet, et contredit la seconde, sur la présence de la femme.

Elle ajoute une solution intermédiaire : un écart de trois tefahim en hauteur ou en profondeur constitue un emplacement distinct du lit. Rachi précise qu'il s'agit d'une surface au-dessus du chevet, ou d'un renfoncement qui sort du lit.

🖼️ Schéma
Où poser les tefilin pendant la nuit Sous les pieds Interdit sans discussion. Conduite méprisante envers elles. Aucune question posée sur ce cas. Sous le chevet, seul Permis selon tous les avis. Position honorable et sûre. Le Roch : entre le coussin et le matelas. Sous le chevet, avec sa femme Chemouel : permis. La baraita : interdit. C'est le point de la réfutation. La solution intermédiaire de la baraita Un emplacement élevé de trois tefahim ou abaissé de trois tefahim compte comme un lieu séparé du lit : permis. La position de Rava, à la fin du folio La halakha suit Chemouel malgré la réfutation, car la garde des tefilin l'emporte sur le reste.
Trois emplacements, trois régimes ; la divergence se concentre sur un seul cas, celui de la couche partagée.
22
תְּיוּבְתָּא דִּשְׁמוּאֵל, תְּיוּבְתָּא.

C'est une réfutation de Chemouel. Réfutation.

💡 Explication

La baraita interdit expressément lorsque la femme est présente, ce que Chemouel avait permis. La formule redoublée marque une réfutation acquise.

23
אָמַר רָבָא: אַף עַל גַּב דְּתַנְיָא תְּיוּבְתָּא דִּשְׁמוּאֵל, הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ. מַאי טַעְמָא?

Rava a dit : bien qu'ait été enseignée une baraita qui le réfute, la halakha suit Chemouel. Quelle en est la raison ?

⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא הַאי סוּדָרָא דְּאַזְמְנֵיהּ לְמֵיצַר בֵּיהּ תְּפִילִּין וְצַר בֵּיהּ תְּפִילִּין אָסוּר לְמֵיצַר בֵּיהּ זוּזֵי. אַזִּמְנֵיהּ וְלָא צַר בֵּיהּ צַר בֵּיהּ וְלָא אַזְמְנֵיהּ שְׁרֵי לְמֵיצַר בֵּיהּ זוּזִי וְכֵן הִלְכְתָא. וְלֵיתָא לִדְאַבַּיֵּי דְּאָמַר הַזְמָנָה מִילְּתָא הִיא דְּגָרְסִינַן בְּפֶרֶק נִגְמַר הַדִּין (סַנְהֶדְרִין דַּף מז:) אִתְּמַר הָאוֹרֵג בֶּגֶד לַמֵּת אַבָּיֵי אָמַר אָסוּר רָבָא אָמַר מֻותָּר. אַבָּיֵי אָמַר אָסוּר הַזְמָנָה מִילְּתָא הִיא. רָבָא אָמַר מֻותָּר דְּהַזְמָנָה לָאו מִילְּתָא הִיא וקי"ל דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא הֲלָכָה כְּרָבָא בַּר מיע"ל קג"ם:
Rav Hisda a dit : ce foulard qu'il a désigné pour y nouer des tefilin et dans lequel il a effectivement noué des tefilin, il est interdit d'y nouer des pièces ; s'il l'a désigné sans y avoir noué de tefilin, ou s'il y a noué des tefilin sans l'avoir désigné, il est permis d'y nouer des pièces. Et telle est la halakha. L'avis d'Abaye, qui dit que la désignation a une valeur, n'est pas retenu, car nous lisons au chapitre Nigmar ha-Din (Sanhédrin 47b) : il a été dit, à propos de celui qui tisse un vêtement pour un mort, qu'Abaye déclare interdit et Rava permis. Abaye déclare interdit, car la désignation a une valeur ; Rava déclare permis, car la désignation n'a pas de valeur. Et nous tenons pour règle que dans les divergences d'Abaye et de Rava, la halakha suit Rava, hormis les cas du mnémonique YAAL KGaM.
💡 Explication

Le folio se termine sur une position remarquable. Rava reconnaît la réfutation et maintient malgré tout la halakha de Chemouel. La question mai taama, quelle en est la raison, reste ouverte ; la réponse appartient au folio suivant.

Le Roch la rapporte : tout ce qui assure une meilleure garde des tefilin est préférable, et ce motif l'emporte sur la difficulté soulevée par la baraita.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).