Berakhot 24a — Le lit partagé et la lecture du Chema : la garde des tefilin, la mesure de la nudité, et la tenue du corps dans la prière

Berakhot 24a

Sougya : Le folio achève d'abord la question des tefilin rangés pour la nuit : puisque la garde prime, on les glisse entre le coussin et le matelas, hors de l'aplomb de la tête, et la guemara rapporte les usages de Bar Kappara, de Rav Chicha et de Rava. De là, Rav Yossef fils de Rav Nehounya pose la seconde question : deux hommes couchés dans un même lit peuvent-ils détourner le visage et lire le Chema ?

Chemouel permet même lorsque la femme est là ; Rav Yossef renverse l'argument, la femme étant comme le corps même de l'homme. Deux baraitot s'opposent, chacun les répartit à sa manière, et la discussion se résout en un désaccord entre tanaïm.

Suivent les mesures de ce qui compte comme nudité : les fesses selon Rav Houna, le poil qui dépasse, puis le tefah, la cuisse, la voix et la chevelure, tous rapportés par Rachi à la lecture du Chema devant sa propre femme. Le daf se ferme sur Rabbi : la manière de suspendre les tefilin, puis sa tenue corporelle pendant la prière.

Deux personnes dans un même lit : qui peut lire le Chema ? Question de Rav Yossef fils de Rav Nehounya à Rav Yehouda Chacun détourne le visage et lit le Chema : permis ou interdit ? Chemouel Permis, et même si sa femme est avec lui Raison : le visage détourné suffit à écarter la pensée ; face à face, tous s'accordent que c'est interdit Le permis va du plus dur au plus facile : sa femme, donc à plus forte raison un autre Rav Yossef Permis avec sa femme seulement Raison : sa femme est comme son corps, il y est accoutumé et la pensée ne s'éveille pas ; un autre n'a pas ce statut L'ordre s'inverse : la femme est le cas facile, l'étranger le cas difficile Les deux baraitot L'une autorise deux hommes qui détournent le visage ; l'autre exige un vêtement séparateur entre lui et sa maisonnée. Issue de la guemara Rav Yossef doit déjà poser un désaccord entre tanaïm pour le cas de la femme ; Chemouel le pose aussi pour l'étranger.
La question porte sur le même fait, la nudité de deux corps sous une même couverture ; les deux amoraïm divergent sur le sens du visage détourné et sur l'ordre du kal va-homer.
Ce qui compte comme ervah (nudité) devant le Chema Ne fait pas écran à la lecture Les fesses — Rav Houna : elles ne relèvent pas de la nudité Le poil qui dépasse du vêtement — Rav Papa : un poil, un poil La chevelure des jeunes filles qui vont tête découverte — selon le Roch Fait écran à la lecture Un tefah découvert chez la femme — Rabbi Yitshak La cuisse — Rav Hisda, d'après Isaie La voix — Chemouel, d'après le Cantique La chevelure — Rav Chechet, d'après le Cantique La distinction de Rachi, reprise par le Roch Regarder : la mesure ne joue pas, car regarder le petit doigt d'une autre femme vaut déjà regarder l'endroit intime. Lire le Chema : la mesure joue, et il s'agit de sa propre femme, devant laquelle un tefah découvert arrête la lecture. La condition commune retenue par le Roch Il s'agit d'une partie du corps que l'usage tient couverte. Ce qui est habituellement découvert reste hors de la règle, et pour son propre corps la femme assise peut prélever la halla et bénir.
Le daf sépare deux questions que le vocabulaire de ervah confond : la mesure de ce qui interdit le regard, et la mesure de ce qui interrompt la lecture du Chema.
Suspendre les tefilin : trois manières, deux réponses Baraita : celui qui suspend ses tefilin, on suspendra sa vie Appui : ta vie sera suspendue devant toi (Deutéronome 28,66), selon les interprètes des textes obscurs Or Rabbi Hanina a vu Rabbi suspendre les siens Par la lanière Le boîtier pend vers le bas Interdit dans les deux réponses C'est là un mépris Par le boîtier Le boîtier repose sur la cheville, la lanière pend Première réponse : permis Seconde réponse : interdit Dans leur étui C'est l'étui qui est suspendu Permis Conduite de Rabbi Ce que la seconde réponse ajoute Les tefilin n'exigent pas d'être posés sur une surface comme un rouleau de la Torah : l'étui suspendu suffit. Le Roch tranche ainsi.
Les deux réponses partagent le même fait rapporté sur Rabbi et divergent sur ce que la baraita interdit ; le Rosh retient la seconde.
1
כֹּל לְנַטּוֹרִינְהוּ טְפֵי עֲדִיף. וְהֵיכָא מַנַּח לְהוּ? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: בֵּין כַּר לְכֶסֶת, שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ.

Tout ce qui assure mieux leur garde est préférable. Et où les place-t-il ?

Rabbi Yirmeya dit : entre le coussin et le matelas, hors de l'aplomb de sa tête.

📜 Rachi (1)
כֹּל לְנַטּוֹרִינְהוּ טְפֵי עֲדִיף לְהוּ מִבִּזְיוֹנֵי כַּמָּה שֶׁהוּא מֻוזְהָר עַל שְׁמִירָתָן מִן הָעַכְבָּרִים וּמִן הַגַּנָּבִים טְפֵי עָדִיף לְהוּ מִבִּזְיוֹנֵי:
Tout ce qui assure mieux leur garde est préférable — plutôt que de les préserver du mépris. Puisqu'il est tenu de les garder des souris et des voleurs, cela leur est préférable au mépris.
💡 Explication

La phrase achève la discussion ouverte au folio précédent sur le rangement des tefilin pendant la nuit. Deux exigences s'y opposent : leur garde (chemira) contre les souris et les voleurs, et le respect qui leur est dû. La guemara tranche que la garde l'emporte, et cherche alors le placement qui satisfait les deux.

La solution de Rabbi Yirmeya est une position intermédiaire : sous la literie, donc gardés, mais hors de l'aplomb de la tête, donc sans être réellement placés sous l'homme.

2
וְהָא תָּנֵי רַבִּי חִייָּא: מַנִּיחָן בְּכוֹבַע, תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו! דְּמַפֵּיק לֵיהּ לְמֻורְשָׁא דְכוֹבַע לְבַר.

Mais Rabbi Hiya a pourtant enseigné : il les place dans l'étui, sous sa tête ! — Il fait dépasser au-dehors la saillie de l'étui.

📜 Rachi (2)
בְּכוֹבַע הוּא הַכִּיס שֶׁלָּהֶם:
Dans l'étui — c'est leur sac.
לְמֻורְשָׁא דְּכוֹבַע שֶׁהַתְּפִילִּין נִכָּרִין בִּבְלִיטָתָן בִּקְצֵה הַכִּיס וְהוּא כְּמֻורְשָׁא:
La saillie de l'étui — les tefilin se reconnaissent à la bosse qu'ils forment au bord du sac, et cette bosse fait comme une arête.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא תָּנֵי רַבִּי חִייָּא מַנִּיחָן בְּכוֹבַע תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו וְאִם תֹּאמַר אֵימָא בְּכוֹבַע שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ שֶׁהֲרֵי בַּבָּרַיְיתָא דִּלְעֵיל נָמֵי תָּנֵי תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו וְלָא פָּרִיךְ מִינֵּיהּ מִשּׁוּם דְּמָצֵינַן לְפָרוֹשֵׁי שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ וְאוֹמֵר הָרַב דא"כ מַאי אִירְיָא בְּכוֹבַע אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בְּכוֹבַע נָמֵי אֶלָּא ש"מ דְּמַיְירֵי אֲפִילּוּ כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ ומ"מ קַשְׁיָא לִישָּׁנֵי דְּמַייְרֵי בְּאִשְׁתּוֹ עִמּוֹ דְּבָעֲיָא כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי וצ"ע:
Mais Rabbi Hiya a enseigné : il les place dans l'étui sous sa tête — Si tu demandes : que l'on dise donc qu'il s'agit de l'étui posé hors de l'aplomb de sa tête, puisque la baraita précédente enseignait elle aussi sous sa tête et que l'on n'a pas objecté à partir d'elle, précisément parce que nous pouvions l'expliquer comme hors de l'aplomb de sa tête. Le Rav répond : s'il en allait ainsi, pourquoi préciser dans l'étui ? Même sans étui ce serait permis. Il faut donc en déduire que la baraita traite même de l'aplomb de sa tête. Il reste toutefois une difficulté : que l'on réponde qu'elle traite du cas où sa femme est avec lui, où l'on exige un contenant dans un contenant. La question demande examen.
💡 Explication

La baraita de Rabbi Hiya contredit la position intermédiaire : elle place l'étui franchement sous la tête. La réponse conserve la règle en jouant sur la forme de l'objet : l'étui est bien sous la tête, mais la bosse que forment les tefilin dépasse vers l'extérieur du lit.

3
בַּר קַפָּרָא צָיַיר לְהוּ בְּכִילְּתָא, וּמַפִּיק לְמֻורְשְׁהוֹן לְבַר. רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידֵּי מַנַּח לְהוּ אַשַּׁרְשִׁיפָא, וּפְרִיס סוּדָרָא עִילָּוַייְהוּ.

Bar Kappara les attachait dans le rideau de son lit et faisait dépasser leur saillie vers l'extérieur. Rav Chicha fils de Rav Idi les posait sur un banc et étendait un linge par-dessus.

📜 Rachi (3)
צִייֵּר לְהוּ בְּכִילְּתָא בַּיְּרִיעָה הַפְּרוּסָה סְבִיבוֹ' מִטָּתוֹ קוֹשְׁרָן:
Il les attachait dans le rideau — dans la toile tendue autour de son lit, il les nouait.
וּמַפִּיק לְמֻורְשְׁהוֹן לְבַר בְּלִיטַת הַקֶּשֶׁר שֶׁהַתְּפִילִּין בּוֹלְטִין מִן הַיְּרִיעָה הָיָה הוֹפֵךְ לְצַד הַחוּץ וְלֹא לְצַד הַמִּטָּה:
Et il faisait dépasser leur saillie vers l'extérieur — la bosse du nœud, là où les tefilin font saillie hors de la toile, il la tournait vers le dehors plutôt que vers le lit.
אַשַּׁרְשִׁיפָא סַפְסָל:
Sur un banc — un banc de bois.
💡 Explication

Deux conduites de maîtres, rapportées comme illustrations. Bar Kappara applique le même principe que la réponse précédente en dehors du lit : les tefilin sont noués dans la toile tendue autour de la couche, la bosse tournée vers le dehors.

Rav Chicha choisit une autre voie : hors du lit, sur un banc, protégé par un linge étendu. La garde est assurée par la proximité et la couverture plutôt que par le contact.

🖼️ Schéma
Où ranger les tefilin pour la nuit : quatre solutions Rabbi Yirmeya Entre le coussin et le matelas Hors de l'aplomb de la tête Rabbi Hiya Dans l'étui, sous la tête La bosse dépasse vers le dehors Bar Kappara Noués dans le rideau du lit Saillie tournée vers l'extérieur Rav Chicha Sur un banc Un linge étendu par-dessus Le principe commun Rester assez près pour garder les tefilin des souris et des voleurs, sans les mettre sous le corps ni les exposer au mépris.
Les quatre solutions cherchent le même équilibre entre la garde et le respect ; elles se distinguent par le moyen employé.
4
אָמַר רַב הַמְנוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף: זִימְנָא חֲדָא הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא, וַאֲמַר לִי: זִיל אַיְיתִי לִי תְּפִילִּין. וְאַשְׁכַּחְתִּינְהוּ בֵּין כַּר לְכֶסֶת, שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ. וַהֲוָה יָדַעְנָא דְּיוֹם טְבִילָה הֲוָה, וּלְאַגְמוֹרַן הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה הוּא דַּעֲבַד.

Rav Hamnouna fils de Rav Yossef dit : une fois je me tenais devant Rava, et il me dit : va me chercher mes tefilin. Je les ai trouvés entre le coussin et le matelas, hors de l'aplomb de sa tête.

Or je savais que c'était le jour de l'immersion, et il n'a agi ainsi que pour nous enseigner la halakha en acte.

📜 Rachi (2)
יוֹם טְבִילָה הֲוָה יוֹם שֶׁטָּבְלָה אִשְׁתּוֹ דַּהֲוָה לֵיהּ לֵיל תַּשְׁמִישׁ וְהַיְינוּ כִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר אֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ:
C'était le jour de l'immersion — le jour où sa femme s'est immergée, donc la nuit de l'union conjugale. Cela suit Chemouel, qui dit : même lorsque sa femme est avec lui.
וּלְאַגְמוֹרַן הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה מַה שֶׁצִּוַּנִי לַהֲבִיאָם לוֹ לֹא עָשָׂה אֶלָּא לְלַמְּדֵנִי הֲלָכָה לַעֲשׂוֹת מַעֲשֶׂה כִּשְׁמוּאֵל:
Et pour nous enseigner la halakha en acte — ce qu'il m'a ordonné, de les lui apporter, il ne l'a fait que pour m'enseigner la règle à mettre en pratique, conformément à Chemouel.
💡 Explication

Le récit sert de preuve pratique. En envoyant son disciple chercher ses tefilin, Rava lui fait constater leur emplacement, et le disciple comprend que l'envoi lui-même était l'enseignement.

La précision du jour de l'immersion est décisive : c'était donc une nuit d'union conjugale, et Rava a néanmoins gardé ses tefilin dans le lit. La conduite tranche donc en faveur de Chemouel, qui permet même lorsque la femme est là. C'est ce que signifie halakha le-maasse, une règle enseignée par l'acte plutôt que par la formule.

5
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַב נְחוּנְיָא מֵרַב יְהוּדָה: שְׁנַיִם שֶׁיְּשֵׁנִים בְּמִטָּה אַחַת, מַהוּ שֶׁזֶּה יַחֲזִיר פָּנָיו וְיִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע, וָזֶה יַחֲזִיר פָּנָיו וְיִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר שְׁמוּאֵל: וַאֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ.

Rav Yossef fils de Rav Nehounya demanda à Rav Yehouda : deux hommes qui dorment dans un même lit, celui-ci peut-il détourner son visage et lire le Chema, et celui-là détourner son visage et lire le Chema ? Il lui dit : ainsi a dit Chemouel — et même si sa femme est avec lui.

📜 Rachi (1)
וַאֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ שֶׁיַּחֲזִיר פָּנָיו דְּכָל זְמַן שֶׁהֵן פּוֹנִים פָּנִים כְּנֶגֶד פָּנִים פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּאָסוּר דְּאִיכָּא הִרְהוּר נְגִיעַת עֶרְוָה עַל יְדֵי אֶבְרֵי תַּשְׁמִישׁ:
Et même sa femme avec lui — à condition qu'il détourne le visage. Car tant qu'ils sont face à face, il lui est évident que c'est interdit, puisqu'il y a la pensée et le contact des parties intimes.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁנַיִם שֶׁהָיוּ יְשֵׁנִים בַּמִּטָּה וא"ת וַהֲלֹא רוֹאֶה עֶרְוַת עַצְמוֹ וי"ל שֶׁיּוֹצִיא רֹאשׁוֹ לַחוּץ וא"ת וַהֲרֵי לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה וְי"ל דְּקָסָבַר לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה מֻותָּר אִי נָמֵי חוֹצֵץ בְּבִגְדוֹ כְּנֶגֶד לִבּוֹ:
Deux hommes qui dormaient dans un lit — Si tu demandes : il voit pourtant sa propre nudité ! On peut répondre qu'il sort sa tête au-dehors. Et si tu demandes : son cœur voit pourtant la nudité ! On peut répondre qu'il tient que la nudité vue par le cœur reste permise ; ou bien qu'il fait écran avec son vêtement devant son cœur.
⚖️ Rosh (1)
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַב נְחוּנְיָא מֵרַב יְהוּדָה שְׁנַיִם שֶׁהָיוּ יְשֵׁנִים בְּטַלִּית אֶחָד מַהוּ שֶׁזֶּה יַחֲזִיר פָּנָיו וְיִקְרָא ק"ש וָזֶה יַחֲזִיר פָּנָיו וְיִקְרָא ק"ש א"ל הָכִי אָמַר שְׁמוּאֵל וַאֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ. מַתְקִיף לַהּ רַב יוֹסֵף אִשְׁתּוֹ וְלָא מִיבַּעְיָא אַחֵר אַדְּרַבָּה אִשְׁתּוֹ כְּגוּפוֹ אַחֵר לָאו כְּגוּפוֹ. מֵיתִיבִי שְׁנַיִם שֶׁהָיוּ יְשֵׁנִים בְּטַלִּית אֶחָד זֶה מַחֲזִיר פָּנָיו וְקוֹרֵא ק"ש וָזֶה מַחֲזִיר פָּנָיו וְקוֹרֵא ק"ש וְתַנְיָא אִידָךְ הָיָה יָשֵׁן בַּמִּטָּה וּבָנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ בְּצִדּוֹ לֹא יִקְרָא ק"ש אא"כ הָיְתָה טַלִּית מַפְסֶקֶת בֵּינֵיהֶם. וְאִם הָיוּ בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ קְטַנִּים מֻותָּר. בִּשְׁלָמָא לְרַב יוֹסֵף לֹא קַשְׁיָא הָא בְּאִשְׁתּוֹ הָא בְּאַחֵר אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל קַשְׁיָא. אָמַר לְךָ שְׁמוּאֵל לְרַב יוֹסֵף מִי נִיחָא וְהָא תַּנְיָא הָיָה יָשֵׁן בַּמִּטָּה וְאִשְׁתּוֹ יְשֵׁנָה בְּצִדּוֹ לֹא יַחֲזִיר פָּנָיו וְיִקְרָא אא"כ הָיְתָה טַלִּית מַפְסֶקֶת בֵּינֵיהֶם. אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר אִשְׁתּוֹ לְרַב יוֹסֵף תַּנָּאֵי הִיא. לְדִידִי נָמֵי אַחַר תַּנָּאֵי הִיא. פָּסַק רַב אִלְפָּס כְּרַב יוֹסֵף דְּאִשְׁתּוֹ כְּגוּפוֹ וּמֻותָּר לְהַחֲזִיר פָּנָיו וְלִקְרוֹת אֲבָל אַחֵר לָאו כְּגוּפוֹ הוּא וְאָסוּר וְרַבֵּינוּ יִצְחָק זַ"ל כָּתַב כֵּיוָן דְּלָא אִיפְּסִיק הִלְכְתָא לֹא כִּשְׁמוּאֵל וְלֹא כְּרַב יוֹסֵף עָבְדִינַן לְחוּמְרָא כְּבָרַייְתָא דִּפְלִיגָא אַדְּרַב יוֹסֵף וְלֹא יִקְרָא אֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ אִם אֵין טַלִּיתוֹ מַפְסֶקֶת בֵּינוֹ לְבֵינָהּ אע"ג דְּהָאָמוֹרָא יֵשׁ לוֹ כֹּחַ לְשַׁבֵּשׁ הַבָּרַיְיתָא כִּדְאָמַר רָבָא לְעֵיל וְאַף עַל גַּב דְּאִיתּוֹתַב שְׁמוּאֵל הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ. ה"מ הֵיכָא דְּהָאָמוֹרָא יוֹדֵעַ הַבָּרַייְתָא וּמְשַׁבֵּשׁ אוֹתָהּ אֲבָל אִם הָאָמוֹרָא אוֹמֵר דָּבָר מִסְּבָרָא דְּנַפְשֵׁיהּ וְנִמְצָא בָּרַיְיתָא דְּלָא כְּוָותֵיהּ סָמְכִינַן אַבָּרַיְיתָא דְּאִילּוּ הָיָה יוֹדֵעַ הָאָמוֹרָא הַבָּרַייְתָא לָא הֲוָה פְּלִיג עֲלָהּ. אָמַר מַר הָיוּ בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ קְטַנִּים מֻותָּר וְעַד כַּמָּה. אָמַר רַב חִסְדָּא תִּינֹוקֶת בַּת אַחַת עֶשְׂרֵה שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד תִּינוֹק בֶּן שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁנָה וְיוֹם אֶחָד. אִידִי וְאִידִי עַד דְּאִיכָּא שָׁדַיִם נָכֹונוּ וּשְׂעָרֵךְ צִמֵּחַ. וְכָתַב רַבֵּינוּ מֹשֶׁה זַ"ל דַּווְקָא לִשְׁתַּיִם עֶשְׂרֵה וּלְאַחַת עֲשָׂרָה בָּעֵינַן שָׁדַיִם נָכֹונוּ וּשְׂעָרֵךְ צִמֵּחַ. אֲבָל כְּשֶׁהִגִּיעַ תִּינוֹק לי"ג וְתִינֹוקֶת לי"ב אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא הֵבִיאוּ הַסִּימָנִים כְּבָר יָצְאוּ מִתּוֹרַת קְטַנִּים וְאֵין קוֹרֵא עִמָּהֶם בְּלֹא הַפְסָקָה וְאִם הֵבִיאוּ אֵלּוּ הַסִּימָנִים קֹודֶם אַחַת עֶשְׂרֵה לְתִינֹוקֶת וי"ב לְתִינוֹק לָא חָיְישִׁינַן לְהוּ וּמֻותָּר:
Rav Yossef fils de Rav Nehounya demanda à Rav Yehouda : deux hommes qui dormaient sous un même talit, celui-ci peut-il détourner son visage et lire le Chema, et celui-là détourner son visage et lire le Chema ? Il lui dit : ainsi a dit Chemouel, et même si sa femme est avec lui. Rav Yossef objecte : sa femme, et à plus forte raison un autre ? Au contraire, sa femme est comme son propre corps, un autre n'est pas comme son corps. On objecte : deux hommes qui dormaient sous un même talit, celui-ci détourne son visage et lit le Chema et celui-là détourne son visage et lit le Chema ; et il a été enseigné ailleurs : celui qui dormait dans son lit, avec ses enfants et les gens de sa maison à ses côtés, ne lit pas le Chema à moins qu'un talit ne les sépare, et si ses enfants et les gens de sa maison étaient petits, c'est permis. Pour Rav Yossef il n'y a pas de difficulté : l'une traite de sa femme, l'autre d'un autre. Mais pour Chemouel, la difficulté demeure. Chemouel pourra te dire : et pour Rav Yossef, cela va-t-il bien ? Il a pourtant été enseigné : celui qui dormait dans son lit et dont la femme dort à ses côtés ne détourne pas son visage pour lire, à moins qu'un talit ne sépare entre lui et elle. Que dois-tu donc dire ? Que pour Rav Yossef le cas de sa femme fait l'objet d'un désaccord entre tanaïm ; pour moi aussi, le cas d'un autre fait l'objet d'un désaccord entre tanaïm. Rav Alfas a tranché comme Rav Yossef : sa femme est comme son corps, il est permis de détourner le visage et de lire ; un autre n'a pas ce statut et cela est interdit. Rabbenou Yits'hak, de mémoire bénie, a écrit : puisque la halakha n'a été tranchée ni comme Chemouel ni comme Rav Yossef, nous agissons par rigueur selon la baraita qui contredit Rav Yossef, et l'on ne lit pas même si sa femme est avec lui tant que son talit ne sépare pas entre lui et elle. Et bien qu'un amora ait le pouvoir de corriger une baraita, comme l'a dit Rava plus haut, que la halakha suit Chemouel bien qu'il ait été réfuté, cela vaut là où l'amora connaît la baraita et la corrige ; mais si l'amora énonce une chose de son propre raisonnement et qu'il se trouve une baraita en sens contraire, nous nous appuyons sur la baraita, car s'il l'avait connue il ne l'aurait pas contredite. Le Maître a dit : si ses enfants et les gens de sa maison étaient petits, c'est permis. Et jusqu'à quel âge ? Rav Hisda dit : une fillette de onze ans et un jour, un garçon de douze ans et un jour ; dans l'un et l'autre cas, jusqu'à ce que les seins soient formés et le poil poussé. Et Rabbenou Moche, de mémoire bénie, a écrit que c'est précisément pour douze ans et onze ans que l'on exige les seins formés et le poil poussé ; mais lorsque le garçon a atteint treize ans et la fillette douze, même sans avoir produit ces signes, ils sont déjà sortis de la catégorie des petits et l'on ne lit pas auprès d'eux sans séparation ; et s'ils ont produit ces signes avant onze ans pour la fillette et douze ans pour le garçon, nous n'en tenons pas compte et c'est permis.
💡 Explication

Le même questionneur ouvre une seconde sougya, bâtie sur la première. On dormait sans vêtement ; deux corps nus se trouvent donc sous une même couverture, et la question est de savoir si le fait de détourner le visage suffit à rendre la lecture du Chema possible.

La réponse de Chemouel va au-delà de la question posée : elle permet même lorsque la personne couchée est sa femme. Rachi précise la limite implicite : face à face, tous s'accordent que la lecture est interdite, en raison de la pensée et du contact.

6
מַתְקִיף לַהּ רַב יוֹסֵף: אִשְׁתּוֹ וְלָא מִיבַּעְיָא אַחֵר?! אַדְּרַבָּה, אִשְׁתּוֹ כְּגוּפוֹ, אַחֵר לָאו כְּגוּפוֹ.

Rav Yossef objecte : sa femme, et à plus forte raison un autre ?! Au contraire : sa femme est comme son propre corps, un autre n'est pas comme son corps.

📜 Rachi (1)
אִשְׁתּוֹ כְּגוּפוֹ וְרָגִיל בָּהּ וְלֵיכָּא הִרְהוּר כֻּולֵּי הַאי:
Sa femme est comme son propre corps — il en a l'habitude, et la pensée n'y prend pas une telle force.
💡 Explication

Rav Yossef attaque la forme même de la réponse de Chemouel. Dire et même sa femme suppose que la femme constitue le cas le plus difficile, et que la permission descend ensuite vers l'étranger.

Rav Yossef renverse l'échelle : l'habitude conjugale émousse la pensée, tandis qu'un corps étranger l'éveille. La femme devient le cas facile, l'étranger le cas difficile, et la permission de Chemouel se retourne en interdiction pour le cas qu'il croyait acquis.

7
מֵיתִיבִי: שְׁנַיִם שֶׁיְּשֵׁנִים בְּמִטָּה אַחַת — זֶה מַחֲזִיר פָּנָיו וְקוֹרֵא, וָזֶה מַחֲזִיר פָּנָיו וְקוֹרֵא. וְתַנְיָא אַחֲרִיתִי: הַיָּשֵׁן בְּמִטָּה, וּבָנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ בְּצִדּוֹ, הֲרֵי זֶה לֹא יִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע, אֶלָּא אִם כֵּן הָיְתָה טַלִּית מַפְסֶקֶת בֵּינֵיהֶן. וְאִם הָיוּ בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ קְטַנִּים — מֻותָּר.

On objecte : deux hommes qui dorment dans un même lit — celui-ci détourne son visage et lit, et celui-là détourne son visage et lit. Et il a été enseigné dans une autre baraita : celui qui dort dans un lit, avec ses enfants et les gens de sa maison à ses côtés, ne lit pas le Chema, à moins qu'un talit ne les sépare.

Et si ses enfants et les gens de sa maison étaient petits, c'est permis.

💡 Explication

La guemara pose les deux baraitot côte à côte. La première se contente du visage détourné entre deux hommes ; la seconde exige un talit séparateur entre l'homme et sa maisonnée. La dernière clause introduit une exception pour les enfants en bas âge, qui sera mesurée plus loin.

8
בִּשְׁלָמָא לְרַב יוֹסֵף לֹא קַשְׁיָא, הָא אִשְׁתּוֹ, וְהָא בְּאַחֵר. אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל קַשְׁיָא?

Pour Rav Yossef, il n'y a pas de difficulté : l'une traite de sa femme, l'autre d'un autre. Mais pour Chemouel, la difficulté demeure.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא לְרַב יוֹסֵף דְּאָמַר אִשְׁתּוֹ הִיא דְּשָׁרְיָא אֲבָל אַחֵר לֹא מְתָרֵץ לְהוּ לְמַתְנִיתָא הָא בְּאִשְׁתּוֹ הָא בְּאַחֵר וְהָא דְּקָתָנֵי בְּנֵי בֵּיתוֹ אֵינוֹ אִשְׁתּוֹ:
Pour Rav Yossef — qui dit que sa femme est permise mais non un autre : il résout les deux baraitot, l'une traitant de sa femme et l'autre d'un autre ; et ce qui est enseigné, les gens de sa maison, ne désigne pas sa femme.
💡 Explication

La répartition de Rav Yossef tombe juste : la baraita permissive parle de deux hommes, la baraita exigeante de la femme, incluse selon lui dans les gens de sa maison. Chemouel, qui permet dans les deux cas, n'a aucune baraita à laquelle rattacher l'exigence du talit.

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אָמַר לָךְ שְׁמוּאֵל: לְרַב יוֹסֵף מִי נִיחָא? וְהָתַנְיָא הָיָה יָשֵׁן בַּמִּטָּה, וּבָנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ בַּמִּטָּה — לֹא יִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע אֶלָּא אִם כֵּן הָיְתָה טַלִּיתוֹ מַפְסֶקֶת בֵּינֵיהֶן. אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר — אִשְׁתּוֹ לְרַב יוֹסֵף תַּנָּאֵי הִיא, לְדִידִי נָמֵי תַּנָּאֵי הִיא.

Chemouel pourra te dire : et pour Rav Yossef, cela va-t-il bien ? Il a pourtant été enseigné : celui qui dormait dans son lit, avec ses enfants et les gens de sa maison dans le lit, ne lit pas le Chema à moins que son talit ne les sépare !

Que dois-tu donc dire ? Que pour Rav Yossef le cas de sa femme fait l'objet d'un désaccord entre tanaïm ; pour moi aussi, c'est un désaccord entre tanaïm.

📜 Rachi (2)
הָיָה יָשֵׁן בַּמִּטָּה וּבְנֵי בֵּיתוֹ וְאִשְׁתּוֹ בִּכְלַל בֵּיתוֹ:
Il dormait dans son lit avec les gens de sa maison — et sa femme est comprise dans les gens de sa maison.
לְדִידִי נָמֵי בֵּין אִשְׁתּוֹ בֵּין אַחֵר פְּלוּגְתָּא דְהָנֵי תַנָּאֵי הִיא:
Pour moi aussi — qu'il s'agisse de sa femme ou d'un autre, c'est le désaccord de ces tanaïm.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתַנְיָא הָיָה יָשֵׁן בַּמִּטָּה וּבְנֵי בֵּיתוֹ וְכוּ' פֵּי' רַשִׁ"י אִשְׁתּוֹ בִּכְלַל בֵּיתוֹ וְלָא נְהִירָא חֲדָא דְּלָא אַשְׁכְּחַן אִשְׁתּוֹ דְּמִקַּרְיָא בְּנֵי בֵּיתוֹ וְעוֹד לְפֵירוּשׁוֹ הול"ל וְהָא קָתָנֵי כָּאן כֵּיוָן דְּאַבָּרַייְתָא דִּלְעֵיל קָאֵי אֲבָל מִדְּקָאָמַר וְהָתַנְיָא מַשְׁמַע דְּבָרַייְתָא אַחֶרֶת הִיא וְאוֹמֵר ה"ר יוֹסֵף דְּגָרְסִינַן הָיָה יָשֵׁן בַּמִּטָּה וְאִשְׁתּוֹ יְשֵׁנָה בְּצִדּוֹ לֹא יַחֲזִיר פָּנָיו וְיִקְרָא אא"כ הָיְתָה טַלִּית מַפְסֶקֶת בֵּינוֹ לְבֵינָהּ:
Et il a été enseigné : il dormait dans son lit avec les gens de sa maison — Rachi explique que sa femme est comprise dans les gens de sa maison. Cela ne paraît pas juste. D'abord, nous ne trouvons pas que la femme soit appelée les gens de sa maison. Ensuite, selon son explication, il aurait fallu dire et voilà qu'il est enseigné ici, puisque cela porte sur la baraita précédente ; or du fait qu'il dit et il a été enseigné, cela indique qu'il s'agit d'une autre baraita. Rabbi Yossef dit qu'il faut lire : celui qui dormait dans son lit et dont la femme dort à ses côtés ne détourne pas son visage pour lire, à moins qu'un talit ne sépare entre lui et elle.
💡 Explication

Chemouel retourne la difficulté. Rav Yossef doit lui aussi affronter une baraita qui exige le talit alors même qu'il s'agit de la femme, celle dont il dit qu'elle est comme le corps de l'homme. Il devra donc admettre un désaccord entre tanaïm sur ce point.

La réponse de Chemouel se contente d'étendre ce même recours : le cas de l'étranger fait lui aussi l'objet d'un désaccord entre tanaïm, et il retient l'avis permissif. La discussion s'achève sans trancher, ce qui explique les positions divergentes rapportées par le Roch.

🖼️ Schéma
Comment chacun répartit les deux baraitot Baraita A : deux hommes, visage détourné, permis Baraita B : la maisonnée, talit séparateur exigé Rav Yossef A parlé de sa femme, B parle d'un autre Mais une troisième baraita exige le talit même pour la femme Il doit donc poser un désaccord entre tanaïm Chemouel Aucune répartition possible, puisqu'il permet dans les deux cas Il emploie le même recours que son contradicteur, élargi à l'étranger Le mouvement de l'argument Une fois que l'adversaire recourt lui-même au désaccord entre tanaïm, ce recours cesse d'être une faiblesse.
Chemouel ne résout pas la contradiction : il montre que son contradicteur emploie déjà le moyen qu'on lui reproche.
10
אָמַר מָר: זֶה מַחֲזִיר פָּנָיו וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע. וְהָא אִיכָּא עֲגָבוֹת! מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַב הוּנָא, דְּאָמַר רַב הוּנָא: עַגָּבוֹת אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם עֶרְוָה. לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַב הוּנָא: הָאִשָּׁה יוֹשֶׁבֶת, וְקוֹצָה לָהּ חַלָּתָהּ עֲרוּמָה, מִפְּנֵי שֶׁיְּכוֹלָה לְכַסּוֹת פָּנֶיהָ בְּקַרְקַע, אֲבָל לֹא הָאִישׁ.

Le Maître a dit : celui-ci détourne son visage et lit le Chema. Mais il y a les fesses ! — Cela appuie Rav Houna, car Rav Houna a dit : les fesses ne relèvent pas de la nudité.

Dirons-nous qu'un enseignement appuie Rav Houna : la femme s'assied et prélève sa halla toute nue, parce qu'elle peut couvrir ses parties contre le sol, tandis que l'homme ne le peut pas.

📜 Rachi (3)
הָא אִיכָּא עֲגָבוֹת דְּנָגְעִי אַהֲדָדֵי:
Mais il y a les fesses — qui se touchent l'une l'autre.
וְקוֹצֶה חַלָּתָהּ עֲרוּמָה וְאַף עַל פִּי שְׂעָרוּם אָסוּר לְבָרֵךְ אִשָּׁה יוֹשֶׁבֶת מֻותֶּרֶת שֶׁבִּישִׁיבָתָהּ פָּנֶיהָ שֶׁלְּמַטָּה מְכֻוסִּים בַּקַּרְקַע:
Et elle prélève sa halla toute nue — bien qu'il soit interdit à un homme nu de bénir, une femme assise y est autorisée, car dans cette position ses parties inférieures sont couvertes par le sol.
אֲבָל לֹא הָאִישׁ מִפְּנֵי שֶׁהַבֵּיצִים וְהַגִּיד בּוֹלְטִין וְנִרְאִין וְאַף עַל פִּי שֶׁמְּגֻולּוֹת עַגְבוֹתָיו וְהַיְינוּ סִיַּיעְתָּא:
Tandis que l'homme ne le peut pas — parce que ses organes font saillie et restent visibles. Et cela bien que ses fesses soient découvertes : voilà l'appui.
💡 Explication

La guemara revient sur la baraita permissive et objecte : les deux corps se touchent, les fesses restent découvertes. Si la lecture reste possible, c'est donc que cette partie du corps n'a pas le statut de ervah, ce que Rav Houna énonce ailleurs.

On cherche alors un appui dans une michna sur le prélèvement de la halla, part prélevée sur la pâte, qui exige une bénédiction. La femme assise peut la prélever nue, puisque le sol couvre ses parties ; l'homme ne le peut pas, ses organes restant visibles. L'appui tient à un détail : les fesses de la femme assise demeurent découvertes, et la bénédiction reste permise.

11
תַּרְגְּמַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: כְּגוֹן שֶׁהָיוּ פָּנֶיהָ טוּחוֹת בַּקַּרְקַע.

Rav Nahman bar Yitshak l'a expliqué : il s'agit du cas où ses parties sont plaquées contre le sol.

📜 Rachi (1)
כְּגוֹן שֶׁהָיוּ פָּנֶיהָ טוּחוֹת דְּבוּקוֹת וּמְכֻוסּוֹת בַּקַּרְקַע טוּחוֹת מַשְׁמַע לָשׁוֹן שְׁעִיעוּת טִיחַ חָלָק שֶׁאֵינָהּ בּוֹלֶטֶת אפלטיירש"א בְּלַעַ"ז:
Où ses parties sont plaquées — collées et couvertes par le sol. Le terme exprime le lisse et l'enduit, ce qui ne fait aucune saillie ; aplati en langue vernaculaire.
💡 Explication

L'appui tombe. Rav Nahman bar Yitshak lit la michna d'une manière qui couvre aussi les fesses : la femme est assise à même le sol, le corps applique contre lui, sans qu'aucune partie fasse saillie. La michna ne dit donc rien du statut des fesses, et l'avis de Rav Houna reste sans preuve.

12
אָמַר מַר: אִם הָיוּ בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ קְטַנִּים, מֻותָּר: וְעַד כַּמָּה? אָמַר רַב חִסְדָּא: תִּינֹוקֶת בַּת שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד, וְתִינוֹק בֶּן תֵּשַׁע שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד. אִיכָּא דְאָמְרִי: תִּינֹוקֶת בַּת אַחַת עֶשְׂרֵה שָׁנָה וְיוֹם אֶחָד, וְתִינוֹק בֶּן שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁנָה וְיוֹם אֶחָד. אִידֵּי וְאִידֵּי עַד כְּדַי ״שָׁדַיִם נָכֹנוּ וּשְׂעָרֵךְ צִמֵּחַ״.

Le Maître a dit : si ses enfants et les gens de sa maison étaient petits, c'est permis. Et jusqu'à quel âge ?

Rav Hisda dit : une fillette de trois ans et un jour, un garçon de neuf ans et un jour. D'autres disent : une fillette de onze ans et un jour, un garçon de douze ans et un jour.

Dans l'un et l'autre cas, jusqu'à ce que les seins soient formés et le poil poussé.

📜 Rachi (2)
בַּת שָׁלֹשׁ וּבֶן תֵּשַׁע שֶׁהוּא זְמַן שֶׁהֵן בָּאִין לִכְלַל בִּיאָה:
Trois ans et neuf ans — c'est l'âge auquel ils entrent dans la catégorie de l'union charnelle.
בַּת י"א וּבֶן י"ב זְמַן שֶׁהֵן בָּאוֹת לִכְלַל שְׂעָרוֹת וּשְׁדֵיהֶן נְכוֹנִים שֶׁמִּשָּׁם וְאֵילָךְ בָּאוֹת לִכְלַל [בִּיאָה] שֶׁאָדָם מִתְאַוֶּה לָהֶן:
Onze ans et douze ans — l'âge où elles atteignent la pilosité et où leurs seins se forment ; à partir de là elles entrent dans cette catégorie et deviennent objet de désir.
⚖️ Rosh (1)
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַב נְחוּנְיָא מֵרַב יְהוּדָה מַהוּ שֶׁיַּנִּיחַ אָדָם תְּפִילִּין תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו. תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו לָא קָמִבַּעְיָא לִי מִפְּנֵי שֶׁנּוֹהֵג בָּהֶם מִנְהַג בִּזָּיוֹן כִּי קָמִבַּעְיָא לִי תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו מַאי א"ל הָכִי אָמַר שְׁמוּאֵל מֻותָּר וַאֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ. וְהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל ואע"ג דְּאִיתּוֹתַב מ"ט כֹּל לְנַטְּרִינְהוּ טְפֵי עָדִיף. הֵיכָא מַנִּיחָן אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה מַנִּיחָן בֵּין כַּר לְכֶסֶת שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ אָמַר רַב נְחֶמְיָה בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף יוֹמָא חַד הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא וַאֲמַר לִי זִיל אַיְיתִי לִי תְּפִילִּין וַאֲתַאי וְאַשְׁכַּחְתִּינְהוּ בֵּין כַּר לְכֶסֶת שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד רֹאשׁוֹ וַהֲוָה יָדַעְנָא דְּהַהוּא יוֹמָא יוֹם טְבִילָה הֲוָה וּלְאַגְמוֹרֵי הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה הוּא דְּבָעֵי:
Rav Yossef fils de Rav Nehounya demanda à Rav Yehouda : un homme peut-il placer ses tefilin sous sa tête ? Sous ses pieds, je ne le demande pas, car il agit envers eux d'une manière méprisante ; ce que je demande, c'est sous sa tête : qu'en est-il ? Il lui dit : ainsi a dit Chemouel, c'est permis, et même si sa femme est avec lui. Et la halakha suit Chemouel, bien qu'il ait été réfuté. Pour quelle raison ? Tout ce qui assure mieux leur garde est préférable. Où les place-t-il ? Rabbi Yirmeya dit : il les place entre le coussin et le matelas, hors de l'aplomb de sa tête. Rav Nehemya fils de Rav Yossef dit : un jour je me tenais devant Rava et il me dit, va me chercher mes tefilin. Je vins et les trouvai entre le coussin et le matelas, hors de l'aplomb de sa tête. Et je savais que ce jour-là était le jour de l'immersion, et qu'il voulait seulement enseigner la halakha en acte.
💡 Explication

La guemara mesure la clause finale de la baraita. Deux seuils sont proposés, chacun tiré d'un domaine différent. Le premier retient l'âge auquel l'acte charnel prend un statut juridique, trois ans et neuf ans. Le second retient l'âge de la maturité physique, onze et douze ans.

La dernière phrase ramène les deux chiffres à un critère réel : la présence des simanim, les signes de puberté, énoncés par le verset d'Ezechiel. Les âges fixent une présomption, et le corps décide.

🖼️ Schéma
Jusqu'à quel âge un enfant reste-t-il petit pour cette règle ? Rav Hisda Fillette : 3 ans et un jour Garçon : 9 ans et un jour Critère : l'âge où l'acte charnel compte Autre version Fillette : 11 ans et un jour Garçon : 12 ans et un jour Critère : l'âge où le désir s'éveille Le critère qui commande les deux Les simanim, signes de puberté, d'après le verset d'Ezechiel : les seins formés et le poil poussé. Selon Maimonide, cité par le Roch, ces signes sont exigés jusqu'à 11 et 12 ans ; à 12 et 13 ans l'enfant sort de la catégorie même sans eux.
Les âges servent de présomption, la maturité réelle décide.
13
אֲמַר לֵיהּ רַב כָּהֲנָא לְרַב אָשֵׁי: הָתָם אָמַר רָבָא: אַף עַל גַּב דִּתְיוּבְתָּא דִּשְׁמוּאֵל, הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל. הָכָא מַאי? אֲמַר לֵיהּ: אַטּוּ כֻּולְּהוּ בַּחֲדָא מַחְתָּא מְחִתִּינְהוּ? אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיתְּמַר — אִיתְּמַר, וְהֵיכָא דְּלָא אִיתְּמַר — לָא אִיתְּמַר.

Rav Kahana dit à Rav Achi : là-bas, Rava a dit que bien que Chemouel ait été réfuté, la halakha suit Chemouel. Ici, qu'en est-il ?

Il lui répondit : sont-ils donc tous tissés d'un seul tissage ? Plutôt : là où cela a été dit, cela a été dit ; là où cela n'a pas été dit, cela n'a pas été dit.

📜 Rachi (3)
הָתָם אָמַר רָבָא גַּבֵּי תְּפִילִּין תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו דְּקָאָמַר שְׁמוּאֵל אַפֵּי' אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ הֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל:
Là-bas, Rava a dit — à propos des tefilin sous la tête, où Chemouel dit même lorsque sa femme est avec lui : la halakha suit Chemouel.
הָכָא גַּבֵּי שְׁנַיִם שֶׁהֵם יְשֵׁנִים דְּקָא שָׁרֵי שְׁמוּאֵל בְּאִשְׁתּוֹ עִמּוֹ מַאי:
Ici — à propos de deux hommes qui dorment ensemble, où Chemouel permet même lorsque sa femme est avec lui : qu'en est-il ?
מַחְתָּא מְחָתִינְהוּ בַּאֲרִיגָה אַחַת אֲרַגְתָּם:
Tissés d'un seul tissage — les avez-vous tissés d'une seule et même trame ?
💡 Explication

Rav Kahana tente une généralisation. Puisque Rava a maintenu la halakha selon Chemouel pour les tefilin malgré la réfutation, peut-on faire de même ici, pour le lit partagé ?

Rav Achi refuse le raisonnement par analogie. L'image du tissage unique dit que chaque décision de halakha porte sur son cas propre. Une conclusion explicite vaut là où elle a été formulée ; ailleurs, la question reste ouverte, et c'est bien pourquoi les décisionnaires cités par le Roch divergeront.

14
אֲמַר לֵיהּ רַב מָרִי לְרַב פָּפָּא: שֵׂעָר יוֹצֵא בְּבִגְדוֹ מַהוּ? קְרָא עָלֶיהָ: שֵׂעָר, שֵׂעָר.

Rav Mari dit à Rav Papa : un poil qui sort de son vêtement, qu'en est-il ? Il lui répondit : un poil, un poil.

📜 Rachi (2)
יָצָא שְׂעָרוֹ בְּבִגְדוֹ שֶׁנִּקַּב בִּגְדוֹ כְּנֶגֶד זָקָן הַתַּחְתּוֹן וְיָצָא מִן הַשֵּׂעָר בַּנֶּקֶב מַהוּ מִי הָוֵי עֶרְוָה לִקְרוֹת ק"ש כְּנֶגְדּוֹ אוֹ לֹא:
Son poil sort de son vêtement — son vêtement est percé à l'endroit de la pilosité inférieure et un poil sort par le trou. Est-ce une nudité devant laquelle on ne lit pas le Chema, ou non ?
שַׁעַר שַׁעַר כְּלוֹמַר מַה בְּכָךְ:
Un poil, un poil — c'est-à-dire : qu'importe ?
💡 Explication

La question porte sur le seuil : un vêtement percé laisse passer un poil de la pilosité inférieure ; ce peu suffit-il à constituer une nudité devant laquelle on ne lit pas ?

La réponse de Rav Papa refuse la question par sa forme même. Répéter le mot revient à dire que la règle vise ce qui se voit et se compte comme découvert, sans descendre à cette finesse.

15
אָמַר ר׳ יִצְחָק: טֶפַח בָּאִשָּׁה עֶרְוָה. לְמַאי? אִילֵּימָא לְאִסְתַּכּוֹלֵי בָּהּ, וְהָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לָמָּה מָנָה הַכָּתוּב תַּכְשִׁיטִין שֶׁבַּחוּץ עִם תַּכְשִׁיטִין שֶׁבִּפְנִים — לוֹמַר לָךְ כָּל הַמִּסְתַּכֵּל בְּאֶצְבַּע קְטַנָּה שֶׁל אִשָּׁה, כְּאִילּוּ מִסְתַּכֵּל בִּמְקוֹם הַתֹּורֶף.

Rabbi Yitshak dit : un tefah chez la femme est une nudité. À quel égard ?

Si tu dis que c'est pour interdire de la regarder — Rav Chechet a pourtant dit : pourquoi l'Écriture a-t-elle énumère les parures extérieures avec les parures intérieures ? Pour te dire que quiconque regarde le petit doigt d'une femme, c'est comme s'il regardait l'endroit intime.

📜 Rachi (3)
לְאִסְתַּכּוֹלֵי בָּהּ אִם אֵשֶׁת אִישׁ הִיא:
Pour la regarder — s'il s'agit d'une femme mariée.
תַּכְשִׁיטִין שֶׁבִּפְנִים כּוּמָז דְּפוּס שֶׁל בֵּית הָרֶחֶם שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין לִבְנוֹתֵיהֶן וְנוֹקְבִין כָּותְלֵי בֵּית הָרֶחֶם כְּדֶרֶךְ שֶׁנּוֹקְבִין אֶת הָאָזְנַיִם וְתוֹחֲבִין אוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִזְדַּקְּקוּ לָהֶן זְכָרִים:
Les parures intérieures — le koumaz, une plaque destinée au lieu de la matrice que l'on fabriquait pour leurs filles ; on perçait les parois comme on perce les oreilles et on l'y fixait, afin que les hommes ne s'approchent pas d'elles.
עִם תַּכְשִׁיטִין שֶׁבַּחוּץ אֶצְעָדָה וְצָמִיד הֵן הֵבִיאוּ אוֹתָן עַל כַּפָּרַת הִרְהוּר עֲבֵירָה שֶׁנִּסְתַּכְּלוּ בִּבְנוֹת מִדְיָן:
Avec les parures extérieures — le bracelet de cheville et le bracelet de poignet. Ils les ont apportés en expiation de la pensée de faute, pour avoir regardé les filles de Midian.
⚖️ Rosh (1)
א"ר יִצְחָק טֶפַח בָּאִשָּׁה עֶרְוָה לְמַאי הִלְכְתָא אִילֵּימָא לְאִסְתַּכּוֹלֵי בָּהּ וְהָאָמַר רַב שֵׁשֶׁת לָמָּה מָנָה הַכָּתוּב תַּכְשִׁיטִין שֶׁבִּפְנִים עִם תַּכְשִׁיטִין שֶׁבַּחוּץ לוֹמַר לְךָ כָּל מִי שֶׁמִּסְתַּכֵּל בְּאֶצְבַּע קְטַנָּה שֶׁל אִשָּׁה כְּאִילּוּ מִסְתַּכֵּל בִּמְקוֹם הַתֻּורְפָּה לָא קַשְׁיָא הָא בְּאַחֶרֶת וְהָא בְּאִשְׁתּוֹ ולק"ש. וְדָבָר שֶׁרָגִיל לִהְיוֹת מְכֻוסֶּה בְּאִשָּׁה וְדַוְקָא בְּאַחֶרֶת אֲבָל בְּעַצְמָהּ הָא אָמְרִי' לְעֵיל הָאִשָּׁה יוֹשֶׁבֶת עֲרוּמָה וְקוֹצֶה חַלָּתָהּ: וְאָמַר רַב חִסְדָּא שׁוֹק בָּאִשָּׁה עֶרְוָה שֶׁנֶּאֱמַר גַּלִּי שׁוֹק עִבְרִי נְהָרוֹת וּכְתִיב תָּגֵל עֵרוּתְךָ. אָמַר שְׁמוּאֵל קוֹל בָּאִשָּׁה עֶרְוָה שֶׁנֶּאֱמַר כִּי קֻולָּךְ עָרֵב פֵּירוּשׁ לִשְׁמֹועַ וְלֹא לְעִנְיַן ק"ש. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת שֵׂעָר בָּאִשָּׁה עֶרְוָה בְּנָשִׁים שֶׁדַּרְכָּן לְכַסּוֹת שְׂעָרָן אֲבָל בְּתוּלוֹת שֶׁדַּרְכָּן לֵילֵךְ פְּרוּעוֹת מֻותָּר לִקְרוֹת כְּנֶגְדָּן:
Rabbi Yitshak dit : un tefah chez la femme est une nudité. À quelle règle cela s'applique-t-il ? Si tu dis que c'est pour la regarder — Rav Chechet a pourtant dit : pourquoi l'Écriture a-t-elle énumère les parures intérieures avec les parures extérieures ? Pour te dire que quiconque regarde le petit doigt d'une femme, c'est comme s'il regardait l'endroit intime. Il n'y a pas de difficulté : l'un traite d'une autre femme, l'autre de sa propre femme et de la lecture du Chema. Et il s'agit d'une partie du corps que l'usage tient couverte chez la femme, et précisément chez une autre femme ; pour elle-même, nous avons dit plus haut que la femme s'assied nue et prélève sa halla. Et Rav Hisda dit : la cuisse chez la femme est une nudité, car il est dit, découvre la cuisse, traverse les fleuves, et il est écrit, ta nudité sera dévoilée. Chemouel dit : la voix chez la femme est une nudité, car il est dit, car ta voix est douce — cela vaut quant à l'écouter, sans porter sur la lecture du Chema. Rav Chechet dit : la chevelure chez la femme est une nudité — chez les femmes dont l'usage est de se couvrir les cheveux ; mais les jeunes filles dont l'usage est d'aller tête découverte, il est permis de lire en face d'elles.
💡 Explication

Rabbi Yitshak fixe une mesure : un tefah, la largeur d'une main, environ huit centimètres. La guemara demande aussitôt à quelle règle cette mesure s'applique.

Elle écarte la première hypothèse par l'enseignement de Rav Chechet sur les parures offertes après la guerre de Midian. Le verset mélange les bijoux portés au-dehors et ceux portés sous le vêtement, ce qui enseigne que le regard porte avec une intention impure atteint déjà sa faute sur le petit doigt. Aucune mesure ne joue donc dans le domaine du regard, et le tefah doit se rapporter à autre chose.

16
אֶלָּא בְּאִשְׁתּוֹ וְלִקְרִיאַת שְׁמַע.

Il s'agit plutôt de sa propre femme, et au regard de la lecture du Chema.

📜 Rachi (1)
לְאִשְׁתּוֹ ולק"ש אִם טֶפַח מְגֻולֶּה בָּהּ לֹא יִקְרָא ק"ש כְּנֶגְדָּהּ:
Sa femme et la lecture du Chema — si un tefah d'elle est découvert, il ne lit pas le Chema en face d'elle.
💡 Explication

La guemara résout en déplaçant le domaine d'application. La mesure du tefah appartient à la lecture du Chema, et vise le corps de sa propre femme, celui qu'il a le droit de regarder. Un espace découvert de cette taille arrête la lecture ; en deçà, la lecture demeure.

17
אָמַר רַב חִסְדָּא: שׁוֹק בְּאִשָּׁה עֶרְוָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גַּלִּי שׁוֹק עִבְרִי נְהָרוֹת״, וּכְתִיב: ״תָּגֵל עֵרוּתְךָ וְגַם תִּרְאֶה חֶרְפָּתְךָ״. אָמַר שְׁמוּאֵל: קוֹל בְּאִשָּׁה — עֶרְוָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי קוֹלֵךְ עָרֵב וּמַרְאֶךָ נָאוָה״. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: שֵׂעָר בְּאִשָּׁה עֶרְוָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שֶׁעֵרֶךְ כְּעֵדֶר הָעִזִּים״.

Rav Hisda dit : la cuisse chez la femme est une nudité, car il est dit : découvre la cuisse, traverse les fleuves, et il est écrit : ta nudité sera dévoilée et ta honte sera vue. Chemouel dit : la voix chez la femme est une nudité, car il est dit : car ta voix est douce et ton visage agréable.

Rav Chechet dit : la chevelure chez la femme est une nudité, car il est dit : ta chevelure est comme un troupeau de chèvres.

📜 Rachi (4)
שׁוֹק בְּאֵשֶׁת אִישׁ:
La cuisse — chez une femme mariée.
עֶרְוָה לְהִסְתַּכֵּל וְכֵן בְּאִשְׁתּוֹ לק"ש:
Une nudité — quant à la regarder ; et de même chez sa propre femme, au regard de la lecture du Chema.
גַּלֵּי שׁוֹק וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ תִּגָּל עֶרְוָתְךָ:
Découvre la cuisse — et il est écrit ensuite : ta nudité sera dévoilée.
קוֹלְךָ עָרֵב מִדִּמְשַׁבַּח לָהּ קְרָא בְּגַוַּהּ שְׁמַע מִינָּה תַּאֲוָה הִיא:
Ta voix est douce — puisque le verset la loue sur ce point, on en déduit qu'elle est objet de désir.
💡 Explication

Trois énoncés bâtis sur le même moule que celui de Rabbi Yitshak, chacun appuyé sur un verset. Rav Hisda tire son appui d'un enchaînement chez Isaie, où l'ordre de découvrir la cuisse est suivi immédiatement de la mention de la nudité dévoilée.

Chemouel et Rav Chechet raisonnent autrement : la voix et la chevelure sont louées comme objets d'attrait dans le Cantique des cantiques, et cette louange établit qu'elles éveillent le désir. Rachi rapporte l'ensemble aux deux domaines distingués plus haut, le regard porte sur une autre femme et la lecture du Chema devant la sienne.

18
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי שֶׁתָּלָה תְּפִילָּיו. מֵיתִיבִי: הַתּוֹלֶה תְּפִילָּיו יִתָּלוּ לוֹ חַיָּיו!

Rabbi Hanina dit : j'ai vu Rabbi suspendre ses tefilin. On objecte : celui qui suspend ses tefilin, on suspendra sa vie !

📜 Rachi (1)
הַתּוֹלֶה תְּפֵילָיו בְּיָתֵד יִתְלוּ חַיָּיו:
Celui qui suspend ses tefilin — à une cheville : on suspendra sa vie.
⚖️ Rosh (1)
א"ר חֲנִינָא אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי שֶׁתָּלָה תְּפִילָּיו. מֵיתִיבִי הַתּוֹלֶה תְּפִילִּין יִתְלוּ חַיָּיו דּוֹרְשֵׁי חֲמוּרוֹת אָמְרוּ וְהָיוּ חַיֶּיךָ תְּלֻואִים לְךָ מִנֶּגֶד זֶה הַתּוֹלֶה תְּפִילִּין. וְאַסִּיקְנָא רַבִּי בְּכִיסְתָּא תָּלָה אֲבָל תְּפִילִּין גּוּפַייְהוּ אָסוּר לִתְלוֹתָן בֵּין בִּרְצוּעָה בֵּין בִּקְצִיצָה:
Rabbi Hanina dit : j'ai vu Rabbi suspendre ses tefilin. On objecte : celui qui suspend ses tefilin, on suspendra sa vie. Les interprètes des textes obscurs ont dit : ta vie sera suspendue devant toi, c'est celui qui suspend ses tefilin. Et nous avons conclu que Rabbi les a suspendus dans leur étui ; mais suspendre les tefilin eux-mêmes est interdit, que ce soit par la lanière ou par le boîtier.
💡 Explication

Le daf revient aux tefilin par un témoignage oculaire. Rabbi Hanina a vu Rabbi suspendre les siens, conduite qu'une baraita condamne en des termes graves.

19
דּוֹרְשֵׁי חֲמוּרוֹת אָמְרוּ: ״וְהָיוּ חַיֶּיךָ תְּלֻאִים לְךָ מִנֶּגֶד״, זֶה הַתּוֹלֶה תְּפֵילָיו.

Les interprètes des textes obscurs ont dit : ta vie sera suspendue devant toi — c'est celui qui suspend ses tefilin.

📜 Rachi (2)
דּוֹרְשֵׁי רְשׁוּמוֹת קְשָׁרִים וּסְתוּמִים הַכְּלוּלִים בַּתּוֹרָה דּוֹרְשֵׁי חֲמוּרוֹת גָּרְסִינַן וְהִיא הִיא:
Les interprètes des écrits — les nœuds et les passages fermés contenus dans la Torah. Nous lisons dorchei hamourot, ce qui revient au même.
זֶה הַתּוֹלֶה תְּפֵילָיו שֶׁהַתּוֹרָה חַיָּיו שֶׁל אָדָם וְרָמַז לְךָ הַכָּתוּב שֶׁיִּתְלוּ חַיָּיו:
C'est celui qui suspend ses tefilin — car la Torah est la vie de l'homme, et le verset t'a laissé entendre que sa vie sera suspendue.
💡 Explication

La baraita s'appuie sur un verset des malédictions du Deutéronome. Le mot employé pour la vie suspendue est rapporté à l'objet suspendu, selon la méthode des dorchei hamourot, ceux qui interprètent les passages fermés de l'Écriture.

Rachi donne la raison de fond : la Torah est la vie de l'homme, et le traitement infligé à l'objet qui la porte se reflète sur celui qui le traite ainsi.

20
לָא קַשְׁיָא הָא בִּרְצוּעָה. הָא בִּקְצִיצָה.

Il n'y a pas de difficulté : l'une parle de la lanière, l'autre du boîtier.

📜 Rachi (1)
בִּרְצוּעָה וְהַקְּצִיצָה לְמַטָּה גְּנַאי הוּא לָהֶם אֲבָל תּוֹלֶה הוּא אוֹתָם בִּקְצִיצָה וּתְהֵא הַקְּצִיצָה מֻונַּחַת עַל הַיָּתֵד וְהָרְצוּעָה לְמַטָּה:
Par la lanière — le boîtier se trouvant en bas, c'est une conduite méprisante envers eux ; mais il peut les suspendre par le boîtier, celui-ci reposant sur la cheville et la lanière pendant en dessous.
💡 Explication

Première résolution. La baraita condamne la suspension par la retsoua, la lanière, qui laisse le boîtier pendre dans le vide. Le témoignage sur Rabbi porte sur la suspension par la ketsitsa, le boîtier, posé sur la cheville, la lanière pendant en dessous.

21
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לָא שְׁנָא רְצוּעָה וְלָא שְׁנָא קְצִיצָה — אָסוּר. וְכִי תָּלָה רַבִּי — בְּכִיסְתָּא תְּלָה.

Et si tu veux, dis : il n'y a pas de différence entre la lanière et le boîtier, les deux sont interdits ; et lorsque Rabbi a suspendu, c'est dans leur étui qu'il a suspendu.

📜 Rachi (1)
בְּכִיסְתָּא תְּלָה בְּתוֹךְ תִּיקֵּן הָיוּ וְתָלָה הַתִּיק:
Il les a suspendus dans leur étui — ils se trouvaient dans leur étui, et c'est l'étui qu'il a suspendu.
💡 Explication

Seconde résolution, plus stricte sur les tefilin eux-mêmes. Toute suspension directe est interdite ; ce que Rabbi suspendait, c'était le kissta, l'étui qui les contenait. C'est cette lecture que le Roch retient pour la pratique.

22
אִי הָכִי מַאי לְמֵימְרָא? מַהוּ דְּתֵימָא תִּיבְּעֵי הַנָּחָה כְּסֵפֶר תּוֹרָה — קָא מַשְׁמָע לַן.

S'il en est ainsi, qu'y a-t-il à enseigner ? — Pour que tu ne dises pas qu'ils exigent d'être posés comme un rouleau de la Torah : cela nous l'apprend.

💡 Explication

Si Rabbi n'a fait que suspendre un étui, le témoignage semble sans portée. La guemara répond qu'il écarte une exigence que l'on aurait pu supposer : traiter les tefilin comme un sefer Torah, qui demande d'être déposé sur une surface. L'étui suspendu suffit.

23
וְאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי שֶׁגִּיהֵק וּפִיהֵק וְנִתְעַטֵּשׁ וְרָק

Et Rabbi Hanina dit : j'ai vu Rabbi roter, bâiller, éternuer et cracher

📜 Rachi (4)
שֶׁגִּיהֵק ריט"ייר בְּלַעַ"ז פְּעָמִים שֶׁאָדָם מוֹצִיא מִגּוּפוֹ לְפִיו נְפִיחָה מִתּוֹךְ שָׂובְעוֹ וְרֵיחָהּ כְּרֵיחַ הַמַּאֲכָל שֶׁאָכַל:
Roter — en langue vernaculaire. Il arrive que l'homme fasse remonter de son corps vers sa bouche un souffle du fait de sa satiété, dont l'odeur est celle de l'aliment consommé.
פִּיהֵק באליי"ר בְּלַעַ"ז חֵיךְ מַלְקוֹחָיו פּוֹתֵחַ לְהוֹצִיא רוּחַ הַפֶּה מָלֵא כְּאָדָם שֶׁרוֹצֶה לִישֹׁן אוֹ שֶׁעָמַד מִשֵּׁינָה:
Bâiller — en langue vernaculaire. Il ouvre les mâchoires pour laisser sortir le souffle d'une bouche pleine, comme un homme qui veut dormir ou qui se lève du sommeil.
וְנִתְעַטֵּשׁ שטרנוד"ר בְּלַעַ"ז וְיֵשׁ שֶׁדּוֹרְשִׁים גִּיהֵק נוֹטָרִיקוֹן גּוֹ הֵקִים שטריליי"ר פִּיהֵק פִּיו הֵקִים:
Éternuer — en langue vernaculaire. Et certains interprètent guihek comme un notarikon, il a dressé le corps ; et pihek, il a ouvert la bouche.
וְרַק ע"ג קַרְקַע:
Et cracher — sur le sol.
⚖️ Rosh (1)
א"ר חֲנִינָא אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי שֶׁגִּיהֵק וּפִיהֵק וְנִתְעַטֵּשׁ וְרָק. וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ בִּתְפִלָּתוֹ. וְלֹא הָיָה מִתְעַטֵּף. וְהָיָה מַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ. וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ פירש"י לְהַעֲבִיר הֲכָנָה הָעוֹקַצְתּוֹ וְלֹא הָיָה מִתְעַטֵּף בְּטַלִּיתוֹ אִם נָפַל. וּתְרֵי מִילֵּי נִינְהוּ ור"ח פֵּירֵשׁ דַּחֲדָא מִילְּתָא הִיא כְּלוֹמַר הָיָה מְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ וְתִקְּנוּ שֶׁלֹּא יִפֹּול מֵעַל רֹאשׁוֹ אֲבָל אִם נָפַל מֵעָלָיו לֹא הָיָה מִתְעַטֵּף בּוֹ דַּחֲשִׁיב לֵיהּ הֶפְסֵק וּמַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ פרש"י בְּשָׁעָה שֶׁהָיָה מִתְעַטֵּשׁ אוֹ מְפַהֵק שֶׁלֹּא יִרְאֶה פְּתִיחַת פִּיו. וְרַב אִלְפָּס גּוֹרֵס לֹא הָיָה מַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ בִּשְׁעַת תְּפִלָּה מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כְּגַסֵּי הָרוּחַ. מֵיתִיבִי הַמַּשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִקְּטַנֵּי אֲמָנָה וְהַמַּגְבִּיהַּ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִנְּבִיאֵי הַשֶּׁקֶר. וְהַמְגַהֵק וְהַמְפַהֵק בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִגַּסֵּי הָרוּחַ. הַמִּתְעַטֵּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ סִימָן רַע לוֹ. וי"א נִיכָּר שֶׁהוּא מְכֹועָר. הָרָק בִּתְפִלָּתוֹ כְּאִילּוּ רָק לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ. בִּשְׁלָמָא מְגַהֵק וּמִפַּהַק ל"ק כָּאן לְאָונְסוֹ וְכָאן לִרְצוֹנוֹ אֶלָּא מִתְעַטֵּשׁ אַמִּתְעַטֵּשׁ קַשְׁיָא. לָא קַשְׁיָא כָּאן מִלְּמַעְלָה כָּאן מִלְּמַטָּה. דְּאָמַר רַב הַמְנוּנָא הַמִּתְעַטֵּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ סִימָן יָפֶה לוֹ כְּשֵׁם שֶׁעוֹשִׂין לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַטָּה כָּךְ עוֹשִׂין לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַעְלָה. אֶלָּא רָק אַרָק קַשְׁיָא. רָק אַרָק נָמֵי לָא קַשְׁיָא אֶפְשָׁר כִּדְרַב יְהוּדָה דְּאָמַר רַב יְהוּדָה נִזְדַּמֵּן לוֹ רֹוק מַבְלִיעוֹ בִּכְסוּתוֹ. וְאִם טַלִּיתוֹ נָאָה מַבְלִיעוֹ בַּאֲפַרְקְסוּתוֹ. אָמַר רָבִינָא זִימְנָא חֲדָא הֲוָה קָאֵימְנָא אֲחוֹרֵי דְּרַב אַשִּׁי אִיתְרַמִּי לֵיהּ רֹוק פַּתְקֵיהּ לַאֲחוֹרֶיהָ וְאָמֵינָא לֵיהּ לָא סָבַר מָר לְהָא דְּרַב יְהוּדָה. אֲמַר לִי אֲנָא אֲנִינָא דַּעְתַּאי. בַּיְּרוּשַׁלְמִי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי מְפַהֵק וּמִתְעַטֵּשׁ וְנוֹתֵן יָדוֹ עַל פִּיו. אֲבָל אֵינוֹ רוֹקֵק. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אֲפִילּוּ רוֹקֵק כְּדֵי שֶׁיְּהֵא פִּיהוּ נָקִי. לְפָנָיו אָסוּר לְאַחֲרָיו מֻותָּר. לִימִינוֹ אָסוּר לִשְׂמֹאלוֹ מֻותָּר דִּכְתִיב יִפֹּול מִצִּדְּךָ אֶלֶף וְגוֹ'. כ"ע מוֹדוֹ דְּרָקוּק אַמְנְטוֹלִין דְּהוּא אָסוּר פֵּירֵשׁ הַנָּגִיד כִּמְטַייֵּל כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא מֵאֹונֶס רִיבָּ"ל אָמַר הָרוֹקֵק בְּבֵית הַכְּנֶסֶת כְּרוֹקֵק בָּבַת עֵינוֹ רַבִּי יוֹנָה רָקִיק וְשָׁיֵיף רַבִּי יִרְמְיָה וְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר חֲלַפְתָּא אָמְרוּ הַמִּתְפַּלֵּל אַל יְרֹוק עַד שֶׁיֵּלֵךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְכֵן הָרוֹקֵק אַל יִתְפַּלֵּל עַד שֶׁיֵּלֵךְ אַרְבַּע אַמּוֹת. וְכֵן הַמַּטִּיל מַיִם אַל יִתְפַּלֵּל עַד שֶׁיֵּלֵךְ ד' אַמּוֹת וּלְקַמָּן בְּפֶ' בָּתְרָא (בְּרָכוֹת דַּף סב:) שָׁרֵינַן רְקִיקָה וּמִנְעָל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת:
Rabbi Hanina dit : j'ai vu Rabbi roter, bâiller, éternuer et cracher, tâter son vêtement pendant sa prière, sans se draper, et poser sa main sur son menton. Tâter son vêtement : Rachi explique que c'était pour écarter une vermine qui le piquait ; et il ne se drapait pas de son talit s'il tombait — ce sont là deux choses distinctes. Rabbenou Hananel explique qu'il s'agit d'une seule chose : il tâtait son vêtement et l'ajustait pour qu'il ne tombe pas de sa tête, mais s'il en tombait il ne s'en drapait plus, tenant cela pour une interruption. Et il posait sa main sur son menton : Rachi explique que c'était au moment où il éternuait ou bâillait, pour que l'ouverture de sa bouche ne soit pas vue. Et Rav Alfas lit qu'il ne posait pas sa main sur son menton pendant la prière, parce que cela a l'apparence de l'arrogance. On objecte : celui qui fait entendre sa voix pendant sa prière est de ceux dont la foi est petite ; celui qui élève la voix pendant sa prière est des prophètes de mensonge ; celui qui rote et bâille pendant sa prière est des arrogants ; celui qui éternue pendant sa prière, c'est un mauvais signe pour lui, et certains disent que l'on reconnaît la qu'il est repoussant ; celui qui crache pendant sa prière, c'est comme s'il crachait devant le roi. Passe encore pour roter et bâiller, il n'y a pas de difficulté : ici lorsque c'est subi, là lorsque c'est voulu. Mais éternuer contre éternuer fait difficulté. Il n'y a pas de difficulté : ici par le haut, là par le bas. Car Rav Hamnouna a dit : celui qui éternue pendant sa prière, c'est un bon signe pour lui ; de même qu'on lui procure un apaisement en bas, ainsi lui en procure-t-on en haut. Mais cracher contre cracher fait difficulté. Cracher contre cracher ne fait pas non plus difficulté : on peut l'expliquer selon Rav Yehouda, qui a dit que s'il lui vient un crachat il l'absorbe dans son vêtement, et si son talit est beau, il l'absorbe dans son écharpe. Ravina dit : une fois je me tenais derrière Rav Achi ; un crachat lui vint et il le projeta derrière lui. Je lui dis : mon maître ne tient-il pas l'enseignement de Rav Yehouda ? Il me répondit : moi, j'ai la sensibilité délicate. Dans le Talmud de Jérusalem : Rabbi Hanina dit, j'ai vu Rabbi bâiller et éternuer en mettant sa main sur sa bouche, mais il ne crachait pas. Rabbi Yo'hanan dit : même cracher, afin que sa bouche soit propre. Devant lui c'est interdit, derrière lui c'est permis ; à sa droite c'est interdit, à sa gauche c'est permis, car il est écrit : mille tomberont à ton côté. Tous s'accordent à dire que cracher dans un linge est interdit — le Naguid explique : comme celui qui se promène, c'est-à-dire sans y être contraint. Rabbi Yehochoua ben Levi dit : celui qui crache dans la synagogue, c'est comme s'il crachait dans la prunelle de son œil. Rabbi Yona crachait puis frottait. Rabbi Yirmeya et Rabbi Chemouel bar Halafta ont dit : celui qui prie ne crache pas avant d'avoir marché quatre coudées, et de même celui qui crache ne prie pas avant d'avoir marché quatre coudées ; et de même celui qui urine ne prie pas avant d'avoir marché quatre coudées. Et plus loin, au dernier chapitre (Berakhot 62b), nous permettons de cracher et de porter des chaussures dans la synagogue.
💡 Explication

Le folio se ferme sur un second témoignage de Rabbi Hanina, qui ouvre la sougya de la tenue du corps pendant la prière et se poursuit au folio suivant. Rachi glose chacun des quatre gestes, avec leur équivalent en langue vernaculaire.

Le Roch, qui rapporte ici la suite entière, montre l'enjeu : une baraita condamne ces mêmes gestes chez celui qui prie, et la guemara les répartira selon qu'ils sont subis ou voulus.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).