Berakhot 24b — Le corps pendant la prière : roter, bâiller, éternuer, cracher ; puis le Chema dans les ruelles souillées

Berakhot 24b

Sougya : Le folio part de la conduite de Rabbi pendant sa prière : il tâtait son vêtement, ne s'enveloppait pas de son talit tombé, posait sa main sur son menton quand il bâillait. Une baraita objecte en condamnant précisément ces gestes : faire entendre sa voix, l'élever, roter, bâiller, éternuer, cracher.

La guemara résout chaque contradiction par une distinction : contrainte contre volonté, éternuement par le haut contre éternuement par le bas, salive absorbée dans le talit ou dans le foulard. Rav Zera transmet au nom de la maison de Rav Hamnouna que l'éternuement pendant la prière est un bon signe, et Rabbi Abba, venu écouter Rav Yehouda de l'extérieur, y trouve la prière Maître du monde, tu nous as formés avec des orifices.

La seconde moitié du folio passe au Chema : la séparation à faire quand on dort nu dans son talit, le principe du cœur qui voit la nudité, puis la longue divergence entre Rav Houna et Rabbi Yo'hanan, qui permettent de réciter le Chema en traversant des ruelles souillées en posant la main sur la bouche, et Rav Hisda, qui l'interdit. Deux baraitot sont produites, une pour chaque avis, et le folio se ferme sur les versets qui sanctionnent celui qui ne s'interrompt pas et récompensent celui qui s'interrompt.

Quatre gestes du corps pendant la prière : le reproche et la sortie Le geste Ce qu'en dit la baraita La distinction qui sauve la conduite de Rabbi Faire entendre sa voix Il est de ceux dont la foi est petite ; et s'il l'élève, des faux prophètes. Rav Houna : permis à qui ne peut pas diriger son cœur à voix basse. Seul oui ; en assemblée non, car il dérangerait les autres. Roter, bâiller Il est de ceux qui ont l'esprit grossier. Par contrainte : permis, et Rabbi couvrait alors sa bouche. De son plein gré : c'est le reproche. Éternuer Mauvais signe pour lui ; et certains disent qu'il est manifestement repoussant. Par le haut : bon signe, contentement en bas comme en haut. Par le bas : s'écarter de quatre coudées, attendre que le vent se dissipe, puis reprendre. Cracher Comme s'il crachait devant le roi. Il l'absorbe dans son talit ; si le talit est beau, dans son foulard. Ravina, lui, la projette derrière. La baraita vise le geste voulu et exhibé ; la conduite de Rabbi relève de la contrainte, discrètement couverte.
La première moitié du folio en un tableau : quatre gestes, le reproche de la baraita, et la distinction qui permet la conduite de Rabbi.
Le Chema dans les ruelles souillées : deux positions, deux baraitot Rav Houna au nom de Rabbi Yo'hanan Il pose sa main sur sa bouche et récite le Chema. La main tenue devant la bouche suffit à permettre. Rav Hisda Par Hachem ! Même dit de sa propre bouche par le maître, je ne l'aurais pas écouté. Il ne récite pas. Deux objections, une même réponse Rav Houna interdit au sage de se tenir en lieu souillé, car il y penserait à la Torah. Rabbi Yo'hanan interdit de penser à la Torah aux bains et au lieu d'aisance. Réponse : là à l'arrêt, ici en marchant. L'épisode de Rabbi Abbahou Il marche derrière Rabbi Yo'hanan, récite, se tait à la ruelle souillée, puis demande où reprendre. Réponse : moi je ne le tiens pas ainsi ; c'est toi qui t'es interrompu, donc pour toi, reprends au début. Baraita conforme à Rav Houna Il pose sa main sur sa bouche et récite le Chema. Baraita conforme à Rav Hisda Il ne récite pas ; et s'il récitait déjà, il s'interrompt. La guemara laisse les deux baraitot en présence et passe aux conséquences de l'interruption. S'il ne s'est pas interrompu Des lois qui n'étaient pas bonnes ; il traîne la faute avec des cordes de vanité ; il a méprisé la parole. S'il s'est interrompu Et par cette parole vous prolongerez vos jours : la retenue de la parole vaut longueur de jours.
La seconde moitié du folio : la divergence sur la récitation en marchant, les objections résolues par la distinction arrêt / marche, les deux baraitot, et la sanction ou la récompense.
Où passe la séparation : le cou, le cœur, les reins le corps Le cou premier tanna : il applique le talit contre son cou et récite. Le cœur certains disent : la séparation doit passer au cœur. Les reins Rav Houna : le talit ceint aux reins suffit, même torse nu. Sous les reins : la nudité. Toute la question est de savoir si le cœur qui la voit empêche de réciter le Chema. Le Roch tranche : le cœur qui voit la nudité est interdit ; la séparation passe au cœur.
Les trois niveaux de séparation discutés dans le folio, et la conclusion halakhique du Roch.
1
וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ, אֲבָל לֹא הָיָה מִתְעַטֵּף. וּכְשֶׁהוּא מְפַהֵק הָיָה מַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ.

et il tâtait son vêtement, mais il ne s'enveloppait pas. Et lorsqu'il bâillait, il posait sa main sur son menton.

📜 Rachi (3)
וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ לְהַעֲבִיר הַכִּינָּה הָעוֹקַצְתּוֹ:
Et il tâtait son vêtement — pour écarter le pou qui le piquait.
אֲבָל לֹא הָיָה מִתְעַטֵּף אִם נָפְלָה טַלִּיתוֹ כְּשֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל לֹא הָיָה נוֹטְלָהּ וּמִתְעַטֵּף שֶׁלֹּא לְהַפְסִיק:
Mais il ne s'enveloppait pas — si son talit tombait pendant qu'il priait, il ne le reprenait pas pour s'en envelopper, afin de ne pas interrompre.
עַל סַנְטֵרוֹ מנטו"ן בְּלַעַ"ז שֶׁלֹּא תִּרְאֶה פְּתִיחַת פִּיו:
Sur son menton — manton en langue vernaculaire, afin que l'ouverture de sa bouche ne soit pas vue.
🗂️ Tossefot (1)
וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ פרש"י לְהַעֲבִיר הֵכִינָה הָעוֹקַצְתּוֹ אֲבָל לֹא מִתְעַטֵּף אִם נָפְלָה טַלִּיתוֹ וּתְרֵי מִילֵּי נִינְהוּ. ור"ח פִּי' דַּחֲדָא מִילְּתָא הִיא פִּי' מְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ תִּקֵּן שֶׁלֹּא יִפֹּול מֵעַל רֹאשׁוֹ אֲבָל אִם נָפַל מֵעַל רֹאשׁוֹ לֹא הָיָה מִתְעַטֵּף שֶׁהֲרֵי הִיא הַפְסָקָה אִם מִתְעַטֵּף כֵּיוָן שֶׁנָּפַל לְגַמְרֵי אֲבָל לְתַקֵּן קְצָת שֶׁלֹּא יִפֹּול לָא הָוֵי הַפְסָקָה:
Et il tâtait son vêtement — Rachi a expliqué : pour écarter le pou qui le piquait ; et mais il ne s'enveloppait pas, si son talit était tombé. Ce sont donc deux affaires distinctes. Rabbenou Hananel a expliqué qu'il s'agit d'une seule affaire : il tâtait son vêtement et l'arrangeait pour qu'il ne tombe pas de sa tête ; mais s'il était tombé de sa tête, il ne s'en enveloppait pas, car s'envelopper est une interruption dès lors qu'il est complètement tombé, tandis que l'arranger un peu pour qu'il ne tombe pas n'est pas une interruption.
⚖️ Rosh (1)
א"ר חֲנִינָא אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי שֶׁגִּיהֵק וּפִיהֵק וְנִתְעַטֵּשׁ וְרָק. וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ בִּתְפִלָּתוֹ. וְלֹא הָיָה מִתְעַטֵּף. וְהָיָה מַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ. וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ פירש"י לְהַעֲבִיר הֲכָנָה הָעוֹקַצְתּוֹ וְלֹא הָיָה מִתְעַטֵּף בְּטַלִּיתוֹ אִם נָפַל. וּתְרֵי מִילֵּי נִינְהוּ ור"ח פֵּירֵשׁ דַּחֲדָא מִילְּתָא הִיא כְּלוֹמַר הָיָה מְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ וְתִקְּנוּ שֶׁלֹּא יִפֹּול מֵעַל רֹאשׁוֹ אֲבָל אִם נָפַל מֵעָלָיו לֹא הָיָה מִתְעַטֵּף בּוֹ דַּחֲשִׁיב לֵיהּ הֶפְסֵק וּמַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ פרש"י בְּשָׁעָה שֶׁהָיָה מִתְעַטֵּשׁ אוֹ מְפַהֵק שֶׁלֹּא יִרְאֶה פְּתִיחַת פִּיו. וְרַב אִלְפָּס גּוֹרֵס לֹא הָיָה מַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ בִּשְׁעַת תְּפִלָּה מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כְּגַסֵּי הָרוּחַ. מֵיתִיבִי הַמַּשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִקְּטַנֵּי אֲמָנָה וְהַמַּגְבִּיהַּ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִנְּבִיאֵי הַשֶּׁקֶר. וְהַמְגַהֵק וְהַמְפַהֵק בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִגַּסֵּי הָרוּחַ. הַמִּתְעַטֵּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ סִימָן רַע לוֹ. וי"א נִיכָּר שֶׁהוּא מְכֹועָר. הָרָק בִּתְפִלָּתוֹ כְּאִילּוּ רָק לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ. בִּשְׁלָמָא מְגַהֵק וּמִפַּהַק ל"ק כָּאן לְאָונְסוֹ וְכָאן לִרְצוֹנוֹ אֶלָּא מִתְעַטֵּשׁ אַמִּתְעַטֵּשׁ קַשְׁיָא. לָא קַשְׁיָא כָּאן מִלְּמַעְלָה כָּאן מִלְּמַטָּה. דְּאָמַר רַב הַמְנוּנָא הַמִּתְעַטֵּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ סִימָן יָפֶה לוֹ כְּשֵׁם שֶׁעוֹשִׂין לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַטָּה כָּךְ עוֹשִׂין לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַעְלָה. אֶלָּא רָק אַרָק קַשְׁיָא. רָק אַרָק נָמֵי לָא קַשְׁיָא אֶפְשָׁר כִּדְרַב יְהוּדָה דְּאָמַר רַב יְהוּדָה נִזְדַּמֵּן לוֹ רֹוק מַבְלִיעוֹ בִּכְסוּתוֹ. וְאִם טַלִּיתוֹ נָאָה מַבְלִיעוֹ בַּאֲפַרְקְסוּתוֹ. אָמַר רָבִינָא זִימְנָא חֲדָא הֲוָה קָאֵימְנָא אֲחוֹרֵי דְּרַב אַשִּׁי אִיתְרַמִּי לֵיהּ רֹוק פַּתְקֵיהּ לַאֲחוֹרֶיהָ וְאָמֵינָא לֵיהּ לָא סָבַר מָר לְהָא דְּרַב יְהוּדָה. אֲמַר לִי אֲנָא אֲנִינָא דַּעְתַּאי. בַּיְּרוּשַׁלְמִי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי מְפַהֵק וּמִתְעַטֵּשׁ וְנוֹתֵן יָדוֹ עַל פִּיו. אֲבָל אֵינוֹ רוֹקֵק. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אֲפִילּוּ רוֹקֵק כְּדֵי שֶׁיְּהֵא פִּיהוּ נָקִי. לְפָנָיו אָסוּר לְאַחֲרָיו מֻותָּר. לִימִינוֹ אָסוּר לִשְׂמֹאלוֹ מֻותָּר דִּכְתִיב יִפֹּול מִצִּדְּךָ אֶלֶף וְגוֹ'. כ"ע מוֹדוֹ דְּרָקוּק אַמְנְטוֹלִין דְּהוּא אָסוּר פֵּירֵשׁ הַנָּגִיד כִּמְטַייֵּל כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא מֵאֹונֶס רִיבָּ"ל אָמַר הָרוֹקֵק בְּבֵית הַכְּנֶסֶת כְּרוֹקֵק בָּבַת עֵינוֹ רַבִּי יוֹנָה רָקִיק וְשָׁיֵיף רַבִּי יִרְמְיָה וְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר חֲלַפְתָּא אָמְרוּ הַמִּתְפַּלֵּל אַל יְרֹוק עַד שֶׁיֵּלֵךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְכֵן הָרוֹקֵק אַל יִתְפַּלֵּל עַד שֶׁיֵּלֵךְ אַרְבַּע אַמּוֹת. וְכֵן הַמַּטִּיל מַיִם אַל יִתְפַּלֵּל עַד שֶׁיֵּלֵךְ ד' אַמּוֹת וּלְקַמָּן בְּפֶ' בָּתְרָא (בְּרָכוֹת דַּף סב:) שָׁרֵינַן רְקִיקָה וּמִנְעָל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת:
Rabbi Hanina a dit : j'ai vu Rabbi qui a roté, bâillé, éternué et craché ; et il tâtait son vêtement pendant sa prière, et il ne s'enveloppait pas, et il posait sa main sur son menton. Et il tâtait son vêtement : Rachi a expliqué, pour écarter le pou qui le piquait ; et il ne s'enveloppait pas de son talit s'il était tombé — ce sont deux affaires distinctes. Rabbenou Hananel a expliqué qu'il s'agit d'une seule affaire, c'est-à-dire qu'il tâtait son vêtement et l'arrangeait pour qu'il ne tombe pas de sa tête ; mais s'il était tombé de sur lui, il ne s'en enveloppait pas, car il tenait cela pour une interruption. Et il posait sa main sur son menton : Rachi a expliqué, au moment où il éternuait ou bâillait, afin que l'ouverture de sa bouche ne soit pas vue. Et Rav Alfas a la version : il ne posait pas sa main sur son menton au moment de la prière, parce que cela a l'apparence de l'orgueil. On objecte : celui qui fait entendre sa voix dans sa prière est de ceux dont la foi est petite ; celui qui élève sa voix dans sa prière est de ceux qui font comme les faux prophètes ; celui qui rote et bâille dans sa prière est de ceux qui ont l'esprit grossier ; celui qui éternue dans sa prière, c'est pour lui un mauvais signe, et certains disent : il est manifeste qu'il est repoussant ; celui qui crache dans sa prière, c'est comme s'il crachait devant le roi. Soit, pour celui qui rote et celui qui bâille il n'y a pas de difficulté : ici lorsque c'est par contrainte, là lorsque c'est de son plein gré ; mais éternuer contre éternuer fait difficulté. Ce n'est pas une difficulté : ici par le haut, là par le bas, car Rav Hamnouna a dit : celui qui éternue dans sa prière, c'est pour lui un bon signe ; de même qu'on lui procure du soulagement en bas, ainsi lui procure-t-on du contentement en haut. Mais cracher contre cracher fait difficulté. Cracher contre cracher non plus ne fait pas difficulté : il est possible de faire selon Rav Yehouda, car Rav Yehouda a dit : s'il lui vient de la salive, il la fait absorber par son vêtement ; et si son talit est beau, il la fait absorber par son foulard. Ravina a dit : une fois je me tenais derrière Rav Achi ; il lui vint de la salive et il la projeta derrière lui. Je lui ai dit : le maître ne tient-il pas cet enseignement de Rav Yehouda ? Il m'a répondu : moi, j'ai la sensibilité délicate. Dans le Yeroushalmi : Rabbi Hanina a dit : j'ai vu Rabbi bâiller, éternuer et poser sa main sur sa bouche, mais il ne crachait pas. Rabbi Yo'hanan a dit : il crachait même, afin que sa bouche soit propre. Devant lui c'est interdit, derrière lui c'est permis ; à sa droite c'est interdit, à sa gauche c'est permis, car il est écrit : il en tombera mille à ton côté, etc. Tous s'accordent qu'il est interdit de cracher sur le manteau ; le Naguid a expliqué : comme celui qui s'y promène, c'est-à-dire lorsque ce n'est pas par contrainte. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui crache dans la synagogue, c'est comme s'il crachait dans la pupille de son œil. Rabbi Yona crachait et effaçait du pied. Rabbi Yirmeya et Rabbi Chemouel bar Halafta ont dit : celui qui prie ne crachera pas avant d'avoir marché quatre coudées, et celui qui crache ne priera pas avant d'avoir marché quatre coudées ; et de même celui qui urine ne priera pas avant d'avoir marché quatre coudées. Et plus loin, au dernier chapitre (Berakhot 62b), nous permettons de cracher et de garder sa chaussure dans la synagogue.
💡 Explication

Le folio reprend la description de la conduite de Rabbi pendant sa prière, commencée au folio précédent. Deux gestes sont opposés : il se permettait de tâter son vêtement, mais il s'abstenait de s'envelopper à nouveau si son talit tombait. Rachi voit là deux affaires distinctes : le premier geste chasse un pou, le second serait une interruption de la prière.

Rabbenou Hananel, cité par Tossefot, lit une seule affaire : il rattrapait le talit qui glissait, ce qui ne compte pas comme interruption, mais il ne recommençait pas l'enveloppement une fois le talit entièrement tombé. Le troisième geste, la main sur le menton, sert la pudeur : la bouche ouverte du bâillement ne devait pas se voir.

2
מֵיתִיבִי: הַמַּשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ — הֲרֵי זֶה מִקְּטַנֵּי אֲמָנָה. הַמַּגְבִּיהַּ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִנְּבִיאֵי הַשֶּׁקֶר.

On objecte : celui qui fait entendre sa voix dans sa prière, celui-là est de ceux dont la foi est petite. Celui qui élève sa voix dans sa prière, celui-là est de ceux qui font comme les faux prophètes.

📜 Rachi (2)
הֲרֵי זֶה מִקְּטַנֵּי אֲמָנָה כְּאִילּוּ אֵין הקב"ה שׁוֹמֵעַ תְּפִלַּת לַחַשׁ וּמַגְבִּיהַּ הַרְבֵּה:
Celui-là est de ceux dont la foi est petite — comme si le Saint béni soit-Il n'entendait pas la prière murmurée, et il élève beaucoup la voix.
הֲרֵי זֶה מִנְּבִיאֵי הַשֶּׁקֶר דִּכְתִיב וְיִקְרְאוּ בְּקוֹל גָּדוֹל (מְלָכִים א י״ח:כ״ח):
Celui-là est de ceux qui font comme les faux prophètes — car il est écrit : et ils appelèrent à voix forte (I Rois 18, 28).
💡 Explication

La baraita ouvre la contradiction. Elle énumère des conduites blâmables pendant la amida, et plusieurs d'entre elles sont exactement celles que Rabbi se permettait.

Les deux premières visent la voix. Faire entendre sa voix laisse entendre que la prière murmurée ne serait pas perçue, ce qui revient à une foi petite. L'élever franchement rappelle les prophètes de Baal qui criaient à voix forte pour se faire entendre de leur idole.

3
מְגַהֵק וּמְפַהֵק — הֲרֵי זֶה מִגַּסֵּי הָרוּחַ. הַמִּתְעַטֵּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ — סִימָן רַע לוֹ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: נִיכָּר שֶׁהוּא מְכֹועָר. הָרֹק בִּתְפִלָּתוֹ — כְּאִילּוּ רָק בִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ.

Celui qui rote et celui qui bâille, celui-là est de ceux qui ont l'esprit grossier. Celui qui éternue dans sa prière, c'est pour lui un mauvais signe.

Et certains disent : il est manifeste qu'il est repoussant. Celui qui crache dans sa prière, c'est comme s'il crachait devant le roi.

📜 Rachi (1)
הַמְגַהֵק וְהַמְפַהֵק הֲרֵי זֶה מִגַּסֵּי הָרוּחַ וי"א נִיכָּר שֶׁהוּא מְכֹועָר גָּרְסִינַן:
Notre version est : celui qui rote et celui qui bâille, celui-là est de ceux qui ont l'esprit grossier ; et certains disent : il est manifeste qu'il est repoussant.
💡 Explication

La baraita continue avec trois gestes du corps. Roter et bâiller relèvent de l'esprit grossier, gasse ha-roua'h : la tenue devant le roi ne le souffre pas. L'éternuement est traité comme un signe défavorable, et un second avis y voit la marque d'une laideur manifeste.

Le crachat reçoit l'image la plus forte du passage : cracher devant le roi. C'est cette image qui gouverne toute la sougya, car elle fixe le cadre de la prière comme une audience royale.

4
בִּשְׁלָמָא מְגַהֵק וּמְפַהֵק לָא קַשְׁיָא: כָּאן לְאָונְסוֹ, כָּאן לִרְצוֹנוֹ. אֶלָּא מִתְעַטֵּשׁ אַמִּתְעַטֵּשׁ קַשְׁיָא!

Soit, pour celui qui rote et celui qui bâille il n'y a pas de difficulté : ici lorsque c'est par contrainte, là lorsque c'est de son plein gré. Mais éternuer contre éternuer fait difficulté !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא עִטּוּשׁ אַעִטּוּשׁ קַשְׁיָא דְּאֵין עִטּוּשׁ אֶלָּא לְאָונְסוֹ:
Mais éternuement contre éternuement fait difficulté — car l'éternuement ne survient que par contrainte.
💡 Explication

La guemara commence à démonter la contradiction. Roter et bâiller peuvent être voulus ou subis : la baraita vise le geste voulu, Rabbi n'a fait que subir. La distinction entre onnes, la contrainte, et ratson, la volonté, est l'outil le plus courant pour concilier deux sources sur une même conduite.

Cette distinction bute sur l'éternuement, comme Rachi le souligne : personne n'éternue de son plein gré. Il faudra donc un autre partage.

5
מִתְעַטֵּשׁ אַמִּתְעַטֵּשׁ נָמֵי לָא קַשְׁיָא, כָּאן מִלְמַעְלָה, כָּאן מִלְּמַטָּה. דְּאָמַר רַב זֵירָא: הָא מִילְּתָא אִבַּלְעָא לִי בֵּי רַב הַמְנוּנָא וּתְקִילָא לִי כִּי כֻּולֵּי תַּלְמוּדַאי: הַמִּתְעַטֵּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ סִימָן יָפֶה לוֹ, כְּשֵׁם שֶׁעוֹשִׂים לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַטָּה, כָּךְ עוֹשִׂים לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַעְלָה.

Éternuer contre éternuer non plus ne fait pas difficulté : ici c'est par le haut, là c'est par le bas. Car Rav Zera a dit : cette parole, je l'ai recueillie à la maison de Rav Hamnouna, et elle a pour moi le poids de toute mon étude : celui qui éternue dans sa prière, c'est pour lui un bon signe ; de même qu'on lui procure du soulagement en bas, ainsi lui procure-t-on du contentement en haut.

📜 Rachi (4)
לְמַטָּה מֵפִיחַ בְּקוֹל:
Par le bas — celui qui émet un vent avec bruit.
וּתְקִילָא לִי כִּי כֻּולֵּי תַּלְמוּדַאי שְׁקוּלָה עָלַי וַחֲבִיבָה לְפִי שֶׁהָיָה רָגִיל לְהִתְעַטֵּשׁ:
Et elle a pour moi le poids de toute mon étude — elle m'est aussi pesante et aussi chère, parce qu'il avait coutume d'éternuer.
כְּשֵׁם שֶׁעוֹשִׂים לוֹ נַחַת רוּחַ שֶׁהָעִטּוּשׁ נַחַת רוּחַ לָאָדָם:
De même qu'on lui procure du soulagement — car l'éternuement est un soulagement pour l'homme.
כָּךְ עוֹשִׂים לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַעְלָה מִן הַשָּׁמַיִם לְמַלֹּאת שְׁאֵלָתוֹ:
Ainsi lui procure-t-on du contentement en haut — depuis le ciel, en accomplissant sa demande.
💡 Explication

Le partage ne passe plus par la volonté mais par le lieu du corps. L'éternuement par le haut, celui du nez, est celui de Rabbi ; l'éternuement par le bas, le vent émis avec bruit selon Rachi, est celui que la baraita tient pour un mauvais signe.

Rav Zera ajoute une lecture positive du premier. Le soulagement ressenti en bas, dans le corps, annonce un contentement obtenu en haut : la demande formulée dans la prière est agréée. Rachi explique l'attachement de Rav Zera à cet enseignement par un détail personnel, il éternuait souvent.

🖼️ Schéma
Un seul mot, deux réalités : l'éternuement par le haut et par le bas Par le haut L'éternuement du nez. C'est ce que faisait Rabbi. Bon signe : soulagement en bas, contentement en haut, la demande est agréée. Par le bas Le vent émis avec bruit. C'est ce que vise la baraita. Mauvais signe ; et selon le second avis, la marque d'une laideur manifeste. La contrainte ne pouvait pas départager, puisqu'on n'éternue jamais volontairement. C'est le lieu du corps qui sépare les deux sources.
Le partage se déplace de la volonté vers le corps : haut et bas répondent à la difficulté que la contrainte ne pouvait pas résoudre.
6
אֶלָּא רָק אַרָק קַשְׁיָא! רָק אַרָק נָמֵי לָא קַשְׁיָא, אֶפְשָׁר כִּדְרַב יְהוּדָה. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה: הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִילָּה וְנִזְדַּמֵּן לוֹ רוֹק — מַבְלִיעוֹ בְּטַלִּיתוֹ. וְאִם טַלִּית נָאֶה הוּא — מַבְלִיעוֹ בַּאֲפַרְקְסוּתוֹ. רָבִינָא הֲוָה קָאֵי אֲחוֹרֵי רַב אָשֵׁי, נִזְדַּמֵּן לוֹ רוֹק, פַּתְקֵיהּ לַאֲחוֹרֶיהָ. אֲמַר לֵיהּ: לָא סָבַר לָהּ מָר לְהָא דְּרַב יְהוּדָה מַבְלִיעוֹ בַּאֲפַרְקְסוּתוֹ? אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא אֲנִינָא דַּעְתַּאי.

Mais cracher contre cracher fait difficulté ! Cracher contre cracher non plus ne fait pas difficulté : il est possible de faire selon Rav Yehouda.

Car Rav Yehouda a dit : celui qui se tenait en prière et à qui il est venu de la salive la fait absorber par son talit ; et si son talit est beau, il la fait absorber par son foulard. Ravina se tenait derrière Rav Achi ; il lui vint de la salive et il la projeta derrière lui.

Il lui dit : le maître ne tient-il pas cet enseignement de Rav Yehouda, qu'on la fait absorber par son foulard ? Il lui répondit : moi, j'ai la sensibilité délicate.

📜 Rachi (2)
אֶפְשָׁר כִּדְרַבִּי יְהוּדָה לְהַבְלִיעַ בַּאֲפַרְקְסוּתוֹ סוּדָר שֶׁבְּרֹאשׁוֹ וּשְׁנֵי רָאשִׁין תְּלוּיִין בְּפָנָיו:
Il est possible de faire selon Rav Yehouda — la faire absorber par son afrakssout, le foulard qui est sur sa tête et dont les deux extrémités pendent devant lui.
פַּתְקֵיהּ זְרָקוֹ:
Petakyeh — il l'a jetée.
💡 Explication

La troisième contradiction se résout autrement encore. Le crachat n'est pas interdit en lui-même : ce qui est blâmé, c'est de le projeter comme on ne le ferait pas devant un roi. Rav Yehouda indique donc une manière discrète de s'en défaire, en le laissant absorber par l'étoffe.

Le mot afrakssout désigne, selon Rachi, le foulard porté sur la tête et dont les deux pans retombent devant. Il sert de solution de rechange quand on ne veut pas salir un beau talit.

L'anecdote de Ravina montre les limites de la règle. Il projette la salive derrière lui, et justifie son geste par sa sensibilité délicate : savoir la salive dans son foulard l'aurait empêché de prier. La règle vaut, mais elle cède devant ce qui détruirait la concentration.

7
הַמַּשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִקְּטַנֵּי אֲמָנָה. אָמַר רַב הוּנָא: לֹא שָׁנוּ, אֶלָּא שֶׁיָּכוֹל לְכַוֵּון אֶת לִבּוֹ בְּלַחַשׁ, אֲבָל אֵין יָכוֹל לְכַוֵּון אֶת לִבּוֹ בְּלַחַשׁ — מֻותָּר. וְהָנֵי מִילֵּי, בְּיָחִיד, אֲבָל בְּצִיבּוּר — אָתֵי לְמִיטְרַד צִיבּוּרָא.

Celui qui fait entendre sa voix dans sa prière, celui-là est de ceux dont la foi est petite. Rav Houna a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il peut diriger son cœur à voix basse ; mais s'il ne peut pas diriger son cœur à voix basse, cela lui est permis.

Et cela vaut pour celui qui prie seul ; mais en assemblée, il en viendrait à déranger l'assemblée.

💡 Explication

La guemara revient sur le premier membre de la baraita pour le limiter. Le reproche ne vise que celui qui pourrait se concentrer en silence et choisit tout de même de s'entendre. Celui dont la kavana dépend de la voix a le droit de la faire entendre.

Une seconde limite s'ajoute aussitôt. La permission ne vaut que pour l'homme seul ; en assemblée, la voix gênée celle des autres, et l'intérêt du tsibour l'emporte sur le besoin individuel.

8
רַבִּי אַבָּא הֲוָה קָא מִשְׁתְּמִיט מִינֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה דַּהֲוָה קָא בָּעֵי לְמִיסַּק לְאַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה: כָּל הָעוֹלֶה מִבָּבֶל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל — עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּבֶלָה יוּבָאוּ וְשָׁמָּה יִהְיוּ עַד יוֹם פָּקְדִי אֹותָם נְאֻם ה׳״. אֲמַר: אֵיזִיל וְאֶשְׁמַע מִינֵּיהּ מִילְּתָא מִבֵּית ווַעֲדָא, וַהֲדַר אַפֵּיק.

Rabbi Abba se dérobait à Rav Yehouda, parce qu'il voulait monter en terre d'Israël. Car Rav Yehouda a dit : quiconque monte de Babylonie vers la terre d'Israël transgresse un commandement positif, ainsi qu'il est dit : ils seront emmenés à Babylonie et ils y resteront jusqu'au jour où je m'en souviendrai, parole de Hachem.

Il se dit : j'irai entendre de lui une parole depuis la maison d'assemblée, et ensuite je partirai.

📜 Rachi (3)
מִישְׁתְּמִיט מִינֵּיהּ לֹא הָיָה נִרְאֶה אֵלָיו לְפִי שֶׁהָיָה רַבִּי אַבָּא חָפֵץ לַעֲלוֹת לא"י וְרַב יְהוּדָה אוֹסֵר לוֹ לְפִיכָךְ לֹא הָיָה נִכְנָס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ:
Il se dérobait à lui — il ne se montrait pas à lui, parce que Rabbi Abba désirait monter en terre d'Israël et que Rav Yehouda le lui interdisait ; c'est pourquoi il n'entrait pas à la maison d'étude.
וְאֶשְׁמַע מִינֵּיהּ מִילְּתָא מִבַּחוּץ:
Et j'entendrai de lui une parole — depuis l'extérieur.
מִבֵּית וַועֲדָא מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ:
De la maison d'assemblée — de la maison d'étude.
💡 Explication

Le folio insère ici un récit qui sert de cadre à l'enseignement suivant. Rabbi Abba veut monter en terre d'Israël, ce que son maître Rav Yehouda tient pour la transgression d'un commandement positif tiré de Jérémie. Il évite donc de se montrer à lui.

Le détail que Rachi souligne est important : il n'entrait pas dans la maison d'étude, mais restait dehors pour écouter. Le beit vaada, la maison d'assemblée, désigne ici la maison d'étude. L'enseignement qu'il y recueille est celui du segment suivant.

9
אֲזַל, אַשְׁכְּחֵיהּ לְתַנָּא דְּקָתָנֵי קַמֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה: הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וְנִתְעַטֵּשׁ — מַמְתִּין עַד שֶׁיִּכְלֶה הָרוּחַ וְחוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל. אִיכָּא דְאָמְרִי: הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וּבִיקֵּשׁ לְהִתְעַטֵּשׁ — מַרְחִיק לְאַחֲרָיו אַרְבַּע אַמּוֹת, וּמִתְעַטֵּשׁ, וּמַמְתִּין עַד שֶׁיִּכְלֶה הָרוּחַ, וְחוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל, וְאוֹמֵר: ״רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, יְצַרְתָּנוּ נְקָבִים נְקָבִים חֲלוּלִים חֲלוּלִים, גָּלוּי וְיָדוּעַ לְפָנֶיךָ חֶרְפָּתֵנוּ וּכְלִימָּתֵנוּ בְּחַיֵּינוּ וּבְאַחֲרִיתֵנוּ רִמָּה וְתוֹלֵעָה״, וּמַתְחִיל מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק.

Il y alla et trouva le tanna qui enseignait devant Rav Yehouda : celui qui se tenait en prière et a éternué attend que le vent se dissipe, puis reprend sa prière. Certains disent : celui qui se tenait en prière et a voulu éternuer s'éloigne de quatre coudées derrière lui, éternue, attend que le vent se dissipe, reprend sa prière et dit : Maître du monde, tu nous as formés avec des orifices et des orifices, des cavités et des cavités ; notre honte et notre confusion sont découvertes et connues devant toi, dans notre vie, et à notre fin la vermine et le ver.

Et il recommence à l'endroit où il s'était arrêté.

📜 Rachi (4)
וְנִתְעַטֵּשׁ מִלְּמַטָּה:
Et a éternué — par le bas.
עַד שֶׁיִּכְלֶה הָרוּחַ מִגּוּפוֹ שֶׁנּוֹדֵף מֵאוֹתוֹ רוּחַ:
Jusqu'à ce que le vent se dissipe — de son corps, d'où émane cette odeur.
וְחוֹזֵר לִתְפִלָּה לְמָקוֹם שֶׁפָּסַק:
Et il revient à sa prière — à l'endroit où il s'était arrêté.
וְאוֹמֵר בְּתוֹךְ הַתְּפִלָּה דְּהָא מֻופְסֶקֶת וְעוֹמֶדֶת כְּבָר עַל יְדֵי הָרוּחַ לְפִיכָךְ יָכוֹל לְהַפְסִיק נָמֵי וְלוֹמַר דָּבָר זֶה בְּאֶמְצַע:
Et il dit — au milieu de sa prière, car elle se trouve déjà interrompue du fait de ce vent ; c'est pourquoi il peut aussi interrompre et dire cette parole au milieu.
🗂️ Tossefot (1)
וְאוֹמֵר רִבּוֹן הָעוֹלָמִים מִיָּד בְּאֶמְצַע תְּפִלָּתוֹ וְאַחַ"כּ מַתְחִיל מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק:
Et il dit : Maître des mondes — aussitôt, au milieu de sa prière, et ensuite il recommence à l'endroit où il s'était arrêté.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וְנִתְעַטֵּשׁ מַמְתִּין עַד שֶׁיִּכְלֶה הָרוּחַ וְיִתְפַּלֵּל בִּקֵּשׁ לְהִתְעַטֵּשׁ מְהַלֵּךְ לְאַחֲרָיו אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְעַטֵּשׁ וּמַמְתִּין עַד שֶׁיִּכְלֶה הָרוּחַ וּכְשֶׁיִּכְלֶה הָרוּחַ אוֹמֵר רבש"ע יְצַרְתָּנוּ נְקָבִים נְקָבִים חֲלוּלִים חֲלוּלִים גָּלוּי וְיָדוּעַ לְפָנֶיךָ חֶרְפָּתֵנוּ וּכְלִמָּתֵנוּ חֶרְפָּה וּכְלִמָּה בְּחַיֵּינוּ רִמָּה וְתוֹלֵעָה בְּמוֹתֵנוּ וּמִתְפַּלֵּל וְכָתַב בַּעַל ה"ג וְחוֹזֵר לִתְפִלָּתוֹ. בָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ שֶׁחוֹזֵר לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק:
Il a été enseigné : celui qui se tenait en prière et a éternué attend que le vent se dissipe, puis prie. S'il a voulu éternuer, il marche quatre coudées en arrière, éternue, attend que le vent se dissipe, et lorsque le vent s'est dissipé il dit : Maître du monde, tu nous as formés avec des orifices et des orifices, des cavités et des cavités ; notre honte et notre confusion sont découvertes et connues devant toi, honte et confusion durant notre vie, vermine et ver à notre mort ; puis il prie. Et l'auteur des Halakhot Guedolot a écrit : et il revient à sa prière. Il vient nous apprendre qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté.
💡 Explication

Voici l'enseignement pour lequel Rabbi Abba s'était déplacé. Il traite de l'éternuement par le bas pendant la amida. Le premier avis se contente d'une attente ; le second organise une conduite complète : s'écarter de quatre coudées, éternuer, attendre, revenir.

La formule ajoutée est une reconnaissance de la condition du corps. L'homme est fait d'orifices et de cavités, et cette constitution même produit ce qui aurait pu paraître une offense. Rachi explique pourquoi cette phrase peut se dire au milieu de la prière : l'interruption a déjà eu lieu du fait du vent, on peut donc y ajouter ces mots.

Tossefot précise l'ordre : la formule se dit aussitôt, au milieu de la prière, et c'est seulement après qu'on reprend à l'endroit où l'on s'est arrêté.

🖼️ Schéma
La conduite du second avis : quatre étapes sans quitter la prière 1. S'écarter Quatre coudées en arrière. 2. Éternuer Puis attendre que le vent se dissipe. 3. Dire la formule Maître du monde, tu nous as formés... 4. Reprendre À l'endroit où il s'était arrêté. Rachi : la formule peut se dire au milieu de la prière parce que celle-ci est déjà interrompue par le vent. Tossefot : elle se dit aussitôt, et la reprise à l'endroit interrompu vient seulement après.
L'enseignement recueilli par Rabbi Abba : quatre étapes qui règlent l'éternuement par le bas au milieu de la amida.
10
אֲמַר לֵיהּ: אִילּוּ לֹא בָּאתִי אֶלָּא לִשְׁמוֹעַ דָּבָר זֶה — דַּיי.

Il dit : si je n'étais venu que pour entendre cette parole, cela me suffirait.

💡 Explication

La formule clôture le récit. Rabbi Abba avait pris le risque de venir écouter son maître de l'extérieur ; l'enseignement recueilli lui paraît valoir à lui seul le déplacement.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיָה יָשֵׁן בְּטַלִּיתוֹ, וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהוֹצִיא אֶת רֹאשׁוֹ מִפְּנֵי הַצִּנָּה — חוֹצֵץ בְּטַלִּיתוֹ עַל צַוָּארוֹ, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: עַל לִבּוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui dormait dans son talit et ne peut pas sortir sa tête à cause du froid fait une séparation avec son talit au niveau de son cou et récite le Chema. Et certains disent : au niveau de son cœur.

📜 Rachi (1)
חוֹצֵץ בְּטַלִּיתוֹ עַל צַוָּארוֹ מַה שֶׁיֵּשׁ מִן הַטַּלִּית וּלְמַעְלָה מִן כְּתֵפָיו מַדְבִּיק בְּצַוָּארוֹ וּבְיָשֵׁן עָרֹום קָאָמַר:
Il fait une séparation avec son talit au niveau de son cou — ce qu'il y a du talit au-dessus de ses épaules, il l'applique contre son cou ; et il parle de celui qui dort nu.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הָיָה יָשֵׁן בְּטַלִּיתוֹ וְאֵין יָכוֹל לְהוֹצִיא רֹאשׁוֹ מִפְּנֵי הַצִּנָּה חוֹצֵץ בְּטַלִּיתוֹ עַל צַוָּארוֹ וְקוֹרֵא ק"ש. וי"א עַל לִבּוֹ. ות"ק הֲרֵי לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה קָסָבַר לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה מֻותָּר. וְהִלְכְתָא לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה אָסוּר. וְכֵן פָּסַק רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל מִדְּפָרִיךְ סְתָמָא דִּגְמָרָא וַהֲרֵי לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה וה"ר שְׁמַעְיָה זַ"ל כ' בְּשֵׁם רַשִׁ"י זַ"ל שֶׁמָּצָא בִּתְשׁוּבַת הַבַּבְלִי לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה מֻותָּר מִדְּסָבַר ת"ק די"א דְּלִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה מֻותָּר וְהָוֵי כְּרַבִּים לְגַבֵּי יָחִיד. וּמִיהוּ נִרְאֶה מִדְּלָא פְּלִיגִי אָמוֹרָאֵי לְקַמָּן אֶלָּא בַּעֲקֵבוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה מַשְׁמַע דִּבְלִבּוֹ מוֹדוֹ אַבַּיֵּי וְרָבָא דְּאָסוּר. ואע"ג דִּשְׁמוּאֵל אִית לֵיהּ בפ"ק דְּסֻוכָּה דַּף י: הָיָה יָשֵׁן בְּכִילָּה מוֹצִיא רֹאשׁוֹ חוּץ לַכִּילָה וְקוֹרֵא ק"ש וְלִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה מֻותָּר. לָא קַייְמָא לַן הָכִי אֶלָּא כְּאַבַּיֵּי וְרָבָא דְּאִינּוּן בָּתְרָאֵי דְּמַשְׁמַע דְּמוֹדוֹ בְּלִבּוֹ דְּאָסוּר. וְכֵן הָיָה נוֹהֵג ר"ת זַ"ל כְּשֶׁהָיָה רוֹחֵץ בְּחַמִּין צִלּוּלִין וְהָיָה רוֹצֶה לִשְׁתּוֹת הָיָה מִתְכַּסֶּה בְּבֶגֶד מִמַּטָּה לְלִבּוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui dormait dans son talit et ne peut pas sortir sa tête à cause du froid fait une séparation avec son talit au niveau de son cou et récite le Chema ; et certains disent : au niveau de son cœur. Et le premier tanna, son cœur voit pourtant la nudité ! Il tient que lorsque le cœur voit la nudité, c'est permis. Et la halakha est que lorsque le cœur voit la nudité, c'est interdit. Ainsi a tranché Rabbenou Hananel, du fait que la guemara objecte de manière anonyme : son cœur voit pourtant la nudité. Et Rabbi Chemaya a écrit au nom de Rachi qu'il a trouvé dans une réponse du Babylonien que lorsque le cœur voit la nudité c'est permis, puisque le premier tanna le tient ainsi contre ceux qui disent au niveau du cœur, et qu'il compte comme une pluralité face à un avis isolé. Toutefois il apparaît que, puisque les Amoraim plus loin ne divergent qu'à propos du talon qui voit la nudité, Abaye et Rava s'accordent à interdire lorsqu'il s'agit du cœur. Et bien que Chemouel tienne, au premier chapitre de Souka (10b), que celui qui dormait sous une moustiquaire sort sa tête hors de la moustiquaire et récite le Chema, et que le cœur qui voit la nudité est permis, nous ne tranchons pas ainsi, mais comme Abaye et Rava qui sont postérieurs et dont il ressort qu'ils s'accordent à interdire pour le cœur. Et ainsi se conduisait Rabbenou Tam : lorsqu'il se baignait dans une eau chaude et claire et voulait boire, il se couvrait d'un vêtement depuis le bas jusqu'au cœur, afin que son cœur ne voie pas la nudité.
💡 Explication

Le folio passe au Chema et à la erva, la nudité, qui empêche de le réciter. Le cas est celui d'un homme couché nu sous son talit, qui ne peut pas sortir la tête à cause du froid : il doit donc réciter sous la couverture.

La solution consiste à créer une hatsitsa, une séparation, en serrant l'étoffe contre le corps. La divergence porte sur le niveau : le cou pour le premier avis, le cœur pour le second. Le segment suivant en dégagera le principe.

🖼️ Schéma
Un homme couché nu sous son talit : où serrer l'étoffe Premier tanna : au cou La séparation passe entre la bouche et la nudité. Le cœur, lui, reste du même côté que la nudité : il tient donc que le cœur qui voit la nudité est permis. Certains disent : au cœur La séparation doit passer au-dessus du cœur, car le cœur qui voit la nudité empêche de réciter. Il faut alors deux séparations, la bouche et le cœur. Le Roch tranche comme le second avis : le cœur qui voit la nudité est interdit, et rapporte la conduite de Rabbenou Tam au bain, qui se couvrait jusqu'au cœur.
La divergence sur le niveau de la séparation, et son enjeu : la validité de la récitation quand le cœur voit la nudité.
12
וְתַנָּא קַמָּא הֲרֵי לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה! קָסָבַר לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה — מֻותָּר.

Et le premier tanna, son cœur voit pourtant la nudité ! Il tient que lorsque le cœur voit la nudité, c'est permis.

💡 Explication

La guemara dégage le principe caché derrière la divergence. Si la séparation ne passe qu'au cou, le cœur demeure du même côté que la nudité. Le premier tanna doit donc tenir que libo roeh et ha-erva, le cœur qui voit la nudité, ne fait pas obstacle à la récitation.

La divergence apparente sur un niveau du corps se révèle ainsi une divergence de principe. Le Roch retient l'avis contraire pour la halakha.

13
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָיָה מְהַלֵּךְ בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת — מַנִּיחַ יָדוֹ עַל פִּיו וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע. אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא: הָאֱ-לֹהִים! אִם אַמְרָהּ לִי רַבִּי יוֹחָנָן בְּפֻומֵּיהּ — לָא צָיֵיתְנָא לֵיהּ.

Rav Houna a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui marchait dans des ruelles souillées pose sa main sur sa bouche et récite le Chema. Rav Hisda lui dit : par Hachem !

Si Rabbi Yo'hanan me l'avait dit de sa propre bouche, je ne l'aurais pas écouté.

⚖️ Rosh (1)
ת"ר הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וּמַיִם שׁוֹתְתִים לוֹ עַל בִּרְכָּיו מַמְתִּין עַד שֶׁיִּכְלוּ הַמַּיִם וְחוֹזֵר. פָּסַק ה"ר יוֹסֵף ב"ר מֹשֶׁה זַ"ל דַּאֲפִילּוּ נָפְלוּ עַל בְּגָדָיו כֵּיוָן דַּעֲבִיד טִיף טִיף נִבְלָעִים מְהֵרָה. כִּדְאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כֹּה.) מֵי רַגְלַיִם שֶׁנִּבְלְעוּ בַּבֶּגֶד אוֹ בַּקַּרְקַע וְאֵין בָּהֶם טוֹפֵחַ כְּדֵי לְהַטְפִּיחַ מֻותָּרִין. וְנִרְאֶה דַּאֲפִילּוּ יֵשׁ בָּהֶם טוֹפֵחַ כְּדֵי לְהַטְפִּיחַ מֻותָּר. דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא כְּנֶגֶד הָעַמּוּד בִּלְבַד כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שָׁם וְרַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר וְכֵיוָן שֶׁכְּבָר הוּא עוֹמֵד בִּתְפִלָּה לָא גְּזוּר וְאוֹקְמוּהָ אַדְּאוֹרָיְיתָא. לְהֵיכָן הוּא חוֹזֵר. רַב חִסְדָּא וְרַב הַמְנוּנָא חַד אָמַר חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְחַד אָמַר חוֹזֵר לְמָקוֹם שֶׁפָּסַק לֵימָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי מ"ס אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ ומ"ס לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק. אָמַר רַב אָשֵׁי הַאי שָׁהָה וְלֹא שָׁהָה מִיבְּעֵי לֵיהּ אֶלָּא דכ"ע אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. והב"ע בִּדְלָא שָׁהָה וּבְהָא קָמִיפַּלְגִי מ"ס גַּבְרָא דָּחוּי הוּא וּלְכָךְ יַחֲזֹור לָרֹאשׁ. וְלָא דָּמֵי לִמְהַלֵּךְ בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת דְּאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כֹּד:) שֶׁחוֹזֵר לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק הֵיכָא דְּלָא שָׁהָה דְּהָתָם גַּבְרָא לָאו דָּחוּי הוּא אֶלָּא שֶׁהַמָּקוֹם גּוֹרֵם. ומ"ס גַּבְרָא חֲזִי הוּא דַּאֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁהַמַּיִם שׁוֹתְתִין הוּא רָאוּי לְהִתְפַּלֵּל דְּלָא אָסְרָה תּוֹרָה בְּמֵי רַגְלַיִם אֶלָּא כְּנֶגֶד הָעַמּוּד וְשׁוֹתֵת לָא חֲשִׁיב כְּנֶגֶד הָעַמּוּד וְרַבָּנָן הוּא דְּאַחְמוּר הֵיכָא דְּלָא הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה. דכ"ע שָׁהָה חוֹזֵר לְרֹאשׁ. אֲבָל לָא הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר דכ"ע לֹא שָׁהָה אֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּבִדְשָׁהָה קָמִיפַּלְגִי וּמַאן דס"ל חוֹזֵר לָרֹאשׁ מִשּׁוּם גַּבְרָא דָּחוּי הוּא מִשּׁוּם דלכ"ע הָוֵי גַּבְרָא חֲזִי כֵּיוָן דְּאֵין חוֹזֵר לְרֹאשׁ דְּכֵיוָן דע"י שׁוּם הֶפְסֵק אֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל מַה שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּבָר אִם כֵּן שַׁפִּיר מָצֵי לְהִתְפַּלֵּל אע"פ שֶׁלֹּא הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהָיָה יָכוֹל לְהַעֲמִיד עַצְמוֹ מִלְּהָטִיל מַיִם עַד שֶׁיִּגְמֹור אֶת תְּפִלָּתוֹ. אֲבָל אִם הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר הָכִי הֲוָה מְשַׁנֵּי לֵיהּ דְּקַיְימָא לָן אֲפִילּוּ שָׁהָה בָּהּ כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ אֵינוֹ חוֹזֵר לָרֹאשׁ דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק ב' דִּמְגִילָּה דַּף יח: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מַנִּי שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר' יְהוּדָה גַּבֵּי מְגִילָּה שֶׁאִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְר' יוֹחָנָן נָמֵי קָאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּר"ה דַּף לד: שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא וּמַסִּיק הָתָם דִּפְלִיג אֶדֶר' אָבָהוּ דְּאָמַר חוֹזֵר לָרֹאשׁ וַהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן בְּכָל מָקוֹם. וְעוֹד שַׂר' אָבָהוּ תַּלְמִידוֹ הֲוָה וְאֵין הֲלָכָה כְּתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב וְהָכִי אִיתָא לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף כֹּד:) גַּבֵּי ר' אֱבֵהוּ דַּהֲוָה אָזֵיל בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת וּבְעָא מִינָּהּ דר"י לְהֵיכָא לֶיהְדַּר. וַאֲמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי לְמִיפְסַק וְאַף אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור לָרֹאשׁ. אֲבָל לְדִידָךְ דִּסְבִירָא לָךְ דְּצָרִיךְ לְהַפְסִיק וּסְבִירָא לָךְ דְּהֵיכָא דְּשָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ הָכָא נָמֵי חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן זַ"ל מִקּוּצִי חֲדָא דְּאֵין זֶה דֶּרֶךְ שֶׁיָּשִׁיב הָרַב לְתַלְמִיד לְפִי מַה שֶׁסּוֹבֵר הַתַּלְמִיד כֵּיוָן שֶׁהוּא מְסֻופָּק וְשׁוֹאֵל מִמֶּנּוּ. וְעוֹד מנ"ל הָא דְּרַבִּי אָבָהוּ ס"ל הֵיכָא דְּשָׁהָה בָּאֶמְצַע כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּפִי' הוּא דְּוַדַּאי דְּהֵיכָא דְּשָׁהָה בָּאֶמְצַע כְּדֵי לִגְמֹור אֶת הַכֹּל בְּלֹא דָּחוּי וְאֹונֶס אֶלָּא שָׁהָה מֵעַצְמוֹ וְאִם הָיָה רוֹצֶה הָיָה יָכוֹל לִגְמֹור כה"ג אֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ כִּי הַהִיא דִּמְגִילָּה כְּשֶׁקּוֹרֵא לְסֵירוּגִין וְכֵן הַהִיא דר"ה דְּשָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא אֲבָל הֵיכָא דְּשָׁהָה מֵחֲמַת שֶׁהָיוּ מַיִם שׁוֹתְתִים עַל בִּרְכָּיו לֹא הָיָה יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל בְּאוֹתָהּ שָׁעָה דכ"ע אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְהַשְׁתָּא נִיחָא הָא דְּרַבִּי אֱבֵהוּ לְקַמָּן דה"ק לֵיהּ לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי לְהַפְסִיק הִלְכָּךְ לֹא הָיָה צָרִיךְ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ אֲבָל לְדִידָךְ שֶׁהִפְסַקְתָּ דִּסְבִירָא לָךְ שֶׁאֵין הַמָּקוֹם רָאוּי לִקְרוֹת אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. כָּתַב רַב הַאי דְּהִלְכְתָא כמ"ד שֶׁחוֹזֵר לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק וְאִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ: גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק בְּנֵי הָעִיר (מְגִילָּה דַּף כז:) תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק הַמִּתְפַּלֵּל מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַשְׁתִּין וְהַמַּשְׁתִּין מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְפַּלֵּל. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בִּשְׁלָמָא מַשְׁתִּין מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְפַּלֵּל דִּתְנַן כַּמָּה יַרְחִיק מֵהֶם וּמִן הַצּוֹאָה אַרְבַּע אַמּוֹת. אֶלָּא הַמִּתְפַּלֵּל מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַשְׁתִּין אִי הָכִי קַדֵּישְׁתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ שְׁבִילֵי דִנְהַרְדְּעָא. תָּנֵי יִשְׁהֶה כְּלוֹמַר הָא דְּקָתָנֵי יַרְחִיק יִשְׁהֶה הוּא וְאָמְרִינַן בִּשְׁלָמָא מַשְׁתִּין יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת אֶלָּא הַמִּתְפַּלֵּל יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְאַחַר כָּךְ יַשְׁתִּין מַאי טַעְמָא. אָמַר רַב אַסִּי כָּל אַרְבַּע אַמּוֹת תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם שְׁגוּרָה בְּפִיו וְרַחֵישׁ מְרַחֲשָׁן שִׂפְוָותֵיהּ:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui se tenait en prière et à qui de l'eau coule sur les genoux attend que l'eau cesse, puis reprend. Rabbi Yossef fils de Rabbi Moche a tranché que même si elle est tombée sur ses vêtements, puisque cela se fait goutte à goutte, elle est vite absorbée, comme il est dit plus loin (Berakhot 25a) : de l'urine absorbée dans un vêtement ou dans le sol, et dont il ne reste pas assez d'humidité pour en mouiller une autre, est permise. Et il apparaît que même s'il reste assez d'humidité pour en mouiller une autre, c'est permis, car selon la Torah rien n'est interdit sinon face au jet lui-même, comme nous le disons plus loin au même endroit ; ce sont les Sages qui ont décrété, et puisqu'il se tient déjà en prière ils n'ont pas décrété et l'ont laissé sous la seule loi de la Torah. Où reprend-il ? Rav Hisda et Rav Hamnouna : l'un dit qu'il reprend au début, l'autre qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté. Dirons-nous qu'ils divergent sur ceci : l'un tient que s'il est resté arrêté le temps de tout achever il reprend au début, et l'autre qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté ? Rav Achi a dit : il aurait alors fallu formuler cela en termes de il est resté arrêté et il n'est pas resté arrêté. En vérité tous s'accordent que s'il est resté arrêté le temps de tout achever il reprend au début, et il s'agit ici du cas où il n'est pas resté arrêté. Et ils divergent sur ceci : l'un tient que l'homme lui-même est écarté, et c'est pourquoi il reprend au début ; cela ne ressemble pas à celui qui marche dans des ruelles souillées, dont il est dit plus loin (Berakhot 24b) qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté lorsqu'il n'est pas resté arrêté, car là l'homme n'est pas écarté, c'est le lieu qui en est cause. Et l'autre tient que l'homme est apte, car même au moment où l'eau coule il est apte à prier, puisque la Torah n'a interdit, pour l'urine, que face au jet, et ce qui coule n'est pas tenu pour face au jet ; ce sont les Sages qui ont été rigoureux là où il ne se tenait pas déjà en prière. Pour tous, s'il est resté arrêté le temps de tout achever, il reprend au début. Mais on ne pouvait pas dire que pour tous, lorsqu'il n'est pas resté arrêté il ne reprend pas au début, et qu'ils divergent dans le cas où il est resté arrêté, celui qui tient qu'il reprend au début le tenant parce que l'homme est écarté ; car pour tous l'homme serait alors apte, puisqu'il ne reprend pas au début : des lors qu'aucune interruption ne l'oblige à répéter ce qu'il a déjà prié, il peut bien prier, même s'il ne savait pas qu'il pourrait se retenir d'uriner jusqu'à l'achèvement de sa prière. Mais si l'on avait pu dire ainsi, on lui aurait répondu que nous tenons pour règle que même s'il est resté arrêté le temps de tout achever il ne reprend pas au début, car nous disons au deuxième chapitre de Meguila (18b) que la halakha ne suit pas Rabbi Mani, qui a dit au nom de Rabbi Yehouda, à propos de la meguila, que s'il est resté arrêté le temps de tout achever il reprend au début. Et Rabbi Yo'hanan dit aussi, au dernier chapitre de Roch Hachana (34b) : celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée s'est acquitté ; on conclut là qu'il diverge de Rabbi Abbahou, qui dit qu'il reprend au début, et la halakha suit Rabbi Yo'hanan en tout lieu. En outre, Rabbi Abbahou était son disciple, et la halakha ne suit pas le disciple en présence du maître. Et c'est bien ce qui figure plus loin dans notre chapitre (Berakhot 24b) à propos de Rabbi Abbahou, qui marchait dans des ruelles souillées et demanda à Rabbi Yo'hanan où reprendre ; Rabbi Yo'hanan lui dit : selon moi je ne tiens pas qu'il faille s'interrompre, et même s'il est resté arrêté le temps de tout achever il n'a pas besoin de reprendre au début ; mais selon toi, qui tiens qu'il faut s'interrompre et que celui qui est resté arrêté le temps de tout achever reprend au début, ici aussi il reprend au début. Rabbenou Chimchon de Coucy a objecté : d'abord, ce n'est pas la manière d'un maître de répondre à son disciple selon ce que pense le disciple, puisque celui-ci est dans le doute et l'interroge ; ensuite, d'où tiendrions-nous que Rabbi Abbahou pense que celui qui est resté arrêté au milieu le temps de tout achever reprend au début ? Il a donc expliqué ainsi : assurément, lorsqu'il est resté arrêté au milieu le temps de tout achever sans être écarté ni contraint, mais qu'il s'est arrêté de lui-même et qu'il aurait pu achever s'il l'avait voulu, en pareil cas il ne reprend pas au début, comme dans le cas de la meguila lue par intermittence, et comme dans celui de Roch Hachana où l'on a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée et où l'on s'est acquitté ; mais lorsqu'il est resté arrêté parce que de l'eau coulait sur ses genoux et qu'il ne pouvait pas prier à ce moment-là, tous s'accordent que s'il est resté arrêté le temps de tout achever il reprend au début. Dès lors, le cas de Rabbi Abbahou plus loin s'entend aisément : voici ce que Rabbi Yo'hanan lui a dit, selon moi je ne tiens pas qu'il faille s'interrompre, et par conséquent il n'avait pas à reprendre au début ; mais selon toi qui t'es interrompu, qui tiens que le lieu n'est pas propre à la récitation, s'il est resté arrêté le temps de tout achever il reprend au début. Rav Haï a écrit que la halakha suit celui qui dit qu'il reprend à l'endroit où il s'est arrêté, et que s'il est resté arrêté le temps de tout achever il reprend au début. Nous lisons au chapitre Benei ha-Ir (Meguila 27b) : un tanna enseigna devant Rav Nahman bar Yitshak : celui qui prie s'éloigne de quatre coudées puis urine, et celui qui urine s'éloigne de quatre coudées puis prie. Rav Nahman lui dit : soit, celui qui urine s'éloigne de quatre coudées puis prie, car nous avons appris : de combien s'éloignera-t-il d'elle et des excréments ? De quatre coudées. Mais celui qui prie s'éloigne de quatre coudées puis urine ? S'il en est ainsi, tu aurais sanctifié tous les sentiers de Nehardea ! Enseigne plutôt : il attendra ; c'est-à-dire que ce qui est enseigné comme il s'éloignera signifie il attendra. Et nous disons : soit, celui qui urine attendra le temps de parcourir quatre coudées puis priera, à cause des éclaboussures ; mais celui qui prie, pourquoi attendrait-il le temps de parcourir quatre coudées avant d'uriner ? Rav Assi a dit : parce que pendant quatre coudées encore la prière de l'homme court sur ses lèvres et que ses lèvres remuent.
💡 Explication

Ici s'ouvre la dernière sougya du folio. Le cas est celui d'un homme qui traverse des ruelles souillées, encombrées d'excréments, alors qu'il doit réciter le Chema. Rav Houna transmet au nom de Rabbi Yo'hanan une permission conditionnée à un geste : la main posée sur la bouche.

Le refus de Rav Hisda est formulé avec une force rare dans le Talmud : il prête serment et déclare qu'il n'aurait pas obéi même si le maître le lui avait dit lui-même. Cette formule annonce que la divergence sera soutenue jusqu'au bout, chaque avis recevant sa baraita.

14
אִיכָּא דְאָמְרִי: אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הָיָה מְהַלֵּךְ בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת — מַנִּיחַ יָדוֹ עַל פִּיו וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע. אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא: הָאֱ-לֹהִים! אִם אַמְרָהּ לִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי בְּפֻומֵּיהּ — לָא צָיֵיתְנָא לֵיהּ.

Certains rapportent ainsi : Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : celui qui marchait dans des ruelles souillées pose sa main sur sa bouche et récite le Chema. Rav Hisda lui dit : par Hachem !

Si Rabbi Yehochoua ben Levi me l'avait dit de sa propre bouche, je ne l'aurais pas écouté.

💡 Explication

Une seconde version de la même scène circule, avec d'autres noms : Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi. La position et le refus restent identiques.

La différence n'est pas indifférente pour la suite : la guemara va objecter à Rav Houna à partir d'un autre de ses propres enseignements, puis à Rabbi Yo'hanan à partir d'un autre des siens. Ces objections ne valent que pour la première version.

15
וּמִי אָמַר רַב הוּנָא הָכִי? וְהָאָמַר רַב הוּנָא: תַּלְמִיד חָכָם אָסוּר לוֹ לַעֲמֹוד בִּמְקוֹם הַטִּנֹּופֶת לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לַעֲמֹוד בְּלִי הִרְהוּר תּוֹרָה! לָא קַשְׁיָא, כָּאן — בְּעוֹמֵד, כָּאן — בִּמְהַלֵּךְ.

Et Rav Houna a-t-il vraiment dit cela ? Rav Houna n'a-t-il pas dit : il est interdit à un disciple des sages de se tenir dans un lieu de souillure, parce qu'il lui est impossible de s'y tenir sans une pensée de Torah !

Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de celui qui se tient à l'arrêt, là de celui qui marche.

💡 Explication

L'objection est interne à Rav Houna. Ailleurs, il interdit au talmid 'hakham de seulement stationner en lieu souillé, par crainte de la pensée de Torah qui lui viendrait nécessairement. Or il permet ici de réciter le Chema à haute voix, ce qui est plus grave qu'une simple pensée.

La réponse distingue deux situations : celui qui se tient à l'arrêt et celui qui marche. L'homme qui traverse ne fait que passer ; celui qui s'arrête s'installe dans le lieu. Cette distinction va servir aussi pour Rabbi Yo'hanan.

16
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּכָל מָקוֹם מֻותָּר לְהַרְהֵר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, חוּץ מִבֵּית הַמֶּרְחָץ וּמִבֵּית הַכִּסֵּא. וְכִי תֵּימָא: הָכָא נָמֵי כָּאן בְּעוֹמֵד כָּאן בִּמְהַלֵּךְ — אֵינִי, וְהָא רַבִּי אֲבָהוּ הֲוָה קָא אָזֵיל בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן וַהֲוָה קָא קָרֵי קְרִיאַת שְׁמַע. כִּי מְטָא בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת אִשְׁתִּיק. אֲמַר לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן: לְהֵיכָן אַהְדַּר? אֲמַר לֵיהּ: אִם שָׁהִיתָ כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ — חֲזֹור לָרֹאשׁ!

Et Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ? Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : en tout lieu il est permis de penser à des paroles de Torah, sauf aux bains et au lieu d'aisance !

Et si tu dis : ici aussi, ici à l'arrêt et là en marchant — il n'en est rien : Rabbi Abbahou marchait derrière Rabbi Yo'hanan et récitait le Chema ; lorsqu'il arriva à des ruelles souillées, il se tut. Il dit à Rabbi Yo'hanan : où dois-je reprendre ?

Il lui dit : si tu es resté arrêté le temps de tout achever, reprends au début.

💡 Explication

La même objection est adressée à Rabbi Yo'hanan, dont on connaît par ailleurs l'interdiction de penser à la Torah aux bains et au lieu d'aisance. La réponse déjà employée pour Rav Houna, arrêt contre marche, semble écartée par un fait.

Le fait est l'épisode de Rabbi Abbahou : il marchait, donc la permission aurait dû s'appliquer, et pourtant il s'est tu en arrivant aux ruelles souillées. Bien plus, Rabbi Yo'hanan ne le reprend pas ; il lui répond seulement où reprendre. Le silence du maître paraît valoir approbation de l'interruption.

La règle citée dans sa réponse est celle de l'interruption longue : si l'arrêt a dure le temps de tout achever, on ne reprend pas au point d'arrêt mais au début.

🖼️ Schéma
L'épisode de Rabbi Abbahou et sa relecture Le fait Il marche derrière son maître en récitant le Chema, arrive à une ruelle souillée, se tait, puis demande : où dois-je reprendre ? Réponse : si tu es resté arrêté le temps de tout achever, au début. Lecture qui fait objection Rabbi Abbahou marchait, et il s'est pourtant interrompu. Le maître ne l'a pas repris. Donc Rabbi Yo'hanan interdit aussi en marchant, et la distinction arrêt / marche tombe. Lecture retenue Le maître répond selon l'avis du disciple : moi je ne le tiens pas ainsi, mais toi qui t'es interrompu, voici la règle qui te concerne. La permission de Rabbi Yo'hanan reste entière.
Le même épisode selon qu'on y voit la position de Rabbi Yo'hanan ou une réponse adressée à l'avis du disciple.
17
הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי, לְדִידָךְ דִּסְבִירָא לָךְ, אִם שָׁהִיתָ כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חֲזוֹר לָרֹאשׁ.

Voici ce qu'il lui a dit : selon moi je ne le tiens pas ainsi ; mais selon toi, qui le tiens ainsi, si tu es resté arrêté le temps de tout achever, reprends au début.

📜 Rachi (1)
לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי לֹא הָיִיתִי מַזְקִיקוֹ לְהַפְסִיק:
Selon moi je ne le tiens pas ainsi — je ne l'aurais pas obligé à s'interrompre.
🗂️ Tossefot (1)
אֲמַר לֵיהּ לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי פֵּירוּשׁ מִשּׁוּם תַּרְתֵּי מִילֵּי חֲדָא דִּסְבִירְנָא דְּאֵינוֹ חוֹזֵר לָרֹאשׁ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן (ר"ה דַּף ל"ד:) שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת יָצָא וְעוֹד דִּסְבִירָא לִי מַנִּיחַ יָדוֹ עַל פִּיו וְאִם כֵּן הָוֵי לֵיהּ רָאוּי אֶלָּא לְדִידָךְ דִּסְבִירָא לָךְ דְּחַיָּיב לְהַפְסִיק וְכוּ':
Il lui dit : selon moi je ne le tiens pas ainsi — cela s'explique par deux raisons. D'abord, je tiens qu'il ne reprend pas au début, car Rabbi Yo'hanan a dit (Roch Hachana 34b) : celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures s'est acquitté. Ensuite, je tiens qu'il pose sa main sur sa bouche, et il est donc apte à réciter. Mais selon toi, qui tiens qu'il est obligé de s'interrompre, etc.
💡 Explication

La guemara désamorce l'objection. La réponse de Rabbi Yo'hanan ne dit pas son propre avis, elle applique celui de son interlocuteur. Rabbi Abbahou s'est interrompu de lui-même ; le maître lui indique donc, dans le cadre qu'il s'est choisi, où il doit reprendre.

Tossefot précise que le désaccord porte sur deux points à la fois. Rabbi Yo'hanan ne tient pas qu'il faille reprendre au début, et il ne tient pas non plus qu'il faille s'interrompre, puisque la main posée sur la bouche rend l'homme apte à réciter.

18
תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב הוּנָא, תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא. תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב הוּנָא: הַמְהַלֵּךְ בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת — מַנִּיחַ יָדוֹ עַל פִּיו וְיִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע. תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא: הָיָה מְהַלֵּךְ בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת — לֹא יִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁאִם הָיָה קוֹרֵא וּבָא — פּוֹסֵק.

Il a été enseigné une baraita conforme à Rav Houna, et il a été enseigné une baraita conforme à Rav Hisda. Conforme à Rav Houna : celui qui marche dans des ruelles souillées pose sa main sur sa bouche et récite le Chema.

Conforme à Rav Hisda : celui qui marchait dans des ruelles souillées ne récitera pas le Chema ; et bien plus, s'il était en train de réciter, il s'interrompt.

💡 Explication

La guemara produit une source tannaitique pour chacun des deux avis. La divergence des Amoraim se révèle ainsi ancienne, et aucune des deux positions ne peut être écartée comme une opinion isolée.

La baraita conforme à Rav Hisda va plus loin que l'interdiction de commencer : elle exige d'interrompre une récitation déjà engagée. C'est cette exigence qui rend possible la question du segment suivant, celle du sort de qui ne s'interrompt pas.

19
לֹא פָּסַק — מַאי? אָמַר רַבִּי מְיָאשָׁה בַּר בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״וְגַם אֲנִי נָתַתִּי לָהֶם חֻקִּים לֹא טוֹבִים וּמִשְׁפָּטִים לֹא יִחְיוּ בָּהֶם״.

S'il ne s'est pas interrompu, qu'en est-il ? Rabbi Meyacha, fils du fils de Rabbi Yehochoua ben Levi, a dit : de lui le verset dit : et moi aussi je leur ai donné des lois qui n'étaient pas bonnes et des ordonnances par lesquelles ils ne pouvaient pas vivre.

💡 Explication

La question porte sur celui qui poursuit sa récitation malgré l'interdiction. Le verset d'Ezechiel décrit une situation renversée : l'accomplissement lui-même devient un mal.

L'homme croit continuer une mitsva ; en réalité il prononce des paroles saintes dans un lieu qui les déshonore. La loi qu'il suit se retourne ainsi contre lui.

20
רַב אַסִּי אָמַר: ״הוֹי מֹושְׁכֵי הֶעָוֹן בְּחַבְלֵי הַשָּׁוְא״. רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה אָמַר מֵהָכָא: ״כִּי דְבַר ה׳ בָּזָה״.

Rav Assi a dit : malheur à ceux qui traînent la faute avec des cordes de vanité. Rav Ada bar Ahava a dit, de là : car il a méprisé la parole de Hachem.

📜 Rachi (1)
בְּחַבְלֵי הַשָּׁוְא בַּחֲבָלִים שֶׁאֵינָם חֲזָקִים אֶלָּא נוֹחִין לְהִנָּתֵק הֵן מוֹשְׁכִין הֶעָוֹן עַל עַצְמָם אַף זֶה עַל יְדֵי דִּבּוּר בְּעָלְמָא הוּא נֶעֱנַשׁ:
Avec des cordes de vanité — avec des cordes qui ne sont pas solides mais faciles à rompre, ils tirent la faute sur eux-mêmes ; celui-ci de même est puni pour une simple parole.
🗂️ Tossefot (1)
בְּחַבְלֵי הַשָּׁוְא כְּלוֹמַר בְּחִנָּם מוֹשְׁכִים עֲלֵיהֶם עָוֹן כִּי טוֹב הָיָה שֶׁלֹּא הָיוּ מְקַיְּימִין אוֹתוֹ כְּלָל:
Avec des cordes de vanité — c'est-à-dire qu'ils attirent sur eux la faute pour rien, car il eût mieux valu qu'ils n'accomplissent pas du tout.
💡 Explication

Deux autres versets viennent qualifier la même conduite. Celui d'Isaie insiste sur la disproportion : la faute est attirée par des cordes de vanité, des cordes faibles, c'est-à-dire pour rien. Rachi le lit ainsi : pour une simple parole, l'homme se rend punissable.

Tossefot pousse le trait : il aurait mieux valu ne pas accomplir du tout. Le verset des Nombres cité par Rav Ada bar Ahava donne la qualification la plus lourde, le mépris de la parole, car prononcer cette parole en lieu souillé revient à la traiter sans égard.

21
וְאִם פָּסַק מַה שְּׂכָרוֹ? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״וּבַדָּבָר הַזֶּה תַּאֲרִיכוּ יָמִים״.

Et s'il s'est interrompu, quelle est sa récompense ? Rabbi Abbahou a dit : de lui le verset dit : et par cette parole vous prolongerez vos jours.

📜 Rachi (1)
וּבַדָּבָר הַזֶּה בִּשְׁבִיל דִּבּוּר זֶה שֶׁנִּזְהַרְתֶּם עָלָיו תַּאֲרִיכוּן יָמִים:
Et par cette parole — à cause de cette parole dont vous vous êtes gardés, vous prolongerez vos jours.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר (דְּבָרִים לֵב, מז) וּבַדָּבָר הַזֶּה תַּאֲרִיכוּ יָמִים עַל הָאֲדָמָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מְנָא לַן אַזְהָרַת טָהֳרָה, וְדִילְמָא עַל הַלִּימּוּד הוּא אוֹמֵר שֶׁהָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה יַאֲרִיךְ יָמִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בְּאוֹתִיּוֹת דְּרַבִּי עֲקִיבָה, הֵ"א שְׁמוֹ שֶׁל הקב"ה, מִפְּנֵי שֶׁכָּל הָאוֹתִיּוֹת כְּשֶׁהָאָדָם מוֹצִיאָן מִפִּיו, הוּא מַרְגִּישׁ בָּהֶם בִּלְשׁוֹנוֹ וּבִשְׂפָתָיו וּמוֹצִיא רוֹק מִפִּיו, אֲבָל אוֹת הֵ"א אֵינוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה מִפְּנֵי כְּשֶׁהָאָדָם מוֹצִיאָן מִפִּיו אֵינוֹ מַרְגִּישׁ לֹא בִּשְׂפָתָיו וְלֹא בִּלְשׁוֹנוֹ וְאֵינוֹ מוֹצִיא טִיפַּת רוֹק מִפִּיו עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, נִמְצָא אוֹת הֵ"א רָחוֹק מִן הַטֻּומְאָה וְהוּא אוֹת טָהֳרָה יוֹתֵר מִכָּל הָאוֹתִיּוֹת, וְהָכָא דִּקְדֵּק, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וּבְדָבָר זֶה תַּאֲרִיכוּ יָמִים, וְלָמָּה נָקֵיט הַזֶּה בְּתוֹסְפוֹת הֵ"א, אֶלָּא לוֹמַר לָךְ כָּךְ וּבִדְבַר ה' זֶה כְּלוֹמַר, אִם הַדָּבָר שֶׁל הַתּוֹרָה אֶצְלְכֶם כְּמוֹ אוֹת ה' זֶה, שֶׁתּוֹצִיא הַדָּבָר בְּטָהֳרָה כְּאוֹת הֵ"א שֶׁהִיא אוֹת טָהֳרָה וְרָחוֹק מִן הַטֻּומְאָה, כֵּן דְּבַר הַתּוֹרָה תִּרְחָקֶנּוּ מִן הַטֻּומְאָה שֶׁלֹּא תִּזְכֹּור אוֹתוֹ בְּמָקוֹם מְטֻונָּף אָז תַּאֲרִיכוּ יָמִים.
De lui le verset dit (Deutéronome 32, 47) : et par cette parole vous prolongerez vos jours sur la terre. Il y a lieu de demander : d'où tirons-nous un avertissement sur la pureté ? Peut-être le verset parle-t-il de l'étude, et dit-il que celui qui s'occupe de Torah prolongera ses jours ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est écrit dans les Otiot de Rabbi Akiva : la lettre hé est un nom du Saint béni soit-Il, car toutes les lettres, lorsque l'homme les fait sortir de sa bouche, il les sent sur sa langue et sur ses lèvres et il projette de la salive ; mais la lettre hé ne reçoit pas d'impureté, parce que lorsque l'homme la fait sortir de sa bouche il ne la sent ni sur ses lèvres ni sur sa langue et il ne projette pas une goutte de salive — fin de citation. Il se trouve que la lettre hé est éloignée de l'impureté et qu'elle est la lettre de la pureté plus que toutes les lettres. Et ici le verset est précis : il aurait fallu dire ou-vadavar ze, et par cette parole ; pourquoi a-t-il pris ha-ze, avec un hé ajouté ? C'est pour te dire ceci : si la parole de Torah est chez vous comme cette lettre hé, de sorte que vous fassiez sortir la parole dans la pureté comme la lettre hé, qui est la lettre de la pureté et qui est éloignée de l'impureté, alors vous éloignerez de même la parole de Torah de l'impureté et vous ne la mentionnerez pas dans un lieu souillé — et alors vous prolongerez vos jours.
💡 Explication

Le contrepoint arrive aussitôt. Celui qui s'interrompt reçoit la promesse de longueur de jours. Rachi lit le verset au plus près : c'est à cause de cette parole dont on s'est gardé que les jours se prolongent.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur un détail de la formulation, l'article ajouté dans ha-ze, et y lit un enseignement sur la pureté de la parole d'étude.

22
אָמַר רַב הוּנָא: הָיְתָה טַלִּיתוֹ חֲגוּרָה לוֹ עַל מָתְנָיו — מֻותָּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הָיְתָה טַלִּיתוֹ שֶׁל בֶּגֶד וְשֶׁל עוֹר וְשֶׁל שַׂק חֲגוּרָה עַל מָתְנָיו — מֻותָּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע.

Rav Houna a dit : si son talit était ceint autour de ses reins, il lui est permis de réciter le Chema. Il a été enseigné de même : si son talit, d'étoffe, de cuir ou de toile grossière, était ceint autour de ses reins, il lui est permis de réciter le Chema.

📜 Rachi (1)
הָיְתָה טַלִּיתוֹ חֲגוֹרָה עַל מָתְנָיו לְכַסּוֹתוֹ מִמָּתְנָיו וּלְמַטָּה אע"פ שֶׁמִּמָּתְנָיו וּלְמַעְלָה הוּא עָרֹום קוֹרֵא ק"ש:
Si son talit était ceint autour de ses reins — pour le couvrir depuis les reins vers le bas ; bien qu'au-dessus des reins il soit nu, il récite le Chema.
💡 Explication

Le folio se termine par un retour à la question de la nudité. Un vêtement ceint aux reins suffit, même si le haut du corps reste découvert : ce qui compte est que la nudité soit couverte, non que l'homme soit entièrement vêtu.

La baraita citée à l'appui ajoute que la matière est indifférente, étoffe, cuir ou toile grossière. La discussion se poursuit au folio suivant.

🖼️ Schéma
Le talit ceint aux reins torse nu, reins couverts Ce qui est exigé La nudité couverte depuis les reins vers le bas. Le haut du corps peut rester nu. Ce qui est indifférent La matière du vêtement : étoffe, cuir ou toile grossière conviennent également.
La dernière règle du folio : la couverture des reins suffit, quelle que soit la matière du vêtement.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).