Berakhot 25a — La propreté du lieu : excréments, urine et mauvaises odeurs face au Chema et à la prière

Berakhot 25a

Sougya : Le folio poursuit l'examen des conditions du lieu où l'on peut prononcer des paroles saintes. Il s'ouvre sur la tenue exigée pour la prière, puis sur celui qui est entré aux latrines en portant ses tefilin.

Deux désaccords parallèles entre Rav Houna et Rav Hisda structurent ensuite la sougya : la saleté posée sur le corps de celui qui lit, et la mauvaise odeur qui a une source visible. La guemara distingue l'odeur ayant une source de celle qui n'en a pas, oppose Abaye et Rava sur les excréments que l'on transporte, puis descend au régime de l'urine : la Torah n'interdit que face au jet lui-même, et les Sages ont ajouté un décret limité aux cas certains.

Reste alors à fixer les seuils de sécheresse — croûte, tesson, humidité, trace visible — que Rava tranche en fin de parcours.

Deux désaccords parallèles entre Rav Houna et Rav Hisda Rav Houna : la bouche suffit Saleté sur le corps : permis de lire Appui : que tout ce qui respire loue Hachem Odeur avec source : quatre coudées comptées depuis la source elle-même Le corps entier n'est pas engagé Rav Hisda : le corps entier est engagé Saleté sur le corps : interdit de lire Appui : tous mes os diront Odeur avec source : quatre coudées comptées là où l'odeur prend fin L'odeur elle-même fait obstacle Nafka mina sur l'odeur Pour Rav Hisda, la zone interdite se déplace avec l'odeur : elle peut dépasser de loin les quatre coudées autour de la source. Tranchage Sur l'odeur, une baraita enseigne comme Rav Hisda et le Roch le retient. Sur la saleté du corps, Rabbenou Hananel suit Rav Hisda, le Rif suit Rav Houna.
Les deux amoraim se retrouvent sur deux questions distinctes ; leur logique est la même, la halakha ne les suit pas de la même manière.
Les seuils de sécheresse : jusqu'à quand le lieu reste-t-il interdit Excréments Humides, surface non prise Interdits, sans discussion Secs comme un tesson Interdits selon Rava Emiettés, fendillés Permis Urine Assez humide pour mouiller Interdite selon Rava Trace encore reconnaissable Permise selon Rava Absorbée ou séchée Permise Le seuil de Guueniva, refusé par Rav Yossef Guueniva plaçait la limite de l'urine sur la trace visible ; Rav Yossef objecte que les excréments sont déjà permis dès la croûte.
Deux échelles distinctes, l'une pour les excréments, l'autre pour l'urine ; Rava fixe le seuil sur chacune.
Ce qui sépare l'homme de la saleté : hauteur, distance, mouvement Une dénivellation Dix tefahim plus haut où dix tefahim plus bas Il s'assied à côté et lit Aucune dénivellation Il s'écarte de toute la portée de ses yeux La vue commande La saleté passe Portée devant lui sans se poser Abaye permet, Rava interdit Le partage de Rava sur les excréments qui passent Le lépreux dépend de la fixité du lieu ; ici la Torah exige un camp saint, et un camp cesse d'être saint des que la saleté y est présente. Le cas de l'odeur sans source Tolérée pour l'étude seule, et seulement lorsqu'elle vient d'autrui ; pour le Chema on sort, et pour la sienne on attend.
Trois manières de rompre le contact avec la saleté, et les deux cas où la règle se plie.
1
אֲבָל לִתְפִלָּה עַד שֶׁיְּכַסֶּה אֶת לִבּוֹ.

Mais pour la prière, tant qu'il n'a pas couvert son cœur.

📜 Rachi (1)
אֲבָל לִתְפִלָּה צָרִיךְ הוּא לְהַרְאוֹת אֶת עַצְמוֹ כְּעוֹמֵד לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ וְלַעֲמֹוד בְּאֵימָה אֲבָל ק"ש אֵינוֹ מְדַבֵּר לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ:
Mais pour la prière — il doit se montrer comme se tenant devant le Roi et se tenir dans la crainte ; tandis que pour le Chema, il ne parle pas devant le Roi.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא הָיְתָה טַלִּית חֲגוֹרָה עַל מָתְנָיו קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע. תנ"ה הָיְתָה טַלִּית שֶׁל בֶּגֶד וְשֶׁל עוֹר וְשֶׁל שַׂק חֲגוּרָה עַל מָתְנָיו קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּבִתְפִלָּה עַד שֶׁיְּכַסֶּה אֶת לִבּוֹ:
Rav Houna a dit : si un talit était ceint autour de ses reins, il lit le Chema. Une baraita enseigne de même : si un talit de tissu, de cuir ou de toile grossière était ceint autour de ses reins, il lit le Chema ; et pour la prière, tant qu'il n'a pas couvert son cœur.
💡 Explication

La phrase achève la règle ouverte au folio précédent : un homme dont le talit est ceint autour des reins peut lire le Chema dans cet état, la nudité du bas étant couverte. Pour la tefila, une exigence supplémentaire s'ajoute : couvrir le cœur, donc la poitrine.

Rachi donne la raison de cet écart. Le Chema est une lecture, et la prière est une comparution : celui qui prie se tient devant le Roi et doit en avoir la tenue.

2
וְאָמַר רַב הוּנָא: שָׁכַח וְנִכְנַס בִּתְפִילִּין לְבֵית הַכִּסֵּא — מַנִּיחַ יָדוֹ עֲלֵיהֶן עַד שֶׁיִּגְמֹור. עַד שֶׁיִּגְמֹור סָלְקָא דַעְתָּךְ?! אֶלָּא כִּדְאָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: עַד שֶׁיִּגְמֹור עַמּוּד רִאשׁוֹן. וְלִפְסֹוק לְאַלְתַּר וְלֵיקוּם? מִשּׁוּם דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, דְּתַנְיָא: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר, עַמּוּד הַחוֹזֵר — מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי הִדְרוֹקָן, סִילוֹן הַחוֹזֵר — מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי יֵרָקוֹן.

Et Rav Houna a dit : celui qui a oublié et est entré aux latrines avec ses tefilin pose sa main sur eux jusqu'à ce qu'il ait fini. « Jusqu'à ce qu'il ait fini » te viendrait-il à l'esprit ?!

Il faut dire plutôt, comme l'a dit Rav Nahman bar Yitshak : jusqu'à ce qu'il ait achevé la première colonne. Et qu'il s'interrompe aussitôt et se lève ! — À cause de l'enseignement de Rabban Chimon ben Gamliel, car une baraita enseigne : Rabban Chimon ben Gamliel dit : la colonne retenue amène l'homme à l'hydropisie, le jet retenu amène l'homme à la jaunisse.

📜 Rachi (3)
הִדְרוֹקָן חֹולִי הַמַּצֵּבָה אֶת הַכָּרֵס:
L'hydropisie — une maladie qui fait enfler le ventre.
סִילוֹן שֶׁל מֵי רַגְלַיִם:
Le jet — celui de l'urine.
יֵרָקוֹן חֹולִי שֶׁשְּׁמוֹ גלניצ"ה:
La jaunisse — une maladie dont le nom en langue vulgaire est glanitse.
💡 Explication

Un homme s'aperçoit, une fois entré, qu'il porte encore ses tefilin. La solution immédiate serait de sortir. La guemara refuse cette solution pour un motif de santé : interrompre l'évacuation déjà engagée expose à la maladie. On préserve donc les tefilin autrement, en les couvrant de la main, et l'on limite le sursis à la première colonne, c'est-à-dire à la première masse déjà en cours.

Le raisonnement suppose que le danger corporel l'emporte sur l'égard dû à un objet saint, des lors qu'un moyen de garde subsiste.

3
אִתְּמַר: צוֹאָה עַל בְּשָׂרוֹ, אוֹ יָדוֹ מֻונַּחַת בְּבֵית הַכִּסֵּא, רַב הוּנָא אָמַר: מֻותָּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע. רַב חִסְדָּא אָמַר: אָסוּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע. אָמַר רָבָא: מַאי טַעְמָא דְּרַב הוּנָא — דִּכְתִיב: ״כֹּל הַנְּשָׁמָה תְּהַלֵּל יָהּ הַלְלוּיָהּ״.

Il a été dit : des excréments sur sa chair, ou sa main posée à l'intérieur des latrines — Rav Houna dit : il est permis de lire le Chema. Rav Hisda dit : il est interdit de lire le Chema.

Rava a dit : quelle est la raison de Rav Houna ? — Car il est écrit : « Que tout ce qui respire loue Hachem, Halelouya » (Psaumes 150,6).

📜 Rachi (2)
יָדָיו בְּבֵית הַכִּסֵּא מְחִיצָּה יֵשׁ בֵּינוֹ לְבֵין בֵּית הַכִּסֵּא וּפָשַׁט יָדָיו לִפְנִים מִן הַמְּחִיצָּה:
Sa main dans les latrines — il y a une cloison entre lui et les latrines, et il a étendu ses mains en deçà de la cloison.
כָּל הַנְּשָׁמָה הַפֶּה וְהַחֹוטֶם בִּכְלַל הַהִילּוּל וְלֹא שְׁאָר אֵבָרִים:
Que tout ce qui respire — la bouche et le nez sont compris dans la louange, et non les autres membres.
🗂️ Tossefot (1)
פָּסַק רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל כְּרַב חִסְדָּא דְּאָסוּר לִקְרוֹת ק״ש אֲפִילּוּ צוֹאָה תַּחַת בִּגְדוֹ עַל בְּשָׂרוֹ וס״ל כָּל עַצְמוֹתַי תֹּאמַרְנָה (תְּהִילִּים ל״ה:י׳) דאע״ג דר' חִסְדָּא תַּלְמִיד דר' הוּנָא הֲוָה לְחוּמְרָא אָזְלִינַן וְרַב אִלְפָּס פָּסַק כְּרַב הוּנָא מִדְּאַקְשֵׁי גְּמָרָא מִינֵּיהּ בְּיוֹמָא פֶּרֶק הַמְמֻונֶּה (ד ל.):
Rabbenou Hananel a tranché comme Rav Hisda : il est interdit de lire le Chema même lorsque les excréments se trouvent sous son vêtement, sur sa chair, et il tient le verset « tous mes os diront » (Psaumes 35,10) ; car bien que Rav Hisda ait été l'élève de Rav Houna, on suit ici la position rigoureuse. Le Rif a tranché comme Rav Houna, du fait que la guemara objecte à partir de son enseignement dans Yoma, chapitre Ha-memouneh (30a).
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא שָׁכַח וְנִכְנַס לְבֵית הַכִּסֵּא בִּתְפִילִּין מַנִּיחַ יָדוֹ עֲלֵיהֶן עַד שֶׁיִּגְמֹור. מַאי עַד שֶׁיִּגְמֹור. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק עַד שֶׁיִּגְמֹור עַמּוּד הָרִאשׁוֹן. וְנִפְסֹוק וְנֵיקוּם. מִשּׁוּם הָא דְּתַנְיָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר עַמּוּד הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי הִדְרוֹקָן. סִילוֹן הַחוֹזֵר מֵבִיא לִידֵי יֵרָקוֹן:
Rav Houna a dit : celui qui a oublié et est entré aux latrines avec ses tefilin pose sa main sur eux jusqu'à ce qu'il ait fini. Que signifie « jusqu'à ce qu'il ait fini » ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : jusqu'à ce qu'il ait achevé la première colonne. Et qu'il s'interrompe et se lève ! — À cause de ce qu'enseigne la baraita : Rabbi Chimon ben Gamliel dit : la colonne retenue amène l'homme à l'hydropisie, le jet retenu amène à la jaunisse.
💡 Explication

Deux cas sont posés ensemble : la saleté adhérant à la peau, et la main introduite au-delà de la cloison des latrines pendant que le reste du corps demeure au-dehors. Dans les deux situations, la bouche qui prononce se trouve en lieu propre, et un membre seulement est atteint.

Rav Houna appuie sa permission sur un verset qui rapporte la louange au souffle. Rachi précise la lecture : la bouche et le nez sont les organes engagés dans la louange, les autres membres n'y participent pas.

4
וְרַב חִסְדָּא אָמַר: אָסוּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע. מַאי טַעְמָא דְּרַב חִסְדָּא — דִּכְתִיב: ״כָּל עַצְמוֹתַי תֹּאמַרְנָה ה׳ מִי כָמוֹךָ״.

Et Rav Hisda dit : il est interdit de lire le Chema. Quelle est la raison de Rav Hisda ? — Car il est écrit : « Tous mes os diront : Hachem, qui est comme Toi ? » (Psaumes 35,10).

💡 Explication

Le verset de Rav Hisda place la louange dans l'ensemble du corps. Dès lors, un seul membre atteint suffit à empêcher la lecture. Les deux positions se lisent comme deux définitions concurrentes de ce qui accomplit la parole sainte : le souffle seul, ou le corps entier.

5
אִתְּמַר: רֵיחַ רַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ עִיקָּר — רַב הוּנָא אָמַר: מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע. וְרַב חִסְדָּא אָמַר: מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת מִמְּקוֹם שֶׁפָּסַק הָרֵיחַ, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע.

Il a été dit : une mauvaise odeur qui a une source — Rav Houna dit : il s'écarte de quatre coudées et lit le Chema. Et Rav Hisda dit : il s'écarte de quatre coudées à partir de l'endroit où l'odeur cesse, et lit le Chema.

📜 Rachi (3)
שֶׁיֵּשׁ לוֹ עִיקָּר שֶׁהַצּוֹאָה מֻונַּחַת שָׁם וּמַסְרַחַת וְשֶׁאֵין לוֹ עִיקַּר הַפְּחָת רוּחַ:
Qui a une source — les excréments sont posés là et exhalent leur puanteur ; et celle qui n'a pas de source, c'est un vent lâché.
מַרְחִיק ד' אַמּוֹת מִן הָעִיקָּר ואע"פ שֶׁהָרֵיחַ בָּא אֵלָיו וּכְגוֹן שֶׁהִיא לַאֲחוֹרָיו שֶׁאֵינוֹ רוֹאֶה אוֹתָהּ:
Il s'écarte de quatre coudées — de la source, et cela bien que l'odeur lui parvienne ; il s'agit du cas où elle se trouve derrière lui, de sorte qu'il ne la voit pas.
מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק הָרֵיחַ שֶׁהָרֵיחַ כָּלָה שָׁם: לֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת אָדָם כו' ואע"פ שֶׁאֵין רֵיחַ:
À partir de l'endroit où l'odeur cesse — là où l'odeur prend fin. « Ni face à des excréments humains, etc. » — et cela même s'il n'y a pas d'odeur.
💡 Explication

Une odeur qui a une source est celle qui monte d'excréments posés là ; celle qui n'a pas de source est le vent lâché par un homme. Le désaccord porte sur le point de départ des quatre coudées.

Rav Houna les compte depuis la matière elle-même, quitte à ce que l'odeur atteigne encore celui qui lit. Rav Hisda les compte depuis la limite où l'odeur s'arrête, ce qui repousse beaucoup plus loin la zone permise. Rachi ajoute que la permission de Rav Houna suppose que la source se trouve derrière l'homme, hors de sa vue.

6
תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא: לֹא יִקְרָא אָדָם קְרִיאַת שְׁמַע, לֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת אָדָם, וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת כְּלָבִים, וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת חֲזִירִים, וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים, וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת אַשְׁפָּה שֶׁרֵיחָהּ רָע. וְאִם הָיָה מָקוֹם גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה טְפָחִים אוֹ נָמוּךְ עֲשָׂרָה טְפָחִים — יוֹשֵׁב בְּצִדּוֹ וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע. וְאִם לָאו — מַרְחִיק מִמֶּנּוּ מְלֹוא עֵינָיו. וְכֵן לִתְפִלָּה. רֵיחַ רַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ עִיקָּר — מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת מִמְּקוֹם הָרֵיחַ, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע.

Une baraita enseigne conformément à Rav Hisda : un homme ne lit pas le Chema, ni face à des excréments humains, ni face à des excréments de chiens, ni face à des excréments de porcs, ni face à des excréments de poules, ni face au fumier d'un dépotoir dont l'odeur est mauvaise. Et si l'endroit était élevé de dix tefahim ou abaissé de dix tefahim, il s'assied à côté et lit le Chema.

Sinon, il s'en écarte de toute la portée de ses yeux. Et de même pour la prière.

Une mauvaise odeur qui a une source — il s'écarte de quatre coudées à partir de l'endroit de l'odeur, et lit le Chema.

📜 Rachi (1)
לֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת אָדָם כו' ואע"פ שֶׁאֵין רֵיחַ:
Ni face à des excréments humains, etc. — et cela même s'il n'y a pas d'odeur.
💡 Explication

La baraita fournit un appui à Rav Hisda dans sa dernière ligne. Elle donne aussi le régime général de la saleté visible, qui joue même sans odeur : une dénivellation de dix tefahim constitue un domaine séparé et permet de s'asseoir à côté ; à défaut, la limite est celle du regard.

Rava rejettera plus loin plusieurs des catégories énumérées ici, tout en conservant la règle sur l'odeur ayant une source.

🖼️ Schéma
La règle de la baraita : saleté visible et odeur Saleté visible, même sans odeur Excréments d'homme, de chien, de porc, de poule, fumier Interdit d'y faire face Dénivellation de dix tefahim Plus haut ou plus bas Domaine distinct Il s'assied à côté et lit Sans dénivellation Il s'écarte de toute la portée de ses yeux Même règle pour la prière La dernière ligne appuie Rav Hisda Pour l'odeur qui a une source, les quatre coudées se comptent depuis l'endroit où l'odeur prend fin, non depuis la matière.
La baraita traite d'abord de ce qui se voit, puis revient à ce qui se sent.
7
אָמַר רָבָא: לֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא בְּכָל הָנֵי שְׁמַעְתָּתָא, אֶלָּא כִּי הָא דְּתַנְיָא: לֹא יִקְרָא אָדָם קְרִיאַת שְׁמַע לֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת אָדָם, וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת חֲזִירִים וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת כְּלָבִים בִּזְמַן שֶׁנָּתַן עוֹרוֹת לְתוֹכָן.

Rava a dit : la halakha ne suit pas cette baraita dans toutes ces règles, mais bien celle qui a été enseignée ainsi : un homme ne lit pas le Chema, ni face à des excréments humains, ni face à des excréments de porcs, ni face à des excréments de chiens lorsqu'on y a mis des peaux.

📜 Rachi (2)
לֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא דִּלְעֵיל דְּאָסַר צוֹאַת כְּלָבִים וַחֲזִירִים בְּשֶׁאֵין בָּהֶם עוֹרוֹת:
La halakha ne suit pas cette baraita — celle qui précède, qui interdit les excréments de chiens et de porcs même lorsqu'il n'y a pas de peaux dedans.
בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן עוֹרוֹת אַצּוֹאַת כְּלָבִים וַחֲזִירִים קָאֵי שֶׁדַּרְכָּן לְתִתָּן בְּעִבּוּד הָעוֹרוֹת אֲבָל צוֹאַת אָדָם אַפֵּי' בְּלֹא עוֹרוֹת שֶׁהֲרֵי אֵין דַּרְכָּן לְתִתָּן שָׁם הִלְכָּךְ ע"כ בְּלֹא עוֹרוֹת קָאָמַר:
Lorsqu'il y a en eux des peaux — cela porte sur les excréments de chiens et de porcs, que l'on a coutume de mettre dans le tannage des peaux ; mais les excréments humains sont interdits même sans peaux, puisqu'on n'a pas coutume de les y mettre ; force est donc de dire que la baraita en parle sans peaux.
🗂️ Tossefot (1)
לֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא אֶלָּא כִּי הָא דְּתַנְיָא כו' פרש"י לֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא דִּלְעֵיל דְּאָסְרָה צוֹאַת כְּלָבִים וַחֲזִירִים אַפֵּי' בְּשֶׁאֵין בָּהֶם עוֹרוֹת אֲבָל בְּצוֹאַת אָדָם לֹא שַׁיָּיךְ וְאָסוּר בְּכָל עִנְיָן מַשְׁמַע אֲבָל בְּצוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים לָא אַיְירֵי רָבָא וּבְאִידָךְ בָּרַייְתָא לֹא גָּרַס צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים כְּלָל וְלָא פְּלִיג בְּהָא אַמַּתְנִיתָא דִּלְעֵיל וּלְפִי זֶה יֵשׁ לֶאֱסֹור צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִין וְאוֹמֵר רַבֵּינוּ יְהוּדָה דְּדַוְקָא כְּשֶׁהֵן בָּלוּל שֶׁלָּהֶם שֶׁיֵּשׁ שָׁם סֵרָחוֹן גָּדוֹל אֲבָל בְּתַרְנְגוֹלִים הַהוֹלְכִים בַּבַּיִת אֵין חוֹשְׁשִׁין. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי יֵשׁ דְּבַאֲדֻומִּים בִּלְבַד יֵשׁ לָחוּשׁ וְלָא יָדְעִינַן לְפָרֵשׁ וְעוֹד קָאָמַר מַרְחִיקִין מִגֶּלְלֵי בְּהֵמָה ד' אַמּוֹת ר' שְׁמוּאֵל בְּרַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר וּבִלְבַד שֶׁל חֲמוֹר:
Rachi a expliqué : la halakha ne suit pas cette baraita qui précède, laquelle interdisait les excréments de chiens et de porcs même lorsqu'il n'y a pas de peaux en eux ; mais pour les excréments humains cela ne s'applique pas, et il en ressort qu'ils sont interdits en toute manière. Toutefois Rava n'a pas parlé des excréments de poules, et dans l'autre baraita on ne lit pas du tout « excréments de poules » ; sur ce point elle ne s'oppose donc pas à la baraita précédente, et il y aurait selon cela lieu d'interdire les excréments de poules. Rabbenou Yehouda dit qu'il s'agit uniquement du cas où elles sont dans leur poulailler, où la puanteur est forte ; mais pour les poules qui circulent dans la maison, on ne s'en soucie pas. Dans le Talmud de Jérusalem il est dit que seuls les excréments rouges appellent la crainte, et nous ne savons pas l'expliquer. Il y est dit encore : on s'écarte des crottins d'animaux de quatre coudées ; Rabbi Chemouel fils de Rabbi Yitshak dit : uniquement ceux de l'âne.
💡 Explication

Rava restreint la liste. Les excréments humains restent interdits en toute circonstance. Ceux de chiens et de porcs ne le sont que lorsqu'ils servent au tannage, opération qui les rend fortement puants. Rachi note que la mention des peaux ne peut porter sur les excréments humains, qu'on n'emploie pas ainsi.

Les Tossefot relèvent le silence de cette seconde baraita sur les excréments de poules et en tirent une conséquence pratique.

8
בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַב שֵׁשֶׁת: רֵיחַ רַע שֶׁאֵין לוֹ עִיקָּר, מַהוּ? אֲמַר לְהוּ: אֲתוֹ חֲזוֹ הָנֵי צִיפֵּי דְבֵי רַב, דְּהָנֵי גָּנוּ וְהָנֵי גָּרְסִי. וְהָנֵי מִילֵּי בְּדִבְרֵי תוֹרָה, אֲבָל בִּקְרִיאַת שְׁמַע — לֹא. וְדִבְרֵי תוֹרָה נָמֵי לָא אֲמַרַן, אֶלָּא דְּחַבְרֵיהּ, אֲבָל דִּידֵיהּ — לֹא.

On demanda à Rav Chechet : une mauvaise odeur qui n'a pas de source, qu'en est-il ? Il leur dit : venez voir ces nattes de la maison d'étude — les uns y dorment et les autres y étudient.

Et cela vaut pour les paroles de Torah, mais pour le Chema, non. Et pour les paroles de Torah non plus nous ne l'avons dit que pour celle d'un autre ; mais pour la sienne, non.

📜 Rachi (6)
שֶׁאֵין לוֹ עִיקָּר הַפְּחָת רוּחַ:
Qui n'a pas de source — un vent lâché.
צִיפֵּי מַחְצָלוֹת שֶׁל בֵּית הַמִּדְרָשׁ:
Tsipei — les nattes de la maison d'étude.
דְּהָנֵי גָּנוּ וְהָנֵי גָּרְסִי ואע"פ שֶׁדֶּרֶךְ הַיְשָׁנִים לְהָפִיחַ:
Les uns dorment et les autres étudient — et cela bien que ceux qui dorment aient coutume de lâcher des vents.
וה"מ לְגִרְסָא מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר:
Et cela ne vaut que pour l'étude — parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité.
אֲבָל לק"ש יָצָא לַחוּץ וְיִקְרָא:
Mais pour le Chema — il sort au-dehors et lit.
אֲבָל לְדִידֵיהּ הֵפִיחַ הוּא עַצְמוֹ מַמְתִּין עַד שֶׁיִּכְלֶה הָרֵיחַ:
Mais pour la sienne — s'il a lui-même lâché ce vent, il attend que l'odeur se soit dissipée.
🗂️ Tossefot (1)
רֵיחַ רַע שֶׁאֵין לוֹ עִיקָּר י"מ דְּבָתֵּי כִּסְאוֹת שֶׁלָּנוּ בְּעֹומֶק אִם יֵשׁ בָּהֶן מְחִיצָּה מַפְסֶקֶת הָוְיָא כְּמוֹ רֵיחַ רַע שֶׁאֵין לוֹ עִיקָּר כְּמוֹ בָּתֵּי כִּסְאוֹת דְּפַרְסַאי לְקַמָּן (בְּרָכוֹת ד' כו.):
Certains expliquent que nos latrines, qui sont profondes, si elles comportent une cloison qui sépare, relèvent de la mauvaise odeur qui n'a pas de source, à l'image des latrines des Perses mentionnées plus loin (Berakhot 26a).
⚖️ Rosh (1)
בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַב שֵׁשֶׁת רֵיחַ רַע שֶׁאֵין לוֹ עִיקָּר מַהוּ. אֲמַר לְהוּ אֲתוֹ חֲזוֹ הָנֵי צִיפֵּי דְּבֵי רַב דְּהָנֵי גָּנוּ וְהָנֵי גָּרְסִי וְלָא אֲמַרַן דְּשָׁרוּ אֶלָּא בְּדִבְרֵי תוֹרָה אֲבָל בִּקְרִיאַת שְׁמַע לָא. וּבְדִבְרֵי תּוֹרָה נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּדְחַבְרֵיהּ אֲבָל בְּדִידֵיהּ לֹא עַד שֶׁיִּכְלֶה הָרֵיחַ:
On demanda à Rav Chechet : une mauvaise odeur qui n'a pas de source, qu'en est-il ? Il leur dit : venez voir ces nattes de la maison d'étude, où les uns dorment et les autres étudient. Et nous n'avons dit que c'était permis que pour les paroles de Torah, mais pour le Chema, non. Et pour les paroles de Torah non plus nous ne l'avons dit que pour celle d'un autre ; mais pour la sienne, non, jusqu'à ce que l'odeur se soit dissipée.
💡 Explication

Rav Chechet répond par un usage constant plutôt que par un raisonnement : la maison d'étude fonctionne alors que des hommes y dorment sur les nattes, et personne ne s'inquiète des vents lâchés pendant le sommeil.

La tolérance est ensuite doublement restreinte. Elle ne vaut que pour l'étude, que l'on ne peut pas facilement déplacer, et non pour le Chema, pour lequel on sort. Et elle ne vaut que pour l'odeur venue d'autrui : celui qui l'a produite attend qu'elle se dissipe.

9
אִתְּמַר: צוֹאָה עוֹבֶרֶת — אַבַּיֵּי אָמַר: מֻותָּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע. רָבָא אָמַר: אָסוּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע.

Il a été dit : des excréments qui passent — Abaye dit : il est permis de lire le Chema. Rava dit : il est interdit de lire le Chema.

📜 Rachi (2)
צוֹאָה עוֹבֶרֶת אָדָם שֶׁנּוֹשְׁאֵי' לְפָנָיו גְּרָף שֶׁל רְעִי לְהַעֲבִירוֹ:
Des excréments qui passent — un homme devant qui l'on porte un pot d'immondices pour l'emporter.
מֻותָּר לִקְרוֹת וא"צ לְהַפְסִיק:
Il est permis de lire — et il n'a pas besoin de s'interrompre.
💡 Explication

Le cas visé, selon Rachi, un homme devant lequel on transporte un pot d'immondices que l'on emporte. La saleté traverse son champ sans s'y arrêter. La question porte sur le point de savoir si l'interdit tient à la présence ou à la fixité de la saleté.

10
אָמַר אַבַּיֵּי: מְנָא אֲמִינָא לַהּ — דִּתְנַן: הַטָּמֵא עוֹמֵד תַּחַת הָאִילָן וְהַטָּהוֹר עוֹבֵר — טָמֵא. טָהוֹר עוֹמֵד תַּחַת הָאִילָן וְטָמֵא עוֹבֵר — טָהוֹר. וְאִם עָמַד — טָמֵא. וְכֵן בְּאֶבֶן הַמְנֻוגַּעַת.

Abaye a dit : d'où est-ce que je le dis ? De ce que nous avons appris dans une michna : l'impur se tient sous l'arbre et le pur passe — [le pur devient] impur.

Le pur se tient sous l'arbre et l'impur passe — [il reste] pur. Et si [l'impur] s'est arrêté — impur.

Et de même pour la pierre atteinte de la plaie.

📜 Rachi (2)
הַטָּמֵא עוֹמֵד תַּחַת הָאִילָן וְלֹא בְּנוֹשֵׂא אֶת הַמֵּת קָאֵי דְּמֵת לָא שְׁנָא עוֹמֵד ול"ש יוֹשֵׁב ול"ש הוֹלֵךְ אֹהֶל הוּא וְגַבֵּי מְצֹורָע קָתָנֵי לָהּ בְּת"כ דְּגַלִּי בֵּיהּ רַחֲמָנָא יְשִׁיבָה דִּכְתִיב בָּדָד יֵשֵׁב מִחוּץ לַמַּחֲנֶה מוֹשָׁבוֹ. [מוֹשָׁבוֹ] טָמֵא. מִכָּאן אָמְרוּ עוֹמֵד נָמֵי כְּיוֹשֵׁב דָּמֵי דִּקְבִיעַ אֲבָל מְהַלֵּךְ לָא קְבִיעַ:
L'impur se tient sous l'arbre — cela ne porte pas sur celui qui transporte un mort, car pour le mort il n'y a pas de différence entre debout, assis et marchant : c'est un ohel dans tous les cas. C'est du metsora qu'il s'agit, et le Torat Kohanim l'enseigne, car l'Écriture y a fait apparaître la notion de séjour, comme il est écrit « il demeurera seul, sa demeure sera hors du camp » : sa demeure est impure. De là ils ont dit que celui qui se tient debout est comme celui qui est assis, car il est fixé ; mais celui qui marche n'est pas fixé.
אֶבֶן הַמְנֻוגַּעַת הֲרֵי הִיא כִּמְצוֹרָע שֶׁהִקִּישָׁהּ הַכָּתוּב זֹאת הַתּוֹרָה לְכָל נֶגַע הַצָּרַעַת וְלַנָּתֶק וּלְצָרַעַת הַבֶּגֶד וְלַבָּיִת (וַיִּקְרָא י״ד:נ״ד-נ״ה):
La pierre atteinte de la plaie — elle est comme le metsora, car l'Écriture les a rapprochés : « telle est la loi pour toute plaie de tsaraat, pour la teigne, pour la tsaraat du vêtement et de la maison » (Lévitique 14,54-55).
💡 Explication

Abaye tire son appui du régime du metsora. Le lépreux transmet l'impureté à tout ce qui se trouve sous une même couverture, mais seulement lorsqu'il y est établi. Celui qui passe sous l'arbre sans s'arrêter ne rend rien impur.

La michna donne ainsi un précédent où le simple passage ne produit pas l'effet juridique que produirait la station. Abaye transpose ce principe à la saleté que l'on transporte.

🖼️ Schéma
Le précédent du metsora : la fixité fait la différence L'impur est établi sous l'arbre Le pur passe dessous Le pur devient impur Toute l'aire couverte est atteinte L'impur passe seulement Le pur est établi sous l'arbre Le pur reste pur Sauf si l'impur s'arrête : alors impur L'argument d'Abaye Puisque le passage n'engendre pas l'impureté, il ne doit pas davantage interdire la lecture du Chema.
Le pivot du raisonnement est l'arrêt : sans lui, la présence reste sans effet.
11
וְרָבָא אָמַר לָךְ: הָתָם בִּקְבִיעוּתָא תַּלְיָא מִילְּתָא, דִּכְתִיב ״בָּדָד יֵשֵׁב מִחוּץ לַמַּחֲנֶה מוֹשָׁבוֹ״. הָכָא, ״וְהָיָה מַחֲנֶיךָ קָדוֹשׁ״ אֲמַר רַחֲמָנָא, וְהָא לֵיכָּא.

Et Rava pourrait te dire : là-bas, la chose dépend de la fixité, car il est écrit « il demeurera seul, sa demeure sera hors du camp » (Lévitique 13,46). Ici, le Miséricordieux a dit « et ton camp sera saint » (Deutéronome 23,15), et cela fait défaut.

💡 Explication

Rava conteste le transfert. Dans le cas du metsora, l'Écriture rattache expressément l'impureté à la demeure, ce qui explique que le passage soit sans effet. La règle de la saleté repose sur un autre verset, qui exige un camp saint. Cette exigence porte sur l'état du lieu au moment de la parole, et la présence d'immondices la ruine, même passagèrement.

12
אָמַר רַב פָּפָּא: פִּי חֲזִיר כְּצוֹאָה עוֹבֶרֶת דָּמֵי. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא אַף עַל גַּב דְּסָלֵיק מִנַּהֲרָא.

Rav Papa a dit : la gueule du porc est comme des excréments qui passent. C'est évident ! — Cela n'est nécessaire que pour enseigner qu'il en va ainsi même lorsqu'il vient de sortir de la rivière.

📜 Rachi (1)
פְּשִׁיטָא דְּפִי חֲזִיר אֵינוֹ בְּלֹא צוֹאָה:
C'est évident — car la gueule du porc n'est jamais sans excrément.
💡 Explication

Rav Papa applique la conclusion précédente à un cas mobile par nature. La guemara objecte que la chose va de soi, la gueule du porc n'étant jamais propre, puis précise l'apport : l'eau de la rivière ne suffit pas à la nettoyer, et l'on ne se fiera pas à cette apparence.

13
אָמַר רַב יְהוּדָה: סְפֵק צוֹאָה — אֲסוּרָה. סְפֵק מֵי רַגְלַיִם — מֻותָּרִים. אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב יְהוּדָה: סְפֵק צוֹאָה, בְּבֵית — מֻותֶּרֶת, בָּאַשְׁפָּה — אֲסוּרָה. סְפֵק מֵי רַגְלַיִם — אֲפִילּוּ בָּאַשְׁפָּה נָמֵי מֻותָּרִין.

Rav Yehouda a dit : un doute sur des excréments — c'est interdit ; un doute sur de l'urine — c'est permis. Certains rapportent ainsi : Rav Yehouda a dit : un doute sur des excréments, dans une maison — c'est permis ; dans un dépotoir — c'est interdit.

Un doute sur de l'urine — même dans un dépotoir, c'est également permis.

📜 Rachi (1)
בַּבַּיִת מֻותָּר דְּאֵין דֶּרֶךְ לְהַנִּיחַ צוֹאָה בַּבַּיִת:
Dans une maison c'est permis — car on n'a pas coutume de laisser des excréments dans une maison.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַב יְהוּדָה סְפֵק צוֹאָה בַּבַּיִת מֻותָּר. בָּאַשְׁפָּה אָסוּר. סְפֵק מֵי רַגְלַיִם אֲפִילּוּ בָּאַשְׁפָּה נָמֵי מֻותָּר. סָבַר לַהּ כְּרַב הַמְנוּנָא דְּאָמַר מֵי רַגְלַיִם לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא כְּנֶגֶד עַמּוּד בִּלְבַד. וְכִדְרַבִּי יוֹנָתָן דָּר' יוֹנָתָן רָמֵי כְּתִיב וְיָד תִּהְיֶה לְךָ מִחוּץ לַמַּחֲנֶה וּכְתִיב וְיָתֵד תִּהְיֶה לְךָ עַל אֲזֵנֶךָ וְגוֹ' וְכִסִּיתָ. הָא כֵיצַד הָא בִּגְדוֹלִים וְהָא בִּקְטַנִּים. אַלְמָא קְטַנִּים לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא כְּנֶגֶד עַמּוּד בִּלְבַד הָא נְפוּל לְאַרְעָא שְׁרֵי וְרַבָּנַן הוּא דִּגְזוּר בְּהוּ. וְכִי גְּזוּר בְּהוּ רַבָּנַן בְּוַודָּאָן אֲבָל בִּסְפֵיקָן לָא גָּזְרוּ. וּבְווַדָּאָן עַד כַּמָּה. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל כָּל זְמַן שֶׁמַּטְפִּיחִין. גְּנִיבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר כָּל זְמַן שֶׁרִישּׁוּמָן נִיכָּר אָמַר רָבָא הִלְכְתָא צוֹאָה כְּחֶרֶס אֲסוּרָה. מֵי רַגְלַיִם כָּל זְמַן שֶׁמַּטְפִּיחִין. הֵיכִי דָמֵי צוֹאָה כְּחֶרֶס. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כָּל זְמַן שֶׁזּוֹרְקִין אוֹתָהּ וְאֵינָהּ נִפְרֶכֶת. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי כָּל זְמַן שֶׁגּוֹלְלָהּ וְאֵינָהּ נִפְרֶכֶת. וְלִישָּׁנָא בָּתְרָא חוּמְרָא הוּא דְּאַפֵּי' אִם נִפְרֶכֶת בִּזְרִיקָה אֲסוּרָה וְהָכִי קי"ל כָּל מֵימֵי רַגְלַיִם כָּל זְמַן שֶׁמַּטְפִּיחִין הַיְינוּ טוֹפֵחַ לְהַטְפִּיחַ כְּתַנָּא קַמָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי כָּךְ פֵּי' גָּאוֹן:
Rav Yehouda a dit : un doute sur des excréments, dans une maison, c'est permis ; dans un dépotoir, c'est interdit. Un doute sur de l'urine, même dans un dépotoir, c'est également permis. Il tient comme Rav Hamnouna, qui a dit que la Torah n'a interdit l'urine que face à la colonne du jet seule. Et comme Rabbi Yonatan, car Rabbi Yonatan a relevé une contradiction : il est écrit « tu auras un endroit hors du camp », et il est écrit « tu auras une pelle parmi tes outils, etc., et tu couvriras ». Comment cela ? Ici pour les grands besoins, là pour les petits. Il apparaît donc que pour les petits besoins la Torah n'a interdit que face à la colonne seule ; une fois tombée à terre, c'est permis, et ce sont les Sages qui y ont décrété un interdit. Et lorsque les Sages y ont décrété, c'est dans les cas certains, mais dans les cas douteux ils n'ont pas décrété. Et dans les cas certains, jusqu'à quand ? Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : aussi longtemps que cela mouille. Guueniva, au nom de Rav, a dit : aussi longtemps que leur trace est reconnaissable. Rava a dit : la halakha est que des excréments secs comme un tesson sont interdits, et l'urine aussi longtemps qu'elle mouille. Quel est le cas d'excréments secs comme un tesson ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : aussi longtemps qu'on les jette et qu'ils ne s'émiettent pas. Et certains disent : aussi longtemps qu'on les roule et qu'ils ne s'émiettent pas. Cette dernière formulation est une rigueur, car même s'ils s'émiettent au jet ils demeurent interdits. Et voici ce que nous retenons : pour toute urine, « aussi longtemps qu'elle mouille » signifie qu'elle est humide au point d'en mouiller une autre, conformément au premier tana contre Rabbi Yossei. Ainsi l'a expliqué le Gaon.
ת"ר הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וּמַיִם שׁוֹתְתִים לוֹ עַל בִּרְכָּיו מַמְתִּין עַד שֶׁיִּכְלוּ הַמַּיִם וְחוֹזֵר. פָּסַק ה"ר יוֹסֵף ב"ר מֹשֶׁה זַ"ל דַּאֲפִילּוּ נָפְלוּ עַל בְּגָדָיו כֵּיוָן דַּעֲבִיד טִיף טִיף נִבְלָעִים מְהֵרָה. כִּדְאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כֹּה.) מֵי רַגְלַיִם שֶׁנִּבְלְעוּ בַּבֶּגֶד אוֹ בַּקַּרְקַע וְאֵין בָּהֶם טוֹפֵחַ כְּדֵי לְהַטְפִּיחַ מֻותָּרִין. וְנִרְאֶה דַּאֲפִילּוּ יֵשׁ בָּהֶם טוֹפֵחַ כְּדֵי לְהַטְפִּיחַ מֻותָּר. דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא כְּנֶגֶד הָעַמּוּד בִּלְבַד כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שָׁם וְרַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר וְכֵיוָן שֶׁכְּבָר הוּא עוֹמֵד בִּתְפִלָּה לָא גְּזוּר וְאוֹקְמוּהָ אַדְּאוֹרָיְיתָא. לְהֵיכָן הוּא חוֹזֵר. רַב חִסְדָּא וְרַב הַמְנוּנָא חַד אָמַר חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְחַד אָמַר חוֹזֵר לְמָקוֹם שֶׁפָּסַק לֵימָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי מ"ס אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ ומ"ס לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק. אָמַר רַב אָשֵׁי הַאי שָׁהָה וְלֹא שָׁהָה מִיבְּעֵי לֵיהּ אֶלָּא דכ"ע אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. והב"ע בִּדְלָא שָׁהָה וּבְהָא קָמִיפַּלְגִי מ"ס גַּבְרָא דָּחוּי הוּא וּלְכָךְ יַחֲזֹור לָרֹאשׁ. וְלָא דָּמֵי לִמְהַלֵּךְ בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת דְּאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כֹּד:) שֶׁחוֹזֵר לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק הֵיכָא דְּלָא שָׁהָה דְּהָתָם גַּבְרָא לָאו דָּחוּי הוּא אֶלָּא שֶׁהַמָּקוֹם גּוֹרֵם. ומ"ס גַּבְרָא חֲזִי הוּא דַּאֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁהַמַּיִם שׁוֹתְתִין הוּא רָאוּי לְהִתְפַּלֵּל דְּלָא אָסְרָה תּוֹרָה בְּמֵי רַגְלַיִם אֶלָּא כְּנֶגֶד הָעַמּוּד וְשׁוֹתֵת לָא חֲשִׁיב כְּנֶגֶד הָעַמּוּד וְרַבָּנָן הוּא דְּאַחְמוּר הֵיכָא דְּלָא הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה. דכ"ע שָׁהָה חוֹזֵר לְרֹאשׁ. אֲבָל לָא הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר דכ"ע לֹא שָׁהָה אֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּבִדְשָׁהָה קָמִיפַּלְגִי וּמַאן דס"ל חוֹזֵר לָרֹאשׁ מִשּׁוּם גַּבְרָא דָּחוּי הוּא מִשּׁוּם דלכ"ע הָוֵי גַּבְרָא חֲזִי כֵּיוָן דְּאֵין חוֹזֵר לְרֹאשׁ דְּכֵיוָן דע"י שׁוּם הֶפְסֵק אֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל מַה שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּבָר אִם כֵּן שַׁפִּיר מָצֵי לְהִתְפַּלֵּל אע"פ שֶׁלֹּא הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהָיָה יָכוֹל לְהַעֲמִיד עַצְמוֹ מִלְּהָטִיל מַיִם עַד שֶׁיִּגְמֹור אֶת תְּפִלָּתוֹ. אֲבָל אִם הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר הָכִי הֲוָה מְשַׁנֵּי לֵיהּ דְּקַיְימָא לָן אֲפִילּוּ שָׁהָה בָּהּ כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ אֵינוֹ חוֹזֵר לָרֹאשׁ דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק ב' דִּמְגִילָּה דַּף יח: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מַנִּי שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר' יְהוּדָה גַּבֵּי מְגִילָּה שֶׁאִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְר' יוֹחָנָן נָמֵי קָאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּר"ה דַּף לד: שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא וּמַסִּיק הָתָם דִּפְלִיג אֶדֶר' אָבָהוּ דְּאָמַר חוֹזֵר לָרֹאשׁ וַהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן בְּכָל מָקוֹם. וְעוֹד שַׂר' אָבָהוּ תַּלְמִידוֹ הֲוָה וְאֵין הֲלָכָה כְּתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב וְהָכִי אִיתָא לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף כֹּד:) גַּבֵּי ר' אֱבֵהוּ דַּהֲוָה אָזֵיל בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת וּבְעָא מִינָּהּ דר"י לְהֵיכָא לֶיהְדַּר. וַאֲמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי לְמִיפְסַק וְאַף אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור לָרֹאשׁ. אֲבָל לְדִידָךְ דִּסְבִירָא לָךְ דְּצָרִיךְ לְהַפְסִיק וּסְבִירָא לָךְ דְּהֵיכָא דְּשָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ הָכָא נָמֵי חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן זַ"ל מִקּוּצִי חֲדָא דְּאֵין זֶה דֶּרֶךְ שֶׁיָּשִׁיב הָרַב לְתַלְמִיד לְפִי מַה שֶׁסּוֹבֵר הַתַּלְמִיד כֵּיוָן שֶׁהוּא מְסֻופָּק וְשׁוֹאֵל מִמֶּנּוּ. וְעוֹד מנ"ל הָא דְּרַבִּי אָבָהוּ ס"ל הֵיכָא דְּשָׁהָה בָּאֶמְצַע כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּפִי' הוּא דְּוַדַּאי דְּהֵיכָא דְּשָׁהָה בָּאֶמְצַע כְּדֵי לִגְמֹור אֶת הַכֹּל בְּלֹא דָּחוּי וְאֹונֶס אֶלָּא שָׁהָה מֵעַצְמוֹ וְאִם הָיָה רוֹצֶה הָיָה יָכוֹל לִגְמֹור כה"ג אֵין חוֹזֵר לָרֹאשׁ כִּי הַהִיא דִּמְגִילָּה כְּשֶׁקּוֹרֵא לְסֵירוּגִין וְכֵן הַהִיא דר"ה דְּשָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא אֲבָל הֵיכָא דְּשָׁהָה מֵחֲמַת שֶׁהָיוּ מַיִם שׁוֹתְתִים עַל בִּרְכָּיו לֹא הָיָה יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל בְּאוֹתָהּ שָׁעָה דכ"ע אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. וְהַשְׁתָּא נִיחָא הָא דְּרַבִּי אֱבֵהוּ לְקַמָּן דה"ק לֵיהּ לְדִידִי לָא סְבִירָא לִי לְהַפְסִיק הִלְכָּךְ לֹא הָיָה צָרִיךְ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ אֲבָל לְדִידָךְ שֶׁהִפְסַקְתָּ דִּסְבִירָא לָךְ שֶׁאֵין הַמָּקוֹם רָאוּי לִקְרוֹת אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. כָּתַב רַב הַאי דְּהִלְכְתָא כמ"ד שֶׁחוֹזֵר לַמָּקוֹם שֶׁפָּסַק וְאִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ: גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק בְּנֵי הָעִיר (מְגִילָּה דַּף כז:) תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק הַמִּתְפַּלֵּל מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַשְׁתִּין וְהַמַּשְׁתִּין מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְפַּלֵּל. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בִּשְׁלָמָא מַשְׁתִּין מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְפַּלֵּל דִּתְנַן כַּמָּה יַרְחִיק מֵהֶם וּמִן הַצּוֹאָה אַרְבַּע אַמּוֹת. אֶלָּא הַמִּתְפַּלֵּל מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַשְׁתִּין אִי הָכִי קַדֵּישְׁתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ שְׁבִילֵי דִנְהַרְדְּעָא. תָּנֵי יִשְׁהֶה כְּלוֹמַר הָא דְּקָתָנֵי יַרְחִיק יִשְׁהֶה הוּא וְאָמְרִינַן בִּשְׁלָמָא מַשְׁתִּין יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת אֶלָּא הַמִּתְפַּלֵּל יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְאַחַר כָּךְ יַשְׁתִּין מַאי טַעְמָא. אָמַר רַב אַסִּי כָּל אַרְבַּע אַמּוֹת תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם שְׁגוּרָה בְּפִיו וְרַחֵישׁ מְרַחֲשָׁן שִׂפְוָותֵיהּ:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui se tenait en prière et à qui de l'eau coulait sur les genoux attend que l'eau ait cessé, puis reprend. Rabbenou Yossef fils de Rabbi Moché, de mémoire bénie, a tranché que même si elle est tombée sur ses vêtements, des lors qu'elle vient goutte à goutte, elle est vite absorbée, comme il est dit plus loin (Berakhot 25a) : l'urine absorbée dans un vêtement ou dans le sol, et dans laquelle il ne reste plus assez d'humidité pour en mouiller une autre, est permise. Et il semble que même s'il y reste assez d'humidité pour mouiller, ce soit permis, car selon la Torah seule la colonne du jet est interdite, comme nous le disons plus loin au même endroit, et ce sont les Sages qui ont décrété ; or puisqu'il se tient déjà en prière, ils n'ont pas décrété et l'ont laissé sur la loi de la Torah. Où reprend-il ? Rav Hisda et Rav Hamnouna : l'un dit qu'il reprend au début, l'autre qu'il reprend à l'endroit où il s'est interrompu. Dirons-nous qu'ils divergent en ceci : l'un tient que s'il s'est arrêté le temps d'achever toute la prière il reprend au début, et l'autre qu'il reprend à l'endroit où il s'est interrompu ? Rav Achi a dit : il aurait alors fallu énoncer « s'il s'est arrêté » et « s'il ne s'est pas arrêté ». Il faut donc dire que tous s'accordent : s'il s'est arrêté le temps d'achever toute la prière, il reprend au début ; et ici il s'agit du cas où il ne s'est pas arrêté si longtemps, et ils divergent en ceci : l'un tient que l'homme est écarté, et c'est pourquoi il reprend au début. Cela ne ressemble pas au cas de celui qui marche dans des ruelles souillées, dont on dit plus loin (Berakhot 24b) qu'il reprend à l'endroit où il s'est interrompu lorsqu'il ne s'est pas arrêté longtemps, car là l'homme n'est pas écarté : c'est le lieu qui est en cause. Et l'autre tient que l'homme demeure apte, car même au moment où l'eau coule il est propre à prier, puisque la Torah n'a interdit dans l'urine que face à la colonne, et un simple écoulement n'est pas tenu pour la colonne ; ce sont les Sages qui ont été rigoureux là où il ne se tenait pas déjà en prière. Tous s'accordent donc que s'il s'est arrêté longtemps, il reprend au début. En revanche on ne pouvait pas dire que tous s'accordent que s'il ne s'est pas arrêté longtemps il ne reprend pas au début, et qu'ils divergent dans le cas où il s'est arrêté longtemps, celui qui dit qu'il reprend au début le disant parce que l'homme est écarté ; car pour tous il serait alors un homme apte, puisqu'il ne reprend pas au début : des lors que par une interruption quelconque il n'a pas à refaire ce qu'il a déjà prié, il peut bien prier, même s'il ne savait pas qu'il pourrait se retenir d'uriner jusqu'à la fin de sa prière. Mais si l'on avait pu parler ainsi, on aurait pu lui répondre que nous tenons que même s'il s'est arrêté le temps d'achever toute la prière il ne reprend pas au début, car il est dit au chapitre 2 de Meguila (18b) que la halakha ne suit pas Rabbi Mani, qui dit au nom de Rabbi Yehouda, à propos de la meguila, que s'il s'est arrêté le temps de l'achever entièrement il reprend au début. Rabbi Yo'hanan dit lui aussi, au dernier chapitre de Roch Hachana (34b), que celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée s'est acquitté, et l'on y conclut qu'il diverge de Rabbi Abbahou qui dit qu'il reprend au début ; or la halakha suit Rabbi Yo'hanan en tout lieu. De plus, Rabbi Abbahou était son élève, et la halakha ne suit pas l'élève en présence du maître. C'est ce qui figure plus loin dans notre chapitre (Berakhot 24b) au sujet de Rabbi Abbahou, qui marchait dans des ruelles souillées et demanda à Rabbi Yo'hanan où il devait reprendre. Rabbi Yo'hanan lui dit : pour moi, je ne tiens pas qu'il faille s'interrompre, et même s'il s'est arrêté le temps d'achever toute la prière il n'a pas à reprendre au début ; mais pour toi, qui tiens qu'il faut s'interrompre et que là où il s'est arrêté le temps d'achever toute la prière il reprend au début, ici aussi il reprend au début. Rabbenou Chimchon de Coucy, de mémoire bénie, a objecté : d'une part, ce n'est pas la manière d'un maître de répondre à son élève selon ce que l'élève pense, puisque celui-ci est dans le doute et l'interroge ; d'autre part, d'où savons-nous que Rabbi Abbahou tenait que là où il s'est arrêté au milieu le temps d'achever toute la prière il reprend au début ? Il a expliqué ainsi : là où il s'est arrêté au milieu le temps d'achever le tout sans être écarté ni contraint, mais s'étant arrêté de lui-même alors qu'il aurait pu achever s'il l'avait voulu, en pareil cas il ne reprend pas au début, comme dans le cas de la meguila lue par intervalles, et comme dans le cas de Roch Hachana où il a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée et s'est acquitté ; mais là où il s'est arrêté parce que l'eau coulait sur ses genoux, alors qu'il ne pouvait pas prier à ce moment-là, tous s'accordent que s'il s'est arrêté le temps d'achever toute la prière il reprend au début. Ainsi s'éclaire le passage de Rabbi Abbahou plus loin, où Rabbi Yo'hanan lui dit : pour moi, je ne tiens pas qu'il faille s'interrompre, et donc il n'avait pas à reprendre au début ; mais pour toi qui t'es interrompu, puisque tu tiens que le lieu n'est pas propre à la lecture, s'il s'est arrêté le temps d'achever toute la prière il reprend au début. Rav Haï a écrit que la halakha suit celui qui dit qu'il reprend à l'endroit où il s'est interrompu, et que s'il s'est arrêté le temps d'achever toute la prière il reprend au début. Nous lisons au chapitre Bnei Ha-ir (Meguila 27b) : un tana enseigna devant Rav Nahman bar Yitshak : celui qui prie s'écarte de quatre coudées puis urine, et celui qui urine s'écarte de quatre coudées puis prie. Rav Nahman lui dit : passe encore que celui qui urine s'écarte de quatre coudées puis prie, car nous avons appris : de combien s'écarte-t-on d'eux et des excréments ? De quatre coudées. Mais celui qui prie s'écarte de quatre coudées puis urine ? S'il en était ainsi, tu aurais sanctifié tous les sentiers de Nehardea ! Enseigne plutôt « il attend », c'est-à-dire que ce qui est enseigné « il s'écarte » signifie « il attend ». Et nous disons : passe encore que celui qui urine attende le temps de parcourir quatre coudées et prie ensuite, à cause des éclaboussures ; mais que celui qui prie attende le temps de parcourir quatre coudées et urine ensuite, quelle en est la raison ? Rav Assi a dit : pendant quatre coudées, la prière d'un homme reste courante dans sa bouche et ses lèvres remuent encore.
💡 Explication

La guemara passe des cas certains aux cas douteux. La première version sépare les deux matières : le doute sur des excréments est traité avec rigueur, le doute sur l'urine avec indulgence. La seconde version introduit en outre le lieu : une maison n'est pas un endroit où l'on dépose des immondices, si bien que le doute s'y résout par la présomption ordinaire ; un dépotoir, lui, en est rempli.

L'urine reste permise dans les deux versions, ce que la suite va justifier.

🖼️ Schéma
Les cas de doute selon la seconde version de Rav Yehouda Objet du doute Dans une maison Dans un dépotoir Excréments Permis On n'y dépose pas d'immondices Interdit Le lieu est fait pour cela Urine Permise Permise L'interdit n'y est que rabbinique
L'urine sort du tableau parce que son interdit, hors du jet, relève d'un décret des Sages.
14
סָבַר לַהּ כִּי הָא דְּרַב הַמְנוּנָא, דְּאָמַר רַב הַמְנוּנָא: לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא כְּנֶגֶד עַמּוּד בִּלְבַד.

Il tient comme Rav Hamnouna, car Rav Hamnouna a dit : la Torah n'a interdit que face à la colonne seule.

📜 Rachi (1)
לֹא אָסְרָה תּוֹרָה בְּמֵי רַגְלַיִם לִקְרוֹת אֶלָּא כְּנֶגֶד עַמּוּד הַקִּלּוּחַ בִּלְבַד:
La Torah n'a interdit — pour l'urine, de lire, que face à la colonne du jet seule.
💡 Explication

Voici la clef du régime indulgent de l'urine. Selon Rav Hamnouna, l'interdit de la Torah ne vise que le jet lui-même, pendant qu'il coule. Ce qui est tombé au sol n'est atteint que par un décret rabbinique, et un décret ne s'étend pas aux cas douteux.

15
וְכִדְרַבִּי יוֹנָתָן. דְּרַבִּי יוֹנָתָן רָמֵי: כְּתִיב ״וְיָד תִּהְיֶה לְךָ מִחוּץ לַמַּחֲנֶה וְיָצָאתָ שָׁמָּה חוּץ״, וּכְתִיב: ״וְיָתֵד תִּהְיֶה לְךָ וְגוֹ׳ וְכִסִּיתָ אֶת צֵאָתֶךָ״.

Et comme Rabbi Yonatan. Car Rabbi Yonatan a relevé une contradiction : il est écrit « tu auras un endroit hors du camp, et c'est là que tu sortiras au-dehors » (Deutéronome 23,13), et il est écrit « tu auras une pelle parmi tes outils [...] et tu couvriras tes excréments » (Deutéronome 23,14).

📜 Rachi (1)
וְיָצָאת שְׁמָהּ חוּץ וְלֹא הִצְרִיכוּ כִּסּוּי וּכְתִיב וְכִסִּיתָ:
« Et c'est là que tu sortiras au-dehors » — et l'on n'y a pas exigé de couvrir ; or il est écrit « et tu couvriras ».
💡 Explication

Deux versets voisins règlent le même sujet de deux manières. Le premier se contente d'éloigner hors du camp ; le second exige en outre de recouvrir. Rabbi Yonatan va résoudre l'écart en attribuant chaque verset à un besoin différent.

16
הָא כֵיצַד? כָּאן בִּגְדוֹלִים, כָּאן בִּקְטַנִּים. אַלְמָא קְטַנִּים לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא כְּנֶגֶד עַמּוּד בִּלְבַד. הָא נְפוּל לְאַרְעָא — שָׁרֵי, וְרַבָּנַן הוּא דִּגְזַרוּ בְּהוּ, וְכִי גָּזְרוּ בְּהוּ רַבָּנָן — בְּוַדָּאָן, אֲבָל בִּסְפֵקָן — לָא גְּזוּר.

Comment cela ? Ici pour les grands besoins, là pour les petits.

Il apparaît donc que pour les petits besoins la Torah n'a interdit que face à la colonne seule ; une fois tombée à terre, c'est permis, et ce sont les Sages qui y ont décrété un interdit. Et lorsque les Sages y ont décrété, c'est dans les cas certains, mais dans les cas douteux ils n'ont pas décrété.

💡 Explication

La résolution est nette : l'obligation de couvrir vise les excréments, l'obligation de sortir seulement vise l'urine. Puisque la Torah n'exige pas de recouvrir l'urine, c'est qu'une fois au sol elle ne fait plus obstacle de droit biblique.

De là découle l'échelle qui va occuper la fin du folio : un interdit d'origine rabbinique pour l'urine répandue, borné aux cas certains, et donc susceptible de seuils.

🖼️ Schéma
Les deux versets et le partage de Rabbi Yonatan Tu auras un endroit hors du camp Sortir suffit Aucune obligation de couvrir Tu auras une pelle et tu couvriras Sortir ne suffit pas Il faut recouvrir Petits besoins : l'urine Interdit de la Torah : face au jet seul Tombée à terre : décret des Sages Le doute reste permis Grands besoins : les excréments Interdit de la Torah, avec obligation de recouvrir Le doute est interdit
Le partage des deux versets fonde l'écart de traitement entre urine et excréments dans tout le reste du folio.
17
וּבְוַדָּאָן עַד כַּמָּה? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל זְמַן שֶׁמִּטְּפִיחִין. וְכֵן אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל זְמַן שֶׁמִּטְּפִיחִין. וְכֵן אָמַר עֻולָּא: כָּל זְמַן שֶׁמִּטְּפִיחִין. גְּנִיבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר: כָּל זְמַן שֶׁרִשּׁוּמָן נִיכָּר.

Et dans les cas certains, jusqu'à quand ? Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : aussi longtemps que cela mouille.

Et de même a dit Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : aussi longtemps que cela mouille. Et de même a dit Oula : aussi longtemps que cela mouille.

Guueniva, au nom de Rav, a dit : aussi longtemps que leur trace est reconnaissable.

📜 Rachi (1)
עַד כַּמָּה יַשְׁהוּ עַל גַּבֵּי קַרְקַע וִיהֵא אָסוּר:
Jusqu'à quand — l'urine demeure-t-elle sur le sol en restant interdite.
💡 Explication

Trois transmissions concordantes fixent le seuil sur l'humidité : l'urine reste interdite tant qu'elle est assez mouillée pour en mouiller une autre surface. Guueniva rapporte au nom de Rav un seuil bien plus sévère, fondé sur la trace visible, qui subsiste longtemps après que l'humidité a disparu.

18
אָמַר רַב יוֹסֵף: שְׁרָא לֵיהּ מָרֵיהּ לִגְנִיבָא, הַשְׁתָּא צוֹאָה אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כֵּיוָן שֶׁקָּרְמוּ פָּנֶיהָ — מֻותָּר, מֵי רַגְלַיִם מִיבַּעְיָא?!

Rav Yossef a dit : que son Maître pardonne à Guueniva ! Or, pour les excréments, Rav Yehouda a dit au nom de Rav : dès lors que leur surface a formé une croûte, c'est permis ; l'urine, faut-il en parler ?!

📜 Rachi (3)
שְׁרָא לֵיהּ מָרֵיהּ מָחוּל לוֹ רִבּוֹנוֹ דְּוַדַּאי שֶׁקֶר הֵעִיד מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב:
Que son Maître lui pardonne — que son Maître lui accorde le pardon, car il a certainement rapporté un témoignage inexact au nom de Rav.
הַיַּבָּשָׁה נִפְרֶכֶת הִיא יוֹתֵר מִן הַלַּחָה:
La matière sèche s'émiette davantage que l'humide.
קָרְמוּ לְשׁוֹן קְרוּם טיל"א כְּלוֹמַר גֶּלֶד מְעַט:
Ont formé une croûte — du mot kroum, pellicule, tela en langue vulgaire, c'est-à-dire une légère pelure.
💡 Explication

Rav Yossef tient la transmission de Guueniva pour fautive et le dit par une formule de réprobation mesurée. Son argument est un kal va-homer implicite : si les excréments, matière plus grave, sont permis dès la formation d'une croûte, l'urine ne peut pas rester interdite tant que sa trace se voit.

19
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: מַאי חָזֵית דְּסָמְכַתְּ אַהָא, סְמֹוךְ אַהָא, דְּאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב: צוֹאָה, אֲפִילּוּ כְּחֶרֶס — אֲסוּרָה.

Abaye lui dit : qu'as-tu vu pour t'appuyer sur celle-ci ? Appuie-toi plutôt sur celle-là, car Rabba bar Rav Houna a dit au nom de Rav : des excréments, même secs comme un tesson, sont interdits.

💡 Explication

Abaye retourne l'argument. Deux transmissions au nom de Rav circulent, l'une indulgente arrêtant l'interdit à la croûte, l'autre sévère le prolongeant jusqu'à la sécheresse du tesson. Rien n'obligeait Rav Yossef à choisir la première, et son kal va-homer perd donc son appui.

20
וְהֵיכִי דָּמֵי צוֹאָה כְּחֶרֶס? אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל זְמַן שֶׁזֹּורְקָה וְאֵינָהּ נִפְרֶכֶת. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: כָּל זְמַן שֶׁגּוֹלְלָהּ וְאֵינָהּ נִפְרֶכֶת.

Et quel est le cas d'excréments secs comme un tesson ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : aussi longtemps qu'on les jette et qu'ils ne s'émiettent pas.

Et certains disent : aussi longtemps qu'on les roule et qu'ils ne s'émiettent pas.

📜 Rachi (1)
אִיכָּא דְאָמְרִי חוּמְרָא הִיא אַף ע"פ שֶׁאִם זוֹרְקָהּ נִפְרֶכֶת הוֹאִיל וְאֵינָהּ נִפְרֶכֶת מִגִּלְגּוּל לַחָה הִיא:
Certains disent — c'est une rigueur : même si, lorsqu'on les jette, ils s'émiettent, dès lors qu'ils ne s'émiettent pas au roulement, ils sont encore humides.
💡 Explication

La guemara donne le test concret. Deux épreuves sont proposées : le jet, plus rude, et le roulement, plus doux. Rachi explique que la seconde formulation est la plus rigoureuse, car une matière qui résiste au roulement sans s'émietter est encore tenue pour humide, même si elle se serait brisée en la jetant.

21
אָמַר רָבִינָא: הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה מִדִּיפְתִּי חֲזָא צוֹאָה, אֲמַר לִי: עַייֵּן אִי קָרְמוּ פָּנֶיהָ אִי לָא. אִיכָּא דְּאָמְרִי הָכִי אֲמַר לֵיהּ: עַייֵּן אִי מִפְּלַאי אִפְּלוֹיֵי.

Ravina a dit : je me tenais un jour devant Rav Yehouda de Difti ; il vit des excréments et me dit : examine si leur surface a formé une croûte ou non. Certains rapportent qu'il lui dit ainsi : examine s'ils sont fendillés.

📜 Rachi (1)
אִי מִפִּלְאֵי אַפְלוֹיֵי אִם יֵשׁ בָּהּ סְדָקִים סְדָקִים יְבֵשָׁה הִיא וְשָׁרִי:
S'ils sont fendillés — s'il y a en eux des fentes, c'est qu'ils sont secs, et c'est permis.
💡 Explication

Le récit montre le seuil applique sur le terrain : avant de parler, on regarde. Les deux versions donnent deux indices différents, la croûte ou les fentes, la seconde marquant un dessèchement plus avancé.

22
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? אִתְּמַר: צוֹאָה כְּחֶרֶס, אָמֵימָר אָמַר אֲסוּרָה, וּמַר זוּטְרָא אָמַר מֻותֶּרֶת. אָמַר רָבָא: הִלְכְתָא: צוֹאָה כְּחֶרֶס אֲסוּרָה, וּמֵי רַגְלַיִם כָּל זְמַן שֶׁמַּטְפִּיחִין.

Qu'en est-il finalement ? Il a été dit : des excréments secs comme un tesson — Ameimar dit : interdits ; Mar Zoutra dit : permis.

Rava a dit : la halakha est que des excréments secs comme un tesson sont interdits, et l'urine aussi longtemps qu'elle mouille.

📜 Rachi (1)
מַאי הָוֵי עֲלַהּ דְּמֵי רַגְלַיִם:
Qu'en est-il finalement — au sujet de l'urine.
⚖️ Rosh (2)
אִתְּמַר רֵיחַ רַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ עִיקָּר רַב הוּנָא אָמַר מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וְקוֹרֵא ק"ש רַב חִסְדָּא אָמַר מַרְחִיק ד' אַמּוֹת מִמָּקוֹם שֶׁכָּלָה הָרֵיחַ וְקוֹרֵא. תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא לֹא יִקְרָא אָדָם ק"ש לֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת אָדָם וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת כְּלָבִים וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת חֲזִירִים וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים וְלֹא כְּנֶגֶד אַשְׁפָּה שֶׁרֵיחָהּ רַע. הָיָה מָקוֹם גָּבוֹהַּ י' טְפָחִים אוֹ נָמוּךְ עֲשָׂרָה טְפָחִים יוֹשֵׁב בְּצִדּוֹ וְקוֹרֵא ק"ש. י"מ כִּי הֵיכִי דְּהַפְסָקָה מוֹעֶלֶת לַצּוֹאָה הָכִי נָמֵי מוֹעֶלֶת לְרֵיחַ רַע. וְרַבֵּינוּ מֹשֶׁה זַ"ל כָּתַב כֵּיוָן שֶׁהָרֵיחַ מַגִּיעַ אֵלָיו אֵין הַפְסָקָה מוֹעֶלֶת כְּלָל. וְאִם לָאו מַרְחִיק כִּמְלֹא עֵינָיו וַאֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה אִם הָיָה בְּמָקוֹם שֶׁיָּכוֹל לִרְאוֹתָהּ בַּיּוֹם צָרִיךְ לְהַרְחִיק דְּאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי אִילְעַי וַחֲבֵרָיו הָווּ יָתְבִין קַמֵּי פֻּונְדָּקִי בְּרַמְשָׁא אָמְרִין לֵיהּ מַהוּ לְמֵימַר מִילֵּי דְּאוֹרָייְתָא אֲמַר לוֹן מִכֵּיוָן דְּאִילּוּ הֲוָה יוֹמָא חָזֵינַן מַה דְּקָמִן בְּרַם כַּדּוּן אֲסִירָא. אֲבָל כְּשֶׁהוּא גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה אוֹ נָמוּךְ עֲשָׂרָה אַפֵּי' כְּשֶׁהוּא רוֹאֶה אוֹתָהּ מֻותָּר כֵּיוָן דְּהוּא מָקוֹם מְיֻוחָד לְעַצְמוֹ קָרֵינַן בֵּיהּ וְהָיָה מַחֲנֶיךָ קָדוֹשׁ. וּלְפִי זֶה נִרְאֶה דְּאִם צוֹאָה לִפְנֵי הַפֶּתַח מֻותָּר לִקְרוֹת בְּבֵית אַפֵּי' רוֹאֶה אוֹתָהּ אַפֵּי' בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת אִם אֵין הָרֵיחַ מַגִּיעַ אֵלָיו רְשׁוּת אַחֶרֶת הִיא דְּפֶתַח כְּנָעוּל דָּמֵי וְהָוֵי לֵיהּ כְּצוֹאָה בַּעֲשָׁשִׁית וּמֻותָּר. אע"פ שֶׁאֵין מֵרִיחַ בָּעֵינַן ד' אַמּוֹת לְאַחֲרָיו. וּלְפָנָיו כִּמְלֹא עֵינָיו. וְכֵן לִתְפִלָּה. וְרֵיחַ רַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ עִיקָּר מַרְחִיק ד' אַמּוֹת מִמָּקוֹם שֶׁכָּלָה הָרֵיחַ וְקוֹרֵא דְּהִלְכְתָא כְּרַב חִסְדָּא מִשּׁוּם דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ. אע"ג דִּבְצוֹאַת כְּלָבִים וּבְצוֹאַת חֲזִירִים לֵית הִלְכְתָא כְּהַךְ בָּרַיְיתָא מִכָּל מָקוֹם בְּהַךְ רֵיחַ רַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ עִיקָּר לָא פְּלִיגָא אִידָךְ בָּרַייְתָא עָלֶיהָ. אָמַר רָבָא לֵית הִלְכְתָא כְּהָא מַתְנִיתָא אֶלָּא כִּי הָא דְּתַנְיָא לֹא יִקְרָא אָדָם ק"ש כְּנֶגֶד צוֹאַת אָדָם וְלֹא כְּנֶגֶד צוֹאַת כְּלָבִים וְצוֹאַת חֲזִירִים בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם עוֹרוֹת. פירש"י לֵית הִלְכְתָא כִּי הַךְ מַתְנִיתָא דִּלְעֵיל דְּאָסְרָה צוֹאַת כְּלָבִים וַחֲזִירִים בְּאֵין בָּהֶן עוֹרוֹת מַשְׁמַע אֲבָל בְּצוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים לָא אַיְירֵי וְלָא פְּלִיג אַמַּתְנִי' דִּלְעֵיל וּמִיהוּ נִרְאֶה מִדְּהִזְכִּיר זוֹ הַבָּרַיְיתָא צוֹאַת אָדָם הִיא דַּאֲסִירָא בְּכָל עִנְיָן כְּלָבִים וַחֲזִירִים דַּווְקָא בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם עוֹרוֹת. וְצוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים וּשְׁאָר בְּהֵמוֹת לֹא הִזְכִּיר מַשְׁמַע שֶׁאֵין בָּהֶם אִיסּוּר כְּלָל. וְאַפֵּי' את"ל לֶאֱסֹור צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִין דַּוְקָא בָּלוּל שֶׁלָּהֶם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סֵרָחוֹן. אֲבָל הַגְּדֵלִים בַּבַּיִת וְאֵין שָׁם כִּי אִם מְעַט אֵין לֶאֱסֹור. יְרוּשַׁלְמִי מַרְחִיק מִגֶּלְלֵי בְּהֵמָה ד' אַמּוֹת ר' שְׁמוּאֵל בַּר רַב חִסְדָּא אָמַר בִּרְכַּיִם וּבִלְבַד בְּשֶׁל חֲמוֹר. ר' חַייָּא בַּר אַבָּא אָמַר בְּבָא מִן הַדֶּרֶךְ. וְלֵוִי אָמַר מַרְחִיקִין מִצּוֹאַת חֲזִיר ד' אַמּוֹת. מִצּוֹאַת הַנְּמִיָּה ד' אַמּוֹת. מִצּוֹאַת הַתַּרְנְגוֹלִים ד' אַמּוֹת. א"ר יוֹסֵי בַּר אָבִין בְּשֵׁם רַב הוּנָא וּבִלְבַד בַּאֲדֻומִּים וְרַבִּי יִרְמְיָה בְּשֵׁם רַבִּי זְעֵירָא אָמַר נְבֵלָה שֶׁמַּסְרַחַת ד' אַמּוֹת א"ר חֲנִינָא מַתְנִיתָא אוֹמֶרֶת כֵּן כַּמָּה יַרְחִיק מֵהֶן וּמִן הַצּוֹאָה ד' אַמּוֹת א"ר שֶׁמְּלַאי תִּפָּתֵר בְּמַשְׁרֶה שֶׁל כּוֹבְסִין. א"ר מַנִּי אִם בְּמַשְׁרֶה תְּנֵינָא וְלֹא בַּמַּיִם הָרָעִים וְלֹא בְּמֵי הַמִּשְׁרָה מִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי זֶה מַשְׁמַע דְּאֵין צָרִיךְ לְהַרְחִיק מִצּוֹאַת בְּהֵמָה אֶלָּא בַּחֲמוֹר כְּשֶׁבָּא מִן הַדֶּרֶךְ. וּדְלֹא כְּרַבֵּינוּ מֹשֶׁה זַ"ל שֶׁלֹּא הִתִּיר אֶלָּא כְּנֶגֶד מֵי רַגְלַיִם שֶׁל בְּהֵמָה. וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁצָּרִיךְ לְהַרְחִיק מִצּוֹאַת חֲתוּלִים לְפִי שֶׁרֵיחָהּ רַע מְאֹד וְדִינָהּ כְּמוֹ צוֹאַת נְמִיָּה. אֶלָּא שֶׁהִזְכִּיר נְמִיָּה בַּיְּרוּשַׁלְמִי לְפִי שֶׁהָיוּ רְגִילִין בְּתוֹךְ בֵּיתָם כְּמוֹ שֶׁאָנוּ מְגַדְּלִים עַכְשָׁיו חֲתוּלִים:
Il a été dit : une mauvaise odeur qui a une source — Rav Houna dit : il s'écarte de quatre coudées et lit le Chema ; Rav Hisda dit : il s'écarte de quatre coudées à partir de l'endroit où l'odeur prend fin, et lit. Une baraita enseigne comme Rav Hisda : un homme ne lit pas le Chema, ni face à des excréments humains, ni face à des excréments de chiens, ni face à des excréments de porcs, ni face à des excréments de poules, ni face à un dépotoir dont l'odeur est mauvaise. Si l'endroit était élevé de dix tefahim ou abaissé de dix tefahim, il s'assied à côté et lit le Chema. Certains expliquent que de même qu'une séparation est efficace pour les excréments, elle l'est aussi pour la mauvaise odeur. Rabbenou Moché, de mémoire bénie, a écrit que dès lors que l'odeur lui parvient, aucune séparation n'est efficace. « Sinon, il s'écarte de toute la portée de ses yeux » : et même de nuit, s'il se trouvait en un lieu où il pourrait la voir de jour, il doit s'écarter, car nous disons dans le Talmud de Jérusalem que Rabbi Ilai et ses compagnons étaient assis devant une auberge au soir ; ils lui dirent : peut-on dire des paroles de Torah ? Il leur dit : puisque, s'il faisait jour, nous verrions ce qui est devant nous, c'est maintenant interdit. Mais lorsque l'endroit est élevé de dix ou abaissé de dix, même s'il la voit c'est permis, puisqu'il s'agit d'un lieu distinct et que l'on peut lire à son sujet « et ton camp sera saint ». Selon cela il apparaît que si des excréments se trouvent devant l'entrée, il est permis de lire dans la maison même s'il les voit, et même à moins de quatre coudées, pourvu que l'odeur ne lui parvienne pas : c'est un autre domaine, car une entrée est tenue pour fermée, et il en va comme d'excréments enfermés dans une lanterne de verre, ce qui est permis. Même lorsqu'il ne sent pas l'odeur, on exige quatre coudées derrière lui, et devant lui toute la portée de ses yeux. Et de même pour la prière. Une mauvaise odeur qui a une source : il s'écarte de quatre coudées à partir de l'endroit où l'odeur prend fin, et lit, car la halakha suit Rav Hisda, puisqu'une baraita enseigne comme lui. Et bien que pour les excréments de chiens et de porcs la halakha ne suive pas cette baraita, sur ce point de la mauvaise odeur qui a une source l'autre baraita ne la contredit pas. Rava a dit : la halakha ne suit pas cette baraita, mais celle qui a été enseignée ainsi : un homme ne lit pas le Chema face à des excréments humains, ni face à des excréments de chiens et de porcs lorsqu'il y a en eux des peaux. Rachi a expliqué : la halakha ne suit pas cette baraita précédente, qui interdisait les excréments de chiens et de porcs lorsqu'il n'y a pas de peaux ; il en ressort qu'elle n'a pas parlé des excréments de poules et qu'elle ne s'oppose pas à la baraita précédente. Toutefois il semble, puisque cette baraita mentionne les excréments humains, que ceux-ci sont interdits en toute manière, et les excréments de chiens et de porcs uniquement là où il y a des peaux ; les excréments de poules et des autres bêtes ne sont pas mentionnés, ce qui indique qu'il n'y a en eux aucun interdit. Et même si l'on voulait interdire les excréments de poules, ce serait uniquement dans leur poulailler, où il y a de la puanteur ; mais celles que l'on élève dans la maison, où il n'y en a que peu, ne sont pas à interdire. Talmud de Jérusalem : on s'écarte des crottins d'animaux de quatre coudées ; Rabbi Chemouel bar Rav Hisda dit : ceux qui sont mous, et uniquement ceux de l'âne. Rabbi Hiya bar Abba dit : lorsqu'il revient de la route. Et Levi dit : on s'écarte des excréments de porc de quatre coudées, des excréments de la fouine de quatre coudées, des excréments de poules de quatre coudées. Rabbi Yossei bar Avin dit au nom de Rav Houna : uniquement les rouges. Et Rabbi Yirmeya au nom de Rabbi Zeira a dit : une charogne qui exhale sa puanteur, quatre coudées. Rabbi Hanina a dit : la michna le dit ainsi : de combien s'écarte-t-on d'eux et des excréments ? De quatre coudées. Rabbi Simlai a dit : explique-le d'un bain de rouissage de blanchisseurs. Rabbi Mani a dit : s'il s'agit d'un bain de rouissage, nous l'avons déjà appris : ni dans les eaux mauvaises, ni dans les eaux de rouissage. De ce passage du Talmud de Jérusalem il ressort qu'il n'y a lieu de s'écarter des excréments d'animaux que pour l'âne revenant de la route, contrairement à Rabbenou Moché, de mémoire bénie, qui n'a permis que face à l'urine des animaux. Certains disent qu'il faut s'écarter des excréments de chats, dont l'odeur est très mauvaise, et dont la loi est celle des excréments de la fouine ; si le Talmud de Jérusalem a mentionné la fouine, c'est parce qu'ils en avaient chez eux, comme nous élevons aujourd'hui des chats.
אִיתְּמַר צוֹאָה עוֹבֶרֶת אַבָּיֵי אָמַר מֻותָּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע כְּנֶגְדָּהּ. רָבָא אָמַר אָסוּר. וְהִלְכְתָא כְּרָבָא. אָמַר רַב פָּפָּא וּפִי הַחֲזִיר כְּצוֹאָה עוֹבֶרֶת דָּמֵי אע"ג דְּסָלֵיק וְאָתֵי מִנַּהֲרָא:
Il a été dit : des excréments qui passent — Abaye dit : il est permis de lire le Chema en face d'eux ; Rava dit : c'est interdit. Et la halakha suit Rava. Rav Papa a dit : la gueule du porc est comme des excréments qui passent, même lorsqu'il vient de sortir de la rivière.
💡 Explication

Rava tranche les deux échelles d'un seul coup, et il le fait de façon dissymétrique. Pour les excréments il retient la position sévère : l'interdit se maintient jusqu'à l'émiettement. Pour l'urine il retient la position indulgente : le seuil est l'humidité, et la trace visible ne suffit plus.

🖼️ Schéma
Le tranchage de Rava Excréments secs comme un tesson Ameimar interdit, Mar Zoutra permet Rava : interdits Urine répandue Humidité ou trace visible Rava : interdite tant qu'elle mouille Pourquoi les deux seuils divergent Les excréments sont interdits par la Torah aussi longtemps qu'ils sont là, d'où un seuil reculé. L'urine répandue ne relève que d'un décret des Sages, d'où un seuil avancé, arrêté à l'humidité.
La dissymétrie de la conclusion suit la différence d'origine des deux interdits.
23
מֵיתִיבִי: מֵי רַגְלַיִם כָּל זְמַן שֶׁמַּטְפִּיחִין — אֲסוּרִין, נִבְלְעוּ אוֹ יָבְשׁוּ — מֻותָּרִים. מַאי לָאו נִבְלְעוּ דֻּומְיָא דְּיָבְשׁוּ, מַה יָבְשׁוּ דְּאֵין רִשּׁוּמָן נִיכָּר, אַף נִבְלְעוּ — דְּאֵין רִשּׁוּמָן נִיכָּר. הָא רִשּׁוּמָן נִיכָּר — אָסוּר, אַף עַל גַּב דְּאֵין מַטְפִּיחִין!

On objecte : l'urine, aussi longtemps qu'elle mouille, est interdite ; si elle a été absorbée ou si elle a sèche, elle est permise. N'est-ce pas que « absorbée » est semblable à « séchée » : de même que « séchée » signifie que sa trace n'est plus reconnaissable, de même « absorbée » signifie que sa trace n'est plus reconnaissable.

Donc, lorsque leur trace est reconnaissable, c'est interdit, bien que cela ne mouille plus !

📜 Rachi (2)
נִבְלְעוּ בָּאָרֶץ:
Absorbée — dans la terre.
יָבְשׁוּ עַל גַּבֵּי אֲבָנִים בַּחַמָּה:
Séchée — sur des pierres, au soleil.
💡 Explication

L'objection s'appuie sur la fin de la baraita. Les deux termes de permission y sont mis en parallèle, et l'un d'eux, le séchage, suppose la disparition de la trace. Si les deux termes se correspondent, alors la permission n'intervient qu'à la disparition de la trace, ce qui contredit le seuil de Rava.

24
וּלְטַעְמִיךְ אֵימָא רֵישָׁא: כָּל זְמַן שֶׁמִּטְּפִיחִין — הוּא דְּאָסוּר, הָא רִשּׁוּמָן נִיכָּר — שָׁרִי! אֶלָּא מֵהָא לֵיכָּא לְמִשְׁמַע מִינָּהּ.

Et selon ton raisonnement, énonce donc le début : « aussi longtemps qu'elle mouille » c'est interdit, donc lorsque leur trace est reconnaissable c'est permis ! Il n'y a donc rien à déduire de cette baraita.

🗂️ Tossefot (1)
לֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא אֶלָּא כִּי הָא דְּתַנְיָא כו' פרש"י לֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא דִּלְעֵיל דְּאָסְרָה צוֹאַת כְּלָבִים וַחֲזִירִים אַפֵּי' בְּשֶׁאֵין בָּהֶם עוֹרוֹת אֲבָל בְּצוֹאַת אָדָם לֹא שַׁיָּיךְ וְאָסוּר בְּכָל עִנְיָן מַשְׁמַע אֲבָל בְּצוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים לָא אַיְירֵי רָבָא וּבְאִידָךְ בָּרַייְתָא לֹא גָּרַס צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִים כְּלָל וְלָא פְּלִיג בְּהָא אַמַּתְנִיתָא דִּלְעֵיל וּלְפִי זֶה יֵשׁ לֶאֱסֹור צוֹאַת תַּרְנְגוֹלִין וְאוֹמֵר רַבֵּינוּ יְהוּדָה דְּדַוְקָא כְּשֶׁהֵן בָּלוּל שֶׁלָּהֶם שֶׁיֵּשׁ שָׁם סֵרָחוֹן גָּדוֹל אֲבָל בְּתַרְנְגוֹלִים הַהוֹלְכִים בַּבַּיִת אֵין חוֹשְׁשִׁין. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי יֵשׁ דְּבַאֲדֻומִּים בִּלְבַד יֵשׁ לָחוּשׁ וְלָא יָדְעִינַן לְפָרֵשׁ וְעוֹד קָאָמַר מַרְחִיקִין מִגֶּלְלֵי בְּהֵמָה ד' אַמּוֹת ר' שְׁמוּאֵל בְּרַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר וּבִלְבַד שֶׁל חֲמוֹר:
Rachi a expliqué : la halakha ne suit pas cette baraita qui précède, laquelle interdisait les excréments de chiens et de porcs même lorsqu'il n'y a pas de peaux en eux ; mais pour les excréments humains cela ne s'applique pas, et il en ressort qu'ils sont interdits en toute manière. Toutefois Rava n'a pas parlé des excréments de poules, et dans l'autre baraita on ne lit pas du tout « excréments de poules » ; sur ce point elle ne s'oppose donc pas à la baraita précédente, et il y aurait selon cela lieu d'interdire les excréments de poules. Rabbenou Yehouda dit qu'il s'agit uniquement du cas où elles sont dans leur poulailler, où la puanteur est forte ; mais pour les poules qui circulent dans la maison, on ne s'en soucie pas. Dans le Talmud de Jérusalem il est dit que seuls les excréments rouges appellent la crainte, et nous ne savons pas l'expliquer. Il y est dit encore : on s'écarte des crottins d'animaux de quatre coudées ; Rabbi Chemouel fils de Rabbi Yitshak dit : uniquement ceux de l'âne.
💡 Explication

La réponse retourne la méthode contre elle-même. Le début de la baraita produit, par le même genre de déduction, la conclusion inverse de celle qu'on tirait de la fin. Deux inférences contraires s'annulant, la baraita cesse d'être une preuve dans un sens comme dans l'autre.

25
לֵימָא כְתַנָּאֵי: כְּלִי שֶׁנִּשְׁפְּכוּ מִמֶּנּוּ מֵי רַגְלַיִם, אָסוּר לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע כְּנֶגְדּוֹ. וּמֵי רַגְלַיִם עַצְמָן שֶׁנִּשְׁפְּכוּ, נִבְלְעוּ — מֻותָּר, לֹא נִבְלְעוּ — אָסוּר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כָּל זְמַן שֶׁמִּטְּפִיחִין.

Dirons-nous que cela correspond à un désaccord entre tannaim ? Un ustensile duquel on a versé de l'urine : il est interdit de lire le Chema en face de lui.

Et l'urine elle-même qui a été versée : si elle a été absorbée, c'est permis ; si elle n'a pas été absorbée, c'est interdit. Rabbi Yossei dit : aussi longtemps qu'elle mouille.

💡 Explication

La guemara cherche à rattacher le désaccord des amoraim à un désaccord ancien. La baraita oppose un premier tana, qui parle d'absorption, et Rabbi Yossei, qui parle d'humidité. Reste à savoir si ces deux formules recouvrent deux seuils différents.

26
מַאי ״נִבְלְעוּ״ וּמַאי ״לֹא נִבְלְעוּ״ דְּקָאָמַר תַּנָּא קַמָּא? אִילֵימָא נִבְלְעוּ דְּאֵין מַטְפִּיחִין, לֹא נִבְלְעוּ דְּמִטְּפִיחִין — וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר: כָּל זְמַן שֶׁמַּטְפִּיחִין הוּא דְּאָסוּר, הָא רִשּׁוּמָן נִיכָּר — שָׁרִי, הַייְנוּ תַּנָּא קַמָּא! אֶלָּא נִבְלְעוּ דְּאֵין רִשּׁוּמָן נִיכָּר, לֹא נִבְלְעוּ — דְּרִשּׁוּמָן נִיכָּר. וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר כָּל זְמַן שֶׁמַּטְפִּיחִין הוּא דְּאָסוּר, הָא רִשּׁוּמָן נִיכָּר — שָׁרִי.

Que signifient « absorbée » et « non absorbée » selon le premier tana ? Si tu dis que « absorbée » signifie qu'elle ne mouille plus, et « non absorbée » qu'elle mouille encore, et que Rabbi Yossei vient dire : c'est aussi longtemps qu'elle mouille que c'est interdit, donc lorsque leur trace est reconnaissable c'est permis — mais c'est exactement le premier tana !

Il faut donc dire : « absorbée » signifie que leur trace n'est plus reconnaissable, « non absorbée » que leur trace est reconnaissable ; et Rabbi Yossei vient dire : c'est aussi longtemps qu'elle mouille que c'est interdit, donc lorsque leur trace est reconnaissable, c'est permis.

💡 Explication

La guemara élimine la lecture qui viderait le désaccord de sa substance : si les deux tannaim plaçaient le seuil sur l'humidité, Rabbi Yossei ne ferait que répéter. En lisant l'absorption comme la disparition de la trace, on obtient bien deux seuils distincts, et le désaccord amoraique se trouve annoncé chez les tannaim.

27
לֹא. דְּכֻולֵּי עָלְמָא כָּל זְמַן שֶׁמַּטְפִּיחִין הוּא דְּאָסוּר הָא רִשּׁוּמָן נִיכָּר — שָׁרִי,

Non. Tous s'accordent : c'est aussi longtemps qu'elle mouille que c'est interdit, et lorsque leur trace est reconnaissable, c'est permis,

💡 Explication

Le refus de l'assimilation s'amorce ici et se poursuit au folio suivant. Les deux tannaim s'accordent en réalité sur le seuil de l'humidité, et leur formulation divergente devra s'expliquer autrement. La phrase reste ouverte : la suite se lit en 25b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).