Berakhot 26a — Fin de « Mi chemeto » : distance à garder des excréments et des latrines, immersion des impurs ; puis ouverture de « Tefilat ha-chahar » : les heures des prières et le rattrapage de la prière manquée

Berakhot 26a

Sougya : Le folio achève le troisième chapitre et ouvre le quatrième. Il commence par la protection due aux textes saints dans la chambre à coucher : une cape sur un coffre vaut ustensile dans un ustensile, et Rabbi Yehochoua ben Levi impose une cloison de dix tefahim pour un sefer Torah — règle que Mar Zoutra restreint au cas où l'on n'a pas d'autre pièce.

Vient ensuite la question de la distance : quatre coudées suffisent lorsque les excréments sont derrière l'orant, mais devant lui il faut s'écarter aussi loin que porte le regard. Trois objections successives obligent la guemara à préciser de quelles latrines on parle — vides, neuves, seulement destinées à cet usage, ou construites à la persane.

La michna qui clôt le chapitre traite de l'immersion de ceux qui cumulent deux impuretés : le zav qui a un keri, la nidda qui rejette du sperme, la femme qui voit du sang après la relation. Les Sages exigent la tevila, Rabbi Yehouda dispense ; la guemara demande si l'ordre d'apparition des impuretés change quelque chose, et conclut que non.

Le chapitre « Tefilat ha-chahar » s'ouvre alors sur les heures limites des quatre prières, avec la divergence constante entre les Sages et Rabbi Yehouda. La suite du folio est occupée par le rattrapage (tachloumin) : qui a manqué une prière en prie deux à la suivante, sauf s'il l'a délaissée volontairement — et Rav Achi lit cette distinction dans le verbe même employé par la baraita.

À quelle distance des excréments peut-on lire le Chema ou prier ? Derrière l'orant 4 coudées Distance fixe. La michna suffit. Même règle pour le Chema et pour la prière. Devant l'orant mélo enav Aussi loin que porte le regard : la distance dépend de ce que l'œil peut atteindre. Et face à des latrines ? Les cas distingués par la guemara Latrines anciennes même vides d'excréments interdit Latrines neuves jamais utilisées permis en face Simplement destinées question de Ravina : dedans non tranché (dedans) Latrines des Perses pente et fosse éloignée comme fermées La question de Ravina ne porte que sur le fait de se tenir à l'intérieur du lieu destiné aux latrines. Se tenir en face, selon la guemara, ne faisait pas difficulté pour lui.
Les deux mesures de distance, puis la typologie des latrines qui permet à la guemara de concilier les enseignements contradictoires.
Les heures limites des quatre prières (michna 4,1) Le jour est divisé en douze heures temporaires, du lever au coucher du soleil. 0 12 lever nuit 4 h 6 h — hatsot 7 h 10 h 3/4 — pelag Chaharit Sages : jusqu'à hatsot (6 h) Rabbi Yehouda : jusqu'à 4 h Minha Sages : jusqu'au soir Rabbi Yehouda : jusqu'au pelag ha-minha Arvit Pas d'heure fixe (en kova) Toute la nuit selon Rachi Moussaf Sages : toute la journée Rabbi Yehouda : jusqu'à 7 h Le pelag ha-minha partage en deux les deux heures et demie qui suivent minha ketana : 9 h 1/2 + 1 h 1/4 = 10 h 3/4. Tossefot expliquent pourquoi la michna ne dit pas « toute la journée » pour minha : elle ne commence qu'à 6 h 1/2.
Toutes les bornes de la michna ramenées sur une seule frise, avec la divergence Sages / Rabbi Yehouda pour chaque prière.
Le rattrapage d'une prière manquée (tachloumin) Arvit manquée on prie chaharit deux fois Chaharit manquée on prie minha deux fois Minha manquée on prie arvit deux fois — le point discuté Hava amina : pourquoi hésiter ? Soir et matin forment un seul jour « il y eut un soir, il y eut un matin, un jour » Mais minha et arvit sont deux jours différents. Les deux modèles de la prière Prière à la place du sacrifice : son jour passé, son korban est annulé — pas de rattrapage Prière comme demande de miséricorde : on rattrape Conclusion (Rabbi Yo'hanan) : celui qui s'est trompé rattrape ; « son jour est passé » ne s'applique pas ici. Limite : celui qui a délaissé volontairement (bemezid) — « ce qui est courbé ne peut être redressé ». Rav Achi : la baraita dit bitel (il a annulé) et non taa (il s'est trompé) — la langue même trace la frontière.
Les trois rattrapages, la raison de l'hésitation pour minha, et la limite posée par la faute volontaire.
1
אַקַּמְטְרָא — כִּכְלִי בְּתוֹךְ כְּלִי דָּמֵי. אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: סֵפֶר תּוֹרָה — צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת לוֹ מְחִיצָה עֲשָׂרָה. מָר זוּטְרָא אִיקְּלַע לְבֵי רַב אָשֵׁי, חַזְיֵיהּ לְדֻוכְתֵּיהּ דְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי דְּמַנַּח בֵּיהּ סֵפֶר תּוֹרָה וַעֲבַיד לֵיהּ מְחִיצָה עֲשָׂרָה. אֲמַר לֵיהּ: כְּמַאן? כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי? אֵימַר דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דְּלֵית לֵיהּ בֵּיתָא אַחֲרִינָא, מָר הָא אִית לֵיהּ בֵּיתָא אַחֲרִינָא? אֲמַר לֵיהּ: לָאו אַדַּעְתַּאי.

[Une cape posée] sur un coffre (kamtra) — c'est comme un ustensile à l'intérieur d'un ustensile. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un sefer Torah — il faut lui faire une cloison de dix [tefahim].

Mar Zoutra se trouva chez Rav Achi ; il vit l'endroit de Mar bar Rav Achi, où était posé un sefer Torah, et pour lequel on avait fait une cloison de dix. Il lui dit : selon qui ?

Selon Rabbi Yehochoua ben Levi ? Dis que Rabbi Yehochoua ben Levi n'a parlé que de celui qui n'a pas d'autre pièce ; le maître, lui, n'a-t-il pas une autre pièce ?

Il lui répondit : je n'y avais pas pensé.

📜 Rachi (5)
אַקַּמְטְרָא אַרְגָּז שֶׁל סְפָרִים וּבִמְגִילָּה (מְגִילָּה כו ב) קַמְטְרֵי דְּסִפְרֵי וְכֵן תִּרְגֵּם יוֹנָתָן וּבְגִנְזֵי בְּרוֹמִים (יְחֶזְקֵאל כ״ז:כ״ד) אִלְּמִין דִּזְהִירִין מַחֲתִין בְּקַמְטְרִין וְכֵן לַאֲשֶׁר עַל הַמֶּלְתָּחָה (מְלָכִים ב י׳:כ״ב) לִדְעַל קַמְטְרָא:
Un coffre à livres. Dans Meguila (26b) : kamtrei de-safrei, les coffres des livres. De même Yonatan traduit « et dans des coffres d'étoffes précieuses » (Ye'hezkel 27,24) par « des vêtements gardés avec soin, déposés dans des kamtrin » ; et de même « celui qui est préposé au vestiaire » (Rois II 10,22) par « celui qui est sur le kamtra ».
כִּכְלִי בְּתוֹךְ כְּלִי דָּמֵי דְּהָא גְּלִימָא לָאו כִּלְיָין הוּא:
Car la cape n'est pas leur ustensile propre [elle ne sert pas à ranger les livres] : elle compte donc comme un premier contenant, et le coffre comme un second.
מְחִיצָּה עֲשָׂרָה וְאִם לָאו לֹא יְשַׁמֵּשׁ:
Une cloison de dix tefahim ; et sinon, il n'aura pas de relations conjugales.
לְדֻוכְתֵּיהּ בִּמְקוֹם מִטָּתוֹ:
À l'endroit où se trouve son lit.
לָאו אַדַּעְתַּאי לֹא נָתַתִּי לִבִּי:
Je n'y ai pas prêté attention.
🗂️ Tossefot (1)
סֵפֶר תּוֹרָה עוֹשֶׂה לוֹ מְחִיצָּה וְדַוְקָא סֵפֶר תּוֹרָה וְגַם בְּחֻומָּשִׁים יֵשׁ לְהַחְמִיר כְּמוֹ בְּסֵפֶר תּוֹרָה אֲבָל בִּשְׁאָר סְפָרִים דַּיָּין בְּכִסּוּי בְּעָלְמָא:
Cela vaut précisément pour un sefer Torah ; pour les houmachim aussi il convient d'être rigoureux comme pour un sefer Torah, mais pour les autres livres une simple couverture suffit.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא בַּיִת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ס"ת אוֹ תְּפִילִּין אָסוּר לְשַׁמֵּשׁ בּוֹ הַמִּטָּה עַד שֶׁיּוֹצִיאֵן אוֹ עַד שֶׁיַּנִּיחֵם כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי. אָמַר אַבַּיֵּי ל"ש אֶלָּא שֶׁהִנִּיחָם בִּכְלִי שֶׁאֵינוֹ כִּלְיָין אֲבָל הִנִּיחָם בִּכְלִי שֶׁהוּא כִּלְיָין אֲפִילּוּ י' מָאנֵי כְּחַד מָאנָא דָּמֵי: אָמַר רָבָא גְּלִימָא אַקַּמְטְרָא כִּכְלִי בְּתוֹךְ כְּלִי דָּמֵי אַרִיבָּ"ל ס"ת עוֹשֶׂה לוֹ מְחִיצָּה גָּבוֹהַּ י' טְפָחִים וה"מ הֵיכָא דְּאֵין לוֹ בַּיִת אַחֵר. אֲבָל יֵשׁ לוֹ בַּיִת אַחֵר מַנַּח לֵיהּ הָתָם. וְהָא דְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא עַד שֶׁיַּנִּיחַ כְּלִי בְּתוֹךְ כְּלִי לָא קָאֵי אס"ת אֶלָּא אַתְּפִילִּין. וְדַוְקָא ס"ת אֲבָל שְׁאָר סִפְרֵי הַקֹּדֶשׁ וְחֻומָּשִׁין כֵּיוָן שֶׁאֵינָם עִשּׂוּיַן בִּגְלִילָה סַגְיָא לְהוּ בִּכְלִי עַל כְּלִי:
Il a été enseigné : une maison où se trouve un sefer Torah ou des tefilin, il est interdit d'y avoir des relations conjugales tant qu'on ne les a pas sortis ou qu'on ne les a pas placés dans un ustensile à l'intérieur d'un ustensile. Abaye a dit : cela n'a été enseigné que lorsqu'on les a placés dans un ustensile qui n'est pas leur ustensile propre ; mais si on les a placés dans un ustensile qui est le leur, même dix contenants comptent pour un seul. Rava a dit : une cape sur un coffre, c'est comme un ustensile à l'intérieur d'un ustensile. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : pour un sefer Torah, on lui fait une cloison haute de dix tefahim — et cela vaut là où l'on n'a pas d'autre pièce ; mais si l'on a une autre pièce, on l'y dépose. Et ce qui est enseigné dans la baraita, « tant qu'on n'a pas placé un ustensile dans un ustensile », ne porte pas sur le sefer Torah mais sur les tefilin. Et cela vaut précisément pour un sefer Torah ; mais les autres livres saints et les houmachim, puisqu'ils ne sont pas faits en rouleau, il leur suffit d'un ustensile sur un ustensile.
💡 Explication

La fin de la sougya précédente traite de la protection due aux écrits saints dans la chambre à coucher. Deux solutions coexistent : kli be-tokh kli (un ustensile dans un ustensile), qui vaut pour les tefilin et les livres ordinaires, et la mehitsa (cloison) de dix tefahim que Rabbi Yehochoua ben Levi exige pour un sefer Torah.

L'anecdote de Mar Zoutra ajoute une restriction : la cloison est une solution de nécessité. Celui qui dispose d'une autre pièce doit y déposer le sefer Torah plutôt que de se contenter d'une cloison. La réponse de Mar bar Rav Achi, « je n'y avais pas pensé », reconnaît la remarque sans la discuter.

🖼️ Schéma
Que faire d'un sefer Torah ou de tefilin dans la chambre ? Les sortir de la pièce Solution première de la baraita. Rien d'autre à faire. Ustensile dans un ustensile Le second contenant ne doit pas être leur contenant habituel (Abaye). Cloison de dix tefahim Pour un sefer Torah, selon R. Yehochoua ben Levi. Cape sur un coffre = deux contenants, car la cape n'est pas faite pour les livres. Restriction de Mar Zoutra : seulement si l'on n'a pas d'autre pièce. Le Roch précise la portée de chaque solution : la cloison vaut pour le sefer Torah, le double contenant pour les tefilin ; les houmachim et les autres livres saints, non enroulés, se contentent d'une couverture.
Les trois solutions et leur champ d'application respectif selon le Roch et Tossefot.
2
כַּמָּה יַרְחִיק מֵהֶן וּמִן הַצּוֹאָה — אַרְבַּע אַמּוֹת. אָמַר רָבָא אָמַר רַב סְחוֹרָה אָמַר רַב הוּנָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לַאֲחוֹרָיו, אֲבָל לְפָנָיו — מַרְחִיק מְלֹא עֵינָיו, וְכֵן לִתְפִלָּה.

« Jusqu'où doit-on s'écarter d'elles [les urines] et des excréments ? Quatre coudées. » Rava a dit au nom de Rav Sehora au nom de Rav Houna : on n'a enseigné cela que pour ce qui se trouve derrière lui ; mais devant lui, il s'écarte aussi loin que porte son regard.

Et il en va de même pour la prière.

💡 Explication

La guemara reprend la michna du chapitre pour la nuancer. Les quatre coudées ne sont pas une mesure unique : elles valent lorsque la source d'impureté se trouve derrière l'orant. Devant lui, la mesure devient relative au champ visuel — mélo enav, la pleine portée de ses yeux.

La dernière formule, « et il en va de même pour la prière », étend la règle du Chema à la amida.

3
אֵינִי?! וְהָא אָמַר רַפְרָם בַּר פָּפָּא אָמַר רַב חִסְדָּא: עוֹמֵד אָדָם כְּנֶגֶד בֵּית הַכִּסֵּא וּמִתְפַּלֵּל! הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? בְּבֵית הַכִּסֵּא שֶׁאֵין בּוֹ צוֹאָה.

Est-ce ainsi ?! Mais Rafram bar Papa n'a-t-il pas dit au nom de Rav Hisda : un homme peut se tenir face à des latrines et prier !

De quoi traite-t-on ici ? De latrines où il n'y a pas d'excréments.

📜 Rachi (2)
כְּנֶגֶד בֵּית הַכִּסֵּא בְּרִחוּק אַרְבַּע אַמּוֹת:
À une distance de quatre coudées.
דְּלֵית בָּהּ צוֹאָה שֶׁפִּינּוּ אוֹתָהּ:
Où il n'y a pas d'excréments : on les en a évacués.
4
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַב יוֹסֵף בַּר חֲנִינָא: בֵּית הַכִּסֵּא שֶׁאָמְרוּ אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ צוֹאָה וּבֵית הַמֶּרְחָץ שֶׁאָמְרוּ, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ אָדָם! אֶלָּא הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — בְּחַדְתֵי.

Est-ce ainsi ?! Mais Rav Yossef bar Hanina n'a-t-il pas dit : les latrines dont on a parlé, même s'il n'y a pas d'excréments dedans ; et le bain dont on a parlé, même s'il n'y a personne dedans !

Plutôt, de quoi traite-t-on ici ? De latrines neuves.

📜 Rachi (1)
בֵּית הַמֶּרְחָץ אָסוּר לְהַרְהֵר בּוֹ:
Il est interdit d'y penser à des paroles de Torah.
💡 Explication

La réponse précédente est réfutée : selon Rav Yossef bar Hanina, le statut de « latrines » tient au lieu lui-même et non à son contenu du moment. Vider les excréments ne change donc rien. Le même raisonnement vaut pour le bain, interdit même vide de tout homme nu, puisque Rachi précise qu'il y est même interdit de penser à des paroles de Torah.

La guemara se replie alors sur un cas plus étroit : des latrines hadtei, neuves, construites mais jamais utilisées. Le lieu n'a pas encore acquis son statut.

5
וְהָא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְרָבִינָא: הִזְמִינוֹ לְבֵית הַכִּסֵּא, מַהוּ? יֵשׁ זִימּוּן, אוֹ אֵין זִימּוּן? כִּי קָא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְרָבִינָא: לְמֵיקַם עֲלֵיהּ לְצַלּוֹיֵי בְּגַוֵּיהּ אֲבָל כְּנֶגְדּוֹ — לֹא.

Mais Ravina n'a-t-il pas posé la question : celui qui a destiné [un lieu] à servir de latrines, quelle est la règle ? La désignation est-elle opérante ou non ?

Lorsque Ravina a posé la question, c'était pour se tenir dedans et y prier ; mais face à elles — [il n'y avait pas de question].

🖼️ Schéma
La question de Ravina : où porte exactement le doute ? Un lieu seulement destiné (hazmana) à servir de latrines, sans avoir jamais servi : la désignation crée-t-elle le statut ? Prier à l'intérieur du lieu C'est là que porte la question — elle reste ouverte. Prier en face du lieu Pas de question pour Ravina : c'est permis. La guemara sauve ainsi sa réponse : « latrines neuves » vise le fait de prier en face, ce que Ravina ne discutait pas.
Distinguer l'intérieur et le vis-à-vis permet de maintenir la réponse précédente.
6
אָמַר רָבָא: הָנֵי בָּתֵּי כִּסָּאֵי דְּפָרְסָאֵי אַף עַל גַּב דְּאִית בְּהוּ צוֹאָה — כְּסִתּוּמִין דָּמוּ.

Rava a dit : ces latrines des Perses, bien qu'il y ait des excréments dedans, sont considérées comme fermées.

📜 Rachi (1)
דְּפָרְסָאֵי בַּחֲפִירָה הָיוּ וּפִיהֶם בְּרִחוּק מִן הַגֻּומָּא וְהוּא בְּשִׁיפּוּעַ וְהָרְעִי מִתְגַּלְגֵּל וְנוֹפֵל לַגֻּומָּא:
Elles étaient creusées, et leur ouverture se trouvait à distance de la fosse ; le sol est en pente, de sorte que la matière roule et tombe dans la fosse.
⚖️ Rosh (1)
כַּמָּה יַרְחִיק מֵהֶם וּמִן הַצּוֹאָה ד' אַמּוֹת. אָמַר רָבָא אָמַר רַב הוּנָא ל"ש אֶלָּא לְאַחֲרָיו אֲבָל לְפָנָיו מְלֹא עֵינָיו. וְכֵן לִתְפִלָּה. לֹא יַעֲמוֹד אָדָם כְּנֶגֶד בֵּית הַכִּסֵּא וְיִקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל ואע"פ שֶׁאֵין בּוֹ צוֹאָה דא"ר יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא בֵּית הַכִּסֵּא שֶׁאָמְרוּ אע"פ שֶׁאֵין בּוֹ צוֹאָה. וְדַוְקָא יָשָׁן אֲבָל חָדָשׁ מֻותָּר לְהִתְפַּלֵּל נֶגְדּוֹ. אָמַר רָבָא הָנֵי בָּתֵּי כִּסְאוֹת דְּפָרְסָאֵי אע"ג דְּאִית בְּהוּ צוֹאָה כִּסְתוּמוֹת דָּמֵי וּכְשֶׁאֵין בָּהֶן רֵיחַ רַע. וְדִידַן אע"פ שֶׁהֵן סְתוּמֵין רְגִילִין לְהַשְׁתִּין בָּהֶן מַיִם וְאֵין רָאוּי לִקְרוֹת כְּנֶגְדָּן:
« Jusqu'où doit-on s'écarter d'elles et des excréments ? Quatre coudées. » Rava a dit au nom de Rav Houna : on n'a enseigné cela que pour ce qui est derrière lui, mais devant lui, aussi loin que porte son regard ; et il en va de même pour la prière. On ne se tiendra pas face à des latrines pour lire le Chema et prier, même s'il n'y a pas d'excréments dedans, car Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : les latrines dont on a parlé, même s'il n'y a pas d'excréments dedans. Et cela vaut précisément pour des latrines anciennes ; mais des neuves, il est permis de prier en face. Rava a dit : ces latrines des Perses, bien qu'il y ait des excréments dedans, sont considérées comme fermées — et c'est lorsqu'il n'y a pas de mauvaise odeur. Quant aux nôtres, bien qu'elles soient fermées, on a l'habitude d'y uriner : il ne convient pas de lire en face d'elles.
💡 Explication

Rava clôt la sougya par un cas concret d'architecture. Les latrines perses sont creusées de telle sorte que l'ouverture est éloignée de la fosse, avec une pente qui entraîne la matière hors de portée. Elles sont donc traitées comme setoumot, fermées.

Le Roch ajoute deux précisions pratiques : cette indulgence suppose l'absence de mauvaise odeur, et elle ne s'applique pas aux latrines de son temps, où l'on urine même lorsqu'elles sont fermées.

🖼️ Schéma
Les latrines des Perses selon Rachi (coupe) niveau du sol ouverture plan incliné fosse La matière roule vers le bas et disparaît. Statut : comme des latrines fermées, à condition qu'il n'y ait pas de mauvaise odeur (Roch).
La pente éloigne la matière de l'ouverture : c'est ce qui justifie le statut de lieu fermé.
7
מַתְנֵי׳ זָב שֶׁרָאָה קֶרִי, וְנִדָּה שֶׁפָּלְטָה שִׁכְבַת זֶרַע, וְהַמְשַׁמֶּשֶׁת שֶׁרָאֲתָה נִדָּה — צְרִיכִין טְבִילָה. וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹטֵר.

MICHNA. Un zav qui a eu une émission séminale (keri), une nidda qui a rejeté du sperme, et la femme qui a eu des relations puis a vu [le sang de] nidda — tous doivent faire l'immersion (tevila).

Et Rabbi Yehouda les dispense.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' זָב שֶׁרָאָה קֶרִי אע"פ שֶׁטָּמֵא טֻומְאַת שִׁבְעָה מִשּׁוּם זִיבָה וְאֵין טְבִילָה זוֹ מְטַהַרְתּוֹ אַפֵּ"ה צָרִיךְ טְבִילָה לְדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתַקָּנַת עֶזְרָא מִשּׁוּם קֶרִי וְכֵן נִדָּה אִם בָּאָה לְהִתְפַּלֵּל י"ח:
Bien qu'il soit impur d'une impureté de sept jours à cause de la ziva et que cette immersion ne le purifie pas, il doit malgré tout s'immerger pour les paroles de Torah, selon l'institution d'Ezra, à cause du keri. Et de même une nidda, si elle vient prier les dix-huit bénédictions.
שֶׁפָּלְטָה שִׁכְבַת זֶרַע הֲרֵי הִיא כְּבַעַל קֶרִי כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּסִינַי שְׁלֹשֶׁת יָמִים אַל תִּגְּשׁוּ אֶל אִשָּׁה (שְׁמוֹת י״ט:ט״ו) לְפִי שֶׁשִּׁכְבַת זֶרַע מְטַמֵּא בִּפְלִיטָתוֹ כָּל שְׁלֹשָׁה וּלְאַחַר מִכָּאן כְּבָר הִסְרִיחַ בְּגוּפָהּ וְאֵין רָאוּי עוֹד לְהַזְרִיעַ לִהְיוֹת עוֹד וָלָד נוֹצַר הֵימֶנָּה וה"פ נִדָּה שֶׁפָּלְטָה עַתָּה הַתַּשְׁמִישׁ שֶׁשִּׁמְּשָׁה אֶתְמוֹל קֹודֶם שֶׁרָאֲתָה:
Elle est comme celui qui a eu une émission séminale, ainsi qu'on le trouve au Sinaï : « pendant trois jours ne vous approchez pas d'une femme » (Chemot 19,15) — parce que le sperme rend impur par son rejet pendant trois jours ; passé ce délai, il s'est déjà corrompu dans son corps, et il n'est plus apte à féconder ni à former un enfant. Voici donc le sens : une nidda qui rejette maintenant [le sperme de] la relation qu'elle a eue la veille, avant de voir [le sang].
וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹטֵר קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ הַשְׁתָּא הוֹאִיל וְטֻומְאַת זִיבָה קוֹדֶמֶת וַהֲרֵי הוּא טָמֵא טֻומְאָה חֲמוּרָה וְאֵינוֹ אוֹסַרְתּוֹ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כִּדְאָמְרִינַן בְּפִרְקִין הַזָּבִים וְהַמְצֹורָעִים מֻותָּרִים תּוּ לָא אָתְיָא טֻומְאַת קֶרִי דְּקִילָא וְאָסְרָה לֵיהּ:
On pense pour l'instant que, puisque l'impureté de ziva est antérieure et qu'il est déjà impur d'une impureté grave qui ne lui interdit pas les paroles de Torah — comme nous l'avons dit dans notre chapitre : « les zavim et les metsoraim sont permis » —, l'impureté de keri, qui est plus légère, ne vient plus s'y ajouter pour la lui interdire.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' זָב שֶׁרָאָה קֶרִי וְנִדָּה שֶׁפָּלְטָה שִׁכְבַת זֶרַע וּמְשַׁמֶּשֶׁת שֶׁרָאֲתָה נִדָּה צְרִיכִים טְבִילָה וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹטֵר מֵהָא מַתְנֵי' שָׁמְעִינַן דְּזַבֵּין וְזָבוֹת וְנִדּוֹת וְיוֹלְדוֹת כּוּלְּהוּ חַיָּיבִין בִּתְפִלָּה דְּדָייְקִינַן טַעְמָא דְּזָב שֶׁרָאָה קֶרִי וְנִדָּה שֶׁפָּלְטָה שִׁכְבַת זֶרַע הֵן דִּצְרִיכִין טְבִילָה. הָא זָב שֶׁלֹּא רָאָה קֶרִי וְנִדָּה שֶׁלֹּא פָּלְטָה שִׁכְבַת זֶרַע אֵין צְרִיכִין טְבִילָה לְדִבְרֵי הַכֹּל וְכֵן הֲלָכָה: הַדְרָן עֲלָךְ מִי שֶׁמֵּתוּ
MICHNA : « Un zav qui a eu une émission séminale, une nidda qui a rejeté du sperme et la femme qui a eu des relations puis a vu la nidda doivent faire l'immersion ; et Rabbi Yehouda dispense. » De cette michna nous apprenons que les zavim, les zavot, les nidot et les femmes après couches sont tous tenus à la prière. Car nous déduisons : la raison [de l'immersion] tient à ce que le zav a eu une émission séminale et à ce que la nidda a rejeté du sperme — ce sont ceux-là qui doivent s'immerger ; mais un zav qui n'a pas eu d'émission séminale et une nidda qui n'a pas rejeté de sperme n'ont pas besoin d'immersion, de l'avis de tous. Telle est la halakha. Hadran alakh « Mi chemeto ».
💡 Explication

La michna traite de personnes déjà frappées d'une impureté grave (ziva, nidda) qui contractent en outre l'impureté légère du keri. La tevila instituée par Ezra ne peut pas les purifier de l'impureté grave ; la question est de savoir si elle garde un sens pour le keri seul.

Les Sages l'exigent, Rabbi Yehouda dispense. Rachi explique le raisonnement de Rabbi Yehouda : puisque l'impureté grave n'interdit pas l'étude ni la prière, l'impureté légère qui vient s'y ajouter ne peut pas produire une interdiction que la plus grave ne produit pas.

Le Roch tire de la michna une conclusion pratique importante : ces personnes sont bien tenues à la prière ; sans le keri, aucune immersion préalable ne leur est demandée.

🖼️ Schéma
Trois cas de cumul d'impuretés — faut-il s'immerger avant d'étudier ou de prier ? Cas Sages Rabbi Yehouda Zav qui a eu un keri impureté grave d'abord, légère ensuite immersion requise dispense Nidda qui rejette du sperme relation la veille, puis vue du sang immersion requise dispense Femme qui voit du sang après la relation légère d'abord, grave ensuite immersion requise dispense Le troisième cas inverse l'ordre des impuretés : c'est lui qui servira à résoudre la question de la guemara.
Les trois cas de la michna et les deux positions ; le troisième cas inverse l'ordre d'apparition des impuretés.
8
גְּמ׳ אִיבַּעְיָא לְהוּ: בַּעַל קֶרִי, שֶׁרָאָה זִיבָה לְרַבִּי יְהוּדָה מַהוּ? כִּי פָּטַר רַבִּי יְהוּדָה הָתָם בְּזָב שֶׁרָאָה קֶרִי, דְּמֵעִיקָּרָא לָאו בַּר טְבִילָה הוּא. אֲבָל בַּעַל קֶרִי שֶׁרָאָה זִיבָה, דְּמֵעִיקָּרָא בַּר טְבִילָה הוּא מְחַיַּיב, אוֹ דִּילְמָא לָא שְׁנָא.

GUEMARA. On leur a posé la question : celui qui a eu une émission séminale et qui a ensuite vu un écoulement de ziva — quelle est la règle selon Rabbi Yehouda ?

Lorsque Rabbi Yehouda dispense là-bas, dans le cas du zav qui a eu une émission séminale, c'est parce que dès le départ il n'était pas apte à l'immersion ; mais celui qui a eu une émission séminale puis a vu un écoulement de ziva, qui dès le départ était apte à l'immersion — l'oblige-t-il ? Ou peut-être n'y a-t-il pas de différence ?

📜 Rachi (1)
גְּמ' לָאו בַּר טְבִילָה הוּא לְדִבְרֵי תּוֹרָה ואע"פ שֶׁטֻּומְאָתוֹ חֲמוּרָה וְתוּ לָא אָתֵי קֶרִי וּמַצְרִיךְ לֵיהּ:
Pour les paroles de Torah — et bien que son impureté soit grave, le keri ne vient plus s'y ajouter pour le rendre astreint [à l'immersion].
💡 Explication

La question porte sur l'ordre d'apparition des deux impuretés. Dans la michna, l'impureté grave précède : l'homme n'a jamais été, dans cet état, un candidat utile à l'immersion. Si l'ordre s'inverse, le keri survenant d'abord crée une obligation d'immersion qui existait déjà au moment où la ziva arrive.

Deux lectures s'affrontent : ou bien Rabbi Yehouda dispense pour une raison technique liée à l'inaptitude initiale, ou bien il dispense par principe dès lors qu'une impureté grave subsiste.

🖼️ Schéma
L'ordre des impuretés change-t-il la règle de Rabbi Yehouda ? Cas de la michna : zav, puis keri ziva (grave) keri (légère) Dès le départ il n'était pas apte à l'immersion. Rabbi Yehouda dispense — cela est acquis. Question : keri, puis ziva keri (légère) ziva (grave) Au départ il était apte à l'immersion. Cette aptitude initiale suffit-elle à l'obliger ? Réponse (segment suivant) : le troisième cas de la michna suit déjà cet ordre — et Rabbi Yehouda y dispense.
La question porte sur l'ordre d'apparition des impuretés ; la réponse viendra du dernier cas de la michna.
9
תָּא שְׁמַע הַמְשַׁמֶּשֶׁת וְרָאֲתָה נִדָּה צְרִיכָה טְבִילָה, וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹטֵר. וְהָא מְשַׁמֶּשֶׁת וְרָאֲתָה נִדָּה כְּבַעַל קֶרִי שֶׁרָאָה זִיבָה דָּמְיָא, וְקָא פָּטַר רַבִּי יְהוּדָה, שְׁמַע מִינָּה. תָּנֵי רַבִּי חִייָּא בְּהֶדְיָא: בַּעַל קֶרִי שֶׁרָאָה זִיבָה צָרִיךְ טְבִילָה, וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹטֵר.

Viens et écoute : « la femme qui a eu des relations puis a vu [le sang de] nidda doit faire l'immersion, et Rabbi Yehouda dispense. » Or la femme qui a eu des relations puis a vu la nidda ressemble à celui qui a eu une émission séminale puis a vu un écoulement de ziva — et Rabbi Yehouda dispense pourtant. Apprends-en donc [qu'il n'y a pas de différence].

Rabbi Hiya a d'ailleurs enseigné cela explicitement : celui qui a eu une émission séminale puis a vu un écoulement de ziva doit faire l'immersion, et Rabbi Yehouda dispense.

💡 Explication

La réponse vient du troisième cas de la michna, qui suit exactement l'ordre discuté : la relation conjugale rend la femme comparable à un baal keri, et le sang qu'elle voit ensuite l'installe dans l'impureté grave de nidda. Rabbi Yehouda y dispense malgré tout.

La baraita de Rabbi Hiya confirme la déduction en énonçant le cas littéral. La question est donc close : l'ordre d'apparition des impuretés ne modifie pas la position de Rabbi Yehouda.

10
הַדְרָן עֲלָךְ מִי שֶׁמֵּתוּ

Hadran alakh « Mi chemeto » — nous reviendrons vers toi, chapitre « Celui dont le mort [gît devant lui] ».

📜 Rachi (1)
הַדְרָן עֲלָךְ מִי שֶׁמֵּתוּ
Marque de fin du chapitre « Mi chemeto ».
🗂️ Tossefot (1)
הַדְרָן עֲלָךְ מִי שֶׁמֵּתוּ
Marque de fin du chapitre « Mi chemeto ».
11
מַתְנֵי׳ תְּפִלַּת הַשַּׁחַר עַד חֲצוֹת. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת. תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד פְּלַג הַמִּנְחָה.

MICHNA. La prière du matin [se dit] jusqu'à la mi-journée (hatsot).

Rabbi Yehouda dit : jusqu'à la quatrième heure. La prière de minha [se dit] jusqu'au soir.

Rabbi Yehouda dit : jusqu'au pelag ha-minha.

📜 Rachi (3)
תְּפִלַּת הַשַּׁחַר:
La prière du matin.
עַד הָעָרֶב עַד חֲשֵׁכָה:
Jusqu'à la tombée de la nuit.
עַד פְּלַג הַמִּנְחָה בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לָהּ:
La guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
תְּפִלַּת הַשַּׁחַר עַד חֲצוֹת וְכוּ' תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב וא"ת אַמַּאי לָא קָתָנֵי גַּבֵּי תְּפִלַּת הַמִּנְחָה כָּל הַיּוֹם כְּמוֹ גַּבֵּי תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין וי"ל דִּזְמַן מוּסָפִין הוּא כָּל הַיּוֹם אֲפִילּוּ מִשַּׁחֲרִית שֶׁהֲרֵי קָרְבָּנוֹת יָכוֹל לְהַקְרִיב מִיָּד אַחַר הַתָּמִיד א"כ גַּם תְּפִלַּת מוּסָפִין יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל מִיָּד מִן הַבָּקָר מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּמִנְחָה אֶלָּא מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וְהָכִי נָמֵי בפ"ק דע"ג (ד' ד:) לָא לִיצַלֵּי אִינִישׁ צְלוֹתָא דְּמוּסָפִין בִּתְלָת שָׁעֵי קַמַּיְיתָא בְּרֵישׁ שַׁתָּא בְּיָחִיד כו' אַלְמָא בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל וּלְהָכִי מַקְדִּים תְּפִלַּת הַמִּנְחָה לִתְפִלַּת הַמּוּסָפִין מִשּׁוּם שֶׁהִיא תְּדִירָה בְּכָל יוֹם אע"פ שֶׁתְּפִלַּת מוּסָפִין קוֹדֶמֶת:
« La prière du matin jusqu'à hatsot... la prière de minha jusqu'au soir. » Si tu objectes : pourquoi n'enseigne-t-on pas, à propos de la prière de minha, « toute la journée », comme pour la prière des moussafim ? On peut répondre : le temps des moussafim est toute la journée, même dès le matin, puisque les sacrifices peuvent être offerts aussitôt après le tamid ; par conséquent la prière de moussaf aussi peut être dite dès le matin. Il n'en va pas de même pour minha, qui ne commence qu'à six heures et demie. Et de même, au premier chapitre de Avoda Zara (4b) : « qu'un homme ne prie pas la prière de moussaf pendant les trois premières heures du jour de Roch Hachana, seul », etc. — d'où il ressort que les autres jours de l'année il peut la prier. C'est pourquoi la michna place la prière de minha avant celle des moussafim, parce qu'elle est plus fréquente, chaque jour, bien que la prière de moussaf ait la priorité [lorsque les deux se rencontrent].
⚖️ Rosh (1)
מֵאֵימָתַי קוֹרִין אֶת שְׁמַע בָּעֲרָבִין מִשָּׁעָה שֶׁהַכֹּהֲנִים נִכְנָסִין לֶאֱכֹול בִּתְרוּמָתָן עַד סוֹף הָאַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹמְרִים עַד חֲצוֹת. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. פירש"י וַאֲנַן שֶׁקּוֹרִין שְׁמַע בְּבֵית הַכְּנֶסֶת קֹודֶם צֵאת הַכּוֹכָבִים אֵין אָנוּ יוֹצְאִים יְדֵי חוֹבָתֵנוּ אֶלָּא בִּקְרִיאַת שְׁמַע שֶׁעַל מִטָּתֵנוּ פֶּרֶק רִאשׁוֹן. וּמַה שֶׁאָנוּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת כְּדֵי לַעֲמֹוד בִּתְפִלָּה מִתּוֹךְ דִבְרֵי תוֹרָה. וְהָכִי תַּנְיָא בִּבְרָכוֹת יְרוּשַׁלְמִי בְּרֵישׁ פִּירְקִין הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע קֹודֶם לָכֵן לֹא יָצָא. א"כ לָמָּה קוֹרִין אוֹתָהּ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת. לֹא לְהוֹצִיא אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן אֶלָּא כְּדֵי לַעֲמֹוד בִּתְפִלָּה מִתּוֹךְ דִבְרֵי תוֹרָה וְכֵן כָּתַב הָרִיבָ"א והרי"ץ גִּיאָת זַ"ל וְכֵן כָּתַב רַב עַמְרָם זַ"ל נ"א וּמֵחֲמַת זֶה כָּתַב שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ אקב"ו עַל קְרִיאַת שְׁמַע כְּשֶׁהוּא קוֹרֵא לִפְנֵי מִטָּתוֹ. מִתּוֹךְ דִּבְרֵיהֶם מַשְׁמַע שֶׁאָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ מִתּוֹךְ אוֹתָהּ קְרִיאָה ול"נ לר"ת זַ"ל שֶׁהֲרֵי ק"ש שֶׁעַל מִטָּתוֹ אֵין אָנוּ קוֹרִין כִּי אִם פָּרָשָׁה רִאשׁוֹנָה וְשֶׁלֹּא בְּבִרְכוֹתֶיהָ וּבְבֵית הַכְּנֶסֶת אָנוּ קוֹרִין אוֹתָהּ כֻּולָּהּ בְּבִרְכוֹתֶיהָ בְּלֹא זְמַנָּהּ וְעוֹד דְּקָאָמַר בַּגְּמָרָא אִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא אֵינוֹ צָרִיךְ לִקְרוֹת ק"ש עַל מִטָּתוֹ. וְיֵשׁ לִדְחוֹת דְּמַייְרֵי הֵיכָא דְּקָרָא בִּזְמַנָּהּ בבהכ"נ. וְעוֹד הִקְשָׁה דְּאִם כֵּן אָנוּ נוֹהֲגִין כְּרִיבָּ"ל דְּאָמַר תְּפִלּוֹת בְּאֶמְצַע תִּקְּנוּם וַאֲנַן קי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר דק"ש שֶׁל עַרְבִית תְּחִלָּה וְאח"כ תְּפִלָּה דְּתַנְיָא לְקַמָּן בְּפִירְקִין כְּוָותֵיהּ. וּפֵירֵשׁ ר"ת זַ"ל דק"ש שֶׁל בֵּית הַכְּנֶסֶת עִיקָּר. וּמַה שֶׁאָנוּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּעוֹד יוֹם. דקי"ל כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כו.) תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד פְּלַג הַמִּנְחָה וְהוּא שָׁעָה וּרְבִיעַ קֹודֶם הַלַּיְלָה. מִכָּאן וְאֵילָךְ הָוֵי לַיְלָה לְעִנְיַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וְהוּא הַדִּין לְעִנְיַן ק"ש וְאָמְרִי' לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כז.) דַּעֲבַד כְּמָר עֲבַד וְדַעֲבַד כְּמָר עֲבַד וְאָמְרִינַן נָמֵי לְקַמָּן שָׁם רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אַלְמָא חֲשִׁיב לַיְלָה לְעִנְיַן תְּפִלַּת הָעֶרֶב וְהוּא הַדִּין לְעִנְיַן ק"ש. וא"ת הָא דְּפָרִיךְ לְקַמָּן ר' יְהוּדָה לר"מ דְּאָמַר מִשָּׁעָה שֶׁהַכֹּהֲנִים טוֹבְלִין לֶאֱכֹול בִּתְרוּמָתָן וַהֲלֹא כֹּהֲנִים בַּיּוֹם הֵם טוֹבְלִים אַדְּרַבָּה קָשֶׁה טְפֵי לְדִידֵיהּ שֶׁהֲרֵי קוֹרִין אוֹתָהּ בִּפְלַג הַמִּנְחָה דְּהוּא יוֹם גָּדוֹל וי"ל דְּהָכִי קָאָמַר לֵיהּ לְדִידָךְ שֶׁאַתָּה סוֹבֵר כְּרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלַי בְּפָ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר וְאָמְרִי דִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב א"כ אוֹתָהּ שָׁעָה יוֹם לְעִנְיַן ק"ש וּמַה שֶׁאָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי שֶׁהָיוּ קוֹרִין אֶת שְׁמַע כְּדֵי לַעֲמֹוד בִּתְפִלָּה מִתּוֹךְ דִבְרֵי תוֹרָה לֹא שֶׁהָיוּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּבִרְכוֹתֶיהָ אֶלָּא שֶׁהָיוּ קוֹרִין פָּרָשָׁה שְׁמַע כְּמוֹ שֶׁאָנוּ רְגִילִים לִקְרוֹת אַשְׁרֵי קֹודֶם תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וּמִיהוּ קְצָת קָשֶׁה דִּלְעִנְיַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עָבְדִינַן כְּרַבָּנָן וּמִתְפַּלְּלִין פְּעָמִים תְּפִלַּת הַמִּנְחָה אַחַר פְּלַג הַמִּנְחָה וּלְעִנְיַן ק"ש חָשְׁבִי' לֵיהּ לַיְלָה כְּמוֹ ר' יְהוּדָה וְהָוֵי כְּמוֹ שִׁדְרָה וְגֻלְגֹּולֶת תְּרֵי קֻולֵּי דְּסָתְרִי אַהֲדָדֵי עֵרוּבִין דַּף ז. וְהָא דְּאָמְרִי' לְקַמָּן דַּעֲבַד כְּמָר עֲבַד וְדַעֲבַד כְּמָר עֲבַד ה"פ לָא אַפְסִיק הִלְכְתָא לֹא כְּרַבִּי יְהוּדָה וְלֹא כְּרַבָּנַן מִי שֶׁיִּרְצֶה לַעֲשׂוֹת יַעֲשֶׂה הַכֹּל כְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹ הַכֹּל כְּרַבָּנָן וְלֹא שֶׁיִּתְפֹּוס קֻולָּא שֶׁל שְׁנֵיהֶם וי"ל דִּלְעִנְיַן תְּפִלָּה הֵקֵלּוּ וְלָא נְהִירָא לִי מַה שֶׁהֵבִיא רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל רְאָיָה מִתְּפִלַּת הַמִּנְחָה שֶׁהִיא עַד פְּלַג הַמִּנְחָה. דִּתְפִלּוֹת כְּנֶגֶד תְּמִידִים תִּקְּנוּם וְתָמִיד הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד פְּלַג הַמִּנְחָה אֲבָל לְעִנְיַן ק"ש לָאו זְמַן שְׁכִיבָה הוּא וּמֵרַב דְּצָלִי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֵינָהּ רְאָיָה דִּלְמָא כְּרִיבָּ"ל ס"ל דְּאָמַר תְּפִלּוֹת בְּאֶמְצַע תִּקְּנוּם וְשָׁמַע הָיָה קוֹרֵא אַחַר צֵאת הַכּוֹכָבִים. וְנִרְאֶה לְקַיֵּים הַמִּנְהָג שֶׁאָנוּ סוֹבְרִים כִּשְׁאָר הַתְּנָאִים שֶׁמַּקְדִּימִין שְׁעַת הק"ש לְצֵאת הַכּוֹכָבִים. ואע"ג דְּלֵית הִלְכְתָא כַּר' אֱלִיעֶזֶר לְגַבֵּי ר' יְהוֹשֻׁעַ וְלֹא כְּרַבִּי מֵאִיר לְגַבֵּי רַבִּי יְהוּדָה מִכָּל מָקוֹם בִּתְפִלָּה הֵקֵלּוּ וְגַם מִתּוֹךְ הַדְּחָק נָהֲגוּ כָּךְ לְפִי שֶׁמִּתְקַבְּצִין הַצִּבּוּר לִתְפִלַּת הַמִּנְחָה וְאִילּוּ לֹא הָיוּ קוֹרִין אֶת שְׁמַע וּמִתְפַּלְּלִין תְּפִלַּת הָעֶרֶב עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים הָיָה כָּל אֶחָד וְאֶחָד הוֹלֵךְ לְבֵיתוֹ וְהָיָה טֹורַח לָהֶם לְהִתְקַבֵּץ לְאַחַר מִכָּאן וְלֹא הָיוּ מִתְפַּלְּלִים בְּצִבּוּר. לְפִיכָךְ נָהֲגוּ הָעָם לִקְרוֹת שְׁמַע וּלְהִתְפַּלֵּל קֹודֶם צֵאת הַכּוֹכָבִים וְסָמְכוּ עַל הָנֵי תַּנָּאֵי כִּדְפֵירַשְׁתִּי אע"ג דִּלְכַתְּחִלָּה אֵין לִקְרוֹת ק"ש עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים כִּסְתָמָא דְּמַתְנִי' וְכַר' יְהוֹשֻׁעַ דִּפְלִיג אֶדֶר' אֱלִיעֶזֶר בַּבָּרַיְיתָא. וְשָׁאֲלוּ מֵרַב הַאי זַ"ל לְעִנְיַן צִבּוּר שֶׁמִּתְפַּלְּלִין עַרְבִית וְקוֹרִין שְׁמַע קֹודֶם צֵאת הַכּוֹכָבִים וְלָא מָצֵי אִינָשׁ לְעַכְּבִינְהוּ. אֵיזֶהוּ עָדִיף לְאַצְלוֹיֵי בַּהֲדַיְיהוּ וְלִשְׁבֹּוק קְרִיאַת שְׁמַע עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים. אוֹ לְעַכּוֹבֵי עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים וּלְצַלּוֹיֵי בְּיָחִיד לִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה. וְהֵשִׁיב בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין כֵּן מִתְפַּלְּלִין שֶׁל עַרְבִית וְאַחַר כָּךְ קוֹרִין אֶת שְׁמַע בִּזְמַנָּהּ וְלָא אִיכְפַּת לְהוּ לְמִיסְמַךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלַּת עַרְבִית וְחָזֵינַן דִּקְרִיאַת שְׁמַע בְּעוֹנָתָהּ דְּהַיְינוּ בְּצֵאת הַכּוֹכָבִים עָדִיף מִמִּסְמַךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר לְצַלּוֹיֵי. וְאִי צָלִי רִאשׁוֹנָה דְּבַהֲדֵי צִבּוּרָא רְשׁוּת וּשְׁנִיָּה חוֹבָה שַׁפִּיר דָּמֵי. כָּךְ הֵשִׁיב רַב הַאי גָּאוֹן זַ"ל. מִשּׁוּם שֶׁנִּרְאֶה לוֹ שֶׁיּוֹתֵר טוֹב לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּתוֹ עִם הַצִּבּוּר מִפְּלַג הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה כר"י מִמַּה שֶׁיִּתְפַּלֵּל בְּיָחִיד וְיִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וְכָל שֶׁכֵּן לְדִידַן שֶׁאֵין אָנוּ סוֹמְכִין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה שֶׁל עַרְבִית שֶׁאָנוּ מַפְסִיקִין בִּפְסוּקִים וְיִרְאוּ עֵינֵינוּ וְקַדִּישׁ מִיהוּ נִרְאֶה דְּהַנּוֹהֵג כָּךְ צָרִיךְ שֶׁיִּזָּהֵר שֶׁלֹּא יִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה מִפְּלַג הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה. כֵּיוָן דַּחֲשִׁיב לֵיהּ לַיְלָה לְעִנְיַן תְּפִלַּת הָעֶרֶב:
« À partir de quand lit-on le Chema le soir ? À partir de l'heure où les cohanim entrent pour manger leur terouma, jusqu'à la fin de la première veille : telles sont les paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : jusqu'à hatsot. Rabban Gamliel dit : jusqu'à ce que monte l'aube. » Rachi a expliqué : quant à nous, qui lisons le Chema à la synagogue avant la sortie des étoiles, nous ne nous acquittons de notre obligation que par le Chema dit sur notre lit, [au moins] le premier paragraphe ; et si nous le lisons à la synagogue, c'est pour nous tenir dans la prière à partir de paroles de Torah. Ainsi est-il enseigné dans le Talmud de Jérusalem, Berakhot, au début de notre chapitre : celui qui lit le Chema avant ce moment ne s'est pas acquitté ; s'il en est ainsi, pourquoi le lit-on a la synagogue ? Non pour acquitter le public de son obligation, mais pour se tenir dans la prière à partir de paroles de Torah. Ainsi ont écrit le Riva et Rabbi Yitshak ibn Guiat, de mémoire bénie, et de même Rav Amram, de mémoire bénie ; et pour cette raison il a écrit qu'il faut dire la bénédiction « qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné la lecture du Chema » lorsqu'on le lit devant son lit. De leurs propos il ressort qu'un homme s'acquitte de son obligation par cette lecture-là. Et cela n'a pas paru juste à Rabbenou Tam, de mémoire bénie : le Chema dit sur le lit, nous n'en lisons que le premier paragraphe et sans ses bénédictions, alors qu'à la synagogue nous le lisons en entier avec ses bénédictions, hors de son temps. En outre, il est dit dans la guemara que s'il est un talmid 'hakham il n'a pas besoin de lire le Chema sur son lit. On peut repousser cela en disant qu'il s'agit de celui qui l'a lu en son temps à la synagogue. Il a encore objecté que, s'il en était ainsi, nous suivrions Rabbi Yehochoua ben Levi qui dit que les prières ont été instituées au milieu [des deux lectures du Chema], alors que nous tenons comme Rabbi Yo'hanan, qui dit que le Chema du soir vient d'abord et la prière ensuite, une baraita enseignée plus loin dans notre chapitre allant dans son sens. Rabbenou Tam, de mémoire bénie, a donc expliqué que le Chema de la synagogue est le principal. Et si nous le lisons alors qu'il fait encore jour, c'est parce que nous tenons comme Rabbi Yehouda, qui dit plus loin, au chapitre « Tefilat ha-chahar » (Berakhot 26a), que la prière de minha va jusqu'au pelag ha-minha, soit une heure et un quart avant la nuit ; à partir de là c'est la nuit pour ce qui est de la prière de minha, et il en va de même pour le Chema. Nous disons aussi plus loin (Berakhot 27a) que celui qui a agi comme l'un des maîtres a bien agi et celui qui a agi comme l'autre a bien agi ; et nous disons encore, au même endroit, que Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat — d'où il ressort que ce moment est tenu pour la nuit quant à la prière du soir, et il en va de même pour le Chema. Si tu objectes : ce que Rabbi Yehouda objecte plus loin à Rabbi Meir, qui dit « à partir de l'heure où les cohanim s'immergent pour manger leur terouma », à savoir que les cohanim s'immergent de jour — au contraire, la difficulté est plus grande pour lui-même, puisque nous lisons le Chema au pelag ha-minha, qui est en plein jour ! On peut répondre qu'il lui dit ceci : selon toi, qui suis les Sages, lesquels me contredisent au chapitre « Tefilat ha-chahar » et disent que la prière de minha va jusqu'au soir, ce moment est donc du jour pour ce qui est du Chema. Et ce que dit le Talmud de Jérusalem, qu'on lisait le Chema pour se tenir dans la prière à partir de paroles de Torah, ne veut pas dire qu'on le lisait avec ses bénédictions, mais qu'on lisait le paragraphe « Chema » comme nous avons coutume de lire « Achrei » avant la prière de minha. Toutefois il subsiste une difficulté : pour la prière de minha nous agissons comme les Sages et nous prions parfois minha après le pelag ha-minha, et pour le Chema nous tenons ce moment pour la nuit comme Rabbi Yehouda — c'est comme « la colonne vertébrale et le crâne », deux indulgences qui se contredisent (Erouvin 7a). Et ce que nous disons plus loin, « celui qui a agi comme l'un a bien agi et celui qui a agi comme l'autre a bien agi », signifie ceci : la halakha n'a été tranchée ni comme Rabbi Yehouda ni comme les Sages ; qui veut agir agira en tout comme Rabbi Yehouda ou en tout comme les Sages, mais non en saisissant l'indulgence des deux. On peut répondre que, pour la prière, on a été indulgent. Et il ne me paraît pas juste que Rabbenou Tam, de mémoire bénie, ait apporté une preuve de la prière de minha qui va jusqu'au pelag ha-minha : les prières ont été instituées face aux temidim, et le tamid était offert jusqu'au pelag ha-minha ; mais pour le Chema, ce n'est pas encore l'heure du coucher. Et de ce que Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat, il n'y a pas de preuve : peut-être tenait-il comme Rabbi Yehochoua ben Levi, qui dit que les prières ont été instituées au milieu, et lisait-il le Chema après la sortie des étoiles. Il paraît donc juste de maintenir la coutume, en tenant comme les autres tanaim qui avancent l'heure du Chema avant la sortie des étoiles. Et bien que la halakha ne suive pas Rabbi Eliezer face à Rabbi Yehochoua, ni Rabbi Meir face à Rabbi Yehouda, on a malgré tout été indulgent pour la prière ; c'est aussi la contrainte qui a fait adopter cet usage, parce que la communauté se rassemble pour la prière de minha : si l'on ne lisait le Chema et ne priait la prière du soir qu'à la sortie des étoiles, chacun s'en irait chez lui et il leur serait pénible de se rassembler après cela, de sorte qu'ils ne prieraient pas en communauté. C'est pourquoi le peuple a pris l'usage de lire le Chema et de prier avant la sortie des étoiles, en s'appuyant sur ces tanaim comme je l'ai expliqué, bien qu'a priori il ne faille pas lire le Chema avant la sortie des étoiles, conformément à la michna anonyme et à Rabbi Yehochoua qui contredit Rabbi Eliezer dans la baraita. On a demandé à Rav Haï, de mémoire bénie, au sujet d'une communauté qui prie arvit et lit le Chema avant la sortie des étoiles, sans qu'un homme puisse la retenir : qu'est-il préférable — prier avec elle et laisser la lecture du Chema jusqu'à la sortie des étoiles, ou attendre la sortie des étoiles et prier seul afin de joindre la gueoula à la prière ? Il a répondu : en terre d'Israël on fait ainsi — on prie la prière du soir puis on lit le Chema en son temps, et l'on ne se soucie pas de joindre la gueoula à la prière du soir. Nous voyons donc que le Chema en son temps, c'est-à-dire à la sortie des étoiles, l'emporte sur la jonction de la gueoula à la prière lorsqu'il n'est pas possible de prier [autrement]. Et s'il prie la première, celle qui se dit avec la communauté, à titre facultatif, et la seconde à titre d'obligation, cela est bien. Telle fut la réponse de Rav Haï Gaon, de mémoire bénie — parce qu'il lui a paru meilleur de prier avec la communauté à partir du pelag ha-minha, comme Rabbi Yehouda, plutôt que de prier seul en joignant la gueoula à la prière ; à plus forte raison pour nous, qui ne joignons pas la gueoula à la prière du soir, puisque nous interrompons par des versets, « ve-yirou eneinou » et le kaddich. Toutefois il paraît que celui qui agit ainsi doit veiller à ne pas prier la prière de minha à partir du pelag ha-minha, puisqu'il tient ce moment pour la nuit quant à la prière du soir.
💡 Explication

Le quatrième chapitre s'ouvre sur les bornes horaires des prières. Deux avis reviennent à chaque ligne : les Sages fixent des limites larges, Rabbi Yehouda des limites plus resserrées. Les heures sont des heures temporaires (chaot zmaniot), douzième partie du jour.

Le pelag ha-minha désigne la moitié de la dernière période de l'après-midi : 9 h 1/2 plus 1 h 1/4, soit 10 h 3/4. Rachi renvoie à la guemara pour son calcul.

12
תְּפִלַּת הָעֶרֶב אֵין לָהּ קֶבַע. וְשֶׁל מוּסָפִים כָּל הַיּוֹם, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת.

La prière du soir n'a pas d'heure fixe. Et celle des moussafim [se dit] toute la journée.

Rabbi Yehouda dit : jusqu'à la septième heure.

📜 Rachi (1)
אֵין לָהּ קֶבַע כָּל הַלַּיְלָה זְמַנָּהּ וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי לְשׁוֹן אֵין לָהּ קֶבַע:
Toute la nuit est son temps ; et la guemara explique ce que signifie l'expression « elle n'a pas d'heure fixe ».
⚖️ Rosh (1)
תְּפִלַּת הַשַּׁחַר עַד חֲצוֹת ר' יְהוּדָה אוֹמֵר עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב ר' יְהוּדָה אוֹמֵר עַד פְּלַג הַמִּנְחָה תְּפִלַּת הָעֶרֶב אֵין לָהּ קֶבַע וְשֶׁל מוּסָפִין כָּל הַיּוֹם. עַד חֲצוֹת וּתְחִלַּת זְמַנָּהּ יֵרָאֶה מִשֶּׁעָלָה בְּרַק הַשַּׁחַר וְהֵאִיר פְּנֵי הַמִּזְרָח מִידִי דַּהֲוָה אַתָּמִיד הַשַּׁחַר רֵישׁ פֶּרֶק ב' דְּיוֹמָא אע"ג דְּעִיקַּר מִצְוָתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה כְּדִכְתִיב יִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ פֶּרֶק א' ס"ס י' מ"מ אִם הִתְפַּלֵּל בְּזוֹ הַשָּׁעָה יָצָא וְהַתַּנָּא לֹא חָשׁ לְפָרְשׁוֹ דְּמִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא כֵּיוָן דִּזְמַן הַמְאֻוחָר שֶׁלָּהּ הוּא בִּזְמַן הַתָּמִיד ה"ה לְכָל זְמַן הַמֻּוקְדָּם. תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין כָּל הַיּוֹם מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב כְּמוֹ קָרְבַּן מוּסָף שֶׁהָיָה כָּשֵׁר כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ וַאֲפִילּוּ מִן הַבָּקָר מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא בְּיוֹמָא פֶּרֶק אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (יוֹמָא דַּף לד.) דִּנְסָכִים קוֹדְמִין לְמוּסָפִין הָא אִי לֵיכָּא קְרָא מוּסָפִין כְּשֵׁרִין לִיקָּדֵם. אע"ג דִּכְתִיב בַּבֹּקֶר גַּבֵּי נְסָכִים וְכֵן תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל בַּבֹּקֶר וה"נ אָמְרִינַן בְּפֵ"א דְּמַסֶּכֶת עֲבוֹדָה זָרָה דַּף ד'. לָא לִיצַלֵּי אִינָשׁ צְלוֹתָא דְּמוּסָפִין בִּתְלָת שָׁעֵי קַמַּיְיתָא בְּרֵישׁ שַׁתָּא בְּיָחִיד:
« La prière du matin jusqu'à hatsot ; Rabbi Yehouda dit : jusqu'à la quatrième heure. La prière de minha jusqu'au soir ; Rabbi Yehouda dit : jusqu'au pelag ha-minha. La prière du soir n'a pas d'heure fixe. Et celle des moussafim, toute la journée. » « Jusqu'à hatsot » : et le début de son temps, il paraît que c'est depuis que l'aube s'est levée et que la face de l'orient s'est éclairée, comme pour le tamid du matin, au début du deuxième chapitre de Yoma. Et bien que son commandement principal soit avec le lever du soleil, ainsi qu'il est écrit « ils te craindront avec le soleil » (chapitre premier, siman 10), en tout cas s'il a prié à cette heure-là il s'est acquitté ; et le tana n'a pas pris soin de le préciser, car la chose est évidente : puisque son temps le plus tardif est celui du tamid, il en va de même pour tout son temps le plus précoce. « La prière des moussafim, toute la journée », du matin jusqu'au soir, comme le sacrifice de moussaf qui était valable toute la journée, et même dès le matin — car il a fallu un verset, dans Yoma, chapitre « Amar lahem ha-memouneh » (34a), pour enseigner que les nessakhim précèdent les moussafim ; sans ce verset, les moussafim auraient été valables en premier, bien qu'il soit écrit « le matin » à propos des nessakhim. De même, la prière des moussafim peut être priée le matin ; et ainsi disons-nous au premier chapitre du traité Avoda Zara (4b) : qu'un homme ne prie pas la prière de moussaf pendant les trois premières heures du jour de Roch Hachana, seul.
💡 Explication

La formule en la kova (« elle n'a pas d'heure fixe ») appliquée à arvit sera discutée plus loin dans le traité : elle peut signifier que toute la nuit est son temps, où que la prière du soir elle-même est facultative. Rachi retient ici le premier sens et renvoie à la guemara.

Le Roch complète la michna par le point qu'elle laisse implicite : le début des temps. Chaharit commence dès l'aube, sur le modèle du tamid du matin, et moussaf peut se dire dès le matin.

13
גְּמ׳ וּרְמִינְהוּ: מִצְוָתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה, כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה, וְנִמְצָא מִתְפַּלֵּל בַּיּוֹם!

GUEMARA. Et l'on oppose : « son commandement est avec le lever du soleil, afin que l'on joigne la gueoula à la prière, et l'on se trouve ainsi prier de jour » !

📜 Rachi (1)
גמ' מִצְוָתָהּ שֶׁל קְרִיאַת שְׁמַע:
Celui de la lecture du Chema.
⚖️ Rosh (1)
גמ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר עַד חֲצוֹת וּרְמִינְהוּ מִצְוָתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וְנִמְצָא מִתְפַּלֵּל בַּיּוֹם כִּי תַּנְיָא הַהִיא לְוָותִיקִין דא"ר יוֹחָנָן ווָתִיקִין הָיוּ גּוֹמְרִין אוֹתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה אֲבָל כ"ע סָבְרִי כְּרַבָּנָן עַד חֲצוֹת ואע"ג דְּלֵיתָא לְרַבָּנָן דְּאָמְרִי. עַד חֲצוֹת הֵיכָא דְּטָעָה וְצַלִּי לְבָתַר ד' שָׁעוֹת שְׂכַר תְּפִלָּה יָהֲבִי לֵיהּ שְׂכַר תְּפִלָּה בִּזְמַנָּהּ לָא יָהֲבִי לֵיהּ:
GUEMARA : « La prière du matin jusqu'à hatsot. » Et l'on oppose : « son commandement est avec le lever du soleil, afin que l'on joigne la gueoula à la prière, et l'on se trouve ainsi prier de jour. » — Cette baraita a été enseignée pour les vatikin, car Rabbi Yo'hanan a dit : les vatikin l'achevaient avec le lever du soleil ; mais tout le monde tient comme les Sages, jusqu'à hatsot. Et bien que la halakha ne suive pas les Sages qui disent « jusqu'à hatsot », lorsqu'on s'est trompé et que l'on a prié après la quatrième heure, on lui donne la récompense de la prière, mais on ne lui donne pas la récompense de la prière en son temps.
💡 Explication

La contradiction est de forme classique : la michna donne une limite tardive, la baraita désigne un moment précis et unique — le lever du soleil. Si le temps de la prière du matin était aussi large, pourquoi cette exigence ?

La raison invoquée par la baraita est la jonction gueoula-tefila : la bénédiction qui suit le Chema doit être immédiatement suivie de la amida, laquelle doit tomber après le lever du soleil pour être dite de jour.

14
כִּי תַּנְיָא הַהִיא לְוָתִיקִין. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וָתִיקִין הָיוּ גּוֹמְרִים אוֹתָהּ עַם הָנֵץ הַחַמָּה.

Cette baraita a été enseignée pour les vatikin, car Rabbi Yo'hanan a dit : les vatikin l'achevaient avec le lever du soleil.

📜 Rachi (1)
לְוָתִיקִין הַמַּקְדִּימִין לַמִּצְוֹת וּמְחַזְּרִים לַעֲשׂוֹת דָּבָר בִּזְמַנּוֹ וּמִצְוָתוֹ מַקְדִּימִים לְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה לְהִתְפַּלֵּל וְכִי תְּנַן בְּמַתְנִי' לַמְאַחֲרִים שֶׁלֹּא יְאַחֵר יוֹתֵר מֵחֲצוֹת שֶׁמִּשָּׁם וְאֵילָךְ עָבַר הַזְּמַן:
Ceux qui devancent les commandements et cherchent à accomplir chaque chose en son temps et selon son précepte : ils s'avancent, aussitôt après le lever du soleil, pour prier. Et ce que notre michna enseigne vise ceux qui retardent : qu'ils ne retardent pas au-delà de hatsot, car à partir de là le temps est passé.
💡 Explication

La réponse sépare deux niveaux. La baraita décrit la conduite des vatikin, ceux qui accomplissent chaque mitsva à l'instant le plus juste ; la michna fixe la limite au-delà de laquelle on ne peut plus aller.

La distinction entre le moment optimal et la borne extrême structure toute la suite du chapitre.

15
וְכֻולֵּי עָלְמָא עַד חֲצוֹת וְתוּ לָא, וְהָאָמַר רַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית — מִתְפַּלֵּל בְּשַׁחֲרִית שְׁתַּיִם, שַׁחֲרִית — מִתְפַּלֵּל בְּמִנְחָה שְׁתַּיִם.

Et tout le monde [tient-il] jusqu'à hatsot et pas davantage ? Mais Rav Mari fils de Rav Houna fils de Rabbi Yirmeya bar Aba n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui s'est trompé et n'a pas prié arvit prie deux fois à chaharit ; [celui qui s'est trompé et n'a pas prié] chaharit prie deux fois à minha ?

📜 Rachi (2)
וְכוּלֵּי עָלְמָא שְׁאָר הַמִּתְפַּלְּלִין הַמְאַחֲרִין עַד חֲצוֹת יְכוֹלִין לְאַחֵר וְתוּ לָא:
Les autres orants, ceux qui retardent jusqu'à hatsot : ils peuvent retarder jusque-là, et pas davantage.
בְּמִנְחָה הַייְנוּ אַחַר חֲצוֹת:
C'est-à-dire après hatsot.
🗂️ Tossefot (1)
טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית מִתְפַּלֵּל בְּשַׁחֲרִית שְׁתַּיִם וא"ת וְהָאָמַר רַב לְקַמָּן (בְּרָכוֹת ד' כז ב) תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וקי"ל כְּוָתֵיהּ בְּאִיסּוּרֵי וְעוֹד קָשֶׁה דְּאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת ד' ל ב) טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל יַעֲלֶה וְיָבוֹא בַּלַּיְלָה אֵין מַחֲזִירִים אוֹתוֹ מִשּׁוּם דְּאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה וְלָמָּה לֵיהּ הַאי טַעְמָא תִּיפּוֹק לֵיהּ דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְי"ל הָא דְּאָמְרִינַן דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת הַייְנוּ לְגַבֵּי מִצְוָה אַחֶרֶת וְהִיא עוֹבֶרֶת דְּאָז אָמְרִינַן תִּדְחֶה תְּפִלַּת עַרְבִית מִפָּנֶיהָ אֲבָל לְחִנָּם אֵין לוֹ לְבַטְּלָהּ וּמִיהוּ אִם אִיחֵר עַד הַמִּנְחָה נִרְאֶה דְּעָבַר זְמַנּוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ כֵּיוָן שֶׁשָּׁהָה כָּל כָּךְ וּלְאַחַר ב' תְּפִלּוֹת לֹא מָצִינוּ שֶׁתִּיקְּנוּ חֲכָמִים לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל אִם שָׁכַח וַאֲפִילּוּ תְּפִלָּה אַחַת אִם בִּטֵּל בְּמֵזִיד לֹא יוּכַל לְתַקֵּן וּבְסָמוּךְ קָרֵי לֵיהּ מְעֻווָּת לֹא יוּכַל לִתְקֹון:
« Celui qui s'est trompé et n'a pas prié arvit prie deux fois à chaharit. » Si tu objectes : Rav n'a-t-il pas dit plus loin (Berakhot 27b) que la prière du soir est facultative (rechout), et nous tenons comme lui dans les interdits ? Autre difficulté : il est dit plus loin (Berakhot 30b) que celui qui s'est trompé et n'a pas dit « yaale ve-yavo » la nuit, on ne le fait pas recommencer, parce qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit — pourquoi cette raison ? Qu'il tire simplement la conclusion du fait que la prière du soir est facultative ! On peut répondre : lorsque nous disons que la prière du soir est facultative, c'est au regard d'une autre mitsva qui va passer ; alors nous disons que la prière du soir cède devant elle. Mais l'annuler sans raison, il ne le doit pas. Toutefois, s'il a tardé jusqu'à minha, il semble que « son temps est passé, son sacrifice est annulé », puisqu'il a tant attendu ; et après deux prières, nous ne trouvons pas que les Sages aient institué de revenir prier lorsqu'on a oublié. Et même pour une seule prière, si on l'a annulée volontairement, on ne peut pas la réparer — c'est ce que la guemara appelle plus loin « ce qui est courbe ne peut être redressé ».
💡 Explication

La guemara ouvre ici le second grand thème du folio, le tachloumin (rattrapage). L'enseignement de Rabbi Yo'hanan implique que la prière du matin peut se dire à l'heure de minha, ce qui semble contredire la limite de hatsot.

Tossefot en profitent pour poser la limite du dispositif : le rattrapage ne franchit pas deux temps de prière, et il ne répare pas une prière délaissée volontairement.

16
כֻּולֵּי יוֹמָא מְצַלֵּי וְאָזֵיל, עַד חֲצוֹת, יָהֲבִי לֵיהּ שְׂכַר תְּפִלָּה בִּזְמַנָּהּ, מִכָּאן וְאֵילָךְ, שְׂכַר תְּפִלָּה — יָהֲבִי לֵיהּ, שְׂכַר תְּפִלָּה בִּזְמַנָּהּ — לָא יָהֲבִי לֵיהּ.

Toute la journée, il peut continuer à prier. Jusqu'à hatsot, on lui donne la récompense d'une prière dite en son temps ; à partir de là, on lui donne la récompense d'une prière, mais on ne lui donne pas la récompense d'une prière dite en son temps.

💡 Explication

La réponse ne supprime pas la limite de hatsot : elle en change le sens. Passé hatsot, la prière reste valable, mais elle perd le statut de tefila bizmana, prière en son temps. La borne sépare deux niveaux de récompense.

🖼️ Schéma
Deux niveaux de récompense de part et d'autre de hatsot hatsot lever nuit Avant hatsot récompense de la prière + récompense de la prière en son temps Après hatsot récompense de la prière seulement
La borne de hatsot ne rend pas la prière invalide : elle sépare deux niveaux de récompense.
17
אִיבַּעְיָא לְהוּ: טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה, מַהוּ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם? אִם תִּמְצָא לוֹמַר, טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם, מִשּׁוּם דְּחַד יוֹמָא הוּא, דִּכְתִיב: ״וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר יוֹם אֶחָד״, אֲבָל הָכָא תְּפִלָּה בִּמְקוֹם קָרְבָּן הִיא, וְכֵיוָן דְּעָבַר יוֹמוֹ בָּטַל קָרְבָּנוֹ. אוֹ דִּילְמָא כֵּיוָן דִּצְלוֹתָא רַחֲמֵי הִיא, כָּל אֵימַת דְּבָעֵי מְצַלֵּי וְאָזֵיל.

On leur a posé la question : celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha — quelle est la règle ? Priera-t-il deux fois à arvit ?

Si tu viens à dire que celui qui s'est trompé et n'a pas prié arvit prie deux fois à chaharit, c'est parce qu'il s'agit d'un seul et même jour, ainsi qu'il est écrit : « il y eut un soir, il y eut un matin, un jour » ; mais ici la prière tient lieu de sacrifice, et puisque son jour est passé, son sacrifice est annulé. Ou peut-être, puisque la prière est une demande de miséricorde, peut-il continuer à prier chaque fois qu'il le veut ?

📜 Rachi (2)
אִם תִּימְצֵי לוֹמַר כְּלוֹמַר אִם תְּשִׁיבֵנִי בִּשְׁאֵלָתִי מִמַּה שֶׁאָמַרְנוּ טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית וְכוּ':
C'est-à-dire : si tu me réponds à ma question à partir de ce que nous avons dit, « celui qui s'est trompé et n'a pas prié arvit », etc.
וְכֵיוָן דְּעָבַר יוֹמוֹ בָּטַל קָרְבָּנוֹ וְאֵינוֹ מַקְרִיבוֹ בְּיוֹם אַחֵר אִם זְמַנּוֹ קָבוּעַ כְּגוֹן מוּסָפִים שֶׁל כָּל יוֹם וְיוֹם:
Et on ne l'offre pas un autre jour lorsque son temps est fixé, comme les moussafim de chaque jour.
🗂️ Tossefot (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ טָעָה וְלָא הִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מִנְחָה כּוּ' לָא בָּעֵי אִם טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מוּסָף דְּהָא וַדַּאי אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל בְּעַרְבִית דְּהֵיאַךְ יִקְרָא אֶת הַקָּרְבָּנוֹת וּכְבָר עָבַר זְמַן מוּסָף וְגַם לֹא תִּיקְּנוּ שֶׁבַע בְּרָכוֹת שֶׁל מוּסָף אֶלָּא מִשּׁוּם וּנְשַׁלְּמָה פָּרִים שְׂפָתֵינוּ וּבָזֶה וַדַּאי עָבַר זְמַנּוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ אֲבָל שְׁאָר תְּפִלּוֹת דְּרַחֲמֵי נִינְהוּ וּלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ וְאֵין כָּאן עָבַר זְמַנּוֹ בִּתְפִלָּה אַחֶרֶת:
« On leur a posé la question : celui qui s'est trompé et n'a pas prié la prière de minha », etc. On ne demande pas ce qu'il en est de celui qui s'est trompé et n'a pas prié moussaf, car il est certain qu'il ne la prie pas à arvit : comment lirait-il les sacrifices alors que le temps de moussaf est déjà passé ? De plus, on n'a institué les sept bénédictions de moussaf qu'en raison de « nous acquitterons les taureaux par nos lèvres » ; et pour cela, assurément, « son temps est passé, son sacrifice est annulé ». Mais les autres prières sont des demandes de miséricorde — plût au ciel qu'un homme prie toute la journée ! — et il n'y a pas là de « son temps est passé » pour une autre prière.
💡 Explication

La question repose sur une dissymétrie. Le rattrapage de arvit par chaharit se comprend parce que la nuit et le matin qui la suit appartiennent au même jour selon le verset de la Genèse. Entre minha et arvit, on change de jour.

Deux modèles de la prière s'affrontent alors : si la prière tient lieu de korban, la règle « son jour est passé, son sacrifice est annulé » l'emporte ; si elle est rahamei, une demande de miséricorde, rien n'empêche de la dire plus tard.

18
תָּא שְׁמַע דְּאָמַר רַב הוּנָא בַּר יְהוּדָה אָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה — מִתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם, וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם דְּעָבַר יוֹמוֹ בָּטַל קָרְבָּנוֹ.

Viens et écoute, car Rav Houna bar Yehouda a dit au nom de Rabbi Yitshak au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha prie deux fois à arvit, et il n'y a pas là de « son jour est passé, son sacrifice est annulé ».

19
מֵיתִיבִי. ״מְעֻוָּת לֹא יוּכַל לִתְקֹן וְחֶסְרוֹן לֹא יוּכַל לְהִמָּנוֹת״: ״מְעֻוָּת לֹא יוּכַל לִתְקֹן״ — זֶה שֶׁבִּטֵּל קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁל עַרְבִית וּקְרִיאַת שְׁמַע שֶׁל שַׁחֲרִית, אוֹ תְּפִלָּה שֶׁל עַרְבִית אוֹ תְּפִלָּה שֶׁל שַׁחֲרִית. ״וְחֶסְרוֹן לֹא יוּכַל לְהִמָּנוֹת״ — זֶה שֶׁנִּמְנוּ חֲבֵירָיו לִדְבַר מִצְוָה, וְלֹא נִמְנָה עִמָּהֶם.

On objecte : « Ce qui est courbé ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté » — « ce qui est courbé ne peut être redressé », c'est celui qui a délaissé la lecture du Chema du soir et la lecture du Chema du matin, ou la prière du soir ou la prière du matin ; « et ce qui manque ne peut être compté », c'est celui dont les compagnons se sont comptés pour une affaire de mitsva et qui ne s'est pas compté avec eux.

💡 Explication

La baraita lit le verset de Kohelet (1,15) comme une description de l'occasion perdue. Elle semble exclure tout rattrapage : la prière manquée appartient à ce qui ne se redresse pas.

Le second membre du verset joue sur la racine nimnou : ceux qui se sont « comptés » pour une mitsva forment un groupe que l'absent ne peut plus rejoindre après coup.

20
אָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — שֶׁבִּטֵּל בְּמֵזִיד.

Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : de quoi traite-t-on ici ? De celui qui a délaissé [sa prière] volontairement.

⚖️ Rosh (1)
א"ר יִצְחָק טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית ב' טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית מִתְפַּלֵּל מִנְחָה ב' וא"ת אַמַּאי צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם הֵיכָא דְּלָא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית וְהָא קי"ל דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְהִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי וְכֵן קָשֶׁה לְקַמָּן בְּשִׁילְהֵי פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף ל:) הָא דְּקָאָמַר טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בַּלַּיְלָה אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְפִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה הָא לָאו הָכִי מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְאַמַּאי הָא תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְי"ל דִּנְהִי שֶׁהִיא רְשׁוּת אֵין לְבַטְּלָהּ אִם לֹא מִפְּנֵי צֹורֶךְ שָׁעָה כְּגוֹן מִפְּנֵי מִצְוָה עוֹבֶרֶת וְשָׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ דְּלָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ בפ"ק דְּשַׁבָּת דַּף ט: וְכֵן עָלָה עַל מִטָּתוֹ בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּאֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ לֵירֵד. תֵּדַע שֶׁהֲרֵי יַעֲקֹב אָבִינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם תִּיקְּנָהּ וְאַסְמְכוּהָ אַהַקְטָרַת אֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁמִּצְוָתָם כָּל הַלַּיְלָה וּכְמוֹ דְּאִינְהוּ לָא מְעַכְּבִי כַּפָּרָה וְאִיהִי נָמֵי מִצְוָה בְּעָלְמָא יֵשׁ בָּהּ וְאֵין לְבַטְּלָהּ אִם לֹא מִפְּנֵי צֹורֶךְ שָׁעָה וְאִם תֹּאמַר הָא דְּאָמְרִי' בְּשִׁילְהֵי יוֹמָא דַּף פז: אָמַר רַב תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. רַב לְטַעְמֵיהּ דַּאֲמַר צְלוֹתָא יַתִּירָה הִיא וְכֵיוָן דְּצַלִּי תּוּ לָא צָרִיךְ וּפָרִיךְ וְהָאָמַר רַב תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כְּלוֹמַר וְלָמָּה צָרִיךְ לְפָוטְרָהּ וּמַאי קֻושְׁיָא וַהֲלֹא אֵין לְבַטָּלָה בְּחִנָּם אִם לֹא מִפְּנֵי הַצֹּורֶךְ וְי"ל דְּהָתָם נַמֵּי לֹא בְּחִנָּם הִיא שֶׁהֲרֵי מִצְוָה לְהָכִין לִסְעוּדָה בְּמוֹצָאֵי יוה"כ שֶׁהוּא כְּעֵין י"ט דְּאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ בַּת קוֹל יוֹצְאָהּ וְאוֹמֶרֶת לֵךְ אֱכֹול בְּשִׂמְחָה לַחְמֶךָ וְגַם הוּא עָיֵף מִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתַּעֲנִית וְאֵין לְהַטְרִיחוֹ מִידִי דַּהֲוָה אַשְׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ אוֹ עֲלָהּ לְמַטָּה וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּאֵין לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם דְּאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי לָמֶ"ד דִּתְפִלַּת עַרְבִית חוֹבָה אֵין תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת אוֹתָהּ וְלָמֶ"ד רְשׁוּת פּוֹטֶרֶת אוֹתָהּ אַלְמָא דְּאֵין לְבַטֵּל אוֹתָהּ אִם לֹא שֶׁתִּפְטְרֶנָּה תְּפִלָּה אַחֶרֶת אע"פ שֶׁהַיְּרוּשַׁלְמִי פְּלִיג אַגְּמָרָא דִּידַן אַהָא דְּאָמְרִי' בְּיוֹמָא דְּרַב לָא אַיְירֵי אֶלָּא לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה מ"מ יֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה מִשָּׁם דְּאֵין לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם וה"ג כָּתַב גַּבֵּי אֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה אע"ג דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כֵּיוָן דְּשָׁוֵי עִילָּוֵיהּ חוֹבָא אִי לָאו טַעְמָא דְּאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה הָיָה צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל וְלָא נְהִירָא דְּאָמְרִינַן בפ"ק דְּשַׁבָּת דְּלָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כֵּיוָן דְּשָׁרֵי לֵיהּ הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ הָא אִי לָא שָׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְצָרִיךְ שֶׁיִּתְפַּלֵּל קֹודֶם שֶׁיֹּאכַל אע"פ שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל כְּלָל וְכִי תֵּימָא כֵּיוָן דְּהִתְפַּלֵּל בִּשְׁאָר לֵילוֹת שַׁוְיָה עִילָּוֵיהּ חוֹבָה אִם כֵּן לָמָּה הֻוצְרַךְ לְתָרֵץ בְּיוֹמָא דְּרַב דְּאָמַר תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה קָאָמַר אַפֵּי' לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר רְשׁוּת נִיחָא כֵּיוָן דְּשַׁוְיָה עָלֶיהָ חוֹבָא בִּשְׁאָר לֵילוֹת: מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם פירשב"ם זַ"ל דְּאִם לֹא נִזְכַּר עַד הַמִּנְחָה כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ שְׁנֵי זְמַנִּים שֶׁל תְּפִלָּה עָבַר יוֹמוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ דְּלָא תִּקְּנוּ חֲכָמִים שֶׁיַּחֲזֹור וְיִתְפַּלֵּל כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ שְׁנֵי זְמַנֵּי תְּפִלּוֹת. אִיבַּעְיָא לְהוּ טָעָה וְלָא הִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מִנְחָה מַהוּ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם פרשב"ם אֲבָל לָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מוּסָף מַהוּ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם דְּמִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא דְּאֵינוֹ חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל כֵּיוָן שֶׁעָבַר זְמַן הַמּוּסָף כֵּיוָן שֶׁמַּזְכִּיר בַּתְּפִלָּה אֶת קָרְבַּן הַמּוּסָף אֵינוֹ רָאוּי לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא בִּזְמַן הַקְרָבַת הַמּוּסָף אֲבָל שְׁאָר הַתְּפִלּוֹת אע"פ שֶׁנִּתְקְנוּ כְּנֶגֶד הַקָּרְבָּנוֹת מִכָּל מָקוֹם אֵינוֹ מַזְכִּיר בָּהֶן קָרְבָּנוֹת וְרַחֲמֵי נִינְהוּ וְהַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם ת"ש דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה מִתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם עָבַר יוֹמוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ וְדַוְקָא בְּשָׁכַח אֲבָל בִּיטֵּל בְּמֵזִיד לֹא וְעָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר מְעֻוָּות לֹא יוּכַל לִתְקֹון כָּתַב גָּאוֹן וְזֶה לְשׁוֹנוֹ בִּיטֵּל מְעֻווָּת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִתְקֹון הוּא וְלֵית לֵיהּ אֶלָּא שְׂכַר רַחֲמֵי דִּרְשׁוּת בְּעָלְמָא הוּא אֲבָל שְׂכַר מִצְוָה לֵית לֵיהּ מַשְׁמַע דְּאִם רוֹצֶה לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל שְׁתַּיִם לְתַשְׁלוּמִין שֶׁבִּיטֵּל רַשַּׁאי וּשְׂכַר תְּפִלַּת רַחֲמֵי אִית לֵיהּ. ת"ר טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בע"ש מִתְפַּלֵּל בְּלֵיל שַׁבָּת שְׁתַּיִם שֶׁל שַׁבָּת טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת יִתְפַּלֵּל במ"ש שְׁתַּיִם שֶׁל חֹול מַבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְאֵין מַבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה וְאִם לֹא הִבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְהִבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה שְׁנִיָּה עָלְתָה לוֹ רִאשׁוֹנָה לֹא עָלְתָה לוֹ. טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת נִרְאֶה שֶׁאִם שָׁכַח וְלֹא הִתְפַּלֵּל יַעֲלֶה וְיָבוֹא בְּמִנְחָה בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ לֹא יִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי ר"ח שְׁתַּיִם כֵּיוָן דְּאֵין לוֹ לְהַזְכִּיר שֶׁל ר"ח לָמָּה יַחֲזֹור וְיִתְפַּלֵּל י"ח כֵּיוָן שֶׁכְּבָר הִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ וְלָא דָּמְיָא לְהָא דְּאָמְרִי' הָכָא מִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת שְׁתַּיִם שֶׁל חוֹל וְיוֹצֵא בָּהּ בְּשֶׁל שַׁבָּת דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּאַף בְּשַׁבָּת רָאוּי לוֹ לְהִתְפַּלֵּל י"ח אֶלָּא מִפְּנֵי הַטֹּורַח תִּיקְּנוּ שֶׁבַע בְּרָכוֹת הִלְכָּךְ כְּשֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל בְּמִנְחָה שֶׁבַע יָצָא בְּאוֹתָן י"ח בְּרָכוֹת שֶׁמִּתְפַּלֵּל במ"ש דְּאִינּוּן נָמֵי שָׁייְכִי לְשַׁבָּת וה"ה נָמֵי אִם הִתְפַּלֵּל בְּמִנְחָה בְּשַׁבָּת י"ח וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת אע"פ שֶׁלֹּא יָצָא בְּאוֹתָהּ תְּפִלָּה וְאִם הָיָה נִזְכָּר מִבְּעוֹד יוֹם הָיָה צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל ז' בְּרָכוֹת אֲפִי' הָכִי לֹא יִתְפַּלֵּל במ"ש שְׁתַּיִם כֵּיוָן שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּבָר י"ח בְּרָכוֹת וְחַכְמֵי פרובינצ"א הָיוּ אוֹמְרִים כֵּיוָן שֶׁלֹּא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּזוֹ הַתְּפִלָּה הֲוָה לֵיהּ כְּאִילּוּ לֹא הִתְפַּלֵּל וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל שְׁתַּיִם לָעֶרֶב אע"פ שֶׁאֵין מַזְכִּיר שֶׁל ר"ח אוֹ שֶׁל שַׁבָּת וְהַדָּבָר מֻוכְרָע לְכָךְ הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ יוֹנָה זַ"ל שֶׁהַנָּכוֹן לָצֵאת מִן הַסָּפֵק שֶׁיִּתְפַּלֵּל אוֹתָהּ לָעֶרֶב בְּתוֹרַת נְדָבָה וְאֵין צָרִיךְ לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר דְּכֵיוָן שֶׁמִּתְפַּלֵּל אוֹתָהּ עַל דֶּרֶךְ הַסָּפֵק אֵין לְךָ חִדּוּשׁ גָּדוֹל מִזֶּה כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ סִי' ט"ו. לְמֵימְרָא כֵּיוָן דְּלָא אַבְדִּיל בְּקַמַּייְתָא כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי וּרְמִינְהוּ טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר גְּבוּרַת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים וּשְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ עַל הַכּוֹס קַשְׁיָא כָּתַב רַב הַאי גָּאוֹן אע"פ שֶׁנִּשְׁאַר בְּקֻושְׁיָא כֵּיוָן דְּלָא קָאָמַר תְּיוּבְתָּא לָאו מְשַׁבַּשְׁתָּא הִיא דְּטַעֲמָא דְּמִסְתַּבֵּר הוּא דְּכֵיוָן דְּאַבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה גַּלְיָא דַּעְתֵּיהּ דְּכֵיוָן בָּרִאשׁוֹנָה לְשֵׁם תַּשְׁלוּמִין וּשְׁנִיָּה מִשּׁוּם חוֹבָה וְאֵין לְהַקְדִּים שֶׁל תַּשְׁלוּמִין לְחוֹבַת הַזְּמַן וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ שֶׁל תַּשְׁלוּמִין פַּעַם שֵׁנִית מִיהוּ אִם לֹא הִבְדִּיל בְּאַחַת מֵהֶם אוֹ שֶׁהִבְדִּיל בִּשְׁנֵיהֶן אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ דְּאֵין כָּאן גִּלּוּי דַּעַת דְּרִאשׁוֹנָה לְתַשְׁלוּמִין וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּפָרִיךְ לְמֵימְרָא כֵּיוָן דְּלָא אַבְדִּיל בְּקַמַּיְיתָא כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי מַשְׁמַע הָא אִי כְּמַאן דְּצָלִי דָּמֵי יָצָא יְדֵי שְׁתַּיִם אע"פ שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְהִבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה רִאשׁוֹנָה עָלְתָה לוֹ לְשֵׁם חוֹבָה וּשְׁנִיָּה לְשֵׁם תַּשְׁלוּמִין:
« Rabbi Yitshak a dit : celui qui s'est trompé et n'a pas prié arvit prie deux fois à chaharit ; celui qui s'est trompé et n'a pas prié chaharit prie deux fois à minha. » Si tu objectes : pourquoi faut-il prier deux fois à chaharit lorsqu'on n'a pas prié arvit, alors que nous tenons que la prière du soir est facultative et que la halakha suit Rav dans les interdits ? Même difficulté plus loin, à la fin de notre chapitre (Berakhot 30b), où il est dit que celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech la nuit, on ne le fait pas recommencer parce qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit — ce qui implique que sans cette raison on le ferait recommencer ; et pourquoi, puisque la prière du soir est facultative ? On peut répondre que, bien qu'elle soit facultative, il ne faut pas l'annuler sinon pour un besoin du moment, par exemple pour une mitsva qui va passer ; ou le cas de « défais-lui sa ceinture », où l'on ne veut pas lui imposer la peine (Chabbat, premier chapitre, 9b) ; ou encore celui qui est déjà monté sur son lit, dont le Talmud de Jérusalem dit qu'on ne lui impose pas de redescendre. La preuve : Yaakov notre père, la paix sur lui, l'a instituée, et on l'a appuyée sur la combustion des membres et des graisses, dont le commandement dure toute la nuit ; et de même que ceux-ci n'empêchent pas l'expiation, elle aussi n'est qu'un simple commandement, et il ne faut pas l'annuler sinon pour un besoin du moment. Et si tu objectes : ce que nous disons à la fin de Yoma (87b), « Rav a dit : la prière de néila dispense de celle du soir » — Rav suit sa propre opinion, lui qui dit qu'elle est une prière surnuméraire, de sorte que, l'ayant priée, on n'a plus besoin de l'autre ; et l'on objecte : Rav n'a-t-il pas dit que la prière du soir est facultative ? c'est-à-dire : pourquoi faut-il en dispenser ? Or quelle est la difficulté, puisqu'il ne faut pas l'annuler sans raison, sinon pour un besoin ? On peut répondre que là aussi ce n'est pas sans raison : il y a une mitsva à préparer le repas à l'issue de Yom Kippour, qui est comme un jour de fête, ainsi qu'il est dit dans le midrach qu'une voix céleste sort et proclame « va, mange ton pain avec joie » ; de plus il est fatigué par la prière et par le jeûne, et il ne faut pas lui imposer de peine, comme dans le cas de « défais-lui sa ceinture » ou de celui qui est monté sur son lit. Cela ressort aussi du Talmud de Jérusalem de notre chapitre, où l'on voit qu'il ne faut pas l'annuler sans raison : le Yerouchalmi dit que, pour celui qui tient que la prière du soir est obligatoire, la prière de néila ne l'en dispense pas ; et pour celui qui tient qu'elle est facultative, elle l'en dispense — d'où il ressort qu'il ne faut pas l'annuler à moins qu'une autre prière ne l'acquitte. Et bien que le Yerouchalmi soit en désaccord avec notre guemara sur ce que nous disons dans Yoma, a savoir que Rav n'a parlé que selon celui qui la tient pour obligatoire, on peut malgré tout en tirer la preuve qu'il ne faut pas l'annuler sans raison. Les Halakhot Guedolot ont écrit, à propos de « on ne sanctifie pas le mois la nuit », que bien que la prière du soir soit facultative, puisqu'il se l'est rendue obligatoire, sans la raison qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit il aurait fallu revenir et prier. Cela ne paraît pas juste, car nous disons au premier chapitre de Chabbat que, pour celui qui tient que la prière du soir est facultative, puisqu'on lui a défait sa ceinture on ne lui impose pas la peine — d'où il ressort que si on ne lui avait pas défait sa ceinture on la lui imposerait, et qu'il devrait prier avant de manger, bien qu'il n'ait pas prié du tout. Et si tu dis que, puisqu'il a prié les autres nuits, il se l'est rendue obligatoire, alors pourquoi a-t-il fallu répondre dans Yoma que Rav, disant que la prière de néila dispense de celle du soir, parlait selon celui qui la tient pour obligatoire ? Même selon celui qui la tient pour facultative cela irait, puisqu'il se l'est rendue obligatoire les autres nuits. « Il prie deux fois à chaharit » : le Rachbam, de mémoire bénie, a expliqué que s'il ne s'en est souvenu qu'à minha, puisque deux temps de prière ont passé, « son jour est passé, son sacrifice est annulé », car les Sages n'ont pas institué qu'il revienne prier lorsque deux temps de prière ont passé. « On leur a posé la question : celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha, priera-t-il deux fois à arvit ? » Le Rachbam a expliqué : on ne demande pas ce qu'il en est de celui qui s'est trompé et n'a pas prié moussaf, s'il prie deux fois à arvit, car la chose est évidente — il ne revient pas prier, puisque le temps de moussaf est passé ; comme il mentionne dans la prière le sacrifice de moussaf, il ne convient de la prier qu'au temps où l'on offre le moussaf. Mais les autres prières, bien qu'elles aient été instituées face aux sacrifices, n'y mentionnent pas les sacrifices : ce sont des demandes de miséricorde, et plût au ciel qu'un homme prie toute la journée. « Viens et écoute, car Rav Houna fils de Rav Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha prie deux fois à arvit, et il n'y a pas là de son jour est passé, son sacrifice est annulé » — et cela vaut précisément pour celui qui a oublié ; mais celui qui a délaissé volontairement, non, et c'est de lui que le verset dit « ce qui est courbé ne peut être redressé ». Un gaon a écrit en ces termes : celui qui a délaissé, c'est un tort qui ne peut être redressé, et il n'a que la récompense d'une demande de miséricorde, laquelle n'est que facultative ; mais la récompense de la mitsva, il ne l'a pas. Il ressort de là que s'il veut revenir prier deux fois en rattrapage de ce qu'il a délaissé, il en a le droit, et il a la récompense d'une prière de miséricorde. « Nos maîtres ont enseigné : celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha la veille de chabbat prie deux amidot de chabbat la nuit de chabbat ; celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha pendant chabbat prie à la sortie de chabbat deux amidot de semaine ; il dit la havdala dans la première et ne la dit pas dans la seconde ; et s'il n'a pas dit la havdala dans la première et l'a dite dans la seconde, la seconde lui compte et la première ne lui compte pas. » « Celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha pendant chabbat » : il paraît que celui qui a oublié et n'a pas dit « yaale ve-yavo » à minha de roch hodech ne priera pas deux fois à l'issue de roch hodech, puisqu'il n'a plus à mentionner roch hodech : pourquoi reviendrait-il prier les dix-huit bénédictions alors qu'il les a déjà priées ? Cela ne ressemble pas à ce que nous disons ici, qu'il prie à la sortie de chabbat deux amidot de semaine et s'acquitte par là de celle de chabbat, car ici c'est différent : même pendant chabbat il aurait convenu qu'il prie les dix-huit, et c'est seulement à cause de la peine qu'on a institué sept bénédictions ; donc, lorsqu'il n'a pas prié les sept à minha, il s'acquitte par les dix-huit bénédictions qu'il prie à la sortie de chabbat, lesquelles conviennent aussi pour chabbat. Il en va de même s'il a prié à minha de chabbat les dix-huit bénédictions sans mentionner chabbat : bien qu'il ne se soit pas acquitté par cette prière, et que s'il s'en était souvenu de jour il aurait dû prier sept bénédictions, il ne priera malgré tout pas deux fois à la sortie de chabbat, puisqu'il a déjà prié dix-huit bénédictions. Les sages de Provence disaient que, puisqu'il ne s'est pas acquitté de son obligation par cette prière, c'est comme s'il n'avait pas prié et qu'il doit prier deux fois le soir, même s'il ne mentionne ni roch hodech ni chabbat. La chose reste indécise ; c'est pourquoi Rabbenou Yona, de mémoire bénie, disait que le mieux, pour sortir du doute, est de la prier le soir à titre de prière volontaire (nedava), sans qu'il soit besoin d'y innover quelque chose, car du moment qu'il la prie à raison d'un doute il n'y a pas de plus grande nouveauté que cela, comme je l'ai expliqué plus haut, chapitre « Mi chéméto », siman 15. « Est-ce à dire que, puisqu'il n'a pas dit la havdala dans la première, c'est comme s'il n'avait pas prié ? Et l'on oppose : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné la puissance des pluies dans mehaye ha-metim, ni la demande de pluie dans la bénédiction des années, on le fait recommencer ; la havdala dans honen ha-daat, on ne le fait pas recommencer, parce qu'il peut la dire sur la coupe. Difficulté (kachia). » Rav Haï Gaon a écrit : bien que cela reste en difficulté, puisqu'on n'a pas dit « tiouvta », ce n'est pas une leçon corrompue, car le raisonnement est plausible — du moment qu'il a dit la havdala dans la seconde, il a dévoilé son intention qu'il visait la première comme rattrapage et la seconde comme obligation ; or il ne faut pas faire passer le rattrapage avant l'obligation du moment, et il doit donc prier une seconde fois celle du rattrapage. Toutefois, s'il n'a dit la havdala dans aucune des deux, ou s'il l'a dite dans les deux, on ne le fait pas recommencer, car il n'y a pas là de dévoilement d'intention indiquant que la première était le rattrapage. Cela ressort aussi de l'objection « est-ce à dire que, puisqu'il n'a pas dit la havdala dans la première, c'est comme s'il n'avait pas prié ? » — ce qui implique que, si c'est comme s'il avait prié, il s'acquitte des deux : bien qu'il n'ait pas dit la havdala dans la première et l'ait dite dans la seconde, la première lui compte au titre de l'obligation et la seconde au titre du rattrapage.
💡 Explication

La résolution repose sur une distinction de volonté. La baraita du verset vise celui qui a délaissé sa prière bemézid, sciemment ; l'enseignement de Rabbi Yo'hanan vise celui qui s'est trompé. Les deux textes ne parlent pas du même homme.

Le Roch rapporte au nom d'un gaon une conséquence : celui qui a délaissé volontairement peut encore prier deux fois, mais il n'obtient que la récompense d'une demande de miséricorde, non celle de la mitsva.

21
אָמַר רַב אַשִּׁי: דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי ״בָּטֵל״, וְלָא קָתָנֵי ״טָעָה״, שְׁמַע מִינָּה.

Rav Achi a dit : la formulation aussi est précise, puisqu'elle enseigne « il a délaissé » et n'enseigne pas « il s'est trompé ». Apprends-en donc.

💡 Explication

Rav Achi confirme la réponse par un diouk de langue : la baraita emploie le verbe bitel (il a annulé, il a délaissé), qui suppose un acte volontaire, et non taa (il s'est trompé). La distinction que Rabbi Yo'hanan a introduite se lisait déjà dans le texte.

🖼️ Schéma
Deux verbes, deux régimes taa — il s'est trompé Oubli, erreur, distraction. Rattrapage possible : il prie deux fois à la prière suivante. Enseignement de Rabbi Yo'hanan. bitel — il a délaissé Abstention volontaire (bemézid). Pas de réparation de la mitsva : ce qui est courbé ne se redresse pas. Baraita du verset de Kohelet. Rav Achi : le choix du verbe dans la baraita suffit à établir la distinction. Chema mina.
La lecture de Rav Achi : le verbe employé par la baraita porte à lui seul la distinction.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).