Berakhot 26b — Rattraper une prière à la sortie de chabbat, puis la question des origines : les patriarches ou les sacrifices quotidiens

Berakhot 26b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la suite du rattrapage (tachloumin). Celui qui a manqué minha la veille de chabbat prie deux amidot le soir venu ; celui qui a manqué minha pendant chabbat prie deux amidot de semaine à la sortie de chabbat.

La baraita ordonne la havdala : dans la première, qui est l'obligation du moment, et non dans la seconde, qui n'est que le rattrapage. De là sort une inférence — celui qui a inversé doit recommencer — que la guemara oppose à une tossefta enseignant qu'on ne fait jamais recommencer pour une havdala oubliée, puisqu'elle peut se dire sur la coupe.

La contradiction reste ouverte : kachia. Le folio bascule ensuite sur la question des origines.

Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina tient que les patriarches ont institué les trois prières ; Rabbi Yehochoua ben Levi les rapporte aux sacrifices quotidiens du Temple. Deux baraitot appuient chacun des deux : l'une lit Avraham, Yitshak et Yaakov dans trois verbes de la Torah, l'autre déduit chaque horaire du temps de son korban.

La dernière baraita fournit aussi les repères horaires du jour — minha guedola, minha ketana, pelag ha-minha — et le folio se clôt sur la question de savoir si le « jusqu'à » de Rabbi Yehouda inclut ou exclut la borne.

Sortie de chabbat : deux amidot, une seule havdala Il a manqué minha pendant chabbat. Il prie deux amidot de semaine le soir. 1re amida = arvit de la sortie de chabbat Obligation du moment (hova). Elle porte la havdala, dans la bénédiction honen ha-daat. 2e amida = rattrapage de minha de chabbat Tachloumin. Elle ne porte pas la havdala : elle tient la place d'une prière de chabbat. Les quatre cas Où a-t-il dit la havdala ? Résultat Dans la 1re seulement Conforme. Les deux amidot comptent. Dans la 2e seulement La 2e compte comme arvit ; la 1re ne compte pas. Dans les deux Il n'aurait pas dû, mais on ne le fait pas recommencer. Dans aucune des deux On ne le fait pas recommencer : havdala sur la coupe.
La havdala sert de révélateur : elle indique laquelle des deux amidot l'orant a tenue pour l'obligation du moment.
D'où viennent les trois prières ? Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina Les patriarches les ont instituées. Avraham — chaharit — vayachkem . . . amad Yitshak — minha — lasouah ba-sade Yaakov — arvit — vayifga ba-makom Appui : trois verbes de la Torah relus comme des verbes de prière, par des versets parallèles (Pinhas, Tehilim 102, Yirmeyahou 7). Rabbi Yehochoua ben Levi Instituées face aux temidim du Temple. chaharit — tamid du matin minha — tamid de l'après-midi arvit — membres et graisses de la nuit Appui : chaque horaire est déduit du temps de son korban, y compris la divergence de Rabbi Yehouda sur les bornes. Nafka mina et synthèse La baraita des korbanot semble réfuter Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina. Il répond : les patriarches ont institué, les Sages ont appuyé les horaires sur les korbanot. Preuve : moussaf n'a pas de patriarche — qui l'a institué ?
Les deux positions et leur point de rencontre : institution par les patriarches, horaires appuyés sur les sacrifices.
Les repères du jour en heures temporaires (chaot zmaniot) Le jour est divisé en douze parts égales, du lever au coucher. 0 12 4 h fin de chaharit selon R. Yehouda 6 h — hatsot fin de chaharit selon les Sages 6 h 1/2 minha guedola 7 h fin de moussaf selon R. Yehouda 9 h 1/2 minha ketana 10 h 3/4 — pelag ha-minha onze heures moins un quart : fin de minha selon R. Yehouda Le pelag partage en deux les deux heures et demie qui restent après minha ketana : 9 h 1/2 + 1 h 1/4 = 10 h 3/4.
Tous les horaires du folio ramenés sur une seule frise, en heures temporaires.
1
תָּנוּ רַבָּנַן: טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּעֶרֶב שַׁבָּת — מִתְפַּלֵּל בְּלֵיל שַׁבָּת שְׁתַּיִם. טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת — מִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת שְׁתַּיִם שֶׁל חוֹל. מַבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה, וְאֵינוֹ מַבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה. וְאִם הִבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה וְלֹא הִבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה — שְׁנִיָּה עָלְתָה לוֹ, רִאשׁוֹנָה לֹא עָלְתָה לוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha la veille de chabbat prie deux amidot la nuit de chabbat. Celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha pendant chabbat prie à la sortie de chabbat deux amidot de semaine.

Il dit la havdala dans la première et ne la dit pas dans la seconde. Et s'il a dit la havdala dans la seconde et ne l'a pas dite dans la première — la seconde lui compte, la première ne lui compte pas.

📜 Rachi (2)
מַבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה פַּעַם רִאשׁוֹנָה מִתְפַּלֵּל בִּשְׁבִיל תְּפִלָּה שֶׁל עַכְשָׁיו לְפִיכָךְ אוֹמֵר בָּהּ הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת וְהַשְּׁנִיָּה הִיא בִּשְׁבִיל תַּשְׁלוּמֵי תְּפִלַּת שַׁבָּת אֵינוֹ מַבְדִּיל בָּהּ:
La première fois, il prie au titre de la prière du moment présent ; c'est pourquoi il y dit la havdala dans la bénédiction honen ha-daat. La seconde est au titre du rattrapage de la prière de chabbat : il n'y dit pas la havdala.
שְׁנִיָּה עָלְתָה לוֹ בִּשְׁבִיל תְּפִלַּת מוֹצָאֵי שַׁבָּת וְרִאשׁוֹנָה לֹא עָלְתָה לוֹ שֶׁאֵינָהּ כְּלוּם שֶׁאֵין לוֹ לְהַקְדִּים תְּפִלָּה שֶׁעָבַר זְמַנָּהּ לִתְפִלָּה שֶׁזְּמַנָּהּ עַכְשָׁיו וְהַשְּׁנִיָּה נָמֵי לֹא עָלְתָה לוֹ לְשֶׁל שַׁבָּת הוֹאִיל וְהִבְדִּיל בָּהּ גִּילָּה דַּעְתּוֹ שֶׁאֵינָהּ שֶׁל שַׁבָּת וְהִיא תֵּחָשֵׁב לְשֶׁל עַרְבִית:
Elle lui compte au titre de la prière de la sortie de chabbat. Et la première ne lui compte pas : elle n'est rien, car il ne doit pas faire passer avant une prière dont le temps est déjà passé une prière dont c'est maintenant le temps. Et la seconde non plus ne lui compte pas comme prière de chabbat, puisque en y disant la havdala il a dévoilé son intention qu'elle n'était pas celle de chabbat : elle sera comptée comme celle du soir.
🗂️ Tossefot (1)
טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בע"ש וְכוּ' טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת מִתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם דְּהַייְנוּ שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת וּמַבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְכוּ'. כָּתַב רַבֵּינוּ יְהוּדָה אִם טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר ר"ח בְּמִנְחָה לֹא יִתְפַּלֵּל עוֹד בַּלַּיְלָה דְּלָמָּה יִתְפַּלֵּל עוֹד הֲרֵי כְּבָר הִתְפַּלֵּל כָּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה מִבְּעוֹד יוֹם לְבַד ר"ח שֶׁלֹּא הִזְכִּיר א"כ אֵין מַרְוִיחַ כְּלוּם אִם יַחְזֹור וְיִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי ר"ח הֲרֵי לֹא יַזְכִּיר עוֹד תְּפִלַּת ר"ח וי"ח כְּבָר הִתְפַּלֵּל וְלָא דָּמֵי לְהָא דְּאָמַר הָכָא טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת דְּמִתְפַּלֵּל עַרְבִית בְּחוֹל שְׁתַּיִם פֵּירוּשׁ שֶׁל חוֹל מִשּׁוּם שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל כְּלָל א"כ יַרְוִיחַ תְּפִלַּת י"ח כְּשֶׁמִּתְפַּלֵּל במ"ש אע"פ שֶׁלֹּא יַזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת וא"ת וַהֲלֹא הוּא מִתְפַּלֵּל יוֹתֵר מִמַּה שֶׁהוּא חַייָּב לְהִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ לְהִתְפַּלֵּל כִּי אִם ז' בְּרָכוֹת וְהוּא מִתְפַּלֵּל י"ח בְּכָךְ אֵין לָחוּשׁ שֶׁגַּם בְּשַׁבָּת הָיָה דִּין שֶׁיִּתְפַּלֵּל כָּל י"ח רַק שֶׁלֹּא הִצְרִיכוּהוּ מִפְּנֵי הַטֹּורַח נִמְצָא שֶׁמַּרְוִיחַ כָּל תְּפִלָּתוֹ אֲבָל כְּשֶׁטָּעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח כְּבָר הִתְפַּלֵּל א"כ לֹא יַרְוִיחַ כְּלוּם אִם יִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי ר"ח (דְּהָא) [וה"ה] נָמֵי אִם הִתְפַּלֵּל בְּמִנְחָה בְּשַׁבָּת י"ח שְׁלֵמוֹת וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת נִרְאֶה דלמ"ש לֹא יִתְפַּלֵּל שְׁתַּיִם דִּכְבָר הִתְפַּלֵּל י"ח בְּרָכוֹת וּמִיהוּ בְּרַב אִלְפָּס לֹא מַשְׁמַע כֵּן דְּאַפֵּי' הֵיכָא דְּאֵינוֹ מַרְוִיחַ כְּלוּם מַצְרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל פַּעַם אַחֶרֶת וְזֶה לְשׁוֹנוֹ שֶׁכָּתַב אַהָא דְּקָאָמַר שֶׁמַּבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְאֵינוֹ מַבְדִּיל בִּשְׁנִיָּה וְאִם לֹא הִבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְהִבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה שְׁנִיָּה עָלְתָה לוֹ רִאשׁוֹנָה לֹא עָלְתָה לוֹ דְּאִיבְּעִי לֵיהּ לְאַקְדּוֹמֵי תְּפִלַּת שְׁנִיָּה בְּרֵישָׁא (דְּהָכִי) [דְּהִיא] חוֹבָה וְכֵיוָן דְּלָא אַבְדִּיל בְּרֵישָׁא וָאַבְדִּיל בְּבָתְרָייָתָא גַּלִּי דַעְתֵּיהּ דְּהַךְ בָּתְרָייְתָא הִיא חוֹבָה הִלְכָּךְ בָּעֵי לְמִהְדַּר וּלְצַלּוֹיֵי זִימְנָא אַחֲרִיתִי כְּדֵי לְהַקְדִּים חוֹבַת שַׁעְתֵּיהּ בְּרֵישָׁא וְאִי אַבְדִּיל בְּתַרְוַיְיהוּ אע"ג דְּלָא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמֶעְבַּד הָכִי לָא מְחֻוייָּב לְאַהְדּוֹרֵי וְאִי לָא אַבְדִּיל אֲפִילּוּ בַּחֲדָא מִנְּהוֹן לָא מְהַדְּרִינַן לֵיהּ דְּתַנְיָא טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ עַל הַכּוֹס עכ"ל אַלְמָא דְּמַצְרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל זִימְנָא אַחֲרִיתִי אע"ג שֶׁלֹּא יַחֲזֹור וְיִתְפַּלֵּל פַּעַם שְׁנִיָּה יוֹתֵר מִבְּרִאשׁוֹנָה. כָּךְ הָיָה נִרְאֶה לה"ר מֹשֶׁה מאלאוו"ר מִתּוֹךְ לְשׁוֹן הַאַלְפָסִי:
C'est-à-dire deux amidot de la sortie de chabbat, et il dit la havdala dans la première, etc. Rabbenou Yehouda a écrit : si l'on s'est trompé et qu'on n'a pas mentionné roch hodech à minha, on ne priera pas de nouveau la nuit. Pourquoi prierait-on encore ? On a déjà prié toute la prière de minha de jour, à cela près qu'on n'a pas mentionné roch hodech ; on ne gagne donc rien à revenir prier à la sortie de roch hodech, puisqu'on n'y mentionnera plus roch hodech et que les dix-huit bénédictions ont déjà été dites. Cela ne ressemble pas à ce qui est dit ici, « il s'est trompé et n'a pas prié minha pendant chabbat, il prie deux amidot le soir » — c'est-à-dire deux amidot de semaine —, parce que là il n'a pas prié du tout ; il gagne donc la prière des dix-huit bénédictions lorsqu'il prie à la sortie de chabbat, même s'il n'y mentionnera pas chabbat. Et si tu objectes : il prie pourtant plus que ce à quoi il était tenu, puisqu'il n'aurait dû prier que sept bénédictions et qu'il en prie dix-huit — cela n'est pas gênant, car même pendant chabbat la règle voulait qu'il prie les dix-huit, et c'est seulement à cause de la peine qu'on ne l'y a pas obligé ; il se trouve donc qu'il gagne toute sa prière. Mais lorsqu'il s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech, il a déjà prié : il ne gagne rien à prier à la sortie de roch hodech. Et il en va de même s'il a prié à minha de chabbat dix-huit bénédictions complètes sans mentionner chabbat : il semble qu'à la sortie de chabbat il ne priera pas deux fois, puisqu'il a déjà prié dix-huit bénédictions. Toutefois, le Rif ne semble pas de cet avis, car même là où l'on ne gagne rien il impose de prier une seconde fois. Voici ses termes, sur ce qui est dit qu'il fait la havdala dans la première et non dans la seconde, et que s'il ne l'a pas faite dans la première mais dans la seconde, la seconde lui compte et la première ne lui compte pas : il aurait dû faire passer d'abord la seconde prière, car c'est elle l'obligation ; et puisqu'il n'a pas dit la havdala dans la première et l'a dite dans la dernière, il a dévoilé son intention que cette dernière est l'obligation ; il doit donc revenir et prier une autre fois, afin de faire passer d'abord l'obligation du moment. Et s'il a dit la havdala dans les deux, bien qu'il n'eût pas à agir ainsi, il n'est pas tenu de recommencer. Et s'il ne l'a dite dans aucune des deux, on ne le fait pas recommencer, car il a été enseigné : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné la havdala dans honen ha-daat, on ne le fait pas recommencer, puisqu'il peut la dire sur la coupe. Fin de citation. Il apparaît donc qu'il impose de prier une autre fois, bien qu'en revenant prier une seconde fois il n'obtienne rien de plus que dans la première. Telle était l'explication de Rabbi Moche de Malov d'après le langage du Rif.
⚖️ Rosh (1)
א"ר יִצְחָק טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית ב' טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית מִתְפַּלֵּל מִנְחָה ב' וא"ת אַמַּאי צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם הֵיכָא דְּלָא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית וְהָא קי"ל דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְהִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי וְכֵן קָשֶׁה לְקַמָּן בְּשִׁילְהֵי פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף ל:) הָא דְּקָאָמַר טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בַּלַּיְלָה אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְפִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה הָא לָאו הָכִי מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְאַמַּאי הָא תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְי"ל דִּנְהִי שֶׁהִיא רְשׁוּת אֵין לְבַטְּלָהּ אִם לֹא מִפְּנֵי צֹורֶךְ שָׁעָה כְּגוֹן מִפְּנֵי מִצְוָה עוֹבֶרֶת וְשָׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ דְּלָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ בפ"ק דְּשַׁבָּת דַּף ט: וְכֵן עָלָה עַל מִטָּתוֹ בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּאֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ לֵירֵד. תֵּדַע שֶׁהֲרֵי יַעֲקֹב אָבִינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם תִּיקְּנָהּ וְאַסְמְכוּהָ אַהַקְטָרַת אֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁמִּצְוָתָם כָּל הַלַּיְלָה וּכְמוֹ דְּאִינְהוּ לָא מְעַכְּבִי כַּפָּרָה וְאִיהִי נָמֵי מִצְוָה בְּעָלְמָא יֵשׁ בָּהּ וְאֵין לְבַטְּלָהּ אִם לֹא מִפְּנֵי צֹורֶךְ שָׁעָה וְאִם תֹּאמַר הָא דְּאָמְרִי' בְּשִׁילְהֵי יוֹמָא דַּף פז: אָמַר רַב תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. רַב לְטַעְמֵיהּ דַּאֲמַר צְלוֹתָא יַתִּירָה הִיא וְכֵיוָן דְּצַלִּי תּוּ לָא צָרִיךְ וּפָרִיךְ וְהָאָמַר רַב תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כְּלוֹמַר וְלָמָּה צָרִיךְ לְפָוטְרָהּ וּמַאי קֻושְׁיָא וַהֲלֹא אֵין לְבַטָּלָה בְּחִנָּם אִם לֹא מִפְּנֵי הַצֹּורֶךְ וְי"ל דְּהָתָם נַמֵּי לֹא בְּחִנָּם הִיא שֶׁהֲרֵי מִצְוָה לְהָכִין לִסְעוּדָה בְּמוֹצָאֵי יוה"כ שֶׁהוּא כְּעֵין י"ט דְּאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ בַּת קוֹל יוֹצְאָהּ וְאוֹמֶרֶת לֵךְ אֱכֹול בְּשִׂמְחָה לַחְמֶךָ וְגַם הוּא עָיֵף מִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתַּעֲנִית וְאֵין לְהַטְרִיחוֹ מִידִי דַּהֲוָה אַשְׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ אוֹ עֲלָהּ לְמַטָּה וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּאֵין לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם דְּאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי לָמֶ"ד דִּתְפִלַּת עַרְבִית חוֹבָה אֵין תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת אוֹתָהּ וְלָמֶ"ד רְשׁוּת פּוֹטֶרֶת אוֹתָהּ אַלְמָא דְּאֵין לְבַטֵּל אוֹתָהּ אִם לֹא שֶׁתִּפְטְרֶנָּה תְּפִלָּה אַחֶרֶת אע"פ שֶׁהַיְּרוּשַׁלְמִי פְּלִיג אַגְּמָרָא דִּידַן אַהָא דְּאָמְרִי' בְּיוֹמָא דְּרַב לָא אַיְירֵי אֶלָּא לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה מ"מ יֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה מִשָּׁם דְּאֵין לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם וה"ג כָּתַב גַּבֵּי אֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה אע"ג דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כֵּיוָן דְּשָׁוֵי עִילָּוֵיהּ חוֹבָא אִי לָאו טַעְמָא דְּאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה הָיָה צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל וְלָא נְהִירָא דְּאָמְרִינַן בפ"ק דְּשַׁבָּת דְּלָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כֵּיוָן דְּשָׁרֵי לֵיהּ הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ הָא אִי לָא שָׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְצָרִיךְ שֶׁיִּתְפַּלֵּל קֹודֶם שֶׁיֹּאכַל אע"פ שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל כְּלָל וְכִי תֵּימָא כֵּיוָן דְּהִתְפַּלֵּל בִּשְׁאָר לֵילוֹת שַׁוְיָה עִילָּוֵיהּ חוֹבָה אִם כֵּן לָמָּה הֻוצְרַךְ לְתָרֵץ בְּיוֹמָא דְּרַב דְּאָמַר תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה קָאָמַר אַפֵּי' לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר רְשׁוּת נִיחָא כֵּיוָן דְּשַׁוְיָה עָלֶיהָ חוֹבָא בִּשְׁאָר לֵילוֹת: מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם פירשב"ם זַ"ל דְּאִם לֹא נִזְכַּר עַד הַמִּנְחָה כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ שְׁנֵי זְמַנִּים שֶׁל תְּפִלָּה עָבַר יוֹמוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ דְּלָא תִּקְּנוּ חֲכָמִים שֶׁיַּחֲזֹור וְיִתְפַּלֵּל כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ שְׁנֵי זְמַנֵּי תְּפִלּוֹת. אִיבַּעְיָא לְהוּ טָעָה וְלָא הִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מִנְחָה מַהוּ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם פרשב"ם אֲבָל לָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מוּסָף מַהוּ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם דְּמִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא דְּאֵינוֹ חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל כֵּיוָן שֶׁעָבַר זְמַן הַמּוּסָף כֵּיוָן שֶׁמַּזְכִּיר בַּתְּפִלָּה אֶת קָרְבַּן הַמּוּסָף אֵינוֹ רָאוּי לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא בִּזְמַן הַקְרָבַת הַמּוּסָף אֲבָל שְׁאָר הַתְּפִלּוֹת אע"פ שֶׁנִּתְקְנוּ כְּנֶגֶד הַקָּרְבָּנוֹת מִכָּל מָקוֹם אֵינוֹ מַזְכִּיר בָּהֶן קָרְבָּנוֹת וְרַחֲמֵי נִינְהוּ וְהַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם ת"ש דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה מִתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם עָבַר יוֹמוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ וְדַוְקָא בְּשָׁכַח אֲבָל בִּיטֵּל בְּמֵזִיד לֹא וְעָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר מְעֻוָּות לֹא יוּכַל לִתְקֹון כָּתַב גָּאוֹן וְזֶה לְשׁוֹנוֹ בִּיטֵּל מְעֻווָּת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִתְקֹון הוּא וְלֵית לֵיהּ אֶלָּא שְׂכַר רַחֲמֵי דִּרְשׁוּת בְּעָלְמָא הוּא אֲבָל שְׂכַר מִצְוָה לֵית לֵיהּ מַשְׁמַע דְּאִם רוֹצֶה לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל שְׁתַּיִם לְתַשְׁלוּמִין שֶׁבִּיטֵּל רַשַּׁאי וּשְׂכַר תְּפִלַּת רַחֲמֵי אִית לֵיהּ. ת"ר טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בע"ש מִתְפַּלֵּל בְּלֵיל שַׁבָּת שְׁתַּיִם שֶׁל שַׁבָּת טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת יִתְפַּלֵּל במ"ש שְׁתַּיִם שֶׁל חֹול מַבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְאֵין מַבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה וְאִם לֹא הִבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְהִבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה שְׁנִיָּה עָלְתָה לוֹ רִאשׁוֹנָה לֹא עָלְתָה לוֹ. טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת נִרְאֶה שֶׁאִם שָׁכַח וְלֹא הִתְפַּלֵּל יַעֲלֶה וְיָבוֹא בְּמִנְחָה בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ לֹא יִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי ר"ח שְׁתַּיִם כֵּיוָן דְּאֵין לוֹ לְהַזְכִּיר שֶׁל ר"ח לָמָּה יַחֲזֹור וְיִתְפַּלֵּל י"ח כֵּיוָן שֶׁכְּבָר הִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ וְלָא דָּמְיָא לְהָא דְּאָמְרִי' הָכָא מִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת שְׁתַּיִם שֶׁל חוֹל וְיוֹצֵא בָּהּ בְּשֶׁל שַׁבָּת דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּאַף בְּשַׁבָּת רָאוּי לוֹ לְהִתְפַּלֵּל י"ח אֶלָּא מִפְּנֵי הַטֹּורַח תִּיקְּנוּ שֶׁבַע בְּרָכוֹת הִלְכָּךְ כְּשֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל בְּמִנְחָה שֶׁבַע יָצָא בְּאוֹתָן י"ח בְּרָכוֹת שֶׁמִּתְפַּלֵּל במ"ש דְּאִינּוּן נָמֵי שָׁייְכִי לְשַׁבָּת וה"ה נָמֵי אִם הִתְפַּלֵּל בְּמִנְחָה בְּשַׁבָּת י"ח וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת אע"פ שֶׁלֹּא יָצָא בְּאוֹתָהּ תְּפִלָּה וְאִם הָיָה נִזְכָּר מִבְּעוֹד יוֹם הָיָה צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל ז' בְּרָכוֹת אֲפִי' הָכִי לֹא יִתְפַּלֵּל במ"ש שְׁתַּיִם כֵּיוָן שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּבָר י"ח בְּרָכוֹת וְחַכְמֵי פרובינצ"א הָיוּ אוֹמְרִים כֵּיוָן שֶׁלֹּא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּזוֹ הַתְּפִלָּה הֲוָה לֵיהּ כְּאִילּוּ לֹא הִתְפַּלֵּל וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל שְׁתַּיִם לָעֶרֶב אע"פ שֶׁאֵין מַזְכִּיר שֶׁל ר"ח אוֹ שֶׁל שַׁבָּת וְהַדָּבָר מֻוכְרָע לְכָךְ הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ יוֹנָה זַ"ל שֶׁהַנָּכוֹן לָצֵאת מִן הַסָּפֵק שֶׁיִּתְפַּלֵּל אוֹתָהּ לָעֶרֶב בְּתוֹרַת נְדָבָה וְאֵין צָרִיךְ לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר דְּכֵיוָן שֶׁמִּתְפַּלֵּל אוֹתָהּ עַל דֶּרֶךְ הַסָּפֵק אֵין לְךָ חִדּוּשׁ גָּדוֹל מִזֶּה כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ סִי' ט"ו. לְמֵימְרָא כֵּיוָן דְּלָא אַבְדִּיל בְּקַמַּייְתָא כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי וּרְמִינְהוּ טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר גְּבוּרַת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים וּשְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ עַל הַכּוֹס קַשְׁיָא כָּתַב רַב הַאי גָּאוֹן אע"פ שֶׁנִּשְׁאַר בְּקֻושְׁיָא כֵּיוָן דְּלָא קָאָמַר תְּיוּבְתָּא לָאו מְשַׁבַּשְׁתָּא הִיא דְּטַעֲמָא דְּמִסְתַּבֵּר הוּא דְּכֵיוָן דְּאַבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה גַּלְיָא דַּעְתֵּיהּ דְּכֵיוָן בָּרִאשׁוֹנָה לְשֵׁם תַּשְׁלוּמִין וּשְׁנִיָּה מִשּׁוּם חוֹבָה וְאֵין לְהַקְדִּים שֶׁל תַּשְׁלוּמִין לְחוֹבַת הַזְּמַן וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ שֶׁל תַּשְׁלוּמִין פַּעַם שֵׁנִית מִיהוּ אִם לֹא הִבְדִּיל בְּאַחַת מֵהֶם אוֹ שֶׁהִבְדִּיל בִּשְׁנֵיהֶן אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ דְּאֵין כָּאן גִּלּוּי דַּעַת דְּרִאשׁוֹנָה לְתַשְׁלוּמִין וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּפָרִיךְ לְמֵימְרָא כֵּיוָן דְּלָא אַבְדִּיל בְּקַמַּיְיתָא כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי מַשְׁמַע הָא אִי כְּמַאן דְּצָלִי דָּמֵי יָצָא יְדֵי שְׁתַּיִם אע"פ שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְהִבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה רִאשׁוֹנָה עָלְתָה לוֹ לְשֵׁם חוֹבָה וּשְׁנִיָּה לְשֵׁם תַּשְׁלוּמִין:
« Rabbi Yitshak a dit : celui qui s'est trompé et n'a pas prié arvit prie chaharit deux fois ; celui qui s'est trompé et n'a pas prié chaharit prie minha deux fois. » Et si tu objectes : pourquoi faut-il prier chaharit deux fois lorsqu'on n'a pas prié arvit, alors que nous tenons que la prière du soir est facultative (rechout) et que la halakha suit Rav dans les interdits ? De même il y a difficulté plus loin, à la fin de notre chapitre (Berakhot 30b), où il est dit que celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech la nuit, on ne le fait pas recommencer, parce qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit — ce qui implique que sans cette raison on le ferait recommencer ; et pourquoi, puisque la prière du soir est facultative ? On peut répondre que, même facultative, il ne faut pas l'annuler sinon pour un besoin du moment, comme une mitsva qui va passer, ou le cas de « défais-lui sa ceinture », où l'on ne veut pas lui imposer la peine (Chabbat, premier chapitre, 9b), ou encore celui qui est déjà monté sur son lit, dont le Yerouchalmi dit qu'on ne lui impose pas de redescendre. La preuve : Yaakov notre père, la paix sur lui, l'a instituée, et on l'a appuyée sur la combustion des membres et des graisses, dont la mitsva dure toute la nuit ; or de même que ceux-ci n'empêchent pas l'expiation, elle aussi n'est qu'une mitsva simple, et il ne faut pas l'annuler sinon pour un besoin du moment. Et si tu objectes : ce que nous disons à la fin de Yoma (87b), « Rav a dit : la prière de néila dispense de celle du soir » — Rav suit sa propre opinion, lui qui dit qu'elle est une prière supplémentaire, et que dès lors qu'il a prié il n'a plus besoin d'une autre ; et l'on objecte : Rav n'a-t-il pas dit que la prière du soir est facultative, c'est-à-dire pourquoi faudrait-il en dispenser ? Où est la difficulté, puisqu'il ne faut pas l'annuler sans raison, sinon pour un besoin ? On peut répondre que là non plus ce n'est pas sans raison : c'est une mitsva de préparer le repas à la sortie de Yom Kippour, qui est comme un jour de fête, ainsi que nous disons dans le Midrach qu'une voix céleste sort et dit « va, mange ton pain avec joie » ; et de plus il est épuisé par la prière et par le jeûne, et il n'y a pas lieu de lui imposer une peine, comme dans le cas de « défais-lui sa ceinture » ou de celui qui est monté sur son lit. C'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi de notre chapitre, qu'il ne faut pas l'annuler sans raison : le Yerouchalmi dit que, pour celui qui tient la prière du soir pour obligatoire, la prière de néila ne l'en dispense pas, et que pour celui qui la tient pour facultative, elle l'en dispense. Il en ressort qu'il ne faut pas l'annuler sinon lorsqu'une autre prière l'en dispense. Bien que le Yerouchalmi diverge de notre guemara sur ce que nous disons dans Yoma — que Rav ne parlait que selon celui qui la tient pour obligatoire —, on peut néanmoins en tirer une preuve qu'il ne faut pas l'annuler sans raison. Et les Halakhot Guedolot ont écrit, à propos de « on ne sanctifie pas le mois la nuit », que bien que la prière du soir soit facultative, puisqu'il se l'est rendue obligatoire, sans la raison qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit il aurait fallu revenir et prier. Cela n'est pas clair, car nous disons au premier chapitre de Chabbat que, selon celui qui tient la prière du soir pour facultative, dès lors qu'on lui a défait sa ceinture on ne lui impose pas la peine — donc si on ne lui avait pas défait sa ceinture on la lui imposerait, et il devrait prier avant de manger, bien qu'il n'ait pas prié du tout. Et si tu dis : puisqu'il a prié les autres nuits, il se l'est rendue obligatoire — alors pourquoi a-t-il fallu répondre dans Yoma que Rav, qui dit que la néila dispense de celle du soir, parlait selon celui qui la tient pour obligatoire ? Même selon celui qui la tient pour facultative cela irait bien, puisqu'il se l'est rendue obligatoire les autres nuits. « Il prie chaharit deux fois » : le Rachbam, de mémoire bénie, a expliqué que s'il ne s'en est souvenu qu'à minha, puisque deux temps de prière sont passés, « son jour est passé, son sacrifice est annulé » ; les Sages n'ont pas institué qu'il revienne prier dès lors que deux temps de prière ont passé. « On leur a demandé : celui qui s'est trompé et n'a pas prié la prière de minha, prie-t-il arvit deux fois ? » Le Rachbam a expliqué : en revanche on ne demande pas « il s'est trompé et n'a pas prié moussaf, prie-t-il arvit deux fois ? », car c'est évident qu'il ne revient pas prier dès lors que le temps du moussaf est passé : puisqu'il mentionne dans cette prière le sacrifice de moussaf, elle ne convient qu'au temps où l'on offre le moussaf. Mais les autres prières, bien qu'elles aient été instituées en correspondance des sacrifices, n'y mentionnent pas les sacrifices : elles sont demande de miséricorde, et « puisse l'homme prier tout le jour ». « Viens et entends : Rav Houna fils de Rav Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha prie arvit deux fois, et il n'y a pas là de « son jour est passé, son sacrifice est annulé » » — et cela seulement lorsqu'il a oublié ; mais s'il a annulé volontairement, non, et de lui l'Écriture dit : « ce qui est tordu ne pourra être redressé ». Un Gaon a écrit, voici ses termes : celui qui a annulé volontairement est un tordu qui ne peut être redressé, et il n'a que la récompense d'une demande de miséricorde, chose facultative, mais il n'a pas la récompense d'une mitsva. Il en ressort que s'il veut revenir et prier deux fois en rattrapage de ce qu'il a annulé, il en a le droit, et il a la récompense d'une prière de miséricorde. « Nos maîtres ont enseigné : celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha la veille de chabbat prie deux amidot de chabbat la nuit de chabbat ; celui qui s'est trompé et n'a pas prié minha pendant chabbat prie à la sortie de chabbat deux amidot de semaine ; il dit la havdala dans la première et non dans la seconde ; et s'il ne l'a pas dite dans la première et l'a dite dans la seconde, la seconde lui compte, la première ne lui compte pas. » « Il s'est trompé et n'a pas prié minha pendant chabbat » : il semble que s'il a oublié de dire yaale ve-yavo à minha de roch hodech, il ne priera pas deux fois à la sortie de roch hodech ; puisqu'il n'a pas à mentionner roch hodech, pourquoi reviendrait-il prier dix-huit bénédictions qu'il a déjà priées ? Cela ne ressemble pas à ce que nous disons ici, qu'il prie à la sortie de chabbat deux amidot de semaine et s'acquitte par là de celle de chabbat, car ici c'est différent : même pendant chabbat il aurait convenu qu'il prie dix-huit, et c'est seulement à cause de la peine qu'on a institué sept bénédictions. Aussi, lorsqu'il n'a pas prié les sept à minha, il s'acquitte par ces dix-huit bénédictions qu'il prie à la sortie de chabbat, car elles conviennent aussi à chabbat. Et il en va de même s'il a prié dix-huit à minha de chabbat sans mentionner chabbat : bien qu'il ne se soit pas acquitté par cette prière, et que s'il s'en était souvenu de jour il aurait dû prier sept bénédictions, il ne priera pourtant pas deux fois à la sortie de chabbat, puisqu'il a déjà prié dix-huit bénédictions. Et les sages de Provence disaient que, puisqu'il ne s'est pas acquitté de son obligation par cette prière, c'est comme s'il n'avait pas prié et il doit prier deux fois le soir, même s'il ne mentionne ni roch hodech ni chabbat. La chose est partagée ; c'est pourquoi Rabbenou Yona, de mémoire bénie, disait que le mieux, pour sortir du doute, est de prier cette prière le soir à titre de nedava (offrande volontaire), et qu'il n'est pas besoin d'y innover quoi que ce soit : puisqu'il la prie au titre du doute, il n'y a pas de plus grande innovation que cela, comme je l'ai expliqué plus haut, chapitre Mi che-meto, siman 15. « Faut-il dire que, puisqu'il n'a pas dit la havdala dans la première, il est comme celui qui n'a pas prié ? Et l'on oppose : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné la puissance des pluies dans la résurrection des morts, ni la demande dans la bénédiction des années, on le fait recommencer ; la havdala dans honen ha-daat, on ne le fait pas recommencer, parce qu'il peut la dire sur la coupe. Kachia. » Rav Haï Gaon a écrit : bien que cela reste en difficulté, puisqu'on n'a pas dit « teyouvta » ce n'est pas une version corrompue, car la raison est plausible : puisqu'il a dit la havdala dans la seconde, il a dévoilé son intention, ayant dirigé la première au titre du rattrapage et la seconde au titre de l'obligation ; or on ne doit pas faire passer le rattrapage avant l'obligation du moment, et il doit prier une seconde fois celle du rattrapage. Toutefois, s'il n'a dit la havdala dans aucune des deux, ou s'il l'a dite dans les deux, on ne le fait pas recommencer, car il n'y a là aucun dévoilement d'intention indiquant que la première était le rattrapage. C'est aussi ce qui ressort de la question « faut-il dire que, puisqu'il n'a pas dit la havdala dans la première, il est comme celui qui n'a pas prié ? » : cela implique que s'il est comme celui qui a prié, il s'est acquitté des deux — et bien qu'il n'ait pas dit la havdala dans la première et l'ait dite dans la seconde, la première lui compte au titre de l'obligation et la seconde au titre du rattrapage.
💡 Explication

La baraita applique au cas de chabbat la règle du tachloumin (rattrapage) établie sur le folio précédent : la prière manquée se rattrape à l'office suivant, en doublant l'amida. Deux cas symétriques : minha manquée un vendredi se rattrape le soir par deux amidot de chabbat ; minha manquée un chabbat se rattrape à la sortie de chabbat par deux amidot de semaine.

La nouveauté est l'ordre. L'amida du moment présent est l'obligation (hova) ; celle du rattrapage vient après. La havdala insérée dans la bénédiction honen ha-daat marque celle qui est arvit de la sortie de chabbat, donc la première. Celui qui l'a mise dans la seconde a dévoilé qu'il tenait la seconde pour l'obligation : cette seconde vaut alors comme arvit, et la première tombe, car on ne peut pas faire passer un rattrapage avant l'obligation du moment.

🖼️ Schéma
Deux cas symétriques de rattrapage Minha manquée la veille de chabbat Le soir : deux amidot de chabbat. 1re : arvit de chabbat 2e : rattrapage de minha Pas de havdala en jeu : on entre dans chabbat, on n'en sort pas. Minha manquée pendant chabbat À la sortie : deux amidot de semaine. 1re : arvit de motsaé + havdala 2e : rattrapage de minha sans havdala La havdala désigne l'obligation du moment. Inverser fait tomber la 1re.
Le rattrapage vient toujours en second ; la havdala signale laquelle des deux est l'obligation.
2
לְמֵימְרָא דְּכֵיוָן דְּלָא אַבְדִּיל בְּקַמַּייְתָא כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי, וּמְהַדְּרִינַן לֵיהּ?

Faut-il en conclure que, puisqu'il n'a pas dit la havdala dans la première, il est comme celui qui n'a pas prié, et qu'on le fait recommencer ?

💡 Explication

La guemara tire une inférence de la fin de la baraita. Si la première amida « ne lui compte pas », c'est qu'elle est nulle : l'omission de la havdala l'a rendue équivalente à une absence de prière. On en déduirait une règle générale : celui qui omet la havdala dans l'amida doit recommencer. C'est cette généralisation que la suite va mettre à l'épreuve.

3
וּרְמִינְהוּ: טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים וּשְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים — מַחֲזִירִין אוֹתוֹ. הַבְדָּלָה בְּ״חוֹנֵן הַדַּעַת״ אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ, מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ עַל הַכּוֹס! קַשְׁיָא.

Et l'on oppose : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné la puissance des pluies dans « qui fait revivre les morts », ni la demande de pluie dans la bénédiction des années — on le fait recommencer. La havdala dans « qui accorde gracieusement la connaissance » — on ne le fait pas recommencer, parce qu'il peut la dire sur la coupe.

Difficulté (kachia).

🗂️ Tossefot (1)
קַשְׁיָא תֵּימַהּ אַמַּאי לָא מְשַׁנֵּי דְּמַיְירֵי קֹודֶם שֶׁהֶעֱשִׁירוּ דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת דַּף לג.) הֶעֱשִׁירוּ קְבָעוּהָ עַל הַכּוֹס וי"ל דְּלָא אַשְׁכְּחַן בָּרַיְיתָא דְּנִשְׁנֵית בֵּין שְׁתֵּי תַּקָּנוֹת:
Étonnant : pourquoi ne pas répondre que la baraita traite du temps où ils ne s'étaient pas encore enrichis ? Car nous disons plus loin, au chapitre Ein omdin (Berakhot 33a), qu'une fois enrichis ils ont fixé la havdala sur la coupe. On peut répondre que nous ne trouvons pas de baraita qui aurait été enseignée entre les deux institutions.
💡 Explication

Une tossefta contredit l'inférence. Elle distingue deux catégories d'omissions dans l'amida : celles qui obligent à recommencer — mention de la pluie dans la deuxième bénédiction, demande de pluie dans la bénédiction des années — et la havdala, qui n'y oblige pas, parce qu'elle dispose d'un autre support : la coupe de vin.

La guemara ne résout pas : elle conclut par kachia, difficulté. Le terme est plus faible que teyouvta (réfutation) : la baraita du début n'est pas écartée, la tension reste ouverte. Rav Haï Gaon, cité par le Roch, s'appuie précisément sur ce choix de mot pour maintenir la halakha de la baraita.

🖼️ Schéma
Le mouvement du raisonnement La baraita La 1re sans havdala ne lui compte pas. Inférence Omettre la havdala = n'avoir pas prié. On recommence. La tossefta Havdala oubliée : on ne recommence pas. Motif de la tossefta La havdala a un second support : la coupe. Ce que la pluie n'a pas — sa place est dans l'amida seule. Verdict de la guemara : kachia Difficulté laissée ouverte, non teyouvta : la baraita n'est pas écartée.
De la baraita à la tossefta : une inférence contredite, et une difficulté laissée ouverte.
4
אִיתְּמַר, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא אָמַר: תְּפִלּוֹת אָבוֹת תִּקְּנוּם. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר: תְּפִלּוֹת כְּנֶגֶד תְּמִידִין תִּקְּנוּם.

Il a été dit : Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina dit : les prières, ce sont les patriarches qui les ont instituées. Rabbi Yehochoua ben Levi dit : les prières ont été instituées en correspondance des sacrifices quotidiens (temidim).

📜 Rachi (2)
אָבוֹת תִּקְּנוּם כִּדְקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא לְקַמֵּיהּ:
Comme l'enseigne la baraita rapportée plus loin.
כְּנֶגֶד תְּמִידִים תִּקְּנוּם אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה:
Ce sont les hommes de la Grande Assemblée qui les ont instituées ainsi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא אָמַר: תְּפִלּוֹת, אָבוֹת תִּקְּנוּם. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר: תְּפִלּוֹת, כְּנֶגֶד תְּמִידִים תִּקְּנוּם. מַקְשִׁים בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר כְּנֶגֶד תְּמִידִין לְכָךְ עַרְבִית רְשׁוּת, מִפְּנֵי שֶׁהִיא כְּנֶגֶד אֵיבָרִים וּפְדָרִים, וְאֵין קָרְבָּן תָּמִיד כְּנֶגְדָּהּ, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר כְּנֶגֶד אָבוֹת, לָמָּה עַרְבִית רְשׁוּת, וַהֲלֹא יַעֲקֹב הוּא בְּחִיר שֶׁבָּאָבוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כח, יא) וַיָּלֶן שָׁם כִּי בָא הַשֶּׁמֶשׁ, שֶׁשָּׁקְעָה חַמָּה קֹודֶם שְׁתֵּי שָׁעוֹת, נִמְצָא אַף עַל גַּב דַּהֲוָה לַיְלָה כְּשֶׁהִתְפַּלֵּל יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה עַרְבִית, מִכָּל מָקוֹם הָיוּ שָׁעוֹת דִּימָמָא שֶׁהֵם שָׁעוֹת שֶׁל מִנְחָה, וְלָכֵן תְּפִלַּת עַרְבִית בַּלַּיְלָה הוּא רְשׁוּת, יַעַן שֶׁהַזְּמַן שֶׁנִּתְקְנָה בּוֹ מִצַּד הַשְּׁקִיעָה שֶׁהָיְתָה שֶׁלֹּא בְּעוֹנָתָהּ נַעֲשָׂה לַיְלָה, אֲבָל מִצַּד חֶשְׁבּוֹן הַשָּׁעוֹת הַרְאוּיָם לַיּוֹם הוּא מִשָּׁעוֹת דִּימָמָא, וְעַל דֶּרֶךְ זֶה אָמַרְתִּי טַעַם לְרַבִּי יְהוּדָה דִּסְבִירָא לֵיהּ תְּפִלַּת עַרְבִית מִפְּלַג הַמִּנְחָה בְּעוֹד הַשֶּׁמֶשׁ עַל הָאָרֶץ. וְהִנֵּה בַּזֹּוהַר חָדָשׁ אִיכָּא, תְּפִלַּת עַרְבִית נְחִית נ וְרֵיאָל לְקַבָּלָה, וְשַׁחֲרִית מ יכאל, וּמִנְחָה ג בָּרֵיאָל, וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת מַלְאָכִים אֵלּוּ הוּא מג"ן , וּבָזֶה יוּבָן הַטַּעַם שֶׁחוֹתְמִין בִּרְכַּת אָבוֹת בְּ'מָגֵן', כִּי הַתְּפִלּוֹת אָבוֹת תִּקְּנוּם, וְלָכֵן אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (שְׁמוּאֵל ב' כב, לז) וַתִּתֶּן לִי מָגֵן יִשְׁעֶךָ, וּבְמִדְרַשׁ נָשֹׂא אִיתָא, שַׁחֲרִית נִקְרֵאת ה גְּשָׁה, שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית יח, כג) וַיִּגַּשׁ אַבְרָהָם, וּמִנְחָה נִקְרֵאת מ נָחָה כְּמַשְׁמָעוֹ, וּתְפִלַּת עַרְבִית נִקְרֵאת ק טוּרַת, עַיֵּין שָׁם, נִמְצָא מִתַּתָּא לְעֵילָּא הֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת הק"ם , וְהוּא שֵׁם קָדוֹשׁ מִשֵּׁמוֹת ע"ב, וּמוֹעִיל לְהָקִים הַמַּזָּל, וְיָדוּעַ שֶׁכָּל הַתְּפִלּוֹת נִקְבָּצִים בִּיסוֹד, וְלָזֶה רָמַז יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה בַּחֲלוֹמוֹ (בְּרֵאשִׁית לז, ז) וְהִנֵּה קָמָה אֲלֻמָּתִי וְגַם נִצָּבָה שֶׁהוּא הָיָה בְּחִינַת הַיְּסוֹד, אֲבָל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אָמַר וַתִּתֶּן לִי מָגֵן יִשְׁעֶךָ, שֶׁהוּא רֶמֶז לְשָׁלֹשׁ תְּפִילּוֹת בְּתֵיבַת מָגֵן כָּאָמוּר, הַייְנוּ כִּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הוּא בַּמַּלְכוּת, שֶׁהוּא שֵׁם אֲדֹנָי שֶׁעוֹלֶה [בְּמִילּוּי אָלֶ"ף דָּלֶ"ת נוּ"ן יוֹ"ד עוֹלֶה 671] תַּרְעָא [671] שֶׁהוּא [פֵּירוּשׁ שֶׁתַּרְגּוּמוֹ] שַׁעַר שֶׁבּוֹ נִכְנָסִים הַתְּפִלּוֹת תְּחִלָּה, וְעוֹלִים וְנִקְבָּצִים בִּיסוֹד, לְכָךְ קֹודֶם הָעֲמִידָה אוֹמְרִים אֲדֹנָי שְׂפָתַי תִּפְתָּח.
« Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina dit : les prières, ce sont les patriarches qui les ont instituées. Rabbi Yehochoua ben Levi dit : les prières ont été instituées en correspondance des temidim. » On objecte : pour celui qui dit « en correspondance des temidim », on comprend que arvit soit facultative (rechout), puisqu'elle correspond aux membres et aux graisses et qu'aucun sacrifice tamid ne lui correspond ; mais pour celui qui dit « instituées par les patriarches », pourquoi arvit serait-elle facultative, alors que Yaakov est l'élu des patriarches ? Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit sur le verset (Berechit 28,11) « et il y passa la nuit, car le soleil s'était couché » que le soleil s'était couché deux heures avant son temps. Il se trouve donc que, bien qu'il fit nuit lorsque Yaakov notre père, la paix sur lui, pria arvit, il s'agissait pourtant d'heures de jour, qui sont les heures de minha. C'est pourquoi la prière du soir, la nuit, est facultative : le moment où elle a été instituée est devenu nuit du fait d'un coucher survenu hors de son temps, mais du point de vue du compte des heures qui revenaient au jour, il s'agit d'heures diurnes. Sur cette voie, j'ai donné la raison de Rabbi Yehouda, qui tient que la prière du soir se dit à partir du pelag ha-minha, tant que le soleil est encore sur la terre. Or il est dit dans le Zohar Hadach que, pour la prière du soir, c'est Nouriel qui descend la recevoir, pour chaharit Mikhael, et pour minha Gavriel ; les initiales de ces anges forment maguen. Par là se comprend la raison pour laquelle on scelle la bénédiction des patriarches par « maguen » : car les prières, ce sont les patriarches qui les ont instituées. C'est pourquoi le roi David, la paix sur lui, a dit (II Chemouel 22,37) « Tu m'as donné le bouclier (maguen) de Ton salut ». Et dans le Midrach Nasso il est dit que chaharit est appelée haggacha (approche), ainsi qu'il est dit (Berechit 18,23) « et Avraham s'approcha » ; que minha est appelée minha selon son sens propre ; et que la prière du soir est appelée ketoret (encens) — vois-y. Il se trouve que, de bas en haut, les initiales forment le nom HaKaM, qui est un nom saint parmi les soixante-douze noms, et qui sert à relever le mazal. Et il est connu que toutes les prières se rassemblent dans le yessod ; c'est ce à quoi Yossef le juste, la paix sur lui, a fait allusion dans son rêve (Berechit 37,7) « et voici que ma gerbe se dressa (kama) et se tint debout », car il était de l'ordre du yessod. Mais le roi David, la paix sur lui, a dit « Tu m'as donné le bouclier de Ton salut », allusion aux trois prières dans le mot maguen comme il a été dit ; car le roi David relève de la malkhout, qui est le nom Ado-nay, dont la valeur pleine (alef, dalet, noun, youd) est 671, égale à celle de tar'a (671), ce qui signifie « porte » : la porte par laquelle les prières entrent d'abord, puis montent et se rassemblent dans le yessod. C'est pourquoi, avant la amida, on dit « Hachem, ouvre mes lèvres ».
⚖️ Rosh (1)
אִיתְּמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא אוֹמֵר תְּפִלּוֹת אָבוֹת תִּקְּנוּם רִיבָּ"ל אוֹמֵר תְּפִלּוֹת כְּנֶגֶד תְּמִידִים תִּקְּנוּם תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הַשַּׁחַר עַד חֲצוֹת שֶׁהֲרֵי תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד חֲצוֹת ר"י אוֹמֵר עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת שֶׁהֲרֵי תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב שֶׁהֲרֵי תָּמִיד הָעֶרֶב הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד הָעֶרֶב ר' יְהוּדָה אוֹמֵר עַד פְּלַג הַמִּנְחָה שֶׁהֲרֵי תָּמִיד הָעֶרֶב הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד פְּלַג הַמִּנְחָה וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הָעֶרֶב אֵין לָהּ קֶבַע שֶׁהֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ מִבְּעוֹד יוֹם הָיוּ קְרֵבִים וְהוֹלְכִין כָּל הַלַּיְלָה וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ וְשֶׁל קָרְבַּן מוּסָף כָּל הַיּוֹם שֶׁהֲרֵי קָרְבַּן מוּסַף קָרֵב וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר עַד ז' שָׁעוֹת שֶׁהֲרֵי קָרְבַּן מוּסַף קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת אֵיזוֹ הִיא מִנְחָה גְּדוֹלָה מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה וְאֵיזוֹ הִיא מִנְחָה קְטַנָּה מט' שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה פְּלַג הַמִּנְחָה אַחֲרוֹנָה אַחַד עָשָׂר שָׁעוֹת פָּחוֹת רְבִיעַ. וְאִיכָּא דְּאִיבַּעְיָא לְהוּ לְר' יְהוּדָה עַד וְעַד בַּכְּלָל אוֹ דִּילְמָא עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל וּמַסְּקָנָא עַד וְעַד בִּכְלָל דַּיְקָא נָמֵי דְּקָתָנֵי הֵעִיד רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא עַל תָּמִיד הַשַּׁחַר שֶׁקָּרֵב בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת אָמַר רַב כָּהֲנָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה הוֹאִיל וּתְנָא בִּבְחֵירְתָּא כְּוָותֵיהּ: תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר עַד פְּלַג הַמִּנְחָה א"ל רַב חִסְדָּא לְרַבִּי יִצְחָק הָתָם קָאָמַר רַב כָּהֲנָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה הוֹאִיל וּתְנָא בִּבְחִירָתָא כְּוָותֵיהּ הָכָא מַאי אִישְׁתִּיק וְלָא א"ל וְלָא מִידֵי וְאַסְּקִינַן דְּהַשְׁתָּא דְּלָא אִיתְּמַר הִלְכְתָא לָא כְּמָר וְלָא כְּמַר מַאן דַּעֲבִיד כְּמַר עֲבִיד וּמַאן דַּעֲבִיד כְּמַר עֲבִיד. כָּתַב הַגָּאוֹן דְּמַאן דְּמַקְדִּים וּמְצַלֵּי עַרְבִית תּוּ לָא מָצֵי לְצַלּוֹיֵי מִנְחָה אֶלָּא עַד פְּלַג הַמִּנְחָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאִם אִיתָא דְּרַבִּי יְהוּדָה לֵיתָא לִדְרַבָּנָן וְאִם אִיתָא דְּרַבָּנָן לֵיתָא לִדְרַבִּי יְהוּדָה לָכֵן אִי צָלִי תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב תּוּ לָא מָצֵי לְאַקְדּוֹמֵי לִתְפִלַּת הָעֶרֶב בִּפְלַג הַמִּנְחָה דְּאִי אֶפְשָׁר לוֹ לַעֲשׂוֹת פַּעַם כְּרַבִּי יְהוּדָה וּפַעַם כְּרַבָּנָן:
« Il a été dit : Rabbi Yosse bar Hanina dit : les prières, ce sont les patriarches qui les ont instituées. Rabbi Yehochoua ben Levi dit : les prières ont été instituées en correspondance des temidim. Une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yehochoua ben Levi : pourquoi ont-ils dit que la prière du matin va jusqu'à hatsot ? Parce que le tamid du matin était offert jusqu'à hatsot. Rabbi Yehouda dit : jusqu'à quatre heures, parce que le tamid du matin était offert jusqu'à quatre heures. Et pourquoi ont-ils dit que la prière de minha va jusqu'au soir ? Parce que le tamid de l'après-midi était offert jusqu'au soir. Rabbi Yehouda dit : jusqu'au pelag ha-minha, parce que le tamid de l'après-midi était offert jusqu'au pelag ha-minha. Et pourquoi ont-ils dit que la prière du soir n'a pas d'heure fixe ? Parce que les membres et les graisses qui n'avaient pas été consumés de jour continuaient d'être offerts toute la nuit. Et pourquoi ont-ils dit que celle du sacrifice de moussaf vaut tout le jour ? Parce que le sacrifice de moussaf était offert tout le jour. Rabbi Yehouda dit : jusqu'à sept heures, parce que le sacrifice de moussaf était offert jusqu'à sept heures. Quelle est la minha guedola ? À partir de six heures et demie. Quelle est la minha ketana ? À partir de neuf heures et demie. Le pelag de la dernière minha : onze heures moins un quart. » Et certains ont demandé : pour Rabbi Yehouda, « jusqu'à » inclus, ou peut-être « jusqu'à » non inclus ? La conclusion est « jusqu'à » inclus. C'est aussi ce qui ressort de l'enseignement : Rabbi Yehouda ben Bava a témoigné au sujet du tamid du matin qu'il a été offert à quatre heures. Rav Kahana a dit : la halakha suit Rabbi Yehouda, puisqu'une michna de la Behira a été enseignée conformément à lui. « La prière de minha jusqu'au soir ; Rabbi Yehouda dit : jusqu'au pelag ha-minha. » Rav Hisda dit à Rabbi Yitshak : là-bas, Rav Kahana a dit que la halakha suit Rabbi Yehouda, puisqu'une michna de la Behira a été enseignée conformément à lui ; ici, qu'en est-il ? Il se tut et ne lui répondit rien. Et nous concluons que, puisque aucune halakha n'a été tranchée ni comme l'un ni comme l'autre, celui qui agit comme l'un a bien agi et celui qui agit comme l'autre a bien agi. Le Gaon a écrit que celui qui avance et prie arvit ne peut plus ensuite prier minha, sinon jusqu'au pelag ha-minha comme Rabbi Yehouda ; car s'il en est comme Rabbi Yehouda, il n'en est pas comme les Sages, et s'il en est comme les Sages, il n'en est pas comme Rabbi Yehouda. Aussi, s'il a prié la prière de minha jusqu'au soir, il ne peut plus avancer la prière du soir au pelag ha-minha, car il ne peut pas agir une fois comme Rabbi Yehouda et une fois comme les Sages.
💡 Explication

Le folio change de sujet et pose la question de fond : d'où viennent les trois prières quotidiennes ? Deux réponses. Pour Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina, elles remontent aux patriarches, chacun ayant institué la sienne. Pour Rabbi Yehochoua ben Levi, elles ont été instituées par les hommes de la Grande Assemblée en correspondance des temidim, les sacrifices quotidiens du Temple.

L'enjeu n'est pas seulement historique. Il commande les horaires : si la prière répond à un korban, sa borne est celle du korban — ce qui est exactement l'argument de la mahloket entre Rabbi Yehouda et les Sages sur les heures limites, discutée depuis le début du chapitre.

5
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא, וְתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: אַבְרָהָם תִּקֵּן תְּפִלַּת שַׁחֲרִית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר עָמַד שָׁם״, וְאֵין ״עֲמִידָה״ אֶלָּא תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּעֲמֹד פִּינְחָס וַיְפַלֵּל״.

Une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina, et une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yehochoua ben Levi. Enseignement conforme à Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina : Avraham a institué la prière du matin, ainsi qu'il est dit : « Et Avraham se leva de bon matin vers l'endroit où il s'était tenu » ; or « se tenir » ne désigne rien d'autre que la prière, ainsi qu'il est dit : « Et Pinhas se tint debout et pria ».

💡 Explication

La baraita procède par un procédé exégétique constant : elle prend un verbe employé à propos d'un patriarche et établit, par un second verset, que ce verbe désigne la prière. Ici, le verbe amad (se tenir debout) chez Avraham, éclairé par « Et Pinhas se tint debout et pria » (Tehilim 106,30). Le détail du matin — vayachkem, il se leva tôt — fixe l'heure et fait d'Avraham l'instituteur de chaharit.

6
יִצְחָק תִּקֵּן תְּפִלַּת מִנְחָה, שֶׁנֶּאֱמַר ״וַיֵּצֵא יִצְחָק לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה לִפְנוֹת עָרֶב״, וְאֵין ״שִׂיחָה״ אֶלָּא תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר ״תְּפִלָּה לְעָנִי כִי יַעֲטֹף וְלִפְנֵי ה׳ יִשְׁפֹּךְ שִׂיחוֹ״.

Yitshak a institué la prière de minha, ainsi qu'il est dit : « Et Yitshak sortit pour converser (lasouah) dans le champ vers le soir » ; or « conversation » ne désigne rien d'autre que la prière, ainsi qu'il est dit : « Prière du pauvre lorsqu'il défaille et qu'il répand sa plainte (siho) devant Hachem ».

🗂️ Tossefot (2)
יִצְחָק תִּקֵּן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה ואע"ג דְּאָמְרִינַן (יוֹמָא כח:) צְלוֹתָא דְּאַבְרָהָם מִכִּי שָׁחֲרִי כָּתְלֵי וי"ל הַיְינוּ אַחַר שֶׁתִּקְנֶה יִצְחָק:
Et bien que nous disions (Yoma 28b) que la prière d'Avraham commençait dès l'heure où les murs noircissent, on peut répondre qu'il s'agit d'après l'institution de Yitshak.
וְאֵין שִׂיחָה אֶלָּא תְּפִלָּה שֶׁנֶּאֱמַר תְּפִלָּה לְעָנִי כִי יַעֲטֹוף תֵּימַהּ דִּבְפ"ק דע"ז (ד' ז: וע"ש) מוֹכִיחַ דְּשִׂיחָה [זוֹ] תְּפִלָּה מִוַּיֹּצֶא יִצְחָק לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה י"ל דִּכְיוֹצֵא בּוֹ מָצִינוּ בִּמְגִילָּה (פ"ק ד' יג.) וַיְהִי אֹומֵן אֶת הֲדַסָּה וְאֵין הֲדַסִּים אֶלָּא צַדִּיקִים דִּכְתִיב וְהוּא עֹומֵד בֵּין הַהֲדַסִּים וּבְפֶרֶק חֵלֶק (סַנְהֶדְרִין ד' צג.) הוּא אוֹמֵר לְהֵיפֶךְ:
Étonnant : au premier chapitre de Avoda Zara (7b, et voir là-bas) on prouve au contraire que « siha » désigne la prière à partir de « Et Yitshak sortit lasouah dans le champ ». On peut répondre que l'on trouve un cas semblable dans Meguila (premier chapitre, 13a) : « Il éleva Hadassa », et « hadassim » ne désigne que les justes, comme il est écrit « et il se tenait parmi les hadassim » ; et au chapitre Helek (Sanhédrin 93a) on dit l'inverse.
💡 Explication

Même structure que pour Avraham : le verbe lasouah (Berechit 24,63), éclairé par Tehilim 102,1 où siho désigne la plainte répandue en prière. Le repère horaire est dans le verset lui-même : lifnot erev, vers le soir, donc minha.

La seconde glose de Tossefot signale une circularité apparente : ici notre guemara prouve le sens de « siha » par Tehilim, tandis que Avoda Zara le prouve par notre verset de Yitshak. La réponse invoque un procédé connu : deux passages peuvent s'appuyer l'un sur l'autre en sens inverse, comme pour le mot hadassim.

7
יַעֲקֹב תִּקֵּן תְּפִלַּת עַרְבִית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּפְגַּע בַּמָּקוֹם וַיָּלֶן שָׁם״, וְאֵין ״פְּגִיעָה״ אֶלָּא תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה אַל תִּתְפַּלֵּל בְּעַד הָעָם הַזֶּה וְאַל תִּשָּׂא בַעֲדָם רִנָּה וּתְפִלָּה וְאַל תִּפְגַּע בִּי״

Yaakov a institué la prière du soir, ainsi qu'il est dit : « Et il rencontra (vayifga) l'endroit et il y passa la nuit » ; or « rencontre » ne désigne rien d'autre que la prière, ainsi qu'il est dit : « Et toi, ne prie pas pour ce peuple, n'élève pas pour eux de supplication ni de prière, et ne me sollicite pas (al tifga bi) ».

🗂️ Tossefot (1)
יַעֲקֹב תִּקֵּן תְּפִלַּת עַרְבִית תֵּימַהּ דְּאָמַר בְּפֶרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (חֻולִּין ד' צא:) וַיֵּלֶךְ חָרָנָה כִּי מָטֵי לְחָרָן בָּעֵי לְמִיהְדַּר אָמַר אֶפְשָׁר שֶׁעָבַרְתִּי בְּמָקוֹם וְכוּ' אַלְמָא דְּהָתָם מוּכָח דְּהִתְפַּלֵּל עַרְבִית בַּיּוֹם מֵאַחַר שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּבָר וַהֲוָה דַּעְתֵּיהּ לְמֶהְדַּר וְקָשֶׁה לְמַתְנִיתִין דְּפֶרֶק קַמָּא דְּקָאָמַר שֶׁאֵינוֹ זְמַן תְּפִלָּה עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים וּלְפִי מַה שֶׁפֵּירַשְׁנוּ דקי"ל כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר עַד פְּלַג הַמִּנְחָה נִיחָא וְיָפֶה מִנְהָג שֶׁלָּנוּ דְּאַדְּרַבָּה טוֹב לְהִתְפַּלֵּל מִבְּעוֹד יוֹם קְצָת:
Étonnant : il est dit au chapitre Guid ha-nache (Houlin 91b), sur « et il alla vers Haran », qu'arrivé à Haran il voulut revenir sur ses pas, disant : est-il possible que je sois passé par l'endroit où mes pères ont prié, etc. ? Il ressort de là qu'il avait prié arvit de jour, puisqu'il avait déjà prié alors qu'il envisageait de revenir. Cela fait difficulté avec la michna du premier chapitre, qui dit que le temps de la prière ne commence qu'à la sortie des étoiles. Mais selon ce que nous avons expliqué, que la halakha suit Rabbi Yehouda qui dit « jusqu'au pelag ha-minha », tout s'accorde ; et notre coutume est bonne : au contraire, il est bon de prier alors qu'il fait encore un peu jour.
💡 Explication

Troisième application du procédé : le verbe paga (rencontrer, se heurter à) chez Yaakov (Berechit 28,11), éclairé par Yirmeyahou 7,16 où al tifga bi signifie « ne m'adresse pas de requête ». La mention « il y passa la nuit » fixe l'heure et fait de Yaakov l'instituteur d'arvit.

Tossefot soulève un problème d'heure : Houlin 91b laisse entendre que Yaakov avait déjà prié avant la nuit. La réponse s'appuie sur Rabbi Yehouda, pour qui le temps du soir s'ouvre dès le pelag ha-minha — ce qui justifie aussi la coutume ashkénaze de prier arvit avant la tombée complète de la nuit.

🖼️ Schéma
Trois patriarches, trois verbes, trois versets d'appui Avraham — chaharit Verbe : amad (se tenir) Berechit 19,27 : il se leva tôt vers l'endroit où il s'était tenu Appui : Tehilim 106,30 Pinhas se tint debout et pria Yitshak — minha Verbe : souah (converser) Berechit 24,63 : il sortit dans le champ vers le soir Appui : Tehilim 102,1 il répand sa plainte, siho Yaakov — arvit Verbe : paga (rencontrer) Berechit 28,11 : il rencontra l'endroit et y passa la nuit Appui : Yirmeyahou 7,16 et ne me sollicite pas, tifga
Chaque prière est rattachée à un patriarche par un verbe, dont le sens de prière est établi par un second verset.
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וְתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הַשַּׁחַר עַד חֲצוֹת — שֶׁהֲרֵי תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד חֲצוֹת. וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת שֶׁהֲרֵי תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת.

Et une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yehochoua ben Levi : pourquoi ont-ils dit que la prière du matin va jusqu'à hatsot (midi) ? Parce que le tamid du matin était offert jusqu'à hatsot.

Et Rabbi Yehouda dit : jusqu'à quatre heures, parce que le tamid du matin était offert jusqu'à quatre heures.

📜 Rachi (1)
רַבִּי יְהוּדָה ס"ל שֶׁאֵין תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר קָרֵב אֶלָּא עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת:
Il tient que le tamid du matin n'est offert que jusqu'à quatre heures.
💡 Explication

La seconde baraita procède par une série de « pourquoi ont-ils dit... ? — parce que le korban... ». Chaque borne horaire d'une prière reproduit la borne du sacrifice correspondant. La mahloket entre les Sages et Rabbi Yehouda sur la fin de chaharit se ramène donc à une divergence sur le temps du tamid du matin : jusqu'à hatsot pour les uns, jusqu'à la quatrième heure pour Rabbi Yehouda.

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וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב — שֶׁהֲרֵי, תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד הָעֶרֶב. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד פְּלַג הַמִּנְחָה, שֶׁהֲרֵי תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד פְּלַג הַמִּנְחָה.

Et pourquoi ont-ils dit que la prière de minha va jusqu'au soir ? Parce que le tamid de l'après-midi était offert jusqu'au soir.

Rabbi Yehouda dit : jusqu'au pelag ha-minha, parce que le tamid de l'après-midi était offert jusqu'au pelag ha-minha.

🗂️ Tossefot (1)
עַד פְּלַג הַמִּנְחָה תֵּימַהּ מְנָא לֵיהּ הָא בִּשְׁלָמָא עַד תֵּשַׁע שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה דְּעַד אוֹתוֹ זְמַן הָוֵי תְּפִלַּת הַמִּנְחָה נִיחָא דְּהַיְינוּ מִנְחָה קְטַנָּה אֲבָל הָא מְנָא לֵיהּ וי"ל דְּר' יְהוּדָה ס"ל דִּתְפִלָּה כְּנֶגֶד קְטֹרֶת תִּקְּנוּהָ דִּכְתִיב תִּכּוֹן תְּפִלָּתִי קְטֹרֶת לְפָנֶיךָ (תְּהִילִּים קמ״א:ב׳):
Étonnant : d'où tient-il cela ? On comprendrait « jusqu'à neuf heures et demie », puisque c'est jusqu'à ce moment-là qu'il s'agit de la prière de minha [guedola], c'est-à-dire la minha ketana ; mais ceci, d'où le tient-il ? On peut répondre que Rabbi Yehouda tient que la prière a été instituée en correspondance de l'encens (ketoret), comme il est écrit : « Que ma prière soit établie comme l'encens devant Toi » (Tehilim 141,2).
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וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הָעֶרֶב אֵין לָהּ קֶבַע — שֶׁהֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ מִבָּעֶרֶב, קְרֵבִים וְהוֹלְכִים כָּל הַלַּיְלָה.

Et pourquoi ont-ils dit que la prière du soir n'a pas d'heure fixe ? Parce que les membres et les graisses qui n'avaient pas été consumés dès le soir continuaient d'être offerts toute la nuit.

📜 Rachi (2)
אֵבָרִים שֶׁל עוֹלוֹת:
Des holocaustes.
וּפְדָרִים שֶׁל שְׁאָר קָרְבָּנוֹת שֶׁנִּזְרַק דָּמָן קֹודֶם שְׁקִיעַת הַחַמָּה קְרֵבִין כָּל הַלַּיְלָה וּכְנֶגְדָּן תִּקְּנוּ תְּפִלַּת עַרְבִית:
Des autres sacrifices, dont le sang a été aspergé avant le coucher du soleil : ils sont consumés toute la nuit, et c'est en correspondance avec eux qu'on a institué la prière du soir.
💡 Explication

La prière du soir n'a pas de borne parce que son repère sacrificiel n'en a pas : les evarim (membres des holocaustes) et les pedarim (graisses des autres sacrifices) restés sur l'autel se consument toute la nuit. Ce même point explique, dans la discussion classique, le statut particulier d'arvit : elle répond à un reste de combustion et non à un korban propre.

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וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ שֶׁל מוּסָפִין כָּל הַיּוֹם — שֶׁהֲרֵי קָרְבָּן שֶׁל מוּסָפִין קָרֵב כָּל הַיּוֹם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת, שֶׁהֲרֵי קָרְבַּן מוּסַף קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת.

Et pourquoi ont-ils dit que celle des moussafim vaut tout le jour ? Parce que le sacrifice des moussafim est offert tout le jour.

Rabbi Yehouda dit : jusqu'à sept heures, parce que le sacrifice de moussaf est offert jusqu'à sept heures.

🖼️ Schéma
Chaque prière face à son korban Prière Korban correspondant Borne, Sages Borne, R. Yehouda chaharit tamid du matin hatsot 4 heures minha tamid de l'après-midi le soir pelag ha-minha arvit membres et graisses pas d'heure fixe toute la nuit moussaf korban moussaf tout le jour 7 heures
Toute la baraita en un tableau : la borne de la prière reproduit celle de son sacrifice.
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וְאֵיזוֹ הִיא מִנְחָה גְּדוֹלָה מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה. וְאֵיזוֹ הִיא מִנְחָה קְטַנָּה מִתֵּשַׁע שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה.

Et quelle est la minha guedola ? À partir de six heures et demie.

Et quelle est la minha ketana ? À partir de neuf heures et demie.

📜 Rachi (2)
מִנְחָה גְּדוֹלָה אִם בָּא לְהַקְדִּים תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם אֵינוֹ יָכוֹל לְהַקְדִּימוֹ קֹודֶם שֵׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה דְּבֵין הָעַרְבַּיִם כְּתִיב בֵּיהּ מִכִּי יִנָּטוּ צִלְלֵי עֶרֶב מִשֶּׁהַחַמָּה נוֹטֶה לַמַּעֲרָב דְּהַייְנוּ מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה דְּאָמַר מָר חֲצִי שֵׁשׁ וַחֲצִי שֶׁבַע חַמָּה עוֹמֶדֶת בְּרֹאשׁ כָּל אָדָם בְּאֶמְצַע הָרָקִיעַ (פְּסָחִים ד' צַד.):
S'il veut avancer le tamid de l'après-midi, il ne peut pas l'avancer avant six heures et demie, car il est écrit à son sujet « entre les deux soirs », c'est-à-dire dès que les ombres du soir s'inclinent, dès que le soleil penche vers l'occident, soit à partir de six heures et demie ; car le maître a dit : de la moitié de la sixième heure à la moitié de la septième, le soleil se tient au-dessus de la tête de chacun, au milieu du firmament (Pessahim 94a).
מִנְחָה קְטַנָּה זְמַן תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם בְּכָל יוֹם מִתֵּשַׁע שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה כְּדִתְנַן בְּתָמִיד נִשְׁחָט (ד' נח.) נִשְׁחָט בִּשְׁמוֹנֶה וּמֶחֱצָה וְקָרֵב בְּתֵשַׁע וּמֶחְצָה וְהָתָם מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
C'est le temps du tamid de l'après-midi chaque jour, à partir de neuf heures et demie, comme l'enseigne la michna dans Tamid nichhat (58a) : il est égorgé à huit heures et demie et offert à neuf heures et demie ; la raison y est expliquée.
💡 Explication

La baraita définit deux ouvertures pour minha. La minha guedola commence une demi-heure après hatsot : c'est le plus tôt où le tamid de l'après-midi peut être offert, puisqu'il faut que le soleil ait commencé à pencher pour parler de « entre les deux soirs ». La minha ketana commence à neuf heures et demie : c'est l'heure normale du tamid, égorgé à huit heures et demie et offert une heure plus tard.

13
אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי יְהוּדָה, פְּלַג מִנְחָה קַמָּא קָאָמַר אוֹ פְּלַג מִנְחָה אַחֲרוֹנָה קָאָמַר? תָּא שְׁמַע דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: פְּלַג הַמִּנְחָה אַחֲרוֹנָה אָמְרוּ, וְהִיא אַחַת עֶשְׂרֵה שָׁעוֹת חָסֵר רְבִיעַ.

On leur a demandé : Rabbi Yehouda, parle-t-il du pelag de la première minha, ou parle-t-il du pelag de la dernière minha ? Viens et entends, car il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit : c'est du pelag de la dernière minha qu'ils ont parlé, et c'est onze heures moins un quart.

📜 Rachi (1)
פְּלַג מִנְחָה אַחֲרוֹנָה חִלֵּק אֶת ב' שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה הַנּוֹתָרִים בַּיּוֹם וְתִמְצָא פְּלַג אַחֲרוֹן שֶׁל מִנְחָה מי"א שָׁעוֹת חָסֵר רְבִיעַ וּלְמַעְלָה:
Partage en deux les deux heures et demie qui restent du jour, et tu trouveras que le dernier pelag de la minha commence à onze heures moins un quart.
🖼️ Schéma
Quel pelag ? Le calcul de Rachi 6 h 1/2 9 h 1/2 12 h minha guedola (3 heures) minha ketana (2 h 1/2) pelag = milieu de la minha ketana 9 h 1/2 + 1 h 1/4 = 10 h 3/4 pelag de la 1re minha : écarté
Le pelag vise la seconde moitié du jour : le milieu de la minha ketana, soit onze heures moins un quart.
14
נֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא? אֲמַר לְךָ רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ, תְּפִלּוֹת, אָבוֹת תִּקְּנוּם, וְאַסְמְכִינְהוּ רַבָּנָן אַקָּרְבָּנוֹת. דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, תְּפִלַּת מוּסָף לְרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא מַאן תַּקְּנַהּ. אֶלָּא תְּפִלּוֹת אָבוֹת תִּקְּנוּם, וְאַסְמְכִינְהוּ רַבָּנָן אַקָּרְבָּנוֹת.

Dirons-nous que c'est là une réfutation de Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina ? Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina peut te répondre : en vérité je te dis que les prières, ce sont les patriarches qui les ont instituées, et que les Sages les ont appuyées sur les sacrifices.

Car si tu ne dis pas ainsi, la prière de moussaf, selon Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina, qui l'a instituée ? Il faut donc bien dire que les prières, ce sont les patriarches qui les ont instituées, et que les Sages les ont appuyées sur les sacrifices.

📜 Rachi (2)
דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי דְּמוֹדֶה רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא דְּרַבָּנָן אַסְמְכִינְהוּ אַקָּרְבָּנוֹת:
Que Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina admet que les Sages les ont appuyées sur les sacrifices.
תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין מַאן תַּקָּנָה אֶלָּא ע"כ רַבָּנָן אַסְמְכִינְהוּ אַקָּרְבָּנוֹת וְכִי עִייְּנוּ בְּמוּסָפִין וְלֹא מָצְאוּ תְּפִלָּה כְּנֶגְדָּהּ עָמְדוּ הֵם וְתִקְּנוּהָ:
Il faut donc forcément dire que les Sages les ont appuyées sur les sacrifices ; et lorsqu'ils ont examiné les moussafim et n'ont pas trouvé de prière qui leur corresponde, ils se sont levés et l'ont instituée eux-mêmes.
💡 Explication

La baraita des korbanot semble réfuter la position des patriarches. La réponse est une asmakhta : les patriarches ont institué le principe des trois prières, les Sages en ont ensuite fixé les horaires en les appuyant sur les sacrifices. Les deux opinions se rejoignent donc partiellement.

L'argument décisif est moussaf. Aucun patriarche ne lui correspond ; il faut bien que les Sages soient intervenus. Rabbi Yosse fils de Rabbi Hanina doit donc admettre leur rôle, et sa thèse se limite à l'origine des trois prières quotidiennes.

🖼️ Schéma
La sortie : institution et asmakhta Objection La baraita des korbanot réfute-t-elle R. Yosse ? Réponse Les patriarches ont institué ; les Sages ont appuyé. Preuve Moussaf n'a pas de patriarche. Qui donc l'a instituée ? Deux étages Étage 1 : les patriarches instituent chaharit, minha, arvit. Étage 2 : les Sages fixent les horaires sur les korbanot, et ajoutent moussaf.
Les deux opinions se superposent : institution patriarcale, puis horaires appuyés sur les korbanot.
15
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת. אִיבַּעְיָא לְהוּ: עַד וְעַד בִּכְלָל, אוֹ דִּילְמָא עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל?! תָּא שְׁמַע רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד פְּלַג הַמִּנְחָה. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל — הַיְינוּ דְּאִיכָּא בֵּין רַבִּי יְהוּדָה לְרַבָּנַן. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ עַד וְעַד בַּכְּלָל, רַבִּי יְהוּדָה

« Rabbi Yehouda dit : jusqu'à quatre heures. » On leur a demandé : « jusqu'à », borne incluse, ou peut-être « jusqu'à », borne non incluse ? Viens et entends : Rabbi Yehouda dit : jusqu'au pelag ha-minha.

Si tu dis que « jusqu'à » exclut la borne, on comprend ce qui sépare Rabbi Yehouda des Sages. Mais si tu dis que « jusqu'à » inclut la borne, Rabbi Yehouda...

📜 Rachi (1)
עַד וְעַד בִּכְלָל לְרַבִּי יְהוּדָה הוּא דְּקָא בָּעֵי דְּאִילּוּ לְרַבָּנָן עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל:
C'est au sujet de Rabbi Yehouda qu'il pose la question, car pour les Sages « jusqu'à » exclut la borne.
🗂️ Tossefot (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ עַד וְעַד בַּכְּלָל וְכוּ' תֵּימַהּ דְּאָמַר בְּנִדָּה פֶּרֶק הָרוֹאָה כֶּתֶם (נִדָּה ד' נח:) כָּל שִׁיעוּרֵי חֲכָמִים לְהַחְמִיר חוּץ מִכִּגְרִיס שֶׁל כְּתָמִים אַלְמָא עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל וְי"ל אִי אָמְרִי' עַד וְעַד בִּכְלָל יֵשׁ בּוֹ גַּם חֻומְרָא שֶׁיִּתְפַּלֵּל וְלָא אָמְרִי' עָבַר זְמַנּוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ וְאַפֵּי' בְּמֵזִיד:
Étonnant : il est dit dans Nidda, chapitre Ha-roe ketem (58b), que toutes les mesures des Sages vont vers la rigueur, sauf le kegris des taches — il en ressort donc que « jusqu'à » exclut la borne. On peut répondre que, si l'on dit « jusqu'à » borne incluse, il y a là aussi une rigueur : il priera, et l'on ne dira pas « son temps est passé, son sacrifice est annulé », même dans le cas d'une omission volontaire.
💡 Explication

Dernière question du folio, de nature formelle mais de conséquence pratique : quand Rabbi Yehouda dit « jusqu'à quatre heures », la quatrième heure elle-même est-elle comprise ? La guemara cherche à trancher par le cas de minha, où Rabbi Yehouda dit « jusqu'au pelag ha-minha ». Le raisonnement s'interrompt au bas du folio et se poursuit sur 27a.

Rachi précise que la question ne se pose que pour Rabbi Yehouda : chez les Sages, la borne est toujours exclusive. Le Roch, lui, rapporte la conclusion — borne incluse — confirmée par le témoignage de Rabbi Yehouda ben Bava sur un tamid offert à la quatrième heure.

🖼️ Schéma
« Jusqu'à » : borne incluse ou exclue ? Borne incluse (ad ve-ad bikhlal) 4 h La quatrième heure entière reste valable. Rigueur : on prie encore, on ne dit pas « son temps est passé » (Tossefot). Borne exclue (ad ve-lo ad bikhlal) 4 h Le temps s'arrête à l'entrée de la quatrième heure. C'est la lecture des Sages selon Rachi.
Deux lectures de la borne ; le Roch rapporte que la conclusion retient la borne incluse.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).