Berakhot 27a — « Jusqu'à » inclut-il la borne ? La halakha comme Rabbi Yehouda pour cha'harit, et les trois enseignements de la prière de Rav la veille de chabbat

Berakhot 27a

Sougya : Le folio achève la discussion ouverte au verso précédent : lorsque Rabbi Yehouda fixe une borne horaire — « jusqu'à quatre heures », « jusqu'à sept heures », « jusqu'au pelag ha-minha » —, cette borne est-elle comprise dans le temps permis ou l'exclut-elle ? La guemara écarte la lecture exclusive, parce qu'elle rendrait impossible le cas, supposé par une baraita, où moussaf et minha se présentent ensemble.

Elle sauve alors la lecture inclusive en redéfinissant le « pelag ha-minha » comme la fin de la première moitié de la minha a'harona, et Rav Nahman apporte le témoignage de Rabbi Yehouda ben Bava sur un tamid offert à quatre heures. Rav Kahana en tire la halakha pour la prière du matin.

Un long développement rattache ensuite ces quatre heures au verset de la manne. La seconde moitié du folio pose la même question pour minha : Rav Hisda reste sans réponse, la halakha n'est tranchée ni dans un sens ni dans l'autre, et le récit de Rav priant la prière de chabbat la veille de chabbat chez Geniva livre trois enseignements, dont l'interdiction de passer devant celui qui prie.

Les bornes de la journée : Rabbi Yehouda face aux Sages lever4 h6 h 7 h9 h 1/2coucher 6 h 1/210 h 3/4 Cha'haritMoussafMinha R. Yehouda : 4 h incluse Sages : hatsot R. Yehouda : 7 h incluse Sages : toute la journée R. Yehouda : jusqu'au pelag Sages Minha gdola dès 6 h 1/2 ; minha ktana dès 9 h 1/2 ; pelag ha-minha à 11 h moins un quart. La sougya conclut : chez Rabbi Yehouda, la borne annoncée est comprise dans le temps permis.
Les bornes horaires des trois prières selon Rabbi Yehouda et selon les Sages.
Le mouvement de la sougya : borne incluse ou borne exclue Hypothèse de départ : "jusqu'à" exclut la borne (ad ve-lo ad bikhlal) Difficulté : la baraita suppose moussaf et minha ensemble. Impossible si la borne est exclue. On revient donc à : la borne est incluse Objection : alors Rabbi Yehouda dit la même chose que les Sages pour le pelag ha-minha. Réponse : "pelag" désigne la fin de la PREMIÈRE moitié, soit 11 h moins un quart. Appui de Rav Nahman : R. Yehouda ben Bava a témoigné d'un tamid offert à quatre heures. Conclusion : chez Rabbi Yehouda, "jusqu'à" inclut la borne. Rav Kahana : la halakha suit Rabbi Yehouda pour la prière du matin, puisque le traité Edouyot enseigne comme lui.
Enchaînement du raisonnement, de l'hypothèse écartée jusqu'à la décision de Rav Kahana.
Rav chez Geniva : un seul récit, trois enseignements Rav prie la prière de chabbat la veille de chabbat, alors qu'il fait encore jour. R. Yirmeya bar Abba prie derrière lui ; Rav termine et reste en place au lieu de passer devant lui. 1. Le temps On peut prier la prière de chabbat la veille de chabbat, dès le pelag, à condition d'accepter le chabbat. 2. Le rang L'élève peut prier derrière son maître. 3. L'espace Il est interdit de passer devant celui qui prie - à l'intérieur de quatre coudées.
Les trois halakhot que la guemara tire du récit de Rav chez Geniva.
1
הַייְנוּ רַבָּנָן!

C'est exactement l'avis des Sages !

📜 Rachi (1)
הַייְנוּ רַבָּנָן דקס"ד רַבִּי יְהוּדָה פְּלַג אַחֲרוֹן שֶׁל מִנְחָה אַחֲרוֹנָה קָאָמַר:
On avait supposé que Rabbi Yehouda, en parlant du pelag ha-minha, visait la dernière moitié de la minha a'harona.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une objection commencée au verso précédent. La michna fait dire à Rabbi Yehouda que la prière de minha se récite jusqu'au pelag ha-minha. Si l'on comprend « pelag » comme la dernière moitié de la période de la minha a'harona, et si l'on comprend « jusqu'à » comme incluant cette dernière moitié tout entière, alors Rabbi Yehouda s'arrête au coucher du soleil — ce qui est précisément l'avis des Sages. Il n'y aurait plus de divergence, ce qui est inacceptable dans une michna qui les oppose.

2
אֶלָּא מַאי, עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל? אֵימָא סֵיפָא: וְשֶׁל מוּסָפִין כָּל הַיּוֹם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת. וְתַנְיָא: הָיוּ לְפָנָיו שְׁתֵּי תְּפִלּוֹת, אַחַת שֶׁל מוּסָף וְאַחַת שֶׁל מִנְחָה — מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה וְאַחַר כָּךְ שֶׁל מוּסָף, שֶׁזּוֹ תְּדִירָה, וְזוֹ אֵינָהּ תְּדִירָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִתְפַּלֵּל שֶׁל מוּסָף וְאַחַר כָּךְ שֶׁל מִנְחָה, שֶׁזּוֹ עוֹבֶרֶת, וְזוֹ אֵינָהּ עוֹבֶרֶת.

Mais alors quoi — « jusqu'à » sans que la borne soit comprise ? Considère la fin de la michna : « Et celle des moussafim, toute la journée.

Rabbi Yehouda dit : jusqu'à sept heures. » Or on a enseigné : s'il avait devant lui deux prières, l'une de moussaf et l'autre de minha, il prie celle de minha puis celle de moussaf, car celle-ci est fréquente et celle-là ne l'est pas. Rabbi Yehouda dit : il prie celle de moussaf puis celle de minha, car celle-ci est sur le point de passer et celle-là n'est pas sur le point de passer.

📜 Rachi (1)
מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה וְכוּ' רַבָּנָן לְטַעְמַייְהוּ דְּאָמְרִי תְּפִלַּת הַמּוּסָפִים כָּל הַיּוֹם כְּמוֹ שֶׁל מִנְחָה הִלְכָּךְ תָּדִיר קוֹדֵם וְר' יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר מוּסָפִין עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת וְתוּ לָא וְהָוְיָא לָהּ מִצְוָה עוֹבֶרֶת וְשֶׁל מִנְחָה יֵשׁ לָהּ עוֹד שְׁהוּת עַד פְּלַג הַמִּנְחָה:
Les Sages restent fidèles à leur principe : ils disent que la prière des moussafim vaut toute la journée, tout comme celle de minha ; dès lors c'est la prière fréquente qui passe en premier. Et Rabbi Yehouda reste fidèle au sien : il dit que les moussafim vont jusqu'à sept heures et pas au-delà, de sorte qu'il s'agit d'une mitsva sur le point de passer, tandis que celle de minha dispose encore de temps devant elle, jusqu'au pelag ha-minha.
🗂️ Tossefot (1)
תָּא שְׁמַע וְשֶׁל מוּסָפִין כָּל הַיּוֹם וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת וְתַנְיָא הָיוּ לְפָנָיו וְכוּ' וְלָא גָּרְסִי' אֵימָא סֵיפָא וְשֶׁל וְכוּ' שֶׁאֵינוֹ בַּמִּשְׁנָה שֶׁדִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת אֵינוֹ בַּמִּשְׁנָה וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁהִגִּיהוּ אוֹתוֹ בַּמִּשְׁנָה וּמִיהוּ בְּכָל הַסְּפָרִים הַיְּשָׁנִים אֵינוֹ. וא"ת וְרַבִּי לָמָּה לֹא הִזְכִּיר אוֹתוֹ בַּמִּשְׁנָה וְי"ל מִשּׁוּם דְּלָא ס"ל כְּוָותֵיהּ בְּהָא דְּאָמַר עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת אֲבָל בְּהָא דְּקָאָמַר עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת ס"ל כְּוָותֵיהּ מִשּׁוּם דִּתְנַן בִּבְחֵירְתָּא כְּוָותֵיהּ וּבְהַהִיא דִּפְלַג הַמִּנְחָה נָמֵי מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן דַּעֲבַד כְּמָר עֲבַד וְדַעֲבַד כְּמָר עֲבַד דְּהָכִי פֵּירוּשָׁא דַּעֲבַד כְּר' יְהוּדָה (עֲבַד) דְּאָמַר מִפְּלַג הַמִּנְחָה לֵילְיָא הוּא עֲבַד וּמִשּׁוּם הָכִי מִנְחָה לֹא אֲבָל אֵין לְפָרֵשׁ הַכֹּל בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה וַעֲבַד כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁהִתְפַּלֵּל מִנְחָה קֹודֶם פְּלַג דִּפְשִׁיטָא דְּרַבָּנָן מוֹדוֹ בְּשִׁיעוּרוֹ דְּרַבִּי יְהוּדָה:
Nous ne lisons pas « considéré la fin de la michna : et celle des moussafim, etc. », car cela ne se trouve pas dans la michna : les paroles de Rabbi Yehouda « jusqu'à sept heures » n'y figurent pas. Certains livres les ont ajoutées par correction dans la michna, mais dans tous les livres anciens elles n'y sont pas. Et si tu demandes : pourquoi Rabbi (Yehouda ha-Nassi, rédacteur de la michna) ne les a-t-il pas mentionnées ? On peut répondre : parce qu'il ne tient pas comme lui sur ce point, lorsqu'il dit « jusqu'à sept heures » ; en revanche, sur ce qu'il dit « jusqu'à quatre heures », il tient comme lui, parce qu'on a enseigné conformément à lui dans la « choisie » (le traité Edouyot). Et pour le pelag ha-minha également il l'a rapporté, parce que nous disons plus loin que « celui qui fait comme l'un a bien fait et celui qui fait comme l'autre a bien fait ». Voici le sens de cette formule : celui qui a fait comme Rabbi Yehouda, lequel dit qu'à partir du pelag ha-minha c'est déjà la nuit, a bien fait — et c'est pourquoi il ne prie plus minha. Mais on ne peut pas rapporter toute la formule à la seule prière de minha, comme si « faire comme Rabbi Yehouda » signifiait prier minha avant le pelag : il est évident que les Sages admettent la mesure de Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La guemara teste maintenant l'autre lecture : « jusqu'à » exclurait la borne. Elle confronte cette lecture à une baraita sur l'ordre de deux prières qui se présentent ensemble. Le principe général est que ce qui est fréquent (tadir) passe avant ce qui est rare ; Rabbi Yehouda le renverse ici au nom d'un autre principe, la mitsva sur le point de passer (overet) passe en premier.

Cette baraita présuppose donc qu'il existe un moment où l'on doit encore moussaf et déjà minha. Tossefot signale au passage un point de texte : la phrase de Rabbi Yehouda sur les sept heures ne figurait pas dans les manuscrits anciens de la michna.

3
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא ״עַד וְעַד בִּכְלָל״, הַייְנוּ דְּמַשְׁכַּחַתְּ לְהוּ שְׁתֵּי תְּפִלּוֹת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ ״עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל״, הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לְהוּ שְׁתֵּי תְּפִלּוֹת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי? כֵּיוָן דְּאָתְיָא לַהּ שֶׁל מִנְחָה, אָזְלָא לַהּ שֶׁל מוּסָפִין!

Admettons que « jusqu'à » comprenne la borne : on comprend alors qu'on puisse rencontrer les deux prières ensemble. Mais si tu dis que « jusqu'à » n'inclut pas la borne, comment rencontrer les deux prières ensemble ?

Dès l'instant où celle de minha arrive, celle des moussafim est déjà partie !

📜 Rachi (2)
שְׁתֵּי תְּפִלּוֹת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי חֲצִי הָאַחֲרוֹן שֶׁל שָׁעָה שְׁבִיעִית הוּא זְמַן לִשְׁתֵּיהֶן דְּהָא אָמַר מִנְחָה גְּדוֹלָה מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה:
La seconde moitié de la septième heure est le temps des deux prières à la fois, puisqu'il est dit que la minha gdola commence à partir de six heures et demie.
הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ הֲרֵי עָבַר זְמַן הַמּוּסָפִים מִשֶּׁעָבְרָה שָׁעָה שִׁשִּׁית:
Comment le rencontrer ? Le temps des moussafim est passé dès lors que la sixième heure s'est écoulée.
💡 Explication

Voici l'argument décisif. Si la borne est comprise, Rabbi Yehouda autorise moussaf pendant toute la septième heure, tandis que minha s'ouvre à six heures et demie : la seconde moitié de la septième heure est commune aux deux prières, et la baraita a un objet. Si la borne est exclue, moussaf s'arrête à la fin de la sixième heure, une demi-heure avant l'ouverture de minha : les deux temps ne se touchent jamais et la baraita parlerait dans le vide.

🖼️ Schéma
La fenêtre commune à moussaf et à minha, selon Rabbi Yehouda 5 h6 h6 h 1/2 7 h8 h Moussaf, borne incluse : jusqu'à la fin de la septième heure Minha gdola : à partir de six heures et demie fenêtre commune
Avec la borne incluse, la seconde moitié de la septième heure porte les deux prières ; avec la borne exclue, elle disparaît.
4
אֶלָּא מַאי, ״עַד וְעַד בִּכְלָל״? קַשְׁיָא רֵישָׁא, מַאי אִיכָּא בֵּין רַבִּי יְהוּדָה לְרַבָּנַן?! — מִי סָבְרַתְּ דְּהַאי ״פְּלַג מִנְחָה״ פְּלַג אַחֲרוֹנָה קָאָמַר? פְּלַג רִאשׁוֹנָה קָאָמַר, וְהָכִי קָאָמַר: אֵימַת נָפֵיק פְּלַג רִאשׁוֹנָה וְעָייֵל פְּלַג אַחֲרוֹנָה — מִכִּי נָפְקִי אַחַת עֶשְׂרֵה שָׁעוֹת חָסֵר רְבִיעַ.

Mais alors quoi — « jusqu'à » comprend la borne ? Le début de la michna fait difficulté : quelle différence reste-t-il entre Rabbi Yehouda et les Sages ? — Penses-tu que ce « pelag ha-minha » désigne la dernière moitié ?

Il désigne la première moitié, et voici ce qu'il veut dire : quand la première moitié sort-elle et la dernière entre-t-elle ? Dès lors que sont écoulées onze heures moins un quart.

📜 Rachi (1)
פְּלַג רִאשׁוֹנָה שֶׁל מִנְחָה אַחֲרוֹנָה וְעַד בִּכְלָל וְאַף עַל גַּב דְּתַנָּא יְהַב סִימָנָא לִפְלַג אַחֲרוֹנָה דְּקָתָנֵי אֵיזוֹ פְּלַג מִנְחָה מי"א שָׁעוֹת חָסֵר רְבִיעַ ה"ק כו':
La première moitié de la minha a'harona, borne comprise. Et bien que le tana ait donné le repère de la dernière moitié, en enseignant « qu'est-ce que le pelag ha-minha ? À partir de onze heures moins un quart », voici ce qu'il veut dire, etc.
💡 Explication

La lecture inclusive étant retenue, il faut lever l'objection du début du folio. La guemara redéfinit le mot pelag : il ne renvoie pas à la seconde moitié de la période de la minha a'harona, mais à la première. La minha a'harona court de neuf heures et demie au coucher du soleil, soit deux heures et demie ; sa moitié tombe donc à dix heures trois quarts, ce que la michna exprime par « onze heures moins un quart ». Rabbi Yehouda arrête la minha à cet instant, borne comprise, et il se sépare donc bien des Sages, qui la prolongent jusqu'au soir.

🖼️ Schéma
"Pelag" : quelle moitié de la minha a'harona ? première moitié dernière moitié 9 h 1/210 h 3/4coucher Lecture écartée "Jusqu'au pelag" = jusqu'à la fin de la dernière moitié, soit le coucher : Rabbi Yehouda rejoindrait les Sages. Lecture retenue "Jusqu'au pelag" = jusqu'à la fin de la première moitié, soit 10 h 3/4 : la divergence avec les Sages subsiste.
En rapportant « pelag » à la première moitié, la guemara conserve la lecture inclusive sans effacer la mahloket.
5
אָמַר רַב נַחְמָן: אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא.

Rav Nahman a dit : nous aussi, nous l'avons appris dans une michna.

📜 Rachi (1)
אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא לְרַבִּי יְהוּדָה עַד וְעַד בִּכְלָל:
Nous avons nous aussi appris que, pour Rabbi Yehouda, « jusqu'à » comprend la borne.
6
רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא הֵעִיד חֲמִשָּׁה דְּבָרִים: שֶׁמְּמָאֲנִין אֶת הַקְּטַנָּה, וְשֶׁמַּשִּׂיאִין אֶת הָאִשָּׁה עַל פִּי עֵד אֶחָד, וְעַל תַּרְנְגוֹל שֶׁנִּסְקַל בִּירוּשָׁלַיִם עַל שֶׁהָרַג אֶת הַנֶּפֶשׁ, וְעַל יַיִן בֶּן אַרְבָּעִים יוֹם שֶׁנִּתְנַסֵּךְ עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ, וְעַל תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר שֶׁקָּרַב בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת.

Rabbi Yehouda ben Bava a témoigné sur cinq choses : qu'on fait exercer le refus (miyoun) à la mineure ; qu'on autorise une femme à se remarier sur la parole d'un seul témoin ; sur un coq qui fut lapidé à Jérusalem pour avoir tué un être humain ; sur un vin âgé de quarante jours qui fut versé en libation sur l'autel ; et sur le tamid du matin qui fut offert à quatre heures.

📜 Rachi (5)
שֶׁמְּמָאֲנִין אֶת הקטנ' קְטַנָּה שֶׁהִשִּׂיאַתָּה אִמָּהּ לְאַחַר מִיתַת אָבִיהָ דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא אֵין קִדּוּשֶׁיהָ כְּלוּם שֶׁהֲרֵי קְטַנָּה אֵינָהּ בַּת דַּעַת וְאֶת אִמָּהּ לֹא זָכְתָה תּוֹרָה לִהְיוֹת לָהּ כֹּחַ לְקַדְּשָׁהּ אֶלָּא לָאָב שֶׁנֶּאֱמַר אֶת בִּתִּי נָתַתִּי לָאִישׁ הַזֶּה (דְּבָרִי' כב) וּמִיהוּ רַבָּנָן תַּקִּינוּ לָהּ קִדּוּשִׁין לְהַצְרִיכָהּ מֵיאוּן כְּדֵי שֶׁיִּשָּׂאוּהָ וְלֹא תֵּצֵא לִזְנוּת לְפִיכָךְ אִם מֵיאֲנָה לְאַחַר זְמַן וְאָמְרָה אִי אֶפְשִׁי בּוֹ יוֹצֵאת וּמֻותֶּרֶת לְכָל אָדָם וְאֵינָהּ צְרִיכָה הֵימֶנּוּ גֵּט וְהֵעִיד ר' יְהוּדָה בֶּן בָּבָא שֶׁפְּעָמִים שֶׁמִּצְוָה עַל בֵּית דִּין לְלָמְדָהּ שֶׁתְּמָאֵן בּוֹ כְּגוֹן שְׁנֵי אַחִים נְשׂוּאִין שְׁתֵּי אֲחָיוֹת יְתוֹמוֹת אַחַת גְּדוֹלָה וְקִדּוּשֶׁיהָ קִדּוּשֵׁי תּוֹרָה וְאַחַת קְטַנָּה שֶׁאֵין קִדּוּשֶׁיהָ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וּמֵת בַּעְלָהּ שֶׁל גְּדוֹלָה בְּלֹא בָּנִים וְנָפְלָה לִפְנֵי אָחִיו לְיִבּוּם וְנִמְצֵאת זְקוּקָה לוֹ מִן הַתּוֹרָה וְזִיקָּה זוֹ אוֹסֶרֶת אֶת אִשְׁתּוֹ עָלָיו מִשּׁוּם אֲחוֹת זְקוּקָה שֶׁהִיא כַּאֲחוֹת אִשְׁתּוֹ וא"ר אֱלִיעֶזֶר בְּמַסֶּכֶת יְבָמוֹת (דַּף קט.) מְלַמְּדִין קְטַנָּה זוֹ שֶׁתְּמָאֵן בְּבַעְלָהּ וְתַעֲקֹור קִדּוּשֶׁיהָ לְמַפְרֵעַ וְתַעֲשֶׂה כָּל בְּעִילוֹתֶיהָ כְּאִלּוּ הֵן שֶׁל זְנוּת כְּדֵי לְהַתִּיר אֶת בַּעְלָהּ לְיַבֵּם אֶת אֲחוֹתָהּ דִּתְנַן נוֹשְׂאִין עַל הָאֲנוּסָה וְעַל הַמְפֻותָּה (יְבָמוֹת דַּף צז.) וְהֵעִיד רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא בְּיוֹם שֶׁנִּשְׁנֵית עִדִּיּוֹת שֶׁהֲלָכָה כר"א:
Il s'agit d'une mineure que sa mère a mariée après la mort de son père. Selon la Torah, ses kidouchin (fiançailles) ne valent rien, car une mineure n'a pas le discernement requis, et la Torah n'a pas donné à la mère le pouvoir de la marier, mais seulement au père, ainsi qu'il est dit : « J'ai donné ma fille à cet homme » (Devarim 22). Toutefois les Sages lui ont institué des kidouchin, afin de la soumettre à un refus (miyoun), pour qu'on l'épouse et qu'elle ne se livre pas à la débauche. C'est pourquoi, si elle refuse plus tard en disant « je n'en veux pas », elle s'en va, elle est permise à tout homme et n'a pas besoin de guet de sa part. Rabbi Yehouda ben Bava a témoigné qu'il est parfois une mitsva pour le tribunal de lui enseigner qu'elle doit refuser : par exemple, deux frères mariés à deux sœurs orphelines, l'une majeure, dont les kidouchin sont ceux de la Torah, et l'autre mineure, dont les kidouchin ne sont que rabbiniques. Le mari de la majeure meurt sans enfants ; elle tombe devant son frère pour le yiboum (lévirat) et se trouve liée à lui selon la Torah, et cette liaison (zika) lui interdit sa propre femme, comme « sœur de la femme liée », puisqu'elle est comme la sœur de son épouse. Rabbi Eliezer a dit, au traité Yevamot (109a), qu'on enseigne à cette mineure de refuser son mari : ses kidouchin sont ainsi déracinés rétroactivement et toutes ses relations deviennent comme celles d'une débauche, ce qui permet à son mari de faire le yiboum avec sa sœur — car nous avons appris qu'on peut épouser la parente d'une femme violée ou séduite (Yevamot 97a). Et Rabbi Yehouda ben Bava a témoigné, le jour où le traité Edouyot fut enseigné, que la halakha suit Rabbi Eliezer.
ע"פ עֵד אֶחָד שֶׁאָמַר לָהּ מֵת בַּעֲלִיךְ בִּמְדִינַת הַיָּם (יְבָמוֹת דַּף קכב.):
Sur la parole d'un seul témoin qui lui a déclaré : ton mari est mort outre-mer (Yevamot 122a).
שֶׁנִּסְקַל תַּרְנְגוֹל שֶׁנִּיקֵּר קָדְקֳדוֹ שֶׁל תִּינוֹק בְּמָקוֹם שֶׁהַמֹּוחַ רוֹפֵף וְנִיקַּב אֶת מוֹחוֹ וּסְקָלוּהוּ כְּמִשְׁפַּט שׁוֹר שֶׁנָּגַח אֶת הָאָדָם דִּכְתִיב (שְׁמוֹת כא) הַשּׁוֹר יִסָּקֵל וְגָמְרִינַן בג"ש שׁוֹר שׁוֹר מִשַּׁבָּת לַעֲשׂוֹת כָּל בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף כְּשׁוֹר (ב"ק ד' נד:):
Il avait becqueté le crâne d'un nourrisson à l'endroit où la boîte crânienne est encore molle et lui avait percé le cerveau ; on le lapida selon la loi du bœuf qui a encorné un homme, ainsi qu'il est écrit (Chemot 21) : « le bœuf sera lapidé ». Et nous l'apprenons par une gezera chava « chor »–« chor » à partir du chabbat, pour rendre tout animal domestique, toute bête sauvage et tout oiseau semblables au bœuf (Baba Kama 54b).
וְעַל יַיִן בֶּן אַרְבָּעִים יוֹם שֶׁיָּצָא מִכְּלַל יַיִן מִגִּתּוֹ וּבָא לִכְלַל יַיִן גָּמוּר וְקָרֵינַן בֵּיהּ נֶסֶךְ שֵׁכָר (בַּמִּדְבָּר כח):
Il est sorti de la catégorie du vin de la cuve et est entré dans celle du vin achevé ; on lit à son sujet « libation de boisson forte » (Bamidbar 28).
בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת וְתוּ לָא אַלְמָא כְּרַבִּי יְהוּדָה ס"ל וְקָאָמַר בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת אַלְמָא לְרַבִּי יְהוּדָה עַד וְעַד בִּכְלָל:
À quatre heures et pas au-delà. Il tient donc comme Rabbi Yehouda, et il dit « à quatre heures » : donc, pour Rabbi Yehouda, « jusqu'à » comprend la borne.
💡 Explication

Rav Nahman produit une michna du traité Edouyot, recueil des témoignages rassemblés au jour où Rabban Gamliel fut déposé. Seule la cinquième attestation intéresse notre sougya : un tamid du matin offert à quatre heures. Le mot « à » est ici décisif : le témoignage ne dit pas « avant quatre heures », mais bien dans la quatrième heure elle-même. La borne annoncée par Rabbi Yehouda est donc utilisable, c'est-à-dire comprise dans le temps permis.

🖼️ Schéma
Les cinq témoignages de Rabbi Yehouda ben Bava 1. La mineure mariée par sa mère peut être amenée à refuser (miyoun). 2. La femme se remarie sur la parole d'un seul témoin. 3. Un coq lapidé à Jérusalem pour avoir tué un enfant. 4. Un vin de quarante jours versé en libation sur l'autel. 5. Le tamid du matin offert À quatre heures. Le seul témoignage utile ici : la quatrième heure est encore valable, donc la borne est comprise.
Quatre témoignages sans rapport avec notre sujet, un cinquième qui tranche la question.
7
שְׁמַע מִינָּה ״עַד וְעַד בִּכְלָל״. שְׁמַע מִינָּה.

Apprends-en que « jusqu'à » comprend la borne. Apprends-en effectivement.

⚖️ Rosh (1)
אִיתְּמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא אוֹמֵר תְּפִלּוֹת אָבוֹת תִּקְּנוּם רִיבָּ"ל אוֹמֵר תְּפִלּוֹת כְּנֶגֶד תְּמִידִים תִּקְּנוּם תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הַשַּׁחַר עַד חֲצוֹת שֶׁהֲרֵי תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד חֲצוֹת ר"י אוֹמֵר עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת שֶׁהֲרֵי תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב שֶׁהֲרֵי תָּמִיד הָעֶרֶב הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד הָעֶרֶב ר' יְהוּדָה אוֹמֵר עַד פְּלַג הַמִּנְחָה שֶׁהֲרֵי תָּמִיד הָעֶרֶב הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד פְּלַג הַמִּנְחָה וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ תְּפִלַּת הָעֶרֶב אֵין לָהּ קֶבַע שֶׁהֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ מִבְּעוֹד יוֹם הָיוּ קְרֵבִים וְהוֹלְכִין כָּל הַלַּיְלָה וּמִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ וְשֶׁל קָרְבַּן מוּסָף כָּל הַיּוֹם שֶׁהֲרֵי קָרְבַּן מוּסַף קָרֵב וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר עַד ז' שָׁעוֹת שֶׁהֲרֵי קָרְבַּן מוּסַף קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת אֵיזוֹ הִיא מִנְחָה גְּדוֹלָה מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה וְאֵיזוֹ הִיא מִנְחָה קְטַנָּה מט' שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה פְּלַג הַמִּנְחָה אַחֲרוֹנָה אַחַד עָשָׂר שָׁעוֹת פָּחוֹת רְבִיעַ. וְאִיכָּא דְּאִיבַּעְיָא לְהוּ לְר' יְהוּדָה עַד וְעַד בַּכְּלָל אוֹ דִּילְמָא עַד וְלֹא עַד בִּכְלָל וּמַסְּקָנָא עַד וְעַד בִּכְלָל דַּיְקָא נָמֵי דְּקָתָנֵי הֵעִיד רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא עַל תָּמִיד הַשַּׁחַר שֶׁקָּרֵב בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת אָמַר רַב כָּהֲנָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה הוֹאִיל וּתְנָא בִּבְחֵירְתָּא כְּוָותֵיהּ: תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר עַד פְּלַג הַמִּנְחָה א"ל רַב חִסְדָּא לְרַבִּי יִצְחָק הָתָם קָאָמַר רַב כָּהֲנָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה הוֹאִיל וּתְנָא בִּבְחִירָתָא כְּוָותֵיהּ הָכָא מַאי אִישְׁתִּיק וְלָא א"ל וְלָא מִידֵי וְאַסְּקִינַן דְּהַשְׁתָּא דְּלָא אִיתְּמַר הִלְכְתָא לָא כְּמָר וְלָא כְּמַר מַאן דַּעֲבִיד כְּמַר עֲבִיד וּמַאן דַּעֲבִיד כְּמַר עֲבִיד. כָּתַב הַגָּאוֹן דְּמַאן דְּמַקְדִּים וּמְצַלֵּי עַרְבִית תּוּ לָא מָצֵי לְצַלּוֹיֵי מִנְחָה אֶלָּא עַד פְּלַג הַמִּנְחָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאִם אִיתָא דְּרַבִּי יְהוּדָה לֵיתָא לִדְרַבָּנָן וְאִם אִיתָא דְּרַבָּנָן לֵיתָא לִדְרַבִּי יְהוּדָה לָכֵן אִי צָלִי תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב תּוּ לָא מָצֵי לְאַקְדּוֹמֵי לִתְפִלַּת הָעֶרֶב בִּפְלַג הַמִּנְחָה דְּאִי אֶפְשָׁר לוֹ לַעֲשׂוֹת פַּעַם כְּרַבִּי יְהוּדָה וּפַעַם כְּרַבָּנָן:
Il a été dit : Rabbi Yossi bar Hanina dit que ce sont les patriarches qui ont institué les prières ; Rabbi Yehochoua ben Levi dit que les prières ont été instituées en correspondance avec les sacrifices quotidiens (temidim). Une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yehochoua ben Levi : pourquoi ont-ils dit que la prière du matin va jusqu'à hatsot ? Parce que le tamid du matin était offert jusqu'à hatsot. Rabbi Yehouda dit : jusqu'à quatre heures, parce que le tamid du matin était offert jusqu'à quatre heures. Et pourquoi ont-ils dit que la prière de minha va jusqu'au soir ? Parce que le tamid du soir était offert jusqu'au soir. Rabbi Yehouda dit : jusqu'au pelag ha-minha, parce que le tamid du soir était offert jusqu'au pelag ha-minha. Et pourquoi ont-ils dit que la prière du soir n'a pas de temps fixe ? Parce que les membres et les graisses qui n'avaient pas été consumés pendant le jour continuaient d'être offerts toute la nuit. Et pourquoi ont-ils dit que celle du sacrifice moussaf vaut toute la journée ? Parce que le sacrifice moussaf était offert toute la journée. Rabbi Yehouda dit : jusqu'à sept heures, parce que le sacrifice moussaf était offert jusqu'à sept heures. Qu'est-ce que la minha gdola ? À partir de six heures et demie. Qu'est-ce que la minha ktana ? À partir de neuf heures et demie. Le pelag de la dernière minha : onze heures moins un quart. Certains ont demandé : pour Rabbi Yehouda, « jusqu'à » comprend-il la borne, ou bien l'exclut-il ? La conclusion est que « jusqu'à » comprend la borne ; cela ressort aussi de ce qui est enseigné : Rabbi Yehouda ben Bava a témoigné sur le tamid du matin qui fut offert à quatre heures. Rav Kahana a dit : la halakha suit Rabbi Yehouda, puisqu'on a enseigné conformément à lui dans la « choisie » (le traité Edouyot). « La prière de minha jusqu'au soir ; Rabbi Yehouda dit : jusqu'au pelag ha-minha. » Rav Hisda dit à Rabbi Yitshak : là-bas, Rav Kahana a dit que la halakha suit Rabbi Yehouda, puisqu'on a enseigné conformément à lui dans la « choisie » ; ici, qu'en est-il ? Il resta silencieux et ne lui répondit rien. Nous avons conclu que, la halakha n'ayant été tranchée ni comme l'un ni comme l'autre, celui qui fait comme l'un a bien fait et celui qui fait comme l'autre a bien fait. Le Gaon a écrit que celui qui avance et prie arvit ne peut plus prier minha que jusqu'au pelag ha-minha, comme Rabbi Yehouda : car si l'avis de Rabbi Yehouda tient, celui des Sages ne tient pas, et si celui des Sages tient, celui de Rabbi Yehouda ne tient pas. Dès lors, s'il a prié la prière de minha jusqu'au soir, il ne peut plus avancer la prière du soir au pelag ha-minha, car il ne lui est pas possible d'agir une fois comme Rabbi Yehouda et une fois comme les Sages.
💡 Explication

La question est close : chez Rabbi Yehouda, la borne annoncée est comprise dans le temps permis. Le Roch rassemble ici toute la sougya et en tire la conséquence pratique la plus lourde, au nom du Gaon : les deux avis forment chacun un système cohérent, et il est interdit de prendre l'allègement de l'un puis celui de l'autre le même jour.

8
אָמַר רַב כָּהֲנָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה, הוֹאִיל וּתְנַן בִּבְחִירָתָא כְּוָותֵיהּ.

Rav Kahana a dit : la halakha suit Rabbi Yehouda, puisque nous avons appris dans la « choisie » conformément à lui.

📜 Rachi (2)
הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִי' דְּאֵין תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר קָרֵב לְאַחַר אַרְבַּע שָׁעוֹת וה"ה לִתְפִלָּה:
D'après notre michna, le tamid du matin n'est plus offert après quatre heures ; il en va de même pour la prière.
בִּבְחִירָתָא עִדִּיּוֹת קָרֵי בְּחִירָתָא שֶׁהֲלָכָה כְּאוֹתָן עִדִּיּוֹת:
On appelle le traité Edouyot « la choisie », parce que la halakha suit ces témoignages.
💡 Explication

Le traité Edouyot est surnommé be'hirta, « la choisie » : ses enseignements sont tenus pour tranchés. Rav Kahana s'appuie donc sur le cinquième témoignage pour fixer la halakha comme Rabbi Yehouda : la prière du matin se récite jusqu'à la fin de la quatrième heure, et pas au-delà.

9
וְעַל תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר שֶׁקָּרַב בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת, מַאן תְּנָא לְהָא דִּתְנַן: ״וְחַם הַשֶּׁמֶשׁ וְנָמֵס״, בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת.

« Et sur le tamid du matin qui fut offert à quatre heures. » Qui est le tana de ce que nous avons appris : « et quand le soleil chauffait, elle fondait » — à quatre heures ?

10
אַתָּה אוֹמֵר בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא בְּשֵׁשׁ שָׁעוֹת?! כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״כְּחֹם הַיּוֹם״, הֲרֵי שֵׁשׁ שָׁעוֹת אָמוּר, הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וְחַם הַשֶּׁמֶשׁ וְנָמֵס״ — בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת. מַנִּי? לָא רַבִּי יְהוּדָה וְלָא רַבָּנַן. אִי רַבִּי יְהוּדָה עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת נָמֵי צַפְרָא הוּא! אִי רַבָּנָן — עַד חֲצוֹת נָמֵי צַפְרָא הוּא.

Tu dis à quatre heures ; ou peut-être seulement à six heures ? Lorsque le verset dit « à la chaleur du jour », voilà que six heures se trouve déjà énoncé ; comment donc maintenir « et quand le soleil chauffait, elle fondait » ?

À quatre heures. — De qui est-ce ? Ni de Rabbi Yehouda ni des Sages.

Si c'est Rabbi Yehouda, jusqu'à quatre heures c'est encore le matin ! Si ce sont les Sages, jusqu'à hatsot c'est encore le matin !

📜 Rachi (5)
כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר כְּחֹום הַיּוֹם הֲרֵי שֵׁשׁ שָׁעוֹת אָמוּר כְּלוֹמַר מָצִינוּ בְּמָקוֹם אַחֵר שֶׁשִּׁינָּה הַכָּתוּב בִּלְשׁוֹנוֹ וְאָמַר וְהוּא יֹושֵׁב פֶּתַח הָאֹוהֶל כְּחֹום הַיּוֹם וְלֹא אָמַר כְּחֹום הַשֶּׁמֶשׁ אֶלָּא הַיּוֹם מַשְׁמַע כָּל הַמְּקוֹמוֹת חַמִּין בֵּין חַמָּה בֵּין צֵל הוּא מְדַבֵּר בְּשָׁעָה שִׁשִּׁית:
C'est-à-dire : nous trouvons ailleurs que le verset a changé son expression et a dit « et il était assis à l'entrée de la tente à la chaleur du jour », sans dire « à la chaleur du soleil ». « Le jour » indique que tous les lieux sont chauds, au soleil comme à l'ombre : il parle de la sixième heure.
הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים וְחַם הַשֶּׁמֶשׁ דְּמַשְׁמַע הַשֶּׁמֶשׁ חַם וְהַצֵּל צוֹנֵן:
L'expression indique que le soleil est chaud tandis que l'ombre reste fraîche.
בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת דְּאִילּוּ קֹודֶם אַרְבַּע שָׁעוֹת אַף הַשֶּׁמֶשׁ צוֹנֵן:
À quatre heures, car avant quatre heures il fait encore frais même au soleil.
מַנִּי הָא דְּמַשְׁמַע דְּאַרְבַּע לָאו בֹּקֶר הוּא דְּהָא כְּתִיב וַיִּלְקְטוּ אֹותוֹ בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר וְחַם הַשֶּׁמֶשׁ וְנָמֵס הַנּוֹתָר וּמִדְּמוּקֵי וְנָמֵס בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת מִכְּלָל דְּלָאו זְמַן לְקִיטָה הוּא וְלָאו בֹּקֶר מִיקְּרֵי:
De qui est-ce ? De qui vient cette affirmation que quatre heures n'est déjà plus le matin ? Car il est écrit : « ils la ramassaient matin après matin... et quand le soleil chauffait, ce qui restait fondait ». Puisqu'on situe ce « elle fondait » à quatre heures, il en résulte que ce n'est plus le temps du ramassage et que cela ne s'appelle plus « matin ».
אַרְבַּע שָׁעוֹת נָמֵי צַפְרָא הוּא דְּהָא אָמְרַתְּ עַד וְעַד בַּכְּלָל וְגַבֵּי תָּמִיד כְּתִיב תַּעֲשֶׂה בַּבֹּקֶר:
Puisque tu as dit que « jusqu'à » comprend la borne, et qu'au sujet du tamid il est écrit « tu l'offriras le matin ».
💡 Explication

La guemara passe du droit au verset. La michna sur la manne fixe à quatre heures le moment où « le soleil chauffait ». Rachi dégage le raisonnement : l'Écriture distingue « la chaleur du soleil », quand le soleil brûle mais que l'ombre reste fraîche, et « la chaleur du jour », quand tout est chaud, au soleil comme à l'ombre. La seconde expression vise la sixième heure ; la première doit donc viser un moment antérieur, la quatrième heure.

D'où la difficulté : ce tana traite quatre heures comme déjà sorti du matin, alors que Rabbi Yehouda y voit encore le matin (le tamid y est offert et le verset dit « le matin »), et les Sages y voient le matin jusqu'à hatsot.

🖼️ Schéma
Deux expressions de l'Écriture, deux moments de la journée Avant 4 h Soleil : frais Ombre : fraîche C'est le temps du ramassage de la manne. A 4 h Soleil : chaud Ombre : fraîche "Quand le soleil chauffait, elle fondait." A 6 h Soleil : chaud Ombre : chaude "À la chaleur du jour" (Berechit 18).
La distinction entre chaleur du soleil et chaleur du jour place le verset de la manne à la quatrième heure.
11
אִי בָּעֵית אֵימָא רַבִּי יְהוּדָה, אִי בָּעֵית אֵימָא רַבָּנַן: אִי בָּעֵית אֵימָא רַבָּנַן: אֲמַר קְרָא ״בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר״ — חַלְּקֵהוּ לִשְׁנֵי בְּקָרִים. וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַבִּי יְהוּדָה: הַאי בָּקָר יַתִּירָא — לְהַקְדִּים לוֹ שָׁעָה אַחַת. דְּכֻולָּא עָלְמָא מִיהָא ״וְחַם הַשֶּׁמֶשׁ וְנָמֵס״ בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת.

Si tu veux, dis Rabbi Yehouda ; si tu veux, dis les Sages. Si tu veux, dis les Sages : le verset dit « matin après matin » — partage-le en deux matins.

Et si tu veux, dis Rabbi Yehouda : ce « matin » supplémentaire vient avancer d'une heure. Pour tous, en tout cas, « et quand le soleil chauffait, elle fondait » se place à quatre heures.

📜 Rachi (1)
לִשְׁנֵי בְּקָרִים שֶׁלֹּא הָיוּ לוֹקְטִים אֶלָּא בְּשָׁלֹשׁ שָׁעוֹת רִאשׁוֹנוֹת שֶׁהוּא בֹּקֶר רִאשׁוֹן:
Ils ne ramassaient que pendant les trois premières heures, qui forment le premier matin.
💡 Explication

La réponse joue sur la répétition « matin après matin ». Pour les Sages, le matin s'étend jusqu'à hatsot ; le redoublement en désigne la première moitié, donc les trois premières heures : le ramassage s'arrête à la fin de la troisième heure et ce qui reste fond à la quatrième. Pour Rabbi Yehouda, dont le matin s'achève à quatre heures, le mot surnuméraire avance simplement la limite d'une heure, avec le même résultat. Les deux positions se rejoignent donc sur la quatrième heure.

12
מַאי מַשְׁמַע? אָמַר רַבִּי אַחָא בַּר יַעֲקֹב: אֲמַר קְרָא ״וְחַם הַשֶּׁמֶשׁ וְנָמֵס״ — אֵיזוֹ הִיא שָׁעָה שֶׁהַשֶּׁמֶשׁ חַם וְהַצֵּל צוֹנֵן — הֱוֵי אוֹמֵר בְּאַרְבַּע שָׁעוֹת.

D'où cela ressort-il ? Rabbi Aha bar Yaakov a dit : le verset dit « et quand le soleil chauffait, elle fondait » — quelle est l'heure où le soleil est chaud et l'ombre fraîche ?

Il faut dire : à quatre heures.

13
תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב וְכוּ׳. אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַב יִצְחָק: הָתָם אָמַר רַב כָּהֲנָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה, הוֹאִיל וּתְנַן בִּבְחִירָתָא כְּוָותֵיהּ, הָכָא מַאי? אִישְׁתִּיק וְלָא אֲמַר לֵיהּ וְלָא מִידִי. אָמַר רַב חִסְדָּא: נֶחְזֵי אֲנַן, מִדְּרַב מְצַלֵּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת מִבְּעוֹד יוֹם, שְׁמַע מִינַּהּ הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה.

« La prière de minha jusqu'au soir, etc. » Rav Hisda dit à Rav Yitshak : là-bas, Rav Kahana a dit que la halakha suit Rabbi Yehouda, puisque nous avons appris dans la « choisie » conformément à lui ; ici, qu'en est-il ? Il resta silencieux et ne lui répondit rien.

Rav Hisda dit : voyons par nous-mêmes. Du fait que Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat alors qu'il faisait encore jour, apprends-en que la halakha suit Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (3)
הָתָם אָמַר רַב כָּהֲנָא גַּבֵּי תְּפִלַּת הַשַּׁחַר:
Là-bas, au sujet de la prière du matin.
שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת שֶׁקִּבֵּל עָלָיו שַׁבָּת מִבְּעוֹד יוֹם:
Il avait accepté sur lui le chabbat alors qu'il faisait encore jour.
שְׁמַע מִינָּה כְּרַבִּי יְהוּדָה ס"ל דְּאָמַר מִפְּלַג הַמִּנְחָה אָזֵיל לֵיהּ זְמַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וְעָיֵיל לֵיהּ זְמַן תְּפִלַּת עַרְבִית:
Il tient comme Rabbi Yehouda, qui dit qu'à partir du pelag ha-minha le temps de la prière de minha s'en va et celui de la prière du soir entre.
💡 Explication

La même question se pose pour la seconde divergence de la michna, celle qui porte sur minha. Rav Kahana disposait là-bas d'un appui extérieur, le traité Edouyot ; ici, aucun témoignage ne vient trancher, et Rav Yitshak se tait. Rav Hisda tente alors une preuve tirée d'une pratique : Rav priait l'office de chabbat avant la nuit, ce qui suppose que le temps de minha s'achève au pelag et que celui d'arvit s'ouvre aussitôt.

14
אַדְּרַבָּה מִדְּרַב הוּנָא וְרַבָּנַן לָא הֲווֹ מְצַלּוּ עַד אוּרְתָּא, שְׁמַע מִינַּהּ אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה. הַשְׁתָּא דְּלָא אִתְּמַר הִלְכְתָא לָא כְּמָר וְלָא כְּמַר, דַּעֲבַד כְּמַר — עֲבַד, וְדַעֲבַד כְּמַר — עֲבַד.

Au contraire ! Du fait que Rav Houna et les maîtres ne priaient qu'à la tombée du soir, apprends-en que la halakha ne suit pas Rabbi Yehouda.

Maintenant que la halakha n'a été tranchée ni comme l'un ni comme l'autre : celui qui fait comme l'un a bien fait, et celui qui fait comme l'autre a bien fait.

⚖️ Rosh (1)
מֵאֵימָתַי קוֹרִין אֶת שְׁמַע בָּעֲרָבִין מִשָּׁעָה שֶׁהַכֹּהֲנִים נִכְנָסִין לֶאֱכֹול בִּתְרוּמָתָן עַד סוֹף הָאַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹמְרִים עַד חֲצוֹת. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. פירש"י וַאֲנַן שֶׁקּוֹרִין שְׁמַע בְּבֵית הַכְּנֶסֶת קֹודֶם צֵאת הַכּוֹכָבִים אֵין אָנוּ יוֹצְאִים יְדֵי חוֹבָתֵנוּ אֶלָּא בִּקְרִיאַת שְׁמַע שֶׁעַל מִטָּתֵנוּ פֶּרֶק רִאשׁוֹן. וּמַה שֶׁאָנוּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת כְּדֵי לַעֲמֹוד בִּתְפִלָּה מִתּוֹךְ דִבְרֵי תוֹרָה. וְהָכִי תַּנְיָא בִּבְרָכוֹת יְרוּשַׁלְמִי בְּרֵישׁ פִּירְקִין הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע קֹודֶם לָכֵן לֹא יָצָא. א"כ לָמָּה קוֹרִין אוֹתָהּ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת. לֹא לְהוֹצִיא אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן אֶלָּא כְּדֵי לַעֲמֹוד בִּתְפִלָּה מִתּוֹךְ דִבְרֵי תוֹרָה וְכֵן כָּתַב הָרִיבָ"א והרי"ץ גִּיאָת זַ"ל וְכֵן כָּתַב רַב עַמְרָם זַ"ל נ"א וּמֵחֲמַת זֶה כָּתַב שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ אקב"ו עַל קְרִיאַת שְׁמַע כְּשֶׁהוּא קוֹרֵא לִפְנֵי מִטָּתוֹ. מִתּוֹךְ דִּבְרֵיהֶם מַשְׁמַע שֶׁאָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ מִתּוֹךְ אוֹתָהּ קְרִיאָה ול"נ לר"ת זַ"ל שֶׁהֲרֵי ק"ש שֶׁעַל מִטָּתוֹ אֵין אָנוּ קוֹרִין כִּי אִם פָּרָשָׁה רִאשׁוֹנָה וְשֶׁלֹּא בְּבִרְכוֹתֶיהָ וּבְבֵית הַכְּנֶסֶת אָנוּ קוֹרִין אוֹתָהּ כֻּולָּהּ בְּבִרְכוֹתֶיהָ בְּלֹא זְמַנָּהּ וְעוֹד דְּקָאָמַר בַּגְּמָרָא אִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא אֵינוֹ צָרִיךְ לִקְרוֹת ק"ש עַל מִטָּתוֹ. וְיֵשׁ לִדְחוֹת דְּמַייְרֵי הֵיכָא דְּקָרָא בִּזְמַנָּהּ בבהכ"נ. וְעוֹד הִקְשָׁה דְּאִם כֵּן אָנוּ נוֹהֲגִין כְּרִיבָּ"ל דְּאָמַר תְּפִלּוֹת בְּאֶמְצַע תִּקְּנוּם וַאֲנַן קי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר דק"ש שֶׁל עַרְבִית תְּחִלָּה וְאח"כ תְּפִלָּה דְּתַנְיָא לְקַמָּן בְּפִירְקִין כְּוָותֵיהּ. וּפֵירֵשׁ ר"ת זַ"ל דק"ש שֶׁל בֵּית הַכְּנֶסֶת עִיקָּר. וּמַה שֶׁאָנוּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּעוֹד יוֹם. דקי"ל כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כו.) תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד פְּלַג הַמִּנְחָה וְהוּא שָׁעָה וּרְבִיעַ קֹודֶם הַלַּיְלָה. מִכָּאן וְאֵילָךְ הָוֵי לַיְלָה לְעִנְיַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וְהוּא הַדִּין לְעִנְיַן ק"ש וְאָמְרִי' לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כז.) דַּעֲבַד כְּמָר עֲבַד וְדַעֲבַד כְּמָר עֲבַד וְאָמְרִינַן נָמֵי לְקַמָּן שָׁם רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אַלְמָא חֲשִׁיב לַיְלָה לְעִנְיַן תְּפִלַּת הָעֶרֶב וְהוּא הַדִּין לְעִנְיַן ק"ש. וא"ת הָא דְּפָרִיךְ לְקַמָּן ר' יְהוּדָה לר"מ דְּאָמַר מִשָּׁעָה שֶׁהַכֹּהֲנִים טוֹבְלִין לֶאֱכֹול בִּתְרוּמָתָן וַהֲלֹא כֹּהֲנִים בַּיּוֹם הֵם טוֹבְלִים אַדְּרַבָּה קָשֶׁה טְפֵי לְדִידֵיהּ שֶׁהֲרֵי קוֹרִין אוֹתָהּ בִּפְלַג הַמִּנְחָה דְּהוּא יוֹם גָּדוֹל וי"ל דְּהָכִי קָאָמַר לֵיהּ לְדִידָךְ שֶׁאַתָּה סוֹבֵר כְּרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלַי בְּפָ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר וְאָמְרִי דִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה עַד הָעֶרֶב א"כ אוֹתָהּ שָׁעָה יוֹם לְעִנְיַן ק"ש וּמַה שֶׁאָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי שֶׁהָיוּ קוֹרִין אֶת שְׁמַע כְּדֵי לַעֲמֹוד בִּתְפִלָּה מִתּוֹךְ דִבְרֵי תוֹרָה לֹא שֶׁהָיוּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּבִרְכוֹתֶיהָ אֶלָּא שֶׁהָיוּ קוֹרִין פָּרָשָׁה שְׁמַע כְּמוֹ שֶׁאָנוּ רְגִילִים לִקְרוֹת אַשְׁרֵי קֹודֶם תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וּמִיהוּ קְצָת קָשֶׁה דִּלְעִנְיַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עָבְדִינַן כְּרַבָּנָן וּמִתְפַּלְּלִין פְּעָמִים תְּפִלַּת הַמִּנְחָה אַחַר פְּלַג הַמִּנְחָה וּלְעִנְיַן ק"ש חָשְׁבִי' לֵיהּ לַיְלָה כְּמוֹ ר' יְהוּדָה וְהָוֵי כְּמוֹ שִׁדְרָה וְגֻלְגֹּולֶת תְּרֵי קֻולֵּי דְּסָתְרִי אַהֲדָדֵי עֵרוּבִין דַּף ז. וְהָא דְּאָמְרִי' לְקַמָּן דַּעֲבַד כְּמָר עֲבַד וְדַעֲבַד כְּמָר עֲבַד ה"פ לָא אַפְסִיק הִלְכְתָא לֹא כְּרַבִּי יְהוּדָה וְלֹא כְּרַבָּנַן מִי שֶׁיִּרְצֶה לַעֲשׂוֹת יַעֲשֶׂה הַכֹּל כְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹ הַכֹּל כְּרַבָּנָן וְלֹא שֶׁיִּתְפֹּוס קֻולָּא שֶׁל שְׁנֵיהֶם וי"ל דִּלְעִנְיַן תְּפִלָּה הֵקֵלּוּ וְלָא נְהִירָא לִי מַה שֶׁהֵבִיא רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל רְאָיָה מִתְּפִלַּת הַמִּנְחָה שֶׁהִיא עַד פְּלַג הַמִּנְחָה. דִּתְפִלּוֹת כְּנֶגֶד תְּמִידִים תִּקְּנוּם וְתָמִיד הָיָה קָרֵב וְהוֹלֵךְ עַד פְּלַג הַמִּנְחָה אֲבָל לְעִנְיַן ק"ש לָאו זְמַן שְׁכִיבָה הוּא וּמֵרַב דְּצָלִי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֵינָהּ רְאָיָה דִּלְמָא כְּרִיבָּ"ל ס"ל דְּאָמַר תְּפִלּוֹת בְּאֶמְצַע תִּקְּנוּם וְשָׁמַע הָיָה קוֹרֵא אַחַר צֵאת הַכּוֹכָבִים. וְנִרְאֶה לְקַיֵּים הַמִּנְהָג שֶׁאָנוּ סוֹבְרִים כִּשְׁאָר הַתְּנָאִים שֶׁמַּקְדִּימִין שְׁעַת הק"ש לְצֵאת הַכּוֹכָבִים. ואע"ג דְּלֵית הִלְכְתָא כַּר' אֱלִיעֶזֶר לְגַבֵּי ר' יְהוֹשֻׁעַ וְלֹא כְּרַבִּי מֵאִיר לְגַבֵּי רַבִּי יְהוּדָה מִכָּל מָקוֹם בִּתְפִלָּה הֵקֵלּוּ וְגַם מִתּוֹךְ הַדְּחָק נָהֲגוּ כָּךְ לְפִי שֶׁמִּתְקַבְּצִין הַצִּבּוּר לִתְפִלַּת הַמִּנְחָה וְאִילּוּ לֹא הָיוּ קוֹרִין אֶת שְׁמַע וּמִתְפַּלְּלִין תְּפִלַּת הָעֶרֶב עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים הָיָה כָּל אֶחָד וְאֶחָד הוֹלֵךְ לְבֵיתוֹ וְהָיָה טֹורַח לָהֶם לְהִתְקַבֵּץ לְאַחַר מִכָּאן וְלֹא הָיוּ מִתְפַּלְּלִים בְּצִבּוּר. לְפִיכָךְ נָהֲגוּ הָעָם לִקְרוֹת שְׁמַע וּלְהִתְפַּלֵּל קֹודֶם צֵאת הַכּוֹכָבִים וְסָמְכוּ עַל הָנֵי תַּנָּאֵי כִּדְפֵירַשְׁתִּי אע"ג דִּלְכַתְּחִלָּה אֵין לִקְרוֹת ק"ש עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים כִּסְתָמָא דְּמַתְנִי' וְכַר' יְהוֹשֻׁעַ דִּפְלִיג אֶדֶר' אֱלִיעֶזֶר בַּבָּרַיְיתָא. וְשָׁאֲלוּ מֵרַב הַאי זַ"ל לְעִנְיַן צִבּוּר שֶׁמִּתְפַּלְּלִין עַרְבִית וְקוֹרִין שְׁמַע קֹודֶם צֵאת הַכּוֹכָבִים וְלָא מָצֵי אִינָשׁ לְעַכְּבִינְהוּ. אֵיזֶהוּ עָדִיף לְאַצְלוֹיֵי בַּהֲדַיְיהוּ וְלִשְׁבֹּוק קְרִיאַת שְׁמַע עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים. אוֹ לְעַכּוֹבֵי עַד צֵאת הַכּוֹכָבִים וּלְצַלּוֹיֵי בְּיָחִיד לִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה. וְהֵשִׁיב בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין כֵּן מִתְפַּלְּלִין שֶׁל עַרְבִית וְאַחַר כָּךְ קוֹרִין אֶת שְׁמַע בִּזְמַנָּהּ וְלָא אִיכְפַּת לְהוּ לְמִיסְמַךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלַּת עַרְבִית וְחָזֵינַן דִּקְרִיאַת שְׁמַע בְּעוֹנָתָהּ דְּהַיְינוּ בְּצֵאת הַכּוֹכָבִים עָדִיף מִמִּסְמַךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר לְצַלּוֹיֵי. וְאִי צָלִי רִאשׁוֹנָה דְּבַהֲדֵי צִבּוּרָא רְשׁוּת וּשְׁנִיָּה חוֹבָה שַׁפִּיר דָּמֵי. כָּךְ הֵשִׁיב רַב הַאי גָּאוֹן זַ"ל. מִשּׁוּם שֶׁנִּרְאֶה לוֹ שֶׁיּוֹתֵר טוֹב לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּתוֹ עִם הַצִּבּוּר מִפְּלַג הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה כר"י מִמַּה שֶׁיִּתְפַּלֵּל בְּיָחִיד וְיִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וְכָל שֶׁכֵּן לְדִידַן שֶׁאֵין אָנוּ סוֹמְכִין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה שֶׁל עַרְבִית שֶׁאָנוּ מַפְסִיקִין בִּפְסוּקִים וְיִרְאוּ עֵינֵינוּ וְקַדִּישׁ מִיהוּ נִרְאֶה דְּהַנּוֹהֵג כָּךְ צָרִיךְ שֶׁיִּזָּהֵר שֶׁלֹּא יִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה מִפְּלַג הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה. כֵּיוָן דַּחֲשִׁיב לֵיהּ לַיְלָה לְעִנְיַן תְּפִלַּת הָעֶרֶב:
« À partir de quand récite-t-on le Chema du soir ? À partir de l'heure où les cohanim entrent pour manger leur terouma, jusqu'à la fin de la première veille — paroles de Rabbi Eliezer. Les Sages disent : jusqu'à hatsot. Rabban Gamliel dit : jusqu'à la montée de l'aube. » Rachi a expliqué : quant à nous, qui récitons le Chema à la synagogue avant la sortie des étoiles, nous ne nous acquittons pas de notre obligation par là, mais par le Chema que nous lisons sur notre lit, c'est-à-dire le premier paragraphe ; et si nous le lisons à la synagogue, c'est afin de se tenir en prière à partir de paroles de Torah. Ainsi est-il enseigné dans le Talmud de Jérusalem, Berakhot, au début de notre chapitre : celui qui lit le Chema avant ce moment ne s'est pas acquitté ; s'il en est ainsi, pourquoi le lit-on a la synagogue ? Non pas pour acquitter le public de son obligation, mais afin de se tenir en prière à partir de paroles de Torah. Ainsi ont écrit le Riva et Rabbi Yitshak Guiat, de mémoire bénie, et ainsi a écrit Rav Amram, de mémoire bénie. Autre version : et c'est pour cette raison qu'il a écrit qu'il faut dire la bénédiction « qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné la lecture du Chema » lorsqu'on le lit devant son lit. De leurs propos il ressort que l'homme s'acquitte de son obligation par cette lecture. Cela n'a pas paru juste à Rabbenou Tam, de mémoire bénie : le Chema du lit, nous n'en lisons que le premier paragraphe et sans ses bénédictions, tandis qu'à la synagogue nous le lisons en entier avec ses bénédictions, hors de son temps. En outre, la guemara dit que celui qui est un talmid 'hakham n'a pas besoin de lire le Chema sur son lit — on peut repousser cet argument en disant qu'il s'agit de celui qui l'a déjà lu en son temps à la synagogue. Il a encore objecté : s'il en était ainsi, nous suivrions Rabbi Yehochoua ben Levi, qui dit que les prières ont été instituées au milieu, alors que nous tenons comme Rabbi Yo'hanan, qui dit que le Chema du soir vient d'abord et la prière ensuite, car une baraita enseignée plus loin dans notre chapitre lui est conforme. Rabbenou Tam, de mémoire bénie, a donc expliqué que le Chema de la synagogue est le principal, et que si nous le lisons alors qu'il fait encore jour, c'est parce que nous tenons comme Rabbi Yehouda, qui dit plus loin, au chapitre Tefilat ha-cha'har (Berakhot 26a), que la prière de minha va jusqu'au pelag ha-minha, soit une heure et un quart avant la nuit ; à partir de là c'est la nuit pour ce qui est de la prière de minha, et il en va de même pour le Chema. Nous disons aussi plus loin (Berakhot 27a) : celui qui fait comme l'un a bien fait et celui qui fait comme l'autre a bien fait ; et nous disons encore là-bas que Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat — c'est donc que ce moment est tenu pour la nuit quant à la prière du soir, et il en va de même pour le Chema. Et si tu objectes : plus loin, Rabbi Yehouda objecte à Rabbi Meir, qui dit « à partir de l'heure où les cohanim se plongent au bain pour manger leur terouma », que les cohanim se plongent de jour — or la difficulté est plus grande pour lui-même, puisque nous lisons le Chema au pelag ha-minha, qui est encore plein jour ! On peut répondre : voici ce qu'il lui dit — selon toi, qui tiens comme les Sages, lesquels me contredisent au chapitre Tefilat ha-cha'har et disent que la prière de minha va jusqu'au soir, ce moment relève encore du jour pour ce qui est du Chema. Et ce que dit le Talmud de Jérusalem, qu'on lisait le Chema afin de se tenir en prière à partir de paroles de Torah, ne signifie pas qu'on le lisait avec ses bénédictions, mais qu'on lisait le paragraphe Chema, comme nous avons l'habitude de lire Achré avant la prière de minha. Toutefois cela fait quelque difficulté : pour la prière de minha nous agissons comme les Sages et prions parfois minha après le pelag ha-minha, tandis que pour le Chema nous tenons déjà ce moment pour la nuit, comme Rabbi Yehouda ; c'est comme « l'échine et le crâne », deux allégements qui se contredisent (Erouvin 7a). Et ce que nous disons plus loin, « celui qui fait comme l'un a bien fait et celui qui fait comme l'autre a bien fait », veut dire ceci : la halakha n'a été tranchée ni comme Rabbi Yehouda ni comme les Sages ; qui veut agir agira en tout comme Rabbi Yehouda ou en tout comme les Sages, mais non pas en prenant l'allégement des deux. On peut répondre qu'en matière de prière on s'est montré indulgent. Ne me paraît pas juste non plus la preuve que Rabbenou Tam, de mémoire bénie, a tirée de la prière de minha, qui va jusqu'au pelag ha-minha : car les prières ont été instituées en correspondance avec les temidim, et le tamid était offert jusqu'au pelag ha-minha ; mais pour le Chema, ce n'est pas encore le temps du coucher. Et du fait que Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat, il n'y a pas de preuve : peut-être tenait-il comme Rabbi Yehochoua ben Levi, qui dit que les prières ont été instituées au milieu, et lisait-il le Chema après la sortie des étoiles. Il paraît pourtant juste de maintenir la coutume : nous nous appuyons sur les autres tanaim qui avancent le temps du Chema avant la sortie des étoiles. Et bien que la halakha ne suive ni Rabbi Eliezer face à Rabbi Yehochoua, ni Rabbi Meir face à Rabbi Yehouda, on s'est néanmoins montré indulgent en matière de prière ; c'est aussi par contrainte qu'on a pris cet usage, parce que le public se rassemble pour la prière de minha : si l'on ne lisait pas le Chema et si l'on ne priait pas la prière du soir avant la sortie des étoiles, chacun rentrerait chez soi et il leur serait pénible de se rassembler de nouveau ensuite, de sorte qu'on ne prierait pas en public. C'est pourquoi les gens ont pris l'usage de lire le Chema et de prier avant la sortie des étoiles, en s'appuyant sur ces tanaim, comme je l'ai expliqué — bien qu'à priori il ne faille pas lire le Chema avant la sortie des étoiles, conformément à la michna anonyme et à Rabbi Yehochoua, qui contredit Rabbi Eliezer dans la baraita. On a demandé à Rav Haï, de mémoire bénie, au sujet d'une communauté qui prie arvit et lit le Chema avant la sortie des étoiles, et qu'un homme ne peut retenir : que vaut-il mieux — prier avec elle et laisser la lecture du Chema pour la sortie des étoiles, ou bien attendre la sortie des étoiles et prier seul afin d'accoler la délivrance à la prière ? Il a répondu : en terre d'Israël on fait ainsi, on prie la prière du soir puis on lit le Chema en son temps, et l'on ne se soucie pas d'accoler la délivrance à la prière du soir. Nous voyons donc que la lecture du Chema en son temps, c'est-à-dire à la sortie des étoiles, vaut mieux que d'accoler la délivrance à la prière lorsqu'il n'est pas possible de prier autrement. Et s'il prie une première fois avec la communauté à titre facultatif et une seconde fois à titre d'obligation, c'est bien. Ainsi a répondu Rav Haï Gaon, de mémoire bénie — parce qu'il lui a paru qu'il vaut mieux prier avec le public à partir du pelag ha-minha, comme Rabbi Yehouda, que de prier seul en accolant la délivrance à la prière. À plus forte raison pour nous, qui n'accolons pas la délivrance à la prière du soir, puisque nous intercalons les versets « ve-yiréou énéinou » et le kaddich. Il paraît toutefois que celui qui suit cet usage doit prendre garde de ne pas prier la prière de minha après le pelag ha-minha, puisqu'il tient ce moment pour la nuit quant à la prière du soir.
💡 Explication

La pratique de Rav est contrebalancée par celle de ses propres disciples, Rav Houna et les maîtres, qui attendaient la nuit. Aucune des deux ne l'emporte, et la guemara s'arrête sur une formule rare : de'avad ke-mar avad, ou-de'avad ke-mar avad, chacun peut suivre l'un ou l'autre. Le Roch consacre à cette phrase un très long développement, parce qu'elle fonde l'usage de lire le Chema et de prier arvit avant la nuit. Sa réserve finale est essentielle : celui qui prie arvit après le pelag ne peut plus, le même jour, prier minha après le pelag.

🖼️ Schéma
Deux conduites licites, mais non mélangeables Conduite de Rabbi Yehouda Minha se termine au pelag (10 h 3/4). Arvit peut être priée dès le pelag. Appui : Rav priait chabbat la veille de chabbat, encore de jour. Conduite des Sages Minha se prie jusqu'au coucher. Arvit commence à la nuit. Appui : Rav Houna et les maîtres attendaient la tombée du soir. Le Roch, au nom du Gaon : on choisit un système et on s'y tient ; prendre l'allégement des deux est exclu.
Chacune des deux conduites est valable ; ce qui est interdit, c'est de combiner les deux allégements.
15
רַב אִיקְּלַע לְבֵי גְּנִיבָא וְצַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, וַהֲוָה מְצַלֵּי רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא לַאֲחוֹרֵי דְּרַב, וְסַיֵּים רַב וְלָא פַּסְקֵיהּ לִצְלוֹתֵיהּ דְּרַבִּי יִרְמְיָה. שְׁמַע מִינָּה תְּלָת: שְׁמַע מִינַּהּ מִתְפַּלֵּל אָדָם שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת. וּשְׁמַע מִינַּהּ מִתְפַּלֵּל תַּלְמִיד אֲחוֹרֵי רַבּוֹ. וּשְׁמַע מִינַּהּ אָסוּר לַעֲבֹור כְּנֶגֶד הַמִּתְפַּלְּלִין.

Rav se trouva chez Géniva et pria la prière de chabbat la veille de chabbat. Rabbi Yirmeya bar Abba priait derrière Rav, et Rav termina sans interrompre la prière de Rabbi Yirmeya.

Apprends-en trois choses : apprends-en qu'un homme peut prier la prière de chabbat la veille de chabbat ; apprends-en qu'un élève peut prier derrière son maître ; et apprends-en qu'il est interdit de passer devant ceux qui prient.

📜 Rachi (1)
וְלָא פַּסְקֵיהּ לִצְלוֹתֵיהּ כְּלוֹמַר לֹא הִפְסִיק בֵּין רַבִּי יִרְמְיָה וְלַכֹּותֶל לַעֲבֹור לְפָנָיו וְלֵישֵׁב בִּמְקוֹמוֹ אֶלָּא עָמַד עַל עָמְדוֹ:
C'est-à-dire qu'il ne s'est pas interposé entre Rabbi Yirmeya et le mur, en passant devant lui pour aller s'asseoir à sa place, mais qu'il est resté là où il se tenait.
🗂️ Tossefot (1)
דְּרַב צָלִי שֶׁל שַׁבָּת בע"ש תֵּימַהּ דְּהָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת ד' כג:) וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַקְדִּים וְשֶׁלֹּא יְאַחֵר. וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם בְּשֶׁאֵינוֹ מְקַבֵּל עָלָיו שַׁבָּת מִיָּד אֲבָל הָכָא מַיְירֵי שֶׁמְּקַבֵּל עָלָיו שַׁבָּת מִיָּד הִלְכָּךְ לָא הָוְיָא הַקְדָּמָה וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דִּס"ל כְּרַבִּי יְהוּדָה וְכֵן הָנָךְ דִּלְקַמָּן שֶׁהִתְפַּלְּלוּ שֶׁל מ"ש בְּשַׁבָּת הַיְינוּ מִשּׁוּם דִּסְבִירָא לְהוּ כְּרַבִּי יְהוּדָה לְעִנְיַן תְּפִלַּת הָעֶרֶב שֶׁהִיא שָׁעָה וּרְבִיעַ קֹודֶם הַלַּיְלָה אעפ"כ [אֵין] אָסוּר לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה במ"ש מִיָּד לְאַחַר פְּלַג הַמִּנְחָה וְכֵן לְעִנְיַן תּוֹסֶפֶת שַׁבָּת (וְט' בְּאָב) וי"ה דקי"ל שֶׁהוּא מִן הַתּוֹרָה אִם כֵּן לֹא צָרִיךְ שִׁיעוּר גָּדוֹל כָּל כָּךְ:
C'est étonnant, car nous disons au chapitre Bamé madlikin (Chabbat 23b) : « à condition de ne pas avancer ni retarder ». On peut répondre que là-bas il s'agit de quelqu'un qui n'accepte pas immédiatement le chabbat sur lui, tandis qu'ici il s'agit de quelqu'un qui l'accepte immédiatement ; il n'y a donc pas d'anticipation. La raison en est qu'il tient comme Rabbi Yehouda. Et de même pour ceux dont il est question plus loin, qui priaient la prière de la sortie de chabbat pendant chabbat : c'est parce qu'ils tenaient comme Rabbi Yehouda quant à la prière du soir, laquelle commence une heure et un quart avant la nuit. Malgré cela, il est interdit de faire un travail à la sortie de chabbat immédiatement après le pelag ha-minha. Et de même pour le tossefet chabbat (ainsi que le 9 av) et pour Kippour, dont nous tenons qu'il est de la Torah : il n'est alors pas besoin d'une mesure aussi grande.
💡 Explication

Un seul récit, rapporté pour appuyer Rav Hisda, se révèle porteur de trois règles distinctes. La troisième, l'interdiction de passer devant celui qui prie, se déduit d'un détail de comportement : Rav, ayant fini son amida, n'a pas repris sa place, parce qu'il aurait dû passer entre Rabbi Yirmeya et le mur.

Tossefot lève une difficulté : allumer les lumières de chabbat trop tôt est interdit. La réponse tient à l'acceptation du chabbat : celui qui accepte effectivement le chabbat dès le pelag ne fait pas une anticipation. Mais le statut de nuit vaut pour la prière seule, et ne permet pas de travailler dès le pelag à la sortie de chabbat.

16
מְסַייַּע לֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אָסוּר לַעֲבֹור כְּנֶגֶד הַמִּתְפַּלְּלִין. אֵינִי?! וְהָא רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי חָלְפִי. רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי — חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת הוּא דְּחָלְפִי.

Cela vient à l'appui de Rabbi Yehochoua ben Levi, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il est interdit de passer devant ceux qui prient. — Vraiment ? Mais Rabbi Ami et Rabbi Assi passaient ! — Rabbi Ami et Rabbi Assi passaient au-delà de quatre coudées.

⚖️ Rosh (1)
אַרִיבָּ"ל אָסוּר לַעֲבֹור כְּנֶגֶד הַמִּתְפַּלְּלִים אִינִי וְהָא רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי הֲווֹ עָבְרִי חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה הוּא דְּעָבְרִי:
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il est interdit de passer devant ceux qui prient. Vraiment ? Mais Rabbi Ami et Rabbi Assi passaient ! C'est au-delà des quatre coudées de la prière qu'ils passaient.
💡 Explication

L'interdiction ne porte pas sur tout l'espace situé devant celui qui prie, mais sur les quatre coudées qui le précèdent — la mesure ordinaire de l'espace propre d'une personne. Au-delà, le passage est permis, ce qui explique la conduite de Rabbi Ami et de Rabbi Assi.

🖼️ Schéma
La limite des quatre coudées devant celui qui prie mur celui qui prie quatre coudées passage interdit au-delà de quatre coudées passage permis C'est ainsi que passaient Rabbi Ami et Rabbi Assi.
L'interdit se mesure : quatre coudées devant celui qui prie, au-delà le passage est libre.
17
וְרַבִּי יִרְמְיָה הֵיכִי עָבֵיד הָכִי?! וְהָא אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לְעוֹלָם אַל יִתְפַּלֵּל אָדָם

Et Rabbi Yirmeya, comment a-t-il pu agir ainsi ? Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav : jamais un homme ne doit prier

💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu d'une objection. Le deuxième enseignement tiré du récit — l'élève peut prier derrière son maître — se heurte à une règle énoncée par Rav lui-même, dont la suite est donnée au verso. La question portera sur la place que l'on doit occuper en priant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).