Sougya : Le folio achève la discussion ouverte au verso précédent : lorsque Rabbi Yehouda fixe une borne horaire — « jusqu'à quatre heures », « jusqu'à sept heures », « jusqu'au pelag ha-minha » —, cette borne est-elle comprise dans le temps permis ou l'exclut-elle ? La guemara écarte la lecture exclusive, parce qu'elle rendrait impossible le cas, supposé par une baraita, où moussaf et minha se présentent ensemble.
Elle sauve alors la lecture inclusive en redéfinissant le « pelag ha-minha » comme la fin de la première moitié de la minha a'harona, et Rav Nahman apporte le témoignage de Rabbi Yehouda ben Bava sur un tamid offert à quatre heures. Rav Kahana en tire la halakha pour la prière du matin.
Un long développement rattache ensuite ces quatre heures au verset de la manne. La seconde moitié du folio pose la même question pour minha : Rav Hisda reste sans réponse, la halakha n'est tranchée ni dans un sens ni dans l'autre, et le récit de Rav priant la prière de chabbat la veille de chabbat chez Geniva livre trois enseignements, dont l'interdiction de passer devant celui qui prie.
C'est exactement l'avis des Sages !
Le folio s'ouvre sur la fin d'une objection commencée au verso précédent. La michna fait dire à Rabbi Yehouda que la prière de minha se récite jusqu'au pelag ha-minha. Si l'on comprend « pelag » comme la dernière moitié de la période de la minha a'harona, et si l'on comprend « jusqu'à » comme incluant cette dernière moitié tout entière, alors Rabbi Yehouda s'arrête au coucher du soleil — ce qui est précisément l'avis des Sages. Il n'y aurait plus de divergence, ce qui est inacceptable dans une michna qui les oppose.
Mais alors quoi — « jusqu'à » sans que la borne soit comprise ? Considère la fin de la michna : « Et celle des moussafim, toute la journée.
Rabbi Yehouda dit : jusqu'à sept heures. » Or on a enseigné : s'il avait devant lui deux prières, l'une de moussaf et l'autre de minha, il prie celle de minha puis celle de moussaf, car celle-ci est fréquente et celle-là ne l'est pas. Rabbi Yehouda dit : il prie celle de moussaf puis celle de minha, car celle-ci est sur le point de passer et celle-là n'est pas sur le point de passer.
La guemara teste maintenant l'autre lecture : « jusqu'à » exclurait la borne. Elle confronte cette lecture à une baraita sur l'ordre de deux prières qui se présentent ensemble. Le principe général est que ce qui est fréquent (tadir) passe avant ce qui est rare ; Rabbi Yehouda le renverse ici au nom d'un autre principe, la mitsva sur le point de passer (overet) passe en premier.
Cette baraita présuppose donc qu'il existe un moment où l'on doit encore moussaf et déjà minha. Tossefot signale au passage un point de texte : la phrase de Rabbi Yehouda sur les sept heures ne figurait pas dans les manuscrits anciens de la michna.
Admettons que « jusqu'à » comprenne la borne : on comprend alors qu'on puisse rencontrer les deux prières ensemble. Mais si tu dis que « jusqu'à » n'inclut pas la borne, comment rencontrer les deux prières ensemble ?
Dès l'instant où celle de minha arrive, celle des moussafim est déjà partie !
Voici l'argument décisif. Si la borne est comprise, Rabbi Yehouda autorise moussaf pendant toute la septième heure, tandis que minha s'ouvre à six heures et demie : la seconde moitié de la septième heure est commune aux deux prières, et la baraita a un objet. Si la borne est exclue, moussaf s'arrête à la fin de la sixième heure, une demi-heure avant l'ouverture de minha : les deux temps ne se touchent jamais et la baraita parlerait dans le vide.
Mais alors quoi — « jusqu'à » comprend la borne ? Le début de la michna fait difficulté : quelle différence reste-t-il entre Rabbi Yehouda et les Sages ? — Penses-tu que ce « pelag ha-minha » désigne la dernière moitié ?
Il désigne la première moitié, et voici ce qu'il veut dire : quand la première moitié sort-elle et la dernière entre-t-elle ? Dès lors que sont écoulées onze heures moins un quart.
La lecture inclusive étant retenue, il faut lever l'objection du début du folio. La guemara redéfinit le mot pelag : il ne renvoie pas à la seconde moitié de la période de la minha a'harona, mais à la première. La minha a'harona court de neuf heures et demie au coucher du soleil, soit deux heures et demie ; sa moitié tombe donc à dix heures trois quarts, ce que la michna exprime par « onze heures moins un quart ». Rabbi Yehouda arrête la minha à cet instant, borne comprise, et il se sépare donc bien des Sages, qui la prolongent jusqu'au soir.
Rav Nahman a dit : nous aussi, nous l'avons appris dans une michna.
Rabbi Yehouda ben Bava a témoigné sur cinq choses : qu'on fait exercer le refus (miyoun) à la mineure ; qu'on autorise une femme à se remarier sur la parole d'un seul témoin ; sur un coq qui fut lapidé à Jérusalem pour avoir tué un être humain ; sur un vin âgé de quarante jours qui fut versé en libation sur l'autel ; et sur le tamid du matin qui fut offert à quatre heures.
Rav Nahman produit une michna du traité Edouyot, recueil des témoignages rassemblés au jour où Rabban Gamliel fut déposé. Seule la cinquième attestation intéresse notre sougya : un tamid du matin offert à quatre heures. Le mot « à » est ici décisif : le témoignage ne dit pas « avant quatre heures », mais bien dans la quatrième heure elle-même. La borne annoncée par Rabbi Yehouda est donc utilisable, c'est-à-dire comprise dans le temps permis.
Apprends-en que « jusqu'à » comprend la borne. Apprends-en effectivement.
La question est close : chez Rabbi Yehouda, la borne annoncée est comprise dans le temps permis. Le Roch rassemble ici toute la sougya et en tire la conséquence pratique la plus lourde, au nom du Gaon : les deux avis forment chacun un système cohérent, et il est interdit de prendre l'allègement de l'un puis celui de l'autre le même jour.
Rav Kahana a dit : la halakha suit Rabbi Yehouda, puisque nous avons appris dans la « choisie » conformément à lui.
Le traité Edouyot est surnommé be'hirta, « la choisie » : ses enseignements sont tenus pour tranchés. Rav Kahana s'appuie donc sur le cinquième témoignage pour fixer la halakha comme Rabbi Yehouda : la prière du matin se récite jusqu'à la fin de la quatrième heure, et pas au-delà.
« Et sur le tamid du matin qui fut offert à quatre heures. » Qui est le tana de ce que nous avons appris : « et quand le soleil chauffait, elle fondait » — à quatre heures ?
Tu dis à quatre heures ; ou peut-être seulement à six heures ? Lorsque le verset dit « à la chaleur du jour », voilà que six heures se trouve déjà énoncé ; comment donc maintenir « et quand le soleil chauffait, elle fondait » ?
À quatre heures. — De qui est-ce ? Ni de Rabbi Yehouda ni des Sages.
Si c'est Rabbi Yehouda, jusqu'à quatre heures c'est encore le matin ! Si ce sont les Sages, jusqu'à hatsot c'est encore le matin !
La guemara passe du droit au verset. La michna sur la manne fixe à quatre heures le moment où « le soleil chauffait ». Rachi dégage le raisonnement : l'Écriture distingue « la chaleur du soleil », quand le soleil brûle mais que l'ombre reste fraîche, et « la chaleur du jour », quand tout est chaud, au soleil comme à l'ombre. La seconde expression vise la sixième heure ; la première doit donc viser un moment antérieur, la quatrième heure.
D'où la difficulté : ce tana traite quatre heures comme déjà sorti du matin, alors que Rabbi Yehouda y voit encore le matin (le tamid y est offert et le verset dit « le matin »), et les Sages y voient le matin jusqu'à hatsot.
Si tu veux, dis Rabbi Yehouda ; si tu veux, dis les Sages. Si tu veux, dis les Sages : le verset dit « matin après matin » — partage-le en deux matins.
Et si tu veux, dis Rabbi Yehouda : ce « matin » supplémentaire vient avancer d'une heure. Pour tous, en tout cas, « et quand le soleil chauffait, elle fondait » se place à quatre heures.
La réponse joue sur la répétition « matin après matin ». Pour les Sages, le matin s'étend jusqu'à hatsot ; le redoublement en désigne la première moitié, donc les trois premières heures : le ramassage s'arrête à la fin de la troisième heure et ce qui reste fond à la quatrième. Pour Rabbi Yehouda, dont le matin s'achève à quatre heures, le mot surnuméraire avance simplement la limite d'une heure, avec le même résultat. Les deux positions se rejoignent donc sur la quatrième heure.
D'où cela ressort-il ? Rabbi Aha bar Yaakov a dit : le verset dit « et quand le soleil chauffait, elle fondait » — quelle est l'heure où le soleil est chaud et l'ombre fraîche ?
Il faut dire : à quatre heures.
« La prière de minha jusqu'au soir, etc. » Rav Hisda dit à Rav Yitshak : là-bas, Rav Kahana a dit que la halakha suit Rabbi Yehouda, puisque nous avons appris dans la « choisie » conformément à lui ; ici, qu'en est-il ? Il resta silencieux et ne lui répondit rien.
Rav Hisda dit : voyons par nous-mêmes. Du fait que Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat alors qu'il faisait encore jour, apprends-en que la halakha suit Rabbi Yehouda.
La même question se pose pour la seconde divergence de la michna, celle qui porte sur minha. Rav Kahana disposait là-bas d'un appui extérieur, le traité Edouyot ; ici, aucun témoignage ne vient trancher, et Rav Yitshak se tait. Rav Hisda tente alors une preuve tirée d'une pratique : Rav priait l'office de chabbat avant la nuit, ce qui suppose que le temps de minha s'achève au pelag et que celui d'arvit s'ouvre aussitôt.
Au contraire ! Du fait que Rav Houna et les maîtres ne priaient qu'à la tombée du soir, apprends-en que la halakha ne suit pas Rabbi Yehouda.
Maintenant que la halakha n'a été tranchée ni comme l'un ni comme l'autre : celui qui fait comme l'un a bien fait, et celui qui fait comme l'autre a bien fait.
La pratique de Rav est contrebalancée par celle de ses propres disciples, Rav Houna et les maîtres, qui attendaient la nuit. Aucune des deux ne l'emporte, et la guemara s'arrête sur une formule rare : de'avad ke-mar avad, ou-de'avad ke-mar avad, chacun peut suivre l'un ou l'autre. Le Roch consacre à cette phrase un très long développement, parce qu'elle fonde l'usage de lire le Chema et de prier arvit avant la nuit. Sa réserve finale est essentielle : celui qui prie arvit après le pelag ne peut plus, le même jour, prier minha après le pelag.
Rav se trouva chez Géniva et pria la prière de chabbat la veille de chabbat. Rabbi Yirmeya bar Abba priait derrière Rav, et Rav termina sans interrompre la prière de Rabbi Yirmeya.
Apprends-en trois choses : apprends-en qu'un homme peut prier la prière de chabbat la veille de chabbat ; apprends-en qu'un élève peut prier derrière son maître ; et apprends-en qu'il est interdit de passer devant ceux qui prient.
Un seul récit, rapporté pour appuyer Rav Hisda, se révèle porteur de trois règles distinctes. La troisième, l'interdiction de passer devant celui qui prie, se déduit d'un détail de comportement : Rav, ayant fini son amida, n'a pas repris sa place, parce qu'il aurait dû passer entre Rabbi Yirmeya et le mur.
Tossefot lève une difficulté : allumer les lumières de chabbat trop tôt est interdit. La réponse tient à l'acceptation du chabbat : celui qui accepte effectivement le chabbat dès le pelag ne fait pas une anticipation. Mais le statut de nuit vaut pour la prière seule, et ne permet pas de travailler dès le pelag à la sortie de chabbat.
Cela vient à l'appui de Rabbi Yehochoua ben Levi, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il est interdit de passer devant ceux qui prient. — Vraiment ? Mais Rabbi Ami et Rabbi Assi passaient ! — Rabbi Ami et Rabbi Assi passaient au-delà de quatre coudées.
L'interdiction ne porte pas sur tout l'espace situé devant celui qui prie, mais sur les quatre coudées qui le précèdent — la mesure ordinaire de l'espace propre d'une personne. Au-delà, le passage est permis, ce qui explique la conduite de Rabbi Ami et de Rabbi Assi.
Et Rabbi Yirmeya, comment a-t-il pu agir ainsi ? Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav : jamais un homme ne doit prier
Le folio s'interrompt au milieu d'une objection. Le deuxième enseignement tiré du récit — l'élève peut prier derrière son maître — se heurte à une règle énoncée par Rav lui-même, dont la suite est donnée au verso. La question portera sur la place que l'on doit occuper en priant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).