Berakhot 27b — Prier avant l'heure : anticiper l'entrée et la sortie du chabbat ; la prière du soir est-elle obligatoire ? et la déposition de Rabban Gamliel

Berakhot 27b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la règle de Rav : on ne prie ni en face de son maître ni derrière lui. Rabbi Yirmeya bar Abba échappe à la règle parce qu'il était talmid haver, élève-collègue de Rav.

De là, la guemara passe à la question qui occupe la première moitié du folio : celui qui prie la prière de chabbat la veille de chabbat, avant la nuit, s'engage-t-il dès lors dans le chabbat au point de devoir s'abstenir de tout travail ? Les cas de Rabbi aux bains, de Rav Dimi bar Livaï et de la communauté trompée par un ciel couvert distinguent l'erreur de l'acceptation délibérée, et le particulier de la communauté ; Chemouel tranche que l'on dit alors le kidouch, ou la havdala, sur la coupe.

La seconde moitié interprète la michna « la prière du soir n'a pas de temps fixe » comme suivant celui qui la tient pour facultative, et enchaîne sur la mahloket de Rabban Gamliel et de Rabbi Yehochoua. Le récit de l'élève qui reçoit deux réponses opposées conduit à l'humiliation de Rabbi Yehochoua debout pendant tout le cours, au murmure de l'assemblée et à la déposition du nassi, puis au choix de Rabbi Elazar ben Azaria pour lui succéder.

Anticiper l'entrée et la sortie du chabbat Veille de chabbat pelag ha-minhacoucher du soleilnuit on peut déjà prier la prière de chabbat Kidouch sur la coupe des cette heure (Chemouel, et la halakha suit son avis). Rav : celui qui a prié s'est retiré du travail, car il a accepté le chabbat. Chabbat, vers sa sortie pelag ha-minhacoucher du soleilnuit on peut déjà prier la prière de la sortie du chabbat Havdala sur la coupe des cette heure (Rav Yehouda au nom de Chemouel). Tossefot : le travail demeure interdit tant qu'il ne fait pas nuit. La prière anticipée vaut pour la prière ; elle ne libère pas encore du chabbat lui-même.
Dès le pelag ha-minha, on peut prier la prière du soir qui vient et dire sur la coupe le kidouch ou la havdala.
La prière du soir : obligation ou faculté Rabban Gamliel La prière du soir est hova (obligatoire). Abaye : la halakha suit celui qui dit hova. Conséquence : le soir se range avec le matin et l'après-midi, sans temps fixe mais due. C'est la position du nassi devant l'assemblée. Rabbi Yehochoua La prière du soir est rechout (facultative). Rava : la halakha suit celui qui dit rechout. Tossefot : rechout au sens restreint, on peut la laisser pour une mitsva qui risque de passer. Le Roch tranche comme Rava. Nafka mina et lecture de la michna "La prière du soir n'a pas de temps fixe" se lit : elle n'a pas de caractère obligatoire. Le Roch ajoute : une fois qu'on l'a priée, ou qu'on s'y est habitué, elle oblige ; tel est l'usage reçu.
Les deux positions sur la prière du soir, leurs porte-parole amoraiques et la lecture qu'elles donnent de la michna.
De la question d'un élève à la déposition du nassi Un élève interroge Rabbi Yehochoua. Réponse : rechout. Le même élève interroge Rabban Gamliel. Réponse : hova. À la maison d'étude : "quelqu'un conteste-t-il ?" Rabbi Yehochoua répond : non. Rabban Gamliel : "on m'a pourtant rapporté rechout en ton nom." "Yehochoua, tiens-toi debout, et qu'on témoigne contre toi." Il reste debout pendant tout le cours du nassi. L'assemblée murmure et dit à Houtspit le meturgueman : arrête. Et il s'arrête. Trois griefs comptés : Roch Hachana l'an passé, l'affaire de Rabbi Tsadok, et aujourd'hui. Décision : "venez, déposons-le." Rabbi Elazar ben Azaria sera installé à sa place.
L'enchaînement du récit, de la double réponse reçue par l'élève jusqu'à la déposition de Rabban Gamliel.
1
לֹא כְּנֶגֶד רַבּוֹ, וְלֹא אֲחוֹרֵי רַבּוֹ.

ni en face de son maître, ni derrière son maître.

📜 Rachi (2)
כְּנֶגֶד רַבּוֹ אֵצֶל רַבּוֹ וּמַרְאֶה כְּאִילּוּ הֵם שָׁוִים:
En face de son maître — à côté de son maître, ce qui donne l'apparence qu'ils sont égaux.
אֲחוֹרֵי רַבּוֹ נָמֵי יֻוהֲרָא הוּא:
Derrière son maître — cela aussi relève de l'arrogance (yohara).
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא אֲחוֹרֵי רַבּוֹ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י מִשּׁוּם יֻוהֲרָא וְיֵשׁ מְפָרֵשׁ שֶׁנִּרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לְרַבּוֹ:
Ni derrière son maître — Rachi a expliqué : à cause de l'arrogance (yohara). D'autres expliquent qu'il paraît ainsi se prosterner devant son maître.
💡 Explication

Le folio reprend la phrase laissée en suspens à la fin du recto. Rav énonce deux places interdites à l'élève qui prie : en face de son maître, où il se donne l'air de son égal, et derrière son maître. Rachi ramène les deux motifs à la yohara, l'arrogance ; Tossefot rapporte une seconde lecture pour la seconde place, où l'élève semble s'incliner devant son maître au moment où il s'incline devant Hachem.

2
וְתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: הַמִּתְפַּלֵּל אֲחוֹרֵי רַבּוֹ, וְהַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לְרַבּוֹ, וְהַמַּחֲזִיר שָׁלוֹם לְרַבּוֹ, וְהַחוֹלֵק עַל יְשִׁיבָתוֹ שֶׁל רַבּוֹ, וְהָאוֹמֵר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ — גּוֹרֵם לַשְּׁכִינָה שֶׁתִּסְתַּלֵּק מִיִּשְׂרָאֵל!

Et il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer dit : celui qui prie derrière son maître, celui qui salue son maître, celui qui rend le salut à son maître, celui qui conteste la maison d'étude de son maître, et celui qui rapporte une parole qu'il n'a pas entendue de la bouche de son maître — il fait que la Chekhina se retire d'Israël !

📜 Rachi (1)
שָׁלוֹם לְרַבּוֹ כִּשְׁאַר כָּל אָדָם שָׁלוֹם עָלֶיךָ וְלֹא אָמַר לוֹ שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי:
Le salut à son maître — comme à tout autre homme, « chalom alekha », sans lui dire « chalom alekha rabbi ».
🗂️ Tossefot (1)
וְהַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לְרַבּוֹ וְהַמַּחֲזִיר שָׁלוֹם פֵּירוּשׁ כִּשְׁאָר בְּנֵי אָדָם שֶׁאֵינוֹ אוֹמֵר שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי וְהַייְנוּ דְּאָמְרִינַן (בּ"ק דַּף עג:) כְּדֵי שְׁאִילַת תַּלְמִיד לְרַב אִי נָמֵי הַהוּא לְכַתְּחִלָּה קָאָמַר וּבְתַלְמִיד חָבֵר דְּשָׁרֵי כְּכָל הָנֵי דִּלְקַמָּן:
Celui qui salue son maître et celui qui rend le salut — c'est-à-dire comme aux autres gens, sans dire « chalom alekha rabbi ». Et c'est ce que nous disons (Baba Kama 73b) : « le temps d'une salutation d'un élève à son maître ». Ou bien : cela vaut pour la conduite à priori, et pour un talmid haver c'est permis, comme toutes les choses énumérées plus loin.
💡 Explication

La baraita durcit la règle de Rav. Elle range la prière derrière le maître dans une liste de cinq conduites qui touchent toutes à la place que l'élève prend par rapport à son maître : la salutation, la réponse à la salutation, l'ouverture d'une maison d'étude concurrente, la citation d'un enseignement qu'il n'a pas entendu de lui. La sanction annoncée, le retrait de la Chekhina, mesure la gravité attachée à ce rapport.

Rachi précise que le grief ne porte pas sur le fait de saluer, mais sur la formule : employer envers son maître la salutation ordinaire, sans le titre de rabbi. Tossefot ouvre déjà la porte de sortie que la guemara va emprunter au segment suivant : la liste vise l'élève simple, et le talmid haver y échappe.

🖼️ Schéma
Les cinq conduites de la baraita de Rabbi Eliezer 1. Prier derrière son maître 2. Saluer son maître comme on salue tout homme (sans dire : chalom alekha rabbi) 3. Rendre le salut à son maître de la même manière 4. Contester la maison d'étude de son maître 5. Rapporter une parole qu'il n'a pas entendue de la bouche de son maître Toutes font que la Chekhina se retire d'Israël.
Les cinq conduites qui, selon Rabbi Eliezer, font que la Chekhina se retire d'Israël.
3
שָׁאנֵי רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא דְּתַלְמִיד חָבֵר הֲוָה. וְהַיְינוּ דְּקָאֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא לְרַב: מִי בַּדֶּלֶת? אֲמַר לֵיהּ: אִין, בָּדֵילְנָא, וְלֹא אָמַר ״מִי בְּדִיל מַר״?

Rabbi Yirmeya bar Abba fait exception, car il était talmid haver (élève-collègue). Et c'est bien ce que Rabbi Yirmeya bar Abba dit à Rav : « T'es-tu retiré ? » Il lui répondit : « Oui, je me suis retiré. » Et il ne dit pas : « Le maître s'est-il retiré ? »

📜 Rachi (2)
וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר לֵיהּ אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁהִתְפַּלֵּל רַב שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת אָמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה מִי בַּדֶּלֶת מִן הַמְּלָאכָה הוֹאִיל וְקַבָּלַת עָלֶיךָ שַׁבָּת בִּתְפִלָּתְךָ:
Et c'est bien ce qu'il lui dit — le jour où Rav pria la prière de chabbat la veille de chabbat, Rabbi Yirmeya lui dit : t'es-tu retiré du travail, puisque tu as accepté sur toi le chabbat par ta prière ?
וְלָא אָמַר לֵיהּ מִי בְּדִיל מַר שְׁמַע מִינָּה תַּלְמִיד חָבֵר הָוֵי לֵיהּ:
Et il ne lui dit pas « le maître s'est-il retiré » — on en déduit qu'il était pour lui un talmid haver.
💡 Explication

La guemara résout la difficulté soulevée à la fin du recto. Rabbi Yirmeya bar Abba avait le statut de talmid haver : élève de Rav, mais assez avancé pour être traité en collègue. Les règles de déférence qui interdisent à l'élève de prier derrière son maître ne s'appliquent pas à lui.

La preuve tient à un détail de langue. En s'adressant à Rav, il emploie la deuxième personne, « t'es-tu retiré », là où un élève aurait dit à la troisième personne « le maître s'est-il retiré ». Ce même échange sert de charnière : le verbe badal, se retirer, introduit la question qui occupe toute la suite, celle du travail après la prière anticipée.

4
וּמִי בְּדִיל? וְהָאָמַר רַבִּי אָבִין: פַּעַם אַחַת הִתְפַּלֵּל רַבִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, וְנִכְנַס לַמֶּרְחָץ, וְיָצָא וְשָׁנָה לַן פִּרְקִין, וַעֲדַיִין לֹא חֲשֵׁכָה! אָמַר רָבָא: הַהוּא דְּנִכְנַס לְהַזִּיעַ, וְקֹודֶם גְּזֵירָה הֲוָה.

Et doit-il vraiment se retirer ? Rabbi Avin n'a-t-il pas dit : une fois, Rabbi pria la prière de chabbat la veille de chabbat, entra aux bains, en sortit et nous enseigna nos chapitres, et il ne faisait pas encore nuit !

Rava dit : dans ce cas il était entré pour transpirer, et c'était avant le décret.

📜 Rachi (3)
לְבֵית הַמֶּרְחָץ סָלְקָא דַעְתָּךְ לְאַחַר שֶׁגָּזְרוּ עַל הַזֵּיעָה וְעַל הָרְחִיצָה בְּשַׁבָּת כִּדְאָמְרִי' בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת בְּפֶרֶק כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ (ד' מ.) אַלְמָא אע"ג דְּצָלִי לָא בְּדִיל מֵאִיסּוּרֵי שַׁבָּת:
Aux bains — on aurait pu penser qu'il s'agissait d'après le décret portant sur la transpiration et sur le bain le chabbat, comme nous le disons au traité Chabbat, chapitre Kira che-hissikouha (40a). Il en ressortirait que même après avoir prié, il ne s'était pas retiré des interdits du chabbat.
אָמַר רָבָא לְהַזִּיעַ נִכְנַס לְהַזִּיעַ מֵחֲמַת חֹום בֵּית הַמֶּרְחָץ וְלֹא נָתַן עָלָיו מַיִם:
Rava dit : pour transpirer — il entra pour transpirer par la chaleur des bains, sans se verser d'eau.
וְקֹודֶם גְּזֵרָה עַד שֶׁלֹּא גָּזְרוּ עַל הַזֵּיעָה וּבְכָל דֻּוכְתָּא דְּאָמְרִינַן כִּדְאָמַר רָבָא לְהַזִּיעַ כו' מֵהָכָא אָמְרִינַן:
Et avant le décret — avant que l'on ait décrété sur la transpiration. Et partout où nous disons « comme l'a dit Rava : pour transpirer, etc. », c'est d'ici que nous le tirons.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבִּי הוֹדָה אָמַר רַב לְעוֹלָם אַל יִתְפַּלֵּל אָדָם לֹא כְּנֶגֶד רַבּוֹ וְלֹא אֲחוֹרֵי רַבּוֹ אֲבָל חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת שָׁרִי וְתַנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן חִסְמָא אוֹמֵר הַמִּתְפַּלֵּל אֲחוֹרֵי רַבּוֹ אוֹ כְּנֶגֶד רַבּוֹ וְהַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לְרַבּוֹ וְהַחוֹלֵק עַל יְשִׁיבָתוֹ שֶׁל רַבּוֹ וְהָאוֹמֵר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ גּוֹרֵם לַשְּׁכִינָה שֶׁמִּסְתַּלֶּקֶת מִיִּשְׂרָאֵל וְהַנּוֹתֵן שָׁלוֹם לְרַבּוֹ פירש"י כְּמוֹ לִשְׁאָר אָדָם וְאֵינוֹ אוֹמֵר שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי וּבִירוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּתַלְמִיד אֵינוֹ נוֹתֵן שָׁלוֹם לְרַבּוֹ כְּלָל דְּגָרְסִי' בִּירוּשַׁלְמִי נְהִיגִי גַּבַּיְיהוּ דְּלָא שָׁייֵל זְעֵירָא בִּשְׁלָמָא דְּרַבָּה וּמְקַיְּימֵי בְּנַפְשַׁייְהוּ רַאֲוָנִי נְעָרִים וְנֶחְבְּאוּ מִיהוּ בַּגְּמָרָא דִּידַן רפ"ד דְּנָזִיר כ: אָמְרִינַן תּוֹךְ כְּדֵי דִבּוּר כְּדֵי שְׁאֵילַת תַּלְמִיד לָרַב וְהָאוֹמֵר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ וְאוֹמְרוֹ מִפִּי רַבּוֹ:
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : jamais un homme ne doit prier ni en face de son maître ni derrière son maître ; mais au-delà de quatre coudées c'est permis. Et il a été enseigné : Rabbi Eliezer ben Hisma dit : celui qui prie derrière son maître ou en face de son maître, celui qui salue son maître, celui qui conteste la maison d'étude de son maître, et celui qui rapporte une parole qu'il n'a pas entendue de la bouche de son maître, fait que la Chekhina se retire d'Israël. « Celui qui salue son maître » — Rachi a expliqué : comme il salue tout autre homme, sans dire « chalom alekha rabbi ». Et dans le Yerouchalmi il ressort que l'élève ne salue pas du tout son maître, car nous y lisons : leur usage était que Zeira ne demandait pas des nouvelles de Rabba, et ils appliquaient à eux-mêmes le verset « les jeunes gens me virent et se cachèrent ». Toutefois, dans notre guemara, au début du quatrième chapitre de Nazir (20b), nous disons : « le temps d'une parole » équivaut au temps d'une salutation d'un élève à son maître. « Et celui qui rapporte une parole qu'il n'a pas entendue de la bouche de son maître » — et qui la dit au nom de son maître.
💡 Explication

La guemara met en doute la réponse de Rav. Si la prière anticipée obligeait à s'abstenir du travail, comment Rabbi a-t-il pu, après avoir prié, entrer aux bains et enseigner alors qu'il faisait encore jour ?

Rava résout par deux précisions. Rabbi entra pour transpirer, sans se laver, et cela se passait avant le décret rabbinique qui a interdit la transpiration aux bains le chabbat. L'acte n'était donc pas un travail de chabbat à son époque, et il ne prouve rien contre la règle de Rav.

5
אֵינִי, וְהָא אַבָּיֵי שְׁרָא לֵיהּ לְרַב דִּימִי בַּר לֵיוַאי לְכַבְרוֹיֵי סַלֵּי!

Est-ce ainsi ? Abaye n'a-t-il pas permis à Rav Dimi bar Livai de fumiger des paniers !

📜 Rachi (1)
לְכִבְרוּיֵי סַלֵּי לְעַשֵּׁן אוֹתָן בְּגָפְרִית לְאַחַר שֶׁהִתְפַּלֵּל שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת:
Fumiger des paniers — les enfumer au soufre, après qu'il eut prié la prière de chabbat la veille de chabbat.
💡 Explication

Nouvelle objection, tirée cette fois d'une décision d'Abaye. Il a permis à Rav Dimi bar Livai de traiter des paniers au soufre, un travail véritable, alors qu'il avait déjà prié la prière de chabbat. La prière anticipée ne semble donc entraîner aucune abstention.

6
הַהוּא טָעוּתָא הֲוַאי.

Ce cas-là était une erreur.

📜 Rachi (1)
טָעוּתָא הֲוַאי לֹא קִבֵּל עָלָיו תּוֹסֶפֶת שַׁבָּת מִשְּׁעַת תְּפִלָּה מִדַּעַת אֶלָּא יוֹם הַמְעֻונָּן הָיָה וּכְסָבוּר חֲשֵׁכָה וְאַחַר כָּךְ זָרְחָה חַמָּה:
C'était une erreur — il n'avait pas accepté sciemment le supplément de chabbat dès l'heure de la prière ; c'était un jour couvert, il croyait qu'il faisait nuit, et ensuite le soleil brilla.
💡 Explication

La réponse introduit la distinction qui commande toute la suite. L'acceptation du chabbat par la prière suppose une intention : celui qui prie en sachant qu'il fait encore jour prend sur lui le tossefet chabbat, le supplément. Rav Dimi, lui, avait prié un jour couvert en croyant la nuit tombée. Sa prière procède d'une erreur et n'engage rien.

7
וְטָעוּתָא מִי הָדְרָא? וְהָא אָמַר אֲבִידָן: פַּעַם אַחַת נִתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בְּעָבִים, כִּסְבוּרִים הָעָם לוֹמַר חֲשֵׁכָה הוּא, נִכְנְסוּ לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְהִתְפַּלְּלוּ שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת. וְנִתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים וְזָרְחָה הַחַמָּה,

Et une erreur peut-elle être annulée ? Avidan n'a-t-il pas dit : une fois, le ciel se couvrit de nuages ; le peuple crut qu'il faisait nuit, ils entrèrent à la synagogue et prièrent la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat.

Puis les nuages se dissipèrent et le soleil brilla,

💡 Explication

La guemara retourne l'argument. Si une prière dite par erreur pouvait être tenue pour nulle, alors la communauté trompée par un ciel couvert devrait recommencer sa prière une fois la nuit venue. Le cas rapporté par Avidan va montrer le contraire.

8
וּבָאוּ וְשָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי. וְאָמַר: הוֹאִיל וְהִתְפַּלְּלוּ — הִתְפַּלְּלוּ! שָׁאנֵי צִבּוּר, דְּלָא מַטְרְחִינַן לְהוּ.

et ils vinrent interroger Rabbi. Il dit : puisqu'ils ont prié, ils ont prié ! — La communauté fait exception, car on ne lui impose pas cette peine.

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וְהִתְפַּלְּלוּ הִתְפַּלְּלוּ וְלֹא הִצְרִיכָם לְהִתְפַּלֵּל מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ אַלְמָא תְּפִלָּה הִיא ואע"פ שֶׁלֹּא הֻותְּרוּ בִּמְלָאכָה הָתָם הוּא דְּלָא לַעֲבֹור עַל ד"ת אֲבָל לְעִנְיַן תּוֹסֶפֶת אע"ג דִּבְטָעוּת הֲוָה תּוֹסֶפֶת הוּא ע"י תְּפִלָּה הוֹאִיל וְאָמַר תְּפִלָּה קַבָּלָה הִיא:
Puisqu'ils ont prié, ils ont prié — il ne leur imposa pas de prier de nouveau après la tombée de la nuit ; il en ressort que c'est bien une prière. Et bien qu'ils n'aient pas été autorisés au travail, là il s'agissait de ne pas transgresser une parole de la Tora ; mais pour ce qui est du supplément, même accompli par erreur, le supplément s'acquiert par la prière, puisque dès lors qu'il a dit la prière, c'est une acceptation.
🗂️ Tossefot (2)
הוֹאִיל וְהִתְפַּלְּלוּ וְכוּ' הָכָא נָמֵי נֵימָא לְעִנְיַן חוּמְרָא וְאַמַּאי שָׁרִי לֵיהּ וּבַקּוּנְטְרֵס פֵּי'בפְנִים אַחֵר:
Puisqu'ils ont prié, etc. — ici aussi, disons-le dans le sens de la rigueur : pourquoi donc lui a-t-il permis de travailler ? Et le Kountras a expliqué d'une autre manière.
שָׁאנֵי צִבּוּר אע"ג דְּלָא מְטָא זְמַן אֵין אִיסּוּרָהּ אִיסּוּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה אַף עַל גַּב דְּטָעוּתָא הוּא:
La communauté fait exception — bien que le temps ne soit pas venu, son interdit ne constitue pas un interdit quant à l'accomplissement du travail, même lorsqu'il s'agit d'une erreur.
💡 Explication

Rabbi tranche pour la communauté : la prière dite trop tôt demeure une prière, on ne la recommence pas. La guemara sauve pourtant la distinction du segment précédent en limitant cette décision au public : on n'impose pas à la communauté la peine de prier deux fois, alors qu'on l'imposerait à un particulier.

Rachi sépare soigneusement les deux effets de la prière anticipée. Quant à la validité de la prière, l'erreur ne l'annule pas. Quant au travail, la question reste ouverte : Rabbi n'a pas pour autant libéré la communauté des interdits du chabbat, qui sont ici de la Tora.

🖼️ Schéma
La prière dite trop tôt : deux effets à distinguer Ciel couvert : on prie en croyant la nuit tombée. Puis les nuages se dissipent et le soleil brille. Quant à la prière Elle vaut : "puisqu'ils ont prié, ils ont prié". On ne fait pas recommencer la communauté, car on ne lui impose pas cette peine. Quant au travail L'erreur n'engage pas dans le chabbat : Rav Dimi bar Livai a pu fumiger ses paniers. Seule l'acceptation voulue oblige. Le tossefet chabbat se prend par une acceptation consciente ; une prière dite par erreur ne la produit pas.
Une même prière anticipée par erreur : valable comme prière, sans effet quant à l'acceptation du chabbat.
9
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין: רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, רַבִּי יֹאשִׁיָּה מְצַלֵּי שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת. רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת: אוֹמֵר קְדֻושָּׁה עַל הַכּוֹס, אוֹ אֵינוֹ אוֹמֵר קְדֻושָּׁה עַל הַכּוֹס? תָּא שְׁמַע דְּאָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל: מִתְפַּלֵּל אָדָם שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְאוֹמֵר קְדֻושָּׁה עַל הַכּוֹס. וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ.

Rabbi Hiyya bar Avin dit : Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat ; Rabbi Yochiya priait la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat. Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat : disait-il alors le kidouch sur la coupe, ou ne le disait-il pas sur la coupe ?

Viens et entends : Rav Nahman a dit au nom de Chemouel : un homme prie la prière de chabbat la veille de chabbat et dit le kidouch sur la coupe. Et la halakha suit son avis.

🗂️ Tossefot (1)
צָלִי שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת וְכוּ' יֵשׁ לוֹמַר דְּהָכָא מַיְירֵי שֶׁיֵּשׁ לוֹ צֹורֶךְ מִצְוָה לַעֲשׂוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת כְּגוֹן לָלֶכֶת לָמוּל תִּינוֹק וְלֹא יִהְיֶה לוֹ יַיִן לְהַבְדָּלָה אִם לֹא יַקְדִּים דְּוַדַּאי צָרִיך לְהוֹסִיף מֵחֹול עַל הַקֹּדֶשׁ דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל בְּחִנָּם לֹא וּפְשִׁיטָא שֶׁלֹּא הָיוּ מְמַהֲרִים לְהַבְדִּיל וּלְהִתְפַּלֵּל שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת דְּגַם בִּמְלָאכָה אָסוּר עִם חֲשֵׁיכָה:
Il priait la prière de la sortie du chabbat, etc. — on peut dire qu'il s'agit ici d'un cas où il a une mitsva à accomplir à la sortie du chabbat, par exemple aller circoncire un enfant, et où il n'aurait pas de vin pour la havdala s'il ne prenait pas les devants ; car il faut certainement ajouter du profane au sacré, obligation de la Tora, et on ne le fait pas sans raison. Et il va de soi qu'ils ne se hâtaient pas de faire la havdala et de prier la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat, puisque le travail aussi demeure interdit tant qu'il fait sombre.
⚖️ Rosh (1)
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת ר' יֹאשִׁיָּה צָלִי שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בע"ש מִפְּלַג הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה וּלְאַחַר יְצִיאַת הַכּוֹכָבִים הָיָה קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע בְּעוֹנָתָהּ ואע"פ שֶׁלֹּא הָיָה סוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה כֵּיוָן שֶׁהָיָה מְכַוֵּין לְמִצְוָה לְהוֹסִיף מֵחֹול עַל הַקֹּדֶשׁ לָא חָייֵשׁ לִסְמִיכָה. וְהָיָה מַדְלִיק הַנֵּר קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל וּמְקַבֵּל עָלָיו שַׁבָּת מִבְּעוֹד יוֹם. וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶ' בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כג:) גַּבֵּי הַדְלָקַת הַנֵּר וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַקְדִּים וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְאַחֵר אֵין זוֹ הַקְדָּמָה כֵּיוָן שֶׁהָיָה מְקַבֵּל עָלָיו שַׁבָּת בְּאוֹתָהּ שָׁעָה כִּי יָכוֹל לְקַבֵּל עָלָיו שַׁבָּת מִבְּעוֹד יוֹם וּבִלְבַד מִפְּלַג הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה. אָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי מְפַקֵּד לַאֲבִידָן אָמוֹרֵיהּ אַכְרִיז קַמֵּיהּ צִיבּוּרָא מַאן דִּמְצַלֵּי לִיצַלֵּי דְּרַמְשָׁא אַדְּיוֹמָא קַייָּם וְכָל הָנֵי אָמוֹרָאֵי וְכֵן תַּנָּאֵי דִּלְקַמָּן שֶׁהִתְפַּלְּלוּ שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת וְאָמְרוּ הַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לְהוּ. וְאֶפְשָׁר שֶׁהָיָה לָהֶם אֹונֶס שֶׁלֹּא הָיוּ יְכוֹלִין לְהַבְדִּיל במ"ש שֶׁהָיוּ צְרִיכִין לְהַחְשִׁיךְ עַל הַתְּחוּם לִדְבַר מִצְוָה כִּי פְּשִׁיטָא שֶׁלֹּא הָיוּ מְמַהֲרִין לְהַבְדִּיל וּלְהִתְפַּלֵּל שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת אִם לֹא מֵחֲמַת אֹונֶס וְנִרְאֶה אע"ג דִּסְבִירָא לָן כְּרַבִּי יוֹדָא לְעִנְיַן תְּפִלַּת הָעֶרֶב שֶׁהִיא שָׁעָה וּרְבִיעַ קֹודֶם הַלַּיְלָה לְעִנְיַן תּוֹסֶפֶת שַׁבָּת וי"ה וי"ט דְּקַייְמָא לָן שֶׁהוּא מִן הַתּוֹרָה פ"ק דְּר"ה דַּף ט. אֵין צָרִיךְ כָּל כָּךְ שִׁיעוּר גָּדוֹל לְתוֹסֶפֶת מִיהוּ נִרְאֶה שֶׁצָּרִיךְ שִׁיעוּר מִדְּאָמְרִינַן בְּבֵיצָה בְּרֵישׁ פֶּרֶק הַמֵּבִיא דַּף ל. וּבְשַׁבָּת בְּרֵישׁ הַשּׁוֹאֵל דַּף קֶמַח: דְּהָא תּוֹסֶפֶת די"ה דְּאוֹרָיְיתָא וְהָא נְשֵׁי דִּידַן אָכְלוּ וְשָׁתוּ עַד אֻורְתָּא וְלָא מָחֵינַן בִּידַייְהוּ. וּמִסְּתָמָא לֹא הָיוּ אוֹכְלִין מַמָּשׁ עַד אֻורְתָּא שֶׁאֵינָן יְכוֹלוֹת לְצַמְצֵם אֶלָּא פֵּירְשׁוּ מִלֶּאֱכֹול קֹודֶם הַלַּיְלָה. אַלְמָא קֹודֶם אוֹתוֹ הַזְּמַן יֵשׁ תּוֹסֶפֶת דְּאוֹרָיְיתָא וְלֹא נִתְבָּרֵר יָפֶה מַה שִׁיעוּר יֵשׁ לְאוֹתוֹ תּוֹסֶפֶת. אֲבָל לְעִנְיַן מַצָּה הָיָה אוֹמֵר ה"ר יַעֲקֹב מִקּוֹרְבֵיל שֶׁאֵין לֶאֱכֹול מַצָּה עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ מִדְּאָמְרִינַן בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּפְסָחִים אָמְרוּ עָלָיו עַל הִלֵּל שֶׁהָיָה כּוֹרֵךְ פֶּסַח מַצָּה וּמָרוֹר וְאֵימַת אוֹכְלָן מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ וְהַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב בְּפֶסַח וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר בַּלַּיְלָה הַזֶּה וְלַיְלָה מַמָּשׁ בָּעֵינַן. וּמַצָּה אִיתַּקַּשׁ לְפֶסַח דְּאִם אֲכָלָהּ מבע"י לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ וְלֹא שַׁייָּךְ כָּאן תּוֹסֶפֶת: רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בע"ש. א"ל רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא לְרַב מִי בְּדַלְתְּ אֲמַר לֵיהּ אִין בְּדֵילְנָא וּמִי בְּדֵיל וְהָאָמַר רַבִּי אָבִין פַּעַם אַחַת הִתְפַּלֵּל רַבִּי שֶׁל שַׁבָּת בע"ש וְנִכְנַס לַמֶּרְחָץ וְשָׁנָה לָנוּ פִּרְקוֹ וַעֲדַיִין לֹא חָשְׁכָה אָמַר רַבָּה הַהוּא לְהַזִּיעַ וְקֹודֶם הַגְּזֵירָה הֲוָה. אֵינִי וְהָא רַבָּה שְׁרָא לֵיהּ לְרָבָא בַּר לֵיוַאי לְכַבְרוֹיֵי סַלֵּי בְּפַנְיָא דִּמְעַלֵּי שַׁבְּתָא. הָתָם טָעוּתָא הֲוָה. וְטָעוּתָא מִי הָדְרָא וְהָאָמַר אֲבִידָן פַּעַם אַחַת נִתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בֶּעָבִים וּסְבוּרִים הָיוּ לוֹמַר שֶׁחָשְׁכָה וְנִכְנְסוּ לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְהִתְפַּלְּלוּ שֶׁל מו"ש בְּשַׁבָּת וְאַחַ"כּ נִתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים וְזָרְחָה הַשֶּׁמֶשׁ וּבָאוּ וְשָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי וְאָמַר הוֹאִיל וְהִתְפַּלְּלוּ הִתְפַּלְּלוּ. שָׁאנֵי צִבּוּר דְּלָא מַטְרְחִינַן לְהוּ לְהִתְפַּלֵּל שֵׁנִית כְּמוֹ דְּמַטְרְחִינַן לְיָחִיד אֲבָל מְלָאכָה בְּשַׁבָּת אֵלּוּ וְאֵלּוּ מֻותָּרִין. רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בע"ש אִיבַּעְיָא לְהוּ רַב צַלִּי שֶׁל שַׁבָּת בע"ש אוֹמֵר קְדֻושָּׁה עַל הַכּוֹס אוֹ אֵין אוֹמֵר קְדֻושָּׁה עַל הַכּוֹס. ת"ש דְּאָמַר רַב יוֹדָא אָמַר שְׁמוּאֵל מִתְפַּלֵּל אָדָם שֶׁל שַׁבָּת בע"ש וְאוֹמֵר קְדֻושָּׁה עַל הַכּוֹס וְר' יֹאשִׁיָּה מְצַלֵּי שֶׁל מו"ש בְּשַׁבָּת אוֹמֵר הַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס אוֹ אֵינוֹ אוֹמֵר הַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס ת"ש דְּאָמַר רַב תַּחְלִיפָא בַּר אַבְדִּימִי אָמַר שְׁמוּאֵל מִתְפַּלֵּל אָדָם שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת וְאוֹמֵר הַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס:
Rabbi Hiyya bar Abba a dit : Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat ; Rabbi Yochiya priait la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat. Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat, à partir du pelag ha-minha et au-delà, et après la sortie des étoiles il lisait le Chema en son temps. Bien qu'il ne joignît pas alors la gueoula à la tefila, puisqu'il visait la mitsva d'ajouter du profane au sacré, il ne se souciait pas de cette jonction. Il allumait la lampe avant de prier et acceptait sur lui le chabbat alors qu'il faisait encore jour. Et ce que nous disons au chapitre Ba-me madlikin (Chabbat 23b) au sujet de l'allumage de la lampe, « pourvu qu'il n'anticipe pas et pourvu qu'il ne tarde pas », ne vise pas ce cas, car il n'y a pas d'anticipation dès lors qu'il acceptait sur lui le chabbat à cette heure-là ; on peut en effet accepter le chabbat alors qu'il fait encore jour, pourvu que ce soit à partir du pelag ha-minha et au-delà. Nous disons dans le Yerouchalmi : Rabbi ordonna à Avidan, son amora, d'annoncer devant la communauté : que celui qui veut prier prie la prière du soir tant que le jour subsiste. Tous ces Amoraim, ainsi que les Tannaim cités plus loin, qui priaient la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat et disaient la havdala sur la coupe, suivent l'avis de Rabbi Yehouda. Il est possible qu'ils aient été empêchés par un cas de force majeure, ne pouvant faire la havdala à la sortie du chabbat parce qu'ils devaient attendre la nuit à la limite du tehoum pour une affaire de mitsva ; car il va de soi qu'ils ne se hâtaient pas de faire la havdala et de prier la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat sans y être contraints. Et il semble que, bien que nous suivions Rabbi Yehouda quant à la prière du soir, dont le temps commence une heure et quart avant la nuit, le supplément (tossefet) du chabbat, de Yom Kippour et des jours de fête, dont nous tenons qu'il est de la Tora (premier chapitre de Roch Hachana 9a), n'exige pas une mesure aussi grande. Toutefois il semble qu'une certaine mesure soit requise, car nous disons dans Beitsa, au début du chapitre Ha-mevi (30a), et dans Chabbat, au début du chapitre Ha-choel (148b) : le supplément de Yom Kippour est de la Tora, et pourtant nos femmes mangent et boivent jusqu'à la nuit et nous ne les en empêchons pas. Or vraisemblablement elles ne mangeaient pas réellement jusqu'à la nuit, puisqu'elles ne peuvent pas ajuster au plus juste, mais elles cessaient de manger avant la nuit. Il en ressort qu'avant ce moment il y a un supplément de la Tora, et la mesure de ce supplément n'a pas été bien clarifiée. Quant à la matsa, Rabbenou Yaakov de Corbeil disait qu'on ne doit pas la manger avant la tombée de la nuit, car nous disons dans la Tossefta de Pessahim : on a dit de Hillel qu'il enroulait ensemble le pessa'h, la matsa et le maror ; et quand les mangeait-il ? Une fois la nuit tombée. La raison en est qu'il est écrit au sujet du pessa'h « et ils mangeront la chair cette nuit-là » : il faut la nuit au sens propre ; et la matsa est rapprochée du pessa'h, de sorte que s'il l'a mangée de jour il ne s'est pas acquitté de son obligation, et le supplément n'a pas cours ici. — Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat. Rabbi Yirmeya bar Abba lui dit : t'es-tu retiré ? Il lui répondit : oui, je me suis retiré. Et doit-il vraiment se retirer ? Rabbi Avin n'a-t-il pas dit : une fois, Rabbi pria la prière de chabbat la veille de chabbat, entra aux bains, et nous enseigna son chapitre, et il ne faisait pas encore nuit ! Rabba dit : dans ce cas il était entré pour transpirer, et c'était avant le décret. Est-ce ainsi ? Rabba n'a-t-il pas permis à Rava bar Livai de fumiger des paniers le soir de la veille de chabbat ! La, c'était une erreur. Et une erreur peut-elle être annulée ? Avidan n'a-t-il pas dit : une fois, le ciel se couvrit de nuages, ils crurent qu'il faisait nuit, entrèrent à la synagogue et prièrent la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat ; puis les nuages se dissipèrent et le soleil brilla, et ils vinrent interroger Rabbi, qui dit : puisqu'ils ont prié, ils ont prié. La communauté fait exception, car on ne lui impose pas de prier une seconde fois comme on l'impose à un particulier ; mais quant au travail, les uns comme les autres y sont autorisés. — Rav priait la prière de chabbat la veille de chabbat. On s'est demandé : Rav, qui priait la prière de chabbat la veille de chabbat, disait-il le kidouch sur la coupe ou ne le disait-il pas ? Viens et entends : Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : un homme prie la prière de chabbat la veille de chabbat et dit le kidouch sur la coupe. Et Rabbi Yochiya, qui priait la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat, disait-il la havdala sur la coupe ou ne la disait-il pas ? Viens et entends : Rav Tahlifa bar Avdimi a dit au nom de Chemouel : un homme prie la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat et dit la havdala sur la coupe.
💡 Explication

La guemara passe des interdits à la pratique positive. Deux usages sont rapportés, symétriques : Rav anticipait l'entrée du chabbat, Rabbi Yochiya en anticipait la sortie. La question porte sur la coupe : celui qui a déjà prié la prière de chabbat peut-il dire le kidouch avant la nuit ?

Chemouel répond par l'affirmative, et la guemara ajoute que la halakha suit son avis. Le principe qui se dégage : la prière fixe le moment de l'acceptation, et le kidouch suit cette acceptation plutôt que l'horloge. Le Roch précise que Rav lisait malgré tout le Chema en son temps, après la sortie des étoiles, en renonçant alors à joindre la gueoula à la tefila.

10
רַבִּי יֹאשִׁיָּה מְצַלֵּי שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת: אוֹמֵר הַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס אוֹ אֵינוֹ אוֹמֵר הַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס? תָּא שְׁמַע דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מִתְפַּלֵּל אָדָם שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת וְאוֹמֵר הַבְדָּלָה עַל הַכּוֹס.

Rabbi Yochiya priait la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat : disait-il la havdala sur la coupe, ou ne la disait-il pas sur la coupe ? Viens et entends : Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : un homme prie la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat et dit la havdala sur la coupe.

💡 Explication

Même question, sens inverse. Celui qui a anticipé la prière du soir de la sortie du chabbat dit également la havdala sur la coupe, alors que le chabbat n'est pas encore achevé selon l'horloge. Tossefot, au segment précédent, restreint pourtant cette pratique aux cas de nécessité, et rappelle que le travail demeure interdit jusqu'à la nuit.

11
אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא אָמַר רַב: בְּצַד עַמּוּד זֶה הִתְפַּלֵּל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת

Rabbi Zera dit au nom de Rabbi Assi, qui dit au nom de Rabbi Elazar, qui dit au nom de Rabbi Hanina, qui dit au nom de Rav : à côté de ce pilier-ci, Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi pria la prière de chabbat la veille de chabbat

💡 Explication

Une tradition transmise par cinq relais vient appuyer l'usage. Le détail du lieu, « à côté de ce pilier-ci », montre que le rapporteur se tient dans la synagogue même où la chose s'est passée. Le segment suivant en donnera une version toute différente.

12
כִּי אֲתָא עֻולָּא אָמַר: בְּצַד תְּמָרָה הֲוָה, וְלֹא בְּצַד עַמּוּד הֲוָה. וְלֹא רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי הֲוָה, אֶלָּא רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי הֲוָה, וְלֹא שֶׁל שַׁבָּת בְּעֶרֶב שַׁבָּת הֲוָה, אֶלָּא שֶׁל מוֹצָאֵי שַׁבָּת בְּשַׁבָּת הֲוָה.

Quand Oulla vint, il dit : c'était à côté d'un palmier, et non à côté d'un pilier ; et ce n'était pas Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, mais Rabbi Elazar fils de Rabbi Yossi ; et ce n'était pas la prière de chabbat la veille de chabbat, mais la prière de la sortie du chabbat pendant le chabbat.

💡 Explication

Oulla, venu de terre d'Israël, corrige les trois éléments de la tradition babylonienne : le lieu, le nom du sage et la nature de la prière. La guemara laisse les deux versions côté à côté sans trancher. L'enjeu pratique demeure entier dans les deux cas, puisque chaque version atteste l'un des deux usages discutés plus haut.

13
תְּפִלַּת הָעֶרֶב אֵין לָהּ קֶבַע. מַאי אֵין לָהּ קֶבַע? אִילֵּימָא דְּאִי בָּעֵי מְצַלֵּי כֻּולֵּיהּ לֵילְיָא, לִיתְנֵי ״תְּפִלַּת הָעֶרֶב כָּל הַלַּיְלָה״! אֶלָּא מַאי אֵין לָהּ קֶבַע —

« La prière du soir n'a pas de temps fixe. » Que signifie « n'a pas de temps fixe » ? Si tu dis que, s'il le veut, il peut prier toute la nuit, que la michna enseigne donc : « la prière du soir, toute la nuit » !

Plutôt, que signifie « n'a pas de temps fixe » —

⚖️ Rosh (1)
תְּפִלַּת הָעֶרֶב אֵין לָהּ קֶבַע מַאי אֵין לָהּ קֶבַע אֵין לָהּ אֵינָהּ קֶבַע כְּמַאן דְּאָמַר תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת דְּאָמַר רַב יוֹדָא אָמַר שְׁמוּאֵל תְּפִלַּת עַרְבִית ר"ג אוֹמֵר חוֹבָה וְר' יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר רְשׁוּת אָמַר אַבָּיֵי הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה וְרָבָא אָמַר הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר רְשׁוּת וקי"ל הֲלָכָה כְּרָבָא מִיהוּ ה"מ הֵיכָא דְּלָא צָלִי לֵיהּ כְּלָל אֲבָל הֵיכָא דְּצָלִי לֵיהּ תְּפִלַּת עַרְבִית כְּבָר שָׁוְויָהּ עִילָּוֵיהּ חוֹבָא וְאִי טָעֵי אַהְדַּרוּ לְרֵישָׁא כִּדְקָאָמַר רַב סוֹף פִּירְקִין טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ בְּעַרְבִית אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ אֶלָּא בַּיּוֹם וְשָׁמְעִי' מִינָּהּ שֶׁאִם טָעָה בְּעַרְבִית בְּרֹאשׁ חֹודֶשׁ אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ אֶלָּא בַּיּוֹם וש"מ שֶׁאִם טָעָה בְּעַרְבִית בְּשַׁבָּת אוֹ בְּיָמִים טוֹבִים שֶׁמַּחֲזִירִין אוֹתוֹ וְאָמְרִינַן נָמֵי ד' כו.טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם וְהָא ד"ה הוּא דְּלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג עֲלָהּ וְאַפֵּי' לָמֶ"ד רְשׁוּת חוֹבָה הוּא דְּלֵית לֵיהּ אֲבָל מִצְוָה אִיתָא וְהָאִידָּנָא נָהוּג עָלְמָא לְשַׁוְויָה חוֹבָה:
« La prière du soir n'a pas de temps fixe. » Que signifie « n'a pas de temps fixe » ? Elle n'a pas de caractère obligatoire, selon celui qui dit que la prière du soir est facultative (rechout). Car Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : quant à la prière du soir, Rabban Gamliel dit qu'elle est obligatoire et Rabbi Yehochoua qu'elle est facultative. Abaye dit : la halakha suit celui qui dit qu'elle est obligatoire. Rava dit : la halakha suit celui qui dit qu'elle est facultative. Et nous tenons que la halakha suit Rava. Toutefois cela vaut lorsqu'il ne l'a pas priée du tout ; mais dès lors qu'il a déjà prié la prière du soir, il se l'est rendue obligatoire, et s'il s'est trompé on le fait revenir au début, comme le dit Rav à la fin de notre chapitre : « s'il s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech à la prière du soir, on ne le fait pas recommencer, car on ne sanctifie le mois que de jour ». Nous apprenons de là que s'il s'est trompé à la prière du soir de roch hodech on ne le fait pas recommencer, puisqu'on ne sanctifie le mois que de jour ; et nous en apprenons aussi que s'il s'est trompé à la prière du soir de chabbat ou des jours de fête, on le fait recommencer. Nous disons également (26a) : s'il s'est trompé et n'a pas prié la prière du soir, il prie deux fois le matin. Or cela est l'avis de tous, nul n'y contredit ; et même selon celui qui dit qu'elle est facultative, ce qu'il écarte est l'obligation, tandis que la mitsva demeure. Et aujourd'hui l'usage général la tient pour obligatoire.
💡 Explication

Retour à la michna. L'expression « ein lah keva », « elle n'a pas de fixité », est d'abord comprise comme une indication de temps : la prière du soir se dirait toute la nuit. La guemara écarte cette lecture par un argument de formulation : la michna disposait d'une expression simple, « toute la nuit », et ne l'a pas employée.

L'expression porte donc sur autre chose que l'horaire. Le segment suivant en donnera le sens : la fixité dont il est question est celle de l'obligation.

14
כְּמַאן דְּאָמַר, תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: תְּפִלַּת עַרְבִית: רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר חוֹבָהּ, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר רְשׁוּת. אָמַר אַבַּיֵּי: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה. וְרָבָא אָמַר: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר רְשׁוּת.

C'est selon celui qui dit : la prière du soir est facultative. Car Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : quant à la prière du soir, Rabban Gamliel dit qu'elle est obligatoire, Rabbi Yehochoua dit qu'elle est facultative.

Abaye dit : la halakha suit celui qui dit qu'elle est obligatoire. Et Rava dit : la halakha suit celui qui dit qu'elle est facultative.

🗂️ Tossefot (2)
הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר רְשׁוּת לָאו דַּוְקָא רְשׁוּת אֶלָּא כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל (בְּרָכוֹת ד' כו.) וּלְכָךְ נִקְרָא רְשׁוּת לְבַטְּלָהּ עֲבוּר מִצְוָה אַחֶרֶת הָעוֹבֶרֶת:
La halakha suit celui qui dit qu'elle est facultative — le mot « facultative » n'est pas à prendre au sens strict, mais comme nous l'avons expliqué plus haut (Berakhot 26a) ; on l'appelle « facultative » en ce qu'on peut la laisser de côté pour une autre mitsva qui risque de passer.
וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב וְנִרְאֶה דִּלְכָךְ תִּקְּנוּ פְּסוּקִים וְקַדִּישׁ בֵּין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה דִּרְשׁוּת הִיא [ע' תּוֹסְ' ד: ד״ה אָמַר רִ״י]:
Et la halakha suit son avis — il semble que ce soit pour cela que l'on a institué des versets et le kaddich entre la gueoula et la tefila, puisqu'elle est facultative.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר מָר קוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל מְסַיַּיע לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן דְּאָמַר אֵיזֶהוּ בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא זֶה הַסּוֹמֵךְ גְּאֻולָּה שֶׁל עַרְבִית לִתְפִלָּה שֶׁל עַרְבִית. וְרִיבָּ"ל אוֹמֵר תְּפִלּוֹת בָּאֶמְצַע תִּקְּנוּם שֶׁבְּשַׁחֲרִית קוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל וּבִשְׁעַת הַמִּנְחָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וְלָעֶרֶב מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הָעֶרֶב וְאַחַ"כּ קוֹרֵא אֶת שְׁמַע. נִמְצָא ק"ש שֶׁל שַׁחֲרִית בִּתְחִלַּת הַיּוֹם וק"ש שֶׁל עַרְבִית בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה וְהַתְּפִלּוֹת כֻּולָּן בְּאֶמְצַע וְלֵיתָא לִדְרִיבָּ"ל דקי"ל כַּר' יוֹחָנָן וְכֵן פָּסַק בה"ג. ואע"ג דצ"ל הַשְׁכִּיבֵנוּ בֵּין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה. לָאו הֶפְסֵק הוּא דְּכֵיוָן דְּתִקְּנוּ רַבָּנָן הַשְׁכִּיבֵנוּ בִּגְאֻולָּה כִּגְאֻולָּה אֲרִיכְתָּא דָּמְיָא וּבִתְפִלַּת שַׁחֲרִית נָמֵי בָּעֵי לְמִיסְמַךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה. ואע"ג שֶׁבַּתְּחִלָּה אוֹמֵר ה' שְׂפָתַי תִּפְתָּח. כֵּיוָן דְּתַקּוּן רַבָּנָן לְמֵימַר בִּתְפִלָּה כִּתְפִלָּה אֲרִיכְתָּא דָּמְיָא. וְתֵימָא עַל מִנְהָגֵינוּ שֶׁאָנוּ מַפְסִיקִים בְּעַרְבִית בִּפְסוּקִים וְיִרְאוּ עֵינֵינוּ וְקַדִּישׁ. אֵין לוֹמַר דִּסְבִירָא לָן כְּרַב דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כז:) תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וּלְהָכִי אֵין אָנוּ חוֹשְׁשִׁין לִסְמֹוךְ. דְּאִם כֵּן רַבִּי יוֹחָנָן דְּמַצְרִיךְ לִסְמֹוךְ סְבִירָא לֵיהּ דְּהוּא חוֹבָה. וְרַב וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן. וְשֶׁמָּא גַּם ר' יוֹחָנָן סוֹבֵר כְּמוֹ רַב אֲפִי' הָכִי מְחַיֵּיב לִסְמֹוךְ. וּמִנְהָג זֶה נָהֲגוּ אוֹתוֹ הֶהָמוֹן לְפִי שֶׁבִּימֵיהֶם הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת שֶׁלָּהֶם בַּשָּׂדוֹת וְהָיוּ יְרֵאִים לְהִתְעַכֵּב שָׁם עַד אַחַר תְּפִלַּת עַרְבִית וְתִקְּנוּ לוֹמַר פְּסוּקִים אֵלּוּ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה אַזְכָּרוֹת כְּנֶגֶד י"ח בְּרָכוֹת שֶׁל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה וְתִקְּנוּ אַחֲרֵי כֵן בִּרְכַּת יִרְאוּ עֵינֵינוּ וְקַדִּישׁ. וְהַשְׁתָּא נָמֵי שֶׁמִּתְפַּלְּלִין עַרְבִית בְּבֵית הַכְּנֶסֶת לֹא נִתְבַּטֵּל הַמִּנְהָג הָרִאשׁוֹן. מִכָּל מָקוֹם אֵין לְהַפְסִיק בִּדְבָרִים אֲחֵרִים אֶלָּא כְּמוֹ שֶׁנָּהֲגוּ:
« Le maître a dit : il lit le Chema puis il prie » — cela appuie Rabbi Yo'hanan, qui dit : quel est celui qui a part au monde à venir ? Celui qui joint la gueoula du soir à la tefila du soir. Et Rabbi Yehochoua ben Levi dit : les prières ont été instituées au milieu, de sorte que le matin il lit le Chema puis prie, à l'heure de minha il prie la prière de minha, et le soir il prie la prière du soir puis lit le Chema ; il se trouve ainsi que le Chema du matin est au début du jour, celui du soir au début de la nuit, et toutes les prières au milieu. L'avis de Rabbi Yehochoua ben Levi n'est pas retenu, car nous tenons comme Rabbi Yo'hanan, et ainsi a tranché le Halakhot Guedolot. Et bien qu'il faille dire Hachkivenou entre la gueoula et la tefila, cela ne constitue pas une interruption : puisque les Sages ont institué Hachkivenou dans la gueoula, elle est considérée comme une gueoula prolongée. À la prière du matin aussi il faut joindre la gueoula à la tefila ; et bien que l'on dise d'abord « Hachem, ouvre mes lèvres », puisque les Sages ont institué de le dire dans la tefila, elle est considérée comme une tefila prolongée. Et notre usage étonne, nous qui interrompons le soir par des versets, par Vayir'ou éneinou et par le kaddich. On ne peut pas dire que nous suivons Rav, qui dit plus loin, au chapitre Tefilat ha-chahar (27b), que la prière du soir est facultative, et que pour cette raison nous ne nous soucions pas de joindre ; car s'il en était ainsi, Rabbi Yo'hanan, qui impose de joindre, tiendrait qu'elle est obligatoire, et entre Rav et Rabbi Yo'hanan la halakha suit Rabbi Yo'hanan. Peut-être même Rabbi Yo'hanan pense-t-il comme Rav et impose malgré tout de joindre. Cet usage a été adopté par la foule parce qu'en ces temps anciens leurs synagogues se trouvaient dans les champs et qu'ils craignaient de s'y attarder jusqu'après la prière du soir ; ils instituèrent de dire ces versets, qui contiennent dix-huit mentions du Nom, en face des dix-huit bénédictions de la Amida, puis instituèrent la bénédiction Yir'ou éneinou et le kaddich. Aujourd'hui encore, alors que l'on prie la prière du soir à la synagogue, l'usage ancien n'a pas été aboli. En tout cas, on ne doit pas interrompre par d'autres paroles, mais seulement selon l'usage établi.
💡 Explication

La michna est rattachée à une mahloket tannaitique : Rabban Gamliel tient la prière du soir pour hova, obligation, et Rabbi Yehochoua pour rechout, faculté. Dire que la prière du soir « n'a pas de fixité » revient à suivre la seconde position.

Les deux maîtres de la génération suivante se partagent : Abaye tranche comme Rabban Gamliel, Rava comme Rabbi Yehochoua, et c'est Rava que la halakha suit. Tossefot restreint aussitôt la portée du mot rechout : la prière du soir demeure due, et la faculté signifie qu'on peut la reporter pour une autre mitsva qui risquerait de passer. Le Roch ajoute deux limites : celui qui a commencé à la prier se l'est rendue obligatoire, et l'usage reçu la tient aujourd'hui pour obligatoire.

🖼️ Schéma
Du mot de la michna à la halakha reçue Michna : ein lah keva Lecture écartée : une simple durée, toute la nuit Lecture retenue : elle n'a pas de caractère obligatoire — rechout Rabban Gamliel : hova — suivi par Abaye Rabbi Yehochoua : rechout — suivi par Rava Halakha comme Rava, avec deux limites : celui qui l'a priée se l'est rendue due, et l'usage reçu l'impose.
L'expression de la michna, la lecture écartée, la lecture retenue et la halakha finale.
15
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד שֶׁבָּא לִפְנֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. אָמַר לוֹ: תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת אוֹ חוֹבָה? אֲמַר לֵיהּ: רְשׁוּת.

Nos maîtres ont enseigné : il advint qu'un élève vint devant Rabbi Yehochoua. Il lui dit : la prière du soir est-elle facultative ou obligatoire ?

Il lui répondit : facultative.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד שֶׁבָּא לִפְנֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, אָמַר לוֹ: רַבִּי, תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת אוֹ חוֹבָה? הִנֵּה הַדִּקְדּוּקִים רַבּוּ בְּמַאֲמָר זֶה וְאֵין צֹורֶךְ לְפָרְטָן. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל, דִּלְכָךְ נִקְרָא רְשׁוּת , לְבַטְּלָהּ עֲבוּר מִצְוָה אַחֶרֶת, וּלְעוֹלָם חוֹבָה הִיא, וּלְפִי זֶה, אִם אָדָם דְּעָלְמָא הָיָה שׁוֹאֵל לְר' יְהוֹשֻׁעַ הָיָה אוֹמֵר לוֹ חוֹבָה, פֶּן תִּהְיֶה עַרְבִית קַלָּה בְּעֵינָיו, וְכֵן לְפִי סְבָרָה אַחֶרֶת שֶׁיֵּשׁ בָּזֶה שֶׁכָּתְבוּ, אַף עַל גַּב דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת הָיְתָה מֵעִיקָּרָא, מִכָּל מָקוֹם אַחַר שֶׁהִרְגִּיל הָאָדָם לְהִתְפַּלֵּל עַרְבִית נַעֲשֵׂית עָלָיו חוֹבָה, וּלְפִי סְבָרָה זוֹ נָמֵי, אִם אָדָם דְּעָלְמָא הָיָה שׁוֹאֵל לְר' יְהוֹשֻׁעַ הָיָה מֵשִׁיב לוֹ חוֹבָה, כִּי מִסְּתָמָא כָּל אָדָם הֻורְגַּל לְהִתְפַּלֵּל עַרְבִית וְנַעֲשֵׂית עָלָיו חוֹבָה, וּמַה שֶׁהֵשִׁיב ר' יְהוֹשֻׁעַ לְאוֹתוֹ תַּלְמִיד רְשׁוּת, הַייְנוּ כִּי אוֹתוֹ תַּלְמִיד הָיָה ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי דַּהֲוָה חַכִּים מִיַּלְדוּתוֹ, וְיָדַע וְהִכִּיר ר' יְהוֹשֻׁעַ בּוֹ שֶׁהוּא שׁוֹאֵל עַל עִיקַּר הַתְּפִילָּה שֶׁל עַרְבִית, וְיוֹדֵעַ הוּא אֲשֶׁר עַתָּה הִיא חוֹבָה עַל כָּל אָדָם מֵאַחַר שֶׁכְּבָר נָהַג בָּהּ. אוֹ לְאִידָךְ סְבָרָה, יוֹדֵעַ בּוֹ שֶׁהוּא שׁוֹאֵל לְעִנְיָן לְבַטְּלָהּ מִשּׁוּם מִצְוָה אַחֶרֶת, וּמַכִּיר הָאִישׁ וְאֶת שִׂיחוֹ מַה כַּוָּנָתוֹ בִּשְׁאֵלָה זוֹ, לְכָךְ הֵשִׁיב לוֹ רְשׁוּת, אַךְ כְּשֶׁשָּׁאַל הַשּׁוֹאֵל שְׁאֵלָה זוֹ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ לֹא יָדַע ר' יְהוֹשֻׁעַ מִי הוּא הַשּׁוֹאֵל הֶעָקְרִי, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל, דְּהָיָה מִנְהָגָם שֶׁאֵין אָדָם עוֹמֵד לִשְׁאוֹל בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, אֶלָּא כָּל אָדָם יַגִּיד שְׁאֵלָתוֹ לְאֶחָד שֶׁהוּא מְמֻונֶּה עַל דָּבָר זֶה שֶׁהוּא יַעֲמוֹד וְיִשְׁאַל, וְכֵיוָן דְּר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי לֹא עָמַד הוּא וְשָׁאַל בְּעַצְמוֹ, אֶלָּא הִגִּיד הַשְּׁאֵלָה לְהַמְמֻונֶּה וְשָׁאַל בִּסְתָם, חָשַׁב ר' יְהוֹשֻׁעַ שְׁאֵלָה זוֹ מֵאִינִישׁ דְּעָלְמָא, לְכָךְ הִסְכִּים עַל תְּשׁוּבַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁאָמַר חוֹבָה, וְאִם הָיָה ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי עוֹמֵד וְשׁוֹאֵל לֹא הָיָה ר' יְהוֹשֻׁעַ מַסְכִּים לִתְשׁוּבַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל, כִּי הוּא יוֹדֵעַ מֶה הָיְתָה כַּוָּנַת ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי בִּשְׁאֵלָה זוֹ, אַךְ רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא הִרְגִּישׁ בְּכַוָּנַת ר' יְהוֹשֻׁעַ וְחָשַׁב שֶׁחָזַר בּוֹ וְהִכְחִישׁ חָס וְחָלִילָה, וְלָכֵן רָצָה לַעֲשׂוֹת עַתָּה ב' דְּבָרִים, הָא' לְפַרְסֵם לִפְנֵי הָעוֹלָם שַׂר' יְהוֹשֻׁעַ חָזַר בּוֹ, וְלֹא יָבוֹאוּ אַחֲרֵי זֶה הַתַּלְמִידִים לוֹמַר בְּשֵׁם ר' יְהוֹשֻׁעַ תְּפִילַּת עַרְבִית רְשׁוּת, וְהַב' רָצָה לְפַרְסֵם שֶׁהוֹדָאַת ר' יְהוֹשֻׁעַ עַל תְּפִילַּת עַרְבִית חוֹבָה הִיא הָיְתָה בָּאַחֲרוֹנָה, וְלֹא יַחְשְׁבוּ לְהַפֵּךְ וִיקַיְּימוּ שְׁמוּעָה שֶׁל רְשׁוּת, לְכָךְ אָמַר לֵיהּ שֶׁיַּעֲמֹוד עַל רַגְלָיו, שֶׁהוּא עִנְיַן זִלְזוּל לְר' יְהוֹשֻׁעַ בִּפְנֵי כָּל הַחֲכָמִים, וְאָווְשָׁא מִלְּתָא, וְלָכֵן לֹא תִּשְׁתַּכַּח הַחֲזָרָה שֶׁהָיְתָה בַּיּוֹם הַהוּא, וְהַכֹּל יְעִידוּן וְיַגִּידוּן שֶׁהַשְּׁמוּעָה שֶׁל הוֹרָאָה דִּרְשׁוּת הָיְתָה בָּרִאשׁוֹנָה, וּמַה שֶׁהוֹרָה תְּפִילַּת עַרְבִית חוֹבָה הָיְתָה בָּאַחֲרוֹנָה, וְלָזֶה אָמַר עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ, כְּדֵי שֶׁמֵּחֲמַת כֵּן יָעִידוּ בְּךָ הַתַּלְמִידִים אַחֲרֵי זֶה שֶׁהוֹרָאָה שֶׁל חוֹבָה הִיא הָיְתָה בָּאַחֲרוֹנָה, וְלֹא יִתְהַפֵּךְ הַדָּבָר אַחֲרֵי זֶה מֵחֲמַת שִׁכְחָה. וְזוֹ הָיְתָה כַּוָּנַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּאוֹמְרוֹ עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ, אַךְ לָזֶה דַּי שֶׁיַּעֲמֹוד מְעַט וְאַחַר כָּךְ יֹאמַר לוֹ שֵׁב, אָמְנָם רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּחָשְׁבוּ שֶׁהוּא הִכְחִישׁ חָס וְחָלִילָה, רָצָה לְהַעֲנִישׁוֹ עַל זֹאת, וְצַעַר אוֹתוֹ לַעֲמֹוד כָּל מֶשֶׁךְ הַדְּרָשָׁה שֶׁלּוֹ, וּבַעֲבוּר זֹאת הִקְפִּידוּ עַל רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁזִּלְזֵל בַּר' יְהוֹשֻׁעַ לְצַעֲרוֹ בְּכָךְ שֶׁלֹּא כַּדִּין, שֶׁהוּא טָעָה לַחְשֹׁוב עָלָיו שֶׁהִכְחִישׁ וְאֵינוֹ כֵּן, אַךְ ר' יְהוֹשֻׁעַ אַף עַל פִּי שֶׁזִּלְזֵל בּוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְאָמַר לוֹ עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ, לִימֵּד עָלָיו זְכוּת, וְאוֹמֵר לוֹ יָפֶה אַתָּה עוֹשֶׂה בְּכָךְ כְּדֵי לְפַרְסֵם הַדָּבָר, יַעַן שֶׁאִם הַתַּלְמִיד מֵת הָיָה דַּי בִּדְבָרַי שֶׁאָמַרְתִּי עַתָּה לְהַכְחִישׁ דְּבָרָיו, וְאָז לֹא יָבֹא אַחֵר לוֹמַר בִּשְׁמִי שֶׁהִיא רְשׁוּת, אָמְנָם מֵאַחַר שֶׁאֲנִי חַי וְהוּא חַי, שֶׁמָּא הַתַּלְמִיד הַהוּא יַחֲזֹור לוֹמַר בִּשְׁמִי הַדָּבָר שֶׁל רְשׁוּת שֶׁאָמַרְתִּי לוֹ, וְאָז הַשּׁוֹמֵעַ יַחְשֹׁוב שֶׁאֲנִי אָמַרְתִּי רְשׁוּת אַחַר זְמַן יוֹם זֶה שֶׁאָמַרְתִּי חוֹבָה, לְכָךְ יָפֶה אַתָּה עוֹשֶׂה לְהַעֲמִידֵנִי כְּדֵי לְפַרְסֵם הַדָּבָר עַל דְּבָרַי שֶׁאָמַרְתִּי חוֹבָה הֵם הָיוּ בָּאַחֲרוֹנָה, וְכָל זֶה אָמַר לוֹ ר' יְהוֹשֻׁעַ בִּתְחִלַּת הָעִנְיָן שֶׁאָמַר לוֹ עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ, אַךְ עַל מַה שֶׁהוֹסִיף רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְזַלְזֵל בּוֹ לְהַעֲמִידוֹ מֶשֶׁךְ רַב, שֶׁדָּן אוֹתוֹ כְּמַכְחִישׁ חָס וְחָלִילָה, לֹא הוֹדָה לוֹ ר' יְהוֹשֻׁעַ בָּזֶה שֶׁיָּפֶה עָשָׂה, וְגַם הַחֲכָמִים הִקְפִּידוּ עַל רַבָּן גַּמְלִיאֵל מֵחֲמַת כֵּן, וְנִתְקַנְּאוּ לִכְבוֹד תּוֹרָתוֹ שֶׁל ר' יְהוֹשֻׁעַ, וְהֶעֱבִירוּ אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל מִנְּשִׂיאוּת.
« Il advint qu'un élève vint devant Rabbi Yehochoua ; il lui dit : Rabbi, la prière du soir est-elle facultative ou obligatoire ? » Les difficultés de détail sont nombreuses dans cet énoncé et il n'est pas nécessaire de les détailler. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'ont écrit les Tossefot, que si on l'appelle « facultative », c'est qu'on peut la laisser de côté pour une autre mitsva, et qu'en vérité elle est obligatoire. Selon cela, si un homme ordinaire avait interrogé Rabbi Yehochoua, il lui aurait répondu « obligatoire », de peur que la prière du soir ne devienne légère à ses yeux. Il en va de même selon l'autre explication donnée là : bien que la prière du soir ait été facultative à l'origine, une fois que l'homme s'est habitué à la prier elle devient pour lui une obligation ; et selon cette explication aussi, si un homme ordinaire avait interrogé Rabbi Yehochoua, il lui aurait répondu « obligatoire », car vraisemblablement tout homme s'est accoutumé à prier la prière du soir et elle est devenue pour lui une obligation. Si Rabbi Yehochoua répondit « facultative » à cet élève, c'est que cet élève était Rabbi Chimon bar Yohai, qui était sage dès son enfance ; Rabbi Yehochoua savait et reconnaissait qu'il interrogeait sur le fond même de la prière du soir, et qu'il savait qu'elle est désormais une obligation pour tout homme dès lors qu'il s'y est accoutumé. Ou bien, selon l'autre explication, il savait qu'il interrogeait sur la possibilité de la laisser pour une autre mitsva ; il connaissait l'homme et sa parole, et l'intention de sa question, et c'est pourquoi il lui répondit « facultative ». Mais lorsque la question fut posée à la maison d'étude, Rabbi Yehochoua ne sut pas qui en était le véritable auteur, comme l'a écrit le Rav Petah Enayim : leur usage était que nul ne se levait pour questionner à la maison d'étude, mais chacun disait sa question à celui qui était préposé à cela, et celui-ci se levait et questionnait. Et puisque Rabbi Chimon bar Yohai ne s'était pas levé lui-même pour questionner, mais avait dit sa question au préposé, qui interrogea de manière anonyme, Rabbi Yehochoua pensa que cette question venait d'un homme ordinaire ; c'est pourquoi il donna son accord à la réponse de Rabban Gamliel, qui disait « obligatoire ». Si Rabbi Chimon bar Yohai s'était levé et avait interrogé lui-même, Rabbi Yehochoua n'aurait pas donné son accord à la réponse de Rabban Gamliel, car il savait quelle était l'intention de Rabbi Chimon bar Yohai dans cette question. Mais Rabban Gamliel ne perçut pas l'intention de Rabbi Yehochoua et pensa qu'il s'était rétracté et qu'il avait démenti, à D.ieu ne plaise. Il voulut donc faire alors deux choses : la première, publier devant tous que Rabbi Yehochoua s'était rétracté, afin que les élèves ne viennent plus dire en son nom que la prière du soir est facultative ; la seconde, publier que la reconnaissance par Rabbi Yehochoua du caractère obligatoire de la prière du soir était la dernière en date, afin qu'on ne pense pas l'inverse et qu'on ne retienne pas l'enseignement du caractère facultatif. C'est pourquoi il lui dit de se tenir debout, ce qui est un abaissement pour Rabbi Yehochoua devant tous les sages, et l'affaire fait du bruit ; ainsi la rétractation de ce jour-là ne serait pas oubliée, et tous témoigneraient et diraient que l'enseignement du caractère facultatif était le premier et celui du caractère obligatoire le dernier. C'est en ce sens qu'il dit « tiens-toi debout », afin que, de ce fait, les élèves témoignent ensuite à ton sujet que l'enseignement du caractère obligatoire était le dernier, et que la chose ne s'inverse pas ensuite par oubli. Telle était l'intention de Rabban Gamliel en disant « tiens-toi debout ». Or il aurait suffi pour cela qu'il se tienne debout un instant, puis qu'il lui dise de s'asseoir. Mais Rabban Gamliel, pensant qu'il avait démenti, à D.ieu ne plaise, voulut l'en punir et lui infligea de rester debout toute la durée de son enseignement. C'est pour cela qu'on reprocha à Rabban Gamliel d'avoir abaissé Rabbi Yehochoua en le faisant souffrir ainsi sans droit, car il se trompait en pensant qu'il avait démenti. Et Rabbi Yehochoua, bien que Rabban Gamliel l'eût abaissé en lui disant « tiens-toi debout », plaida en sa faveur et lui dit : tu fais bien d'agir ainsi afin de publier la chose ; car si l'élève était mort, mes paroles d'à présent auraient suffi à démentir les siennes, et nul ne viendrait dire en mon nom qu'elle est facultative ; mais puisque je suis vivant et qu'il est vivant, peut-être cet élève reviendra-t-il dire en mon nom ce que je lui ai enseigné du caractère facultatif, et celui qui l'entendra pensera que j'ai dit « facultative » après le jour où j'ai dit « obligatoire » ; c'est pourquoi tu fais bien de me faire tenir debout, afin de publier que mes paroles disant « obligatoire » sont les dernières. Tout cela, Rabbi Yehochoua le dit au début de l'affaire, lorsque Rabban Gamliel lui dit « tiens-toi debout ». Mais quant à ce que Rabban Gamliel ajouta en l'abaissant, en le faisant tenir debout longuement, le jugeant comme un homme qui dément, à D.ieu ne plaise, Rabbi Yehochoua ne lui accorda pas qu'il avait bien agi ; les sages aussi le lui reprochèrent pour cette raison, prirent le parti de l'honneur de la Tora de Rabbi Yehochoua, et déposèrent Rabban Gamliel de la nessiout.
💡 Explication

La baraita ouvre le récit qui occupe la fin du folio et se prolonge sur le verso suivant. Un élève pose la question théorique que la guemara vient de discuter, et reçoit de Rabbi Yehochoua la réponse conforme à sa position connue : rechout.

16
בָּא לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אָמַר לוֹ: תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת אוֹ חוֹבָה? אָמַר לוֹ: חוֹבָה. אָמַר לוֹ: וַהֲלֹא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אָמַר לִי רְשׁוּת?! אָמַר לוֹ: הַמְתֵּן עַד שֶׁיִּכָּנְסוּ בַּעֲלֵי תְּרִיסִין לְבֵית הַמִּדְרָשׁ.

Il vint devant Rabban Gamliel et lui dit : la prière du soir est-elle facultative ou obligatoire ? Il lui répondit : obligatoire.

Il lui dit : mais Rabbi Yehochoua m'a dit qu'elle est facultative ! Il lui dit : attends que les porteurs de boucliers entrent à la maison d'étude.

📜 Rachi (1)
בַּעֲלֵי תְּרִיסִין חֲכָמִים הַמְנַצְּחִים זֶה אֶת זֶה בַּהֲלָכָה:
Les porteurs de boucliers — les sages qui l'emportent l'un sur l'autre dans la halakha.
💡 Explication

L'élève porte la contradiction devant le nassi. Rabban Gamliel choisit de traiter la question en séance publique et repousse la réponse au moment où entreront les baalei terissin, les « porteurs de boucliers ». Rachi explique l'image : les maîtres qui s'affrontent dans la discussion halakhique. Le cadre choisi est celui d'une confrontation ouverte, ce qui pèsera sur la suite.

17
כְּשֶׁנִּכְנְסוּ בַּעֲלֵי תְּרִיסִין, עָמַד הַשּׁוֹאֵל וְשָׁאַל: תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת אוֹ חוֹבָה? אָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: חוֹבָה. אָמַר לָהֶם רַבָּן גַּמְלִיאֵל לַחֲכָמִים: כְּלוּם יֵשׁ אָדָם שֶׁחוֹלֵק בְּדָבָר זֶה? אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: לָאו. אָמַר לוֹ: וַהֲלֹא מִשִּׁמְךָ אָמְרוּ לִי רְשׁוּת!

Quand les porteurs de boucliers entrèrent, le questionneur se leva et demanda : la prière du soir est-elle facultative ou obligatoire ? Rabban Gamliel lui répondit : obligatoire.

Rabban Gamliel dit aux sages : y a-t-il quelqu'un qui conteste sur ce point ? Rabbi Yehochoua lui répondit : non.

Il lui dit : mais on m'a rapporté en ton nom qu'elle est facultative !

💡 Explication

Rabban Gamliel pose sa question au groupe, et Rabbi Yehochoua répond par la négative. Les commentateurs comprennent cette réponse comme un effacement devant le nassi, plutôt que comme un changement d'avis. Rabban Gamliel la prend au contraire pour un désaveu de la position qu'on lui attribuait, et confronte publiquement Rabbi Yehochoua à son propre enseignement.

18
אֲמַר לֵיהּ: יְהוֹשֻׁעַ, עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ וְיָעִידוּ בָּךְ. עָמַד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עַל רַגְלָיו וְאָמַר אִלְמָלֵא אֲנִי חַי וְהוּא מֵת — יָכוֹל הַחַי לְהַכְחִישׁ אֶת הַמֵּת. וְעַכְשָׁיו שֶׁאֲנִי חַי וְהוּא חַי — הֵיאַךְ יָכוֹל הַחַי לְהַכְחִישׁ אֶת הַחַי?

Il lui dit : Yehochoua, tiens-toi debout, et qu'on témoigne contre toi. Rabbi Yehochoua se tint debout et dit : si j'étais vivant et lui mort, le vivant pourrait démentir le mort ; et maintenant que je suis vivant et qu'il est vivant, comment le vivant pourrait-il démentir le vivant ?

📜 Rachi (1)
הֵיאַךְ יָכוֹל הַחַי לְהַכְחִישׁ אֶת הַחַי עַל כָּרְחִי אֲנִי צָרִיךְ לְהוֹדוֹת שֶׁאָמַרְתִּי לוֹ רְשׁוּת:
Comment le vivant pourrait-il démentir le vivant — malgré moi, je dois reconnaître que je lui ai dit « facultative ».
💡 Explication

Rabbi Yehochoua est somme de se lever pour recevoir un témoignage à charge, procédure réservée à un accusé. Sa réponse est une reconnaissance formulée comme une règle de droit probatoire : une parole peut être niée face à un témoin mort, elle ne peut l'être face à un témoin vivant.

Rachi souligne la contrainte : « malgré moi, je dois reconnaître ». L'aveu porte sur le fait d'avoir enseigné rechout, sans porter sur le fond de la position. C'est ce décalage que le Ben Ich Haï développe au segment 14.

19
הָיָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל יוֹשֵׁב וְדוֹרֵשׁ וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עוֹמֵד עַל רַגְלָיו, עַד שֶׁרִנְּנוּ כָּל הָעָם וְאָמְרוּ לְחוּצְפִּית הַתֻּורְגְּמָן: עֲמוֹד! וְעָמַד.

Rabban Gamliel restait assis à enseigner tandis que Rabbi Yehochoua se tenait debout, jusqu'à ce que tout le peuple murmurât et dit à Houtspit le meturgueman : arrête ! Et il s'arrêta.

📜 Rachi (2)
הַתֻּורְגְּמָן שֶׁהָיָה עוֹמֵד לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּמַשְׁמִיעַ לָרַבִּים אֶת הַדְּרָשָׁה מִפִּי רַבָּן גַּמְלִיאֵל:
Le meturgueman — celui qui se tenait devant Rabban Gamliel et faisait entendre au public l'enseignement reçu de la bouche de Rabban Gamliel.
עַמּוּד שְׁתוֹק:
Arrête — tais-toi.
💡 Explication

La durée fait basculer l'affaire. Rabban Gamliel poursuit son cours assis et laisse Rabbi Yehochoua debout ; l'assemblée y voit une humiliation prolongée. Elle intervient par le seul moyen dont elle dispose : elle fait taire le meturgueman, cet officier qui répétait à voix haute l'enseignement du nassi. Rachi glose le mot amod, ici employé au sens de « tais-toi ». Priver le nassi de sa voix publique revient à interrompre son enseignement.

20
אָמְרִי: עַד כַּמָּה נְצַעֲרֵיהּ וְנֵיזִיל, בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה אֶשְׁתָּקַד צַעֲרֵיהּ. בִּבְכוֹרוֹת בְּמַעֲשֵׂה דְרַבִּי צָדוֹק צַעֲרֵיהּ. הָכָא נָמֵי צַעֲרֵיהּ, תָּא וְנֶעֱבָרֶיהָ!

Ils dirent : jusqu'à quand va-t-il continuer à le faire souffrir ? À Roch Hachana, l'an passé, il l'a fait souffrir ; dans Bekhorot, dans l'affaire de Rabbi Tsadok, il l'a fait souffrir ; ici encore, il le fait souffrir.

Venez, déposons-le !

📜 Rachi (5)
בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה בְּמַסֶּכֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף כֹּה.) שֶׁאָמַר לוֹ גּוֹזֵר אֲנִי עָלֶיךָ שֶׁתָּבֹא אֶצְלִי בְּמַקֶּלְךָ וּבִמְעוֹתֶיךָ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּחֶשְׁבּוֹנֶךָ:
À Roch Hachana — au traité Roch Hachana (25a), où il lui dit : je décrète sur toi que tu viennes chez moi avec ton bâton et ton argent le jour de Kippour tel qu'il tombe selon ton calcul.
אֶשְׁתָּקַד שָׁנָה שֶׁעָבְרָה:
L'an passé — l'année écoulée.
בִּבְכוֹרוֹת בְּמַסֶּכֶת בְּכוֹרוֹת (דַּף לו.):
Dans Bekhorot — au traité Bekhorot (36a).
בְּמַעֲשֵׂה דְּרַבִּי צָדוֹק בִּבְכוֹרוֹת הוּא ר' צָדוֹק הֲוָה לֵיהּ בֻּוכְרָא וַאֲמַר לֵיהּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְר' יְהוֹשֻׁעַ עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ כו' כִּי הָכָא:
Dans l'affaire de Rabbi Tsadok — dans Bekhorot : Rabbi Tsadok avait un premier-né, et Rabban Gamliel dit à Rabbi Yehochoua : tiens-toi debout, etc., comme ici.
תָּא וְנֶעֱבָרֶיהָ בּוֹאוּ וְנַעֲבִיר אוֹתוֹ מִן הַנְּשִׂיאוּת:
Venez et déposons-le — venez et ôtons-le de la nessiout.
💡 Explication

Le murmure se transforme en décision politique, et la décision se fonde sur un cumul. Les sages ne jugent pas l'incident du jour isolément : ils comptent trois occasions où Rabban Gamliel a humilié Rabbi Yehochoua. Rachi renvoie aux deux précédents, dans Roch Hachana et dans Bekhorot, où la même formule « tiens-toi debout » avait déjà été employée. La répétition fait la faute.

🖼️ Schéma
Trois humiliations comptées par l'assemblée l'an passéplus tardaujourd'hui Roch Hachana 25a Venir avec bâton et argent le jour de Kippour de son calcul. Bekhorot 36a Affaire du premier-né de Rabbi Tsadok : déjà debout. Notre folio Debout pendant tout le cours du nassi. Jusqu'à quand va-t-il continuer à le faire souffrir ? Venez, déposons-le.
Les trois précédents que l'assemblée met bout à bout pour justifier la déposition.
21
מַאן נוֹקֵים לֵיהּ? נוֹקְמֶיהָ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ — בַּעַל מַעֲשֶׂה הוּא. נוֹקְמֶיהָ לְרַבִּי עֲקִיבָא — דִּילְמָא עֲנִישׁ לֵיהּ, דְּלֵית לֵיהּ זְכוּת אָבוֹת.

Qui installerons-nous à sa place ? Installerons-nous Rabbi Yehochoua ?

Il est partie à l'affaire. Installerons-nous Rabbi Akiva ?

Peut-être Rabban Gamliel lui attirerait-il un châtiment, car il n'a pas de mérite des pères.

📜 Rachi (2)
בַּעַל מַעֲשֶׂה הוּא וַהֲוָה לֵיהּ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל צַעֲרָא טְפֵי:
Il est partie à l'affaire — et Rabban Gamliel en éprouverait une peine plus grande.
לֵית לֵיהּ זְכוּת אָבוֹת וְדִילְמָא עֲנִישׁ לֵיהּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל:
Il n'a pas de mérite des pères — et peut-être Rabban Gamliel lui attirerait-il un châtiment.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נוֹקְמֶיהָ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, הֲוָה לֵיהּ בַּעַל דָּבָר. עַייֵּן רַשִׁ"י וּמָהַרְשָׁ"א, וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה, כֵּיוָן שֶׁהוּא בַּעַל דָּבָר יֹאמְרוּ לְעוֹלָם רַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּקֵּשׁ מִמֶּנּוּ מְחִילָה כָּרָאוּי בִּפְנֵי הַכֹּל תֶּכֶף וּמִיָּד, וְהוּא לֹא רָצָה לִמְחֹול בִּשְׁבִיל שֶׁנָּתַן עֵינָיו בִּנְשִׂיאוּת שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁיְּמַנּוּהוּ בִּמְקוֹמוֹ, וּמַה שֶׁאָמַר דְּאִי מְפַלַּח לְבֵי קֵיסָר וְכוּ', הַדָּבָר יִפָּלֵא אֵיךְ חֲשָׁדוֹ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּכָךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אֵין הַכַּוָּנָה שֶׁיִּתֵּן לְבֵי קֵיסָר שֹׁוחַד מָמוֹן שֶׁיַּעֲבִירוּ אֶת ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה וְיַחֲזִירוּ אוֹתוֹ לִמְקוֹמוֹ, אֶלָּא הַכַּוָּנָה לוֹמַר, אִם הָיָה דַּרְכּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּהְיוֹתוֹ נָשִׂיא לְהָבִיא תָּמִיד דּוֹרוֹנוֹת לְבֵי קֵיסָר, כְּדֵי שֶׁיְּכַבְּדוּהוּ וְיַעַזְרוּהוּ לִמְשֹׁול בִּנְשִׂיאוּת, הָא וַדַּאי אִם יִשְׁמְעוּ בְּבֵית קֵיסָר שֶׁהֶעֱבִירוּ אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְהִנִּיחוּ נָשִׂיא אַחֵר בִּמְקוֹמוֹ, יְעֻכְּבוּ בַּדָּבָר בִּשְׁבִיל הֲנָאָתָם, כִּי זֶה הַחֹדֶשׁ אֵינוֹ עָשִׁיר שֶׁיָּבִיא לָהֶם דּוֹרוֹנוֹת תָּמִיד כְּמוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אֲבָל עַתָּה שֶׁמִּינּוּ אֶת ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה שֶׁהוּא יָדוּעַ וּמְפֻורְסָם אֵצֶל הַמַּלְכוּת, גַּם כֵּן שֶׁהוּא עָשִׁיר גָּדוֹל יוֹתֵר מִן רַבָּן גַּמְלִיאֵל, לֹא יְעֻכְּבוּ בְּדָבָר זֶה כִּי יָדְעוּ שַׂר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה גַּם כֵּן יָבִיא לָהֶם דְּרוֹנוֹת, כִּי עָשִׁיר גָּדוֹל הוּא, וּבָזֶה יְתֹורַץ עוֹד דִּקְדּוּק אַחֵר, דְּקַשָּׁא, לָמָּה לֹא אָמְרוּ סִיבָּה זוֹ גַּבֵּי ר' יְהוֹשֻׁעַ, דְּאִי אֶפְשָׁר לְהַנִּיחוֹ מִשּׁוּם דְּר' יְהוֹשֻׁעַ אֵינוֹ עָשִׁיר, וְלָא מָצֵי לְמִפְלַח בְּבֵי קֵיסָר, וּבָזֶה נִיחָא כִּי הַסִּיבָּה הִיא מִפְּנֵי שֶׁהֵם יְעַכְּבוּ בָּזֶה בִּשְׁבִיל הֲנָאָתָם שֶׁלֹּא תִּפָּסֵק, אַךְ ר' יְהוֹשֻׁעַ הָיָה אָהוּב גָּדוֹל לְבֵי קֵיסָר, וְאוֹהֲבִים אוֹתוֹ הַרְבֵּה כַּיָּדוּעַ, וּלְכָךְ אִם יִשְׁמְעוּ שֶׁנִּתְמַנָּה לְנָשִׂיא לֹא יְעֻכְּבוּ בְּדָבָר זֶה, וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין לָהֶם מִמֶּנּוּ הֲנָאַת מָמוֹן.
« Installerons-nous Rabbi Yehochoua ? Il est partie à l'affaire. » Vois Rachi et le Maharcha. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : puisqu'il est partie à l'affaire, on dirait que Rabban Gamliel lui a demandé pardon comme il convient, devant tous et sans tarder, et qu'il a refusé de pardonner parce qu'il avait jeté les yeux sur la nessiout de Rabban Gamliel, afin qu'on le nomme à sa place. Quant à ce qui est dit : « s'il devait servir à la cour de César, etc. », la chose étonne : comment ont-ils pu soupçonner Rabban Gamliel d'une telle chose ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention n'est pas qu'il donnerait à la cour de César un présent intéressé pour qu'on dépose Rabbi Elazar ben Azaria et qu'on le rétablisse à sa place. L'intention est plutôt de dire ceci : si l'usage de Rabban Gamliel, tant qu'il était nassi, était d'apporter constamment des présents à la cour de César afin qu'on l'honore et qu'on l'aide à exercer la nessiout, alors certainement, si l'on apprenait à la cour de César qu'on a déposé Rabban Gamliel et mis un autre nassi à sa place, ils s'y opposeraient pour leur propre intérêt, car ce nouveau nassi n'est pas assez riche pour leur apporter constamment des présents comme Rabban Gamliel. Mais dès lors que l'on a nommé Rabbi Elazar ben Azaria, qui est connu et renommé auprès du pouvoir, et qui est en outre plus riche que Rabban Gamliel, ils ne s'y opposeront pas, car ils savent que Rabbi Elazar ben Azaria leur apportera lui aussi des présents, étant très riche. Par là se résout encore une autre difficulté : pourquoi n'a-t-on pas donné cette raison au sujet de Rabbi Yehochoua, à savoir qu'on ne peut le nommer parce qu'il n'est pas riche et ne peut servir à la cour de César ? Cela s'explique bien : la raison invoquée est qu'ils s'opposeraient à la nomination pour que leur profit ne cesse pas ; or Rabbi Yehochoua était très aimé à la cour de César, et on l'y aimait beaucoup, comme on le sait ; c'est pourquoi, s'ils apprenaient qu'il a été nommé nassi, ils ne s'y opposeraient pas, même sans en tirer aucun profit d'argent.
💡 Explication

La déposition prononcée, l'assemblée cherche un successeur, et deux candidatures évidentes sont écartées pour des motifs de prudence. Rabbi Yehochoua est baal maasse, partie à l'affaire : le nommer aggraverait la blessure de Rabban Gamliel. Rabbi Akiva, issu d'une famille de convertis, manque de zekhout avot, le mérite des ancêtres, et se trouverait sans protection si le nassi déposé lui gardait rancune.

Le raisonnement est d'ordre pratique. Les sages évaluent chaque candidat par ce que sa nomination produirait, dans l'ordre des rapports humains comme dans celui des conséquences invisibles.

🖼️ Schéma
Qui installer à la place de Rabban Gamliel Rabbi Yehochoua — écarté Il est partie à l'affaire : sa nomination aggraverait la peine de Rabban Gamliel. Rabbi Akiva — écarté Sans mérite des pères, il serait exposé si le nassi déposé lui gardait rancune. Rabbi Elazar ben Azaria — retenu Sage, riche, et dixième depuis Ezra : les trois qualités détaillées au segment suivant.
Les deux candidatures écartées et celle qui sera retenue.
22
אֶלָּא נוֹקְמֵיהּ לְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, דְּהוּא חָכָם, וְהוּא עָשִׁיר, וְהוּא עֲשִׂירִי לְעֶזְרָא. הוּא חָכָם — דְּאִי מַקְשֵׁי לֵיהּ, מְפָרֵק לֵיהּ. וְהוּא עָשִׁיר — דְּאִי אִית לֵיהּ לְפַלּוֹחֵי לְבֵי קֵיסָר, אַף הוּא אָזֵל וּפָלַח. וְהוּא עֲשִׂירִי לְעֶזְרָא — דְּאִית לֵיהּ זְכוּת אָבוֹת, וְלָא מָצֵי עָנֵישׁ לֵיהּ. אָתוּ וְאָמְרוּ לֵיהּ: נִיחָא לֵיהּ לְמָר דְּלֶיהְוֵי רֵישׁ מְתִיבְתָּא? אֲמַר לְהוּ: אֵיזִיל וְאִימְּלִיךְ בְּאִינָשֵׁי בֵּיתִי. אֲזַל וְאִמְּלִיךְ בִּדְבִיְּתָהוּ. אָמְרָה לֵיהּ:

Plutôt, installons Rabbi Elazar ben Azaria : il est sage, il est riche, et il est le dixième depuis Ezra. Il est sage — si Rabban Gamliel lui pose une objection, il la résoudra.

Il est riche — s'il faut servir à la cour de César, lui aussi ira et servira. Il est le dixième depuis Ezra — il a le mérite des pères, et Rabban Gamliel ne pourra pas lui attirer de châtiment.

Ils vinrent et lui dirent : le maître consent-il à devenir chef de l'académie ? Il leur dit : j'irai consulter les miens.

Il alla consulter sa femme. Elle lui dit :

💡 Explication

Le choix de Rabbi Elazar ben Azaria répond point par point aux objections précédentes. Chacune des trois qualités annoncées est aussitôt expliquée par la guemara, et chacune correspond à une exigence de la fonction de nassi : soutenir la discussion halakhique, représenter Israël devant le pouvoir romain, et tenir devant un prédécesseur qui pourrait lui en vouloir.

Le folio s'achève sur un détail de conduite : sollicité pour la charge la plus haute, il demande à consulter les siens avant de répondre. La réponse de sa femme est donnée au verso suivant.

🖼️ Schéma
Rabbi Elazar ben Azaria : trois qualités, trois exigences Il est sage Exigence : tenir tête dans la discussion de Tora. Si Rabban Gamliel lui pose une objection, il la résoudra sans être mis en difficulté. Il est riche Exigence : représenter Israël devant le pouvoir. S'il faut servir à la cour de César, il peut en assumer le voyage et la dépense. Dixième depuis Ezra Exigence : tenir face au nassi déposé. Il a le mérite des pères, et Rabban Gamliel ne pourra pas lui attirer de châtiment. Sollicité pour la charge, il répond : j'irai consulter les miens. Il alla consulter sa femme.
Les trois qualités de Rabbi Elazar ben Azaria répondent chacune à une exigence de la nessiout.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).