Berakhot 28a — Le jour où l'on déposa Rabban Gamliel : le beth midrach ouvert à tous, le converti ammonite, la réconciliation, puis l'ordre et l'heure limite des prières

Berakhot 28a

Sougya : Le folio achève le récit de la déposition de Rabban Gamliel. Rabbi Elazar ben Azaria hésite, sa femme le met en garde, et un miracle lui blanchit dix-huit rangées de cheveux le jour même de ses dix-huit ans.

Le changement de nassi entraîne un changement de politique : on renvoie le gardien de la porte et tout élève peut entrer, là où Rabban Gamliel exigeait que l'intérieur de l'élève corresponde à son extérieur. Des centaines de bancs sont ajoutés ; Rabban Gamliel s'en inquiète et voit en songe des jarres blanches pleines de cendre.

La guemara prouve ensuite que Rabban Gamliel n'a pas boudé la maison d'étude, par l'affaire de Yehouda le converti ammonite où il débat avec Rabbi Yehochoua sur la portée du mélange des nations opéré par Sanhérib. Suit la réconciliation chez Rabbi Yehochoua, le refus des sages de rendre la charge, puis l'arrangement final : trois semaines pour Rabban Gamliel, une pour Rabbi Elazar ben Azaria.

La dernière partie revient à la michna : la prière de moussaf peut se dire toute la journée, mais celui qui tarde est appelé négligent ; on y règle l'ordre entre minha et moussaf, et l'on rapporte les versets qui menacent celui qui laisse passer l'heure de la prière.

Le fil du récit : de la déposition au partage de la charge Rabban Gamliel est déposé. On propose la charge à Rabbi Elazar ben Azaria, âgé de dix-huit ans. Sa femme : tu n'as pas de cheveux blancs. Miracle : dix-huit rangées blanchissent le jour même. On renvoie le gardien de la porte : tout élève entre. Des centaines de bancs sont ajoutés. Rabban Gamliel s'inquiète d'avoir empêché l'étude ; on lui montre en songe des jarres de cendre. Ce jour-là : le traité Edouyot est enseigné, aucune halakha ne reste en suspens. Preuve que Rabban Gamliel est resté : il débat de Yehouda le converti ammonite. Rabban Gamliel va apaiser Rabbi Yehochoua. Murs noircis : il découvre sa pauvreté. Il obtient le pardon au nom de l'honneur de son père. Le foulon porte le message ; les sages verrouillent les portes. Rabbi Yehochoua vient lui-même. Rabbi Akiva : nous n'avons agi que pour ton honneur ; demain nous irons à sa porte. Destituer Rabbi Elazar ben Azaria est exclu : on monte en sainteté, on ne descend pas. Solution : Rabban Gamliel enseigne trois semaines, Rabbi Elazar ben Azaria une semaine.
Les six moments du récit, de la nomination de Rabbi Elazar ben Azaria au partage des semaines d'enseignement.
Yehouda le converti ammonite : peut-il entrer dans la communauté ? Question posée au beth midrach : quel est mon statut pour épouser une fille d'Israël ? Rabban Gamliel : interdit Verset : un Ammonite n'entrera pas dans la communauté (Devarim 23,4). Objection au mélange de Sanhérib : Yirmeya 49,6 annonce le retour des exilés d'Ammon, et ils sont revenus. Donc l'identité ammonite est restaurée. Rabbi Yehochoua : permis Sanhérib a déplacé et mélangé les nations (Yechayahou 10,13). Règle : ce qui se détache d'un groupe se détache de la majorité ; or la majorité des nations est permise. Réponse : Amos 9,14 promet aussi le retour d'Israël, qui n'a pas eu lieu. Décision immédiate : on lui permet d'entrer dans la communauté.
La discussion sur le converti ammonite : deux versets de retour d'exil opposés, et la règle de la majorité.
Minha et moussaf : lequel dire en premier ? Situation : deux prières sont dues en même temps, minha et moussaf. Les sages : minha d'abord Motif : tadir ve-cheeino tadir, le fréquent passe avant le rare. Minha est quotidienne, moussaf non. Rachi : ainsi il n'est pas négligent sur minha non plus. Rabbi Yehouda : moussaf d'abord Motif : mitsva ovéret, le commandement qui va expirer. Pour lui moussaf s'arrête à la septième heure ; minha court encore. Rabbi Yo'hanan : la halakha suit les sages, minha puis moussaf. Tossefot et le Roch : à Kippour, dire chaharit avant six heures et demie, sinon minha passe avant moussaf.
Les deux critères qui s'opposent, tadir contre mitsva ovéret, et la conclusion pratique.
1
דִּלְמָא מְעַבְּרִין לָךְ. אֲמַר לָהּ: לִשְׁתַּמַּשׁ אִינָשׁ יוֹמָא חֲדָא בְּכָסָא דְמוֹקְרָא, וּלְמָחָר לִיתְבַּר. אָמְרָה לֵיהּ: לֵית לָךְ חִיוָּרָתָא. הָהוּא יוֹמָא בַּר תַּמְנֵי סְרֵי שְׁנֵי הֲוָה, אִתְרְחִישׁ לֵיהּ נִיסָּא וְאִהַדַּרוּ לֵיהּ תַּמְנֵי סְרֵי דָּרֵי חִיוָּרְתָּא. הַייְנוּ דְּקָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: הֲרֵי אֲנִי כְּבֶן שִׁבְעִים שָׁנָה. וְלֹא ״בֶּן שִׁבְעִים שָׁנָה״.

« Peut-être te destituera-t-on. » Il lui dit : que l'on se serve un jour d'une coupe de prix, et qu'elle se brise le lendemain. Elle lui dit : tu n'as pas de cheveux blancs.

Ce jour-là il avait dix-huit ans ; un miracle se produisit pour lui et dix-huit rangées de cheveux lui blanchirent. C'est ce que veut dire Rabbi Elazar ben Azaria lorsqu'il déclare : « me voici comme un homme de soixante-dix ans », et non « un homme de soixante-dix ans ».

📜 Rachi (5)
מְעַבְּרִין לָךְ יוֹרִידוּךָ מִן הַנְּשִׂיאוּת בִּשְׁבִיל אַחֵר:
Te destituer — on te fera descendre de la charge de nassi au profit d'un autre.
ה"ג דִּלְמָא מְעַבְּרִין לָךְ אֲמַר לַהּ יוֹמָא חֲדָא בְּכָסָא דְמוֹקְרָא וְלִמְחַר לִיתְּבַר ול"ג מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ:
Telle est la leçon : « peut-être te destituera-t-on ; il lui dit : un jour avec une coupe de prix, et demain qu'elle se brise » ; et l'on ne lit pas ici « on monte en sainteté ».
כָּסָא דְּמוֹקְרָא כּוֹס זְכוּכִית יְקָרָה שֶׁקּוֹרִין לָהּ בִּלְשׁוֹן יִשְׁמָעֵאל ערקי"א וְאוֹמְרִים בְּנֵי אָדָם בַּמָּשָׁל הֶדְיוֹט יוֹם אֶחָד יִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ בְּעָלָיו וְיִתְכַּבֵּד בּוֹ וְאִם יִשָּׁבֵר יִשָּׁבֵר:
Une coupe de prix — une coupe de verre coûteuse, que l'on appelle en langue arabe arkia. Les gens disent dans un proverbe populaire : qu'un jour son propriétaire s'en serve et s'en honore, et si elle se brise, qu'elle se brise.
לֵית לָךְ חִיוָּרָתָא אֵין לְךָ שְׂעָרוֹת לְבָנוֹת שֶׁל זְקֵנָה וְנָאֶה לְדַרְשָׁן לִהְיוֹת זָקָן:
Tu n'as pas de cheveux blancs — tu n'as pas les cheveux blancs de la vieillesse ; or il convient à celui qui expose devant le public d'avoir l'air d'un ancien.
י"ח דָּרֵי חִיוָּרָתָא י"ח שׁוּרוֹת שֶׁל זִקְנָה:
Dix-huit rangées blanches — dix-huit rangées de vieillesse.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמְרָה לֵיהּ: לֵית לָךְ חִווָּרָתָא. מַקְשִׁים אַמַּאי לֹא אָמְרָה לוֹ טַעֲנָה זוֹ בִּתְחִילַּת דְּבָרֶיהָ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמֵעִיקָּרָא אֵין זוֹ טַעֲנָה, כִּי הַחֲכָמִים רוֹאִים שֶׁאֵין לוֹ חִווָּרָתָא, וְעִם כָּל זֶה הִסְכִּימוּ לְמַנּוֹתוֹ נָשִׂיא, וּבְוַדַּאי דַּעְתָּם יָפָה מִדַּעְתָּהּ, אָמְנָם אַחַר שֶׁאָמַר לָהּ דְּמַעֲלִין בַּקֹּודֶשׁ וְאֵין מוֹרִידִין, דְּכַוָּנָתוֹ בָּזֶה לוֹמַר לָהּ אֲפִילּוּ אִם יַחֲזִירוּ אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֵין מַעֲבִירִין אוֹתִי, דְּאֵין מוֹרִידִין אֶלָּא נִהְיֶה שְׁנֵינוּ נְשִׂיאִים כְּמוֹ שֶׁהָיָה כָּךְ בֶּאֱמֶת בְּסוֹף דָּבָר, לְכָךְ עַתָּה אָמְרָה לוֹ, כֵּיוָן דְּלֵית לָךְ חִווָּרָתָא אַף עַל פִּי שֶׁאֵין מוֹרִידִין אוֹתְךָ, הִנֵּה אַתָּה יוֹרֵד מֵעַצְמְךָ בְּעֵינֵי הֲמוֹן הָעָם וּבְעֵינֵי הַתַּלְמִידִים, כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ נָשִׂיא אַחֵר שֶׁהוּא רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁהוּא זָקֵן, וַדַּאי נִגְרָרִין אַחֲרָיו, וְאַתָּה בָּטֵל מֵאֵלֶיךָ, כִּי בִּשְׁלָמָא אִם לֹא יֵשׁ נָשִׂיא אַחֵר שֶׁהוּא זָקֵן כִּי אִם אַתָּה דַּוְקָא נָשִׂיא, בַּעַל כָּרְחֲךָ נִגְרָרִין אַחֲרֶיךָ כִּי אֵין אַחֵר זוּלָתְךָ, אֲבָל כֵּיוָן דְּאִיכָּא נָשִׂיא אַחֵר שֶׁהוּא זָקֵן, יִהְיֶה הוּא עִיקָּר, וְאַתָּה אִינָךְ נֶחְשָׁב נָשִׂיא בְּעֵינֵי הֶהָמוֹן.
« Elle lui dit : tu n'as pas de cheveux blancs. » On demande pourquoi elle n'a pas avancé cet argument dès le début. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au départ ce n'en était pas un : les sages voient bien qu'il n'a pas de cheveux blancs, et malgré cela ils ont accepté de le nommer nassi ; leur jugement vaut certainement mieux que le sien. Mais une fois qu'il lui a dit « on monte en sainteté et on ne descend pas » — voulant dire par là que même si l'on rétablit Rabban Gamliel on ne le destituera pas, puisqu'on ne fait pas descendre, et que tous deux seront nassi, ce qui fut effectivement le cas à la fin — alors elle lui répond : puisque tu n'as pas de cheveux blancs, même si l'on ne te destitue pas, tu descends de toi-même aux yeux de la foule et aux yeux des élèves, du moment qu'il y a un autre nassi, Rabban Gamliel, qui est âgé ; on se rangera derrière lui, et tu seras annulé de toi-même. Car s'il n'y avait pas d'autre nassi âgé et que tu fusses seul nassi, on serait bien forcé de se ranger derrière toi puisqu'il n'y en a pas d'autre ; mais du moment qu'il y a un autre nassi, et qu'il est âgé, c'est lui qui sera l'essentiel, et tu ne seras pas tenu pour nassi aux yeux de la foule.
הַהוּא יוֹמָא, בַּר תַּמְנֵי סְרֵי שְׁנֵי הֲוָה. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּקְדֵּק לוֹמַר הַהוּא 'יוֹמָא' וְלֹא אָמַר הַהוּא 'זִמְנָא', דְּאֶפְשָׁר אוֹתוֹ הַיּוֹם הָיָה יוֹם הַלֵּידָה שֶׁלּוֹ, וְהָיָה לוֹ י"ח שָׁנָה שְׁלֵמִים, וּלְכָךְ הִצְלִיחַ לַעֲשׂוֹת לוֹ נֵס זֶה, דְּיָדוּעַ שֶׁיּוֹם הַלֵּידָה יִהְיֶה הַמַּזָּל שֶׁל הָאָדָם חָזָק בּוֹ וּמֻוצְלָח, עַל כֵּן נוֹהֲגִים שֶׁכָּל אָדָם יַעֲשֶׂה יוֹם הַלֵּידָה יוֹם טוֹב לְעַצְמוֹ , וְהָא דְּנַעֲשָׂה לוֹ בְּנֵס שְׁמֹנָה עָשָׂר דַּאֲרִי חִווָּרָתָא כְּנֶגֶד שְׁנוֹתָיו, לְהוֹרוֹת שֶׁהוּא צַדִּיק גָּמוּר, שֶׁכָּל י"ח שְׁנוֹתָיו הֵם טוֹבִים בִּצְדָקוֹת, וְהוּא אִישׁ חַי עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל ב' כג, כ) וּבְנָיָהוּ בֶן יְהוֹיָדָע בֶּן אִישׁ חַי, קָרֵינַן חַיִל וּכְתִיב חַי .
« Ce jour-là il avait dix-huit ans. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la guemara a pris soin de dire « ce jour-là » et non « à ce moment-là », parce qu'il se peut que ce jour fût celui de sa naissance et qu'il eût dix-huit ans révolus ; c'est pourquoi il réussit à obtenir ce miracle. Il est connu que le jour de la naissance, le mazal de l'homme est fort et favorable ; de là l'usage que chacun se fasse du jour de sa naissance un jour de fête. Et si le miracle lui donna dix-huit rangées blanches, en face de ses années, c'est pour enseigner qu'il était un juste accompli, ses dix-huit années ayant toutes été bonnes et justes ; il est un « ich haï », un homme vivant, selon ce qui est dit (II Chemouel 23,20) : « et Benayahou fils de Yehoyada, fils d'un homme vaillant », que l'on lit hayil et que l'écrit donne haï, vivant.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu du dialogue entre Rabbi Elazar ben Azaria et sa femme. Elle lui oppose deux objections : le poste est instable, et il est trop jeune. Il répond par un proverbe populaire : mieux vaut se servir un jour d'une coupe précieuse, quitte à la voir se briser. La réponse est ainsi faite qu'on l'a rapportée dans les termes mêmes du marché.

Le second obstacle est levé par un miracle : dix-huit rangées de cheveux blanchissent. La guemara y trouve la clef d'une formule connue de la haggada de Pessa'h : Rabbi Elazar ben Azaria dit « comme un homme de soixante-dix ans », et non qu'il l'est. Il paraissait vieux sans l'être.

2
תְּנָא אוֹתוֹ הַיּוֹם, סִלְּקוּהוּ לְשׁוֹמֵר הַפֶּתַח וְנִתְּנָה לָהֶם רְשׁוּת לַתַּלְמִידִים לִיכָּנֵס. שֶׁהָיָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל מַכְרִיז וְאוֹמֵר: כָּל תַּלְמִיד שֶׁאֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ, לֹא יִכָּנֵס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ.

On a enseigné : ce jour-là, on écarta le gardien de la porte et l'autorisation fut donnée aux élèves d'entrer. Car Rabban Gamliel proclamait : tout élève dont l'intérieur ne correspond pas à son extérieur n'entrera pas à la maison d'étude.

🪔 Ben Yehoyada (2)
אוֹתוֹ הַיּוֹם סִלְּקוּהוּ לְשׁוֹמֵר הַפֶּתַח, וְנִתְּנָה רְשׁוּת לַתַּלְמִידִים לִכָּנֵס. מַקְשִׁים, אִם הַחֲכָמִים הָיוּ מַסְכִּימִים מִקֹּודֶם עִם רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אֵיךְ אוֹתוֹ הַיּוֹם חָזְרוּ בָּהֶם, מֶה רָאוּ עַל כָּךְ, וְאִם לֹא הָיוּ מַסְכִּימִים, וַדַּאי רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא הָיָה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת דָּבָר הֵפֶךְ הָרַבִּים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְעוֹלָם דַּעְתָּם הָיָה נוֹטֶה תְּחִלָּה בָּזֶה כִּסְבָרַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּבָעֵי תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ, אַךְ כֵּיוָן דְּחָזוּ הַנֵּס שֶׁעָשׂוּ מִן הַשָּׁמַיִם לֵר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה בְּלִבּוּן שְׂעַר זְקָנוֹ, אָמְרוּ לְמַאי נִצְרְכוּ לַעֲשׂוֹת נֵס זֶה, אִם בִּשְׁבִיל הַכָּבוֹד שֶׁיְּכַבְּדוּהוּ הָעָם, אַטּוּ בְּלִבּוּן הַשְּׂעָרוֹת תַּלְיָא מִלְּתָא, הֲלֹא הַכֹּל יוֹדְעִים שֶׁהוּא עוֹדֶנּוּ קָטָן בֶּן י"ח שָׁנִים, הַגַּע בְּעַצְמְךָ אִם אָדָם קָטָן בְּשָׁנִים אַךְ זְקָנוֹ לְבָנָה, הֲיִתָּכֵן שֶׁיְּכַבְּדוּהוּ כְּזָקֵן לָקוּם מִפָּנָיו, וְכֵן אֶחָד גָּדוֹל בְּשָׁנִים שֶׁהוּא בֶּן שִׁבְעִים וְזָקֵן עוֹדֶנּוּ שְׁחֹורָה, הֲיִתָּכֵן שֶׁלֹּא יָקוּמוּ מִפָּנָיו, הָא וַדַּאי יֵשׁ לוֹ דִּין זָקֵן גָּמוּר, וְאִם כֵּן מָה הוֹעִיל לִבּוּן שַׂעֲרוֹתָיו שֶׁנַּעֲשׂוּ בְּנֵס גָּדוֹל, אֶלָּא וַדַּאי עָשׂוּ מִן הַשָּׁמַיִם נֵס זֶה לִרְמֹוז לָהֶם בּוֹ דָּבָר אַחֵר, וְהוּא לוֹמַר לָהֶם טוֹעִין אַתֶּם בִּסְבָרָה זוֹ לִדְחוֹת מִי שֶׁאֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ, אֶלָּא גַּם שֶׁאֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ רָאוּ לְקַבְּלוֹ וּלְהַכְנִיסוֹ אֶל הַקֹּדֶשׁ פְּנִימָה, כִּי מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ בָּא לִשְׁמָהּ, וְלָכֵן עָשׂוּ לָהֶם רֶמֶז בַּדֻּוגְמָא זוֹ, שַׂר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה תּוֹכִיּוּתוֹ הוּא בָּחוּר בֶּן י"ח שָׁנָה אַךְ בָּרוֹ נִרְאֶה זָקֵן בְּלִיבּוּן שְׂעַר זְקֵנוֹ, וְאַף עַל פִּי שֶׁבְּעִנְיַן הַשְּׁנַיִם אֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ, עִם כָּל זֶה מִתְכַּבֵּד הוּא בָּזֶה וְעָשׂוּ לוֹ נֵס לְכַבְּדוֹ בָּזֶה, יַעַן כִּי עַתָּה תּוֹכוֹ בָּחוּר, וְאַחַר זֶה יִהְיֶה זָקֵן גַּם מִתּוֹכוֹ, וְכֵן נָמֵי לְעִנְיַן עֵסֶק הַתּוֹרָה, אַף עַל פִּי שֶׁעַתָּה אֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ מְקֻובָּל הוּא, כִּי אַחֲרֵי זֶה יִלְמֹוד לִשְׁמָהּ וְיִהְיֶה תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ.
« Ce jour-là, on écarta le gardien de la porte et l'autorisation fut donnée aux élèves d'entrer. » On demande : si les sages étaient auparavant d'accord avec Rabban Gamliel, comment se rétractèrent-ils ce jour-là, et qu'ont-ils vu pour cela ? Et s'ils n'étaient pas d'accord, Rabban Gamliel n'aurait certainement pas pu agir contre la majorité. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité leur avis penchait d'abord du côté de Rabban Gamliel, qui exige que l'intérieur corresponde à l'extérieur. Mais lorsqu'ils virent le miracle accompli du Ciel pour Rabbi Elazar ben Azaria, le blanchiment de sa barbe, ils se dirent : à quoi bon un tel miracle ? Si c'est pour l'honneur, afin que le peuple l'honore, est-ce donc du blanchiment des cheveux que la chose dépend ? Tout le monde sait qu'il n'a que dix-huit ans. Juges-en : un homme jeune dont la barbe est blanche, l'honorerait-on comme un ancien en se levant devant lui ? Et un homme de soixante-dix ans dont la barbe est encore noire, ne se lèverait-on pas devant lui ? Il a pourtant assurément le statut d'ancien à part entière. À quoi donc a servi ce grand miracle du blanchiment ? Il faut dire que le Ciel l'a accompli pour leur faire signe d'autre chose : vous vous trompez en voulant écarter de la maison d'étude celui dont l'intérieur ne correspond pas à l'extérieur ; même celui-là, acceptez-le et faites-le entrer dans le sanctuaire, car de l'étude non désintéressée on vient à l'étude désintéressée. On leur fit donc signe par cette image même : l'intérieur de Rabbi Elazar ben Azaria est un jeune homme de dix-huit ans, tandis que son extérieur paraît vieux par le blanchiment de sa barbe ; et bien que, pour l'âge, son intérieur ne corresponde pas à son extérieur, il en est néanmoins honoré et le Ciel lui a fait ce miracle pour cela, parce que son intérieur est jeune maintenant mais deviendra vieux ensuite. De même pour l'étude : même si son intérieur ne correspond pas maintenant à son extérieur, il est recevable, car ensuite il étudiera de façon désintéressée et son intérieur correspondra à son extérieur.
כָּל הַשּׁוֹנֶה לְתַלְמִיד שֶׁאֵינוֹ הָגוּן, כְּאִלּוּ זוֹרֵק אֶבֶן לְמַרְקוּלִיס. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט דִּמְיוֹן זֶה כִּי הַתּוֹרָה מְכֻונֵּית בְּשֵׁם 'אֶבֶן', וְכַנִּזְכָּר בְּמִדְרַשׁ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, וְלָכֵן זֶה הַמַּכְנִיס דִבְרֵי תוֹרָה לְגוּף הַתַּלְמִיד שֶׁהוּא רַע, הֲוָה לֵיהּ כְּזוֹרֵק אֶבֶן לְמֶרְקוּלִיס.
« Quiconque enseigne à un élève qui n'est pas digne, c'est comme s'il jetait une pierre à Markoulis. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette comparaison est prise parce que la Tora est appelée « pierre », comme le rapporte le midrach de nos maîtres ; celui qui fait donc entrer des paroles de Tora dans le corps d'un élève mauvais est comme celui qui jette une pierre à Markoulis.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא טָעָה בְּשָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת חוֹזֵר לָרֹאשׁ בְּאֶמְצָעִיּוֹת חוֹזֵר לְאַתָּה חוֹנֵן בְּאַחֲרוֹנוֹת חוֹזֵר לָעֲבוֹדָה רַב אַסִּי אָמַר אֶמְצָעִיּוֹת אֵין לָהֶם סֵדֶר פירש"י אִם דִּילֵּג בְּרָכָה וְאַחַ"כּ נִזְכַּר בָּהּ אוֹמְרָהּ אַף שֶׁלֹּא בִּמְקוֹמָהּ וְלָא נְהִירָא דְּהָא אָמְרִינַן לְעֵיל בְּפֶ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כֹּח) שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלֵי תִּקֵּן י"ח בְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּיַבְנֶה ובפ"ב דִּמְגִילָּה דַּף יז מְפָרֵשׁ טַעְמָא לְכֻולְּהוּ לָמָּה נִסְדְּרוּ כַּסֵּדֶר הַזֶּה וְעוֹד תְּנַן בִּמְגִילָּה הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה לְמַפְרֵעַ לֹא יָצָא וּתְנָא וְכֵן בְּהַלֵּל וק"ש וּתְפִלָּה ופרשב"ם זַ"ל אֵין לָהֶם סֵדֶר שֶׁאִם טָעָה וְדִילֵּג בְּרָכָה אַחַת וּלְבַסּוֹף נִזְכַּר שֶׁשָּׁכַח יַתְחִיל מֵאוֹתָהּ בְּרָכָה שֶׁטָּעָה בָּהּ וְיֹאמַר מִכָּאן וְאֵילָךְ הַכֹּל עַל הַסֵּדֶר וא"צ לַחֲזֹור לְאַתָּה חוֹנֵן כְּמוֹ שֶׁחוֹזֵר בָּרִאשׁוֹנוֹת בְּרֹאשׁ וּבַג' אַחֲרוֹנוֹת לַעֲבוֹדָה וּרְאָיָה לַדָּבָר מִדְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּמְכִילְתִּין בפ"ב הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְטָעָה וְהִשְׁמִיט בָּהּ פָּסוּק אֶחָד לֹא יַתְחִיל וְיִקְרָא אוֹתוֹ פָּסוּק עַצְמוֹ אֶלָּא מַתְחִיל מֵאוֹתוֹ פָּסוּק וְגוֹמֵר עַד סוֹף וְכֵן בְּהַלֵּל וְכֵן בִּמְגִילָּה וְכֵן בִּתְפִלָּה וְתַנְיָא נָמֵי בפ"ב דִּמְגִילָּה דַּף יח שֶׁאִם הִשְׁמִיט פָּסוּק אֶחָד בִּמְגִילָּה חוֹזֵר וְקוֹרֵא כָּל הַסֵּדֶר מֵאוֹתוֹ פָּסוּק וְאֵילָךְ וְהָתָם מַשְׁוֶה יַחַד סֵדֶר תְּפִלָּה וּמְגִילָּה וק"ש ונ"מ לְהַךְ פֵּירוּשָׁא בְּתַעֲנִית צִבּוּר שש"ץ קוֹבֵעַ בְּרָכָה לְעַצְמוֹ וְאוֹמֵר עֲנֵנוּ בֵּין גּוֹאֵל לְרוֹפֵא אִם שִׁכְחָה וְלֹא אֲמָרָהּ בִּמְקוֹמָהּ אֵינוֹ אוֹמְרָהּ כִּי הָיָה צ"ל אַחַ"כּ כָּל הַבְּרָכָה עַל הַסֵּדֶר וְהָוְיָא בְּרָכָה לְבַטָּלָה אֲבָל לפירש"י אוֹמְרָהּ בְּמָקוֹם שֶׁהוּא נִזְכַּר וְאֵין כָּאן בְּרָכָה לְבַטָּלָה וְכֵן אִם שָׁכַח וְלֹא אָמַר הַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט בֵּין ר"ה ליוה"כ דְּאָמְרִינַן לְעֵיל ספ"ק דְּמַחֲזִירִין אוֹתוֹ לפירש"י יֹאמַר אוֹתָהּ בְּרָכָה בַּמָּקוֹם שֶׁנִּזְכַּר וּלְפִי' רַשְׁבָּ"ם זַ"ל יַתְחִיל הָשִׁיבָה שׁוֹפְטֵנוּ וְיֹאמַר עַל הַסֵּדֶר ובה"ג פָּסַק כְּרַב אַסִּי דְּאָמַר אֵין לָהֶם סֵדֶר חֲדָא דְּרַב הוּנָא הָוֵי כְּמוֹ תַּלְמִיד חָבֵר לְגַבֵּי רַב אַסִּי וְעוֹד דְּפָרְכִינַן לְרַב הוּנָא מִמַּתְנִי' וּדְחֵיק לְשַׁנּוֹיֵי אַלִּיבֵּיהּ דְּכוּלְּהוּ אֶמְצָעִיּוֹת כַּחֲדָא בְּרָכָה דָּמְייָן וְעוֹד דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל וְכֵן פָּסַק ר"ח זַ"ל:
Rav Houna a dit : s'il s'est trompé dans les trois premières bénédictions, il revient au début ; dans celles du milieu, il revient à « Ata honen » ; dans les dernières, il revient à « Avoda ». Rav Assi dit : celles du milieu n'ont pas d'ordre. Rachi explique : s'il a sauté une bénédiction et s'en souvient ensuite, il la dit même hors de sa place. Cela ne paraît pas juste, car nous disons plus haut, au chapitre « Tefilat hachahar » (Berakhot 28), que Chimon HaPakouli ordonna les dix-huit bénédictions selon leur ordre devant Rabban Gamliel à Yavne ; au deuxième chapitre de Meguila (17) on explique le motif de chacune, pourquoi elles ont été rangées dans cet ordre. De plus, nous avons appris dans Meguila que celui qui lit la meguila a l'envers ne s'acquitte pas, et l'on a enseigné : il en va de même pour le Hallel, le Chema et la prière. Le Rachbam explique : « elles n'ont pas d'ordre » signifie que s'il s'est trompé et a sauté une bénédiction et s'aperçoit à la fin de son oubli, il recommence à partir de la bénédiction où il s'est trompé et poursuit à partir de là dans l'ordre, sans avoir besoin de revenir à « Ata honen » comme il revient au début pour les premières et à « Avoda » pour les trois dernières. La preuve en est de ce qui est enseigné dans la Tossefta de notre traité, chapitre 2 : celui qui lit le Chema et se trompe en omettant un verset ne recommence pas ce seul verset, mais reprend à partir de ce verset jusqu'à la fin ; de même pour le Hallel, la meguila et la prière. Et il est aussi enseigné au deuxième chapitre de Meguila (18) que s'il a omis un verset de la meguila, il reprend et lit tout l'ordre à partir de ce verset ; on y met sur le même plan l'ordre de la prière, de la meguila et du Chema. La différence pratique de cette explication apparaît au jeûne public, où l'officiant institué pour lui-même une bénédiction et dit « Anenou » entre « Goel » et « Rofe » : s'il l'a oubliée et ne l'a pas dite à sa place, il ne la dit plus, car il devrait dire ensuite toute la suite dans l'ordre, et ce serait une bénédiction prononcée en vain. Selon Rachi au contraire, il la dit là où il s'en souvient, et il n'y a pas de bénédiction en vain. De même s'il a oublié de dire « HaMelekh hamichpat » entre Roch Hachana et Kippour, cas où nous avons dit plus haut, à la fin du premier chapitre, qu'on le fait revenir : selon Rachi il dit cette bénédiction là où il s'en souvient, selon le Rachbam il recommence à « Hachiva chofteinou » et poursuit dans l'ordre. Les Halakhot Guedolot ont tranché comme Rav Assi qui dit qu'elles n'ont pas d'ordre : d'abord parce que Rav Houna est comme un talmid haver à l'égard de Rav Assi ; ensuite parce qu'on objecte à Rav Houna à partir de notre michna et qu'il faut forcer la réponse en disant que, pour lui, toutes celles du milieu comptent comme une seule bénédiction ; enfin parce que, en matière rabbinique, on suit l'avis indulgent. Ainsi a tranché Rabbenou Hananel.
💡 Explication

Le changement de nassi produit aussitôt un changement de politique. Rabban Gamliel filtrait l'entrée de la maison d'étude par un critère moral : tokho ke-varo, l'intérieur conforme à l'extérieur, c'est-à-dire l'élève dont les intentions valent la conduite affichée. Le gardien de la porte était l'instrument de ce filtre.

Le nouveau régime pose l'inverse : qui veut étudier entre. Le débat de fond, que le Ben Ich Haï développe, porte sur « mi-tokh che-lo li-chma ba li-chma », l'idée que l'étude intéressée conduit à l'étude désintéressée.

3
הַהוּא יוֹמָא אִתּוֹסְפוּ כַּמָּה סַפְסַלֵּי. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: פְּלִיגִי בַּהּ אַבָּא יוֹסֵף בֶּן דּוֹסְתַּאי וְרַבָּנַן. חַד אָמַר: אִתּוֹסְפוּ אַרְבַּע מְאָה סַפְסַלֵּי. וְחַד אָמַר: שְׁבַע מְאָה סַפְסַלֵּי. הֲוָה קָא חָלְשָׁה דַּעְתֵּיהּ דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל, אָמַר: דִּלְמָא חַס וְשָׁלוֹם מָנַעְתִּי תּוֹרָה מִיִּשְׂרָאֵל. אַחְזוֹ לֵיהּ בְּחֶלְמֵיהּ חַצְבֵי חִיוָּרֵי דְּמַלְיִין קִטְמָא. וְלֹא הִיא, הַהִיא לְיַתּוֹבֵי דַּעְתֵּיהּ, הוּא דְּאָחֲזוּ לֵיהּ.

Ce jour-là, on ajouta quantité de bancs. Rabbi Yo'hanan a dit : Abba Yossef ben Dostai et les sages divergent sur ce point.

L'un dit : on ajouta quatre cents bancs. Et l'autre dit : sept cents bancs.

Rabban Gamliel en fut abattu ; il dit : peut-être, à D.ieu ne plaise, ai-je empêché la Tora d'atteindre Israël. On lui montra en songe des jarres blanches remplies de cendre.

Il n'en est rien : c'est pour apaiser son esprit qu'on les lui montra.

📜 Rachi (2)
קָא חָלְשָׁא דַּעְתֵּיהּ דר"ג כְּשֶׁרָאָה שֶׁנִּתּוֹסְפוּ הַיּוֹם תַּלְמִידִים רַבִּים וְהָיָה דּוֹאֵג שֶׁלֹּא יֵעָנֵשׁ בְּמַה שֶׁמְּנָעָם בְּיָמָיו מִלָּבֹא:
Rabban Gamliel en fut abattu — lorsqu'il vit que tant d'élèves s'étaient ajoutés ce jour-là, il craignait d'être puni pour les avoir, de son temps, empêchés de venir.
דְּמַלְיִין קִטְמָא כְּלוֹמַר אַף אֵלּוּ אֵינָם רְאוּיִים:
Remplies de cendre — c'est-à-dire : ceux-là non plus ne sont pas dignes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָחֲזוּ לֵיהּ בְּחֶלְמָא, חַצְבֵי חִיוָּרֵי דְּמַלְיִין קִיטְמָא. הַכַּוָּנָה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל, דְּמִבַּחוּץ הַכַּד מְלֻובָּן וְשָׁלֵם, וְתוֹכוֹ יֵשׁ אֵפֶר שֶׁהוּא דָּבָר שָׁפֵל וְאֵינוֹ רָאוּי, אַךְ יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה סִיּוּעַ יֵשׁ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּדִמְיוֹן זֶה, וַהֲלֹא גַּם ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה יָדַע שֶׁאֵלּוּ הַתַּלְמִידִים שֶׁנִּכְנְסוּ דּוֹמִין לְכָךְ, אֶלָּא דִּסְבִירָא לֵיהּ מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ בָּא לִשְׁמָהּ, דְּאִם הַיּוֹם תּוֹכָם מָלֵא עָפָר, אַחֲרֵי זֶה יִהְיֶה מָלֵא מַרְגָּלִיּוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁפֵּירְשׁוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית יח, כז) וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר, שֶׁיֵּשׁ הֶפְרֵשׁ גָּדוֹל בֵּין עָפָר לְאֵפֶר, יַעַן שֶׁהָאֵפֶר לֹא יִצְלַח לִמְלָאכָה, שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי חֲשִׁיבוּת לַעֲשׂוֹתוֹ כְּלִי רָאוּי, אֶלָּא תָּמִיד יִהְיֶה לְמִדְרַס כַּף רֶגֶל, אֲבָל הֶעָפָר אַף עַל פִּי שֶׁתִּמְצָאֵהוּ עַתָּה מִדְרָס כַּף רֶגֶל, עִם כָּל זֶה יִצְלַח לִמְלָאכָה, שֶׁאֶפְשָׁר לָבוֹא לַחֲשִׁיבוּת, לַעֲשׂוֹתוֹ כְּלִי רָאוּי שֶׁל אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְיִהְיֶה מֻונָּח עַל שֻׁולְחַן מְלָכִים עַד כָּאן דְּבָרָיו, וְהָשְׁתָּא בָּזֶה מוּבָן הַדָּבָר שֶׁהֶרְאוּ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל כַּדִּים מְלֵאִים אֵפֶר, שֶׁאֵין תִּקְוָה מִמֶּנּוּ שֶׁיָּבֹא אַחַר כָּךְ לִידֵי חֲשִׁיבוּת לַעֲשׂוֹתוֹ כְּלִי, וְלֹא הֶרְאוּ לוֹ כַּדִּים מְלֵאִים עָפָר שֶׁיָּבֹא לִידֵי חֲשִׁיבוּת, וּבָזֶה הֶרְאוּ עַל הַתַּלְמִידִים שֶׁנִּכְנְסוּ, שֶׁאֵין מֵהֶם תִּקְוָה שֶׁיָּבֹאוּ לִידֵי חֲשִׁיבוּת אַחַר כָּךְ שֶׁיִּלְמְדוּ לִשְׁמָהּ כְּדִמְיוֹן הֶעָפָר, אֶלָּא הֵם כְּדִמְיוֹן הָאֵפֶר. וּבָזֶה יְתֹורַץ בס"ד קֻושְׁיָא אַחֶרֶת חֲזָקָה, מַה שֶׁאָמְרוּ וְלֹא הִיא, אֶלָּא לְיַתּוֹבֵיהּ דַּעְתֵּיהּ דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְהַדָּבָר יִפָּלֵא וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים חָס וְחָלִילָה יֵשׁ לְהַרְאוֹת לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל דָּבָר הֶפֶךְ הָאֱמֶת כְּדֵי לְיַשֵּׁב דַּעְתּוֹ, וּבָזֶה מוּבָן הֵיטֵב הַכַּוָּנָה, לָא הִיא, אֵין הַדִּין כִּסְבָרַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אֶלָּא כְּר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, מִשּׁוּם דְּמִתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ בָּא לִשְׁמָהּ, וּמִן הַשָּׁמַיִם הֶרְאוּ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל מַרְאֶה הַחֲלוֹם הַזֶּה, רַק עַל אֵלּוּ שֶׁנִּכְנְסוּ אוֹתוֹ הַיּוֹם, וְהָיָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל מוֹנֵעַ אוֹתָם, שֶׁיָּפֶה כֵּיוָן שֶׁמָּנַע אוֹתָם, כִּי אֵלּוּ סוֹפָם לֹא יָבוֹאוּ לִשְׁמָהּ, וְלֹא יִצְטַעֵר עַל מְנִיעָה שֶׁמָּנַע אוֹתָם, אֲבָל בֶּאֱמֶת בְּעִיקַּר הַדִּין הִסְכִּימוּ מִן הַשָּׁמַיִם בִּסְבָרַת ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, שֶׁיַּכְנִיס גַּם מִי שֶׁאֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ, מִשּׁוּם מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ בָּא לִשְׁמָהּ, כִּי אֵין אֲנַחְנוּ נְבִיאִים לֵידַע אִם זֶה סוֹפוֹ לָבֹא לִשְׁמָהּ אוֹ לָאו.
« On lui montra en songe des jarres blanches remplies de cendre. » Le sens est celui qu'écrit le Maharcha : de l'extérieur la jarre est blanche et intacte, et son intérieur contient de la cendre, chose vile et sans usage. Mais on peut objecter : quel appui cette image donne-t-elle à Rabban Gamliel ? Rabbi Elazar ben Azaria savait lui aussi que ces élèves qui entraient étaient tels ; simplement il tenait que de l'étude non désintéressée on vient à l'étude désintéressée, de sorte que si aujourd'hui leur intérieur est plein de terre, il sera plus tard plein de perles. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut s'appuyer sur ce que les commentateurs ont expliqué du verset (Berechit 18,27) « et je ne suis que poussière et cendre » : il y a une grande différence entre la poussière et la cendre, car la cendre ne se prête à aucun travail, elle ne parviendra jamais à la dignité d'un ustensile utilisable, et restera toujours foulée aux pieds ; la poussière en revanche, même si tu la trouves aujourd'hui foulée aux pieds, se prête au travail et peut parvenir à la dignité d'un ustensile à manger et à boire, posé sur la table des rois. Cela dit, on comprend qu'on ait montré à Rabban Gamliel des jarres pleines de cendre, dont il n'y a rien à espérer, et non des jarres pleines de terre qui, elles, parviendraient à la dignité d'un ustensile : on lui montrait ainsi que de ces élèves entrés il n'y avait rien à espérer, qu'ils n'apprendraient pas plus tard de façon désintéressée, comme la cendre et non comme la poussière. Et par là se résout, avec l'aide du Ciel, une autre difficulté forte : la guemara dit « il n'en est rien, c'est seulement pour apaiser l'esprit de Rabban Gamliel », ce qui étonne — y aurait-il, à D.ieu ne plaise, de la complaisance à lui montrer le contraire de la vérité pour le calmer ? Le sens s'éclaire ainsi : « il n'en est rien », la loi ne suit pas l'avis de Rabban Gamliel mais celui de Rabbi Elazar ben Azaria, puisque de l'étude non désintéressée on vient à l'étude désintéressée ; et le Ciel ne lui a montré cette vision en songe qu'au sujet de ceux qui étaient entrés ce jour-là et que Rabban Gamliel empêchait, pour lui dire qu'il avait eu raison de les empêcher, ceux-là ne devant pas parvenir à l'étude désintéressée, et qu'il n'avait pas à s'affliger de les avoir écartés. Mais sur le fond de la loi, le Ciel a bien approuvé l'avis de Rabbi Elazar ben Azaria, qui fait entrer même celui dont l'intérieur ne correspond pas à l'extérieur, parce que de l'étude non désintéressée on vient à l'étude désintéressée, et que nous ne sommes pas prophètes pour savoir si celui-ci finira par étudier de façon désintéressée ou non.
💡 Explication

L'ouverture de la porte se mesure en bancs : quatre cents ou sept cents ajoutés en un jour. Le chiffre sert à dire l'ampleur de ce que le filtre retenait.

Rabban Gamliel en tire une inquiétude : avoir retenu la Tora loin d'Israël. Le songe des jarres blanches pleines de cendre reprend exactement son critère — beau dehors, intérieur sans valeur — mais la guemara précise elle-même que ce songe fut donné pour l'apaiser, non pour trancher.

🖼️ Schéma
Le songe des jarres et le critère de Rabban Gamliel Le critère tokho ke-varo : l'intérieur conforme à l'extérieur. Un gardien à la porte. Le songe Jarre blanche au dehors, cendre au dedans. Ben Ich Haï : cendre, non poussière - sans avenir. La règle retenue Que tous entrent. mi-tokh che-lo li-chma ba li-chma : l'étude intéressée y conduit. La guemara précise : le songe ne tranche pas la loi, il apaise seulement Rabban Gamliel. Quatre cents bancs selon l'un, sept cents selon l'autre, furent ajoutés ce jour-là.
Le critère de l'ancien nassi, l'image du songe et la règle finalement suivie.
4
תְּנָא: עֵדֻיוֹת בּוֹ בַּיּוֹם נִשְׁנֵית. וְכָל הֵיכָא דְּאָמְרִינַן ״בּוֹ בַּיּוֹם״, הַהוּא יוֹמָא הֲוָה. וְלֹא הָיְתָה הֲלָכָה שֶׁהָיְתָה תְּלוּיָה בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ שֶׁלֹּא פֵּירְשׁוּהָ. וְאַף רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא מָנַע עַצְמוֹ מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת.

On a enseigné : le traité Edouyot fut enseigné ce jour-là. Et partout où l'on dit « ce jour-là », c'est de ce jour qu'il s'agit.

Il n'y eut aucune halakha restée en suspens à la maison d'étude qu'ils n'aient élucidée. Et même Rabban Gamliel ne se retint pas de la maison d'étude, fût-ce une seule heure.

📜 Rachi (1)
תְּלוּיָה בְּסָפֵק שֶׁלֹּא פֵּירְשׁוּהָ מִתּוֹךְ שֶׁרַבּוּ הַתַּלְמִידִים רַב הַחִדּוּד וְהַפִּלְפּוּל:
En suspens — dans le doute, et qu'ils n'auraient pas élucidée ; car du fait que les élèves s'étaient multipliés, la finesse et la discussion s'accrurent.
💡 Explication

Le jour de la déposition devient une date de référence dans la michna : « bo ba-yom », ce jour-là, y renvoie toujours. Le traité Edouyot, recueil de témoignages sur des traditions halakhiques, fut mis en forme à cette occasion.

La dernière phrase prépare la suite : si Rabban Gamliel n'a pas quitté la maison d'étude, on doit pouvoir le montrer par un cas où il intervient. C'est l'affaire du converti ammonite qui vient.

5
דִּתְנַן: בּוֹ בַּיּוֹם בָּא יְהוּדָה גֵּר עַמּוֹנִי לִפְנֵיהֶם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ. אָמַר לָהֶם: מָה אֲנִי לָבֹא בַּקָּהָל?

Comme nous l'avons appris : ce jour-là, Yehouda le converti ammonite se présenta devant eux à la maison d'étude. Il leur dit : quel est mon statut pour entrer dans la communauté ?

💡 Explication

« Entrer dans la communauté » (lavo ba-kahal) veut dire épouser une fille d'Israël. La Tora exclut l'Ammonite et le Moabite de ce droit, même après conversion. Yehouda est déjà converti ; la question porte sur le mariage.

6
אָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: אָסוּר אַתָּה לָבֹא בַּקָּהָל. אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: מֻותָּר אַתָּה לָבֹא בַּקָּהָל. אָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר ״לֹא יָבֹא עַמּוֹנִי וּמוֹאָבִי בִּקְהַל ה׳״? אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: וְכִי עַמּוֹן וּמוֹאָב בִּמְקוֹמָן הֵן יוֹשְׁבִין? כְּבָר עָלָה סַנְחֵרִיב מֶלֶךְ אַשּׁוּר וּבִלְבֵּל אֶת כָּל הָאֻומּוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָסִיר גְּבֻלֹות עַמִּים וַעֲתוּדוֹתֵיהֶם שׁוֹשֵׂתִי וְאוֹרִיד כַּבִּיר יוֹשְׁבִים״, וְכָל דְּפָרֵישׁ — מֵרֻובָּא פָּרֵישׁ.

Rabban Gamliel lui dit : il t'est interdit d'entrer dans la communauté. Rabbi Yehochoua lui dit : il t'est permis d'entrer dans la communauté.

Rabban Gamliel lui dit : n'a-t-il pas déjà été dit « un Ammonite et un Moabite n'entreront pas dans la communauté de ה' » ? Rabbi Yehochoua lui dit : Ammon et Moav habitent-ils donc à leur place ?

Sanhérib roi d'Achour est déjà monté et a brouillé toutes les nations, ainsi qu'il est dit : « j'ai supprimé les frontières des peuples, j'ai pillé leurs réserves, et j'ai fait descendre comme un puissant ceux qui siégeaient ». Et tout ce qui se détache se détache de la majorité.

💡 Explication

Rabbi Yehochoua ne conteste pas le verset ; il conteste que l'on puisse encore identifier un Ammonite. Les déportations de Sanhérib ont mélangé les populations, de sorte que les habitants actuels d'Ammon ne sont plus les Ammonites de la Tora.

Reste que ce converti pourrait, en fait, être un vrai Ammonite. On applique alors la règle des mélanges : « kol de-parich me-rouba parich », ce qui se détache d'un ensemble est réputé venir de la majorité. La majorité des nations est autorisée au mariage.

7
אָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר ״וְאַחֲרֵי כֵן אָשִׁיב אֶת שְׁבוּת בְּנֵי עַמּוֹן נְאֻם ה׳״, וּכְבָר שָׁבוּ!

Rabban Gamliel lui dit : n'a-t-il pas déjà été dit « et après cela je ramènerai les captifs des fils d'Ammon, dit ה' » ? Or ils sont déjà revenus !

💡 Explication

L'objection est fine : si la prophétie du retour d'Ammon s'est accomplie, alors les Ammonites d'aujourd'hui sont bien redevenus les Ammonites d'origine, et le mélange de Sanhérib ne les couvre plus.

8
אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר ״וְשַׁבְתִּי אֶת שְׁבוּת עַמִּי יִשְׂרָאֵל״, וַעֲדַייִן לֹא שָׁבוּ. מִיָּד הִתִּירוּהוּ לָבֹא בַּקָּהָל.

Rabbi Yehochoua lui dit : n'a-t-il pas déjà été dit « et je ramènerai les captifs de mon peuple Israël » ? Et ils ne sont pas encore revenus.

Aussitôt on lui permit d'entrer dans la communauté.

💡 Explication

La réponse retourne l'argument par un parallèle : la même forme de promesse est faite à Israël, et elle n'est pas accomplie. On ne peut donc pas déduire d'une prophétie qu'un fait s'est produit. En halakha, on ne statue que sur ce qui est établi.

La décision est immédiate, et elle sert la démonstration de la guemara : Rabban Gamliel était bien présent et discutait.

9
אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: הוֹאִיל וְהָכִי הֲוָה, אֵיזִיל וַאֲפַיְּיסֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. כִּי מְטָא לְבֵיתֵיהּ, חֲזִינְהוּ לְאַשְׁיָתָא דְבֵיתֵיהּ דְּמַשְׁחֲרָן. אֲמַר לֵיהּ: מִכָּותְלֵי בֵּיתְךָ אַתָּה נִיכָּר שֶׁפֶּחָמִי אַתָּה. אָמַר לוֹ: אוֹי לוֹ לַדּוֹר שֶׁאַתָּה פַּרְנָסוֹ, שֶׁאִי אַתָּה יוֹדֵעַ בְּצַעֲרָן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, בַּמֶּה הֵם מִתְפַּרְנְסִים וּבַמֶּה הֵם נִזּוֹנִים.

Rabban Gamliel dit : puisqu'il en est ainsi, j'irai apaiser Rabbi Yehochoua. Lorsqu'il parvint à sa maison, il vit que les murs de sa maison étaient noircis.

Il lui dit : d'après les murs de ta maison, on reconnaît que tu es charbonnier. Il lui dit : malheur à la génération dont tu es le dirigeant, car tu ne connais pas la peine des sages, de quoi ils vivent et de quoi ils se nourrissent.

📜 Rachi (2)
לַאֲשִׁיתָא דְּבֵיתֵיהּ דְּמַשְׁחֲרָן כָּותְלֵי בֵּיתוֹ שֶׁל ר' יְהוֹשֻׁעַ שֶׁהָיוּ שְׁחוֹרוֹת:
Que les murs de sa maison étaient noircis — les murs de la maison de Rabbi Yehochoua, qui étaient noirs.
שֶׁפֶּחָמִי אַתָּה עוֹשֶׂה פֶּחָמִים וי"א נֶפַח:
Que tu es charbonnier — que tu fabriques du charbon ; certains disent : forgeron.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: הוֹאִיל וְהָכִי הָוֵי, אֵיזִיל וַאֲפַיְּיסֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. פֵּירוּשׁ מִקֹּודֶם חָשַׁב שֶׁלֹּא חָטָא לְר' יְהוֹשֻׁעַ, וְשֶׁלֹּא כְּדִין הֶעֱבִירוּ אוֹתוֹ, אַךְ אַחַר שֶׁרָאָה הַנֵּס שֶׁעָשׂוּ מִן הַשָּׁמַיִם לֵר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה שֶׁשְּׁמוֹ בִּמְקוֹמוֹ, מַשְׁמַע שֶׁבְּדִין עָשׂוּ לוֹ שֶׁהוּא חָטָא לְר' יְהוֹשֻׁעַ, וּלְכָךְ הָלַךְ לְפַיְּיסוֹ. וּמַה שֶׁאָמַר לוֹ ר' יְהוֹשֻׁעַ אוֹי לוֹ לָדוּר וְאוֹי לָהּ לַסְּפִינָה , שֶׁקָּרָא אוֹי כִּפְלַיִם, חַד כְּנֶגֶד הַשְׁגָּחַת הֶהָמוֹן כֻּולּוֹ, וְחַד כְּנֶגֶד הַשְׁגָּחַת הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים הַיּוֹשְׁבִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, שֶׁנִּדְמֶה לִסְפִינָה תּוֹךְ יַם הַתַּלְמוּד. וּמַה שֶׁאָמַר בַּמֶּה הֵן מִתְפַּרְנְסִין וּבַמֶּה הֵם נִזּוֹנִין , פֵּירוּשׁ יֵשׁ עֵסֶק קָשֶׁה וּבִזּוּי, אַךְ הַרְווָחָה הַיּוֹצְאָהּ מִמֶּנּוּ הִיא גְּדוֹלָה, וְיֵשׁ עֵסֶק קָשֶׁה וּבִזּוּי וְהַרְוָוחָתוֹ מוּעֶטֶת, וְכֵיוָן שֶׁאָמַר לוֹ עֲשֵׂה בִּשְׁבִיל אַבָּא אֲפַייֵּס, נִרְאֶה שֶׁזֶּה רַבָּן גַּמְלִיאֵל הָיָה בְּנוֹ שֶׁל ר' שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הַנֶּהֱרָג בַּעֲשָׂרָה הֲרוּגֵי מַלְכוּת, וּלְכָךְ אֲפַיֵּיס לִכְבוֹדוֹ.
« Rabban Gamliel dit : puisqu'il en est ainsi, j'irai apaiser Rabbi Yehochoua. » C'est-à-dire qu'il pensait d'abord n'avoir pas fait de tort à Rabbi Yehochoua et avoir été déposé à tort ; mais après avoir vu le miracle accompli du Ciel pour Rabbi Elazar ben Azaria mis à sa place, il comprit qu'on avait agi selon le droit, qu'il avait bien fait tort à Rabbi Yehochoua, et il alla donc l'apaiser. Quant à ce que Rabbi Yehochoua lui dit « malheur à la génération » et « malheur au navire », s'il a redoublé le « malheur », c'est l'un pour le soin du peuple tout entier, l'autre pour le soin des sages assis à la maison d'étude, comparée à un navire au milieu de la mer du Talmud. Et lorsqu'il dit « de quoi ils vivent et de quoi ils se nourrissent », il faut comprendre : il est des métiers pénibles et méprisés dont le gain est pourtant grand, et il en est de pénibles et méprisés dont le gain est mince. Enfin, puisqu'il lui dit « fais-le en considération de mon père » et qu'il fut apaisé, il apparaît que ce Rabban Gamliel était le fils de Rabbi Chimon ben Gamliel, tué parmi les dix martyrs du royaume ; c'est pour son honneur qu'il fut apaisé.
💡 Explication

La scène est un renversement. Rabban Gamliel découvre en arrivant que le sage qu'il a humilié publiquement vit du charbon, métier noir et pauvre. Sa remarque sur les murs est prise comme un aveu d'ignorance.

La réponse de Rabbi Yehochoua vise la fonction, non l'homme : un dirigeant qui ne sait pas de quoi vivent les sages de sa génération ne les dirige pas réellement.

10
אָמַר לוֹ: נַעֲנֵיתִי לְךָ מְחוֹל לִי. לָא אַשְׁגַּח בֵּיהּ: עֲשֵׂה בִּשְׁבִיל כְּבוֹד אַבָּא. פַּיִיס.

Il lui dit : je me suis humilié devant toi, pardonne-moi. Il ne lui prêta pas attention.

« Fais-le pour l'honneur de mon père. » Il fut apaisé.

📜 Rachi (1)
נַעֲנֵיתִי לְךָ דִּבַּרְתִּי לַמֹּולֶךְ יוֹתֵר מִן הָרָאוּי:
Je me suis humilié devant toi — j'ai parlé contre toi plus qu'il ne convenait.
💡 Explication

La demande de pardon personnelle échoue ; c'est l'invocation de l'honneur du père, Rabban Chimon ben Gamliel, qui emporte le pardon. Le motif retenu déborde la personne de celui qui demande.

11
אָמְרוּ: מַאן נֵיזִיל וְלֵימָא לְהוּ לְרַבָּנַן. אֲמַר לְהוּ הַהוּא כּוֹבֵס: אֲנָא אַזָּיֵלְנָא. שְׁלַח לְהוּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְבֵי מִדְרְשָׁא: מַאן דִּלְבִישׁ מַדָּא — יִלְבַּשׁ מַדָּא, וּמַאן דְּלָא לָבֵישׁ מַדָּא יֵימַר לֵיהּ לְמַאן דְּלָבֵישׁ מַדָּא: שְׁלַח מַדָּךְ וַאֲנָא אֶלְבְּשֵׁיהּ?! אֲמַר לְהוּ רַבִּי עֲקִיבָא לְרַבָּנַן: טְרוּקוּ גַּלֵּי דְּלָא לֵיתוֹ עַבְדֵי דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וּלְצַעֲרוּ לְרַבָּנַן.

Ils dirent : qui ira le dire aux sages ? Un certain foulon leur dit : moi j'irai.

Rabbi Yehochoua envoya dire à la maison d'étude : que celui qui porte l'uniforme continue de porter l'uniforme ; et celui qui ne porte pas l'uniforme dira-t-il à celui qui le porte : ôte ton uniforme et je le porterai ?! Rabbi Akiva dit aux sages : verrouillez les portes, que les serviteurs de Rabban Gamliel ne viennent pas importuner les sages.

📜 Rachi (1)
דִּלְבִישׁ מַדָּא הָרָגִיל לִלְבֹּושׁ הַמְעִיל יִלְבַּשׁ כְּלוֹמַר הָרָגִיל בִּנְשִׂיאוּת יִהְיֶה נָשִׂיא:
Celui qui porte l'uniforme — celui qui a coutume de porter le manteau le portera ; c'est-à-dire : celui qui est accoutumé à la charge de nassi restera nassi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאן דִּלְבִישׁ מַדָּא, יִלְבַּשׁ מַדָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן שֶׁשָּׁלַח דְּבָרִים אֵלּוּ עִם הַכּוֹבֵס, לְכָךְ עָשָׂה הַמָּשָׁל בִּבְגָדִים שֶׁהֵם עֵסֶק הַכּוֹבֵס, אוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ בָּא בְּטַעֲנָה בְּכֹחַ רַבָּן גַּמְלִיאֵל עַצְמוֹ שֶׁכְּבָר זָכָה בִּנְשִׂיאוּת, וְכֵיוָן שֶׁרָאָה שֶׁלֹּא קִבְּלוּ טַעֲנָה זוֹ, חָזַר וְאָמַר לוֹ טַעֲנָה מִכֹּחַ אֲבוֹתָיו, וְלָזֶה אָמַר מַזֶּה בֶּן מַזֶּה יַזֶּה, וְלִהְיוֹת כִּי הַתּוֹרָה מוֹצִיאָה אֶת הָאָדָם מִטֻּומְאָה לְטָהֳרָה, לְכָךְ עָשָׂה לָהֶם מָשָׁל בְּמֵי חַטָּאת. וּמַה שֶׁאָמַר מֵימֶיךָ מֵי מְעָרָה, וַאֲפֵרְךָ אֵפֶר מַקְלֶה, פֵּירֵשׁ הָרַב בש"ע מֵי מְעָרָה פְּסוּלִין, דְּבָעֵינַן מַיִם חַיִּים, וְאֵפֶר מִקְלֶה פָּסוּל דְּאֵינוֹ אֵפֶר פָּרָה, עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד זָכַר שְׁנֵי דְּבָרִים מַיִם וְאֵפֶר, כְּנֶגֶד שְׁנֵי טְעָנוֹת שֶׁיֵּשׁ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל, הָא' מִצַּד אֲבוֹתָיו, וְהַב' מִצַּד עַצְמוֹ שֶׁכְּבָר זָכָה בִּנְשִׂיאוּת.
« Que celui qui porte l'uniforme continue de porter l'uniforme. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que puisqu'il envoya ces paroles par le foulon, il prit sa comparaison dans les vêtements, qui sont le métier du foulon. Ou bien : par ces paroles il argumentait à partir de la force de Rabban Gamliel lui-même, qui avait déjà acquis la charge de nassi ; et voyant que cet argument n'était pas reçu, il revint et avança un argument tiré de ses ancêtres, ce qu'il exprima par « que celui qui asperge, fils de celui qui asperge, asperge ». Et comme la Tora fait passer l'homme de l'impureté à la pureté, il prit sa comparaison dans les eaux lustrales. Quant à « tes eaux sont eaux de grotte et ta cendre est cendre de foyer », le maître a expliqué dans le Choulhan Aroukh que les eaux de grotte sont invalides, car il faut des eaux vives, et que la cendre de foyer est invalide car ce n'est pas la cendre de la vache rousse. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a mentionné deux choses, l'eau et la cendre, en face des deux arguments dont dispose Rabban Gamliel : le premier du côté de ses ancêtres, le second de son propre chef, puisqu'il avait déjà acquis la charge.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' רַבִּי נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה הָיָה מִתְפַּלֵּל בִּכְנִיסָתוֹ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וּבִיצִיאָתוֹ תְּפִלָּה קְצָרָה אָמְרוּ לוֹ מַה מָקוֹם לִתְפִלָּה זוֹ אָמַר לָהֶם בִּכְנִיסָתִי אֲנִי מִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יֶאֱרַע תַּקָּלָה עַל יָדִי וּבִיצִיאָתִי אֲנִי נוֹתֵן הוֹדָאָה עַל חֶלְקִי:
Michna. Rabbi Nehounia ben HaKana priait une courte prière en entrant à la maison d'étude et en en sortant. On lui dit : quelle place a cette prière ? Il leur dit : en entrant, je prie qu'aucun échec ne survienne par moi ; en sortant, je rends grâce pour ma part.
💡 Explication

L'image du foulon qui porte le message est reprise dans la parabole : le vêtement de fonction. Celui qui n'a pas la charge n'a pas à la réclamer à celui qui la détient.

Les sages n'y voient qu'une manœuvre de Rabban Gamliel et refusent : Rabbi Akiva fait même fermer les portes. La démarche de réconciliation échoue tant qu'elle passe par un intermédiaire.

12
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: מוּטָב דְּאֵיקוּם וְאֵיזִיל אֲנָא לְגַבַּייְהוּ. אֲתָא טָרַף אַבָּבָא. אֲמַר לְהוּ: מַזֶּה בֶּן מַזֶּה יַזֶּה. וְשֶׁאֵינוֹ לֹא מַזֶּה וְלֹא בֶּן מַזֶּה יֹאמַר לְמַזֶּה בֶּן מַזֶּה מֵימֶיךָ מֵי מְעָרָה וְאֶפְרְךָ אֵפֶר מִקְלֶה. אָמַר לוֹ רַבִּי עֲקִיבָא: רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, נִתְפַּיַּיסְתָּ? כְּלוּם עָשִׂינוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל כְּבוֹדְךָ, לְמָחָר אֲנִי וְאַתָּה נַשְׁכִּים לְפִתְחוֹ.

Rabbi Yehochoua dit : il vaut mieux que je me lève et que j'aille moi-même vers eux. Il vint et frappa à la porte.

Il leur dit : que celui qui asperge, fils de celui qui asperge, asperge ; et que celui qui n'asperge pas et n'est pas fils de celui qui asperge dise à celui qui asperge, fils de celui qui asperge : tes eaux sont eaux de grotte et ta cendre est cendre de foyer ?! Rabbi Akiva lui dit : Rabbi Yehochoua, es-tu apaisé ?

Nous n'avons agi que pour ton honneur. Demain, toi et moi, nous nous rendrons de bon matin à sa porte.

📜 Rachi (2)
מַזֶּה בֶּן מַזֶּה כֹּהֵן בֶּן כֹּהֵן יִזֶּה אֶת מֵי חַטָּאת:
Celui qui asperge, fils de celui qui asperge — un cohen fils de cohen, qui asperge les eaux lustrales.
אֵפֶר מַקְלֶה אֵפֶר הַקָּלוּי בְּתַנּוּרִים וּבְכִירוֹת כְּלוֹמַר אֵפֶר סְתָם:
Cendre de foyer — la cendre brûlée dans les fours et les fourneaux, c'est-à-dire une cendre ordinaire.
💡 Explication

La seconde parabole change de registre : au lieu du vêtement, le service du parah adouma et des eaux lustrales, où la qualification se transmet de père en fils. Rabban Gamliel a le titre par lui-même et par ses pères ; celui qui n'a ni l'un ni l'autre ne peut pas disqualifier son service.

Cette fois le message est reçu, parce que c'est Rabbi Yehochoua en personne qui le porte. Rabbi Akiva pose alors la seule question qui compte : l'offense est-elle réparée.

13
אָמְרִי: הֵיכִי נַעֲבִיד, נֶעֱבָרֶיהָ — גְּמִירִי מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ וְאֵין מוֹרִידִין. נִדְרוֹשׁ מָר חֲדָא שַׁבְּתָא וּמַר חֲדָא שַׁבְּתָא — אָתֵי לְקִנְאוֹיֵי. אֶלָּא: לִדְרֹושׁ רַבָּן גַּמְלִיאֵל תְּלָתָא שַׁבָּתֵי וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה חֲדָא שַׁבְּתָא. וְהַייְנוּ דְּאָמַר מָר שַׁבָּת שֶׁל מִי הָיְתָה — שֶׁל רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה הָיְתָה. וְאוֹתוֹ תַּלְמִיד רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי הֲוָה.

Ils dirent : comment faire ? Le destituer — nous avons reçu qu'on monte en sainteté et qu'on ne descend pas.

Que l'un enseigne une semaine et l'autre une semaine — on en viendra à la jalousie. Plutôt : que Rabban Gamliel enseigne trois semaines et Rabbi Elazar ben Azaria une semaine.

C'est ce que voulait dire le maître : « la semaine de qui était-ce ? C'était la semaine de Rabbi Elazar ben Azaria. » Et cet élève-là, c'était Rabbi Chimon ben Yohai.

📜 Rachi (2)
שַׁבָּת שֶׁל מִי הָיְתָה בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה:
La semaine de qui était-ce — dans le traité Haguiga.
וְאוֹתוֹ תַּלְמִיד שֶׁשָּׁאַל תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת אוֹ חוֹבָה רַשְׁבִּ"י הוּא:
Et cet élève-là — celui qui avait demandé si la prière du soir est facultative ou obligatoire : c'est Rabbi Chimon ben Yohai.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לִדְרֹשׁ רַבָּן גַּמְלִיאֵל תְּלָתָא שַׁבְּתָא וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה חֲדָא שַׁבְּתָא. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל דְּדַי לְהַעֲבִיר הַקְנָאָה שֶׁיִּדְרֹושׁ רַבָּן גַּמְלִיאֵל שְׁנַיִם, וְר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אַחַת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיֵּשׁ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל שְׁנֵי יִתְרוֹנוֹת עָלָיו בִּנְשִׂיאוּת, הָא' מִצַּד קְדִימָה בַּזְּמַן שֶׁהוּא הָיָה נָשִׂיא קֹודֶם נְשִׂיאוּת ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, וְדָבָר זֶה יָדוּעַ בְּחוּקֵּי הַשְּׂרָרָה כִּי שְׁנַיִם שֶׁיֵּשׁ לָהֶם שְׂרָרָה אַחַת כְּמוֹ שְׂרָרָה שֶׁל מושי"ר, מִי שֶׁעָלָה בִּשְׂרָרָה זוֹ קֹודֶם זְמַן שֶׁעָלָה חֲבֵירוֹ יֵשׁ לוֹ קְדִימָה בְּמַעֲלֶה, וְעוֹד שֵׁנִית מִצַּד אֲבוֹתָיו, כִּי רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֲבוֹתָיו גַּם כֵּן הָיוּ נְשִׂיאִים, מַה שֶׁאֵין כֵּן ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, לָכֵן כְּנֶגֶד ב' יִתְרוֹנוֹת אֵלּוּ נָתְנוּ לוֹ ב' שַׁבָּתוֹת.
« Que Rabban Gamliel enseigne trois semaines et Rabbi Elazar ben Azaria une semaine. » Le Maharcha objecte qu'il aurait suffi, pour écarter la jalousie, que Rabban Gamliel enseignât deux semaines et Rabbi Elazar ben Azaria une. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabban Gamliel avait sur lui deux avantages pour la charge de nassi : le premier du côté de l'antériorité, ayant été nassi avant la nomination de Rabbi Elazar ben Azaria — et cela est connu dans les règles du pouvoir, car de deux hommes ayant une même charge, comme la charge de gouverneur, celui qui y est monté avant son collègue a la préséance ; le second du côté de ses ancêtres, car les ancêtres de Rabban Gamliel étaient eux aussi nassi, ce qui n'est pas le cas de Rabbi Elazar ben Azaria. En face de ces deux avantages, on lui donna donc deux semaines de plus.
וְאוֹתוֹ תַּלְמִיד, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי הֲוָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה פֹּורַשׁ דָּבָר זֶה בְּסוֹף הַמַּאֲמָר וְלֹא בִּתְחִלָּתוֹ, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מַעֲשֶׂה בַּר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי שֶׁבָּא לִפְנֵי ר' יְהוֹשֻׁעַ, אוֹ יֹאמַר מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד וּשְׁמוֹ ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי שֶׁבָּא וְכוּ', אִם יִרְצֶה לְהוֹדִיעֵנוּ בְּעֵת שֶׁשָּׁאַל הָיָה תַּלְמִיד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מְגַלְגְּלִין חוֹב עַל יְדֵי חַייָּב וּזְכוּת עַל יְדֵי זַכַּאי, וְאִם כֵּן אֶחָד הָרוֹאֶה וְאֶחָד הַשּׁוֹמֵעַ מַעֲשֶׂה זוֹ, יְהַרְהֵר אַחַר אוֹתוֹ תַּלְמִיד לוֹמַר שֶׁנִּתְגַּלְגְּלָה חוֹבָה לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל עַל יָדוֹ, אַךְ כַּאֲשֶׁר יַגִּיעַ לְסוֹף הַמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר סוֹף דָּבָר הֶחֱזִירוֹ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל לִנְשִׂיאוּת שֶׁלּוֹ, וְר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה נִשְׁאַר גַּם כֵּן בִּנְשִׂיאוּתוֹ, יֵדַע וְיָבִין שֶׁאוֹתוֹ תַּלְמִיד הוּא זַכַּאי וְנִתְגַּלְגֵּל זְכוּת לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל, וּזְכוּת לֵר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה עַל יָדוֹ, וְהַיְינוּ זְכוּת לֵר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה שֶׁנִּתְמַנָּה נָשִׂיא מִכֹּחַ מַעֲשֶׂה זוֹ, וּזְכוּת לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁבָּזֶה נִיצּוֹל מִן הַמִּיתָה, וְהוּא דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּרַבִּי חַיָּיא לֹא רָצָה לִמְחֹול לְרַב, מִפְּנֵי שֶׁרָאָה בַּחֲלוֹם עַל רַב שֶׁיַּעֲלֶה לִגְדֻולָּה שֶׁיִּהְיֶה רֹאשׁ יְשִׁיבָה, וְאִם יִשָּׁאֵר רַב בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אָז מֻוכְרָח שֶׁיִּפָּטֵר רַבִּי חַיָּיא, כְּדֵי שֶׁיִּמְלֹוךְ רַב, כִּי אִי אֶפְשָׁר שֶׁיַּמְלִיכוּ לְרַב בְּעוֹד רַבִּי חַיָּיא קַייָּם שֶׁהוּא גָּדוֹל מִמֶּנּוּ, לְכָךְ אָמַר לֹא אֶמְחֹול לוֹ כְּדֵי שֶׁהוּא יִהְיֶה מֻוכְרָח לֵירֵד לְבָבֶל וְשָׁם יִמְלֹוךְ, וְלֹא יִשָּׁאֵר בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כְּדֵי שֶׁיִּדְחֶה אוֹתִי. וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן, כִּי ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה כֵּיוָן דְּחָזֵינַן דְּמֶלֶךְ וְנַעֲשָׂה נָשִׂיא, וַדַּאי גְּדוֹלָה זוֹ פְּסוּקָה לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם, וְאִם לֹא הָיָה מִתְגַּלְגֵּל דָּבָר זֶה עַל יְדֵי ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי, שֶׁיָּסִירוּ אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְיַמְלִיכוּ אֶת ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, הָיָה מֻוכְרָח שֶׁיִּפָּטֵר רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְיִמְלוֹךְ ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, כִּי אֵיךְ יִמְלֹוךְ בְּחַיֵּי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְאִם כֵּן נִמְצָא גַּם לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל נִתְגַּלְגֵּל זְכוּת עַל יְדֵי ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי בְּדָבָר זֶה, שֶׁנִּשְׁאַר חַי בָּעוֹלָם, וְלָכֵן אַחַר שֶׁהֵבִיא הַשַּׁ"ס סוֹף הַמַּעֲשֶׂה, אֲשֶׁר סוֹף דָּבָר נַעֲשׂוּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה שְׁנֵיהֶם נְשִׂיאִים, אָמַר אוֹתוֹ תַּלְמִיד שֶׁנִּתְגַּלְגֵּל זְכוּת לִשְׁנֵי הַמְּאוֹרוֹת הָאֵלֶּה עַל יָדוֹ, ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי הֲוָה הוּא הַקָּדוֹשׁ הַזַּכַּאי, שֶׁנִּתְגַּלְגֵּל זְכוּת לִשְׁנֵיהֶם עַל יָדוֹ.
« Et cet élève-là, c'était Rabbi Chimon ben Yohai. » On peut demander pourquoi cela est précisé à la fin du récit et non au début : il aurait fallu dire « il arriva que Rabbi Chimon bar Yohai vint devant Rabbi Yehochoua », ou bien « il arriva qu'un élève, du nom de Rabbi Chimon bar Yohai, vint », si l'on voulait nous apprendre qu'il était élève au moment où il posa la question. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit : on fait venir la faute par le coupable et le mérite par celui qui en est digne. Or celui qui voit ou entend ce récit pourrait soupçonner cet élève d'avoir attiré la disgrâce sur Rabban Gamliel. Mais lorsqu'il parvient à la fin du récit, où Rabban Gamliel est rétabli dans sa charge tandis que Rabbi Elazar ben Azaria conserve la sienne, il saura et comprendra que cet élève était digne, et qu'il a attiré un mérite sur Rabban Gamliel et sur Rabbi Elazar ben Azaria : mérite pour Rabbi Elazar ben Azaria, nommé nassi à la suite de cette affaire, et mérite pour Rabban Gamliel, qui par là fut sauvé de la mort. C'est ce que dit la guemara, que Rabbi Hiya ne voulut pas pardonner à Rav parce qu'il avait vu en songe que Rav s'élèverait à la grandeur et deviendrait chef de yechiva : or si Rav restait en terre d'Israël, il faudrait que Rabbi Hiya disparût pour que Rav régnât, puisqu'il n'est pas possible d'installer Rav du vivant de Rabbi Hiya, qui lui est supérieur ; il dit donc : je ne lui pardonnerai pas, afin qu'il soit contraint de descendre à Babel et d'y régner, et qu'il ne reste pas en terre d'Israël où il me repousserait. Il en va de même ici : puisque nous voyons que Rabbi Elazar ben Azaria a régné et a été fait nassi, cette grandeur lui était certainement décrétée du Ciel ; et si l'affaire n'était pas venue par Rabbi Chimon bar Yohai, avec la destitution de Rabban Gamliel et l'installation de Rabbi Elazar ben Azaria, il aurait fallu que Rabban Gamliel disparût pour que Rabbi Elazar ben Azaria régnât — comment aurait-il régné du vivant de Rabban Gamliel ? Il se trouve donc qu'un mérite est venu aussi à Rabban Gamliel par Rabbi Chimon bar Yohai, celui de rester en vie. C'est pourquoi, après avoir rapporté la fin du récit, où Rabban Gamliel et Rabbi Elazar ben Azaria sont tous deux nassi, la guemara dit que cet élève, par qui un mérite est venu à ces deux luminaires, était Rabbi Chimon bar Yohai, le saint et le digne, par qui le mérite leur est venu à tous deux.
💡 Explication

Trois solutions sont examinées. Destituer Rabbi Elazar ben Azaria se heurte au principe maalin ba-kodech ve-ein moridin : on élève en sainteté, on ne fait pas descendre. L'alternance stricte créerait une rivalité.

Le partage trois contre un donne la préséance sans supprimer la charge du second. Le détail sert aussi à expliquer une phrase du traité Haguiga : quand on demande « la semaine de qui était-ce », c'est de ce roulement qu'il s'agit.

🖼️ Schéma
Trois solutions envisagées pour la charge de nassi 1. Destituer Rabbi Elazar ben Azaria Exclu : maalin ba-kodech ve-ein moridin, on monte en sainteté et l'on ne descend pas. 2. Alternance stricte, une semaine chacun Exclu : on en viendrait à la jalousie, faute d'une préséance claire. 3. Trois semaines pour Rabban Gamliel, une pour Rabbi Elazar ben Azaria Retenu : la préséance est marquée, et aucune charge n'est retirée. Ben Ich Haï : deux semaines de plus répondent aux deux avantages, l'antériorité et les ancêtres.
Les deux solutions écartées, leur motif, et le partage finalement adopté.
14
וְשֶׁל מוּסָפִין כָּל הַיּוֹם. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְנִקְרָא ״פּוֹשֵׁעַ״.

« Et celle de moussaf, toute la journée. » Rabbi Yo'hanan a dit : et il est appelé « négligent ».

📜 Rachi (1)
וְנִקְרָא פּוֹשֵׁעַ הַמְאַחֵר כ"כ:
Et il est appelé négligent — celui qui tarde à ce point.
🗂️ Tossefot (1)
וְשֶׁל מוּסָפִין כָּל הַיּוֹם הִקְשָׁה הָרַב רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן זַ"ל דְּאָמְרִי' בְּפֶרֶק תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף נח.) מוּסָפִין בְּשֵׁשׁ בְּזִיכְיַן בְּשֶׁבַע וכ"ת ה"מ לְמִצְוָה אֲבָל דִּיעֲבַד כָּל יוֹמָא נָמֵי זִמְנֵיהּ הוּא הֲרֵי בִּתְמוּרָה (פ"ב ד' יד) מַשְׁמַע שֶׁהַמּוּסָפִין הָיוּ נִשְׁחָטִין עִם הַתָּמִיד וְנִקְטָרִין עִמּוֹ. וְתֵירֵץ דְּהָתָם מַיְירֵי בְּשַׁבָּת:
Et celle de moussaf, toute la journée — Rabbi Chimchon a soulevé une difficulté : nous disons au chapitre « Tamid nichhat » (Pessahim 58a) que les offrandes de moussaf se font à la sixième heure et les bezikhin à la septième. Et si tu dis que cela vaut pour la mitsva de premier choix, mais que le jour entier reste son temps à posteriori, il ressort pourtant de Temoura (chapitre 2, 14) que les offrandes de moussaf étaient égorgées avec le tamid et consumées avec lui. Il a répondu que ce passage-là traite du chabbat.
💡 Explication

La michna donne à moussaf toute la journée. Rabbi Yo'hanan y ajoute une réserve morale : le temps reste valable, mais celui qui l'étire jusqu'au bout est un pochea, un négligent. Le retard n'invalide pas la prière, il qualifie celui qui prie.

Tossefot confronte cette latitude au sacrifice de moussaf lui-même, dont l'horaire au Temple était fixé. La réponse distingue les jours : le passage cité vise le chabbat.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיוּ לְפָנָיו שְׁתֵּי תְּפִלּוֹת, אַחַת שֶׁל מִנְחָה וְאַחַת שֶׁל מוּסָף — מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה וְאַחַר כָּךְ מִתְפַּלֵּל שֶׁל מוּסָף, שֶׁזּוֹ תְּדִירָה, וְזוֹ אֵינָהּ תְּדִירָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִתְפַּלֵּל שֶׁל מוּסָף וְאַחַר כָּךְ מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה, שֶׁזּוֹ מִצְוָה עוֹבֶרֶת, וְזוֹ מִצְוָה שֶׁאֵינָהּ עוֹבֶרֶת. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה וְאַחַר כָּךְ מִתְפַּלֵּל שֶׁל מוּסָף.

Nos maîtres ont enseigné : s'il avait devant lui deux prières, l'une de minha et l'autre de moussaf, il prie celle de minha puis prie celle de moussaf, car celle-ci est fréquente et celle-là n'est pas fréquente. Rabbi Yehouda dit : il prie celle de moussaf puis prie celle de minha, car celle-ci est un commandement qui va passer et celle-là un commandement qui ne passe pas.

Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha est qu'il prie celle de minha puis prie celle de moussaf.

📜 Rachi (3)
מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה מֵאַחַר שֶׁהִגִּיעַ זְמַנָּהּ כְּדֵי לְהַקְדִּימָהּ בִּתְחִלַּת זְמַנָּהּ שֶׁלֹּא יִקְרָא פּוֹשֵׁעַ גַּם עָלֶיהָ:
Il prie celle de minha — du moment que son temps est arrivé, afin de la placer au début de son temps et de ne pas être appelé négligent sur elle non plus.
וְאַחַ"כּ שֶׁל מוּסָפִין הוֹאִיל וְאִיחֵר זְמַנָּהּ אֵינוֹ עוֹבֵר דְּהָא אָמְרִי רַבָּנָן וְשֶׁל מוּסָפִים כָּל הַיּוֹם:
Et ensuite celle de moussaf — puisque son temps est déjà passé, il ne commet pas de faute, car les sages ont dit : « et celle de moussaf, toute la journée ».
שֶׁזּוֹ מִצְוָה עוֹבֶרֶת ר' יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר עַד שֶׁבַע שָׁעוֹת וְתוּ לָא:
Car celle-ci est un commandement qui va passer — Rabbi Yehouda est fidèle à son avis, lui qui dit : jusqu'à la septième heure et pas au-delà.
🗂️ Tossefot (1)
הֲלָכָה מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה וְאַחַ"כּ מִתְפַּלֵּל שֶׁל מוּסָף מִכָּאן יֵשׁ לִיזָּהֵר ביוה"כ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת שַׁחֲרִית קֹודֶם שֵׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה דְּהַיְינוּ קֹודֶם שֶׁיַּגִּיעַ שְׁעַת הַמִּנְחָה דאל"כ הָיוּ צְרִיכִין לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה קֹודֶם והר"י אוֹמֵר דְּאֵינוֹ צָרִיךְ דְּהָא דְּקָאָמַר שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה קֹודֶם הַייְנוּ כְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו שֶׁלֹּא יוּכַל לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה בִּזְמַנָּהּ וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל שְׁנֵיהֶם מִיָּד כְּגוֹן שֶׁהָיָה לוֹ לֵילֵךְ לִסְעוּדָה גְּדוֹלָה כְּמוֹ לְנִשּׂוּאִין וּמִתְיָירֵא שֶׁמָּא יִמְשֹׁוךְ בִּסְעֻודָּתוֹ אוֹ שֶׁיִּשְׁתַּכֵּר אֲבָל אִם הָיָה לוֹ שְׁהוּת לְהִתְפַּלֵּל אַחַר תְּפִלַּת מוּסָף תְּפִלַּת הַמִּנְחָה בִּזְמַנָּהּ אֵין לוֹ לְהַקְדִּים תְּפִלַּת הַמִּנְחָה אֶלָּא יִתְפַּלֵּל כְּסֵדֶר מוּסָף וְאַחַ"כּ מִנְחָה:
La halakha est qu'il prie celle de minha puis prie celle de moussaf — de là il faut prendre garde, à Kippour, de prier chaharit avant six heures et demie, c'est-à-dire avant l'arrivée du temps de minha ; sinon il faudrait prier minha en premier. Le Ri dit que ce n'est pas nécessaire : ce qu'on a dit, qu'il prie minha en premier, né vaut que lorsqu'il a des affaires à régler et qu'il ne pourra pas prier minha en son temps, devant donc prier les deux tout de suite — par exemple s'il doit se rendre à un grand repas comme des noces et qu'il craint que le repas ne se prolonge ou qu'il ne s'enivre. Mais s'il a le loisir de prier minha en son temps après la prière de moussaf, il n'a pas à avancer minha, et priera dans l'ordre : moussaf puis minha.
⚖️ Rosh (3)
תָּנוּ רַבָּנַן הָיוּ לְפָנָיו שְׁתֵּי תְּפִלּוֹת אַחַת שֶׁל מִנְחָה וְאַחַת שֶׁל מוּסָפִין מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה וְאַחַר כָּךְ מִתְפַּלֵּל שֶׁל מוּסָפִין ר' יוֹדָא אוֹמֵר מִתְפַּלֵּל שֶׁל מוּסָפִין וְאַחַר כָּךְ מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה שֶׁזּוֹ הִיא מִצְוָה עוֹבֶרֶת וְזוֹ אֵינָהּ עוֹבֶרֶת. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה וְאַחַר כָּךְ מִתְפַּלֵּל שֶׁל מוּסָפִין ה"ג וְכָךְ הִיא שְׁנוּיָה בִּזְבָחִים פּ"ק דַּף יב. וּבְפֶרֶק כָּל הַתָּדִיר (זְבָחִים דַּף צא.) דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן דְּהָכָא וְאִם כֵּן יֵשׁ לִיזָּהֵר כְּשֶׁמְּאַחֲרִים בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים תְּפִלַּת שַׁחֲרִית עַד אַחַר שֶׁבַע שָׁעוֹת שֶׁיֵּשׁ לְהַקְדִּים תְּפִלַּת הַמִּנְחָה קֹודֶם תְּפִלַּת הַמּוּסָף וּבַיְּרוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין גָּרְסִינַן רַבִּי חַייָּא בְּשֵׁם רַבִּי יוֹחָנָן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וּתְפִלַּת הַמּוּסָף תְּפִלַּת הַמִּנְחָה קוֹדֶמֶת הָווּ בָּעוּ לְמֵימַר בְּשֶׁאֵין שְׁהוּת בַּיּוֹם לְהִתְפַּלֵּל שְׁתֵּיהֶם. אֲבָל אִם יֵשׁ שְׁהוּת בַּיּוֹם לְהִתְפַּלֵּל שְׁתֵּיהֶם תְּפִלַּת הַמּוּסָף קוֹדֶמֶת ר' נָתָן בַּר טוֹבֵי אָמַר אֲפִילּוּ יֵשׁ שְׁהוּת בַּיּוֹם לְהִתְפַּלֵּל שְׁתֵּיהֶם תְּפִלַּת הַמִּנְחָה קוֹדֶמֶת וְהָתַנְיָא הִקְדִּים תְּפִלַּת הַמִּנְחָה לִתְפִלַּת הַמּוּסָף יָצָא בְּדִיעֲבַד אִין לְכַתְּחִלָּה לָא הוּא פָּתַר לָהּ בְּשֶׁלֹּא הִגִּיעַ זְמַן לִתְפִלָּה כְּהָא דְּרִיבָּ"ל דַּהֲוָה מַפְקִיד לְתַלְמִידָיו אִי הֲוָה לְכַוֵּן אָרִיסְטוֹן וּמְטָא יוֹמָא לָשִׁית שָׁעֵי עַד דְּלָא סְלֵיקְתּוּן תִּסְּקוּן לְאָרִיסְטוֹן תִּיהְווֹן מְצַלֵּי דְּמִנְחָה עַד שֶׁלֹּא תַּסְּקוּן תִּשְׁרוֹן מַשְׁמַע שֶׁכָּךְ א"ל דְּבִשְׁעַת מִנְחָה קְטַנָּה שֶׁהוּא עִיקַּר זְמַן הַמִּנְחָה אָז יֵשׁ לְהַקְדִּים תְּפִלַּת הַמִּנְחָה קֹודֶם תְּפִלַּת מוּסָף אֲבָל בְּמִנְחָה גְּדוֹלָה דְּשֶׁבַע שָׁעוֹת אֵין לָחוּשׁ. וּמִיהוּ גְּמָרָא דִּידַן לֹא סָבַר הָכִי דְּאַפֵּי' בְּשָׁעָה שְׁבִיעִית פָּסְקִינַן כְּרַבָּנָן שֶׁצָּרִיךְ לְהַקְדִּים תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וי"מ דְּהָא דְּקָאָמַר הָיוּ לְפָנָיו שְׁתֵּי תְּפִלּוֹת מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה תְּחִלָּה הַיְינוּ דַּווְקָא שֶׁצָּרִיךְ עַתָּה לְהִתְפַּלֵּל שְׁתֵּיהֶם כִּי הַהִיא דִּירֻושַּׁל' שֶׁרוֹצֶה לִיכָּנֵס לִסְעוּדָה גְּדוֹלָה וְאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְהַתְחִיל עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל שְׁתֵּיהֶן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה קוֹדֶמֶת שֶׁהִיא תְּדִירָה וְגַם עִיקַּר זְמַנָּהּ. אֲבָל אִם אֵינוֹ צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה יָכוֹל לְהַקְדִּים תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין וּלְאַחַר תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד סָמוּךְ לְדִמְדּוּמֵי הַחַמָּה:
Nos maîtres ont enseigné : s'il avait devant lui deux prières, l'une de minha et l'autre de moussaf, il prie celle de minha puis celle de moussaf. Rabbi Yehouda dit : il prie celle de moussaf puis celle de minha, car celle-ci est un commandement qui va passer et celle-là ne passe pas. Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha est qu'il prie celle de minha puis celle de moussaf. Telle est la leçon, et c'est ainsi qu'elle est enseignée dans Zevahim, premier chapitre (12a). Et au chapitre « Kol hatadir » (Zevahim 91a), la halakha est comme les sages de notre passage. Il faut donc prendre garde, lorsqu'on tarde à Kippour la prière de chaharit au-delà de la septième heure, d'avancer la prière de minha avant celle de moussaf. Dans le Yerouchalmi de notre chapitre, on lit : Rabbi Hiya au nom de Rabbi Yo'hanan : de la prière de minha et de la prière de moussaf, la prière de minha passe en premier. On voulut dire que cela vaut lorsqu'il n'y a pas assez de temps dans la journée pour les prier toutes deux ; mais s'il y a le temps de les prier toutes deux, la prière de moussaf passe en premier. Rabbi Natan bar Tovi dit : même s'il y a le temps de les prier toutes deux, la prière de minha passe en premier. Or on a enseigné : s'il a avancé la prière de minha sur celle de moussaf, il s'est acquitté — a posteriori oui, de premier choix non. Il l'explique d'un cas où le temps de la prière n'est pas encore arrivé, comme dans l'usage de Rabbi Yehochoua ben Levi, qui recommandait à ses élèves : si vous avez un repas et que la sixième heure arrive avant que vous ne soyez montés, montez au repas ; et priez minha avant de monter, et alors seulement mettez-vous à table. Il ressort qu'il leur a dit qu'à l'heure de minha ketana, qui est le temps propre de minha, il faut avancer la prière de minha avant celle de moussaf, mais qu'à minha guedola, celle de la septième heure, il n'y a pas lieu de s'en soucier. Toutefois notre guemara n'est pas de cet avis : même à la septième heure nous tranchons comme les sages, qu'il faut avancer la prière de minha. Certains expliquent que ce qui est dit, « s'il avait devant lui deux prières il prie minha d'abord », vise précisément le cas où il doit maintenant prier les deux, comme dans le Yerouchalmi, où il veut entrer à un grand repas et ne peut commencer avant d'avoir prié : puisqu'il doit prier les deux, la prière de minha passe en premier, étant fréquente et étant aussi à son temps propre. Mais s'il n'a pas à prier minha maintenant, il peut avancer la prière de moussaf et retarder celle de minha jusqu'aux approches du coucher du soleil.
גָּמ ת"ר בִּכְנִיסָתוֹ מַהוּ אוֹמֵר י"ר מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהַי שֶׁלֹּא אֶכָּשֵׁל בִּדְבַר הֲלָכָה וְשֶׁלֹּא אוֹמֵר עַל טָהוֹר טָמֵא וְלֹא עַל טָמֵא טָהוֹר וְלֹא עַל מֻותָּר אָסוּר וְלֹא עַל אָסוּר מֻותָּר וְאַל יִכָּשְׁלוּ חֲבֵירַי בִּדְבַר הֲלָכָה וְאֶשְׂמַח בָּהֶם וּבִיצִיאָתוֹ מַהוּ אוֹמֵר מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהַי שֶׁשַּׂמְתָּ חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְלֹא שַׂמְתָּ חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת שֶׁאֲנִי מַשְׁכִּים וְהֵם מַשְׁכִּימִים אֲנִי מַשְׁכִּים לְדִבְרֵי תוֹרָה וְהֵם מַשְׁכִּימִים לִדְבָרִים בְּטֵלִים אֲנִי עָמֵל וְהֵם עֲמֵלִים אֲנִי עָמֵל וּמְקַבֵּל שָׂכָר וְהֵם עֲמֵלִים וְאֵינָן מְקַבְּלִים שָׂכָר אֲנִי רָץ וְהֵם רָצִים אֲנִי רָץ לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא וְהֵם רָצִים לִבְאֵר שַׁחַת:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : en entrant, que dit-il ? « Que ce soit Ta volonté, Hachem mon D.ieu, que je ne trébuche pas en matière de halakha, que je ne déclare pas impur ce qui est pur ni pur ce qui est impur, ni interdit ce qui est permis ni permis ce qui est interdit ; que mes collègues ne trébuchent pas en matière de halakha, et que je me réjouisse en eux. » Et en sortant, que dit-il ? « Je Te rends grâce, Hachem mon D.ieu, d'avoir placé ma part parmi ceux qui siègent à la maison d'étude, et de ne pas l'avoir placée parmi ceux qui siègent aux carrefours : car je me lève tôt et ils se lèvent tôt ; je me lève tôt pour des paroles de Tora et ils se lèvent tôt pour des paroles vaines ; je peine et ils peinent, je peine et je reçois un salaire et ils peinent et ne reçoivent pas de salaire ; je cours et ils courent, je cours vers la vie du monde à venir et ils courent vers le puits de perdition. »
גְּמ' הָנֵי תַּמְנֵי סְרֵי תְּשַׁסְרֵי הָוְוייָן אָמַר רַבִּי לֵוִי בִּרְכַּת הַצָּדוֹקִים בְּיַבְנֶה תִּקְּנוּהָ ת"ר שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלֵי הִסְדִּיר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת לִפְנֵי ר"ג עַל הַסֵּדֶר בְּיַבְנֶה אָמַר לָהֶם ר"ג לַחֲכָמִים כְּלוּם יֵשׁ אָדָם שֶׁיְּתַקֵּן בְּרָכָה לַצָּדוֹקִים יָרַד שְׁמוּאֵל הַקָּטָן וְתִקְּנָהּ לְשָׁנָה אַחֶרֶת שְׁכָחָהּ וְהִשְׁקִיף בָּהּ שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁעוֹת וְלֹא הֶעֱלוּהוּ אַמַּאי לֹא הֶעֱלוּהוּ וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב טָעָה בְּכָל הַבְּרָכוֹת כֻּולָּן אֵין מַעֲלִין אוֹתוֹ טָעָה בְּבִרְכַּת הַצָּדוֹקִים מַעֲלִין אוֹתוֹ חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא מִין הוּא שָׁאנֵי שְׁמוּאֵל הַקָּטָן דְּאִיהוּ תַּקְּנַהּ וְדִלְמָא הָדַר בֵּיהּ אֶלָּא שָׁאנֵי שְׁמוּאֵל הַקָּטָן דְּאַתְחֵיל בַּהּ דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב וְאִיתֵּימָא רִיבָּ"ל ל"ש אֶלָּא שֶׁלֹּא הִתְחִיל בָּהּ אֲבָל אִם הִתְחִיל בָּהּ גּוֹמְרָהּ. ר' יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר מֵעֵין י"ח מַאי מֵעֵין י"ח רַב אָמַר מֵעֵין כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר הֲבִינֵנוּ ה' אֱ-לֹהֵינוּ לָדַעַת אֶת דְּרָכֶיךָ וּמוֹל אֶת לְבָבֵנוּ לְיִרְאָתֶךָ לִסְלוֹחַ הֱיֵה לָנוּ לִהְיוֹת גְּאוּלִים וְרַחֲקֵנוּ מִמַּכְאוֹב וְדִשְׁנֵנוּ בִּנְאוֹת אַרְצְךָ וְהַנְּפוּצִים מֵאַרְבַּע כְּנָפוֹת קָבַץ וְהַתּוֹעִים בְּדַעְתְּךָ יִשְׁפְּטוּ עַל הָרְשָׁעִים תָּנִיף יָדֶךָ וְיִשְׂמְחוּ צַדִּיקִים בְּבִנְיַן עִירֶךָ וּבְתִיקּוּן הֵיכָלֶךָ וּבִצְמִיחַת קֶרֶן לְדָוִד עַבְדֶּךָ וּבַעֲרִיכַת נֵר לְבֶן יִשַׁי מְשִׁיחֶךָ טֶרֶם נִקְרָא אַתָּה תַּעֲנֶה טֶרֶם נְדַבֵּר וְאַתָּה תִּשְׁמָע כִּי אַתָּה הוּא הָעוֹנֶה בְּכָל עֵת צָרָה וְצוּקָה פּוֹדֶה וּמַצִּיל בא"י שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ מִתְפַּלֵּל אָדָם הֲבִינֵנוּ חוּץ ממצ"ש וי"ט מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת אָמַר רַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ מִתְפַּלֵּל אָדָם הֲבִינֵנוּ חוּץ מִימוֹת הַגְּשָׁמִים מִפְּנֵי שצ"ל שְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים וְקָאָמְרִי רַבָּנָן דְּהָנֵי מִילֵּי בִּשְׁעַת הַדְּחָק אֲבָל שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק אֵין מִתְפַּלֵּל הֲבִינֵנוּ:
Guemara. Ces dix-huit-là font dix-neuf. Rabbi Levi a dit : la bénédiction contre les sectaires a été instituée à Yavne. Nos maîtres ont enseigné : Chimon HaPakouli ordonna les dix-huit bénédictions devant Rabban Gamliel, dans l'ordre, à Yavne. Rabban Gamliel dit aux sages : y a-t-il quelqu'un qui sache instituer une bénédiction contre les sectaires ? Chemouel HaKatan descendit et l'institua. L'année suivante il l'oublia, y réfléchit deux ou trois heures, et on ne le fit pas descendre. Pourquoi ne l'a-t-on pas fait descendre ? Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav : celui qui se trompe dans toutes les bénédictions, on ne le fait pas descendre ; s'il se trompe dans la bénédiction contre les sectaires, on le fait descendre, car nous craignons qu'il ne soit lui-même un min ? Chemouel HaKatan est un cas à part, puisque c'est lui qui l'a instituée. Mais peut-être s'est-il rétracté ? Plutôt : Chemouel HaKatan est un cas à part parce qu'il l'avait commencée ; car Rav Yehouda a dit au nom de Rav, et certains disent au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : on n'a enseigné cela que lorsqu'il ne l'a pas commencée, mais s'il l'a commencée, il l'achève. Rabbi Yehochoua dit : un abrégé des dix-huit. Qu'est-ce qu'un abrégé des dix-huit ? Rav dit : la substance de chaque bénédiction. Chemouel dit : « Fais-nous comprendre, Hachem notre D.ieu, pour connaître Tes voies ; circoncis notre cœur pour Te craindre ; pardonne-nous afin que nous soyons rachetés ; éloigne-nous de la souffrance ; engraisse-nous dans les pâturages de Ta terre ; rassemble nos dispersés des quatre coins ; que ceux qui s'égarent sur Ta connaissance soient jugés ; lève Ta main sur les méchants, et que les justes se réjouissent en la reconstruction de Ta ville, en la restauration de Ton sanctuaire, en la croissance de la corne de David Ton serviteur et en la lampe dressée pour le fils de Yichai Ton messie ; avant que nous appelions, Tu réponds ; avant que nous parlions, Tu entends ; car c'est Toi qui réponds en tout temps de détresse et d'angoisse, qui délivrés et qui sauves. Béni sois-Tu Hachem, qui entends la prière. » Rav Nahman a dit au nom de Chemouel : toute l'année on peut prier « Havinénou », sauf à la sortie du chabbat et des fêtes, parce qu'il faut dire la havdala dans « Honèn hadaat ». Rav Bibi bar Abaye a dit : toute l'année on peut prier « Havinénou », sauf pendant la saison des pluies, parce qu'il faut dire la demande dans la bénédiction des années. Et les sages disent que tout cela ne vaut qu'en cas de contrainte ; mais hors du cas de contrainte, on ne prie pas « Havinénou ».
💡 Explication

Deux principes de priorité s'opposent. Les sages appliquent tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem : de deux obligations, la plus fréquente passe d'abord, et minha est quotidienne. Rabbi Yehouda applique mitsva ovérèt : ce qui va expirer passe d'abord, et pour lui moussaf s'arrête à la septième heure.

Rabbi Yo'hanan tranche comme les sages. Rachi ajoute la raison pratique : en disant minha dès l'ouverture de son temps, on évite d'être négligent sur elle aussi.

🖼️ Schéma
Les heures en jeu (heures temporaires du jour) lever 4e h. 6e h. 6h1/2 7e h. coucher chaharit : jusqu'à la 4e heure minha : depuis 6 heures et demie moussaf selon Rabbi Yehouda : jusqu'à la 7e heure moussaf selon les sages : toute la journée, mais qui tarde est appelé négligent
Le chevauchement de minha et de moussaf à partir de six heures et demie, origine de la question de l'ordre.
16
רַבִּי זֵירָא כִּי הֲוָה חֲלִישׁ מִגִּירְסֵיהּ הֲוָה אָזֵיל וְיָתֵיב אַפִּתְחָא דְּבֵי רַבִּי נָתָן בַּר טוֹבִי. אֲמַר: כִּי חָלְפִי רַבָּנַן אָז אֵיקוּם מִקַּמַּייְהוּ וַאֲקַבֵּל אַגְרָא. נְפַק אֲתָא רַבִּי נָתָן בַּר טוֹבִי, אֲמַר לֵיהּ: מַאן אֲמַר הֲלָכָה בֵּי מִדְרְשָׁא? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מִתְפַּלֵּל אָדָם שֶׁל מוּסָף וְאַחַר כָּךְ מִתְפַּלֵּל שֶׁל מִנְחָה.

Rabbi Zera, lorsqu'il était épuisé par son étude, allait s'asseoir à la porte de la maison de Rabbi Natan bar Tovi. Il disait : quand les sages passeront, je me lèverai devant eux et je recevrai un salaire.

Rabbi Natan bar Tovi sortit et vint ; il lui dit : qui a énoncé une halakha à la maison d'étude ? Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan, la halakha n'est pas comme Rabbi Yehouda qui dit qu'on prie celle de moussaf puis celle de minha.

📜 Rachi (2)
כִּי חָלְפִי רַבָּנָן תַּלְמִידִים הַיּוֹצְאִים מִבֵּית ר' נָתָן:
Quand les sages passeront — les élèves qui sortent de la maison de Rabbi Natan.
מַאן אֲמַר הֲלָכָה בֵּי מִדְרְשָׁא מִי מִבְּנֵי הַיְּשִׁיבָה אָמַר בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ שֶׁהֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה:
Qui a énoncé une halakha à la maison d'étude — lequel des membres de la yechiva a dit à la maison d'étude que la halakha est comme Rabbi Yehouda ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּי חָלְפִי רַבָּנָן, אֵיקוּם מִקַּמַּיְהוּ וַאֲקַבֵּל אַגְרָא. מַקְשִׁים מִמַּה שֶׁאָמַר הַתַּנָּא (אָבוֹת פֶּרֶק א' מִשְׁנָה ג') דְּאֵין לַעֲבֹוד עַל מְנָת לְקַבֵּל פְּרָס, וּבְהַשְׁקָפָה הָרִאשׁוֹנָה תֵּרַצְתִּי, דְּהָכָא שָׁאנֵי, שֶׁהוּא טוֹרֵחַ לְהָבִיא עַצְמוֹ לִידֵי חִיּוּב שֶׁהוֹלֵךְ לְמָקוֹם דְּעָבְדִי רַבָּנָן כְּדֵי שֶׁיָּקוּם, וְשׁוּב רָאִיתִי בְּפֶתַח עֵינַיִם שֶׁתֵּירֵץ כֵּן. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ מהרח"ו זַ"ל בְּשַׁעַר טַעֲמֵי הַמִּצְוֹת וְזַ"ל, אָמַר לִי מוֹרִי זַ"ל שֶׁאִם יְכַוֵּין הָאָדָם לְכַוָּנָה זוֹ שֶׁכָּתַבְנוּ בִּהְיוֹתוֹ קָם בִּפְנֵי תַּלְמִיד חָכָם אוֹ זָקֵן, שֶׁיּוֹעִיל לוֹ מְאֹד לְהִתְחַכֵּם בַּתּוֹרָה, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וְהָשְׁתָּא יֵשׁ לוֹמַר שֶׁהוּא הָיָה הוֹלֵךְ וּמְכַוֵּין כַּוָּנָה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כְּדֵי שֶׁיִּתְחַכֵּם בַּתּוֹרָה וְלֹא בִּשְׁבִיל שְׂכַר עוֹלָם הַזֶּה אוֹ עוֹלָם הַבָּא, וְרַק כְּדֵי לְהִתְחַכֵּם, וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם פְּרָס, כִּי הִתְחַכְּמוּתוֹ בַּתּוֹרָה הִיא צֹורֶךְ עֵסֶק הַתּוֹרָה, כִּי עַל יְדֵי שֶׁהוּא מִתְחַכֵּם יָבִין דִבְרֵי תוֹרָה עַל אֲמִיתּוּתָם, וְלָזֶה הַחָכְמָה קָרֵי לָהּ אַגְרָא.
« Quand les sages passeront, je me lèverai devant eux et je recevrai un salaire. » On objecte à partir de ce qu'a dit le tana (Avot 1,3), qu'il ne faut pas servir en vue de recevoir une récompense. Au premier abord j'ai répondu qu'ici le cas est différent, puisqu'il se donne la peine de se placer en situation d'obligation, allant à l'endroit où passent les sages afin de se lever ; j'ai vu ensuite que le Petah Enayim répond de même. Il me semble en outre, avec l'aide du Ciel, qu'il faut s'appuyer sur ce qu'a écrit notre maître Rabbi 'Hayim Vital dans le Chaar Taamei HaMitsvot : « mon maître m'a dit que si l'homme dirige sa pensée selon l'intention que nous avons écrite lorsqu'il se lève devant un sage ou un ancien, cela lui sera d'un grand profit pour s'affiner dans la Tora. » Maintenant on peut dire qu'il allait avec l'intention énoncée par le Ari, afin de s'affiner dans la Tora, et non pour un salaire de ce monde ou du monde à venir, mais seulement pour s'affiner ; et il n'y a là aucun « pras », aucune récompense, car son affinement dans la Tora fait partie de l'étude elle-même, puisque c'est en s'affinant qu'il comprendra les paroles de Tora dans leur vérité ; et c'est cette sagesse qu'il appelle « salaire ».
💡 Explication

Le récit illustre une pratique : Rabbi Zera, trop fatigué pour étudier, se place là où il pourra accomplir la mitsva de se lever devant les sages. Le mot « agra », salaire, soulève une difficulté classique, que le Ben Ich Haï traite.

L'échange qui suit rapporte la position de Rabbi Yo'hanan sous forme négative : la halakha n'est pas comme Rabbi Yehouda.

17
אֲמַר לֵיהּ: רַבִּי יוֹחָנָן אֲמָרָהּ? אֲמַר לֵיהּ: אִין. תְּנָא מִינֵּיהּ אַרְבְּעִין זִמְנִין. אֲמַר לֵיהּ: חֲדָא הִיא לָךְ, אוֹ חֲדַת הִיא לָךְ? אֲמַר לֵיהּ: חַדַּת הִיא לִי, מִשּׁוּם דִּמְסַפְּקָא לִי בְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי.

Il lui dit : Rabbi Yo'hanan l'a-t-il dit lui-même ? Il lui dit : oui.

Il l'apprit de lui quarante fois. Il lui dit : est-elle unique pour toi, ou nouvelle pour toi ?

Il lui dit : elle m'est nouvelle, parce que j'avais un doute à propos de Rabbi Yehochoua ben Levi.

📜 Rachi (2)
חֲדָא הִיא לָךְ אוֹ חֲדַת הִיא לָךְ אַחַת הִיא לְךָ שֶׁלֹּא לָמַדְתָּ דָּבָר מִשְּׁמוֹ שֶׁל ר' יוֹחָנָן אֶלָּא זוֹ בִּלְבַד לְכָךְ חֲבִיבָה הִיא לְךָ אוֹ חֲדָשָׁה הִיא לְךָ שֶׁהָיִיתָ סָבוּר שֶׁאֶחָד מִן הָאֲחֵרִים אָמְרָה:
Est-elle unique pour toi ou nouvelle pour toi — est-elle unique pour toi, en ce que tu n'as rien appris d'autre au nom de Rabbi Yo'hanan que celle-ci, et qu'elle t'est donc chère ; ou bien t'est-elle nouvelle, parce que tu pensais que c'était un autre qui l'avait dite ?
ה"ג א"ל חַדַּת הִיא לִי דִּמְסַפְּקָא לִי בַּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי סָבוּר הָיִיתִי שֶׁרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אֲמָרָהּ:
Telle est la leçon : « il lui dit : elle m'est nouvelle, parce que j'avais un doute à propos de Rabbi Yehochoua ben Levi » — je pensais que c'était Rabbi Yehochoua ben Levi qui l'avait dite.
💡 Explication

La répétition quarante fois est le procédé ordinaire de fixation d'une tradition orale. La question qui suit joue sur deux mots proches : hada, unique, et hadeta, nouvelle. Rabbi Zera répond que la nouveauté tient à l'attribution : il hésitait entre Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi.

18
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הַמִּתְפַּלֵּל תְּפִלָּה שֶׁל מוּסָפִין לְאַחַר שֶׁבַע שָׁעוֹת לְרַבִּי יְהוּדָה עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״נוּגֵי מִמּוֹעֵד אָסַפְתִּי מִמֵּךְ הָיוּ״. מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי נוּגֵי לִישָּׁנָא דִתְבָרָא הוּא? כְּדִמְתַרְגֵּם רַב יוֹסֵף: תְּבָרָא אָתֵי עַל שָׂנְאֵיהוֹן דְּבֵית יִשְׂרָאֵל עַל דְּאַחַרוּ זִמְנֵי מוֹעֲדַיָּא דְּבִירוּשְׁלֶם.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : quiconque prie la prière de moussaf après la septième heure, selon Rabbi Yehouda, c'est de lui que le verset dit : « ceux qui sont éloignés de la fête, je les ai rassemblés hors de toi ». D'où tirer que ce mot nougéi a le sens de brisure ?

De la traduction de Rav Yossef : une brisure vient sur les ennemis de la maison d'Israël, parce qu'ils ont retardé les temps des fêtes à Jérusalem.

📜 Rachi (2)
אָמַר רִיבָּ"ל גָּרְסִי' ול"ג דְּאָמַר:
On lit « Rabbi Yehochoua ben Levi a dit », et l'on ne lit pas « qui a dit ».
מִמּוֹעֵד מֵחֲמַת שֶׁהֶעֱבִירוּ מוֹעֲדֵי הַתְּפִלּוֹת וְחַגִּים יִהְיוּ נוּגִים וַאֲסוּפִים וְכֵלִים:
De la fête — parce qu'ils ont laissé passer les temps des prières et des fêtes, ils seront affligés, rassemblés et consumés.
🗂️ Tossefot (1)
כְּדִמְתַרְגֵּם רַב יוֹסֵף עַל דְּאַחַרוּ זִמְנֵי מוֹעֲדַיָּא וְאִי מִשְׁתַּעֵי בָּרְגָלִים אֵין שַׁיָּיךְ לוֹמַר לְשׁוֹן אִיחוּר שֶׁהֲרֵי אֵין לָהֶם תַּשְׁלוּמִין אֶלָּא ע"כ בִּתְפִלָּה מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
De la traduction de Rav Yossef : parce qu'ils ont retardé les temps des fêtes — si le verset parlait des fêtes de pèlerinage, le terme de retard ne conviendrait pas, puisqu'elles n'ont pas de rattrapage. Force est donc que le verset parle de la prière.
⚖️ Rosh (1)
א"ר הוּנָא אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום קֹודֶם תְּפִלַּת הַמּוּסָפִים וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ וְלֹא כְּרִיבָּ"ל דְּאָמַר כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ זְמַן הַמִּנְחָה אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וְאַפֵּי' הִתְחִיל בְּהֶיתֵּר צָרִיךְ לְהַפְסִיק כִּדְמוֹכַח פ"ק דְּשַׁבָּת דַּף ט: וְכֵן מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּאָסוּר לִטְעֹום כְּלוּם וְאֵין הֲלָכָה כֵּן וּמֻותָּר לֶאֱכֹול כְּשֶׁיַּגִּיעַ זְמַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה וְכֵן פָּסַק ר"ת פֶּרֶק קַמָּא דְּשַׁבָּת דְּמוּקֵי מַתְנִיתִין דְּלָא יֵשֵׁב אָדָם לִפְנֵי הַסַּפָּר סָמוּךְ לַמִּנְחָה וְלֹא לֶאֱכֹול סְעוּדָה גְּדוֹלָה וּבְמִנְחָה גְּדוֹלָה אֲבָל סְעוּדָה קְטַנָּה סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה מֻותָּר לְהַתְחִיל וְכֵן נָמֵי סָמוּךְ לְמִנְחָה קְטַנָּה דְּלָא חָייְשִׁינַן לְאַמְשׁוֹכֵי כְּלָל בִּסְעוּדָה קְטַנָּה דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל וּסְתָמָא דִּגְמָ' דְּקָאָמַר הָתָם הַאי לִישָּׁנָא קַמָּא וְלִישָּׁנָא בָּתְרָא רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב קָאָמַר לָהּ ואע"ג דְּהַאי דִּמְשַׁנֵּי גְּמָרָא בְּלִישָּׁנָא קַמָּא אַלִּיבָּא דְּרִיבָּ"ל מְשַׁנֵּי וְלָא קַיְימָא לַן כְּוָותֵיהּ מַשְׁמַע הָא אַלִּיבָּא דִּידַן אֵין אָנוּ צְרִיכִין לְהַעֲמִיד הַמִּשְׁנָה בְּמִנְחָה גְּדוֹלָה. מ"מ כֵּיוָן דְּאוֹקֵמִי הָכִי וְלָא קָמְשַׁנֵּי מִידִי אַלִּיבָּא דִּידַן שְׁמַע מִינָּה דְּהִלְכְתָא הָכִי וְרַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא לְחוּמְרָא דַּאֲפִילּוּ סְעוּדָה קְטַנָּה סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה אָסוּר:
Rav Houna a dit : il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant la prière de moussaf. La halakha n'est pas comme lui, ni comme Rabbi Yehochoua ben Levi qui dit : dès que le temps de minha est arrivé, il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir prié la prière de minha, et même s'il a commencé de façon permise il doit interrompre, comme il ressort du premier chapitre de Chabbat (9b). C'est aussi ce que suggère l'expression « il est interdit de goûter quoi que ce soit ». La halakha n'est pas ainsi, et il est permis de manger quand arrive le temps de la prière de minha. Ainsi a tranché Rabbenou Tam au premier chapitre de Chabbat, qui explique la michna « qu'on ne s'asseye pas devant le barbier aux approches de minha, ni pour un grand repas » comme portant sur minha guedola ; mais un petit repas aux approches de minha guedola, il est permis de le commencer, et de même aux approches de minha ketana, car nous ne craignons nullement qu'on se prolonge dans un petit repas, et parce qu'en matière rabbinique on suit l'avis indulgent. Et le fil de la guemara qui rapporte là ce premier langage et le second, c'est Rav Aha bar Yaakov qui l'énonce. Bien que la réponse donnée par la guemara dans le premier langage soit donnée selon Rabbi Yehochoua ben Levi, dont nous ne suivons pas l'avis — ce qui laisserait entendre que, selon notre position, nous n'avons pas besoin d'expliquer la michna de minha guedola —, il reste que, puisqu'ils l'ont ainsi établie sans rien répondre selon notre position, on en déduit que telle est la halakha. Le Rif a écrit selon le second langage, dans le sens rigoureux : même un petit repas aux approches de minha guedola est interdit.
💡 Explication

Le verset de Tsefania est lu comme une menace visant le retard. Le mot rare nougéi reçoit ici, par le targoum de Rav Yossef, le sens de brisure, et la cause du châtiment est le retard des temps fixés.

Tossefot verrouille la lecture : les fêtes de pèlerinage n'ont pas de rattrapage, on ne peut donc pas parler à leur propos de retard. Le verset porte donc bien sur la prière.

19
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כָּל הַמִּתְפַּלֵּל תְּפִלָּה שֶׁל שַׁחֲרִית לְאַחַר אַרְבַּע שָׁעוֹת לְרַבִּי יְהוּדָה עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״נוּגֵי מִמּוֹעֵד אָסַפְתִּי מִמֵּךְ הָיוּ״. מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי נוּגֵי לִישָּׁנָא דְצַעֲרָא הוּא? דִּכְתִיב: ״דִּלְפָה נַפְשִׁי מִתּוּגָה״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: מֵהָכָא: ״בְּתוּלֹותֶיהָ נוּגוֹת וְהִיא מַר לָהּ״.

Rabbi Elazar a dit : quiconque prie la prière de chaharit après la quatrième heure, selon Rabbi Yehouda, c'est de lui que le verset dit : « ceux qui sont éloignés de la fête, je les ai rassemblés hors de toi ». D'où tirer que ce mot nougéi a le sens de peine ?

De ce qui est écrit : « mon âme s'écoule de chagrin ». Rav Nahman bar Yitshak dit : de ce verset-ci : « ses jeunes filles sont affligées et elle-même est dans l'amertume ».

💡 Explication

Le même verset est applique une seconde fois, cette fois au retard de chaharit au-delà de la quatrième heure. La différence tient au sens donné à nougéi : brisure pour Rabbi Yehochoua ben Levi, peine pour Rabbi Elazar.

Deux appuis sont fournis pour ce second sens, l'un tiré des Tehilim, l'autre d'Eikha. La gravité de la sanction suit ainsi le sens retenu du mot.

🖼️ Schéma
Un même verset, deux lectures du mot nougéi Tsefania 3,18 : ceux qui sont nougéi loin de la fête, je les ai rassemblés hors de toi. Rabbi Yehochoua ben Levi Visé : moussaf après la 7e heure. nougéi = brisure (tévara). Appui : le targoum de Rav Yossef. Rabbi Elazar Visé : chaharit après la 4e heure. nougéi = peine (tsaara). Appuis : Tehilim 119,28 ; Eikha 1,4.
Le même verset sert deux fois, chaque fois avec un sens différent du mot nougéi.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).