Berakhot 28b — Goûter avant moussaf ; les prières de Rabbi Nehounia ben Hakana ; les dernières paroles de Rabbi Eliezer et de Rabban Yohanan ben Zakkai ; et à quoi répondent les dix-huit bénédictions

Berakhot 28b

Sougya : Le folio s'ouvre sur un échange entre Abaye et Rav Avya, destiné à apaiser Rav Yossef dont Rav Avya avait manqué le cours du chabbat : peut-on goûter quelque chose avant moussaf, et peut-on prier seul avant la communauté ? La guemara conclut que la halakha ne suit ni Rav Houna ni Rabbi Yehochoua ben Levi sur ces interdits de goûter.

Vient ensuite la michna de Rabbi Nehounia ben Hakana, qui priait à l'entrée et à la sortie de la maison d'étude, puis deux récits de maladie : les quatre consignes de Rabbi Eliezer à ses disciples, et les larmes de Rabban Yo'hanan ben Zakkai devant le jugement d'en haut. La seconde michna ouvre le grand débat sur la amida quotidienne : dix-huit bénédictions pour Rabban Gamliel, un abrégé pour Rabbi Yehochoua, l'un ou l'autre selon la fluidité de la prière pour Rabbi Akiva ; s'y ajoutent la prière courte en lieu de danger et l'orientation vers le Temple.

La guemara demande enfin à quoi répondent les dix-huit bénédictions, jusqu'où s'incliner, et raconte l'institution à Yavne de la dix-neuvième, la birkat haminim, par Chmouel HaKatan.

Berakhot 28b - le fil du daf 1. Goûter avant moussaf Rav Avya manque le cours. Abaye reconstitue son motif devant Rav Yossef. Halakha : ni Rav Houna, ni RYbL. 2. Entrée et sortie Rabbi Nehounia ben Hakana : une demande en entrant, une action de grâce en sortant. Enjeu : la faute d'enseignement. 3. Rabbi Eliezer malade Quatre consignes : honneur des collègues, higayon, genoux des sages, savoir devant Qui on se tient. 4. Rabban Yo'hanan ben Zakkai Il pleure : deux chemins s'ouvrent devant lui. Bénédiction : craindre le Ciel autant que les hommes. 5. Michna de la amida Dix-huit, abrégé, ou selon la fluidité. Prière fixe (keva), prière courte en danger, direction du Saint des saints. 6. Dix-huit et dix-neuf Trois dérivations du nombre, puis comment s'incliner. Birkat haminim instituée à Yavne par Chmouel HaKatan. Deux michnayot, deux récits de chevet, et la charpente chiffrée de la prière quotidienne.
Les six unités du folio, du cours manqué de Rav Avya à la bénédiction instituée par Chmouel HaKatan.
À quoi répondent les dix-huit bénédictions - et la dix-neuvième Question de la guemara : hani chemone essré keneged mi ? Ces dix-huit, en face de quoi ? R. Hillel b. R. Chmouel bar Nahmani Les 18 mentions du Nom dans le psaume Havou là-Chem bene elim (Tehilim 29). Rav Yossef Les 18 mentions du Nom contenues dans la lecture du Chema. R. Tanhoum au nom de R. Yehochoua ben Levi Les 18 vertèbres de la colonne vertébrale. De là : jusqu'où s'incliner. Objection : elles sont dix-neuf ! - la birkat haminim a été instituée plus tard, à Yavne. 19e = El ha-kavod hirim 19e = le mot ehad du Chema 19e = la petite vertèbre
Les trois dérivations du chiffre dix-huit, et la place que chacune donne à la dix-neuvième bénédiction.
La amida quotidienne : trois positions dans la michna Rabban Gamliel Chaque jour, l'homme prie les dix-huit en entier. Raison : le texte institué est l'obligation elle-même, sans allégement. Rabbi Yehochoua Un abrégé des dix-huit (meein chemone essré). Raison : l'essentiel des demandes suffit à acquitter l'obligation. Rabbi Akiva Si la prière lui est courante à la bouche : les dix-huit ; sinon : l'abrégé. Raison : la kavana commande la forme du texte. Nafka mina Celui qui hésite sur le texte : Rabban Gamliel l'oblige quand même aux dix-huit ; Rabbi Yehochoua l'en dispense toujours ; Rabbi Akiva l'en dispense à cause de son hésitation même.
La machloket de la michna sur la forme de la amida quotidienne, et sa conséquence pratique.
1
רַב אַוְיָא חֲלַשׁ וְלָא אֲתָא לְפִרְקָא דְּרַב יוֹסֵף. לְמָחָר כִּי אֲתָא, בְּעָא אַבָּיֵי לְאַנּוֹחֵי דַּעְתֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף. אֲמַר לֵיהּ: מַאי טַעְמָא לָא אֲתָא מָר לְפִרְקָא? אֲמַר לֵיהּ: דַּהֲוָה חֲלִישׁ לִבַּאי וְלָא מָצֵינָא. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי לָא טְעַמְתְּ מִידֵּי וַאֲתֵית? אֲמַר לֵיהּ: לֹא סָבַר לָהּ מָר לְהָא דְּרַב הוּנָא? דְּאָמַר רַב הוּנָא: אָסוּר לוֹ לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין! אֲמַר לֵיהּ: אִיבְּעִי לֵיהּ לְמָר לְצַלּוֹיֵי צְלוֹתָא דְּמוּסָפִין בְּיָחִיד, וְלִטְעֹום מִידִי וּלְמִיתֵי. אֲמַר לֵיהּ: וְלָא סָבַר לָהּ מָר לְהָא דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אָסוּר לוֹ לָאָדָם שֶׁיַּקְדִּים תְּפִלָּתוֹ לִתְפִלַּת הַצִּבּוּר? אֲמַר לֵיהּ: לָאו אִתְּמַר עֲלַהּ אָמַר רַבִּי אַבָּא בְּצִבּוּר שָׁנוּ.

Rav Avya était souffrant et ne vint pas au cours public (pirka) de Rav Yossef. Le lendemain, quand il vint, Abaye voulut apaiser l'esprit de Rav Yossef.

Il lui dit : pour quelle raison le maître n'est-il pas venu au cours ? Il lui répondit : parce que mon cœur était faible et que je ne le pouvais pas.

Il lui dit : pourquoi n'as-tu pas goûté quelque chose avant de venir ? Il lui répondit : le maître ne tient-il pas cet enseignement de Rav Houna ?

Car Rav Houna a dit : il est interdit à un homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir prié la prière de moussaf ! Il lui dit : le maître aurait dû prier la prière de moussaf seul (be-yahid), goûter quelque chose et venir.

Il lui répondit : et le maître ne tient-il pas ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : il est interdit à un homme de faire précéder sa prière à celle de la communauté ? Il lui dit : n'a-t-on pas enseigné à ce sujet, Rabbi Abba a dit : c'est en présence de la communauté qu'on l'a enseigné.

📜 Rachi (2)
לָא עַל לְפִרְקָא דְּרַב יוֹסֵף שֶׁהָיָה רֹאשׁ הַיְּשִׁיבָה בְּפוּמְבְּדִיתָא וְהָיָה דּוֹרֵשׁ בְּשַׁבָּת קֹודֶם תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין וּלְאַחַר הַדְּרָשָׁה הָיוּ הוֹלְכִים לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמִתְפַּלְּלִים תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין:
Il ne monta pas au cours de Rav Yossef - Il était le chef de l'académie de Poumbedita, et il enseignait le chabbat avant la prière de moussaf ; après l'enseignement, ils allaient à la synagogue et priaient la prière de moussaf.
בְּצִבּוּר שָׁנוּ אִם הוּא בבהכ"נ עִם הַצִּבּוּר לֹא יַקְדִּים לְהִתְפַּלֵּל:
C'est en présence de la communauté qu'on l'a enseigné - S'il se trouve à la synagogue avec la communauté, il ne doit pas prier avant elle.
💡 Explication

Rav Avya, malade, a manqué le cours du chabbat de Rav Yossef, chef de l'académie. Une absence peut passer pour du mépris envers le maître : Abaye conduit alors un interrogatoire dont le vrai destinataire est Rav Yossef, pour que celui-ci entende que l'absence tenait à une contrainte halakhique et non à un dédain.

La chaîne est serrée. Abaye propose deux issues : manger avant le cours, puis prier moussaf seul avant de manger. Rav Avya oppose à chacune un interdit : celui de Rav Houna (goûter avant moussaf) et celui de Rabbi Yo'hanan (devancer la prière de la communauté). Abaye lève le second par la précision de Rabbi Abba : l'interdit de devancer ne vaut que pour celui qui se trouve déjà avec la communauté.

🖼️ Schéma
L'échange Abaye - Rav Avya : chaque issue proposée se heurte à un interdit Abaye propose Rav Avya objecte 1. Pourquoi le maître n'est-il pas venu au cours ? Mon cœur était faible et je ne le pouvais pas. 2. Il fallait goûter quelque chose et venir. Rav Houna : interdit de goûter avant d'avoir prié moussaf. 3. Alors prier moussaf seul, goûter, puis venir. R. Yo'hanan : interdit de devancer la prière de la communauté. 4. Abaye lève l'objection : R. Abba a précisé que cet interdit vaut en présence de la communauté. Résultat : l'absence de Rav Avya s'explique par une contrainte, et Rav Yossef est apaisé.
Chaque proposition d'Abaye ouvre une issue, chaque réponse de Rav Avya la referme par un interdit.
2
וְלֵית הִלְכְתָא לָא כְּרַב הוּנָא וְלָא כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּרַב הוּנָא — הָא דַּאֲמָרָן. כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי — דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ זְמַן תְּפִלַּת מִנְחָה, אָסוּר לוֹ לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה.

Et la halakha ne suit ni Rav Houna ni Rabbi Yehochoua ben Levi. Ni Rav Houna : ce que nous venons de dire.

Ni Rabbi Yehochoua ben Levi : car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : dès que le temps de la prière de minha est arrivé, il est interdit à un homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir prié la prière de minha.

🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ זְמַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה אָסוּר לִטְעֹום כְּלוּם וְכוּ' וְאִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מַפְסִיקִין וַאֲפִילּוּ מִן הָאֲכִילָה וְלֹא הִיא:
Dès que le temps de la prière de minha est arrivé, il est interdit de goûter quoi que ce soit, etc. - Rabbi Yehochoua tient donc qu'on interrompt le repas déjà commencé ; mais il n'en est rien.
💡 Explication

La guemara referme les deux interdits de goûter cités plus haut. Celui de Rav Houna avant moussaf tombe, et celui de Rabbi Yehochoua ben Levi avant minha tombe également. Reste la règle plus mesurée admise ailleurs : on ne commence pas un repas important une fois l'heure venue, sans que le moindre goût soit interdit.

Tossefot tire la conséquence de la position de Rabbi Yehochoua ben Levi : si le simple goût est déjà interdit, celui qui mangeait devrait interrompre son repas, ce que la halakha ne retient pas.

3
מַתְנֵי׳ רַבִּי נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה הָיָה מִתְפַּלֵּל בִּכְנִיסָתוֹ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וּבִיצִיאָתוֹ תְּפִלָּה קְצָרָה. אָמְרוּ לוֹ: מַה מָקוֹם לִתְפִלָּה זוֹ? אָמַר לָהֶם: בִּכְנִיסָתִי אֲנִי מִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יֶאֱרַע דְּבַר תַּקָּלָה עַל יָדִי. וּבִיצִיאָתִי אֲנִי נוֹתֵן הוֹדָאָה עַל חֶלְקִי.

MICHNA. Rabbi Nehounia ben Hakana priait une courte prière à son entrée dans la maison d'étude et à sa sortie.

Ils lui dirent : quelle place y a-t-il pour cette prière ? Il leur dit : à mon entrée, je prie qu'aucun accident (takala) ne survienne par moi ; et à ma sortie, je rends grâce pour ma part.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' מַה מָקוֹם כְּלוֹמַר מַה טִּיבָהּ:
Michna. Quelle place - C'est-à-dire : quelle en est la nature.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מַה מָקוֹם לִתְפִלָּה זוֹ? יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'מָה אַתָּה מִתְפַּלֵּל?', וּמַהוּ עִנְיָן 'מַה מָקוֹם'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהֵם רָאוּ מִתְפַּלֵּל בִּכְנִיסָתוֹ בְּפֶתַח בֵּית הַמִּדְרָשׁ, וּבִיצִיאָתוֹ גַּם כֵּן בְּפֶתַח, וְהֵם לֹא רָצוּ עַתָּה לָדַעַת מַה הִיא תְּפִלָּתוֹ, וְרַק בָּאוּ לִשְׁאֹל עַל מְקוֹם תְּפִילָּתוֹ שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל בְּפֶתַח, דְּמַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ לִתְפִלָּה זוֹ שֶׁאַתָּה מִתְפַּלֵּל אֵצֶל הַפֶּתַח וְלֹא בִּפְנִים, וְהֵשִׁיב לָהֶם אֵין זוֹ תְּפִלָּה עַל צָרְכֵי גּוּפוֹ, אֶלָּא אַחַת שֶׁלֹּא יֶאֱרַע תַּקָּלָה עַל יְדֵי, לְכָךְ אֲנִי מַקְדִּים לִתְפִילָּה תֵּיכֶף בִּכְנִיסָתִי בְּפֶתַח, וְהַשֵּׁנִית הוֹדָאָה עַל חֶלְקִי שֶׁהוּשַׂם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, לְכָךְ אֲנִי אוֹמֵר זֶה בְּסוֹף בֵּית הַמִּדְרָשׁ אֵצֶל הַפֶּתַח שֶׁאָז אֲנִי נִפְרָד וְיוֹצֵא מִמֶּנּוּ. וַעֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מַה מָקוֹם לִתְפִלּוֹת אֵלּוּ, כִּי שְׁתַּיִם רָאוּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל הָרִאשׁוֹנָה שֶׁל כְּנִיסָה לֹא שָׁאֲלוּ, דְּיָדְעוּ שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא תָּבֹא תַּקָּלָה, לְכָךְ מַקְדִּים בְּפֶתַח, וְרַק עַל הַשֵּׁנִית שֶׁבַּיְּצִיאָה, הֵמָּה רָאוּ כֵּן תָּמָהוּ, מַה מָקוֹם לִתְפִלָּה זוֹ דְּהָא כְּבָר גָּמַר עֵסֶק הַתּוֹרָה הַיּוֹם וְהוֹלֵךְ לְבֵיתוֹ, וּמַה נִשְׁאַר לוֹ לְבַקֵּשׁ עוֹד, וְהֵשִׁיב הָרִאשׁוֹנָה דַּוְקָא הִיא תְּפִלָּה, אֲבָל הַשֵּׁנִית הִיא הוֹדָאָה.
« Quelle place y a-t-il pour cette prière ? » Il faut demander : il aurait fallu dire « que pries-tu ? » ; que signifie « quelle place » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils l'ont vu prier à son entrée sur le seuil de la maison d'étude, et de même à sa sortie sur le seuil ; ils ne cherchaient pas alors à savoir quelle était sa prière, ils venaient seulement interroger sur le lieu de sa prière, qu'il prie au seuil : quel rapport cette prière que tu pries à-t-elle avec le seuil plutôt qu'avec l'intérieur ? Il leur répondit que cette prière ne porte pas sur les besoins de son corps : l'une demande qu'aucun accident ne survienne par moi, et c'est pourquoi je l'avance dès mon entrée, au seuil ; la seconde est une action de grâce pour ma part, qui a été placée dans la maison d'étude, et c'est pourquoi je la dis à la fin de la maison d'étude, près du seuil, au moment où je m'en sépare et en sors. Il reste à demander : il aurait fallu dire « quelle place pour ces prières », puisqu'ils en voyaient deux. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils n'ont pas interrogé sur la première, celle de l'entrée, car ils savaient qu'il priait qu'aucun accident ne survienne et qu'il l'avance donc au seuil ; c'est de la seconde, celle de la sortie, qu'ils s'étonnaient : quelle place pour cette prière, puisqu'il a déjà achevé son affaire de Torah du jour et qu'il rentre chez lui, que lui reste-t-il à demander ? Il répondit que la première seule est une prière, tandis que la seconde est une action de grâce.
שֶׁלֹּא יֶאֱרַע דְּבַר תַּקָּלָה עַל יָדִי, וְלֹא אֶכָּשֵׁל בְּדָבָר הֲלָכָה. נִרְאֶה לִי דְּבַר תַּקָּלָה הַיְינוּ הוֹרָאָה לְעִנְיַן הַמַּעֲשֶׂה, וּדְבַר הֲלָכָה אֵינוֹ לְעִנְיַן מַעֲשֶׂה אֶלָּא לִימּוּד הֲלָכָה לַתַּלְמִידִים. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד מִכְשׁוֹל בִּדְבַר הֲלָכָה , הַייְנוּ טָעוּת בְּגוּף הַדִּין עַצְמוֹ, שֶׁהִתִּיר אֶת הָאָסוּר בְּטָעוּת, וּדְבַר תַּקָּלָה הוּא שֶׁהַדִּין אֱמֶת אֲבָל הָעִנְיָן הָיָה מְרֻומֶּה, אוֹ שֶׁהָעֵדִים שֶׁהֵעִידוּ לְהַתִּיר הָאִשָּׁה שֶׁמֵּת בַּעְלָהּ טָעוּ בִּדְדָמֵי וְהַבַּעַל עוֹדֶנּוּ חַי, וְכַאֲשֶׁר נִמְצָא כַּמָּה מַעֲשִׂיּוֹת כַּיּוֹצֵא בָּזֶה, וְכַאֲשֶׁר מְסַפְּרִים מַעֲשֶׂה נוֹרָא שֶׁהָיָה בִּזְמַן הַגָּאוֹן בַּעַל מִשְׁנָה לַמֶּלֶךְ זַ"ל, וְעַל זֶה הִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יִהְיֶה הֶיתֵּר בְּתַקָּלָה עַל יָדוֹ, וּבְסֵפֶר וְיַעַן אַבְרָהָם לְהָרַב מהרא"ף נר"ו כָּתַב מִפִּי הַשְּׁמוּעָה, דְּמָרָן זַ"ל ומור"ם זַ"ל הָיוּ חוֹלְקִים בְּעִנְיָן אֶחָד דְּעִיגּוּנָא, וּמָרָן זַ"ל אֲסָרָהּ ומור"ם זַ"ל הִתִּירָהּ וְנָתַן רְשׁוּת בַּחֲתִימַת יָדוֹ שֶׁתִּנָּשֵׂא, וְגִילָּה הַמַּגִּיד לְמָרָן זַ"ל וְאָמַר לוֹ אַתָּה כַּוָּנַת אֶל הָאֱמֶת לְאָוסְרָהּ מִפְּנֵי שֶׁהָעֵדִים טָעוּ בִּדְדָמֵי, וְהֵעִידוּ שֶׁבַּעְלָהּ מֵת וְהָיָה חַי אַךְ בּוֹ בַּיּוֹם שֶׁכָּתַב מור"ם זַ"ל רְשׁוּת שֶׁתִּנָּשֵׂא הִנֵּה בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם מֵת בַּעַל הָאִשָּׁה בְּמָקוֹם אַחֵר שֶׁהָיָה שָׁם, וְלֹא בָּאָה תַּקָּלָה עַל יָדוֹ שֶׁל מור"ם זַ"ל יְעַיֵּין שָׁם.
« Qu'aucun accident (takala) ne survienne par moi, et que je ne trébuche pas sur un point de halakha. » Il me semble que « accident » désigne une décision pratique, tandis qu'un « point de halakha » ne touche pas à la pratique mais à l'enseignement de la halakha aux élèves. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, que « trébucher sur un point de halakha » désigne une erreur dans le fond du din lui-même, lorsqu'il permet par erreur ce qui est interdit, tandis que l'« accident » se produit quand le din est vrai mais que l'affaire était truquée : ainsi lorsque des témoins ont témoigné, pour libérer une femme, que son mari était mort, et qu'ils se sont trompés en se fiant à une apparence (taou be-dedamei) alors que le mari était encore vivant. On trouve plusieurs récits de ce genre, et l'on rapporte un fait terrible survenu du temps du gaon auteur du Michne LaMelekh, de mémoire bénie. C'est sur cela qu'il priait : qu'aucune permission ne devienne un accident par sa main. Dans le livre Vayaan Avraham du rav Maharaf, il est écrit d'après la tradition orale que le Maran et le Rama, de mémoire bénie, étaient en désaccord sur un cas de aguna : le Maran l'interdisait et le Rama la permettait, et il donna l'autorisation signée de sa main qu'elle se remarie. Le maguid se révéla au Maran et lui dit : tu as visé la vérité en l'interdisant, car les témoins s'étaient trompés en se fiant à une apparence et avaient témoigné que son mari était mort alors qu'il vivait ; mais le jour même où le Rama écrivit l'autorisation de se remarier, ce jour-là le mari de cette femme mourut à l'endroit où il se trouvait, et aucun accident n'est venu par la main du Rama. Voir là-bas.
💡 Explication

La michna quitte les horaires pour la conduite intérieure du sage. Rabbi Nehounia ben Hakana encadre son étude de deux paroles brèves. Ses interlocuteurs s'étonnent : la maison d'étude ne présente aucun danger physique qui appellerait une prière de passage.

Sa réponse déplace le risque : le péril de la maison d'étude est la takala, l'erreur de décision qui, une fois enseignée, agit dans la pratique de tous. La prière de sortie change de registre : elle devient hodaa, reconnaissance de la part reçue.

4
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: בִּכְנִיסָתוֹ מַהוּ אוֹמֵר? ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי שֶׁלֹּא יֶאֱרַע דְּבַר תַּקָּלָה עַל יָדִי, וְלֹא אֶכָּשֵׁל בְּדָבָר הֲלָכָה, וְיִשְׂמְחוּ בֵּי חַבָּרֵי, וְלֹא אוֹמַר עַל טָמֵא טָהוֹר, וְלֹא עַל טָהוֹר טָמֵא. וְלֹא יִכָּשְׁלוּ חֲבֵרַי בִּדְבַר הֲלָכָה, וְאֶשְׂמַח בָּהֶם״.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : à son entrée, que dit-il ?

« Que ce soit Ta volonté, ה' mon D.ieu, qu'aucun accident ne survienne par moi, que je ne trébuche pas sur un point de halakha, que mes collègues se réjouissent à mon sujet, que je ne déclare pas pur ce qui est impur ni impur ce qui est pur ; que mes collègues ne trébuchent pas non plus sur un point de halakha, et que je me réjouisse à leur sujet. »

📜 Rachi (1)
וְלֹא אֶכָּשֵׁל וְיִשְׂמְחוּ חַבָּרֵי עַל כִּשְׁלוֹנִי הֲרֵי רָעוֹת שְׁתַּיִם שֶׁיָּבֹאוּ עַל יְדֵי שֶׁאֶגְרוֹם לָהֶם שֶׁיֵּעָנְשׁוּ:
Que je ne trébuche pas - et que mes collègues se réjouissent de ma chute : ce seraient deux maux venus par moi, puisque je serais cause qu'ils soient punis.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁלֹּא יֶאֱרַע דְּבַר תַּקָּלָה עַל יָדִי, וְלֹא אֶכָּשֵׁל בְּדָבָר הֲלָכָה. נִרְאֶה לִי דְּבַר תַּקָּלָה הַיְינוּ הוֹרָאָה לְעִנְיַן הַמַּעֲשֶׂה, וּדְבַר הֲלָכָה אֵינוֹ לְעִנְיַן מַעֲשֶׂה אֶלָּא לִימּוּד הֲלָכָה לַתַּלְמִידִים. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד מִכְשׁוֹל בִּדְבַר הֲלָכָה , הַייְנוּ טָעוּת בְּגוּף הַדִּין עַצְמוֹ, שֶׁהִתִּיר אֶת הָאָסוּר בְּטָעוּת, וּדְבַר תַּקָּלָה הוּא שֶׁהַדִּין אֱמֶת אֲבָל הָעִנְיָן הָיָה מְרֻומֶּה, אוֹ שֶׁהָעֵדִים שֶׁהֵעִידוּ לְהַתִּיר הָאִשָּׁה שֶׁמֵּת בַּעְלָהּ טָעוּ בִּדְדָמֵי וְהַבַּעַל עוֹדֶנּוּ חַי, וְכַאֲשֶׁר נִמְצָא כַּמָּה מַעֲשִׂיּוֹת כַּיּוֹצֵא בָּזֶה, וְכַאֲשֶׁר מְסַפְּרִים מַעֲשֶׂה נוֹרָא שֶׁהָיָה בִּזְמַן הַגָּאוֹן בַּעַל מִשְׁנָה לַמֶּלֶךְ זַ"ל, וְעַל זֶה הִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יִהְיֶה הֶיתֵּר בְּתַקָּלָה עַל יָדוֹ, וּבְסֵפֶר וְיַעַן אַבְרָהָם לְהָרַב מהרא"ף נר"ו כָּתַב מִפִּי הַשְּׁמוּעָה, דְּמָרָן זַ"ל ומור"ם זַ"ל הָיוּ חוֹלְקִים בְּעִנְיָן אֶחָד דְּעִיגּוּנָא, וּמָרָן זַ"ל אֲסָרָהּ ומור"ם זַ"ל הִתִּירָהּ וְנָתַן רְשׁוּת בַּחֲתִימַת יָדוֹ שֶׁתִּנָּשֵׂא, וְגִילָּה הַמַּגִּיד לְמָרָן זַ"ל וְאָמַר לוֹ אַתָּה כַּוָּנַת אֶל הָאֱמֶת לְאָוסְרָהּ מִפְּנֵי שֶׁהָעֵדִים טָעוּ בִּדְדָמֵי, וְהֵעִידוּ שֶׁבַּעְלָהּ מֵת וְהָיָה חַי אַךְ בּוֹ בַּיּוֹם שֶׁכָּתַב מור"ם זַ"ל רְשׁוּת שֶׁתִּנָּשֵׂא הִנֵּה בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם מֵת בַּעַל הָאִשָּׁה בְּמָקוֹם אַחֵר שֶׁהָיָה שָׁם, וְלֹא בָּאָה תַּקָּלָה עַל יָדוֹ שֶׁל מור"ם זַ"ל יְעַיֵּין שָׁם.
« Qu'aucun accident (takala) ne survienne par moi, et que je ne trébuche pas sur un point de halakha. » Il me semble que « accident » désigne une décision pratique, tandis qu'un « point de halakha » ne touche pas à la pratique mais à l'enseignement de la halakha aux élèves. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, que « trébucher sur un point de halakha » désigne une erreur dans le fond du din lui-même, lorsqu'il permet par erreur ce qui est interdit, tandis que l'« accident » se produit quand le din est vrai mais que l'affaire était truquée : ainsi lorsque des témoins ont témoigné, pour libérer une femme, que son mari était mort, et qu'ils se sont trompés en se fiant à une apparence (taou be-dedamei) alors que le mari était encore vivant. On trouve plusieurs récits de ce genre, et l'on rapporte un fait terrible survenu du temps du gaon auteur du Michne LaMelekh, de mémoire bénie. C'est sur cela qu'il priait : qu'aucune permission ne devienne un accident par sa main. Dans le livre Vayaan Avraham du rav Maharaf, il est écrit d'après la tradition orale que le Maran et le Rama, de mémoire bénie, étaient en désaccord sur un cas de aguna : le Maran l'interdisait et le Rama la permettait, et il donna l'autorisation signée de sa main qu'elle se remarie. Le maguid se révéla au Maran et lui dit : tu as visé la vérité en l'interdisant, car les témoins s'étaient trompés en se fiant à une apparence et avaient témoigné que son mari était mort alors qu'il vivait ; mais le jour même où le Rama écrivit l'autorisation de se remarier, ce jour-là le mari de cette femme mourut à l'endroit où il se trouvait, et aucun accident n'est venu par la main du Rama. Voir là-bas.
וְלֹא אוֹמַר עַל טָמֵא טָהוֹר. קַשָּׁא, כָּל זֶה נִכְלָל בְּאוֹמְרוֹ שֶׁלֹּא אֶכָּשֵׁל בִּדְבַר הֲלָכָה, וְאִם בָּא לִפְרֹוט צָרִיךְ לִפְרֹוט הַכֹּל, כִּי אַרְבָּעָה מִינִים הֵם כָּשֵׁר וּפָסוּל, אָסוּר וּמֻותָּר, טָמֵא וְטָהוֹר, חַייָּב וְזַכַּאי? וְנִרְאֶה לִי נָקֵיט דָּבָר זֶה דְּאִית בֵּיהּ רְבוּתָא מֵהָנָךְ שָׁלֹשׁ, דִּבְכֻולָּהּ אִיכָּא הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה, אֲבָל בְּעִנְיַן טֻומְאָה וְטָהֳרָה לֵיכָּא בַּזְּמַן הַזֶּה הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה, כִּי אִם הֲלָכָה בִּלְבַד.
« Que je ne déclare pas pur ce qui est impur. » Difficulté : tout cela est déjà compris dans « que je ne trébuche pas sur un point de halakha » ; et s'il vient à détailler, il devrait tout détailler, car il y a quatre couples : casher et passoul, interdit et permis, impur et pur, coupable et innocent. Il me semble qu'il a pris ce cas parce qu'il comporte quelque chose de plus fort que les trois autres : dans tous les autres il y a une halakha appliquée à la pratique, tandis qu'en matière d'impureté et de pureté il n'y a pas, de nos jours, de halakha appliquée à la pratique, mais seulement une halakha étudiée.
💡 Explication

La baraita donne le texte complet de la prière d'entrée. Elle se plie en deux volets symétriques : ce que le sage demande pour lui-même, et ce qu'il demande pour ses haverim, ses collègues d'étude. Le second volet fait la difficulté de la prière : l'erreur d'un collègue pourrait servir la réputation de celui qui l'a corrigé.

Rachi rend la demande explicite : se réjouir de la chute d'un collègue ajouterait au premier mal un second, puisque le sage serait alors cause de leur faute à eux.

5
בִּיצִיאָתוֹ מַהוּ אוֹמֵר? ״מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי שֶׁשַּׂמְתָּ חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְלֹא שַׂמְתָּ חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת. שֶׁאֲנִי מַשְׁכִּים, וְהֵם מַשְׁכִּימִים. אֲנִי מַשְׁכִּים לְדִבְרֵי תוֹרָה, וְהֵם מַשְׁכִּימִים לִדְבָרִים בְּטֵלִים. אֲנִי עָמֵל וְהֵם עֲמֵלִים. אֲנִי עָמֵל וּמְקַבֵּל שָׂכָר, וְהֵם עֲמֵלִים וְאֵינָם מְקַבְּלִים שָׂכָר. אֲנִי רָץ וְהֵם רָצִים. אֲנִי רָץ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא וְהֵם רָצִים לִבְאֵר שַׁחַת״.

À sa sortie, que dit-il ? « Je Te rends grâce, ה' mon D.ieu, d'avoir placé ma part parmi ceux qui siègent à la maison d'étude, et de ne pas avoir placé ma part parmi ceux qui siègent aux coins des rues.

Car je me lève tôt et ils se lèvent tôt : je me lève tôt pour des paroles de Torah, et ils se lèvent tôt pour des choses vaines. Je peine et ils peinent : je peine et je reçois un salaire, et ils peinent sans recevoir de salaire.

Je cours et ils courent : je cours vers la vie du monde à venir, et ils courent vers le puits de la fosse. »

📜 Rachi (1)
מִיּוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת חֶנְווָנִים אוֹ עַמֵּי הָאָרֶץ שֶׁעוֹסְקִים בִּדְבַר שִׂיחָה:
De ceux qui siègent aux coins des rues - Des boutiquiers, ou des gens du peuple occupés à bavarder.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ, ה' אֱ-לֹהָי, שֶׁשַּׂמְתָּ חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְלֹא שַׂמְתָּ חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת. פֵּירוּשׁ לֹא מִן 'הַנֶּחְפָּזִים' לָצֵאת אֶלָּא מִן 'הַמִּתְעַכְּבִים', כִּי יְשִׁיבָה לְשׁוֹן עִיכּוּב כְּמוֹ וַתֵּשְׁבוּ בְקָדֵשׁ יָמִים רַבִּים. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד תַּלְמִיד חָכָם שֶׁיּוֹשֵׁב בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וּמְלַמֵּד תּוֹרָה לַתַּלְמִידִים, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁעוֹשֶׂה חִדּוּשֵׁי תּוֹרָה, הִנֵּה זֶה נִקְרָא מִיּוֹשְׁבֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ , כִּי גַּם כְּשֶׁהוֹלֵךְ לְבֵיתוֹ נֶחְשָׁב יוֹשֵׁב, מֵאַחַר שֶׁלּוֹמְדִים תּוֹרָה אֲשֶׁר לִימְּדָם, וְגַם אוֹמְרִים חִדּוּשֵׁי תּוֹרָה שֶׁלּוֹ, הֲרֵי זֶה כְּאִלּוּ הוּא יוֹשֵׁב עִמָּהֶם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, וּמַה שֶׁאָמַר וְלֹא שַׂמְתָּ חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת , נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַקְּרָנוֹת שֶׁל שֵׁם מִדְרָשׁ , הֵם אוֹתִיּוֹת מ"ש , וְאָדָם רַע תּוֹפֵס כְּמַשְׁמָעוּת אוֹתִיּוֹת הַקְּרָנוֹת, וּלְכָךְ הוּא מָשׁ מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ, אֲבָל אָדָם טוֹב אֵינוֹ מָשׁ מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר גַּבֵּי יְהוֹשֻׁעַ (שְׁמוֹת לג, יא) לֹא יָמִישׁ מִתּוֹךְ הָאֹהֶל, שֶׁאֵינוֹ תּוֹפֵס אוֹתִיּוֹת הַקְּרָנוֹת שֶׁל מִדְרָשׁ אֶלָּא תּוֹפֵס אוֹתִיּוֹת אֶמְצָעִיּוֹת שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת דָּר , שֶׁיִּהְיֶה 'דָּר וְלֹא מָשׁ מִשָּׁם', וְלָזֶה אָמַר שֶׁמֵּת חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי בֵּית הַמִּדְרָשׁ , בַּיִת דַּיְיקָא שֶׁהוּא הַתּוֹךְ, וְלֹא שַׂמְתָּ חֶלְקִי מִיּוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת, שֶׁתּוֹפְסִים עִיקַּר אוֹתִיּוֹת קְרָנוֹת שֶׁל מִדְרָשׁ. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָרֵי לָרְשָׁעִים יוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת, כִּי הַצַּדִּיקִים אוֹכְלִין מִן הַפֵּירוֹת בָּעוֹלָם הַזֶּה, וְהַקֶּרֶן קַייָּם לָעוֹלָם הַבָּא, נִמְצָא אֵין נֶהֱנִים מִן קְרָנוֹת שֶׁל מִצְוֹת בָּעוֹלָם הַזֶּה כְּלָל, אֲבָל הָרְשָׁעִים אוֹכְלִים קְרָנוֹת שֶׁל מִצְוֹת בָּעוֹלָם הַזֶּה, כִּי מְשַׁלֵּם לְשׂוֹנְאָיו אֶל פָּנָיו, לְכָךְ נִקְרָאִים יוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת, כִּי יְשִׁיבָתָם בָּעוֹלָם הַזֶּה הִיא עַל סְמַךְ הַקְּרָנוֹת, וְלֹא עַל הַפֵּירוֹת. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָרֵי לְהוּ יוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת עַל פִּי מַה שֶׁפֵּירְשׁוּ הַמְפָרְשִׁים בַּפָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ ג, יא) אוֹי לָרָשָׁע רַע, כִּי הָרָשָׁע בְּלֹא תַּעֲרֹובֶת קְדֻושָּׁה לֹא יִתְקַייֵּם, וְזֶה חֵלֶק הַקְּדֻושָּׁה רָמוּז בָּאוֹת שֶׁ ' שֶׁבִּשְּׂמוֹ, וְחֵלֶק הָרַע בְּאוֹתִיּוֹת רַע , לָזֶה אָמַר אוֹי לוֹ כַּאֲשֶׁר יִסְתַּלֵּק מִמֶּנּוּ חֵלֶק הַטּוֹב שֶׁהוּא אוֹת ש', וְיִשָּׁאֵר בּוֹ רַק אוֹתִיּוֹת 'רָע', אִם כֵּן הָרָשָׁע סוֹפוֹ כָּךְ שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר בּוֹ אֶלָּא אוֹתִיּוֹת 'רָע', שֶׁהֵם 'קַרְנוֹת שְׁמוֹ', רֵי"שׁ בְּרֹאשׁ, עַיִ"ן בַּסּוֹף, לְכָךְ קוֹרְאָם יוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת עַל שֵׁם סוֹפָם:
« Je Te rends grâce, ה' mon D.ieu, d'avoir placé ma part parmi ceux qui siègent à la maison d'étude et de ne pas avoir placé ma part parmi ceux qui siègent aux coins des rues. » C'est-à-dire : non parmi ceux qui se hâtent de sortir, mais parmi ceux qui s'attardent, car « siéger » exprime le fait de demeurer, comme dans « et vous êtes restés à Kadech de longs jours ». Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le sage qui siège à la maison d'étude et enseigne la Torah aux élèves, et qui de plus produit des nouveautés de Torah, celui-là est appelé de ceux qui siègent à la maison d'étude, car même lorsqu'il rentre chez lui il est encore compté comme y siégeant, puisqu'on y étudie la Torah qu'il a enseignée et qu'on y dit ses nouveautés : c'est comme s'il siégeait avec eux à la maison d'étude. Quant à « de ne pas avoir placé ma part parmi ceux qui siègent aux coins des rues », il me semble, avec l'aide du Ciel, que les extrémités (keranot) du mot midrach sont les lettres mem et chin, et l'homme mauvais saisit ces extrémités selon leur sens : il s'écarte (mach) de la maison d'étude ; l'homme bon, lui, ne s'écarte pas de la maison d'étude, comme il est dit de Yehochoua (Chemot 33,11) « il ne bougeait pas de l'intérieur de la tente », car il ne saisit pas les lettres extrêmes de midrach mais les lettres du milieu, dalet et rech, qui donnent « il demeure et ne bouge pas de là ». C'est pourquoi il dit « Tu as placé ma part parmi ceux qui siègent à la maison d'étude », bet précisément, c'est-à-dire le milieu, « et Tu n'as pas placé ma part parmi ceux qui siègent aux extrémités », ceux qui saisissent surtout les lettres extrêmes de midrach. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il appelle les méchants « assis sur le capital » : les justes mangent des fruits en ce monde-ci et le capital leur reste pour le monde à venir, de sorte qu'ils ne jouissent en rien du capital des mitsvot ici-bas, tandis que les méchants consomment le capital des mitsvot en ce monde, car « Il paie Ses ennemis en face » ; on les appelle donc « assis sur le capital », puisque leur assise en ce monde repose sur le capital et non sur les fruits. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il les appelle ainsi d'après ce que les commentateurs ont expliqué sur le verset (Yechayahou 3,11) « malheur au méchant, mal » : le méchant sans mélange de sainteté ne subsisterait pas, et cette part de sainteté est évoquée par la lettre chin de son nom, tandis que la part de mal l'est par les lettres rech et ayin ; le verset dit donc : malheur à lui quand se retirera de lui la part bonne, la lettre chin, et qu'il ne restera en lui que les lettres ra, mal. Ainsi la fin du méchant est qu'il ne reste de lui que ces lettres, qui sont les extrémités de son nom, rech au début et ayin à la fin ; il les appelle donc « assis aux extrémités », d'après ce qu'ils deviendront.
אֲנִי עָמֵל וְהֵם עֲמֵלִים, אֲנִי עָמֵל וּמְקַבֵּל שָׂכָר, וְהֵם עֲמֵלִים וְאֵינָם מְקַבְּלִים שָׂכָר אֲנִי רָץ וְהֵם רָצִים, אֲנִי רָץ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא, וְהֵם רָצִים לִבְאֵר שַׁחַת. פֵּירוּשׁ הֶעָמָל עַצְמוֹ שֶׁאֲנִי עָמֵל בַּמִּצְוָה נֶחְשָׁב בְּעֵינַי קַבָּלַת שָׂכָר, כִּי אֲנִי שָׂמֵחַ וּמִשְׁתַּעֲשֵׁעַ בָּזֶה הֶעָמָל, בְּרַם יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט שְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת, וּבִפְרָט כִּי חֲלֻוקָּה הַשְּׁלִישִׁית שֶׁל הָרִיצָה הִיא נִכְלְלָה בְּעָמָל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שְׁלֵימוֹת הָעֲבוֹדָה שְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת, הָא' עֵסֶק הַתּוֹרָה, וְהַב' קִיּוּם מִצְוַות עֲשֵׂה, וְהַג' קִיּוּם לֹא תַעֲשֶׂה, וּכְנֶגֶד הָא' נָקֵיט אֲנִי מַשְׁכִּים לְדִבְרֵי תוֹרָה, וּכְנֶגֶד הַב' נָקֵיט אֲנִי עָמֵל וְכוּ', וּכְנֶגֶד הַג' נָקֵיט אֲנִי רָץ לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא, כִּי בְּלָאוְיָן לֵיכָּא מַעֲשֵׂה בִּשְׁמִירָתָם, וְרַק יֵשׁ עִנְיַן רִיצָה שֶׁאִם רָאָה עֲבֵירָה לְפָנָיו רָץ וּבוֹרֵחַ מִמֶּנָּה, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַתַּנָּא וּבוֹרֵחַ מִן הָעֲבֵירָה, וּבָרְשָׁעִים גַּם כֵּן יֵשׁ בָּזֶה עִנְיַן רִיצָה, שֶׁבִּהְיוֹת עֲבֵירָה לִפְנֵיהֶם הֵמָּה רָצִים לִקְרָאתָהּ לַעֲשׂוֹתָהּ בִּמְהֵרָה, וְנִרְאֶה לִי רָאשֵׁי תֵּיבוֹת הַנִּזְכָּרִים עמ"ר שֶׁהוּא עָמֵל מַשְׁכִּים רָץ, וְלָזֶה אָמְרוּ בַּגְּמָרָא [חֲגִיגָה דַּף טו:] שָׁאַל הַגַּרְדִּי לר"מ עַל עֲמַר דְּנָחֵית לְיוֹרָה סָלֵיק, אֲמַר לֵיהּ דַּנְקֵי אַגַּב אִמֵּיהּ סָלֵיק כְּלוֹמַר לָאו כָּל בַּעֲלֵי שְׁלֹשָׁה הַנִּזְכָּרִים מְרֻוצִּים וּמְקֻובָּלִים, אֶלָּא רַק אוֹתָם שֶׁמִּתְכַּווְּנִים לש"ש, וְיֵשׁ לְהַרְחִיב הַדְּבָרִים ודו"ק.
« Je peine et ils peinent ; je peine et je reçois un salaire, et ils peinent sans recevoir de salaire ; je cours et ils courent ; je cours vers la vie du monde à venir et ils courent vers le puits de la fosse. » C'est-à-dire : la peine elle-même que je prends pour la mitsva compte à mes yeux comme la réception du salaire, car je me réjouis et me délecte de cette peine. Mais il faut demander pourquoi il énonce trois divisions, et surtout pourquoi la troisième, celle de la course, n'est pas comprise dans la peine. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la perfection du service comporte trois parts : la première est l'étude de la Torah, la deuxième l'accomplissement des commandements positifs, la troisième l'observance des interdits. En face de la première il dit « je me lève tôt pour des paroles de Torah » ; en face de la deuxième, « je peine, etc. » ; en face de la troisième, « je cours vers la vie du monde à venir », car les interdits ne comportent aucun acte dans leur observance, seulement une course : voyant une faute devant lui, l'homme court et la fuit, selon le mot du tana « et fuis la faute ». Chez les méchants aussi il y a là une course : la faute devant eux, ils courent à sa rencontre pour l'accomplir vite. Et il me semble que les initiales des trois termes forment amar : amel (peiner), machkim (se lever tôt), rats (courir) ; c'est pourquoi la guemara (Haguiga 15b) rapporte que le tisserand demanda à Rabbi Meir au sujet de la laine (amar) descendue dans la cuve : remonte-t-elle ? Il lui répondit : si elle est propre par sa mère, elle remonte. C'est-à-dire : tous ceux qui ont ces trois qualités ne sont pas pour autant agréés et reçus, mais seulement ceux dont l'intention est pour le Ciel. Il y aurait à développer, et sois attentif.
💡 Explication

La prière de sortie procède par trois couples : se lever tôt, peiner, courir. Le geste extérieur est identique dans les deux camps ; seule la direction diffère. La formule ne reproche rien aux autres, elle mesure une part reçue.

🖼️ Schéma
La prière de sortie : même geste, direction opposée Le geste commun Celui de la maison d'étude Celui des coins de rue Se lever tôt Pour des paroles de Torah Pour des choses vaines Peiner Et recevoir un salaire Sans recevoir de salaire Courir Vers la vie du monde à venir Vers le puits de la fosse
Les trois couples de la prière de sortie : l'effort est le même des deux côtés, la destination le sépare.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: כְּשֶׁחָלָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר נִכְנְסוּ תַּלְמִידָיו לְבַקְּרוֹ. אָמְרוּ לוֹ: רַבֵּינוּ לַמְּדֵנוּ אָורְחוֹת חַיִּים וְנִזְכֶּה בָּהֶן לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא.

Nos maîtres ont enseigné : lorsque Rabbi Eliezer tomba malade, ses disciples entrèrent le visiter. Ils lui dirent : notre maître, enseigne-nous les voies de la vie, afin que par elles nous méritions la vie du monde à venir.

🪔 Ben Yehoyada (2)
כְּשֶׁחָלָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, נִכְנְסוּ תַּלְמִידָיו לְבַקְּרוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא מַעֲשֶׂה דְּר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי קָדִים לְר' אֱלִיעֶזֶר שֶׁהָיָה רַבּוֹ וַהֲוָה לֵיהּ לְהָבִיא לְהָא דְּר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בְּרֵישָׁא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הַגָּאוֹן מַעֲשֵׂה רוֹקֵחַ זַ"ל בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹתָם הָיָה בּוֹכֶה, דְּר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בְּעֵת הַחֻורְבָּן, כַּאֲשֶׁר צָרוּ הָרוֹמִיִּים עַל יְרוּשָׁלַיִם, רָצָה רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לָצֵאת לַעֲשׂוֹת הַצָּלָה פּוּרְתָּא לְיִשְׂרָאֵל, וּמִפְּנֵי פַּחַד הַבִּרְיוֹנִים שֶׁהָיוּ מְעַכְּבִים הוֹצִיאוּ עָלָיו קוֹל שֶׁמֵּת, וּנְשָׂאוּהוּ תַּלְמִידָיו ר' אֱלִיעֶזֶר וְר' יְהוֹשֻׁעַ בָּאָרוֹן כְּאִלּוּ הוּא מֵת וְהוֹלְכִים לְקָבְרוֹ חוּץ לָעִיר, וְאַחַר שֶׁיָּצָא לַחוּץ נִכְנַס אֵצֶל נֵירוֹן קֵיסָר וּבִקֵּשׁ מִמֶּנּוּ ג' דְּבָרִים וְכוּ', וְלָכֵן כַּאֲשֶׁר בָּאוּ עָנָה תַּלְמִידָיו לְבַקְּרוֹ בְּחָולְיוֹ זֶה אֲשֶׁר נִפְטַר בּוֹ מִן הָעוֹלָם, כְּשֶׁרָאָה אֶת ר' אֱלִיעֶזֶר וְר' יְהוֹשֻׁעַ מְהַלְּכִים בְּרֹאשׁ הַתַּלְמִידִים, זָכַר אוֹתָהּ שָׁעָה צָרַת הַחֻורְבָּן, אֵיךְ בְּאוֹתָהּ זְמַן נָשְׂאוּ אוֹתוֹ הַתַּלְמִידִים הָאֵלֶּה בְּתוֹרַת מֵת, וְהוּא עוֹדֶנּוּ חַי, וְעַכְשָׁיו יִשָּׂאוּהוּ בִּהְיוֹתוֹ מֵת מַמָּשׁ, וּלְכָךְ בָּכָה עַל הַחֻורְבָּן שֶׁזָּכַר אוֹתוֹ עַתָּה, וְעַל צָרָתָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁהִגִּיעָה לָהֶם אוֹתוֹ זְמַן, וְתַלְמִידָיו סָבְרוּ שֶׁהוּא בּוֹכֶה עַל עַצְמוֹ עַל מִיתָתוֹ, וּלְכָךְ אָמְרוּ לוֹ מִפְּנֵי מָה אַתָּה בּוֹכֶה? שֶׁהַצַּדִּיק צָרִיךְ לִהְיוֹת שָׂמֵחַ בְּסִילּוּקוֹ מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּשָׁלוֹם, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ מֵת מִתּוֹךְ שְׂחוֹק יָפֶה לוֹ, וְהֵשִׁיב לָהֶם אִלּוּ לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם הָיוּ מוֹלִיכִין אוֹתִי כַּאֲשֶׁר הוֹלַכְתֶּם אוֹתִי אַתֶּם מִקַּדְמַת דְּנָא בִּשְׁעַת הַחֻורְבָּן, גַּם כֵּן הָיִיתִי בּוֹכֶה, וְעַכְשָׁיו כָּל שֶׁכֵּן שֶׁאֶבְכֶּה, וּלְפִי דַּרְכּוֹ הֶרְאָה לָהֶם שֶׁהוּא חָרֵד מִיּוֹם הַדִּין, כְּדֵי לְעוֹרֵר אוֹתָם בִּתְשׁוּבָה, שֶׁגַּם לָהֶם יִהְיֶה חֲרָדָה, וְכָל שֶׁכֵּן לַהֲמוֹן הָעָם, עַד כָּאן דְּבָרָיו בְּשִׁינּוּי קְצָת, יְעַייֵּן שָׁם, וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם הָא דְּנָקֵיט הַבָּרַייְתָא מַעֲשֶׂה דְּר' אֱלִיעֶזֶר בְּרֵישָׁא, לְלַמְּדֵינוּ דָּר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לֹא בָּכָה עַל מִיתָתוֹ, אֶלָּא בַּעֲבוּר דָּבָר אַחֵר שֶׁזָּכַר אוֹתָהּ הָעֵת, וְהוּא צָרַת הַחֻורְבָּן כָּאָמוּר, דְּאִם בָּכָה עַל מִיתָתוֹ, הָיָה לוֹ לְר' אֱלִיעֶזֶר תַּלְמִידוֹ גַּם כֵּן לִבְכּוֹת עַתָּה בְּחָלְיוֹ כְּשֶׁנִּכְנְסוּ תַּלְמִידָיו, וּכְמוֹ שֶׁרָאָה כֵּן לְר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי רַבּוֹ, וְלָמָּה לֹא בָּכָה, אֶלָּא וַדַּאי דְּהַצַּדִּיק אֵין רָאוּי לוֹ לִבְכּוֹת עַל מִיתָתוֹ, דְּמֵת מִתּוֹךְ שְׂחוֹק סִימָן יָפֶה לוֹ, וְר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בָּכָה בִּשְׁבִיל דָּבָר אַחֵר שֶׁזָּכַר אוֹתָהּ הָעֵת, וּלְכָךְ קֹודֶם שֶׁהֵבִיא הַבָּרַייְתָא מַעֲשֶׂה דְּר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי הֵבִיא מַעֲשֶׂה דְּר' אֱלִיעֶזֶר תַּלְמִידוֹ, לְגַלּוֹת לָנוּ שֶׁאֵין בְּכִיָּה זוֹ דָּר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי עַל הַמָּוֶת כְּמוֹ שֶׁנִּרְאֶה בִּפְשַׁט הַמַּאֲמָר, וְאִם לֹא הָיָה הַתַּנָּא מַקְדִּים אֶת הַמְאֻוחָר לֹא הָיִינוּ יוֹדְעִים טַעַם זֶה.
« Lorsque Rabbi Eliezer tomba malade, ses disciples entrèrent le visiter. » Il faut demander : le fait de Rabban Yo'hanan ben Zakkai est antérieur à celui de Rabbi Eliezer, qui était son élève ; la baraita aurait dû rapporter d'abord celui de Rabban Yo'hanan ben Zakkai. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut répondre d'après ce qu'a écrit le gaon auteur du Maasse Rokeah sur le traité Sota, a propos de « dès qu'il les vit, il se mit à pleurer » : au temps de la destruction, lorsque les Romains assiégeaient Jérusalem, Rabban Yo'hanan ben Zakkai voulut sortir pour obtenir un sauvetage partiel pour Israël ; par crainte des zélotes qui l'en empêchaient, on fit courir le bruit qu'il était mort, et ses disciples Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua le portèrent dans un cercueil comme s'il était mort et qu'on allait l'enterrer hors de la ville. Une fois sorti, il entra chez l'empereur et lui demanda trois choses. Aussi, lorsque ses disciples vinrent le visiter dans la maladie dont il quitta ce monde, en voyant Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua marcher à la tête des disciples, il se souvint de cette heure de la destruction : comment, alors, ces mêmes disciples l'avaient porté à titre de mort alors qu'il vivait encore, et voici qu'ils allaient maintenant le porter vraiment mort. Il pleura donc sur la destruction dont il venait de se souvenir, et sur le malheur d'Israël survenu en ce temps-là. Ses disciples crurent qu'il pleurait sur lui-même, sur sa mort, et lui dirent : pourquoi pleures-tu ? Car le juste doit se réjouir de quitter ce monde en paix, comme il est dit : mourir au milieu du rire est un bon signe pour lui. Il leur répondit : si l'on me menait devant un roi de chair et de sang, comme vous m'avez mené jadis au temps de la destruction, je pleurerais déjà ; à plus forte raison maintenant. Et selon sa manière, il leur montra qu'il tremblait devant le jour du jugement, afin de les éveiller au repentir, pour qu'eux aussi tremblent, et à plus forte raison le commun du peuple. Ainsi s'achèvent ses paroles, avec une légère variation ; voir là-bas. Par là se comprend pourquoi la baraita rapporte d'abord le fait de Rabbi Eliezer : pour nous apprendre que Rabban Yo'hanan ben Zakkai ne pleurait pas sur sa mort mais à cause d'une autre chose dont il se souvint alors, le malheur de la destruction. Car s'il avait pleuré sur sa mort, Rabbi Eliezer son élève aurait dû pleurer lui aussi dans sa maladie lorsque ses disciples entrèrent, ayant vu faire ainsi Rabban Yo'hanan ben Zakkai son maître ; et puisqu'il n'a pas pleuré, c'est bien que le juste n'a pas lieu de pleurer sur sa mort, mourir au milieu du rire étant pour lui un bon signe, et que Rabban Yo'hanan ben Zakkai pleurait pour autre chose. C'est pourquoi, avant de rapporter le fait de Rabban Yo'hanan ben Zakkai, la baraita rapporte le fait de Rabbi Eliezer son élève, pour nous révéler que ces pleurs ne portaient pas sur la mort comme le sens simple le laisserait croire ; si le tana n'avait pas placé le postérieur avant l'antérieur, nous n'aurions pas connu cette raison.
אָמְרוּ לוֹ: רַבִּי, לַמְּדֵנוּ אָרְחוֹת חַיִּים וְנִזְכֶּה בָּהֶם לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דְּיָדוּעַ שֶׁהַמּוֹחִין נִקְרָאִים חַיִּים , וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל חַיֵּי עוֹלָם הַבָּא הֵם מוֹחִין הַנִּמְשָׁכִים מִבְּחִינַת הַכֶּתֶר הָרָמוּז בְּקוֹצוֹ שֶׁל יוֹ"ד, לִבְחִינַת חָכְמָה וּבִינָה הַנִּרְמָזִים בְּאוֹתִיּוֹת י"ה שֶׁבַּשֵּׁם, כִּי אוֹת הֵ"א רִאשׁוֹנָה הִיא בִּינָה הַנִּקְרֵאת עוֹלָם הַבָּא, וְנִרְאֶה שֶׁהֵם בִּקְּשׁוּ מֵרַבָּם לְלַמְּדָם אָרְחוֹת חַיִּים , רְצוֹנוֹ לוֹמַר סוֹד הַמְשָׁכַת הַמֹּוחִין, שֶׁיִּזְכּוּ לְהַמְשִׁיךְ אֶת מוֹחִין הָעֶלְיוֹנִים שֶׁהֵם נִקְרָאִים חַיֵּי עוֹלָם הַבָּא, וְאָמַר לָהֶם סְגֻולּוֹת טוֹבוֹת הַשַּׁייָּכִים לִבְחִינוֹת אֵלּוּ שֶׁיִּהְיוּ נִזְהָרִים בָּהֶם, וְאָז מִכּוֹחָם יִהְיֶה לָהֶם עֵזֶר וְסִיּוּעַ לְהַמְשָׁכַת הַמֹּוחִין שֶׁהֵם חַיֵּי עוֹלָם הַבָּא, וּפֵרַשְׁתִּי טַעַם בְּכָל דָּבָר וְדָבָר אֵיךְ הוּא שַׁייָּךְ לְעִנְיָן זֶה וְלֹא כְּתַבְתִּיו פֹּה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמְרוּ אָרְחוֹת חַיִּים , שֶׁבִּקְּשׁוּ דְּבָרִים חֲדָשִׁים שֶׁלֹּא נִגְלוּ עֲדַיִין בָּעוֹלָם, כִּי יָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ דֶּרֶךְ נֶאֱמַר עַל הַפָּתוּחַ מִכְּבָר, וְאוֹרֵחַ עַל הַנִּפְתָּח מֵחָדָשׁ, גַּם רָמְזוּ לוֹ שֶׁלֹּא יִפְחֹות לָהֶם מֵאַרְבָּעָה דְּבָרִים טוֹבִים, לָכֵן אָמְרוּ אָרְחוֹת חַיִּים כִּי ד' פְּעָמִים טוֹב [17] עוֹלֶה מִסֵּפֶר חַיִּים [68] , וְלָכֵן גַּם הוּא אָמַר לָהֶם אַרְבָּעָה דְּבָרִים בִּלְבַד.
« Ils lui dirent : notre maître, enseigne-nous les voies de la vie, afin que par elles nous méritions la vie du monde à venir. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sens est celui-ci : on sait que les mohin (facultés de l'intellect) sont appelés « vie », et notre maître le Ari, de mémoire bénie, a expliqué que la vie du monde à venir désigne les mohin tirés du niveau du keter, évoqué par la pointe du youd, vers les niveaux de 'hokhma et de bina évoqués par les lettres youd et hé du Nom, car le premier hé est la bina, appelée monde à venir. Il semble donc qu'ils demandaient à leur maître de leur enseigner des « voies de vie », c'est-à-dire le sod de l'attraction des mohin, afin de mériter d'attirer les mohin supérieurs appelés vie du monde à venir. Il leur énonça alors les bonnes segoulot qui se rattachent à ces niveaux et auxquelles ils devaient prendre garde, car par leur force ils recevraient aide et appui pour attirer les mohin qui sont la vie du monde à venir ; j'ai expliqué en quoi chaque point se rattache à cette affaire, sans l'écrire ici. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'en disant « voies de vie » ils demandaient des choses nouvelles, non encore révélées au monde, car on sait ce que dit le saint Zohar : derekh se dit de ce qui est déjà ouvert, et orah de ce qui s'ouvre à neuf. Ils lui firent aussi entendre qu'il ne devait pas leur donner moins de quatre bonnes choses : ils dirent donc orhot 'hayim, car quatre fois tov (17) fait le compte de 'hayim (68) ; c'est pourquoi lui aussi ne leur dit que quatre choses.
7
אָמַר לָהֶם: הִזָּהֲרוּ בִּכְבוֹד חַבְרֵיכֶם, וּמִנְעוּ בְּנֵיכֶם מִן הַהִגָּיוֹן, וְהוֹשִׁיבוּם בֵּין בִּרְכֵּי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, וּכְשֶׁאַתֶּם מִתְפַּלְּלִים — דְּעוּ לִפְנֵי מִי אַתֶּם עוֹמְדִים. וּבִשְׁבִיל כָּךְ תִּזְכּוּ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא.

Il leur dit : soyez attentifs à l'honneur de vos collègues ; retenez vos enfants du higayon ; installez-les entre les genoux des sages ; et lorsque vous priez, sachez devant Qui vous vous tenez. Par cela vous mériterez la vie du monde à venir.

📜 Rachi (2)
מֵהַהִגָּיוֹן לֹא תַּרְגִּילוּם בַּמִּקְרָא יוֹתֵר מִדַּאי מִשּׁוּם דְּמָשְׁכָא. לָשׁוֹן אַחֵר מְשִׁיחַת יְלָדִים:
Du higayon - Ne les habituez pas au verset biblique plus que de mesure, car il attire. Autre explication : le bavardage des enfants.
דְּעוּ לִפְנֵי מִי וְכוּ' כְּדֵי שֶׁתִּתְפַּלְּלוּ בְּיִרְאָה וּבְכַוָּונָה:
Sachez devant Qui, etc. - Afin que vous priiez avec crainte et avec kavana (intention).
🪔 Ben Yehoyada (3)
וּמִנְעוּ בְּנֵיכֶם מִן הַהִגָּיוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד קָאֵי עַל דָּת נִימוֹסוֹת, שֶׁיֵּשׁ בָּהּ יֹושֶׁר הַמִּשְׁפָּטִים שֶׁהֵם מְסֻודָּרִים עַל פִּי שֶׁכָּל אָדָם חֲכַם לֵב, אַךְ בֶּאֱמֶת אֵין בְּתוֹכָהּ פְּנִימִיּוּת קְדֻושָּׁה, מַה שֶׁאֵין כֵּן תּוֹרָתֵינוּ הַקְּדוֹשָׁה, כָּל דָּבָר מִדְּבָרֶיהָ פָּתוּחַ אֶל מַיִם הָעֶלְיוֹנִים, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בָּזֶה רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל בְּרֵישׁ פָּרָשַׁת מִשְׁפָּטִים יְעַיֵּין שָׁם, וְלָכֵן קָרֵי לְדַת הַנִּימוּסִית בְּשֵׁם הִגָּיוֹן, שֶׁאֵין בָּהּ פְּנִימִיּוּת קְדֻושָּׁה אֶלָּא רַק דְּבָרִים בְּעָלְמָא. אוֹ יוּבָן הִגָּיוֹן קָאֵי עַל סְפוּרִים הַקַּדְמוֹנִים שֶׁל מְלָכִים, וְעִנְייָנִים שׁוֹנִים שֶׁהָיוּ בַּדּוֹרוֹת שֶׁעָבְרוּ, כַּאֲשֶׁר יָבֹאוּ בְּמִכְתְּבֵי הַגָּזְיָתָא שֶׁלֹּא יִהְיוּ נִמְשָׁכִים אַחֲרֵיהֶם וּמְאַבְּדִים הַזְּמַן בִּקְרִיאָתָם בָּהֶם, וּמַה שֶׁאָמַר וְהוֹשִׁיבוּם בֵּין בִּרְכֵּי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, רְצוֹנוֹ לוֹמַר גַּם בְּעוֹדָם קְטַנִּים שֶׁאֵין בָּהֶם דַּעַת לְהָבִין דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁדּוֹרְשִׁים הַחֲכָמִים, תּוֹשִׁיבוּם בֵּין בְּרֻכֵּיהֶם בְּעֵת שֶׁדּוֹרְשִׁים, כְּדֵי שֶׁיִּכָּנְסוּ בְּאָזְנֵיהֶם דִבְרֵי תוֹרָה וְיַעֲשׂוּ פֹּועַל בְּנַפְשָׁם, צֵא וּלְמַד מֵאִמּוֹ שֶׁל ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא, שֶׁהֵבִיאָה אִמּוֹ עֲרִיסָתוֹ בְּעוֹדוֹ קָטָן וְהִנִּיחַתּוּ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ כְּדֵי שֶׁיִּכָּנְסוּ דִבְרֵי תוֹרָה בְּאָזְנָיו, וּמַעֲשֶׂה זֶה עָשׂוּ פֵּירוֹת שֶׁיָּצָא חָכָם גָּדוֹל מְאֹד, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רע"ב זַ"ל בְּבֵיאוּר מִשְׁנָה דְּאָבוֹת (אָבוֹת פֶּרֶק ב' מִשְׁנָה יא) ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא אַשְׁרֵי יוֹלַדְתּוֹ יְעַיֵּין שָׁם.
« Retenez vos enfants du higayon. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela vise le droit des nations, qui contient la rectitude de jugements ordonnés selon l'intelligence d'un homme au cœur sage, mais qui ne renferme en vérité aucune intériorité de sainteté ; il en va autrement de notre sainte Torah, dont chaque parole s'ouvre sur les eaux supérieures, comme l'a écrit notre maître le Maharam Alchikh, de mémoire bénie, au début de la parachat Michpatim ; voir là-bas. C'est pourquoi il appelle ce droit higayon, puisqu'il n'y a en lui aucune intériorité de sainteté, seulement des paroles ordinaires. Ou bien higayon vise les récits anciens des rois et les affaires diverses des générations passées, telles qu'elles figurent dans les chroniques, pour qu'ils ne se laissent pas entraîner par elles et ne perdent pas leur temps à les lire. Quant à « installez-les entre les genoux des sages », cela veut dire : même lorsqu'ils sont encore petits et n'ont pas l'intelligence de comprendre les paroles de Torah que les sages exposent, installez-les entre leurs genoux pendant qu'ils enseignent, afin que les paroles de Torah entrent dans leurs oreilles et agissent dans leur âme. Va apprendre de la mère de Rabbi Yehochoua ben Hanania, qui apporta son berceau alors qu'il était tout petit et le posa dans la maison d'étude afin que les paroles de Torah entrent dans ses oreilles ; ce geste porta ses fruits, puisqu'il en sortit un très grand sage, comme l'a écrit le Bartenoura, de mémoire bénie, en expliquant la michna d'Avot (2,11) « Rabbi Yehochoua ben Hanania, heureuse celle qui l'a enfanté » ; voir là-bas.
וּבִשְׁבִיל כָּךְ תִּזְכּוּ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא. הָא דְּסִיֵּים כֵּן בְּפֵירוּשׁ, נִרְאֶה רְצוֹנוֹ לוֹמַר דְּלָא סַגִּי בַּחֲדָא מִנַּיְיהוּ, אֶלָּא בְּצֵירוּף אַרְבָּעָה אַזְהָרוֹת אֵלּוּ הַדָּבָר תָּלוּי. אוֹ יוּבָן רָמַז לָהֶם בָּזֶה דָּבָר חֲמִישִׁי, בִּשְׁבִיל כָּךְ דְּהַיְינוּ כָּ"ף כְּפוּפָה בְּפִיזּוּר עִנְייְנֵי עוֹלָם הַזֶּה, וְכָ"ף פְּשׁוּטָה בְּפִיזּוּר עִנְיְנֵי עוֹלָם הַבָּא בְּמִדּוֹת אֵלּוּ הַנִּרְמָזִים בִּשְׁנֵי כָּפִי"ן שֶׁהֵם כ"ך, תִּזְכּוּ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא, כִּי מִדּוֹת אֵלּוּ הֵם הֲכָנָה לְכָל זֶה. אוֹ יוּבָן בס"ד רָמַז לָהֶם עַל יִחוּד עֶלְיוֹן שֶׁהוּא שֶׁל חָכְמָה וּבִינָה, וְעַל יִחוּד תַּחְתּוֹן שֶׁל תִּפְאֶרֶת וּמַלְכוּת הַנִּרְמָזִים בְּאוֹתִיּוֹת כ"ך, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד מַאֲמַר כָּךְ עָלָה בְּמַחְשָׁבָה, שֶׁאָמַר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עַל רַבִּי עֲקִיבָא, שֶׁהוּא זִוּוּג תַּחְתּוֹן כָּ"ף כְּפוּפָה, וְזִוּוּג עֶלְיוֹן כָּ"ף פְּשׁוּטָה, כַּנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת, וְלִימְּדָם לְהִזָּהֵר לַעֲשׂוֹת יִחוּדִים אֵלּוּ שֶׁל כ"ך.
« Et par cela vous mériterez la vie du monde à venir. » S'il conclut ainsi expressément, cela veut dire, semble-t-il, qu'une seule de ces consignes ne suffit pas et que la chose dépend de la réunion des quatre avertissements. Ou bien il leur a fait entendre par là une cinquième chose : « par cela », bi-chvil kakh, c'est-à-dire le kaf fermé, qui est la dispersion dans les affaires de ce monde, et le kaf ouvert, qui est la dispersion dans les affaires du monde à venir, par ces qualités évoquées dans les deux kaf du mot kakh, vous mériterez la vie du monde à venir, car ces qualités sont la préparation de tout cela. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, qu'il leur a fait entendre l'union supérieure, celle de 'hokhma et bina, et l'union inférieure, celle de tiferet et malkhout, évoquées par les lettres du mot kakh, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, au sujet du sod de la parole « ainsi est-il monté dans la pensée », que le Saint béni soit-Il dit à Moche notre maître au sujet de Rabbi Akiva : l'union inférieure est le kaf fermé, l'union supérieure le kaf ouvert, comme il est rapporté dans le livre des Kavanot ; il leur enseignait ainsi à prendre garde d'accomplir ces unions de kakh.
אָמַר לָהֶם: הִזָּהֲרוּ בִּכְבוֹד חַבְרֵיכֶם, וּכְשֶׁאַתֶּם מִתְפַּלְּלִים, דְּעוּ לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִתְפַּלְּלִים. נִרְאֶה לִי בס"ד כְּלָל בָּזֶה כְּבוֹד נְשׁוֹתֵיהֶם, דְּהַכָּתוּב אָמַר עַל הָאִשָּׁה (מַלְאָכִי ב, יד) וְהִיא חֲבֶרְתְּךָ וְאֵשֶׁת בְּרִיתֶךָ, וְעַל יְדֵי הַכָּבוֹד שֶׁמְּכַבֵּד הָאָדָם לְאִשְׁתּוֹ יַרְבֶּה הַשָּׁלוֹם בֵּינֵיהֶם, וְעַל יְדֵי שָׁלוֹם שֶׁבֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ, יִהְיֶה עֵזֶר לָאָדָם לְיַחֵד הַדּוֹדִים לְמַעְלָה, וְעוֹד אָמַר לָהֶם דְּעוּ לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִתְפַּלְּלִים , הִנֵּה דָּבָר זֶה בֵּיאֵר רַבֵּינוּ הַגָּדוֹל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל שֶׁכָּל עֲבוֹדָתֵנוּ וּתְפִילָּתֵינוּ הוּא לִזְעֵיר אַנְפִּין, וּפֵירֵשׁ בְּכִסֵּא אֵלִיָּהוּ הַכַּוָּנָה הוּא לְאוֹר אֵין סוֹף אֲשֶׁר בִּזְעֵיר אַנְפִּין, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּרָעֲיָא מְהֵימְנָא בָּתַר דַּעֲבִיד הַאי דִּיּוּקַנָא דְּמֶרְכָּבָה דְּאָדָם עִילָּאָה נְחִית תַּמָּן וְאִתַּקַּרִי בְּהַהוּא דִּיּוּקַנָא הוי"ה עַייֵּן שָׁם, וְכֵן אָמְרוּ בְּסִפְרֵי (דְּבָרִים ד, ז) מִי כַּה' אֱ-לֹהֵינוּ בְּכָל קָרְאֵנוּ אֵלָיו, 'אֵלָיו, וְלֹא לְמִדּוֹתָיו', רְצוֹנוֹ לוֹמַר לְאוֹר א"ס [אֵין סוֹף] הַמִּתְפַּשֵּׁט בַּסְּפִירוֹת יְעַיֵּין שָׁם. וְכֵן סִידֵּר רַבֵּינוּ הָרָשָׁ"שׁ זַ"ל בְּנֹוסַח הַבַּקָּשָׁה בְּכָל יוֹם קֹודֶם תְּפִילָּה, וְזַ"ל שֶׁהוּא עִילַּת כָּל הָעִילּוֹת, הַמִּתְלַבֵּשׁ בי"ס דַּאֲצִילוּת עַל יְדֵי שְׁמוֹ הַגָּדוֹל הַמִּתְגַּלֶּה בְּתִפְאֶרֶת וּמַלְכוּת, וְאֵלָיו אֲנַחְנוּ מַעֲלִים כַּוָּנַת הַתְּפִלָּה וְכוּ', הוּא הָיָה טְמִיר וּגְנִיז בְּכֶתֶר, וְהוּא הֲוָה הַמִּתְלַבֵּשׁ בי"ס דַּאֲצִילוּת, וְהוּא יִהְיֶה הַמִּתְגַּלֶּה בְּתִפְאֶרֶת וּמַלְכוּת וְכוּ' עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, וְהַכֹּל עוֹלֶה בְּקָנֶה אֶחָד וְהַמֵּבִין יָבִין מִדַּעְתּוֹ, וּבָזֶה מוּבָן דִּבְרֵי ר' אֱלִיעֶזֶר, וּכְשֶׁאַתֶּם מִתְפַּלְּלִים, דְּעוּ לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִתְפַּלְּלִים , כְּלוֹמַר מִמִּי אַתֶּם מְבַקְּשִׁים, וְאֶל מִי אַתֶּם מִתְפַּלְּלִים כַּוָּנַת הַתְּפִילָּה. אוֹ יוּבָן בס"ד הַכַּווָּנָה עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ חַיִּים בֶּן רַבֵּינוּ אוֹר זָרוּעַ בִּתְשׁוּבָה (סִימָן ל"ה), דְּאִם טָבְלָה הַנִּדָּה, וַחֲבֶרְתָּהּ רוֹאָה אוֹתָהּ וּמְכֻוֶּונֶת לְשֵׁם טְבִילָה, מְהַנְּיָא לָהּ כַּוָּנַת חֲבֶרְתָּהּ דִּבְהָכִי מְפָרֵשׁ לַגְּמָרָא דְּחֻולִּין (דַּף ל"א) שֶׁאָמְרוּ כַּוָּנָה דַּחֲבַרְתָּא כַּוָּנָה מְעַלַּיְיתָא הִיא, דְּלָא בָּעֵינַן שֶׁתַּטְבִּילָהּ בְּיָדַיִם, וּמִכָּאן דָּן לְעִנְיַן מַצַּת מִצְוָה, דְּבָעֵינַן שָׁמוּר לְשֵׁם מַצַּת מִצְוָה, דְּאִם זֶה שֶׁהוּא לָשׁ בְּפָנָיו כִּיוֵּן מְהַנֵּי, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא כִּיוֵּן הַלָּשׁ בְּעַצְמוֹ, יְעַייֵּן שָׁם, וְהוּא הַדִּין כָּאן לְעִנְיַן טְבִילָה דְּרַבּוּ הַכַּוָּנוֹת בָּהּ, כֵּיוָן דַּאֲנָחְנוּ מִתְפַּלְּלִים לִפְנֵי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ וְאוֹר שְׁכִינָתוֹ נֶגְדֵּינוּ בְּעָומְדֵּנוּ בַּתְּפִלָּה, הִנֵּה הוּא יִתְבָּרֵךְ מַשְׁלִים הַכַּוָּנָה הָרְאוּיָה לִהְיוֹת בַּתְּפִלָּה, וּמְהַנְּיָא לָן כְּאִלּוּ כּוֹנְנוּ אֲנַחְנוּ בְּעַצְמֵנוּ, וְלָכֵן אֲנַחְנוּ מְבַקְּשִׁים וְיַעֲלֶה לְפָנֶיךָ כְּאִלּוּ כּוֹנְנוּ בְּכָל הַכְוָנַת הָרְאוּיוֹת לְכַוֵּין , וְאֵיךְ יַעֲלֶה כָּךְ, אֶלָּא יֵשׁ טַעֲנָה מִצַּד הַדִּין בְּכָךְ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ חַיִּים זַ"ל הַנִּזְכָּר מִדִּין הַגְּמָרָא דְּחֻולִּין, וְדָבָר זֶה רָמְזוּ ר' אֱלִיעֶזֶר לְתַלְמִידָיו, דְּעוּ לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִתְפַּלְּלִים, וְלָכֵן אִם יֶחְסַר לָכֶם אֵיזֶה כַּוָּנָה הָרְאוּיָה הוּא יְשַׁלְּמֶנָּה לָכֶם.
« Il leur dit : soyez attentifs à l'honneur de vos collègues, et lorsque vous priez, sachez devant Qui vous priez. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a inclus là-dedans l'honneur de leurs épouses, car le verset dit de la femme (Malakhi 2,14) « elle est ta compagne et la femme de ton alliance » ; par l'honneur que l'homme rend à sa femme, la paix grandit entre eux, et par la paix entre l'homme et sa femme, l'homme est aidé pour unir les amants en haut. Il leur dit encore : sachez devant Qui vous priez ; ce point, notre grand maître l'a expliqué dans le Chaar Maamare Rabbi Chimon bar Yohai. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître, que tout notre service et notre prière s'adressent au zeer anpin, et le Kisse Eliahou a expliqué que l'intention porte sur la lumière de l'infini qui est dans le zeer anpin, comme il est dit dans le Raaya Mehemna : après qu'Il eut fait cette figure de la merkava de l'homme supérieur, Il y descendit et fut appelé dans cette figure du Nom ; voir là-bas. De même dans le Sifri sur (Devarim 4,7) « qui est comme ה' notre D.ieu chaque fois que nous L'appelons » : « Lui, et non Ses attributs », c'est-à-dire la lumière de l'infini qui se déploie dans les sefirot ; voir là-bas. Ainsi l'a ordonné notre maître le Rachach, de mémoire bénie, dans le texte de la demande récitée chaque jour avant la prière, où il écrit : « Lui qui est la cause de toutes les causes, qui se revêt dans les dix sefirot d'atsilout par Son grand Nom qui se révèle dans tiferet et malkhout, et c'est vers Lui que nous élevons l'intention de la prière, etc. ; Il était caché et enfoui dans le keter, Il est celui qui se revêt dans les dix sefirot d'atsilout, et Il sera celui qui se révèle dans tiferet et malkhout, etc. » Tout revient au même, et qui comprend comprendra de lui-même. Ainsi s'éclairent les paroles de Rabbi Eliezer : « et lorsque vous priez, sachez devant Qui vous priez », c'est-à-dire à Qui vous demandez et vers Qui vous élevez l'intention de la prière. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit Rabbenou 'Hayim fils de Rabbenou Or Zaroua dans une responsa (siman 35) : si la nidda s'est immergée et que sa compagne la voit et a l'intention de l'immersion, l'intention de la compagne lui vaut ; il explique ainsi la guemara de Houlin (31) qui dit que l'intention de la compagne est une intention valable, sans qu'il faille que celle-ci l'immerge de ses mains. De là il a tranché pour la matsa de la mitsva, qui doit être gardée au nom de la matsa de la mitsva : si celui qui se tient devant le pétrisseur a eu cette intention, cela vaut, même si le pétrisseur lui-même ne l'a pas eue ; voir là-bas. Il en va de même ici pour la prière, dont les intentions sont nombreuses : puisque nous prions devant le Nom béni et que la lumière de Sa chekhina est en face de nous quand nous nous tenons en prière, Il complète l'intention qui devrait être dans la prière, et cela nous vaut comme si nous l'avions eue nous-mêmes. C'est pourquoi nous demandons « qu'elle monte devant Toi comme si nous avions eu toutes les intentions qu'il fallait avoir » ; et comment cela monterait-il ainsi, sinon parce qu'il y a là un argument de droit, comme l'a écrit Rabbenou 'Hayim d'après le din de la guemara de Houlin. C'est cela que Rabbi Eliezer a fait entendre à ses disciples : sachez devant Qui vous priez, et ainsi, s'il vous manque quelque intention requise, Il vous la complétera.
💡 Explication

Quatre consignes, tenues pour les voies de la vie : l'honneur des collègues, la retenue des enfants à l'égard du higayon, leur présence auprès des sages, et la conscience de Celui devant Qui l'on prie. Rachi donne deux lectures du mot higayon : un excès d'étude du verset seul, ou le bavardage enfantin.

Le dernier point commande les autres : la prière se définit ici par la kavana, la conscience de la présence devant laquelle on se tient.

8
וּכְשֶׁחָלָה רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי נִכְנְסוּ תַּלְמִידָיו לְבַקְּרוֹ. כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹתָם הִתְחִיל לִבְכּוֹת. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: ״נֵר יִשְׂרָאֵל, עַמּוּד הַיְמָנִי, פַּטִּישׁ הֶחָזָק״, מִפְּנֵי מָה אַתָּה בּוֹכֶה?

Et lorsque Rabban Yo'hanan ben Zakkai tomba malade, ses disciples entrèrent le visiter. Dès qu'il les vit, il se mit à pleurer.

Ses disciples lui dirent : « lampe d'Israël, colonne de droite, marteau puissant », pour quelle raison pleures-tu ?

📜 Rachi (2)
עַמּוּד הַיְּמִינִי שְׁנֵי עַמּוּדִים הֶעֱמִיד שְׁלֹמֹה בָּאוּלָם שֵׁם הַיְמָנִי יָכִין וְשֵׁם הַשְּׂמָאלִי בֹּועַז (מְלָכִים א ז׳:ט״ו) הַיְּמִינִי לְעוֹלָם חָשׁוּב:
Colonne de droite - Salomon dressa deux colonnes au vestibule : celle de droite se nommait Yakhin et celle de gauche Boaz (I Rois 7,21). Celle de droite est toujours la plus considérée.
פַּטִּישׁ הַמְפוֹצֵץ פי"ק בְּלַעַ"ז:
Marteau - Celui qui fait éclater ; pic en langue vernaculaire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ לוֹ: רַבֵּנוּ, נֵר יִשְׂרָאֵל, עַמּוּד הַיְמָנִי, פַּטִּישׁ הֶחָזָק. נִרְאֶה לִי בס"ד נֵר יִשְׂרָאֵל, שֶׁהֶעֱמִיד תַּלְמִידִים הַרְבֵּה וְהֵאִיר עֵינֵי יִשְׂרָאֵל בַּתּוֹרָה. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים (דַּף מא), שֶׁהַגְּבוּרָה הָעוֹלָה מֵהַיְּסוֹד אֶל שְׁנֵי שְׁלִישִׁים הַתַּחְתּוֹנִים הַמְגֻולִּים שֶׁבְּתִפְאֶרֶת הוּא רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי עַייֵּן שָׁם, וּלְהָכִי קְרָאוּהוּ נֵר יִשְׂרָאֵל, ודו"ק, וְאוֹמְרָם עַמּוּד הַיְמָנִי, כִּי הוּא הָיָה כֹּהֵן, וְיָדוּעַ שֶׁהַכֹּהֵן הוּא בְּחֶסֶד שֶׁהוּא קַו יָמִין. אוֹ יוּבָן עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים (דַּף מ:), רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְרַבִּי עֲקִיבָא הָיוּ בְּחִינַת זְרוֹעוֹתָיו שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, יָמִין וּשְׂמֹאל שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה מְעֹורָבִים בְּשֹׁרֶשׁ קַיִן, וְלָכֵן שְׁלָשְׁתָּם הָיוּ שְׁנוֹתֵיהֶם שָׁוִים, עַייֵּן שָׁם, וְלָכֵן קָרְאוּ אוֹתוֹ עַמּוּד הַיְמָנִי , שֶׁהָיָה סוֹד זְרוֹעַ יָמִין שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, גַּם רָמְזוּ בְּתֵיבַת עַמּוּד [120] לְמִסְפַּר שְׁנוֹתָיו שֶׁהָיָה ק"ך, וְאוֹת מֵ"ם שֶׁל ע מ וד הָעוֹמֶדֶת בָּאֶמְצַע כְּנֶגֶד מ' שָׁנָה שֶׁעָסַק בִּפְרַקְמַטְיָא, וְאוֹתִיּוֹת עוֹד [80 ע מ וְד ] הֵם פ' שָׁנָה שֶׁלָּמַד וְלִימֵּד, וּלְכָךְ הָיְתָה אוֹת מ' בְּאֶמְצַע, לִרְמֹוז שֶׁנִּשְׁלְמָה בְּאוֹתָם הַשְּׁמוֹנִים הַנִּרְמָזִים מִשְּׁנֵי צְדָדֶיהָ, וְאוֹמְרָם פַּטִּישׁ הֶחָזָק , כִּי הוּא שָׁפַט אֶת יִשְׂרָאֵל בְּדוֹרוֹ וְגַם תִּיקֵּן תַּקָּנוֹת הַרְבֵּה אַחֲרֵי הַחֻורְבָּן, שֶׁהֵם קַייָּמִים עַד בִּיאַת הַגּוֹאֵל, ו פַּטִּישׁ הוּא אוֹתִיּוֹת שָׁפָט , וְאוֹתִיּוֹת יִשְׁפֹּט , כִּי הוּא שָׁפַט לְשֶׁעָבַר, וְיִשְׁפֹּט לְהַבָּא, בְּתַקָּנוֹתָיו שֶׁתִּיקֵּן לְיִשְׂרָאֵל, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר עַל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה (דְּבָרִים לג, כא) צִדְקַת ה' עָשָׂה וּמִשְׁפָּטָיו עִם יִשְׂרָאֵל, גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד פַּטִּישׁ [399] גֵּימַטְרְיָא מַטֵּה מֹשֶׁה [399] , שֶׁהָיָה כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּדוֹרוֹ. גַּם יוּבָן קָרְאוּ אוֹתוֹ פַּטִּישׁ שֶׁיִּזְכֶּה לְנֶפֶשׁ טוֹב שֶׁל קַיִן שה"ס הַגְּבוּרוֹת, לְכָךְ קְרָאוּהוּ פַּטִּישׁ בְּסוֹד הַגְּבוּרָה, וְאוֹמְרָם הֶחָזָק כִּי נֶפֶשׁ זוֹ הָיְתָה תְּחִלָּה אֵצֶל חִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה, דִּלְכָךְ אָמַר רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְהָכִינוּ כִּסֵּא לְחִזְקִיָּהוּ מֶלֶךְ יְהוּדָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים (דַּף נ"ט), וְלָכֵן קָרְאוּ פַּטִּישׁ הֶחָזָק, לִרְמֹוז עַל חִזְקִיָּהוּ, וְרוּחַ ה' דִּבֵּר בָּם לְתַלְמִידָיו, וְאָמְרוּ דְּבָרִים אֵלּוּ הַמְיֻוסָּדִים עַל אַדְנֵי פָּז. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָרְאוּ אוֹתוֹ עַמּוּד הַיְמָנִי , לְפִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל, דִּשְׁנֵי עַמּוּדִים הֶעֱמִיד שְׁלֹמֹה, שֵׁם הַיְּמִינִי יָכִין, וְשֵׁם הַשֵּׁנִי בֹּועַז, וְשֶׁל הַיְּמִינִי הוּא הַמְשֻׁובָּח, עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי שֶׁשְּׁנֵי עַמּוּדִים הַנִּזְכָּרִים רוֹמְזִים לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים, יֵשׁ חָכָם מְלַמֵּד לַאֲחֵרִים וְזֶה נִקְרָא יָכִין לַאֲחֵרִים, וְיֵשׁ לוֹמֵד לְעַצְמוֹ וְאֵינוֹ לוֹמֵד לַאֲחֵרִים, וְזֶה נִקְרָא בֹּועַז , קְרִי בֵיהּ בּוֹ עֹז , כְּלוֹמַר הַתּוֹרָה שֶׁהִיא עֹוז, בּוֹ דַּוְקָא, וְאֵינָהּ יוֹצְאָהּ לַאֲחֵרִים, וְלָכֵן לְר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי קְרָאוּהוּ עַמּוּד הַיְּמִינִי שֶׁהוּא יָכִין כִּי הוּא לִימֵּד תּוֹרָה לַאֲחֵרִים, וּמַה שֶׁאָמְרוּ עָלָיו שְׁלֹשָׁה תּוֹאֲרִים דַּוְקָא, נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ בַּחֲגִיגָה (דַּף יד), שֶׁאָמַר רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לְתַלְמִידָיו אַשְׁרֵיכֶם וְאַשְׁרֵי יוֹלַדְתְּכֶם, אַשְׁרֵי עֵינַי שֶׁכָּךְ רָאוּ, וְאַף אֲנִי וְאַתֶּם בַּחֲלוֹמִי מְסֻובִּין הַייְנוּ עַל הַר סִינַי, וְנִתְּנָה עָלֵינוּ בַּת קוֹל מִן הַשָּׁמַיִם עֲלוּ לְכָאן, עֲלוּ לְכָאן, טְרַקְלִין גְּדוֹלִים וּמַצָּעוֹת נָאוֹת מֻוצָּעוֹת לָכֶם, אַתֶּם וְתַלְמִידֵיכֶם וְתַלְמִידֵי תַלְמִידֵיכֶם מְזֻומָּנִים לֶכֶת שְׁלִישִׁית, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י לֶכֶת שְׁלִישִׁית שֶׁל כִּיתּוֹת הַיּוֹשְׁבוֹת לִפְנֵי שְׁכִינָה, עַייֵּן שָׁם, וְהִנֵּה יָדוּעַ שֶׁכָּל הַנְּשָׁמוֹת בִּכְלָלָם דּוֹמִין לְאִילָן, וְכָל כַּת וְכַת דּוֹמִים לָעֲנָפִים, שֶׁכָּל כַּת בִּפְנֵי עַצְמוֹ נִקְרָא עָנָף, וְלָכֵן אָמְרוּ עָלָיו ג' תּוֹאֲרִים אֵלּוּ, שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת עָנָף , וְלִרְמֹוז כְּבָר אַתָּה בָּטוּחַ עַל פִּי בַּת קוֹל שֶׁאַתָּה מְזֻומָּן לֶכֶת שְׁלִישִׁית, וְעַתָּה אַתָּה נוֹסֵעַ לְשָׁם, וְלָמָּה תִּבְכֶּה אַדְּרַבָּה צָרִיךְ אַתָּה לִשְׂמֹוחַ. אוֹ יוּבָן בס"ד אָמְרוּ עָלָיו ג' תּוֹאֲרִים הַנִּזְכָּרִים כְּנֶגֶד ג' עַמּוּדִים שֶׁהָעוֹלָם עוֹמֵד עֲלֵיהֶם, נֵר יִשְׂרָאֵל כְּנֶגֶד עֲבוֹדָה , אֲשֶׁר עַתָּה הַתְּפִילּוֹת הֵם בִּמְקוֹם עֲבוֹדָה, וְהַצַּדִּיק מַעֲלֶה בִּתְפִילָּתוֹ נִיצוֹצֵי הַנְּשָׁמוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּקְרָאִים נֵר, עַמּוּד הַיְמָנִי כְּנֶגֶד עַמּוּד גְּמִילוּת חֲסָדִים שֶׁהוּא מִתְייַחֵס לְיָמִין וְהוּא וְהוּא עָשָׂה חֶסֶד עִם כָּל יִשְׂרָאֵל, וּפַטִּישׁ הֶחָזָק כְּנֶגֶד עַמּוּד הַתּוֹרָה , שֶׁמְּשַׁבֵּר בָּהּ אֶת הַקְּלִיפּוֹת, עוֹקֵר הָרִים וּמְשַׁבֵּר סְלָעִים כְּפַטִּישׁ זֶה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל ר' מֵאִיר הָרוֹאֶה ר' מֵאִיר בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ כְּאִלּוּ עוֹקֵר הָרֵי הָרִים וְטוֹחֲנָן.
« Ils lui dirent : notre maître, lampe d'Israël, colonne de droite, marteau puissant. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « lampe d'Israël » se dit de ce qu'il forma de nombreux disciples et éclaira les yeux d'Israël par la Torah. Ou bien on le comprendra d'après ce qu'a écrit notre maître, de mémoire bénie, dans le Chaar HaGuilgoulim (page 41), que la guevoura qui monte du yessod vers les deux tiers inférieurs découverts du tiferet est Rabban Yo'hanan ben Zakkai ; voir là-bas ; c'est pourquoi ils l'appelèrent lampe d'Israël, sois attentif. Quand ils disent « colonne de droite », c'est parce qu'il était cohen, et l'on sait que le cohen relève du 'hessed, qui est la ligne de droite. Ou bien on le comprendra d'après ce qu'a écrit notre maître dans le Chaar HaGuilgoulim (page 40b) : Rabban Yo'hanan ben Zakkai et Rabbi Akiva étaient les bras de Moche notre maître, la droite et la gauche de Moche notre maître mêlés à la racine de Kayin ; c'est pourquoi leurs années à tous trois furent égales ; voir là-bas. Ils l'appelèrent donc colonne de droite, parce qu'il était le sod du bras droit de Moche notre maître. Ils firent aussi allusion, par le mot amoud (120), au compte de ses années, qui furent cent vingt ; la lettre mem de a-m-oud, qui se tient au milieu, correspond aux quarante années où il s'occupa de commerce, et les lettres ayin et vav-dalet (80) sont les quatre-vingts années où il étudia et enseigna ; c'est pourquoi le mem se tient au milieu, pour indiquer que ces quatre-vingts années évoquées de ses deux côtés s'achevèrent. Quand ils disent « marteau puissant », c'est parce qu'il jugea Israël dans sa génération et institua aussi de nombreuses takanot après la destruction, qui subsistent jusqu'à la venue du rédempteur ; et patich (marteau) a les mêmes lettres que chafat (il jugea) et que yichpot (il jugera), car il a jugé pour le passé et jugera pour l'avenir par les takanot qu'il institua pour Israël, comme il est dit de Moche notre maître (Devarim 33,21) « il a accompli la justice de ה' et Ses jugements avec Israël ». Il me semble aussi que patich (399) a la même valeur que mate Moche (399), car il fut comme Moche notre maître dans sa génération. On comprendra encore qu'ils l'aient appelé marteau parce qu'il mérita la bonne nefech de Kayin, qui est le sod des guevourot ; ils l'appelèrent donc marteau selon le sod de la guevoura. Et « puissant », parce que cette nefech avait d'abord été chez le roi Hizkiyahou ; c'est pourquoi Rabban Yo'hanan ben Zakkai dit « préparez un siège pour Hizkiyahou roi de Yehouda », comme il est dit dans le Chaar HaGuilgoulim (page 59). Ils l'appelèrent donc marteau puissant pour évoquer Hizkiyahou ; l'esprit de ה' parlait en ses disciples, et ils dirent ces paroles fondées sur des socles d'or fin. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'ils l'appelèrent colonne de droite selon l'explication de Rachi, de mémoire bénie : Salomon dressa deux colonnes, celle de droite se nommait Yakhin et la seconde Boaz, et celle de droite est la plus louée ; voir là-bas. Il me semble que ces deux colonnes évoquent les sages : il y a le sage qui enseigne à d'autres, et celui-là est appelé yakhin, il établit pour d'autres ; et il y a celui qui étudie pour lui-même sans enseigner aux autres, et celui-là est appelé boaz, lis-y bo oz, en lui la force, c'est-à-dire que la Torah, qui est force, est en lui seul et ne sort pas vers les autres. C'est pourquoi ils appelèrent Rabban Yo'hanan ben Zakkai colonne de droite, celle de yakhin, car il enseigna la Torah à d'autres. Quant au fait qu'ils lui donnèrent précisément trois titres, il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est dit dans Haguiga (14) : Rabban Yo'hanan ben Zakkai dit à ses disciples : heureux êtes-vous et heureuse celle qui vous a enfantés, heureux mes yeux qui ont vu cela ; moi et vous, dans mon rêve, nous étions attablés sur le mont Sinaï, et une voix nous vint du ciel : montez ici, montez ici, de grandes salles et de belles couches vous sont préparées, vous, vos disciples et les disciples de vos disciples, vous êtes conviées au troisième groupe ; Rachi explique : le troisième des groupes qui siègent devant la chekhina ; voir là-bas. Or on sait que toutes les âmes dans leur ensemble ressemblent à un arbre, et chaque groupe ressemble à un rameau, chaque groupe étant en lui-même appelé anaf, rameau. C'est pourquoi ils lui donnèrent ces trois titres, dont les initiales forment anaf, pour lui faire entendre : tu es déjà assuré par la voix céleste d'être convié au troisième groupe, et voici que tu t'y rends ; pourquoi donc pleurer, alors qu'il te faudrait au contraire te réjouir. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, qu'ils lui donnèrent ces trois titres en face des trois colonnes sur lesquelles le monde tient : « lampe d'Israël » en face du service, puisque les prières tiennent aujourd'hui lieu de service et que le juste élève dans sa prière les étincelles des âmes d'Israël, appelées lampe ; « colonne de droite » en face de la colonne des actes de bonté, qui se rattache à la droite, et il fit du bien à tout Israël ; « marteau puissant » en face de la colonne de la Torah, par laquelle il brise les kelipot, arrachant des montagnes et brisant des rochers comme ce marteau, ainsi qu'on l'a dit de Rabbi Meir : celui qui voit Rabbi Meir à la maison d'étude, c'est comme s'il arrachait des montagnes de montagnes et les broyait.
9
אָמַר לָהֶם: אִילּוּ לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם הָיוּ מוֹלִיכִין אוֹתִי, שֶׁהַיּוֹם כָּאן וּמָחָר בַּקֶּבֶר, שֶׁאִם כּוֹעֵס עָלַי אֵין כַּעֲסוֹ כַּעַס עוֹלָם, וְאִם אוֹסְרֵנִי — אֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם, וְאִם מִמִּיתְּנֵי — אֵין מִיתָתוֹ מִיתַת עוֹלָם, וַאֲנִי יָכוֹל לְפַייְּסוֹ בִּדְבָרִים וּלְשַׁחֲדוֹ בְּמָמוֹן, אַף עַל פִּי כֵן הָיִיתִי בּוֹכֶה, וְעַכְשָׁיו שֶׁמּוֹלִיכִים אוֹתִי לִפְנֵי מֶלֶךְ מַלְכֵי הַמְּלָכִים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁהוּא חַי וְקַייָּם לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים, שֶׁאִם כּוֹעֵס עָלַי — כַּעֲסוֹ כַּעַס עוֹלָם, וְאִם אוֹסְרֵנִי — אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם, וְאִם מִמִּיתְּנֵי — מִיתָתוֹ מִיתַת עוֹלָם, וְאֵינִי יָכוֹל לְפַייְּסוֹ בִּדְבָרִים וְלֹא לְשַׁחֲדוֹ בְּמָמוֹן. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ לְפָנַי שְׁנֵי דְרָכִים, אַחַת שֶׁל גַּן עֵדֶן וְאַחַת שֶׁל גֵּיהִנָּם, וְאֵינִי יוֹדֵעַ בְּאֵיזוֹ מוֹלִיכִים אוֹתִי, וְלֹא אֶבְכֶּה?!

Il leur dit : si l'on me conduisait devant un roi de chair et de sang, qui est ici aujourd'hui et demain au tombeau ; dont la colère, s'il se met en colère contre moi, n'est pas une colère éternelle ; dont l'emprisonnement, s'il m'emprisonne, n'est pas un emprisonnement éternel ; dont la mise à mort, s'il me met à mort, n'est pas une mort éternelle ; et que je peux apaiser par des paroles et corrompre par de l'argent — même ainsi je pleurerais. Et maintenant que l'on me conduit devant le Roi des rois des rois, le Saint béni soit-Il, qui est vivant et subsistant pour l'éternité et les siècles des siècles ; qui, s'Il se met en colère contre moi, Sa colère est une colère éternelle ; s'Il m'emprisonne, Son emprisonnement est un emprisonnement éternel ; s'Il me met à mort, Sa mort est une mort éternelle ; et que je ne peux ni apaiser par des paroles ni corrompre par de l'argent.

Bien plus, deux chemins s'ouvrent devant moi, l'un vers le gan éden et l'autre vers la guéhenne, et je ne sais par lequel on me conduit — et je ne pleurerais pas ?!

📜 Rachi (3)
אוֹסְרֵנִי חוֹבֵשׁ אוֹתִי:
S'il m'emprisonne - il me met sous les verrous.
מִיתַת עוֹלָם לעוה"ב:
Une mort éternelle - pour le monde à venir.
הָיִיתִי בּוֹכֶה מֵאֵימַת מִשְׁפָּטוֹ אִם לְדִין מוֹלִיכִין אוֹתִי לְפָנָיו:
Je pleurerais - par crainte de son jugement, si l'on me conduisait devant lui pour être jugé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִלּוּ לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם הָיוּ מוֹלִיכִין אוֹתִי, שֶׁהַיּוֹם כָּאן וּמָחָר בַּקֶּבֶר, שֶׁאִם כּוֹעֵס עָלַי, אֵין כַּעֲסוֹ כַּעַס עוֹלָם, וְאִם אוֹסְרֵנִי, אֵין אִסּוּרוֹ אִסּוּר עוֹלָם, וְאִם מִמִּיתְּנֵי, אֵין מִיתָתוֹ מִיתַת עוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס״ד נָקֵיט תְּלָת שֶׁהֵם כַּעַס וּמֵאָסַר וּמִיתָה , כְּנֶגֶד גֵּיהִנָּם וְגִלְגּוּל וְכָרֵת שֶׁנִּכְרַת לְגַמְרֵי, וְהַייְנוּ כַּעַס כְּנֶגֶד גֵּיהִנָּם , וּמֵאָסַר כְּנֶגֶד גִּלְגּוּל שֶׁחוֹזֶרֶת לָעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁהוּא בֵּית הָאֲסוּרִים שֶׁלָּהּ, וּמִיתָה כְּנֶגֶד כָּרֵת שֶׁנִּכְרַת לְגַמְרֵי, וְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ יַצִּילֵנוּ מִכֻּולָּם, וּמַה שֶׁאָמַר וְאֵין אֲנִי יָכוֹל לְפַיְּסוֹ בִּדְבָרִים, הַיְינוּ תְּפִילָּה, וּלְשָׁחֲדוּ בְּמָמוֹן, הַיְינוּ צְדָקָה, כִּי תְּפִילָּה וּצְדָקָה לָא מְהַנֵּי לְחוּדַייְהוּ בְּלֹא תְּשׁוּבָה , וּמַה שֶׁאָמַר פַּנּוּ אֶת הַכֵּלִים מִן הַטֻּומְאָה, לָאו מִשּׁוּם דְּחָס עַל הַכֵּלִים אוֹתָהּ שָׁעָה, אֶלָּא כְּדֵי לִרְמֹוז לְתַלְמִידָיו הַכֹּהֲנִים שֶׁלֹּא יִתְעַסְּקוּ בּוֹ אַחַר מִיתָה עַל סְמַךְ שֶׁהוּא צַדִּיק גָּדוֹל וְאֵין טֻומְאָה בַּצַּדִּיקִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הַגַּרְסִי בִּפְטִירָתוֹ שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָא, כַּנִּזְכָּר בְּמִדְרַשׁ מִשְׁלֵי (פ"ט). וּמַה שֶׁאָמַר הֵכִינוּ כִּסֵּא לְחִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה , פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים (דַּף נ"ט) עַל נְשָׁמָה אַחַת גְּדוֹלָה שֶׁהָיְתָה אֵצֶל שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה וְאַחֲרָיו חִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה, וְאַחֲרָיו רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְכוּ', וְזֶהוּ טַעַם לְמַה שֶׁאָמַר רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי כְּשֶׁנִּפְטַר הֵכִינוּ כִּסֵּא לְחִזְקִיָּהוּ מֶלֶךְ יְהוּדָה שֶׁבָּא, עַיֵּין שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד יוֹחָנָן [124] עִם הָאוֹתִיּוֹת [5] וְכוֹלֵל הַמִּלָּה עוֹלֶה חִזְקִיָּה [130] , גַּם נִרְאֶה לִי לְכָךְ זָכָה רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לִנְשִׂיאוּת אֲשֶׁר הִיא הָיְתָה לְזֶרַע בֵּית דָּוִד.
« Si l'on me conduisait devant un roi de chair et de sang, qui est ici aujourd'hui et demain au tombeau, dont la colère, s'il se met en colère contre moi, n'est pas une colère éternelle ; dont l'emprisonnement, s'il m'emprisonne, n'est pas un emprisonnement éternel ; dont la mort, s'il me met à mort, n'est pas une mort éternelle. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il énonce trois termes, colère, emprisonnement et mort, en face de la guéhenne, du guilgoul (retour de l'âme) et du karet où l'âme est retranchée entièrement : la colère en face de la guéhenne ; l'emprisonnement en face du guilgoul, où l'âme revient en ce monde qui est sa prison ; la mort en face du karet, où elle est retranchée entièrement ; que le Nom béni nous en préserve tous. Quand il dit « je ne peux L'apaiser par des paroles », il s'agit de la prière, et « ni Le corrompre par de l'argent », de la tsedaka, car la prière et la tsedaka ne valent pas à elles seules sans la techouva. Quant à « écartez les ustensiles à cause de l'impureté », ce n'était pas par souci des ustensiles à cette heure, mais pour faire entendre à ses disciples cohanim qu'ils ne devaient pas s'occuper de lui après sa mort en se fiant à ce qu'il était un grand juste et qu'il n'y a pas d'impureté chez les justes, comme le dit Eliahou, dont le souvenir est pour le bien, à Rabbi Yehochoua HaGarsi lors du décès de Rabbi Akiva, ainsi qu'il est rapporté dans le Midrach Michle (chapitre 9). Et quand il dit « préparez un siège pour Hizkiyahou, roi de Yehouda », notre maître le Ari, de mémoire bénie, a expliqué dans le Chaar HaGuilgoulim (page 59) qu'il s'agit d'une grande âme qui fut d'abord chez Chemouel le prophète, puis chez le roi Hizkiyahou, puis chez Rabban Yo'hanan ben Zakkai, etc. ; telle est la raison pour laquelle Rabban Yo'hanan ben Zakkai dit en mourant « préparez un siège pour Hizkiyahou roi de Yehouda qui vient » ; voir là-bas. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que Yo'hanan (124) avec les lettres (5) et le mot lui-même donne Hizkiya (130). Il me semble encore que c'est pour cela que Rabban Yo'hanan ben Zakkai mérita la nessiout, qui appartenait à la descendance de la maison de David.
💡 Explication

La réponse est bâtie sur un kal va-homer, un raisonnement à fortiori. Trois sanctions du roi terrestre sont énumérées, toutes bornées par la mort du roi lui-même, et deux moyens de les détourner : la parole et l'argent. Chaque terme est ensuite repris à l'identique pour le jugement d'en haut, où la borne disparaît et les deux moyens tombent.

Un dernier élément s'ajoute, absent du premier terme de la comparaison : l'incertitude elle-même. Deux chemins s'ouvrent, et l'ignorance de la route est le vrai motif des larmes.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de Rabban Yo'hanan ben Zakkai Terme comparé Roi de chair et de sang Roi des rois des rois Sa durée Ici aujourd'hui, au tombeau demain Vivant et subsistant pour toujours Sa colère Bornée Éternelle Sa prison, sa sentence Une fin reste possible Sans terme Recours possibles Paroles et argent Aucun des deux Et un élément sans équivalent en face : deux chemins s'ouvrent, l'un vers le gan éden, l'autre vers la guéhenne, et il ignore par lequel on le conduit. C'est cette ignorance qui fait pleurer.
Terme à terme, le jugement d'en haut reprend celui du roi terrestre en lui ôtant toute borne et tout recours.
10
אָמְרוּ לוֹ: רַבֵּינוּ, בָּרְכֵנוּ. אָמַר לָהֶם: ״יְהִי רָצוֹן שֶׁתְּהֵא מוֹרָא שָׁמַיִם עֲלֵיכֶם כְּמוֹרָא בָּשָׂר וָדָם״. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: עַד כָּאן? אָמַר לָהֶם: וּלְוַאי, תֵּדְעוּ כְּשֶׁאָדָם עוֹבֵר עֲבֵירָה אוֹמֵר: ״שֶׁלֹּא יִרְאַנִי אָדָם״.

Ils lui dirent : notre maître, bénis-nous. Il leur dit : « Que ce soit la volonté du Ciel que la crainte du Ciel soit sur vous comme la crainte de la chair et du sang. » Ses disciples lui dirent : jusque-là seulement ?

Il leur dit : et puissiez-vous y parvenir ! Sachez-le : quand un homme commet une faute, il dit : pourvu qu'aucun homme ne me voie.

📜 Rachi (3)
עַד כָּאן בִּתְמִיהַּ כְּלוֹמַר וְלֹא יוֹתֵר מִמּוֹרָא בָּשָׂר וָדָם:
Jusque-là - sur le ton de l'étonnement, c'est-à-dire : et pas plus que la crainte de la chair et du sang ?
וּלְוַאי שֶׁיְּהֵא כְּמוֹרָא בָּשָׂר וָדָם שֶׁאִם כֵּן תֵּחָדְלוּ מֵעֲבֵירוֹת הַרְבֵּה:
Et puissiez-vous - qu'elle soit comme la crainte de la chair et du sang, car alors vous vous abstiendrez de bien des fautes.
עֲבֵירָה בַּסֵּתֶר מִמּוֹרָא הַבְּרִיּוֹת וְיוֹדֵעַ שֶׁהַכֹּל הוּא גָּלוּי להקב"ה וְאֵינוֹ מַנִּיחַ בְּכָךְ:
Une faute - en secret, par crainte des créatures ; il sait pourtant que tout est découvert devant le Saint béni soit-Il, et cela ne l'arrête pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יְהִי רָצוֹן, שֶׁיְּהֵא מוֹרָא שָׁמַיִם עֲלֵיכֶם כְּמוֹרָא בָּשָׂר וָדָם. נִרְאֶה לִי בס"ד יָדוּעַ הַנְּשָׁמָה מְכֻונֵּית בְּשֵׁם שָׁמַיִם, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (תְּהִילִּים ג' ד') יִקְרָא אֶל הַשָּׁמַיִם מֵעָל, זוֹ הַנְּשָׁמָה, וְאֶל הָאָרֶץ לָדִין עַמּוֹ, זֶה הַגּוּף, וְאָמַר לָהֶם שֶׁיִּהְיוּ יְרֵאִים וְחָסִים עַל הַנְּשָׁמָה שֶׁקְּרוּאָה שָׁמַיִם, כְּמוֹ שֶׁהֵם יְרֵאִים וְחָסִים עַל בָּשָׂר וָדָם שֶׁל הַגּוּף שֶׁלָּהֶם, תֵּדַע אָדָם עוֹבֵר עֲבֵירָה הוּא חָס עַל גּוּפוֹ פֶּן יִתְבַּזֶּה אוֹ יִתְייַסֵּר, וּלְכָךְ אֵינוֹ רוֹצֶה שֶׁיִּתְגַּלֶּה לִבְנֵי אָדָם, מַה שֶׁאֵין כֵּן עַל הַנְּשָׁמָה שֶׁהִיא נִזּוֹקַת הַרְבֵּה בַּעֲבֵירָה הַהִיא, אֵינוֹ חָשׁ וְאֵינוֹ שָׂם עַל לֵב.
« Que ce soit Ta volonté que la crainte du Ciel soit sur vous comme la crainte de la chair et du sang. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que l'âme est désignée par le mot chamayim, ciel, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, sur (Tehilim 50,4) « Il appelle le ciel d'en haut », c'est l'âme, « et la terre, pour juger Son peuple », c'est le corps. Il leur dit donc qu'ils craignent et ménagent l'âme, appelée ciel, comme ils craignent et ménagent la chair et le sang de leur corps. Sache-le : l'homme qui commet une faute ménage son corps, de peur d'être couvert de honte ou châtié, et c'est pourquoi il ne veut pas que la chose soit révélée aux hommes ; mais de l'âme, qui est gravement lésée par cette faute, il ne se soucie pas et n'en tient aucun compte.
💡 Explication

La bénédiction demandée paraît faible, et les disciples s'en étonnent : la crainte du Ciel devrait dépasser la crainte des hommes. Le maître répond par un fait d'observation : l'homme qui faute en secret prend soin d'échapper au regard humain, ce qui mesure exactement l'écart entre les deux craintes.

11
בִּשְׁעַת פְּטִירָתוֹ, אָמַר לָהֶם: פַּנּוּ כֵּלִים מִפְּנֵי הַטֻּומְאָה, וְהָכִינוּ כִּסֵּא לְחִזְקִיָּהוּ מֶלֶךְ יְהוּדָה שֶׁבָּא.

Au moment de son décès, il leur dit : écartez les ustensiles à cause de l'impureté, et préparez un siège pour Hizkiyahou roi de Yehouda, qui vient.

📜 Rachi (2)
מִפְּנֵי הַטֻּומְאָה טֻומְאַת אֹהֶל הַמֵּת בְּכָל הַבַּיִת:
À cause de l'impureté - l'impureté de la tente du mort, qui atteint toute la maison.
לְחִזְקִיָּהוּ שֶׁבָּא אֵלַי לְלַוּוֹתִי:
Pour Hizkiyahou qui vient - vers moi, pour m'accompagner.
12
מַתְנִי׳ רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: בְּכָל יוֹם וְיוֹם מִתְפַּלֵּל אָדָם שְׁמֹנֶה עֶשְׂרֵה. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מֵעֵין שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אִם שְׁגוּרָה תְּפִלָּתוֹ בְּפִיו — מִתְפַּלֵּל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה, וְאִם לָאו — מֵעֵין שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה.

MICHNA. Rabban Gamliel dit : chaque jour, l'homme prie dix-huit [bénédictions].

Rabbi Yehochoua dit : un abrégé des dix-huit. Rabbi Akiva dit : si sa prière lui est courante à la bouche, il prie les dix-huit ; sinon, un abrégé des dix-huit.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' מֵעֵין שְׁמֹנֶה עֶשְׂרֵה בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ:
Michna. Un abrégé des dix-huit - la guemara l'explique.
💡 Explication

Nouvelle michna, qui porte sur la forme même de la amida. Rabban Gamliel exige chaque jour le texte entier ; Rabbi Yehochoua se contente d'un abrégé, le meein chemone essré que la guemara identifiera plus loin ; Rabbi Akiva fait dépendre la forme de l'aisance de celui qui prie.

13
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: הָעוֹשֶׂה תְּפִלָּתוֹ קֶבַע — אֵין תְּפִלָּתוֹ תַּחֲנוּנִים.

Rabbi Eliezer dit : celui qui fait de sa prière une chose fixe (keva), sa prière n'est pas une supplication.

💡 Explication

La michna ajoute une exigence de qualité : la prière doit rester une téhina, une supplication. Le mot keva, ce qui est fixe, recevra plusieurs définitions dans la guemara du folio suivant : un fardeau que l'on acquitte, une récitation sans nouveauté, une prière dite comme une lecture.

14
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: הַהוֹלֵךְ בִּמְקוֹם סַכָּנָה, מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה, וְאוֹמֵר: ״הוֹשַׁע ה׳ אֶת עַמְּךָ אֵת שְׁאֵרִית יִשְׂרָאֵל, בְּכָל פָּרָשַׁת הָעִבּוּר יִהְיוּ צָרְכֵיהֶם לְפָנֶיךָ. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Rabbi Yehochoua dit : celui qui marche dans un lieu de danger prie une prière courte et dit : « Sauve, ה' , Ton peuple, le reste d'Israël ; à chaque carrefour (parachat haibour), que leurs besoins soient devant Toi. Béni sois-Tu, ה' , qui écoutes la prière. »

📜 Rachi (2)
הוֹשֵׁעַ ה' וְכוּ' זוֹ תְּפִלָּה קְצָרָה:
Sauve, ה' , etc. - voilà la prière courte.
בְּכָל פָּרָשַׁת הָעִבּוּר כו' מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
À chaque parachat haibour, etc. - la guemara l'explique.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא א"ר יוֹסֵי פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וְנִכְנַסְתִּי לְחֻורְבָּה אַחַת מֵחֻורְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם לְהִתְפַּלֵּל. וּבָא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְשָׁמַר לִי עַל הַפֶּתַח וְהִמְתִּין לִי עַד שֶׁסִּיַּימְתִּי אֶת תְּפִלָּתִי לְאַחַר שֶׁסִּייַּמְתִּי תְּפִלָּתִי אָמַר לִי שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי. אָמַרְתִּי לוֹ שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי וּמוֹרִי. אָמַר לִי בְּנִי מִפְּנֵי מַה נִכְנַסְתָּ לְחֻורְבָּה זוֹ. אָמַרְתִּי לוֹ לְהִתְפַּלֵּל. אָמַר לִי הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ. אָמַרְתִּי לוֹ מִתְייָרֵא הָיִיתִי שֶׁמָּא יַפְסִיקוּ בִּי עוֹבְרֵי דְּרָכִים. אָמַר לִי הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה לָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ ג' דְּבָרִים לִמַּדְתִּי שֶׁמִּתְפַּלְּלִין בַּדֶּרֶךְ. וְלָמַדְתִּי שֶׁמִּתְפַּלְּלִין תְּפִלָּה קְצָרָה. וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִכְנָסִין לְחֻורְבָּה. וְהַתְּפִלָּה הַקְּצָרָה הַייְנוּ הֲבִינֵנוּ. אֲבָל הָא דְאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כֹּח:) מִתְפַּלֵּל אָדָם תְּפִלָּה קְצָרָה וְאוֹמֵר הוֹשַׁע ה' אֶת עַמְּךָ וְגוֹ' הַיְינוּ דַּוְקָא בִּמְקוֹם גְּדוּדֵי חַיּוֹת וְלִיסְטִים אֲבָל בַּדֶּרֶךְ שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה לֹא: ת"ר מִפְּנֵי ג' דְּבָרִים אֵין נִכְנָסִין לְחֻורְבָּה מִפְּנֵי חֲשָׁד. וּמִפְּנֵי מַפֹּולֶת. וּמִפְּנֵי מַזִּיקִים :
Il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : une fois, je marchais en chemin et j'entrai dans l'une des ruines de Jérusalem pour y prier. Eliahou, dont le souvenir est pour le bien, vint, monta la garde pour moi à l'entrée et m'attendit jusqu'à ce que j'aie achevé ma prière. Quand j'eus achevé ma prière, il me dit : la paix sur toi, mon maître. Je lui dis : la paix sur toi, mon maître et mon docteur. Il me dit : mon fils, pour quelle raison es-tu entré dans cette ruine ? Je lui dis : pour prier. Il me dit : tu aurais dû prier sur le chemin. Je lui dis : je craignais que des passants ne m'interrompent. Il me dit : tu aurais dû prier une prière courte. À cette heure-là, j'ai appris de lui trois choses : j'ai appris qu'on prie sur le chemin, j'ai appris qu'on prie une prière courte, et j'ai appris qu'on n'entre pas dans une ruine. Et la prière courte, c'est havinénou. Quant à ce qui est dit plus loin (Berakhot 28b), qu'un homme prie une prière courte et dit « Sauve, ה' , Ton peuple », etc., cela vaut uniquement dans un lieu de bandes de bêtes sauvages et de brigands ; sur un chemin qui n'est pas un lieu de danger, non. Nos maîtres ont enseigné : pour trois raisons on n'entre pas dans une ruine : à cause du soupçon, à cause de l'effondrement, et à cause des démons (mazikim).
💡 Explication

La michna prévoit un texte de secours pour celui que le danger empêche de prier à loisir. Elle demande la même chose que la amida en une phrase : une demande pour l'ensemble d'Israël, la mention des besoins, et la formule de clôture « qui écoutes la prière ».

Le Roch précise le partage : la prière courte de référence est havinénou, l'abrégé en une bénédiction ; la formule de notre michna est réservée aux endroits où rôdent bêtes sauvages et brigands.

15
הָיָה רוֹכֵב עַל הַחֲמוֹר — יֵרֵד וְיִתְפַּלֵּל, וְאִם אֵינוֹ יָכוֹל לֵירֵד — יַחֲזִיר אֶת פָּנָיו. וְאִם אֵינוֹ יָכוֹל לְהַחֲזִיר אֶת פָּנָיו — יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים. הָיָה מְהַלֵּךְ בִּסְפִינָה אוֹ בְּאַסְדָּא — יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים.

S'il était monté sur un âne, il descend et prie ; s'il ne peut pas descendre, il tourne son visage ; s'il ne peut pas tourner son visage, il dirige son cœur vers la maison du Saint des saints. S'il allait en bateau ou sur un radeau (asda), il dirige son cœur vers la maison du Saint des saints.

📜 Rachi (3)
אִם אֵינוֹ יָכוֹל לֵירֵד שֶׁאֵין לוֹ מִי שֶׁיֹּאחַז אֶת חֲמוֹרוֹ:
S'il ne peut pas descendre - parce qu'il n'a personne pour tenir son âne.
יַחֲזִיר אֶת פָּנָיו לְצַד יְרוּשָׁלַיִם:
Il tourne son visage - du côté de Jérusalem.
בְּאַסְדָּא כְּמוֹ וַתָּשֶׂם בַּסַּד רַגְלִי (אִיּוֹב י״ג:כ״ז) בֵּית הַסֹּהַר שֶׁקּוֹרִין ציפ"ש בְּלַעַ"ז. לָשׁוֹן אַחֵר עֵצִים הַקְּשׁוּרִים זֶה עִם זֶה הַרְבֵּה יַחַד וּבִלְשׁוֹן מִקְרָא קוֹרֵא אוֹתָם רַפְסוֹדוֹת (ד"ה ב) וּבְלַעַ"ז רדיי"ל וּבִלְשׁוֹן אַשְׁכְּנַז ולו"ס וּמְשִׁיטָן בַּנָּהָר לְהוֹלִיכָן מִמָּקוֹם לְמָקוֹם וִיכוֹלִין לְהַלֵּךְ עֲלֵיהֶן כְּמוֹ בִּסְפִינָה:
Sur un asda - comme dans « Tu mets mes pieds dans les ceps » (Job 13,27) : la prison qu'on appelle cipes en langue vernaculaire. Autre explication : de nombreuses pièces de bois attachées les unes aux autres, que l'Écriture appelle refassdot (II Chroniques), radel en langue vernaculaire et vlos en langue d'Achkenaz ; on les fait flotter sur le fleuve pour les mener d'un lieu à un autre, et l'on peut y marcher comme sur un bateau.
💡 Explication

La michna ordonne trois niveaux d'exigence pour l'orientation de la prière, chacun prenant le relais quand le précédent devient impossible. Descendre de l'âne vaut mieux, car l'assise en selle nuit à la concentration ; à défaut, tourner le visage ; à défaut encore, diriger le cœur.

🖼️ Schéma
Prier en voyage : la cascade des exigences 1. Descendre de l'âne Prier au sol, posé, tourné vers Jérusalem. -> 2. Tourner le visage S'il n'a personne pour tenir sa monture. -> 3. Diriger le cœur Vers la maison du Saint des saints. Bateau ou radeau : le voyageur ne maîtrise ni l'arrêt ni l'orientation ; la michna passe directement au troisième niveau, l'intention du cœur. Principe : ce qui est empêché tombe, ce qui reste possible reste obligatoire.
Trois niveaux d'orientation, chacun prenant le relais lorsque le précédent devient impossible.
16
גְּמ׳ הָנֵי שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה כְּנֶגֶד מִי?

GUEMARA. Ces dix-huit, à quoi répondent-elles ?

17
אָמַר רַבִּי הִלֵּל בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: כְּנֶגֶד שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה אַזְכָּרוֹת שֶׁאָמַר דָּוִד בְּ״הָבוּ לַה׳ בְּנֵי אֵלִים״. רַב יוֹסֵף אָמַר: כְּנֶגֶד שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה אַזְכָּרוֹת שֶׁבִּקְרִיאַת שְׁמַע. אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּנֶגֶד שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה חֻולְיוֹת שֶׁבַּשִּׁדְרָה.

Rabbi Hillel fils de Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : aux dix-huit mentions du Nom que David a dites dans « Rendez à ה' , fils des puissants ». Rav Yossef a dit : aux dix-huit mentions du Nom qui se trouvent dans la lecture du Chema.

Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : aux dix-huit vertèbres de la colonne vertébrale.

📜 Rachi (1)
גמ' הָבוּ לַה' בְּנֵי אֵלִים שֶׁהוּא רֶמֶז לָאָבוֹת וּגְבוּרוֹת וּקְדֻושַּׁת הַשֵּׁם כִּדְאָמְרִינַן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף לב.) מִנַּיִן שֶׁאוֹמְרִים אָבוֹת ת"ל הָבוּ לַה' בְּנֵי אֵלִים כו':
Guemara. Rendez à ה' , fils des puissants - c'est une allusion à Avot, Guevourot et Kedouchat hachem, comme nous le disons dans Roch Hachana (32a) : d'où sait-on que l'on dit Avot ? De ce qu'il est enseigné « Rendez à ה' , fils des puissants », etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּנֶגֶד שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה חֻלְיוֹת שֶׁבַּשִּׁדְרָה. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל לָמָּה בָּאוֹקָמְתָּא דְּרַב יוֹסֵף נָקֵיט הַשַּׁ"ס רַב יוֹסֵף אָמַר שֶׁהוּא לְשׁוֹן פְּלֻוגְתָּא, לְהַשְׁמִיעֵנוּ דְּרַב יוֹסֵף פְּלִיג עַל טַעַם רַב הִלֵּל, וּבָאוֹקָמְתָּא דְּרַבִּי תַּנְחוּם נָקֵיט א"ר תַּנְחוּם, שֶׁלָּשׁוֹן זֶה מוֹרֶה שֶׁלֹּא בָּא לַחֲלֹוק עַל טְעָמִים הָאֲמוּרִים אֶלָּא בָּא לְהוֹסִיף, יְעַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּעַל רַב יוֹסֵף לֹא שַׁיָּיךְ לוֹמַר שֶׁבָּא לְהוֹסִיף טַעַם, כִּי מָה חִידֵּשׁ בְּטַעַם זֶה, דְּרַב הִלֵּל אָמַר כְּנֶגֶד י"ח אַזְכָּרוֹת, וְהוּא אָמַר כְּנֶגֶד י"ח אַזְכָּרוֹת, וְאַדְּרַבָּה, עָדִיף לוֹמַר כִּדְנָקֵיט רַב הִלֵּל, שֶׁהוּא כְּנֶגֶד י"ח אַזְכָּרוֹת דְּמִזְמוֹר, מִשּׁוּם דְּהָתָם כָּל הָאַזְכָּרוֹת הֵם הויו"ת, וְהָכִי נָמֵי הָכָא בִּבְרָכוֹת, מַה שֶׁאֵין כֵּן אַזְכָּרוֹת דִּקְרִיאַת שְׁמַע לָאו כֻּולָּם הויו"ת, וְאִם כֵּן מַה בָּא לְהוֹסִיף רַב יוֹסֵף, אֶלָּא וַדַּאי צָרִיךְ לְהָבִין שֶׁבָּא לַחֲלֹוק וְלֵית לֵיהּ טַעַם רַב הִלֵּל, וְהַיְינוּ דְּמַה שַׁייָּכוּת לְמִזְמוֹר זֶה בִּתְפִילָּה זֶה לְתַקֵּן כְּנֶגְדּוֹ, אֲבָל אִם נֹאמַר כְּנֶגֶד אַזְכָּרוֹת דִּקְרִיאַת שְׁמַע, יֵשׁ לָזֶה שַׁיָּיכוּת עִם הַתְּפִילָּה, דִּקְרִיאַת שְׁמַע וּתְפִילָּה בָּאִים בְּיַחַד בְּכָל יוֹם, וּכְפִי הַסּוֹד נִתְקְנָה הַקְרִיאַת שְׁמַע לְצֹורֶךְ הָעֲמִידָה שֶׁל י"ח, לְכָךְ נָקֵיט רַב יוֹסֵף אָמַר, לָשׁוֹן דְּמַשְׁמַע דִּפְלִיג דְּלֵית לֵיהּ לְהַאי טַעְמָא דְּרַבִּי הִלֵּל, אֲבָל בָּאוֹקָמְתָּא דְּרַבִּי שֶׁהוּא עִנְיָן אַחֵר בִּפְנֵי עַצְמוֹ, שַׁיָּיךְ לוֹמַר שֶׁבָּא לְהוֹסִיף, וְאִית לֵיהּ טַעַם הַקּוֹדֵם, וּסְבִירָא לֵיהּ דְּמִשּׁוּם הָא וְהָא נִתְקְנוּ.
« Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : aux dix-huit vertèbres de la colonne vertébrale. » Le Tsalah, de mémoire bénie, a demandé pourquoi, pour l'explication de Rav Yossef, le Talmud dit « Rav Yossef a dit », qui est une formule de controverse, pour nous apprendre que Rav Yossef s'oppose au motif de Rav Hillel, tandis que pour l'explication de Rabbi Tanhoum il dit « Rabbi Tanhoum a dit », formule qui indique qu'il ne vient pas contredire les motifs précédents mais ajouter ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'à propos de Rav Yossef on ne peut pas dire qu'il vient ajouter un motif, car qu'aurait-il innové ? Rav Hillel dit : en face de dix-huit mentions du Nom, et lui aussi dit : en face de dix-huit mentions du Nom. Bien plus, il vaudrait mieux dire comme Rav Hillel, en face des dix-huit mentions du psaume, puisque la toutes les mentions sont le Nom de quatre lettres, comme dans les bénédictions, tandis que les mentions de la lecture du Chema ne le sont pas toutes. Qu'ajouterait donc Rav Yossef ? Il faut donc bien comprendre qu'il vient contredire et qu'il ne retient pas le motif de Rav Hillel : quel rapport ce psaume aurait-il avec cette prière, pour qu'on l'institué en face de lui ? Si l'on dit en revanche en face des mentions de la lecture du Chema, il y a là un rapport avec la prière, puisque le Chema et la prière viennent ensemble chaque jour, et que selon le sod la lecture du Chema a été instituée pour les besoins de la amida des dix-huit. C'est pourquoi il dit « Rav Yossef a dit », formule qui indique qu'il conteste et qu'il ne retient pas le motif de Rabbi Hillel. Mais pour l'explication de Rabbi Tanhoum, qui est une chose d'un autre ordre, on peut dire qu'il vient ajouter, qu'il retient le motif précédent, et qu'il tient que l'institution s'est faite pour l'un et pour l'autre.
💡 Explication

Trois dérivations du chiffre dix-huit. Les deux premières comptent des mentions du Nom : dans le psaume 29 pour Rabbi Hillel, dans le Chema pour Rav Yossef. La troisième quitte le verset pour le corps : les dix-huit vertèbres de la colonne, ce qui rattachera aussitôt la prière au geste de l'inclinaison.

18
וְאָמַר רַבִּי תַּנְחוּם אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיִּכְרַע עַד שֶׁיִּתְפַּקְּקוּ כָּל חֻולְיוֹת שֶׁבַּשִּׁדְרָה.

Et Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : celui qui prie doit s'incliner jusqu'à ce que toutes les vertèbres de la colonne se détachent.

📜 Rachi (1)
שֶׁיִּתְפַּקְּקוּ שֶׁיִּרְאוּ הַפְּקָקִים הֵם הַקְּשָׁרִים כְּמוֹ שֶׁשָּׁנִינוּ (ב"ב פ:) בְּקָנִים וּבִגְפָנִים מִן הַפְּקָק שֶׁלְּמַעְלָה וְהִיא הַקֶּשֶׁר שֶׁחֲלַל הַקָּנֶה פָּקוּק וְסָתוּם שָׁם:
Qu'elles se détachent - que se voient les pekakim, c'est-à-dire les nœuds, comme nous avons appris (Baba Batra 80b) au sujet des roseaux et des vignes « depuis le nœud qui est au-dessus » : c'est le nœud où le creux du roseau est bouche et obstrué.
19
עֻולָּא אָמַר: עַד כְּדֵי שֶׁיִּרְאֶה אִיסָּר כְּנֶגֶד לִבּוֹ. רַבִּי חֲנִינָא אָמַר: כֵּיוָן שֶׁנִּעֲנַע רֹאשׁוֹ — שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ. אָמַר רָבָא: וְהוּא דִּמְצַעֵר נַפְשֵׁיהּ, וּמֶחֱזֵי כְּמַאן דְּכָרַע.

Oulla a dit : jusqu'à voir un issar en face de son cœur. Rabbi Hanina a dit : dès qu'il a incliné la tête, il n'a plus besoin de davantage.

Rava a dit : à condition qu'il se fasse violence et qu'il paraisse comme celui qui s'incline.

📜 Rachi (2)
אִיסָּר שְׁנֵי קְמָטִים אֶחָד מִלְּמַטָּה וְאֶחָד מִלְמַעְלָה וּכְאִיסָּר רֹוחַב בָּשָׂר בָּאֶמְצַע:
Un issar - deux plis, l'un en bas et l'autre en haut, avec au milieu une largeur de chair comme un issar.
דִּמְצַעֵר נַפְשֵׁיהּ שֶׁהוּא נִיכָּר שֶׁחָפֵץ לִכְרֹועַ אֶלָּא שֶׁהוּא מִצְטַעֵר:
Qu'il se fasse violence - qu'on voie qu'il désire s'incliner et qu'il en souffre.
💡 Explication

Trois mesures de l'inclinaison, de la plus exigeante à la plus accessible. Rabbi Hanina allège pour celui que l'âge ou le corps empêchent, et Rava pose la limite de cet allégement : l'effort doit rester visible.

🖼️ Schéma
Jusqu'où s'incliner : trois mesures R. Yehochoua ben Levi Jusqu'à ce que toutes les vertèbres se détachent. Mesure sur le dos. Oulla Jusqu'à voir un issar en face de son cœur. Mesure sur le devant. Rabbi Hanina Dès qu'il a incliné la tête, il en a assez fait. Allégement. Rava borne l'allégement de Rabbi Hanina : il vaut pour celui qui se fait violence et dont l'effort se voit, de sorte qu'il ait l'apparence de celui qui s'incline.
Deux mesures exigeantes, un allégement, et la condition posée par Rava pour en bénéficier.
20
הָנֵי תְּמָנֵי סְרֵי?! תְּשַׁסְרֵי הָוְויָן!

Ces dix-huit ? Elles sont dix-neuf !

21
אָמַר רַבִּי לֵוִי: בִּרְכַּת הַמִּינִים בְּיַבְנֶה תִּקְּנוּהָ. כְּנֶגֶד מִי תִּקְּנוּהָ.

Rabbi Levi a dit : la bénédiction contre les minim, c'est à Yavne qu'on l'a instituée. En face de quoi l'a-t-on instituée ?

📜 Rachi (1)
בְּיַבְנֶה תִּקְּנוּהָ לְאַחַר זְמַן מְרֻובֶּה:
C'est à Yavne qu'on l'a instituée - longtemps après.
💡 Explication

L'objection est arithmétique : la amida en compte dix-neuf. La réponse est historique : la birkat haminim a été ajoutée à Yavne, après la destruction, longtemps après l'institution des dix-huit. Le compte des trois dérivations vise donc l'état ancien.

22
אָמַר רַבִּי לֵוִי לְרַבִּי הִלֵּל בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: כְּנֶגֶד ״אֵל הַכָּבוֹד הָרָעִים״. לְרַב יוֹסֵף, כְּנֶגֶד ״אֶחָד״ שֶׁבִּקְרִיאַת שְׁמַע. לְרַבִּי תַּנְחוּם אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, כְּנֶגֶד חֻולְיָא קְטַנָּה שֶׁבַּשִּׁדְרָה.

Rabbi Levi a dit à Rabbi Hillel fils de Rabbi Chmouel bar Nahmani : en face de « le D.ieu de gloire tonne ». Pour Rav Yossef : en face du mot « Un » de la lecture du Chema.

Pour Rabbi Tanhoum au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : en face de la petite vertèbre de la colonne.

💡 Explication

Chacune des trois dérivations trouve dans sa propre source un dix-neuvième élément, resté en réserve : une mention divine du psaume qui emploie un autre nom que le Nom de quatre lettres, la proclamation de l'unité dans le Chema, et la petite vertèbre au bas de la colonne.

23
תָּנוּ רַבָּנַן: שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלֵי הִסְדִּיר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל עַל הַסֵּדֶר בְּיַבְנֶה. אָמַר לָהֶם רַבָּן גַּמְלִיאֵל לַחֲכָמִים: כְּלוּם יֵשׁ אָדָם שֶׁיּוֹדֵעַ לְתַקֵּן בִּרְכַּת הַמִּינִים? עָמַד שְׁמוּאֵל הַקָּטָן וְתִקְּנָהּ.

Nos maîtres ont enseigné : Chimon HaPakouli a rangé les dix-huit bénédictions dans l'ordre devant Rabban Gamliel, à Yavne. Rabban Gamliel dit aux sages : y a-t-il un homme qui sache instituer la bénédiction contre les minim ?

Chmouel HaKatan se leva et l'institua.

📜 Rachi (1)
הַפָּקוֹלֵי מוֹכֵר פָּקוֹלֵי צֶמֶר גֶּפֶן שֶׁקּוֹרִין קיטו"ן:
HaPakouli - marchand de pekouli, ce coton qu'on appelle keton.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלֵי הִסְדִּיר שְׁמוֹנָה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל עַל הַסֵּדֶר בְּיַבְנֶה אָמַר לָהֶם רַבָּן גַּמְלִיאֵל לַחֲכָמִים: כְּלוּם יֵשׁ אָדָם שֶׁיּוֹדֵעַ לְתַקֵּן בִּרְכַּת הַמִּינִים? נִרְאֶה לִי בס"ד סִידֵּר הַכַּוָּנוֹת שֶׁלָּהֶם לוֹמַר בְּרָכָה זוֹ כְּנֶגֶד סְפִירָה זוֹ, וְכָךְ וְכָךְ פְּרָטִים יֵשׁ בָּהּ, וְכֵן בְּרָכָה זוֹ כְּנֶגֶד סְפִירָה זוֹ, וְכַאֲשֶׁר סִידֵּר אוֹתָם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת, וּלְכָךְ בְּאוֹתוֹ מַעֲמָד נִתְעוֹרֵר רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְאָמַר לַחֲכָמִים, כְּלוּם יֵשׁ אָדָם שֶׁיּוֹדֵעַ לְתַקֵּן בִּרְכַּת הַצָּדוֹקִים?, מִפְּנֵי שֶׁרָאָה שֶׁבְּסֵדֶר הַכַּוָּנוֹת שֶׁל י"ח בְּרָכוֹת אֵין בְּרָכָה כְּנֶגֶד תִּיקּוּן הַכֶּתֶר, וְהַטַּעַם מִפְּנֵי שֶׁאֵין הַפְּגָם מַגִּיעַ שָׁם, וּלְכָךְ לֹא תִּקְּנוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה כְּנֶגֶד זֶה, אַךְ רָאָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁבַּעֲוֹנֹותֵינוּ הָרַבִּים בִּזְמַנּוֹ נִתְרַבּוּ הַמִּינִין, וּמַגִּיעַ פְּגָם הַמִּינוּת עַד הַכֶּתֶר לִהְיוֹתוֹ חָמוּר מְאֹד, וְכַנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת. וְלָכֵן רָאָה לְפִי הָעֵת הַהִיא לְצֹורֶךְ לְתַקֵּן בְּרָכָה כְּנֶגֶד זֶה, אַךְ צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה הַמְתַקֵּן חָכָם גָּדוֹל וּבַעַל רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁכּוֹחוֹ כְּמוֹ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה שֶׁיּוּכַל לְתַקֵּן דְּבָרִים מְתֻוקָּנִים וְטוֹבִים שֶׁיִּהְיֶה גָּנוּז בָּהֶם סוֹדוֹת הַשַּׁייָּכִים לְעִנְיָן זֶה, כְּדֵי שֶׁיַּעֲשׂוּ פְּרִי לְמַעְלָה כְּמוֹ נֻוסַּח שְׁאָר בְּרָכוֹת שֶׁל י"ח, שֶׁכֻּולָּם בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נִתְקְנוּ, וְאָז יֵרֵד הָאֲרִי הַגָּדוֹל הוּא הֶחָכָם הַנּוֹרָא שְׁמוּאֵל הַקָּטָן , וְתַקָּנָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ אֲשֶׁר הוֹפִיעַ עָלָיו הקב"ה, וּבֶאֱמֶת הוּא רָאוּי לְכָךְ, כִּדְאִיתָא בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יא), הָיוּ חֲכָמִים מְסֻובִּין בָּעֲלִיָּה בְּיַבְנֶה, וְיָצְאָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה יֵשׁ כָּאן אֶחָד רָאוּי שֶׁתִּשְׁרֶה עָלָיו שְׁכִינָה? נָתְנוּ עֵינֵיהֶם בִּשְׁמוּאֵל הַקָּטָן, גַּם בִּשְׁעַת פְּטִירָתוֹ נִתְנַבֵּא עַל הֲרוּגֵי מַלְכוּת, עַיֵּין שָׁם, וּבִירוּשַׁלְמִי סוֹף סוֹטָה אִיתָא, יָצְאָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה יֵשׁ שְׁנַיִם רְאוּיָם לְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ וּשְׁמוּאֵל הַקָּטָן אֶחָד מֵהֶם, עַייֵּן שָׁם, וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁרָאוּי לְכָךְ נָצְצָה בּוֹ רוּחַ הַקֹּודֶשׁ וְתִיקֵּן אוֹתָהּ הַבְּרָכָה. וְהָא דְּשָׁנָה הָאַחֶרֶת שִׁכְחָה , נִרְאֶה לִי בס"ד בַּתְּחִלָּה כְּשֶׁתִּיקֵּן אוֹתָהּ לֹא קָבְעוּ בִּתְפִילַּת הָעֲמִידָה שֶׁמִּתְפַּלְּלִין בְּכָל יוֹם, אֶלָּא קָבְעוּ אוֹתָהּ בַּעֲמִידָה שֶׁמִּתְפַּלְּלִין בְּיוֹמָא דְּרַחֲמֵי, וְהוּא בְּתַעֲנִית צִיבּוּר, וְלָכֵן לְשָׁנָה אַחֶרֶת שִׁכְחָה שֶׁלֹּא הֻורְגְּלוּ בָּהּ עֲדַייִן לְאוֹמְרָהּ בְּקֶבַע בְּכָל יוֹם בִּשְׁמוֹנָה עֶשְׂרֵה, אַךְ אַחַר כָּךְ קָבְעוּ אוֹתָהּ בְּכָל יוֹם בִּשְׁמוֹנָה עֶשְׂרֵה, וְנִרְאֶה לִי סִיבַּת הַשִּׁכְחָה גַּם כֵּן הָיָה מִצַּד תִּגְבֹּורֶת הַקְּלִיפָּה, כִּי זוֹ הַבְּרָכָה הִיא נֶגְדִּית לָהֶם, וְיָדוּעַ כִּי הַשִּׁכְחָה הִיא מִצַּד הַקְּלִיפָּה, בְּסוֹד וְאֵין שִׁכְחָה לִפְנֵי כִּסֵּא כְבוֹדֶךָ, אַךְ הוּא נִתְגַּבֵּר עַל הַקְּלִיפָּה וְהִשְׁקִיף בָּהּ שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁעוֹת וְזָכְרָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הֻוצְרַךְ ג' שָׁעוֹת לִדְחוֹת הַקְּלִיפּוֹת מִן ג' עוֹלָמוֹת 'בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂייָּה', וְהוּא עָשָׂה כַּוָּנוֹת וְיִחוּדִים בְּמֶשֶׁךְ ג' שָׁעוֹת אֵלּוּ, וְעַל יְדֵי כֵּן דָּחָה הַשִּׁכְחָה וְהִמְשִׁיךְ הַזְּכִירָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שְׁמוֹ הַטּוֹב בְּרֹאשָׁהּ וּבְסוֹפָהּ כִּי בְּרָכָה זוֹ מְסַיְּימִים בָּהּ בָּרוּךְ אַתָּה ה', ש וּבַר א וִיבַיֵּם ו מַכְנִיעַ מ יֵנִים, הֲרֵי כָּאן אוֹתִיּוֹת שמו"א מִן שָׁמוּא ל בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת הַנִּזְכָּרִים, וְאוֹת לָמֶ"ד שֶׁל שְׁמוּאֵל רָמוּז בְּרֹאשׁ הַבְּרָכָה [ ל מִינִים] . וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁנִּרְמְזָה בְּרָכָה זֶה שֶׁתִּיקֵּן שְׁמוּאֵל הַקָּטָן בִּנְבוּאָה שֶׁל בִּלְעָם, שֶׁקָּרָא אוֹי בִּנְבוּאָתוֹ עַל בְּרָכָה שֶׁעָתִיד שְׁמוּאֵל הַקָּטָן לְתַקְּנָהּ, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר כד, כג) אוֹי מִי יִחְיֶה מִשֻּׂמוֹ אֵל , תְּחַבֵּר שְׁנֵי תֵּיבוֹת יַחַד וּקְרֵי בָּהּ מִשְּׁמוּאֵל , כְּלוֹמַר מַה שֶּׁעָתִיד לְתַקֵּן בְּרָכָה בִּשְׁבִיל בִּיטּוּל הַקְּלִיפּוֹת, וְהוּא עִמָּהֶם מִין בְּמִינוֹ לְכָךְ קָרָא אוֹי.
« Chimon HaPakouli a rangé les dix-huit bénédictions dans l'ordre devant Rabban Gamliel à Yavne ; Rabban Gamliel dit aux sages : y a-t-il un homme qui sache instituer la bénédiction contre les minim ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il en ordonna les kavanot : dire telle bénédiction en face de telle sefira, avec tels détails, et telle autre en face de telle autre sefira, comme notre maître le Ari, de mémoire bénie, les a ordonnées dans le livre des Kavanot. C'est pourquoi, en cette assemblée même, Rabban Gamliel s'éveilla et dit aux sages : y a-t-il un homme qui sache instituer la bénédiction contre les tsedoukim ? Car il vit que dans l'ordre des kavanot des dix-huit bénédictions, aucune bénédiction ne répondait au tikoun du keter, la raison en étant que l'atteinte ne parvient pas jusque-là, et que les hommes de la Grande Assemblée n'avaient donc rien institué en face de cela. Mais Rabban Gamliel vit qu'à cause de nos nombreuses fautes les minim s'étaient multipliés de son temps, et que l'atteinte de la minout monte jusqu'au keter tant elle est grave, comme il est rapporté au nom de notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le livre des Kavanot. Il jugea donc nécessaire, en ce temps-là, d'instituer une bénédiction en face de cela ; mais il fallait que celui qui l'instituerait fût un très grand sage doué de roua'h hakodech, dont la force égalât celle des hommes de la Grande Assemblée, capable d'instituer des paroles bien ordonnées et bonnes où seraient enfouis les sodot qui se rapportent à cette affaire, afin qu'elles portent du fruit en haut comme le texte des autres bénédictions des dix-huit, toutes instituées par roua'h hakodech. Alors descendit le grand lion, le sage redoutable Chmouel HaKatan, et il l'institua par le roua'h hakodech dont le Saint béni soit-Il le fit resplendir ; et il en était bien digne, comme il est dit dans Sanhédrin (11) : les sages étaient attablés à l'étage à Yavne, et une voix céleste sortit et dit : il y a ici quelqu'un qui mérite que la chekhina repose sur lui. Ils posèrent les yeux sur Chmouel HaKatan ; au moment de son décès aussi, il prophétisa sur les martyrs du royaume ; voir là-bas. Dans le Yerouchalmi, à la fin de Sota, il est dit qu'une voix céleste sortit et dit : il y a deux hommes dignes du roua'h hakodech, et Chmouel HaKatan est l'un d'eux ; voir là-bas. Puisqu'il en était digne, le roua'h hakodech étincela en lui et il institua cette bénédiction. Quant au fait que l'année suivante il l'oublia, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au début, lorsqu'il l'institua, on ne la fixa pas dans la amida que l'on prie chaque jour, mais dans la amida que l'on prie au jour de miséricorde, c'est-à-dire au jeûne public ; c'est pourquoi, l'année suivante, il l'oublia, n'ayant pas encore l'habitude de la dire régulièrement chaque jour dans les dix-huit ; par la suite on la fixa chaque jour dans les dix-huit. Il me semble aussi que la cause de cet oubli tenait à la force de la kelipa, cette bénédiction lui étant contraire, et l'on sait que l'oubli vient du côté de la kelipa, selon le sod de « il n'y a pas d'oubli devant le trône de Ta gloire » ; mais il l'emporta sur la kelipa, se concentra deux ou trois heures et s'en souvint. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il lui fallut trois heures pour repousser les kelipot des trois mondes, beria, yetsira et assia, et qu'il accomplit des kavanot et des unions durant ces trois heures ; par là il repoussa l'oubli et fit venir le souvenir. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que son beau nom se trouve au début et à la fin de cette bénédiction, car on la conclut par « béni sois-Tu, ה' , qui brisés les ennemis et abaisses les minim » : les initiales de ces mots donnent les lettres chin, mem, vav, aleph du nom Chmouel, et le lamed de Chmouel est évoqué au début de la bénédiction, dans le mot la-minim. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que cette bénédiction instituée par Chmouel HaKatan a été évoquée dans la prophétie de Bilam, qui cria malheur dans sa prophétie à cause de la bénédiction que Chmouel HaKatan devait instituer, comme il est dit (Bamidbar 24,23) « malheur, qui vivra après que D.ieu l'aura établi » : joins les deux mots et lis-y mi-Chmouel, c'est-à-dire ce qu'il devait instituer comme bénédiction pour l'annulation des kelipot ; et comme il était de leur espèce, il cria malheur.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא טָעָה בְּשָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת חוֹזֵר לָרֹאשׁ בְּאֶמְצָעִיּוֹת חוֹזֵר לְאַתָּה חוֹנֵן בְּאַחֲרוֹנוֹת חוֹזֵר לָעֲבוֹדָה רַב אַסִּי אָמַר אֶמְצָעִיּוֹת אֵין לָהֶם סֵדֶר פירש"י אִם דִּילֵּג בְּרָכָה וְאַחַ"כּ נִזְכַּר בָּהּ אוֹמְרָהּ אַף שֶׁלֹּא בִּמְקוֹמָהּ וְלָא נְהִירָא דְּהָא אָמְרִינַן לְעֵיל בְּפֶ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כֹּח) שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלֵי תִּקֵּן י"ח בְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּיַבְנֶה ובפ"ב דִּמְגִילָּה דַּף יז מְפָרֵשׁ טַעְמָא לְכֻולְּהוּ לָמָּה נִסְדְּרוּ כַּסֵּדֶר הַזֶּה וְעוֹד תְּנַן בִּמְגִילָּה הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה לְמַפְרֵעַ לֹא יָצָא וּתְנָא וְכֵן בְּהַלֵּל וק"ש וּתְפִלָּה ופרשב"ם זַ"ל אֵין לָהֶם סֵדֶר שֶׁאִם טָעָה וְדִילֵּג בְּרָכָה אַחַת וּלְבַסּוֹף נִזְכַּר שֶׁשָּׁכַח יַתְחִיל מֵאוֹתָהּ בְּרָכָה שֶׁטָּעָה בָּהּ וְיֹאמַר מִכָּאן וְאֵילָךְ הַכֹּל עַל הַסֵּדֶר וא"צ לַחֲזֹור לְאַתָּה חוֹנֵן כְּמוֹ שֶׁחוֹזֵר בָּרִאשׁוֹנוֹת בְּרֹאשׁ וּבַג' אַחֲרוֹנוֹת לַעֲבוֹדָה וּרְאָיָה לַדָּבָר מִדְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּמְכִילְתִּין בפ"ב הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְטָעָה וְהִשְׁמִיט בָּהּ פָּסוּק אֶחָד לֹא יַתְחִיל וְיִקְרָא אוֹתוֹ פָּסוּק עַצְמוֹ אֶלָּא מַתְחִיל מֵאוֹתוֹ פָּסוּק וְגוֹמֵר עַד סוֹף וְכֵן בְּהַלֵּל וְכֵן בִּמְגִילָּה וְכֵן בִּתְפִלָּה וְתַנְיָא נָמֵי בפ"ב דִּמְגִילָּה דַּף יח שֶׁאִם הִשְׁמִיט פָּסוּק אֶחָד בִּמְגִילָּה חוֹזֵר וְקוֹרֵא כָּל הַסֵּדֶר מֵאוֹתוֹ פָּסוּק וְאֵילָךְ וְהָתָם מַשְׁוֶה יַחַד סֵדֶר תְּפִלָּה וּמְגִילָּה וק"ש ונ"מ לְהַךְ פֵּירוּשָׁא בְּתַעֲנִית צִבּוּר שש"ץ קוֹבֵעַ בְּרָכָה לְעַצְמוֹ וְאוֹמֵר עֲנֵנוּ בֵּין גּוֹאֵל לְרוֹפֵא אִם שִׁכְחָה וְלֹא אֲמָרָהּ בִּמְקוֹמָהּ אֵינוֹ אוֹמְרָהּ כִּי הָיָה צ"ל אַחַ"כּ כָּל הַבְּרָכָה עַל הַסֵּדֶר וְהָוְיָא בְּרָכָה לְבַטָּלָה אֲבָל לפירש"י אוֹמְרָהּ בְּמָקוֹם שֶׁהוּא נִזְכַּר וְאֵין כָּאן בְּרָכָה לְבַטָּלָה וְכֵן אִם שָׁכַח וְלֹא אָמַר הַמֶּלֶךְ הַמִּשְׁפָּט בֵּין ר"ה ליוה"כ דְּאָמְרִינַן לְעֵיל ספ"ק דְּמַחֲזִירִין אוֹתוֹ לפירש"י יֹאמַר אוֹתָהּ בְּרָכָה בַּמָּקוֹם שֶׁנִּזְכַּר וּלְפִי' רַשְׁבָּ"ם זַ"ל יַתְחִיל הָשִׁיבָה שׁוֹפְטֵנוּ וְיֹאמַר עַל הַסֵּדֶר ובה"ג פָּסַק כְּרַב אַסִּי דְּאָמַר אֵין לָהֶם סֵדֶר חֲדָא דְּרַב הוּנָא הָוֵי כְּמוֹ תַּלְמִיד חָבֵר לְגַבֵּי רַב אַסִּי וְעוֹד דְּפָרְכִינַן לְרַב הוּנָא מִמַּתְנִי' וּדְחֵיק לְשַׁנּוֹיֵי אַלִּיבֵּיהּ דְּכוּלְּהוּ אֶמְצָעִיּוֹת כַּחֲדָא בְּרָכָה דָּמְייָן וְעוֹד דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל וְכֵן פָּסַק ר"ח זַ"ל:
Rav Houna a dit : s'il s'est trompé dans les trois premières bénédictions, il revient au début ; dans les médianes, il revient à Ata honen ; dans les dernières, il revient à Avoda. Rav Assi a dit : les médianes n'ont pas d'ordre. Rachi a expliqué : s'il a sauté une bénédiction et s'en est souvenu ensuite, il la dit même hors de sa place. Cela ne paraît pas exact, car nous avons dit plus haut, au chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 28b), que Chimon HaPakouli a institué les dix-huit bénédictions dans l'ordre devant Rabban Gamliel à Yavne ; et au deuxième chapitre de Meguila (17b) on explique le motif de chacune, pourquoi elles ont été rangées selon cet ordre. De plus, nous avons appris dans Meguila : celui qui lit la meguila a l'envers ne s'est pas acquitté, et il a été enseigné : de même pour le Hallel, la lecture du Chema et la prière. Le Rachbam, de mémoire bénie, a expliqué : « elles n'ont pas d'ordre » signifie que s'il s'est trompé, a sauté une bénédiction et s'est souvenu à la fin de son oubli, il recommence à partir de la bénédiction où il s'est trompé et dit à partir de là tout le reste dans l'ordre, sans avoir à revenir à Ata honen comme il revient au début pour les premières et à Avoda pour les trois dernières. La preuve en est de ce qui a été enseigné dans la Tossefta de notre traité, chapitre 2 : celui qui lit le Chema et se trompe en y omettant un verset ne recommence pas ce verset seul, mais reprend à partir de ce verset et achève jusqu'à la fin ; de même pour le Hallel, de même pour la meguila, de même pour la prière. Il a aussi été enseigné au deuxième chapitre de Meguila (18b) que s'il a omis un verset dans la meguila, il reprend et lit tout l'ordre à partir de ce verset ; et l'on y met sur le même plan l'ordre de la prière, de la meguila et du Chema. La conséquence pratique de cette explication apparaît au jeûne public, où l'officiant fait de Anenou une bénédiction à part et la dit entre Gaal Israël et Rofe : s'il l'a oubliée et ne l'a pas dite à sa place, il ne la dit plus, car il devrait ensuite dire toute la bénédiction dans l'ordre et ce serait une bénédiction en vain ; selon Rachi en revanche, il la dit à l'endroit où il s'en souvient, et il n'y a là aucune bénédiction en vain. De même s'il a oublié de dire HaMelekh haMichpat entre Roch Hachana et Yom Kippour, cas où nous avons dit plus haut, à la fin du premier chapitre, qu'on le fait revenir : selon Rachi il dit cette bénédiction là où il s'en souvient, et selon le Rachbam, de mémoire bénie, il recommence à Hachiva chofetenou et dit dans l'ordre. Les Halakhot Guedolot ont tranché comme Rav Assi, qui dit qu'elles n'ont pas d'ordre : d'abord parce que Rav Houna est comme un talmid haver à l'égard de Rav Assi ; ensuite parce qu'on objecte à Rav Houna depuis la michna et qu'il faut forcer la réponse pour le soutenir, en disant que toutes les médianes sont considérées comme une seule bénédiction ; enfin parce que, en matière d'institution des soferim, on suit l'avis le plus indulgent. Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a tranché de même.
💡 Explication

La baraita distingue deux gestes. Chimon HaPakouli met en ordre des bénédictions déjà existantes, héritées des hommes de la Grande Assemblée. La birkat haminim, elle, doit être composée, et Rabban Gamliel cherche pour cela un homme capable de fixer un texte nouveau dans la prière.

Le choix se porte sur Chmouel HaKatan, connu pour sa douceur, ce qui écarte le soupçon d'animosité personnelle dans une bénédiction dirigée contre des adversaires.

24
לְשָׁנָה אַחֶרֶת שִׁכְחָה,

L'année suivante, il l'oublia,

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).