Berakhot 29b — Où revenir quand on a oublié une mention dans la amida ; ce qu'est une prière « keva » ; les prières abrégées en lieu de danger et la prière du voyageur

Berakhot 29b

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion ouverte en 29a sur les omissions dans la amida : celui qui s'avise trop tard d'avoir oublié la demande de pluie, et surtout celui qui a oublié « ya'alé ve-yavo » à Roch Hodech. Rabbi Yehochoua ben Levi fixe le point de retour à la bénédiction de la avoda tant que la prière n'est pas achevée ; Rav Papa et Rav Nahman bar Yits'hak précisent alors ce qui compte comme achèvement, entre le déplacement des pieds et l'habitude de dire des supplications après la prière.

La guemara revient ensuite à la michna de Rabbi Eliezer sur la prière devenue « keva » et recueille quatre définitions de ce terme, du fardeau ressenti jusqu'à la négligence des heures de faveur. Elle explique enfin la formule obscure de la michna, « parchat ha-ibour », par deux lectures de Mar Oukva, rapporte quatre versions de la prière abrégée que l'on dit en lieu de danger, et conclut par le conseil d'Eliyahou à Rav Yehouda, d'où la guemara tire la prière du voyageur.

Oubli de ya'alé ve-yavo à Roch Hodech : où revenir ? Il s'en avise pendant la amida avoda hodaa sim chalom Dans les trois cas : retour à la avoda Il a achevé la amida Deux critères discutés : 1. a-t-il déplacé ses pieds ? (Rav Papa) 2. a-t-il coutume de dire des supplications après sa prière ? (Rav Nahman bar Yits'hak) Retour au début ou à la avoda selon la réponse Les deux versions de Rav Nahman bar Yits'hak Version 1 (lachon richon) Pieds déplacés + pas de supplications = début Pieds déplacés + supplications = avoda Pieds non déplacés = avoda Version 2 (ikka de-amri) — retenue par le Rif Pieds non déplacés + supplications = avoda Pieds non déplacés + pas de supplications = début Pieds déplacés = début dans tous les cas
Où revenir après l'oubli de ya'alé ve-yavo : la réponse dépend de l'endroit où l'on s'en avise, puis de deux critères d'achèvement de la prière.
Michna : "celui qui fait de sa prière une chose fixe (keva), sa prière n'est pas supplication" — quatre lectures R. Yaakov bar Idi au nom de R. Ochaya Sa prière lui pèse comme un fardeau. Rachi : "c'est une règle fixe, je dois m'acquitter" Les Sages Il ne la dit pas sur un ton de supplication. Rabbenou Hananel : le ton de supplication suffit, même si elle pèse comme un fardeau Rabba et Rav Yossef Il ne sait pas y introduire quelque chose de nouveau. R. Zera : "je le pourrais, mais je crains de m'y perdre" Abbaye bar Avin et R. Hanina bar Avin Il ne prie pas au moment où le soleil rougeoie. Rachi : il ne cherche pas l'heure de faveur Point commun Les quatre lectures décrivent une prière accomplie comme une obligation à solder : elle est récitée sans demande personnelle, sans ton de requête, sans nouveauté, et sans égard pour le moment où elle est dite.
Les quatre définitions de la prière « keva » recueillies par la guemara, avec la précision de Rabbenou Hananel.
Les formules brèves : en lieu de danger, puis sur la route Prière abrégée (tefila ketsara) — lieu de bêtes sauvages et de brigands R. Eliezer Fais Ta volonté en haut, donne l'apaisement à ceux qui Te craignent en bas. R. Yehochoua / R. Elazar b. R. Tsadok Entends le cri (chavat) — ou : le hurlement (tséakat) de Ton peuple, et exaucé vite. Aherim — halakha tranchée par Rav Houna Les besoins de Ton peuple sont nombreux et leur esprit est court : donne à chacun sa subsistance et à chaque corps ce qui lui manque. Prière du voyageur (tefilat hadérekh) — tirée du conseil d'Eliyahou "Prends conseil auprès de ton Créateur, et pars" : conduis-moi vers la paix, dirige mes pas, soutiens-moi, délivre-moi de tout ennemi et de toute embuscade, bénis l'œuvre de mes mains, donne-moi grâce aux yeux de tous. Les quatre formules se scellent par la même clôture : Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière.
Les quatre versions de la prière abrégée du danger et la prière du voyageur, toutes closes par « choméa tefila ».
1
הָא דְּאַדְּכַר בָּתַר ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Ce cas vise celui qui s'en est avisé après la bénédiction « choméa tefila » (Toi qui écoutes la prière).

🗂️ Tossefot (1)
הָא דְּאַדְּכַר (אַחַר) [בָּתַר] שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אָז וַדַּאי מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִיהוּ אִם לֹא עָקַר רַגְלָיו אֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור לָרֹאשׁ וְלֹא לְבִרְכַּת הַשָּׁנִים אֶלָּא חוֹזֵר לְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי פ' אֵין עוֹמְדִין דְּקָאָמַר אִם לֹא שָׁאַל בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וּלְהֵיכָן חוֹזֵר ר' שִׁמְעוֹן בְּשֵׁם ר' יוֹחָנָן אָמַר בר"ח אִם עָקַר רַגְלָיו חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְאִם לָאו חוֹזֵר לָעֲבוֹדָה ה"נ אִם עָקַר רַגְלָיו חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְאִם לָאו חוֹזֵר לְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אַלְמָא מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּאֵינוֹ חוֹזֵר אֶלָּא לְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה כִּי לֹא עָקַר רַגְלָיו מִיהוּ הַיְּרוּשַׁלְמִי פְּלִיג אַגְּמָרָא דִּידַן בִּגְבוּרוֹת גְּשָׁמִים דְּהָכָא קָתָנֵי לֹא הִזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְלָא קָאָמַר לְאוֹמְרוֹ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וּבִירֻושַּׁל' קָאָמַר אִם לֹא שָׁאַל בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים אוֹמְרָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְדִכְוָותַהּ אִם לֹא הִזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים מַזְכִּיר בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וּמָה אִם שְׁאֵלָה שֶׁהִיא מִדֹּוחַק אוֹמְרָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה הַזְכָּרָה שֶׁהִיא מֵרֶיוַח לֹא כ"ש אַלְמָא דִּבְהֶדְיָא אִיתָא הָתָם דְּחוֹזֵר בִּגְבוּרוֹת גְּשָׁמִים לְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְאֶפְשָׁר לִהְיוֹת שֶׁהַגְּמָרָא שֶׁלָּנוּ לֹא חָשַׁשׁ לְפָרְשׁוֹ מִשּׁוּם הַקַּל וָחֹומֶר כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי וְהָא דְּקָתָנֵי לֹא הִזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ אַייְרֵי שֶׁלֹּא הִזְכִּיר כְּלָל בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְהָא לֵיתָא דְּהָא בַּמַּסְּקָנָא מוּקֵי הַאי מֵימְרָא בְּנִזְכַּר קֹודֶם שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה מִשּׁוּם פִּירְכָא דִּשְׁאֵלָה וּבִירוּשַׁלְמִי קָאָמַר הָיָה עוֹמֵד בָּטֵל וְהִזְכִּיר שֶׁל גֶּשֶׁם מַחֲזִירִין אוֹתוֹ פִּי' בִּימוֹת הַקַּיִץ וּפָרִיךְ וְהָא תַּנְיָא בַּטַּל וּבָרוּחוֹת לֹא חִיְּיבוּ חֲכָמִים לְהַזְכִּיר וְהָכִי פָּרֵיךְ כִּי הֵיכִי דְּאִם לֹא הִזְכִּיר כְּלָל מִטַּל אֵינוֹ עִיכּוּב וְאִם הָיָה רוֹצֶה לְהַזְכִּיר מַזְכִּיר ה"נ אִם עָמַד בָּטֵל וְהִזְכִּיר שֶׁל גֶּשֶׁם אֵין לָחוּשׁ דְּלָא גָּרַע מִלֹּא הִזְכִּיר טַל כְּלָל וּמְשַׁנֵּי דְּלָא דָּמֵי הַהוּא דְּמֵקֵל וּמְצַלֵּי לְהַהוּא דִּמְצַלֵּי וְלָא מַקֵּל פִּי' מְקַלֵּל כְּלוֹמַר אֵינוֹ דּוֹמֶה כְּשֶׁעוֹמֵד בְּטַל וְהִזְכִּיר שֶׁל גֶּשֶׁם שֶׁהוּא סִימַן קְלָלָה לְמִי שֶׁאֵינוֹ מַזְכִּיר כְּלָל לֹא טַל וְלֹא גֶּשֶׁם שֶׁאֵינוֹ מְקַלֵּל וְכֵן הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה שֶׁאִם עוֹמֵד בְּשֶׁל טַל וְהִזְכִּיר שֶׁל גֶּשֶׁם דְּמַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְאִם לֹא הִזְכִּיר מִשְּׁנֵיהֶם כְּלָל אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וַהֲדַר קָאָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי קָאֵי בְּגֶשֶׁם וְהִזְכִּיר בְּשֶׁל טַל אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וּפָרִיךְ מֵהָכָא וְהָתַנְיָא אוֹ שֶׁלֹּא הִזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וּמְשַׁנֵּי הָא דְּאַדְּכַר הָא דְּלָא אַדְּכַר הָא דְּלָא אַדְּכַר לֹא טַל וְלֹא מָטָר לְכָךְ מַחֲזִירִין אוֹתוֹ הָא דְּהִזְכִּיר שֶׁל טַל וּמָטָר וְלָא נְהִירָא דִּפְשִׁיטָא אִם הִזְכִּיר שְׁנֵיהֶם דְּאֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְאִם לֹא הִזְכִּיר כְּלָל פְּשִׁיטָא דְּמַחֲזִירִין אוֹתוֹ אֶלָּא וַדַּאי יֵשׁ לְפָרֵשׁ הָא דְּאַדְּכַר טַל הָא דְּלָא אַדְּכַר כְּלָל לֹא טַל וְלֹא מָטָר לְפִיכָךְ מַחֲזִירִין אוֹתוֹ אֲבָל אִם הִזְכִּיר טַל אַף בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְכָךְ יֵשׁ בְּנֵי אָדָם שֶׁאוֹמְרִים כָּל שָׁעָה טַל מִתּוֹךְ שֶׁהֵם רְגִילִים אִם כֵּן בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים אִם שָׁכַח מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ:
Alors, certes, on le fait revenir. Toutefois s'il n'a pas déplacé ses pieds, il n'a besoin de revenir ni au début ni à birkat hachanim, mais revient à « choméa tefila ». C'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi, chapitre Ein Omdin, où il est dit : s'il n'a pas demandé dans birkat hachanim, on le fait revenir ; et où revient-il ? Rabbi Chimon au nom de Rabbi Yo'hanan a dit : à Roch Hodech, s'il a déplacé ses pieds il revient au début, sinon il revient à la avoda ; ici de même, s'il a déplacé ses pieds il revient au début, sinon il revient à « choméa tefila ». Il ressort donc explicitement qu'il ne revient qu'à « choméa tefila » tant qu'il n'a pas déplacé ses pieds. Toutefois le Yerouchalmi diverge de notre guemara au sujet de la mention des pluies : ici on enseigne que s'il n'a pas mentionné la puissance des pluies on le fait revenir, sans dire qu'il la dise dans « choméa tefila » ; tandis que le Yerouchalmi dit : s'il n'a pas demandé dans birkat hachanim il la dit dans « choméa tefila », et pareillement s'il n'a pas mentionné la puissance des pluies dans « te'hiyat hametim » il la mentionne dans « choméa tefila » ; car si la demande, qui est de nécessité, se dit dans « choméa tefila », la mention, qui vient largement, à plus forte raison. Il y est donc explicitement dit que pour la puissance des pluies aussi il revient à « choméa tefila ». Il se peut que notre guemara ne se soit pas souciée de le préciser en raison de ce kal va-homer du Yerouchalmi, et que l'enseignement « s'il n'a pas mentionné la puissance des pluies on le fait revenir » vise celui qui ne l'a pas dite non plus dans « choméa tefila ». Cela ne tient pas, puisque la conclusion place cet enseignement dans le cas de celui qui s'en avise avant « choméa tefila », à cause de l'objection tirée de la demande. Le Yerouchalmi dit encore : s'il se tenait à la saison de la rosée et a mentionné la pluie, on le fait revenir — c'est-à-dire durant les jours d'été. Et il objecte : n'a-t-on pas enseigné que pour la rosée et les vents les Sages n'ont pas obligé à mentionner ? Voici la portée de l'objection : de même que l'absence totale de mention de la rosée n'invalide pas, et que celui qui veut la mentionner la mentionne, ainsi celui qui se tient à la saison de la rosée et mentionne la pluie ne devrait pas être inquiété, n'étant pas moins bien loti que celui qui n'a pas mentionné la rosée du tout. Et l'on répond : celui qui prie en attirant une malédiction ne ressemble pas à celui qui prie sans attirer de malédiction — « mekal » signifie ici « qui maudit » ; autrement dit, celui qui se tient à la saison de la rosée et mentionne la pluie, ce qui est un signe de malédiction, ne ressemble pas à celui qui ne mentionne ni rosée ni pluie et n'attire donc aucune malédiction. Telle est la halakha pratique : s'il se tient à la saison de la rosée et a mentionné la pluie, on le fait revenir ; s'il n'a mentionné ni l'une ni l'autre, on ne le fait pas revenir. Le Yerouchalmi dit ensuite : s'il se tenait à la saison de la pluie et a mentionné la rosée, on ne le fait pas revenir. Il objecte de notre braita : n'a-t-on pas enseigné « ou s'il n'a pas mentionné la puissance des pluies, on le fait revenir » ? Et il répond : l'un vise celui qui a mentionné, l'autre celui qui n'a pas mentionné — celui qui n'a mentionné ni rosée ni pluie, et que l'on fait donc revenir ; l'autre celui qui a mentionné la rosée et la pluie. Cela ne paraît pas juste, car il est évident que celui qui a mentionné les deux ne revient pas, et évident que celui qui n'a rien mentionné revient. Il faut donc nécessairement expliquer ainsi : l'un vise celui qui a mentionné la rosée, l'autre celui qui n'a rien mentionné du tout, ni rosée ni pluie, et que l'on fait pour cela revenir ; mais s'il a mentionné la rosée, même durant les jours de pluie, on ne le fait pas revenir. C'est pourquoi certaines personnes disent la rosée en toute saison, par habitude ; s'il en est ainsi, durant les jours de pluie, si elles oublient « machiv harouah oumorid haguechem », on ne les fait pas revenir.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם אָמַר רַב אַסִּי טָעָה וְלֹא אָמַר שְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה מֵיתִיבִי טָעָה וְלֹא אָמַר שְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים וּגְבוּרַת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ עַל הַכּוֹס ל"ק הָא בְּיָחִיד וְהָא בְּצִבּוּר בְּצִבּוּר מ"ט מִשּׁוּם דְּשַׁמְּעָהּ לָהּ מש"צ אִי הָכִי מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה מִפְּנֵי שֶׁשּׁוֹמְעָהּ מש"צ מִיבַּעְיָא לֵיהּ אֶלָּא אִידֵּי וְאִידֵּי בְּיָחִיד אֲבָל בְּצִבּוּר אַפֵּי' נִזְכַּר אַחַר שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אֵינוֹ חוֹזֵר דְּהָא שֹׁמֵיעַ לֵיהּ מש"ץ וְכֵן כָּתַב בה"ג שֶׁאִם שָׁכַח אָדָם יַעֲלֶה וְיָבֹא אוֹ כָּל דָּבָר שֶׁצָּרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל יְכַוֵּין דַּעְתּוֹ וְיִשְׁמַע מִפִּי ש"צ כָּל י"ח בְּרָכוֹת מֵרֹאשׁ וְעַד סוֹף וְיָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ כִּדְאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי ר"ה דַּף לד: כְּשֵׁם שֶׁהוּא מוֹצִיא אֶת שֶׁאֵינוֹ בָּקִי כָּךְ מוֹצִיא אֶת הַבָּקִי ואע"ג דְּאָמְרִינַן הָתָם דְּלָא פָּטַר ר"ג אֶלָּא עַם שֶׁבַּשָּׂדוֹת אֲרִיסֵי דְּאִנִּיסִי וּטְרִידִי אֲבָל דְּעִיר לֹא הַיְינוּ הֵיכָא דְּלָא הִתְפַּלֵּל כְּלָל אֲבָל הֵיכָא שֶׁכְּבָר הִתְפַּלֵּל מוֹצִיא אֶת הַבָּקִי וְכֵן פִּי' בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי פָּרָשַׁת וְיָצָא. ל"ק הָא דְּאַדְּכַר מִקַּמֵּיהּ שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה הָא דְּאַדְּכַר לְבָתַר שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וּמְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי חוֹזֵר לְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְאֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור לְבִרְכַּת הַשָּׁנִים דְּגָרְסִינַן בִּירוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין רַבִּי זֵירָא בְּשֵׁם רַב הוּנָא אָמַר אִם לֹא שָׁאַל בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים אוֹמֵר בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה דִּכְוָותֵיהּ אִם לֹא הִזְכִּיר גְּבוּרַת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים אוֹמֵר בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וּמָה אִם שְׁאֵלָה שֶׁהִיא מִדֹּוחַק אוֹמֵר בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אַזְכָּרָה שֶׁהִיא מֵרֶיוַח לכ"ש וְהָא תָּנֵי אִם לֹא שָׁאַל בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים אוֹ שֶׁלֹּא הִזְכִּיר בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ א"ר אַבָּא מָרִי אַחֲוָה דְּרַב יוֹסֵף בְּשֶׁלֹּא אָמַר בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה לְהֵיכָן חוֹזֵר ר"ש בַּר בָּא בְּשֵׁם רַבִּי יוֹחָנָן בר"ח אִם עָקַר רַגְלָיו חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְאִם לָאו חוֹזֵר לָעֲבוֹדָה אַף הָכָא אִם עָקַר רַגְלָיו חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְאִם לָאו חוֹזֵר לְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְכֵן פָּסַק ה"ר יוֹסֵף זַ"ל בְּשֵׁם ר"ח שֶׁחוֹזֵר לְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וּמִיהוּ בגמ' דִּידַן לֹא הִזְכִּיר לוֹמַר גְּבוּרַת גְּשָׁמִים בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְאֶפְשָׁר דִּפְלִיג אַיְּרוּשַׁלְמִי בְּהָא אוֹ שֶׁמָּא פָּשׁוּט הָיָה לוֹ הק"ו כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי מִיהוּ מָצָאתִי בְּרוֹב הַסְּפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן טָעָה וְלֹא אָמַר הַזְכָּרָה בִּתְחִיַּית הַמֵּתִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ שְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְגַם רַב אִלְפָּס זַ"ל הֵבִיא כֵּן אַלְמָא פְּלִיג אַיְּרוּשַׁלְמִי וא"ת הָא אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת דַּף לג.) בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַב שֵׁשֶׁת טָעָה בְּזוֹ וּבָזוֹ מַהוּ אֲמַר לְהוּ חוֹזֵר לְרֹאשׁ פִּי' שֶׁתִּיקְּנוּ הַבְדָּלָה בִּתְפִלָּה וְעַל הַכּוֹס כְּשֶׁטָּעָה בַּתְּפִלָּה אוֹמְרָהּ עַל הַכּוֹס וא"צ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל וְאִי טָעָה עַל הַכּוֹס חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל הָכָא נָמֵי כֵּיוָן שֶׁטָּעָה וְלֹא הִזְכִּיר בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה הָיָה לוֹ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ לְבִרְכַּת הַשָּׁנִים וְשֶׁמָּא יֵשׁ לְחַלֵּק דְּשָׁאנֵי הָכָא די"ח בְּרָכוֹת כֻּולָּן כִּתְפִלָּה אַחַת הֵן וְלָא אַטְרְחוּהוּ רַבָּנָן לַחֲזֹור לְרֹאשׁ כְּמוֹ גַּבֵּי הַבְדָּלָה שֶׁנִּתְקְנָה בִּתְפִלָּה וְעַל הַכּוֹס דִּתְרֵי עִנְיְנֵי נִינְהוּ ובה"ג כָּתַב דְּאִי אִידְּכַר קַמֵּי שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אוֹמְרָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וְאִי לָא הָדַר לָרֹאשׁ וּמַשְׁמַע שר"ל אִם לֹא אֲמָרָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה חוֹזֵר לְבִרְכַּת הַשָּׁנִים דְּהַיְינוּ רֵישָׁא דִּידְהוּ וְלִישָּׁנָא לָא מַשְׁמַע דְּאַיְירֵי כְּשֶׁסִּייֵּם כָּל י"ח בְּרָכוֹת וְאָז חוֹזֵר לְרֹאשׁ י"ח וְנִרְאֶה דְּסָבְרִי ה"ג דִּגְמָ' דִּידַן פְּלִיג אַיְּרוּשַׁלְמִי מֵהַהִיא דְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין טָעָה בָּזוֹ וּבָזוֹ וְכָל דִּבְרֵיהֶם דִּבְרֵי קַבָּלָה וְיֵשׁ לִסְמֹוךְ עֲלֵיהֶם וְכֵן כָּתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל עוֹד כָּתַב שָׁם בִּירוּשַׁלְמִי א"ר זֵירָא בְּשֵׁם רַבִּי חֲנִינָא הָיָה עוֹמֵד בְּטַל וְהִזְכִּיר גֶּשֶׁם מַחֲזִירִין אוֹתוֹ בְּגֶשֶׁם וְהִזְכִּיר טַל אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ בְּטַל וְהִזְכִּיר שֶׁל גֶּשֶׁם מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְהָתַנְיָא בְּטַל וּבְרוּחוֹת לֹא חִיְּיבוּהוּ חֲכָמִים לְהַזְכִּיר וְאִם רָצָה לְהַזְכִּיר מַזְכִּיר וקס"ד דְּהָא דְּקָאָמַר בְּטַל וְהִזְכִּיר שֶׁל גֶּשֶׁם מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִשּׁוּם דְּלָא הִזְכִּיר טַל הוּא דְּמַחֲזִירִין אוֹתוֹ וּלְהָכִי פָּרֵיךְ כֵּיוָן דְּלָא חִיְּיבוּהוּ חֲכָמִים לְהַזְכִּיר אַמַּאי מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וּמְשַׁנֵּי דְּלָא דָּמֵי הַהוּא דִּמְצַלֵּי וּמֵיקֵל לְהַהוּא דְּלָא מְצַלֵּי וְלָא מֵיקֵל כְּלוֹמַר הָא דְּמַחֲזִירִין לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא הִזְכִּיר טַל אֶלָּא לְפִי שֶׁעוֹמֵד בְּשָׁעָה שֶׁאֵין מַזְכִּירִין אֶלָּא טַל דְּהַיְינוּ בַּקַּיִץ וְהִזְכִּיר גֶּשֶׁם שֶׁהוּא סִימַן קְלָלָה וְהַייְנוּ דְּלָא דָּמֵי הַהוּא דִּמְצַלֵּי וּמֵיקֵל כְּלוֹמַר שֶׁהִזְכִּיר גְּשָׁמִים שֶׁלֹּא בְּעוֹנָתָם לְהַהוּא דְּלָא מְצַלֵּי וְלֹא מֵיקֵל פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא אָמַר לֹא טַל וְלֹא מָטָר וְתוּ פָּרֵיךְ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בְּגֶשֶׁם וְהִזְכִּיר שֶׁל טַל אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְהָתַנְיָא אִם לֹא שָׁאַל בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים וְלֹא הִזְכִּיר בְּבִרְכַּת הַמֵּתִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ בְּהַהוּא דְּלָא אִידְּכַר לֹא טַל וְלֹא מָטָר כְּלוֹמַר אִם לֹא הִזְכִּיר כְּלָל מַחֲזִירִין אֲבָל אִם הִזְכִּיר טַל אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ כָּל זֶה בְּהַזְכָּרַת גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים וְהָא דְּקָאָמַר מָטָר לָאו דַּוְקָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְלֹא גֶּשֶׁם אֲבָל לְעִנְיַן שְׁאֵלָה שֶׁהוּא תְּפִלָּה אִם לֹא הִזְכִּיר מָטָר מַחֲזִירִין אוֹתוֹ:
Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rav Assi : celui qui s'est trompé et n'a pas dit la demande de pluie dans birkat hachanim, on ne le fait pas revenir, parce qu'il peut la dire dans « choméa tefila ». On objecte : celui qui s'est trompé et n'a pas dit la demande dans birkat hachanim, ou la puissance des pluies dans « te'hiyat hametim », on le fait revenir ; la havdala dans « honèn hadaat », on ne le fait pas revenir, parce qu'il peut la dire sur la coupe. Pas de difficulté : l'un vise l'individu, l'autre la communauté. En communauté, quelle en est la raison ? Parce qu'il l'entend de l'officiant. S'il en est ainsi, au lieu de « parce qu'il peut la dire dans choméa tefila » il aurait fallu dire « parce qu'il l'entend de l'officiant ». Il faut donc dire que l'un et l'autre visent l'individu ; en communauté, même s'il s'en avise après « choméa tefila », il ne revient pas, puisqu'il l'entend de l'officiant. Ainsi a écrit le Halakhot Guedolot : celui qui a oublié « ya'alé ve-yavo », ou toute chose qui oblige à répéter la prière, qu'il dirige son attention et écoute de la bouche de l'officiant les dix-huit bénédictions du début à la fin, et il sera quitte, comme nous disons à la fin de Roch Hachana (34b) : de même qu'il rend quitte celui qui n'est pas expert, ainsi il rend quitte l'expert. Et bien que nous disions là-bas que Rabban Gamliel n'a exempté que les gens des champs, contraints et accaparés, mais non les gens de la ville, cela vise celui qui n'a pas prié du tout ; mais celui qui a déjà prié, l'officiant rend quitte même l'expert. Ainsi l'a expliqué le Chelltot de Rav Ahaï, parachat Vayetse. « Pas de difficulté : l'un vise celui qui s'en avise avant choméa tefila, l'autre celui qui s'en avise après choméa tefila. » Le Yerouchalmi précise qu'il revient à « choméa tefila » et n'a pas besoin de revenir à birkat hachanim ; nous lisons en effet au Yerouchalmi, chapitre Ein Omdin : Rabbi Zera au nom de Rav Houna a dit : s'il n'a pas demandé dans birkat hachanim, il le dit dans « choméa tefila » ; de même s'il n'a pas mentionné la puissance des pluies dans « te'hiyat hametim », il le dit dans « choméa tefila » ; et si la demande, qui est de nécessité, se dit dans « choméa tefila », la mention, qui vient largement, à plus forte raison. Et l'on enseigne : s'il n'a pas demandé dans birkat hachanim ou s'il n'a pas mentionné dans la bénédiction des morts, on le fait revenir ! Rabbi Abba Mari, frère de Rav Yossef, a dit : il s'agit du cas où il ne l'a pas dit dans « choméa tefila ». Et où revient-il ? Rabbi Chimon bar Ba au nom de Rabbi Yo'hanan : à Roch Hodech, s'il a déplacé ses pieds il revient au début, sinon il revient à la avoda ; ici de même, s'il a déplacé ses pieds il revient au début, sinon il revient à « choméa tefila ». Ainsi a tranché Rabbenou Yossef au nom de Rabbenou Hananel : il revient à « choméa tefila ». Toutefois notre guemara n'a pas mentionné de dire la puissance des pluies dans « choméa tefila ». Peut-être diverge-t-elle du Yerouchalmi sur ce point, où peut-être le kal va-homer du Yerouchalmi lui était-il évident. J'ai cependant trouvé dans la plupart des livres cette leçon : s'est trompé et n'a pas dit la mention dans « te'hiyat hametim », on le fait revenir ; la demande dans birkat hachanim, on ne le fait pas revenir, parce qu'il peut la dire dans « choméa tefila ». Le Rif rapporte de même, ce qui montre qu'il diverge du Yerouchalmi. Et si tu objectes : n'avons-nous pas dit plus loin, au chapitre Ein Omdin (Berakhot 33a), que l'on demanda à Rav Chechet : s'il s'est trompé dans l'une et dans l'autre, quel est le din ? Il leur répondit : il revient au début — c'est-à-dire que la havdala a été instituée dans la prière et sur la coupe : s'il s'est trompé dans la prière il la dit sur la coupe et n'a pas à répéter la prière, et s'il s'est trompé sur la coupe il répète la prière. Ici de même, puisqu'il s'est trompé et n'a pas mentionné dans « choméa tefila », il aurait dû revenir au début de birkat hachanim. On peut distinguer : ici les dix-huit bénédictions comptent toutes comme une seule prière, et les Sages ne l'ont pas obligé à revenir au début, à la différence de la havdala, instituée dans la prière et sur la coupe, qui sont deux domaines distincts. Le Halakhot Guedolot a écrit que s'il s'en avise avant « choméa tefila » il la dit dans « choméa tefila », et sinon il revient au début ; il semble vouloir dire que s'il ne l'a pas dite dans « choméa tefila » il revient à birkat hachanim, qui en est le point de départ, car sa formulation ne paraît pas viser celui qui a achevé les dix-huit bénédictions et reviendrait alors au début des dix-huit. Il semble que le Halakhot Guedolot tienne que notre guemara diverge du Yerouchalmi, d'après le passage d'Ein Omdin « s'est trompé dans l'une et dans l'autre ». Toutes leurs paroles sont paroles de tradition et l'on peut s'appuyer sur elles ; ainsi a écrit le Raavad. Il est encore écrit là-bas au Yerouchalmi : Rabbi Zera a dit au nom de Rabbi Hanina : s'il se tenait à la saison de la rosée et a mentionné la pluie, on le fait revenir ; à la saison de la pluie et il a mentionné la rosée, on ne le fait pas revenir. « À la rosée et il a mentionné la pluie, on le fait revenir » — mais on a enseigné : pour la rosée et les vents les Sages n'ont pas obligé à mentionner, et s'il veut mentionner il mentionne ! On avait d'abord pensé que si l'on fait revenir celui qui se tient à la saison de la rosée et a mentionné la pluie, c'est en raison de l'omission de la rosée ; d'où l'objection : puisque les Sages n'ont pas obligé à mentionner, pourquoi le fait-on revenir ? On répond : celui qui prie en attirant une malédiction ne ressemble pas à celui qui ne prie pas et n'attire pas de malédiction. Autrement dit, le motif du retour tient à ce qu'il se tenait à la saison où l'on ne mentionne que la rosée, c'est-à-dire l'été, et qu'il a mentionné la pluie, laquelle est alors signe de malédiction ; l'omission de la rosée n'y est pour rien. Et c'est le sens de « celui qui prie en attirant une malédiction ne ressemble pas » : il a mentionné les pluies hors de leur saison ; tandis que « celui qui ne prie pas et n'attire pas de malédiction » désigne celui qui n'a dit ni rosée ni pluie. Le Yerouchalmi objecte encore : « à la saison de la pluie et il a mentionné la rosée, on ne le fait pas revenir » — mais on a enseigné : s'il n'a pas demandé dans birkat hachanim et n'a pas mentionné dans la bénédiction des morts, on le fait revenir ! Il s'agit de celui qui n'a mentionné ni rosée ni pluie ; autrement dit, s'il n'a rien mentionné du tout on le fait revenir, mais s'il a mentionné la rosée on ne le fait pas revenir. Tout ceci concerne la mention de la puissance des pluies ; et le terme « matar » employé là n'est pas exact, il aurait fallu dire « guechem ». Quant à la demande, qui relève de la requête, s'il n'a pas mentionné la pluie on le fait revenir.
💡 Explication

Le folio 29a avait opposé deux enseignements sur celui qui omet la demande de pluie dans birkat hachanim. La guemara conclut en distinguant le moment où l'orant s'en avise. Tant qu'il n'a pas atteint choméa tefila, il y insère sa demande, cette bénédiction accueillant toute requête personnelle ; passée cette bénédiction, l'issue est fermée et il revient au début de la amida.

2
אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם אָמַר רַב אַסִּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ בְּ״עֲבוֹדָה״ — חוֹזֵר לְ״עֲבוֹדָה״. נִזְכַּר בְּ״הוֹדָאָה״ — חוֹזֵר לְ״עֲבוֹדָה״. בְּ״שִׂים שָׁלוֹם״ — חוֹזֵר לְ״עֲבוֹדָה״. וְאִם סִייֵּם — חוֹזֵר לְרֹאשׁ.

Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rav Assi, au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné Roch Hodech dans la bénédiction de la « avoda » revient à la avoda. S'il s'en avise dans la « hodaa », il revient à la avoda.

Dans « sim chalom », il revient à la avoda. Et s'il a achevé, il revient au début.

🗂️ Tossefot (1)
טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ בָּעֲבוֹדָה חוֹזֵר לָעֲבוֹדָה וּבַהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת פִּי' דַּוְקָא בְּיָחִיד אֲבָל בְּצִבּוּר אֵינוֹ חוֹזֵר מִפְּנֵי שֶׁשּׁוֹמְעָהּ מש"צ מִיהוּ צָרִיךְ לְדַקְדֵּק מִפִּי הַחַזָּן כָּל אוֹת וְאוֹת שֶׁל תְּפִלָּה אע"פ שֶׁהוּא בָּקִי דְּהָא אָמְרִינַן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (פ"ד דַּף לד:) כְּשֵׁם שֶׁמּוֹצִיא אֶת שֶׁאֵינוֹ בָּקִי כָּךְ מוֹצִיא הַבָּקִי ואע"ג דְּאָמְרִינַן הָתָם לֹא פָּטַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֶלָּא הָעָם שֶׁבַּשָּׂדוֹת מִשּׁוּם דְּאִנִּיסִי וּטְרִידִי אֲבָל טָעָה לֹא יֵשׁ לוֹמַר הַיְינוּ שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל כְּלָל אֲבָל הֵיכָא שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּבָר לֹא חָשְׁבִינַן לֵיהּ כְּאִילּוּ לֹא הִתְפַּלֵּל כְּלָל וה"ה לְכָל דָּבָר שֶׁמַּחֲזִירִין אוֹתוֹ אִי הָדַר שָׁמַע לֵיהּ מִשְּׁלוּחָא דְּצִבּוּרָא מֵרֹאשׁ וְעַד סוֹף נָפֵיק וְהָרַב ר"מ פָּסַק דַּוְקָא שָׁכַח לְהַזְכִּיר שֶׁל ר"ח אֲבָל שָׁכַח בְּרָכָה שְׁלֵמָה מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְאֵינוֹ יוֹצֵא בִּשְׁמִיעָתוֹ מִשְּׁלִיחַ צִבּוּר (וְע"ע תּוֹסְ' ר"ה לד: ד"ה כָּךְ):
Le Halakhot Guedolot a expliqué que cela vaut précisément pour l'individu ; en communauté il ne revient pas, puisqu'il l'entend de l'officiant. Toutefois il doit suivre de la bouche du hazan chaque lettre de la prière, même s'il est expert, car nous disons dans Roch Hachana (chapitre 4, 34b) : de même qu'il rend quitte celui qui n'est pas expert, ainsi il rend quitte l'expert. Et bien que nous disions là-bas que Rabban Gamliel n'a exempté que le peuple des champs, parce qu'il est contraint et accaparé, mais non celui qui s'est trompé, on peut dire que cela vise celui qui n'a pas prié du tout ; mais lorsqu'il a déjà prié, nous ne le considérons pas comme s'il n'avait pas prié du tout. Il en va de même pour tout cas où l'on fait revenir : s'il écoute alors l'officiant du début à la fin, il est quitte. Et Rabbenou Meir a tranché que cela vaut précisément lorsqu'il a oublié la mention de Roch Hodech ; mais s'il a oublié une bénédiction entière, on le fait revenir et il ne se rend pas quitte en écoutant l'officiant. (Voir encore Tossefot Roch Hachana 34b, s.v. « kakh ».)
⚖️ Rosh (1)
וְאִם טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁאוֹמְרָהּ עַל הַכּוֹס כָּתַב בַּעַל ה"ג כֵּיוָן שֶׁתָּלוּי הַדָּבָר בְּכוֹס הֵיכָא שֶׁאֵין לוֹ כּוֹס צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל וה"ר יוֹנָה זַ"ל הָיָה אוֹמֵר אַף אִם לֹא הָיָה לוֹ כּוֹס מְזֻומָּן בַּלַּיְלָה אִם יוֹדֵעַ שֶׁיִּמְצָא כּוֹס לְמָחָר אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל:
« Et s'il s'est trompé et n'a pas mentionné la havdala dans « honèn hadaat », on ne le fait pas revenir, parce qu'il la dit sur la coupe. » Le Halakhot Guedolot a écrit que, la chose dépendant de la coupe, celui qui n'a pas de coupe doit répéter la prière. Rabbenou Yona disait que même s'il n'avait pas de coupe prête le soir, s'il sait qu'il en trouvera une le lendemain, il n'a pas à répéter la prière.
💡 Explication

La mention de Roch Hodech, ya'alé ve-yavo, s'insère dans la dix-septième bénédiction, celle du service du Temple (avoda, « retsé »). L'enseignement fixe un point de retour unique : tant que l'orant est encore dans les trois dernières bénédictions, il reprend à la avoda, sans répéter toute la amida. Ces trois dernières bénédictions forment en effet une unité, comme le rappellera le Roch.

🖼️ Schéma
Les trois dernières bénédictions : un seul point de retour 17. avoda (place de ya'alé ve-yavo) 18. hodaa 19. sim chalom prière achevée Retour à la avoda Retour au début de la amida (sous conditions, voir plus bas)
Tant que l'orant est encore dans les trois dernières bénédictions, il reprend à la avoda.
3
אָמַר רַב פָּפָּא בְּרֵיהּ דְּרַב אַחָא בַּר אַדָּא: הָא דַּאֲמָרָן סִייֵּם — חוֹזֵר לָרֹאשׁ, לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁעָקַר רַגְלָיו, אֲבָל לֹא עָקַר רַגְלָיו — חוֹזֵר לָעֲבוֹדָה.

Rav Papa, fils de Rav Aha bar Adda, a dit : ce que nous avons dit — s'il a achevé, il revient au début — nous ne l'avons dit que lorsqu'il a déplacé ses pieds ; mais s'il n'a pas déplacé ses pieds, il revient à la avoda.

💡 Explication

Akirat raglaïm, le déplacement des pieds, désigne les trois pas en arrière qui closent la amida. Tant que l'orant n'a pas quitté sa station, la prière reste ouverte et il lui suffit de reprendre à la avoda ; le recul marque en revanche une clôture qui oblige à tout reprendre.

4
אֲמַר לֵיהּ: מְנָא לָךְ הָא? אֲמַר לֵיהּ: מֵאַבָּא מָרִי שְׁמִיעַ לִי, וְאַבָּא מָרִי מֵרַב.

Il lui dit : d'où tiens-tu cela ? Il lui répondit : je l'ai entendu de mon père, mon maître, et mon père, mon maître, le tenait de Rav.

5
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: הָא דַּאֲמַרַן עָקַר רַגְלָיו חוֹזֵר לָרֹאשׁ לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לוֹמַר תַּחֲנוּנִים אַחַר תְּפִלָּתוֹ, אֲבָל רָגִיל לוֹמַר תַּחֲנוּנִים אַחַר תְּפִלָּתוֹ — חוֹזֵר לָעֲבוֹדָה.

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : ce que nous avons dit — s'il a déplacé ses pieds, il revient au début — nous ne l'avons dit que pour celui qui n'a pas coutume de dire des supplications après sa prière ; mais celui qui a coutume de dire des supplications après sa prière revient à la avoda.

📜 Rachi (1)
תַּחֲנוּנִים כְּגוֹן אֱ-לֹהַי נְצֹור לְשׁוֹנִי מֵרָע שֶׁאָנוּ אוֹמְרִים בַּעֲמִידָה אַחַר תְּפִלָּה:
Des supplications — par exemple « Elokaï, netsor lechoni mera » (mon D.ieu, garde ma langue du mal), que nous disons debout après la prière.
⚖️ Rosh (1)
יָתֵיב ר' זֵירָא אֲחוֹרֵי דְּרַב גִּידֵּל וְיָתֵיב רַב גִּידֵּל וְקָאָמַר קַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת בבהמ"ז אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן שַׁבָּתוֹת לִמְנוּחָה לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל בְּאַהֲבָה לְאוֹת וְלִבְרִית בָּרוּךְ מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל יו"ט אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן יָמִים טוֹבִים לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה וּלְזִכָּרוֹן בָּרוּךְ מְקַדֵּשׁ יִשְׂרָאֵל וְהַזְּמַנִּים טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן רָאשֵׁי חֳדָשִׁים לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל לְזִכָּרוֹן וְלָא יָדַעְנָא אִי אָמַר בָּהּ שִׂמְחָה אִי לָא וְלָא יָדַעְנָא אִי חָתֵם בָּהּ אִי לָא כָּתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל דְּאֵין לַחְתֹּום בָּהּ ור"י כָּתַב דְּאֵין לְשַׁנּוֹתָהּ מִשַּׁבָּת ויו"ט וְיֵשׁ לַחְתֹּום בָּהּ אֲבָל שִׂמְחָה מִסְתַּבְּרָא שֶׁלֹּא יֹאמַר דְּלָא שַׁיָּיךְ שִׂמְחָה בר"ח וְאִי אִיקְּלַע יו"ט וְשַׁבָּת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי כּוֹלֵל וְאוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן שַׁבָּתוֹת לִמְנוּחָה לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל בְּאַהֲבָה לְאוֹת וְלִבְרִית ויו"ט לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה וּלְזִכָּרוֹן בָּרוּךְ מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת וְיִשְׂרָאֵל וְהַזְּמַנִּים וְכֵן שַׁבָּת ור"ח ואע"פ שֶׁהִיא סְמוּכָה לַחֲבִירְתֵּהּ פּוֹתֵחַ בָּהּ בְּבָרוּךְ כֵּיוָן שֶׁהִיא מִדְּרַבָּנָן מִידִי דְּהָוֵי אַהַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וְעוֹד שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא אַקְרַאי בְּעָלְמָא אָמַר רַב מְנַשֶּׁה בַּר תַּחְלִיפָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא פָּתַח בְּהַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֲבָל פָּתַח בְּהַטּוֹב וְהַמֵּטִיב חוֹזֵר לָרֹאשׁ בִּרְכַּת הַזָּן כִּדְאָמְרִי' לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף כט:) גַּבֵּי י"ח שֶׁאִם עָקַר רַגְלָיו חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְכָאן אֵין עֲקִירַת הָרֶגֶל אַחֵר אֶלָּא סִילּוּק סֵדֶר בְּרָכוֹת דְּאוֹרָייְתָא הָוֵי כְּמוֹ הַפְסָקָה גְּמוּרָה וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים כֵּיוָן שֶׁעֲדַיִין לֹא סִייֵּם בִּרְכַּת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב א"צ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן דְּלָא גָּרַע בִּרְכַּת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב מִמִּי שֶׁרָגִיל לוֹמַר תַּחֲנוּנִים אַחַר תְּפִלָּתוֹ שֶׁאִם טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בַּעֲבוֹדָה כָּל זְמַן שֶׁלֹּא סִיֵּים תַּחֲנוּנִים א"צ לַחֲזֹור כָּל הַתְּפִלָּה ה"נ כָּל זְמַן שֶׁלֹּא סִייֵּם בִּרְכַּת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור לְבִרְכַּת הַזָּן אֶלָּא חוֹזֵר לִתְחִלַּת בּוֹנֵה יְרוּשָׁלַיִם וְלֹא מִסְתַּבֵּר לִי דְּשָׁאנֵי הָתָם דָּג' בְּרָכוֹת אַחֲרוֹנוֹת חֲשׁוּבוֹת כִּבְרָכָה אַחַת שֶׁהֲרֵי אִם טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר בְּשִׂים שָׁלוֹם בְּסֵפֶר חַיִּים בַּעֲשֶׂרֶת יְמֵי תְּשׁוּבָה וְכֵן וְכָתוּב לְחַיִּים בְּמוֹדִים לְדִבְרֵי רַבֵּינוּ יִצְחָק דְּכָתַב לְמַעְלָה פ"א סִי' ט"ז דְּמַחֲזִירִין אוֹתוֹ אֵינוֹ חוֹזֵר לְאוֹתָהּ בְּרָכָה שֶׁדִּילֵּג בָּהּ אֶלָּא חוֹזֵר לִתְחִלַּת רְצֵה דְּהָנָךְ שָׁלֹשׁ חֲשׁוּבוֹת כְּאַחַת לְעִנְיַן דִּילּוּג וְכֵן בהמ"ז נָמֵי חֲשׁוּבוֹת כֻּולָּן כִּבְרָכָה אַחַת וְצָרִיךְ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ. אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בִּתְפִלָּה מַחֲזִירִין אוֹתוֹ בבהמ"ז אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מַאי טַעְמָא בִּתְפִלָּה דְּלָא מָצֵי פָּטַר נַפְשֵׁיהּ מְהַדְּרִינַן לֵיהּ בבהמ"ז דְּמָצֵי מִפְּטַר נַפְשֵׁיהּ דְּאִי בָּעֵי אָכֵיל וְאִי בָּעֵי לָא אָכֵיל לָא מְהַדְּרִינַן לֵיהּ לָאו מִשּׁוּם דְּמֻותָּר לְהִתְעַנּוֹת בר"ח דְּהָא אָמְרִינַן בפ"ק דִּמְגִילָּה וּבִמְגִילַּת תַּעֲנִית דְּאָסוּר לְהִתְעַנּוֹת אֶלָּא הָכִי קָאָמַר אִי בָּעֵי לָא אָכֵיל דָּבָר שֶׁצָּרִיךְ בהמ"ז דְּאֶפְשָׁר שֶׁיֹּאכַל פֵּירוֹת אוֹ יְרָקוֹת רַק שֶׁלֹּא יִתְעַנֶּה אֶלָּא מֵעַתָּה שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים דְּלָא סַגִּי לֵיהּ דְּלָא אָכַל פַּת ה"נ דְּמַהְדַּר אֲמַר לֵיהּ אִין דא"ר שִׁילָא אָמַר רַב טָעָה חוֹזֵר לָרֹאשׁ מַשְׁמַע הָכָא דביו"ט לָא סַגְיָא דְּלָא אָכַל פַּת דָּבָר שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ אַחֲרָיו בהמ"ז וְקָשֶׁה דבפ"ב דְּסֻוכָּה דַּף כז. קָאָמַר גַּבֵּי מַתְנֵי' דְּקָאָמַר אָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר י"ד סְעוּדוֹת חַיָּיב לֶאֱכֹול בְּסֻוכָּה דְּטַעֲמָא דר"א תֵּשְׁבוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ מַה דִּירָה אַחַת בַּיּוֹם וְאַחַת בַּלַּיְלָה אַף סֻוכָּה כֵּן וְרַבָּנָן דְּאָמְרִי אֵין לַדָּבָר קִצְבָּה סָבְרִי כְּדִירָה מַה דִּירָה אִי בָּעֵי אָכֵיל וְאִי בָּעֵי לָא אָכֵיל אַף סֻוכָּה אִי בָּעֵי אָכֵיל אִי בָּעֵי לָא אָכֵיל וְעַל כָּרְחֲךָ הַייְנוּ לָא אָכִיל פַּת כְּלָל דְּאִי אָכִיל חַיָּיב לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה הִלְכָּךְ הָא דְּקָאָמַר הָכָא יו"ט דְּלָא סַגִּי דְּלָא אָכֵיל הַייְנוּ דַּוְקָא בְּלֵיל יו"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח וְלֵיל יו"ט רִאשׁוֹן שֶׁל חַג הַסֻּוכּוֹת וְהָא דְּקָאָמַר בפ"ב דְּבֵיצָה דַּף טו: וּבְפֶרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים בִּפְסָחִים דַּף סח: גַּבֵּי יו"ט חַלְּקֵהוּ חֶצְיוֹ לַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְחֶצְיוֹ לביהמ"ד דִּבְרֵי ר' יְהוֹשֻׁעַ אֶפְשָׁר בְּבִשְׂרָא וּפְרִי דְּאֵין בָּהֶם בהמ"ז וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּמַשְׁמַע יו"ט דֻּומְיָא דר"ח ור"ח דַּוְקָא בַּיּוֹם דְּאִלּוּ בַּלַּיְלָה אַפֵּי' בִּתְפִלָּה אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ דְּאֵין מְקַדְּשִׁין הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה הִלְכָּךְ נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ יְהוּדָה דְּחַיָּיב אָדָם לֶאֱכֹול פַּת ביו"ט מִשּׁוּם שִׂמְחָה מִשּׁוּם חַלְּקֵהוּ חֶצְיוֹ לַאֲכִילָה וְעִיקַּר אֲכִילָה הוּא לֶחֶם וְהָא דְּאָמְרִי' בְּסֻוכָּה מִכָּאן וְאֵילָךְ רְשׁוּת דְּאִי בָּעֵי לָא אָכִיל הָכִי קָאָמַר רְשׁוּת מִשּׁוּם סֻוכָּה וּלְעוֹלָם חוֹבָה הִיא מִשּׁוּם שִׂמְחַת יו"ט וא"ת הָא בְּהָא תַּלְיָא דְּכֵיוָן שֶׁהוּא אוֹכֵל צָרִיךְ שֶׁיֹּאכַל בַּסֻּוכָּה וי"ל מַשְׁכַּחַת לָהּ כְּגוֹן שֶׁהוּא מִצְטַעֵר מִפְּנֵי יְרִידַת גְּשָׁמִים וְאֵינוֹ חַיָּיב לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה אֲבָל חוּץ לַסֻּוכָּה חַייָּב לֶאֱכֹול מִשּׁוּם שִׂמְחַת יו"ט וְדַוְקָא מִלַּיְלָה רִאשׁוֹנָה וְאֵילָךְ רְשׁוּת אֲבָל בְּלַיְלָה רִאשׁוֹנָה בְּכָל עִנְיָן חוֹבָה וְאַפֵּי' יוֹרְדִין גְּשָׁמִים חַיָּיב לֶאֱכֹול כַּזַּיִת בַּסֻּוכָּה דְּיָלְפִינַן מֵחַג הַמַּצּוֹת:
Rabbi Zera était assis derrière Rav Guidel, et Rav Guidel disait devant Rav Houna : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné le chabbat dans le birkat hamazon dit : « Béni soit Celui qui a donné des chabbats pour le repos à Son peuple Israël avec amour, en signe et en alliance ; béni soit Celui qui sanctifie le chabbat. » S'il s'est trompé et n'a pas mentionné le jour de fête, il dit : « Béni soit Celui qui a donné des jours de fête à Son peuple Israël pour l'allégresse, la joie et le souvenir ; béni soit Celui qui sanctifie Israël et les temps. » S'il s'est trompé et n'a pas mentionné Roch Hodech, il dit : « Béni soit Celui qui a donné des nouveaux mois à Son peuple Israël en souvenir » — et je ne sais s'il y dit « joie » ou non, et je ne sais s'il y prononce une formule de clôture ou non. Le Rif a écrit qu'on n'y conclut pas ; Rabbenou Yits'hak a écrit qu'il ne faut pas la distinguer de celles du chabbat et du jour de fête et qu'on y conclut ; quant à « joie », il est logique de ne pas la dire, la joie n'ayant pas cours à Roch Hodech. Et si un jour de fête tombe en même temps que le chabbat, il englobe les deux et dit : « Béni soit Celui qui a donné des chabbats pour le repos à Son peuple Israël avec amour, en signe et en alliance, et des jours de fête à Son peuple Israël pour l'allégresse, la joie et le souvenir ; béni soit Celui qui sanctifie le chabbat, Israël et les temps » ; de même pour le chabbat et Roch Hodech. Et bien que cette bénédiction soit adjacente à une autre, on l'ouvre par « baroukh », puisqu'elle est d'institution rabbinique, comme il en va de « hatov ve-hametiv » ; et de plus elle n'est qu'occasionnelle. Rav Menache bar Tahlifa a dit au nom de Rav : on n'a enseigné cela que lorsqu'il n'a pas commencé « hatov ve-hametiv » ; mais s'il a commencé « hatov ve-hametiv », il revient au début de la bénédiction « hazan », comme nous avons dit plus haut (Berakhot 29b) à propos des dix-huit : s'il a déplacé ses pieds, il revient au début. Ici il n'y a pas de déplacement des pieds, mais l'achèvement de l'ordre des bénédictions d'institution biblique vaut interruption complète. Certains expliquent que, tant qu'il n'a pas achevé la bénédiction « hatov ve-hametiv », il n'a pas besoin de revenir au début du birkat hamazon, cette bénédiction n'étant pas de moindre portée que le cas de celui qui a coutume de dire des supplications après sa prière : s'il s'est trompé et n'a pas mentionné Roch Hodech dans la avoda, tant qu'il n'a pas achevé ses supplications il n'a pas à répéter toute la prière ; ici de même, tant qu'il n'a pas achevé « hatov ve-hametiv » il n'a pas à revenir à « hazan », mais reprend au début de « boné Yerouchalayim ». Cela ne me paraît pas logique, car il en va autrement là-bas : les trois dernières bénédictions comptent comme une seule. En effet, s'il s'est trompé et n'a pas mentionné « be-sefer 'hayim » dans « sim chalom » durant les dix jours de repentir, ou de même « oukhtov le-'hayim » dans « modim » — selon Rabbenou Yits'hak, qui a écrit plus haut, chapitre 1, siman 16, qu'on le fait revenir — il ne reprend pas à la bénédiction qu'il a omise, mais au début de « retsé », ces trois-là comptant comme une seule pour l'omission. De même, dans le birkat hamazon, toutes comptent comme une seule bénédiction et il faut revenir au début. Rav Nahman a dit au nom de Chmouel : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné Roch Hodech dans la prière, on le fait revenir ; dans le birkat hamazon, on ne le fait pas revenir. Quelle en est la raison ? Dans la prière, il ne peut se dispenser lui-même, donc on le fait revenir ; dans le birkat hamazon, il peut se dispenser lui-même, car s'il veut il mange et s'il veut il ne mange pas, donc on ne le fait pas revenir. Cela ne signifie pas que le jeûne soit permis à Roch Hodech, puisque nous disons au premier chapitre de Meguila et dans Meguilat Taanit qu'il y est interdit de jeûner ; voici plutôt ce qu'il veut dire : s'il veut, il ne mange pas d'aliment qui requière le birkat hamazon, car il peut manger des fruits ou des légumes, pourvu qu'il ne jeûne pas. « Mais alors, le chabbat et les jours de fête, où il ne peut se passer de pain, le ferait-on donc revenir ? » Il lui répondit : oui, car Rav Chila a dit au nom de Rav : s'il s'est trompé, il revient au début. Il ressort d'ici qu'un jour de fête on ne peut se passer de pain, aliment qui requiert le birkat hamazon après lui. Difficulté : au chapitre 2 de Souka (27a), à propos de la michna où Rabbi Eliezer dit qu'on doit prendre quatorze repas dans la souka, le motif de Rabbi Eliezer est « vous habiterez » — comme on habite : de même qu'à la maison on prend un repas le jour et un la nuit, ainsi dans la souka ; et les Sages, qui disent qu'il n'y a pas de mesure fixe, tiennent que c'est comme à la maison : s'il veut il mange, s'il veut il ne mange pas, ainsi dans la souka. Nécessairement il s'agit de ne pas manger de pain du tout, car s'il mange il est tenu de manger dans la souka. Donc ce qui est dit ici — un jour de fête on ne peut se passer de manger — vise uniquement la première nuit de Pessa'h et la première nuit de Souccot. Quant à ce qui est dit au chapitre 2 de Betsa (15b) et au chapitre Elou devarim de Pessahim (68b) à propos du jour de fête — partage-le, moitié pour manger et boire, moitié pour la maison d'étude, paroles de Rabbi Yehochoua — cela peut se faire avec de la viande et des fruits, qui ne requièrent pas le birkat hamazon. Cependant une difficulté demeure : le jour de fête paraît comparé à Roch Hodech, et Roch Hodech ne vaut que le jour, car la nuit, même dans la prière, on ne le fait pas revenir, puisqu'on ne sanctifie pas le mois de nuit. C'est pourquoi il paraît à Rabbenou Yehouda que l'on est tenu de manger du pain le jour de fête au titre de la joie, en vertu de « partage-le, moitié pour manger », l'essentiel du repas étant le pain. Et ce que nous disons dans Souka, « a partir de là c'est facultatif, car s'il veut il ne mange pas », veut dire : facultatif quant à la souka, l'obligation demeurant toujours au titre de la joie du jour de fête. Et si tu objectes que l'un dépend de l'autre, puisque dès lors qu'il mange il doit manger dans la souka, on peut répondre que le cas se rencontre lorsqu'il souffre à cause de la pluie et n'est pas tenu de manger dans la souka, tandis que hors de la souka il est tenu de manger au titre de la joie du jour de fête. Et c'est à partir de la première nuit que la chose est facultative ; la première nuit, en tout état de cause, c'est une obligation, et même si la pluie tombe il est tenu de manger un kazayit dans la souka, comme on l'apprend de la fête des matsot.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yits'hak ajoute un second critère à celui de Rav Papa. Celui qui prolonge habituellement la amida par des tahanounim — les supplications personnelles du type « Elokaï, netsor lechoni mera » — n'a pas vraiment clos sa prière en reculant : sa station de prière se prolonge, et il peut donc reprendre à la avoda.

6
אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: הָא דַּאֲמַרַן כִּי לֹא עָקַר רַגְלָיו חוֹזֵר לַעֲבוֹדָה לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁרָגִיל לוֹמַר תַּחֲנוּנִים אַחַר תְּפִלָּתוֹ, אֲבָל אִם אֵינוֹ רָגִיל לוֹמַר תַּחֲנוּנִים אַחַר תְּפִלָּתוֹ — חוֹזֵר לְרֹאשׁ.

Certains rapportent ainsi : Rav Nahman bar Yits'hak a dit : ce que nous avons dit — tant qu'il n'a pas déplacé ses pieds, il revient à la avoda — nous ne l'avons dit que pour celui qui a coutume de dire des supplications après sa prière ; mais s'il n'a pas coutume de dire des supplications après sa prière, il revient au début.

📜 Rachi (1)
אֲבָל אִם אֵינוֹ רָגִיל הָוְיָא סִיּוּם תְּפִלָּתוֹ כַּעֲקִירָה אֲפִילּוּ לֹא עָקַר:
Mais s'il n'a pas coutume — l'achèvement de sa prière vaut déplacement des pieds, même s'il ne les a pas déplacés.
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַב נַחְמָן וְכוּ' רַב אִלְפָּס פָּסַק כְּאִיכָּא דְּאָמְרִי דִּבְרָגִיל לוֹמַר תַּחֲנוּנִים וְלֹא עָקַר רַגְלָיו אֵינוֹ חוֹזֵר לְרֹאשׁ וְאִם אֵינוֹ רָגִיל גַּם כִּי לֹא עָקַר רַגְלָיו חוֹזֵר לָרֹאשׁ וְאִם עָקַר גַּם כִּי רָגִיל לוֹמַר תַּחֲנוּנִים כְּמוֹ אֱ-לֹהַי נְצֹור לְשׁוֹנִי חוֹזֵר לְרֹאשׁ:
Le Rif a tranché comme la seconde version : celui qui a coutume de dire des supplications et n'a pas déplacé ses pieds ne revient pas au début ; celui qui n'en a pas coutume, même s'il n'a pas déplacé ses pieds, revient au début ; et s'il a déplacé ses pieds, même s'il a coutume de dire des supplications telles que « Elokaï, netsor lechoni », il revient au début.
💡 Explication

La seconde version renverse la portée du critère. Ici, l'habitude des supplications est ce qui maintient la prière ouverte : sans elle, l'achèvement des dix-huit bénédictions vaut à lui seul clôture, même sans recul des pieds. Le Rif tranche selon cette version, plus sévère.

🖼️ Schéma
Deux critères croisés : pieds déplacés et habitude des supplications Coutume de tahanounim Pas de coutume Pieds non déplacés Pieds déplacés Retour à la avoda Les deux versions s'accordent. Version 1 : avoda Version 2 : retour au début C'est le point de divergence. Version 1 : avoda Version 2 : retour au début Second point de divergence. Retour au début Les deux versions s'accordent.
Les deux versions se rejoignent aux angles opposés et divergent sur les deux cas mixtes.
7
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר כָּל הָעוֹשֶׂה תְּפִלָּתוֹ קֶבַע וְכוּ׳: מַאי ״קֶבַע״? אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידֵּי אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: כֹּל שֶׁתְּפִלָּתוֹ דּוֹמָה עָלָיו כְּמַשּׂוֹי. וְרַבָּנָן אָמְרִי: כָּל מִי שֶׁאֵינוֹ אוֹמְרָהּ בִּלְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כָֹּל שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר.

« Rabbi Eliezer dit : quiconque fait de sa prière une chose fixe, etc. » Que signifie « keva » ? Rabbi Yaakov bar Idi a dit au nom de Rabbi Ochaya : quiconque ressent sa prière comme un fardeau.

Et les Sages disent : quiconque ne la dit pas sur un ton de supplication. Rabba et Rav Yossef disent tous deux : quiconque n'est pas capable d'y introduire quelque chose de nouveau.

📜 Rachi (3)
כְּמַשּׂוֹי וְהַייְנוּ לְשׁוֹן קֶבַע חֹוק קָבוּעַ הוּא עָלַי לְהִתְפַּלֵּל וְצָרִיךְ אֲנִי לָצֵאת יְדֵי חוֹבָתִי:
Comme un fardeau — et c'est le sens de « keva » : c'est pour moi une règle fixe de prier, et je dois m'acquitter de mon obligation.
מִי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין לִבּוֹ לִשְׁאוֹל צְרָכָיו:
Celui qui n'est pas capable — d'orienter son cœur pour demander ses besoins.
לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר בְּבַקָּשָׁתוֹ וְהַייְנוּ לְשׁוֹן קֶבַע כְּיוֹם כֵּן אֶתְמוֹל כֵּן מָחָר:
D'y introduire quelque chose de nouveau — dans sa demande ; et c'est le sens de « keva » : comme aujourd'hui, ainsi hier, ainsi demain.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לוֹמַר תַּחֲנוּנִים פֵּי' רַ"ח דְּאִם יָכוֹל לוֹמַר לְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים אַפֵּי' עָלָיו כְּמַשָּׂא הָוֵי תְּפִלָּה מְעַלְּיָא דְּלָא בָּעֵינַן אֶלָּא לְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים בִּלְבַד:
Rabbenou Hananel a expliqué : s'il est capable de dire sur un ton de supplication, même si elle lui pèse comme un fardeau, sa prière est une prière pleinement valable, car on n'exige que le ton de supplication seul.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי קֶבַע אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידֵּי אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא כֹּל שֶׁתְּפִלָּתוֹ דּוֹמָה עָלָיו כְּמַשּׂאוֹי וְרַבָּנָן אָמְרִי כֹּל שֶׁאֵינוֹ אוֹמְרָהּ בִּלְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים פר"ח זַ"ל דְּסָבְרִי רַבָּנָן אִם אֲמָרָהּ בִּלְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים אַפֵּי' דּוֹמֶה עָלָיו כְּמַשּׂאוֹי הָוֵי תְּפִלָּתוֹ תְּפִלָּה וְלָא בָּעֵי אֶלָּא לְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים בִּלְבַד. ת"ר הַמְהַלֵּךְ בִּמְקוֹם גְּדוּדֵי חַיָּה וְלִיסְטִין מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה מַאי תְּפִלָּה קְצָרָה אֲחֵרִים אוֹמְרִים צָרְכֵי עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל מְרֻובִּים וְדַעְתָּם קְצָרָה יהר"מ ה' אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתִּתֵּן לְכָל אֶחָד וְאֶחָד כְּדֵי פַּרְנָסָתוֹ וּלְכָל גְּוִיָּה וּגְוִיָּה דֵּי מַחְסוֹרָהּ וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עֲשֵׂה בא"י ש"ת: אַרִיבָּ"ל הֲלָכָה כַּאֲחֵרִים א"ל אֵלִיָּהוּ לְרַב יְהוּדָה אֲחוּהּ דְּרַב סַלָּא חֲסִידָא לָא תִּרְתַּח וְלָא תֶּחֱטָא לָא תִּרְוֵי וְלָא תֶּחֱטָא וּכְשֶׁאַתָּה יוֹצֵא לַדֶּרֶךְ הִמָּלֵךְ בְּקוֹנְךָ וָצֵא מַאי הִיא אָמַר ר' יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא זוֹ הִיא תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ וְאָמַר ר' יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא כָּל הַיּוֹצֵא לַדֶּרֶךְ צָרִיךְ שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ מַאי תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ י"ר מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהַי שֶׁתּוֹלִיכֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַצְעִידֵנִי לְשָׁלוֹם וְתִסְמְכֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַצִּילֵנִי מִכַּף כָּל אוֹיֵב וְאוֹרֵב בַּדֶּרֶךְ וְתִתְּנֵנִי לְחֵן וּלְחֶסֶד וּלְרַחֲמִים בְּעֵינֶיךָ וּבְעֵינֵי כָּל רוֹאַי וְתַחֲזִירֵנִי לְבֵיתִי לְשָׁלוֹם בא"י ש"ת. אָמַר אַבַּיֵּי לְעוֹלָם לִישַׁתֵּף אִינָשׁ נַפְשֵׁיהּ בַּהֲדֵי צִבּוּרָא אֵימַת מְצַלֵּי לָהּ א"ר יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא מִשָּׁעָה שֶׁיֹּאחַז בַּדֶּרֶךְ וְעַד כַּמָּה עַד פַּרְסָה. בה"ג כָּתַב מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֵילֵךְ פַּרְסָה אוֹ יוֹתֵר יְבָרֵךְ אֲבָל פָּחוֹת מִפַּרְסָה אֵינוֹ מְבָרֵךְ וי"מ עַד כַּמָּה נִידּוֹן אוֹתוֹ בַּאֲחִיזַת הַדֶּרֶךְ וְיָכוֹל לְבָרֵךְ אוֹתוֹ עַד פַּרְסָה כְּלוֹמַר בְּתוֹךְ פַּרְסָה רִאשׁוֹנָה יָכוֹל לוֹמַר אֲבָל לְאַחַר פַּרְסָה לֹא וְנִרְאֶה פִּי' ה"ג עִיקָּר אִם יֵשׁ לוֹ עֲדַייִן לָלֶכֶת הַרְבֵּה לָמָּה לֹא יְבָרֵךְ אֲבָל כְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ לֵילֵךְ פָּחוֹת מִפַּרְסָה בְּקָרוֹב לָעִיר לָא הָוֵי מְקוֹם סַכָּנָה וא"צ לְבָרֵךְ. וְהֵיכִי מְצַלֵּי לָהּ. רַב חִסְדָּא אָמַר מְעֻומָּד רַב שֵׁשֶׁת אָמַר מְהַלֵּךְ וְכִדְרַב חִסְדָּא טְפֵי עָדִיף דְּהָא רַב שֵׁשֶׁת קָאֵי וְקָמְצַלֵּי לָהּ דְּאָמַר מֵהֱיוֹת טוֹב אַל תִּקְרָא רַע מַאי אִיכָּא בֵּין הֲבִינֵנוּ לִתְפִלָּה קְצָרָה הֲבִינֵנוּ בָּעֵי תְּלָתָא קַמַּיְיתָא וּתְלָתָא בָּתְרָיְיתָא וְכִי מָטֵי לְייִשּׁוּב לָא בָּעֵי לְצַלּוֹיֵי תְּפִלָּה קְצָרָה לָא בָּעֵי לָא תְּלָתָא קַמַּיְיתָא וְלָא תְּלָתָא בָּתְרָיְיתָא וְכִי מָטֵי לְייִשּׁוּב בָּעֵי לְצַלּוֹיֵי הֲבִינֵנוּ מְעֻומָּד תְּפִלָּה קְצָרָה אַפֵּי' מְהַלֵּךְ ואע"ג דְּאָמְרִי' לְקַמָּן גַּבֵּי הִשְׁכִּים לָצֵאת לַדֶּרֶךְ רַ"שִׁ בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ קוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל וְלָא חָיֵישׁ לִתְפִלָּה די"ח מְעֻומָּד הַייְנוּ טַעְמָא כֵּיוָן שֶׁהֵם י"ח בְּרָכוֹת וְהָיָה צָרִיךְ לְהִתְעַכֵּב בָּהֶן יִהְיֶה לִבּוֹ טָרוּד מֵחֲמַת הָעִיכּוּב וְלֹא יוּכַל לְכַוֵּין אֲבָל הֲבִינֵנוּ אֵין בָּהּ אֲרִיכוּת דְּבָרִים כָּל כָּךְ וְיָכוֹל לְכַוֵּין מְעֻומָּד מֵהָא שָׁמְעִינַן דְּלָא מְצַלֵּי אִינָשׁ הֲבִינֵנוּ אֶלָּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק כְּגוֹן הַמְהַלֵּךְ בַּמִּדְבָּר וְכַיּוֹצֵא בּוֹ:
Guemara : « Que signifie keva ? Rabbi Yaakov bar Idi a dit au nom de Rabbi Ochaya : quiconque ressent sa prière comme un fardeau ; et les Sages disent : quiconque ne la dit pas sur un ton de supplication. » Rabbenou Hananel a expliqué que les Sages tiennent que s'il l'a dite sur un ton de supplication, même si elle lui pèse comme un fardeau, sa prière est valable : on n'exige que le ton de supplication seul. Nos maîtres ont enseigné : celui qui marche dans un lieu de hordes de bêtes sauvages et de brigands dit une prière abrégée. Quelle est cette prière abrégée ? Aherim disent : « Les besoins de Ton peuple, la maison d'Israël, sont nombreux et leur esprit est court. Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de donner à chacun sa subsistance et à chaque corps ce qui lui manque, et fais ce qui est bon à Tes yeux. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. » Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : la halakha suit Aherim. Eliyahou a dit à Rav Yehouda, frère de Rav Sala Hassida : ne t'emporte pas et tu ne pècheras pas ; ne t'enivre pas et tu ne pècheras pas ; et quand tu pars en voyage, prends conseil auprès de ton Créateur, et pars. Qu'est-ce à dire ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : c'est la prière du voyageur. Et Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : quiconque part en voyage doit dire la prière du voyageur. Quelle est la prière du voyageur ? « Qu'il soit Ta volonté, Hachem mon D.ieu, de me conduire vers la paix, de diriger mes pas vers la paix, de me soutenir vers la paix, de me délivrer de la main de tout ennemi et de toute embuscade sur la route, de me donner grâce, bienveillance et miséricorde à Tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient, et de me ramener chez moi en paix. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. » Abbaye a dit : que l'homme s'associe toujours à la communauté. Quand la dit-on ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : dès qu'il s'engage sur la route. Et jusqu'où ? Jusqu'à une parsa. Le Halakhot Guedolot a écrit : celui qui doit parcourir une parsa ou davantage la dit, mais celui qui a moins d'une parsa ne la dit pas. Certains expliquent que « jusqu'où » désigne le moment où l'on est encore jugé comme engagé sur la route, et qu'on peut la dire jusqu'à une parsa, c'est-à-dire durant la première parsa, mais non au-delà. L'explication du Halakhot Guedolot paraît la principale : s'il lui reste encore beaucoup de chemin, pourquoi ne la dirait-il pas ? Tandis que lorsqu'il lui reste moins d'une parsa, près de la ville, l'endroit n'est plus un lieu de danger et il n'a pas à la dire. Et comment la dit-on ? Rav Hisda dit : debout ; Rav Chechet dit : en marchant. L'avis de Rav Hisda est préférable, d'autant que Rav Chechet lui-même se tenait debout pour la dire, car il disait : puisqu'on peut faire mieux, ne choisis pas le moins bien. Quelle différence y a-t-il entre « Havinenou » et la prière abrégée ? « Havinenou » requiert les trois premières et les trois dernières bénédictions, et lorsqu'il parvient à un lieu habité il n'a pas à prier de nouveau ; la prière abrégée ne requiert ni les trois premières ni les trois dernières, et lorsqu'il parvient à un lieu habité il doit prier. « Havinenou » se dit debout, la prière abrégée même en marchant. Et bien que nous disions plus loin, à propos de celui qui se lève tôt pour prendre la route, que Rabbi Chimon ben Elazar dit : dans un cas comme dans l'autre il lit le Chema et prie, sans se soucier que les dix-huit se disent debout, la raison en est que, s'agissant de dix-huit bénédictions, il aurait fallu s'arrêter longtemps et son cœur serait accaparé par ce retard, de sorte qu'il ne pourrait se concentrer ; « Havinenou », en revanche, n'est pas si long et il peut s'y concentrer debout. Nous apprenons de là qu'on ne dit « Havinenou » qu'en cas de contrainte, par exemple pour celui qui marche dans le désert et les cas semblables.
💡 Explication

La guemara revient à la michna de 28b. Le mot keva désigne littéralement ce qui est fixe, arrêté d'avance. Trois lectures se succèdent : la prière ressentie comme une charge, la prière dite sans le ton de la requête, et la prière qui répète exactement la même formule d'un jour à l'autre. Rabbenou Hananel retient l'avis des Sages comme suffisant : le ton de supplication rachète même celui qui ressent sa prière comme un poids.

8
אָמַר רַבִּי זֵירָא: אֲנָא יָכֵילְנָא לְחַדּוֹשֵׁי בַּהּ מִילְּתָא, וּמִסְתְּפֵינָא דִּלְמָא מִטְּרִידְנָא.

Rabbi Zera a dit : moi, je pourrais y introduire quelque chose de nouveau, mais je crains de m'y perdre.

📜 Rachi (1)
דִּילְמָא מִטְּרִידְנָא שֶׁמָּא אֶטְעֶה וְלֹא אֵדַע לַחֲזֹור לַמָּקוֹם שֶׁהִפְסַקְתִּי:
De peur que je ne m'y perde — peut-être me tromperai-je et ne saurai-je plus revenir à l'endroit où je me suis interrompu.
💡 Explication

La réponse de Rabbi Zera limite la portée pratique de l'exigence de Rabba et Rav Yossef. Le risque qu'il redoute est concret : improviser en cours de amida expose à perdre le fil et à ne plus savoir où reprendre.

9
אַבָּיֵי בַּר אָבִין וְרַבִּי חֲנִינָא בַּר אָבִין דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: כֹּל שֶׁאֵין מִתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה. דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִצְוָה לְהִתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה. וְאָמַר רַבִּי זֵירָא: מַאי קְרָאָהּ — ״יִירָאוּךָ עִם שָׁמֶשׁ וְלִפְנֵי יָרֵחַ דּוֹר דּוֹרִים״. לָייְטִי עֲלַהּ בְּמַעְרְבָא אַמַּאן דִּמְצַלֵּי עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה. מַאי טַעְמָא — דִּלְמָא מִיטַּרְפָא לֵיהּ שַׁעְתָּא.

Abbaye bar Avin et Rabbi Hanina bar Avin disent tous deux : quiconque ne prie pas au moment où le soleil rougeoie. Car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est une mitsva de prier au moment où le soleil rougeoie.

Et Rabbi Zera a dit : quel est le verset ? « Ils Te craindront avec le soleil et devant la lune, d'âge en âge » (Psaumes 72,5).

En Occident, on maudissait celui qui prie au moment où le soleil rougeoie. Pour quelle raison ?

De peur que l'heure ne lui échappe.

📜 Rachi (5)
שֶׁאֵינוֹ מִתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה וְהַייְנוּ לְשׁוֹן קָבַע תְּפִלָּתוֹ עָלָיו חֹוק קָבוּעַ לָצֵאת יְדֵי חוֹבָה וְאֵינוֹ מַקְפִּיד לְחַזֵּר אַחַר שְׁעַת מִצְוָה וְעֵת רָצוֹן:
Qui ne prie pas au rougeoiement du soleil — et c'est le sens de « keva » : sa prière est pour lui une règle fixe dont il s'acquitte, sans prendre soin de rechercher l'heure de la mitsva et le temps de faveur.
עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה תְּפִלַּת יוֹצֵר עִם הָנֵץ הַחַמָּה וּתְפִלַּת הַמִּנְחָה עִם שְׁקִיעַת הַחַמָּה:
Au rougeoiement du soleil — la prière du matin au lever du soleil, et la prière de minha au coucher du soleil.
יִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ זוֹ תְּפִלַּת יוֹצֵר:
« Ils Te craindront avec le soleil » — c'est la prière du matin.
וְלִפְנֵי יָרֵחַ זוֹ מִנְחָה:
« Et devant la lune » — c'est minha.
לָייְטִי בְּמַעֲרָבָא עַל מִי שֶׁמַּשְׁהֶה תְּפִלַּת הַמִּנְחָה עַד דִּמְדּוּמֵי חַמָּה שֶׁמָּא תִּטָּרֵף לוֹ הַשָּׁעָה ע"י אֹונֶס וְעָבַר הַזְּמַן:
On maudissait en Occident — celui qui retarde la prière de minha jusqu'au rougeoiement du soleil, de peur que l'heure ne lui échappe par un empêchement et que le temps ne passe.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מִצְוָה לְהִתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה. פֵּירֵשׁ פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל בְּשֵׁם תּוֹסָפוֹת יְשָׁנִים כְּתָב יָד, בְּשָׁעָה שֶׁיָּצָא וְנִכְנַס הוּא אָדֹום כַּדָּם, וְזֶהוּ דִּמְדּוּמֵי עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁמִּצְוָה לְהִתְפַּלֵּל שֶׁהוּא אָדֹום כַּדָּם, לִרְמֹוז שֶׁהַתְּפִלָּה מַמְתֶּקֶת הַדִּין וְהוֹפַכְתּוֹ לְרַחֲמִים, כִּי הָאָדֹום וְהַדָּם מוֹרֶה עַל דִּין, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כה, כא) וַיֶּעְתַּר יִצְחָק, לָמָּה נִמְשְׁלָה תְּפִלַּת צַדִּיקִים לְעֶתֶר, מָה עֶתֶר זֶה מְהַפֵּךְ הַתְּבוּאָה, כָּךְ תְּפִלַּת צַדִּיקִים מְהַפֶּכֶת מִדַּת הַדִּין לְמִדַּת רַחֲמִים, וּמַה שֶׁאָמְרוּ לִיטִי עֲלָהּ בְּמַעֲרָבָא, הַיְינוּ עַל הֲמוֹן שֶׁהֵם בַּעֲלֵי עֲסָקִים, וְלָכֵן רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הָיָה מִתְפַּלֵּל מִנְחָה עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה, כִּסְבָרַת ר' יוֹחָנָן דִּסְבִירָא לֵיהּ בְּמַעֲרָבָא לָא פְלִיגִי עַל ר' יוֹחָנָן, אֶלָּא הֵם דִּבְּרוּ בַּהֲמוֹן הָעָם בַּעַל עֲסָקִים.
« C'est une mitsva de prier au moment où le soleil rougeoie. » Le Petah Einayim a expliqué, au nom des Tossefot Yechanim manuscrits : à l'heure où il sort et à l'heure où il entre, il est rouge comme le sang, et tel est le sens de « demdoumei ». Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle c'est une mitsva de prier lorsqu'il est rouge comme le sang tient à une allusion : la prière adoucit la rigueur et la retourne en miséricorde, le rouge et le sang indiquant la rigueur (din). Nos maîtres ont dit sur le verset « Yits'hak implora » (Genèse 25,21) : pourquoi la prière des justes est-elle comparée à une fourche ? De même que la fourche retourne le grain, ainsi la prière des justes retourne la mesure de rigueur en mesure de miséricorde. Et ce qu'ils ont dit, qu'en Occident on maudissait à ce sujet, vise la masse, occupée de ses affaires ; c'est pourquoi notre maître le Ari, que sa mémoire soit bénie, priait minha au moment où le soleil rougeoie, selon l'avis de Rabbi Yo'hanan, tenant qu'en Occident on ne diverge pas de Rabbi Yo'hanan, mais qu'on y parlait de la masse du peuple, accaparée par ses affaires.
כְּנֶגֶד שִׁבְעָה קוֹלוֹת. נִמְצָא בְּיוֹם שַׁבָּת לֹא יֵשׁ בָּאֶמְצַע אֶלָּא בָּרוּךְ אֶחָד, מִפְּנֵי כִּי הַשַּׁבָּת יָחִיד, שֶׁאֵין לוֹ בֶּן זוּג, גַּם לִרְמֹוז שֶׁבְּשַׁבָּת שֶׁאֵין בּוֹ מַשָּׂא וּמַתָּן וּמְלָאכָה יָשִׂים הָאָדָם בִּטְחוֹנוֹ בְּאֵל אֶחָד, וּצְרָכָיו נַעֲשִׂין מִמֵּילָא, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר אֶחָד יִשְׂרָאֵל, שֶׁהֵם גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ בְּאֶחָד הַשַּׁבָּת יִגָּשׁוּ, אֵין הַגָּשָׁה אֶלָּא לִתְפִילָּה, וְרוּחַ הַהִרְהוּר שֶׁל חוֹל לֹא יָבֹא בֵּינֵיהֶם.
« Face aux sept voix. » Il se trouve qu'au jour du chabbat il n'y a au milieu qu'un seul « baroukh », parce que le chabbat est unique et n'a pas de conjoint ; et aussi pour faire allusion à ceci : le chabbat, où il n'y a ni commerce ni travail, l'homme place sa confiance dans le D.ieu unique, et ses besoins se font d'eux-mêmes. C'est le sens de « un, Israël », eux qui sont une nation unique sur la terre ; « au premier jour de la semaine ils s'approcheront » — et le terme d'approche désigne toujours la prière ; l'esprit des pensées profanes n'entrera pas parmi eux.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תְּנָא בֵּין תְּכֵלֶת שֶׁבָּהּ לְלָבָן שֶׁבָּהּ. פֵּירוּשׁ מִשֶּׁיַּכִּיר בְּצִיצִית בֵּין חֻולְיָא שֶׁל לָבָן שֶׁבָּהּ לְחֻולְיָא שֶׁל תְּכֵלֶת שֶׁבָּהּ דְּאָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת פֶּרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מג:) וּרְאִיתֶם אוֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם רְאֵה מִצְוָה זוֹ וּזְכֹור מִצְוָה אַחֶרֶת וְאֵיזוֹ זוֹ ק"ש כְּדִתְנַן מֵאֵימָתַי קוֹרִין אֶת שְׁמַע בְּשַׁחֲרִית מִשֶּׁיַּכִּיר בֵּין תְּכֵלֶת לְלָבָן גָּרְסִינַן בִּירֻושַּׁל' דְּפִרְקִין תָּנֵי מַתְנִי' בֵּין תְּכֵלֶת שֶׁבּוֹ לְלַבֵּן שֶׁבּוֹ. מ"ט דְּרַבָּנָן וּרְאִיתֶם אוֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם מִן הַסָּמוּךְ לוֹ. מ"ט דר"א וּרְאִיתֶם אוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא נִיכָּר בֵּין הַצְּבָעִים פִּי' בֵּין שְׁנֵי צְבָעִים הַדּוֹמִים זֶה לָזֶה כְּגוֹן תְּכֵלֶת וּכְרֵתִי. תַּנְיָא ר"מ אוֹמֵר כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין זְאֵב לְכֶלֶב. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין חֲמוֹר לְעָרוֹד. אֲחֵרִים אוֹמְרִים כְּדֵי שֶׁיִּרְאֶה אֶת חֲבֵירוֹ בְּרִחוּק ד' אַמּוֹת וְיַכִּירֵהוּ. יְרוּשַׁלְמִי בַּמֶּה אֲנַן קַייָּמִין. אִי רָגִיל הוּא אֲפִילּוּ רַחִיק כַּמָּה חַכִּים לֵיהּ. וּכְשֶׁאֵינוֹ רָגִיל. אֲפִילּוּ קָרוֹב גַּבֵּיהּ לָא חַכִּים לֵיהּ אֶלָּא כָּךְ אֲנַן קָייְמִין בְּרָגִיל וְאֵינוֹ רָגִיל כְּהַךְ דְּאָזֵיל לְאַכְסְנָיָא וְאָתֵי לְקִיצִּין. אָמַר רַב הוּנָא הֲלָכָה כַּאֲחֵרִים. אָמַר אַבָּיֵי לִתְפִלִּין כַּאֲחֵרִים לק"ש כְּוָותִיקִין דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן ווָתִיקִין הָיוּ גּוֹמְרִין אוֹתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי וָותִיקִין הָיוּ גּוֹמְרִין אוֹתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וְנִמְצָא מִתְפַּלֵּל בַּיּוֹם א"ר זֵירָא מַאי קְרָא יִירָאוּךָ עִם שָׁמֶשׁ. לִקְרִיאַת שְׁמַע כְּוָותִיקִין פִּי' מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר לְהַתְחִיל לִקְרוֹת שְׁמַע כְּדֵי שֶׁיִּגְמֹור עִם הָנֵץ הַחַמָּה כְּדֵי לִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה מִיָּד בְּהָנֵץ הַחַמָּה. וּמוֹדֶה אַבַּיֵּי דִּתְחִלַּת זְמַן קְרִיאָה הוּא מִשֶּׁיַּכִּיר בֵּין תְּכֵלֶת לְלָבָן כִּסְתָמָא דְּמַתְנִיתִין וְנִמְשַׁךְ הַזְּמַן בְּשָׁלֹשׁ שָׁעוֹת כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן בְּסוֹף מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כב:) דְּקָתָנֵי מַתְנֵי' יָרַד לִטְבֹּול אִם יָכוֹל לַעֲלוֹת וּלְהִתְכַּסּוֹת וְלִקְרוֹת עַד שֶׁלֹּא יְהֵא הָנֵץ הַחַמָּה יַעֲלֶה וְיִתְכַּסֶּה וְיִקְרָא. וְאָמְרִינַן עֲלָהּ בגמ' דַּף כֹּה: לֵימָא תְּנַן סְתָמָא כר"א דְּאָמַר עַד הָנֵץ הַחַמָּה. אַפֵּי' תֵּימָא כְּר' יְהוֹשֻׁעַ וּכְוָותִיקִין דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן ווָתִיקִין כו'. אַלְמָא מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּווָתִיקִין סָבְרִי כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אֶלָּא דִּמְמַהֲרִים לִקְרוֹתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה כְּדֵי לִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה בְּהָנֵץ הַחַמָּה. וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין. דְּגָרַס בַּיְּרוּשַׁלְמִי מ"ד כְּדֵי שֶׁיְּהֵא רָחוֹק מֵחֲבֵירוֹ ד' אַמּוֹת וּמַכִּירוֹ כמ"ד בֵּין תְּכֵלֶת לְלָבָן אֲבָל אָמְרוּ מִצְוָתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וְנִמְצָא מִתְפַּלֵּל בַּיּוֹם. אָמַר ר' זֵירָא אֲנָא אִמְּרִיתָא טַעְמָא יִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ. אָמַר מַר עוּקְבָא וָותִיקִין הָיוּ מַשְׁכִּימִין וְקוֹרִין אוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ תְּפִלָּתוֹ עִם הָנֵץ הַחַמָּה וְהָא דְּאָמַר בְּיוֹמָא בְּפֶרֶק אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (יוֹמָא דַּף לז:) אַף הִיא עָשְׂתָה נִבְרֶשֶׁת שֶׁל זָהָב בְּשָׁעָה שֶׁחַמָּה זוֹרַחַת עָלֶיהָ נִיצוֹצוֹת יוֹצְאוֹת הֵימֶנָּה וְיֵדְעוּ הַכֹּל שֶׁהִגִּיעַ זְמַן ק"ש וְאָמַר אַבַּיֵּי לִשְׁאָר עַמָּא דְּבִירוּשָׁלַיִם אַלְמָא מַשְׁמַע שֶׁתְּחִילַּת זְמַן קְרִיאָתָהּ אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה. י"ל דְּהַךְ זִימְנָא נִקְבַּע לַהֲמוֹן הָעָם שֶׁאֵינָם יְכוֹלִין לְהַקְדִּים וּלְמַהֵר כְּווָתִיקִין וְאִם תֹּאמַר וְהָא לְעֵיל אָמַר ר"ש בֶּן יוֹחַי מִשּׁוּם ר"ע פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא קְרִיאָה אַחַת קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה וְאַחַת אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה וּפְסִיק רִיבָּ"ל הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ אַלְמָא תְּחִלַּת זְמַן קְרִיאָה שֶׁל יוֹם הָוֵי אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה כְּמַתְנִי' דְּיוֹמָא. וְי"ל דַּאֲפִילּוּ פְּלִיג רִיבָּ"ל אַאַבַּיֵּי הֲלָכָה כְּאַבַּיֵּי דִּפְסִיק כְּוָותִיקִין דְּהוּא בָּתְרָאָה. אִי נָמֵי לָא פְּסִיק רִיבָּ"ל כְּר' שִׁמְעוֹן אֶלָּא בְּמַה שֶׁסּוֹבֵר שֶׁקֹּודֶם הָנֵץ הַחַמָּה יוֹצֵא בְּשֶׁל לַיְלָה כִּדְאָמַר לְעֵיל דְּלָאו בְּפֵירוּשׁ אִיתְּמַר אֶלָּא מִכְּלָלָא אִיתְּמַר דְּהָהוּא זוּגָא דְּרַבָּנַן דְּאִישְׁתַּכּוּר וְכוּ'. אֲבָל בְּמַאי דְּקָאָמַר דִּתְחִלַּת זְמַן ק"ש שֶׁל יוֹם אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה לָא פְּסִיק כְּוָותֵיהּ. אִי נָמֵי י"ל דר"ש גּוּפֵיהּ מוֹדֶה דִּזְמַן קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁל יוֹם קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה. וְהָא דְּלָא נְקַט פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש ב"פ קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה וְיוֹצֵא בְּשֶׁל יוֹם וּבְשֶׁל לַיְלָה דְּהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי. אִיכָּא לְמֵימַר דַּאֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן שֶׁאֵינוֹ יוֹצֵא בְּשֶׁל לַיְלָה אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה. אִי נָמֵי כִּדְפֵי' לְעֵיל שֶׁאִם הָיָה אָנוּס בְּפַעַם אַחַת עַל שֶׁל עַרְבִית וְעַל שֶׁל שַׁחֲרִית אֵינוֹ יָכוֹל לִקְרוֹת שְׁנֵיהֶם. ור"ח זַ"ל פֵּירֵשׁ דְּהַאי גּוֹמְרִין ר"ל קוֹרִין וּפָסַק דִּזְמַן ק"ש מֵהָנֵץ הַחַמָּה עַד שָׁלֹשׁ שָׁעוֹת כְּרִיבָּ"ל דִּפְסִיק הִלְכְתָא כר"ש שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר"ע כְּמַתְנִי' דְּיוֹמָא. וּפִי' יִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ הַיְינוּ ק"ש כְּלוֹמַר יְקַבְּלוּ עֲלֵיהֶם עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם. וְלָא נְהִירָא מִדְּקָאָמַר כְּדֵי שֶׁיְּהֵא סוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וּמַייְתִי עָלֶיהָ קְרָא דְּיִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ מַשְׁמַע דִּקְרָא בִּתְפִלָּה אַיְירֵי. וְכֵן לְקַמָּן בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כט:) מַיְיתֵי לָהּ אַתְּפִלָּה דְּדָרֵישׁ מִינֵּיהּ דִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה מִדִּכְתִיב וְלִפְנֵי יָרֵחַ דּוֹר דּוֹרִים וְעִם מַשְׁמָע אוֹ לְפָנָיו אוֹ לְאַחֲרָיו. עִם הָנֵץ הַחַמָּה אַיְירֵי קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה. וְעִם שֶׁמֶשׁ מַשְׁמַע אַחַר זְרִיחַת הַשֶּׁמֶשׁ. וְגַם לִישָּׁנָא דְּגוֹמְרִין אוֹתוֹ לָא מַשְׁמַע כְּפֵירוּשׁוֹ. וְגַם רַב אִלְפָּס זַ"ל פָּסַק כִּדְפָרֵישִׁית. שכ' עֲלָהּ דְּאַבַּיֵּי וְכֵן הִלְכְתָא. אֶלָּא מִיהוּ לֵית כָּל אִינִישׁ יָכוֹל לְכַוּוֹנֵי וּלְמֶעְבַּד כִּי הַאי מִילְּתָא אֲפִילּוּ הָכֵי מִצְוָה לְמִקְרֵי קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה מְעַט כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְפַּלֵּל אֶלָּא אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה שֶׁנִּמְצָא שֶׁמִּתְפַּלֵּל עִם הַיּוֹם ואע"פ שֶׁאֵינוֹ מִתְפַּלֵּל עִם הָנֵץ הַחַמָּה דַּוְקָא. הֵעִיד רַבִּי יוֹסֵי בֶּן אֶלְיָקִים מִשּׁוּם קְהָלָא קַדִּישְׁתָּא שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם כָּל הַסּוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה אֵינוֹ נִיזּוֹק כָּל אוֹתוֹ הַיּוֹם פִּי' כְּעֵין וָותִיקִין. וְכֵן מַשְׁמַע לְקַמָּן זִימְנָא חֲדָא סְמַךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בַּתְּחִלָּה אוֹמֵר ה' שְׂפָתַי תִּפְתָּח וּלְבַסּוֹף אוֹמֵר יִהְיוּ לְרָצוֹן אִמְרֵי פִי:
Guemara : « On a enseigné : entre le tekhelet qu'il contient et le blanc qu'il contient. » C'est-à-dire : dès qu'il distingue, dans les tsitsit, entre le fil blanc et le fil de tekhelet ; car nous disons dans Menahot, chapitre Ha-tekhelet (43b) : « vous le verrez et vous vous souviendrez » — vois cette mitsva et souviens-toi d'une autre mitsva ; laquelle ? La lecture du Chema, comme nous l'avons appris : à partir de quand lit-on le Chema du matin ? Dès qu'on distingue entre le tekhelet et le blanc. Nous lisons au Yerouchalmi de notre chapitre : on enseigne notre michna « entre le tekhelet qu'il contient et le blanc qu'il contient ». Quelle est la raison des Sages ? « Vous le verrez et vous vous souviendrez » — à partir de ce qui lui est proche. Quelle est la raison de Rabbi Eliezer ? « Vous le verrez » — de sorte qu'il distingue entre les couleurs, c'est-à-dire entre deux couleurs qui se ressemblent, comme le tekhelet et le vert poireau. On a enseigné : Rabbi Meir dit : de sorte qu'il distingue entre le loup et le chien. Rabbi Akiva dit : de sorte qu'il distingue entre l'âne et l'onagre. Aherim disent : de sorte qu'il voie son compagnon à quatre coudées et le reconnaisse. Yerouchalmi : de quoi parlons-nous ? S'il lui est familier, même de loin il le reconnaît ; s'il ne lui est pas familier, même de près il ne le reconnaît pas. Il s'agit donc de quelqu'un à demi familier, comme celui qui se rend à l'auberge et y vient par intervalles. Rav Houna a dit : la halakha suit Aherim. Abbaye a dit : pour les tefilin, comme Aherim ; pour la lecture du Chema, comme les vatikin, car Rabbi Yo'hanan a dit : les vatikin l'achevaient au lever du soleil. Ainsi a-t-on enseigné : les vatikin l'achevaient au lever du soleil afin de joindre la gueoula à la tefila, et il se trouve qu'il prie de jour. Rabbi Zera a dit : quel est le verset ? « Ils Te craindront avec le soleil. » « Pour la lecture du Chema, comme les vatikin » : c'est-à-dire que la manière la plus accomplie est de commencer la lecture du Chema de façon à l'achever au lever du soleil, afin de joindre la gueoula à la tefila dès le lever du soleil. Abbaye reconnaît que le début du temps de la lecture est le moment où l'on distingue entre le tekhelet et le blanc, conformément à la michna anonyme, et que ce temps se prolonge jusqu'à trois heures, comme il ressort plus loin, à la fin de Mi che-meto (22b), où la michna enseigne : s'il est descendu se tremper, s'il peut remonter, se couvrir et lire avant le lever du soleil, qu'il remonte, se couvre et lise. Et l'on dit dessus, dans la guemara (25b) : dirons-nous que la michna anonyme suit Rabbi Eliezer, qui dit « jusqu'au lever du soleil » ? Tu peux même dire qu'elle suit Rabbi Yehochoua, et selon les vatikin, comme l'a dit Rabbi Yo'hanan. Il ressort donc explicitement que les vatikin tiennent comme Rabbi Yehochoua, sauf qu'ils se hâtent de la lire au lever du soleil afin de joindre la gueoula à la tefila au lever du soleil. De même au Yerouchalmi de notre chapitre, où nous lisons : celui qui dit « de sorte qu'il soit à quatre coudées de son compagnon et le reconnaisse » est du même avis que celui qui dit « entre le tekhelet et le blanc » ; mais on a dit que sa mitsva est au lever du soleil, afin de joindre la gueoula à la tefila, et il se trouve qu'il prie de jour. Rabbi Zera a dit : c'est moi qui en ai donné la raison, « ils Te craindront avec le soleil ». Mar Oukva a dit : les vatikin se levaient tôt et la lisaient de façon à joindre leur prière au lever du soleil. Quant à ce qui est dit dans Yoma, chapitre Amar lahem hamemouneh (37b), qu'elle fit aussi un lustre d'or : lorsque le soleil brillait dessus, des étincelles en jaillissaient et tous savaient que le temps de la lecture du Chema était arrivé — et Abbaye a dit : pour le reste du peuple de Jérusalem — il en ressortirait que le début du temps de la lecture est après le lever du soleil. On peut répondre que ce temps à été fixé pour la masse, qui ne peut devancer et se hâter comme les vatikin. Et si tu objectes : n'a-t-on pas dit plus haut, Rabbi Chimon ben Yohaï au nom de Rabbi Akiva : il arrive qu'un homme fasse une lecture avant le lever du soleil et une après le lever du soleil, et Rabbi Yehochoua ben Levi a tranché comme lui — il en ressortirait que le début du temps de la lecture du jour est après le lever du soleil, comme la michna de Yoma. On peut répondre que même si Rabbi Yehochoua ben Levi diverge d'Abbaye, la halakha suit Abbaye, qui tranche comme les vatikin, étant postérieur. Ou bien : Rabbi Yehochoua ben Levi n'a tranché comme Rabbi Chimon que sur ce qu'il tient — qu'avant le lever du soleil on est quitte de la lecture de la nuit — comme il a été dit plus haut, cela n'ayant pas été énoncé explicitement mais déduit, à propos de ce couple de Sages qui s'étaient enivrés, etc. ; mais sur ce qu'il dit, que le début du temps de la lecture du jour est après le lever du soleil, il n'a pas tranché comme lui. Ou encore : Rabbi Chimon lui-même reconnaît que le temps de la lecture du Chema du jour commence avant le lever du soleil ; et s'il n'a pas dit « il arrive qu'un homme lise deux fois avant le lever du soleil et soit quitte de celle du jour et de celle de la nuit », ce qui aurait été plus fort, on peut dire qu'il vient nous apprendre qu'on n'est pas quitte de celle de la nuit après le lever du soleil ; ou bien, comme expliqué plus haut, que s'il a été empêché à un moment, il ne peut lire les deux, celle du soir et celle du matin. Rabbenou Hananel a expliqué que « ils l'achevaient » signifie « ils la lisaient », et il a tranché que le temps de la lecture du Chema va du lever du soleil jusqu'à trois heures, suivant Rabbi Yehochoua ben Levi, qui tranche comme Rabbi Chimon au nom de Rabbi Akiva, conformément à la michna de Yoma ; et il explique « ils Te craindront avec le soleil » de la lecture du Chema, c'est-à-dire qu'ils accepteront sur eux le joug du Royaume des cieux. Cela ne paraît pas juste, puisqu'il est dit « afin de joindre la gueoula à la tefila » et qu'on apporte là-dessus le verset « ils Te craindront avec le soleil », ce qui montre que le verset parle de la prière. De même plus loin, au chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 29b), on l'apporte à propos de la prière, dont on tire que la prière de minha se dit au rougeoiement du soleil, puisqu'il est écrit « et devant la lune, d'âge en âge » ; et « im » signifie soit avant, soit après : « avec le lever du soleil » vise un peu avant le lever, tandis que « im chemech » vise après le lever du soleil. De plus, le terme « ils l'achevaient » ne s'accorde pas avec son explication. Le Rif aussi a tranché comme je l'ai expliqué, écrivant sur les paroles d'Abbaye : et telle est la halakha ; toutefois tout le monde ne peut viser juste et faire ainsi, et malgré cela c'est une mitsva de lire un peu avant le lever du soleil, afin de ne prier qu'après le lever du soleil, de sorte qu'il prie de jour, même s'il ne prie pas exactement au lever du soleil. Rabbi Yossi ben Elyakim a témoigné au nom de la sainte communauté de Jérusalem : quiconque joint la gueoula à la tefila ne subit aucun dommage de toute cette journée — c'est-à-dire à la manière des vatikin. C'est aussi ce qui ressort plus loin : une fois il joignit la gueoula à la tefila. Rabbi Yo'hanan a dit : au début il dit « Hachem, ouvre mes lèvres », et à la fin « que les paroles de ma bouche soient agréées ».
💡 Explication

Le demdoumei hama désigne les deux moments où le disque solaire rougit, au lever et au coucher. Prier alors, c'est saisir l'heure de faveur ; négliger ce soin, c'est traiter la prière comme une formalité, quatrième sens de « keva ». En terre d'Israël, on redoutait l'application de ce principe à minha : celui qui attend le rougeoiement du soir risque, en cas d'empêchement, de laisser passer le temps de la prière.

🖼️ Schéma
Les deux rougeoiements du soleil et le risque de minha Lever du soleil Chaharit dite au rougeoiement du matin "Ils Te craindront avec le soleil" Coucher du soleil Minha dite au rougeoiement du soir "et devant la lune" Journée Prier hors de ces deux moments, sans chercher l'heure de faveur, c'est faire de sa prière un keva. En Occident : réserve sur minha un empêchement, et le temps est passé.
Les deux heures de faveur encadrent la journée ; retarder minha jusqu'au rougeoiement expose à manquer le temps.
10
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר הַמְהַלֵּךְ בִּמְקוֹם סַכָּנָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה וְכוּ׳ בְּכָל פָּרָשַׁת הָעִבּוּר: מַאי ״פָּרָשַׁת הָעִבּוּר״? אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עֻוקְבָא: אֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה מִתְמַלֵּא עֲלֵיהֶם עֶבְרָה כְּאִשָּׁה עֻובָּרָהּ — יִהְיוּ כָּל צָרְכֵיהֶם לְפָנֶיךָ. אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עֻוקְבָא: אֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁהֵם עוֹבְרִים עַל דִּבְרֵי תוֹרָה — יִהְיוּ כָּל צָרְכֵיהֶם לְפָנֶיךָ.

« Rabbi Yehochoua dit : celui qui marche en un lieu de danger dit une prière abrégée, etc. — à toute parchat ha-ibour. » Que signifie « parchat ha-ibour » ? Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : même à l'heure où Tu es rempli contre eux de fureur (evra) comme une femme enceinte (oubara), que tous leurs besoins soient devant Toi.

Certains rapportent ainsi : Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : même à l'heure où ils transgressent (ovrim) les paroles de la Torah, que tous leurs besoins soient devant Toi.

📜 Rachi (4)
בְּכָל פָּרָשַׁת הָעִבּוּר וְכוּ' כְּמוֹ פְּרִישַׁת הָעִבּוּר:
« À toute parchat ha-ibour », etc. — comme « perichat ha-ibour ».
אַפֵּי' בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה מִתְמַלֵּא עֲלֵיהֶם עֶבְרָה כְּאִשָּׁה עֻובָּרָהּ וְהָכִי מַשְׁמַע בְּכָל עִנְיְנֵי פְּרִישַׁת הָעִבּוּר כְּגוֹן עֲבֵרָה בַּעֲבֵרָה:
« Même à l'heure où Tu es rempli contre eux de fureur comme une femme enceinte » — et voici ce que cela signifie : en tous les emplois de « perichat ha-ibour », par exemple evra (fureur) au sens de avéra (transgression).
יִהְיוּ כָּל צָרְכֵיהֶם גִּלּוּיָם לְפָנֶיךָ לְרַחֵם עֲלֵיהֶם:
« Que tous leurs besoins » — soient découverts devant Toi, pour que Tu aies pitié d'eux.
אַפֵּי' בְּשָׁעָה שֶׁהֵם עוֹבְרִים וּלְשׁוֹן פָּרָשַׁת הָעִבּוּר שֶׁהֵן פּוֹרְשִׁין לַעֲבֵירָה:
« Même à l'heure où ils transgressent » — et le terme « parchat ha-ibour » signifie alors qu'ils s'écartent vers la transgression.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲפִלּוּ בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה מִתְמַלֵּא עֲלֵיהֶם עֶבְרָה כְּאִשָּׁה עֻבָּרָהּ, יִהְיוּ כָּל צָרְכֵיהֶם לְפָנֶיךָ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט לְשׁוֹן עֲבֵרָה, וְלֹא אָמַר דִּין אוֹ כַּעַס? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ מִיתּוּק שֵׁם אֱ-לֹהִים הוּא בְּשֵׁם הוי"ה, גַּם יָדוּעַ רִבּוּעַ שֵׁם הֲוָיָ"ה עוֹלֶה ע"ב [שֵׁם ע"ב נוֹצָר מִשֵּׁם הוי"ה בְּמִילּוּי יו"דים: יוּ"ד ה"י וָי"ו ה"י] , וְהָרִבּוּעַ אֵינוֹ רַחֲמִים כְּמוֹ הַפָּשׁוּט, אֶלָּא הוּא דִּין לְגַבֵּי אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט, גַּם יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב הרמ"ז זַ"ל שֵׁם אֱ-לֹהִים בְּרִבּוּעוֹ עוֹלֶה ר', וְעִם חֲמִשָּׁה אוֹתִיּוֹת הַשֹּׁורֶשׁ שֶׁלּוֹ עוֹלֶה ' הַר ', וְזֶה סוֹד 'הַר הָאֱ-לֹהִים' עַד כָּאן דְּבָרָיו, גַּם יָדוּעַ כָּל מִיתּוּק הַדִּין בְּרַחֲמִים צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה נִכְלָל זֶה בָּזֶה, וְלֹא יִהְיֶה קָאֵי הַאי לְחוּדֵיהּ וְהַאי לְחוּדַיָּא, וְזֶה שֶׁאָמַר בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה מִתְמַלֵּא עֲלֵיהֶם עֶבְרָה, חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם עב רה , דְּהַייְנוּ ע"ב דְּשֵׁם הוי"ה, ור"ה דְּשֵׁם אֱ-לֹהִים, דְּהַאי לְחוּדֵיהּ קָאֵי, וְהַאי לְחוּדֵיהּ קָאֵי, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁנִּרְמַז שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּרִבּוּעוֹ, וְלֹא בִּפְשׁוּטוֹ, עִם כָּל זֶה יִהְיוּ צָרְכֵיהֶם לְפָנֶיךָ בְּסוֹד הָרַחֲמִים וְהַמִּיתּוּק שֶׁנִּכְלָלִים זֶה בָּזֶה, שֶׁאָז עֲבֵרָה תִּתְהַפֵּךְ לְאוֹתִיּוֹת עֲרֵבָה , שֶׁהוּא לְשׁוֹן עֲרֵיבוֹת, וְגַם אוֹתִיּוֹת עֲרָבָה הֵם נִכְלָלִים זֶה בָּזֶה, וְאֵינוֹ דּוֹמֶה לְאוֹתִיּוֹת עֲבֵרָה, הַאי לְחוּדֵיהּ, וְהַאי לְחוּדֵיהּ. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר, שֶׁאִם יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם אָז נִכְלָלִין כָּל יְמֵי הַשָּׁבוּעַ בְּמִסְפַּר אוֹת א', שֶׁהוּא ז', שֶׁכֻּולָּם יוֹנְקִים מִקְּדֻושַּׁת הַשַּׁבָּת, וְאִם לָאו, נִבְדָּלִין יְמֵי הַחֹול מִקְּדֻושַּׁת הַשַּׁבָּת הַמַּתְחֶלֶת בְּיוֹם שִׁישִּׁי מִשָּׁעָה חֲמִישִׁית, וְאָז יְמֵי הַשָּׁבוּעַ יִהְיוּ ה' יָמִים לְחוּד, וּב' יָמִים שֶׁהֵם יוֹם שִׁישִּׁי, וְיוֹם שַׁבָּת לְחוּד, וְאִם כֵּן צֵירוּף שֶׁלָּהֶם לֹא יִהְיוּ ז', אֶלָּא אוֹתִיּוֹת ב"ה, וְהִנֵּה בְּחוֹטֵא כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית ח, כא) יֵצֶר לֵב הָאָדָם רַע מִנְּעֻרָיו, וְאִם זָכָה לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה שֶׁאָז נִכְלָלִים כָּל יְמֵי הַשָּׁבוּעַ בְּמִסְפַּר אוֹת אַחַת שֶׁהוּא ז', אָז יָבֹא אוֹת ז' וְיַפְסִיק בֵּין אוֹתִיּוֹת רַע, וְיִהְיֶה עֵזֶר, וְלָזֶה אָמַר (שָׁם ב, יח) אֶעֱשֶׂה לּוֹ עֵזֶר כְּנֶגְדּוֹ, וְאִם אֵין עוֹשֶׂה רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם, שֶׁאָז יְמֵי הַשָּׁבוּעַ נֶחֱלָקִים לְאוֹתִיּוֹת בָּהּ, דַּחֲמִשָּׁה לְחוּדֵיהּ קָאֵי, וּשְׁנַיִם לְחוּדַיְיהוּ, אָז יָבֹאוּ אוֹתִיּוֹת בָּהּ וְיִתְעָרְבוּ בְּאוֹתִיּוֹת ע"ר שֶׁל 'רָע' וְיִהְיֶה צֵירוּף עֲבֵרָה , וְזֶה שֶׁאָמַר אֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה מִתְמַלֵּא עֲלֵיהֶם עֶבְרָה, כְּלוֹמַר אֵין יְמוֹת הַשָּׁבוּעַ נִכְלָלִים יַחַד בִּקְדֻושַּׁת הַשַּׁבָּת, אֶלָּא יִתְפָּרְדוּ לְאוֹתִיּוֹת בָּהּ , שֶׁאָז בְּהִתְעָרְבוּתָם עִם אוֹתִיּוֹת עֵר שֶׁל רַע, יִהְיֶה צֵירוּף עֲבֵרָה , עִם כָּל זֶה יִהְיוּ צָרְכֵיהֶם לְפָנֶיךָ לְרַחֵם עֲלֵיהֶם. וַעֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת, הָא דִּמְדַמֶּה הָעִנְיָן לְאִשָּׁה עֻובָּרָה, וְכִי לֹא נִשְׁאַר דָּבָר מָלֵא לְדַמּוֹת בּוֹ, אֶלָּא רַק אִשָּׁה עֻובָּרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יִשְׂרָאֵל עֲרֵבִים זֶה לָזֶה, דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כו, לז) וְכָשְׁלוּ אִישׁ בְּאָחִיו, שֶׁכָּל אֶחָד נִתְפָּס בַּעֲוֹן חֲבֵירוֹ, נִמְצָא הַעֲבָרָה וְהַזָּעַם תִּהְיֶה עַל כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִצַּד גּוּפוֹ עַצְמוֹ, וּמִצַּד גּוּף חֲבֵירוֹ, לָכֵן עָשָׂה דִּמְיוֹן הָעֲבֵירָה כְּאִשָּׁה עֻובָּרָה, שֶׁהֵם תְּרֵי גּוּפֵי דְּבוּקִים זֶה בָּזֶה, כֵּן כָּאן הַעֲבָרָה הִיא בִּשְׁבִיל תְּרֵי גּוּפֵי שֶׁהוּא גּוּפוֹ וְגוּף חֲבֵירוֹ, אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט הַדִּמְיוֹן בְּאִשָּׁה עֻובָּרָה, שֶׁצַּעַר הָעִיבּוּר וְהַלֵּידָה סוֹפוֹ טוֹב, כִּי תֵּלֵד בֵּן וְתִשְׂמַח בּוֹ, כֵּן הַעֲבָרָה הַזֹּאת שֶׁתִּהְיֶה עַל יִשְׂרָאֵל סוֹפָהּ טוֹב, דְּכָל מַה דְּעָבְדִי מִשְּׁמַיָּיא לְטָב עָבְדִי.
« Même à l'heure où Tu es rempli contre eux de fureur comme une femme enceinte, que tous leurs besoins soient devant Toi. » Il y a lieu de demander : pourquoi employer le terme « evra » plutôt que « din » ou « kaas » ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que l'adoucissement du nom Elokim se fait par le nom Havaya ; il est connu aussi que le carré du nom Havaya vaut 72 — le nom de 72 se forme du nom Havaya rempli de youdin — et le carré est rigueur au regard des lettres du nom simple, là où le nom simple est miséricorde. Il est connu encore, comme l'a écrit le Ramaz, que le nom Elokim en son carré vaut 200, et avec les cinq lettres de sa racine il vaut « har » ; tel est le sod de « har ha-Elokim ». Il est connu enfin que tout adoucissement de la rigueur par la miséricorde exige que l'une soit incluse dans l'autre, chacune ne demeurant pas à part. Et c'est le sens de « à l'heure où Tu es rempli contre eux de evra » : divise le mot en deux, ayin-bet et resh-hé, soit le 72 du nom Havaya et le 205 du nom Elokim, chacun se tenant à part ; bien plus, c'est le nom Havaya en son carré qui est évoqué, et non en sa forme simple. Malgré tout cela, « que leurs besoins soient devant Toi », dans le sod de la miséricorde et de l'adoucissement où l'un est inclus dans l'autre ; alors « evra » se retourne en les lettres de « areva », terme d'agrément, dont les lettres aussi sont incluses l'une dans l'autre, à la différence des lettres de « evra », où chacune se tient à part. Ou bien il me paraît, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai écrit ailleurs : si Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent, tous les jours de la semaine sont inclus dans le compte d'une seule lettre, qui est le zayin (sept), tous se nourrissant de la sainteté du chabbat ; sinon, les jours profanes se séparent de la sainteté du chabbat, laquelle commence le sixième jour à la cinquième heure, et alors les jours de la semaine sont cinq d'un côté et deux de l'autre — le sixième jour et le chabbat — de sorte que leur combinaison ne donne plus sept mais les lettres bet-hé. Or il est écrit du fauteur : « le penchant du cœur de l'homme est mauvais (ra) dès sa jeunesse » (Genèse 8,21) ; s'il mérite de faire techouva, les jours de la semaine étant alors inclus dans le compte d'une seule lettre, qui est sept, la lettre zayin vient s'interposer entre les lettres de « ra » et il en résulte « ezer » (secours), d'où « je lui ferai un secours en face de lui » (Genèse 2,18). Et s'il n'accomplit pas la volonté de l'Omniprésent, les jours de la semaine se divisant alors selon les lettres bet-hé, cinq d'un côté et deux de l'autre, ces lettres bet-hé viennent se mêler aux lettres ayin-resh de « ra » et il en résulte la combinaison « evra ». C'est le sens de « même à l'heure où Tu es rempli contre eux de evra », c'est-à-dire lorsque les jours de la semaine ne sont plus inclus ensemble dans la sainteté du chabbat mais se séparent selon les lettres bet-hé ; malgré cela, « que leurs besoins soient devant Toi », pour avoir pitié d'eux. Il reste encore à demander : pourquoi comparer la chose à une femme enceinte, comme s'il ne restait aucune autre image entière pour la comparaison ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'Israël est garant l'un de l'autre, ainsi qu'il est écrit « ils trébucheront l'un par l'autre » (Lévitique 26,37), chacun étant saisi pour la faute de son compagnon ; la fureur et la colère pèsent donc sur chacun du fait de son propre corps et du fait du corps de son compagnon. C'est pourquoi la comparaison est faite avec une femme enceinte, qui est deux corps attachés l'un à l'autre ; ainsi ici, la fureur porte sur deux corps, le sien et celui de son compagnon. Ou bien il me paraît, avec l'aide du Ciel, que l'image de la femme enceinte est prise parce que la peine de la grossesse et de l'enfantement a une bonne fin, puisqu'elle enfantera un fils et s'en réjouira ; ainsi cette fureur qui vient sur Israël aura une bonne fin, car tout ce que fait le Ciel, il le fait pour le bien.
💡 Explication

La michna de 28b emploie une formule obscure, parchat ha-ibour. La guemara la lit comme une racine unique dont elle déploie deux sens : evra, la fureur, avec l'image de la femme enceinte (oubara) qui en est saturée ; et avéra, la transgression de ceux qui passent outre. Dans les deux lectures, la demande porte au même endroit : que la colère ou la faute n'interrompent pas l'attention portée aux besoins d'Israël.

🖼️ Schéma
Deux lectures de "parchat ha-ibour" (Rav Hisda au nom de Mar Oukva) racine ayin-bet-resh evra — la fureur Tu en es rempli comme une femme enceinte (oubara) l'est de son enfant. Malgré cela, écoute leurs besoins. ovrim — ils transgressent Ils passent outre les paroles de la Torah. Rachi : ils s'écartent vers la faute. Malgré cela, écoute leurs besoins.
La même racine porte les deux lectures : la fureur d'en haut et la transgression d'en bas.
11
תָּנוּ רַבָּנַן: הַמְהַלֵּךְ בִּמְקוֹם גְּדוּדֵי חַיָּה וְלִסְטִים מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה, וְאֵיזֶה הִיא תְּפִלָּה קְצָרָה — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״עֲשֵׂה רְצוֹנְךָ בַּשָּׁמַיִם מִמַּעַל, וְתֵן נַחַת רוּחַ לִירֵאֶיךָ מִתַּחַת, וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עֲשֵׂה, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui marche dans un lieu de hordes de bêtes sauvages et de brigands dit une prière abrégée. Et quelle est cette prière abrégée ?

Rabbi Eliezer dit : « Fais Ta volonté dans les cieux en haut, donne l'apaisement de l'esprit à ceux qui Te craignent ici-bas, et fais ce qui est bon à Tes yeux. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »

📜 Rachi (4)
עֲשֵׂה רְצוֹנְךָ בַּשָּׁמַיִם שֶׁאֵין שָׁם חֵטְא וְאֵין רְצוֹנְךָ עֲלֵיהֶם אֶלָּא לְטוֹב וַעֲבוֹר לַתַּחְתּוֹנִים עַל רְצוֹנְךָ:
« Fais Ta volonté dans les cieux » — où il n'y a pas de faute et où Ta volonté à leur égard ne va qu'au bien ; et pour ceux d'en bas, passe outre à Ta volonté.
וְתֵן לָהֶם לִירֵאֶיךָ:
« Et donne » — à eux, à ceux qui Te craignent.
נַחַת רוּחַ שֶׁלֹּא יִתְעַרְבֵּב רוּחָם עַל יְדֵי הַבְּרִיּוֹת כְּגוֹן ע"י חַיּוֹת וְלִסְטִים:
L'apaisement de l'esprit — que leur esprit ne soit pas troublé par les créatures, par exemple par les bêtes sauvages et les brigands.
וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עֲשֵׂה אַתָּה לָהֶם וְדֻוגְמָא זוֹ מָצִינוּ בְּסֵפֶר שׁוֹפְטִים וַיֹּאמְרוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל חָטָאנוּ עֲשֵׂה אַתָּה לָנוּ (כַּטּוֹב) [כְּכָל הַטּוֹב] בְּעֵינֶיךָ אַךְ הַצִּילֵנוּ וְגוֹ':
« Et fais ce qui est bon à Tes yeux » — Toi, pour eux ; nous trouvons un modèle de cette formule au livre des Juges : « Les enfants d'Israël dirent : nous avons péché, fais-nous Toi-même selon tout ce qui est bon à Tes yeux, seulement délivre-nous » (Juges 10,15).
💡 Explication

La braita recueille quatre formulations de la tefila ketsara. Celle de Rabbi Eliezer s'organise en trois demandes : en haut, où nulle faute ne fait obstacle à la volonté divine ; en bas, où l'on demande la tranquillité de l'esprit ; et pour finir la remise de la décision entre les mains du Ciel. Toutes se closent par la même formule, celle de choméa tefila.

12
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: ״שְׁמַע שַׁוְעַת עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל, וַעֲשֵׂה מְהֵרָה בִּקַּשְׁתֶּם, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Rabbi Yehochoua dit : « Entends le cri de Ton peuple Israël, et accomplis vite leur demande. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »

📜 Rachi (1)
שַׁוְעַת לְשׁוֹן גְּנִיחָה יוֹתֵר מִתְּפִלָּה:
« Le cri » — terme de gémissement, plus fort que la prière.
⚖️ Rosh (1)
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר הַמְהַלֵּךְ בִּמְקוֹם הַסַּכָּנָה יִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה וְאוֹמֵר הוֹשַׁע ה' אֶת עַמְּךָ אֵת שְׁאֵרִית יִשְׂרָאֵל בְּכָל פָּרָשַׁת הָעִיבּוּר יִהְיוּ צָרְכֵיהֶם לְפָנֶיךָ בא"י שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה:
Rabbi Yehochoua dit : celui qui marche en un lieu de danger dit une prière abrégée et dit : « Sauve, Hachem, Ton peuple, le reste d'Israël ; à toute croisée des chemins que leurs besoins soient devant Toi. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »
13
רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי צָדוֹק אוֹמֵר: ״שְׁמַע צַעֲקַת עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל, וַעֲשֵׂה מְהֵרָה בִּקַּשְׁתֶּם, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Rabbi Elazar, fils de Rabbi Tsadok, dit : « Entends le hurlement de Ton peuple Israël, et accomplis vite leur demande. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »

💡 Explication

La formule reprend celle de Rabbi Yehochoua en changeant un seul mot : tseaka (le hurlement) prend la place de chava (le cri). Les deux termes désignent une détresse qui déborde la parole ordonnée de la prière.

14
אֲחֵרִים אוֹמְרִים: ״צָרְכֵי עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל מְרֻובִּין וְדַעְתָּם קְצָרָה. יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתִּתֵּן לְכָל אֶחָד וְאֶחָד כְּדֵי פַרְנָסָתוֹ, וּלְכָל גְּוִיָּה וּגְוִיָּה דֵּי מַחְסוֹרָהּ, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Aherim disent : « Les besoins de Ton peuple Israël sont nombreux et leur esprit est court. Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de donner à chacun sa subsistance et à chaque corps ce qui lui manque.

Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »

📜 Rachi (1)
וְדַעְתָּם קְצָרָה וְאֵינָם יוֹדְעִים לְפָרֵשׁ צָרְכֵיהֶם:
« Et leur esprit est court » — ils ne savent pas exposer leurs besoins.
💡 Explication

La formule d'Aherim fait de l'incapacité à formuler la demande l'objet même de la demande. Elle rejoint ainsi la définition de la prière keva donnée plus haut : celui qui ne sait pas exposer ses besoins remet à Hachem le soin de les connaître.

15
אָמַר רַב הוּנָא: הֲלָכָה כַּאֲחֵרִים.

Rav Houna a dit : la halakha suit Aherim.

16
אֲמַר לֵיהּ אֵלִיָּהוּ לְרַב יְהוּדָה אֲחוּהּ דְּרַב סַלָּא חֲסִידָא: לָא תִּרְתַּח וְלָא תִּחְטֵי. לָא תִּרְוֵי וְלָא תִּחְטֵי. וּכְשֶׁאַתָּה יוֹצֵא לַדֶּרֶךְ, הַמֶּלֶךְ בְּקוֹנְךָ וְצֵא. מַאי הִמָּלֵךְ בְּקוֹנְךָ וָצֵא? אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא: זוֹ תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ. וְאָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא: כָּל הַיּוֹצֵא לַדֶּרֶךְ צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ.

Eliyahou dit à Rav Yehouda, frère de Rav Sala Hassida : ne t'emporte pas et tu ne pècheras pas ; ne t'enivre pas et tu ne pècheras pas. Et quand tu pars en voyage, prends conseil auprès de ton Créateur, et pars.

Que signifie « prends conseil auprès de ton Créateur, et pars » ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : c'est la prière du voyageur.

Et Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : quiconque part en voyage doit dire la prière du voyageur.

📜 Rachi (3)
לָא תִּרְתַּח וְלָא תִּחְטֵי לֹא תִּכְעֹוס שֶׁמִּתּוֹךְ הַכַּעַס אַתָּה בָּא לִידֵי חֵטְא:
« Ne t'emporte pas et tu ne pècheras pas » — ne te mets pas en colère, car de la colère tu en viens à la faute.
לָא תִּרְוֵי לֹא תִּשְׁתַּכֵּר בְּיַיִן:
« Ne t'enivre pas » — ne t'enivre pas de vin.
הַמֶּלֶךְ טֹול רְשׁוּת:
« Prends conseil » — demande la permission.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא תִּרְתַּח וְלֹא תֶּחֱטָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה תָּלָה מְנִיעַת הַחֵטְא בְּכַעַס טְפֵי מִשְּׁאָר מִדּוֹת רָעוֹת? וְנִרְאֶה לִי שֶׁהַכַּעַס גּוֹרֵם לִמְשֹׁוךְ אֶת הָאָדָם לַעֲבֵירוֹת חֲמוּרוֹת , וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר חֲסִידִים בְּאוֹתוֹ חָסִיד שֶׁצִּוָּה אֶת בְּנוֹ שֶׁיִּכְבֹּושׁ כַּעֲסוֹ לַיְלָה אַחַת, וְקָרָה לוֹ דָּבָר אֶחָד שֶׁאִם לֹא הָיָה עוֹשֶׂה מִצְוַת אָבִיו, הָיָה הוֹרֵג אֶת אִשְׁתּוֹ וְאֶת בְּנוֹ בְּחִנָּם, וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה, לָזֶה אָמַר לֹא תִּרְתַּח וְלֹא תֶּחֱטָא בִּשְׁאָר אִיסּוּרִים קַלּוֹת וַחֲמוּרוֹת הַנִּמְשָׁכוֹת מִמִּדַּת הַכַּעַס. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי הַכַּעַס אֵצֶל הָאָדָם הוּא טִבְעִי , וְאִם כּוֹבֵשׁ טִבְעוֹ וְאֵינוֹ מִתְכַּעֵס, אָז מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הקב"ה שׁוֹמְרוֹ מִמִּכְשׁוֹלִים הַבָּאִים לָאָדָם מִצַּד הַטֶּבַע, וְלָכֵן אָמַר לֹא תִּרְוֵי וְלֹא תֶּחֱטָא כִּי הַשִּׁכְרוּת מְבִיאָה הָאָדָם לְמִכְשׁוֹלִים שֶׁל שׁוֹגֵג, יַעַן כִּי יִתֵּן בַּכּוֹס עֵינוֹ יִתְהַלֵּךְ בְּמֵישָׁרִים.
« Ne t'emporte pas et tu ne pècheras pas. » Il y a lieu de demander : pourquoi rattacher la préservation de la faute à la colère plutôt qu'aux autres mauvais traits ? Il me paraît que la colère entraîne l'homme vers des transgressions graves, comme il est écrit dans le Sefer Hassidim au sujet de ce hassid qui ordonna à son fils de contenir sa colère une nuit durant : il lui arriva une affaire où, s'il n'avait pas accompli l'ordre de son père, il aurait tué sa femme et son fils sans raison ; et de même pour des cas semblables. C'est pourquoi il dit : ne t'emporte pas et tu ne pècheras pas des autres interdits, légers et graves, qui découlent du trait de colère. Ou bien il me paraît que la colère est chez l'homme une chose naturelle ; s'il maîtrise sa nature et ne se met pas en colère, alors mesure pour mesure le Saint béni soit-Il le garde des faux pas qui viennent à l'homme du côté de la nature. C'est pourquoi il dit : ne t'enivre pas et tu ne pècheras pas, car l'ivresse conduit l'homme à des faux pas commis par inadvertance, puisqu'il fixe son œil sur la coupe et croit marcher droit.
💡 Explication

Le conseil d'Eliyahou tient en trois recommandations dont les deux premières visent ce qui fait perdre à l'homme la maîtrise de lui-même. La troisième, himmalekh be-konekha — prendre conseil, ou demander la permission selon Rachi —, est lue par Rav Hisda comme la source de la tefilat haderekh, la prière du voyageur, qui devient ainsi une obligation et non un simple usage.

17
מַאי תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ? ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי, שֶׁתּוֹלִיכֵנִי לְשָׁלוֹם, וְתַצְעִידֵנִי לְשָׁלוֹם, וְתִסְמְכֵנִי לְשָׁלוֹם, וְתַצִּילֵנִי מִכַּף כָּל אוֹיֵב וְאוֹרֵב בַּדֶּרֶךְ, וְתִשְׁלַח בְּרָכָה בְּמַעֲשֵׂי יָדַי, וְתִתְּנֵנִי לְחֵן לְחֶסֶד וּלְרַחֲמִים בְּעֵינֶיךָ וּבְעֵינֵי כָּל רוֹאַי, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Quelle est la prière du voyageur ? « Qu'il soit Ta volonté, Hachem mon D.ieu, de me conduire vers la paix, de diriger mes pas vers la paix, de me soutenir vers la paix, de me délivrer de la main de tout ennemi et de toute embuscade sur la route, d'envoyer la bénédiction dans l'œuvre de mes mains, et de me donner grâce, bienveillance et miséricorde à Tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient.

Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »

💡 Explication

La formule progresse en trois temps : la route elle-même, avec ses trois demandes de paix pour le départ, la marche et l'arrivée ; la protection contre l'ennemi et l'embuscade ; puis l'accueil au terme du voyage, bénédiction du travail et faveur aux yeux d'autrui. Le Roch rapporte une version qui ajoute le retour à la maison en paix, et précise qu'on la dit debout, dès l'engagement sur la route.

18
אָמַר אַבַּיֵּי: לְעוֹלָם

Abbaye a dit : toujours...

💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la phrase. La suite, en 30a, énonce la règle qu'Abbaye tire de cette prière : que l'homme s'associe toujours à la communauté, en priant au pluriel plutôt qu'à la première personne.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).