Sougya : Le folio achève d'abord la discussion ouverte en 29a sur les omissions dans la amida : celui qui s'avise trop tard d'avoir oublié la demande de pluie, et surtout celui qui a oublié « ya'alé ve-yavo » à Roch Hodech. Rabbi Yehochoua ben Levi fixe le point de retour à la bénédiction de la avoda tant que la prière n'est pas achevée ; Rav Papa et Rav Nahman bar Yits'hak précisent alors ce qui compte comme achèvement, entre le déplacement des pieds et l'habitude de dire des supplications après la prière.
La guemara revient ensuite à la michna de Rabbi Eliezer sur la prière devenue « keva » et recueille quatre définitions de ce terme, du fardeau ressenti jusqu'à la négligence des heures de faveur. Elle explique enfin la formule obscure de la michna, « parchat ha-ibour », par deux lectures de Mar Oukva, rapporte quatre versions de la prière abrégée que l'on dit en lieu de danger, et conclut par le conseil d'Eliyahou à Rav Yehouda, d'où la guemara tire la prière du voyageur.
Ce cas vise celui qui s'en est avisé après la bénédiction « choméa tefila » (Toi qui écoutes la prière).
Le folio 29a avait opposé deux enseignements sur celui qui omet la demande de pluie dans birkat hachanim. La guemara conclut en distinguant le moment où l'orant s'en avise. Tant qu'il n'a pas atteint choméa tefila, il y insère sa demande, cette bénédiction accueillant toute requête personnelle ; passée cette bénédiction, l'issue est fermée et il revient au début de la amida.
Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rav Assi, au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné Roch Hodech dans la bénédiction de la « avoda » revient à la avoda. S'il s'en avise dans la « hodaa », il revient à la avoda.
Dans « sim chalom », il revient à la avoda. Et s'il a achevé, il revient au début.
La mention de Roch Hodech, ya'alé ve-yavo, s'insère dans la dix-septième bénédiction, celle du service du Temple (avoda, « retsé »). L'enseignement fixe un point de retour unique : tant que l'orant est encore dans les trois dernières bénédictions, il reprend à la avoda, sans répéter toute la amida. Ces trois dernières bénédictions forment en effet une unité, comme le rappellera le Roch.
Rav Papa, fils de Rav Aha bar Adda, a dit : ce que nous avons dit — s'il a achevé, il revient au début — nous ne l'avons dit que lorsqu'il a déplacé ses pieds ; mais s'il n'a pas déplacé ses pieds, il revient à la avoda.
Akirat raglaïm, le déplacement des pieds, désigne les trois pas en arrière qui closent la amida. Tant que l'orant n'a pas quitté sa station, la prière reste ouverte et il lui suffit de reprendre à la avoda ; le recul marque en revanche une clôture qui oblige à tout reprendre.
Il lui dit : d'où tiens-tu cela ? Il lui répondit : je l'ai entendu de mon père, mon maître, et mon père, mon maître, le tenait de Rav.
Rav Nahman bar Yits'hak a dit : ce que nous avons dit — s'il a déplacé ses pieds, il revient au début — nous ne l'avons dit que pour celui qui n'a pas coutume de dire des supplications après sa prière ; mais celui qui a coutume de dire des supplications après sa prière revient à la avoda.
Rav Nahman bar Yits'hak ajoute un second critère à celui de Rav Papa. Celui qui prolonge habituellement la amida par des tahanounim — les supplications personnelles du type « Elokaï, netsor lechoni mera » — n'a pas vraiment clos sa prière en reculant : sa station de prière se prolonge, et il peut donc reprendre à la avoda.
Certains rapportent ainsi : Rav Nahman bar Yits'hak a dit : ce que nous avons dit — tant qu'il n'a pas déplacé ses pieds, il revient à la avoda — nous ne l'avons dit que pour celui qui a coutume de dire des supplications après sa prière ; mais s'il n'a pas coutume de dire des supplications après sa prière, il revient au début.
La seconde version renverse la portée du critère. Ici, l'habitude des supplications est ce qui maintient la prière ouverte : sans elle, l'achèvement des dix-huit bénédictions vaut à lui seul clôture, même sans recul des pieds. Le Rif tranche selon cette version, plus sévère.
« Rabbi Eliezer dit : quiconque fait de sa prière une chose fixe, etc. » Que signifie « keva » ? Rabbi Yaakov bar Idi a dit au nom de Rabbi Ochaya : quiconque ressent sa prière comme un fardeau.
Et les Sages disent : quiconque ne la dit pas sur un ton de supplication. Rabba et Rav Yossef disent tous deux : quiconque n'est pas capable d'y introduire quelque chose de nouveau.
La guemara revient à la michna de 28b. Le mot keva désigne littéralement ce qui est fixe, arrêté d'avance. Trois lectures se succèdent : la prière ressentie comme une charge, la prière dite sans le ton de la requête, et la prière qui répète exactement la même formule d'un jour à l'autre. Rabbenou Hananel retient l'avis des Sages comme suffisant : le ton de supplication rachète même celui qui ressent sa prière comme un poids.
Rabbi Zera a dit : moi, je pourrais y introduire quelque chose de nouveau, mais je crains de m'y perdre.
La réponse de Rabbi Zera limite la portée pratique de l'exigence de Rabba et Rav Yossef. Le risque qu'il redoute est concret : improviser en cours de amida expose à perdre le fil et à ne plus savoir où reprendre.
Abbaye bar Avin et Rabbi Hanina bar Avin disent tous deux : quiconque ne prie pas au moment où le soleil rougeoie. Car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est une mitsva de prier au moment où le soleil rougeoie.
Et Rabbi Zera a dit : quel est le verset ? « Ils Te craindront avec le soleil et devant la lune, d'âge en âge » (Psaumes 72,5).
En Occident, on maudissait celui qui prie au moment où le soleil rougeoie. Pour quelle raison ?
De peur que l'heure ne lui échappe.
Le demdoumei hama désigne les deux moments où le disque solaire rougit, au lever et au coucher. Prier alors, c'est saisir l'heure de faveur ; négliger ce soin, c'est traiter la prière comme une formalité, quatrième sens de « keva ». En terre d'Israël, on redoutait l'application de ce principe à minha : celui qui attend le rougeoiement du soir risque, en cas d'empêchement, de laisser passer le temps de la prière.
« Rabbi Yehochoua dit : celui qui marche en un lieu de danger dit une prière abrégée, etc. — à toute parchat ha-ibour. » Que signifie « parchat ha-ibour » ? Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : même à l'heure où Tu es rempli contre eux de fureur (evra) comme une femme enceinte (oubara), que tous leurs besoins soient devant Toi.
Certains rapportent ainsi : Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : même à l'heure où ils transgressent (ovrim) les paroles de la Torah, que tous leurs besoins soient devant Toi.
La michna de 28b emploie une formule obscure, parchat ha-ibour. La guemara la lit comme une racine unique dont elle déploie deux sens : evra, la fureur, avec l'image de la femme enceinte (oubara) qui en est saturée ; et avéra, la transgression de ceux qui passent outre. Dans les deux lectures, la demande porte au même endroit : que la colère ou la faute n'interrompent pas l'attention portée aux besoins d'Israël.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui marche dans un lieu de hordes de bêtes sauvages et de brigands dit une prière abrégée. Et quelle est cette prière abrégée ?
Rabbi Eliezer dit : « Fais Ta volonté dans les cieux en haut, donne l'apaisement de l'esprit à ceux qui Te craignent ici-bas, et fais ce qui est bon à Tes yeux. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »
La braita recueille quatre formulations de la tefila ketsara. Celle de Rabbi Eliezer s'organise en trois demandes : en haut, où nulle faute ne fait obstacle à la volonté divine ; en bas, où l'on demande la tranquillité de l'esprit ; et pour finir la remise de la décision entre les mains du Ciel. Toutes se closent par la même formule, celle de choméa tefila.
Rabbi Yehochoua dit : « Entends le cri de Ton peuple Israël, et accomplis vite leur demande. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »
Rabbi Elazar, fils de Rabbi Tsadok, dit : « Entends le hurlement de Ton peuple Israël, et accomplis vite leur demande. Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »
La formule reprend celle de Rabbi Yehochoua en changeant un seul mot : tseaka (le hurlement) prend la place de chava (le cri). Les deux termes désignent une détresse qui déborde la parole ordonnée de la prière.
Aherim disent : « Les besoins de Ton peuple Israël sont nombreux et leur esprit est court. Qu'il soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de donner à chacun sa subsistance et à chaque corps ce qui lui manque.
Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »
La formule d'Aherim fait de l'incapacité à formuler la demande l'objet même de la demande. Elle rejoint ainsi la définition de la prière keva donnée plus haut : celui qui ne sait pas exposer ses besoins remet à Hachem le soin de les connaître.
Rav Houna a dit : la halakha suit Aherim.
Eliyahou dit à Rav Yehouda, frère de Rav Sala Hassida : ne t'emporte pas et tu ne pècheras pas ; ne t'enivre pas et tu ne pècheras pas. Et quand tu pars en voyage, prends conseil auprès de ton Créateur, et pars.
Que signifie « prends conseil auprès de ton Créateur, et pars » ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : c'est la prière du voyageur.
Et Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : quiconque part en voyage doit dire la prière du voyageur.
Le conseil d'Eliyahou tient en trois recommandations dont les deux premières visent ce qui fait perdre à l'homme la maîtrise de lui-même. La troisième, himmalekh be-konekha — prendre conseil, ou demander la permission selon Rachi —, est lue par Rav Hisda comme la source de la tefilat haderekh, la prière du voyageur, qui devient ainsi une obligation et non un simple usage.
Quelle est la prière du voyageur ? « Qu'il soit Ta volonté, Hachem mon D.ieu, de me conduire vers la paix, de diriger mes pas vers la paix, de me soutenir vers la paix, de me délivrer de la main de tout ennemi et de toute embuscade sur la route, d'envoyer la bénédiction dans l'œuvre de mes mains, et de me donner grâce, bienveillance et miséricorde à Tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient.
Béni sois-Tu, Hachem, qui écoutes la prière. »
La formule progresse en trois temps : la route elle-même, avec ses trois demandes de paix pour le départ, la marche et l'arrivée ; la protection contre l'ennemi et l'embuscade ; puis l'accueil au terme du voyage, bénédiction du travail et faveur aux yeux d'autrui. Le Roch rapporte une version qui ajoute le retour à la maison en paix, et précise qu'on la dit debout, dès l'engagement sur la route.
Abbaye a dit : toujours...
Le folio s'interrompt au milieu de la phrase. La suite, en 30a, énonce la règle qu'Abbaye tire de cette prière : que l'homme s'associe toujours à la communauté, en priant au pluriel plutôt qu'à la première personne.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).