Berakhot 30a — La prière du voyageur : quand, jusqu'où, debout ou en marchant ; l'orientation de tout Israël vers un seul lieu ; partir tôt sans perdre la prière ; et le moussaf de l'individu

Berakhot 30a

Sougya : Le folio achève d'abord le dossier de la tefilat haderekh ouvert à la fin de 29b : on la formule au pluriel pour s'associer à la communauté, on la dit dès l'engagement sur la route, dans la limite d'une parsa, et la guemara oppose Rav Hisda, qui exige d'être debout, à Rav Chechet, qui autorise de la dire en marchant — avant de raconter leur voyage commun, où Rav Chechet se fait mettre debout au nom du principe de ce qu'on peut être bon, ne te fais pas appeler mauvais. Une conclusion pratique sépare alors Havinenou, qui a le statut de la amida, de la prière courte du lieu de danger, qui n'en a pas.

La michna sur le voyageur monte sur un âne conduit ensuite à la baraita de l'orientation : de l'étranger vers la terre d'Israël, puis Jérusalem, le Temple, le Saint des saints, le kapporet, de sorte que tout Israël dirige son cœur vers un seul lieu. Le daf se ferme sur deux dossiers pratiques : comment prier quand on part avant l'aube ou qu'on est retenu par le cours du chabbat du regel, avec les usages du père de Chmouel, de Mareimar, de Mar Zoutra et de Rav Achi ; puis la michna de Rabbi Elazar ben Azarya sur le moussaf, qu'il rattache au hever ir, et la halakha tranchée comme Rabbi Yehouda parlant en son nom.

Tefilat haderekh : les quatre questions de la guemara 1. Quelle formule ? Au pluriel 2. À quel moment ? Une fois engagé sur la route 3. Jusqu'où ? Une parsa 4. Quelle posture ? Mahloket 1 et 2 : la raison du pluriel Abaye : que l'homme s'associe à la communauté. Rachi : au singulier elle risque de n'être pas exaucée ; portée par le mérite du public, elle l'est. 3 : deux lectures de "jusqu'à une parsa" Rachi : délai. Passé une parsa de marche, trop tard. Halakhot Guedolot : seuil. Trajet de moins d'une parsa, on ne la dit pas du tout. Rav Hisda Debout, à l'arrêt. Le Rif et le Rabbi Yossef des Tossefot le préfèrent. Rav Chechet Même en marchant. Nos Tossefot tranchent comme lui. Le récit qui tranche autrement Rav Chechet, qui autorise la marche, se fait mettre debout dès que c'est sans effort. Principe dégagé : de ce qu'on peut être bon, ne te fais pas appeler mauvais — quand la conduite supérieure ne coûte rien, on la prend.
Le dossier de la prière du voyageur, dès sa formulation jusqu'à la posture, et le principe que le récit de Rav Chechet met au jour.
L'orientation en prière : six cercles emboîtés, un seul point Hors de la terre d'Israël Melakhim I 8, 48 vers la terre d'Israël — puis en terre d'Israël Melakhim I 8, 44 vers Jérusalem — puis à Jérusalem Divre haYamim II 6, 32 vers le Temple — puis dans le Temple Melakhim I 8, 35 vers le Saint des saints vers le kapporet, et derrière lui on se tourne vers lui kapporet Nord Sud Ouest Est Le verset qui résume : Chir hachirim 4, 4 Comme la tour de David est ton cou, bâtie letalpiyot — lu par Rabbi Avin : le tel, la colline vers laquelle toutes les bouches (piyot) se tournent. Le même mouvement vaut à toute distance : le trajet est plus long depuis l'étranger, mais la cible est identique — d'où : tout Israël dirige son cœur vers un seul lieu.
Chaque position de départ ajoute une étape, et toutes convergent vers le kapporet ; le schéma de droite montre la conséquence pour les quatre points cardinaux.
Deux exigences qui s'excluent quand on part tôt, et quatre usages Prier debout donc chez soi, avant de partir Joindre gueoula et tefila donc à l'heure du Chema, en route X Qui Ce qu'il fait Ce qu'il sacrifie Père de Chmouel et Levi Prient tôt, debout, avant de partir ; ils liront le Chema en chemin. La jonction gueoula-tefila. Rabbi Chimon ben Elazar Attend l'heure du Chema, le lit, puis prie — même dans le chariot. La station debout. Mareimar et Mar Zoutra Réunissent dix hommes avant le cours, prient dans les règles, puis enseignent. Rien, sauf le retard du cours. Rav Achi Prie assis au milieu de l'assemblée, puis recommence debout chez lui. Rien, au prix d'une seconde prière. Ce que Rav Achi refuse, et pourquoi cela pèse Il écarte l'usage du père de Chmouel : nous n'avons pas vu les Sages plus anciens faire précéder la prière du Chema. Le Roch répond que ce n'est pas une objection de fond.
Quand la prière debout et la jonction gueoula-tefila ne peuvent pas tenir ensemble, chaque maître choisit ce qu'il préserve.
1
לִישַׁתֵּף אִינָשׁ נַפְשֵׁיהּ בַּהֲדֵי צִבּוּרָא. הֵיכִי נֵימָא? — ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתּוֹלִיכֵנוּ לְשָׁלוֹם״ וְכוּ׳.

que l'homme s'associe à la communauté. Comment doit-il dire ?

« Que ce soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, que Tu nous conduises vers la paix », et ainsi de suite.

📜 Rachi (1)
לִישַׁתֵּף נַפְשֵׁיהּ אַל יִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בִּלְשׁוֹן יָחִיד אֶלָּא בִּלְשׁוֹן רַבִּים שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ תְּפִלָּתוֹ נִשְׁמַעַת:
Qu'il s'associe lui-même : qu'il ne dise pas la prière courte au singulier mais au pluriel, car par là sa prière est exaucée.
💡 Explication

Le folio reprend au milieu de l'enseignement d'Abaye commencé à la page précédente. La règle porte sur la forme grammaticale de la prière du voyageur : on la dit au pluriel, « conduis-nous », et non au singulier.

Rachi donne la raison : une demande individuelle est jugée sur les seuls mérites de celui qui la formule, tandis qu'une demande portée au nom de la communauté est portée par le mérite du public. Le pluriel est donc un moyen technique de faire agréer la prière, non une simple politesse de style.

2
אֵימַת מְצַלֵּי? אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא: מִשָּׁעָה שֶׁמְּהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ. עַד כַּמָּה? אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא: עַד פַּרְסָה. וְהֵיכִי מְצַלֵּי לָהּ? רַב חִסְדָּא אָמַר: מְעֻומָּד. רַב שֵׁשֶׁת אָמַר: אֲפִילּוּ מְהַלֵּךְ.

À quel moment la dit-on ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : dès l'instant où l'on est engagé sur la route.

Jusqu'à quelle distance ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : jusqu'à une parsa.

Et comment la dit-on ? Rav Hisda dit : debout.

Rav Chechet dit : même en marchant.

📜 Rachi (2)
עַד כַּמָּה זְמַנָּהּ לְהִתְפַּלֵּל:
Jusqu'à quelle distance : quel est le délai pendant lequel on peut encore la dire.
עַד פַּרְסָה אֲבָל לֹא לְאַחַר שֶׁהָלַךְ פַּרְסָה ובה"ג מְפָרֵשׁ עַד כַּמָּה יְבַקֵּשׁ לֵילֵךְ שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל עַד פַּרְסָה אֲפִי' אֵין לוֹ לֵילֵךְ אֶלָּא עַד פַּרְסָה אֲבָל דֶּרֶךְ פָּחוֹת מִפַּרְסָה אֵין צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה זוֹ:
Jusqu'à une parsa : mais plus une fois qu'il a déjà parcouru une parsa. Les Halakhot Guedolot expliquent autrement : jusqu'à quelle distance faut-il avoir l'intention d'aller pour être tenu de dire cette prière ? Jusqu'à une parsa — même s'il n'a à parcourir qu'une parsa il la dit ; mais pour un trajet de moins d'une parsa il n'est pas tenu de dire cette prière.
🗂️ Tossefot (1)
וְהֵיכִי מְצַלֵּי לָהּ אַתְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ קָאֵי וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר אַפֵּי' מְהַלֵּךְ וקי"ל כְּרַב שֵׁשֶׁת וּמִיהוּ בְּתוֹסְפ' פָּסַק ה"ר יוֹסֵף כְּרַב חִסְדָּא וְכֵן רַב אִלְפָּס פִּי' דְּרַב חִסְדָּא עֲדִיפָא לֵיהּ טְפֵי:
Et comment la dit-on : cela porte sur la tefilat haderekh (prière du voyageur). Rav Chechet dit : même en marchant, et nous tenons la halakha comme Rav Chechet. Toutefois, dans la Tossefta, Rabbi Yossef a tranché comme Rav Hisda, et de même le Rif a expliqué que la position de Rav Hisda lui paraît préférable.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי קֶבַע אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידֵּי אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא כֹּל שֶׁתְּפִלָּתוֹ דּוֹמָה עָלָיו כְּמַשּׂאוֹי וְרַבָּנָן אָמְרִי כֹּל שֶׁאֵינוֹ אוֹמְרָהּ בִּלְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים פר"ח זַ"ל דְּסָבְרִי רַבָּנָן אִם אֲמָרָהּ בִּלְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים אַפֵּי' דּוֹמֶה עָלָיו כְּמַשּׂאוֹי הָוֵי תְּפִלָּתוֹ תְּפִלָּה וְלָא בָּעֵי אֶלָּא לְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים בִּלְבַד. ת"ר הַמְהַלֵּךְ בִּמְקוֹם גְּדוּדֵי חַיָּה וְלִיסְטִין מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה מַאי תְּפִלָּה קְצָרָה אֲחֵרִים אוֹמְרִים צָרְכֵי עַמְּךָ בֵּית יִשְׂרָאֵל מְרֻובִּים וְדַעְתָּם קְצָרָה יהר"מ ה' אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתִּתֵּן לְכָל אֶחָד וְאֶחָד כְּדֵי פַּרְנָסָתוֹ וּלְכָל גְּוִיָּה וּגְוִיָּה דֵּי מַחְסוֹרָהּ וְהַטּוֹב בְּעֵינֶיךָ עֲשֵׂה בא"י ש"ת: אַרִיבָּ"ל הֲלָכָה כַּאֲחֵרִים א"ל אֵלִיָּהוּ לְרַב יְהוּדָה אֲחוּהּ דְּרַב סַלָּא חֲסִידָא לָא תִּרְתַּח וְלָא תֶּחֱטָא לָא תִּרְוֵי וְלָא תֶּחֱטָא וּכְשֶׁאַתָּה יוֹצֵא לַדֶּרֶךְ הִמָּלֵךְ בְּקוֹנְךָ וָצֵא מַאי הִיא אָמַר ר' יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא זוֹ הִיא תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ וְאָמַר ר' יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא כָּל הַיּוֹצֵא לַדֶּרֶךְ צָרִיךְ שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ מַאי תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ י"ר מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהַי שֶׁתּוֹלִיכֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַצְעִידֵנִי לְשָׁלוֹם וְתִסְמְכֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַצִּילֵנִי מִכַּף כָּל אוֹיֵב וְאוֹרֵב בַּדֶּרֶךְ וְתִתְּנֵנִי לְחֵן וּלְחֶסֶד וּלְרַחֲמִים בְּעֵינֶיךָ וּבְעֵינֵי כָּל רוֹאַי וְתַחֲזִירֵנִי לְבֵיתִי לְשָׁלוֹם בא"י ש"ת. אָמַר אַבַּיֵּי לְעוֹלָם לִישַׁתֵּף אִינָשׁ נַפְשֵׁיהּ בַּהֲדֵי צִבּוּרָא אֵימַת מְצַלֵּי לָהּ א"ר יַעֲקֹב אָמַר רַב חִסְדָּא מִשָּׁעָה שֶׁיֹּאחַז בַּדֶּרֶךְ וְעַד כַּמָּה עַד פַּרְסָה. בה"ג כָּתַב מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֵילֵךְ פַּרְסָה אוֹ יוֹתֵר יְבָרֵךְ אֲבָל פָּחוֹת מִפַּרְסָה אֵינוֹ מְבָרֵךְ וי"מ עַד כַּמָּה נִידּוֹן אוֹתוֹ בַּאֲחִיזַת הַדֶּרֶךְ וְיָכוֹל לְבָרֵךְ אוֹתוֹ עַד פַּרְסָה כְּלוֹמַר בְּתוֹךְ פַּרְסָה רִאשׁוֹנָה יָכוֹל לוֹמַר אֲבָל לְאַחַר פַּרְסָה לֹא וְנִרְאֶה פִּי' ה"ג עִיקָּר אִם יֵשׁ לוֹ עֲדַייִן לָלֶכֶת הַרְבֵּה לָמָּה לֹא יְבָרֵךְ אֲבָל כְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ לֵילֵךְ פָּחוֹת מִפַּרְסָה בְּקָרוֹב לָעִיר לָא הָוֵי מְקוֹם סַכָּנָה וא"צ לְבָרֵךְ. וְהֵיכִי מְצַלֵּי לָהּ. רַב חִסְדָּא אָמַר מְעֻומָּד רַב שֵׁשֶׁת אָמַר מְהַלֵּךְ וְכִדְרַב חִסְדָּא טְפֵי עָדִיף דְּהָא רַב שֵׁשֶׁת קָאֵי וְקָמְצַלֵּי לָהּ דְּאָמַר מֵהֱיוֹת טוֹב אַל תִּקְרָא רַע מַאי אִיכָּא בֵּין הֲבִינֵנוּ לִתְפִלָּה קְצָרָה הֲבִינֵנוּ בָּעֵי תְּלָתָא קַמַּיְיתָא וּתְלָתָא בָּתְרָיְיתָא וְכִי מָטֵי לְייִשּׁוּב לָא בָּעֵי לְצַלּוֹיֵי תְּפִלָּה קְצָרָה לָא בָּעֵי לָא תְּלָתָא קַמַּיְיתָא וְלָא תְּלָתָא בָּתְרָיְיתָא וְכִי מָטֵי לְייִשּׁוּב בָּעֵי לְצַלּוֹיֵי הֲבִינֵנוּ מְעֻומָּד תְּפִלָּה קְצָרָה אַפֵּי' מְהַלֵּךְ ואע"ג דְּאָמְרִי' לְקַמָּן גַּבֵּי הִשְׁכִּים לָצֵאת לַדֶּרֶךְ רַ"שִׁ בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ קוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל וְלָא חָיֵישׁ לִתְפִלָּה די"ח מְעֻומָּד הַייְנוּ טַעְמָא כֵּיוָן שֶׁהֵם י"ח בְּרָכוֹת וְהָיָה צָרִיךְ לְהִתְעַכֵּב בָּהֶן יִהְיֶה לִבּוֹ טָרוּד מֵחֲמַת הָעִיכּוּב וְלֹא יוּכַל לְכַוֵּין אֲבָל הֲבִינֵנוּ אֵין בָּהּ אֲרִיכוּת דְּבָרִים כָּל כָּךְ וְיָכוֹל לְכַוֵּין מְעֻומָּד מֵהָא שָׁמְעִינַן דְּלָא מְצַלֵּי אִינָשׁ הֲבִינֵנוּ אֶלָּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק כְּגוֹן הַמְהַלֵּךְ בַּמִּדְבָּר וְכַיּוֹצֵא בּוֹ:
Guemara : « Qu'est-ce qu'une prière de routine (keva) ? » Rabbi Yaakov bar Idi a dit au nom de Rabbi Ochaya : celui dont la prière est pour lui comme un fardeau. Et les Sages disent : celui qui ne la dit pas sur le ton de la supplication. Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a expliqué que les Sages tiennent que s'il l'a dite sur le ton de la supplication, même si elle lui est comme un fardeau, sa prière est valable ; on n'exige que le ton de supplication. Nos maîtres ont enseigné : celui qui marche dans un lieu de bêtes sauvages et de brigands dit une prière courte. Quelle est cette prière courte ? Aherim disent : « Les besoins de Ton peuple, la maison d'Israël, sont nombreux et leur esprit est court. Que ce soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, de donner à chacun de quoi subvenir à ses besoins et à chaque corps ce qui lui manque ; et fais ce qui est bon à Tes yeux. Béni sois-Tu, Hachem, qui entends la prière. » Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : la halakha est comme Aherim. Eliahou dit à Rav Yehouda, frère de Rav Sala le hassid : ne t'emporte pas et tu ne fauteras pas ; ne t'enivre pas et tu ne fauteras pas ; et quand tu pars en voyage, prends conseil de ton Créateur et sors. Qu'est-ce à dire ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : c'est la tefilat haderekh. Et Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : quiconque part en voyage doit dire la tefilat haderekh. Quelle est la tefilat haderekh ? « Que ce soit Ta volonté, Hachem mon D.ieu, que Tu me conduises vers la paix, que Tu diriges mes pas vers la paix, que Tu me soutiennes vers la paix, que Tu me délivrés de la main de tout ennemi et de toute embuscade sur la route, que Tu me donnes grâce, faveur et miséricorde à Tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient, et que Tu me ramènes chez moi en paix. Béni sois-Tu, Hachem, qui entends la prière. » Abaye a dit : que l'homme s'associe toujours à la communauté. À quel moment la dit-on ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : dès l'instant où il s'engage sur la route. Et jusqu'à quelle distance ? Jusqu'à une parsa. Les Halakhot Guedolot ont écrit : celui qui a une parsa ou davantage à parcourir la dit, mais pour moins d'une parsa il ne la dit pas. Certains expliquent que « jusqu'où » se compte à partir de l'engagement sur la route, et qu'il peut la dire jusqu'à une parsa, c'est-à-dire à l'intérieur de la première parsa, mais non au-delà. L'explication des Halakhot Guedolot paraît la principale : s'il lui reste encore beaucoup à marcher, pourquoi ne la dirait-il pas ? Mais quand il lui reste moins d'une parsa, près de la ville, ce n'est pas un lieu de danger et il n'a pas à la dire. « Et comment la dit-on ? » Rav Hisda dit : debout ; Rav Chechet dit : en marchant ; et faire comme Rav Hisda est préférable, puisque Rav Chechet lui-même s'est levé et l'a dite, en disant : de ce qu'on peut être bon, ne te fais pas appeler mauvais. Quelle différence y a-t-il entre Havinenou et la prière courte ? Havinenou requiert les trois premières et les trois dernières bénédictions, et lorsqu'il arrive en lieu habité il n'a pas à prier ; la prière courte ne requiert ni les trois premières ni les trois dernières, et lorsqu'il arrive en lieu habité il doit prier. Havinenou se dit debout ; la prière courte, même en marchant. Et bien que nous disions plus loin, à propos de celui qui se lève tôt pour partir en voyage, que Rabbi Chimon ben Elazar dit que dans un cas comme dans l'autre il lit le Chema et prie, sans se soucier de dire la prière de dix-huit debout — la raison en est celle-ci : puisqu'il s'agit de dix-huit bénédictions et qu'il devrait s'y attarder, son cœur serait préoccupé par ce retard et il ne pourrait pas se concentrer ; mais Havinenou n'a pas tant de longueur et il peut s'y concentrer debout. De là nous apprenons qu'on ne dit Havinenou qu'à l'heure de la contrainte, comme celui qui marche dans le désert et les cas semblables.
💡 Explication

Trois questions techniques sur la même prière. La deuxième, ad kama (jusqu'où), reçoit deux lectures opposées que Rachi juxtapose. Pour Rachi, la parsa mesure un délai : passe une parsa de marche, il est trop tard pour dire cette prière. Pour les Halakhot Guedolot, elle mesure un seuil de trajet : un voyage de moins d'une parsa n'en relève pas du tout.

La troisième question ouvre une mahloket sur la posture, entre Rav Hisda qui exige l'arrêt et Rav Chechet qui autorise de la dire en marchant. Les Tossefot signalent que la tradition ashkénaze suit Rav Chechet, tandis que le Rif penche pour Rav Hisda.

🖼️ Schéma
Deux lectures de "jusqu'à une parsa" départ une parsa parcourue arrivée Rachi : on peut encore la dire Rachi : trop tard Halakhot Guedolot : un seuil, pas un délai Trajet prévu inférieur à une parsa : on ne la dit pas. Trajet d'une parsa ou plus : on la dit. La raison donnée par le Roch Sous une parsa, on est déjà près de la ville : ce n'est plus un lieu de danger.
La même phrase mesure un délai chez Rachi et un seuil de trajet chez les Halakhot Guedolot.
3
רַב חִסְדָּא וְרַב שֵׁשֶׁת הֲווֹ קָאָזְלִי בְּאוֹרְחָא, קָם רַב חִסְדָּא וְקָא מְצַלֵּי. אֲמַר לֵיהּ רַב שֵׁשֶׁת לְשַׁמָּעֵיהּ: מַאי קָא עָבֵיד רַב חִסְדָּא? אֲמַר לֵיהּ קָאֵי וּמְצַלֵּי. אֲמַר לֵיהּ: אוֹקְמַן נָמֵי לְדִידִי וַאֲצַלֵּי, ״מֵהֱיוֹת טוֹב אַל תִּקְרָא רַע״.

Rav Hisda et Rav Chechet marchaient sur la route. Rav Hisda se leva et se mit à prier.

Rav Chechet dit à son serviteur : que fait Rav Hisda ? Il lui dit : il se tient debout et prie.

Il lui dit : mets-moi debout moi aussi et je prierai — de ce qu'on peut être bon, ne te fais pas appeler mauvais.

📜 Rachi (2)
רַב שֵׁשֶׁת מְאוֹר עֵינַיִם הֲוָה:
Rav Chechet : il était aveugle.
מֵהֱיוֹת טוֹב אַל תִּקְרָא רַע הוֹאִיל וַאֲנִי יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל מְעֻומָּד שֶׁהֲרֵי חֲבוּרָתִי עוֹמֶדֶת לֹא אֶקְרָא רַע לְהִתְפַּלֵּל מְהַלֵּךְ ואע"פ שֶׁמֻּותָּר:
De ce qu'on peut être bon, ne te fais pas appeler mauvais : puisque je peux prier debout — car mon compagnon de route se tient debout — je ne me ferai pas appeler mauvais en priant en marchant, bien que ce soit permis.
💡 Explication

Le récit met en scène les deux maîtres du désaccord précédent. Rav Chechet, qui est aveugle, doit demander à son serviteur ce que fait son compagnon ; en apprenant que Rav Hisda s'est arrêté, il demande à être mis debout lui aussi.

Le principe qu'il invoque, mihiyot tov al tikaré ra, s'applique à une conduite permise mais inférieure : Rav Chechet maintient sa position de principe, et adopte malgré tout la conduite supérieure dès lors qu'elle ne lui coûte rien. La halte est déjà faite ; refuser d'en profiter serait choisir le moindre sans raison.

4
מַאי אִיכָּא בֵּין ״הֲבִינֵנוּ״ לִתְפִלָּה קְצָרָה? ״הֲבִינֵנוּ״ בָּעֵי לְצַלּוֹיֵי שָׁלֹשׁ קַמָּיָיתָא וְשָׁלֹשׁ בָּתְרָייָתָא, וְכִי מָטֵי לְבֵיתֵיהּ לָא בָּעֵי לְמֶהְדַּר לְצַלּוֹיֵי, בִּתְפִלָּה קְצָרָה, לָא בָּעֵי לְצַלּוֹיֵי לָא שָׁלֹשׁ קַמָּיָיתָא וְלָא שָׁלֹשׁ בָּתְרָייָתָא, וְכִי מָטֵי לְבֵיתֵיהּ בָּעֵי לְמֶהְדַּר לְצַלּוֹיֵי.

Quelle différence y a-t-il entre Havinenou et la prière courte ? Pour Havinenou, il doit dire les trois premières et les trois dernières bénédictions, et lorsqu'il arrive chez lui il n'a pas à prier de nouveau.

Pour la prière courte, il n'a à dire ni les trois premières ni les trois dernières, et lorsqu'il arrive chez lui il doit prier de nouveau.

📜 Rachi (1)
וְכִי מָטֵי לְבֵיתֵיהּ בָּעֵי מַהְדַּר לְצַלּוֹיֵי שֶׁהֲרֵי לֹא הִתְפַּלֵּל כְּלוּם מִתְּפִלַּת י"ח:
Et lorsqu'il arrive chez lui il doit prier de nouveau : car il n'a rien dit de la prière de dix-huit.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי אִיכָּא בֵּין הֲבִינֵנוּ לִתְפִלָּה קְצָרָה תֵּימַהּ לֵימָא דְּאִיכָּא בֵּינַייְהוּ דִּתְפִלָּה קְצָרָה אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל אֶלָּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה וַהֲבִינֵנוּ מִתְפַּלֵּל אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה וי"ל דְּהָכִי קָא בָּעֵי מַאי בֵינַייְהוּ כָּל א' בִּמְקוֹמוֹ תְּפִלָּה קְצָרָה בִּמְקוֹם סַכָּנָה וַהֲבִינֵנוּ שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה:
Quelle différence y a-t-il entre Havinenou et la prière courte : il y a lieu de s'étonner — que l'on dise donc que la différence entre elles est que la prière courte ne se dit qu'en lieu de danger, tandis que Havinenou se dit même hors d'un lieu de danger. On peut répondre que la question porte sur autre chose : quelle différence y a-t-il entre elles, chacune prise dans son propre cas — la prière courte en lieu de danger, Havinenou hors d'un lieu de danger ?
💡 Explication

La guemara compare deux abrégés dont l'un remplace la amida et l'autre non. Havinenou conserve les trois premières et les trois dernières bénédictions et condense les treize demandes du milieu : il a le statut de la amida, donc il acquitte l'obligation. La prière courte du lieu de danger n'a aucune de ces six bénédictions : elle tient lieu de mesure d'urgence, et l'obligation reste entière.

Les Tossefot demandent pourquoi la guemara cherche une différence dans les règles, alors qu'il y en a une évidente dans les circonstances d'emploi. Ils répondent que la question porte sur le régime de chacune dans son propre cas.

🖼️ Schéma
Havinenou et la prière courte : trois différences Critère Havinenou Prière courte Trois premières et trois dernières bénédictions Requises Non requises En arrivant chez lui Il ne prie pas de nouveau Il doit prier de nouveau Posture (conclusion du folio) Debout seulement Debout ou en marchant Le principe unique dont découlent les trois lignes Havinenou a le statut de la amida : il acquitte l'obligation, et en supporte donc les exigences. La prière courte est une mesure d'urgence : elle n'acquitte rien, et n'impose rien.
Les trois différences se déduisent d'un seul point : l'une a le statut de la amida, l'autre non.
5
וְהִלְכְתָא: ״הֲבִינֵנוּ״, מְעֻומָּד, תְּפִלָּה קְצָרָה, בֵּין מְעֻומָּד בֵּין מְהַלֵּךְ.

Et la halakha est : Havinenou, debout ; la prière courte, aussi bien debout qu'en marchant.

💡 Explication

La conclusion pratique applique la distinction précédente à la posture. Puisque Havinenou vaut amida, il en garde l'exigence de se tenir debout. La prière courte, qui n'acquitte pas l'obligation, peut se dire en marchant.

6
הָיָה רוֹכֵב עַל הַחֲמוֹר וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: הָיָה רוֹכֵב עַל הַחֲמוֹר וְהִגִּיעַ זְמַן תְּפִלָּה, אִם יֵשׁ לוֹ מִי שֶׁיֹּאחַז אֶת חֲמוֹרוֹ — יָרַד לְמַטָּה וְיִתְפַּלֵּל, וְאִם לָאו — יֵשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ וְיִתְפַּלֵּל. רַבִּי אוֹמֵר: בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ יֵשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ וְיִתְפַּלֵּל, לְפִי שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו.

« Celui qui était monté sur un âne », etc. Nos maîtres ont enseigné : celui qui était monté sur un âne et pour qui l'heure de la prière est arrivée — s'il a quelqu'un pour tenir son âne, il descend et prie ; sinon, il reste assis à sa place et prie.

Rabbi dit : dans un cas comme dans l'autre il reste assis à sa place et prie, parce que son esprit n'est pas tranquille.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו שֶׁקָּשֶׁה עָלָיו עִכּוּב הַדֶּרֶךְ:
Parce que son esprit n'est pas tranquille : le retard sur la route lui pèse.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנִי' הָיָה רוֹכֵב עַל הַחֲמוֹר יֵרֵד וְאִם אֵינוֹ יָכוֹל לֵירֵד יַחֲזִיר פָּנָיו וְאִם אֵינוֹ יָכוֹל לְהַחֲזִיר פָּנָיו יְכַוֵּין לִבּוֹ כְּנֶגֶד בֵּית קָדְשֵׁי הַקָּדָשִׁים הָיָה יוֹשֵׁב בִּסְפִינָה אוֹ בְּאַסְדָּא יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים:
Michna : Celui qui était monté sur un âne descend ; s'il ne peut pas descendre, il tourne son visage ; et s'il ne peut pas tourner son visage, il dirige son cœur vers le Saint des saints. S'il était assis dans un bateau ou sur un radeau, il dirige son cœur vers le Saint des saints.
גְּמ' ת"ר הָיָה רוֹכֵב עַל הַחֲמוֹר אִם יֵשׁ לוֹ מִי שֶׁיֹּאחַז חֲמוֹרוֹ יֵרֵד לְמַטָּה וְיִתְפַּלֵּל וְאִם לָאו יֵשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ וְיִתְפַּלֵּל רַבִּי אוֹמֵר בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ יֵשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ וְיִתְפַּלֵּל לְפִי שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו אָמַר רָבָא וְאִיתֵּימָא רִיבָּ"ל הֲלָכָה כְּרַבִּי וְאַפֵּי' שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה כִּי קָשֶׁה לוֹ הָעִיכּוּב וּמִתְפַּלֵּל בִּמְהַלֵּךְ וְאֵין מַחֲזִיר פָּנָיו לִירוּשָׁלַיִם כֵּיוָן שֶׁרוֹכֵב עַל בְּהֶמְתּוֹ וְרוֹכֵב לְדַרְכּוֹ וְלֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ הָרַב ר' יוֹסֵף דְּאַייְּרִי בִּמְקוֹם סַכָּנָה. ת"ר סוּמָא אוֹ מִי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין הָרוּחוֹת יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד אָבִיו שֶׁבַּשָּׁמַיִם שֶׁנֶּאֱמַר וְהִתְפַּלְלוּ אֶל ה' הָיָה עוֹמֵד בח"ל יְכַוֵּין כְּנֶגֶד א"י שֶׁנֶּאֱמַר וְהִתְפַּלְלוּ אֵלֶיךָ דֶּרֶךְ אַרְצָם הָיָה עוֹמֵד בא"י יְכַוֵּין כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם שֶׁנֶּאֱמַר וְהִתְפַּלְלוּ אֶל הָעִיר הַזֹּאת הָיָה עוֹמֵד בִּירוּשָׁלַיִם יְכַוֵּין כְּנֶגֶד בהמ"ק שֶׁנֶּאֱמַר וְהִתְפַּלְלוּ אֶל הַבַּיִת הַזֶּה הָיָה עוֹמֵד בבהמ"ק יְכַוֵּין דַּעְתּוֹ כְּנֶגֶד בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים שֶׁנֶּאֱמַר וְהִתְפַּלְלוּ אֶל הַמָּקוֹם הַזֶּה הָיָה עוֹמֵד בְּבֵית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד הַכַּפֹּורֶת הָיָה עוֹמֵד אֲחוֹרֵי הַכַּפֹּורֶת הוֹפֵךְ פָּנָיו לְבֵית הַכַּפֹּורֶת נִמְצָא עוֹמֵד בַּמִּזְרָח מַחֲזִיר פָּנָיו לַמַּעֲרָב בַּמַּעֲרָב מַחֲזִיר פָּנָיו לַמִּזְרָח בַּדָּרוֹם מַחֲזִיר פָּנָיו לַצָּפוֹן בַּצָּפוֹן מַחֲזִיר פָּנָיו לַדָּרוֹם נִמְצְאוּ כָּל יִשְׂרָאֵל מְכַווְּנִים לִבָּם לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם א"ר אָבִין וְאִיתֵּימָא רָבִינָא מַאי קְרָא כְּמִגְדַּל דָּוִד צַוָּארֵךְ בָּנוּי לְתַלְפִּיּוֹת תֵּל שֶׁהַכֹּל פּוֹנִין לוֹ וּכְהַךְ שְׁמַעְתָּתָא קי"ל וּדְלֹא כְּהַאי שְׁמַעְתָּתָא דב"ב פ' לֹא יַחְפֹּור (בָּבָא בָּתְרָא דַּף כֹּה) דִּפְלִיגִי תַּנָּאֵי וְאָמוֹרָאֵי הָתָם אִם שְׁכִינָה בַּמִּזְרָח אוֹ בַּמַּעֲרָב וְהָתָם נָמֵי מַסִּיק כִּשְׁמַעְתְּתָא דְּהָכָא אֲמַר לֵיהּ רַב חֲבִיבָא לְרַב אַשִּׁי אַתּוּן דְּקַייֵּמְתּוּן אַצָּפוֹנָה דא"י אַדְּרָמוּ אַדְּרוֹמִי מַה שֶׁאָנוּ מְכַוְּונִים הָאִידָּנָא לַמִּזְרָח מִפְּנֵי שֶׁאָנוּ בְּמַעֲרָבָהּ שֶׁל א"י:
Guemara : Nos maîtres ont enseigné : celui qui était monté sur un âne — s'il a quelqu'un pour tenir son âne, il descend et prie ; sinon, il reste assis à sa place et prie. Rabbi dit : dans un cas comme dans l'autre il reste assis à sa place et prie, parce que son esprit n'est pas tranquille. Rava, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi, a dit : la halakha est comme Rabbi, et cela même hors d'un lieu de danger, puisque le retard lui pèse ; il prie donc en marchant et ne tourne pas son visage vers Jérusalem, du moment qu'il est monté sur sa bête et qu'il chevauche vers sa destination. Il n'en va pas comme l'a expliqué le Rabbi Yossef, pour qui il s'agirait d'un lieu de danger. Nos maîtres ont enseigné : un aveugle, ou celui qui ne peut pas s'orienter selon les points cardinaux, dirige son cœur vers son Père qui est aux cieux, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers Hachem ». S'il se tenait hors de la terre d'Israël, il se dirige vers la terre d'Israël, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers Toi par le chemin de leur pays ». S'il se tenait en terre d'Israël, il se dirige vers Jérusalem, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers cette ville ». S'il se tenait à Jérusalem, il se dirige vers le Temple, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers cette maison ». S'il se tenait dans le Temple, il dirige sa pensée vers le Saint des saints, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers ce lieu ». S'il se tenait dans le Saint des saints, il dirige son cœur vers le kapporet. S'il se tenait derrière le kapporet, il tourne son visage vers la maison du kapporet. Il se trouve ainsi que celui qui se tient à l'est tourne son visage vers l'ouest ; à l'ouest, vers l'est ; au sud, vers le nord ; au nord, vers le sud. Il se trouve ainsi que tout Israël dirige son cœur vers son Père qui est aux cieux. Rabbi Avin, et certains disent Ravina, a dit : quel est le verset ? « Comme la tour de David est ton cou, bâtie letalpiyot » — la colline vers laquelle tous se tournent. C'est cette sougya que nous retenons pour la halakha, et non celle du chapitre Lo yahpor de Bava Batra (25a), où tanaim et amoraim divergent sur le point de savoir si la Chekhina est à l'est ou à l'ouest ; là aussi la conclusion rejoint notre sougya. Rav Haviva dit à Rav Achi : vous qui vous tenez au nord de la terre d'Israël, orientez-vous vers le sud. Si nous nous orientons aujourd'hui vers l'est, c'est parce que nous sommes à l'ouest de la terre d'Israël.
💡 Explication

La michna disait que le voyageur monté sur un âne descend pour prier. La baraita nuance : il ne descend que s'il a quelqu'un pour tenir la bête, faute de quoi l'animal risque de s'échapper et l'inquiétude ruinerait la concentration.

Rabbi va plus loin et supprime la distinction : dans tous les cas il reste en selle, parce que l'interruption du voyage elle-même trouble l'esprit. Le désaccord porte donc sur ce qui gêne le plus la kavana : la bête non tenue, ou le retard imposé au voyage.

🖼️ Schéma
Monté sur un âne, l'heure de la prière arrive : descendre ou rester ? A-t-il quelqu'un pour tenir l'âne ? oui non Premier tana : il descend et prie Premier tana : il reste en selle Rabbi : dans les deux cas il reste en selle — le retard du voyage lui pèse Halakha : comme Rabbi (Rava, ou Rabbi Yehochoua ben Levi) Le Roch précise : même hors d'un lieu de danger, et sans avoir à tourner son visage vers Jérusalem.
Le désaccord porte sur la cause du trouble : la bête laissée libre, ou l'interruption du voyage.
7
אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֲלָכָה כְּרַבִּי.

Rava a dit, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha est comme Rabbi.

🗂️ Tossefot (1)
הֲלָכָה כְּרַבִּי שֶׁלֹּא יָרַד לְמַטָּה וְאַפֵּי' שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה וַאֲפִילּוּ בִּמְהַלֵּךְ מִתְפַּלֵּל וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַחֲזִיר פָּנָיו כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם:
La halakha est comme Rabbi : il ne descend pas, et cela même hors d'un lieu de danger ; il prie même en marchant et n'a pas besoin de tourner son visage vers Jérusalem.
💡 Explication

Les Tossefot tirent de cette halakha trois conséquences que le texte ne dit pas explicitement : elle vaut hors d'un lieu de danger, elle autorise à prier en marchant et non seulement assis en selle, et elle dispense de tourner le visage vers Jérusalem. La règle d'orientation qui suit vaut donc pour celui qui prie à l'arrêt, non pour le cavalier en marche.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: סוּמָא וּמִי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין אֶת הָרוּחוֹת — יְכַוֵּין לִבּוֹ כְּנֶגֶד אָבִיו שֶׁבַּשָּׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִתְפַּלְּלוּ אֶל ה׳״.

Nos maîtres ont enseigné : un aveugle, et celui qui ne peut pas s'orienter selon les points cardinaux, dirige son cœur vers son Père qui est aux cieux, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers Hachem ».

📜 Rachi (1)
לְכַוֵּין אֶת הָרוּחוֹת לְצַד אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כִּדְבָעֵינַן לְמֵימַר תֵּל שֶׁהַכֹּל פּוֹנִים בּוֹ:
S'orienter selon les points cardinaux : du côté de la terre d'Israël, comme nous allons le dire — la colline vers laquelle tous se tournent.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הַמִּתְפַּלֵּל וְטָעָה אַהֵיָיא אָמַר רַב סָפְרָא מִשּׁוּם חַד דְּבֵי ר' יַנַּאי בְּאָבוֹת אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַבָּרַייְתָא הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ בְּאֶחָד מֵהֶן אָמַר רַב סָפְרָא מִשּׁוּם חַד דְּבֵי ר' יַנַּאי בְּאָבוֹת הָא דא"ר אֶלְעָזָר בְּסוֹף תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף ל) לְעוֹלָם יָמוֹד אָדָם בְּעַצְמוֹ אִם יָכוֹל לְכַוֵּין לִבּוֹ יִתְפַּלֵּל פִּי' אִם יָכוֹל לְכַוֵּין. בְּאֶחָד מֵהֶם וּבְאָבוֹת כִּדְאָמַר הָכָא א"ר חַייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן אַל יִתְפַּלֵּל אָדָם אֶלָּא בְּבַיִת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חַלּוֹנוֹת שֶׁנֶּאֱמַר וְכַוִּין פְּתִיחָן לֵיהּ בְּעִילִּיתֵיהּ נֶגֶד קִבֵּל יְרוּשָׁלִַם: הַדְרָן עֲלָךְ אֵין עוֹמְדִין
Guemara : « Celui qui prie et se trompe » — sur laquelle des bénédictions ? Rav Safra a dit au nom d'un des maîtres de la maison de Rabbi Yannai : sur avot, la première. Certains rapportent cet enseignement sur la baraita « celui qui prie doit diriger son cœur dans l'une d'elles » : Rav Safra a dit au nom d'un des maîtres de la maison de Rabbi Yannai : dans avot. Et ce que Rabbi Elazar a dit à la fin du chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 30b), « que l'homme s'évalue toujours lui-même : s'il peut diriger son cœur, qu'il prie », signifie qu'il peut se concentrer dans l'une d'elles, c'est-à-dire dans avot, comme il est dit ici. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que l'homme ne prie que dans une pièce où il y a des fenêtres, ainsi qu'il est dit : « et des ouvertures étaient percées pour lui dans sa chambre haute, face à Jérusalem ». Hadran alakh Ein omdin.
💡 Explication

La baraita ouvre le dossier de l'orientation par le cas le plus faible : celui qui ne peut pas s'orienter du tout. Il ne prie pas sans direction pour autant ; il dirige son cœur vers son Père qui est aux cieux, c'est-à-dire qu'il substitue une orientation d'intention à une orientation physique.

9
הָיָה עוֹמֵד בְּחוּץ לָאָרֶץ — יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִתְפַּלְלוּ אֵלֶיךָ דֶּרֶךְ אַרְצָם״. הָיָה עוֹמֵד בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל — יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִתְפַּלְלוּ אֶל ה׳ דֶּרֶךְ הָעִיר אֲשֶׁר בָּחַרְתָּ״. הָיָה עוֹמֵד בִּירוּשָׁלַיִם — יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִתְפַּלְלוּ אֶל הַבַּיִת הַזֶּה״. הָיָה עוֹמֵד בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ — יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִתְפַּלְלוּ אֶל הַמָּקוֹם הַזֶּה״. הָיָה עוֹמֵד בְּבֵית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים — יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ כְּנֶגֶד בֵּית הַכַּפֹּורֶת. הָיָה עוֹמֵד אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּורֶת — יִרְאֶה עַצְמוֹ כְּאִילּוּ לִפְנֵי הַכַּפֹּורֶת. נִמְצָא עוֹמֵד בַּמִּזְרָח מַחֲזִיר פָּנָיו לַמַּעֲרָב. בַּמַּעֲרָב מַחֲזִיר פָּנָיו לַמִּזְרָח. בַּדָּרוֹם — מַחֲזִיר פָּנָיו לַצָּפוֹן. בַּצָּפוֹן — מַחֲזִיר פָּנָיו לַדָּרוֹם. נִמְצְאוּ כָּל יִשְׂרָאֵל מְכַוְּונִין אֶת לִבָּם לְמָקוֹם אֶחָד.

S'il se tenait hors de la terre d'Israël, il dirige son cœur vers la terre d'Israël, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers Toi par le chemin de leur pays ». S'il se tenait en terre d'Israël, il dirige son cœur vers Jérusalem, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers Hachem par le chemin de la ville que Tu as choisie ».

S'il se tenait à Jérusalem, il dirige son cœur vers le Temple, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers cette maison ». S'il se tenait dans le Temple, il dirige son cœur vers le Saint des saints, ainsi qu'il est dit : « et ils prieront vers ce lieu ».

S'il se tenait dans le Saint des saints, il dirige son cœur vers la maison du kapporet. S'il se tenait derrière la maison du kapporet, il se considère comme s'il était devant le kapporet.

Il se trouve alors que celui qui se tient à l'est tourne son visage vers l'ouest ; à l'ouest, il tourne son visage vers l'est ; au sud, il tourne son visage vers le nord ; au nord, il tourne son visage vers le sud. Il se trouve ainsi que tout Israël dirige son cœur vers un seul lieu.

📜 Rachi (1)
אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּורֶת בְּמַעֲרַב הָעֲזָרָה הָיוּ י"א אַמָּה חָצֵר מִכֹּותֶל בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים לְכֹותֶל מַעֲרָבִי שֶׁל עֲזָרָה וְהָעוֹמֵד שָׁם מַחֲזִיר פָּנָיו לְבֵית הַכַּפֹּורֶת לַמִּזְרָח:
Derrière la maison du kapporet : à l'ouest de la azara, il y avait onze coudées de cour, depuis le mur du Saint des saints jusqu'au mur occidental de la azara ; celui qui s'y tient tourne son visage vers la maison du kapporet, c'est-à-dire vers l'est.
🗂️ Tossefot (1)
הָיָה עוֹמֵד בח"ל יְכַוֵּין כְּנֶגֶד אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל ול"ג לִבּוֹ דְּאַפָּנָיו קָאֵי כִּדְקָתָנֵי סֵיפָא הָיָה עוֹמֵד בַּמִּזְרָח מַחֲזִיר פָּנָיו לַמַּעֲרָב:
S'il se tenait hors de la terre d'Israël, il s'oriente vers la terre d'Israël : il ne faut pas lire ici « son cœur », car il s'agit de son visage, comme l'enseigne la fin de la baraita — celui qui se tient à l'est tourne son visage vers l'ouest.
💡 Explication

La baraita construit une cascade : chaque position de départ vise l'étape immédiatement plus intérieure, jusqu'au kapporet, le couvercle de l'arche. Un verset appuie chaque degré, tous tirés de la prière de Chelomo à l'inauguration du Temple.

La dernière clause tire la conséquence géométrique : puisque tous visent le même point, celui qui est à l'est se tourne vers l'ouest, celui qui est à l'ouest vers l'est, et ainsi de suite. Les Tossefot en déduisent une correction de lecture : il s'agit bien de l'orientation du visage, et non seulement du cœur, sans quoi la conclusion sur les points cardinaux ne suivrait pas.

🖼️ Schéma
Le cas limite de Rachi : celui qui se tient derrière le Saint des saints Saint des saints kapporet azara (est) onze coudées mur occidental il est ici il tourne son visage vers l'est Ouest à gauche, est à droite. Tous visent le même point.
L'espace de onze coudées derrière le Saint des saints, où l'on prie en se retournant vers l'est.
10
אָמַר רַבִּי אָבִין, וְאִיתֵּימָא רַבִּי אֲבִינָא: מַאי קְרָאָהּ — ״כְּמִגְדַּל דָּוִיד צַוָּארֵךְ בָּנוּי לְתַלְפִּיּוֹת״ — תֵּל שֶׁכָּל פִּיּוֹת פּוֹנִים בּוֹ.

Rabbi Avin a dit, et certains disent Rabbi Avina : quel est le verset ? « Comme la tour de David est ton cou, bâtie letalpiyot » — la colline (tel) vers laquelle toutes les bouches (piyot) se tournent.

🗂️ Tossefot (1)
לְתַלְפִּיּוֹת תֵּל שֶׁכָּל פִּיּוֹת פּוֹנִים בּוֹ וּכְהַךְ שְׁמַעְתָּתָא קי"ל וְכֵן מַסְּקִינַן בְּלֹא יַחְפֹּור (ב"ב כה:) דְּקָאָמַר אַתּוּן דְּקָייְמִיתוּן לְצִפּוּנָא דא"י אַדְרִימוּ וְלֹא כְּהָנֵי אָמוֹרָאֵי דִּלְעֵיל (שָׁם) דִּפְלִיגִי אִי הַשְּׁכִינָה בַּמִּזְרָח אוֹ בַּמַּעֲרָב עַכְשָׁיו אָנוּ בְּמַעֲרָבָהּ שֶׁל א"י עַל כֵּן אָנוּ פּוֹנִין לַמִּזְרָח:
Letalpiyot, la colline vers laquelle toutes les bouches se tournent : c'est cette sougya que nous retenons pour la halakha, et c'est aussi la conclusion du chapitre Lo yahpor (Bava Batra 25b), où il est dit : vous qui vous tenez au nord de la terre d'Israël, orientez-vous vers le sud. Et non comme les amoraim cités plus haut au même endroit, qui divergent sur le point de savoir si la Chekhina est à l'est ou à l'ouest. Aujourd'hui nous sommes à l'ouest de la terre d'Israël, c'est pourquoi nous nous tournons vers l'est.
💡 Explication

Le verset est lu par décomposition du mot letalpiyot en tel (colline) et piyot (bouches). L'appui scripturaire ne fonde pas la règle, il en donne l'image : un point unique vers lequel converge la parole de tous.

Les Tossefot en tirent la conséquence pratique pour leur temps : la règle étant géographique et non cosmologique, l'orientation dépend de l'endroit où l'on se trouve. Situés à l'ouest de la terre d'Israël, ils se tournent vers l'est.

11
אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי, כִּי הֲווֹ בָּעוּ לְמִיפַּק לְאוֹרְחָא, הָווּ מַקְדְּמִי וּמְצַלֵּי, וְכִי הֲוָה מָטֵי זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע קָרוּ.

Le père de Chmouel et Levi, lorsqu'ils voulaient partir en voyage, priaient de bonne heure, et lorsque l'heure de la lecture du Chema arrivait ils le lisaient.

📜 Rachi (1)
הֱווּ מַקְדְּמִי קֹודֶם הַיּוֹם:
Ils priaient de bonne heure : avant le jour.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי הֲווֹ מַקְדְּמִי וּמְצַלּוּ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י קֹודֶם עַמּוּד הַשַּׁחַר וְלֹא נִרְאֶה דְּאִם כֵּן לֹא הָיוּ יוֹצְאִין בּוֹ כְּלָל דַּעֲדַייִן אֵינוֹ יוֹם לְכָךְ נִרְאֶה כְּפִי' ר"ח דְּמִשֶּׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר קָאָמַר וְהָווּ מַקְדְּמִי קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה קָאָמַר וַעֲדַיִין אֵינוֹ עִיקַּר זְמַן תְּפִלָּה:
Le père de Chmouel et Levi priaient de bonne heure : Rachi a expliqué « avant l'aube ». Cela ne paraît pas juste, car alors ils ne se seraient pas acquittés du tout, puisqu'il ne fait pas encore jour. Il paraît donc juste d'expliquer comme Rabbenou Hananel qu'il s'agit du moment où l'aube s'est levée, et que « ils priaient de bonne heure » veut dire avant le lever du soleil, moment qui n'est pas encore l'heure principale de la prière.
⚖️ Rosh (1)
אֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי כִּי הֲווֹ בָּעוּ לְמִיפַּק לְאוֹרְחָא הֲווֹ מְקַדְּמִי וּמְצַלִּי פֵּי' רַשִׁ"י קֹודֶם הַיּוֹם וְלָא נְהִירָא דִּזְמַן תְּפִלָּה אֵינוֹ אֶלָּא מִשֶּׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר כְּמוֹ תָּמִיד הַבֹּוקֶר ור"ח זַ"ל פֵּירֵשׁ מַקְדִּימִין מַעֲלוֹת הַשַּׁחַר דְּעִיקַּר זְמַן תְּפִלָּה הוּא מֵהָנֵץ הַחַמָּה אֲבָל בְּעוֹד לַיְלָה אֵין לוֹ לְהַקְדִּים וּלְהִתְפַּלֵּל. כְּמַאן כְּהַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא הִשְׁכִּים לָצֵאת לַדֶּרֶךְ מְבִיאִין לוֹ שׁוֹפָר וְתוֹקֵעַ לוּלָב וּמְנַעְנֵעַ מְגִילָּה וְקוֹרֵא וּמִתְפַּלֵּל וּכְשֶׁיַּגִּיעַ זְמַן ק"ש קוֹרֵא רַ"שִׁ בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ קוֹרֵא ק"ש וּמִתְפַּלֵּל בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי מָר סָבַר תְּפִלָּה מְעֻומָּד עָדִיף וּמָר סָבַר מִיסְמָךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה עָדִיף מֵרִימֶר וּמַר זוּטְרָא בְּשַׁבְּתָא דְּרִיגְלָא הֲווֹ מְכַנְּפִי בֵּי עַשְׂרָה וּמְצַלּוּ רַב אָשֵׁי מְצַלֵּי בַּהֲדֵי צִבּוּרָא מְיֻושָּׁב וְכִי הֲוָה אֲתָא לְבֵיתֵיהּ הֲוָה קָאֵי וּמְצַלֵּי אָמְרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לֶיעֱבֵד מָר כְּמָרִימָר וּמָר זוּטְרָא אֲמַר לְהוּ טְרִיחָא לִי מִילְּתָא אָמְרוּ לֵיהּ לֶיעֱבֵיד מָר כַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי אֲמַר לְהוּ לָא חָזֵינַן לְהוּ לְרַבָּנָן קַשִּׁישֵׁי דְּעָבְדִי הָכִי רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל פָּסַק כְּאָבוּהָ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי דְּאַפֵּי' רַב אַשִּׁי דִּבְסָמוּךְ לָא פְּלִיג עֲלַיְיהוּ אֶלָּא לָא חָזֵינַן רַבָּנָן קַשִּׁישֵׁי קָאָמַר וְהַיְינוּ טַעְמָא דִּמְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ אֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין הִלְכָּךְ טוֹב יוֹתֵר שֶׁיַּקְדִּים וְיִתְפַּלֵּל מְעֻומָּד. אֲבָל רַב אַשִּׁי הָיָה מִתְפַּלֵּל מְיֻושָּׁב לְכָךְ לֹא הָיָה רוֹצֶה לְהַקְדִּים וְעוֹד דְּעִיקַּר תְּפִלָּתוֹ הָיְתָה מְעֻומָּד אֶלָּא שֶׁרָצָה לְהִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר מְיֻושָּׁב ובה"ג פָּסַק כַּר' שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר וּמִסְתַּבֵּר טְפֵי כְּמוֹ שֶׁפָּסַק רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל כֵּיוָן דְּרַב אַשִּׁי לָא פְּלִיג אַדְּרַב וּשְׁמוּאֵל הִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ:
« Le père de Chmouel et Levi, lorsqu'ils voulaient partir en voyage, priaient de bonne heure. » Rachi a expliqué : avant le jour. Cela n'est pas clair, car l'heure de la prière ne commence qu'au lever de l'aube, comme pour le tamid du matin. Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a expliqué qu'ils devançaient à partir de l'aube, l'heure principale de la prière étant le lever du soleil ; mais tant qu'il fait encore nuit il ne doit pas devancer et prier. « Selon qui ? Selon ce tana », ainsi qu'il a été enseigné : celui qui s'est levé tôt pour partir en voyage — on lui apporte un chofar et il sonne, un loulav et il l'agite, une meguila et il la lit, et il prie ; et lorsque l'heure du Chema arrive, il le lit. Rabbi Chimon ben Elazar dit : dans un cas comme dans l'autre il lit le Chema et prie. Sur quoi divergent-ils ? L'un tient que la prière dite debout est préférable, et l'autre que joindre la gueoula à la tefila est préférable. Mareimar et Mar Zoutra, le chabbat du regel, réunissaient dix hommes et priaient. Rav Achi priait avec la communauté, assis, et lorsqu'il rentrait chez lui il se tenait debout et priait. Les Sages lui dirent : que le maître fasse comme Mareimar et Mar Zoutra. Il leur dit : cela m'est pénible. Ils lui dirent : que le maître fasse comme le père de Chmouel et Levi. Il leur dit : nous n'avons pas vu les Sages plus anciens agir ainsi. Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a tranché comme le père de Chmouel et Levi, car même Rav Achi, cité juste après, ne les contredit pas : il dit seulement qu'il n'a pas vu les Sages anciens faire ainsi. La raison en est que celui qui marche sur la route ne peut pas se concentrer ; il vaut donc mieux qu'il devance et prie debout. Rav Achi, lui, priait assis, c'est pourquoi il ne voulait pas devancer ; de plus, sa prière principale se faisait debout, et il voulait seulement prier avec la communauté, assis. Les Halakhot Guedolot ont tranché comme Rabbi Chimon ben Elazar, mais il est plus raisonnable de trancher comme Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, puisque Rav Achi ne contredit pas Rav et Chmouel : la halakha est donc comme eux.
💡 Explication

L'usage rapporté inverse l'ordre habituel : ils prient avant de lire le Chema, pour pouvoir prier debout et au calme chez eux. Le prix en est la perte de la jonction entre la bénédiction de la gueoula et la amida.

Rachi comprend qu'ils priaient avant l'aube. Les Tossefot et le Roch objectent que l'heure de la prière ne commence qu'à l'aube, sur le modèle du sacrifice tamid du matin, et retiennent la lecture de Rabbenou Hananel : ils priaient après l'aube mais avant le lever du soleil, dans un temps déjà valable quoique non optimal.

12
כְּמַאן — כִּי הַאי תַּנָּא. דְּתַנְיָא: הִשְׁכִּים לָצֵאת לַדֶּרֶךְ, מְבִיאִין לוֹ שׁוֹפָר וְתוֹקֵעַ, לוּלָב וּמְנַעְנֵעַ, מְגִילָּה וְקוֹרֵא בָּהּ, וּכְשֶׁיַּגִּיעַ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע — קוֹרֵא. הִשְׁכִּים לֵישֵׁב בַּקָּרוֹן אוֹ בִּסְפִינָה — מִתְפַּלֵּל, וּכְשֶׁיַּגִּיעַ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע — קוֹרֵא.

Selon qui ? Selon ce tana, ainsi qu'il a été enseigné : celui qui s'est levé tôt pour partir en voyage — on lui apporte un chofar et il sonne, un loulav et il l'agite, une meguila et il la lit ; et lorsque l'heure de la lecture du Chema arrive, il le lit.

Celui qui s'est levé tôt pour s'asseoir dans un chariot ou dans un bateau prie, et lorsque l'heure de la lecture du Chema arrive, il le lit.

📜 Rachi (1)
בְּקָרוֹן וּבִסְפִינָה אִיכָּא בִּעֲתוּתָא דְּמַיָּא:
Dans un chariot ou dans un bateau : il y a là la frayeur causée par les eaux.
💡 Explication

La baraita autorise à anticiper plusieurs mitsvot du matin quand on part tôt : chofar de Roch Hachana, loulav de Souccot, lecture de la meguila. La liste sert ici de précédent pour la prière.

La seconde clause vise celui qui voyage en chariot ou en bateau : il prie avant de monter, parce qu'une fois embarqué la concentration ne sera plus possible.

13
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּמִתְפַּלֵּל, כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה.

Rabbi Chimon ben Elazar dit : dans un cas comme dans l'autre il lit le Chema et prie, afin de joindre la gueoula à la tefila.

📜 Rachi (1)
קוֹרֵא ק"ש יַמְתִּין עַד שֶׁיַּגִּיעַ זְמַן ק"ש וְיִקְרָאֶנָּה וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל:
Il lit le Chema : il attendra que l'heure du Chema arrive, le lira, et priera ensuite.
💡 Explication

Rabbi Chimon ben Elazar refuse l'anticipation pour la prière. Il faut attendre l'heure du Chema, le lire, puis enchaîner immédiatement sur la amida, afin que la bénédiction Gaal Israël touche directement la prière. La conséquence est qu'on priera en chemin, assis dans le chariot.

14
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מָר סָבַר תְּפִלָּה מְעֻומָּד עָדִיף, וּמָר סָבַר מִסְמָךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה עָדִיף.

Sur quoi divergent-ils ? L'un tient que la prière dite debout est préférable, et l'autre que joindre la gueoula à la tefila est préférable.

📜 Rachi (1)
תְּפִלָּה מְעֻומָּד עָדִיף שֶׁיָּכוֹל לְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ לְפִיכָךְ הָיוּ מַקְדִּימִין לְהִתְפַּלֵּל מְעֻומָּד בְּבֵיתָם שֶׁלֹּא יִצְטָרְכוּ לְהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ בִּמְהַלֵּךְ:
La prière debout est préférable : parce qu'il peut y diriger son cœur ; c'est pourquoi ils devançaient et priaient debout chez eux, pour n'avoir pas à prier sur la route en marchant.
🗂️ Tossefot (1)
מִסְמָךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה עָדִיף מִלְּהִתְפַּלֵּל מְעֻומָּד וְהָכֵי פָּסְקִי בה"ג הֲלָכָה כְּר"ש בֶּן אֶלְעָזָר וּמַשְׁמַע די"ח בְּרָכוֹת מֻותָּר לְהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ בִּמְהַלֵּךְ וְאֵין צָרִיךְ לַעֲמֹוד וא"ת ומ"ש מֵהֲבִינֵנוּ דְּמַסְּקִינַן לְעֵיל דִּמְעֻומָּד דַּוְקָא וְי"ל דְּשָׁאנֵי הֲבִינֵנוּ שֶׁהִיא קְצָרָה וְאֵין כָּאן בִּטּוּל דֶּרֶךְ כ"כ כְּמוֹ בי"ח בְּרָכוֹת וְעוֹד פֵּירֵשׁ הר"ם דְּהָכָא כִּי הָדַר לְבֵיתֵיהּ מְצַלֵּי מְעֻומָּד כִּדְאָמְרִינַן בְּסָמוּךְ רַב אָשֵׁי מְצַלֵּי בַּהֲדֵי צִבּוּרָא בְּיָחִיד מְיֻושָּׁב כְּדֵי לִקְרוֹת ק"ש בִּשְׁעָתָהּ וְכִי הָדַר לְבֵיתִי' מְצַלֵּי מְעֻומָּד ור"ח פָּסַק כְּאָבוּהָ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי וּמִיהוּ מִדְּקָאָמַר רַב אַשִּׁי לָא חָזֵינַן לְרַבָּנָן קַשִּׁישֵׁי דְּקָא עָבְדִי הָכִי מַשְׁמַע דְּאֵין הֲלָכָה כְּמוֹתָם:
Joindre la gueoula à la tefila est préférable à prier debout. Ainsi ont tranché les Halakhot Guedolot : la halakha est comme Rabbi Chimon ben Elazar. Il en ressort qu'il est permis de dire les dix-huit bénédictions sur la route en marchant, sans avoir à se tenir debout. Si tu objectes : en quoi cela diffère-t-il de Havinénou, dont nous avons conclu plus haut qu'il se dit nécessairement debout ? On peut répondre que Havinénou est différent, étant court : il n'y a pas là autant d'interruption du voyage que pour les dix-huit bénédictions. De plus, le Ram a expliqué qu'ici, lorsqu'il rentre chez lui, il prie debout, comme nous le disons juste après : Rav Achi priait avec la communauté, seul et assis, afin de lire le Chema en son temps, et lorsqu'il rentrait chez lui il priait debout. Rabbenou Hananel a tranché comme le père de Chmouel et Levi ; toutefois, de ce que Rav Achi dit « nous n'avons pas vu les Sages plus anciens agir ainsi », il ressort que la halakha n'est pas comme eux.
💡 Explication

La guemara formule la nafka mina sous forme de conflit entre deux qualités de la prière. Tefila méoumad protège la kavana ; semikhat gueoula letéfila protège l'enchaînement liturgique. Partir tôt oblige à en sacrifier une.

Les Tossefot notent une tension avec la conclusion du début du folio, où Havinénou devait impérativement se dire debout. Ils répondent par la durée : un texte court se dit debout sans retarder le voyage, dix-huit bénédictions non.

15
מָרִימָר וּמָר זוּטְרָא הֲווֹ מְכַנְּפִי בֵּי עַשְׂרָה בְּשַׁבְּתָא דְרִגְלָא וּמְצַלּוּ, וַהֲדַר נָפְקִי לְפִרְקָא.

Mareimar et Mar Zoutra réunissaient dix hommes le chabbat du regel et priaient, puis sortaient pour le cours public.

📜 Rachi (1)
בְּשַׁבְּתָא דְּרִגְלָא שֶׁלִּפְנֵי פֶּסַח וַעֲצֶרֶת וְסֻוכּוֹת וּמֵרִימֶר בְּעִירוֹ וּמַר זוּטְרָא בְּעִירוֹ הָיוּ הַדַּרְשָׁנִים וְשַׁחֲרִית הָיוּ הָעָם הוֹלְכִים לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וּכְשֶׁמַּגִּיעַ זְמַן ק"ש קוֹרִין וְהַדַּרְשָׁן דּוֹרֵשׁ וְהָעָם נִשְׁמָטִים וּמִתְפַּלְּלִים אִישׁ אִישׁ לְבַדּוֹ וּלְכָךְ הֵם הָיוּ מְאַסְּפִין לָהֶם י' שַׁחֲרִית קֹודֶם שֶׁיֵּלְכוּ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְקוֹרִין ק"ש וּמִתְפַּלְּלִים בִּסְמִיכַת גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וַהֲדַר נָפְקִי לְפִרְקָא וְדָרְשִׁי: וּמְצַלֵּי בַּהֲדֵי צִבּוּרָא ל"ג:
Le chabbat du regel : celui qui précède Pessa'h, Chavouot et Souccot. Mareimar dans sa ville et Mar Zoutra dans la sienne étaient les prédicateurs. Le matin, le peuple allait à la maison d'étude ; quand l'heure du Chema arrivait ils le lisaient, le prédicateur enseignait, et les gens s'éclipsaient et priaient chacun de son côté. C'est pourquoi eux réunissaient dix hommes le matin avant d'aller à la maison d'étude, lisaient le Chema et priaient en joignant la gueoula à la tefila, puis sortaient pour le cours et enseignaient. Quant aux mots « et il priait avec la communauté », il ne faut pas les lire ici.
💡 Explication

Le problème change de cause : ce n'est plus le voyage qui empêche de bien prier, mais la charge d'enseignement des jours de grande affluence. Mareimar et Mar Zoutra organisent un minyan privé avant le cours, ce qui leur permet de garder à la fois la station debout et la jonction gueoula-tefila.

16
רַב אָשֵׁי מְצַלֵּי בַּהֲדֵי צִבּוּרָא בְּיָחִיד, מְיֻושָּׁב. כִּי הֲוָה אָתֵי לְבֵיתֵיהּ, הָדַר וּמְצַלֵּי מְעֻומָּד. אָמְרִי לֵיהּ רַבָּנָן: וְלַעֲבֵיד מָר כְּמָרִימָר וּמָר זוּטְרָא! אֲמַר לְהוּ: טְרִיחָא לִי מִלְּתָא. וְלַעֲבֵיד מָר כַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי! אֲמַר לְהוּ: לָא חֲזֵינָא לְהוּ לְרַבָּנַן קַשִּׁישֵׁי מִינַּן דְּעָבְדִי הָכִי.

Rav Achi priait avec la communauté, seul et assis. Lorsqu'il rentrait chez lui, il priait de nouveau, debout.

Les Sages lui dirent : que le maître fasse comme Mareimar et Mar Zoutra ! Il leur dit : cela m'est pénible.

Que le maître fasse comme le père de Chmouel et Levi ! Il leur dit : nous n'avons pas vu les Sages plus anciens que nous agir ainsi.

📜 Rachi (5)
רַב אַשִּׁי הָיָה רֹאשׁ יְשִׁיבָה בְּמָתָא מְחַסְיָא וְדוֹרֵשׁ וְהוּא לֹא הָיָה מִתְפַּלֵּל קֹודֶם בֵּית הַמִּדְרָשׁ אֶלָּא כְּשֶׁמַּגִּיעַ זְמַן ק"ש לוֹחֵשׁ הַרְבֵּה יַחַד לַמְתֻורְגְּמָן הָעוֹמֵד לְפָנָיו וּבְעוֹד שֶׁהַמְתֻורְגְּמָן מַשְׁמִיעַ לָרַבִּים הוּא קוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְסוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וּמִתְפַּלֵּל מְיֻושָּׁב שֶׁלֹּא הָיָה רוֹצֶה לָצֵאת שֶׁלֹּא לְהַטְרִיחַ אֶת הַצִּבּוּר לָקוּם מִפָּנָיו:
Rav Achi était chef de l'académie de Mata Mehasya et y enseignait. Il ne priait pas avant la maison d'étude ; mais lorsque l'heure du Chema arrivait, il soufflait d'un coup un long passage au metourgueman qui se tenait devant lui, et pendant que le metourgueman le transmettait à l'assemblée, lui lisait le Chema, joignait la gueoula à la tefila et priait assis, car il ne voulait pas sortir, pour ne pas obliger l'assemblée à se lever devant lui.
בַּהֲדֵי צִבּוּרָא בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר נִשְׁמָטִין וּמִתְפַּלְּלִין אִי נָמֵי בַּהֲדֵי צִבּוּרָא כְּמוֹ שֶׁהוּא יוֹשֵׁב בְּתוֹךְ הַצִּבּוּר כְּלוֹמַר שֶׁאֵינוֹ יוֹצֵא וְכִי הֲוָה אָתֵי לְבֵיתִי' חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל מְעֻומָּד לְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ:
Avec la communauté : au moment où l'assemblée s'éclipse et prie. Ou bien « avec la communauté » veut dire : tel qu'il est assis au milieu de l'assemblée, c'est-à-dire sans sortir. Et lorsqu'il rentrait chez lui, il priait de nouveau debout, afin de diriger son cœur.
טְרִיחָא לִי מִילְּתָא לְאַחֵר בֵּית הַמִּדְרָשׁ עַד שֶׁאֶתְפַּלֵּל:
Cela m'est pénible : retarder la maison d'étude jusqu'à ce que j'aie prié.
וְלַעֲבֵיד מָר כַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי שֶׁמִּתְפַּלְּלִין קֹודֶם הַיּוֹם בְּבֵיתָם מְעֻומָּד וְלֹא תִּצְטָרֵךְ לֵב' תְּפִלּוֹת וּמִשּׁוּם מִסְמַךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה כֵּיוָן דְּמַצְּלוּ קֹודֶם ק"ש לָא קָפְדִי:
Que le maître fasse comme le père de Chmouel et Levi : eux priaient avant le jour, chez eux, debout, et ainsi tu n'aurais pas besoin de deux prières. Quant à joindre la gueoula à la tefila, puisqu'ils priaient avant le Chema ils n'y tenaient pas.
לָא חָזֵינַן לְהוּ לְרַבָּנַן קַשִּׁישֵׁי מִינַּן דְּעָבְדִי הָכִי שֶׁיַּקְדִּימוּ תְּפִלָּה לִקְרִיאַת שְׁמַע הִלְכָּךְ כֵּיוָן דְּמַמְתִּין מִתְּפִלָּה עַד זְמַן ק"ש מִצְוָה לִסְמֹוךְ תְּפִלָּה אַחַר גְּאֻולָּה לְפִיכָךְ מִתְפַּלֵּל מְיֻושָּׁב בִּמְקוֹמוֹ וּלְפִי שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו כ"כ צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל בְּבֵיתוֹ:
Nous n'avons pas vu les Sages plus anciens que nous agir ainsi : c'est-à-dire faire précéder la prière de la lecture du Chema. Dès lors, puisqu'il attend pour prier jusqu'à l'heure du Chema, c'est une mitsva de joindre la prière après la gueoula ; il prie donc assis à sa place. Et parce que son esprit n'y est pas assez tranquille, il doit revenir prier chez lui.
💡 Explication

Rav Achi choisit une troisième voie : il prie assis, discrètement, au milieu de l'assemblée, pour ne pas obliger tout le monde à se lever à son passage, puis refait la prière debout chez lui. Il obtient ainsi la jonction gueoula-tefila au bon moment et la station debout, au prix d'une seconde prière.

Ses deux refus sont motivés différemment. L'usage de Mareimar est écarté pour une raison pratique, le retard du cours. Celui du père de Chmouel est écarté pour une raison de tradition : faire précéder la prière du Chema n'est pas l'usage des maîtres plus anciens. Le Roch conteste que ce second refus soit une objection de fond.

17
מַתְנֵי׳ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר: אֵין תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין אֶלָּא בְּחֶבֶר עִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּחֶבֶר עִיר וְשֶׁלֹּא בְּחֶבֶר עִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ שָׁם חֶבֶר עִיר — יָחִיד פָּטוּר מִתְּפִלַּת הַמּוּסָפִין.

Michna. Rabbi Elazar ben Azarya dit : la prière de moussaf ne se dit qu'avec le héver ir.

Les Sages disent : avec le héver ir comme sans le héver ir. Rabbi Yehouda dit en son nom : partout où il y a un héver ir, l'individu est dispensé de la prière de moussaf.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' אֵין תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין אֶלָּא בְּחֶבֶר עִיר לֹא תִּקְּנוּהָ אֶלָּא בְּצִבּוּר. חֶבֶר עִיר חֲבוּרַת הָעִיר אֲבָל לֹא לְיָחִיד:
Michna. La prière de moussaf ne se dit qu'avec le héver ir : on ne l'a instituée que pour la communauté. Hever ir désigne l'assemblée de la ville, mais non l'individu.
מִשְּׁמוֹ שֶׁל ראב"ע:
En son nom : au nom de Rabbi Elazar ben Azarya.
כָּל מָקוֹם כוּ' וּבַגְּמָ' פָּרֵיךְ הַיְינוּ ת"ק אַלִּיבָּא דראב"ע:
« Partout où », etc. : dans la guemara on objecte que c'est la même chose que le premier tana selon Rabbi Elazar ben Azarya.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' ר"א בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר אֵין תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין אֶלָּא בְּחֶבֶר עִיר וחכ"א בְּחֶבֶר עִיר וְשֶׁלֹּא בְּחֶבֶר עִיר רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ חֶבֶר עִיר יָחִיד פָּטוּר מִתְּפִלַּת הַמּוּסָפִין:
Michna : Rabbi Elazar ben Azarya dit : la prière de moussaf ne se dit qu'avec le héver ir. Les Sages disent : avec le héver ir comme sans le héver ir. Rabbi Yehouda dit en son nom : partout où il y a un héver ir, l'individu est dispensé de la prière de moussaf.
💡 Explication

Le terme héver ir désigne l'assemblée constituée de la ville, c'est-à-dire la prière publique. La question est de savoir si le moussaf a été institué comme une obligation individuelle ou comme un acte communautaire.

Rabbi Elazar ben Azarya le rattache au public ; les Sages en font une obligation de chacun. La version que Rabbi Yehouda rapporte en son nom paraît dire la même chose que la première, ce que la guemara va relever aussitôt.

18
גְּמ׳ רַבִּי יְהוּדָה הַייְנוּ תַּנָּא קַמָּא! אִיכָּא בֵּינַייְהוּ יָחִיד שֶׁלֹּא בְּחֶבֶר עִיר, תַּנָּא קַמָּא סָבַר פָּטוּר. וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר חַיָּיב.

Guemara. Rabbi Yehouda dit la même chose que le premier tana !

Il y a entre eux le cas de l'individu qui n'est pas dans un lieu de héver ir : le premier tana tient qu'il est dispensé, et Rabbi Yehouda tient qu'il est tenu.

📜 Rachi (1)
גמ' יָחִיד שֶׁלֹּא בְּחֶבֶר עִיר יָחִיד הֲדַר בְּעִיר שֶׁאֵין שָׁם עֲשָׂרָה לת"ק אַלִּיבָּא דְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמַר לֹא תִּקְּנוּהָ אֶלָּא בַּעֲשָׂרָה יָחִיד זֶה פָּטוּר וּלְרַבִּי יְהוּדָה אֵין יָחִיד פָּטוּר אֶלָּא בִּמְקוֹם עֲשָׂרָה שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר פּוֹטְרוֹ:
Guemara. L'individu qui n'est pas dans un lieu de héver ir : un individu qui habite une ville où il n'y a pas dix hommes. Selon le premier tana rapportant Rabbi Elazar, qui dit qu'on n'a institué cette prière que pour dix, cet individu est dispensé. Selon Rabbi Yehouda, l'individu n'est dispensé que là où il y a dix, parce que l'officiant l'acquitte.
💡 Explication

La guemara isole le cas où les deux versions se séparent : l'individu dans une ville sans minyan. Pour la première version, le moussaf n'a jamais été institué pour l'individu, donc il est dispensé partout où il prie seul. Pour Rabbi Yehouda, la dispense vient de ce que l'officiant l'acquitte ; là où il n'y a pas d'officiant, il n'y a pas de dispense et l'individu est tenu.

Les deux versions produisent donc des résultats inverses dans le cas isolé, ce qui justifie qu'elles soient rapportées séparément.

🖼️ Schéma
Le moussaf de l'individu : trois positions, deux situations Position Ville avec héver ir Ville sans héver ir R. Elazar b. Azarya, version du 1er tana Dispense Dispense R. Elazar b. Azarya, version de R. Yehouda Dispense Tenu Les Sages Tenu Tenu Raison de la version du 1er tana Le moussaf n'a jamais été institué pour l'individu : il n'y a rien à acquitter. Raison de la version de R. Yehouda L'individu est dispensé parce que l'officiant l'acquitte. Sans officiant, pas de dispense.
Les deux versions coïncident partout sauf dans la ville sans minyan, où elles s'inversent.
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אָמַר רַב הוּנָא בַּר חִינָּנָא אָמַר רַב חִייָּא בַּר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה. אֲמַר לֵיהּ רַב חִייָּא בַּר אָבִין: שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: מִימַי לָא מְצַלֵּינָא צְלוֹתָא דְמוּסָפִין בְּיָחִיד

Rav Houna bar Hinena a dit au nom de Rav Hiya bar Rav : la halakha est comme Rabbi Yehouda, qui a parlé au nom de Rabbi Elazar ben Azarya. Rav Hiya bar Avin lui dit : tu as bien parlé, car Chmouel a dit : de mes jours je n'ai jamais dit la prière de moussaf seul

💡 Explication

La halakha suit la version de Rabbi Yehouda : l'individu n'est dispensé que là où il y a un héver ir. La preuve avancée est la pratique de Chmouel, qui n'a jamais dit le moussaf seul.

L'argument reste ouvert à cet endroit : la phrase de Chmouel est coupée au bas du folio et la guemara en discutera la portée au début de 30b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).