Berakhot 30b — Fin du chapitre : le moussaf de l'individu et l'oubli de roch hodech ; puis la michna « on ne se lève pour prier qu'avec gravité » et la mesure de la joie

Berakhot 30b

Sougya : Le folio achève le chapitre Tefilat ha-cha'har par deux débats. Le premier porte sur la michna de Rabbi Elazar ben Azarya : l'individu qui se trouve dans une ville pourvue d'un chever ir est-il dispensé de moussaf ?

La guemara aligne les pratiques et les tranchages, de Chmouel à Néhardé'a jusqu'à Rabbi Yannai qui renvoie dehors celui qui tranche comme Rabbi Yehouda, et arrive à Rav Yits'hak bar Avdimi au nom de Rav, qui tranche dans l'autre sens. Le second débat naît de la conduite de Rabbi Hiyya bar Abba, qui prie deux fois pour avoir omis roch hodech : la guemara fixe alors quand on fait recommencer la amida, quel délai sépare les deux prières, et pourquoi l'omission du soir est traitée à part.

Le chapitre Ein Omdin s'ouvre ensuite sur l'exigence de kovéd roch : la guemara cherche son verset source à travers quatre propositions successives, puis rapporte les récits où un maître reprend son disciple pour un excès de joie.

L'individu doit-il prier moussaf là où il y a un chever ir ? R. Yehouda au nom de R. Elazar b. Azarya là où il y a un chever ir : l'individu est dispensé Les Sages (rabbanan) l'individu prie moussaf dans tous les cas appuis appuis Rav Houna b. Hinnana au nom de Hiyya b. Rav (30a) : la halakha suit R. Yehouda Chmouel : jamais de moussaf seul à Néhardé'a, sauf le jour de l'armée du roi, où il fut un individu hors du chever ir Rav Yits'hak b. Avdimi au nom de Rav : la halakha suit R. Yehouda R. Yannai à R. Hanina Kara : va lire tes versets dehors, la halakha ne suit pas R. Yehouda R. Yo'hanan : j'ai vu R. Yannai prier puis prier de nouveau, la seconde étant moussaf, donc seul et pourtant tenu R. Ami et R. Assi : treize synagogues à Tibériade, et ils prient entre les colonnes où ils étudient Nafka mina : l'individu qui se trouve dans une ville pourvue d'un chever ir il est dispensé de moussaf selon R. Yehouda, il y est tenu selon les Sages Tranchage des richonim Rabbenou Hananel et Tossefot : la halakha suit les Sages, comme le montre la conduite de R. Ami et R. Assi
Les deux camps sur le moussaf de l'individu, leurs appuis et la nafka mina.
Il a omis la mention de roch hodech : le fait-on recommencer ? Dans quelle prière ? Arvit Cha'harit Moussaf On ne le fait pas revenir Rav Anan au nom de Rav : le beit din ne sanctifie le mois que de jour On ne le fait pas revenir il pourra le dire à moussaf, prière qui est encore devant lui On ne le fait pas revenir il pourra le dire à min'ha (le Roch restreint : on ne s'appuie pas sur min'ha) R. Yo'hanan : cette beraita a été enseignée pour la communauté l'individu, lui, revient et reprie — d'où la conduite de R. Hiyya bar Abba Rachi : on ne le fait pas revenir car il entend l'officiant Ameimar restreint la règle du soir mois plein : deux jours de roch hodech, il pourra le dire le soir suivant mois déficient : on le fait revenir Rav Achi refuse la restriction Rav a donné une raison de principe : on ne sanctifie pas le mois la nuit donc plein ou déficient, même règle Délai entre les deux prières : le temps que l'esprit revienne à la supplication (Rav Houna et Rav Hisda) Talmud de Jérusalem : le temps de marcher quatre coudées
L'omission de roch hodech dans la amida : prière par prière, individu et communauté.
D'où vient le kovéd roch ? La chaîne des quatre versets 1. R. Elazar : Hanna, marat nefech (I Samuel 1,10) elle priait dans l'amertume de l'âme Rejeté : Hanna avait le cœur extrêmement amer, cas singulier 2. R. Yossi b. R. Hanina : Psaumes 5,8 je me prosternerai vers Ton sanctuaire dans Ta crainte Rejeté : David s'affligeait beaucoup dans ses supplications 3. R. Yehochoua b. Levi : Psaumes 29,2 al tikri be-hadrat kodech ella be-hérdat kodech Rejeté : hadrat au sens propre, Rav Yehouda se paraît pour prier 4. Rav Nahman bar Yits'hak : Psaumes 2,11 servez dans la crainte et réjouissez-vous en tremblant Retenu : la crainte et la joie tiennent dans le même verset Rav Ada bar Matna au nom de Rabba là où se trouve la joie, là doit se trouver le tremblement Rabba reprend Abbaye : il est écrit réjouissez-vous en tremblant réponse : je porte les tefilin R. Zera reprend R. Yirmeya : il est écrit en toute peine il y a un profit réponse : je porte les tefilin
La recherche du verset source du kovéd roch, et les deux récits sur la mesure de la joie.
1
בִּנְהַרְדְּעָא, לְבַר מֵהָהוּא יוֹמָא דַּאֲתָא פֻּולְמוּסָא דְמַלְכָּא לְמָתָא, וְאִטְּרִידוּ רַבָּנַן וְלָא צַלּוֹ, וְצַלִּי לִי בְּיָחִיד, וַהֲוַאי יָחִיד שֶׁלֹּא בְּחֶבֶר עִיר.

... à Néhardé'a, sauf ce jour où l'armée du roi (poulmossa) entra dans la ville : les maîtres en furent accaparés et ne prièrent pas [en communauté], si bien que je priai seul — et j'étais alors un individu qui n'était pas dans le chever ir (l'assemblée organisée de la ville).

📜 Rachi (2)
בִּנְהַרְדְּעָא לְפִי שֶׁיֵּשׁ שָׁם צִבּוּר וְהַשָּׁלִיחַ פּוֹטְרֵנִי:
À Néhardé'a — parce qu'il s'y trouve une communauté, et que l'officiant m'acquitte.
פֻּולְמוּסָא חַיִל:
Poulmossa — une troupe armée.
💡 Explication

Le folio reprend au milieu de la déclaration de Chmouel, commencée en 30a : « de mes jours je n'ai jamais prié la prière de moussaf seul ». La précision qui suit en fait une preuve. À Néhardé'a il y avait toujours un chever ir, et Chmouel était donc acquitté par l'officiant ; le jour où la troupe royale immobilisa les maîtres, il n'y eut plus de chever ir, et Chmouel pria moussaf à titre individuel.

Cette conduite tranche exactement la nafka mina dégagée en 30a : l'individu qui se trouve hors d'un chever ir est tenu de moussaf, ce qui est la position de Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Elazar ben Azarya.

2
יָתֵיב רַבִּי חֲנִינָא קָרָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יַנַּאי, וְיָתֵיב וְקָאָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה. אֲמַר לֵיהּ: פּוּק קְרָא קְרָאִיךְ לְבָרָא, דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה.

Rabbi Hanina Kara (le maître du texte biblique) était assis devant Rabbi Yannai, et il disait, assis : la halakha suit Rabbi Yehouda qui a parlé au nom de Rabbi Elazar ben Azarya. [Rabbi Yannai] lui dit : va lire tes versets dehors, car la halakha ne suit pas Rabbi Yehouda qui a parlé au nom de Rabbi Elazar ben Azarya.

🗂️ Tossefot (1)
ה״ג אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ראב"ע אֶלָּא הֲלָכָה כְּרַבָּנָן וְכֵן פָּסַק ר"ח דִּלְהָכִי מַייְתֵי רַבִּי אַמִּי וְר' אַסִּי שֶׁהָיוּ מִתְפַּלְּלִים בְּיָחִיד כְּרַבָּנָן בֵּינֵי עַמּוּדֵי דְּגָרְסִי לְאַשְׁמְעִינַן דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן:
Telle est la leçon : la halakha ne suit pas Rabbi Yehouda qui a parlé au nom de Rabbi Elazar ben Azarya — mais la halakha suit les Sages. Ainsi a tranché Rabbenou Hananel : c'est bien pour cela que la guemara rapporte que Rabbi Ami et Rabbi Assi priaient en individus, comme les Sages, entre les colonnes où ils étudiaient — pour nous apprendre que la halakha suit les Sages.
💡 Explication

Le surnom Kara désigne le spécialiste du texte écrit. La répartie de Rabbi Yannai joue sur ce titre : le tranchage énoncé n'a pas cours dans la maison d'étude, qu'il aille donc exercer sa compétence de lecteur au-dehors. La formule marque un refus net du tranchage reçu en 30a.

3
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי יַנַּאי דְּצַלִּי וַהֲדַר צַלִּי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה לְרַבִּי זֵירָא: וְדִילְמָא מֵעִיקָּרָא לָא כַּוֵּון דַּעְתֵּיהּ וּלְבַסּוֹף כַּוֵּון דַּעְתֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: חֲזִי מַאן גַּבְרָא רַבָּה דְּקָמַסְהֵיד עֲלֵיהּ.

Rabbi Yo'hanan a dit : moi, j'ai vu Rabbi Yannai prier, puis prier de nouveau. Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Zera : peut-être qu'au début il n'avait pas dirigé son attention, et qu'à la fin il l'a dirigée ?

Il lui répondit : vois quel grand homme témoigne à son sujet.

📜 Rachi (3)
דְּצָלִי וַהֲדַר צָלִי וְלָמָּה לֵיהּ ב' תְּפִלּוֹת אֶלָּא אַחַת שֶׁל שַׁחֲרִית וְאַחַת שֶׁל מוּסָפִין ש"מ לֵית לֵיהּ דראב"ע:
Il priait puis priait de nouveau — pourquoi deux prières ? L'une était celle de cha'harit et l'autre celle de moussaf. On en déduit qu'il ne tient pas l'avis de Rabbi Elazar ben Azarya.
וְדִילְמָא מֵעִיקָּרָא לָא כַּוֵּון דַּעְתֵּיהּ וְתַרְוַוייְהוּ דְּשַׁחֲרִית:
Et peut-être qu'au début il n'avait pas dirigé son attention — les deux prières étaient alors celle de cha'harit.
מַאן גַּבְרָא רַבָּא דְּקָמַסְהֵיד עָלֶיהָ רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁהֵעִיד עַל הַדָּבָר יָפֶה דִּקְדֵּק שֶׁבִּשְׁבִיל תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין הָיְתָה:
Quel grand homme témoigne à son sujet — Rabbi Yo'hanan, qui a témoigné de la chose, a bien vérifié que la seconde prière était celle de moussaf.
💡 Explication

Le récit sert de preuve indirecte : si Rabbi Yannai, qui vivait dans une ville pourvue d'un chever ir, priait deux fois, c'est que la seconde prière était moussaf dit à titre individuel, contre Rabbi Elazar ben Azarya. Rabbi Yirmeya propose une lecture concurrente : les deux prières étaient celle de cha'harit, la seconde réparant un défaut de kavana (attention dirigée).

La réponse de Rabbi Zera ne discute pas le fond : elle repose sur la qualité du témoin. Rabbi Yo'hanan a observé la scène et l'a rapportée ; on peut se fier à sa vérification.

4
רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי אַף עַל גַּב דַּהֲווֹ לְהוּ תְּלֵיסַר בֵּי כְּנִישְׁתָּא בִּטְבֶרְיָא לָא הֲווֹ מְצַלּוּ אֶלָּא בֵּינֵי עַמּוּדֵי, הֵיכָא דְּהָווּ גָּרְסִי.

Rabbi Ami et Rabbi Assi, bien qu'il y eût treize synagogues à Tibériade, ne priaient qu'entre les colonnes, là où ils étudiaient.

💡 Explication

Deux enseignements tiennent dans cette brève notice. Selon Tossefot, elle sert le tranchage : ces deux maîtres priaient en individus alors que la ville comptait treize lieux de prière, donc comme les Sages, contre la dispense de Rabbi Elazar ben Azarya.

Elle porte aussi une leçon propre : la prière est agréée au lieu même de l'étude, ce qui explique qu'ils aient préféré l'espace entre les colonnes de la maison d'étude aux synagogues de Tibériade.

5
אִיתְּמַר, רַב יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי מִשּׁוּם רַבֵּינוּ אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה. רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא צַלִּי וַהֲדַר צַלִּי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא: מַאי טַעְמָא עֲבִיד מַר הָכִי? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דְּלָא כַּוֵּון מָר דַּעְתֵּיהּ, וְהָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: לְעוֹלָם יָמֹוד אָדָם אֶת עַצְמוֹ, אִם יָכוֹל לְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ — יִתְפַּלֵּל, וְאִם לָאו — אַל יִתְפַּלֵּל. אֶלָּא דְּלָא אַדְכַּר מָר דְּרֵישׁ יַרְחָא.

Il a été dit : Rav Yits'hak bar Avdimi, au nom de notre maître [Rav], a dit : la halakha suit Rabbi Yehouda qui a parlé au nom de Rabbi Elazar ben Azarya. Rabbi Hiyya bar Abba priait, puis priait de nouveau.

Rabbi Zera lui dit : pour quelle raison le maître agit-il ainsi ? Si l'on dit que c'est parce que le maître n'avait pas dirigé son attention — mais Rabbi Eliezer n'a-t-il pas dit : que l'homme s'évalue toujours lui-même ; s'il peut diriger son cœur, qu'il prie, et sinon, qu'il ne prie pas ?

Il faut donc dire que le maître n'avait pas mentionné roch hodech.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם רַבֵּינוּ רַב:
Au nom de notre maître — il s'agit de Rav.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הַמִּתְפַּלֵּל וְטָעָה אַהֵיָיא אָמַר רַב סָפְרָא מִשּׁוּם חַד דְּבֵי ר' יַנַּאי בְּאָבוֹת אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַבָּרַייְתָא הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ בְּאֶחָד מֵהֶן אָמַר רַב סָפְרָא מִשּׁוּם חַד דְּבֵי ר' יַנַּאי בְּאָבוֹת הָא דא"ר אֶלְעָזָר בְּסוֹף תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף ל) לְעוֹלָם יָמוֹד אָדָם בְּעַצְמוֹ אִם יָכוֹל לְכַוֵּין לִבּוֹ יִתְפַּלֵּל פִּי' אִם יָכוֹל לְכַוֵּין. בְּאֶחָד מֵהֶם וּבְאָבוֹת כִּדְאָמַר הָכָא א"ר חַייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן אַל יִתְפַּלֵּל אָדָם אֶלָּא בְּבַיִת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חַלּוֹנוֹת שֶׁנֶּאֱמַר וְכַוִּין פְּתִיחָן לֵיהּ בְּעִילִּיתֵיהּ נֶגֶד קִבֵּל יְרוּשָׁלִַם: הַדְרָן עֲלָךְ אֵין עוֹמְדִין
Guemara : « celui qui prie et se trompe » — à propos de quoi ? Rav Safra a dit au nom de l'un de la maison de Rabbi Yannai : à propos des Avot (la première bénédiction). Certains rattachent cet enseignement à la beraita « celui qui prie doit diriger son cœur dans l'une d'elles » : Rav Safra a dit au nom de l'un de la maison de Rabbi Yannai, dans les Avot. Et ce que Rabbi Elazar a dit à la fin du chapitre Tefilat ha-cha'har (Berakhot 30) — « que l'homme s'évalue toujours lui-même : s'il peut diriger son cœur, qu'il prie » — s'entend ainsi : s'il peut diriger son attention dans l'une d'elles, c'est-à-dire dans les Avot, comme il est dit ici. Rabbi Hiyya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que l'homme ne prie que dans une maison pourvue de fenêtres, comme il est dit : « il avait dans sa chambre haute des fenêtres ouvertes en direction de Jérusalem » (Daniel 6,11). Hadran alakh Ein Omdin.
💡 Explication

Le tranchage de Rav ferme la première discussion et la guemara passe à un autre motif de prière répétée. Rabbi Zera élimine d'abord l'hypothèse du défaut de kavana : celui qui sait d'avance qu'il ne pourra pas diriger son cœur ne prie pas, donc un maître ne se trouve pas dans la situation d'avoir à réparer sa prière.

Reste l'omission de ya'ale ve-yavo, la mention de roch hodech. C'est ce que la guemara va examiner jusqu'à la fin du chapitre.

6
וְהָתַנְיָא טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ, בְּעַרְבִית — אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ, מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאוֹמְרָהּ בְּשַׁחֲרִית. בְּשַׁחֲרִית — אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ, מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ בְּמוּסָפִין. בְּמוּסָפִין — אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ, מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ בְּמִנְחָה.

Mais n'a-t-on pas enseigné : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech à arvit — on ne le fait pas revenir, parce qu'il pourra le dire à cha'harit ; à cha'harit — on ne le fait pas revenir, parce qu'il pourra le dire à moussaf ; à moussaf — on ne le fait pas revenir, parce qu'il pourra le dire à min'ha ?

📜 Rachi (1)
טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר בְּמוּסָפִין שֶׁהִתְפַּלֵּל אַתָּה חוֹנֵן:
Il s'est trompé et n'a pas mentionné [roch hodech] à moussaf — en ce qu'il a prié « Ata honen », la amida de semaine.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתַנְיָא טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בְּעַרְבִית אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ ל"ג לֵיהּ דְּהָא אָמְרִינַן בְּסָמוּךְ טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְפִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין כו' אִי נָמֵי אִי אִיתָא אַגַּב אַחַרְיַנָא נְקַט לֵיהּ:
« Mais n'a-t-on pas enseigné : il s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech à arvit, on ne le fait pas revenir » — cette clause ne doit pas figurer dans la leçon, car nous disons plus loin : « il s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech [le soir], on ne le fait pas revenir parce qu'on ne sanctifie pas [le mois la nuit] », etc. Ou bien, si cette leçon figure réellement, elle a été énoncée par entraînement, à la suite des autres cas.
💡 Explication

La beraita construit une chaîne : chaque prière est couverte par la suivante, si bien que l'omission n'oblige jamais à recommencer. Elle contredit donc frontalement l'explication donnée de la conduite de Rabbi Hiyya bar Abba.

Tossefot signalent que la première clause, celle d'arvit, est absente de la bonne leçon : la guemara donnera plus loin pour arvit une raison propre, tirée de la sanctification du mois.

7
אֲמַר לֵיהּ: לָאו אִיתְּמַר עֲלַהּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בְּצִבּוּר שָׁנוּ.

Il lui dit : n'a-t-on pas dit à ce propos, au nom de Rabbi Yo'hanan, que cette beraita a été enseignée pour la communauté ?

📜 Rachi (1)
בְּצִבּוּר שָׁנוּ דְּאֵין מַחֲזִירִין מִשּׁוּם דְּשָׁמַע לֵיהּ מש"צ וְאִיכָּא מִקְצָת הַזְכָּרָה אֲבָל בְּיָחִיד צָרִיךְ לַחֲזֹור ובה"ג מְפָרֵשׁ לָהּ בש"צ מִשּׁוּם טִירְחָא דְּצִבּוּרָא אֵבֶל יָחִיד הָדַר:
C'est en communauté qu'on l'a enseigné — on ne le fait pas revenir parce qu'il entend l'officiant et qu'il y a ainsi une mention partielle ; mais l'individu doit revenir. Les Halakhot Guedolot l'expliquent de l'officiant lui-même, à cause du dérangement de la communauté ; l'individu, quant à lui, revient.
💡 Explication

La réponse restreint la beraita au cadre communautaire. Selon Rachi, celui qui prie avec la communauté entend la répétition de l'officiant, et il y a ainsi une mention au moins partielle de roch hodech ; l'individu, lui, doit revenir et reprier. Les Halakhot Guedolot restreignent davantage encore : la dispense ne vaut que pour l'officiant, à cause du dérangement imposé à la communauté.

La conduite de Rabbi Hiyya bar Abba se trouve ainsi justifiée : il avait prié en individu.

8
כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין תְּפִלָּה לִתְפִלָּה? רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא. חַד אָמַר: כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹנֵן דַּעְתּוֹ עָלָיו, וְחַד אָמַר: כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹלֵל דַּעְתּוֹ עָלָיו.

Combien de temps doit-on attendre entre une prière et l'autre ? Rav Houna et Rav Hisda [en ont débattu].

L'un dit : le temps que son esprit revienne à la supplication (chetit'honen) ; et l'autre dit : le temps que son esprit revienne à l'imploration (chetit'holel).

📜 Rachi (3)
כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין תְּפִלָּה לִתְפִלָּה מִי שֶׁיֵּשׁ עָלָיו לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל אוֹ מִשּׁוּם דְּטָעָה אוֹ מִשּׁוּם מוּסָפִין כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין זוֹ לְזוֹ:
Combien attendre entre une prière et l'autre — celui qui doit revenir et prier une seconde fois, soit parce qu'il s'est trompé, soit à cause de moussaf : combien doit-il attendre entre l'une et l'autre.
שֶׁתִּתְחוֹנֵן שֶׁתְּהֵא דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת לַעֲרֹוךְ דְּבָרָיו בִּלְשׁוֹן תְּחִנָּה:
Chetit'honen — que son esprit soit apaisé, de façon à disposer ses paroles dans le langage de la supplication.
שֶׁתִּתְחוֹלֵל לְשׁוֹן חִילּוּי וְהִיא הִיא אֶלָּא בְּלִישָּׁנָא בְּעָלְמָא פְּלִיגִי:
Chetit'holel — du terme hilouy, imploration ; c'est la même chose, et leur désaccord porte seulement sur la formulation.
🗂️ Tossefot (2)
כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין תְּפִלָּה לִתְפִלָּה כְּגוֹן אָדָם שֶׁטָּעָה וְרוֹצֶה לְהִתְפַּלֵּל שֵׁנִית וְכֵן בֵּין תְּפִלַּת שַׁחֲרִית לִתְפִלַּת הַמּוּסָפִין:
Combien de temps attendre entre une prière et l'autre — par exemple un homme qui s'est trompé et veut prier une seconde fois, et de même entre la prière de cha'harit et celle de moussaf.
כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹלֵל דַּעְתּוֹ עָלָיו וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּהַייְנוּ כְּשֶׁיֵּלֵךְ אַרְבַּע אַמּוֹת:
Le temps que son esprit revienne à l'imploration — le Talmud de Jérusalem explique qu'il s'agit du temps de marcher quatre coudées.
💡 Explication

La question vaut pour toute prière répétée : celle qu'on refait après une erreur comme celle de moussaf qui suit cha'harit. Les deux formules décrivent le même état intérieur, et Rachi le dit explicitement : le désaccord est de langue, pas de fond. Il s'agit de laisser à l'esprit le temps de se poser pour que la seconde prière soit une demande véritable.

Le Talmud de Jérusalem donne une mesure concrète : le temps de marcher quatre coudées.

9
מַאן דְּאָמַר ״כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹנֵן דַּעְתּוֹ עָלָיו״, דִּכְתִיב: ״וָאֶתְחַנַּן אֶל ה׳״. וּמַאן דְּאָמַר ״כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹלֵל דַּעְתּוֹ עָלָיו״, דִּכְתִיב: ״וַיְחַל מֹשֶׁה״.

Celui qui dit « le temps que son esprit revienne à la supplication » s'appuie sur ce qui est écrit : « et j'implorai (va-et'hanan) devant Hachem » (Deut. 3,23).

Et celui qui dit « le temps que son esprit revienne à l'imploration » s'appuie sur ce qui est écrit : « et Moche implora (va-ye'hal) » (Exode 32,11).

💡 Explication

Les deux maîtres tirent leur vocabulaire des deux grandes prières de Moche : celle qui suit la faute du veau d'or et celle par laquelle il demande d'entrer en terre d'Israël. Chacun choisit le verbe qui, a ses yeux, décrit l'état d'esprit requis avant de recommencer une prière.

10
אָמַר רַב עָנָן אָמַר רַב: טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ עַרְבִית — אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ, לְפִי שֶׁאֵין בֵּית דִּין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ אֶלָּא בַּיּוֹם.

Rav Anan a dit au nom de Rav : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech à arvit — on ne le fait pas revenir, parce que le tribunal ne sanctifie le mois que de jour.

🗂️ Tossefot (1)
לְפִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הֶחָדָשׁ כּוּ' פֵּי' לְעֵיל בְּרֵישׁ פִּרְקִין (בְּרָכוֹת כו א) מַה שֶׁמַּקְשִׁין וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם רְשׁוּת מִשּׁוּם דְּהַייְנוּ דַּוְקָא לַעֲשׂוֹת מִצְוָה אַחֶרֶת עוֹבֶרֶת וי"מ דַּוְקָא בְּלַיְלָה רִאשׁוֹנָה אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְפִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה אֲבָל בְּלַיְלָה שְׁנִיָּה מַחֲזִירִין אוֹתוֹ שֶׁכְּבָר מְקֻודָּשׁ מִיּוֹם שֶׁלְּפָנָיו וְלֹא נִרְאֶה לְחַלֵּק:
« Parce qu'on ne sanctifie pas le mois », etc. — on a expliqué plus haut, au début du chapitre (Berakhot 26a), l'objection que l'on soulève : pourquoi ne pas dire simplement que la prière du soir est facultative (rechout) ? Parce que ce caractère facultatif ne joue que pour accomplir une autre mitsva qui risque de passer. Certains expliquent que c'est seulement la première nuit qu'on ne le fait pas revenir, puisqu'on ne sanctifie pas le mois de nuit ; mais la seconde nuit on le ferait revenir, le mois étant déjà sanctifié depuis la journée précédente. Cette distinction ne paraît pas juste.
⚖️ Rosh (1)
א"ר יִצְחָק טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית ב' טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית מִתְפַּלֵּל מִנְחָה ב' וא"ת אַמַּאי צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם הֵיכָא דְּלָא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית וְהָא קי"ל דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְהִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי וְכֵן קָשֶׁה לְקַמָּן בְּשִׁילְהֵי פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף ל:) הָא דְּקָאָמַר טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בַּלַּיְלָה אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְפִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה הָא לָאו הָכִי מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְאַמַּאי הָא תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְי"ל דִּנְהִי שֶׁהִיא רְשׁוּת אֵין לְבַטְּלָהּ אִם לֹא מִפְּנֵי צֹורֶךְ שָׁעָה כְּגוֹן מִפְּנֵי מִצְוָה עוֹבֶרֶת וְשָׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ דְּלָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ בפ"ק דְּשַׁבָּת דַּף ט: וְכֵן עָלָה עַל מִטָּתוֹ בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּאֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ לֵירֵד. תֵּדַע שֶׁהֲרֵי יַעֲקֹב אָבִינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם תִּיקְּנָהּ וְאַסְמְכוּהָ אַהַקְטָרַת אֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁמִּצְוָתָם כָּל הַלַּיְלָה וּכְמוֹ דְּאִינְהוּ לָא מְעַכְּבִי כַּפָּרָה וְאִיהִי נָמֵי מִצְוָה בְּעָלְמָא יֵשׁ בָּהּ וְאֵין לְבַטְּלָהּ אִם לֹא מִפְּנֵי צֹורֶךְ שָׁעָה וְאִם תֹּאמַר הָא דְּאָמְרִי' בְּשִׁילְהֵי יוֹמָא דַּף פז: אָמַר רַב תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית. רַב לְטַעְמֵיהּ דַּאֲמַר צְלוֹתָא יַתִּירָה הִיא וְכֵיוָן דְּצַלִּי תּוּ לָא צָרִיךְ וּפָרִיךְ וְהָאָמַר רַב תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כְּלוֹמַר וְלָמָּה צָרִיךְ לְפָוטְרָהּ וּמַאי קֻושְׁיָא וַהֲלֹא אֵין לְבַטָּלָה בְּחִנָּם אִם לֹא מִפְּנֵי הַצֹּורֶךְ וְי"ל דְּהָתָם נַמֵּי לֹא בְּחִנָּם הִיא שֶׁהֲרֵי מִצְוָה לְהָכִין לִסְעוּדָה בְּמוֹצָאֵי יוה"כ שֶׁהוּא כְּעֵין י"ט דְּאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ בַּת קוֹל יוֹצְאָהּ וְאוֹמֶרֶת לֵךְ אֱכֹול בְּשִׂמְחָה לַחְמֶךָ וְגַם הוּא עָיֵף מִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתַּעֲנִית וְאֵין לְהַטְרִיחוֹ מִידִי דַּהֲוָה אַשְׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ אוֹ עֲלָהּ לְמַטָּה וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּאֵין לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם דְּאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי לָמֶ"ד דִּתְפִלַּת עַרְבִית חוֹבָה אֵין תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת אוֹתָהּ וְלָמֶ"ד רְשׁוּת פּוֹטֶרֶת אוֹתָהּ אַלְמָא דְּאֵין לְבַטֵּל אוֹתָהּ אִם לֹא שֶׁתִּפְטְרֶנָּה תְּפִלָּה אַחֶרֶת אע"פ שֶׁהַיְּרוּשַׁלְמִי פְּלִיג אַגְּמָרָא דִּידַן אַהָא דְּאָמְרִי' בְּיוֹמָא דְּרַב לָא אַיְירֵי אֶלָּא לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה מ"מ יֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה מִשָּׁם דְּאֵין לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם וה"ג כָּתַב גַּבֵּי אֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה אע"ג דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כֵּיוָן דְּשָׁוֵי עִילָּוֵיהּ חוֹבָא אִי לָאו טַעְמָא דְּאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה הָיָה צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל וְלָא נְהִירָא דְּאָמְרִינַן בפ"ק דְּשַׁבָּת דְּלָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת כֵּיוָן דְּשָׁרֵי לֵיהּ הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ הָא אִי לָא שָׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְצָרִיךְ שֶׁיִּתְפַּלֵּל קֹודֶם שֶׁיֹּאכַל אע"פ שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל כְּלָל וְכִי תֵּימָא כֵּיוָן דְּהִתְפַּלֵּל בִּשְׁאָר לֵילוֹת שַׁוְיָה עִילָּוֵיהּ חוֹבָה אִם כֵּן לָמָּה הֻוצְרַךְ לְתָרֵץ בְּיוֹמָא דְּרַב דְּאָמַר תְּפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר חוֹבָה קָאָמַר אַפֵּי' לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר רְשׁוּת נִיחָא כֵּיוָן דְּשַׁוְיָה עָלֶיהָ חוֹבָא בִּשְׁאָר לֵילוֹת: מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם פירשב"ם זַ"ל דְּאִם לֹא נִזְכַּר עַד הַמִּנְחָה כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ שְׁנֵי זְמַנִּים שֶׁל תְּפִלָּה עָבַר יוֹמוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ דְּלָא תִּקְּנוּ חֲכָמִים שֶׁיַּחֲזֹור וְיִתְפַּלֵּל כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ שְׁנֵי זְמַנֵּי תְּפִלּוֹת. אִיבַּעְיָא לְהוּ טָעָה וְלָא הִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מִנְחָה מַהוּ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם פרשב"ם אֲבָל לָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מוּסָף מַהוּ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם דְּמִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא דְּאֵינוֹ חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל כֵּיוָן שֶׁעָבַר זְמַן הַמּוּסָף כֵּיוָן שֶׁמַּזְכִּיר בַּתְּפִלָּה אֶת קָרְבַּן הַמּוּסָף אֵינוֹ רָאוּי לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא בִּזְמַן הַקְרָבַת הַמּוּסָף אֲבָל שְׁאָר הַתְּפִלּוֹת אע"פ שֶׁנִּתְקְנוּ כְּנֶגֶד הַקָּרְבָּנוֹת מִכָּל מָקוֹם אֵינוֹ מַזְכִּיר בָּהֶן קָרְבָּנוֹת וְרַחֲמֵי נִינְהוּ וְהַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם ת"ש דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה מִתְפַּלֵּל עַרְבִית שְׁתַּיִם וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם עָבַר יוֹמוֹ בָּטֵל קָרְבָּנוֹ וְדַוְקָא בְּשָׁכַח אֲבָל בִּיטֵּל בְּמֵזִיד לֹא וְעָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר מְעֻוָּות לֹא יוּכַל לִתְקֹון כָּתַב גָּאוֹן וְזֶה לְשׁוֹנוֹ בִּיטֵּל מְעֻווָּת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִתְקֹון הוּא וְלֵית לֵיהּ אֶלָּא שְׂכַר רַחֲמֵי דִּרְשׁוּת בְּעָלְמָא הוּא אֲבָל שְׂכַר מִצְוָה לֵית לֵיהּ מַשְׁמַע דְּאִם רוֹצֶה לַחֲזֹור וּלְהִתְפַּלֵּל שְׁתַּיִם לְתַשְׁלוּמִין שֶׁבִּיטֵּל רַשַּׁאי וּשְׂכַר תְּפִלַּת רַחֲמֵי אִית לֵיהּ. ת"ר טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בע"ש מִתְפַּלֵּל בְּלֵיל שַׁבָּת שְׁתַּיִם שֶׁל שַׁבָּת טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת יִתְפַּלֵּל במ"ש שְׁתַּיִם שֶׁל חֹול מַבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְאֵין מַבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה וְאִם לֹא הִבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְהִבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה שְׁנִיָּה עָלְתָה לוֹ רִאשׁוֹנָה לֹא עָלְתָה לוֹ. טָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל מִנְחָה בְּשַׁבָּת נִרְאֶה שֶׁאִם שָׁכַח וְלֹא הִתְפַּלֵּל יַעֲלֶה וְיָבוֹא בְּמִנְחָה בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ לֹא יִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי ר"ח שְׁתַּיִם כֵּיוָן דְּאֵין לוֹ לְהַזְכִּיר שֶׁל ר"ח לָמָּה יַחֲזֹור וְיִתְפַּלֵּל י"ח כֵּיוָן שֶׁכְּבָר הִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ וְלָא דָּמְיָא לְהָא דְּאָמְרִי' הָכָא מִתְפַּלֵּל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת שְׁתַּיִם שֶׁל חוֹל וְיוֹצֵא בָּהּ בְּשֶׁל שַׁבָּת דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּאַף בְּשַׁבָּת רָאוּי לוֹ לְהִתְפַּלֵּל י"ח אֶלָּא מִפְּנֵי הַטֹּורַח תִּיקְּנוּ שֶׁבַע בְּרָכוֹת הִלְכָּךְ כְּשֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל בְּמִנְחָה שֶׁבַע יָצָא בְּאוֹתָן י"ח בְּרָכוֹת שֶׁמִּתְפַּלֵּל במ"ש דְּאִינּוּן נָמֵי שָׁייְכִי לְשַׁבָּת וה"ה נָמֵי אִם הִתְפַּלֵּל בְּמִנְחָה בְּשַׁבָּת י"ח וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת אע"פ שֶׁלֹּא יָצָא בְּאוֹתָהּ תְּפִלָּה וְאִם הָיָה נִזְכָּר מִבְּעוֹד יוֹם הָיָה צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל ז' בְּרָכוֹת אֲפִי' הָכִי לֹא יִתְפַּלֵּל במ"ש שְׁתַּיִם כֵּיוָן שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּבָר י"ח בְּרָכוֹת וְחַכְמֵי פרובינצ"א הָיוּ אוֹמְרִים כֵּיוָן שֶׁלֹּא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּזוֹ הַתְּפִלָּה הֲוָה לֵיהּ כְּאִילּוּ לֹא הִתְפַּלֵּל וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל שְׁתַּיִם לָעֶרֶב אע"פ שֶׁאֵין מַזְכִּיר שֶׁל ר"ח אוֹ שֶׁל שַׁבָּת וְהַדָּבָר מֻוכְרָע לְכָךְ הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ יוֹנָה זַ"ל שֶׁהַנָּכוֹן לָצֵאת מִן הַסָּפֵק שֶׁיִּתְפַּלֵּל אוֹתָהּ לָעֶרֶב בְּתוֹרַת נְדָבָה וְאֵין צָרִיךְ לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר דְּכֵיוָן שֶׁמִּתְפַּלֵּל אוֹתָהּ עַל דֶּרֶךְ הַסָּפֵק אֵין לְךָ חִדּוּשׁ גָּדוֹל מִזֶּה כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ סִי' ט"ו. לְמֵימְרָא כֵּיוָן דְּלָא אַבְדִּיל בְּקַמַּייְתָא כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי וּרְמִינְהוּ טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר גְּבוּרַת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים וּשְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים מַחֲזִירִין אוֹתוֹ הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְאָומְרָהּ עַל הַכּוֹס קַשְׁיָא כָּתַב רַב הַאי גָּאוֹן אע"פ שֶׁנִּשְׁאַר בְּקֻושְׁיָא כֵּיוָן דְּלָא קָאָמַר תְּיוּבְתָּא לָאו מְשַׁבַּשְׁתָּא הִיא דְּטַעֲמָא דְּמִסְתַּבֵּר הוּא דְּכֵיוָן דְּאַבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה גַּלְיָא דַּעְתֵּיהּ דְּכֵיוָן בָּרִאשׁוֹנָה לְשֵׁם תַּשְׁלוּמִין וּשְׁנִיָּה מִשּׁוּם חוֹבָה וְאֵין לְהַקְדִּים שֶׁל תַּשְׁלוּמִין לְחוֹבַת הַזְּמַן וְצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ שֶׁל תַּשְׁלוּמִין פַּעַם שֵׁנִית מִיהוּ אִם לֹא הִבְדִּיל בְּאַחַת מֵהֶם אוֹ שֶׁהִבְדִּיל בִּשְׁנֵיהֶן אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ דְּאֵין כָּאן גִּלּוּי דַּעַת דְּרִאשׁוֹנָה לְתַשְׁלוּמִין וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּפָרִיךְ לְמֵימְרָא כֵּיוָן דְּלָא אַבְדִּיל בְּקַמַּיְיתָא כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי מַשְׁמַע הָא אִי כְּמַאן דְּצָלִי דָּמֵי יָצָא יְדֵי שְׁתַּיִם אע"פ שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בָּרִאשׁוֹנָה וְהִבְדִּיל בַּשְּׁנִיָּה רִאשׁוֹנָה עָלְתָה לוֹ לְשֵׁם חוֹבָה וּשְׁנִיָּה לְשֵׁם תַּשְׁלוּמִין:
Rabbi Yits'hak a dit : celui qui s'est trompé et n'a pas prié arvit prie cha'harit deux fois ; celui qui s'est trompé et n'a pas prié cha'harit prie min'ha deux fois. Et si tu demandes : pourquoi doit-il prier cha'harit deux fois lorsqu'il n'a pas prié arvit, alors que nous avons établi que la prière du soir est facultative (rechout) et que la halakha suit Rav en matière d'interdits ? La même difficulté se pose plus loin, à la fin de notre chapitre (Berakhot 30b), sur ce qui est dit : « il s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech la nuit, on ne le fait pas revenir, parce qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit » — sans cette raison on le ferait donc revenir, et pourquoi, puisque la prière du soir est facultative ? On peut répondre : bien qu'elle soit facultative, on ne l'annule pas, sauf pour un besoin du moment, comme une mitsva qui risque de passer, ou le cas de celui qui a déjà dénoué sa ceinture, qu'on ne dérange pas (Chabbat 9b), ou encore celui qui est monté sur son lit, dont le Talmud de Jérusalem dit qu'on ne le dérange pas pour qu'il descende. Preuve en est que Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, l'a instituée, et qu'on l'a rattachée à la combustion des membres et des graisses, dont la mitsva dure toute la nuit : de même que celles-ci n'empêchent pas l'expiation, de même la prière du soir n'est qu'une mitsva ordinaire, mais on ne l'annule pas, sauf pour un besoin du moment. Et si tu demandes : ce que nous disons à la fin de Yoma (87b), « Rav a dit : la prière de néila acquitte celle du soir » — Rav suit sa propre opinion, puisqu'il tient que néila est une prière supplémentaire, et dès lors qu'il l'a priée il n'a plus besoin de arvit ; et la guemara objecte : Rav n'a-t-il pas dit que la prière du soir est facultative, c'est-à-dire pourquoi faudrait-il l'acquitter ? Or quelle est cette objection, puisqu'on ne l'annule pas sans raison, sauf en cas de besoin ? On peut répondre : là aussi ce n'est pas sans raison, car il y a une mitsva de préparer le repas de la sortie de Yom Kippour, qui est comme un jour de fête — le midrach dit qu'une voix céleste sort et proclame « va, mange ton pain avec joie » — et de plus il est épuisé par la prière et par le jeûne, si bien qu'on ne le dérange pas, comme dans le cas de celui qui a dénoué sa ceinture ou est monté sur son lit. Le Talmud de Jérusalem de notre chapitre laisse entendre la même chose, qu'on ne l'annule pas sans raison : il y est dit que selon celui qui tient la prière du soir pour obligatoire, la prière de néila ne l'acquitte pas, et que selon celui qui la tient pour facultative, elle l'acquitte. On voit donc qu'on ne l'annule pas, à moins qu'une autre prière ne l'acquitte. Et bien que le Talmud de Jérusalem soit en désaccord avec notre guemara sur ce qui est dit dans Yoma — que Rav n'a parlé que selon l'avis qui la tient pour obligatoire — on peut malgré tout en tirer la preuve qu'on ne l'annule pas sans raison. Les Halakhot Guedolot ont écrit, à propos de « on ne sanctifie pas le mois la nuit » : bien que la prière du soir soit facultative, puisqu'il se l'est rendue obligatoire, sans la raison tirée de la sanctification du mois il aurait dû revenir et prier de nouveau. Cela ne paraît pas juste, car nous disons au premier chapitre de Chabbat que, selon celui qui tient la prière du soir pour facultative, on ne dérange pas celui qui a dénoué sa ceinture — donc, s'il ne l'avait pas dénouée, on le dérangerait et il devrait prier avant de manger, alors même qu'il n'a pas prié du tout. Et si tu dis que, puisqu'il a prié les autres nuits, il se l'est rendue obligatoire, pourquoi alors a-t-il fallu répondre dans Yoma que Rav, disant que néila acquitte la prière du soir, parlait selon l'avis qui la tient pour obligatoire ? Même selon l'avis qui la tient pour facultative la chose s'expliquerait, puisqu'il se l'est rendue obligatoire les autres nuits. « Il prie cha'harit deux fois » — le Rachbam, de mémoire bénie, a expliqué que s'il ne s'en avise qu'à min'ha, deux temps de prière ayant passé, « son jour est passé, son offrande est annulée » : les Sages n'ont pas institué qu'il revienne prier une fois passés deux temps de prière. « On leur a demandé : celui qui s'est trompé et n'a pas prié min'ha, peut-il prier arvit deux fois ? » — le Rachbam explique qu'en revanche on ne demande pas si celui qui n'a pas prié moussaf prie arvit deux fois, car il est évident qu'il ne revient pas prier une fois passé le temps de moussaf : puisqu'il mentionne dans cette prière l'offrande de moussaf, elle ne convient qu'au temps où cette offrande est apportée ; les autres prières, bien qu'elles aient été instituées face aux offrandes, ne mentionnent pourtant pas d'offrandes, elles sont demande de miséricorde, et plût au Ciel que l'homme prie toute la journée. Viens et entends : Rav Houna fils de Rav Yits'hak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui s'est trompé et n'a pas prié min'ha prie arvit deux fois, et il n'y a pas là de « son jour est passé, son offrande est annulée » ; cela vaut précisément pour celui qui a oublié, mais non pour celui qui a délaissé la prière volontairement, dont le verset dit « ce qui est courbé ne peut être redressé ». Un gaon a écrit, et voici ses termes : celui qui a délaissé volontairement, c'est un tort qui ne peut être redressé, et il n'a que la récompense d'une demande de miséricorde, qui n'est que facultative, mais il n'a pas la récompense de la mitsva. Il en ressort que s'il veut revenir et prier deux fois en réparation de ce qu'il a délaissé, il en a le droit, et il obtient la récompense d'une prière de miséricorde. Nos maîtres ont enseigné : celui qui s'est trompé et n'a pas prié min'ha la veille de chabbat prie deux fois la nuit de chabbat, la prière de chabbat ; celui qui s'est trompé et n'a pas prié min'ha le chabbat prie deux fois à la sortie du chabbat, la prière de semaine, en disant la havdala dans la première et non dans la seconde ; et s'il n'a pas dit la havdala dans la première et l'a dite dans la seconde, la seconde lui est comptée et la première ne lui est pas comptée. « Celui qui s'est trompé et n'a pas prié min'ha le chabbat » — il apparaît que celui qui a oublié de dire ya'ale ve-yavo à min'ha de roch hodech ne priera pas deux fois à la sortie de roch hodech : puisqu'il n'a plus à mentionner roch hodech, pourquoi reviendrait-il prier les dix-huit bénédictions, qu'il a déjà priées ? Cela ne ressemble pas à ce qui est dit ici, qu'il prie deux fois à la sortie du chabbat la prière de semaine et s'acquitte ainsi de celle de chabbat, car ici c'est différent : même le chabbat il aurait convenu de prier les dix-huit bénédictions, et c'est seulement à cause du dérangement qu'on a institué sept bénédictions ; aussi, lorsqu'il n'a pas prié les sept à min'ha, il s'en acquitte par les dix-huit qu'il prie à la sortie du chabbat, lesquelles conviennent également au chabbat. Il en va de même s'il a prié à min'ha du chabbat les dix-huit bénédictions sans mentionner le chabbat : bien qu'il ne se soit pas acquitté par cette prière, et que s'il s'en était avisé pendant qu'il faisait encore jour il aurait dû prier les sept bénédictions, il ne priera pourtant pas deux fois à la sortie du chabbat, puisqu'il a déjà prié dix-huit bénédictions. Les sages de Provence disaient : puisqu'il ne s'est pas acquitté de son obligation par cette prière, c'est comme s'il n'avait pas prié, et il doit prier deux fois le soir, même s'il ne mentionne ni roch hodech ni chabbat. La question restant douteuse, Rabbenou Yona, de mémoire bénie, disait que le mieux, pour sortir du doute, est de prier cette prière le soir à titre de <i>nedava</i> (offrande volontaire), sans avoir besoin d'y ajouter quelque chose de nouveau : puisqu'il la prie à titre de doute, il n'y a pas de nouveauté plus grande que celle-là, comme je l'ai expliqué plus haut, chapitre Mi che-meto, siman 15. « Faut-il en conclure que, n'ayant pas dit la havdala dans la première, il est comme celui qui n'a pas prié ? » Et l'on objecte : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné la puissance des pluies dans Te'hiyat ha-metim, ni la demande [de pluie] dans Birkat ha-chanim, on le fait revenir ; la havdala dans Honen ha-da'at, on ne le fait pas revenir, parce qu'il peut la dire sur la coupe. Difficulté. Rav Haï gaon a écrit : bien que la difficulté demeure, puisque la guemara ne dit pas « réfutation », la leçon n'est pas corrompue, car la raison en est plausible : dès lors qu'il a dit la havdala dans la seconde, il a manifesté son intention de tenir la première pour la réparation et la seconde pour l'obligation ; or on ne fait pas passer la réparation avant l'obligation du moment, et il doit donc prier une seconde fois la prière de réparation. Toutefois, s'il n'a dit la havdala dans aucune des deux, ou s'il l'a dite dans les deux, on ne le fait pas revenir, car il n'y a là aucune manifestation d'intention que la première serait la réparation. C'est aussi ce qui ressort de l'objection « faut-il en conclure que, n'ayant pas dit la havdala dans la première, il est comme celui qui n'a pas prié ? » : cela laisse entendre que s'il était comme celui qui a prié, il se serait acquitté des deux, et que même sans havdala dans la première et avec havdala dans la seconde, la première lui compterait comme obligation et la seconde comme réparation.
💡 Explication

La raison change de nature. Pour cha'harit et moussaf, la dispense venait de la prière suivante encore disponible ; ici elle vient du contenu même de la mention. La mention de roch hodech répond à la sanctification du mois par le beit din, acte qui se fait de jour ; la nuit, elle perd son appui, et son omission n'oblige donc pas à recommencer.

11
אָמַר אֲמֵימַר: מִסְתַּבְּרָא מִילְּתָא דְּרַב בְּחֹדֶשׁ מָלֵא. אֲבָל בְּחֹדֶשׁ חָסֵר — מַחֲזִירִין אוֹתוֹ.

Ameimar a dit : la parole de Rav est raisonnable dans un mois plein ; mais dans un mois déficient, on le fait revenir.

📜 Rachi (1)
בְּחֹדֶשׁ מָלֵא כְּשֶׁהַחֹדֶשׁ שֶׁעָבַר מָלֵא עוֹשִׂין ר"ח ב' יָמִים הִלְכָּךְ יָכוֹל לְאוֹמְרָהּ לְמָחָר דְּעַרְבִית שֶׁל מָחָר ר"ח גָּמוּר יוֹתֵר מִן הָרִאשׁוֹן:
Dans un mois plein — quand le mois écoulé est plein, on fait deux jours de roch hodech ; il peut donc le dire le lendemain, car le soir du lendemain est un roch hodech plus complet que le premier.
🗂️ Tossefot (1)
מִסְתַּבְּרָא מִילְּתָא דְּרַב בְּחֹדֶשׁ מָלֵא כְּלוֹמַר שֶׁהָיָה אוֹתוֹ שֶׁלְּפָנָיו מָלֵא דְּאָז יָכוֹל לְאוֹמְרָהּ בְּעַרְבִית שֶׁל מָחָר שֶׁהוּא עִיקָּר וְהָיָה אוֹמֵר ה"ר יִצְחָק לְכָל דָּבָר שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ כְּגוֹן יַעֲלֶה וְיָבֹא בְּעַרְבִית וְעַל הַנִּסִּים לָא מִיבַּעְיָא אִם עָקַר רַגְלָיו וּפָתַח בַּבְּרָכָה שֶׁלְּאַחֲרֶיהָ דְּאֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ אֶלָּא אֲפִילּוּ לֹא עָקַר אֶלָּא שֶׁסִּייֵּם אוֹתָהּ בְּרָכָה שֶׁתִּקְּנוּ בָּהּ לְאוֹמְרָהּ אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְלֹא נְהִירָא לְרַבֵּינוּ אֶלְחָנָן דְּהָא חָזֵינַן בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹתָן שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים מַחֲזִירִין וְגַם אוֹתָן שֶׁאֵין מַחֲזִירִין שָׁוִין הֵיכָא דְּלָא עָקַר רַגְלָיו כִּדְאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת מט א) אִם שָׁכַח שֶׁל שַׁבָּת וְסִיֵּים הַבְּרָכָה כֻּולָּהּ וַעֲדַייִן לֹא הִתְחִיל בְּבִרְכַּת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אוֹמֵר בָּרוּךְ אֲשֶׁר נָתַן שַׁבָּתוֹת לִמְנוּחָה כּוּ' וְקָאָמַר נָמֵי הָתָם אִם טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח קֹודֶם שֶׁעָקַר רַגְלָיו דְּהַיְינוּ קֹודֶם שֶׁיַּתְחִיל בִּרְכַּת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב דְּאוֹתָהּ קוֹרֵא עָקַר רַגְלָיו אוֹמֵר בָּרוּךְ אֲשֶׁר נָתַן רָאשֵׁי חֳדָשִׁים וְכוּ' אַלְמָא הֵיכָא דְּלָא עָקַר אֵלּוּ וְאֵלּוּ שָׁוִין וְאִם עָקַר רַגְלָיו שֶׁהִתְחִיל בְּבִרְכַּת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב שֶׁל שַׁבָּת חוֹזֵר לְרֹאשׁ וְשֶׁל ר"ח מְעֻוָּות לֹא יוּכַל לִתְקֹון וְהָכִי נָמֵי יַחְזֹור בְּאוֹתָהּ בְּרָכָה אִם לֹא הִתְחִיל בַּבְּרָכָה שֶׁלְּאַחֲרֶיהָ. וּמִיהוּ אֵין רְאָיָה מֵהָתָם דְּשָׁאנֵי הָתָם בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁכְּבָר בֵּירַךְ ג' בְּרָכוֹת וּבִרְכַּת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב לָאו דְּאוֹרָייְתָא הִיא עַל כֵּן אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְגַמְרֵי כִּי אֵין דּוֹמֶה שָׁם הֶפְסֵק כָּל כָּךְ וְאֵין לְהָבִיא מִמֶּנּוּ רְאָיָה לי"ח בְּרָכוֹת דְּאִם יַחֲזִירוּהוּ בְּדָבָר שֶׁאֵין לוֹ לַחֲזֹור הָוֵי כְּמוֹ הַפְסָקָה וְעוֹד דְּאֵין לְהָבִיא רְאָיָה לְכָאן דְּאִם הָיִיתָ אוֹמֵר הֵיכָא שֶׁלֹּא עָקַר רַגְלָיו בי"ח בְּרָכוֹת שֶׁהָיָה לוֹ לַחֲזֹור א"כ הָיָה צָרִיךְ לַחֲזֹור לְרָצָה וְאֵין זֶה הָגוּן וּמִיהוּ אוֹמֵר רִ"י דְּרָאָה אֶת ר"ת דְּהֵיכָא דְּלָא עָקַר רַגְלָיו חָזַר לְרָצָה אַפֵּי' בִּדְבָרִים שֶׁאֵין מַחֲזִירִין כְּגוֹן עַל הַנִּסִּים וְכֵן עַמָּא דְּבַר:
La parole de Rav est raisonnable dans un mois plein — c'est-à-dire que le mois précédent était plein, car alors il peut le dire à arvit du lendemain, qui est le jour principal. Rabbi Yits'hak disait : pour tout ce dont les Sages ont dit « on ne le fait pas revenir », comme ya'ale ve-yavo à arvit ou al ha-nissim, il ne s'agit pas seulement du cas où il a déjà déplacé ses pieds et commencé la bénédiction suivante ; même s'il n'a pas déplacé ses pieds et a seulement achevé la bénédiction dans laquelle on avait institué cette mention, on ne le fait pas revenir. Rabbenou El'hanan n'a pas trouvé cela juste, car nous voyons dans le birkat ha-mazon que les cas où les Sages ont dit « on le fait revenir » et ceux où ils ont dit « on ne le fait pas revenir » sont semblables tant qu'il n'a pas déplacé ses pieds. Ainsi est-il dit plus loin (Berakhot 49a) : s'il a oublié la mention de chabbat et achevé toute la bénédiction sans avoir encore commencé la bénédiction ha-tov ve-ha-metiv, il dit « béni soit celui qui a donné des chabbats pour le repos », etc. ; et l'on y dit de même que s'il s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech avant d'avoir déplacé ses pieds — c'est-à-dire avant de commencer la bénédiction ha-tov ve-ha-metiv, ce commencement étant appelé déplacement des pieds — il dit « béni soit celui qui a donné les débuts de mois », etc. Il en ressort que tant qu'il n'a pas déplacé ses pieds les deux catégories sont semblables ; et s'il a déplacé ses pieds, c'est-à-dire s'il a commencé ha-tov ve-ha-metiv, il revient au début pour chabbat, tandis que pour roch hodech « ce qui est courbe ne peut être redressé ». De même ici, il devrait revenir à cette bénédiction s'il n'a pas commencé la suivante. Toutefois il n'y a pas de preuve à tirer de là : le birkat ha-mazon est différent, puisqu'il a déjà récité trois bénédictions et que la bénédiction ha-tov ve-ha-metiv n'est pas de la Torah ; c'est pourquoi on ne le fait pas revenir complètement, l'interruption n'y étant pas si grave, et l'on n'en tire pas de preuve pour les dix-huit bénédictions, où le faire revenir pour une chose qui ne l'exige pas constituerait une interruption. En outre, on ne peut rien en déduire ici : si tu disais que, dans les dix-huit bénédictions, il doit revenir tant qu'il n'a pas déplacé ses pieds, il faudrait alors qu'il revienne à Retsé, ce qui n'est pas convenable. Cependant Ri rapporte avoir vu Rabbenou Tam, lorsqu'il n'avait pas déplacé ses pieds, revenir à Retsé même pour des mentions qui n'obligent pas à revenir, comme al ha-nissim ; et telle est la pratique.
💡 Explication

Un mois plein (mâle) compte trente jours : le trentième jour du mois écoulé et le premier du mois nouveau sont l'un et l'autre roch hodech, ce qui donne deux jours. Ameimar restreint donc la règle de Rav à ce cas : celui qui a omis la mention le premier soir pourra encore la dire le second, qui est le roch hodech principal.

Dans un mois déficient (haser) de vingt-neuf jours, il n'y a qu'un seul jour de roch hodech ; l'occasion ne se représente pas, et on le fait revenir même le soir.

🖼️ Schéma
Mois plein et mois déficient : combien de soirs de roch hodech ? Mois plein (30 jours) jours 1 à 29 jour 30 = roch hodech 1 jour 1 du mois = roch hodech 2 omission le premier soir : il pourra le dire le second soir Ameimar : on ne le fait pas revenir Mois déficient (29 jours) jours 1 à 29 un seul jour de roch hodech Ameimar : on le fait revenir, même à arvit Rav Achi : la raison de Rav vaut partout, donc aucune différence
Pourquoi Ameimar distingue le mois plein du mois déficient, et pourquoi Rav Achi refuse la distinction.
12
אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְאַמֵּימָר: מִכְּדֵי רַב טַעְמָא קָאָמַר, מַה לִי חָסֵר וּמַה לִי מָלֵא?! אֶלָּא לָא שְׁנָא.

Rav Achi dit à Ameimar : puisque Rav énonce une raison, quelle différence y a-t-il pour moi entre un mois déficient et un mois plein ? Il n'y a donc pas de différence.

📜 Rachi (1)
מִכְּדֵי טַעְמָא קָאָמַר שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה:
Puisqu'il énonce une raison — à savoir qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit.
💡 Explication

L'argument est de méthode. La règle de Rav ne repose pas sur la possibilité de rattraper la mention plus tard, mais sur la nature de la sanctification du mois, qui ne se fait pas la nuit. Une raison de ce genre vaut identiquement dans les deux sortes de mois ; la distinction d'Ameimar tombe donc, et l'omission du soir n'oblige jamais à revenir.

13
הַדְרָן עֲלָךְ תְּפִלַּת הַשַּׁחַר

Hadran alakh Tefilat ha-cha'har (nous reviendrons vers toi, chapitre « la prière du matin »).

📜 Rachi (1)
הַדְרָן עֲלָךְ תְּפִלַּת הַשַּׁחַר
Hadran alakh Tefilat ha-cha'har.
🗂️ Tossefot (1)
הַדְרָן עֲלָךְ תְּפִלַּת הַשַּׁחַר
Hadran alakh Tefilat ha-cha'har.
💡 Explication

Formule de clôture du quatrième chapitre. Le chapitre suivant, Ein Omdin, ouvre sur les dispositions intérieures requises avant de prier.

14
מַתְנֵי׳ אֵין עוֹמְדִין לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא מִתּוֹךְ כֹּובֶד רֹאשׁ. חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת, וּמִתְפַּלְּלִין, כְּדֵי שֶׁיְּכַוְּונוּ לִבָּם לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם. אֲפִילּוּ הַמֶּלֶךְ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ — לֹא יְשִׁיבֶנּוּ, וַאֲפִילּוּ נָחָשׁ כָּרוּךְ עַל עֲקֵבוֹ — לֹא יַפְסִיק.

MICHNA. On ne se lève pour prier qu'à partir de la gravité (kovéd roch).

Les hassidim des premières générations attendaient une heure, puis priaient, afin de diriger leur cœur vers leur Père qui est au ciel. Même si le roi le salue, il ne lui répondra pas ; et même si un serpent est enroulé autour de son talon, il n'interrompra pas.

📜 Rachi (2)
כֹּובֶד רֹאשׁ הַכְנָעָה:
Kovéd roch — la soumission.
שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת בְּמָקוֹם שֶׁבָּאוּ לְהִתְפַּלֵּל:
Ils attendaient une heure — à l'endroit même où ils étaient venus prier.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין עוֹמְדִין לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא 'מִתּוֹךְ' כֶּבֶד רֹאשׁ. הָא דְּלָא אָמַר 'בְּכֹובֶד רֹאשׁ', לְלַמְּדֵנוּ דְּלָא סַגִּי מַרְאֶה הַהַכְנָעָה בְּאֵיבָרִים הַחִיצוֹנִים, אֶלָּא צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל מִן הַתְּכִיּוּת שֶׁל כֹּובֶד רֹאשׁ.
« On ne se lève pour prier qu'à partir de (mi-tokh) la gravité. » Si la michna n'a pas dit « avec gravité », c'est pour nous apprendre que l'apparence de soumission dans les membres extérieurs ne suffit pas : il faut prier depuis l'intériorité même de la gravité.
⚖️ Rosh (1)
אֵין עוֹמְדִין לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא מִתּוֹךְ כֹּובֶד רֹאשׁ חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת וּמִתְפַּלְּלִים כְּדֵי שֶׁיְּכַווְּנוּ אֶת לִבָּם לַמָּקוֹם. וְאַפֵּי' הַמֶּלֶךְ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ לֹא יְשִׁיבֶנּוּ. וְאַפֵּי' נָחָשׁ כָּרוּךְ עַל עֲקֵיבוֹ לֹא יַפְסִיק:
On ne se lève pour prier qu'à partir de la gravité. Les hassidim des premières générations attendaient une heure et priaient, afin de diriger leur cœur vers l'Omniprésent. Et même si le roi le salue, il ne lui répondra pas ; et même si un serpent est enroulé autour de son talon, il n'interrompra pas.
💡 Explication

La michna pose une exigence d'entrée en prière et la mesure par trois cas. Kovéd roch, que Rachi rend par hakhna'a (soumission), désigne l'état d'esprit avec lequel on se présente ; l'heure d'attente des hassidim en donne la mesure de préparation ; le roi et le serpent en donnent la mesure de continuité.

Les deux derniers cas sont ordonnés du plus honorifique au plus vital : ni l'égard dû au souverain ni la crainte du danger n'autorisent à rompre la prière commencée.

🖼️ Schéma
Les trois exigences de la michna Ein Omdin État d'esprit kovéd roch Rachi : hakhna'a, la soumission Préparation les premiers hassidim attendaient une heure au lieu même de la prière Continuité le roi qui salue : il ne répond pas le serpent au talon : il n'interrompt pas Ben Yehoyada : la michna dit mi-tokh kovéd roch, à partir de la gravité la soumission affichée dans les membres extérieurs ne suffit pas, elle doit venir du dedans
Les trois exigences de la michna et la lecture que le Ben Yehoyada tire de la préposition mi-tokh.
15
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: דְּאָמַר קְרָא ״וְהִיא מָרַת נֶפֶשׁ״.

GUEMARA. D'où ces choses sont-elles tirées ?

Rabbi Elazar a dit : car le verset dit « et elle avait l'amertume de l'âme » (I Samuel 1,10).

💡 Explication

La guemara cherche un appui scripturaire à l'exigence de la michna. Rabbi Elazar le trouve dans la prière de Hanna, modèle majeur des lois de la prière dans ce traité : le verset joint son amertume intérieure à l'acte de prier.

16
מִמַּאי? דִּילְמָא חַנָּה שָׁאנֵי, דַּהֲוָת מְרִירָא לִבָּא טוּבָא.

D'où cela ? Peut-être Hanna est-elle un cas à part, car son cœur était extrêmement amer.

💡 Explication

Premier rejet de la série. Un état décrit chez une personne dans une détresse singulière ne fonde pas une règle générale : l'amertume de Hanna découlait de sa situation, elle ne définit pas la disposition requise de tout orant.

17
אֶלָּא אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא, מֵהָכָא: ״וַאֲנִי בְּרֹב חַסְדְּךָ אָבוֹא בֵיתֶךָ אֶשְׁתַּחֲוֶה אֶל הֵיכַל קָדְשְׁךָ בְּיִרְאָתֶךָ״.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina dit plutôt : de là — « et moi, par l'abondance de Ta bonté, j'entrerai dans Ta maison, je me prosternerai vers Ton sanctuaire saint dans Ta crainte » (Psaumes 5,8).

📜 Rachi (1)
גְּמ' אֶשְׁתַּחֲוֶה אֶל הֵיכַל קָדְשְׁךָ בְּיִרְאָתֶךָ מִתּוֹךְ יִרְאָה:
« Je me prosternerai vers Ton sanctuaire saint dans Ta crainte » — à partir de la crainte.
💡 Explication

Le verset associe l'entrée en prière à l'entrée dans le sanctuaire, et lui attache explicitement la crainte. La preuve est plus solide que la précédente, puisque David y décrit une conduite et non un état accidentel.

18
מִמַּאי? דִּילְמָא דָּוִד שָׁאנֵי, דַּהֲוָה מְצַעַר נַפְשֵׁיהּ בְּרַחֲמֵי טוּבָא. אֶלָּא אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, מֵהָכָא: ״הִשְׁתַּחֲווּ לַה׳ בְּהַדְרַת קֹדֶשׁ״: אַל תִּקְרֵי ״בְּהַדְרַת״ אֶלָּא ״בְּחֶרְדַּת״.

D'où cela ? Peut-être David est-il un cas à part, car il s'affligeait beaucoup dans ses supplications.

Rabbi Yehochoua ben Levi dit plutôt : de là — « prosternez-vous devant Hachem be-hadrat kodech » (Psaumes 29,2) : ne lis pas « be-hadrat », dans la splendeur du sacré, mais « be-herdat », dans le tremblement du sacré.

🗂️ Tossefot (1)
אַל תִּקְרֵי בְּהַדְרַת אֶלָּא בְּחֶרְדַּת תֵּימַהּ אַמַּאי לָא מוּכָח בְּהֶדְיָא מִדִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ חִילוּ מִלְּפָנָיו כָּל הָאָרֶץ וי"ל הַייְנוּ קְרָא דִּכְתִיב בְּמִזְמוֹר הָבוּ לַה' בְּנֵי אֵלִים וּמֵהַהוּא קְרָא בָּעֵי לְהוֹכִיחַ בְּמַסֶּכֶת מְגִילָּה (יז ב) שֶׁאוֹמְרִים אָבוֹת וּגְבוּרוֹת וּקְדֻושַּׁת הַשֵּׁם וי"ח בְּרָכוֹת תִּקְּנוּ כְּנֶגֶד הָאַזְכָּרוֹת וּמִשּׁוּם הָכִי דִּייֵּק מֵאוֹתוֹ קְרָא שֶׁכָּתוּב בְּאוֹתָהּ פָּרָשָׁה אֲבָל אוֹתוֹ דְּחִילוּ וְגוֹ' אֵינוֹ כָּתוּב בְּאוֹתָהּ פָּרָשָׁה:
« Ne lis pas be-hadrat mais be-herdat » — question : pourquoi ne pas le prouver directement de ce qui est écrit ensuite, « tremblez devant lui, toute la terre » ? On peut répondre : ce verset se trouve dans le psaume « Rendez à Hachem, fils des puissants », et c'est de ce psaume que l'on veut tirer la preuve dans le traité Meguila (17b) que l'on dit Avot, Guevourot et Kedouchat ha-Chem, et que les dix-huit bénédictions ont été instituées face aux mentions du Nom qui s'y trouvent. C'est pourquoi on déduit du verset écrit dans cette même section ; tandis que celui de « tremblez », etc., n'est pas écrit dans cette section.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הִשְׁתַּחֲווּ לַה' בְּהַדְרַת קֹדֶשׁ, אַל תִּקְרֵי "בְּהַדְרַת קֹדֶשׁ", אֶלָּא, "בְּחֶרְדַּת קֹדֶשׁ". כְּלָל שֶׁל אַל תִּקְרֵי יָדוּעַ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד בַּצַּדִּיקִים כְּתִיב הֵיכַל ה' הֵמָּה, וְאֵיךְ גּוּף הָאָדָם יִהְיֶה הֵיכַל ה'? עַל יְדֵי חֲרָדָה, שֶׁיִּהְיֶה חָרֵד בְּדָבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה.
« Prosternez-vous devant Hachem be-hadrat kodech : ne lis pas be-hadrat kodech mais be-herdat kodech. » La règle du <i>al tikri</i> est connue. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est écrit au sujet des justes « ils sont le sanctuaire de Hachem » : comment le corps de l'homme peut-il devenir sanctuaire de Hachem ? Par le tremblement, en tremblant devant ce qui touche à la sainteté.
💡 Explication

Le même raisonnement écarte le verset précédent : David priait dans une intensité qui lui était propre. Rabbi Yehochoua ben Levi passe donc à un verset qui s'adresse à tous, et lui applique la règle du al tikri : la lecture reçue est conservée, mais on lit le mot avec un autre jeu de consonnes proches pour en dégager un enseignement supplémentaire.

19
מִמַּאי? דִּילְמָא לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ, ״הַדְרַת״ מַמָּשׁ. כִּי הָא דְּרַב יְהוּדָה הֲוָה מְצַיֵּין נַפְשֵׁיהּ, וַהֲדַר מְצַלֵּי. אֶלָּא אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מֵהָכָא: ״עִבְדוּ אֶת ה׳ בְּיִרְאָה וְגִילוּ בִּרְעָדָה״.

D'où cela ? Peut-être te dirai-je qu'il s'agit bien de « hadrat » au sens propre, comme dans le cas de Rav Yehouda, qui se paraît, puis priait.

Rav Nahman bar Yits'hak dit plutôt : de là — « servez Hachem dans la crainte et réjouissez-vous en tremblant » (Psaumes 2,11).

📜 Rachi (2)
מְצַייֵּן נַפְשֵׁיהּ מְקַשֵּׁט עַצְמוֹ בִּבְגָדָיו:
Il se paraît — il s'ornait de ses vêtements.
עִבְדוּ אֶת ה' בְּיִרְאָה תְּפִלָּה שֶׁהִיא לָנוּ בִּמְקוֹם עֲבוֹדָה עָשׂוּ אוֹתָהּ בְּיִרְאָה:
« Servez Hachem dans la crainte » — la prière, qui tient pour nous lieu du service [du Temple], accomplissez-la dans la crainte.
💡 Explication

Le troisième rejet ne conteste pas la lecture al tikri, il rappelle que le sens littéral tient toujours : la splendeur peut désigner la tenue, comme le montre la conduite de Rav Yehouda, qui s'apprêtait avant de prier. Un verset dont le sens premier suffit ne peut donc servir de preuve.

Le verset de Rav Nahman bar Yits'hak est retenu parce qu'il énonce directement les deux termes : le service dans la crainte et la joie mêlée de tremblement. Rachi précise que « service » désigne ici la prière, qui tient lieu du service du Temple.

20
מַאי ״וְגִילוּ בִּרְעָדָה״? אָמַר רַב אַדָּא בַּר מַתְנָא אָמַר רַבָּה: בִּמְקוֹם גִּילָה שָׁם תְּהֵא רְעָדָה.

Que signifie « et réjouissez-vous en tremblant » ? Rav Ada bar Matna a dit au nom de Rabba : là où se trouve la joie, là doit se trouver le tremblement.

🗂️ Tossefot (1)
בִּמְקוֹם גִּילָה שָׁם תְּהֵא רְעָדָה פְּשׁוּטוֹ שֶׁל מִקְרָא עִבְדוּ אֶת ה' בְּיִרְאָה וּכְשֶׁיָּבֹא יוֹם רְעָדָה תָּגִילוּ וְהָכִי מְפֹורָשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי עִבְדוּ אֶת ה' בְּיִרְאָה הַיְינוּ תְּפִלָּה דְּאִיקְרֵי עֲבוֹדָה כִּדְתַנְיָא בְּסִפְרֵי (פ' עֵקֶב) וּלְעָבְדוֹ בְּכָל לְבַבְכֶם זוֹ תְּפִלָּה:
« Là où se trouve la joie, là doit se trouver le tremblement » — le sens simple du verset est : servez Hachem dans la crainte, et lorsque viendra le jour du tremblement vous vous réjouirez. Ainsi est-il expliqué dans le Talmud de Jérusalem : « servez Hachem dans la crainte » désigne la prière, appelée service, comme il est enseigné dans le Sifri (parachat Ekev) : « et le servir de tout votre cœur », c'est la prière.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּמְקוֹם גִּילָה, שָׁם תְּהֵא רְעָדָה. לְפִי פְּשׁוּטוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר בַּלֵּב שֶׁשָּׁם תִּתְעוֹרֵר הַשִּׂמְחָה וְהַגִּילָה, שָׁם צָרִיךְ לִהְיוֹת רְעָדָה, וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַתְּפִלָּה הִיא י"ט, וְג' רִאשׁוֹנוֹת וְג' אַחֲרוֹנוֹת הֵם שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם, נִשְׁאֲרוּ י"ג [13] בַּקָּשׁוֹת צָרְכֵי הָאָדָם, וְהַטַּעַם שֶׁקָּבְעוּ לָזֶה י"ג וְלֹא יוֹתֵר, פֵּרַשְׁתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר, דְּיָדוּעַ שֶׁאֵין לִשְׁאֹל ב' שְׁאֵלוֹת בְּבַת אַחַת, וְאֵיךְ תִּקְּנוּ שְׁאֵלַת צְרָכָיו כַּמָּה שְׁאֵלוֹת בְּבַת אַחַת, אַךְ הַטַּעַם כֵּיוָן דְּהַשּׁוֹאֵל כַּוָּנָתוֹ בְּכֻולָּם כַּוָּנָה אַחַת, שֶׁרוֹצֶה כָּל אֵלּוּ כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לַעֲבֹוד אֶת ה', נַעֲשֶׂה כֻּולָּם שְׁאֵלָה אַחַת, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִילִּים כז, ד) אַחַת שָׁאַלְתִּי מֵאֵת ה', וְאִם תֹּאמַר וַהֲלֹא כַּמָּה שְׁאֵלוֹת שָׁאַלְתִּי, לָזֶה אָמַר שֶׁבָּתֵּי בְּבֵית ה' לַחֲזוֹת בְּנֹעַם ה', כָּל כִּוַּנְתִּי בְּכֻולָּם הוּא דָּבָר אֶחָד, כְּדֵי לַחֲזוֹת בְּנֹעַם ה', וְלָכֵן תִּיקְּנוּ דְּאֶמְצָעִיּוֹת שֶׁהֵם בַּקָּשַׁת צָרְכֵי הָאָדָם מִסֵּפֶר 'אֶחָד' [13] , לִרְמֹוז שֶׁצָּרִיךְ שֶׁתִּהְיֶה כַּוָּנַת הָאָדָם בָּהֶם דָּבָר אֶחָד, שֶׁהוּא מְבַקֵּשׁ כָּל זֶה כְּדֵי לַעֲבֹוד אֶת ה', וְלֹא יוּכַל לַעֲבֹוד אֶת ה' כָּרָאוּי אֶלָּא אִם כֵּן יִהְיֶה כָּל אֵלֶּה לוֹ , וְהִנֵּה בָּרִאשׁוֹנוֹת וְאֶמְצָעִיּוֹת לָא אִצְטְרִיךְ לְמֵימַר שֶׁיִּזְכְּרֵם בִּרְעָדָה, כֵּיוָן שֶׁהֵם שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם וַדַּאי יִהְיֶה לוֹ רְעָדָה, לָכֵן בָּא לְלַמְּדֵנוּ עַל הַזְכָּרַת י"ג בְּרָכוֹת אֶמְצָעִיּוֹת, וְרִמְּזָם בְּתֵיבַת 'גִּילָה', שֶׁהוּא 'י"ג לָהּ', פֵּירוּשׁ בִּמְקוֹם י"ג בְּרָכוֹת שֶׁיֵּשׁ לָהּ לִתְפִלָּה, שָׁם גַּם כֵּן תִּהְיֶה רְעָדָה.
« Là où se trouve la joie, là doit se trouver le tremblement. » Selon le sens simple, cela veut dire : dans le cœur, là où s'éveillent la joie et l'allégresse, là doit se trouver le tremblement. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la prière comporte dix-neuf bénédictions : les trois premières et les trois dernières sont la louange de l'Omniprésent, et il reste treize demandes portant sur les besoins de l'homme. La raison pour laquelle on en a fixé treize et pas davantage, je l'ai expliquée ailleurs, avec l'aide du Ciel : on sait qu'il ne faut pas présenter deux demandes à la fois — comment donc a-t-on institué de demander plusieurs choses en une seule fois ? La raison en est que le demandeur a, dans toutes, une seule et même intention : il veut tout cela pour pouvoir servir Hachem, et toutes deviennent ainsi une seule demande. C'est ce que dit le roi David, que la paix soit sur lui : « une seule chose j'ai demandée à Hachem » (Psaumes 27,4) ; et si tu objectes qu'il a formulé plusieurs demandes, il précise : « habiter dans la maison de Hachem, pour contempler la douceur de Hachem » — toute mon intention, en tout cela, est une chose unique, contempler la douceur de Hachem. C'est pourquoi on a institué que les bénédictions intermédiaires, qui sont la demande des besoins de l'homme, aient le nombre du mot <i>e'had</i>, un, de valeur treize, pour indiquer que l'intention de l'homme en elles doit être une chose unique : il demande tout cela pour servir Hachem, et il ne peut Le servir comme il convient que s'il dispose de tout cela. Or, pour les premières et les dernières bénédictions, il n'était pas nécessaire de dire qu'il les mentionne en tremblant, puisqu'elles sont la louange de l'Omniprésent et que le tremblement s'y trouve assurément ; c'est donc au sujet des treize bénédictions intermédiaires que l'on vient nous l'enseigner, et il les a désignées par le mot <i>guila</i>, qui se lit yod-guimel là, treize à elle : la où se trouvent les treize bénédictions de la prière, là aussi doit se trouver le tremblement.
💡 Explication

La lecture retenue place les deux mouvements au même endroit et au même moment. Tossefot rappellent que le sens simple du verset les sépare dans le temps — servez maintenant dans la crainte, et vous vous réjouirez au jour du tremblement — tandis que la lecture de Rabba les fait coïncider.

21
אַבַּיֵּי הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַבָּה חַזְייֵהּ דַּהֲוָה קָא בָדַח טוּבָא. אָמַר ״וְגִילוּ בִּרְעָדָה״ כְּתִיב!

Abbaye était assis devant Rabba ; celui-ci le vit qui se réjouissait beaucoup. Il lui dit : il est écrit « et réjouissez-vous en tremblant » !

📜 Rachi (1)
דַּהֲוָה קָא בָדַח טוּבָא יוֹתֵר מִדַּאי וְנִרְאֶה כְּפוֹרֵק עוֹל:
Il se réjouissait beaucoup — plus que de raison, au point de paraître rejeter le joug.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חַזְייֵהּ דַּהֲוָה קָא בָדַח טוּבָא. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל יוֹתֵר מִדַּאי, וְנִרְאֶה לִי כַּוָּנָתוֹ דְּלָא תֵּימָא מִילַת טוּבָא קָאֵי עַל מִילַת חַזְיֵיהּ, שֶׁרְצוֹנוֹ לוֹמַר רָאָה אוֹתוֹ כַּמָּה פְּעָמִים שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב וְשָׂמֵחַ, לָזֶה פֵּירֵשׁ 'יוֹתֵר מִדַּאי' דְּקָאֵי עַל רִבּוּי הַשִּׂמְחָה.
« Il le vit qui se réjouissait beaucoup. » Rachi, de mémoire bénie, explique : plus que de raison. Il me semble que son intention est d'écarter la lecture selon laquelle le mot <i>touva</i>, beaucoup, porterait sur le verbe « il vit », ce qui signifierait qu'il l'a vu bien des fois assis et joyeux. C'est pourquoi il explique « plus que de raison » : le mot porte sur l'excès de la joie.
⚖️ Rosh (3)
כַּמָּה יִשְׁהֶה בֵּין תְּפִלָּה לִתְפִלָּה רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא חַד אָמַר כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹלֵל דַּעְתּוֹ עָלָיו וְחַד אָמַר כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹנֵן דַּעְתּוֹ עָלָיו מַאן דְּאָמַר כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹלֵל דִּכְתִיב וַיְחַל מֹשֶׁה וּמַאן דְּאָמַר כְּדֵי שֶׁתִּתְחוֹנֵן דִּכְתִיב וָאֶתְחַנַּן אֶל ה'.
Combien de temps attendre entre une prière et l'autre ? Rav Houna et Rav Hisda : l'un dit, le temps que son esprit revienne à l'imploration, et l'autre dit, le temps que son esprit revienne à la supplication. Celui qui dit « le temps que son esprit revienne à l'imploration » s'appuie sur ce qui est écrit « et Moche implora » ; celui qui dit « le temps que son esprit revienne à la supplication » s'appuie sur ce qui est écrit « et j'implorai devant Hachem ».
תַּנְיָא טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בְּשַׁחֲרִית אֵין מַחֲזִירֵי אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁתְּפִלַּת הַמּוּסָפִין לְפָנָיו א"ר יוֹחָנָן וּבְצִבּוּר שָׁנוּ מִפְּנֵי טֹורַח הַצִּבּוּר אֲבָל בְּיָחִיד מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְאִם לֹא הִזְכִּיר בִּתְפִלַּת מוּסָפִין חוֹזֵר וְלָא סָמְכִינַן עַל מַה שֶׁהִזְכִּיר בְּשַׁחֲרִית דְּדַוְקָא אַתְּפִלָּה שֶׁעֲדַייִן לְפָנָיו סָמְכִינַן וְלֹא עַל הַתְּפִלָּה שֶׁהִזְכִּיר בָּהּ כְּבָר וְלָא סָמְכִינַן נָמֵי עַל מַה שֶׁיָּכוֹל לוֹמַר בְּמִנְחָה כִּי דַּוְקָא בְּשַׁחֲרִית וּמוּסָף שֶׁרְגִילִים לְהִתְפַּלֵּל כְּאֶחָד הוּא דְּסָמְכִינַן מִתְּפִלָּה לִתְפִלָּה אֲבָל לֹא מִתְּפִלַּת הַמּוּסָף לִתְפִלַּת הַמִּנְחָה אָמַר רַב עָנָן אָמַר רַב טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בְּעַרְבִית אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ אֶלָּא בַּיּוֹם: הַדְרָן עֲלָךְ תְּפִלַּת הַשַּׁחַר
Il a été enseigné : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech à cha'harit, on ne le fait pas revenir, parce que la prière de moussaf est encore devant lui. Rabbi Yo'hanan a dit : c'est en communauté qu'on l'a enseigné, à cause du dérangement de la communauté ; mais l'individu, on le fait revenir. Et s'il ne l'a pas mentionné dans la prière de moussaf, il revient, et l'on ne s'appuie pas sur ce qu'il a mentionné à cha'harit : on s'appuie précisément sur une prière encore à venir, non sur une prière où la mention a déjà eu lieu. On ne s'appuie pas davantage sur ce qu'il pourra dire à min'ha, car c'est seulement entre cha'harit et moussaf, qu'on a coutume de prier ensemble, que l'on reporte d'une prière à l'autre, et non de la prière de moussaf à celle de min'ha. Rav Anan a dit au nom de Rav : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné roch hodech à arvit, on ne le fait pas revenir, parce qu'on ne sanctifie le mois que de jour. Hadran alakh Tefilat ha-cha'har.
גְּמ' מה"מ א"ר נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר קְרָא עִבְדוּ אֶת ה' בְּיִרְאָה וְגִילוּ בִּרְעָדָה מַאי וְגִילוּ בִּרְעָדָה. א"ר אַדָּא בַּר מַתְנָה אָמַר רַב בִּמְקוֹם גִּילָה שָׁם תְּהֵא רְעָדָה אַבָּיֵי הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַבָּה חַזְייֵהּ דְּקָא בָּדַח טוּבָא א"ל וְגִילוּ בִּרְעָדָה כְּתִיב. א"ל אֲנָא תְּפִילִּין מַנַּחְנָא ר' יִרְמְיָה הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דָּר' זֵירָא חַזְייֵהּ דַּהֲוָה קָא בָדַח טוּבָא א"ל וְלָא סָבַר לָהּ מַר בְּכָל עֶצֶב יִהְיֶה מוֹתָר א"ל אֲנָא תְּפִילִּין מַנַּחְנָא וְכָל כָּךְ לָמָּה דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר"ש בֶּן יוֹחַי אָסוּר לְאָדָם שֶׁיְּמַלֵּא שְׂחוֹק פִּיו בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁנֶּאֱמַר אָז יִמָּלֵא שְׂחוֹק פִּינוּ וּלְשׁוֹנֵנוּ רִנָּה אֵימָתַי בִּזְמַן שֶׁיֹּאמְרוּ בַגּוֹיִם הִגְדִּיל ה' לַעֲשׂוֹת עִם אֵלֶּה אָמְרוּ עָלָיו עַל רֵישׁ לָקִישׁ שֶׁלֹּא מָלֵא שְׂחוֹק פִּיו מִכִּי שְׁמַע מִינֵּיהּ דְּר' יוֹחָנָן רַבֵּיהּ. גָּרְסִי' בפ"ק דְּגִיטִּין דַּף ז. שְׁלַחוּ לֵיהּ לְמָר עֻוקְבָא זִמְרָא מִנָּלַן דְּאָסוּר. שִׂירְטֵט וּכְתַב לְהוּ אַל תִּשְׂמַח יִשְׂרָאֵל אֶל גִּיל כָּעַמִּים וְשָׁלַח לְהוּ בַּשִּׁיר לֹא יִשְׁתּוּ יָיִן אִי מֵהָתָם הֵ"א זִמְרָא בְּמָנָא הוּא דְּאָסוּר אֲבָל בְּפֻומָּא שָׁרִי קמ"ל דְּאָסוּר. רָבִינָא אַשְׁכְּחֵיהּ לְמָר בַּר רַב אָשֵׁי דְּקָא גָּדֵיל כְּלִילָא לְבַרְתֵּיהּ א"ל לָא סָבַר לַהּ מָר הָסִר הַמִּצְנֶפֶת וְהָרִם הָעֲטָרָה בִּזְמַן שֶׁהַמִּצְנֶפֶת בְּרֹאשׁ כֹּהֵן גָּדוֹל עֲטָרָה בְּרֹאשׁ כָּל אָדָם אֵין הַמִּצְנֶפֶת בְּרֹאשׁ כֹּהֵן גָּדוֹל נִסְתַּלְּקָה הָעֲטָרָה מֵרֹאשׁ כָּל אָדָם א"ל דֻּומְיָא דכ"ג בְּגַבְרֵי. גָּרְסִי' בְּסוֹף סוֹטָה דַּף מח. אָמַר רַב אוּדְנָא דְּשָׁמְעָה זִימְרָא תִּעֲקַר אָמַר רָבָא זִימְרָא בְּבֵיתָא חֻורְבָּא בְּסֵיפָה שֶׁנֶּאֱמַר קוֹל יְשׁוֹרֵר בַּחַלּוֹן חֹורֶב בַּסַּף וְגוֹ' אָמַר רַב יוֹסֵף זָמְרָן גַּבְרֵי וְעִנְיַן נָשֵׁי פְּרִיצוּתָא זָמְרָן נָשֵׁי וְעָנֵי גַּבְרֵי כְּאֵשׁ בִּנְעֹורֶת לְמַאי נ"מ לְבַטּוֹלֵי הָא מִקַּמֵּי הָא. א"ר יוֹחָנָן כָּל הַשּׁוֹתֶה יַיִן בְּאַרְבַּע מִינֵי זֶמֶר מֵבִיא חָמֵשׁ פּוּרְעָנוּת לְעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר הוֹי מַשְׁכִּימֵי בַּבֹּוקֶר שֵׁכָר יִרְדֹּופוּ וְגוֹ' וְהָיָה כִּנּוֹר וְנִבֵּל וְתוּף וְחָלִיל וְיַיִן מִשְׁתֵּיהֶם מַאי כְּתִיב בָּתְרֵיהּ לָכֵן גָּלָה עַמִּי מִבְּלִי דָעַת וְגוֹ' פִּי' גָּאוֹן הָא דְּאָמְרִינַן זִימְרָא בְּפֻומָּא אָסוּר ה"מ כְּגוֹן נְגִינַת שֶׁל אַהֲבַת אָדָם לַחֲבֵירוֹ לְשַׁבֵּחַ יָפֶה בְּיָפְיוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁהַיִּשְׁמְעֵאלִים קוֹרִין לָהּ אשעא"ר. אֲבָל דִּבְרֵי שִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת וְזִכְרוֹן חֲסָדָיו שֶׁל הקב"ה אֵין אָדָם מִיִּשְׂרָאֵל נִמְנָע מִזֹּאת וּמִנְהַג כָּל יִשְׂרָאֵל לְאוֹמְרָם בְּבֵית חֲתָנִים וּבְבֵית הַמִּשְׁתָּאוֹת בְּקוֹל נְגִינוֹת וּבְקוֹל שִׂמְחָה וְלֹא רָאִינוּ מִי שֶׁמּוֹחֶה בָּזֹאת: גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק חֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף קא.) ת"ר הַקּוֹרֵא פָּסוּק מִשִּׁיר הַשִּׁירִים וְעוֹשֶׂה אוֹתוֹ כְּמִין זֶמֶר וְהַקּוֹרֵא פָּסוּק בְּבֵית הַמִּשְׁתָּאוֹת בְּלֹא זְמַנּוֹ מֵבִיא רָעָה לָעוֹלָם מִפְּנֵי שֶׁהַתּוֹרָה חוֹגֶרֶת שַׂק וְעוֹמֶדֶת לִפְנֵי הקב"ה וְאוֹמֶרֶת רבש"ע עֲשָׂאוּנִי בָּנֶיךָ כְּכִנּוֹר שֶׁמְּנַגְּנִין בּוֹ הָעַכּוּ"ם אָמַר לָהּ הקב"ה בָּתֵּי א"כ מַה יַעֲשׂוּ בְּשָׁעָה שֶׁהֵן אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין וּשְׂמֵחִים אָמְרָה לְפָנָיו רבש"ע אִם בַּעֲלֵי מִקְרָא הֵן יַעַסְקוּ בְּמִקְרָא וּנְבִיאִים וּכְתוּבִים וְאִם בַּעֲלֵי מִשְׁנָה הֵם יַעַסְקוּ בְּמִשְׁנָה וּבַהֲלָכוֹת וּבְאַגָּדוֹת. וְאִם בַּעֲלֵי גְּמָרָא הֵם יַעַסְקוּ בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח בַּפֶּסַח הִלְכוֹת עֲצֶרֶת בָּעֲצֶרֶת וַהֲלָכוֹת הֶחָג בֶּחָג הֵעִיד ר"א בר"ש מִשּׁוּם ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא הַקּוֹרֵא פָּסוּק בִּזְמַנּוֹ מֵבִיא טוֹבָה לָעוֹלָם:
Guemara : d'où ces choses ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : le verset dit « servez Hachem dans la crainte et réjouissez-vous en tremblant ». Que signifie « et réjouissez-vous en tremblant » ? Rabbi Ada bar Matna a dit au nom de Rav : là où se trouve la joie, là doit se trouver le tremblement. Abbaye était assis devant Rabba, qui le vit se réjouir beaucoup ; il lui dit : il est écrit « et réjouissez-vous en tremblant ». Il lui répondit : je porte les tefilin. Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Zera, qui le vit se réjouir beaucoup ; il lui dit : le maître ne tient-il pas « en toute peine il y a un profit » ? Il lui répondit : je porte les tefilin. Et pourquoi tant de rigueur ? Parce que Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï : il est interdit à l'homme d'emplir sa bouche de rire en ce monde, comme il est dit « alors notre bouche s'emplira de rire et notre langue de chant » — quand donc ? au temps où l'on dira parmi les nations « Hachem a fait de grandes choses pour ceux-là ». On a dit de Rech Lakich qu'il n'emplit plus sa bouche de rire depuis qu'il eut entendu cela de Rabbi Yo'hanan son maître. Nous lisons au premier chapitre de Guitin (7a) : on envoya demander à Mar Oukva d'où l'on sait que le chant est interdit ; il tira des lignes et leur écrivit : « ne te réjouis pas, Israël, jusqu'à l'allégresse, comme les peuples » ; et il leur envoya aussi : « ils ne boiront plus de vin au son du chant ». Si l'on n'avait que ce dernier verset, on aurait dit que seul le chant accompagné d'instruments est interdit, mais qu'à la bouche il est permis ; le premier nous apprend qu'il est interdit. Ravina trouva Mar bar Rav Achi qui tressait une couronne pour sa fille ; il lui dit : le maître ne tient-il pas « ôte la tiare et enlève la couronne » — au temps où la tiare est sur la tête du grand prêtre, la couronne est sur la tête de tout homme ; lorsque la tiare n'est plus sur la tête du grand prêtre, la couronne est ôtée de la tête de tout homme ? Il lui répondit : ce qui est comparable au grand prêtre concerne les hommes. Nous lisons à la fin de Sota (48a) : Rav a dit, l'oreille qui écoute le chant sera arrachée ; Rava a dit, le chant dans la maison, ruine sur le seuil, comme il est dit « une voix chantera à la fenêtre, la ruine sera sur le seuil », etc. Rav Yossef a dit : des hommes chantent et des femmes répondent, c'est de la débauche ; des femmes chantent et des hommes répondent, c'est comme le feu dans l'étoupe. Quelle différence pratique ? Empêcher l'un avant l'autre. Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque boit du vin au son de quatre sortes d'instruments attire cinq malheurs sur le monde, comme il est dit « malheur à ceux qui se lèvent tôt le matin pour courir après la boisson », etc., « et il y a la harpe et le luth, le tambourin et la flûte, et le vin dans leurs festins » ; qu'est-il écrit ensuite ? « c'est pourquoi mon peuple est exilé, faute de savoir », etc. Un gaon a expliqué : ce que nous disons, que le chant à la bouche est interdit, ne vaut que pour les mélodies d'amour d'un homme pour son compagnon, celles qui louent le beau pour sa beauté, comme les Ismaélites en chantent. Mais les paroles de cantique et de louange et le rappel des bontés du Saint béni soit-Il, aucun homme d'Israël ne s'en abstient ; et l'usage de tout Israël est de les dire dans la maison des époux et dans les festins, au son des mélodies et avec des cris de joie, et nous n'avons vu personne s'y opposer. Nous lisons au chapitre Helek (Sanhédrin 101a) : nos maîtres ont enseigné, celui qui lit un verset du Cantique des cantiques en en faisant une sorte de chanson, et celui qui lit un verset dans les maisons de festin hors de son temps, attirent le malheur sur le monde, car la Torah se ceint d'un sac, se tient devant le Saint béni soit-Il et dit : maître du monde, Tes enfants ont fait de moi une harpe dont jouent les idolâtres. Le Saint béni soit-Il lui répondit : ma fille, que feront-ils donc lorsqu'ils mangent, boivent et se réjouissent ? Elle dit devant Lui : maître du monde, s'ils sont maîtres de l'Écriture, qu'ils s'occupent de l'Écriture, des Prophètes et des Hagiographes ; s'ils sont maîtres de la Michna, qu'ils s'occupent de la Michna, des halakhot et des aggadot ; et s'ils sont maîtres de la Guemara, qu'ils s'occupent des lois de Pessa'h à Pessa'h, des lois de Chavouot à Chavouot et des lois de la fête à Souccot. Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon a témoigné au nom de Rabbi Yehochoua ben Hanania : celui qui lit un verset en son temps attire le bien sur le monde.
💡 Explication

La règle passe au récit. Rachi précise la mesure de l'excès : une joie qui donne l'apparence de rejeter le joug. Le grief ne porte pas sur la joie elle-même, mais sur son débordement hors de tout tremblement.

🖼️ Schéma
Deux récits parallèles sur la mesure de la joie Abbaye devant Rabba R. Yirmeya devant R. Zera il se réjouissait beaucoup il se réjouissait beaucoup reproche tiré de Psaumes 2,11 : réjouissez-vous en tremblant reproche tiré de Proverbes 14,23 : en toute peine il y a un profit réponse : je porte les tefilin réponse : je porte les tefilin Rachi : les tefilin témoignent que la souveraineté du Créateur et Son service reposent sur celui qui les porte
Les deux récits ont la même structure et la même réponse, seul le verset du reproche change.
22
אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא תְּפִילִּין מַנַּחְנָא.

Il lui dit : je porte les tefilin.

📜 Rachi (1)
תְּפִילִּין מַנַּחְנָא וְהֵם עֵדוּת שֶׁמֶּמְשֶׁלֶת קוֹנִי וּמְשָׁרְתוֹ עָלַי:
Je porte les tefilin — ils témoignent que la souveraineté de mon Créateur et Son service reposent sur moi.
💡 Explication

La réponse ne nie pas la règle, elle indique un contrepoids présent. Les tefilin portés maintiennent sur celui qui les porte le rappel constant du joug, et le tremblement requis est ainsi assuré pendant que la joie se manifeste.

23
רַבִּי יִרְמְיָה הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַבִּי זֵירָא. חַזְייֵהּ דַּהֲוָה קָא בָּדַח טוּבָא אֲמַר לֵיהּ: ״בְּכָל עֶצֶב יִהְיֶה מוֹתָר״ כְּתִיב?

Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Zera ; celui-ci le vit qui se réjouissait beaucoup. Il lui dit : n'est-il pas écrit « en toute peine il y a un profit » (Proverbes 14,23) ?

📜 Rachi (1)
בְּכָל עֶצֶב יִהְיֶה מוֹתָר כְּשֶׁאָדָם מַרְאֶה אֶת עַצְמוֹ עָצֵב יִהְיֶה לוֹ שָׂכָר:
« En toute tristesse il y a un profit » — quand l'homme se montre triste, il en reçoit une récompense.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: לָא סָבַר לָהּ מַר: (מִשְׁלֵי י״ד:כ״ג) בְּכָל עֶצֶב יִהְיֶה מוֹתָר? מַקְשִׁים אַמַּאי לֹא אָמַר לוֹ פָּסוּק (תְּהִילִּים ב' י"א) וְגִילוּ בִּרְעָדָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַבַּיֵּי כְּבָר שָׁמַע לִתְשׁוּבָה דְּרַבִּי יִרְמְיָה שֶׁהֵשִׁיב לְרַבִּי זֵירָא, וְרַק בָּא לְהַקְשׁוֹת מִפָּסוּק זֶה, דְּמַשְׁמַע אַף עַל גַּב דְּאֵין חֲשַׁשׁ חֵטְא אִם יִשְׂמַח בִּשְׁעַת הַנָּחַת תְּפִילִּין, עִם כָּל זֶה טוֹב שֶׁלֹּא לִבְדּוֹח כְּדֵי לְקַבֵּל שָׂכָר, וְהֵשִׁיב לוֹ תְּפִילִּין קָא מַנַּחְנָא, וַאֲנִי שָׂמֵחַ עַל מִצְוַת הַתְּפִילִּין שֶׁזָּכִיתִי לְהַנִּיחוֹ כָּל הַיּוֹם, וְלֹא אֵירַע לִי אֹונֶס הַמְעַכֵּב הַנָּחָתוֹ, וְאִם כֵּן עַל שִׂמְחָה זוֹ יֵשׁ קַבָּלַת שָׂכָר. אוֹ נִרְאֶה לִי לְתָרֵץ בס"ד דְּהָכָא הַתַּלְמִיד מַקְשֶׁה לְרַבּוֹ, וְלָכֵן מֻוכְרָח לְדַבֵּר עִמּוֹ בְּדֶרֶךְ כָּבוֹד, שֶׁלֹּא יִהְיֶה נִרְאֶה שֶׁבָּא לְהוֹכִיחַ אוֹתוֹ, וְלָזֶה אָמַר לָא סָבַר לָהּ מַר, וְאִם הָיָה מֵבִיא לוֹ פָּסוּק וְגִילוּ בִּרְעָדָה לֹא אֶפְשָׁר לִמְנַקַּט הַאי לִישָּׁנָא, כִּי זֶה פָּסוּק מְפֹורָשׁ עַל כָּךְ, וְלָזֶה הֵבִיא פָּסוּק בְּכָל עֶצֶב, כִּי פָּסוּק פְּשׁוּטוֹ לָאו לְהַאי אִתְּמַר, אֶלָּא קָאֵי עַל מְלָאכָה, וְאוֹמְרוֹ עָצֵב רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'עָמָל', וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ בּוֹ מְפָרְשֵׁי הַתָּנָ"ךְ, וְרַק יֵשׁ דּוֹרְשִׁין אוֹתוֹ עַל 'עִצָּבוֹן', וְעַל זֶה יִפֹּול לָשׁוֹן לָא סָבַר לָהּ מַר בְּכָל עֶצֶב דְּקָאֵי עַל עִצָּבוֹן, וְהֵשִׁיב לוֹ אֲפִילּוּ לִדְבָרֶיךָ דְּקָאֵי עַל עִצָּבוֹן, לֹא דִּבֵּר הַכָּתוּב עַל שָׁעָה שֶׁהָאָדָם עוֹשֶׂה מִצְוָה וְהוּא שָׂמֵחַ עַל הַמִּצְוָה, וַאֲנָא תְּפִילִּין קָא מַנַּחְנָא.
« Il lui dit : le maître ne tient-il pas « en toute peine il y a un profit » (Proverbes 14,23) ? » On demande : pourquoi ne lui a-t-il pas cité le verset « et réjouissez-vous en tremblant » (Psaumes 2,11) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Abbaye avait déjà entendu la réponse que Rabbi Yirmeya fit à Rabbi Zera, et qu'il venait seulement objecter à partir de ce verset, d'où il ressort que, même sans crainte de faute à se réjouir au moment où l'on porte les tefilin, il vaut mieux ne pas se livrer à la gaieté afin de recevoir une récompense. Et il lui répondit : je porte les tefilin, et je me réjouis de la mitsva des tefilin, que j'ai eu le mérite de porter toute la journée sans qu'aucun empêchement ne survienne ; pour cette joie-là aussi, il y a une récompense à recevoir. Ou bien il me semble pouvoir répondre, avec l'aide du Ciel, qu'ici c'est le disciple qui objecte à son maître, et qu'il doit donc lui parler avec respect, sans donner l'impression de venir le réprimander ; c'est pourquoi il dit « le maître ne tient-il pas ». S'il lui avait apporté le verset « et réjouissez-vous en tremblant », il n'aurait pas pu employer cette formule, car ce verset porte explicitement sur ce sujet. Il a donc apporté le verset « en toute peine », dont le sens simple ne porte pas sur cela mais sur le travail, le mot <i>etsev</i> signifiant labeur, comme l'écrivent les commentateurs du Tanakh ; seuls certains l'interprètent au sens d'affliction. C'est sur cette interprétation que porte la formule « le maître ne tient-il pas », qui vise l'affliction. Et il lui répondit : même selon tes paroles, si le verset vise l'affliction, l'Écriture n'a pas parlé du moment où l'homme accomplit une mitsva et se réjouit de cette mitsva — et moi, je porte les tefilin.
💡 Explication

Même scène, même réponse, autre verset. Rachi lit le verset au sens de la tristesse : celui qui se montre affecté en reçoit une récompense. Le Ben Yehoyada explique pourquoi le maître a choisi ce verset plutôt que celui de Psaumes 2,11, dont le sens est trop direct pour une remarque formulée avec égard.

24
אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא תְּפִילִּין מַנַּחְנָא.

Il lui dit : je porte les tefilin.

25
מַר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא עֲבַד הִילּוּלָא לִבְרֵיהּ, חֲזַנְהוּ לְרַבָּנַן דַּהֲווֹ קָבָדְחִי טוּבָא.

Mar, fils de Ravina, fit un festin de noces pour son fils ; il vit que les maîtres se réjouissaient beaucoup.

💡 Explication

Le folio s'interrompt au seuil du troisième récit de la série. La suite, en 31a, rapporte ce que fit Mar fils de Ravina pour ramener les maîtres à la mesure, et la guemara en tirera les règles sur la joie permise et sur la coupe brisée lors des noces.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).