Berakhot 31a — La mesure de la joie, l'état d'esprit d'où l'on se lève pour prier, la kavana, et les halakhot tirées de Daniel et de Hanna

Berakhot 31a

Sougya : Le folio commence par achever la série des récits de noces ouverte à la fin de 30b : Mar fils de Ravina, puis Rav Achi, brisent une coupe de prix devant des maîtres trop gais, Rav Hamnouna Zouti répond à une demande de chant par un refrain sur la mort, et Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yohai interdit de remplir sa bouche de rire tant que dure l'exil. De là, la guemara passe à la michna qui exige de se lever pour prier dans la gravité : une baraita demande une halakha tranchée, et trois exemples sont donnés (Rabbi Zera, Rav Hochaya, Rav Houna) ; une seconde baraita écarte la tristesse, la paresse, le rire et le bavardage au profit de la joie d'une mitsva, et étend la règle à la manière de prendre congé de son compagnon, illustrée par deux récits d'accompagnement de Rav Chimi bar Achi.

Vient ensuite le dossier de la kavana : diriger son cœur vers le Ciel, la conduite de Rabbi Akiva, court avec la communauté et long en privé. Le daf se ferme sur deux séries exégétiques : la baraita des six on pourrait croire, qui tire de Daniel, de David, de Hanna et de Salomon le nombre des prières, leur orientation, leur répartition, le ton de la voix et l'ordre louange-demande ; puis Rav Hamnouna, qui tire des versets de Hanna quatre halakhot de la prière et ouvre, à la dernière ligne, le thème de la réprimande.

La joie et sa limite : trois gestes de maîtres, un principe Mar fils de Ravina Noces de son fils. Il brise une coupe de prix valant 400 zouz. Rav Achi Noces de son fils. Il brise une coupe de verre blanc. Rav Hamnouna Zouti On lui demande un chant. Il chante : malheur à nous, car nous mourrons. Même résultat dans les trois cas : la joie ne cesse pas, elle redevient grave. La règle que Rabbi Yo'hanan tire de Rabbi Chimon ben Yohai Il est interdit de remplir sa bouche de rire en ce monde. Le verset des Tehilim dit bien : alors notre bouche s'emplira de rire — mais alors, pas maintenant. La condition du verset Quand on dira parmi les nations : grandes choses. La mise en pratique Rech Lakich s'y est tenu toute sa vie.
Les trois récits ne condamnent pas la joie de la noce ; ils lui imposent une limite, que le verset des Tehilim date de la délivrance.
Se lever pour prier : d'où l'on part, et d'où l'on ne part pas On ne se lève pas au sortir de un jugement en cours une discussion de halakha encore ouverte la tristesse la paresse le rire, le bavardage, la légèreté les propos vains Raison commune : l'esprit reste occupé ailleurs. On se lève au sortir de la gravité — koved roch (la michna) une halakha tranchée — halakha pessouka la joie d'une mitsva — simha chel mitsva Une halakha tranchée ne demande plus d'examen : rien ne restera à résoudre pendant la prière. Le Yerouchalmi ajoute : les besoins de la communauté. Abaye Rabbi Zera : les filles d'Israël et les sept jours propres. Rava Rav Hochaya : rentrer le grain avec sa balle, exempt de maasser. Et si tu veux Rav Houna : le sang tiré d'une bête consacrée. Deux pratiques attestées Les maîtres suivent la michna : la gravité. Rav Achi suit la baraita : la halakha tranchée. Ce que les Tossefot en tirent La halakha suit les maîtres. De là vient l'usage de dire psoukei dezimra et Achrei avant l'office.
Les deux baraitot listent des états à écarter et des états requis ; les trois exemples montrent ce qu'est concrètement une halakha tranchée.
Les six on pourrait croire : ce que la baraita fixe et par quel verset Hypothèse écartée Source Ce qui est fixé Prier tout le jour durant Daniel 6, 11 : trois fois par jour Trois prières : chaharit, minha, arvit Cet usage a commencé en exil Daniel 6, 11 : comme auparavant Il priait ainsi déjà avant l'exil Prier vers la direction qu'on veut Daniel 6, 11 : face à Jérusalem L'orientation est imposée Dire les trois en une seule fois Tehilim 55, 18 : soir, matin, midi Trois moments séparés dans la journée Faire entendre sa voix Chmouel I 1, 13 : sa voix inaudible La amida se dit à voix basse Demander ses besoins d'abord Melakhim I 8, 28 : le chant, la prière Louange d'abord, demande ensuite Après la amida, en revanche, la demande n'a plus de limite : même l'équivalent du vidouy de Yom Kippour.
La baraita procède six fois de la même façon : une hypothèse large, un verset biblique, une règle fixée.
Un seul verset sur Hanna, quatre halakhot de la prière Chmouel I 1, 13 : et Hanna parlait sur son cœur, seules ses lèvres remuaient, et sa voix ne se faisait pas entendre ; Eli la prit pour une femme ivre. sur son cœur Il faut diriger son cœur : la kavana. ses lèvres remuaient Il faut articuler avec les lèvres : penser ne suffit pas. voix inaudible Il est interdit d'élever la voix dans sa prière. prise pour ivre Un homme ivre n'a pas le droit de prier. Deux des quatre étaient déjà acquises La kavana venait de la baraita d'Abba Chaoul, la voix basse du quatrième on pourrait croire. Rav Hamnouna les rassemble sur un seul verset. Ce que le folio ouvre à sa dernière ligne La réponse d'Eli à Hanna sert à son tour de source : celui qui voit chez son compagnon une chose qui ne convient pas. La suite est en 31b.
Rav Hamnouna lit le verset mot à mot ; chaque fragment donne une règle, et le dialogue qui suit déplace la sougya vers la réprimande.
1
אַייְּתִי כָּסָא דְּמוֹקְרָא בַּת אַרְבַּע מְאָה זוּזִי, וּתְבַר קַמַּיְהוּ, וְאַעֲצִיבוֹ.

Il apporta une coupe précieuse valant quatre cents zouz, la brisa devant eux, et ils devinrent graves.

📜 Rachi (1)
כָּסָא דְּמוֹקְרָא כּוֹס שֶׁל זְכוּכִית לְבָנָה:
Une coupe précieuse : une coupe de verre blanc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא עֲבַד הִלּוּלָא לִבְרֵיהּ, חֲזַנְהוּ לְרַבָּנַן דַּהֲווֹ קָא בָּדְחִי טוּבָא. אִיתַי כָּסָא דְּמוֹקְרָא, בַּת אַרְבַּע מֵאוֹת זוּזֵי, וּתְבַר קַמַּיְהוּ, וְאִיעֲצִיבוּ. קַשָּׁא אֵיךְ יְאַבֵּד כְּלִי יַעֲקֹר כָּזֶה וְלֹא חָשׁ לְבַל תַּשְׁחִית? וְאַף עַל גַּב דְּיִמָּצֵא כְּלִי חֶרֶס פָּשׁוּט צָבוּעַ עַל יְדֵי אֻומָּן, שֶׁיִּהְיֶה נִרְאֶה כְּמוֹ כָּסָא דְּמוֹקְרָא דְּשָׁוֵי ת' זוּזֵי, מִכָּל מָקוֹם מִן הַגְּמָרָא נִרְאֶה דְּלָא הֲוָה הָכִי, אֶלָּא כָּסָא דְּמוֹקְרָא מַמָּשׁ, עַל כֵּן נִרְאֶה לִי דְּהָיָה סָדוּק וְעוֹמֵד לְהִשָּׁבֵר וְאֵינוֹ נִיכָּר לָרוֹאִין, וְהֵם חָשְׁבוּ שֶׁהוּא שָׁלֵם שֶׁשָּׁוֶה ת' זוּזֵי כִּי הָיָה זֶה שׁוּמָתוֹ יְדוּעָה, גַּם דִּקְדֵּק לְהַרְאוֹתָם כּוֹס שֶׁשָּׁוֶה ת' זוּזֵי וְשָׁבְרוּ לִפְנֵיהֶם, כִּי הַיֵּצֶר הָרַע אֶחָד מִשְּׁמוֹתָיו נִקְרָא 'מִכְשׁוֹל', וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא, לָכֵן שָׁבַר כּוֹס שָׁוֶה ת' זוּזֵי כְּמִנְיַן מַכְשִׁיל [400] , לְהַרְאוֹתָם כִּי הַיֵּצֶר הָרַע מַכְשִׁיל אֶת הָאָדָם בְּרִבּוּי שִׂמְחָה כְּדֵי לְהַחְטִיאוֹ אַחַר כָּךְ, 'וְאֵין לוֹ שְׁמִירָה אֶלָּא שְׁבִירָה', וְלָכֵן הַכּוֹס הָיָה זְכוּכִית לְבָנָה, לִרְמֹוז שֶׁבְּוַדַּאי הַיֵּצֶר הָרַע שֶׁלָּהֶם הוּא מְלֻובָּן וְנָקִי מִשְּׁאָר הַיֵּצֶר הָרַע דְּעָלְמָא, עִם כָּל זֶה צָרִיךְ שְׁבִירָה.
Mar fils de Ravina fit un festin de noces pour son fils ; il vit les maîtres qui se réjouissaient à l'excès ; il apporta une coupe précieuse valant quatre cents zouz, la brisa devant eux, et ils devinrent graves. Difficulté : comment a-t-il pu détruire un objet aussi précieux sans se soucier de l'interdit de ne pas détruire ? Et bien que l'on puisse dire qu'il s'agissait d'un simple vase de terre peint par un artisan de façon à paraître une coupe précieuse valant quatre cents zouz, il ressort tout de même de la guemara qu'il n'en allait pas ainsi, mais qu'il s'agissait bien d'une coupe précieuse véritable. Il me semble donc qu'elle était fendue et sur le point de se briser, sans que cela soit visible pour ceux qui regardaient : eux la croyaient intacte et valant quatre cents zouz, car son prix était connu. Il a de plus pris soin de leur montrer une coupe valant quatre cents zouz et de la briser devant eux, car l'un des noms du mauvais penchant est makhchol, l'obstacle, comme il est rappelé dans la guemara ; il a donc brisé une coupe valant quatre cents zouz, valeur numérique de makhchil [400], pour leur montrer que le mauvais penchant fait trébucher l'homme par l'excès de joie afin de le faire fauter ensuite, et qu'il n'a d'autre garde que le brisement. C'est aussi pourquoi la coupe était de verre blanc, pour indiquer que même si leur penchant à eux était certainement blanchi et net par rapport à celui du reste du monde, il lui faut malgré tout le brisement.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'un récit commencé à la fin de 30b : Mar fils de Ravina marie son fils et voit les maîtres se réjouir à l'excès. Le geste de briser une coupe de prix ne punit personne ; il coupe court à la joie en imposant d'un coup une perte réelle.

Le mot araméen demoukra désigne un objet de valeur. Rachi précise qu'il s'agissait de verre blanc, ce qui rapproche ce récit du suivant.

2
רַב אָשֵׁי עֲבַד הִילּוּלָא לִבְרֵיהּ, חֲזַנְהוּ לְרַבָּנַן דַּהֲווֹ קָא בָּדְחִי טוּבָא. אַיְּיתִי כָּסָא דְּזֻוגִּיתָא חִיוָּרְתָּא, וּתְבַר קַמַּיְהוּ, וְאַעֲצִיבוֹ.

Rav Achi fit un festin de noces pour son fils. Il vit les maîtres qui se réjouissaient à l'excès.

Il apporta une coupe de verre blanc, la brisa devant eux, et ils devinrent graves.

🗂️ Tossefot (1)
אַייְּתִי כָּסָא דְּזֻוגִּיתָא חִיוָּרְתָּא מִכָּאן נָהֲגוּ לְשַׁבֵּר זְכוּכִית בְּנִשּׂוּאִין:
Il apporta une coupe de verre blanc : de là vient l'usage de briser un verre lors des mariages.
💡 Explication

Le même geste se répète avec un autre maître, ce qui en fait une conduite et non un mouvement d'humeur isolé.

Les Tossefot font de ces deux récits la source de l'usage de briser un verre sous la houppa. La guemara ne parle pas de la cérémonie mais du festin ; l'usage a déplacé le geste vers un moment fixé.

3
אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב הַמְנוּנָא זוּטֵי בְּהִלּוּלָא דְּמָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא: לִישְׁרֵי לָן מַר. אֲמַר לְהוּ: וַי לָן, דְּמִיתְנַן. וַי לָן, דְּמִיתְנַן. אָמְרִי לֵיהּ: אֲנַן מַה נַעֲנֵי בָּתְרָךְ? אֲמַר לְהוּ: הֵי תּוֹרָה, וְהֵי מִצְוָה דְּמַגְּנוּ עֲלַן.

Les maîtres dirent à Rav Hamnouna Zouti, au festin de noces de Mar fils de Ravina : que le maître chante pour nous. Il leur dit : malheur à nous, car nous mourrons ; malheur à nous, car nous mourrons.

Ils lui dirent : et nous, que répondrons-nous après toi ? Il leur dit : où est la Torah et où est la mitsva, qui nous protègent ?

📜 Rachi (2)
לִישְׁרֵי לָן מַר שִׁירָה:
Que le maître chante pour nous : un chant.
הֵי תּוֹרָה וְהֵי מִצְוָה דְּמַגְּנוּ עֲלַן הֵיכָן הַתּוֹרָה שֶׁעָסַקְנוּ וְהֵיכָן הַמִּצְוֹת שֶׁאָנוּ מְקַיְּימִין שֶׁיָּגֵינּוּ עָלֵינוּ מְדִינָה שֶׁל גֵּיהִנָּם:
Où est la Torah et où est la mitsva qui nous protègent : où est la Torah que nous avons étudiée et où sont les mitsvot que nous accomplissons, pour qu'elles nous protègent du jugement de la géhenne.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לְהוּ: וַי לָן דְּמִיתְנַן, וַי לָן דְּמִיתְנַן. נִרְאֶה לִי בס"ד כֶּפֶל הַלָּשׁוֹן עַל עֹונֶשׁ חֵטְא הָאָדָם עַצְמוֹ, וְעַל עֹונֶשׁ חֵטְא אֲחֵרִים שֶׁנִּתְפַּס בּוֹ מִדִּין עַרְבוּת, גַּם ב' פְּעָמִים ווַי [22] בְּגֵימַטְרְיָא דָּם [44] , וְהֵם אוֹתִיּוֹת דָּם ד'א דָּם' כְּשֶׁהֵם לְבַדָּם בְּהִסְתַּלְּקוּת הָאָלֶ"ף הָרוֹמֵז לְאַחְדוּת, וְרוֹמֵז גַּם כֵּן לְאִילּוּף הַתּוֹרָה, שֶׁאִם יִתְחַבֵּר הָאָלֶ"ף יִהְיוּ אוֹתִיּוֹת אָדָם שְׁלֵמִים וְיִסְתַּלֵּק הֱווִי, וְאָמַר לָהֶם הֵי תּוֹרָה וְהֵי מִצְוָה הָרְמוּזָה בְּאֶלֶף, וְהֵי מִצְוָה שֶׁגַּם הֵם רְמוּזִים בָּאָלֶ"ף, כִּי כֻּולָּם נִכְלְלוּ בַּעֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת שֶׁמַּתְחִילִים בָּאָלֶ"ף.
Il leur dit : malheur à nous car nous mourrons, malheur à nous car nous mourrons. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le redoublement de l'expression vise la punition de la faute de l'homme lui-même et la punition de la faute d'autrui, dont il est saisi au titre de la responsabilité solidaire (arevout). De plus, deux fois vay [22] font, en guematria, dam [44], le sang ; et ce sont les lettres de dam, c'est-à-dire adam privé du alef, lequel renvoie à l'unité et aussi à l'enseignement de la Torah (ilouf) : si le alef s'y joint, on obtient les lettres complètes de adam et le vay se retire. C'est pourquoi il leur dit : où est la Torah et où est la mitsva, l'une et l'autre étant désignées par le alef, car toutes sont comprises dans les dix paroles, qui commencent par un alef.
💡 Explication

La demande est ordinaire : un chant de noces. La réponse retourne la forme du chant contre son usage — un refrain, avec une reprise pour l'assemblée, dont le contenu est la mort et la question de ce qui protège.

Rachi lit le refrain comme une interrogation sur le mérite : la Torah étudiée et les mitsvot accomplies suffiront-elles à protéger ? Le chant reste un chant, mais il ramène la gravité au milieu de la fête.

4
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי: אָסוּר לְאָדָם שֶׁיְּמַלֵּא שְׂחוֹק פִּיו בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָז יִמָּלֵא שְׂחוֹק פִּינוּ וּלְשׁוֹנֵנוּ רִנָּה״. אֵימָתַי, בִּזְמַן שֶׁ״יֹאמְרוּ בַגּוֹיִם הִגְדִּיל ה׳ לַעֲשׂוֹת עִם אֵלֶּה״. אָמְרוּ עָלָיו עַל רֵישׁ לָקִישׁ שֶׁמִּיָּמָיו לֹא מִלֵּא שְׂחוֹק פִּיו בָּעוֹלָם הַזֶּה, מִכִּי שַׁמְעַהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן רַבֵּיהּ.

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : il est interdit à l'homme de remplir sa bouche de rire en ce monde, car il est dit : alors notre bouche s'emplira de rire et notre langue de chant. Quand ?

Au moment où l'on dira parmi les nations : Hachem a fait de grandes choses avec eux. On a dit de Rech Lakich que de ses jours il n'a jamais rempli sa bouche de rire en ce monde, depuis qu'il l'a entendu de Rabbi Yo'hanan son maître.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ עָלָיו עַל רֵישׁ לָקִישׁ, שֶׁמִּיָּמָיו לֹא מִלֵּא שְׂחוֹק פִּיו בָּעוֹלָם הַזֶּה, מִכִּי שַׁמְעַהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן רַבֵּיהּ. קַשָּׁא וַדַּאי כָּל מִילֵּי דַּחֲסִידוּתָא דִּשְׁמַע רֵישׁ לָקִישׁ מִן ר' יוֹחָנָן הֲוָה מְקַייֵּם, וּמַאי שְׁנָא הַאי דְּקָא מַשְׁמַע לָן עֲלָהּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי רֵישׁ לָקִישׁ הָיָה טִבְעוֹ בְּדֹחַן , כְּמוֹ בַּר קַפָּרָא, וּכְפִי טִבְעוֹ וּמִנְהָגוֹ הָיָה קַשָּׁא עָלָיו חֲסִידוּת זוֹ, וְעִם כָּל זֶה הָיָה נִזְהָר בָּהּ.
On a dit de Rech Lakich que de ses jours il n'a jamais rempli sa bouche de rire en ce monde, depuis qu'il l'a entendu de Rabbi Yo'hanan son maître. Difficulté : Rech Lakich accomplissait certainement toutes les conduites de piété qu'il entendait de Rabbi Yo'hanan ; pourquoi celle-ci en particulier nous est-elle rapportée ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rech Lakich était d'un naturel enjoué, comme Bar Kappara, et que cette conduite de piété lui était, vu son naturel et son habitude, particulièrement difficile ; malgré cela il s'y tenait avec soin.
⚖️ Rosh (2)
גְּמ' מה"מ א"ר נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר קְרָא עִבְדוּ אֶת ה' בְּיִרְאָה וְגִילוּ בִּרְעָדָה מַאי וְגִילוּ בִּרְעָדָה. א"ר אַדָּא בַּר מַתְנָה אָמַר רַב בִּמְקוֹם גִּילָה שָׁם תְּהֵא רְעָדָה אַבָּיֵי הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַבָּה חַזְייֵהּ דְּקָא בָּדַח טוּבָא א"ל וְגִילוּ בִּרְעָדָה כְּתִיב. א"ל אֲנָא תְּפִילִּין מַנַּחְנָא ר' יִרְמְיָה הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דָּר' זֵירָא חַזְייֵהּ דַּהֲוָה קָא בָדַח טוּבָא א"ל וְלָא סָבַר לָהּ מַר בְּכָל עֶצֶב יִהְיֶה מוֹתָר א"ל אֲנָא תְּפִילִּין מַנַּחְנָא וְכָל כָּךְ לָמָּה דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר"ש בֶּן יוֹחַי אָסוּר לְאָדָם שֶׁיְּמַלֵּא שְׂחוֹק פִּיו בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁנֶּאֱמַר אָז יִמָּלֵא שְׂחוֹק פִּינוּ וּלְשׁוֹנֵנוּ רִנָּה אֵימָתַי בִּזְמַן שֶׁיֹּאמְרוּ בַגּוֹיִם הִגְדִּיל ה' לַעֲשׂוֹת עִם אֵלֶּה אָמְרוּ עָלָיו עַל רֵישׁ לָקִישׁ שֶׁלֹּא מָלֵא שְׂחוֹק פִּיו מִכִּי שְׁמַע מִינֵּיהּ דְּר' יוֹחָנָן רַבֵּיהּ. גָּרְסִי' בפ"ק דְּגִיטִּין דַּף ז. שְׁלַחוּ לֵיהּ לְמָר עֻוקְבָא זִמְרָא מִנָּלַן דְּאָסוּר. שִׂירְטֵט וּכְתַב לְהוּ אַל תִּשְׂמַח יִשְׂרָאֵל אֶל גִּיל כָּעַמִּים וְשָׁלַח לְהוּ בַּשִּׁיר לֹא יִשְׁתּוּ יָיִן אִי מֵהָתָם הֵ"א זִמְרָא בְּמָנָא הוּא דְּאָסוּר אֲבָל בְּפֻומָּא שָׁרִי קמ"ל דְּאָסוּר. רָבִינָא אַשְׁכְּחֵיהּ לְמָר בַּר רַב אָשֵׁי דְּקָא גָּדֵיל כְּלִילָא לְבַרְתֵּיהּ א"ל לָא סָבַר לַהּ מָר הָסִר הַמִּצְנֶפֶת וְהָרִם הָעֲטָרָה בִּזְמַן שֶׁהַמִּצְנֶפֶת בְּרֹאשׁ כֹּהֵן גָּדוֹל עֲטָרָה בְּרֹאשׁ כָּל אָדָם אֵין הַמִּצְנֶפֶת בְּרֹאשׁ כֹּהֵן גָּדוֹל נִסְתַּלְּקָה הָעֲטָרָה מֵרֹאשׁ כָּל אָדָם א"ל דֻּומְיָא דכ"ג בְּגַבְרֵי. גָּרְסִי' בְּסוֹף סוֹטָה דַּף מח. אָמַר רַב אוּדְנָא דְּשָׁמְעָה זִימְרָא תִּעֲקַר אָמַר רָבָא זִימְרָא בְּבֵיתָא חֻורְבָּא בְּסֵיפָה שֶׁנֶּאֱמַר קוֹל יְשׁוֹרֵר בַּחַלּוֹן חֹורֶב בַּסַּף וְגוֹ' אָמַר רַב יוֹסֵף זָמְרָן גַּבְרֵי וְעִנְיַן נָשֵׁי פְּרִיצוּתָא זָמְרָן נָשֵׁי וְעָנֵי גַּבְרֵי כְּאֵשׁ בִּנְעֹורֶת לְמַאי נ"מ לְבַטּוֹלֵי הָא מִקַּמֵּי הָא. א"ר יוֹחָנָן כָּל הַשּׁוֹתֶה יַיִן בְּאַרְבַּע מִינֵי זֶמֶר מֵבִיא חָמֵשׁ פּוּרְעָנוּת לְעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר הוֹי מַשְׁכִּימֵי בַּבֹּוקֶר שֵׁכָר יִרְדֹּופוּ וְגוֹ' וְהָיָה כִּנּוֹר וְנִבֵּל וְתוּף וְחָלִיל וְיַיִן מִשְׁתֵּיהֶם מַאי כְּתִיב בָּתְרֵיהּ לָכֵן גָּלָה עַמִּי מִבְּלִי דָעַת וְגוֹ' פִּי' גָּאוֹן הָא דְּאָמְרִינַן זִימְרָא בְּפֻומָּא אָסוּר ה"מ כְּגוֹן נְגִינַת שֶׁל אַהֲבַת אָדָם לַחֲבֵירוֹ לְשַׁבֵּחַ יָפֶה בְּיָפְיוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁהַיִּשְׁמְעֵאלִים קוֹרִין לָהּ אשעא"ר. אֲבָל דִּבְרֵי שִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת וְזִכְרוֹן חֲסָדָיו שֶׁל הקב"ה אֵין אָדָם מִיִּשְׂרָאֵל נִמְנָע מִזֹּאת וּמִנְהַג כָּל יִשְׂרָאֵל לְאוֹמְרָם בְּבֵית חֲתָנִים וּבְבֵית הַמִּשְׁתָּאוֹת בְּקוֹל נְגִינוֹת וּבְקוֹל שִׂמְחָה וְלֹא רָאִינוּ מִי שֶׁמּוֹחֶה בָּזֹאת: גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק חֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף קא.) ת"ר הַקּוֹרֵא פָּסוּק מִשִּׁיר הַשִּׁירִים וְעוֹשֶׂה אוֹתוֹ כְּמִין זֶמֶר וְהַקּוֹרֵא פָּסוּק בְּבֵית הַמִּשְׁתָּאוֹת בְּלֹא זְמַנּוֹ מֵבִיא רָעָה לָעוֹלָם מִפְּנֵי שֶׁהַתּוֹרָה חוֹגֶרֶת שַׂק וְעוֹמֶדֶת לִפְנֵי הקב"ה וְאוֹמֶרֶת רבש"ע עֲשָׂאוּנִי בָּנֶיךָ כְּכִנּוֹר שֶׁמְּנַגְּנִין בּוֹ הָעַכּוּ"ם אָמַר לָהּ הקב"ה בָּתֵּי א"כ מַה יַעֲשׂוּ בְּשָׁעָה שֶׁהֵן אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין וּשְׂמֵחִים אָמְרָה לְפָנָיו רבש"ע אִם בַּעֲלֵי מִקְרָא הֵן יַעַסְקוּ בְּמִקְרָא וּנְבִיאִים וּכְתוּבִים וְאִם בַּעֲלֵי מִשְׁנָה הֵם יַעַסְקוּ בְּמִשְׁנָה וּבַהֲלָכוֹת וּבְאַגָּדוֹת. וְאִם בַּעֲלֵי גְּמָרָא הֵם יַעַסְקוּ בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח בַּפֶּסַח הִלְכוֹת עֲצֶרֶת בָּעֲצֶרֶת וַהֲלָכוֹת הֶחָג בֶּחָג הֵעִיד ר"א בר"ש מִשּׁוּם ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא הַקּוֹרֵא פָּסוּק בִּזְמַנּוֹ מֵבִיא טוֹבָה לָעוֹלָם:
Guemara : d'où cela vient-il ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : le verset dit, servez Hachem dans la crainte et réjouissez-vous en tremblant. Que signifie réjouissez-vous en tremblant ? Rav Ada bar Matna a dit au nom de Rav : au lieu de la joie, là doit être le tremblement. Abaye était assis devant Rabba ; il le vit qui se réjouissait à l'excès. Il lui dit : il est écrit, réjouissez-vous en tremblant. Il lui répondit : je porte les tefilin. Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Zera ; il le vit qui se réjouissait à l'excès. Il lui dit : le maître ne tient-il pas que dans toute peine il y a du profit ? Il lui répondit : je porte les tefilin. Et tout cela pourquoi ? Car Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : il est interdit à l'homme de remplir sa bouche de rire en ce monde, ainsi qu'il est dit, alors notre bouche s'emplira de rire et notre langue de chant. Quand ? Au moment où l'on dira parmi les nations, Hachem a fait de grandes choses avec eux. On a dit de Rech Lakich qu'il n'a plus rempli sa bouche de rire depuis qu'il l'a entendu de Rabbi Yo'hanan son maître. Nous lisons au premier chapitre de Guitin (7a) : on envoya demander à Mar Oukva, d'où savons-nous que la musique est interdite ? Il traça des lignes et leur écrivit, ne te réjouis pas, Israël, jusqu'à l'allégresse comme les peuples. Et qu'il leur envoie plutôt, ils ne boiront plus de vin en chantant. De ce dernier verset seul, j'aurais pu croire que seule la musique instrumentale est interdite mais que la musique vocale est permise ; il nous apprend donc qu'elle est interdite. Ravina trouva Mar fils de Rav Achi qui tressait une couronne pour sa fille. Il lui dit : le maître ne tient-il pas, ôte la mitre et enlève la couronne — tant que la mitre est sur la tête du grand prêtre, la couronne est sur la tête de tout homme ; lorsque la mitre n'est plus sur la tête du grand prêtre, la couronne a été retirée de la tête de tout homme ? Il lui répondit : ce qui est semblable au grand prêtre concerne les hommes. Nous lisons à la fin de Sota (48a) : Rav a dit, l'oreille qui écoute de la musique, qu'elle soit arrachée. Rava a dit : la musique dans la maison, ruine sur le seuil, ainsi qu'il est dit, une voix chante à la fenêtre, la désolation est sur le seuil. Rav Yossef a dit : quand des hommes chantent et que des femmes répondent, c'est de la débauche ; quand des femmes chantent et que des hommes répondent, c'est comme le feu dans l'étoupe. Quelle en est la conséquence pratique ? Supprimer l'un avant l'autre. Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque boit du vin au son de quatre sortes d'instruments attire cinq châtiments sur le monde, ainsi qu'il est dit, malheur à ceux qui se lèvent tôt le matin pour courir après la boisson, etc., et il y a la harpe, la lyre, le tambourin, la flûte et le vin à leurs festins. Qu'est-il écrit ensuite ? C'est pourquoi mon peuple est exilé faute de savoir, etc. Explication du Gaon : ce que nous disons, que la musique vocale est interdite, ne vaut que pour les chants d'amour d'un homme pour son compagnon, pour louer un beau dans sa beauté, comme les Ismaélites appellent cela achar. Mais les paroles de chants et de louanges et le rappel des bontés du Saint béni soit-il, aucun homme d'Israël ne s'en abstient ; et l'usage de tout Israël est de les dire dans les maisons des mariés et dans les maisons de festins, à voix chantante et avec des cris de joie, et nous n'avons vu personne y faire opposition. Nous lisons au chapitre Helek (Sanhédrin 101a) : nos maîtres ont enseigné, celui qui lit un verset du Cantique des cantiques et en fait une sorte de chanson, et celui qui lit un verset dans les maisons de festins hors de son temps, attire le mal sur le monde ; car la Torah se ceint d'un sac, se tient devant le Saint béni soit-il et dit : maître du monde, tes enfants ont fait de moi une harpe dont jouent les nations. Le Saint béni soit-il lui dit : ma fille, s'il en est ainsi, que feront-ils pendant qu'ils mangent, boivent et se réjouissent ? Elle lui dit : maître du monde, s'ils sont maîtres de l'Écriture, qu'ils s'occupent d'Écriture, de Prophètes et de Hagiographes ; s'ils sont maîtres de la Michna, qu'ils s'occupent de Michna, de halakhot et de aggadot ; et s'ils sont maîtres de Guemara, qu'ils s'occupent des lois de Pessa'h à Pessa'h, des lois de Chavouot à Chavouot et des lois de la fête à la fête. Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon a témoigné au nom de Rabbi Yehochoua ben Hanania : celui qui lit un verset en son temps attire le bien sur le monde.
א"ר יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר' יוֹסֵי בֶּן זִימְרָא הַיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית בְּשַׁבָּת קוֹרְעִין לוֹ גְּזַר דִּינוֹ שֶׁל שִׁבְעִים שָׁנָה מֵרָעָה לְטוֹבָה ופר"ח זַ"ל בְּתַעֲנִית חֲלוֹם וּפֵירֵשׁ בה"ג שֶׁאוֹמֵר עֲנֵנוּ בֶּאֱ-לֹהַי נְצֹור ואע"פ שֶׁקּוֹבֵעַ בְּרָכָה לְעַצְמָהּ כֵּיוָן שֶׁאֵינָהּ בְּתוֹךְ י"ח בְּרָכוֹת אֵין לָחוּשׁ אוֹ שֶׁמָּא כּוֹלְלָהּ בֶּאֱ-לֹהַי נְצֹור וְגָרְסִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דִּתְפִלַּת הַשַּׁחַר ר"ח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּתַעֲנִית הֵיכָן מַזְכִּיר שֶׁל תַּעֲנִית בְּמוּסָף ר' זְעֵירָא אוֹמֵר בְּהוֹדָאָה ר' אַבָּא בַּר מֶמֶל אוֹמֵר בַּעֲבוֹדָה ר' אֲבִינָא אוֹמֵר אוֹמְרָהּ בְּרָכָה רְבִיעִית ר' אַבָּא אוֹמֵר מַה מָצִינוּ בְּכָל מָקוֹם בָּרְבִיעִית אַף כָּאן בָּרְבִיעִית וְכֵן נָפֵיק עֻובְדָּא כְּהָדָא דְּר' אַבָּא וְנִרְאֶה שֶׁיֵּשׁ טָעוּת סוֹפֵר בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּהָכֵי יֵשׁ לִגְרֹוס ר' אֲבִינָא אוֹמֵר אוֹמְרָהּ בְּרָכָה חֲמִישִׁית כְּלוֹמַר שֶׁיֹּאמַר עֲנֵנוּ אַחַר בְּרָכָה שֶׁל קְדֻושַּׁת הַיּוֹם ר' אַבָּא אוֹמֵר מַה מָּצִינוּ בְּכָל מָקוֹם בְּרָכָה רְבִיעִית אַף כָּאן בִּרְבִיעִית כְּלוֹמַר שֶׁאוֹמֵר קְדֻושַּׁת הַיּוֹם בִּבְרָכָה רְבִיעִית אַף כָּאן יֹאמַר קְדֻושַּׁת הַיּוֹם בִּבְרָכָה רְבִיעִית וַעֲנֵנוּ יֹאמַר בַּחֲמִישִׁית ובש"ץ מַייְרֵי שֶׁקּוֹבֵעַ בְּרָכָה לְעַצְמָהּ כְּמוֹ שֶׁאוֹמְרָהּ בְּכָל פַּעַם בֵּין גּוֹאֵל לְרוֹפֵא אֵבֶל יָחִיד יָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁאוֹמְרָהּ בֶּאֱ-לֹהַי נְצֹור כְּמוֹ שֶׁפֵּי' בה"ג וְאִם הֲלָכָה כַּר' אַבָּא בַּר מֶמֶל שֶׁאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁאוֹמֵר עֲנֵנוּ בַּעֲבוֹדָה יָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁגַּם יָחִיד בְּתַעֲנִית חֲלוֹם אוֹמֵר בַּעֲבוֹדָה וּדְלֹא כְּפִי' בַּעַל הֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת וּבִירוּשַׁלְמִי שֶׁפּוֹסֵק כַּר' אַבָּא אֵין לַעֲמֹוד עָלָיו אִם פּוֹסֵק כר"א בַּר מֶמֶל דְּאָמַר בַּעֲבוֹדָה אוֹ כַּר' אַבָּא דִּמְסַייֵּעַ לֵר' אֲבִינָא דְּאָמַר בְּרָכָה חֲמִישִׁית וַאֲנִי אוֹמֵר דְּמִסְתַּבֵּר דר"ל ר' אַבָּא בַּר מֶמֶל דְּלָא הֲוָה שָׁבֵיק הַגְּמָרָא רַבִּי אֲבִינָא שֶׁהוּא עִיקַּר הַמֵּימְרָא וְיֹאמַר רַבִּי אַבָּא שֶׁלֹּא הָיָה אֶלָּא מְסַיֵּיעַ:
Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : celui qui jeûne le chabbat, on déchire pour lui un décret de soixante-dix ans, du mal vers le bien. Rabbenou Hananel a expliqué qu'il s'agit d'un jeûne après un mauvais rêve. Les Halakhot Guedolot ont expliqué qu'il dit anenou dans Élokaï netsor ; et bien qu'il fasse ainsi d'une bénédiction une bénédiction à part, puisqu'elle n'est pas à l'intérieur des dix-huit bénédictions il n'y a pas lieu de craindre, ou peut-être l'inclut-il dans Élokaï netsor. Nous lisons au Talmud de Jérusalem, au chapitre Tefilat hachahar : un roch hodech qui tombe un jour de jeûne, où mentionne-t-on le jeûne ? Dans le moussaf. Rabbi Zeira dit : dans hodaa. Rabbi Abba bar Mamal dit : dans avoda. Rabbi Avina dit : il le dit dans la quatrième bénédiction. Rabbi Abba dit : de même que nous trouvons partout dans la quatrième, ici aussi dans la quatrième ; et ainsi la pratique s'est faite comme Rabbi Abba. Il me semble qu'il y a une erreur de copiste dans le Talmud de Jérusalem, et qu'il faut lire ainsi : Rabbi Avina dit, il le dit dans la cinquième bénédiction, c'est-à-dire qu'il dit anenou après la bénédiction de la sainteté du jour ; Rabbi Abba dit, de même que nous trouvons partout la quatrième bénédiction, ici aussi dans la quatrième, c'est-à-dire qu'il dit la sainteté du jour dans la quatrième bénédiction et qu'ici aussi il dira la sainteté du jour dans la quatrième, anenou étant dit dans la cinquième. Et il s'agit de l'officiant, qui en fait une bénédiction à part, comme il la dit chaque fois entre gueoula et refoua ; mais un particulier peut la dire dans Élokaï netsor, comme l'ont expliqué les Halakhot Guedolot. Et si la halakha est comme Rabbi Abba bar Mamal, qui a dit dans le Talmud de Jérusalem qu'il dit anenou dans avoda, il se peut qu'un particulier aussi, un jour de jeûne pour un rêve, la dise dans avoda, contrairement à l'explication des Halakhot Guedolot. Quant au Talmud de Jérusalem qui tranche comme Rabbi Abba, on ne peut déterminer s'il tranche comme Rabbi Abba bar Mamal, qui dit dans avoda, ou comme Rabbi Abba qui appuie Rabbi Avina et dit dans la cinquième bénédiction. Et je dis qu'il est raisonnable de dire qu'il s'agit de Rabbi Abba bar Mamal, car la guemara n'aurait pas laissé de côté Rabbi Avina, qui est l'auteur principal de l'enseignement, pour nommer Rabbi Abba, qui n'en était que le soutien.
💡 Explication

La série des récits reçoit ici sa règle. Rabbi Chimon ben Yohai lit le verset des Tehilim comme une promesse datée : le rire plein est réservé au temps où les nations reconnaîtront la délivrance. Tant que ce temps n'est pas venu, la joie reste mesurée.

L'expression remplir sa bouche de rire vise l'excès, pas la joie elle-même ; les noces des maîtres continuent. Le cas de Rech Lakich montre la règle tenue sur une vie entière.

Le Roch rassemble ici tout le dossier de la musique et de la joie, depuis Guitin jusqu'à Sanhédrin, et retient l'explication du Gaon : les chants de louange et de reconnaissance restent permis, et l'usage d'Israël les chante dans les maisons de noces.

🖼️ Schéma
Le verset lu comme une date, non comme une permission Maintenant : l'exil Interdit de remplir sa bouche de rire. La joie reste, l'excès est retiré. Alors : la délivrance Notre bouche s'emplira de rire et notre langue de chant. La charnière du verset : le mot alors Le passage d'un état à l'autre est marqué par la reconnaissance des nations : on dira parmi les nations, Hachem a fait de grandes choses avec eux. Le rire plein est donc renvoyé à un événement, pas à une humeur.
Rabbi Chimon ben Yohai ne supprime pas le rire : il en fixe la date.
5
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין עוֹמְדִין לְהִתְפַּלֵּל לֹא מִתּוֹךְ דִּין, וְלֹא מִתּוֹךְ דְּבַר הֲלָכָה, אֶלָּא מִתּוֹךְ הֲלָכָה פְּסוּקָה.

Nos maîtres ont enseigné : on ne se lève pas pour prier au sortir d'un jugement, ni au sortir d'une discussion de halakha, mais au sortir d'une halakha tranchée.

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה פְּסוּקָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה עִיּוּן שֶׁלֹּא יְהֵא מְהַרְהֵר בָּהּ בִּתְפִלָּתוֹ:
Une halakha tranchée : qui ne demande pas d'examen, afin qu'il n'y réfléchisse pas pendant sa prière.
💡 Explication

La michna exigeait de se lever pour prier mitokh koved roch, au sortir de la gravité. La baraita propose un autre point de départ : une halakha pessouka, une halakha déjà tranchée.

Le critère est donné par Rachi : ce qui compte est qu'aucune question ne reste ouverte. Une affaire de jugement ou une discussion encore vive laisserait l'esprit occupé à chercher pendant la prière.

6
וְהֵיכִי דָּמֵי הֲלָכָה פְּסוּקָה?

Et quel est le cas d'une halakha tranchée ?

7
אָמַר אַבַּיֵּי: כִּי הָא דְּרַבִּי זֵירָא, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל הֶחֱמִירוּ עַל עַצְמָן, שֶׁאֲפִילּוּ רוֹאוֹת טִיפַּת דָּם כְּחַרְדָּל יוֹשְׁבוֹת עָלֶיהָ שִׁבְעָה נְקִיִּים.

Abaye a dit : comme celle-ci de Rabbi Zera, car Rabbi Zera a dit : les filles d'Israël se sont imposé une rigueur — même si elles voient une goutte de sang de la taille d'un grain de moutarde, elles comptent pour elle sept jours propres.

📜 Rachi (1)
יוֹשֶׁבֶת עָלֶיהָ ז' נְקִיִּים לְבַד מֵאוֹתוֹ יוֹם שֶׁפּוֹסֶקֶת וְהַתּוֹרָה לֹא הִצְרִיכָה ז' נְקִיִּים אֶלָּא לְזָבָה שֶׁנֶּאֱמַר וְאִם טָהֳרָה מִזּוֹבָהּ וְאֵין זָבָה אֶלָּא הָרוֹאֶה שְׁלֹשָׁה יָמִים רְצוּפִין בְּתוֹךְ י"א יוֹם שֶׁבֵּין נִדָּה לְנִדָּה:
Elle compte pour elle sept jours propres : en plus du jour où l'écoulement cesse. Or la Torah n'a exigé sept jours propres que pour la zava, ainsi qu'il est dit, et si elle est purifiée de son écoulement ; et n'est zava que celle qui voit du sang trois jours consécutifs à l'intérieur des onze jours qui séparent une période de nidda de la suivante.
💡 Explication

Premier exemple de halakha tranchée. Selon la Torah, les sept jours propres ne concernent que la zava, celle qui a vu du sang trois jours de suite pendant les onze jours qui séparent deux périodes de nidda. Les filles d'Israël ont pris sur elles d'appliquer ce compte à la moindre goutte.

L'enseignement rapporte une pratique reçue, pas une déduction : il n'y a rien à y résoudre, donc il convient avant la prière.

8
רָבָא אָמַר, כִּי הָא דְּרַב הוֹשַׁעְיָא, דְּאָמַר רַב הוֹשַׁעְיָא: מַעֲרִים אָדָם עַל תְּבוּאָתוֹ וּמַכְנִיסָהּ בַּמּוֹץ שֶׁלָּהּ, כְּדֵי שֶׁתְּהֵא בְּהֶמְתּוֹ אוֹכֶלֶת, וּפְטוּרָה מִן הַמַּעֲשֵׂר.

Rava a dit : comme celle-ci de Rav Hochaya, car Rav Hochaya a dit : un homme peut user d'un artifice sur sa récolte et la rentrer avec sa balle, afin que sa bête en mange, et elle est exempte du maasser.

📜 Rachi (2)
וּמַכְנִיסָהּ בַּבַּיִת:
Et il la rentre : dans la maison.
בַּמּוֹץ שֶׁלָּהּ קֹודֶם שֶׁיִּזְרֶה אוֹתָהּ שֶׁאֵין מִתְחַייֵּב בְּמַעֲשֵׂר מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא בִּרְאִייַּת פְּנֵי הַבַּיִת וּמִשֶּׁנִּמְרַח בַּכְּרִי אֲבָל לִפְנֵי מֵירוּחַ אֵין רְאִייַּת פְּנֵי הַבַּיִת קוֹבַעְתּוֹ דְּגַבֵּי תְּרוּמָה וּמַעֲשֵׂר כְּתִיב דָּגָן רֵאשִׁית דְּגָנְךָ (דְּבָרִים י״ח:ד׳) וְהוּא הַמֵּירוּחַ לְפִיכָךְ כְּשֶׁמַּכְנִיסָהּ לַבַּיִת קֹודֶם מֵירוּחַ לֹא הֻוקְבְּעָה לְמַעֲשֵׂר מִן הַתּוֹרָה וְרַבָּנָן הוּא דְּאָסְרוּ אֲכִילַת קֶבַע בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמַר מְלַאכְתּוֹ אֲבָל אֲכִילַת עֲרַאי לֹא אָסְרוּ וּמַאֲכַל בְּהֵמָה עֲרַאי הוּא דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת פֵּאָה (פ"א מ"ו) מַאֲכִיל לִבְהֵמָה חַיָּה וְעוֹף עַד שֶׁיְּמָרֵחַ הִלְכָּךְ בְּהֶמְתּוֹ אוֹכֶלֶת וּפְטוּרָה אֲבָל אִיהוּ אָסוּר בַּאֲכִילַת קֶבַע:
Avec sa balle : avant de la vanner. Car on n'est tenu du maasser selon la Torah que par l'entrée dans la maison et après l'achèvement du travail au tas, le mirouah. Mais avant le mirouah, l'entrée dans la maison ne fixe pas l'obligation, car à propos de la terouma et du maasser il est écrit dagan, les prémices de ton grain, et c'est le mirouah. Aussi, lorsqu'il la rentre dans la maison avant le mirouah, elle n'est pas fixée pour le maasser selon la Torah ; ce sont les maîtres qui ont interdit d'en faire un repas fixe tant que le travail n'est pas achevé, mais ils n'ont pas interdit d'en manger de façon occasionnelle, et la nourriture d'une bête est occasionnelle, car nous avons appris au traité Pea qu'il en donne à manger à la bête, à l'animal sauvage et à l'oiseau jusqu'au mirouah. Ainsi sa bête en mange et c'est exempt, mais lui-même n'a pas le droit d'en faire un repas fixe.
💡 Explication

Deuxième exemple. L'obligation du maasser selon la Torah suppose deux conditions réunies : le mirouah, l'achèvement du travail sur le tas de grain, et l'entrée dans la maison. Tant que le grain garde sa balle, la première manque.

Le mot maarim, user d'un artifice, est technique : il désigne un procédé permis qui évite qu'une obligation ne se fixe, et non un contournement d'une obligation déjà née.

9
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, כִּי הָא דְּרַב הוּנָא, דְּאָמַר רַב הוּנָא, אָמַר רַבִּי זְעֵירָא: הַמַּקִּיז דָּם בְּבֶהֱמַת קָדָשִׁים, אָסוּר בַּהֲנָאָה, וּמוֹעֲלִין בּוֹ.

Et si tu veux, dis : comme celle-ci de Rav Houna, car Rav Houna a dit au nom de Rabbi Zeira : celui qui tire du sang d'une bête consacrée, ce sang est interdit à tout profit et l'on est passible de meïla à son sujet.

📜 Rachi (1)
אָסוּר בַּהֲנָאָה וּמוֹעֲלִין בּוֹ ואע"ג דקי"ל אֵין מוֹעֲלִין בְּדָמִים יָלְפִינַן לָהּ מִקְּרָאֵי בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא (דַּף נט:) וּבִשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף קיז.) ה"מ כְּשֶׁנִּשְׁחֲטוּ בָּעֲזָרָה דְּאִיכָּא לְמֵימַר נְתַתִּיו לָכֶם עַל הַמִּזְבֵּחַ לְכַפֵּר (וַיִּקְרָא י״ז:י״א) לְכַפֵּר נְתַתִּיו לְךָ וְלֹא לִמְעִילָה אֲבָל בְּדַם הַקָּזָה מוֹעֲלִין כְּלוֹמַר אִם נֶהֱנָה מֵבִיא קָרְבַּן מְעִילָה וְהָנָךְ הָוְיָין הֲלָכוֹת פְּסוּקוֹת שֶׁאֵין עֲלֵיהֶן קֻושְׁיוֹת וְתֵירוּצִים שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְהַרְהֵר בָּהֶן:
Interdit à tout profit et l'on est passible de meïla : et bien que nous tenions qu'il n'y a pas de meïla sur le sang, ce que nous apprenons de versets aux traités Yoma et Houlin, cela ne vaut que pour le sang d'une bête égorgée dans la cour du Temple, où l'on peut dire, je vous l'ai donné sur l'autel pour expier — je te l'ai donné pour expier et non pour la meïla. Mais pour le sang tiré par saignée il y a meïla, c'est-à-dire que celui qui en tire profit apporte un sacrifice de meïla. Et ces enseignements sont des halakhot tranchées, sur lesquelles il n'y a ni objections ni réponses qui l'obligeraient à y réfléchir.
🗂️ Tossefot (1)
הַמַּקִּיז דָּם בְּבֶהֱמַת קָדָשִׁים וְכוּ' וְקָשֶׁה דְּאָמַר בפ"ג דע"ז (דַּף מד.) גַּבֵּי דָּמִים חִיצוֹנִים וְדָמִים פְּנִימִיִּים שֶׁל קָרְבָּנוֹת אֵלּוּ וְאֵלּוּ נִמְכָּרִים לַגַּנָּנִים לְזֶבֶל אַלְמָא דְּאֵין מוֹעֲלִין בָּהֶן וְי"ל דְּהָתָם הַיְינוּ לְאַחַר זְרִיקַת דָּמִים וּכְבָר נִתְכַּפְּרוּ בְּעָלִים מַה שֶׁאֵין כֵּן הָכָא:
Celui qui tire du sang d'une bête consacrée, etc. : il y a une difficulté, car il est dit au troisième chapitre de Avoda Zara, a propos des sangs extérieurs et des sangs intérieurs des sacrifices, que les uns et les autres sont vendus aux jardiniers pour l'engrais, d'où il ressort qu'il n'y a pas de meïla à leur sujet. On peut répondre que là-bas il s'agit d'après l'aspersion du sang, une fois que les propriétaires ont déjà obtenu leur expiation, ce qui n'est pas le cas ici.
💡 Explication

Troisième exemple. La meïla est le détournement d'un bien consacré ; celui qui en profite par inadvertance apporte un sacrifice de réparation. La règle admise est qu'il n'y a pas de meïla sur le sang, parce que le verset donne le sang pour l'expiation sur l'autel.

Rachi limite cette règle au sang de l'abattage, seul visé par le verset. Le sang tiré par saignée d'une bête consacrée encore vivante ne rentre pas dans cette exception : il reste bien du sacré. Rachi ajoute la remarque qui vaut pour les trois exemples — aucun ne porte de question ouverte.

10
רַבָּנָן עָבְדִי כְּמַתְנִיתִין, רַב אָשֵׁי עָבֵיד כְּבָרַיְיתָא.

Les maîtres agissaient comme la michna, Rav Achi agissait comme la baraita.

📜 Rachi (2)
כְּמַתְנִיתִין מִתּוֹךְ כֹּובֶד רֹאשׁ:
Comme la michna : au sortir de la gravité.
כְּבָרַיְיתָא מִתּוֹךְ הֲלָכָה פְּסוּקָה:
Comme la baraita : au sortir d'une halakha tranchée.
🗂️ Tossefot (2)
רַבָּנָן עָבְדִי כְּמַתְנִיתִין וּכְוָתַייְהוּ קי"ל וְלָכֵן אֵין מִתְפַּלְּלִין מִתּוֹךְ קַלּוּת רֹאשׁ וּשְׂחוֹק אֶלָּא מִתּוֹךְ כֹּובֶד רֹאשׁ וְשִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה כְּגוֹן שֶׁעָסַק בְּדִבְרֵי תּוֹרָה וְלָכֵן נָהֲגוּ לוֹמַר פְּסוּקֵי דְּזִמְרָה וְאַשְׁרֵי קֹודֶם תְּפִלָּה:
Les maîtres agissaient comme la michna : et c'est comme eux que nous tranchons. C'est pourquoi on ne prie pas au sortir de la légèreté et du rire, mais au sortir de la gravité et de la joie d'une mitsva, par exemple lorsqu'on s'est occupé de paroles de Torah ; de là vient l'usage de dire les psoukei dezimra et Achrei avant la prière.
רַב אָשֵׁי עָבֵיד כְּבָרַיְיתָא יְרוּשַׁלְמִי לֹא יַעֲמוֹד וְיִתְפַּלֵּל אֶלָּא מִתּוֹךְ דְּבַר הֲלָכָה א"ר יִרְמְיָה הָעוֹסֵק בְּצָרְכֵי צִבּוּר כְּעוֹסֵק בְּדִבְרֵי תּוֹרָה דָּמֵי:
Rav Achi agissait comme la baraita : le Talmud de Jérusalem enseigne qu'il ne se lève pour prier qu'au sortir d'un mot de halakha. Rabbi Yirmeya a dit : celui qui s'occupe des besoins de la communauté est comme celui qui s'occupe de paroles de Torah.
💡 Explication

La guemara ne tranche pas entre la michna et la baraita ; elle rapporte deux pratiques attestées. Les Tossefot tranchent, eux, comme les maîtres, et tirent de là un usage encore vivant : commencer l'office par les psoukei dezimra et Achrei, qui fournissent l'état d'esprit requis.

Le Yerouchalmi cite dans la seconde glose élargit la porte d'entrée : s'occuper des besoins de la communauté vaut ici l'étude.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין עוֹמְדִין לְהִתְפַּלֵּל לֹא מִתּוֹךְ עַצְבוּת, וְלֹא מִתּוֹךְ עַצְלוּת, וְלֹא מִתּוֹךְ שְׂחוֹק, וְלֹא מִתּוֹךְ שִׂיחָה, וְלֹא מִתּוֹךְ קַלּוּת רֹאשׁ, וְלֹא מִתּוֹךְ דְּבָרִים בְּטֵלִים, אֶלָּא מִתּוֹךְ שִׂמְחָה שֶׁל מִצְוָה.

Nos maîtres ont enseigné : on ne se lève pas pour prier au sortir de la tristesse, ni de la paresse, ni du rire, ni du bavardage, ni de la légèreté, ni de propos vains, mais au sortir de la joie d'une mitsva.

📜 Rachi (3)
שִׂיחָה לֵיצָנוּת:
Le bavardage : la moquerie.
מִתּוֹךְ קַלּוּת רֹאשׁ חִילּוּף שֶׁל כֹּובֶד רֹאשׁ מִתּוֹךְ זַחוּת לֵב וְעָתָק:
Au sortir de la légèreté : l'inverse de la gravité, au sortir de la suffisance du cœur et de l'arrogance.
אֶלָּא מִתּוֹךְ שִׂמְחָה כְּגוֹן דִּבְרֵי תַּנְחוּמִים שֶׁל תּוֹרָה כְּגוֹן סָמוּךְ לִגְאֻולַּת מִצְרַיִם אוֹ סָמוּךְ לִתְהִלָּה לְדָוִד שֶׁהוּא שֶׁל שֶׁבַח וְתַנְחוּמִין כְּגוֹן רְצוֹן יְרֵאָיו יַעֲשֶׂה שׁוֹמֵר ה' אֶת כָּל אֹוהֲבָיו וּכְגוֹן מִקְרָאוֹת הַסְּדוּרוֹת בִּתְפִלַּת עַרְבִית כִּי לֹא יִטֹּושׁ ה' אֶת עַמּוֹ וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן:
Mais au sortir de la joie : par exemple des paroles de consolation tirées de la Torah, comme ce qui touche à la délivrance d'Égypte, où ce qui précède Tehila léDavid, qui est de louange et de consolation — ainsi, il fait la volonté de ceux qui le craignent, il garde tous ceux qui l'aiment ; et comme les versets rangés dans la prière du soir, car il n'abandonne pas son peuple, et les versets semblables.
💡 Explication

Cette seconde baraita ne traite plus du contenu de l'étude mais de l'humeur. La liste écarte deux extrêmes : ce qui abat, la tristesse et la paresse, et ce qui disperse, le rire, le bavardage et la légèreté.

La simha chel mitsva requise n'est pas une gaieté générale. Rachi la rattache à des textes précis, dont Achrei et les versets du soir, ce qui rejoint exactement l'usage que les Tossefot décrivent au segment précédent.

12
וְכֵן לֹא יִפָּטֵר אָדָם מֵחֲבֵרוֹ לֹא מִתּוֹךְ שִׂיחָה, וְלֹא מִתּוֹךְ שְׂחוֹק, וְלֹא מִתּוֹךְ קַלּוּת רֹאשׁ, וְלֹא מִתּוֹךְ דְּבָרִים בְּטֵלִים, אֶלָּא מִתּוֹךְ דְּבַר הֲלָכָה. שֶׁכֵּן מָצִינוּ בַּנְּבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים, שֶׁסִּיְּימוּ דִּבְרֵיהֶם בְּדִבְרֵי שֶׁבַח וְתַנְחוּמִים.

De même, un homme ne prendra pas congé de son compagnon au sortir d'un bavardage, ni du rire, ni de la légèreté, ni de propos vains, mais au sortir d'un mot de halakha. Car ainsi avons-nous trouvé chez les premiers prophètes, qui achevaient leurs paroles par des mots de louange et de consolation.

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁכֵּן מָצִינוּ בַּנְּבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים שֶׁסִּיְּימוּ דִּבְרֵיהֶם בְּדִבְרֵי שֶׁבַח וְתַנְחוּמִין וּמַקְשֶׁה בִּירוּשַׁלְמִי חוּץ מִיִּרְמְיָה וְכוּ' וְהָא כְּתִיב כִּי אִם מָאֹס מְאַסְתָּנוּ (אֵיכָה ה׳:כ״ב) מִיהוּ מֵהַהוּא קְרָאֵי דְּסוֹף תְּרֵי עֲשַׂר וְקֹהֶלֶת לָא פָּרֵיךְ מִידִי שֶׁחוֹשְׁבוֹ בְּטוֹב בְּדִבְרֵי תַּנְחוּמִין וְלָא מַיְירֵי בְּפוּרְעָנוּת דְּיִשְׂרָאֵל:
Car ainsi avons-nous trouvé chez les premiers prophètes, qui achevaient leurs paroles par des mots de louange et de consolation : le Talmud de Jérusalem objecte, sauf Yirmeya, etc. ; or il est écrit, nous aurais-tu entièrement rejetés. En revanche, sur les versets de la fin des douze prophètes et de Kohelet il n'objecte rien, car il les tient pour bons, faits de paroles de consolation, et ils ne traitent pas du châtiment d'Israël.
💡 Explication

La baraita transpose la même exigence de la prière à la séparation entre deux personnes. Le modèle est pris chez les prophètes, dont les livres se terminent par une consolation.

Les Tossefot signalent l'objection du Yerouchalmi : Yirmeya fait exception, puisque Eikha se termine sur un verset dur. La réponse suppose implicitement que la règle vaut pour la tenue générale des fins de discours.

13
וְכֵן תְּנָא מָרִי בַּר בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: אַל יִפָּטֵר אָדָם מֵחֲבֵירוֹ אֶלָּא מִתּוֹךְ דְּבַר הֲלָכָה, שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ זָוכְרֵהוּ.

Et ainsi a enseigné Mari, fils du fils de Rav Houna fils de Rabbi Yirmeya bar Abba : un homme ne prendra congé de son compagnon qu'au sortir d'un mot de halakha, car par ce moyen il se souviendra de lui.

💡 Explication

La baraita ajoute une raison qui n'était pas dite : la halakha échangée au moment de la séparation fixe le souvenir. Chaque fois que l'un se rappellera l'enseignement, il se rappellera l'autre.

14
כִּי הָא דְּרַב כָּהֲנָא אַלְוְייֵהּ לְרַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי מִפּוּם נַהֲרָא עַד בֵּי צִנְיָתָא דְּבָבֶל. כִּי מְטָא לְהָתָם אֲמַר לֵיהּ: מַר, וַדַּאי דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: הָנֵי צִנְיָתָא דְּבָבֶל אִיתַנְהוּ מֵאָדָם הָרִאשׁוֹן וְעַד הַשְׁתָּא?

Comme le cas de Rav Kahana, qui accompagna Rav Chimi bar Achi depuis Poum Nahara jusqu'à la palmeraie de Babel. Lorsqu'il y parvint, il lui dit : maître, est-il vrai ce que disent les gens, que ces palmiers de Babel sont là depuis Adam le premier homme jusqu'à maintenant ?

📜 Rachi (2)
אַלְּוִיָּיה לִיוָּהוּ בַּדֶּרֶךְ:
Il l'accompagna : il l'escorta sur la route.
צִנְיָתָא דְּקָלִים:
Tsniata : des palmiers.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּי הָא דְּרַב כָּהֲנָא אַלְוְייֵהּ לְרַב שִׁימִי. הַקַּשָּׁא הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם בְּעֵירוּבִין (דַּף סד), דְּהוּא אָמַר דְּבַר הֲלָכָה וּמֵבִיא מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור, שֶׁלֹּא דִּבְּרוּ בַּהֲלָכוֹת אֶלָּא מַאי דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי וּדְרָשַׁת הַכָּתוּב עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָפְקָא מִינָּהּ בְּשֶׁלֵּאָה זוֹ לְעִנְיַן דִּינָא, דְּקַיְימָא לָן כְּרַכִּין מֻוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן קוֹרִין בט"ו, וְאִם הוּא סָפֵק קוֹרִין בי"ד בִּבְרָכָה, וְקוֹרִין בט"ו בְּלֹא בְּרָכָה, וְאִם דְּקָלִים אֵלּוּ מֵימוֹת אָדָם הָרִאשׁוֹן מַמָּשׁ, יֵשׁ לוֹמַר עִיר הַסְּמוּכָה לְאוֹתָם דְּקָלִים הָיְתָה מֻוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ, דְּמִסְּתָמָא בִּמְקוֹם דְּקָלִים שֶׁמּוֹצְאִין פֵּירוֹת יִהְיֶה יִשּׁוּב שֶׁל בְּנֵי אָדָם, וּלְכָל הַפָּחוֹת תִּהְיֶה אוֹתָהּ הָעִיר הַסְּמוּכָה לְאוֹתָם דְּקָלִים כְּסָפֵק שֶׁקּוֹרִין בי"ד וט"ו, וְהֵשִׁיב לוֹ, דְּאֵין הַכַּוָּנָה לוֹמַר שֶׁהָיוּ נְטוּעִים מֵאָדָם הָרִאשׁוֹן, אֶלָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁנְּטָעוֹ אוֹתָם עַל פִּי גְּזֵירַת אָדָם רִאשׁוֹן, וּלְעוֹלָם דְּקָלִים אֵלּוּ נִטְעוֹם מֵחָדָשׁ מִזְּמַן קָרוֹב, וְאֵין רְאָיָה מֵהֶם לְעִנְיַן מִקְרָא מְגִילָּה, וּמַה שֶׁעָשָׂה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל שָׁם נַפְקוּתָא לְעִנְיַן חוֹזֵר וּמַגִּיד, קַשָּׁא דְּהַנַּפְקוּתָא לְפִי זֶה הִיא מִן הַמֵּשִׁיב, וְלֹא מִן הַשּׁוֹאֵל, וְיֵשׁ לְהָבִין דְּהַשּׁוֹאֵל גַּם כֵּן נִסְתַּפֵּק בְּכָךְ, וּמַה שֶׁעָשָׂה עוֹד נַפְקוּתָא לְעִנְיַן נֶדֶר כְּנָזִיר, הִנֵּה נַפְקוּתָא כָּזוֹ תִּהְיֶה גַּם עַל שְׁאָר דִּבְרֵי חוֹל וַעֲסָקִים שֶׁיִּשְׁאַל אָדָם מֵחֲבֵירוֹ, אִם כֵּן לְפִי זֶה נַחְשֹׁוב גַּם לְדִבְרֵי חוֹל בִּמְקוֹם דְּבַר הֲלָכָה אֶתְמְהָא, וּבְסֵפֶר תַּאֲוָה לָעֵינַיִם כָּתַב שֶׁרֵישׁ לָקִישׁ כֵּיוָן דְּאִיתַנְהוּ מֵימוֹת אָדָם הָרִאשׁוֹן, צָרִיךְ לְבָרֵךְ בָּהֶם בָּרוּךְ עוֹשֵׂה מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית עַייֵּן שָׁם, דְּקַשָּׁא עַל זֶה דְּהָא אֲפִילּוּ לִדְאָמְרִי אִינָשֵׁי אֵין רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁנִּבְרְאוּ בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית אֶלָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁתָּלוּם בְּנֵי אָדָם מֵימוֹת אָדָם הָרִאשׁוֹן, אוֹ אָדָם הָרִאשׁוֹן שֶׁתָּלוּם, וְעַל זֶה וַדַּאי אֵין לְבָרֵךְ, וְעוֹד כָּתַב שָׁם נָפְקָא מִינַּהּ לְהָא דְּאָמְרוּ כָּל הָאוֹכֵל מֵעֲפַר בָּבֶל כְּאִלּוּ אוֹכֵל מֵעֲפַר אֲבוֹתָיו עַיֵּין שָׁם, וְגַם עַל זֶה קְשָׁא דְּגַם בָּזֶה לֵיכָּא אִיסּוּרָא, כֵּיוָן שֶׁהוּא עָפָר, וְעוֹד יֵשׁ לְהָשִׁיב ודו"ק:
Comme le cas de Rav Kahana qui accompagna Rav Chimi. Le Petah Enayim, sur Erouvin 64, objecte : la guemara annonce un mot de halakha et rapporte pourtant un récit qui la contredit, puisqu'ils n'ont pas parlé de halakha mais de ce que disent les gens et de l'exégèse d'un verset ; vois là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette question a une conséquence quant à la loi : nous tenons que les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun lisent la meguila le quinze ; en cas de doute, on lit le quatorze avec la bénédiction et le quinze sans bénédiction. Or, si ces palmiers dataient réellement des jours d'Adam le premier homme, on pourrait dire que la ville voisine de ces palmiers était entourée d'une muraille depuis Yehochoua, car là où il y a des palmiers et donc des fruits il y a vraisemblablement un établissement humain ; ou du moins que cette ville aurait le statut de doute, où l'on lit le quatorze et le quinze. Il lui a répondu que l'intention n'est pas de dire qu'ils ont été plantés par Adam le premier homme, mais qu'ils ont été plantés en vertu du décret d'Adam, et qu'en vérité ces palmiers-ci ont été replantés récemment, d'où l'on ne peut rien tirer pour la lecture de la meguila. Quant à ce que le Petah Enayim a établi comme conséquence, à propos de celui qui revient sur sa parole, il y a une difficulté, car cette conséquence porterait alors sur celui qui répond et non sur celui qui interroge ; et il faut comprendre que celui qui interroge avait lui aussi ce doute. Et la conséquence qu'il tire quant au vœu de naziroute, une conséquence de ce genre vaudrait aussi pour toutes les autres affaires profanes que l'on demande à son compagnon ; faudrait-il donc compter des paroles profanes comme un mot de halakha ? Cela étonne. Le livre Taava laEnayim a écrit que, puisque ces palmiers dateraient des jours d'Adam le premier homme, il faudrait dire sur eux la bénédiction ossé maasse berechit ; vois là-bas. Il y a là une difficulté : même selon ce que disent les gens, on ne veut pas dire qu'ils ont été créés lors de l'œuvre de la création, mais que des hommes les ont plantés depuis les jours d'Adam, ou qu'Adam les a plantés, et sur cela il n'y a certainement pas de bénédiction à dire. Il écrit encore une conséquence à propos de ce qu'ils ont dit, que quiconque mange de la poussière de Babel, c'est comme s'il mangeait de la poussière de ses pères ; vois là-bas. Sur cela aussi il y a une difficulté, car il n'y a là aucun interdit, puisqu'il s'agit de poussière. Il y aurait encore à répondre, et cela demande réflexion.
💡 Explication

Le récit illustre la règle précédente. Rav Kahana accompagne son maître sur une longue distance et, au moment de le quitter, lui pose une question à partir d'un dicton populaire sur les palmiers de Babel.

Le Ben Yehoyada montre que la question n'a rien d'anecdotique : de l'ancienneté d'un lieu dépend le jour de lecture de la meguila, quatorze ou quinze.

15
אֲמַר לֵיהּ: אַדְּכַרְתַּן מִילְּתָא דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא, דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מַאי דִכְתִיב ״בְּאֶרֶץ אֲשֶׁר לֹא עָבַר בָּהּ אִישׁ וְלֹא יָשַׁב אָדָם שָׁם״, וְכִי מֵאַחַר דְּלֹא עָבַר הֵיאַךְ יָשַׁב? אֶלָּא לוֹמַר לָךְ כָּל אֶרֶץ שֶׁגָּזַר עָלֶיהָ אָדָם הָרִאשׁוֹן לְיִשּׁוּב — נִתְיַשְּׁבָה. וְכָל אֶרֶץ שֶׁלֹּא גָּזַר עָלֶיהָ אָדָם הָרִאשׁוֹן לְיִשּׁוּב — לֹא נִתְיַשְּׁבָה.

Il lui dit : tu m'as rappelé une parole de Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina, car Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina a dit : qu'est-ce qui est écrit, dans une terre où nul homme n'est passé et où nul être humain ne s'est établi ? Or, dès lors que nul n'y est passé, comment s'y serait-on établi ?

Cela vient donc t'enseigner : toute terre sur laquelle Adam le premier homme a décrété l'établissement s'est peuplée, et toute terre sur laquelle Adam le premier homme n'a pas décrété l'établissement ne s'est pas peuplée.

📜 Rachi (1)
אַדְּכַרְתַּן מִילְּתָא כו' וְזֶה שֶׁאוֹמְרִים מֵימוֹת אָדָם הָרִאשׁוֹן הֵם שֶׁהוּא גָּזַר עַל אוֹתוֹ מָקוֹם לְיִשּׁוּב דְּקָלִים:
Tu m'as rappelé une parole, etc. : et ce que l'on dit, qu'ils sont là depuis les jours d'Adam le premier homme, signifie qu'il a décrété sur ce lieu qu'il serait peuple de palmiers.
💡 Explication

La difficulté du verset est logique : si personne n'y est passé, la mention que personne ne s'y est établi est superflue. Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina lit donc adam au sens propre, Adam le premier homme.

Rachi tire la conclusion pour le dicton : les palmiers ne datent pas d'Adam, mais le fait que ce lieu porte des palmiers en découle. Le maître a donc répondu par un enseignement, ce qui est exactement le mot de halakha exigé au moment de se séparer.

16
רַב מָרְדְּכַי אַלְוְייֵהּ לְרַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי מֵהַגְרוֹנְיָא, וְעַד בֵּי כִּיפֵּי. וְאָמְרִי לַהּ עַד בֵּי דוּרָא.

Rav Mordekhai accompagna Rav Chimi bar Achi depuis Hagronia jusqu'à Be Kifei ; et certains disent jusqu'à Be Doura.

💡 Explication

Second exemple d'accompagnement, sur une distance encore plus longue. La guemara ne rapporte ici aucun échange : elle retient la seule mesure du trajet parcouru pour escorter un maître.

17
תָּנוּ רַבָּנַן: הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: סִימָן לַדָּבָר, ״תָּכִין לִבָּם תַּקְשִׁיב אָזְנֶךָ״.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui prie doit diriger son cœur vers le Ciel. Abba Chaoul dit : le signe de la chose est, tu affermiras leur cœur, ton oreille sera attentive.

📜 Rachi (1)
אִם תָּכִין לִבָּם אָז תַּקְשִׁיב אָזְנְךָ:
Si tu affermis leur cœur : alors ton oreille sera attentive.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּן אֶת לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי אַף עַל פִּי שֶׁתִּרְאֶה ג' רִאשׁוֹנוֹת וְג' אַחֲרוֹנוֹת הֵם שֶׁבַח פְּשָׁטִי לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ, וְהָאֶמְצָעִיּוֹת כֻּולָּם שְׁאֵלַת צָרְכֵי הָאָדָם בַּגַּשְׁמִיּוּת, הִנֵּה לְפִי הָאֱמֶת כֻּולָּם יֵשׁ בָּהֶם סוֹדוֹת עֶלְיוֹנִים, וְנִתַּקְּנוּ לְתַקֵּן בָּהֶם עוֹלָמוֹת עֶלְיוֹנִים וּסְפִירוֹת הַקֹּדֶשׁ וְכָל כַּוָּנוֹת הַכְּתוּבִים בָּהֶם בְּסִדּוּר רַבֵּינוּ הָאֲרִי זַ"ל, וְרַבֵּינוּ הָרָשָׁ"שׁ זַ"ל הֵמָּה לֹא יִהְיוּ אֶחָד מִמֵּאָה מִן הַצָּפוֹן וְטָמוּן בִּדְבָרִים אֵלּוּ, כִּי רַבֵּינוּ זַ"ל גִּלָּה טֶפַח וְכִסָּה מֵאָה טְפָחִים, יַעַן שֶׁדְּבָרִים אֵלּוּ נִתְקְנוּ בִּנְבוּאָה וְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁלֹּא תִּקְּנוּם אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה עַל פִּי חָכְמָתָם, אֶלָּא רוּחַ ה' דִּבֵּר בָּם וּמִלָּתוֹ עַל לְשׁוֹנָם, שֶׁהוּא יִתְבָּרֵךְ שָׂם בְּפִיהֶם דְּבָרִים אֵלּוּ לְתַקְּנָם, כַּאֲשֶׁר יָשִׂים דָּבָר בְּפִי הַנָּבִיא שֶׁבּוֹ צָפוּן כַּמָּה וְכַמָּה נִסְתָּרִים, כְּמִשְׁפַּט הַמִּקְרָאוֹת שֶׁל תַּנַ"ך שֶׁנְּתָנוֹ לְהִדָּרֵשׁ בְּשִׁבְעִים פָּנִים, וְלָכֵן הָעֵצָה הִיא מִפִּי הַמְקֻובָּלִים זַ"ל, שֶׁהָאָדָם יִהְיֶה מִי שֶׁיִּהְיֶה צָרִיךְ לְכַוֵּין בַּתְּפִלָּה לְדַעַת הַמָּקוֹם ב"ה, אֲשֶׁר שָׂם דְּבָרִים אֵלּוּ בְּדַעַת אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה לְתַקְּנָם וּלְיַיסְּדָם, וּבָזֶה נֶחְשָׁב כְּאִלּוּ כִּיוֵּן כָּל הַכַּוָּנוֹת הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּן אֶת לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם , כְּלוֹמַר יְכַוֵּין שֶׁהוּא מוֹצִיא דִּבְרֵי הַתְּפִלָּה מִפִּיו לְדַעַת הַמָּקוֹם ב"ה, אֲשֶׁר שָׂם בְּדַעַת אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה לְיַסֵּד דְּבָרִים אֵלּוּ, כִּי הוּא לְבַדּוֹ יוֹדִיעַ אֲמִיתּוֹת פְּרָטֵי הַכַּוָּנוֹת הַצְּפוּנִים בִּדְבָרִים אֵלֶּה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרָם יִכּוֹן אֶת לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם, כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שָׁמַיִם 'אֵשׁ וּמַיִם' טְרָפָן הקב"ה זֶה בָּזֶה וְעָשָׂה מֵהֶם שָׁמַיִם, וְאַף עַל פִּי שֶׁהֵם הַפְכִּיִּים עָשׂוּ שָׁלוֹם וְנִשְׁתַּוּוּ לַעֲמֹוד בְּיַחַד, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (אִיּוֹב כה, ב) עוֹשֶׂה שָׁלוֹם בִּמְרוֹמָיו, וְהָאָדָם צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת לִבּוֹ דֻּוגְמַת זוֹ, כִּי בַּלֵּב יֵשׁ יֵצֶר הַטּוֹב וְיֵשׁ יֵצֶר הָרַע שֶׁהֵם הַפְכִּיִּים וְנֶגְדִּיִּים, וְהָאָדָם צָרִיךְ שֶׁיַּשְׁוֶוה אוֹתָם זֶה עִם זֶה, שֶׁיַּעֲשֶׂה יֵצֶר הָרַע כְּמוֹ יֵצֶר הַטּוֹב, וְיַעַמְדוּ בְּשָׁלוֹם יַחְדָּיו אֶצְלוֹ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב אֵצֶל אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה (נְחֶמְיָה ט' ח') לְבָבוֹ נֶאֱמָן, לִבּוֹ לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא לְבָבוֹ, שֶׁעָשָׂה אֶת הַיֵּצֶר הָרַע כְּיֵצֶר טוֹב , וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (דְּבָרִים ו' ה') וְאָהַבְתָּ, אֶת ה' אֱ-לֹהֶיךָ, בְּכָל לְבָבְךָ, בִּשְׁנֵי יְצָרֶיךָ, וְזֶהוּ יִכּוֹן לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר דֻּוגְמַת הַשָּׁמַיִם, שֶׁהֵם 'אֵשׁ וּמַיִם' וְעוֹמְדִים בְּשָׁלוֹם יַחְדָּיו. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה הִיא בַּלֵּב, וְהִיא בְּסוֹד הַבִּינָה שֶׁנִּקְרֵאת 'מִי', וְאִם תְּחַבֵּר אוֹתִיּוֹת 'לֵב' עִם אוֹתִיּוֹת 'שָׁמַיִם', יִהְיֶה מִזֶּה צֵירוּף 'של"ם במ"י', וְלָזֶה אָמַר סִימָן לַדָּבָר (תְּהִילִּים י, יח) תָּכִין לִבָּם תַּקְשִׁיב אָזְנֶךָ, כִּי 'אֹוזֶן' הוּא סוֹד הַבִּינָה שֶׁנִּקְרֵאת אֹוזֶן, 'וְהַלֵּב' הוּא גַּם כֵּן סוֹד בִּינָה, כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בִּפְתִיחָא 'בִּינָה לִיבָּא', וְזֶהוּ תָּכִין לִבָּם בְּכַוָּנָה שֶׁהִיא בְּסוֹד בִּינָה, אָז מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה תַּקְשִׁיב אָזְנְךָ, וְהָא דְּאָמַר סִימָן לַדָּבָר, וְלֹא אָמַר רְאָיָה לַדָּבָר, כִּי אֵין מִכָּאן רְאָיָה דְּהַכָּתוּב קָאָמַר תָּכִין עַל הקב"ה, אַךְ סִימָן אִיכָּא כִּי מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁהַלֵּב יֵשׁ בּוֹ צֹורֶךְ לִתְפִלָּה, וְאִם כֵּן שְׁמַע מִינָּה שֶׁהָאָדָם צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ וְלָא סַגִּי בְּדִבּוּר פֶּה בִּלְבַד, וְאִם תִּקְרָא הַכָּתוּב לְמַפְרֵעַ, גַּם כֵּן תִּמְצָא שֶׁקַּבָּלַת תְּפִלָּה תְּלוּיָה בַּלֵּב, כִּי לְמַפְרֵעַ נִקְרָא אָזְנְךָ תַּקְשִׁיב לִבָּם.
Celui qui prie doit diriger son cœur vers le Ciel. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : bien que tu voies que les trois premières et les trois dernières bénédictions sont une louange simple adressée à Hachem, et que celles du milieu sont toutes des demandes des besoins matériels de l'homme, en vérité toutes recèlent des secrets supérieurs et ont été instituées pour réparer par elles les mondes supérieurs et les sefirot saintes ; et toutes les intentions écrites à leur sujet dans le siddour de notre maître le Ari et de notre maître le Rachach ne sont pas la centième partie de ce qui y est caché et enfoui, car notre maître a dévoilé un tefah et en a couvert cent. En effet, ces paroles ont été instituées par prophétie et par esprit saint : les hommes de la Grande Assemblée ne les ont pas instituées selon leur propre sagesse, mais l'esprit de Hachem a parlé en eux et sa parole était sur leur langue, car c'est lui qui a mis ces mots dans leur bouche pour qu'ils les instituent, comme il met une parole dans la bouche du prophète, où sont cachés de nombreux secrets, à la manière des versets du Tanakh, donnés pour être interprétés de soixante-dix façons. C'est pourquoi le conseil des kabbalistes est que l'homme, quel qu'il soit, dirige son intention dans la prière vers le dessein du Lieu, béni soit-il, qui a mis ces paroles dans la pensée des hommes de la Grande Assemblée pour qu'ils les instituent et les fondent ; et par là il est considéré comme s'il avait eu toutes les intentions. Celui qui prie doit diriger son cœur vers le Ciel : c'est-à-dire qu'il ait l'intention de faire sortir de sa bouche les paroles de la prière selon le dessein du Lieu, béni soit-il, qui a mis dans la pensée des hommes de la Grande Assemblée de fonder ces paroles, car lui seul connaît la vérité du détail des intentions qui y sont cachées. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à leur expression qu'il dirige son cœur vers le Ciel, chamayim : nos maîtres ont dit que chamayim, ce sont le feu, ech, et l'eau, mayim, que le Saint béni soit-il a mêlés l'un à l'autre pour en faire les cieux ; et bien qu'ils soient opposés, ils ont fait la paix et se sont accordés pour subsister ensemble, comme il est dit, il fait la paix en ses hauteurs. L'homme doit faire de son cœur l'image de cela, car dans le cœur il y a le bon penchant et le mauvais penchant, qui sont opposés et contraires, et l'homme doit les accorder l'un à l'autre, faire que le mauvais penchant soit comme le bon penchant et qu'ils demeurent en paix ensemble chez lui, comme il est écrit à propos d'Avraham notre père, son cœur, levavo, fidèle : il n'est pas dit libo mais levavo, car il a fait du mauvais penchant un bon penchant. De même nos maîtres ont dit sur veahavta et bekhol levavekha, avec tes deux penchants. Tel est le sens de diriger son cœur vers les cieux : à l'image des cieux, qui sont feu et eau et demeurent en paix ensemble. On peut encore dire, avec l'aide du Ciel, que l'intention porte sur le cœur, lequel relève du secret de la Bina, appelée mi ; et si tu joins les lettres de lev à celles de chamayim, tu obtiens la combinaison chalem bémi. C'est pourquoi il a dit, le signe de la chose est, tu affermiras leur cœur, ton oreille sera attentive : car l'oreille, ozen, relève du secret de la Bina, appelée oreille, et le cœur relève lui aussi du secret de la Bina, comme il est écrit dans la Petiha, Bina est le cœur. Ainsi, tu affermiras leur cœur par l'intention, qui relève du secret de la Bina, et alors, mesure pour mesure, ton oreille sera attentive. Et s'il a dit un signe pour la chose et non une preuve, c'est qu'il n'y a pas là de preuve, puisque le verset dit tu affermiras au sujet du Saint béni soit-il ; mais il y a un signe, car il en ressort que le cœur est nécessaire à la prière, et donc que l'homme doit diriger son cœur, la parole de la bouche seule ne suffisant pas. Et si tu lis le verset à rebours, tu trouveras également que l'acceptation de la prière dépend du cœur, car à rebours cela se lit, ton oreille sera attentive à leur cœur.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר סִימָן לַדָּבָר תָּכִין לִבָּם תַּקְשִׁיב אָזְנֶךָ אָמַר רַב חָנָא בַּר בִּיזַּנָא א"ר שִׁמְעוֹן חֲסִידָא סַנְהֶדְרִין דַּף כב הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיִּרְאֶה אֶת עַצְמוֹ כְּאִלּוּ שְׁכִינָה שְׁרוּיָה כְּנֶגְדּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר שִׁוִּיתִי ה' לְנֶגְדִּי תָמִיד גָּרְסִי' בְּפָ' מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת דַּף קה) ר' חַיָּיא ור"ש הֲווּ יָתְבִי וְנָפֵיק מִלְּתָא מִבֵּינַייְהוּ פָּתַח חַד וַאֲמַר הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן עֵינָיו לְמַטָּה שֶׁנֶּאֱמַר וְהָיוּ עֵינַי וְלִבִּי שָׁם כָּל הַיָּמִים פָּתַח אִידָךְ וְאָמַר הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ לְמַעְלָה שֶׁנֶּאֱמַר נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם אֶל אֵל בַּשָּׁמָיִם אַדְּהָכֵי וְהָכֵי אֲתָא ר' יִשְׁמָעֵאל בַּר' יוֹסֵי לְגַבַּיְיהוּ אֲמַר לְהוּ בְּמַאי עָסְקִיתוּ אֲמַרוּ לֵיהּ בִּתְפִלָּה אֲמַר לְהוּ כָּךְ אָמַר אַבָּא הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן עֵינָיו לְמַטָּה וְלִבּוֹ לְמַעְלָה כְּדֵי שֶׁיִּתְקַייְּמוּ שְׁנֵי מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ. אָמַר רַב יְהוּדָה כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ שֶׁל ר"ע כְּשֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר הָיָה מְקַצֵּר וְעוֹלֶה וּכְשֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ אָדָם מַנִּיחוֹ בְּזָוִית זוֹ וּמוֹצְאוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת מִפְּנֵי כְּרִיעוֹת וְהִשְׁתַּחֲוָאוֹת וא"ת הָא אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּסוֹף פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לד) אִם בָּא לִשְׁחוֹת בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה מְלַמְּדִים אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יִשְׁחֶה וְאֵין לוֹמַר דְּהָכָא אַיְירֵי בְּתַחֲנוּנִים שֶׁהוּא אוֹמֵר אַחַר תְּפִלָּתוֹ וְלֹא בי"ח בְּרָכוֹת דְּמַשְׁמַע דְּמַייְרֵי דֻּומְיָא שֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר וְי"ל דְּוַדַּאי בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה אֵין לִשְׁחוֹת אֶלָּא בָּאֶמְצַע מֻותָּר לִשְׁחוֹת וּכְשֶׁהָיָה מַגִּיעַ לְסוֹף הַבְּרָכָה הָיָה זוֹקֵף וּלְכָךְ יֵשׁ נוֹהֲגִין בר"ה ויוה"כ כְּשֶׁמִּתְפַּלְּלִים זָכְרֵנוּ וּבְכֵן תֵּן פַּחְדְּךָ שֶׁשּׁוֹחִין וּכְשֶׁמַּגִּיעִים לְסוֹף הַבְּרָכָה זוֹקְפִים שֶׁאֵין לִשְׁחוֹת בְּסוֹף הַבְּרָכָה אֶלָּא הֵיכָא דְּתִיקּוּן וְהָעִיקָּר נ"ל דְּמַייְרֵי בְּתַחֲנוּנִים שֶׁהָיָה אוֹמֵר אַחַר י"ח בְּרָכוֹת דְּאִי בְּתוֹךְ י"ח הֵיכִי קָאָמַר אָדָם מַנִּיחוֹ בְּזָוִית זוֹ וּמוֹצְאוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת וַהֲלֹא אָסוּר לָצֵאת מִמְּקוֹמוֹ עַד שֶׁיִּגְמֹור אֶת תְּפִלָּתוֹ:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui prie doit diriger son cœur. Abba Chaoul dit : le signe de la chose est, tu affermiras leur cœur, ton oreille sera attentive. Rav Hana bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon Hassida, dans Sanhédrin 22a : celui qui prie doit se voir comme si la Chekhina se tenait en face de lui, ainsi qu'il est dit, je place Hachem devant moi constamment. Nous lisons au chapitre Mitsvat halitsa (Yevamot 105b) : Rabbi Hiya et Rabbi Chimon étaient assis et une parole sortit d'entre eux. L'un ouvrit et dit : celui qui prie doit diriger ses yeux vers le bas, ainsi qu'il est dit, mes yeux et mon cœur y seront tous les jours. L'autre ouvrit et dit : celui qui prie doit diriger son cœur vers le haut, ainsi qu'il est dit, élevons notre cœur avec nos mains vers D.ieu dans les cieux. Sur ces entrefaites Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi vint auprès d'eux. Il leur dit : de quoi vous occupez-vous ? Ils lui dirent : de la prière. Il leur dit : ainsi a dit mon père, celui qui prie doit diriger ses yeux vers le bas et son cœur vers le haut, afin que ces deux versets s'accomplissent. Rav Yehouda a dit : telle était la conduite de Rabbi Akiva, quand il priait avec la communauté il abrégeait et montait, et quand il priait seul à seul un homme le laissait dans un coin et le retrouvait dans un autre coin, à cause de ses inclinaisons et de ses prosternations. Et si tu dis : n'avons-nous pas dit plus loin, à la fin de notre chapitre (Berakhot 34a), que celui qui vient à s'incliner à la fin de chaque bénédiction, on le lui apprend à ne pas s'incliner ? Et l'on ne peut dire qu'il s'agit ici des supplications qu'il dit après sa prière et non des dix-huit bénédictions, car il ressort qu'il s'agit d'un cas semblable à celui où il priait avec la communauté. On peut répondre que, certes, à la fin de chaque bénédiction il ne faut pas s'incliner, mais qu'au milieu c'est permis, et que, parvenu à la fin de la bénédiction, il se redressait ; de là vient que certains ont l'usage, à Roch Hachana et à Yom Kippour, lorsqu'ils prient Zokhrenou et Ouvkhen ten pahdekha, de s'incliner, et de se redresser en arrivant à la fin de la bénédiction, car on ne s'incline à la fin de la bénédiction que là où les maîtres l'ont institué. Mais l'essentiel me paraît être qu'il s'agit des supplications qu'il disait après les dix-huit bénédictions ; car s'il s'agissait de l'intérieur des dix-huit, comment pourrait-on dire qu'un homme le laissait dans un coin et le retrouvait dans un autre coin, alors qu'il est interdit de quitter sa place avant d'avoir achevé sa prière ?
💡 Explication

Nouveau dossier : après l'état d'esprit préalable, la kavana pendant la prière elle-même. Abba Chaoul ne donne pas une preuve mais un signe, un simane : le verset des Tehilim met en séquence l'affermissement du cœur et l'écoute.

Rachi lit le verset comme une condition suivie de sa conséquence. Le Ben Yehoyada l'entend en outre par la valeur du mot chamayim, feu et eau accordés, image des deux penchants pacifiés dans le cœur de celui qui prie.

18
תַּנְיָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָא, כְּשֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל עִם הַצִּיבּוּר — הָיָה מְקַצֵּר וְעוֹלֶה, מִפְּנֵי טֹורַח צִבּוּר. וּכְשֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ — אָדָם מַנִּיחוֹ בְּזָוִית זוֹ, וּמוֹצְאוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת. וְכָל כָּךְ לָמָּה? מִפְּנֵי כְּרִיעוֹת וְהִשְׁתַּחֲוָיוֹת.

Il a été enseigné : Rabbi Yehouda a dit, telle était la conduite de Rabbi Akiva. Quand il priait avec la communauté, il abrégeait et montait, à cause de la peine de la communauté ; et quand il priait seul à seul, un homme le laissait dans un coin et le retrouvait dans un autre coin.

Et tout cela pourquoi ? À cause de ses inclinaisons et de ses prosternations.

🗂️ Tossefot (1)
וּמוֹצְאוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת תֵּימַהּ דְּאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לד.) הַבָּא לִשְׁחוֹת בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה מְלַמְּדִין אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יִשְׁחֶה וְתֵירֵץ הר"ר יוֹסֵף דְּהָכָא מַייְרֵי בְּתַחֲנוּנִים שֶׁהָיָה אוֹמֵר אַחַר י"ח בְּרָכוֹת וְלָא נְהִירָא דְּהָא מי"ח קָאָמַר וְנִרְאֶה להר"י דְּוַדַּאי בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה אָסוּר לִשְׁחוֹת אֲבָל בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה מִיהָא מֻותָּר לִשְׁחוֹת וּבְהָכִי מַייְרֵי הָכָא וּכְשֶׁהָיָה מַגִּיעַ לְסוֹף הַבְּרָכָה הָיָה זוֹקֵף וּלְכָךְ נָהֲגוּ הָעוֹלָם בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁמִּתְפַּלְּלִין זָכְרֵנוּ וּבְכֵן תֵּן וְתִמְלוֹךְ שֶׁשּׁוֹחִים כְּשֶׁמַּגִּיעִים לִפְסוּקִים וּבְסוֹף בְּרָכָה זוֹקְפִין שֶׁאֵין לִשְׁחוֹת בְּסוֹף בְּרָכוֹת אֶלָּא הֵיכָא דְּתַקּוּן:
Et il le retrouvait dans un autre coin : il y a lieu de s'étonner, car il est dit plus loin (Berakhot 34a) que celui qui vient à s'incliner à la fin de chaque bénédiction, on le lui apprend à ne pas s'incliner. Rabbi Yossef a répondu qu'il s'agit ici des supplications que Rabbi Akiva disait après les dix-huit bénédictions ; mais cela ne paraît pas juste, car la baraita parle bien des dix-huit. Le Ri tient donc que, certes, à la fin de chaque bénédiction il est interdit de s'incliner, mais qu'au milieu de la bénédiction il est permis de le faire, et c'est de cela qu'il s'agit ici : arrivé à la fin de la bénédiction, il se redressait. De là vient l'usage répandu, à Roch Hachana et à Yom Kippour, lorsqu'on dit Zokhrenou, Ouvkhen ten et Vetimlokh, de s'incliner en arrivant à ces passages et de se redresser à la fin de la bénédiction, car on ne s'incline à la fin des bénédictions que là où les maîtres l'ont institué.
🪔 Ben Yehoyada (2)
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָא. מַקְשִׁים, מַה שַׁיָּיכוּת יֵשׁ לַבָּרַייְתָא דְּמִנְהָגוֹ שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָא עִם בָּרַיְיתָא דִּיכַוֵּין לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַשַּׁ"ס בָּא לְלַמְּדֵנוּ בָּזֶה מַה שֶׁאָמְרוּ יִכּוֹן לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם, הַיְינוּ רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁלֹּא יַעֲבֹור בְּלִבּוֹ שׁוּם מַחֲשָׁבָה אַחֶרֶת בְּשִׁיתּוּף זֶה, אֶלָּא רַק יִהְיֶה לִבּוֹ מְכַוֵּין לַשָּׁמַיִם בִּלְבַד, וְלֹא כְּאוֹתָם שֶׁמְּכַוְּונִים לִבָּם לַשָּׁמַיִם לֵידַע מָה הֵם מְדַבְּרִים, וְלִפְנֵי מִי הֵם מִתְפַּלְּלִים, אַךְ יַעֲבֹור גַּם כֵּן בִּלְבָבָם אוֹתָהּ שָׁעָה מַחֲשָׁבָה אַחֶרֶת עַל דְּבָרִים אֲחֵרִים, וְלָזֶה מַיְיתֵי הָא דְּרַבִּי עֲקִיבָא שֶׁהָיָה מַנִּיחוֹ בְּזָוִית זוֹ וּמוֹצְאוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת, דְּמַשְׁמַע שֶׁלֹּא הָיָה עוֹבֵר בְּלִבּוֹ מַחֲשָׁבָה אֲפִילּוּ עַל גּוּפוֹ וְעַל מָקוֹם שֶׁעוֹמֵד בּוֹ, דְּהָא נִשְׁמַט מֵאֵילָיו מִזָּוִית לְזָוִית וְאֵינוֹ מַרְגִּישׁ, וְאִם הָיָה לוֹ הַבָּטָה אֲפִילּוּ כָּל דְּהוּ עַל גּוּפוֹ וְעַל מְקוֹמוֹ, הָיָה מַרְגִּישׁ וְלֹא הָיָה נִשְׁמָט, וְאִם כֵּן מִזֶּה אֲנַחְנוּ מְבִינִים דִּבְרֵי הַבָּרַיְיתָא שֶׁאָמַר יְכַוֵּין לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם, צָרִיךְ לִהְיוֹת כְּהַאי גַּוְנָא בְּלִי שִׁיתּוּף הַבָּטָה וּמַחְשָׁבָה אַחֶרֶת כְּלָל.
Il a été enseigné, Rabbi Yehouda a dit : telle était la conduite de Rabbi Akiva. On demande : quel rapport y a-t-il entre la baraita sur la conduite de Rabbi Akiva et la baraita sur le fait de diriger son cœur vers le Ciel ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Talmud vient nous enseigner par là ce que signifie diriger son cœur vers le Ciel : qu'aucune autre pensée ne passe dans son cœur en même temps, mais que son cœur soit dirigé vers le Ciel seulement, à la différence de ceux qui dirigent leur cœur vers le Ciel pour savoir ce qu'ils disent et devant qui ils prient, mais chez qui passe aussi, à ce moment-là, une autre pensée sur d'autres choses. C'est pourquoi il rapporte le cas de Rabbi Akiva, qu'on laissait dans un coin et qu'on retrouvait dans un autre coin : cela indique qu'aucune pensée ne passait dans son cœur, pas même sur son corps ni sur le lieu où il se tenait, puisqu'il se déplaçait de lui-même d'un coin à l'autre sans le sentir ; s'il avait eu la moindre attention à son corps et à son lieu, il l'aurait senti et ne se serait pas déplacé. Nous comprenons donc de là que les paroles de la baraita, qu'il dirige son cœur vers le Ciel, doivent s'entendre de cette manière, sans qu'aucune autre attention ni pensée s'y associe.
אָדָם מַנִּיחוֹ בְּזָוִית זוֹ וּמוֹצְאוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת. הָא דְּלָא אָמַר מַנִּיחוֹ בְּצַד זֶה וּמוֹצְאוֹ בְּצַד אַחֵר, אוֹ מַנִּיחוֹ בְּמָקוֹם זֶה וּמוֹצְאוֹ בְּמָקוֹם אַחֵר, נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז עִנְיָן נִסְתָּר לְפִי דַּרְכּוֹ, לוֹמַר שֶׁהָיָה מְכַוֵּין תְּחִלָּה לַעֲשׂוֹת זִוּוּג עֶלְיוֹן דְּחָכְמָה וּבִינָה, וְאַחַר כָּךְ זִוּוּג תַּחְתּוֹן דְּתִפְאֶרֶת וּמַלְכוּת, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּבֵיאוּר כָּךְ עָלָה בְּמַחְשָׁבָה, דַּאֲמוּר עַל רַבִּי עֲקִיבָה שֶׁהוּא כָּ"ף כְּפוּפָה וְכָ"ף פְּשׁוּטָה הָרוֹמְזִים עַל זִוּוּג תַּחְתּוֹן וְזִוּוּג עֶלְיוֹן כַּנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת, עַיֵּין שָׁם, וְיָדוּעַ זִוּוּג עֶלְיוֹן רָמוּז בְּאוֹת יוֹ"ד עֶלְיוֹנָה שֶׁל צוּרַת אָלֶ"ף, וְזִוּוּג תַּחְתּוֹן רָמוּז בְּאוֹת יוּ"ד תַּחְתּוֹנָה דְּצוּרַת אָלֶ"ף, וְהֵם בִּשְׁנֵי זָוִוית, לְכָךְ מַנִּיחוֹ בְּזָוִית זוֹ דְּזִיוּוּג עֶלְיוֹן, וּמוֹצְאוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת דְּזִוּוּג תַּחְתּוֹן, כִּי תְּחִלָּה צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת זִוּוּג עֶלְיוֹן, רְאֵה כַּמָּה עָמְקוּ דִּבְרֵי חֲכָמֵינוּ זַ"ל שֶׁבְּדִבּוּר אֶחָד רוֹמְזִים דְּבָרִים הַרְבֵּה, וּלְפִי פְּשַׁט הַמַּאֲמָר נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז הַכָּתוּב (תְּהִילִּים קמד, יג) מְזָוֵינוּ מְלֵאִים מְפִיקִים מִזַּן אֶל זַן, כִּי יָדוּעַ הַמִּתְפַּלֵּל בְּכַוָּנָה נִמְשָׁךְ לוֹ אוֹר מַקִּיף סְבִיבוֹ, אֶלָּא שֶׁלֹּא נִיתַּן רְשׁוּת לָעַיִן לִרְאוֹת, וְיָדוּעַ כִּי ג' תְּפִילּוֹת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה הֵם 'זָן' [57] בְּרָכוֹת, וְזֶהוּ מְזָוֵינוּ, פֵּירוּשׁ זָוִיּוֹת בָּתֵּינוּ מְלֵאִים אוֹר מֵעֵבֶר לְעֵבֶר, יַעַן כִּי מְפִיקִים מז"ן בְּרָכוֹת נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה, אֶל ז"ן אֶל הקב"ה שֶׁהוּא זָן אֶת הָעוֹלָם כִּי בִּתְפִילָּה מַעֲלִים מ"ן ודו"ק.
Un homme le laissait dans un coin et le retrouvait dans un autre coin. S'il n'est pas dit qu'on le laissait de ce côté et qu'on le retrouvait d'un autre côté, ni qu'on le laissait à cet endroit et qu'on le retrouvait à un autre endroit, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion cachée selon sa voie : Rabbi Akiva dirigeait d'abord son intention vers l'union supérieure de 'Hokhma et Bina, puis vers l'union inférieure de Tiferet et Malkhout, comme l'a écrit notre maître le Ari dans son explication de ainsi est-il monté dans la pensée, dit à propos de Rabbi Akiva, qui est un kaf fermé et un kaf ouvert, renvoyant à l'union inférieure et à l'union supérieure, comme il est rappelé au Chaar haKavanot ; vois là-bas. Or on sait que l'union supérieure est désignée par le youd supérieur de la forme du alef, et l'union inférieure par le youd inférieur de la forme du alef, et qu'ils sont en deux angles ; c'est pourquoi on le laissait dans ce coin, celui de l'union supérieure, et on le retrouvait dans un autre coin, celui de l'union inférieure, car il faut d'abord faire l'union supérieure. Vois combien les paroles de nos sages sont profondes, puisqu'en une seule expression elles font allusion à beaucoup de choses. Et selon le sens simple de l'enseignement, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une allusion au verset nos angles sont pleins, fournissant d'espèce en espèce, mizan el zan : car on sait que celui qui prie avec intention se voit entouré d'une lumière environnante, sans qu'il soit permis à l'œil de la voir ; et l'on sait que les trois prières de dix-huit font zan [57] bénédictions. Tel est le sens de nos angles, c'est-à-dire les angles de nos maisons, sont pleins de lumière d'un bout à l'autre, parce qu'ils font jaillir, à partir des cinquante-sept bénédictions, des étincelles de sainteté vers zan, vers le Saint béni soit-il qui nourrit le monde, car par la prière on fait monter les mayin noukvin ; et cela demande réflexion.
💡 Explication

La conduite de Rabbi Akiva tient en deux régimes opposés selon le cadre. Avec la communauté, il abrège pour ne pas retenir les autres — le principe de tirha detsiboura, la peine imposée au public. Seul, rien ne le limite plus.

Les Tossefot et le Roch butent sur la même difficulté : plus loin, la guemara interdit d'ajouter des inclinaisons à la fin des bénédictions. Deux réponses s'opposent — le Ri distingue le milieu de la bénédiction, où l'inclinaison reste permise, et le Roch préfère rapporter le récit aux supplications dites après la amida.

🖼️ Schéma
Rabbi Akiva : deux régimes de prière selon le cadre Avec la communauté Il abrège et remonte. Motif : la peine du public. Seul à seul On le laisse dans un coin, on le retrouve dans un autre. La difficulté Berakhot 34a interdit de s'incliner à la fin de chaque bénédiction. Les deux réponses Le Ri : au milieu de la bénédiction, c'est permis. Le Roch : il s'agit des supplications, après la amida.
Le même homme prie court ou long selon qu'il est attendu ou non ; les commentateurs se séparent sur le moment où se placent ses inclinaisons.
19
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: לְעוֹלָם יִתְפַּלֵּל אָדָם בְּבַיִת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חַלּוֹנוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכַוִּין פְּתִיחָן לֵיהּ וְגוֹ׳״.

Rabbi Hiya bar Abba a dit : que l'homme prie toujours dans une maison qui a des fenêtres, car il est dit, et des fenêtres étaient ouvertes pour lui, etc.

💡 Explication

Le verset de Daniel décrit la chambre haute où il priait, avec des fenêtres ouvertes vers Jérusalem. Rabbi Hiya bar Abba en tire une règle sur le lieu de la prière.

Ce verset va servir de source à toute la baraita qui suit : chacun de ses termes est exploité tour à tour.

20
יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ — כְּבָר מְפֹורָשׁ עַל יְדֵי דָּנִיאֵל: ״וְזִמְנִין תְּלָתָא וְגוֹ׳״.

On pourrait croire qu'un homme prie tout le jour durant : cela a déjà été explicité par Daniel, et trois fois par jour, etc.

📜 Rachi (1)
זִמְנִין תְּלָתָא שַׁחֲרִית מִנְחָה וְעַרְבִית:
Trois fois : chaharit, minha et arvit.
⚖️ Rosh (2)
יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י דָּנִיֵּאל שֶׁנֶּאֱמַר וְזִימְנִין תְּלָתָא בְיוֹמָא הוּא בָּרֵךְ עַל בִּרְכוֹהִי וּמְצַלֵּא וּמוֹדֵא קֳדָם אֱלָהֵהּ יָכוֹל מִשֶּׁבָּא דָּנִיֵּאל לַגּוֹלָה הוּחֲלָה ת"ל כָּל קֳבֵל דִּי הֲוָא עָבֵד מִן קַדְמַת דְּנָה יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם לְכָל רוּחַ שֶׁיִּרְצֶה ת"ל וְכַוִּין פְּתִיחָן לֵיהּ בְּעִלִּיתֵהּ נֶגֶד יְרוּשְׁלֶם יָכוֹל יְהֵא כּוֹלְלָן בְּבַת אַחַת כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י דָּוִד עֶרֶב וָבֹקֶר וְצָהֳרַיִם אָשִׂיחָה וְאֶהֱמֶה יָכוֹל יַשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י חַנָּה שֶׁנֶּאֱמַר וְקוֹלָהּ לֹא יִשָּׁמֵעַ יָכוֹל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י שְׁלֹמֹה לִשְׁמֹועַ אֶל הָרִנָּה וְאֶל הַתְּפִלָּה רִנָּה זוֹ תְּפִלָּה תְּפִלָּה זוֹ בַּקָּשָׁה אֵין אוֹמֵר דְּבָרִים לְאַחַר אֱמֶת וְיַצִּיב כְּדֵי שֶׁיְּהֵא סוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה אֲבָל אִם בָּא לוֹמַר אַחַר תְּפִלָּתוֹ אַפֵּי' כְּסֵדֶר יוֹם הַכִּפּוּרִים אוֹמֵר: גָּרְסִי' לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לד) א"ר יְהוּדָה אַל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו לֹא בַּג' רִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בַּג' אַחֲרוֹנוֹת אֶלָּא בָּאֶמְצָעִיּוֹת אָמַר רַב הוּנָא רִאשׁוֹנוֹת דּוֹמֶה לְעֶבֶד שֶׁמְּסַדֵּר שֶׁבַח לְרַבּוֹ אֶמְצָעִיּוֹת דּוֹמֶה לְעֶבֶד שֶׁמְבַקֵּשׁ פְּרָס מֵרַבּוֹ אַחֲרוֹנוֹת דּוֹמֶה לְעֶבֶד שֶׁקִּבֵּל פְּרָס מֵרַבּוֹ וְנִפְטָר וְהוֹלֵךְ לוֹ: דָּרַשׁ ר' שִׂמְלַאי לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל מְנָא לַן מִמֹּשֶׁה דִּכְתִיב ה' אֱ-לֹהִים אַתָּה הַחַלּוֹת לְהַרְאוֹת וְגוֹ' וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ אֶעְבְּרָה נָּא וְאֶרְאֶה:
On pourrait croire qu'un homme prie tout le jour durant : cela a déjà été explicité par Daniel, ainsi qu'il est dit, et trois fois par jour il fléchissait les genoux, priait et rendait grâce devant son D.ieu. On pourrait croire que cela n'a commencé que depuis que Daniel est venu en exil : le texte enseigne, comme il faisait auparavant. On pourrait croire qu'un homme prie vers la direction qu'il veut : le texte enseigne, et des fenêtres étaient ouvertes pour lui dans sa chambre haute, face à Jérusalem. On pourrait croire qu'il les réunit toutes en une seule fois : cela a déjà été explicité par David, soir, matin et midi je médite et je gémis. On pourrait croire qu'il fait entendre sa voix dans sa prière : cela a déjà été explicité par Hanna, ainsi qu'il est dit, et sa voix ne se faisait pas entendre. On pourrait croire qu'un homme demande ses besoins puis prie : cela a déjà été explicité par Salomon, pour entendre le chant et la prière ; le chant, c'est la prière ; la prière, c'est la demande. On ne dit pas de paroles après émet veyatsiv, afin de joindre gueoula et tefila ; mais s'il vient à le dire après sa prière, même l'équivalent de l'ordre de Yom Kippour, il le dit. Nous lisons plus loin (Berakhot 34a) : Rav Yehouda a dit, qu'un homme ne demande pas ses besoins ni dans les trois premières bénédictions ni dans les trois dernières, mais dans celles du milieu. Rav Houna a dit : les premières ressemblent à un serviteur qui range les louanges de son maître ; celles du milieu, à un serviteur qui demande une gratification à son maître ; les dernières, à un serviteur qui a reçu sa gratification de son maître, prend congé et s'en va. Rabbi Simlai a exposé : que l'homme range toujours la louange du Lieu et prie ensuite. D'où cela ? De Moche, dont il est écrit, Hachem, mon D.ieu, tu as commencé à montrer, etc., et il est écrit ensuite, que je passe donc et que je voie.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל סָפֵק קָרָא ק"ש סָפֵק לֹא קָרָא אֵינוֹ חוֹזֵר וְקוֹרֵא סָפֵק אָמַר אֱמֶת וְיַצִּיב סָפֵק לֹא אָמַר חוֹזֵר וְאוֹמֵר. מ"ט קָסָבַר אֱמֶת וְיַצִּיב דְּאוֹרָיְיתָא ק"ש דְּרַבָּנַן. מִכָּאן פָּסַק בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי דְּכָל בְּרָכוֹת דְּרַבָּנָן אִי מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי אֲמָרָן אִי לָא אֲמָרָן אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְאוֹמְרָן וְר' אֶלְעָזָר אָמַר סָפֵק קָרָא ק"ש סָפֵק לֹא קָרָא חוֹזֵר וְקוֹרֵא סָפֵק הִתְפַּלֵּל סָפֵק לֹא הִתְפַּלֵּל אֵינוֹ חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר הַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ וְלֵית הִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר קְרִיאַת שְׁמַע דְּרַבָּנָן דקי"ל ק"ש דְּאוֹרָיְיתָא וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר הַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ וְנִרְאֶה דְּלָא קָאָמַר אֶלָּא אִם סָפֵק לוֹ אִם הִתְפַּלֵּל וה"ק אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ וּמִתְפַּלֵּל מִסָּפֵק דְּאַף אִם הִתְפַּלֵּל כְּבָר מַאי נ"מ אַף אִם מִתְפַּלֵּל כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ מִסָּפֵק. וְלָא פְּלִיג אַדְּרַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל דְּאָמַר שָׁם פּוֹסֵק אַפֵּי' בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה. וְהָכִי אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת דַּף לא.) יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ כְּבָר מְפֹורָשׁ עַל יְדֵי דָּנִיאֵל וְזִמְנִין תְּלָתָא בְּיוֹמָא וְגוֹ' וּמַשְׁמַע שֶׁאֵין לוֹ לָאָדָם לְהִתְפַּלֵּל יוֹתֵר מג"פ. וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּמָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ דַּף נד: אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת נְעִילָה בְּתַעֲנִית צִבּוּר מֵהַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר הַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ שָׁאנֵי יוֹם הַתַּעֲנִית שֶׁהוּא דָּמְיָא ליוה"כ וְרָאוּי לְהִתְפַּלֵּל בּוֹ תְּפִלַּת נְעִילָה אֲבָל אִם יָדוּעַ לוֹ שֶׁהִתְפַּלֵּל ר' יוֹחָנָן מוֹדֶה דְּאֵין לוֹ לְהִתְפַּלֵּל יוֹתֵר. וְרַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב אַהָא דְּא"ר יוֹחָנָן הַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ מְפָרְשִׁי רַבָּנָן ה"מ בְּיָחִיד וְאַדַּעְתָּא דִּרְשׁוּת אֲבָל אַדַּעְתָּא דְּחוֹבָה אָסוּר. וְצִבּוּר בֵּין אַדַּעְתָּא דְּחוֹבָה בֵּין אַדַּעְתָּא דִּרְשׁוּת אָסוּר דקי"ל דִּתְפִלּוֹת כְּנֶגֶד תְּמִידִין תִּקְּנוּם וּכְשֵׁם שֶׁאֵין הַצִּבּוּר מֵבִיא עוֹלַת נְדָבָה כָּךְ אֵין הַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִים תְּפִלַּת נְדָבָה אֲבָל הַיָּחִיד מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת נְדָבָה שֶׁכֵּן הַיָּחִיד מֵבִיא עוֹלַת נְדָבָה הִלְכָּךְ אֵין הַיָּחִיד מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין נְדָבָה שֶׁאֵין מִתְנַדֵּב קָרְבַּן מוּסָף. וְהָא דְּקָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הָיָה עוֹמֵד בִּתְפִלָּה וְנִזְכַּר שֶׁהִתְפַּלֵּל פּוֹסֵק אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה. וּמְפָרְשִׁי לָהּ רַבָּנָן כְּגוֹן שֶׁכְּבָר הִתְפַּלֵּל תְּפִלָּתוֹ וְעָמַד לְהִתְפַּלֵּל אַדַּעְתָּא דְּחוֹבָה וְשָׁכַח שֶׁכְּבָר הִתְפַּלֵּל אַדַּעְתָּא דְּחוֹבָה וְנִזְכַּר שֶׁכְּבָר הִתְפַּלֵּל פּוֹסֵק אַפֵּי' בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה שֶׁאִם בָּא לְגָומְרָהּ נִמְצָא כְּמוֹ שֶׁהִקְרִיב שְׁנֵי תְּמִידִים בְּשַׁחֲרִית שֶׁהוּא עוֹבֵר מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף וּלְהָכִי פּוֹסֵק אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע הַבְּרָכָה וּבְהָא אֲפִילּוּ רַבִּי יוֹחָנָן מוֹדֶה דְּלָא קָאָמַר ר"י הַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ אֶלָּא תְּפִלַּת נְדָבָה כְּגוֹן תַּחֲנוּנִים וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן אֲבָל תְּפִלַּת חוֹבָה לָא קָאָמַר. וְרַב הַאי גָּאוֹן זַ"ל כָּתַב הָא דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הַלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ הַיְינוּ דַּווְקָא ע"י חִידּוּשׁ אֲבָל בְּלֹא חִידּוּשׁ אָסוּר. וְהֵבִיא רְאָיָה מִדְּאָמְרִי' לְקַמָּן אָמַר רַב יְהוּדָה א"ר שְׁמוּאֵל הִתְפַּלֵּל וְנִכְנַס לבהכ"נ וּמָצָא צִבּוּר שֶׁמִּתְפַּלְּלִין אִם יָכוֹל לְחַדֵּשׁ דָּבָר בִּתְפִלָּתוֹ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא תְּפִלָּתוֹ תַּחֲנוּנִים יִתְפַּלֵּל וְאִם לָאו לֹא יִתְפַּלֵּל אַלְמָא שֶׁלֹּא הִתִּיר לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא בְּחִידּוּשׁ וְהָא דִּנְקַט צִבּוּר לֹא מִפְּנֵי שֶׁהַיָּחִיד אֵין צָרִיךְ חִידּוּשׁ אֶלָּא נְקַט צִבּוּר לִרְבוּתָא דְּלָא אָמְרִינַן יָחִיד לְגַבֵּי צִבּוּר כְּמַאן דְּלָא צַלִּי דָּמֵי וְלֹא צָרִיךְ חִידּוּשׁ אֶלָּא אֲפִי' בְּצִבּוּר צָרִיךְ חִידּוּשׁ. וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה רַבִּי' יוֹנָה זַ"ל לִדְבָרָיו מִדְּאָמְרִי' בְּפָ' אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת דַּף לא.) יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י דָּנִיֵּאל וְזִמְנִין תְּלָתָא בְּיוֹמָא וְגוֹ' דְּוַדַּאי לָא קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ אִם חוֹבָה שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ אֶלָּא בִּתְפִלַּת רְשׁוּת קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ וְהֵשִׁיב לוֹ דְּלָא יִתְפַּלֵּל אֶלָּא ג"פ. א"כ הֵיכִי קָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁמֻּותָּר לְהִתְפַּלֵּל כָּל הַיּוֹם אֶלָּא וַדַּאי ר' יוֹחָנָן לָא קָאָמַר אֶלָּא הֵיכָא שֶׁמְּחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר וְהָא דְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין הָכִי קָאָמַר יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ בְּלֹא חִידּוּשׁ. וְהֵשִׁיב לוֹ דְּאָסוּר כְּמִי שֶׁמִּתְפַּלֵּל לְחוֹבָה הוֹאִיל וְאֵין עוֹשֶׂה תְּפִלָּתוֹ תַּחֲנוּנִים לְחַדֵּשׁ בָּהּ דָּבָר. וְהַשְׁתָּא נִיחָא מַה שֶׁמַּקְשִׁים לָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת לָמָּה הִזְכִּיר בַּפָּסוּק שְׁלֹשָׁה זְמַנִּים לֹא הָיָה לוֹ לוֹמַר אֶלָּא שְׁנֵי הַזְּמַנִּים שֶׁהֵן חוֹבָה. אֶלָּא וַדַּאי כָּךְ הוּא הָעִנְיָן דְּלָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת נ"מ בְּמַה שֶׁנִּכְתַּב זְמַנָּהּ בַּפָּסוּק שֶׁאִם יִרְצֶה מִתְפַּלֵּל בְּנֻוסַּח שְׁתֵּי תְּפִלּוֹת אֲחֵרוֹת שֶׁהֵן חוֹבָה אֲבָל מִשְּׁלֹשָׁה וְאֵילָךְ אֵין לוֹ לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא בְּחִידּוּשׁ וְהָא דְּאָמַר שֶׁאֵין לוֹ לְהִתְפַּלֵּל בְּלֹא חִידּוּשׁ הַייְנוּ הֵיכָא שֶׁיּוֹדֵעַ בְּוַדַּאי שֶׁהִתְפַּלֵּל אֲבָל סָפֵק הִתְפַּלֵּל סָפֵק לֹא הִתְפַּלֵּל כְּשֶׁהוּא חוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל אֵין צָרִיךְ חִידּוּשׁ דְּכֵיוָן דְּחוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל עַל הַסָּפֵק אֵין לְךָ חִידּוּשׁ גָּדוֹל מִזֶּה. מַה שֶׁכָּתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל שֶׁאֵין הַיָּחִיד מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמּוּסָפִין נְדָבָה לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִתְנַדֵּב יֵשׁ מַקְשִׁים עָלָיו אע"פ שֶׁאֵינוֹ מִתְנַדֵּב קָרְבַּן מוּסָף סְתָם מ"מ מַקְרִיב עוֹלוֹת שֶׁהֵן מִקָּרְבְּנוֹת מוּסָף כְּמוֹ יָחִיד שֶׁאֵין מַקְרִיב תָּמִיד אֶלָּא מִתְנַדֵּב עוֹלָה כְּמוֹ הַתָּמִיד שֶׁהָיָה עוֹלָה. וּמִתָּרְצִי' מִפְּנֵי שְׂעִיר חַטָּאת שֶׁבַּמּוּסָף שֶׁאֵינוֹ בָּא בְּתוֹרַת נְדָבָה. מִיהוּ קָשֶׁה מִמּוּסָף שֶׁל שַׁבָּת שֶׁאֵין בּוֹ שָׂעִיר וְאַמַּאי קָאָמַר עַל כָּל מוּסָף סְתָם שֶׁאֵין הַיָּחִיד קָרֵב אוֹתוֹ נְדָבָה. וי"ל אע"פ שֶׁיָּכוֹל לְהָבִיא קָרְבָּנוֹת שֶׁל מוּסַף שַׁבָּת בְּתוֹרַת נְדָבָה מ"מ אֵין יָכוֹל לַהֲבִיאָם בְּשַׁבָּת. לְפִי תֵּירוּץ זֶה אֲפִילּוּ תְּפִלַּת יוֹצֵר אֵין לְהִתְפַּלֵּל נְדָבָה בְּשַׁבָּת לְפִי שֶׁאֵין שׁוּם קָרְבָּן קָרֵב נְדָבָה בְּשַׁבָּת. וְרַב הַאי זַ"ל כָּתַב שֶׁהַיָּחִיד מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת שַׁבָּת נְדָבָה בֵּין תְּפִלַּת שַׁחֲרִית וּמִנְחָה בֵּין תְּפִלַּת מוּסָף:
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : s'il y a doute qu'il ait lu le Chema ou non, il ne le relit pas ; s'il y a doute qu'il ait dit émet veyatsiv ou non, il le redit. Quelle en est la raison ? Il tient que émet veyatsiv est d'ordre de la Torah et que le Chema est d'ordre rabbinique. De là, les Cheiltot de Rav Ahai ont tranché que pour toutes les bénédictions d'ordre rabbinique, en cas de doute sur le fait de les avoir dites ou non, il n'est pas besoin de les redire. Et Rabbi Elazar a dit : s'il y a doute qu'il ait lu le Chema ou non, il le relit ; s'il y a doute qu'il ait prié ou non, il ne refait pas la prière. Rabbi Yo'hanan a dit : plût au Ciel que l'homme prie tout le jour durant. La halakha n'est pas comme Chmouel, qui a dit que la lecture du Chema est d'ordre rabbinique, car nous tenons que le Chema est d'ordre de la Torah ; et la halakha est comme Rabbi Yo'hanan, qui a dit, plût au Ciel que l'homme prie tout le jour durant. Il paraît qu'il ne l'a dit que dans le cas d'un doute sur le fait d'avoir prié, et voici ce qu'il veut dire : il n'a pas à s'en soucier et il prie sur le doute, car même s'il a déjà prié, quelle importance, puisqu'il pourrait même prier tout le jour durant sur un doute. Et il ne conteste pas Rav Yehouda au nom de Chmouel, qui a dit là-bas qu'il s'interrompt même au milieu de la bénédiction. Ainsi disons-nous plus loin, au chapitre Ein omdin (Berakhot 31a) : on pourrait croire qu'un homme prie tout le jour durant, cela a déjà été explicité par Daniel, et trois fois par jour, etc. ; il en ressort qu'un homme ne doit pas prier plus de trois fois. Et ce que nous disons au chapitre Bimkom chenaagou (Pessahim 54b), selon Rabbi Yo'hanan, qu'on dit la prière de neïla un jour de jeûne public, pour cette raison même que Rabbi Yo'hanan a dit, plût au Ciel que l'homme prie tout le jour durant, c'est que le jour du jeûne est différent, car il ressemble à Yom Kippour et il convient d'y dire la prière de neïla ; mais s'il sait avec certitude qu'il a prié, Rabbi Yo'hanan admet qu'il ne doit pas prier davantage. Le Rif a écrit sur ce que Rabbi Yo'hanan a dit, plût au Ciel que l'homme prie tout le jour durant, que les maîtres l'expliquent ainsi : cela ne vaut que pour un particulier et à titre facultatif, mais à titre d'obligation c'est interdit ; et pour la communauté c'est interdit aussi bien à titre d'obligation qu'à titre facultatif, car nous tenons que les prières ont été instituées en regard des sacrifices quotidiens, et de même que la communauté n'apporte pas d'holocauste volontaire, de même la communauté ne dit pas de prière volontaire ; mais un particulier dit une prière volontaire, de même qu'un particulier apporte un holocauste volontaire. Aussi un particulier ne dit-il pas la prière de moussaf à titre volontaire, car on n'offre pas de sacrifice de moussaf à titre volontaire. Et ce que Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel, que celui qui se tenait en prière et s'est souvenu qu'il avait déjà prié s'interrompt même au milieu de la bénédiction, les maîtres l'expliquent d'un cas où il avait déjà dit sa prière et s'est levé pour prier à titre d'obligation, ayant oublié qu'il avait déjà prié à titre d'obligation, puis s'en est souvenu : il s'interrompt même au milieu de la bénédiction, car s'il venait à l'achever il serait comme celui qui offre deux sacrifices quotidiens le matin et transgresserait l'interdit de ne pas ajouter. C'est pourquoi il s'interrompt même au milieu de la bénédiction, et en cela même Rabbi Yo'hanan admet, car Rabbi Yo'hanan n'a dit plût au Ciel que l'homme prie tout le jour durant que d'une prière volontaire, comme des supplications et choses semblables, mais non d'une prière obligatoire. Rav Haï Gaon a écrit que ce que Rabbi Yo'hanan a dit, plût au Ciel que l'homme prie tout le jour durant, ne vaut précisément que lorsqu'il y ajoute quelque chose de nouveau ; mais sans nouveauté, c'est interdit. Il en apporte la preuve de ce que nous disons plus loin : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel, celui qui a prié et entre dans une synagogue où il trouve la communauté en train de prier, s'il peut renouveler quelque chose dans sa prière en sorte qu'elle soit des supplications, qu'il prie ; sinon, qu'il ne prie pas. Il en ressort qu'on n'a permis de prier qu'avec une nouveauté. Et si la guemara a mentionné la communauté, ce n'est pas parce qu'un particulier n'aurait pas besoin de nouveauté, mais pour enseigner davantage : on aurait pu croire qu'un particulier au regard de la communauté est comme celui qui n'a pas prié et n'a pas besoin de nouveauté ; elle enseigne que même avec la communauté il faut une nouveauté. Rabbenou Yona a encore apporté une preuve à ses paroles de ce que nous disons au chapitre Ein omdin (Berakhot 31a) : on pourrait croire qu'un homme prie tout le jour durant, cela a déjà été explicité par Daniel, et trois fois par jour, etc. Car il ne s'interrogeait certainement pas sur une obligation de prier tout le jour, mais sur une prière facultative, et on lui a répondu qu'il ne doit prier que trois fois. Si donc Rabbi Yo'hanan dit qu'il est permis de prier tout le jour, il faut nécessairement qu'il ne l'ait dit que là où l'on y renouvelle quelque chose ; et le passage du chapitre Ein omdin veut dire, on pourrait croire qu'un homme prie tout le jour durant sans nouveauté, et on lui a répondu que c'est interdit, comme celui qui prie à titre d'obligation, puisqu'il ne fait pas de sa prière des supplications en y renouvelant quelque chose. Ainsi se résout la difficulté qu'on soulève : selon celui qui tient que la prière du soir est facultative, pourquoi le verset mentionne-t-il trois moments ? Il aurait dû n'en mentionner que deux, ceux qui sont obligatoires. Mais il en va certainement ainsi : pour celui qui tient que la prière du soir est facultative, il y a une conséquence à ce que son moment soit écrit dans le verset, car s'il le veut il prie selon le texte des deux autres prières, qui sont obligatoires ; mais à partir de la troisième, il ne doit prier qu'avec une nouveauté. Et ce qui est dit, qu'il ne doit pas prier sans nouveauté, vaut lorsqu'il sait avec certitude qu'il a prié ; mais en cas de doute, lorsqu'il revient prier, il n'a pas besoin de nouveauté, car dès lors qu'il revient prier sur un doute, il n'y a pas de nouveauté plus grande que celle-là. Quant à ce que le Rif a écrit, qu'un particulier ne dit pas la prière de moussaf à titre volontaire parce qu'on n'en fait pas offrande volontaire, certains le contestent : bien qu'on n'offre pas volontairement un sacrifice de moussaf comme tel, on offre tout de même des holocaustes, qui font partie des sacrifices de moussaf, de même qu'un particulier n'offre pas le sacrifice quotidien mais offre volontairement un holocauste semblable au quotidien, qui était un holocauste. On répond que c'est à cause du bouc expiatoire du moussaf, qui ne vient pas au titre d'offrande volontaire. Mais il reste une difficulté à partir du moussaf de chabbat, où il n'y a pas de bouc : pourquoi dire de tout moussaf, sans distinction, qu'un particulier ne l'offre pas à titre volontaire ? On peut répondre que, bien qu'il puisse apporter les sacrifices du moussaf de chabbat à titre volontaire, il ne peut pas les apporter le chabbat. Selon cette réponse, même la prière de yotser ne se dirait pas à titre volontaire le chabbat, puisqu'aucun sacrifice n'est offert à titre volontaire le chabbat. Rav Haï a écrit qu'un particulier dit la prière de chabbat à titre volontaire, aussi bien celle de chaharit et de minha que celle de moussaf.
💡 Explication

Commence la série des six yakhol, on pourrait croire. Chaque étape pose une hypothèse large, puis un verset la retranche. Le premier fixe le nombre : trois prières par jour, et non un exercice continu.

Le Roch rattache à ce passage la question, discutée plus loin, de la prière volontaire : Rabbi Yo'hanan souhaitait qu'on prie tout le jour. Rav Haï Gaon et Rabbenou Yona concilient les deux en exigeant un hidouch, un ajout nouveau, pour toute prière au-delà des trois obligatoires.

21
יָכוֹל מִשֶּׁבָּא לַגּוֹלָה הוּחַלָּה — כְּבָר נֶאֱמַר: ״דִּי הֲוָא עָבֵד מִן קַדְמַת דְּנָא״.

On pourrait croire que cela n'a commencé que depuis qu'il est venu en exil : il est déjà dit, comme il faisait auparavant.

📜 Rachi (1)
יָכוֹל מִשֶּׁבָּא לַגּוֹלָה הוּחַלָּה הַתְּפִלָּה הַזֹּאת הוּחֲלָה כְּמוֹ נִתְחַלָּה אֲבָל קֹודֶם לָכֵן לֹא הָיָה רָגִיל בְּכָךְ:
On pourrait croire que cela n'a commencé que depuis sa venue en exil : que cette prière a commencé — houhala au sens de nithala, elle a débuté — mais qu'auparavant il n'en avait pas l'habitude.
💡 Explication

Deuxième hypothèse : la conduite de Daniel serait une réponse à la situation d'exil, donc sans portée générale. Le verset la coupe en précisant qu'il faisait ainsi auparavant.

22
יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם לְכָל רוּחַ שֶׁיִּרְצֶה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״(לְקַבֵּל) [נֶגֶד] יְרוּשָׁלִַם״.

On pourrait croire qu'un homme prie vers la direction qu'il veut : le texte enseigne, face à Jérusalem.

💡 Explication

Troisième hypothèse, sur l'orientation. Le même verset de Daniel, déjà utilisé pour les fenêtres et pour le nombre, fournit ici la direction.

23
יָכוֹל יְהֵא כּוֹלְלָן בְּבַת אַחַת — כְּבָר מְפֹורָשׁ עַל יְדֵי דָּוִד, דִּכְתִיב: ״עֶרֶב וָבֹקֶר וְצָהֳרַיִם וְגוֹ׳״.

On pourrait croire qu'il les réunit toutes en une seule fois : cela a déjà été explicité par David, ainsi qu'il est écrit, soir, matin et midi, etc.

📜 Rachi (1)
יָכוֹל יְהֵא כּוֹלְלָן לְשָׁלֹשׁ תְּפִלּוֹת הַלָּלוּ בְּשָׁעָה אַחַת:
On pourrait croire qu'il les réunit : ces trois prières en une seule fois.
💡 Explication

Daniel donnait le nombre, non la répartition. Le verset des Tehilim ajoute les trois moments, ce qui interdit de dire les trois prières à la suite.

24
יָכוֹל יַשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ — כְּבָר מְפֹורָשׁ עַל יְדֵי חַנָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְקוֹלָהּ לֹא יִשְׁמַע״.

On pourrait croire qu'il fait entendre sa voix dans sa prière : cela a déjà été explicité par Hanna, car il est dit, et sa voix ne se faisait pas entendre.

💡 Explication

Cinquième hypothèse, sur le volume de la voix. La source change de personnage : après Daniel et David, c'est Hanna qui fournit le modèle, et son verset reviendra en détail à la fin du folio.

25
יָכוֹל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל — כְּבָר מְפֹורָשׁ עַל יְדֵי שְׁלֹמֹה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לִשְׁמֹעַ אֶל הָרִנָּה וְאֶל הַתְּפִלָּה״. ״רִנָּה״ זוֹ תְּפִלָּה, ״תְּפִלָּה״ זוֹ בַּקָּשָׁה. אֵין אוֹמֵר דְּבַר בַּקָּשָׁה אַחַר ״אֱמֶת וְיַצִּיב״. אֲבָל אַחַר הַתְּפִלָּה, אֲפִילּוּ כְּסֵדֶר וִדּוּי שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים אוֹמֵר.

On pourrait croire qu'un homme demande ses besoins puis prie : cela a déjà été explicité par Salomon, car il est dit, pour entendre le chant et la prière. Le chant, c'est la prière ; la prière, c'est la demande.

On ne dit aucune parole de demande après émet veyatsiv ; mais après la prière, même l'équivalent de l'ordre de la confession de Yom Kippour, on peut le dire.

📜 Rachi (4)
יָכוֹל יִשְׁאַל צְרָכָיו כְּגוֹן בְּרָכוֹת דְּאַתָּה חוֹנֵן עַד ש"ת וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת רִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵן שֶׁל שֶׁבַח:
On pourrait croire qu'il demande ses besoins : par exemple les bénédictions depuis Ata honen jusqu'à choméa tefila, et qu'ensuite il dise les trois premières bénédictions, qui sont de louange.
רִנָּה זוֹ תְּפִלָּה שֶׁל שֶׁבַח:
Le chant, c'est la prière : celle de louange.
בַּקָּשָׁה שָׁאַלְתָּ צְרָכָיו:
La demande : la requête de ses besoins.
אַחַר אֱמֶת וְיַצִּיב קֹודֶם ג' רִאשׁוֹנוֹת:
Après émet veyatsiv : c'est-à-dire avant les trois premières bénédictions.
💡 Explication

Sixième hypothèse, sur l'ordre interne de la amida. Le verset de Salomon nomme deux choses dans un ordre précis : la rina, le chant, puis la tefila. La baraita lit rina comme la louange et tefila comme la demande, ce qui impose de commencer par les trois bénédictions de louange.

La dernière phrase ajoute deux règles opposées. Avant la amida, après émet veyatsiv, aucune demande ne s'intercale — le Roch précise que c'est pour joindre gueoula et tefila. Après la amida, en revanche, la demande n'a plus de mesure.

🖼️ Schéma
Où la demande a sa place, et où elle n'en a pas Après émet veyatsiv Aucune demande 3 premières Louange — rina Les intermédiaires Demande — tefila 3 dernières Louange Le verset qui impose l'ordre Melakhim I 8, 28 : pour entendre le chant et la prière. Le chant est la louange, la prière est la demande. L'ordre est donné. Après la amida Plus aucune limite de longueur : même l'équivalent du vidouy de Yom Kippour. Rav Hiya bar Achi le redit au nom de Rav.
La demande est interdite avant la amida, encadrée pendant, et libre après.
26
אִיתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ שׁוֹאֵל אָדָם צְרָכָיו בְּ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״, אִם בָּא לוֹמַר אַחַר תְּפִלָּתוֹ — אֲפִילּוּ כְּסֵדֶר שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים אוֹמֵר.

Il a été dit également : Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav, bien qu'on ait dit que l'homme demande ses besoins dans choméa tefila, s'il vient à le dire après sa prière, même l'équivalent de l'ordre de Yom Kippour, il le dit.

💡 Explication

Un enseignement d'amora confirme la fin de la baraita. La place ordinaire de la demande personnelle est la bénédiction choméa tefila, celle qui porte sur l'écoute de la prière.

Cette place n'est pas exclusive : après la amida achevée, on ajoute ce que l'on veut, sans limite de longueur.

27
אָמַר רַב הַמְנוּנָא: כַּמָּה הִלְכְתָא גִּבָּרָוָותָא אִיכָּא לְמִשְׁמַע מֵהָנֵי קְרָאֵי דְּחַנָּה. ״וְחַנָּה הִיא מְדַבֶּרֶת עַל לִבָּהּ״ — מִכָּאן לַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ. ״רַק שְׂפָתֶיהָ נָעוֹת״ — מִכָּאן לַמִּתְפַּלֵּל שֶׁיַּחְתֹּוךְ בִּשְׂפָתָיו. ״וְקוֹלָהּ לֹא יִשְׁמַע״ — מִכָּאן שֶׁאָסוּר לְהַגְבִּיהַּ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ. ״וַיַּחְשְׁבֶהָ עָלַי לִשְׂכָרָהּ״ — מִכָּאן שֶׁשִּׁכּוֹר אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל.

Rav Hamnouna a dit : combien de halakhot considérables il y a à entendre de ces versets de Hanna ! Et Hanna parlait sur son cœur : de là, que celui qui prie doit diriger son cœur.

Seules ses lèvres remuaient : de là, que celui qui prie articule avec ses lèvres. Et sa voix ne se faisait pas entendre : de là, qu'il est interdit d'élever la voix dans sa prière.

Et Eli la prit pour une femme ivre : de là, qu'il est interdit à un homme ivre de prier.

🗂️ Tossefot (1)
מִכָּאן שֶׁשִּׁכּוֹר אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל יְרוּשַׁלְמִי בְּמַסֶּכֶת תְּרוּמוֹת פֶּרֶק קַמָּא רַבִּי זֵירָא בָּעֵי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אַמִּי שִׁכּוֹר מַהוּ שֶׁיְּבָרֵךְ א"ל וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ וַאֲפִילּוּ מְדֻומְדָּם. פֵּירוּשׁ וְאַפֵּי' הוּא שָׁתוּי וּשְׂכֹור כָּל כָּךְ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְדַבֵּר כָּרָאוּי דְּהָכִי מַשְׁמַע וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ:
De là, qu'il est interdit à un homme ivre de prier : le Talmud de Jérusalem, au premier chapitre du traité Teroumot, rapporte que Rabbi Zeira demanda devant Rabbi Ami, un homme ivre peut-il bénir ? Il lui répondit : tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras, même s'il est appesanti. C'est-à-dire même s'il a bu et qu'il est ivre au point de ne plus pouvoir parler comme il faut, car c'est ce que laisse entendre, tu te rassasieras et tu béniras.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אָמַר רַב הַמְנוּנָא: כַּמָּה הִלְכְתָא גִּבָּרָוָתָא אִיכָּא לְמִשְׁמַע מֵהָנֵי קְרָאֵי דְּחַנָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד קָרֵי לְהוּ גִּבָּרָוָתָא רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֲנַחְנוּ לוֹמְדִים מִן פְּסוּקִים שֶׁל אִשָּׁה נְקֵבָה כַּמָּה הֲלָכוֹת שֶׁרָאוּי לְלַמְּדָם מִפִּי גְּבָרִים שֶׁהֵם הַחֲכָמִים הַזְּכָרִים.
Rav Hamnouna a dit : combien de halakhot considérables il y a à entendre de ces versets de Hanna. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il les appelle guevourot en ce sens que nous apprenons, à partir de versets concernant une femme, plusieurs halakhot qu'il aurait convenu d'apprendre de la bouche d'hommes, c'est-à-dire des sages mâles.
"וְחַנָּה הִיא מְדַבֶּרֶת עַל לִבָּהּ", מִכָּאן לַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּן אֶת לִבּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹתִיּוֹת הַסְּמוּכִים לַלֵּב מִכָּאן וּמִכָּאן הֵם אַךְ, גַּם , שֶׁמִּסְפָּרָם עוֹלֶה ס"ד [64] , כְּמִנְיַן שֵׁם ס"ג עִם הַכּוֹלֵל, וְיָדוּעַ שֶׁשֵּׁם ס"ג בַּבִּינָה, וְיָדוּעַ כִּי הַכַּוָּנָה שֶׁבַּלֵּב הִיא בְּסוֹד הַבִּינָה, וְלָזֶה אָמַר עַל לִבָּהּ עַל סָמוּךְ, כְּמוֹ וְעָלָיו מַטֵּה מְנַשֶּׁה מִכָּאן וּמִכָּאן. וּמַה שֶׁאָמַר צָרִיךְ שֶׁיֵּחָתֵךְ בִּשְׂפָתָיו, רָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְפִי דַּרְכָּם בְּצַחוּת לְשׁוֹנָם הַטָּהוֹר, שֶׁעַל יְדֵי הַתְּפִלָּה יְזַמֵּר עָרִיצִים וְיַכְרִית הַחוֹחִים וְהַקּוֹצִים הַסּוֹבְבִים אֶת הַשּׁוֹשַׁנָּה הָעֶלְיוֹנָה, גַּם רָמְזוּ בְּאָומְרָם שֶׁיַּחְתֹּוךְ בִּשְׂפָתָיו לְסוֹד הַנְּסִירָה ודו"ק.
Et Hanna parlait sur son cœur : de là, que celui qui prie doit diriger son cœur. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres voisines de lev, de part et d'autre, sont akh et gam, dont le compte s'élève à soixante-quatre, comme le nom SaG avec l'unité ; et l'on sait que le nom SaG est dans la Bina, et que l'intention du cœur relève du secret de la Bina. C'est pourquoi il est dit al liba, sur son cœur, au sens de voisin, comme dans, et près de lui la tribu de Menache, de part et d'autre. Quant à ce qui est dit, qu'il doit articuler avec ses lèvres, nos maîtres y ont fait allusion selon leur voie, dans la pureté de leur langage : par la prière il taille les tyrans et retranche les ronces et les épines qui entourent la rose supérieure ; ils ont aussi fait allusion, en disant qu'il taille avec ses lèvres, au secret de la nessira ; et cela demande réflexion.
מִכָּאן שֶׁהַשִּׁכּוֹר אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל. מַקְשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דִּין זֶה מִן אוֹמְרוֹ (שְׁמוּאֵל א' א, יד) עַד מָתַי תִּשְׁתַּכְּרִין, שֶׁהוּא מוֹכִיחָה בֶּאֱמֶת בְּדָבָר זֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֵהָתָם אֵין רְאָיָה, דְּיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְעוֹלָם שִׁיכּוֹר מֻותָּר לְהִתְפַּלֵּל, וְהוֹכִיחָה מִשּׁוּם דְּהִיא אִשָּׁה, וּגְנַאי לָהּ הַשִּׁכְרוּת, אֲבָל מִפָּסוּק זֶה יֵשׁ הוֹכָחָה שַׁפִּיר, דִּמְנָא יָדַע דְּנִשְׂתַּכְּרָה שֶׁחָשַׁב עָלֶיהָ כָּךְ, אֶלָּא וַדַּאי רָאָה אוֹתָהּ עוֹמֶדֶת בִּמְקוֹם תְּפִילָּה וְשׁוֹתֶקֶת, כִּי לֹא נִסְתַּכֵּל בָּהּ כְּדֵי שֶׁיִּרְאֶה שְׂפָתֶיהָ נָעוֹת, וְלָכֵן אָמַר לָמָּה שׁוֹתֶקֶת וְאֵינָהּ מִתְפַּלֶּלֶת, אֶלָּא וַדַּאי הִיא שְׂכוּרָה וּמַמְתֶּנֶת עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַשָּׂכָר מִמֶּנָּה, וּלְכָךְ חֲשָׁבָהּ לְשִׁיכּוֹרָה, וְאִם כֵּן שְׁמַע מִינָּה שִׁיכּוֹר אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל, וְלָכֵן אָמְרָה לוֹ לֹא אָדוֹן אַתָּה בְּדָבָר זֶה וְלֹא רוּחַ הַקֹּודֶשׁ וְכוּ', כְּלוֹמַר אִם הָא דִּפְשִׁיטָה לְךָ שֶׁאֲנִי שְׂכוּרָה, יֵצֵא לְךָ מֵהַשְׁעָרַת הַשֵּׂכֶל לֹא תִּקָּרֵא אָדוֹן בְּחָכְמָה, כִּי טָעִיתָ בְּהַשַּׂעֲרָה זוֹ, וְאִם יֵצֵא לְךָ הַדָּבָר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, וַדַּאי אֵין זוֹ הַשְׁרָאַת רוּחַ הַקֹּודֶשׁ בַּאֲמִיתּוּת, אֶלָּא יֵשׁ בָּהּ תַּעֲרֹובֶת, יַעַן כִּי לֹא כַּוָּנַת עַל הָאֱמֶת, וְהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין אִיכָּא דְאָמְרִי קַמָּא לְאִיכָּא דְּאָמְרִי בָּתְרָא, כִּי לְאִיכָּא דְּאָמְרִי קַמָּא אָמְרָה לוֹ כֵּיוָן שֶׁחָשַׁדְתָּ אוֹתִי, לֹא תִּזְכֶּה עוֹד לְהַשְׁרָאַת רוּחַ הַקֹּודֶשׁ מִכָּאן וּלְהַבָּא, וּלְאִיכָּא דְּאָמְרִי בָּתְרָא אוֹמֶרֶת עַל הֶעָבַר וְעַל בַּאֲשֶׁר הוּא שָׁם, דְּוַדַּאי לֵיכָּא רוּחַ הַקֹּודֶשׁ גַּבָּךְ כֵּיוָן שֶׁלֹּא כַּוָּנַת עַל הָאֱמֶת.
De là, qu'il est interdit à un homme ivre de prier. On demande : il aurait fallu tirer cette loi de ce qu'il dit, jusqu'à quand seras-tu ivre, car c'est là qu'il la reprend expressément sur ce point. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que de là il n'y a pas de preuve, car on pourrait objecter qu'en vérité un homme ivre a le droit de prier, et qu'il l'a reprise parce qu'elle est une femme et que l'ivresse lui est une honte. Mais de ce verset-ci la preuve est bonne : d'où savait-il qu'elle était ivre, pour le penser d'elle ? Il faut donc qu'il l'ait vue debout au lieu de la prière et silencieuse, car il ne l'a pas regardée au point de voir ses lèvres remuer ; il s'est donc dit, pourquoi se tait-elle et ne prie-t-elle pas ? Elle est certainement ivre et attend que l'ivresse se dissipe. C'est ainsi qu'il l'a prise pour une femme ivre, d'où l'on apprend qu'il est interdit à un homme ivre de prier. C'est pourquoi elle lui dit, tu n'es pas maître en cette affaire et l'esprit saint n'est pas sur toi, etc. : c'est-à-dire, si ta certitude que je suis ivre te vient d'une évaluation de l'intelligence, tu ne seras pas appelé maître en sagesse, car tu t'es trompé dans cette évaluation ; et si la chose t'est venue par l'esprit saint, ce n'est certainement pas une inspiration authentique de l'esprit saint, mais il s'y mêle autre chose, puisque tu n'as pas visé la vérité. Et la différence entre la première version et la seconde est la suivante : selon la première, elle lui a dit, puisque tu m'as soupçonnée, tu ne mériteras plus désormais l'inspiration de l'esprit saint ; selon la seconde, elle parle du passé et de l'état présent, disant qu'il n'y a certainement pas d'esprit saint chez toi, puisque tu n'as pas visé la vérité.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הַמְנוּנָא כַּמָּה הִלְכְתָא גִּבָּרָוָותָא אִיכָּא לְמִשְׁמַע מֵהָנֵי קְרָאֵי דְּחַנָּה וְחַנָּה הִיא מְדַבֶּרֶת עַל לִבָּהּ א"ר אֱלִיעֶזֶר מִכָּאן לְמִתְפַּלֵּל שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ רַק שְׂפָתֶיהָ נָּעוֹת א"ר אֱלִיעֶזֶר מִכָּאן לַמִּתְפַּלֵּל שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיַּחְתֹּוךְ בִּשְׂפָתָיו וְקוֹלָהּ לֹא יִשָּׁמֵעַ מִכָּאן שֶׁלֹּא יַשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּה וַיַּחְשְׁבֶהָ עֵלִי לְשִׁכֹּורָה מִכָּאן שֶׁשִּׁכּוֹר אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ עֵלִי עַד מָתַי תִּשְׁתַּכָּרִין א"ר אֱלִיעֶזֶר מִכָּאן לָרוֹאֶה ע"ב דָּבָר שֶׁאֵינוֹ הָגוּן בַּחֲבֵירוֹ שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹכִיחוֹ וַתַּעַן חַנָּה וַתֹּאמֶר לֹא אֲדֹנִי מִכָּאן לְחוֹשְׁדִין אוֹתוֹ בְּדָבָר וְאֵין בּוֹ שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ וַיַּעַן עֵלִי וַיֹּאמֶר לְכִי לְשָׁלוֹם א"ר אֱלִיעֶזֶר מִכָּאן לַחוֹשֵׁד אֶת חֲבֵירוֹ בְּדָבָר וְאֵין בּוֹ שֶׁצָּרִיךְ לְפַייְּסוֹ וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁצָּרִיךְ לְבָרְכוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וֵא-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל יִתֵּן אֶת שֵׁלָתֵךְ וְגוֹ' אֲנִי הָאִשָּׁה הַנִּצֶּבֶת עִמְּכָה בָּזֶה מִכָּאן שֶׁאָסוּר לֵישֵׁב בד"א שֶׁל תְּפִלָּה בֵּין מִלְּפָנָיו וּבֵין מִלְּאַחֲרָיו בֵּין מֵהַצְּדָדִים צָרִיךְ לְהַרְחִיק ד"א עִמְּכָה בז"ה בְּגֵימַטְרְיָא תְּרֵיסַר הַייְנוּ ד"א לְכָל רוּחַ וּכְ' בְּתַשּׁוּ' הַגְּאוֹנִים דַּוְקָא כְּשֶׁהוּא יוֹשֵׁב וּבָטֵל אֲבָל אִם עוֹסֵק בִּתְפִלָּה כְּגוֹן בק"ש וּבִרְכוֹתֶיהָ וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן אַפֵּי' יוֹשֵׁב שַׁפִּיר דָּמֵי:
Rav Hamnouna a dit : combien de halakhot considérables il y a à entendre de ces versets de Hanna. Et Hanna parlait sur son cœur : Rabbi Eliezer a dit, de là, que celui qui prie doit diriger son cœur. Seules ses lèvres remuaient : Rabbi Eliezer a dit, de là, que celui qui prie doit articuler avec ses lèvres. Et sa voix ne se faisait pas entendre : de là, qu'il ne fait pas entendre sa voix dans la prière. Et Eli la prit pour une femme ivre : de là, qu'il est interdit à un homme ivre de prier. Et Eli lui dit, jusqu'à quand seras-tu ivre : Rabbi Eliezer a dit, de là, que celui qui voit chez son compagnon une chose qui ne convient pas doit le reprendre. Et Hanna répondit et dit, non, mon seigneur : de là, que celui qu'on soupçonne d'une chose dont il est innocent doit le faire savoir. Et Eli répondit et dit, va en paix : Rabbi Eliezer a dit, de là, que celui qui soupçonne son compagnon d'une chose dont il est innocent doit l'apaiser ; et non seulement cela, mais il doit le bénir, ainsi qu'il est dit, et que le D.ieu d'Israël t'accorde ta demande, etc. Je suis la femme qui se tenait avec toi ici : de là, qu'il est interdit de s'asseoir dans les quatre coudées de la prière, que ce soit devant, derrière ou sur les côtés, et qu'il faut s'écarter de quatre coudées. Imakha bazé, en guematria, fait douze, soit quatre coudées de chaque côté. Et il est écrit dans les responsa des Gueonim que cela ne vaut que lorsqu'il est assis et désœuvré, mais que s'il s'occupe de prière, comme le Chema et ses bénédictions ou choses semblables, même assis c'est convenable.
💡 Explication

Rav Hamnouna reprend le même verset de Chmouel I, déjà utilisé pour la voix, et le lit fragment par fragment. Quatre règles en sortent : la kavana, l'articulation des lèvres, la voix basse, et l'interdiction pour un homme ivre de prier.

L'expression halakhta guevrata, halakhot considérables, se lit littéralement comme viriles : le Ben Yehoyada y voit le contraste entre la source, une femme, et le poids des règles qui en sortent.

Le Roch donne ici la suite complète de la sougya, qui déborde sur 31b : la réprimande d'Eli, la réponse de Hanna, l'obligation d'apaiser et de bénir celui qu'on a soupçonné à tort, et la règle des quatre coudées autour de celui qui prie.

28
״וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ עֵלִי עַד מָתַי תִּשְׁתַּכָּרִין וְגוֹ׳״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִכָּאן לָרוֹאֶה בַּחֲבֵרוֹ

Et Eli lui dit : jusqu'à quand seras-tu ivre, etc. Rabbi Elazar a dit : de là, que celui qui voit chez son compagnon

💡 Explication

La phrase est coupée au bas du folio. Le même verset de Hanna, qui a servi jusqu'ici aux règles de la prière, change maintenant de fonction : le dialogue entre Eli et Hanna devient la source des règles de la réprimande et du soupçon.

La suite est en 31b, et le Roch cite au segment précédent en donne d'avance le contenu : reprendre celui chez qui l'on voit une chose qui ne convient pas, se justifier quand on est soupçonné à tort, apaiser et bénir celui qu'on a soupçonné.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).