Berakhot 31b — La fin de l'échange entre Hanna et Eli : les règles du soupçon, la prière de Hanna et ses exigences, puis Chemouel qui tranche devant son maître

Berakhot 31b

Sougya : Le folio poursuit la lecture verset par verset du premier chapitre de Chemouel. De la réponse de Hanna à Eli, la guemara tire quatre règles pratiques : reprendre celui que l'on voit agir de façon inconvenante, informer son accusateur quand on est soupçonné à tort, l'assimilation de l'ivrogne qui prie à un idolâtre par guezera chava sur le mot belial, et l'obligation d'apaiser puis de bénir celui que l'on a soupçonné sans raison.

Vient ensuite la prière de Hanna elle-même : le nom Tsevaot qu'elle est la première à prononcer, le mashal du pauvre à la porte du festin, et la menace de s'isoler pour boire les eaux de la sota — menace qui ne tient que selon Rabbi Yichmael, contre Rabbi Akiva, dans une baraita sur le verset « elle sera innocentée et fécondée d'une descendance ». La guemara détaille encore les trois « ta servante », les quatre lectures de « une descendance d'hommes », puis la halakha des quatre coudées de la prière.

Le folio s'achève sur le récit de Chemouel enfant qui tranche devant Eli que la chehita est valable par un non-cohen, sur les seins que Hanna invoque devant Hachem, et sur ceux qui ont lancé des paroles vers le haut.

Quatre règles tirées de l'échange Hanna - Eli (I Samuel 1, 14-17) le verset la règle Eli: jusqu'à quand seras-tu ivre v. 14 Voir chez son prochain une chose inconvenante: le reprendre Tossefot: même sans interdit de la Tora je n'ai bu ni vin ni boisson forte v. 15 Soupçonné à tort: il doit en informer son accusateur R. Elazar - se laver du soupçon, pas seulement le savoir ne prends pas ta servante pour une bat belial - v. 16 L'ivrogne qui prie: comme s'il servait une idole guezera chava belial / belial (Deut. 13,14) va en paix, et que le D.ieu d'Israël t'accorde ta demande - v. 17 Qui a soupçonné à tort: apaiser, et de plus bénir les deux moitiés du verset donnent les deux devoirs Un seul dialogue, quatre halakhot de la vie entre les hommes.
Les quatre règles que la guemara tire, verset après verset, de la réponse de Hanna et de la rétractation d'Eli.
Que promet le verset à la sota innocentée ? (Nombres 5,28) venikta venizre'a zara - elle sera innocentée et fécondée d'une descendance Rabbi Yichmael Si elle était stérile, elle est visitée et enfante Le verset ajoute un enfant là où il n'y en avait aucun Rabbi Akiva Objection: alors toutes les stériles iraient s'isoler pour être visitées Le verset améliore un enfantement déjà existant: douleur, taille, nombre La menace de Hanna tient je m'isolerai, je boirai, je serai visitée - et tu ne feras pas de ta Tora une imposture La menace ne tient plus une stérile qui boit ne reçoit rien le verset ne promet qu'un mieux Alors que vaut le doublement im ra'o tir'eh ? la Tora s'est exprimée dans la langue des hommes nafka mina: la lecture de la prière de Hanna
La baraita R. Yichmael / R. Akiva et sa conséquence directe sur la menace que Hanna adresse au Ciel.
À partir d'où l'avoda du korban exige-t-elle un cohen ? preuve de Chemouel: il est écrit et les cohanim offriront, pas et le cohen égorgera chehita valable par un zar kabbalat hadam cohen requis holakha cohen requis zerika cohen requis ici commence la mitsva de la kehouna Eli reconnaît la halakha: ce que tu dis est juste mais trancher devant son maître reste passible de mort par le Ciel
La démonstration de Chemouel enfant: la chehita reste hors du domaine réservé au cohen, la kehouna commence à la réception du sang.
1
דָּבָר שֶׁאֵינוֹ הָגוּן, צָרִיךְ לְהוֹכִיחוֹ. ״וַתַּעַן חַנָּה וַתֹּאמֶר לֹא אֲדֹונִי״. אָמַר עֻולָּא וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: אָמְרָה לֵיהּ: לֹא אָדוֹן אַתָּה בְּדָבָר זֶה, וְלֹא רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שׁוֹרָה עָלֶיךָ, שֶׁאַתָּה חוֹשְׁדֵנִי בְּדָבָר זֶה.

[...] une chose inconvenante, il doit le reprendre. « Et Hanna répondit et dit : non, mon maître. » Oulla a dit, et certains disent Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina : elle lui dit : tu n'es pas maître en cette affaire, et l'esprit saint ne repose pas sur toi, puisque tu me soupçonnes d'une telle chose.

🗂️ Tossefot (1)
דָּבָר שֶׁאֵינוֹ הָגוּן פֵּירוּשׁ אע"ג דְּלֵיכָּא אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא דְּאִי אִיכָּא אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא פְּשִׁיטָא הוֹכֵחַ תּוֹכִיחַ כְּתִיב (וַיִּקְרָא י״ט:י״ז):
Explication : même s'il n'y a pas d'interdit de la Tora. Car s'il y a un interdit de la Tora, cela va de soi, puisqu'il est écrit « tu reprendras assurément ton prochain » (Lévitique 19,17).
💡 Explication

La ligne s'ouvre sur la fin d'un enseignement commencé en 31a : qui voit chez son prochain une conduite inconvenante doit le reprendre, et la source en est la réprimande d'Eli, qui prit Hanna pour une femme ivre. La guemara passe aussitôt à la réponse de Hanna, dont chaque mot va livrer une règle.

Cette première lecture entend « lo adoni », non mon maître, comme un refus du titre : tu n'es pas maître en cette affaire, car un homme sur qui repose l'esprit saint aurait vu la vérité au lieu de me soupçonner.

2
אִיכָּא דְאָמְרִי, הָכִי אָמְרָה לֵיהּ: לֹא אָדוֹן אַתָּה? לָאו אִיכָּא שְׁכִינָה וְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ גַּבָּךְ, שֶׁדַּנְתַּנִי לְכַף חוֹבָה וְלֹא דַּנְתַּנִי לְכַף זְכוּת? מִי לָא יָדְעַתְּ דְּאִשָּׁה קְשַׁת רוּחַ אָנֹוכִי?!

Certains disent : voici ce qu'elle lui dit : n'es-tu pas maître ? La Chekhina et l'esprit saint ne sont-ils pas auprès de toi, toi qui m'as jugée défavorablement et ne m'as pas jugée favorablement ?

Ne savais-tu pas que je suis une femme à l'esprit accablé ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִי לֹא יָדַעְתָּ דְּ"אִשָּׁה קְשַׁת רוּחַ אָנֹכִי, וְיַיִן וְשֵׁכָר לֹא שָׁתִיתִי"? פֵּירוּשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּרָחָב נִתְגַּלְגְּלָה בְּחֶבֶר הַקֵּינִי בַּעְלָהּ שֶׁל יָעֵל, וְחָבֵר הַקְּנֵי נִתְגַּלְגֵּל בְּחַנָּה, לְכָךְ אָמְרָה חַנָּה (שְׁמוּאֵל א' ב, א) רָחַב פִּי עַל אוֹיְבַי, רָמְזָה עַל רֹחַב גִּלְגּוּלָהּ הָרִאשׁוֹן, וְעַל חָבֵר גִּלְגּוּל הַשֵּׁנִי שֶׁנִּתְגַּלְגְּלוּ בָּהּ, וְלָכֵן אָמְרָה אִשָּׁה קְשַׁת רוּחַ אָנֹכִי, כִּי הָיְתָה גִּלְגּוּל רָחָב וְחָבֵר הַקְּנֵי עַד כָּאן דְּבָרָיו, גַּם אָמַר עוֹד שֶׁיָּעֵל נִתְגַּלְגְּלָה בַּעֲלֵי, נִמְצָא לְפִי זֶה בְּגִלְגּוּל הַקּוֹדֵם הָיְתָה חַנָּה אִישׁ שֶׁהוּא חָבֵר הַקְּנֵי, וְעֵלִי הָיָה הָאִשָּׁה שֶׁהִיא יָעֵל, וּלְכָךְ אָמְרָה לוֹ עַתָּה, לֹא אֲדֹנָי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵין אַתָּה אֲדוֹנִי בְּעֶצֶם, כִּי בְּגִלְגּוּל הַקּוֹדֵם הָיִיתִי אֲנִי הָאָדוֹן, שֶׁהַבַּעַל אָדוֹן לְאִשְׁתּוֹ , מִי לָא יָדְעַתְּ דְּאִשָּׁה קְשַׁת רוּחַ אָנֹכִי, וְהוּא שֶׁרָמְזָה עַל גִּלְגּוּל הַקּוֹדֵם בָּזֶה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל.
« Ne savais-tu pas que je suis une femme à l'esprit accablé, et que je n'ai bu ni vin ni boisson forte ? » Notre maître le Ari, de mémoire bénie, explique que Rahav se réincarna en Hever le Keni, l'époux de Yael, et que Hever le Keni se réincarna en Hanna. C'est pourquoi Hanna dit (I Samuel 2,1) « ma bouche s'est élargie [rahav] contre mes ennemis » : elle faisait allusion à Rahav, son premier guilgoul, et à Hever, le second guilgoul, tous deux venus en elle. Et c'est pourquoi elle dit « je suis une femme à l'esprit accablé », car elle était le guilgoul de Rahav et de Hever le Keni ; fin de ses paroles. Il dit encore que Yael se réincarna en Eli. Il ressort de là que, dans le guilgoul précédent, Hanna était un homme, Hever le Keni, et Eli était une femme, Yael. C'est pourquoi elle lui dit alors « non, mon maître » : tu n'es pas mon maître par essence, car dans le guilgoul précédent, c'est moi qui étais le maître, puisque l'époux est le maître de son épouse. « Ne savais-tu pas que je suis une femme à l'esprit accablé » : c'est par là qu'elle fit allusion au guilgoul précédent, comme l'a écrit notre maître, de mémoire bénie.
💡 Explication

La seconde lecture retourne la phrase en question : puisque tu es bien maître, et que la Chekhina repose sur toi, comment as-tu penché vers kaf hova, le plateau de la culpabilité, plutôt que vers kaf zekhout, le plateau du mérite ? Le reproche porte sur le jugement, pas sur le rang.

3
״וְיַיִן וְשֵׁכָר לֹא שָׁתִיתִי״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִכָּאן לַנֶּחְשָׁד בְּדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ, שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ.

« Et je n'ai bu ni vin ni boisson forte. » Rabbi Elazar a dit : de là, on apprend que celui qui est soupçonné d'une chose dont il est innocent doit en informer son accusateur.

📜 Rachi (1)
שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ הַנֶּחְשָׁד צָרִיךְ לְנַקּוֹת אֶת עַצְמוֹ וּלְהוֹדִיעַ אֶת חוֹשְׁדוֹ שֶׁאֵין בּוֹ אוֹתוֹ דָּבָר מְגֻונֶּה:
Le soupçonné doit se laver du soupçon et faire savoir à celui qui le soupçonne qu'il n'y a pas en lui cette chose indigne.
💡 Explication

Hanna aurait pu se contenter de savoir sa propre innocence. Le verset montre qu'elle prend la peine de la dire. De là, la règle : le soupçonné doit se disculper explicitement auprès de celui qui le soupçonne, pour que le soupçon ne demeure pas.

4
״אַל תִּתֵּן אֶת אֲמָתְךָ לִפְנֵי בַּת בְּלִיָּעַל״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִכָּאן לִשְׂכֹּור שֶׁמִּתְפַּלֵּל, כְּאִילּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה. כְּתִיב הָכָא: ״לִפְנֵי בַּת בְּלִיַּעַל״, וּכְתִיב הָתָם: ״יָצְאוּ אֲנָשִׁים בְּנֵי בְלִיַּעַל מִקִּרְבֶּךָ״. מַה לְהַלָּן עֲבוֹדָה זָרָה, אַף כָּאן עֲבוֹדָה זָרָה.

« Ne prends pas ta servante pour une fille de belial. » Rabbi Elazar a dit : de là, on apprend que l'homme ivre qui prie est comme s'il servait une idole. Il est écrit ici « pour une fille de belial », et il est écrit là-bas « des hommes, fils de belial, sont sortis du milieu de toi ».

De même que là-bas il s'agit d'idolâtrie, de même ici il s'agit d'idolâtrie.

📜 Rachi (1)
לִפְנֵי בַּת בְּלִיַּעַל אַל תִּתְּנֵנִי כְּבַת בְּלִיַּעַל לְחָשְׁדֵנִי בְּשִׁכְרוּת:
Ne me traite pas comme une fille de belial, en me soupçonnant d'ivresse.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִכָּאן לִשְׂכֹּור שֶׁמִּתְפַּלֵּל, כְּאִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים כְּתִיב הָכָא: "לִפְנֵי בַּת בְּלִיַּעַל", וּכְתִיב הָתָם: (דְּבָרִים י״ג:י״ד) "יָצְאוּ אֲנָשִׁים בְּנֵי בְלִיַּעַל מִקִּרְבֶּךָ", מַה לְהַלָּן עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים, אַף כָּאן עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. קַשָּׁא לְפִי זֶה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'כְּבַת' בְּלִיַּעַל וְלָמָּה אָמְרָה 'לִפְנֵי' בַּת בְּלִיַּעַל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל דְּפִיתּוּי הַזְּנוּת בָּא מִצַּד הַנְּקֵבָה דִּקְלִיפָּה, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה (מִשְׁלֵי ז' י') וְהִנֵּה אִשָּׁה לִקְרָאתוֹ שִׁית זוֹנָה וּנְצֻרַת לֵב, נִמְצָא הַמְנָאֲפִים הֵם אַנְשֵׁי חֲבֶרְתָּהּ שֶׁל פְּלוֹנִית שֶׁנִּקְרֵאת בַּת בְּלִיַּעַל, וְהֵם סִיעָתָהּ הַיּוֹשְׁבִים לְפָנֶיהָ וּמַטִּין לְפִתּוּיָהּ וּדְבָרֶיהָ, וְיָדוּעַ מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא אִשָּׁה הַמִּשְׂתַּכֶּרֶת אֲפִילּוּ חֲמוֹר תּוֹבַעַת בַּשּׁוּק, כִּי שִׁכְרוּת בְּאִשָּׁה מוֹשֵׁךְ אוֹתָהּ לִזְנוּת , וְאִם כֵּן לְפִי חֲשָׁד זֶה שֶׁחֲשָׁדָהּ בְּשִׁכְרוּת, נָתַתָּ אוֹתָהּ כְּמוֹ אוֹתָם הַמְנָאֲפִים הַיּוֹשְׁבִים לִפְנֵי בַּת בְּלִיַּעַל הִיא נוֹקְבָהּ דִּקְלִיפָּה.
« De là, on apprend que l'ivrogne qui prie est comme s'il servait une idole : il est écrit ici pour une fille de belial, et il est écrit là-bas (Deutéronome 13,14) des hommes, fils de belial, sont sortis du milieu de toi ; de même que là-bas il s'agit d'idolâtrie, de même ici il s'agit d'idolâtrie. » Il y a une difficulté : selon cela, elle aurait dû dire « comme une fille de belial », pourquoi dit-elle « devant une fille de belial » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la réponse tient à ce qu'a écrit notre maître, de mémoire bénie : la séduction de la débauche vient du côté féminin de la klipa, comme l'a dit le roi Salomon, la paix sur lui (Proverbes 7,10) « et voici, une femme vint à sa rencontre, en habit de prostituée et le cœur dissimulé ». Il ressort de là que les débauchés sont les gens de la compagnie de celle qu'on appelle fille de belial : ils sont sa suite, assis devant elle, et se laissent incliner par sa séduction et par ses paroles. On connaît aussi ce que dit la guemara : une femme qui s'enivre, même un âne elle le réclame sur la place publique, car l'ivresse chez la femme la tire vers la débauche. Si donc l'on retient ce soupçon d'ivresse, on la range parmi ces débauchés assis devant la fille de belial, qui est la féminité de la klipa.
💡 Explication

Le raisonnement est une guezera chava : deux versets partagent le mot rare belial, l'un chez Hanna soupçonnée de prier en état d'ivresse, l'autre à propos de la ville entraînée à l'idolâtrie (Deutéronome 13,14). Le sens du second passe au premier : celui qui prie ivre est traité comme un idolâtre.

Hanna se défend donc sur deux plans : elle n'a pas bu, et elle refuse d'être rangée dans cette catégorie.

5
״וַיַּעַן עֵלִי וַיֹּאמֶר לְכִי לְשָׁלוֹם״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִכָּאן לַחוֹשֵׁד אֶת חֲבֵרוֹ בְּדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ, שֶׁצָּרִיךְ לְפַיְּיסוֹ. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁצָּרִיךְ לְבָרְכוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר ״וֵא-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל יִתֵּן אֶת שֵׁלָתֵךְ״.

« Eli répondit et dit : va en paix. » Rabbi Elazar a dit : de là, on apprend que celui qui soupçonne son prochain d'une chose dont il est innocent doit l'apaiser. Et plus encore : il doit le bénir, ainsi qu'il est dit « et que le D.ieu d'Israël t'accorde la demande que tu lui as faite ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִכָּאן לְחוֹשֵׁד בַּחֲבֵרוֹ בְּדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ, שֶׁצָּרִיךְ לְפַיְּסוֹ וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁצָּרִיךְ לְבָרְכוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: וַיַּעַן עֵלִי וַיֹּאמֶר לְכִי לְשָׁלוֹם וֵא-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל יִתֵּן אֶת שֵׁלָתֵךְ. קַשָּׁא מְנָא לַן הָא, וְדִילְמָא אָמַר לָהּ לְכִי לְשָׁלוֹם אוֹרְחָא דְעָלְמָא הוּא לוֹמַר כֵּן לְמִי שֶׁנִּפְטַר מִמֶּנּוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דָּבָר זֶה בְּסוֹף דְּבָרָיו, דְּהָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וֵא-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל יִתֵּן אֶת שֵׁלָתֵךְ לְכִי לְשָׁלוֹם, וְעוֹד אֶפְשָׁר דְּלָאו אוֹרְחָא הָכִי בְּאִשָּׁה, דְּהָא אֵין שׁוֹאֲלִין בִּשְׁלוֹם אִשָּׁה, וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּאוֹמְרוֹ לְכִי לְשָׁלוֹם, כִּי הִיא מְסַפֵּר שְׁמָהּ ס"ג [חַנָּה 63] וְעִם שע"ו [376] שֶׁל שָׁלוֹם עוֹלֶה תל"ט [439] , שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ת כָּתְבִי ל שָׁנָה ט וּבָהּ, כִּי אוֹתוֹ הַיּוֹם הָיָה יוֹם רֹאשׁ הַשָּׁנָה, וְאִיתָא בְּשֻׁלְחָן עָרוּךְ שֶׁבְּיוֹם רֹאשׁ הַשָּׁנָה יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ לְשָׁנָה טוֹבָה תִּכָּתֵב, גַּם גֵּימַטְרְיָא תּוֹכָחָה [439] , רֶמֶז בַּעֲבוּר תּוֹכָחָה שֶׁלְּךָ צָרִיךְ לְפַיְיסִיךְ.
« De là, on apprend que celui qui soupçonne son prochain d'une chose dont il est innocent doit l'apaiser, et plus encore, qu'il doit le bénir, ainsi qu'il est dit : Eli répondit et dit va en paix, et que le D.ieu d'Israël t'accorde la demande que tu lui as faite. » Il y a une difficulté : d'où tenons-nous cela ? Peut-être lui a-t-il dit « va en paix » parce que c'est l'usage courant de parler ainsi à qui prend congé de nous ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il en était ainsi, il aurait dû placer cette formule à la fin de ses paroles, et dire « que le D.ieu d'Israël t'accorde ta demande, va en paix ». De plus, il est possible que tel ne soit pas l'usage envers une femme, puisqu'on ne s'enquiert pas du salut d'une femme. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à ce « va en paix » : le nombre de son nom, Hanna, est 63, et avec 376, valeur de chalom, on arrive à 439, qui forme les initiales de « tikatevi lechana tova », que tu sois inscrite pour une bonne année. Car ce jour-là était le jour de Roch Hachana, et il est écrit dans le Choulhan Aroukh que le jour de Roch Hachana l'homme dit à son prochain : pour une bonne année sois inscrit. C'est aussi la valeur numérique de tokhaha, la réprimande [439] : allusion au fait que ta réprimande t'oblige à l'apaiser.
💡 Explication

Le verset se lit en deux temps, et la guemara en tire deux devoirs distincts : « va en paix » est l'apaisement de celui que l'on a soupçonné à tort, « que le D.ieu d'Israël t'accorde ta demande » est la bénédiction qui s'y ajoute. Le second devoir dépasse la simple réparation.

6
״וַתִּדֹּר נֶדֶר וַתֹּאמַר ה׳ צְבָאוֹת״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִיּוֹם שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת עוֹלָמוֹ, לֹא הָיָה אָדָם שֶׁקְּרָאוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא ״צְבָאוֹת״, עַד שֶׁבָּאתָה חַנָּה וּקְרָאַתּוּ ״צְבָאוֹת״.

« Elle fit un vœu et dit : Hachem Tsevaot. » Rabbi Elazar a dit : depuis le jour où le Saint béni soit-Il a créé son monde, nul n'avait appelé le Saint béni soit-Il « Tsevaot », jusqu'à ce que vienne Hanna et l'appelle « Tsevaot ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
"וְתִדֹּר נֶדֶר וְתֹאמַר: ה' צְבָאוֹת" אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִיּוֹם שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת עוֹלָמוֹ, לֹא הָיָה אָדָם שֶׁקְּרָאוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא 'צְבָאוֹת', עַד שֶׁבָּאת חַנָּה וּקְרָאַתּוּ 'צְבָאוֹת'. הִנֵּה הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בח"א פֵּירֵשׁ, הַבִּינָה מִן בַּת קוֹל, שֶׁיְּתֻוקַּן הַיָּרֵךְ עַל יְדֵי צַדִּיק שֶׁשְּׁמוֹ שְׁמוּאֵל וְאָז יְכוֹלִים לְהִתְנַבְּאוּת מִן הַנֵּצַח, וְיָדוּעַ שֶׁשָּׁם צְבָאוֹת בְּנֶצַח וְהוֹד, וּמִשָּׁם יְנִיקַת הַנְּבִיאִים, יְעֻוייַּן שָׁם. וַאֲנָא עָבְדָא אוֹסִיף בָּזֶה תּוֹסְפוֹת נֹופֶךְ בס"ד, עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַהַקְדָּמוֹת, דְּנֶצַח וְהוֹד דְּדַכּוֹרָא נִקְרָאִים ה' צְבָאוֹת, וְנֶצַח וְהוֹד דְּנֻוקְבָּא נִקְרָאִים אֱ-לֹהִים צְבָאוֹת, יְעַייֵּן שָׁם. גַּם יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּרֵישׁ שַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ, שֶׁשְּׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה הָיָה מִתְנַבֵּא מִן הַפָּנִים שֶׁל פִּרְקָא קַדְמָאָה דְּנֶצַח דִּזְעֵיר אַנְפִּין שֶׁזֶּה הוּא חֲצִי מַדְרֵגַת נְבוּאַת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עַייֵּן שָׁם, וּלְפִי זֶה מוּבָן שַׁפִּיר הַטַּעַם שֶׁאָמְרָה 'ה' צְבָאוֹת' וְלֹא אָמְרָה 'אֱ-לֹהִים צְבָאוֹת'. וּבָזֶה מוּבָן שַׁפִּיר מַה שֶׁאָמְרָה מִכָּל צִבְאֵי צְבָאוֹת לְשׁוֹן רַבִּים, כִּי נֶצַח נֶחֱלָק לִתְלָת פִּרְקִין, וְכֵן הַהוֹד, וְכֻולָּם הֵם בְּחִינַת צְבָאוֹת, וְלָזֶה אָמְרָה שֶׁתִּתֵּן לִי בֵּן אֶחָד, כְּלוֹמַר בֶּן הַמִּתְנַבֵּא מִפֶּרֶק הַמְיֻוחָד שֶׁהוּא פִּרְקָא קַדְמָאָה דְּנֶצַח, וְלָזֶה אָמְרָה 'וַהֲבָאוֹתָיו' וְנִרְאָה אֶת פְּנֵי ה', פְּנֵי דַּייְקָא שֶׁהָיָה מִתְנַבֵּא מִן הַפָּנִים שֶׁל פִּרְקָא קַדְמָאָה, וְלָזֶה אָמַר וַיִּגְדַּל שְׁמוּאֵל וַה' הָיָה עִמּוֹ, שֶׁהָיָה מִתְנַבֵּא מִבְּחִינַת דְּכוֹרָא מִן הַנֵּצַח.
« Elle fit un vœu et dit : Hachem Tsevaot. Rabbi Elazar a dit : depuis le jour où le Saint béni soit-Il a créé son monde, nul n'avait appelé le Saint béni soit-Il Tsevaot, jusqu'à ce que vienne Hanna et l'appelle Tsevaot. » Le gaon le Hida, de mémoire bénie, a expliqué dans le Homat Anakh qu'elle comprit de la bat kol que la <i>yarekh</i> serait réparée par un juste nommé Chemouel, et qu'alors on pourrait prophétiser depuis <i>netsa'h</i> ; or on sait que le nom Tsevaot se tient dans netsa'h et hod, et c'est de là que les prophètes tirent leur alimentation ; voir là-bas. Et moi, le serviteur, j'ajoute ici un supplément, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar haHakdamot : netsa'h et hod du masculin sont appelés « Hachem Tsevaot », et netsa'h et hod du féminin sont appelés « Elokim Tsevaot » ; voir là-bas. On sait aussi ce qu'a écrit notre maître, de mémoire bénie, au début du Chaar Roua'h haKodech : le prophète Chemouel, la paix sur lui, prophétisait depuis la face du premier perek de netsa'h de zeir anpin, ce qui représente la moitié du degré de la prophétie de Moche notre maître, la paix sur lui ; voir là-bas. Selon cela, on comprend bien la raison pour laquelle elle dit « Hachem Tsevaot » et non « Elokim Tsevaot ». Et par là se comprend aussi ce qu'elle dit « de toutes les armées d'armées », au pluriel : car netsa'h se divise en trois perakim, et de même hod, et tous sont de l'ordre de Tsevaot. C'est pour cela qu'elle dit : donne-moi un seul fils, c'est-à-dire un fils qui prophétise depuis le perek particulier qu'est le premier perek de netsa'h. Et c'est pour cela qu'elle dit « et je l'amènerai, et nous verrons la face de Hachem » : « la face » précisément, car il prophétisait depuis la face du premier perek. Et c'est pour cela qu'il est dit « et Chemouel grandit, et Hachem était avec lui » : car il prophétisait depuis l'aspect masculin, depuis netsa'h.
💡 Explication

La guemara relève un fait de texte : le nom Tsevaot, les armées, n'apparaît dans l'Écriture aucune fois avant cette prière. C'est Hanna qui l'introduit, et le segment suivant montrera ce qu'elle en tire comme argument.

7
אָמְרָה חַנָּה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, מִכָּל צִבְאֵי צְבָאוֹת שֶׁבָּרָאתָ בְּעוֹלָמְךָ קָשֶׁה בְּעֵינֶיךָ שֶׁתִּתֵּן לִי בֵּן אֶחָד?

Hanna dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, de toutes les armées d'armées que tu as créées dans ton monde, est-il si difficile à tes yeux de me donner un seul fils ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
אמרה חנה לפני הקדוש ברוך הוא: רבונו של עולם, אם ראה, מוטב. ואם לאו, תראה. אלך ואסתתר בפני אלקנה בעלי, ויקנא בי, וישקני מי־סוטה. מקשים מי התיר לה לעשות ב' איסורים יחוד, וגרמת מחיקת השם במי סוטה בחינם? ונראה לי בס"ד אין כונתה לומר שתעשה כך, אלא פתחה לעצמה סנגוריא בזה לומר אני אוכל לעשות כך, ולכן כיון שאין אני עושה כך משום איסורא, יש לי זכות בזה הדבר, וכדאי זה הדבר שתתן לי בן בעבורו, וזהו אם ראה באיזה זכות שיש לי מכבר, שתתן לי בעבורו בן מוטב, ואם לאו שאין לי זכות ראוי לכך, תראה רצונו לומר תביט במה שאני יש לי יכולת בידי לעשות ואיני עושה.
« Hanna dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, s'il voit, tant mieux ; sinon, il verra. J'irai m'isoler devant Elkana mon mari, il sera jaloux à mon sujet et me fera boire les eaux de la sota. » On objecte : qui lui a permis de commettre deux interdits, le yihoud, et le fait de provoquer pour rien l'effacement du Nom dans les eaux de la sota ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle n'entendait pas agir ainsi : elle ouvrait pour elle-même une plaidoirie, en disant : je pourrais faire cela ; et puisque je m'en abstiens à cause de l'interdit, j'ai un mérite en la matière, et ce mérite vaut que tu me donnes un fils pour lui. C'est le sens de « s'il voit » : si tu vois un mérite que je possède déjà, et que tu me donnes un fils pour lui, tant mieux ; « et sinon », si je n'ai pas de mérite qui convienne à cela, « il verra », c'est-à-dire : regarde ce que j'ai le pouvoir de faire et que je ne fais pas.
💡 Explication

L'argument tient au nom qu'elle vient d'employer : celui qui commande des armées innombrables ne peut trouver coûteux d'accorder une seule vie. Le mashal du segment suivant met la même idée en scène.

8
מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה — לְמֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם שֶׁעָשָׂה סְעוּדָה לַעֲבָדָיו. בָּא עָנִי אֶחָד וְעָמַד עַל הַפֶּתַח, אָמַר לָהֶם: תְּנוּ לִי פְּרוּסָה אַחַת! וְלֹא הִשְׁגִּיחוּ עָלָיו. דָּחַק וְנִכְנַס אֵצֶל הַמֶּלֶךְ. אָמַר לוֹ: אֲדוֹנִי הַמֶּלֶךְ, מִכָּל סְעוּדָה שֶׁעָשִׂיתָ קָשֶׁה בְּעֵינֶיךָ לִיתֵּן לִי פְּרוּסָה אֶחָת?!

À quoi cela ressemble-t-il ? À un roi de chair et de sang qui fit un festin pour ses serviteurs.

Un pauvre vint et se tint à la porte. Il leur dit : donnez-moi une seule tranche !

Et ils ne firent pas attention à lui. Il força le passage et entra auprès du roi.

Il lui dit : mon seigneur le roi, de tout le festin que tu as fait, est-il si difficile à tes yeux de me donner une seule tranche ?

💡 Explication

Le mashal éclaire la structure de la prière de Hanna : les serviteurs qui ignorent le pauvre correspondent aux voies ordinaires restées sans réponse, et l'irruption auprès du roi correspond à l'adresse directe au Maître du monde. La disproportion entre l'abondance du festin et la modicité de la demande fait tout l'argument.

9
״אִם רָאֹה תִּרְאֶה״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמְרָה חַנָּה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, ״אִם רָאָה״ — מוּטָב, וְאִם לָאו — ״תִּרְאֶה״.

« Si voir tu vois. » Rabbi Elazar a dit : Hanna dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, « si voir » — tant mieux ; et sinon — « tu verras ».

💡 Explication

Le verset emploie une forme doublée, im rao tireh. Rabbi Elazar y entend deux propositions distinctes : ou bien tu regardes maintenant de toi-même, ou bien tu seras amené à voir, par ce que je vais faire. Le segment suivant explique la menace.

10
אֵלֵךְ וְאֶסְתַּתֵּר בִּפְנֵי אֶלְקָנָה בַּעֲלִי, וְכֵיוָן דְּמִסְתַּתַּרְנָא מַשְׁקוּ לִי מֵי סוֹטָה, וְאִי אַתָּה עוֹשֶׂה תּוֹרָתְךָ פְּלַסְתֵּר, שֶׁנֶּאֱמַר ״וְנִקְּתָה וְנִזְרְעָה זֶרַע״.

J'irai m'isoler devant Elkana mon mari ; et puisque je me serai isolée, on me fera boire les eaux de la sota, et tu ne feras pas de ta Tora une imposture, ainsi qu'il est dit « elle sera innocentée et sera fécondée d'une descendance ».

📜 Rachi (2)
וְאֶסְתַּתֵּר אֶתְייַחֵד עִם אֲחֵרִים וְיַחְשְׁדֵנִי בַּעֲלֵי:
Je m'isolerai avec d'autres, et mon mari me soupçonnera.
פְּלַסְתֵּר שֶׁקֶר:
Mensonge.
💡 Explication

La menace suit exactement la procédure de la sota : une femme qui s'isole après avertissement est amenée à boire les eaux ; si elle est innocente, la Tora lui promet « elle sera innocentée et sera fécondée d'une descendance ». Hanna se propose donc de déclencher une promesse écrite dont Hachem devra tenir la parole, sous peine que la Tora se révèle pelaster, mensongère.

11
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר: אִם הָיְתָה עֲקָרָה — נִפְקֶדֶת, שַׁפִּיר, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר, אִם הָיְתָה יוֹלֶדֶת בְּצַעַר יוֹלֶדֶת בְּרֶיוַח, נְקֵבוֹת יוֹלֶדֶת זְכָרִים שְׁחוֹרִים יוֹלֶדֶת לְבָנִים קְצָרִים יוֹלֶדֶת אֲרֻוכִּים, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Cela va bien selon celui qui dit : si elle était stérile, elle est visitée ; parfait. Mais selon celui qui dit : si elle enfantait dans la douleur, elle enfante dans l'aisance ; des filles, elle enfante des garçons ; des noirs, elle enfante des blancs ; des courts, elle enfante des grands — que peut-on dire ?

💡 Explication

La guemara mesure la menace de Hanna à la lecture du verset. Elle ne fonctionne que si la promesse de Nombres 5,28 donne un enfant à une femme qui n'en avait pas. Selon la lecture concurrente, le verset ne promet qu'une amélioration d'un enfantement déjà possible, et une stérile n'y gagne rien.

12
דְּתַנְיָא: ״וְנִקְּתָה וְנִזְרְעָה זֶרַע״ — מְלַמֵּד שֶׁאִם הָיְתָה עֲקָרָה — נִפְקֶדֶת, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי עֲקִיבָא: אִם כֵּן, יֵלְכוּ כָּל הָעֲקָרוֹת כֻּולָּן וְיִסְתַּתְּרוּ, וְזוֹ שֶׁלֹּא קִלְקְלָה — נִפְקֶדֶת. אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁאִם הָיְתָה יוֹלֶדֶת בְּצַעַר — יוֹלֶדֶת בְּרִיוַּח, קְצָרִים — יוֹלֶדֶת אֲרֻוכִּים, שְׁחוֹרִים — יוֹלֶדֶת לְבָנִים, אֶחָד — יוֹלֶדֶת שְׁנַיִם.

Comme il a été enseigné : « elle sera innocentée et sera fécondée d'une descendance » — cela enseigne que si elle était stérile, elle est visitée ; ce sont les paroles de Rabbi Yichmael. Rabbi Akiva lui dit : s'il en est ainsi, toutes les femmes stériles iront s'isoler, et celle qui n'a pas mal agi sera visitée !

Cela enseigne plutôt que si elle enfantait dans la douleur, elle enfante dans l'aisance ; des courts, elle enfante des grands ; des noirs, elle enfante des blancs ; un seul, elle en enfante deux.

💡 Explication

La baraita expose la mahloket. Rabbi Akiva refuse la lecture de Rabbi Yichmael pour un motif pratique : elle transformerait l'isolement volontaire en moyen d'obtenir des enfants, ce qui reviendrait à encourager la mise en soupçon. Il réduit donc la promesse à une amélioration des naissances à venir.

13
מַאי ״אִם רָאָה תִּרְאֶה״ — דִּבְּרָה תּוֹרָה כִּלְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם.

Que signifie alors « si voir tu vois » ? La Tora s'est exprimée dans la langue des hommes.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי "אִם רָאֹה תִּרְאֶה"? דִּבְּרָה תּוֹרָה כִּלְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם. אַף עַל גַּב דִּדְבָרִים אֵלּוּ שֶׁל רְאֵה תִּרְאֶה, בְּלָאו הָכִי הֵם לְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם, כִּי הֵם דִּבְרֵי חַנָּה, הֻוצְרַךְ לוֹמַר בָּזֶה דִּבְּרָה תּוֹרָה, כִּי עֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אִם חַנָּה אָמְרָה לָשׁוֹן כָּפוּל כִּלְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם, לָמָּה נִכְתְּבוּ בְּסֵפֶר הַנָּבִיא בְּכֶפֶל, לְכָךְ מְשַׁנֵּי דִּבְּרָה תּוֹרָה כִּלְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם, שֶׁמְּיַיפֶּה הַדִּבּוּר עַל יְדֵי הַכֶּפֶל.
« Que signifie si voir tu vois ? La Tora s'est exprimée dans la langue des hommes. » Bien que ces mots, « voir tu vois », soient de toute façon un langage humain, puisqu'ils sont les paroles de Hanna, il a fallu dire ici « la Tora s'est exprimée », car on peut encore objecter : si Hanna a employé une expression doublée à la manière des hommes, pourquoi ces mots ont-ils été écrits doubles dans le livre du prophète ? Il répond donc : la Tora s'est exprimée dans la langue des hommes, car le doublement embellit la parole.
💡 Explication

Selon Rabbi Akiva, le doublement du verbe ne porte aucune deracha : c'est une tournure ordinaire de la langue. La règle dibra Tora kilchon benei adam sert ici à neutraliser un appui textuel devenu inutile.

14
״בְּעָנִי אֲמָתְךָ״. ״אַל תִשְׁכַּח אֶת אֲמָתֶךָ״. ״וְנָתַתָּה לַאֲמָתְךָ״.

« Dans l'affliction de ta servante » ; « n'oublie pas ta servante » ; « et tu donneras à ta servante ».

💡 Explication

La guemara isole les trois occurrences du mot amatekha, ta servante, dans le même verset. La répétition appelle une explication, donnée au segment suivant.

15
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: שָׁלֹשׁ אֲמָתוֹת הַלָּלוּ לָמָּה? — אָמְרָה חַנָּה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, שְׁלֹשָׁה בִּדְקֵי מִיתָה בָּרָאתָ בָּאִשָּׁה, וְאָמְרִי לָהּ: שְׁלֹשָׁה דְּבָקִי מִיתָה. וְאֵלּוּ הֵן: נִדָּה, וְחַלָּה וְהַדְלָקַת הַנֵּר. כְּלוּם עָבַרְתִּי עַל אַחַת מֵהֶן?! —

Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : pourquoi ces trois « ta servante » ? Hanna dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, tu as créé dans la femme trois épreuves de mort — et certains disent : trois attaches de mort — et les voici : nidda, halla et l'allumage de la lampe.

Ai-je transgressé l'une d'elles ?

📜 Rachi (3)
שָׁלֹשׁ אֲמִתּוּת דָּרֵישׁ לְהוּ לְשׁוֹן מִיתָה:
Il les interprète au sens de mort.
בִּדְקֵי מִיתָה שֶׁהָאִשָּׁה נִבְדֶּקֶת בָּהֶן בִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה שֶׁאִם יִמָּצֵא בָּהּ אֶחָד מֵהֶם תָּמוּת:
La femme est examinée par elles à l'heure du danger : si l'une d'elles se trouve en défaut chez elle, elle meurt.
נִדָּה וְחַלָּה וְהַדְלָקַת נֵר שֶׁל שַׁבָּת עַל ג' עֲבֵרוֹת הַלָּלוּ נָשִׁים מֵתוֹת וְטַעֲמָא יָלֵיף בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (ד' לא:):
De chabbat. Pour ces trois transgressions les femmes meurent, et la raison en est apprise au traité Chabbat (31b).
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁלֹשׁ אֲמָתוֹת הַלָּלוּ לָמָּה? נִרְאֶה לִי בס"ד מִלְּבַד טַעַם הַגְּמָרָא, זָכְרָה ג' פְּעָמִים אֲמִתּוּת כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה גִּלְגּוּלִים, וְהַייְנוּ רָחָב שֶׁנְּשָׂאָהּ יְהוֹשֻׁעַ נִתְגַּלְגְּלָה בְּחֶבֶר הַקֵּינִי, וְחָבֵר הַקְּנֵי נִתְגַּלְגְּלָה בְּחַנָּה, נִמְצָא הִיא שְׁלִישִׁית, וּמַה שֶׁאָמְרוּ בִּדְקֵי מִיתָה שֶׁהֵם נִדָּה חָלָה הַדְלָקָה, זָכְרָה ג' אֵלֶּה כִּי מִי שֶׁאֵין לוֹ בָּנִים חָשׁוּב כְּמֵת, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרָה רָחֵל (בְּרֵאשִׁית ל, א) הָבָה לִּי בָנִים וְאִם אַיִן מֵתָה אָנֹכִי, וְלָכֵן הַנִּזְהָר בִּשְׁלֹשָׁה אֵלֶּה שֶׁהֵם בִּדְקֵי אוֹ דְּבָקִי מִיתָה, רָאוּי שֶׁיִּהְיֶה מֻוצָּל מִן הַמִּיתָה שֶׁל חֶסְרוֹן הַבָּנִים, גַּם אֵלּוּ בְּלָאו הָכִי מְסֻוגָּלִים לַבָּנִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּמִדְרְשֵׁי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל.
« Pourquoi ces trois ta servante ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'outre la raison de la guemara, elle a mentionné trois fois « servante » en face de trois guilgoulim : à savoir Rahav que Yehochoua épousa, qui se réincarna en Hever le Keni, et Hever le Keni qui se réincarna en Hanna ; elle se trouve donc être la troisième. Et quant à ce qu'ils ont dit, les épreuves de mort que sont nidda, halla et l'allumage, elle a mentionné ces trois-là parce que celui qui n'a pas d'enfants est considéré comme mort, ainsi que le dit Rahel (Genèse 30,1) « donne-moi des enfants, et sinon je suis morte ». Aussi celle qui prend garde à ces trois mitsvot, qui sont des épreuves ou des attaches de mort, mérite d'être sauvée de la mort que constitue l'absence d'enfants ; de plus, ces mitsvot sont de toute façon propices aux enfants, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, dans les midrachim.
💡 Explication

La deracha joue sur la proximité de ama, servante, et de mita, mort. Les trois occurrences renvoient aux trois mitsvot par lesquelles, selon Chabbat 31b, la femme est examinée à l'heure du danger : nidda, halla et l'allumage de la lampe de chabbat. Hanna plaide donc son mérite avant de demander.

16
״וְנָתַתָּ לַאֲמָתְךָ זֶרַע אֲנָשִׁים״.

« Et tu donneras à ta servante une descendance d'hommes. »

17
מַאי ״זֶרַע אֲנָשִׁים״? אָמַר רַב: גַּבְרָא בְּגֻובְרִין. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: זֶרַע שֶׁמּוֹשֵׁחַ שְׁנֵי אֲנָשִׁים, וּמַאן אִינּוּן — שָׁאוּל וְדָוִד. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: זֶרַע שֶׁשָּׁקוּל כִּשְׁנֵי אֲנָשִׁים, וּמַאן אִינּוּן — מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן. שֶׁנֶּאֱמַר: ״מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן בְּכֹהֲנָיו וּשְׁמוּאֵל בְּקֹורְאֵי שְׁמוֹ״. וְרַבָּנָן אָמְרִי: ״זֶרַע אֲנָשִׁים״ — זֶרַע שֶׁמֻּובְלָע בֵּין אֲנָשִׁים.

Que signifie « une descendance d'hommes » ? Rav a dit : un homme parmi les hommes.

Chmouel a dit : une descendance qui oindra deux hommes ; et qui sont-ils ? Chaoul et David.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : une descendance qui pèse autant que deux hommes ; et qui sont-ils ? Moche et Aharon, ainsi qu'il est dit « Moche et Aharon parmi ses cohanim, et Chemouel parmi ceux qui invoquent son nom ».

Et les Sages disent : « une descendance d'hommes » — une descendance qui se fond parmi les hommes.

📜 Rachi (1)
שֶׁמֻּובְלָע בֵּין אֲנָשִׁים רַב דִּימֵי מְפָרֵשׁ לָהּ לֹא אָרֹוךְ וְלֹא גּוּץ וְכוּ':
Rav Dimi l'explique : ni grand ni trapu, etc.
🗂️ Tossefot (1)
גַּבְרָא בְּגֻובְרִין פִּי' אָדָם שֶׁיְּהֵא חָשׁוּב לִימָּנוֹת בֵּין אֲנָשִׁים:
Explication : un homme qui soit assez considérable pour être compté parmi les hommes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב: גַּבְרָא בְּגֻובְרִין. צָרִיךְ לְהָבִין בס"ד עַל פִּי מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים תִּיקּוּן קַיִן הָיָה בְּזַרְעוֹ שֶׁל קֹרַח, וְהוּא שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה שֶׁיָּצָא מִבְּנֵי קֹרַח וְהָיָה מִצַּד הַטּוֹב שֶׁל קַיִן, עַייֵּן שָׁם, גַּם יָדוּעַ שַׂקִּין הוּא בְּסוֹד הַגְּבוּרוֹת לְכָךְ רָאָה קֹרַח אֵשׁ יוֹצֵא מְאַמְּתוֹ, שֶׁהוּא זַרְעוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה שֶׁיָּצָא מִבָּנָיו, וּבָזֶה שֶׁרָאָה אֵשׁ כִּי הוּא הָיָה מִבְּחִינַת קַיִן שֶׁהוּא גְּבוּרוֹת, וְהָאֵשׁ גְּבוּרָה, וּבָזֶה מוּבָן מַה שֶׁאָמַר גֶּבֶר בְּגֻובְרִין, כְּלוֹמַר גְּבַר שֶׁהוּא בְּגֻובְרִין, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּסוֹד הַגְּבוּרוֹת, ובסה"ק אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ בְּהַפְטָרַת נְשׂוּא פֵּרַשְׁתִּי בס"ד גֶּבֶר בְּגֻובְרִין, כִּי חַנָּה הָיְתָה גִּילְגּוּל חָבֵר הַקֵּינִי, נִמְצָא שְׁמוּאֵל הוּא גֶּבֶר שֶׁנּוֹלַד מִשְּׁנֵי זְכָרִין, אָבִיו אֶלְקָנָה וְאִמּוֹ חַנָּה הָיְתָה גַּם כֵּן גִּלְגּוּל זָכָר, וּבָזֶה יוּבָן גַּם כֵּן מַה שֶׁאָמְרָה זֶרַע אֲנָשִׁים, זֶרַע שֶׁמֻּבְלָע בֵּין אֲנָשִׁים, כִּי אָבִיו אִישׁ וְגַם אִמּוֹ נֶחְשֶׁבֶת אִישׁ לִהְיוֹתָהּ גִּילְגּוּל אִישׁ, וּבָזֶה יוּבָן מַה שֶׁאָמְרָה חַנָּה לְעֵיל אֲנִי הָאִשָּׁה הַנִּצֶּבֶת עִמְּכָה בָּזֶה, כְּלוֹמַר בְּגִלְגּוּל הֶעָבַר לֹא הָיִיתִי אִשָּׁה, אַךְ רַק עַתָּה אֲנִי הָאִשָּׁה הַנִּצֶּבֶת עִמְּכָה בְּגִלְגּוּל זֶה.
« Rav a dit : gavra begovrin. » Il faut le comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar haGuilgoulim : la réparation de Kayin se fit dans la descendance de Korah, c'est-à-dire le prophète Chemouel, la paix sur lui, qui sortit des fils de Korah et était du côté bon de Kayin ; voir là-bas. On sait aussi que Kayin relève du secret des <i>guevourot</i> ; c'est pourquoi Korah vit un feu sortir de sa lignée, qui est la descendance du prophète Chemouel, la paix sur lui, issue de ses fils. Et le fait qu'il ait vu un feu s'explique par là : Chemouel était de l'ordre de Kayin, qui est guevourot, et le feu est guevoura. Par là se comprend ce qui est dit « gevar begovrin », c'est-à-dire un homme qui est « dans les govrin », autrement dit dans le secret des guevourot. Et dans le livre saint Aderet Eliyahou, sur la haftara de Nasso, j'ai expliqué avec l'aide du Ciel « gevar begovrin » ainsi : puisque Hanna était le guilgoul de Hever le Keni, Chemouel se trouve être un homme ne de deux masculins, son père Elkana et sa mère Hanna, elle aussi guilgoul d'un masculin. Par là se comprend également ce qu'elle dit « une descendance d'hommes », une descendance qui se fond parmi les hommes : car son père est un homme, et sa mère elle-même est comptée comme un homme, étant le guilgoul d'un homme. Et par là se comprend aussi ce que Hanna dit plus haut « je suis la femme qui se tenait avec toi ici » : c'est-à-dire, dans le guilgoul passé je n'étais pas une femme ; c'est maintenant seulement que je suis la femme qui se tient avec toi, dans ce guilgoul-ci.
💡 Explication

Quatre lectures d'une même expression, selon la manière dont on relie zera à anashim. Trois d'entre elles font de l'expression une demande d'excellence : un homme d'exception, celui qui oindra deux rois, celui qui vaut Moche et Aharon. Les Sages la retournent : elle aurait demandé un fils qui ne se distingue en rien, et Rav Dimi, au segment suivant, en donne le détail.

🖼️ Schéma
zera anashim - une descendance d'hommes: quatre lectures Rav un homme parmi les hommes assez considérable pour être compté Chmouel qui oindra deux hommes Chaoul et David R. Yo'hanan qui pèse autant que deux hommes Moche et Aharon Psaumes 99,6 Les Sages qui se fond parmi les hommes détail donné par Rav Dimi Trois lectures demandent un homme hors du commun, la quatrième demande qu'il ne se remarque pas. Rachi: le mauvais œil prend prise sur celui dont on parle.
Les quatre lectures de zera anashim et leur point de partage.
18
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר לֹא אָרֹוךְ וְלֹא גּוּץ, וְלֹא קָטָן וְלֹא אַלָּם, וְלֹא צָחוֹר וְלֹא גִּיחוֹר, וְלֹא חָכָם וְלֹא טִפֵּשׁ.

Quand Rav Dimi arriva, il dit : ni grand ni trapu, ni menu ni épais, ni roux ni blanc à l'excès, ni sage ni sot.

📜 Rachi (4)
אַלָּם פִּי' עב:
Explication : épais.
צָחוֹר רו"ש בְּלַעַ"ז:
Rous en langue vernaculaire, c'est-à-dire roux.
גִּיחוֹר שֶׁהוּא לָבָן יוֹתֵר מִדַּאי:
Qui est blanc plus que de raison.
וְלֹא חָכָם יוֹתֵר מִדַּאי שֶׁלֹּא יִהְיֶה תֵּימַהּ בְּעֵינֵי הַבְּרִיּוֹת וּמִתּוֹךְ שֶׁנִּדְבָּרִין בּוֹ שׁוֹלֶטֶת בּוֹ עַיִן הָרַע:
Pas sage plus que de raison, afin qu'il ne soit pas un sujet d'étonnement aux yeux des gens ; car à force que l'on parle de lui, le mauvais œil prend prise sur lui.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לֹא אָרֹךְ וְלֹא גּוּץ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּרֵישׁ שַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ בְּמַדְרֵגוֹת הַנְּבוּאָה, כִּי מַדְרֵיגָה הָעֶלְיוֹנָה הוּא קוֹל בְּקוֹל וּשְׁנֵיהֶם שֶׁלּוֹ, וּמַדְרֵיגָה הַב' קוֹל בְּדִבּוּר וּשְׁנֵיהֶם שֶׁלּוֹ, וְעוֹד כַּמָּה מִינֵי מַדְרִיגוֹת אַחֲרֵיהֶם, וְהַמַּדְרֵיגָה שֶׁל קוֹל בְּקוֹל וּשְׁנֵיהֶם שֶׁלּוֹ לֹא זָכָה שׁוּם נָבִיא לָזֶה אֶלָּא רַק מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה, וּמַדְרֵיגָה שֶׁל קוֹל בְּדִבּוּר וּשְׁנֵיהֶם שֶׁלּוֹ זָכָה לָזֶה שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה וְלֹא זוּלָתוֹ, וּשְׁאָר הַמַּדְרֵגוֹת זָכוּ לָהֶם שְׁאָר הַנְּבִיאִים כָּל אֶחָד כְּפִי כּוֹחוֹ, עַייֵּן שָׁם, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (בַּמִּדְבָּר ז, פט) וַיִּשְׁמַע אֶת הַקּוֹל מִדַּבֵּר אֵלָיו, וְדָרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל 'קוֹל לוֹ קוֹל אֵלָיו' וְהָבֵן, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי (שְׁמוֹת יט, יט) וְהָאֱ-לֹהִים יַעֲנֶנּוּ בְּקוֹל, 'ב' קוֹל', וְזֶה שֶׁאָמַר לֹא אֶרֶךְ , כְּמוֹ מַדְרִיגַת מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה אֲשֶׁר מַעֲלֶה אֲרוּכָה לָהּ, שֶׁהָיְתָה קוֹל שֶׁלּוֹ כְּקוֹל שֶׁלּוֹ, וְלֹא גּוּץ , מַעֲלָה קְצָרָה שֶׁהוּא דִּבּוּר בְּדִבּוּר אוֹ הֶבֶל בְּהֶבֶל, אֶלָּא מַעֲלָה בֵּינוֹנִית, שֶׁהוּא קוֹל בְּדִבּוּר וּשְׁנֵיהֶם שֶׁלּוֹ, וְכַאֲשֶׁר זָכָה בֶּאֱמֶת לְכָךְ וּבָזֶה יוּבָן מַה שֶׁאָמַר אֶלְקָנָה (שְׁמוּאֵל א' א, כג) עֲשִׂי הַטּוֹב בְּעֵינַיִךְ שְׁבִי עַד גָּמְלֵךְ אֹתוֹ אַךְ יָקֵם ה' אֶת דְּבָרוֹ, נְבוּאָה נִזְרְקָה מִפִּיו, יָקֵם ה' אֶת דְּבָרוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל, יַעֲשֶׂה לוֹ קִימָה לְהַלְבִּישׁ בְּתוֹכוֹ קוֹל שֶׁתִּהְיֶה מַדְרֵגָתוֹ קוֹל בְּדִבּוּר, וְנִרְאֶה לִי שְׁמוּאֵל [377] הַנָּבִיא ע"ה שע"ח [378] כְּמִסְפַּר הַקּוֹל יָבֹא בְּדִיבּוּר [378] , אוֹ שְׁמוּאֵל כְּמִסְפַּר קוֹלוֹ יְהוּ בִּדְבָרוֹ [377] .
« Ni grand ni trapu. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, au début du Chaar Roua'h haKodech, à propos des degrés de la prophétie : le degré supérieur est <i>kol be-kol</i>, voix dans voix, les deux étant siennes ; le deuxième degré est <i>kol be-dibbour</i>, voix dans parole, les deux étant siennes ; et il y a encore plusieurs degrés après eux. Le degré de voix dans voix, les deux siennes, aucun prophète ne l'atteignit sinon Moche notre maître, la paix sur lui ; le degré de voix dans parole, les deux siennes, le prophète Chemouel, la paix sur lui, l'atteignit, et nul autre que lui ; et les autres degrés furent atteints par les autres prophètes, chacun selon sa force ; voir là-bas. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, le verset (Nombres 7,89) « et il entendit la voix qui lui parlait », que nos maîtres, de mémoire bénie, ont exposé « une voix à lui, une voix vers lui » ; comprends. Et par là j'ai expliqué (Exode 19,19) « et Elokim lui répondait par une voix » : deux voix. Et c'est ce qu'il dit « ni grand », comme le degré de Moche notre maître, la paix sur lui, dont le degré est élevé, sa voix étant comme sa voix ; « ni trapu », un degré court, qui est parole dans parole ou souffle dans souffle ; mais un degré moyen, qui est voix dans parole, les deux siennes, et c'est bien ce qu'il mérita en vérité. Par là se comprend ce que dit Elkana (I Samuel 1,23) « fais ce qui est bon à tes yeux, demeure jusqu'à ce que tu l'aies sevré, seulement que Hachem établisse sa parole » : une prophétie s'échappa de sa bouche ; que Hachem établisse la parole de Chemouel, qu'Il lui fasse un relèvement pour revêtir en lui une voix, de sorte que son degré soit voix dans parole. Et il me semble : Chemouel [377] le prophète, la paix sur lui, 378 comme le nombre de « hakol yavo bedibbour » [378], ou bien Chemouel comme le nombre de « kolo yehou bedavro » [377].
"זֶרַע אֲנָשִׁים", זֶרַע שֶׁמֻּבְלָע בֵּין אֲנָשִׁים. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁזָּכָה לִיקַּח נֶפֶשׁ נָדָב וַאֲבִיהוּא הַשְּׁקוּלִים כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל פָּסוּק (וַיִּקְרָא י' ג') בְּקִרְבִּי אֶקָּדֵשׁ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי נְבוּאָתוֹ מֻובְלַעַת בֵּין מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה וּבֵין אָחִיהָ הַשִּׁילֹנִי ע"ה, יַעַן כִּי מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה נִתְנַבֵּא מִן הַפָּנִים דִּתְרֵין פִּרְקִין קַדְמָאִין דְּנֶצַח וְהוֹד, וְכָל שֶׁכֵּן אֶל אֲחוֹרַיִם שֶׁלָּהֶם, אַךְ שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה נִתְנַבֵּא מִן הַפָּנִים דְּפִרְקָא קַדְמָאָה דְּנֶצַח בִּלְבַד, וְאַחֶיהָ הַנָּבִיא ע"ה נִתְנַבֵּא מֵאֲחוֹרַיִם דִּתְרֵין פִּרְקִין קַדְמָאִין דְּנֶצַח וְהוֹד, וְלֹא מִן הַפָּנִים, נִמְצָא שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה מִצַּד נְבוּאָתוֹ נִבְלָע בֵּין שְׁנֵי אֲנָשִׁים שֶׁהֵם מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה וְאַחֶיהָ ע"ה. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד מַה שֶׁאָמַר רַב דָּמֵי לֹא צָחוֹר וְלֹא גִּיחוֹר , פֵּירוּשׁ לֹא לָבָן בְּיוֹתֵר כְּמֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה שֶׁזָּכָה לִפְנִים שֶׁל תְּרֵין פִּרְקִין קַדְמָאִין דְּנֶצַח וְהוֹד, וְלֹא גִּיחוֹר, דְּלָא הֲוָה כְּאָחִיהָ הַנָּבִיא ע"ה שֶׁלֹּא זָכָה אֶלָּא לַאֲחוֹרַיִם דְּנֶצַח וְהוֹד דִּתְרֵין פִּרְקִין קַדְמָאִין, אֶלָּא בֵּינוֹנִי, שֶׁיִּזְכֶּה אֶל פָּנִים דְּפִרְקָא קַדְמָאָה דְּנֶצַח בִּלְבַד, וְגַם בָּזֶה מוּבָן בס"ד מַה שֶׁאָמַר לֹא קָטָן וְלֹא אִלֵּם , פֵּירוּשׁ לֹא קָטָן שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא מֵאֲחוֹרַיִם, וְלֹא אִלֵּם, כְּלוֹמַר עָב שֶׁיֵּשׁ לוֹ פָּנִים שֶׁל תְּרֵין פִּרְקִין קַדְמָאִין דְּנֶצַח וְהוֹד.
« Une descendance d'hommes, une descendance qui se fond parmi les hommes. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, qu'il mérita de recevoir l'âme de Nadav et Avihou, qui sont pesés comme Moche et Aharon, ainsi que l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, sur le verset (Lévitique 10,3) « par mes proches je serai sanctifié ». Ou bien il me semble que sa prophétie se fond entre celle de Moche notre maître, la paix sur lui, et celle d'Ahiya le Chilonite, la paix sur lui : car Moche notre maître prophétisait depuis la face des deux premiers perakim de netsa'h et hod, et à plus forte raison depuis leur revers ; tandis que le prophète Chemouel, la paix sur lui, prophétisait depuis la face du premier perek de netsa'h seulement, et le prophète Ahiya, la paix sur lui, prophétisait depuis le revers des deux premiers perakim de netsa'h et hod, et non depuis la face. Il se trouve donc que le prophète Chemouel, la paix sur lui, du côté de sa prophétie, se fond entre deux hommes, Moche notre maître, la paix sur lui, et Ahiya, la paix sur lui. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, ce que dit Rav Dimi « ni tsahor ni guihor » : pas blanc à l'extrême comme Moche notre maître, la paix sur lui, qui mérita la face des deux premiers perakim de netsa'h et hod ; et pas guihor, car il ne fut pas comme le prophète Ahiya, la paix sur lui, qui ne mérita que le revers de netsa'h et hod des deux premiers perakim ; mais moyen, méritant la face du premier perek de netsa'h seulement. Et par là se comprend aussi, avec l'aide du Ciel, ce qu'il dit « ni menu ni épais » : pas menu, celui qui n'a que le revers ; et pas épais, c'est-à-dire massif, celui qui a la face des deux premiers perakim de netsa'h et hod.
💡 Explication

Rav Dimi détaille la lecture des Sages : la demande porte sur la moyenne en tout, taille, corpulence, teint, intelligence. Rachi donne le motif du dernier couple : celui dont on parle beaucoup expose sa personne au mauvais œil.

Rachi glose tsahor par roux et guihor par un blanc excessif ; le français suit ici sa lecture.

19
״אֲנִי הָאִשָּׁה הַנִּצֶּבֶת עִמְּכָה בָּזֶה״, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מִכָּאן שֶׁאָסוּר לֵישֵׁב בְּתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה.

« Je suis la femme qui se tenait avec toi ici. » Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : de là, on apprend qu'il est interdit de s'asseoir à l'intérieur des quatre coudées de la prière.

📜 Rachi (1)
הַנִּצֶּבֶת עִמְּכָה מַשְׁמַע אַף הוּא עִמָּהּ בַּעֲמִידָה:
Cela implique que lui aussi se tenait debout avec elle.
🗂️ Tossefot (2)
[עִמְּכָה] עִמְּךָ מַשְׁמַע בְּתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת מִשּׁוּם דִּכְתִיב עִמְּכָה מָלֵא בְּהֵ"א כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא הָיָה יוֹשֵׁב בְּתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁלָּהּ כִּי אִם בַּחֲמִישִׁית:
« Avec toi » implique à l'intérieur des quatre coudées ; et parce qu'il est écrit imekha en écriture pleine, avec un hé, c'est-à-dire qu'il ne s'asseyait pas à l'intérieur de ses quatre coudées, mais dans la cinquième.
מִכָּאן שֶׁאָסוּר לֵישֵׁב בַּד' אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה בֵּין מִלְּפָנָיו (בֵּין מִלְּאַחֲרָיו) וּבֵין מִן הַצְּדָדִין וּפֵירְשׁוּ תְּשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים דַּוְקָא בְּיוֹשֵׁב וּבָטֵל אֲבָל אִם הָיָה עוֹסֵק בק"ש וּבְבִרְכוֹתֶיהָ וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם אֲפִילּוּ יוֹשֵׁב שַׁפִּיר דָּמֵי:
Que ce soit devant lui, derrière lui ou sur les côtés. Et la réponse des Gueonim a expliqué : uniquement lorsqu'il est assis et desœuvre ; mais s'il était occupé au Chema et à ses bénédictions ou à des choses semblables, même assis cela est admis.
💡 Explication

Le verset dit que Hanna se tenait avec Eli. Rachi en déduit que lui aussi était debout, donc qu'il n'a pas pu rester assis près d'une personne en prière. La halakha qui en sort délimite un espace de quatre coudées autour de celui qui prie.

Tossefot précisent deux points : le mot imekha est écrit plein, avec un hé de valeur cinq, ce qui situe Eli dans la cinquième coudée ; et l'interdit vise celui qui est assis desœuvre, non celui qui est occupé au Chema ou à ses bénédictions.

🖼️ Schéma
Les quatre coudées de la prière priant 4 coudées devant, derrière et sur les côtés (Tossefot) interdit de s'asseoir desœuvre Eli cinquième coudée hé = 5, imekha plein 4 amot occupé au Chema: permis même assis
L'espace interdit autour de celui qui prie, et la place d'Eli dans la cinquième coudée selon Tossefot.
20
״אֶל הַנַּעַר הַזֶּה הִתְפַּלָּלְתִּי״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שְׁמוּאֵל מוֹרֵה הֲלָכָה לִפְנֵי רַבּוֹ הָיָה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּשְׁחֲטוּ אֶת הַפָּר וַיָּבִיאוּ אֶת הַנַּעַר אֶל עֵלִי״. מִשּׁוּם ד״וַיִּשְׁחֲטוּ אֶת הַפָּר״ הֵבִיאוּ הַנַּעַר אֶל עֵלִי?

« C'est pour cet enfant que j'ai prié. » Rabbi Elazar a dit : Chemouel était de ceux qui tranchent une halakha devant leur maître, ainsi qu'il est dit « ils égorgèrent le taureau et amenèrent l'enfant à Eli ». Est-ce parce qu'« ils égorgèrent le taureau » qu'ils amenèrent l'enfant à Eli ?

📜 Rachi (1)
אֶל הַנַּעַר הַזֶּה עַל זֶה וְלֹא לְאַחַר מִכָּאן שֶׁחָטָא לְעֵלִי וְרָצָה לְעָנְשׁוֹ וּלְהִתְפַּלֵּל שֶׁיִּנָּתֵן לָהּ בֵּן אַחֵר:
Pour celui-ci, et pas pour un autre après lui. De là on apprend qu'il avait fauté envers Eli, que celui-ci voulait le punir, et prier pour qu'un autre fils lui soit donné.
💡 Explication

La guemara relève une incohérence dans le verset : l'égorgement du taureau et le fait d'amener l'enfant à Eli n'ont aucun lien apparent. La question ouvre le récit des segments suivants, qui explique ce qui s'est passé entre les deux.

Rachi rattache aussi le « cet enfant » à la suite : Hanna refuse un autre fils parce qu'Eli voulait punir celui-ci.

21
אֶלָּא, אָמַר לָהֶן עָלַי: קָרְאוּ כֹּהֵן, לַיְּתֵי וְלִשְׁחוֹט. חֲזַנְהוּ שְׁמוּאֵל דַּהֲווֹ מְהַדְּרִי בָּתַר כֹּהֵן לְמִישְׁחַט, אֲמַר לְהוּ: לָמָּה לְכוּ לְאַהְדּוֹרֵי בָּתַר כֹּהֵן לְמִישְׁחַט? שְׁחִיטָה בְּזָר כְּשֵׁרָה! אַיְּיתוּהוּ לְקַמֵּיהּ דְּעֵלִי. אֲמַר לֵיהּ: מְנָא לָךְ הָא? אֲמַר לֵיהּ: מִי כְּתִיב ״וְשָׁחַט הַכֹּהֵן״?! ״וְהִקְרִיבוּ הַכֹּהֲנִים״ כְּתִיב, מִקַּבָּלָה וְאֵילָךְ מִצְוַת כְּהֻונָּה, מִכָּאן לַשְּׁחִיטָה שֶׁכְּשֵׁרָה בְּזָר.

Mais voici : Eli leur dit : appelez un cohen, qu'il vienne égorger. Chemouel les vit qui cherchaient un cohen pour égorger.

Il leur dit : pourquoi chercher un cohen pour égorger ? La chehita par un non-cohen est valable !

On l'amena devant Eli. Il lui dit : d'où tiens-tu cela ?

Il lui répondit : est-il écrit « et le cohen égorgera » ? Il est écrit « et les cohanim offriront » : à partir de la réception du sang et au-delà, c'est la mitsva de la kehouna.

De là, on apprend que la chehita est valable par un non-cohen.

📜 Rachi (1)
וְהִקְרִיבוּ הַכֹּהֲנִים אָמְרוּ בְּפֶרֶק קַמָּא דַּחֲגִיגָה (ד' יא.) וְהִקְרִיבוּ זֶה קַבָּלַת הַדָּם:
Ils ont dit au premier chapitre de Haguiga (11a) : « et ils offriront », c'est la réception du sang.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חֲזַנְהוּ שְׁמוּאֵל דַּהֲווֹ מְהַדְּרִי בָּתַר כֹּהֵן לְמִשְׁחַט. אֲמַר לְהוּ: לָמָּה לְכוּ לְאַהְדּוֹרֵי בָּתַר כֹּהֵן לְמִשְׁחַט? שְׁחִיטָה בְּזָר, כְּשֵׁרָה. אַיְתוֹהוּ לְקַמֵּיהּ דְּעֵלִי. אֲמַר לֵיהּ: מְנָא לָךְ הָא? הַדָּבָר יִפָּלֵא אֵיךְ עֵלִי שֶׁהָיָה שׁוֹפֵט וְכֹהֵן גָּדוֹל לֹא יָדַע דִּין זֶה שֶׁהוּא פָּשׁוּט וְגַם רָגִיל תָּמִיד, וְאֵיךְ כָּל הַכֹּהֲנִים הָיוּ טוֹעִין חָס וְחָלִילָה בְּדִין זֶה לַחְשֹׁוב שֶׁשְּׁחִיטָה פְּסוּלָה בְּזָר? וְעוֹד יֵשׁ קֻושְׁיָא גְּדוֹלָה וַעֲצוּמָה מֵאַחַר שֶׁעָלַי שֶׁהוּא כֹּהֵן גָּדוֹל וְשׁוֹפֵט אָמַר לָהֶם קִרְאוּ כֹּהֵן לֵיתֵי וְלִשְׁחֹט, אֵיךְ הֵם עָבְרוּ עַל הוֹרָאָתוֹ שֶׁל עֵלִי וְעָשׂוּ מַעֲשֶׂה עַל פִּי הוֹרָאַת שְׁמוּאֵל, שֶׁהָיָה עוֹדֶנּוּ קָטָן בֶּן שְׁתֵּי שָׁנִים, הַנִּשְׁמָע כָּזֹאת?! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְעוֹלָם יָדַע עֵלִי דִּשְׁחִיטָה כְּשֵׁרָה בְּזָר, וְיָדַע נָמֵי הַטַּעַם דְּאָמַר שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה, וְגַם הַכֹּהֲנִים יוֹדְעִים דְּמִדִּינָא כְּשֵׁרָה בְּזָר, וְרַק הֵם הָיוּ נוֹהֲגִים שֶׁלֹּא לִשְׁחֹוט אֶלָּא כֹּהֵן, כְּדֶרֶךְ שֶׁאָמְרוּ בְּיוֹמָא פ"ז עַל שָׂעִיר הַכֹּל כְּשֵׁרִין לְהוֹלִיכוֹ, אֶלָּא שֶׁעָשׂוּ הַכֹּהֲנִים קֶבַע וְלֹא הָיוּ מַנִּיחִין אֶת יִשְׂרָאֵל לְהוֹלִיכוֹ, אָמַר ר' יוֹסִי מַעֲשֶׂה וְהוֹלִיכוֹ עַרְסִילָא וּמִצְּפִירָא מִצִּיפּוֹרִי וְיִשְׂרָאֵל הָיָה, עַייֵּן שָׁם, וְכֵן בָּזֶה כָּךְ הָיָה מִנְהָגָם וְלֹא מִדִּינָא, וְלָכֵן אָמַר לָהֶם עֵלִי קִרְאוּ כֹּהֵן לֵיתֵי וְלִשְׁחֹט לְקַייֵּם הַמִּנְהָג, וְלָאו אִיכָּא חִיּוּב מִן הַדִּין, וְעַל זֶה הָיוּ מַחֲזִירִים אַחַר כֹּהֵן, וּכְשֶׁרָאָה אוֹתָם שְׁמוּאֵל מַשְׁהִין שְׁחִיטַת הַקָּרְבָּן עַד שֶׁיִּמְצְאוּ כֹּהֵן הֶדְיוֹט לִשְׁחֹוט, אָמַר לָהֶם לָמָּה לְכוּ לְאַהְדּוֹרֵי בָּתַר כֹּהֵן לְמִשְׁחַט? , כֵּיוָן דְּמִדִּינָא שְׁחִיטָה כְּשֵׁרָה בְּזָר, וְרַק מִנְהָג בְּעָלְמָא דְּאִית לְכוּ לְמִשְׁחַט כֹּהֵן, אֵין רָאוּי לְהַשְׁהוֹת הַמִּצְוָה בַּעֲבוּר הַמִּנְהָג הַזֶּה, כֵּיוָן דְּאֵין מָצוּי עַתָּה לִפְנֵיכֶם כֹּהֵן הַיּוֹדֵעַ לִשְׁחֹוט יִשְׁחַט זָר, וִיקַבֵּל כֹּהֵן אֶת הַדָּם, וְלֹא תַּחְמִיצוּ הַמִּצְוָה, וְהֵמָּה רָאוּ דְּבָרָיו טוֹבִים וּנְכוֹחִים, דְּמִשּׁוּם מִנְהָג בְּעָלְמָא אֵין לְהַחְמִיץ הַמִּצְוָה, וְלֹא הֻוצְרְכוּ לִשְׁאֹל אֶת פִּי עֵלִי עַל דָּבָר זֶה, אִם יְעַכְּבוּ הַמִּצְוָה בַּעֲבוּר לְקַיֵּים הַמִּנְהָג כִּי הֵמָּה רָאוּ דִּבְרֵי שְׁמוּאֵל בָּזֶה נְכֹוחִים, דְּכָל כְּהַאי גַּווְנָא וַדַּאי לֵיתָא לַמִּנְהָג, וְעָשׂוּ מַעֲשֶׂה בְּכָךְ, וְאַחַר כָּךְ כַּאֲשֶׁר הֻוגַּד לְעֵלִי הַדָּבָר הַזֶּה, אָמַר לָהֶם שֶׁיָּבִיאוּ הַנַּעַר לְפָנָיו, וַאֲמַר לֵיהּ מְנָא לָךְ הָא? רָצָה לְנַסּוֹתוֹ אִם יָדַע טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר מֵהֵיכָא נָפֵיק לֵיהּ דִּשְׁחִיטָה כְּשֵׁרָה בְּזָר, וְהֵשִׁיב מֵהָכָא נָפְקָא, מִי כְּתִיב וְשָׁחַט הַכֹּהֵן , וְאָמַר לוֹ עָלַי מֵימָר שַׁפִּיר קָא אָמְרַתְּ , כָּפַל לְשׁוֹנוֹ בָּזֶה, שֶׁלֹּא אָמַר לוֹ שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ בִּלְבַד, כִּיוֵּן בָּזֶה עַל שְׁתֵּי אֲמִירוֹת, הָא' מַה שֶׁאָמַרְתָּ שְׁחִיטָה כְּשֵׁרָה בְּזָר, וְהָא' מַה שֶׁאָמַרְתָּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּלָא כְּתִיב וְשָׁחַט הַכֹּהֵן, אִי נָמֵי רָמַז עַל שְׁתֵּי אֲמִירוֹת, הָא' מַה שֶׁאָמַר שֶׁאֵין לְהַחְמִיץ הַמִּצְוָה מִשּׁוּם מִנְהָג בְּעָלְמָא, וְהַב' מַה שֶׁאָמַר מוֹצֵא הַדִּין מֵהֵיכָא, נִרְאֶה לִי דִּשְׁחִיטָה כְּשֵׁירָה בְּזָר, מִיהוּ, מוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבָּךְ אַתְּ , וְאַף עַל גַּב דְּאוֹתוֹ הַיּוֹם הוּא שֶׁהֲבֵאתוֹ אִמּוֹ, וְכָל הַתּוֹרָה הַזֹּאת שֶׁהָיָה יוֹדְעֵי לְמִדָּה מֵאָבִיו, אוֹ מֵרַב אַחֵר בִּהְיוֹתוֹ בְּעִירוֹ, עִם כָּל זֶה יֵשׁ לְעֵלִי דִּין רַב עָלָיו, מִשּׁוּם שֶׁהָיָה שׁוֹפֵט וְרַב מֻובְהָק, וְאֵין רְשׁוּת לְשׁוּם אָדָם לְהוֹרוֹת הֲלָכָה בִּמְקוֹמוֹ, וְעוֹד כֵּיוָן שֶׁהֲבֵאתוֹ אִמּוֹ אוֹתוֹ הַיּוֹם לִהְיוֹת תַּלְמִיד לְעֵלִי וּלְשַׁמְּשׁוֹ, נַעֲשָׂה לְעֵלִי דִּין רַב עָלָיו תֵּיכֶף מֵאוֹתוֹ הַיּוֹם, וּבְעִנְיַן הַשָּׂגָתוֹ שֶׁהָיָה בֶּן שְׁתֵּי שָׁנִים וְהָיָה חָכָם גָּדוֹל, נִתְפָּרֵשׁ דָּבָר זֶה כְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל. [בְּנָיָהוּ: מַה שֶׁהִקְשֵׁיתִי וְתֵרַצְתִּי בַּדָּבָר בסה"ק בֶּן יְהוֹיָדָע, מָצָאתִי כֵּן בְּסֵפֶר הַגָּאוֹן הצל"ח זַ"ל ע"ש.]
« Chemouel les vit qui cherchaient un cohen pour égorger. Il leur dit : pourquoi chercher un cohen pour égorger ? La chehita par un non-cohen est valable. On l'amena devant Eli. Il lui dit : d'où tiens-tu cela ? » La chose étonne : comment Eli, qui était juge et grand prêtre, ignorait-il cette loi simple et d'usage constant, et comment tous les cohanim se seraient-ils trompés, à D.ieu ne plaise, en cette loi, au point de croire la chehita invalide par un non-cohen ? Il y a de plus une difficulté considérable : puisque Eli, grand prêtre et juge, leur dit « appelez un cohen, qu'il vienne égorger », comment ont-ils passé outre à sa décision et agi selon la décision de Chemouel, qui n'était alors qu'un enfant de deux ans ? Entend-on chose pareille ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité Eli savait que la chehita est valable par un non-cohen, et connaissait également la raison qu'a dite le prophète Chemouel, la paix sur lui ; les cohanim aussi savaient que, selon la loi stricte, elle est valable par un non-cohen. Simplement, ils avaient pour usage de ne faire égorger que par un cohen, à la manière de ce qui est dit dans Yoma 87 a propos du bouc : tous sont aptes à le conduire, mais les cohanim en firent une règle fixe et ne laissaient pas un Israël le conduire ; Rabbi Yossi dit : il arriva qu'Arsela de Sepphoris le conduisit, et il était Israël ; voir là-bas. Ici de même, tel était leur usage, non la loi. C'est pourquoi Eli leur dit « appelez un cohen, qu'il vienne égorger », pour maintenir l'usage, et non parce qu'il y a obligation selon la loi ; c'est pour cela qu'ils cherchaient un cohen. Et quand Chemouel les vit retarder la chehita du korban jusqu'à trouver un cohen ordinaire pour égorger, il leur dit « pourquoi chercher un cohen pour égorger ? » : puisque selon la loi la chehita est valable par un non-cohen, et qu'il n'y a là qu'un usage de faire égorger par un cohen, il ne convient pas de retarder la mitsva à cause de cet usage ; puisqu'il ne se trouve pas devant vous maintenant de cohen sachant égorger, qu'un non-cohen égorge et qu'un cohen reçoive le sang, et ne laissez pas s'aigrir la mitsva. Ils virent que ses paroles étaient bonnes et justes, car pour un simple usage on ne laisse pas s'aigrir la mitsva, et ils n'eurent pas besoin de consulter Eli sur ce point, à savoir s'il fallait retarder la mitsva pour maintenir l'usage, car ils virent que les paroles de Chemouel étaient justes, puisqu'en pareil cas l'usage assurément ne tient pas ; et ils agirent ainsi. Ensuite, lorsque la chose fut rapportée à Eli, il leur dit d'amener l'enfant devant lui, et il lui dit « d'où tiens-tu cela ? » : il voulait l'éprouver, pour savoir s'il connaissait la raison de la chose et d'où il tirait que la chehita est valable par un non-cohen ; et il répondit que cela se tire d'ici, « est-il écrit et le cohen égorgera ? ». Et Eli lui dit « ce que tu dis est juste » : il redoubla son expression, sans se contenter de dire « tu as bien dit », visant par là deux propos : le premier, ce qu'il avait dit, que la chehita est valable par un non-cohen ; le second, ce qu'il avait dit de la raison, à savoir qu'il n'est pas écrit « et le cohen égorgera ». Ou bien il faisait allusion à deux propos : le premier, qu'on ne laisse pas s'aigrir la mitsva pour un simple usage ; le second, d'où se tire la loi. « Il me semble que la chehita est valable par un non-cohen ; toutefois, tu es de ceux qui tranchent une halakha devant leur maître. » Et bien que ce jour-là fût celui où sa mère l'amena, et que toute cette Tora, il l'eût apprise de son père ou d'un autre maître lorsqu'il était dans sa ville, malgré tout Eli avait sur lui statut de maître, parce qu'il était juge et maître éminent, et que nul n'a le droit de trancher une halakha en son lieu ; de plus, puisque sa mère l'amena ce jour-là pour être disciple d'Eli et le servir, Eli acquit sur lui statut de maître dès ce jour même. Quant à la portée de son intelligence, puisqu'il avait deux ans et était déjà un grand sage, la chose a été expliquée selon les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie. [Benayahou : ce que j'ai demandé et résolu sur ce point dans le livre saint Ben Yehoyada, je l'ai trouvé de même dans le livre du gaon le Tselah, de mémoire bénie ; voir là-bas.]
💡 Explication

La démonstration est purement textuelle. Le verset n'attribue au cohen que le verbe hikriv, offrir, que la guemara identifie à la kabbalat hadam, la réception du sang dans le vase. Ce qui précède cette étape, donc la chehita, reste valable par un zar, un non-cohen.

Le problème n'est plus la halakha, qui est juste, mais le lieu où elle a été dite : devant Eli.

22
אֲמַר לֵיהּ: מֵימָר שַׁפִּיר קָא אָמְרַתְּ, מִיהוּ מוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבָּךְ אַתְּ, וְכָל הַמּוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבּוֹ חַיָּיב מִיתָה. אָתְיָא חַנָּה וְקָא צָוְוחָה קַמֵּיהּ: ״אֲנִי הָאִשָּׁה הַנִּצֶּבֶת עִמְּכָה בָּזֶה וְגוֹ׳״. אֲמַר לָהּ: שֶׁבָּקִי לִי דְּאֶעְנְשֵׁיהּ, וּבָעֵינָא רַחֲמֵי, וְיָהֵיב לָךְ רַבָּא מִינֵּיהּ. אָמְרָה לֵיהּ: ״אֶל הַנַּעַר הַזֶּה הִתְפַּלָּלְתִּי״.

Il lui dit : ce que tu dis est juste, toutefois tu es de ceux qui tranchent une halakha devant leur maître, et quiconque tranche une halakha devant son maître est passible de mort. Hanna vint et cria devant lui : « je suis la femme qui se tenait avec toi ici, etc. ».

Il lui dit : laisse-moi le punir, et je demanderai miséricorde, et l'on t'en donnera un plus grand que lui. Elle lui répondit : « c'est pour cet enfant que j'ai prié ».

🗂️ Tossefot (1)
מוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבָּךְ אַתְּ וְאַף ע"פ שֶׁלֹּא לָמַד עֲדַייִן בְּפָנָיו מ"מ גְּדוֹל הַדּוֹר הָיָה וּבָא לִלְמֹוד לְפָנָיו:
Et bien qu'il n'eût pas encore étudié devant lui, il était malgré tout le plus grand de la génération, et l'enfant était venu étudier devant lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לָהּ: שָׁבְקִי לִי דְּאַעֲנִישֵׁיהּ, וּבְעֵינָא רַחֲמֵי וְיָהֵיב לָךְ רַבָּה מִינֵּיהּ. קַשָּׁא וַהֲלֹא אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַמּוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבּוֹ חַיָּב מִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם, וְאִם כֵּן אִם הִיא לֹא תִּרְצֶה מִן הַשָּׁמַיִם יַעֲשׂוּ מִשְׁפָּט? וְעוֹד אֵין צֹורֶךְ בְּמַעֲשֶׂה עָלַי כִּי דָּבָר זֶה מָסוּר בִּידֵי שָׁמַיִם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֵאַחַר שֶׁהָיָה קָטָן בֶּן ב' שָׁנִים לֹא יַעֲנִישׁוּהוּ מִן הַשָּׁמַיִם, וּלְכָךְ הָיָה רוֹצֶה עָלַי לִגְזֹור עָלָיו מִיתָה בְּפִיו, מִיהוּ קַשָּׁא וַהֲלֹא גַּם עֲנוֹשׁ לַצַּדִּיק לֹא טוֹב, וְלָמָּה כָּל כָּךְ הָיָה מִשְׁתַּדֵּל לְהַעֲנִישׁוֹ, וְאִם מִן הַשָּׁמַיִם לֹא הָיוּ עוֹשִׂין בּוֹ דִּין מִשּׁוּם דְּאֵינוֹ בַּר עוֹנְשִׁין, כָּל שֶׁכֵּן הוּא שֶׁצָּרִיךְ לְרַחֵם עָלָיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכַוָּנָתוֹ הָיְתָה לְטוֹבָה, כִּי הוּא יָדַע שֶׁבָּא לָעוֹלָם עַל יְדֵי תְּפִלַּת אִמּוֹ, וְחָשַׁב שֶׁלֹּא יִהְיֶה לוֹ חַיִּים הַרְבֵּה אֶלָּא יְמוֹת קָטָן, דְּדָמֵי לְהָא שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ כָּל מִי שֶׁהוּא מִסִּיטְרָא דְּנֻוקְבָּא אֵין לוֹ חַיִּים אֲרֻוכִּים וְיָמוּת קָטָן , וּכְדַהֲוָה בַּחֲבַקּוּק וְכַיּוֹצֵא, וְלָכֵן גַּם הוּא שֶׁבָּא עַל יְדֵי תְּפִילַּת אִמּוֹ כֵּן יִהְיֶה לוֹ, וּמָה הֲנָאָה לְאִמּוֹ אִם בְּקָרוֹב יִפָּטֵר מִן הָעוֹלָם, וְלָכֵן בִּקֵּשׁ לְהַעֲנִישׁוֹ כְּדֵי שֶׁיִּתְחַייֵּב הוּא לְהִתְפַּלֵּל עָלֶיהָ שֶׁתִּתְעַבֵּר בְּיֶלֶד אַחֵר, וְזֶה וַדַּאי יִחְיֶה כֵּיוָן שֶׁבָּא עַל יְדֵי תְּפִלָּתוֹ, וְלָזֶה אָמַר וְיָהֵיב לָךְ רַבָּה מִינֵּיהּ , כִּי זֶה זוּטָר בְּשָׁנִים, אֲבָל הַבָּא עַל יְדֵי תְּפִילָּתִי יִהְיֶה רַבָּא בְּשָׁנִים, וְהָשִׁיבָה לוֹ אֶל הַנַּעַר הַזֶּה הִתְפַּלָּלְתִּי! אֶל הַנַּעַר הַיָּדוּעַ, שֶׁהָיְתָה בַּת קוֹל אוֹמֶרֶת 'עָתִיד צַדִּיק אֶחָד לַעֲמֹד וּשְׁמוֹ שְׁמוּאֵל', וְכָל אִשָּׁה שֶׁהָיְתָה יוֹלֶדֶת בֵּן הָיְתָה מוֹצִיאָה שְׁמוֹ שְׁמוּאֵל, וְכֵיוָן שֶׁהָיוּ רוֹאִין אֶת מַעֲשָׂיו אוֹמְרִים אֵין זֶה שְׁמוּאֵל, וְכֵיוָן שֶׁנּוֹלַד זֶה וְרוֹאִין אֶת מַעֲשָׂיו אוֹמְרִים כִּמְדֻומִּין אֲנַחְנוּ שֶׁזֶּה הוּא, עַד כָּאן לְשׁוֹן הַמִּדְרָשׁ, וְלָזֶה אָמַר חַנָּה לְעֵלִי כֵּיוָן שֶׁחָכְמָתוֹ וּמַעֲשָׂיו מוֹכִיחִין שֶׁזֶּה הוּא שֶׁהִכְרִיזָה עָלָיו בַּת קוֹל, אִם כֵּן וַדַּאי יִחְיֶה וְיָאִיר עֵינֵי יִשְׂרָאֵל, שֶׁהַבַּת קוֹל הִכְרִיזָה עַל צַדִּיק שֶׁיִּגְדַּל וְיִהְיֶה נָבִיא וְיָאִיר עֵינֵי יִשְׂרָאֵל, וְכַאֲשֶׁר הָיָה כֵּן בֶּאֱמֶת, וְעַל כֵּן אֵין לָחוּשׁ מַחְשָׁשָׁה זוֹ שֶׁלְּךָ, שֶׁאַתָּה חוֹשֵׁב שֶׁהוּא יִפָּטֵר עַתָּה בְּלָאו הָכִי בִּהְיוֹתוֹ קָטָן, מִפְּנֵי שֶׁאֵין לוֹ חַיִּים, כִּי אֶל הַנַּעַר הַזֶּה הַיָּדוּעַ וּמְפֹורָשׁ בְּבַת קוֹל הִתְפַּלַּלְתִּי, וְזֶה וַדַּאי יִחְיֶה וְיַאֲרִיךְ יָמִים.
« Il lui dit : laisse-moi le punir, et je demanderai miséricorde, et l'on t'en donnera un plus grand que lui. » Il y a une difficulté : nos maîtres, de mémoire bénie, ont pourtant dit que celui qui tranche une halakha devant son maître est passible de mort par le Ciel ; si donc elle n'y consent pas, le Ciel fera justice de lui-même. Et de plus, l'acte d'Eli est inutile, puisque cette affaire est remise entre les mains du Ciel. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que puisqu'il était un enfant de deux ans, le Ciel ne l'aurait pas puni ; c'est pourquoi Eli voulait décréter sur lui la mort par sa propre bouche. Mais il reste une difficulté : punir un juste n'est pas bon non plus, et pourquoi s'appliquait-il tellement à le punir ? Si le Ciel ne devait pas exercer sur lui de jugement parce qu'il n'est pas justiciable, à plus forte raison lui-même devait-il en avoir pitié. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que son intention était bonne : il savait que l'enfant était venu au monde par la prière de sa mère, et il pensa qu'il n'aurait pas une longue vie mais mourrait jeune, à l'image de ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, dans le saint Zohar : quiconque est du côté féminin n'a pas de longue vie et meurt jeune, comme ce fut le cas pour Habakouk et d'autres semblables. Aussi pensait-il qu'il en irait de même pour celui qui est venu par la prière de sa mère. Or quel profit sa mère en tirerait-elle s'il quitte bientôt le monde ? C'est pourquoi il demanda à le punir, afin d'être lui-même tenu de prier pour elle qu'elle conçoive un autre enfant ; et celui-là vivrait assurément, puisqu'il viendrait par sa prière à lui. C'est le sens de « et l'on t'en donnera un plus grand que lui » : car celui-ci est petit en années, tandis que celui qui viendra par ma prière sera grand en années. Et elle lui répondit « c'est pour cet enfant que j'ai prié » : l'enfant connu, car une bat kol proclamait « un juste doit se lever, et son nom est Chemouel », et toute femme qui enfantait un fils lui donnait le nom de Chemouel ; mais quand on voyait ses actes, on disait : celui-ci n'est pas Chemouel. Et lorsque celui-ci naquit et qu'on vit ses actes, on dit : il nous semble que c'est lui ; ainsi s'exprime le midrach. Hanna dit donc à Eli : puisque sa sagesse et ses actes prouvent qu'il est celui que la bat kol a proclamé, il vivra assurément et éclairera les yeux d'Israël, car la bat kol a proclamé un juste destiné à grandir, à être prophète et à éclairer les yeux d'Israël — et il en fut ainsi en vérité. Il n'y a donc pas lieu de craindre ce que tu crains, en pensant qu'il quittera maintenant le monde de toute façon, étant petit, parce qu'il n'a pas de vie ; car « c'est pour cet enfant », l'enfant connu et désigné par la bat kol, « que j'ai prié », et celui-là vivra assurément et prolongera ses jours.
💡 Explication

La halakha de Chemouel est reconnue exacte, et cela ne le sauve pas : la faute vise le lieu de la parole, devant son maître, et sa sanction est une mort par le Ciel. Tossefot expliquent qu'Eli avait rang de maître à son égard des lors qu'il était le plus grand de la génération et que l'enfant venait étudier devant lui.

La réponse de Hanna referme la boucle du folio : le verset « pour cet enfant j'ai prié » sert à la fois de preuve textuelle et de refus d'un remplacement.

23
״וְחַנָּה הִיא מְדַבֶּרֶת עַל לִבָּהּ״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִמְרָא: עַל עִסְקֵי לִבָּהּ. אָמְרָה לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, כָּל מַה שֶּׁבָּרָאתָ בָּאִשָּׁה, לֹא בָּרָאתָ דָּבָר אֶחָד לְבַטָּלָה: עֵינַיִם לִרְאוֹת, וְאָזְנַיִם לִשְׁמֹועַ, חֹוטֶם לְהָרִיחַ, פֶּה לְדָבָר, יָדַיִם לַעֲשׂוֹת בָּהֶם מְלָאכָה, רַגְלַיִם לְהַלֵּךְ בָּהֶן, דַּדִּים לְהָנִיק בָּהֶן. דַּדִּים הַלָּלוּ שֶׁנָּתַתָּ עַל לִבִּי לָמָּה? לֹא לְהָנִיק בָּהֶן?! תֵּן לִי בֵּן, וְאָנִיק בָּהֶן.

« Et Hanna parlait sur son cœur. » Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : au sujet des affaires de son cœur. Elle dit devant Lui : Maître du monde, de tout ce que tu as créé dans la femme, tu n'as rien créé en vain : des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un nez pour sentir, une bouche pour parler, des mains pour faire un ouvrage, des pieds pour marcher, des seins pour allaiter.

Ces seins que tu as placés sur mon cœur, pourquoi ? N'est-ce pas pour allaiter ?

Donne-moi un fils, et j'allaiterai avec eux.

🪔 Ben Yehoyada (2)
רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, כָּל מַה שֶּׁבָּרָאתָ בָּאִשָּׁה, לֹא בָּרָאתָ דָּבָר אֶחָד לְבַטָּלָה, עֵינַיִם לִרְאוֹת, וְאָזְנַיִם לְשַׁמֵּעַ, חֲטָם לְהָרִיחַ, פֶּה לַדָּבָר, יָדַיִם לַעֲשׂוֹת בָּהֶם מְלָאכָה, רַגְלַיִם לְהַלֵּךְ בָּהֶם, דַּדִּים לְהָנִיק בָּהֶם. קָשֶׁה לָמָּה הֻוצְרְכָה לִפְרֹוט אֵיבָרִים אֵלּוּ, כִּי כָּל אֵלּוּ נִכְלְלוּ בְּמַה שֶׁאָמְרָה לֹא בָּרָאתָ דָּבָר אֶחָד לְבַטָּלָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד זָכְרָה חֲמִשָּׁה אֵבָרִים אֵלּוּ שֶׁבָּהֶם תְּלוּיִם חֲמִשָּׁה חוּשִׁים, שֶׁהֵם 'רְאִיָּה שְׁמִיעָה רֵיחַ דִּיבּוּר מִישּׁוּשׁ', שֶׁהֵם עִיקְּרֵי פְּעֻולּוֹת הַגּוּף, וְרוֹמְזִים לְמָקוֹם עֶלְיוֹן שֶׁהִיא נִזְהֲרָה וְלֹא פָּגְמָה בָּהֶם, כְּדֵי לְעוֹרֵר עַל עַצְמָהּ הָרַחֲמִים וּמְלִיצַת יֹושֶׁר בְּרֶמֶז דַּק, וְזָכְרָה הַדַּדִּים בָּאַחֲרוֹנָה כִּי מֵהֶם עִיקַּר תְּבִיעָתָהּ וְטַעֲנָתָהּ, וְעוֹד כִּי חַנָּה הִיא בְּסוֹד הַבִּינָה שֶׁהִיא שֵׁם ס"ג כְּמִנְיַן חַנָּה [63] , וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל נָתַן הקב"ה לְאִשָּׁה דַּדִּים בִּמְקוֹם בִּינָה שֶׁהֵם סְמוּכִים לַלֵּב, וְנֶאֱמַר בִּפְתִיחָא בִּינָה לִיבָּא.
« Maître du monde, de tout ce que tu as créé dans la femme, tu n'as rien créé en vain : des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un nez pour sentir, une bouche pour parler, des mains pour faire un ouvrage, des pieds pour marcher, des seins pour allaiter. » Il est difficile de comprendre pourquoi elle a dû détailler ces organes, puisque tous sont déjà compris dans ce qu'elle a dit, « tu n'as rien créé en vain ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle a mentionné ces cinq organes parce que d'eux dépendent les cinq sens, vue, ouïe, odorat, parole et toucher, qui sont les opérations principales du corps et font allusion à un lieu supérieur ; elle y avait pris garde et ne les avait pas altérés, et elle voulait ainsi éveiller sur elle-même la miséricorde et une plaidoirie favorable, par une allusion subtile. Elle a mentionné les seins en dernier, car c'est d'eux que vient l'essentiel de sa demande et de son argument. De plus, Hanna relève du secret de <i>bina</i>, qui est le nom de valeur 63, comme le compte de Hanna [63] ; et nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit : le Saint béni soit-Il a donné à la femme les seins à la place de bina, car ils sont proches du cœur, et il est dit dans la petiha « bina, c'est le cœur ».
דַּדִּים הַלָּלוּ שֶׁנָּתַתָּ עַל לִבִּי, לָמָּה? לֹא לְהָנִיק בָּהֶם? תֵּן לִי בֵּן וְאָנִיק בָּהֶן. קַשָּׁא כֵּיוָן שֶׁבָּא בְּטַעֲנַת דַּדִּים הַלָּלוּ לָמָּה?, מְנָא לָהּ לִתְבֹּועַ וּלְבַקֵּשׁ בֵּן זָכָר סַגִּי לָהּ בִּנְקֵבָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הִיא אָמְרָה דַּדִּים הַלָּלוּ שֶׁנָּתַתָּ עַל לִבִּי, לָמָּה, הוֹסִיפָהּ דְּבָרִים בְּחָכְמָה בְּמַה שֶׁאָמְרָה עַל לִבִּי כְּדֵי לְבַקֵּשׁ בָּזֶה בֶּן זָכָר, וְהַיְינוּ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל חֶסֶד עָשָׂה הקב"ה שֶׁנָּתַן בָּאִשָּׁה הַדַּדִּים בִּמְקוֹם בִּינָה, כְּלוֹמַר סְמוּכִים לַלֵּב שֶׁשָּׁם בִּינָה, וּבְוַדַּאי תּוֹעֶלֶת הַחֶסֶד הַזֶּה עִיקָּרוֹ לִזְכָרִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם עֵסֶק הַתּוֹרָה, וּצְרִיכִים לַהֲבָנָה יְתֵירָה, וְזֶה שֶׁאָמְרָה דַּדִּים הַלָּלוּ שֶׁנָּתַתָּ עַל 'לִבִּי' דַּייְקָא, שֶׁהוּא מְקוֹם בִּינָה לָמָּה, עַל כֵּן תֵּן לִי בֵּן זָכָר שֶׁיִּינַק מִמְּקוֹם בִּינָה, כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לוֹ הֲבָנָה לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה.
« Ces seins que tu as placés sur mon cœur, pourquoi ? N'est-ce pas pour allaiter ? Donne-moi un fils, et j'allaiterai avec eux. » Il y a une difficulté : puisqu'elle vient avec l'argument de ces seins, d'où tire-t-elle de réclamer et de demander un fils mâle, alors qu'une fille lui suffirait ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en disant « ces seins que tu as placés sur mon cœur, pourquoi », elle a ajouté des mots avec sagesse en disant « sur mon cœur », afin de demander par là un fils mâle. C'est ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : le Saint béni soit-Il a fait une faveur en donnant à la femme les seins à la place de bina, c'est-à-dire proches du cœur, où se tient bina. Or l'utilité de cette faveur vise principalement les mâles, qui ont l'affaire de la Tora et ont besoin d'une compréhension supérieure. C'est pourquoi elle dit « ces seins que tu as placés sur mon cœur » précisément, c'est-à-dire au lieu de bina, pourquoi ? Donne-moi donc un fils mâle, qui tétera depuis le lieu de bina, afin qu'il ait la compréhension nécessaire pour s'occuper de la Tora.
💡 Explication

La deracha part d'une anomalie de langue : le verset dit « al libba », sur son cœur, là où l'on attendrait « el libba », à son cœur. La prière de Hanna porte donc sur ce qui se trouve sur son cœur.

L'argument est celui d'une création sans superflu : chaque organe a sa fonction, donc ceux qui restent sans emploi réclament leur usage.

24
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִמְרָא: כָּל הַיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית בְּשַׁבָּת קוֹרְעִים לוֹ גְּזַר דִּינוֹ שֶׁל שִׁבְעִים שָׁנָה. וְאַף עַל פִּי כֵּן חוֹזְרִין וְנִפְרָעִין מִמֶּנּוּ דִּין עֹונֶג שַׁבָּת.

Et Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : quiconque siège dans un jeûne le jour de chabbat, on déchire pour lui un décret de soixante-dix ans. Et malgré cela, on lui redemande des comptes pour la loi du oneg chabbat.

📜 Rachi (1)
שֶׁל שִׁבְעִים שָׁנָה כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ נִגְזַר עָלָיו מִנְּעוּרָיו לְפִי שֶׁתַּעֲנִית קָשֶׁה בְּשַׁבָּת לְפִי שֶׁהַכֹּל מִתְעַנְּגִים בּוֹ וְהוּא מִתְעַנֶּה:
C'est-à-dire même s'il a été décrété contre lui depuis sa jeunesse ; car le jeûne est pénible le chabbat, puisque tous s'y délectent tandis que lui jeûne.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית בְּשַׁבָּת פֵּירֵשׁ רַ"ח בְּתַעֲנִית חֲלוֹם וְכֵן אִיתָא בְּמִדְרַשׁ תְּהִלִּים וּכְשֶׁיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית חֲלוֹם בְּשַׁבָּת פִּי' בה"ג שֶׁאוֹמֵר עֲנֵנוּ בֶּאֱ-לֹהַי נְצֹור וַאֲפִילּוּ קוֹבֵעַ בְּרָכָה לְעַצְמוֹ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ בְּתוֹךְ י"ח:
Rabbenou Hananel a expliqué : il s'agit d'un jeûne de rêve ; et il en est de même dans le Midrach Tehilim. Et lorsqu'on siège dans un jeûne de rêve le chabbat, le Behag a expliqué que l'on dit Anenou dans « Elokai netsor » ; et même si l'on institué ainsi une bénédiction pour soi-même, cela convient, puisque ce n'est pas à l'intérieur des dix-huit.
💡 Explication

La guemara enchaîne sur une autre parole du même maître. Le jeûne du chabbat vaut un mérite exceptionnel, parce qu'il se tient à contre-courant du jour ; il laisse pourtant une dette, celle du oneg chabbat, la délectation du jour.

Tossefot restreignent le cas au taanit halom, le jeûne que l'on prend à la suite d'un mauvais rêve, et rappellent la place du Anenou dans Elokai netsor.

25
מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לִיתֵּיב תַּעֲנִיתָא לְתַעֲנִיתָא.

Quel est son remède ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : qu'il siège dans un jeûne pour son jeûne.

📜 Rachi (1)
תַּעֲנִיתָא לְתַעֲנִיתָא יִתְעַנֶּה לְמָחָר:
Qu'il jeûne le lendemain.
💡 Explication

La réparation est de même nature que la faute : il jeûne un autre jour, en semaine, pour le jeûne pris le chabbat.

26
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: חַנָּה הֵטִיחָה דְּבָרִים כְּלַפֵּי מַעְלָה. שֶׁנֶּאֱמַר ״וַתִּתְפַּלֵּל עַל ה׳״, מְלַמֵּד שֶׁהֵטִיחָה דְּבָרִים כְּלַפֵּי מַעְלָה.

Et Rabbi Elazar a dit : Hanna a lancé des paroles vers le haut, ainsi qu'il est dit « elle pria sur Hachem » ; cela enseigne qu'elle a lancé des paroles vers le haut.

📜 Rachi (1)
וְתִתְפַּלֵּל עַל ה' כָּךְ כָּתוּב הוּא בַּמִּקְרָא וְלָא גָּרְסִינַן הָכָא אַל תִּקְרֵי:
C'est ainsi qu'il est écrit dans l'Écriture, et l'on ne lit pas ici la formule « al tikri ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְלַמֵּד שֶׁהֵטִיחָה דְּבָרִים כְּלַפֵּי מַעְלָה. הִנֵּה כָּל דְּבַר קֹושִׁי שֶׁאֵינוֹ אֱמֹור עַל דֶּרֶךְ הַכָּבוֹד נִקְרָא טִיחָה, וְלָכֵן בַּפָּסוּק (אִיּוֹב א, כב) וְלֹא נָתַן תִּפְלָה לֵא-לֹהִים, תַּרְגּוּמוֹ וְלֹא סֵדֶר מִילֵּי מִטְחָא, אַךְ צָרִיךְ לְהָבִין מִי הִתִּיר לָהֶם לְדַבֵּר דְּבָרִים קָשִׁים כְּנֶגֶד כְּבוֹדוֹ יִתְבָּרֵךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי וַדַּאי הֵם כִּיוְּנוּ בִּדְבָרִים אֵלּוּ כַּוָּנָה שֶׁל כָּבוֹד, שֶׁיֵּשׁ לִדְבָרִים אֵלּוּ מַשְׁמָעוּת אַחֶרֶת שֶׁהִיא עַל דֶּרֶךְ הַכָּבוֹד וְהָרָאוּי, וְאֵין בָּהֶם קֹושִׁי כְּלָל, וְרַק מַשְׁמָעוּת הַגְּלוּיָה שֶׁבָּהֶם הִיא נִרְאֵית קֹושִׁי, וְלָזֶה אָמַר הָטִיחַ דְּבָרִים לְשׁוֹן טָחוּ אֶת הַתַּנּוּר בְּשֻׁומָּן שֶׁל בָּשָׂר בִּזְבָחִים, וְכֵן לְהָטִיחַ גַּגּוֹ הוּא צָרִיךְ בַּגְּמָרָא דְּבֵיצָה, כְּלוֹמַר הֵם הוֹצִיאוּ מִפִּיהֶם דְּבָרִים מְתֻוקָּנִים, אַךְ טָחוּ אִתָּם בְּמַשְׁמָעוּת שֶׁהוּא קֹושִׁי, כִּי זוֹ הַמַּשְׁמָעוּת הַנִּגְלֵית בָּהֶם הִיא שֶׁל קֹושִׁי, וְלָזֶה אָמַר כְּלַפֵּי מַעְלָה כִּי לִפְנֵי אוֹתִיּוֹת מַעְלָה יֵשׁ פגמ"ו , כְּלוֹמַר הַדִּיבּוּר טָחוּ אוֹתוֹ בִּפְגָמוֹ, דְּהַייְנוּ בְּמַשְׁמָעוּת הַפּוֹגֶמֶת אוֹתוֹ, אֲבָל הֵם יֵשׁ לָהֶם מַשְׁמָעוּת אַחֶרֶת שֶׁל כָּבוֹד נִסְתֶּרֶת בִּדְבָרִים אֵלּוּ, וְאִם תֹּאמַר גַּם בִּכְהַאי גַּוְונָא אֵיךְ לֹא חָשׁוּ מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, לְשֵׁמַע אֹוזֶן הַשּׁוֹמֵעַ שֶׁיָּבִין הַדְּבָרִים כְּמַשְׁמָעוּת הַנִּגְלוֹת? וְנִרְאֶה לִי דְּוַדַּאי דְּבָרִים אֵלּוּ לָאו מִדִּילְהוֹן אִינּוּן, אֶלָּא הקב"ה שָׂם אוֹתָם בְּפִיהֶם, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל ב' כג, ב) רוּחַ ה' דִּבֶּר בִּי וּמִלָּתוֹ עַל לְשׁוֹנִי, כִּי רָצָה הקב"ה שֶׁיּוֹצִיאוּ מִפִּיהֶם דְּבָרִים לְטוֹבַת יִשְׂרָאֵל שֶׁהַגִּלּוּי שֶׁלָּהֶם קֹושִׁי, וְהוּא יִתְבָּרֵךְ יְקַבְּלֵם בְּחִיבָּה וּבְרָצוֹן, כְּדֵי שֶׁעַל יְדֵי כֵּן גַּם הַמַּלְאָכִים יִתְחַזְּקוּ לְדַבֵּר קֹושִׁי נֶגֶד מִידַּת הַדִּין, בַּעֲבוּר טוֹבַת יִשְׂרָאֵל וְלֹא יָחוּשׁוּ עַל עַצְמָן פֶּן יִהְיוּ נֶעֱנָשִׁים בְּכָךְ.
« Cela enseigne qu'elle a lancé des paroles vers le haut. » Toute parole dure, qui n'est pas dite sur le mode du respect, est appelée <i>tiha</i>, un jet d'enduit. C'est pourquoi le verset (Job 1,22) « et il n'imputa rien d'inconvenant à D.ieu » est traduit par le targoum « et il n'ordonna pas des paroles de tiha ». Il faut comprendre : qui leur a permis de dire des paroles dures à l'encontre de sa gloire, qu'Il soit béni ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils visaient assurément, par ces paroles, une intention de respect, car ces paroles ont un autre sens, celui du respect et de ce qui convient, et il n'y a en elles aucune dureté ; seul leur sens apparent paraît dur. C'est pourquoi il dit « il a lancé des paroles », du langage de « on a enduit le four de graisse de viande » dans Zevahim, où de « il a besoin d'enduire son toit » dans la guemara de Betsa : c'est-à-dire qu'ils ont fait sortir de leur bouche des paroles bien ordonnées, mais qu'ils les ont enduites d'un sens qui est dur, car le sens apparent qui s'y trouve est un sens dur. Et c'est pourquoi il dit « vers le haut », <i>kelapei maala</i> : car devant les lettres du mot <i>maala</i> se trouvent les lettres qui forment <i>pegamo</i>, son altération ; c'est-à-dire qu'ils ont enduit la parole de son altération, autrement dit du sens qui l'altère, alors qu'ils ont en elles un autre sens, de respect, caché dans ces paroles. Et si tu dis : même ainsi, comment n'ont-ils pas craint pour l'honneur du Ciel devant l'oreille de qui entend et comprend les paroles selon leur sens apparent ? Il me semble que ces paroles, assurément, ne venaient pas d'eux : c'est le Saint béni soit-Il qui les a mises dans leur bouche, ainsi qu'il est dit (II Samuel 23,2) « l'esprit de Hachem a parlé en moi et sa parole est sur ma langue ». Car le Saint béni soit-Il voulait qu'ils fassent sortir de leur bouche, pour le bien d'Israël, des paroles dont le sens apparent est dur, et Lui, qu'Il soit béni, les reçoit avec affection et bienveillance ; afin que par là les anges eux aussi prennent force pour parler durement contre la mesure de rigueur, pour le bien d'Israël, sans craindre pour eux-mêmes d'être punis pour cela.
💡 Explication

La deracha repose de nouveau sur la préposition : le verset dit « al Hachem », sur, la où l'usage attendrait « el Hachem », vers. Rachi précise qu'il n'y a pas lieu d'invoquer ici la formule al tikri, puisque le mot est écrit ainsi dans le verset.

27
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵלִיָּהוּ הֵטִיחַ דְּבָרִים כְּלַפֵּי מַעְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה הֲסִבֹּתָ אֶת לִבָּם אֲחֹרַנִּית״. אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר רַבִּי יִצְחָק: מִנַּיִן שֶׁחָזַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְהוֹדָה לוֹ לְאֵלִיָּהוּ,

Et Rabbi Elazar a dit : Eliyahou a lancé des paroles vers le haut, ainsi qu'il est dit « et toi, tu as fait retourner leur cœur en arrière ». Rabbi Chmouel fils de Rabbi Yits'hak a dit : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il est revenu et a donné raison à Eliyahou,

📜 Rachi (1)
שֶׁחָזַר וְהוֹדָה לְאֵלִיָּהוּ לִדְבָרָיו הוֹדָה לְאַחַר זְמַן בִּנְבוּאַת נְבִיאִים אֲחֵרִים:
Il a donné raison à ses paroles plus tard, par la prophétie d'autres prophètes.
💡 Explication

Le folio se referme sur le début d'un second exemple : la prière d'Eliyahou au mont Carmel, qui impute au Ciel l'égarement du peuple. La réponse, en 32a, apportera le verset montrant que le Saint béni soit-Il lui a donné raison plus tard.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).