Berakhot 32a — La défense d'Israël après le Veau d'or : les trois versets, la richesse qui fait fauter, et la prière de Moshe

Berakhot 32a

Sougya : Le folio poursuit la grande section aggadique sur la prière. Il s'ouvre sur trois versets qui, selon Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina, tiennent Israël debout au jugement : ils attestent que le penchant au mal vient du Créateur, donc qu'Israël dispose d'un argument de défense.

De là, la guemara passe à Moché, qui a parlé durement en direction du Haut, et lit dans le mot Di Zahav de Deutéronome 1 une plaidoirie : c'est l'or donné en abondance qui a produit le Veau. Trois paraboles développent ce principe (le lion, la vache et les vesces, le fils conduit devant la porte des prostituées), puis la guemara montre que Hachem lui-même a concédé ce point.

Suit le récit du plaidoyer : « descends de ta grandeur », « laisse-Moi » entendu comme l'aveu que tout dépend de Moché, la parabole du roi et de son fils, Moché saisissant le vêtement, la chaise à trois pieds. Le mot vayehal reçoit alors six lectures successives.

Le daf se ferme sur les arguments tirés du serment fait par le Nom et de ce que diront les nations, sur l'aveu « J'ai pardonné selon ta parole », et sur la règle de Rabbi Simlai : ordonner d'abord la louange, prier ensuite.

Berakhot 32a - le fil du folio 1. Trois versets de défense (seg. 0-3) Hachem a créé le yetser hara : Israël a de quoi répondre au jugement. Rav Papa ajoute un 4e verset. 2. Moché parle durement vers le Haut (seg. 4-6) Lecture al au lieu de el ; ou bien le mot Di Zahav de l'ouverture du Deutéronome. 3. L'or a causé le Veau (seg. 7-12) Trois paraboles : le lion sur la viande, la vache nourrie de vesces, le fils devant la mauvaise porte. Hachem concède le point (Osée 2,10). 4. Tout dépend de Moché (seg. 13-17) Descends de ta grandeur ; puis laisse-Moi, entendu comme un aveu. Parabole du roi et de son fils. Chaise à trois pieds contre chaise à un pied. 5. Vayehal : six lectures (seg. 18-22) Maladie, annulation du vœu, don de sa vie, miséricorde qui repose, profane, fièvre des os. 6. Deux arguments de fond (seg. 23-27) Le serment fait par Ton Nom est éternel ; et que diront les nations du monde ? 7. Hachem concède (seg. 28-30) J'ai pardonné selon ta parole. Heureux le disciple dont le maître lui donne raison. 8. La règle pratique (seg. 31) Rabbi Simlai : ordonner d'abord la louange, prier ensuite. Source : la prière de Moché. Le récit de la faute sert à établir une règle de prière Moché est ici le modèle du priant : il plaide, il argumente, il obtient. Le folio se termine sur un siman qui annonce la sougya suivante (32b).
Les huit étapes du folio : de la défense d Israël à la règle de la prière.
Les six lectures du mot vayehal (Exode 32,11) Un seul mot, six racines possibles : chaque maître y lit un autre acte de Moché. Maître Racine lue Ce que Moché a fait Rabbi Elazar HLH - tomber malade Il a prié jusqu'à en être rendu malade. Rava YHL - annuler un vœu Il a annulé le vœu, comme un tribunal délie un homme. Chmouel HLL - halal, le mort Il s'est livré à la mort pour eux : efface-moi de Ton livre. Rava au nom de Rav Yitshak HWL - faire reposer Il a fait reposer sur eux la midat harahamim. Les Sages HULIN - le profane Il a dit : agir ainsi serait profane pour Toi. Rabbi Eliezer le Grand AHILU - fièvre Il a prié jusqu'à ce que le feu des os le saisisse. Les quatre premières portent sur ce que Moché a obtenu ; les deux dernières sur ce qu'il a payé.
Les six lectures du mot vayehal : chaque racine donne un autre acte de Moshe.
La plaidoirie de Moché : six arguments et leur portée 1. C'est Toi qui les as enrichis Di Zahav : l'abondance a produit la faute. 2. Je ne Te lâche pas Laisse-Moi suppose qu'il Le tenait déjà. 3. Refus de la grande nation Chaise à trois pieds, chaise à un pied. 4. La honte devant les pères On dirait qu'il a demandé pour lui seul. 5. Le serment par Ton Nom Le Nom subsiste, donc le serment subsiste. 6. Que diront les nations Elles diront que la force a manqué. Réponse du Ciel J'ai pardonné selon ta parole (Nombres 14,20). École de Rabbi Yichmael : selon ta parole, les nations diront un jour exactement cela. Moché, tu M as fait vivre par tes paroles. Heureux le disciple dont le maître lui donne raison. Les arguments 1 à 4 écartent la sanction ; les arguments 5 et 6 obligent, pour ainsi dire, au pardon.
Les six arguments de Moshe et la réponse du Ciel.
1
דִּכְתִיב: ״וַאֲשֶׁר הֵרַעְתִּי״.

Ainsi qu'il est écrit : « et ceux à qui J'ai fait du mal ».

📜 Rachi (1)
דִּכְתִיב וַאֲשֶׁר הֲרֵעֹותִי רֵישָׁא דִקְרָא אֹוסְפָה הַצֹּולֵעָה וְהַנִּדָּחָה אֲקַבֵּצָה וַאֲשֶׁר הֲרֵעֹותִי אֲנִי גָּרַמְתִּי לָהֶם שֶׁבָּרָאתִי יֵצֶר הָרַע:
Le début du verset est : « Je rassemblerai celle qui boite et Je recueillerai celle qui a été repoussée » — puis « et ceux à qui J'ai fait du mal » : c'est Moi qui le leur ai causé, puisque J'ai créé le yetser hara (le penchant au mal).
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase commencée en 31b. Le verset de Michee 4,6 s'achève par une expression où Hachem dit avoir Lui-même fait du mal à Israël. Rachi précise la portée : ce mal est la création du yetser hara.

Ce verset sert de pièce à conviction dans une plaidoirie : si la source du penchant vient du Créateur, la responsabilité de l'homme cesse d'être entière.

🖼️ Schéma
Les versets qui tiennent Israël debout Michee 4,6 Ceux à qui J'ai fait du mal Rachi : J'ai créé le penchant au mal, donc J'en suis la cause. Aveu de la cause Jérémie 18,6 Comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous. L'homme est façonné. Absence de maîtrise Ezechiel 36,26 J'ôterai le cœur de pierre et Je donnerai un cœur de chair. La réparation dépend de Lui. Pouvoir de changer Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina Sans ces trois versets, nos jambes auraient fléchi au jugement. Rav Papa : un quatrième, plus net encore Ezechiel 36,27 : Je ferai que vous marchiez selon Mes lois.
Les trois versets de défense, plus celui de Rav Papa.
2
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: אִלְמָלֵא שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ נִתְמוֹטְטוּ רַגְלֵיהֶם שֶׁל שׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל.

Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit : sans ces trois versets, les jambes des ennemis d'Israël auraient fléchi.

📜 Rachi (2)
אִלְמָלֵא שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ שֶׁמְּעִידִין שֶׁיֵּשׁ בְּיַד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְתַקֵּן יִצְרֵנוּ וּלְהָסִיר יֵצֶר הָרַע מִמֶּנּוּ:
Sans ces trois versets : ils attestent qu'il est au pouvoir du Saint béni soit-Il de redresser notre penchant et d'ôter de nous le yetser hara.
נִתְמוֹטְטוּ רַגְלֵינוּ בַּמִּשְׁפָּט אֲבָל עַכְשָׁיו יֵשׁ לָנוּ פִּתְחוֹן פֶּה שֶׁהוּא גָּרַם לָנוּ שֶׁבָּרָא יֵצֶר הָרַע:
Auraient fléchi : nos jambes, au jugement. Mais désormais nous avons de quoi ouvrir la bouche, puisque c'est Lui qui nous l'a causé en créant le yetser hara.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִלְמָלֵא שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ, נִתְמוֹטְטוּ רַגְלֵיהֶם שֶׁל שׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל. נִרְאֶה לִי בְּוַדַּאי כִּי שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת אֵלּוּ לֹא יַצִּילוּ לְפָטְרָם בְּלֹא כְלוּם, אֶלָּא יוֹעִילוּ שֶׁלֹּא יִתְקַיֵּים מַאֲמַר הַנְּבוּאָה נֶפֶשׁ הַחוֹטֵאת הִיא תָּמוּת, כְּדִין עוֹבֵר עַל גְּזֵירַת מֶלֶךְ, אֶלָּא הקב"ה עוֹשֶׂה עִמּוֹ חֶסֶד לְקַבְּלוֹ בִּתְשׁוּבָה, וְיִנְהֹוג בּוֹ דִּין ד' חִלּוּקֵי כַּפָּרָה, וְלָזֶה אָמַר שְׁלֹשָׁה הֵמָּה מֵיטִיבֵי צָעַד, הֵם שְׁלֹושׁ מִקְרָאוֹת אֵלּוּ, וְאַרְבָּעָה מֵיטְבֵי לֶכֶת, הֵם אַרְבָּעָה חִלּוּקֵי כַּפָּרָה, וְהָא דְּאָמַר נִתְמוֹטְטוּ רַגְלֵיהֶם שֶׁהִזְכִּיר הַדָּבָר עַל הָרַגְלַיִם, נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אַף עַל פִּי שֶׁאָמַר הַנָּבִיא נֶפֶשׁ הַחַטָּאת הִיא תָּמוּת, עִם כָּל זֶה תּוֹרָה הִיא שֶׁאֵין זֶה אֶלָּא בִּיחִידִים אֲבָל בִּכְלָלוּת יִשְׂרָאֵל אִי אֶפְשָׁר לְקַיֵּים מִיתָה מַמָּשׁ שֶׁהוּא כְּלָיָה בַּר מִינָן, דְּאִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת כְּלָיָה בְּיִשְׂרָאֵל מִפְּנֵי שֶׁהֵם חֶלְקוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְרַק הַכַּוָּנָה שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם עֹונֶשׁ הֶחָשׁוּב בִּמְקוֹם מִיתָה, דְּהַייְנוּ 'עֲנִיּוּת' כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ עָנִי חָשׁוּב כְּמֵת, אָמְנָם עַל יְדֵי שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת אֵלּוּ גַּם מֵעֹונֶשׁ זֶה שֶׁהוּא עֲנִיּוּת לְכֻולָּם נִיצּוֹלִים יִשְׂרָאֵל, וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתְבוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (דְּבָרִים יא, ו) וְאֵת כָּל הַיְקוּם אֲשֶׁר בְּרַגְלֵיהֶם, זֶה מָמוֹנוֹ שֶׁל אָדָם שֶׁמַּעֲמִידוֹ עַל רַגְלָיו, וְלָזֶה אָמַר כָּאן אִלְמָלֵא שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ, נִתְמוֹטְטוּ רַגְלֵיהֶם, דְּהַיְינוּ מָמוֹנָם.
« Sans ces trois versets, les jambes des ennemis d'Israël auraient fléchi. » Il me semble certain que ces trois versets ne suffisent pas à les acquitter purement et simplement : ils servent à empêcher que s'accomplisse la parole de la prophétie « l'âme qui pèche, c'est elle qui mourra », comme il en va de celui qui transgresse le décret d'un roi. Le Saint béni soit-Il agit plutôt envers lui avec bonté pour l'accueillir dans la techouva, et applique à son égard la règle des quatre catégories d'expiation. C'est le sens de « trois marchent d'un beau pas » — ce sont ces trois versets — « et quatre ont belle allure » — ce sont les quatre catégories d'expiation. Quant à l'expression « leurs jambes auraient fléchi », qui rapporte la chose aux jambes : il me semble, avec l'aide du Ciel, que même si le prophète a dit « l'âme qui pèche, c'est elle qui mourra », c'est un enseignement reçu que cela ne vaut que pour des individus. Pour l'ensemble d'Israël, il est impossible d'appliquer une mort au sens propre, qui serait un anéantissement — que cela nous soit épargné —, car il ne peut y avoir d'anéantissement en Israël, puisqu'ils sont la part de Hachem. L'intention est donc qu'ils reçoivent la punition qui vaut à la place de la mort, c'est-à-dire la <b>pauvreté</b>, selon ce qu'on a dit : le pauvre est considéré comme mort. Or par ces trois versets, Israël échappe aussi à cette punition-là, la pauvreté générale. Et l'on connaît ce qu'ont écrit nos maîtres de mémoire bénie sur le verset « et tout le bien qui était à leurs pieds » (Deut. 11,6) : c'est l'argent de l'homme, qui le tient debout sur ses jambes. C'est pourquoi il est dit ici : sans ces trois versets, leurs jambes auraient fléchi, c'est-à-dire leurs biens.
💡 Explication

Les ennemis d'Israël est un euphémisme classique : la guemara évite d'énoncer directement une menace contre Israël et retourne l'expression. Il faut donc lire : les jambes d'Israël auraient fléchi.

L'image des jambes désigne la capacité à tenir debout devant le jugement. Le Ben Ich H'ai propose une seconde lecture : les jambes sont les biens matériels, qui maintiennent l'homme debout.

3
חַד דִּכְתִיב: ״וַאֲשֶׁר הֵרַעְתִּי״, וְחַד דִּכְתִיב: ״הִנֵּה כַחֹמֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר כֵּן אַתֶּם בְּיָדִי בֵּית יִשְׂרָאֵל״, וְחַד דִּכְתִיב: ״וַהֲסִרֹתִי אֶת לֵב הָאֶבֶן מִבְּשַׂרְכֶם וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב בָּשָׂר״.

Le premier est celui où il est écrit : « et ceux à qui J'ai fait du mal » ; le deuxième est celui où il est écrit : « voici, comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans Ma main, maison d'Israël » ; et le troisième est celui où il est écrit : « J'ôterai de votre chair le cœur de pierre et Je vous donnerai un cœur de chair ».

💡 Explication

Les trois versets forment une progression. Le premier (Michee 4,6) est un aveu de la cause. Le deuxième (Jérémie 18,6) énonce que l'homme est façonné comme une matière et n'a donc pas la pleine maîtrise de sa forme. Le troisième (Ezechiel 36,26) montre que la transformation du cœur dépend d'une intervention d'en haut.

4
רַב פָּפָּא אָמַר מֵהָכָא: ״וְאֶת רוּחִי אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם וְעָשִׂיתִי אֵת אֲשֶׁר בְּחֻקַּי תֵּלֵכוּ״.

Rav Papa a dit : c'est de là qu'on le tire — « Je mettrai Mon esprit au-dedans de vous et Je ferai que vous marchiez selon Mes lois ».

💡 Explication

Rav Papa trouve un appui plus direct. Le verset précédent parlait d'un changement de cœur ; celui-ci dit explicitement Je ferai que vous marchiez selon les lois, donc que la conduite elle-même dépend de Hachem.

5
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מֹשֶׁה הֵטִיחַ דְּבָרִים כְּלַפֵּי מַעְלָה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּתְפַּלֵּל מֹשֶׁה אֶל ה׳״ אַל תִּקְרֵי ״אֶל ה׳״, אֶלָּא ״עַל ה׳״.

Et Rabbi Elazar a dit : Moché a lancé des paroles en direction du Haut, ainsi qu'il est dit « et Moché pria vers ה' ». Ne lis pas « vers ה' » mais « contre ה' ».

📜 Rachi (1)
הַטִּיחַ לְשׁוֹן זְרִיקָה כְּמוֹ כִּמְטַחֲוֵי קֶשֶׁת (בְּרֵאשִׁית כא):
Hetiah : un terme de jet, comme dans « à une portée d'arc » (Genèse 21).
💡 Explication

La guemara passe des versets qui défendent Israël à l'audace de Moché. L'expression hetiah devarim klapei ma'ala désigne une parole hardie adressée vers le Haut. Rachi en donne le sens matériel : lancer, jeter, comme une flèche.

Le procédé exégétique consiste à lire la particule el (vers) comme al (contre), ce qui change la prière en reproche. Le segment suivant en donne la justification linguistique.

6
שֶׁכֵּן דְּבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב קוֹרִין לָאַלְפִין עַיְינִין, וּלְעַייְנִין אַלְפִין.

Car à l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov, on lisait les alef comme des ayin et les ayin comme des alef.

💡 Explication

Justification de la lecture précédente : dans cette école, les deux gutturales alef et ayin se prononçaient de façon interchangeable. Le mot écrit avec un alef pouvait donc s'entendre avec un ayin, transformant el en al.

7
דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי אָמְרִי, מֵהָכָא: ״וְדַי זָהָב״.

À l'école de Rabbi Yannai on disait : c'est de là — « et Di Zahav ».

💡 Explication

Une seconde source pour l'audace de Moché. Au début du Deutéronome, Moché énumère des lieux ; parmi eux figure Di Zahav, qu'aucune tradition géographique n'identifie. L'école de Rabbi Yannai y voit donc une allusion, développée au segment suivant.

8
מַאי ״וְדַי זָהָב״? אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: כָּךְ אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, בִּשְׁבִיל כֶּסֶף וְזָהָב שֶׁהִשְׁפַּעְתָּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, עַד שֶׁאָמְרוּ ״דַּי״ — הוּא גָּרַם שֶׁעָשׂוּ אֶת הָעֵגֶל.

Que signifie « et Di Zahav » ? On disait à l'école de Rabbi Yannai : ainsi a parlé Moché devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, à cause de l'argent et de l'or que Tu as déversés sur Israël jusqu'à ce qu'ils disent « assez » — c'est cela qui a fait qu'ils ont fabriqué le Veau.

💡 Explication

Le nom Di Zahav se décompose en dai (assez) et zahav (or). Moché n'énumère donc pas un lieu mais formule un argument : l'or donné en trop grande quantité a produit le Veau.

C'est cette parole qui est jugée hardie. Elle déplace la cause de la faute vers Celui qui a donné l'abondance.

9
אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: אֵין אֲרִי נוֹהֵם מִתּוֹךְ קֻופָּה שֶׁל תֶּבֶן אֶלָּא מִתּוֹךְ קֻופָּה שֶׁל בָּשָׂר.

On disait à l'école de Rabbi Yannai : le lion ne rugit pas du milieu d'une corbeille de paille, mais du milieu d'une corbeille de viande.

📜 Rachi (1)
אֵין אֲרִי נוֹהֵם שָׂמֵחַ וּמִשְׁתַּגֵּעַ וּמַזִּיק:
Le lion ne rugit pas : il se réjouit, s'excite et devient nuisible.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין אֲרִי נוֹהֵם מִתּוֹךְ קֻפָּה שֶׁל תֶּבֶן, אֶלָּא מִתּוֹךְ קֻפָּה שֶׁל בָּשָׂר. קַשָּׁא לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהָבִיא שְׁלֹשָׁה מְשָׁלִים בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיֵּשׁ שׁוֹגֵג קָרוֹב לְמֵזִיד , כְּמוֹ עִנְיַן לוֹט בַּלַּיְלָה הַשְּׁנִיָּה שֶׁכְּבָר יָדַע בָּרִאשׁוֹנָה שֶׁשְּׁתִיָּה תְּבִיאֵהוּ לְחֵטְא זֶה, לָמָּה שָׁתָה בַּשְּׁנִיָּה, וְהַב' מֵזִיד גָּמוּר , שֶׁעוֹשֶׂה הֶעָוֹן מִדַּעַת שְׁלֵימָה מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף אַךְ עוֹשֶׂה לְתֵיאָבוֹן, וְהַג' פָּשַׁע וּמָרַד , שֶׁאֵין לוֹ הֲנָאָה בַּדָּבָר וְחוֹטֵא לְהַכְעִיס, וְלָכֵן כְּנֶגֶד הַמֵּזִיד שֶׁעוֹשֶׂה מִדַּעַת לְתֵאָבוֹן, הֵבִיא מִשֶּׁל הָאֲרִי שֶׁדּוֹרֵס וְאוֹכֵל לְתֵאָבוֹן, וּכְנֶגֶד הַמֶּרֶד שֶׁאֵין לוֹ הֲנָאָה וְחוֹטֵא, הֵבִיא מִשֶּׁל הַפָּרָה שֶׁבּוֹעֶטֶת וְאֵין לָהּ הֲנָאָה מִזֶּה, וּכְנֶגֶד שׁוֹגֵג הַקָּרוֹב לְמֵזִיד הַדּוֹמֶה לְעִנְיַן לוֹט בַּלַּיְלָה הַשְּׁנִיָּה, הֵבִיא מִשֶּׁל הַבֵּן שֶׁהִרְחִיצוֹ וְסָכוֹ וְכוּ', וְהוֹשִׁיבוֹ עַל פֶּתַח זוֹנוֹת דְּאַף עַל פִּי שֶׁבְּעֵת שֶׁיָּשַׁב עַל הַפֶּתַח עֲדַיִין לֹא עָשָׂה הָעֲבֵירָה, עִם כָּל זֶה נִתְפָּס הוּא בְּכָךְ, דְּהָיָה לוֹ לַחְשֹׁוב בְּדַעְתּוֹ שֶׁסּוֹף יָבֹא לִידֵי עֲבֵירָה מַמָּשׁ, דְּהַמָּקוֹם הַהוּא גּוֹרֵם כָּךְ בְּוַדַּאי.
« Le lion ne rugit pas du milieu d'une corbeille de paille, mais du milieu d'une corbeille de viande. » On peut demander : pourquoi a-t-il fallu apporter trois paraboles sur ce point ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il existe une faute par inadvertance proche de la faute délibérée, comme dans le cas de Loth la seconde nuit : il savait déjà depuis la première que la boisson l'amènerait à cette faute, pourquoi donc a-t-il bu la seconde nuit ? Deuxièmement, la faute pleinement délibérée (<b>mezid</b>), où l'homme commet la transgression en pleine conscience du début à la fin, mais agit par appétit. Troisièmement, le crime et la révolte (<b>pécha</b> et <b>mered</b>), où il n'a aucun plaisir à la chose et faute pour irriter. Ainsi, face au mezid qui agit sciemment par appétit, il apporte la parabole du lion qui déchire et mange par appétit ; face à la révolte, où il n'y a nul plaisir et l'on faute tout de même, il apporte la parabole de la vache qui rue sans en tirer aucun plaisir ; et face à l'inadvertance proche du délibéré, semblable au cas de Loth la seconde nuit, il apporte la parabole du fils qu'on a lavé et oint, etc., et qu'on a assis à l'entrée des prostituées. Car bien qu'au moment où il s'assied à cette porte il n'ait pas encore commis la transgression, il en est déjà tenu pour responsable : il aurait dû se dire qu'il finirait par en venir à la transgression effective, ce lieu-là y conduisant à coup sûr.
💡 Explication

Première des trois paraboles. Le lion ne se met à rugir que lorsqu'il est repu de viande. La satiété produit l'excès, non le manque.

Rachi précise que le rugissement désigne ici une exaltation qui rend nuisible, ce qui applique l'image à la faute.

10
אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: מָשָׁל לְאָדָם שֶׁהָיְתָה לוֹ פָּרָה כְּחוּשָׁה וּבַעֲלַת אֵבָרִים, הֶאֱכִילָהּ כַּרְשִׁינִין וְהָיְתָה מְבַעֶטֶת בּוֹ. אָמַר לָהּ: מִי גָּרַם לִיךְ שֶׁתְּהֵא מְבַעֶטֶת בִּי — אֶלָּא כַּרְשִׁינִין שֶׁהַאֲכָלָתֵיךְ.

Rabbi Ochaya a dit : c'est comparable à un homme qui avait une vache maigre et de grands membres. Il lui donna des vesces, et elle se mit à ruer contre lui.

Il lui dit : qu'est-ce qui t'a fait ruer contre moi, sinon les vesces dont je t'ai nourrie ?

💡 Explication

Deuxième parabole. Les karchinin (vesces) sont un fourrage riche. La vache affaiblie ne ruait pas ; nourrie, elle se retourne contre son maître.

L'image ajoute au lion un élément : la bénéficiaire se retourne contre celui-là même qui l'a nourrie.

11
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מָשָׁל לְאָדָם אֶחָד שֶׁהָיָה לוֹ בֵּן. הִרְחִיצוֹ וְסָכוֹ, וְהֶאֱכִילוֹ וְהִשְׁקָהוּ, וְתָלָה לוֹ כִּיס עַל צַוָּארוֹ, וְהוֹשִׁיבוֹ עַל פֶּתַח שֶׁל זוֹנוֹת. מַה יַּעֲשֶׂה אוֹתוֹ הַבֵּן שֶׁלֹּא יֶחֱטָא?!

Rabbi Hiya bar Aba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est comparable à un homme qui avait un fils. Il le lava et l'oignit, le nourrit et le fit boire, lui suspendit une bourse au cou et l'assit à l'entrée des prostituées.

Que peut faire ce fils pour ne pas fauter ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
מָשָׁל לְאָדָם אֶחָד, שֶׁהָיָה לוֹ בֵּן, הִרְחִיצוֹ וְסָכוֹ, וְהֶאֱכִילוֹ וְהִשְׁקָהוּ, וְתָלָה לוֹ כִּיס עַל צַוָּארוֹ, וְהוֹשִׁיבוֹ עַל פֶּתַח שֶׁל זוֹנוֹת, מַה יַּעֲשֶׂה אוֹתוֹ הַבֵּן שֶׁלֹּא יֶחֱטָא? הָא דְּהֶאֱרִיךְ בִּפְרָטֵי הַמָּשָׁל, נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיֵּשׁ זוֹנָה אוֹהֶבֶת נִיאוּף וְהִיא רוֹדֶפֶת אַחַר הַמְנָאֲפִים, לֹא בַּעֲבוּר אֶתְנָן אֶלָּא אַדְּרַבָּה הִיא נוֹתֶנֶת אֶתְנָן לָהֶם שֶׁיִּשְׁכְּבוּ עִמָּהּ, וְיֵשׁ זוֹנָה שֶׁהִיא מְזַנָּה בִּשְׁבִיל אֶתְנָן, וְאִם לֹא יִתְּנוּ לָהּ אֶתְנָן, לֹא תִּזְנֶה, וְלָזֶה אָמַר הִרְחִיצוֹ וְסָכוֹ וּבָזֶה עֲשָׂאוֹ בְּרִיָּה נָאָה, וְאָז כָּל אוֹתָם הַזּוֹנוֹת הָרוֹדְפִים אַחֲרֵי הַמְנָאֲפִים יָבֹאוּ אֵלָיו וַיְפַתּוּהוּ לִזְנוֹת עִמָּהֶם, וְעוֹד הֶאֱכִילוּ וְהִשְׁקָהוּ וְעַל יְדֵי כֵּן נַעֲשָׂה בּוֹ כֹּחַ וּגְבוּרָה לִבְעֹול כַּמָּה נָשִׁים, וְעוֹד תָּלָה לוֹ כִּיס זְהוּבִים עַל צַוָּארוֹ , וְאָז כָּל אוֹתָם הַזּוֹנוֹת הָרוֹדְפִים הַמְנָאֲפִים בִּשְׁבִיל אֶתְנָן, יִקְפְּצוּ עָלָיו לְפַתּוֹתוֹ כְּדֵי לְקַבֵּל אֶתְנָן, מֵאַחַר שֶׁרוֹאִין כִּיס זְהוּבִים עַל צַוָּארוֹ, וְלָכֵן נָקֵיט עַל צַוָּארוֹ, כְּלוֹמַר גָּלוּי לְעֵינֵי הַכֹּל, וּבָזֶה יִקְפְּצוּ עָלָיו בַּעֲלֵי אֶתְנָן, וְעַל כֵּן מַה יַּעֲשֶׂה אוֹתוֹ הַבֵּן שֶׁלֹּא יֶחֱטָא?! , וּכְנֶגֶד שְׁלֹשָׁה אֵלֶּה הָיָה בִּיצִיאַת מִצְרַיִם, הִלְבִּישָׁם שְׂמָלוֹת נָאִים וְטוֹבִים מִבִּיזַּת מִצְרַיִם, וְגַם הֶאֱכִילָם מִן הָעֶרֶב מִכָּל מַאַכְלֵי עוֹלָם וּמְחַזֵּק אֶת הַגּוּף, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (שְׁמוֹת טז, לֹא) כְּזֶרַע גָּד הוּא, וְהִשְׁקָם מֵי בְּאֵרָהּ שֶׁל מִרְיָם הַמָּתוֹק, וְחָשׁוּב מִכָּל מֵימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם, וְנָתַן לָהֶם כֶּסֶף וְזָהָב זֶה רְכוּשׁ מִצְרַיִם.
« C'est comparable à un homme qui avait un fils : il le lava et l'oignit, le nourrit et le fit boire, lui suspendit une bourse au cou et l'assit à l'entrée des prostituées. Que peut faire ce fils pour ne pas fauter ? » S'il développe ainsi les détails de la parabole, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce qu'il y a une prostituée qui aime la débauche et poursuit ceux qui s'y livrent, non pour un salaire, mais qui au contraire leur donne elle-même un salaire pour qu'ils couchent avec elle ; et il y a une prostituée qui se prostitue pour le salaire, et si on ne lui donne pas de salaire, elle ne se prostitue pas. C'est pourquoi il est dit « il le lava et l'oignit » : par là il en a fait une belle créature, et alors toutes ces femmes qui poursuivent les débauchés viendront à lui et le séduiront. De plus, « il le nourrit et le fit boire » : par là, il a acquis la force et la vigueur de s'unir à plusieurs femmes. De plus, « il lui suspendit une bourse de pièces d'or au cou » : alors toutes celles qui poursuivent les débauchés pour le salaire se jetteront sur lui pour le séduire afin de recevoir un salaire, puisqu'elles voient la bourse d'or à son cou. Il précise donc « à son cou », c'est-à-dire visible aux yeux de tous, et ainsi celles qui cherchent un salaire se jetteront sur lui. Dès lors, « que peut faire ce fils pour ne pas fauter ? » Et ces trois éléments se sont trouvés réunis à la sortie d'Égypte : Il les a vêtus de vêtements beaux et bons, provenant du butin d'Égypte ; Il les a nourris d'une manne agréable, contenant tous les goûts du monde et fortifiant le corps, comme l'ont écrit nos maîtres de mémoire bénie sur le verset « comme de la graine de coriandre » (Ex. 16,31) ; Il les a abreuvés des eaux douces du puits de Miryam, plus précieuses que toutes les eaux du monde ; et Il leur a donné argent et or, c'est-à-dire les biens d'Égypte.
💡 Explication

Troisième parabole, la plus sévère : le père fournit lui-même les quatre conditions de la faute — la beauté, la force, l'argent et le lieu.

La question finale, que peut faire ce fils, n'attend pas de réponse. Elle formule la plaidoirie de Moché sous forme rhétorique.

🖼️ Schéma
Trois paraboles pour un même principe L'abondance reçue est ce qui a rendu la faute possible. Le lion Il ne rugit pas sur une corbeille de paille, mais sur une corbeille de viande. École de Rabbi Yannai Ben Yehoyada : le mezid, celui qui faute par appétit. La vache Maigre, on lui donne des vesces ; elle se met à ruer contre son maître. Rabbi Ochaya Ben Yehoyada : la révolte, fauter sans y prendre plaisir. Le fils Lavé, oint, nourri, une bourse au cou, assis devant la porte des prostituées. Rabbi Hiya bar Aba au nom de Rabbi Yo'hanan Ben Yehoyada : l'inadvertance proche du délibérée. Le dicton et l'aveu Remplir son ventre, c'est une espèce de mauvaise chose (Rav Chechet). Et Hachem a concédé : Je leur ai donné l'argent en abondance, ils en ont fait un Baal.
Les trois paraboles et la distinction que le Ben Ich H'ai établit entre elles.
12
אָמַר רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: מְלֵי כְּרֵסֵיהּ זְנֵי בִּישֵׁי. שֶׁנֶּאֱמַר: ״כְּמַרְעִיתָם וַיִּשְׂבָּעוּ שָׂבְעוּ וַיָּרָם לִבָּם עַל כֵּן שְׁכֵחוּנִי״. רַב נַחְמָן אָמַר: מֵהָכָא: ״וְרָם לְבָבֶךָ וְשָׁכַחְתָּ אֶת ה׳״. וְרַבָּנָן אָמְרִי, מֵהָכָא: ״וְאָכַל וְשָׂבַע וְדָשֵׁן וּפָנָה״.

Rav Aha fils de Rav Houna a dit au nom de Rav Chechet : c'est ce que disent les gens — « remplir son ventre est une espèce de mal », ainsi qu'il est dit : « selon leur pâturage ils se sont rassasiés, ils se sont rassasiés et leur cœur s'est élevé, c'est pourquoi ils M'ont oublié ». Rav Nahman a dit : c'est de là — « et ton cœur s'élèvera et tu oublieras ה' ».

Et les Sages disent : c'est de là — « il mangera, se rassasiera, s'engraissera et se détournera ».

📜 Rachi (1)
מְלֵי כְּרֵיסֵיהּ זְנֵי בִּישֵׁי מִילּוּי הַכָּרֵס הוּא מִמִּינֵי חֲטָאִים הָרָעִים. זְנֵי מְתַרְגְּמִינַן לְמִינֵהוּ לִזְנוֹהִי (בְּרֵאשִׁית א):
Méli karsei zanei bichei : le remplissage du ventre fait partie des espèces de mauvaises fautes. Zanei se rattache à la traduction araméenne de « selon son espèce » (Genèse 1).
💡 Explication

Le principe des trois paraboles est résumé par un dicton populaire araméen, puis appuyé sur trois versets. Rachi explique le mot zanei par le terme araméen qui rend « espèce », d'où : le ventre plein est une espèce de mal.

Les trois versets décrivent la même chaîne : rassasiement, élévation du cœur, oubli.

13
וְאִי בָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא: ״וַיִּשְׁמַן יְשֻׁורוּן וַיִּבְעָט״. אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מִנַּיִן שֶׁחָזַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְהוֹדָה לוֹ לְמֹשֶׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכֶסֶף הִרְבֵּיתִי לָהֶם וְזָהָב עָשׂוּ לַבָּעַל״.

Et si tu veux, dis plutôt : c'est de là — « Yechouroun s'est engraissé et a rue ». Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il a fini par donner raison à Moché ?

Ainsi qu'il est dit : « Je leur ai multiplié l'argent, et l'or, ils en ont fait un Baal ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן שֶׁחָזַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, וְהוֹדָה לוֹ [לְמֹשֶׁה]? נִרְאֶה בְּוַדַּאי לֹא שֶׁהִשְׂכִּיל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה יוֹתֵר בַּדָּבָר הַזֶּה חָס וְחָלִילָה, כִּי דָּבָר זֶה הוּא יָדוּעַ לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ קֹודֶם שֶׁעָלָה בְּדַעְתּוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, אַךְ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ רוֹצֶה לִזְכוּתוֹ שֶׁהוּא יָשִׁיב תְּשׁוּבָה זוֹ הַמּוֹעֶלֶת לְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל, כְּדֵי שֶׁיִּקְרָא הַדָּבָר עַל שְׁמוֹ לְהַרְבּוֹת שְׂכָרוֹ, כִּי כֵן דַּרְכּוֹ יִתְבָּרַךְ לְהַרְבּוֹת שְׂכַר הַצַּדִּיקִים וְלִזְכוּתָם, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רָצָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לִזְכוּת אֶת יִשְׂרָאֵל וְכוּ', וְלָכֵן כְּשֶׁאָמַר תְּחִלָּה עַכְשָׁיו יֹאמְרוּ אֻומּוֹת הָעוֹלָם וְכוּ', אָמַר לוֹ וַהֲלֹא רָאוּ כְּבָר נִסִּים וְכוּ', כְּדֵי שֶׁעַתָּה יַשְׂכִּיל לְבָרֵר דְּבָרָיו, וְעָשָׂה לוֹ עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (מִשֶּׁלִּי לא, ח) פְּתַח פִּיךָ לְאִלֵּם וְכוּ', שֶׁאָז עַתָּה הִשְׂכִּיל בֶּאֱמֶת לְהָשִׁיב תְּשׁוּבָה גְּמוּרָה וּבְרוּרָה, עַכְשָׁיו יֹאמְרוּ לִפְנֵי מֶלֶךְ אֶחָד יָכוֹל לַעֲמֹד וְכוּ', וְאַחַר שֶׁבֵּירֵר תְּשׁוּבָתוֹ כָּרָאוּי, אָז גִּילָּה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ הַסְכָּמָתוֹ עַל דְּבָרָיו, וְאָמַר לוֹ כִּדְבָרֶךָ עֲתִידִין הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים שֶׁיֹּאמְרוּ , כִּי הוּא יוֹדֵעַ הַנִּסְתָּרוֹת וּבָזֶה נִתְרַבָּה שְׂכַר מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, כִּי נִקְרֵאת כָּל הַסְּנִיגוֹרִיָּא הַזֹּאת עַל שְׁמוֹ.
« D'où sait-on que le Saint béni soit-Il a fini par lui donner raison, à Moché ? » Il est certain que Moché notre maître, la paix soit sur lui, n'a pas eu sur ce point une intelligence supérieure, à D.ieu ne plaise, car la chose était connue devant Hachem avant même qu'elle ne monte à la pensée de Moché. Mais Hachem veut lui en accorder le mérite, afin que ce soit lui qui formule la réponse capable de sauver Israël, et que la chose soit dite en son nom, pour augmenter sa récompense. Telle est en effet Sa voie : multiplier la récompense des justes et leur donner du mérite, comme on l'a enseigné : le Saint béni soit-Il a voulu donner du mérite à Israël, etc. C'est pourquoi, lorsque Moché dit d'abord « maintenant les nations du monde diront, etc. », Il lui répondit « n'ont-elles pas déjà vu les miracles, etc. », afin qu'il affine maintenant son propos. Il a agi envers lui selon ce que dit le verset (Proverbes 31,8) « ouvre ta bouche pour le muet, etc. », si bien qu'il a su formuler alors une réponse complète et nette : « maintenant elles diront : devant un seul roi Il a pu tenir, etc. ». Et après qu'il eut convenablement établi sa réponse, Hachem dévoila Son accord sur ses paroles et lui dit : <b>selon ta parole</b>, les idolâtres diront un jour cela, car Il connaît les choses cachées. Ainsi la récompense de Moché notre maître a été augmentée, puisque toute cette plaidoirie porte son nom.
💡 Explication

Un quatrième verset est proposé, puis la guemara franchit un pas décisif : Hachem Lui-même confirme l'argument de Moché. Osée 2,10 énonce les deux termes côté à côté — l'argent donné en abondance, et l'usage idolâtre qui en a été fait.

Le motif de l'aveu du Ciel reviendra aux segments 28 et 30 ; le Ben Ich H'ai l'explique ici : Hachem savait déjà, et laisse à Moché le mérite de l'énoncer.

14
״וַיְדַבֵּר ה׳ אֶל מֹשֶׁה לֶךְ רֵד״. מַאי ״לֵךְ רֵד״? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, רֵד מִגְּדֻולָּתְךָ! כְּלוּם נָתַתִּי לְךָ גְּדֻולָּה אֶלָּא בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל. וְעַכְשָׁיו יִשְׂרָאֵל חָטְאוּ — אַתָּה לָמָּה לִי? מִיָּד תָּשַׁשׁ כּוֹחוֹ שֶׁל מֹשֶׁה, וְלֹא הָיָה לוֹ כֹּחַ לְדַבֵּר. וְכֵיוָן שֶׁאָמַר ״הֶרֶף מִמֶּנִּי וְאַשְׁמִידֵם״, אָמַר מֹשֶׁה: דָּבָר זֶה תָּלוּי בִּי! מִיָּד עָמַד וְנִתְחַזֵּק בִּתְפִלָּה, וּבִקֵּשׁ רַחֲמִים.

« Et ה' parla à Moché : va, descends. » Que signifie « va, descends » ? Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il dit à Moché : Moché, descends de ta grandeur !

Est-ce que Je t'ai donné la grandeur pour autre chose que pour Israël ? Et maintenant qu'Israël a fauté, pourquoi t'aurais-Je ?

Aussitôt les forces de Moché faiblirent et il n'eut plus la force de parler. Mais dès qu'Il eut dit « laisse-Moi et Je les détruirai », Moché dit : cette affaire dépend de moi !

Aussitôt il se leva, se fortifia dans la prière et implora miséricorde.

📜 Rachi (1)
הֶרֶף מִמֶּנִּי הֶרְאָהוּ שֶׁיֵּשׁ כֹּחַ בְּיָדוֹ לִמְחֹול ע"י תְּפִלָּה:
Laisse-Moi : Il lui a montré qu'il avait le pouvoir d'obtenir le pardon par la prière.
🪔 Ben Yehoyada (3)
"וַיְדַבֵּר ה' אֶל מֹשֶׁה: לֵךְ רֵד" מַאי "לֵךְ רֵד". פֵּירְשׁוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל דְּקַשְׁיָא לֵיהּ לָמָּה אָמַר לוֹ תְּרֵי מִילֵּי לֵךְ רֵד, דְּדַי לוֹמַר לוֹ לֵךְ לְחוּד? וְעוֹד קַשְׁיָא לֵיהּ אִם רֵד כִּפְשׁוּטוֹ, הָיָה לוֹ לֵירֵד תֶּיכֶף וּמִיָּד, וְלֹא יוּכַל לְהִתְעַכֵּב אֲפִילּוּ רֶגַע אֶחָד? לְכָךְ פֵּירֵשׁ ר' אֶלְעָזָר עַל הַגְּדוֹלָה, וַעֲדַייִן קַשָּׁא לֵר' אֶלְעָזָר לָמָּה אָמַר לוֹ לֵךְ, כֵּיוָן דְּכָאן לֹא בָּא לוֹמַר לוֹ אֶלָּא עִנְיַן יְרִידָתוֹ מִן הַגְּדוֹלָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ג, יח) וְקוֹץ וְדַרְדַּר תַּצְמִיחַ לָךְ, שֶׁהַחוֹטֵא בַּעֲבוֹדָה זָרָה פּוֹגֵם בְּדָלֶ"ת דְּ'אָח ד ', שֶׁמַּנִּיחַ חָס וְחָלִילָה רֵי"שׁ בִּמְקוֹמוֹ, וְרֵי"שׁ (שְׁמוֹת לד, יד) דְּ'לֹא תִּשְׁתַּחֲוֶה לְאֵל אַחֵר', מַנִּיחַ דָּלֶ"ת בִּמְקוֹמוֹ, וְלָכֵן אָדָם הָרִאשׁוֹן שֶׁהָיָה פְּגָם שֶׁלּוֹ בָּזֶה נֶעֱנַשׁ בִּקְלָלָה זוֹ וְקוֹץ וְדַרְדַּר תַּצְמִיחַ לָךְ, מִפְּנֵי שֶׁהִנִּיחַ רֵי"שׁ בִּמְקוֹם דָּלֶ"ת וְדָלֶ"ת בִּמְקוֹם רֵי"שׁ עַד כָּאן דְּבָרָיו, וְלָכֵן יִשְׂרָאֵל בְּחֵטְא הָעֵגֶל גַּם כֵּן פְּגָמוֹ בְּאוֹתִיּוֹת ר"ד הַנִּזְכָּר, וְלָזֶה אָמַר לֵךְ רֵד, תֵּלֵךְ אֵצֶל בַּעֲלֵי פְּגָם ר"ד, וּלְכָךְ גַּם אַתָּה רֵד מִגְּדֻולָּתְךָ.
« Et ה' parla à Moché : va, descends. » Que signifie « va, descends » ? Les commentateurs de mémoire bénie ont expliqué que la difficulté tient à ceci : pourquoi lui dire deux choses, « va » et « descends », alors qu'il aurait suffi de dire « va » ? Et une autre difficulté : si « descends » est à prendre au sens simple, il aurait dû descendre immédiatement, sans pouvoir s'attarder un seul instant. C'est pourquoi Rabbi Elazar a expliqué le mot de la grandeur. Mais il reste une difficulté pour Rabbi Elazar : pourquoi lui a-t-Il dit « va », puisqu'ici il ne s'agit que de la descente de sa grandeur ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut l'expliquer selon ce qu'ont écrit les commentateurs de mémoire bénie sur le verset (Genèse 3,18) « il fera pousser pour toi épines et chardons » : celui qui faute par idolâtrie porte atteinte au <i>dalet</i> de « <i>ehad</i> » (un), en mettant à sa place, à D.ieu ne plaise, un <i>rech</i> ; et au <i>rech</i> de « tu ne te prosterneras pas devant un dieu <i>aher</i> » (Ex. 34,14), en mettant à sa place un <i>dalet</i>. C'est pourquoi Adam, dont l'atteinte fut de cet ordre, fut puni par cette malédiction « il fera pousser pour toi épines et chardons », parce qu'il avait mis un rech à la place d'un dalet et un dalet à la place d'un rech — telles sont leurs paroles. De même, Israël, par la faute du Veau, a porté atteinte aux lettres <i>rech</i> et <i>dalet</i> mentionnées. C'est le sens de « va, descends » : va vers ceux qui ont porté atteinte au couple rech-dalet, et par conséquent toi aussi, descends de ta grandeur.
כְּלוּם נָתַתִּי לְךָ גְּדֻלָּה אֶלָּא בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים כִּי תִשָּׂא, כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה קֹודֶם שֶׁחָטְאוּ יִשְׂרָאֵל בָּעֵגֶל הָיוּ לוֹ אוֹרוֹת מִן הַבְּרִיאָה, אַךְ אַחַר שֶׁחָטְאוּ לֹא הָיָה לוֹ אֶלָּא מִן הַיְּצִירָה וַעֲשִׂיָּה, עַיֵּין שָׁם, וְיָדוּעַ כִּי הַבְּרִיאָה הִיא סוֹד הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁבְּשֵׁם הוי"ה ב"ה, וְזֶה שֶׁאָמַר כְּלוּם נָתַתִּי לְךָ גְּדֻולָּה, אַוַּת גִּימֶ"ל בְּחִירֶק וד"ו בְּדָגֵשׁ, הֲרֵי קָרֵינַן בָּהּ 'גָּדוֹל ה"א', אוֹ יוּבָן עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בַּחֲמִשָּׁה מַעֲלוֹת שֶׁזָּכָה לָהֶם מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְזֶהוּ גִּידּוּל הֵ"א.
« Est-ce que Je t'ai donné la grandeur pour autre chose que pour Israël ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut l'expliquer d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar HaPessoukim sur la section Ki Tissa : avant qu'Israël ne faute par le Veau, Moché notre maître recevait des lumières provenant du monde de la Beria ; après qu'ils eurent fauté, il n'en reçut plus que de la Yetsira et de la Assia — voir là-bas. Et l'on sait que la Beria est le secret (sod) du premier <i>hé</i> du Nom. C'est le sens de « Je t'ai donné la <i>gueddoula</i> » : en lisant le guimel avec un hirik et le vav avec un daguech, on entend « <i>guiddoul hé</i> », la croissance du <i>hé</i>. On peut aussi le comprendre d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie sur les cinq degrés auxquels Moché notre maître est parvenu : c'est cela, la croissance du <i>hé</i>.
"וְאוּלָם חַי אָנִי", אָמַר רָבָא, אָמַר רַב יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, הֲחִיתֵּנִי בִּדְבָרֶיךָ. הַלָּשׁוֹן תָּמוּהַּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה טָעַן בְּסַנְגּוֹרְיָא שֶׁלּוֹ אִלְמָלֵא בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם, הָיִיתִי אוֹמֵר מַה שָׁמַיִם וָאָרֶץ בְּטֵלִים אַף שְׁבוּעָתְךָ בָּטְלָה, עַכְשָׁיו שֶׁבְּשִׁמְךָ הַגָּדוֹל נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם, מַה שִׁמְךָ הַגָּדוֹל חַי וְקַיָּים לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים, כָּךְ שְׁבוּעָתְךָ קַייֶּמֶת לְעוֹלָם! וּלְפִי זֶה אִם הָיָה הקב"ה מְבַטֵּל שְׁבוּעָתוֹ חָס וְחָלִילָה, הָיוּ אוֹמְרִים שֶׁאֵין שְׁמוֹ חַי וְקַיָּים לְעוֹלָם חָס וְחָלִילָה, אֲבָל עַתָּה שֶׁטָּעַן מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה כֵּן, וּבִיטֵּל הקב"ה הַגְּזֵרָה וְקִייֵּם שְׁבוּעָתוֹ מֵחֲמַת דְּבָרָיו שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה, אָז נִתְבָּרֵר שֶׁשְּׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ חַי וְקַיָּים וְלֹא יָבוֹאוּ בְּנֵי אָדָם לוֹמַר לְהֵפֶךְ חָס וְחָלִילָה, וְלָזֶה אָמַר הֲחִיתֵּנִי בִּדְבָרֶיךָ , כִּי עַתָּה עַל יְדֵי דְּבָרֶיךָ וְטַעֲנוֹתֶיךָ הַכֹּל יֵדְעוּ וְיוֹדוּ שֶׁאֲנִי חַי וְקַייָּם, כִּי בָּזֶה נִתְאַמֵּת שֶׁאֲנִי חַי וּשְׁמִי חַי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל דֶּרֶךְ עִם הֶעָנִי כְּאִלּוּ עָשָׂה חֶסֶד עִם הקב"ה כִּבְיָכוֹל, מִפְּנֵי שֶׁיִּשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם נְשָׁמָה קְדוֹשָׁה שֶׁהִיא חֵלֶק אַלֹּוק מִמַּעַל, וְלָכֵן כְּתִיב בְּהוּ (דְּבָרִים ד' ד') וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּה' אֱ-לֹהֵיכֶם, (שָׁם י"ד א') בָּנִים אַתֶּם לַה' אֱ-לֹהֵיכֶם, וְלָכֵן כָּאן שֶׁהֶחֱיָיה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אֶת יִשְׂרָאֵל בְּסַנְגּוֹרְיָא שֶׁלּוֹ, אָמַר לוֹ הַקָּבָּ"ה חַיֶּיךָ דָּבָר גָּדוֹל עָשִׂיתָ, וּמַעֲלֶה אֲנִי עָלֶיךָ כְּאִלּוּ הֲחִיתֵּנִי בִּדְבָרֶיךָ , שֶׁזֶּה הַחֶסֶד שֶׁעָשִׂיתָ עִם יִשְׂרָאֵל שֶׁהֶחֱיֵיתָ אוֹתָם כְּאִלּוּ עָשִׂיתִי עִמִּי כִּבְיָכוֹל, וְנִרְאֶה לִי דְּאָמַר לוֹ כֵּן כְּדֵי לְעוֹרֵר הַמַּלְאָכִים וּנְשָׁמוֹת הַצַּדִּיקִים אֲשֶׁר לְמַעְלָה שֶׁיִּהְיוּ תָּמִיד מְלִיצֵי טוֹב עַל יִשְׂרָאֵל, דְּהָא קָא חָזוּ עַתָּה דְּכָל כָּךְ נִיחָא לֵיהּ לקב"ה בִּזְכוּת יִשְׂרָאֵל, עַד שֶׁאָמַר לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה.
« Mais Moi, aussi vrai que Je vis », à dit Rava au nom de Rav Yitshak : cela enseigne que le Saint béni soit-Il dit à Moché : Moché, tu M'as fait vivre par tes paroles. L'expression est étonnante. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Moché notre maître a plaidé ainsi : si Tu leur avais juré par les cieux et par la terre, j'aurais dit — de même que les cieux et la terre s'effacent, ainsi Ton serment s'efface ; maintenant que Tu leur as juré par Ton grand Nom, de même que Ton grand Nom vit et subsiste pour toujours et pour les siècles des siècles, ainsi Ton serment subsiste pour toujours. Selon cela, si le Saint béni soit-Il avait annulé Son serment, à D.ieu ne plaise, on aurait dit que Son Nom ne vit pas et ne subsiste pas pour toujours, à D.ieu ne plaise. Mais maintenant que Moché notre maître a plaidé ainsi, et que le Saint béni soit-Il a annulé le décret et maintenu Son serment à cause des paroles de Moché notre maître, il est établi que Son Nom vit et subsiste, et que les hommes n'en viendront pas à dire le contraire, à D.ieu ne plaise. C'est le sens de « tu M'as fait vivre par tes paroles » : maintenant, par tes paroles et tes arguments, tous sauront et reconnaîtront que Je vis et subsiste, car par là il est vérifié que Je vis et que Mon Nom vit. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'intention est de l'ordre de celui qui agit avec bonté envers le pauvre : c'est comme s'il agissait avec bonté envers le Saint béni soit-Il, pour ainsi dire, parce qu'Israël possède une nechama sainte qui est une part divine d'en haut. C'est pourquoi il est écrit à leur sujet (Deut. 4,4) « et vous qui vous attachez à ה' votre D.ieu », et (ibid. 14,1) « vous êtes des fils pour ה' votre D.ieu ». Ici donc, où Moché notre maître a fait vivre Israël par sa plaidoirie, le Saint béni soit-Il lui dit : par ta vie, tu as fait une grande chose, et Je te la compte comme si <b>tu M'avais fait vivre par tes paroles</b> ; cette bonté que tu as faite à Israël en les faisant vivre, c'est comme si tu l'avais faite envers Moi, pour ainsi dire. Et il me semble qu'Il lui a parlé ainsi afin d'éveiller les anges et les âmes des justes d'en haut à plaider toujours en faveur d'Israël, puisqu'ils voient maintenant à quel point le mérite d'Israël agrée au Saint béni soit-Il, au point qu'Il ait adressé de telles paroles à Moché notre maître.
💡 Explication

Deux mouvements opposés dans un même segment. D'abord la chute : « descends » ne désigne pas la descente du mont mais la perte du rang, et Moché en perd la parole. Puis le redressement : l'expression « laisse-Moi » suppose que quelqu'un retient, donc que Moché a prise sur l'affaire.

Rachi formule le raisonnement : en disant « laisse-Moi », Hachem révèle à Moché qu'il détient le pouvoir d'obtenir le pardon par la prière. C'est le pivot de tout le folio.

15
מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁכָּעַס עַל בְּנוֹ, וְהָיָה מַכֵּהוּ מַכָּה גְּדוֹלָה. וְהָיָה אוֹהֲבוֹ יוֹשֵׁב לְפָנָיו, וּמִתְיָרֵא לוֹמַר לוֹ דָּבָר. אָמַר הַמֶּלֶךְ: אִלְמָלֵא אוֹהֲבִי זֶה שֶׁיּוֹשֵׁב לְפָנַי — הֲרַגְתִּיךָ. אָמַר: דָּבָר זֶה תָּלוּי בִּי. מִיָּד עָמַד וְהִצִּילוּ.

C'est comparable à un roi qui s'était mis en colère contre son fils et le frappait d'une grande correction. Son ami était assis devant lui et craignait de lui dire quoi que ce soit.

Le roi dit : sans cet ami qui est assis devant moi, je t'aurais tué. Il se dit : cette affaire dépend de moi.

Aussitôt il se leva et le sauva.

⚖️ Rosh (3)
גָּרְסִי' בְּפֶרֶק כָּל כִּתְבֵי הַקֹּודֶשׁ דַּף קיח אָמַר רַבִּי יוֹסֵי יְהֵא חֶלְקִי עִם גֻּומְרֵי הַלֵּל בְּכָל יוֹם אִינִי וְהָאָמַר מָר הַקּוֹרֵא הַלֵּל בְּכָל יוֹם הֲרֵי זֶה מְחָרֵף וּמְגַדֵּף כִּי אָמְרִינַן בִּפְסוּקֵי דְּזִמְרָה וּמַאי נִיהוּ מִתְּהִלָּה לְדָוִד עַד כֹּל הַנְּשָׁמָה תְּהַלֵּל יָהּ וְתַקִּינוּ רַבָּנָן לְמֵימַר בְּרָכָה מִקַּמַּיְיהוּ וּבְרָכָה מִבָּתְרַייְהוּ וּמַאי נִיהוּ בָּרוּךְ שֶׁאָמַר וְיִשְׁתַּבַּח הִלְכָּךְ מִיבְּעֵי לֵיהּ לְאִינָשׁ דְּלָא לְאִישְׁתַּעוֹיֵי מִכִּי מַתְחִיל בָּרוּךְ שֶׁאָמַר עַד דִּמְסַיֵּים לֵיהּ שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה:
On enseigne au chapitre Kol Kitvei HaKodèch (Chabbat 118b) : Rabbi Yossi a dit : que ma part soit avec ceux qui achèvent le Hallel chaque jour. Est-ce ainsi ? Le maître n'a-t-il pas dit que celui qui récite le Hallel chaque jour blasphème et outrage ? Lorsque nous disons cela, c'est à propos des <b>pessoukei dezimra</b>. Et quels sont-ils ? Depuis « Tehila léDavid » jusqu'à « toute âme louera Yah ». Les Sages ont institué une bénédiction avant et une bénédiction après ; quelles sont-elles ? <i>Baroukh cheamar</i> et <i>Yichtabah</i>. Par conséquent, l'homme ne doit pas parler depuis qu'il commence <i>Baroukh cheamar</i> jusqu'à ce qu'il ait achevé les dix-huit bénédictions.
כָּתַב רַב עַמְרָם זַ"ל שֶׁאִם נִכְנָס אָדָם לבהכ"נ וְרוֹאֶה שֶׁאִם יֹאמַר כָּל אֵלּוּ הַפְּסוּקִים שֶׁלֹּא יוּכַל לְהַשְׁלִים וּלְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּתוֹ עִם הַצִּבּוּר שֶׁיֹּאמַר בָּרוּךְ שֶׁאָמַר וּמִזְמוֹר שֶׁל תְּהִלָּה לְדָוִד דְּאָמְרִי' בפ"ק דַּף ד כָּל הָאוֹמֵר תְּהִלָּה לְדָוִד בְּכָל יוֹם מֻובְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא וְאַגַּב אוֹתוֹ מִזְמוֹר תִּיקְּנוּ לוֹמַר עַד סִיּוּם תְּהִלִּים הִלְכָּךְ טוֹב הוּא שֶׁיְּדַלֵּג כְּדֵי שֶׁיִּקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר וְכָתְבוּ בְּשֵׁם הר"י זַ"ל שֶׁאָמַר בְּשֵׁם רַבּוֹתָיו זַ"ל שֶׁאִם נִכְנָס בְּשָׁעָה שש"ץ מַתְחִיל יוֹצֵר וְאֵין לוֹ שְׁהוּת לוֹמַר אַפֵּי' מִזְמוֹר תְּהִלָּה לְדָוִד טוֹב הוּא שֶׁיִּקְרָא ק"ש בְּבִרְכוֹתֶיהָ וְיִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר וְאַחַ"כּ יִקְרָא פְּסוּקֵי דְּזִמְרָה עִם הַבְּרָכוֹת שֶׁלְּפָנֶיהָ וְשֶׁלְּאַחֲרֶיהָ לְפִי שֶׁהַתְּפִלָּה רְצוּיָה וּמְקֻובֶּלֶת עִם הַצִּבּוּר:
Rav Amram, de mémoire bénie, a écrit que si un homme entre à la synagogue et voit que, s'il récite tous ces versets, il ne pourra pas achever et prier sa prière avec la communauté, il dira <i>Baroukh cheamar</i> et le psaume <i>Tehila léDavid</i>. Car il est dit au premier chapitre (Berakhot 4b) : quiconque dit <i>Tehila léDavid</i> chaque jour a l'assurance d'être fils du monde à venir ; et c'est à cause de ce psaume qu'on a institué de réciter jusqu'à la fin des Psaumes. Il est donc préférable qu'il saute des passages afin de lire le Chema et de prier avec la communauté. Et l'on a écrit au nom de Rabbenou Yits'hak, de mémoire bénie, qui l'a dit au nom de ses maîtres : si quelqu'un entre au moment où l'officiant commence <i>Yotser</i> et qu'il n'a pas le temps de dire même le psaume <i>Tehila léDavid</i>, il vaut mieux qu'il lise le Chema avec ses bénédictions et prie avec la communauté, puis qu'il lise ensuite les pessoukei dezimra avec la bénédiction qui les précède et celle qui les suit, car la prière est agréée et reçue avec la communauté.
גָּרְסִי' בְּסוֹף ר"ה דַּף לָהּ אָמַר ר' אֶלְעָזָר לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם תְּפִלָּתוֹ וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל אָמַר רַב מִסְתַּבְּרָא מִילְּתֵיהּ דר"א בִּבְרָכוֹת שֶׁל ר"ה וְשֶׁל יוה"כ וְשֶׁל פְּרָקִים אֲבָל שְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה לֹא וְכַמָּה הִיא שֶׁל פְּרָקִים מִשְּׁלֹשִׁים וּלְהַלָּן:
On enseigne à la fin de Roch Hachana (35a) : Rabbi Elazar a dit : que l'homme mette toujours sa prière en ordre, et qu'il prie ensuite. Rav a dit : la parole de Rabbi Elazar se comprend pour les bénédictions de Roch Hachana, de Yom Kippour et des occasions espacées, mais pour le reste des jours de l'année, non. Et à partir de quand parle-t-on d'occasions espacées ? À partir de trente jours.
💡 Explication

La parabole met en scène la logique du segment précédent. Le roi dit à son fils : sans cet ami, je t'aurais tué. L'ami comprend alors que sa présence est déjà ce qui retient le coup, donc qu'il peut intervenir.

La force de l'image tient à ce que le roi n'adresse pas la parole à l'ami. C'est en l'entendant parler à un autre que l'ami mesure son propre poids.

16
״וְעַתָּה הַנִּיחָה לִּי וְיִחַר אַפִּי בָהֶם וַאֲכַלֵּם וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי גָּדוֹל וְגוֹ׳״. אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: אִלְמָלֵא מִקְרָא כָּתוּב, אִי אֶפְשָׁר לְאוֹמְרוֹ. מְלַמֵּד שֶׁתְּפָסוֹ מֹשֶׁה לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, כְּאָדָם שֶׁהוּא תּוֹפֵס אֶת חֲבֵירוֹ בְּבִגְדוֹ, וְאָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אֵין אֲנִי מַנִּיחֲךָ עַד שֶׁתִּמְחוֹל וְתִסְלַח לָהֶם.

« Et maintenant laisse-Moi, que Ma colère s'enflamme contre eux et Je les consumerai, et Je ferai de toi une grande nation, etc. » Rabbi Abahou a dit : si le verset n'était pas écrit, il serait impossible de le dire. Cela enseigne que Moché a saisi le Saint béni soit-Il comme un homme saisit son compagnon par son vêtement, et lui a dit : Maître du monde, je ne Te lâche pas jusqu'à ce que Tu leur pardonnes et leur remettes.

📜 Rachi (1)
הִנִּיחָהּ לִי מַשְׁמַע שֶׁהָיָה אוֹחֵז בּוֹ:
Laisse-Moi : cela implique qu'il Le tenait.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּאָדָם שֶׁתּוֹפֵס לַחֲבֵרוֹ בְּבִגְדוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד עָשׂוּ הַמָּשָׁל בְּבֶגֶד כִּי יָדוּעַ הַדִּבּוּר יוֹצֵא מִן הָאֲצִילוּת. אַךְ עוֹלָם הַבְּרִיאָה מַלְבֶּשֶׁת לְעוֹלָם הָאֲצִילוּת, וְהַיְּצִירָה לִבְרִיאָה, וַעֲשִׂיָּה לִיצִירָה, לָכֵן בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה, נִקְרָאִים בֶּגֶד, כִּי בְּרִיאָה עוֹלָם הַשֵּׁנִי, וִיצִירָה עוֹלָם הַשְּׁלִישִׁי, וַעֲשִׂיָּה עוֹלָם הֵד', וְכֻולָּם הֵם לְבוּשִׁים לַאֲצִילוּת, וְיָדוּעַ יִשְׂרָאֵל נִשְׁמָתָם מִן הַבְּרִיאָה, וְיֵשׁ מִיְּצִירָה וְיֵשׁ מַעֲשֶׂיהָ, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב מַה שֶּׁאָמַר יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה (בְּרֵאשִׁית כח, כ) וְנָתַן לִי לֶחֶם לֶאֱכֹל, מֵעוֹלָם הָאֲצִילוּת וּבֶגֶד לִלְבֹּשׁ מִן בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה, וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה רָצָה לְלַמֵּד זְכוּת מֵאַחַר שֶׁזָּכוּ יִשְׂרָאֵל לנר"ן מִן בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה, שֶׁהֵם נִקְרָאִים בֶּגֶד, אִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם כְּלָיָה חָס וְחָלִילָה, דְּהַתְּפִילּוֹת מְכַנֶּה אוֹתָם בַּתִּיקּוּנִים (דַּף סה) בְּשֵׁם מַלְבּוּשִׁין, כִּי בָּהֶם יִתְהַוֶּה אוֹרוֹת בְּסוֹד לְבוּשִׁין לְתִפְאֶרֶת וּמַלְכוּת, וְלָכֵן בְּכֹחַ הַתְּפִילּוֹת שֶׁלּוֹ שֶׁעָלוּ לְמַעְלָה, תָּפַס מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּאוֹר הַלְּבוּשִׁין שֶׁנַּעֲשׂוּ מֵהֶם לְהִתְחַזֵּק בְּהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל. אוֹ יוּבָן הוּא יִתְבָּרֵךְ הָאַצִּיל עֶשֶׂר סְפִירוֹת וְאוֹרוֹ מִתְפַּשֵּׁט בְּתוֹכָם, לְאִנְהֲגָא עָלְמָא בְּכָל מִדָּה וּמִדָּה כְּפוּם עוֹבָדְהוֹן דִּבְנֵי נָשָׂא, וּלְפִי זֶה הַסְּפִירוֹת הֵם כְּמוֹ לְבוּשִׁין לְאוֹרוֹ יִתְבָּרֵךְ הַמִּתְפַּשֵּׁט בְּתוֹכָם, וְהוּא כְּאִלּוּ אֲחָזוֹ בְּבִגְדוֹ, דְּהַיְינוּ אָחַז בְּאוֹר סְפִירוֹתָיו לְבִלְתִּי עָשָׂה פְּעֻולָּה עַד שֶׁיִּמְחֹול לְיִשְׂרָאֵל. אוֹ יוּבָן עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בִּפְתִיחַת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, לְבוּשִׁין תְּקִינַת לוֹן דְּמִנַּייְהוּ פְּרָחִין נִשְׁמְתִין לִבְנֵי נָשָׂא, וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה תָּפַשׂ בְּאוֹתוֹ הַמָּקוֹם כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאבְדוּ נִשְׁמוֹת יִשְׂרָאֵל, וְלָזֶה אָמַר כְּאָדָם הַתּוֹפֵס בְּבִגְדוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ:
« Comme un homme qui saisit son compagnon par son vêtement. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la parabole a été formulée avec le vêtement parce qu'on sait que la parole sort du monde de l'Atsilout, tandis que le monde de la Beria revêt le monde de l'Atsilout, la Yetsira revêt la Beria, et la Assia revêt la Yetsira. Beria, Yetsira et Assia sont donc appelés <b>vêtement</b> : la Beria est le deuxième monde, la Yetsira le troisième, la Assia le quatrième, et tous sont des vêtements pour l'Atsilout. Et l'on sait que les âmes d'Israël proviennent de la Beria, certaines de la Yetsira, certaines de la Assia. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset où Yaakov notre père dit (Genèse 28,20) « et qu'Il me donne du pain à manger » — du monde de l'Atsilout — « et un vêtement pour me couvrir » — de la Beria, de la Yetsira et de la Assia. Moché notre maître voulait plaider en leur faveur : puisqu'Israël a mérité <i>nefech, roua'h, nechama</i> provenant de la Beria, de la Yetsira et de la Assia, qui sont appelées vêtement, il est impossible qu'il y ait anéantissement, à D.ieu ne plaise. Car les prières sont désignées dans les Tikounim (feuillet 65) du nom de <b>vêtements</b>, puisque par elles se forment des lumières, dans le secret des vêtements de Tiferet et de Malkhout. C'est pourquoi, par la force de ses prières qui étaient montées en haut, Moché notre maître a saisi la lumière des vêtements qui en avaient été faits, pour se renforcer dans le sauvetage d'Israël. On peut aussi le comprendre ainsi : Hachem a émané dix sefirot et Sa lumière se déploie en elles, pour conduire le monde selon chaque mesure, en fonction des actes des hommes. Selon cela, les sefirot sont comme des vêtements pour Sa lumière qui se déploie en elles, et c'est comme s'il L'avait saisi par Son vêtement, c'est-à-dire qu'il a saisi la lumière de Ses sefirot pour qu'aucune action ne s'accomplisse jusqu'à ce qu'Il pardonne à Israël. On peut encore le comprendre d'après ce qui est écrit dans la Petiha d'Eliyahou, dont le souvenir est en bien : « Tu leur as établi des vêtements, dont s'envolent les âmes vers les hommes. » Moché notre maître a saisi ce lieu-là afin que les âmes d'Israël ne périssent pas. C'est le sens de « comme un homme qui saisit son compagnon par son vêtement ».
💡 Explication

L'exégèse repose sur une observation simple, donnée par Rachi : on ne dit « laisse-Moi » qu'à quelqu'un qui vous retient. Le verset suppose donc un geste de Moché.

La formule d'ouverture de Rabbi Abahou, si le verset n'était pas écrit il serait impossible de le dire, signale que l'image dépasse ce qu'on oserait formuler de soi-même, et qu'elle est autorisée seulement parce que le texte y conduit.

17
״וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי גָּדוֹל וְגוֹ׳״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, וּמַה כִּסֵּא שֶׁל שָׁלֹשׁ רַגְלַיִם אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲמֹוד לְפָנֶיךָ בִּשְׁעַת כַּעְסֶךְ. כִּסֵּא שֶׁל רֶגֶל אֶחָד — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!

« Et Je ferai de toi une grande nation, etc. » Rabbi Elazar a dit : Moché dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, si une chaise à trois pieds ne peut pas tenir devant Toi à l'heure de Ta colère, une chaise à un seul pied, à plus forte raison !

📜 Rachi (1)
שָׁלֹשׁ רְגָלִים אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב:
Trois pieds : Avraham, Its'hak et Yaakov.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, וּמַה כִּסֵּא שֶׁל שָׁלֹשׁ רַגְלַיִם אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲמֹד לְפָנֶיךָ בִּשְׁעַת כַּעְסֶךְ, כִּסֵּא שֶׁל רֶגֶל אֶחָד עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. מַקְשִׁים וַהֲלֹא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה גַּם כֵּן מִזַּרְעָם, וְאִם כֵּן יֵשׁ בְּזַרְעוֹ כִּסֵּא שֶׁל ד' רְגָלִים? וְנִרְאֶה לִי דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אַף עַל פִּי כִּי זְכוּת אָבוֹת תַּמָּה, בְּרִית אָבוֹת לֹא תַּמָּה, וְכָאן קָאֵי עַל בְּרִית אָבוֹת, וְאִם הָיָה עוֹשֶׂה כְּלָיָה חָס וְחָלִילָה, אָז הוּפַר בְּרִית שֶׁהָיָה קֹודֶם, וְרַק יַעֲשֶׂה עַתָּה בְּרִית חֲדָשָׁה עִם מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בִּלְבַד. אִי נָמֵי כִּסֵּא שֶׁל שָׁלֹשׁ רַגְלַיִם קָאֵי עַל שְׁלֹשָׁה מַדְרֵגוֹת, שֶׁיֵּשׁ בְּיִשְׂרָאֵל שְׁלֹשָׁה מַדְרֵגוֹת, כֹּהֲנִים אֲחוּזִים בְּחֶסֶד, שֶׁהוּא סוֹד אַבְרָהָם לְוִיִּים בִּגְבוּרָה שֶׁהוּא סוֹד יִצְחָק, יִשְׂרְאֵלִים בְּתִפְאֶרֶת שֶׁהוּא סוֹד יַעֲקֹב, אַךְ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְזַרְעוֹ כֻּולָּם הֵם לוֹוִים שֶׁהֵם רֶגֶל אַחַת.
« Maître du monde, si une chaise à trois pieds ne peut pas tenir devant Toi à l'heure de Ta colère, une chaise à un seul pied, à plus forte raison. » On objecte : Moché notre maître fait lui aussi partie de leur descendance ; il y aurait donc dans sa descendance une chaise à quatre pieds. Il me semble que nos maîtres de mémoire bénie ont dit : bien que le mérite des pères soit épuisé, l'alliance des pères n'est pas épuisée ; et ici il s'agit de l'alliance des pères. Or s'Il avait fait un anéantissement, à D.ieu ne plaise, l'alliance antérieure aurait été rompue, et Il n'aurait fait qu'une alliance nouvelle avec Moché notre maître seul. On peut aussi dire que la chaise à trois pieds se rapporte à trois degrés, puisqu'il y a en Israël trois degrés : les kohanim, attachés au <i>'hessed</i>, secret d'Avraham ; les leviim, à la <i>guevoura</i>, secret d'Its'hak ; les israélites, à la <i>tiferet</i>, secret de Yaakov. Mais Moché notre maître et sa descendance sont tous des leviim, ce qui fait un seul pied.
💡 Explication

Un raisonnement a fortiori (kal va-homer) qui sert à refuser une offre. Le mérite des trois patriarches, plus large que celui de Moché seul, n'a pas suffi à arrêter la colère ; le mérite d'un seul homme suffirait encore moins.

L'argument retourne l'offre en objection : la promesse de faire de Moché une grande nation ne résoudrait pas le problème qu'elle prétend résoudre.

🖼️ Schéma
La chaise à trois pieds et la chaise à un pied Argument a fortiori (kal va-homer) de Moché contre l'offre de devenir une grande nation. Le mérite des trois pères Avraham Its hak Yaakov Trois appuis, et pourtant ils ne tiennent pas devant la colère. à plus forte raison Le mérite de Moché seul Moché Un seul appui : la chaise tomberait aussitôt. Moché refuse donc l'offre, et ajoute la honte qu'il aurait devant ses pères.
La chaise à trois pieds et la chaise à un pied : le a fortiori de Moché.
18
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ בִּי בֹּושֶׁת פָּנִים מֵאֲבוֹתַי, עַכְשָׁיו יֹאמְרוּ: רְאוּ פַּרְנָס שֶׁהֶעֱמִיד עֲלֵיהֶם. בִּקֵּשׁ גְּדֻולָּה לְעַצְמוֹ, וְלֹא בִּקֵּשׁ עֲלֵיהֶם רַחֲמִים.

Et de plus, j'aurais honte devant mes pères. On dirait maintenant : voyez le responsable qu'Il a établi sur eux — il a demandé la grandeur pour lui-même et n'a pas imploré miséricorde en leur faveur.

💡 Explication

Second refus, d'ordre moral. Au raisonnement précédent Moché ajoute la honte devant les pères : accepter l'offre le ferait apparaître comme un responsable qui a saisi l'occasion pour lui-même.

Le mot parnass désigne celui qui a charge de la communauté. C'est le titre qui rend le reproche possible.

19
״וַיְחַל מֹשֶׁה אֶת פְּנֵי ה׳״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁעָמַד מֹשֶׁה בִּתְפִלָּה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, עַד שֶׁהֶחֱלָהוּ. וְרָבָא אָמַר: עַד שֶׁהֵפֵר לוֹ נִדְרוֹ. כְּתִיב הָכָא: ״וַיְחַל״, וּכְתִיב הָתָם: ״לֹא יַחֵל דְּבָרוֹ״, וְאָמַר מַר: הוּא אֵינוֹ מְיַחֵל, אֲבָל אֲחֵרִים מְחִלִּין לוֹ.

« Et Moché implora la face de ה' ». Rabbi Elazar a dit : cela enseigne que Moché se tint en prière devant le Saint béni soit-Il jusqu'à ce qu'il en fut rendu malade.

Et Rava a dit : jusqu'à ce qu'il ait annulé Son vœu. Il est écrit ici « vayehal », et il est écrit là-bas « il ne profanera pas sa parole » ; et le maître a dit : lui ne peut pas annuler, mais d'autres peuvent annuler pour lui.

📜 Rachi (2)
שֶׁהֶחֱלָהוּ הִפְצִיר בּוֹ אנויי"ר בְּלַעַ"ז:
Jusqu'à ce qu'il en fut rendu malade : il a insisté auprès de Lui — <i>anoyer</i> en langue vernaculaire.
נִדְרוֹ דִּבּוּרוֹ שֶׁאָמַר וַאֲכָלָם:
Son vœu : Sa parole, lorsqu'Il a dit « et Je les consumerai ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
"וַיְחַל מֹשֶׁה", אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁהִתְפַּלֵּל מֹשֶׁה עַד שֶׁהַחַלָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁקִּבֵּל עָלָיו לְגַלְגֵּל נִיצוֹצוֹתָיו בְּכָל דּוֹר, לִסְבֹּול יִסּוּרִין בַּעֲבוּר יִשְׂרָאֵל, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בִּישַׁעְיָה נג, ד) אָכֵן חֳלָיֵנוּ הוּא נָשָׂא וּמַכְאֹבֵינוּ סְבָלָם וְכוּ', וְהוּא מְחַלֵּל מִפִּשְׁעֵנוּ וְכוּ', וַה' חָפֵץ דַּכְּאוֹ הֶחֱלִי וְכוּ', וּמַאן דְּאָמַר עַד שֶׁהֶחֱלָהוּ להקב"ה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִיתֵּק מִדַּת הַדִּין הָעוֹמֶדֶת לְפָנָיו, וּמַאן דְּאָמַר עַד שֶׁהִתִּיר לוֹ נִדְרוֹ, אֵין הַדָּבָר כִּפְשׁוּטוֹ, אֶלָּא הַכַּוָּנָה בִּיקֵּשׁ מִמֶּנּוּ סְלִיחָה בְּאֹופֶן שֶׁיִּהְיֶה הֶעָוֹן שֶׁלָּהֶם נֶעֱקַר מֵעִיקָּרוֹ, כְּדֶרֶךְ הַהַתָּרָה שֶׁעוֹקֶרֶת הַנֶּדֶר מֵעִיקָּרוֹ, וּמַאן דְּאָמַר עַד שֶׁהוּחַל עֲלֵיהֶם מִדַּת הָרַחֲמִים, יוּבָן עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בַּפָּסוּק (דְּבָרִים ד' ד') וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּה' אֱ-לֹהֵיכֶם חַיִּים כֻּלְּכֶם הַיּוֹם, דְּשֵׁם הוי"ה בְּמִילּוּי יודי"ן ע"ב [72] [יוּ"ד ה"י וָי"ו ה"י] , ו יִשְׂרָאֵל תקמ"א [541] , הֲרֵי תרי"ג [613] , וּבָזֶה נִשְׁמָרִים כָּל רמ"ח [248] אֵבָרִים וּשְׁסָ"ה [365] גִּידִים שֶׁלָּהֶם, וְזֶהוּ חַיִּים כֻּלְּכֶם דַּיְיקָא, וּבָעֵגֶל נִסְתַּלֵּק הַשֵּׁם בְּמִילּוֹאוֹ מֵעֲלֵיהֶם וְעַתָּה הֵשִׁיבוּ עֲלֵיהֶם, וְיָדוּעַ כִּי מִלּוּי זֶה שֶׁל ע"ב הוּא רַחֲמִים בְּיוֹתֵר מִשְּׁאָר מִילּוּאִים, לָכֵן הוּא מִסְפַּר חֶסֶד [72] .
« Et Moché implora », Rabbi Elazar a dit : cela enseigne que Moché pria jusqu'à en tomber malade. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'il a accepté sur lui de faire transmigrer ses étincelles à chaque génération, pour supporter des souffrances au profit d'Israël, selon ce qui est dit (Isaie 53,4) « en vérité ce sont nos maladies qu'il a portées, et nos douleurs qu'il a supportées, etc. », « et il est profane par nos crimes, etc. », « et ה' a voulu l'écraser par la maladie, etc. ». Quant à celui qui dit « jusqu'à ce qu'il L'ait rendu, pour ainsi dire, malade », il veut dire qu'il a adouci la mesure de rigueur qui se tenait devant Lui. Et celui qui dit « jusqu'à ce qu'il Lui ait délié son vœu » : la chose n'est pas à prendre au sens littéral ; l'intention est qu'il Lui a demandé un pardon tel que leur faute soit déracinée de sa racine, à la manière de l'annulation d'un vœu, qui déracine le vœu depuis son origine. Et celui qui dit « jusqu'à ce qu'il ait fait reposer sur eux la mesure de miséricorde », cela se comprend d'après ce que j'ai écrit, avec l'aide du Ciel, sur le verset (Deut. 4,4) « et vous qui vous attachez à ה' votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui » : le Nom dans son épellation par des youd vaut 72, et Israël vaut 541, ce qui fait 613 ; par là sont gardés les 248 membres et les 365 tendons, et c'est précisément le sens de « vous êtes tous vivants ». Or lors du Veau, le Nom dans cette épellation s'était retiré d'eux, et maintenant il leur a été rendu. Et l'on sait que cette épellation de 72 est plus miséricordieuse que les autres, puisqu'elle a la valeur numérique de <i>'hessed</i>, 72.
💡 Explication

Le mot rare vayehal ouvre une série de lectures qui court jusqu'au segment 22. Chacune rattache le mot à une racine différente.

Rabbi Elazar le rattache à hala, tomber malade : Moché a prié jusqu'à l'épuisement. Rava le rattache au vocabulaire de l'annulation des vœux : le verset des Nombres emploie la même racine, et la règle veut qu'un homme ne délie pas lui-même son vœu, mais qu'un tribunal le délie pour lui. Moché joue ici ce rôle.

🖼️ Schéma
Les six lectures du mot vayehal (Exode 32,11) Un seul mot, six racines possibles : chaque maître y lit un autre acte de Moché. Maître Racine lue Ce que Moché a fait Rabbi Elazar HLH - tomber malade Il a prié jusqu'à en être rendu malade. Rava YHL - annuler un vœu Il a annulé le vœu, comme un tribunal délie un homme. Chmouel HLL - halal, le mort Il s'est livré à la mort pour eux : efface-moi de Ton livre. Rava au nom de Rav Yitshak HWL - faire reposer Il a fait reposer sur eux la midat harahamim. Les Sages HULÎN - le profane Il a dit : agir ainsi serait profane pour Toi. Rabbi Eliezer le Grand AHILÛ - fièvre Il a prié jusqu'à ce que le feu des os le saisisse. Les quatre premières portent sur ce que Moché a obtenu ; les deux dernières sur ce qu'il a payé.
Les six lectures de vayehal, développées dans les segments 18 à 22.
20
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: מְלַמֵּד שֶׁמָּסַר עַצְמוֹ לְמִיתָה עֲלֵיהֶם. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם אַיִן מְחֵנִי נָא מִסִּפְרְךָ״.

Et Chmouel a dit : cela enseigne qu'il s'est livré à la mort pour eux, ainsi qu'il est dit : « et sinon, efface-moi donc de Ton livre ».

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּסַר עַצְמוֹ לְמִיתָה וַיְחַל לְשׁוֹן חָלָל:
Qu'il s'est livré à la mort : <i>vayehal</i>, du terme <i>halal</i> (celui qui est tué).
💡 Explication

Troisième lecture. Le mot est rattaché à halal, le cadavre : Moché s'est engagé lui-même, jusqu'à demander d'être effacé du livre s'ils n'étaient pas pardonnés.

21
אָמַר רָבָא אָמַר רַב יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁהֻחֲלָה עֲלֵיהֶם מִדַּת רַחֲמִים.

Rava a dit au nom de Rav Yits'hak : cela enseigne qu'il a fait reposer sur eux la mesure de miséricorde.

📜 Rachi (1)
שֶׁהֻחֲלָה עֲלֵיהֶם מִדַּת רַחֲמִים כְּמוֹ יָחֻולוּ עַל רֹאשׁ יוֹאָב (שְׁמוּאֵל ב ג׳:כ״ט) לְשׁוֹן הִנִּיחַ:
Qu'il a fait reposer sur eux la mesure de miséricorde : comme dans « qu'ils reposent sur la tête de Yoav » (II Samuel 3,29), au sens de faire se poser.
💡 Explication

Quatrième lecture, rattachée à la racine houl, se poser. Rachi apporte un verset où la même forme signifie « reposer sur ». La prière de Moché fait descendre la midat harahamim sur Israël.

22
וְרַבָּנָן אָמְרִי: מְלַמֵּד שֶׁאָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! חֻולִּין הוּא לְּךָ מֵעֲשֹׂות כַּדָּבָר הַזֶּה.

Et les Sages disent : cela enseigne que Moché dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, ce serait profane pour Toi que d'agir de la sorte.

💡 Explication

Cinquième lecture, rattachée à houlin, le profane. Le mot ne décrit plus l'état de Moché mais le contenu de sa parole : détruire Israël serait indigne.

23
״וַיְחַל מֹשֶׁה אֶת פְּנֵי ה׳״, תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: מְלַמֵּד שֶׁעָמַד מֹשֶׁה בִּתְפִלָּה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַד שֶׁאֲחָזַתּוּ אֲחִילוּ. מַאי אַחִילוּ? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵשׁ שֶׁל עֲצָמוֹת. מַאי אֵשׁ שֶׁל עֲצָמוֹת? אָמַר אַבַּיֵּי: אִשָּׁתָא דְּגָרְמִי.

« Et Moché implora la face de ה' ». On a enseigné : Rabbi Eliezer le Grand dit : cela enseigne que Moché se tint en prière devant le Saint béni soit-Il jusqu'à ce que l'ahilou le saisisse.

Qu'est-ce que l'ahilou ? Rabbi Elazar a dit : un feu des os.

Qu'est-ce qu'un feu des os ? Abaye a dit : l'echta degarmei.

📜 Rachi (2)
שֶׁאֲחָזַתּוּ אַחֵילוֹ גָּרַס:
On lit : « jusqu'à ce que l'ahilou le saisisse ».
אִשָּׁתָא דְּגָרְמִי מוליי"ר בְּלַעַ"ז:
Echta degarmei : <i>molier</i> en langue vernaculaire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי 'אַחֵילוֹ'? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵשׁ שֶׁל עֲצָמוֹת. מַאי אֵשׁ שֶׁל עֲצָמוֹת? אִשָּׁתָא דְּגָרְמִי. קַשָּׁא מָה חִידֵּשׁ אַבַּיֵּי לַשּׁוֹאֵל, אַטּוּ לָא הֲוָה יָדַע הַשּׁוֹאֵל כִּי עֲצָמוֹת הֵם גַּרְמֵי בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַשּׁוֹאֵל לֹא יָדַע מָה עִנְיַן אֵשׁ זֶה, אִם הוּא מִן הַשָּׁמַיִם אוֹ מִן הָאָרֶץ, (אוֹ אִם הַכַּוָּנָה חֹום אֵשׁ שֶׁל עֲצָמוֹת שְׂרוּפִים), וְאָמַר לוֹ אַבַּיֵּי אֵין זֶה אֵשׁ מַמָּשׁ, אֶלָּא הוּא אִשְׁתִּי דְּגַרְמֵי כְּלוֹמַר קַדַּחַת שֶׁל עֲצָמוֹת (דְּהַייְנוּ קַדַּחַת דְּבוּקָה בְּעַצְמוֹת הָאָדָם כִּי יֵשׁ קַדַּחַת שֶׁהִיא בַּבָּשָׂר) כִּי בִּזְמַנָּם קוֹרִין אֶת הַקַּדַּחַת בְּשֵׁם אִשָּׁתָא, כַּנִּזְכָּר בְּשַׁבָּת פֶּרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה לְאִשָּׁתָא בַּת יוֹמָא, לְאִשָּׁתָא תְּלָתָא, לְאִשָּׁתָא צַמַּרְתָּא עַיֵּין שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּאֲחֻזָּתוֹ קַדַּחַת אוֹתָהּ שָׁעָה כְּדֵי שֶׁבְּצֹעַר הַזֶּה שֶׁהִגִּיעַ לוֹ נִיצּוּלוֹ יִשְׂרָאֵל מִכִּלְיָהּ, עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁבְּאוֹתוֹ דָּם שֶׁיָּצָא מִן הַנָּבִיא כַּאֲשֶׁר הִכָּהוּ הָאִישׁ, נִיצּוּלוֹ כָּל יִשְׂרָאֵל מִן הֶרֶג בְּמִלְחֶמֶת אֲרָם שֶׁלֹּא נֶהֱרַג אֶלָּא אַחְאָב.
Qu'est-ce que l'<i>ahilou</i> ? Rabbi Elazar a dit : un feu des os. Qu'est-ce qu'un feu des os ? <i>Echta degarmei</i>. On peut demander : qu'a donc appris Abaye à celui qui interrogeait ? Celui-ci ignorait-il que « os » se dit <i>garmei</i> en araméen ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui interrogeait ne savait pas de quel feu il s'agissait — s'il venait du ciel ou de la terre (ou s'il s'agissait de la chaleur d'un feu d'ossements brûlés). Abaye lui répondit qu'il ne s'agit pas d'un feu au sens propre, mais d'une <i>echta degarmei</i>, c'est-à-dire une fièvre des os (une fièvre qui s'attache aux os de l'homme, car il existe une fièvre qui est dans la chair), car de leur temps on appelait la fièvre du nom d'<i>echta</i>, comme il est mentionné dans Chabbat, chapitre Bameh icha : « contre l'echta d'un jour », « contre l'echta de trois jours », « contre l'echta brûlante » — voir là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la fièvre le saisit à ce moment-là afin que, par cette souffrance qui lui advint, Israël soit sauvé de l'anéantissement, à la manière de ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : par le sang qui sortit du prophète lorsque cet homme le frappa, tout Israël fut sauvé du massacre dans la guerre contre Aram, et seul Ahav fut tué.
💡 Explication

Sixième lecture, transmise par une baraita. Le mot ahilou était déjà obscur pour les Sages : la guemara doit l'expliquer deux fois, d'abord par une expression hébraïque (« feu des os »), puis par l'équivalent araméen courant en Babylonie.

Cette double glose montre le travail de transmission entre la terre d'Israël et la Babylonie : un terme vivant dans un lieu devient énigmatique dans l'autre. Rachi ajoute la traduction en langue vernaculaire de son temps.

24
״זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בָּךְ״. מַאי ״בְּךָ״? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אִלְמָלֵא נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ, הָיִיתִי אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁשָּׁמַיִם וָאָרֶץ בְּטֵלִים — כָּךְ שְׁבוּעָתְךָ בָּטְלָה. וְעַכְשָׁו שֶׁנִּשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בְּשִׁמְךָ הַגָּדוֹל, מַה שִׁמְךָ הַגָּדוֹל חַי וְקַיָּים לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים — כָּךְ שְׁבוּעָתְךָ קַיֶּימֶת לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים.

« Souviens-Toi d'Avraham, d'Its'hak et d'Israël Tes serviteurs, à qui Tu as juré par Toi-même. » Que signifie « par Toi-même » ? Rabbi Elazar a dit : Moché dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, si Tu leur avais juré par les cieux et par la terre, j'aurais dit — de même que les cieux et la terre s'effacent, ainsi Ton serment s'efface.

Mais maintenant que Tu leur as juré par Ton grand Nom : de même que Ton grand Nom vit et subsiste pour toujours et pour les siècles des siècles, ainsi Ton serment subsiste pour toujours et pour les siècles des siècles.

📜 Rachi (1)
אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בָּךְ שֶׁנֶּאֱמַר בַּעֲקֵדַת יִצְחָק בִּי נִשְׁבַּעְתִּי (בְּרֵאשִׁית כב):
À qui Tu as juré par Toi-même : ainsi qu'il est dit lors de la ligature d'Its'hak, « J'ai juré par Moi » (Genèse 22).
💡 Explication

Nouvel argument, tiré de la forme du serment. Un serment tire sa durée de ce par quoi il est juré. Puisque le serment fait aux patriarches a été prononcé par le Nom lui-même, il ne peut pas s'éteindre.

Rachi identifie le verset source : la ligature d'Its'hak, où la formule « J'ai juré par Moi » apparaît explicitement.

25
״וַתְּדַבֵּר אֲלֵיהֶם אַרְבֶּה אֶת זַרְעֲכֶם כְּכוֹכְבֵי הַשָּׁמָיִם וְכָל הָאָרֶץ הַזֹּאת אֲשֶׁר אָמַרְתִּי״, הַאי ״אֲשֶׁר אָמַרְתִּי״, ״אֲשֶׁר אָמַרְתָּ״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

« Et Tu leur as dit : Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, et tout ce pays dont J'ai parlé. » Ce « dont J'ai parlé » : il aurait fallu dire « dont Tu as parlé » !

💡 Explication

Une difficulté grammaticale. Moché rapporte les paroles de Hachem, donc il devrait dire « dont Tu as parlé ». Le verset porte pourtant la première personne. Le segment suivant donne deux explications.

26
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: עַד כָּאן דִּבְרֵי תַלְמִיד, מִכָּאן וְאֵילָךְ — דִּבְרֵי הָרַב. וְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: אֵלּוּ וָאֵלּוּ דִּבְרֵי תַלְמִיד, אֶלָּא כָּךְ אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, דְּבָרִים שֶׁאָמַרְתָּ לִי ״לֵךְ אֱמֹור לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל״ בִּשְׁמִי, הָלַכְתִּי וְאָמַרְתִּי לָהֶם בִּשְׁמֶךָ. עַכְשָׁו מָה אֲנִי אוֹמֵר לָהֶם?

Rabbi Elazar a dit : jusqu'ici, ce sont les paroles du disciple ; à partir de là, ce sont les paroles du maître. Et Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : les unes et les autres sont les paroles du disciple ; mais Moché a parlé ainsi devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, les choses que Tu m'as dites — « va, dis-les a Israël » — en Mon nom, je suis allé et je les leur ai dites en Ton nom.

Maintenant, que vais-je leur dire ?

📜 Rachi (3)
עַד כָּאן עַד כְּכוֹכְבֵי הַשָּׁמַיִם:
Jusqu'ici : jusqu'à « comme les étoiles du ciel ».
מִכָּאן וְאֵילָךְ דִּבְרֵי הָרַב אָמַר לוֹ אֶעֱשֶׂה כִּדְבָרֶיךָ:
À partir de là, ce sont les paroles du maître : Il lui a dit « Je ferai selon ta parole ».
דְּבָרִים שֶׁאָמַרְתָּ לִי בַּסְּנֶה אָמַרְתָּ לִי אַעֲלֶה אֶתְכֶם מֵעֳנִי מִצְרַיִם אֶל אֶרֶץ טוֹבָה וּרְחָבָה (שְׁמוֹת ג׳:י״ז):
Les choses que Tu m'as dites : au buisson Tu m'as dit « Je vous ferai monter de la misère d'Égypte vers un pays bon et vaste » (Exode 3,17).
💡 Explication

Deux solutions à la difficulté. Rabbi Elazar coupe le verset en deux : la première partie est la citation faite par Moché, la seconde est une réponse de Hachem insérée dans le même verset. La première personne s'explique alors par le changement de locuteur.

Rabbi Chmouel bar Nahmani garde un seul locuteur et fait porter la difficulté sur le contenu : Moché rappelle qu'il a transmis les promesses au nom de Hachem, et demande ce qu'il pourra dire désormais si elles ne s'accomplissent pas.

27
״מִבִּלְתִּי יְכֹלֶת ה׳״: יָכוֹל ה׳ מִיבְּעֵי לֵיהּ.

« Faute de capacité de ה' » : il aurait fallu dire « ה' n'a pas pu » !

💡 Explication

Nouvelle difficulté de forme, dans un autre épisode : la faute des explorateurs. Le verset emploie le nom abstrait yekholet, de forme féminine, là où l'on attendrait le verbe yakhol.

🖼️ Schéma
Yekholet ou yakhol : la question de forme qui ouvre la derasha Forme attendue yakhol - il a pu Verbe, forme masculine. Sens simple : Il n'a pas pu les faire entrer. Forme employée yekholet - la capacité Nom abstrait, de forme féminine. L'écart appelle une explication. Rabbi Elazar Moché a choisi la forme féminine pour dire ce que les nations diraient : sa force a faibli comme celle d'une femme, et Il ne peut pas les sauver. Ben Yehoyada rattache ce point aux deux Noms : l'un agit dans la nature, l'autre au-dessus d'elle.
L'écart entre la forme attendue et la forme employée, point de départ de la derasha.
28
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, עַכְשָׁיו יֹאמְרוּ אֻומּוֹת הָעוֹלָם תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ כִּנְקֵבָה, וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַצִּיל. אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: וַהֲלֹא כְּבָר רָאוּ נִסִּים וּגְבוּרוֹת שֶׁעָשִׂיתִי לָהֶם עַל הַיָּם. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, עֲדַיִין יֵשׁ לָהֶם לוֹמַר: לְמֶלֶךְ אֶחָד יָכוֹל לַעֲמֹוד, לִשְׁלשִׁים וְאֶחָד מְלָכִים אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲמֹוד.

Rabbi Elazar a dit : Moché dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, maintenant les nations du monde diront que Sa force a faibli comme celle d'une femme et qu'Il ne peut pas sauver. Le Saint béni soit-Il dit à Moché : n'ont-elles pas déjà vu les miracles et les hauts faits que J'ai accomplis pour eux à la mer ?

Il dit devant Lui : Maître du monde, elles peuvent encore dire — devant un seul roi Il a pu tenir, devant trente et un rois Il ne peut pas tenir.

🪔 Ben Yehoyada (1)
תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ כִּנְקֵבָה, וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַצִּילָן. נִרְאֶה לִי בס"ד שֵׁם 'אֱ-לֹהִים' פּוֹעֵל בְּטֶבַע, וְשֵׁם 'הוי"ה' לְמַעְלָה מִן הַטֶּבַע, וְאֻומּוֹת הָעוֹלָם לֹא הָיוּ מַשִּׂיגִים וְיוֹדְעִים בְּאוֹתוֹ זְמַן אֶלָּא רַק בְּשֵׁם אֱ-לֹהִים, אֲבָל שֵׁם הֲוָיָ"ה לֹא נוֹדַע לָהֶם, וְרַק נוֹדַע בִּיצִיאַת מִצְרַיִם, שֶׁהָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אוֹמֵר כָּל דְּבָרָיו לְפַרְעֹה בְּשֵׁם הוי"ה, (שְׁמוֹת ה' א') כֹּה אָמַר ה', וּבוֹ עָשָׂה כָּל הַנִּסִּים שֶׁהֵם לְמַעְלָה מִן הַטֶּבַע, וְיָדוּעַ שֶׁאוֹתִיּוֹת שֵׁם 'אֱ-לֹהִים' נֶחְשָׁבִים נוֹקְבָהּ, וְשֵׁם 'הוי"ה' זָכָר, וְלָזֶה אָמַר עַתָּה יֹאמְרוּ תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ כִּנְקֵבָה , שֶׁאֵינוֹ פּוֹעֵל עוֹד בְּשֵׁם הוי"ה שֶׁהוּא זָכָר, אֶלָּא רַק בְּשֵׁם אֱ-לֹהִים שֶׁהוּא נְקֵבָה, וְאֵינוֹ פּוֹעֵל אֶלָּא רַק בְּטֶבַע, וְלֹא לְמַעְלָה מִן הַטֶּבַע, וְכֵיוָן שֶׁהוֹלְכִים בַּמִּדְבָּר שֶׁצָּרִיךְ לָהֶם דְּבָרִים לְמַעְלָה מִן הַטֶּבַע, לְכָךְ הֲרָגָם כִּי לֹא יָכוֹל לָזֶה חָס וְחָלִילָה. אוֹ יוּבָן אוֹמְרוֹ תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ כִּנְקֵבָה , כְּלוֹמַר כְּמוֹ הַנְּקֵבָה שֶׁעַל יְדֵי רִבּוּי עֲבוּרִים וְלֵידוֹת יוּתַשׁ כּוֹחָהּ, כֵּן הוּא חָס וְחָלִילָה עַל יְדֵי רִבּוּי מַעֲשֵׂה נִסִּים תַּשׁ כּוֹחוֹ חָלִילָה.
« Sa force a faibli comme celle d'une femme, et Il ne peut pas les sauver. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Nom qui exprime la souveraineté agit dans la nature, tandis que le Nom de quatre lettres est au-dessus de la nature. Les nations du monde, à cette époque-là, ne percevaient et ne connaissaient que ce premier Nom ; le Nom de quatre lettres ne leur était pas connu, et il ne le fut qu'à la sortie d'Égypte, lorsque Moché notre maître disait toutes ses paroles à Pharaon par ce Nom — (Exode 5,1) « ainsi a dit ה' » — et que c'est par lui qu'Il accomplit tous les miracles, qui sont au-dessus de la nature. Et l'on sait que les lettres du premier Nom sont comptées comme féminines, et le Nom de quatre lettres comme masculin. C'est le sens de « maintenant elles diront : <b>Sa force a faibli comme celle d'une femme</b> », c'est-à-dire qu'Il n'agit plus par le Nom masculin, mais seulement par le Nom féminin ; qu'Il n'agit que dans la nature et non au-dessus d'elle. Et puisqu'ils marchent dans le désert, où il leur faut des choses au-dessus de la nature, Il les a fait mourir, ne le pouvant pas, à D.ieu ne plaise. On peut aussi comprendre « Sa force a faibli comme celle d'une femme » ainsi : de même que la femme voit sa force s'épuiser par la multiplication des grossesses et des accouchements, ainsi en irait-il, à D.ieu ne plaise, par la multiplication des miracles.
💡 Explication

La forme féminine du mot devient le support de l'argument : Moché l'emploie pour rapporter par avance ce que les nations diront, à savoir que la force a faibli.

Suit un échange serré. Hachem oppose le précédent de la mer ; Moché répond que ce précédent ne vaut que pour un seul adversaire, alors que la conquête en suppose trente et un.

29
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִנַּיִן שֶׁחָזַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְהוֹדָה לוֹ לְמֹשֶׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר ה׳ סָלַחְתִּי כִּדְבָרֶיךָ״. תָּנֵי דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: כִּדְבָרֶיךָ, עֲתִידִים אֻומּוֹת הָעוֹלָם לוֹמַר כֵּן.

Rabbi Yo'hanan a dit : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il a fini par donner raison à Moché ? Ainsi qu'il est dit : « et ה' dit : J'ai pardonné selon ta parole ».

On a enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : selon ta parole — les nations du monde diront un jour cela.

💡 Explication

La formule « selon ta parole » reçoit deux niveaux de sens. Au sens simple, elle énonce que le pardon est accordé à la demande de Moché. L'école de Rabbi Yichmael y lit une confirmation du contenu de l'argument : ce que tu as annoncé se produira, les nations tiendront bien ce discours.

30
אַשְׁרֵי תַּלְמִיד שֶׁרַבּוֹ מוֹדֶה לוֹ.

Heureux le disciple dont le maître lui donne raison.

💡 Explication

Une phrase brève qui conclut la séquence. Elle transpose l'épisode dans le registre de l'étude : le rapport entre Moché et Hachem est décrit comme celui d'un disciple et de son maître, et le pardon comme un accord donné à un raisonnement.

31
״וְאוּלָם חַי אָנִי״, אָמַר רָבָא אָמַר רַב יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, הֶחֱיִיתַנִי בִּדְבָרֶיךָ.

« Mais Moi, aussi vrai que Je vis. » Rava a dit au nom de Rav Yits'hak : cela enseigne que le Saint béni soit-Il dit à Moché : Moché, tu M'as fait vivre par tes paroles.

📜 Rachi (1)
הֶחֱיִיתַנִי בִּפְנֵי הָאֻומּוֹת:
Tu M'as fait vivre : devant les nations.
🪔 Ben Yehoyada (2)
"וְאוּלָם חַי אָנִי", אָמַר רָבָא, אָמַר רַב יִצְחָק: מְלַמֵּד שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, הֲחִיתֵּנִי בִּדְבָרֶיךָ. הַלָּשׁוֹן תָּמוּהַּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה טָעַן בְּסַנְגּוֹרְיָא שֶׁלּוֹ אִלְמָלֵא בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם, הָיִיתִי אוֹמֵר מַה שָׁמַיִם וָאָרֶץ בְּטֵלִים אַף שְׁבוּעָתְךָ בָּטְלָה, עַכְשָׁיו שֶׁבְּשִׁמְךָ הַגָּדוֹל נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם, מַה שִׁמְךָ הַגָּדוֹל חַי וְקַיָּים לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים, כָּךְ שְׁבוּעָתְךָ קַייֶּמֶת לְעוֹלָם! וּלְפִי זֶה אִם הָיָה הקב"ה מְבַטֵּל שְׁבוּעָתוֹ חָס וְחָלִילָה, הָיוּ אוֹמְרִים שֶׁאֵין שְׁמוֹ חַי וְקַיָּים לְעוֹלָם חָס וְחָלִילָה, אֲבָל עַתָּה שֶׁטָּעַן מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה כֵּן, וּבִיטֵּל הקב"ה הַגְּזֵרָה וְקִייֵּם שְׁבוּעָתוֹ מֵחֲמַת דְּבָרָיו שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּנוּ ע"ה, אָז נִתְבָּרֵר שֶׁשְּׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ חַי וְקַיָּים וְלֹא יָבוֹאוּ בְּנֵי אָדָם לוֹמַר לְהֵפֶךְ חָס וְחָלִילָה, וְלָזֶה אָמַר הֲחִיתֵּנִי בִּדְבָרֶיךָ , כִּי עַתָּה עַל יְדֵי דְּבָרֶיךָ וְטַעֲנוֹתֶיךָ הַכֹּל יֵדְעוּ וְיוֹדוּ שֶׁאֲנִי חַי וְקַייָּם, כִּי בָּזֶה נִתְאַמֵּת שֶׁאֲנִי חַי וּשְׁמִי חַי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל דֶּרֶךְ עִם הֶעָנִי כְּאִלּוּ עָשָׂה חֶסֶד עִם הקב"ה כִּבְיָכוֹל, מִפְּנֵי שֶׁיִּשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם נְשָׁמָה קְדוֹשָׁה שֶׁהִיא חֵלֶק אַלֹּוק מִמַּעַל, וְלָכֵן כְּתִיב בְּהוּ (דְּבָרִים ד' ד') וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּה' אֱ-לֹהֵיכֶם, (שָׁם י"ד א') בָּנִים אַתֶּם לַה' אֱ-לֹהֵיכֶם, וְלָכֵן כָּאן שֶׁהֶחֱיָיה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אֶת יִשְׂרָאֵל בְּסַנְגּוֹרְיָא שֶׁלּוֹ, אָמַר לוֹ הַקָּבָּ"ה חַיֶּיךָ דָּבָר גָּדוֹל עָשִׂיתָ, וּמַעֲלֶה אֲנִי עָלֶיךָ כְּאִלּוּ הֲחִיתֵּנִי בִּדְבָרֶיךָ , שֶׁזֶּה הַחֶסֶד שֶׁעָשִׂיתָ עִם יִשְׂרָאֵל שֶׁהֶחֱיֵיתָ אוֹתָם כְּאִלּוּ עָשִׂיתִי עִמִּי כִּבְיָכוֹל, וְנִרְאֶה לִי דְּאָמַר לוֹ כֵּן כְּדֵי לְעוֹרֵר הַמַּלְאָכִים וּנְשָׁמוֹת הַצַּדִּיקִים אֲשֶׁר לְמַעְלָה שֶׁיִּהְיוּ תָּמִיד מְלִיצֵי טוֹב עַל יִשְׂרָאֵל, דְּהָא קָא חָזוּ עַתָּה דְּכָל כָּךְ נִיחָא לֵיהּ לקב"ה בִּזְכוּת יִשְׂרָאֵל, עַד שֶׁאָמַר לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה.
« Mais Moi, aussi vrai que Je vis », à dit Rava au nom de Rav Yitshak : cela enseigne que le Saint béni soit-Il dit à Moché : Moché, tu M'as fait vivre par tes paroles. L'expression est étonnante. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Moché notre maître a plaidé ainsi : si Tu leur avais juré par les cieux et par la terre, j'aurais dit — de même que les cieux et la terre s'effacent, ainsi Ton serment s'efface ; maintenant que Tu leur as juré par Ton grand Nom, de même que Ton grand Nom vit et subsiste pour toujours et pour les siècles des siècles, ainsi Ton serment subsiste pour toujours. Selon cela, si le Saint béni soit-Il avait annulé Son serment, à D.ieu ne plaise, on aurait dit que Son Nom ne vit pas et ne subsiste pas pour toujours, à D.ieu ne plaise. Mais maintenant que Moché notre maître a plaidé ainsi, et que le Saint béni soit-Il a annulé le décret et maintenu Son serment à cause des paroles de Moché notre maître, il est établi que Son Nom vit et subsiste, et que les hommes n'en viendront pas à dire le contraire, à D.ieu ne plaise. C'est le sens de « tu M'as fait vivre par tes paroles » : maintenant, par tes paroles et tes arguments, tous sauront et reconnaîtront que Je vis et subsiste, car par là il est vérifié que Je vis et que Mon Nom vit. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'intention est de l'ordre de celui qui agit avec bonté envers le pauvre : c'est comme s'il agissait avec bonté envers le Saint béni soit-Il, pour ainsi dire, parce qu'Israël possède une nechama sainte qui est une part divine d'en haut. C'est pourquoi il est écrit à leur sujet (Deut. 4,4) « et vous qui vous attachez à ה' votre D.ieu », et (ibid. 14,1) « vous êtes des fils pour ה' votre D.ieu ». Ici donc, où Moché notre maître a fait vivre Israël par sa plaidoirie, le Saint béni soit-Il lui dit : par ta vie, tu as fait une grande chose, et Je te la compte comme si <b>tu M'avais fait vivre par tes paroles</b> ; cette bonté que tu as faite à Israël en les faisant vivre, c'est comme si tu l'avais faite envers Moi, pour ainsi dire. Et il me semble qu'Il lui a parlé ainsi afin d'éveiller les anges et les âmes des justes d'en haut à plaider toujours en faveur d'Israël, puisqu'ils voient maintenant à quel point le mérite d'Israël agrée au Saint béni soit-Il, au point qu'Il ait adressé de telles paroles à Moché notre maître.
אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא [לְמֹשֶׁה] 'בֶּן עַמְרָם'. כֵּן הִיא הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב, וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא קָרְאוּ בִּשְׁמוֹ אֶלָּא קָרְאוּ בֶּן עַמְרָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד קָרְאוּ כֵּן דֶּרֶךְ חִיבָּה, כִּי כְּשֶׁעָלָה לַמָּרוֹם קְרָאוּהוּ הַמַּלְאָכִים יְלוּד אִשָּׁה, וְהוּא דֶּרֶךְ גְּנַאי קְצָת, וְעַתָּה אָמַר לוֹ מִן הָרָאוּי אֶקְרָא אוֹתְךָ יְלוּד אִשָּׁה כַּאֲשֶׁר קְרָאוּךָ הַמַּלְאָכִים דֶּרֶךְ גְּנַאי עַל אֲשֶׁר אָמַרְתָּ יֹאמְרוּ תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ כִּנְקֵבָה וְלֹא דִּבַּרְתָּ דֶּרֶךְ כָּבוֹד, אַךְ הוֹעִיל וְלִבְּךָ שָׁלֵם, שֶׁאָמַרְתָּ כֵּן לְהַשְׁתִּיק מִדַּת הַדִּין מֵעַל יִשְׂרָאֵל, לֹא אֲזַלְזֵל בְּךָ לְקָרָאֲךָ יְלוּד אִשָּׁה, אֶלָּא אַקְרָאֲךָ בֶּן עַמְרָם דֶּרֶךְ כָּבוֹד וְחִיבָּה.
Le Saint béni soit-Il lui dit : « fils d'Amram ». Telle est la version du Ein Yaakov. On peut demander : pourquoi ne l'a-t-Il pas appelé par son nom, mais l'a-t-Il appelé fils d'Amram ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il l'a appelé ainsi par affection. En effet, lorsqu'il monta en haut, les anges l'appelèrent « enfanté d'une femme », ce qui est quelque peu méprisant. Il lui dit donc maintenant : il conviendrait que Je t'appelle « enfanté d'une femme », comme les anges t'ont appelé par mépris, puisque tu as dit « ils diront que Sa force a faibli comme celle d'une femme » et que tu n'as pas parlé avec respect. Mais comme ton intention était bonne et ton cœur entier, et que tu as parlé ainsi pour faire taire la mesure de rigueur au-dessus d'Israël, Je ne te rabaisserai pas en t'appelant « enfanté d'une femme », mais Je t'appellerai « fils d'Amram », par respect et par affection.
💡 Explication

Dernier renversement de la séquence. Le verset des Nombres 14,21 commence par une formule de serment, « aussi vrai que Je vis ». Rava y lit un remerciement : la plaidoirie de Moché a établi, aux yeux des nations, que la parole donnée tient.

Rachi resserre le sens en trois mots : devant les nations. Tout l'enjeu de l'argument portait sur ce que les peuples diraient, et c'est là que la réponse porte.

32
דָּרַשׁ רַבִּי שֶׁמְּלַאי: לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל. מִנָּלַן? — מִמֹּשֶׁה, דִּכְתִיב: ״וָאֶתְחַנַּן אֶל ה׳ בָּעֵת הַהִיא״. וּכְתִיב: ״ה׳ אֱ-לֹהִים אַתָּה הַחִלֹּתָ לְהַרְאוֹת אֶת עַבְדְּךָ אֶת גָּדְלְךָ וְאֶת יָדְךָ הַחֲזָקָה אֲשֶׁר מִי אֵל בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה כְמַעֲשֶׂיךָ וְכִגְבוּרוֹתֶיךָ״. וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ ״אֶעְבְּרָה נָּא וְאֶרְאֶה אֶת הָאָרֶץ הַטּוֹבָה וְגוֹ׳״.

Rabbi Simlai a exposé : que l'homme ordonne toujours la louange du Saint béni soit-Il, et qu'il prie ensuite. D'où le tenons-nous ?

De Moché, car il est écrit : « et j'implorai ה' en ce temps-là », et il est écrit : « ה' D.ieu, Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur et Ta main puissante, car quel dieu, dans les cieux et sur la terre, agit selon Tes œuvres et Tes hauts faits ? » ; et il est écrit ensuite : « que je passe donc et que je voie le bon pays, etc. ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כְּדֵי לְהַצִּיל תְּפִילָּתוֹ מִן הַמְקַטְרְגִים שֶׁהֵם מִתְקַנְּאִים אִם יִרְאוּ מִתְפַּלֵּל עַל טוֹבַת עַצְמוֹ וַהֲנָאָתוֹ, אַךְ כְּשֶׁרוֹאִין שֶׁהוּא מְדַבֵּר שִׁבְחוֹ יִתְבָּרֵךְ, לֹא יַחְשְׁבוּ שֶׁזֶּה רוֹצֶה לְהִתְפַּלֵּל עַל צָרְכֵי עַצְמוֹ, וְלָכֵן לֹא יָשִׂימוּ לִבָּם עַל דְּבָרָיו, וּמִמֵּילָא כְּשֶׁאוֹמֵר אַחַר הַזְכָּרַת הַשֶּׁבַח תְּפִילָּתוֹ עַל צָרְכֵי עַצְמוֹ, נִמְלְטָה תְּפִילָּתוֹ מִן קִטְרוּג שֶׁלָּהֶם, וְהִנֵּה בְּוַדַּאי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לֹא הָיָה צָרִיךְ לְהַכְרָחָה זוֹ, כִּי אֵין לוֹ פַּחַד מִשּׁוּם מְקַטְרֵג וּמַשְׂטִין , אַךְ עִם כָּל זֶה הָיָה נוֹהֵג בִּתְפִילָּתוֹ כְּפִי מַה שֶׁרָאוּי לְכָל אָדָם לַעֲשׂוֹת, וְגַם זֶה מֵרֹוב עֲנָוָה שֶׁלּוֹ, וְלָזֶה אָמַר לְעוֹלָם יְסַדֵּר וְכוּ', לָמַדְנוּ בְּתֵיבַת 'לְעוֹלָם', כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ אִם הוּא צַדִּיק גָּמוּר, שֶׁאֵין לוֹ פַּחַד מִשּׁוּם מְקַטְרֵג, מְנָא לַן? מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ פַּחַד, וְעִם כָּל זֶה סִידֵּר שְׁבָחָיו יִתְבָּרֵךְ תְּחִלָּה. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם, כִּי אָדָם הַמִּתְפַּלֵּל עַל צְרָכָיו לִפְנֵי הקב"ה, נִרְאֶה זֶה עַזּוּת מֵצַח, כִּי הָאָדָם חוֹטֵא לָה' וְאֵיךְ יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ טוֹבָה, אַךְ אֲנַחְנוּ יוֹדְעִים כִּי הוּא יִתְבָּרֵךְ אֵין מִדָּתוֹ כְּמִדַּת מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם, וְהוּא עוֹשֶׂה טוֹב גַּם לְמַכְעִיסָיו , לְכָךְ אֲנַחְנוּ שׁוֹאֲלִין מִמֶּנּוּ עַל צָרְכֵינוּ, וְלָכֵן יְסַדֵּר שִׁבְחוֹ יִתְבָּרֵךְ לְהוֹרוֹת שֶׁאֵין מִדָּתוֹ כְּמִדַּת מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם, וְאַחַר כָּךְ יִשְׁאַל צְרָכָיו בִּתְפִילָּתוֹ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם בְּהִקְדִּים מַה שֶׁאָמְרוּ בַּמִּדְרָשׁ (תְּהִילִּים יט, יד) נִקִּיתִי מִפֶּשַׁע רָב, אָמַר דָּוִד לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת אֱלוֹהַּ רַב וַאֲנָא חוֹבִי רַבְרְבָן, יָאֶה לְאֵל רַב דְּשָׁבֵיק לְחוֹבִין רַבְרְבִין, הֲדָא הוּא דִכְתִיב (תְּהִילִּים כה, יא) לְמַעַן שִׁמְךָ ה' וְסָלַחְתָּ לַעֲוֹ‍נִי כִּי רַב הוּא [פָּרוּשׁ, זֶה רְאָיָה שֶׁהָרַב יִתְבָּרֵךְ אֱלוֹהַּ רַב , וְגַם הֶעָווֹן רַב] . וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַדְּרַבָּה נִרְאֶה לְהֵפֶךְ, כֵּיוָן דְּהוּא אֱלוֹהַּ רַב, אָז כָּל הַחוֹטֵא לוֹ צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה עָונְשׁוֹ גָּדוֹל וְאֵין לוֹ תַּקָּנָה? אַךְ פֵּרַשְׁתִּי הָעִנְיָן עַל פִּי מָשָׁל לְאֶחָד שֶׁשָּׁאַל כְּלִי מַרְאֶה שָׁעוֹת חָשׁוּב מֵחֲבֵירוֹ, וְתֵיכֶף כַּאֲשֶׁר לְקָחוֹ בְּיָדוֹ הִפִּילוֹ לָאָרֶץ וְנִתְקַלְקֵל שֶׁאֵינוֹ הוֹלֵךְ כְּלָל, הִנֵּה אִם בַּעַל הַכְּלִי הַנִּזְכָּר הוּא אֵינוֹ אֻומָּן שֶׁיּוֹדֵעַ לְתַקֵּן הַכְּלִי, וְגַם אֵין אֻומָּן בָּעִיר לְתַקְּנוֹ, הָא וַדַּאי חֲשִׁיב זֶה הֶפְסֵד גָּמוּר דְּלָא הָדַר, אַךְ אִם זֶה בַּעַל הַכְּלִי הוּא אֻומָּן גָּדוֹל שֶׁיָּכוֹל לְתַקֵּן תֵּיכֶף, אַף עַל פִּי שֶׁהַכְּלִי נִתְקַלְקֵל בִּנְפִילָה קִלְקוּל גָּדוֹל, אֵין זֶה חֲשִׁיב קִלְקוּל, וְאֵין זֶה הֶפְסֵד גָּמוּר, מֵאַחַר דִּבְיַד בְּעָלָיו לְתַקְּנוֹ תֵּיכֶף וַהֲוָה זֶה פְּסֵידָא דְּהָדַר, וְכֵן הָעִנְיָן בֵּין הָאָדָם לְבֵין קוֹנוֹ יִתְבָּרֵךְ, אע"פ שֶׁהָאָדָם בַּחֲטָאָיו מְקַלְקֵל בְּעוֹלָמוֹת לְמַעְלָה, עִם כָּל זֶה אֵין זֶה חָשׁוּב קִלְקוּל וְהֶפְסֵד לְגַבֵּיהּ דִּידֵיהּ יִתְבָּרֵךְ, שֶׁבְּיָדוֹ לְתַקֵּן תֵּיכֶף בְּרֶגַע, וְרַק הוּא מְצַפֶּה לְמַעֲשֵׂה יָדָיו שֶׁל אָדָם שֶׁהוּא יִתְעוֹרֵר לְתַקֵּן וְאָז הוּא יִתְבָּרֵךְ יִגְמֹור , וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (אִיּוֹב יד, טו) לְמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ תִּכְסֹף, וְכֵיוָן שֶׁבְּיָדוֹ יִתְבָּרֵךְ לְתַקֵּן בְּרֶגַע, חֲשִׁיב כְּאִלּוּ הַדָּבָר מְתֻוקָּן, וְעַל כֵּן לֹא יַעֲנִישׁ אֶת הָאָדָם בְּמִיתָה עַל עֲוֹנוֹ, אֶלָּא מַאֲרִיךְ לוֹ עַד שֶׁיָּשׁוּב וִיקַבְּלֵהוּ בִּתְשׁוּבָה וְיִסְלַח לוֹ , וְעַל זֶה אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אֶת אֱלוֹהַּ רַב, שֶׁתּוּכַל לִרְפָאת כָּל חָלַאי הַנֶּפֶשׁ בְּרֶגַע , וּתְתַקֵּן כָּל קִלְקוּל וּפְגָם שֶׁעָשָׂה הָאָדָם בְּעוֹלָמוֹ בְּרֶגַע, וְלָכֵן קִלְקוּל הָאָדָם בַּעֲוֹנֹותָיו לְמַעְלָה אֵין זֶה חֲשִׁיב קִלְקוּל וְהֶפְסֵד, מֵאַחַר כִּי הוּא פְּסֵידָא דְּהָדַר בְּרֶגַע, וְלָכֵן יָאֶה לְאֵל רַב דְּשָׁבֵיק לְחוֹבִין רַבְרְבִין, דַּחֲשִׁיבִי כָּל הַקִּלְקוּלִים לְפָנָיו כְּאִלּוּ הֵם מְתֻוקָּנִים מִשְּׁעַת הַחֵטְא, וְלָכֵן הַמִּתְפַּלֵּל יְסַדֵּר שְׁבָחָיו יִתְבָּרֵךְ תְּחִלָּה, יַעַן כִּי אֵיךְ יִתְפַּלֵּל לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ וְהִנֵּה הוּא אִישׁ חוֹטֵא שֶׁעָשָׂה קִלְקוּל וְהֶפְסֵד בְּעוֹלְמוֹתָיו יִתְבָּרֵךְ, הֲיִתָּכֵן אֶחָד יַחֲרִיב אַרְמוֹן הַמֶּלֶךְ וִיבַקֵּשׁ טוֹבָה לְעַצְמוֹ מֵאֵת הַמֶּלֶךְ?! לְכָךְ יְסַדֵּר שִׁבְחוֹ יִתְבָּרֵךְ כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה בִּיאָתוֹ בִּתְפִילָּתוֹ בְּטַעֲנָה זוֹ שֶׁטָּעַן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה יָאֶה לְאֵל רַב דְּשָׁבֵיק לְחוֹבִין רַבְרְבִין.
« Que l'homme ordonne toujours la louange du Saint béni soit-Il, et qu'il prie ensuite. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est de protéger sa prière des accusateurs, qui s'irritent lorsqu'ils voient quelqu'un prier pour son propre bien et son propre agrément. Mais lorsqu'ils le voient énoncer la louange de Hachem, ils ne pensent pas qu'il veut prier pour ses propres besoins, et ils ne prêtent donc pas attention à ses paroles ; dès lors, lorsqu'il formule après la louange sa prière pour ses besoins, sa prière échappe à leur accusation. Or il est certain que Moché notre maître n'avait pas besoin de cette précaution, car il ne craignait aucun accusateur ni aucun adversaire ; mais il se conduisait malgré tout dans sa prière comme il convient à tout homme de faire, et cela aussi par l'effet de sa grande humilité. C'est pourquoi il est dit « que l'homme ordonne <b>toujours</b> » : nous apprenons du mot « toujours » que cela vaut même pour un juste accompli, qui ne craint aucun accusateur. D'où le savons-nous ? De Moché notre maître, qui n'avait aucune crainte, et qui pourtant a ordonné d'abord les louanges de Hachem. On peut aussi dire, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est ceci : un homme qui prie pour ses besoins devant le Saint béni soit-Il paraît faire preuve d'effronterie, car l'homme faute envers Hachem — comment donc Lui demander un bien ? Mais nous savons que Sa mesure n'est pas celle d'un roi de chair et de sang, et qu'Il fait du bien même à ceux qui L'irritent ; c'est pourquoi nous Lui demandons nos besoins. Il ordonnera donc d'abord Sa louange pour marquer que Sa mesure n'est pas celle d'un roi de chair et de sang, et il demandera ensuite ses besoins dans sa prière. On peut encore en donner une autre raison, il me semble, avec l'aide du Ciel, en citant d'abord ce qu'on dit dans le Midrach (sur Psaumes 19,14) « je serai net d'un grand crime » : David dit devant le Saint béni soit-Il — Tu es un grand D.ieu et mes fautes sont grandes ; il convient à un grand D.ieu de remettre de grandes fautes. C'est le sens du verset (Psaumes 25,11) « à cause de Ton Nom, ה', Tu pardonneras ma faute, car elle est grande » — c'est-à-dire que la preuve tient à ce que le Maître est un grand D.ieu et que la faute aussi est grande. On peut objecter : au contraire, il semble que ce soit l'inverse ; puisqu'Il est un grand D.ieu, celui qui faute envers Lui devrait recevoir un châtiment plus grand, sans remède possible. Mais j'ai expliqué la chose par une parabole : quelqu'un emprunte à son compagnon une horloge de prix, et dès qu'il la prend en main il la laisse tomber à terre et l'abîme, si bien qu'elle ne fonctionne plus du tout. Si le propriétaire de cet objet n'est pas un artisan sachant le réparer, et qu'il n'y a pas d'artisan dans la ville pour le réparer, il s'agit assurément d'une perte définitive. Mais si ce propriétaire est un grand artisan capable de le réparer aussitôt, alors, même si l'objet a subi un grand dommage dans sa chute, cela ne compte pas comme un dommage et ce n'est pas une perte définitive, puisqu'il est au pouvoir de son propriétaire de le réparer immédiatement : c'est une perte réparable. Il en va de même entre l'homme et son Créateur : bien que l'homme, par ses fautes, cause du dommage dans les mondes d'en haut, cela ne compte pas comme un dommage ni comme une perte à Son égard, puisqu'il est en Son pouvoir de réparer à l'instant. Il attend seulement l'œuvre des mains de l'homme, que celui-ci s'éveille à réparer, et alors Hachem achève, selon ce qui est dit (Job 14,15) « Tu désireras l'œuvre de Tes mains ». Et puisqu'il est en Son pouvoir de réparer à l'instant, la chose est considérée comme déjà réparée ; c'est pourquoi Il ne punit pas l'homme de mort pour sa faute, mais lui accorde un délai jusqu'à ce qu'il revienne, l'accueille dans la techouva et lui pardonne. C'est ce qu'a dit le roi David, la paix soit sur lui : Tu es un grand D.ieu, qui peux guérir toutes les maladies de l'âme en un instant et réparer en un instant tout dommage et toute atteinte que l'homme a causés dans Ton monde. Ainsi le dommage causé par l'homme en haut par ses fautes ne compte pas comme dommage ni comme perte, puisqu'il s'agit d'une perte réparable à l'instant ; c'est pourquoi il convient à un grand D.ieu de remettre de grandes fautes, car tous les dommages sont devant Lui comme s'ils étaient réparés dès l'heure de la faute. Voilà pourquoi celui qui prie ordonnera d'abord Ses louanges : comment prierait-il devant Hachem alors qu'il est un homme fautif qui a causé dommage et perte dans Ses mondes ? Est-il concevable que quelqu'un détruise le palais du roi et demande ensuite au roi une faveur pour lui-même ? Il ordonnera donc Sa louange afin d'entrer dans sa prière avec l'argument même qu'a formulé le roi David, la paix soit sur lui : il convient à un grand D.ieu de remettre de grandes fautes.
⚖️ Rosh (1)
יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י דָּנִיֵּאל שֶׁנֶּאֱמַר וְזִימְנִין תְּלָתָא בְיוֹמָא הוּא בָּרֵךְ עַל בִּרְכוֹהִי וּמְצַלֵּא וּמוֹדֵא קֳדָם אֱלָהֵהּ יָכוֹל מִשֶּׁבָּא דָּנִיֵּאל לַגּוֹלָה הוּחֲלָה ת"ל כָּל קֳבֵל דִּי הֲוָא עָבֵד מִן קַדְמַת דְּנָה יָכוֹל יִתְפַּלֵּל אָדָם לְכָל רוּחַ שֶׁיִּרְצֶה ת"ל וְכַוִּין פְּתִיחָן לֵיהּ בְּעִלִּיתֵהּ נֶגֶד יְרוּשְׁלֶם יָכוֹל יְהֵא כּוֹלְלָן בְּבַת אַחַת כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י דָּוִד עֶרֶב וָבֹקֶר וְצָהֳרַיִם אָשִׂיחָה וְאֶהֱמֶה יָכוֹל יַשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י חַנָּה שֶׁנֶּאֱמַר וְקוֹלָהּ לֹא יִשָּׁמֵעַ יָכוֹל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל כְּבָר מְפֹורָשׁ ע"י שְׁלֹמֹה לִשְׁמֹועַ אֶל הָרִנָּה וְאֶל הַתְּפִלָּה רִנָּה זוֹ תְּפִלָּה תְּפִלָּה זוֹ בַּקָּשָׁה אֵין אוֹמֵר דְּבָרִים לְאַחַר אֱמֶת וְיַצִּיב כְּדֵי שֶׁיְּהֵא סוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה אֲבָל אִם בָּא לוֹמַר אַחַר תְּפִלָּתוֹ אַפֵּי' כְּסֵדֶר יוֹם הַכִּפּוּרִים אוֹמֵר: גָּרְסִי' לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לד) א"ר יְהוּדָה אַל יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו לֹא בַּג' רִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בַּג' אַחֲרוֹנוֹת אֶלָּא בָּאֶמְצָעִיּוֹת אָמַר רַב הוּנָא רִאשׁוֹנוֹת דּוֹמֶה לְעֶבֶד שֶׁמְּסַדֵּר שֶׁבַח לְרַבּוֹ אֶמְצָעִיּוֹת דּוֹמֶה לְעֶבֶד שֶׁמְבַקֵּשׁ פְּרָס מֵרַבּוֹ אַחֲרוֹנוֹת דּוֹמֶה לְעֶבֶד שֶׁקִּבֵּל פְּרָס מֵרַבּוֹ וְנִפְטָר וְהוֹלֵךְ לוֹ: דָּרַשׁ ר' שִׂמְלַאי לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל מְנָא לַן מִמֹּשֶׁה דִּכְתִיב ה' אֱ-לֹהִים אַתָּה הַחַלּוֹת לְהַרְאוֹת וְגוֹ' וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ אֶעְבְּרָה נָּא וְאֶרְאֶה:
Pourrait-on croire que l'homme prie toute la journée ? Cela a déjà été explicité par Daniel, ainsi qu'il est dit : « et trois fois par jour il fléchissait les genoux, priait et rendait grâce devant son D.ieu ». Pourrait-on croire que cela n'a commencé que depuis que Daniel est venu en exil ? L'enseignement dit : « comme il le faisait auparavant ». Pourrait-on croire que l'homme prie dans la direction qu'il veut ? L'enseignement dit : « et il avait des fenêtres ouvertes dans sa chambre haute, face à Jérusalem ». Pourrait-on croire qu'il les réunisse toutes en une seule fois ? Cela a déjà été explicité par David : « soir, matin et midi, je médite et je gémis ». Pourrait-on croire qu'il fasse entendre sa voix dans sa prière ? Cela a déjà été explicité par Hanna, ainsi qu'il est dit : « et sa voix ne s'entendait pas ». Pourrait-on croire que l'homme demande ses besoins et prie ensuite ? Cela a déjà été explicité par Salomon : « pour écouter le chant et la prière » — le chant, c'est la prière de louange ; la prière, c'est la demande. On ne dit pas de paroles après <i>Émet veyatsiv</i>, afin de joindre la délivrance à la prière ; mais s'il vient à dire quelque chose après sa prière, il peut le dire, même selon l'ordre du jour de Kippour. On enseigne plus loin (Berakhot 34a) : Rav Yehouda a dit : que l'homme ne demande pas ses besoins dans les trois premières bénédictions ni dans les trois dernières, mais dans celles du milieu. Rav Houna a dit : les premières ressemblent à un serviteur qui ordonne la louange de son maître ; celles du milieu, à un serviteur qui demande une gratification à son maître ; les dernières, à un serviteur qui a reçu sa gratification de son maître, prend congé et s'en va. Rabbi Simlai a exposé : que l'homme ordonne toujours la louange de Hachem et qu'il prie ensuite. D'où le tenons-nous ? De Moché, car il est écrit « ה' D.ieu, Tu as commencé à montrer, etc. », et il est écrit ensuite « que je passe donc et que je voie ».
💡 Explication

Toute la section aggadique aboutit ici à une règle pratique. La prière de Moché au début du Deutéronome comporte deux temps nettement séparés : d'abord l'énoncé de la grandeur de Hachem, ensuite la demande personnelle.

Le Roch rattache cette règle à la structure de la Amida : les trois premières bénédictions sont la louange, les demandes personnelles vont dans les bénédictions intermédiaires, les trois dernières sont le congé. Il rappelle aussi la baraita des « pourrait-on croire », qui tire de Daniel, de David, de Hanna et de Salomon le nombre des prières, leur orientation, leur répartition, le ton de la voix et l'ordre louange-demande.

🖼️ Schéma
La règle de Rabbi Simlai : louange d'abord, demande ensuite 1. Ordonner la louange Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur et Ta main puissante. 2. Formuler la demande Que je passe donc et que je voie le bon pays. Application dans la Amida Les trois premières bénédictions sont la louange ; les demandes personnelles vont au milieu ; les trois dernières sont le congé que prend le serviteur. Le Roch le rappelle ici. Source : la prière de Moché au début du Deutéronome, chapitre 3.
La règle de Rabbi Simlai et son application dans la structure de la Amida.
33
סִימָן: מַעֲשִׂים, צְדָקָה, קָרְבָּן, כֹּהֵן, תַּעֲנִית, מִנְעָל, בַּרְזֶל.

Signe mnémotechnique : actions, tsedaka, sacrifice, kohen, jeûne, chaussure, fer.

💡 Explication

Un siman est un procédé de mémorisation : une suite de mots-clés qui fixe l'ordre des enseignements à venir, ici ceux que la guemara rapportera en 32b sur ce qui rend la prière agréée ou non.

Chaque mot renvoie à un enseignement : les actions, la tsedaka, la comparaison avec les sacrifices, la conduite du kohen, le jeûne, la chaussure, et le mur de fer qui sépare Israël de son Père. Le folio s'arrête sur cette liste, qui sert de sommaire.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).