Sougya : Le folio poursuit la grande section aggadique sur la prière. Il s'ouvre sur trois versets qui, selon Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina, tiennent Israël debout au jugement : ils attestent que le penchant au mal vient du Créateur, donc qu'Israël dispose d'un argument de défense.
De là, la guemara passe à Moché, qui a parlé durement en direction du Haut, et lit dans le mot Di Zahav de Deutéronome 1 une plaidoirie : c'est l'or donné en abondance qui a produit le Veau. Trois paraboles développent ce principe (le lion, la vache et les vesces, le fils conduit devant la porte des prostituées), puis la guemara montre que Hachem lui-même a concédé ce point.
Suit le récit du plaidoyer : « descends de ta grandeur », « laisse-Moi » entendu comme l'aveu que tout dépend de Moché, la parabole du roi et de son fils, Moché saisissant le vêtement, la chaise à trois pieds. Le mot vayehal reçoit alors six lectures successives.
Le daf se ferme sur les arguments tirés du serment fait par le Nom et de ce que diront les nations, sur l'aveu « J'ai pardonné selon ta parole », et sur la règle de Rabbi Simlai : ordonner d'abord la louange, prier ensuite.
Ainsi qu'il est écrit : « et ceux à qui J'ai fait du mal ».
Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase commencée en 31b. Le verset de Michee 4,6 s'achève par une expression où Hachem dit avoir Lui-même fait du mal à Israël. Rachi précise la portée : ce mal est la création du yetser hara.
Ce verset sert de pièce à conviction dans une plaidoirie : si la source du penchant vient du Créateur, la responsabilité de l'homme cesse d'être entière.
Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit : sans ces trois versets, les jambes des ennemis d'Israël auraient fléchi.
Les ennemis d'Israël est un euphémisme classique : la guemara évite d'énoncer directement une menace contre Israël et retourne l'expression. Il faut donc lire : les jambes d'Israël auraient fléchi.
L'image des jambes désigne la capacité à tenir debout devant le jugement. Le Ben Ich H'ai propose une seconde lecture : les jambes sont les biens matériels, qui maintiennent l'homme debout.
Le premier est celui où il est écrit : « et ceux à qui J'ai fait du mal » ; le deuxième est celui où il est écrit : « voici, comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans Ma main, maison d'Israël » ; et le troisième est celui où il est écrit : « J'ôterai de votre chair le cœur de pierre et Je vous donnerai un cœur de chair ».
Les trois versets forment une progression. Le premier (Michee 4,6) est un aveu de la cause. Le deuxième (Jérémie 18,6) énonce que l'homme est façonné comme une matière et n'a donc pas la pleine maîtrise de sa forme. Le troisième (Ezechiel 36,26) montre que la transformation du cœur dépend d'une intervention d'en haut.
Rav Papa a dit : c'est de là qu'on le tire — « Je mettrai Mon esprit au-dedans de vous et Je ferai que vous marchiez selon Mes lois ».
Rav Papa trouve un appui plus direct. Le verset précédent parlait d'un changement de cœur ; celui-ci dit explicitement Je ferai que vous marchiez selon les lois, donc que la conduite elle-même dépend de Hachem.
Et Rabbi Elazar a dit : Moché a lancé des paroles en direction du Haut, ainsi qu'il est dit « et Moché pria vers ה' ». Ne lis pas « vers ה' » mais « contre ה' ».
La guemara passe des versets qui défendent Israël à l'audace de Moché. L'expression hetiah devarim klapei ma'ala désigne une parole hardie adressée vers le Haut. Rachi en donne le sens matériel : lancer, jeter, comme une flèche.
Le procédé exégétique consiste à lire la particule el (vers) comme al (contre), ce qui change la prière en reproche. Le segment suivant en donne la justification linguistique.
Car à l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov, on lisait les alef comme des ayin et les ayin comme des alef.
Justification de la lecture précédente : dans cette école, les deux gutturales alef et ayin se prononçaient de façon interchangeable. Le mot écrit avec un alef pouvait donc s'entendre avec un ayin, transformant el en al.
À l'école de Rabbi Yannai on disait : c'est de là — « et Di Zahav ».
Une seconde source pour l'audace de Moché. Au début du Deutéronome, Moché énumère des lieux ; parmi eux figure Di Zahav, qu'aucune tradition géographique n'identifie. L'école de Rabbi Yannai y voit donc une allusion, développée au segment suivant.
Que signifie « et Di Zahav » ? On disait à l'école de Rabbi Yannai : ainsi a parlé Moché devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, à cause de l'argent et de l'or que Tu as déversés sur Israël jusqu'à ce qu'ils disent « assez » — c'est cela qui a fait qu'ils ont fabriqué le Veau.
Le nom Di Zahav se décompose en dai (assez) et zahav (or). Moché n'énumère donc pas un lieu mais formule un argument : l'or donné en trop grande quantité a produit le Veau.
C'est cette parole qui est jugée hardie. Elle déplace la cause de la faute vers Celui qui a donné l'abondance.
On disait à l'école de Rabbi Yannai : le lion ne rugit pas du milieu d'une corbeille de paille, mais du milieu d'une corbeille de viande.
Première des trois paraboles. Le lion ne se met à rugir que lorsqu'il est repu de viande. La satiété produit l'excès, non le manque.
Rachi précise que le rugissement désigne ici une exaltation qui rend nuisible, ce qui applique l'image à la faute.
Rabbi Ochaya a dit : c'est comparable à un homme qui avait une vache maigre et de grands membres. Il lui donna des vesces, et elle se mit à ruer contre lui.
Il lui dit : qu'est-ce qui t'a fait ruer contre moi, sinon les vesces dont je t'ai nourrie ?
Deuxième parabole. Les karchinin (vesces) sont un fourrage riche. La vache affaiblie ne ruait pas ; nourrie, elle se retourne contre son maître.
L'image ajoute au lion un élément : la bénéficiaire se retourne contre celui-là même qui l'a nourrie.
Rabbi Hiya bar Aba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est comparable à un homme qui avait un fils. Il le lava et l'oignit, le nourrit et le fit boire, lui suspendit une bourse au cou et l'assit à l'entrée des prostituées.
Que peut faire ce fils pour ne pas fauter ?
Troisième parabole, la plus sévère : le père fournit lui-même les quatre conditions de la faute — la beauté, la force, l'argent et le lieu.
La question finale, que peut faire ce fils, n'attend pas de réponse. Elle formule la plaidoirie de Moché sous forme rhétorique.
Rav Aha fils de Rav Houna a dit au nom de Rav Chechet : c'est ce que disent les gens — « remplir son ventre est une espèce de mal », ainsi qu'il est dit : « selon leur pâturage ils se sont rassasiés, ils se sont rassasiés et leur cœur s'est élevé, c'est pourquoi ils M'ont oublié ». Rav Nahman a dit : c'est de là — « et ton cœur s'élèvera et tu oublieras ה' ».
Et les Sages disent : c'est de là — « il mangera, se rassasiera, s'engraissera et se détournera ».
Le principe des trois paraboles est résumé par un dicton populaire araméen, puis appuyé sur trois versets. Rachi explique le mot zanei par le terme araméen qui rend « espèce », d'où : le ventre plein est une espèce de mal.
Les trois versets décrivent la même chaîne : rassasiement, élévation du cœur, oubli.
Et si tu veux, dis plutôt : c'est de là — « Yechouroun s'est engraissé et a rue ». Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il a fini par donner raison à Moché ?
Ainsi qu'il est dit : « Je leur ai multiplié l'argent, et l'or, ils en ont fait un Baal ».
Un quatrième verset est proposé, puis la guemara franchit un pas décisif : Hachem Lui-même confirme l'argument de Moché. Osée 2,10 énonce les deux termes côté à côté — l'argent donné en abondance, et l'usage idolâtre qui en a été fait.
Le motif de l'aveu du Ciel reviendra aux segments 28 et 30 ; le Ben Ich H'ai l'explique ici : Hachem savait déjà, et laisse à Moché le mérite de l'énoncer.
« Et ה' parla à Moché : va, descends. » Que signifie « va, descends » ? Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il dit à Moché : Moché, descends de ta grandeur !
Est-ce que Je t'ai donné la grandeur pour autre chose que pour Israël ? Et maintenant qu'Israël a fauté, pourquoi t'aurais-Je ?
Aussitôt les forces de Moché faiblirent et il n'eut plus la force de parler. Mais dès qu'Il eut dit « laisse-Moi et Je les détruirai », Moché dit : cette affaire dépend de moi !
Aussitôt il se leva, se fortifia dans la prière et implora miséricorde.
Deux mouvements opposés dans un même segment. D'abord la chute : « descends » ne désigne pas la descente du mont mais la perte du rang, et Moché en perd la parole. Puis le redressement : l'expression « laisse-Moi » suppose que quelqu'un retient, donc que Moché a prise sur l'affaire.
Rachi formule le raisonnement : en disant « laisse-Moi », Hachem révèle à Moché qu'il détient le pouvoir d'obtenir le pardon par la prière. C'est le pivot de tout le folio.
C'est comparable à un roi qui s'était mis en colère contre son fils et le frappait d'une grande correction. Son ami était assis devant lui et craignait de lui dire quoi que ce soit.
Le roi dit : sans cet ami qui est assis devant moi, je t'aurais tué. Il se dit : cette affaire dépend de moi.
Aussitôt il se leva et le sauva.
La parabole met en scène la logique du segment précédent. Le roi dit à son fils : sans cet ami, je t'aurais tué. L'ami comprend alors que sa présence est déjà ce qui retient le coup, donc qu'il peut intervenir.
La force de l'image tient à ce que le roi n'adresse pas la parole à l'ami. C'est en l'entendant parler à un autre que l'ami mesure son propre poids.
« Et maintenant laisse-Moi, que Ma colère s'enflamme contre eux et Je les consumerai, et Je ferai de toi une grande nation, etc. » Rabbi Abahou a dit : si le verset n'était pas écrit, il serait impossible de le dire. Cela enseigne que Moché a saisi le Saint béni soit-Il comme un homme saisit son compagnon par son vêtement, et lui a dit : Maître du monde, je ne Te lâche pas jusqu'à ce que Tu leur pardonnes et leur remettes.
L'exégèse repose sur une observation simple, donnée par Rachi : on ne dit « laisse-Moi » qu'à quelqu'un qui vous retient. Le verset suppose donc un geste de Moché.
La formule d'ouverture de Rabbi Abahou, si le verset n'était pas écrit il serait impossible de le dire, signale que l'image dépasse ce qu'on oserait formuler de soi-même, et qu'elle est autorisée seulement parce que le texte y conduit.
« Et Je ferai de toi une grande nation, etc. » Rabbi Elazar a dit : Moché dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, si une chaise à trois pieds ne peut pas tenir devant Toi à l'heure de Ta colère, une chaise à un seul pied, à plus forte raison !
Un raisonnement a fortiori (kal va-homer) qui sert à refuser une offre. Le mérite des trois patriarches, plus large que celui de Moché seul, n'a pas suffi à arrêter la colère ; le mérite d'un seul homme suffirait encore moins.
L'argument retourne l'offre en objection : la promesse de faire de Moché une grande nation ne résoudrait pas le problème qu'elle prétend résoudre.
Et de plus, j'aurais honte devant mes pères. On dirait maintenant : voyez le responsable qu'Il a établi sur eux — il a demandé la grandeur pour lui-même et n'a pas imploré miséricorde en leur faveur.
Second refus, d'ordre moral. Au raisonnement précédent Moché ajoute la honte devant les pères : accepter l'offre le ferait apparaître comme un responsable qui a saisi l'occasion pour lui-même.
Le mot parnass désigne celui qui a charge de la communauté. C'est le titre qui rend le reproche possible.
« Et Moché implora la face de ה' ». Rabbi Elazar a dit : cela enseigne que Moché se tint en prière devant le Saint béni soit-Il jusqu'à ce qu'il en fut rendu malade.
Et Rava a dit : jusqu'à ce qu'il ait annulé Son vœu. Il est écrit ici « vayehal », et il est écrit là-bas « il ne profanera pas sa parole » ; et le maître a dit : lui ne peut pas annuler, mais d'autres peuvent annuler pour lui.
Le mot rare vayehal ouvre une série de lectures qui court jusqu'au segment 22. Chacune rattache le mot à une racine différente.
Rabbi Elazar le rattache à hala, tomber malade : Moché a prié jusqu'à l'épuisement. Rava le rattache au vocabulaire de l'annulation des vœux : le verset des Nombres emploie la même racine, et la règle veut qu'un homme ne délie pas lui-même son vœu, mais qu'un tribunal le délie pour lui. Moché joue ici ce rôle.
Et Chmouel a dit : cela enseigne qu'il s'est livré à la mort pour eux, ainsi qu'il est dit : « et sinon, efface-moi donc de Ton livre ».
Troisième lecture. Le mot est rattaché à halal, le cadavre : Moché s'est engagé lui-même, jusqu'à demander d'être effacé du livre s'ils n'étaient pas pardonnés.
Rava a dit au nom de Rav Yits'hak : cela enseigne qu'il a fait reposer sur eux la mesure de miséricorde.
Quatrième lecture, rattachée à la racine houl, se poser. Rachi apporte un verset où la même forme signifie « reposer sur ». La prière de Moché fait descendre la midat harahamim sur Israël.
Et les Sages disent : cela enseigne que Moché dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, ce serait profane pour Toi que d'agir de la sorte.
Cinquième lecture, rattachée à houlin, le profane. Le mot ne décrit plus l'état de Moché mais le contenu de sa parole : détruire Israël serait indigne.
« Et Moché implora la face de ה' ». On a enseigné : Rabbi Eliezer le Grand dit : cela enseigne que Moché se tint en prière devant le Saint béni soit-Il jusqu'à ce que l'ahilou le saisisse.
Qu'est-ce que l'ahilou ? Rabbi Elazar a dit : un feu des os.
Qu'est-ce qu'un feu des os ? Abaye a dit : l'echta degarmei.
Sixième lecture, transmise par une baraita. Le mot ahilou était déjà obscur pour les Sages : la guemara doit l'expliquer deux fois, d'abord par une expression hébraïque (« feu des os »), puis par l'équivalent araméen courant en Babylonie.
Cette double glose montre le travail de transmission entre la terre d'Israël et la Babylonie : un terme vivant dans un lieu devient énigmatique dans l'autre. Rachi ajoute la traduction en langue vernaculaire de son temps.
« Souviens-Toi d'Avraham, d'Its'hak et d'Israël Tes serviteurs, à qui Tu as juré par Toi-même. » Que signifie « par Toi-même » ? Rabbi Elazar a dit : Moché dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, si Tu leur avais juré par les cieux et par la terre, j'aurais dit — de même que les cieux et la terre s'effacent, ainsi Ton serment s'efface.
Mais maintenant que Tu leur as juré par Ton grand Nom : de même que Ton grand Nom vit et subsiste pour toujours et pour les siècles des siècles, ainsi Ton serment subsiste pour toujours et pour les siècles des siècles.
Nouvel argument, tiré de la forme du serment. Un serment tire sa durée de ce par quoi il est juré. Puisque le serment fait aux patriarches a été prononcé par le Nom lui-même, il ne peut pas s'éteindre.
Rachi identifie le verset source : la ligature d'Its'hak, où la formule « J'ai juré par Moi » apparaît explicitement.
« Et Tu leur as dit : Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, et tout ce pays dont J'ai parlé. » Ce « dont J'ai parlé » : il aurait fallu dire « dont Tu as parlé » !
Une difficulté grammaticale. Moché rapporte les paroles de Hachem, donc il devrait dire « dont Tu as parlé ». Le verset porte pourtant la première personne. Le segment suivant donne deux explications.
Rabbi Elazar a dit : jusqu'ici, ce sont les paroles du disciple ; à partir de là, ce sont les paroles du maître. Et Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : les unes et les autres sont les paroles du disciple ; mais Moché a parlé ainsi devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, les choses que Tu m'as dites — « va, dis-les a Israël » — en Mon nom, je suis allé et je les leur ai dites en Ton nom.
Maintenant, que vais-je leur dire ?
Deux solutions à la difficulté. Rabbi Elazar coupe le verset en deux : la première partie est la citation faite par Moché, la seconde est une réponse de Hachem insérée dans le même verset. La première personne s'explique alors par le changement de locuteur.
Rabbi Chmouel bar Nahmani garde un seul locuteur et fait porter la difficulté sur le contenu : Moché rappelle qu'il a transmis les promesses au nom de Hachem, et demande ce qu'il pourra dire désormais si elles ne s'accomplissent pas.
« Faute de capacité de ה' » : il aurait fallu dire « ה' n'a pas pu » !
Nouvelle difficulté de forme, dans un autre épisode : la faute des explorateurs. Le verset emploie le nom abstrait yekholet, de forme féminine, là où l'on attendrait le verbe yakhol.
Rabbi Elazar a dit : Moché dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, maintenant les nations du monde diront que Sa force a faibli comme celle d'une femme et qu'Il ne peut pas sauver. Le Saint béni soit-Il dit à Moché : n'ont-elles pas déjà vu les miracles et les hauts faits que J'ai accomplis pour eux à la mer ?
Il dit devant Lui : Maître du monde, elles peuvent encore dire — devant un seul roi Il a pu tenir, devant trente et un rois Il ne peut pas tenir.
La forme féminine du mot devient le support de l'argument : Moché l'emploie pour rapporter par avance ce que les nations diront, à savoir que la force a faibli.
Suit un échange serré. Hachem oppose le précédent de la mer ; Moché répond que ce précédent ne vaut que pour un seul adversaire, alors que la conquête en suppose trente et un.
Rabbi Yo'hanan a dit : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il a fini par donner raison à Moché ? Ainsi qu'il est dit : « et ה' dit : J'ai pardonné selon ta parole ».
On a enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : selon ta parole — les nations du monde diront un jour cela.
La formule « selon ta parole » reçoit deux niveaux de sens. Au sens simple, elle énonce que le pardon est accordé à la demande de Moché. L'école de Rabbi Yichmael y lit une confirmation du contenu de l'argument : ce que tu as annoncé se produira, les nations tiendront bien ce discours.
Heureux le disciple dont le maître lui donne raison.
Une phrase brève qui conclut la séquence. Elle transpose l'épisode dans le registre de l'étude : le rapport entre Moché et Hachem est décrit comme celui d'un disciple et de son maître, et le pardon comme un accord donné à un raisonnement.
« Mais Moi, aussi vrai que Je vis. » Rava a dit au nom de Rav Yits'hak : cela enseigne que le Saint béni soit-Il dit à Moché : Moché, tu M'as fait vivre par tes paroles.
Dernier renversement de la séquence. Le verset des Nombres 14,21 commence par une formule de serment, « aussi vrai que Je vis ». Rava y lit un remerciement : la plaidoirie de Moché a établi, aux yeux des nations, que la parole donnée tient.
Rachi resserre le sens en trois mots : devant les nations. Tout l'enjeu de l'argument portait sur ce que les peuples diraient, et c'est là que la réponse porte.
Rabbi Simlai a exposé : que l'homme ordonne toujours la louange du Saint béni soit-Il, et qu'il prie ensuite. D'où le tenons-nous ?
De Moché, car il est écrit : « et j'implorai ה' en ce temps-là », et il est écrit : « ה' D.ieu, Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur et Ta main puissante, car quel dieu, dans les cieux et sur la terre, agit selon Tes œuvres et Tes hauts faits ? » ; et il est écrit ensuite : « que je passe donc et que je voie le bon pays, etc. ».
Toute la section aggadique aboutit ici à une règle pratique. La prière de Moché au début du Deutéronome comporte deux temps nettement séparés : d'abord l'énoncé de la grandeur de Hachem, ensuite la demande personnelle.
Le Roch rattache cette règle à la structure de la Amida : les trois premières bénédictions sont la louange, les demandes personnelles vont dans les bénédictions intermédiaires, les trois dernières sont le congé. Il rappelle aussi la baraita des « pourrait-on croire », qui tire de Daniel, de David, de Hanna et de Salomon le nombre des prières, leur orientation, leur répartition, le ton de la voix et l'ordre louange-demande.
Signe mnémotechnique : actions, tsedaka, sacrifice, kohen, jeûne, chaussure, fer.
Un siman est un procédé de mémorisation : une suite de mots-clés qui fixe l'ordre des enseignements à venir, ici ceux que la guemara rapportera en 32b sur ce qui rend la prière agréée ou non.
Chaque mot renvoie à un enseignement : les actions, la tsedaka, la comparaison avec les sacrifices, la conduite du kohen, le jeûne, la chaussure, et le mur de fer qui sépare Israël de son Père. Le folio s'arrête sur cette liste, qui sert de sommaire.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).