Berakhot 32b — La grandeur de la prière, les portes fermées et les portes des larmes, les neuf heures des hassidim d'autrefois et la halakha de celui que l'on salue en pleine prière

Berakhot 32b

Sougya : Le folio ouvre par une série de comparaisons de Rabbi Elazar : la prière l'emporte sur les bonnes actions, le jeûne sur la tsedaka, la prière sur les sacrifices. De là, la guemara passe à ce que la destruction du Temple a changé : les portes de la prière sont fermées, un mur de fer sépare Israël de son Père qui est aux cieux, et seules les portes des larmes restent ouvertes.

Vient ensuite la question de la durée de la prière : celui qui prolonge est assuré d'être exaucé selon Rabbi Hanina, et celui qui prolonge finit par une douleur de cœur selon Rabbi Yo'hanan — la contradiction se résout sur le mot « et la scrute ». Un long midrach sur Isaie 49 met en scène Tsion qui se dit abandonnée et oubliée, la réponse du Saint béni soit-Il par le dénombrement des armées célestes, et le double verdict sur l'oubli : le Veau sera oublié, le Sinaï ne le sera pas.

Le folio revient enfin à la michna des hassidim d'autrefois, aux neuf heures quotidiennes qu'ils consacraient à la prière, puis à la halakha de celui qui est salué en pleine prière : roi d'Israël, roi des nations, homme violent ou chariot, et le récit du hassid et de l'hegmon sur la route.

Les trois comparaisons de Rabbi Elazar chaque fois : ce qui est plus grand, le verset qui le prouve, la raison bonnes actions Moche en avait plus que quiconque la prière l'emporte n'ajoute pas de Me parler puis : monte au sommet du Pisga deux versets accolés (Deut. 3) la tsedaka elle est faite avec son argent le jeûne l'emporte celui-ci est avec son corps, celui-là avec son argent aucun verset : une raison les sacrifices pourquoi Me faut-il la multitude de vos zevahim la prière l'emporte et quand vous étendez vos paumes Rachi : ce second refus serait inutile si la prière ne valait pas davantage Trois énoncés de même forme, avec un mode de preuve différent à chaque étage.
Les trois comparaisons de Rabbi Elazar au début du folio : ce qui l'emporte, sur quoi, et par quel argument.
Prolonger sa prière : la contradiction et sa résolution R. Hanin au nom de R. Hanina Qui prolonge sa prière : elle ne revient pas vide preuve : Moche, quarante jours de prière R. Hiyya bar Abba au nom de R. Yo'hanan Qui prolonge sa prière et la scrute : il finit par une douleur de cœur preuve : une attente prolongée rend le cœur malade Il n'y a pas de difficulté : tout tient au mot "et la scrute" Il prolonge sans scruter il ne compte pas sur la force de sa prière sa prière ne revient pas vide Il prolonge et scrute il attend que sa demande soit accomplie douleur de cœur — remède : la Tora Tossefot : il y a deux iyoun tefila ici, attendre que la demande vienne (défaut) — ailleurs, diriger son cœur vers la prière (qualité)
La contradiction sur la prière prolongée, la distinction qui la résout et la mise au point de Tossefot sur les deux sens de iyoun tefila.
On m'aborde en pleine amida : interrompre ou non ? Michna : même le roi qui le salue, il ne lui répond pas Roi d'Israël il n'interrompt pas c'est le cas de la michna Roi des nations il interrompt Rachi : pour qu'il ne le tue pas Homme violent, chariot il abrège et s'écarte baraita opposée à Rav Yossef Il n'y a pas de difficulté : tout dépend du temps qui reste Il peut abréger il abrège — Rachi : il est près de finir Il ne peut pas abréger il interrompt Le hassid du récit final choisit de ne pas interrompre — et l'hegmon lui oppose "garde bien ton âme".
L'arbre de décision de la fin du folio : qui salue, quel danger, et l'unique critère retenu par la guemara.
1
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גְּדוֹלָה תְּפִלָּה יוֹתֵר מִמַּעֲשִׂים טוֹבִים, שֶׁאֵין לְךָ גָּדוֹל בְּמַעֲשִׂים טוֹבִים יוֹתֵר מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ, אַף עַל פִּי כֵּן לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלָּה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל תּוֹסֶף דַּבֵּר אֵלַי״ וּסְמִיךְ לֵיהּ: ״עֲלֵה רֹאשׁ הַפִּסְגָּה״.

Rabbi Elazar a dit : grande est la prière, plus que les bonnes actions, car tu n'as pas plus grand en bonnes actions que Moche notre maître, et pourtant il n'a été exaucé que par la prière, ainsi qu'il est dit « n'ajoute pas de Me parler encore », et il y est accolé « monte au sommet du Pisga ».

📜 Rachi (1)
עֲלֵה רֹאשׁ הַפִּסְגָּה בִּדְבַר תְּפִלָּה זוֹ נִתְרַצֵּיתִי לְהַרְאוֹתְךָ אוֹתָהּ:
Par cette prière-là, j'ai consenti à te la montrer.
🗂️ Tossefot (1)
גְּדוֹלָה תְּפִלָּה יוֹתֵר מִמַּעֲשִׂים טוֹבִים בְּלֹא תְּפִלָּה שֶׁהֲרֵי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אַף עַל פִּי שֶׁהָיוּ בְּיָדוֹ מַעֲשִׂים טוֹבִים הֻוצְרַךְ לִתְפִלָּה:
Sans prière : car Moche notre maître, la paix soit sur lui, bien qu'il eût en main des bonnes actions, eût besoin de la prière.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּדוֹלָה תְּפִלָּה יוֹתֵר מִמַּעֲשִׂים טוֹבִים, שֶׁאֵין לְךָ גָּדוֹל בְּמַעֲשִׂים טוֹבִים יוֹתֵר מִמֹּשֶׁה רַבֵּנוּ, אַף עַל פִּי כֵן, לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּמִּשְׁנָה (אָבוֹת פֶּרֶק ה' מִשְׁנָה כ"א) כָּל הַמְזַכֶּה אֶת הָרַבִּים, זְכוּת הָרַבִּים תָּלוּי בּוֹ, וְכֵיוָן דְּתָלוּי בּוֹ מֻוכְרָח שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֵלֶק בְּכָל אוֹתָם הַתְּלוּיִם בּוֹ, וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הוּא לִימֵּד כָּל הַתּוֹרָה וְכָל הַמִּצְוֹת לְיִשְׂרָאֵל, וְלֹא שָׁמְעוּ תּוֹרָה וּמִצְוֹת מִזּוּלָתוֹ, וְלָכֵן לֹא יִמְצָא גָּדוֹל כָּמוֹהוּ בְּמַעֲשִׂים טוֹבִים, מֵחֲמַת שֶׁלּוֹקֵחַ חֵלֶק מִן הַכֹּל, וְלֹא יֵשׁ צַדִּיק שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֵלֶק שֻׁותָּפוּת בְּמַעֲשִׂים טוֹבִים כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, שֶׁהוּא לָמַד הַכֹּל וְלֹא יֵשׁ מִי שֶׁלִּימֵּד כָּמוֹהוּ, וְלָכֵן מֻוכְרָח שֶׁאֵין גָּדוֹל כָּמוֹהוּ בְּמַעֲשִׂים מֵאַחַר שֶׁמַּגִּיעַ לוֹ חֵלֶק מֵאֲחֵרִים, וּמַה שֶׁהֵבִיא שְׁנֵי כְּתוּבִים אַל תּוֹסֵף וְעָלָה וְגוֹ', כַּוָּנָתוֹ לְהָבִיא מִכָּל א' רְאָיָה דְּהַתְּפִילָּה גְּדוֹלָה יוֹתֵר, דְּהָא מְצַוֵּהוּ אַל תּוֹסֵף לְהִתְפַּלֵּל, שֶׁקָּשֶׁה לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ לְהַחֲזִיר תְּפִילָּתוֹ רֵיקָם, וְאִם מַעֲשִׂים טוֹבִים גְּדוֹלִים מִתְּפִלָּה הָא אִית לֵיהּ מַעֲשִׂים טוֹבִים, וּמַה תּוֹעֶלֶת בָּזֶה שֶׁמְּצַוֵּהוּ שֶׁלֹּא יִתְפַּלֵּל מֵאַחַר דְּקָאֵים לֵיהּ בִּדְרָבָא מִינֵּהּ, אֶלָּא וַדַּאי תְּפִילָּה גְּדוֹלָה מִמַּעֲשִׂים טוֹבִים, וּמִפָּסוּק עֲלָהּ נָמֵי מוּכָח דִּתְפִילָּה גְּדוֹלָה יוֹתֵר מִמַּעֲשִׂים טוֹבִים, דְּהָא עַל יְדֵי תְּפִילָּה הִרְוִיחַ מֶחֱצָה, שֶׁאָמַר לוֹ עֲלֵה רֹאשׁ הַפִּסְגָּה, וּמַעֲשִׂים טוֹבִים הָיוּ לוֹ קֹודֶם שֶׁהִתְפַּלֵּל, וְלֹא אָמַר לוֹ עֲלֵה אֶלָּא עַד אַחַר שֶׁהִתְפַּלֵּל, אַךְ עֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דִּילְמָא מַעֲשִׂים טוֹבִים בִּלְחוּדַיְיהוּ גְּדוֹלִים מִתְּפִילָּה בִּלְחוּדֵהּ, וְהָא דְּנַעֲשָׂה פְּשָׁרָה אַחַר הַתְּפִילָּה, הַיְינוּ בְּצֵירוּף הַתְּפִילָּה עִם מַעֲשִׂים טוֹבִים, וְהָוֵי הַתְּפִילָּה כְּנַנָּס עַל גַּבֵּי עֲנָק? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אוֹמְרוֹ בַּדָּבָר הַזֶּה נִרְאֶה יִתְרוֹן לָשׁוֹן, אַךְ ר' אֶלְעָזָר דְּרֵישׁ סְמִיכוּת הַכְּתוּבִים וְאָתֵי שַׁפִּיר, וְהָכִי קָאָמַר לוֹ אַל תּוֹסֶף דַּבֵּר אֵלַי, שֶׁלֹּא תִּתְפַּלֵּל, אַךְ בַּדָּבָר הַזֶּה הִיא הַתְּפִילָּה שֶׁכְּבָר הִתְפַּלַּלְתָּ עֲלֵה רֹאשׁ הַפִּסְגָּה, נִמְצָא תָּלָה אוֹתָהּ הַפְּשָׁרָה בִּתְפִילָּה לוֹמַר לוֹ כִּי הַתְּפִילָּה הִיא גָּרְמָה הַפְּשָׁרָה.
Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante. Nos maîtres ont dit dans la michna (Avot 5,21) : quiconque fait mériter la collectivité, le mérite de la collectivité dépend de lui ; et puisqu'il en dépend, il a nécessairement une part dans tous ceux qui dépendent de lui. Or Moche notre maître a enseigné toute la Tora et toutes les mitsvot à Israël, et ils n'ont entendu la Tora et les mitsvot de nul autre que lui ; c'est pourquoi on ne trouvera pas plus grand que lui en bonnes actions, du fait qu'il prend une part de tous. Aucun tsadik n'a une part d'association dans les bonnes actions comme Moche notre maître, la paix soit sur lui, car c'est lui qui a tout enseigné et personne n'a enseigné comme lui ; il est donc nécessaire qu'il n'y ait pas plus grand que lui en actions, puisqu'une part lui revient des autres. Et s'il a apporté deux versets, « n'ajoute pas » et « monte » etc., son intention est de tirer de chacun une preuve que la prière est plus grande. Car Il lui ordonne « n'ajoute pas » de prier, parce qu'il Lui est difficile, qu'Il soit béni, de renvoyer sa prière vide ; or si les bonnes actions étaient plus grandes que la prière, il en avait déjà, des bonnes actions — quelle utilité y aurait-il à lui ordonner de ne pas prier, puisqu'il tient déjà en main quelque chose de plus fort ? Assurément donc, la prière est plus grande que les bonnes actions. Et du verset « monte » aussi cela se prouve : par la prière il a gagné la moitié, puisqu'Il lui a dit « monte au sommet du Pisga » ; il avait des bonnes actions avant de prier, et Il ne lui a dit « monte » qu'après qu'il eut prié. Mais on peut encore objecter : peut-être les bonnes actions seules sont-elles plus grandes que la prière seule, et le compromis obtenu après la prière vient-il de la conjonction de la prière avec les bonnes actions, la prière n'étant qu'un nain sur les épaules d'un géant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'expression « en cette chose » paraît un excédent de langage ; mais Rabbi Elazar expose la juxtaposition des versets, et tout s'éclaire. Il lui dit ainsi : « n'ajoute pas de Me parler », c'est-à-dire ne prie pas, mais par cette chose-là, la prière que tu as déjà faite, « monte au sommet du Pisga ». Il se trouve qu'Il a suspendu ce compromis à la prière, pour lui dire que c'est la prière qui a produit le compromis.
💡 Explication

La preuve repose sur la semikhout, la juxtaposition de deux versets du Deutéronome. Hachem interdit d'abord à Moche de continuer à prier, puis, immédiatement après, lui accorde de monter voir le pays. Puisque Moche possédait déjà toutes ses bonnes actions avant de prier, et que seul l'ajout de la prière a produit ce résultat, la prière l'emporte.

2
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גְּדוֹלָה תַּעֲנִית יוֹתֵר מִן הַצְּדָקָה. מַאי טַעְמָא — זֶה בְּגוּפוֹ, וְזֶה בְּמָמוֹנוֹ.

Et Rabbi Elazar a dit : grand est le jeûne, plus que la tsedaka. Quelle en est la raison ?

Celui-ci est avec son corps, et celui-là avec son argent.

3
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גְּדוֹלָה תְּפִלָּה יוֹתֵר מִן הַקָּרְבָּנוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר ״לָמָּה לִּי רֹב זִבְחֵיכֶם״, וּכְתִיב: ״וּבְפָרִשְׂכֶם כַּפֵּיכֶם״.

Et Rabbi Elazar a dit : grande est la prière, plus que les sacrifices, ainsi qu'il est dit « pourquoi Me faut-il la multitude de vos sacrifices », et il est écrit « et quand vous étendez vos paumes ».

📜 Rachi (1)
וּבְפָרִשְׂכֶם כַּפֵּיכֶם אִי לָאו דִּגְדוֹלָה תְּפִלָּה כֵּיוָן דְּאָמַר לָמָּה לִּי רֹוב זִבְחֵיכֶם לָמָּה לִי תּוּ וּבְפָרִשְׂכֶם הָא אֲפִילּוּ זִבְחֵיהֶם לָא נִיחָא לֵיהּ:
Si la prière n'était pas plus grande : puisqu'Il a dit « pourquoi Me faut-il la multitude de vos sacrifices », pourquoi ajouter encore « et quand vous étendez vos paumes » ? Or même leurs sacrifices ne Lui agréent pas.
💡 Explication

Le verset d'Isaie énumère d'abord le rejet des korbanot, puis le rejet de l'extension des paumes, qui désigne la prière. Rachi tire l'argument de cet ordre : annoncer un second refus n'aurait aucune portée si la chose refusée ne se situait pas plus haut que la première.

4
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל כֹּהֵן שֶׁהָרַג אֶת הַנֶּפֶשׁ — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יְדֵיכֶם דָּמִים מִלָּאו״.

Rabbi Yo'hanan a dit : tout cohen qui a tué une personne ne lèvera pas ses paumes, ainsi qu'il est dit « vos mains sont pleines de sang ».

5
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נִנְעֲלוּ שַׁעֲרֵי תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גַּם כִּי אֶזְעַק וַאֲשַׁוֵּעַ שָׂתַם תְּפִלָּתִי״. וְאַף עַל פִּי שֶׁשַּׁעֲרֵי תְפִילָּה נִנְעֲלוּ, שַׁעֲרֵי דִמְעָה לֹא נִנְעֲלוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׁמְעָה תְפִלָּתִי ה׳ וְשַׁוְעָתִי הַאֲזִינָה אֶל דִּמְעָתִי אַל תֶּחֱרַשׁ״.

Et Rabbi Elazar a dit : depuis le jour où le Temple a été détruit, les portes de la prière ont été fermées, ainsi qu'il est dit « même quand je crie et j'appelle au secours, Il ferme ma prière ». Et bien que les portes de la prière aient été fermées, les portes des larmes n'ont pas été fermées, ainsi qu'il est dit « entends ma prière, Hachem, et prête l'oreille à mon cri ; devant mes larmes, ne reste pas sourd ».

📜 Rachi (1)
אַל תֵּחָרֵשׁ מִדְּלָא כְּתִיב אֶת דִּמְעָתִי תֵּרָאֶה ש"מ נִרְאֵית הִיא לְפָנָיו וְאֵין צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא שֶׁתִּתְקַבֵּל לְפָנָיו:
Ne reste pas sourd : du fait qu'il n'est pas écrit « vois ma larme », on apprend qu'elle est vue devant Lui, et qu'il n'y a à prier que pour qu'elle soit agréée devant Lui.
🗂️ Tossefot (1)
אֶל דִּמְעָתִי אַל תֶּחֱרַשׁ פרש"י דְּדָייֵק מִדִּיּוּקָא מִדְּלָא קָאָמַר וְדִמְעָתִי תִּרְאֶה ש"מ שֶׁהִיא נִרְאֵית בְּכָל פַּעַם וְאֵין לְהִתְפַּלֵּל רַק שֶׁתִּתְקַבֵּל:
Rachi a expliqué qu'il le déduit précisément : du fait qu'il n'est pas dit « et tu verras ma larme », on apprend qu'elle est vue chaque fois, et qu'il n'y a à prier que pour qu'elle soit agréée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, נִנְעֲלוּ שַׁעֲרֵי תְּפִלָּה. פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י, שַׁעֲרֵי תְּפִלָּה שֶׁהֵם הַשְּׂפָתַיִם שֶׁהֵם נֶצַח וְהוֹד שֶׁבַּבִּינָה, עַיֵּין שָׁם, וּבָזֶה יוּבָן (תְּהִילִּים ה' ב') אֲמָרַי הַאֲזִינָה ה' בִּינָה הֲגִיגִי, בִּינָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּחִינַת הַבִּינָה, שֶׁשָּׁם הוּא שַׁעֲרֵי תְּפִילָּה, וְהִנֵּה בָּזֶה יוּבָן בס"ד מַאֲמָר דִּלְעֵיל כְּשֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה (שְׁמוֹת לב, ז) לֵךְ רֵד, מִיָּד תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ שֶׁל מֹשֶׁה, וְלֹא הָיָה בּוֹ כֹּחַ לַדָּבָר, וְכֵיוָן שֶׁאָמַר (דְּבָרִים ט, יד) הֶרֶף מִמֶּנִּי וְאַשְׁמִידֵם וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי עָצוּם, אָמַר מֹשֶׁה: דָּבָר זֶה תָּלוּי בִּי, מִיָּד עָמַד וְנִתְחַזֵּק בִּתְפִלָּה וּבִקֵּשׁ רַחֲמִים, וְהַכַּוָּנָה כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה זָכָה לְבֵינָהּ, וְשַׁעֲרֵי תְּפִלָּה הֵם בַּבִּינָה, וְכֵיוָן שֶׁאָמַר לוֹ לֵךְ רֵד תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ, שֶׁלֹּא יָדַע לְאֵיזֶה מַדְרֵיגָה יָרַד, וְשֶׁמָּא יָרַד מִמַּדְרֵיגָה שֶׁל הַבִּינָה שֶׁהָיָה עוֹמֵד בָּהּ, דִּלְפִי זֶה שַׁעֲרֵי תְּפִלָּה שֶׁהֵם בַּבִּינָה נִסְתְּמוּ לְפָנָיו, וּבְמַה יוּכַל לְהִתְפַּלֵּל? אַךְ כֵּיוָן שֶׁאָמַר לוֹ הֶרֶף מִמֶּנִּי וְאַשְׁמִידֵם וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי עָצוּם, שֶׁרָמַז לוֹ בָּזֶה עַל ד' דְּ'אֹח ד ', שֶׁמִּשָּׁם הָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְהוּא סוֹד לֵאָה שֶׁהִיא סוֹד מַלְכוּת דְּבִינָה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בָּזֶה, אָז הֵבִין כִּי הוּא עוֹדֶנּוּ עוֹמֵד בִּמְקוֹם בִּינָה וְלֹא יָרַד מִשָּׁם, אִם כֵּן מִמֵּילָא גַּם שַׁעֲרֵי תְּפִילָּה שֶׁהֵם בַּבִּינָה פְּתוּחִים לְפָנָיו וְאָז נִתְחַזֵּק בִּתְפִילָּה, וְלָזֶה אָמַר מֹשֶׁה דָּבָר זֶה תָּלוּי בִּי, פֵּירוּשׁ עוֹדֶנּוּ תָּלוּי בִּי וְלֹא נִפְרָד וְלֹא נֶעֱקַר מִמֶּנִּי, אִם כֵּן מִמֵּילָא וַדַּאי תְּקֻובַּל תְּפִלָּתִי בְּרָצוֹן, וְכֵן הָיָה לוֹ.
Notre maître le Ari za"l a expliqué, dans le Chaar Maamarei Rachbi, que les portes de la prière sont les lèvres, qui sont netsa'h et hod de la bina — vois-y. Par là se comprend (Psaumes 5,2) « prête l'oreille à mes paroles, Hachem, discerne (bina) mon murmure » : bina, c'est-à-dire l'aspect de la bina, où se trouvent les portes de la prière. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'enseignement rapporté plus haut : lorsque le Saint béni soit-Il lui dit (Exode 32,7) « va, descends », la force de Moche faiblit aussitôt et il n'eut plus la force de parler ; et lorsqu'Il dit (Deut. 9,14) « laisse-Moi, que Je les détruise et que Je fasse de toi une grande nation », Moche dit : cette chose dépend de moi ; aussitôt il se leva, se renforça dans la prière et implora miséricorde. L'intention est que Moche notre maître, la paix soit sur lui, avait mérité la bina, et que les portes de la prière sont dans la bina. Lorsqu'Il lui dit « va, descends », sa force faiblit, car il ne savait pas à quel degré il descendait, et peut-être descendait-il du degré de la bina où il se tenait ; auquel cas les portes de la prière, qui sont dans la bina, se fermaient devant lui, et avec quoi pourrait-il prier ? Mais lorsqu'Il lui dit « laisse-Moi, que Je les détruise et que Je fasse de toi une grande nation », par quoi Il lui fit allusion au dalet de « ehad », d'où venait Moche notre maître, la paix soit sur lui — et c'est le sod de Léa, qui est le sod de la malkhout de la bina, comme l'a écrit notre maître le Ari za"l a ce sujet —, alors il comprit qu'il se tenait encore au lieu de la bina et n'en était pas descendu ; dès lors les portes de la prière, qui sont dans la bina, étaient ouvertes devant lui, et il se renforça dans la prière. C'est pourquoi Moche dit : cette chose dépend de moi, c'est-à-dire elle dépend encore de moi, elle ne s'est ni séparée ni déracinée de moi ; dès lors ma prière sera assurément reçue avec faveur. Et ainsi en fut-il pour lui.
💡 Explication

Rachi lit le verset de très près. Le psaume demande que Hachem ne reste pas sourd aux larmes, non qu'Il les voie. La larme est donc déjà vue en haut ; il reste seulement à demander qu'elle soit agréée. Les portes des larmes restent ouvertes alors même que celles de la prière sont fermées.

6
רָבָא לָא גְּזַר תַּעֲנִיתָא בְּיוֹמָא דְעֵיבָא, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר ״סַכֹּתָה בֶעָנָן לָךְ מֵעֲבוֹר תְּפִלָּה״.

Rava ne décrétait pas de jeûne un jour nuageux, en raison de ce qui est dit « Tu T'es couvert d'un nuage, pour que la prière ne passe pas ».

7
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נִפְסְקָה חוֹמַת בַּרְזֶל בֵּין יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה קַח לְךָ מַחֲבַת בַּרְזֶל וְנָתַתָּ אוֹתָהּ קִיר בַּרְזֶל בֵּינְךָ וּבֵין הָעִיר״.

Et Rabbi Elazar a dit : depuis le jour où le Temple a été détruit, un mur de fer s'est interposé entre Israël et leur Père qui est aux cieux, ainsi qu'il est dit « et toi, prends-toi une plaque de fer, et place-la comme un mur de fer entre toi et la ville ».

📜 Rachi (1)
וְנָתַתָּה אוֹתָהּ קִיר בַּרְזֶל סִימָן לִמְחִיצַת בַּרְזֶל הַמַּפְסֶקֶת בֵּינוֹ לְבֵינָם:
Signe d'une cloison de fer qui s'interpose entre Lui et eux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, נִפְסְקָה חוֹמַת בַּרְזֶל בֵּין יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נִפְסְקָה חוֹמָה בִּסְתָם, וְלָמָּה פֵּירֵשׁ מַה הִיא? וְעוֹד לָמָּה לֹא אָמַר חוֹמַת נְחֹשֶׁת, אוֹ חוֹמַת אֲבָנִים, וְהֵן אֱמֶת דִּקְרָא הָכִי הוּא, גַּם עַל הַפָּסוּק תִּקְשֵׁי, לָמָּה אָמַר (יְחֶזְקֵאל ד' ג') מַחֲבַת בַּרְזֶל, וְלֹא אָמַר מַחֲבַת נְחֹשֶׁת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַמְקַלְקְלִים בַּעֲוֹנוֹת, אַף עַל פִּי שֶׁהֵם פּוֹגְמִים בְּכָל הַסְּפִירוֹת וּבְאַרְבַּע אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם בָּרוּךְ הוּא, עִם כָּל זֶה עִיקַּר הַקִּלְקוּל וְהַפְּגָם הוּא בַּמַּלְכוּת, שֶׁהִיא סוֹד הֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם, וְלָכֵן כְּתִיב (יְשַׁעְיָהוּ נ' א') וּבְפִשְׁעֵיכֶם שָׁלְחָה אִמְּכֶם, שֶׁהוּא סוֹד הַמַּלְכוּת הֵ"א אַחֲרוֹנָה, וְלָכֵן נִקְרֵאת תְּשׁוּבָה 'תָּשׁוּב ה"א', וְכַנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ זַ"ל, גַּם יָדוּעַ ז' מַתָּכוֹת כָּךְ הוּא סֵדֶר שֶׁרָשַׁם, כֶּסֶף בְּחֶסֶד, זָהָב בִּגְבוּרָה, נְחֹשֶׁת בְּתִפְאֶרֶת, בְּדִיל בְּנֶצַח, עוֹפֶרֶת בְּהוֹד, כֶּסֶף חַי בִּיסוֹד, בַּרְזֶל בַּמַּלְכוּת, כַּנִּזְכָּר בקה"י בְּשֵׁם הַזֹּוהַר, וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁעִיקַּר הַקִּלְקוּל וְהַפְּגָם בַּעֲוֹנוֹת הוּא בַּמַּלְכוּת, לְכָךְ אָמַר חוֹמַת בַּרְזֶל , שֶׁשֵּׁרֵשׁ הַבַּרְזֶל הוּא בַּמַּלְכוּת, וּבָזֶה נִיחָא מַה שֶׁאָמַר קַח לְךָ מַחֲבַת בַּרְזֶל, לָמָּה אָמַר מַחֲבַת לֵימָא לוּחַ בַּרְזֶל? אַךְ יָדוּעַ כִּי אַף עַל פִּי שֶׁעִיקַּר הַקִּלְקוּל הִיא בַּמַּלְכוּת, שֶׁהִיא סוֹד הֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם, עִם כָּל זֶה מַגִּיעַ הַפְּגָם בְּכָל ד' אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם שֶׁהֵם סוֹד מחב"ת , שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ח כַּמָּה ב יָנָה ת פְּאֵרַת מ לְכוּת, וְזֶה סִדְרָם יוֹ"ד חָכְמָה, הֵ"א רִאשׁוֹנָה בִּינָה, וָא"ו תִּפְאֶרֶת, הֵ"א אַחֲרוֹנָה מַלְכוּת, וְלָכֵן קָרֵי לָהּ מחב"ת, וְאֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ שֶׁהוּא עַל מחב"ת שֶׁיֵּשׁ בַּמַּלְכוּת עַצְמָהּ, שֶׁגַּם בַּמַּלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד הֵ"א אַחֲרוֹנָה יֵשׁ י' סְפִירוֹת, וְיֵשׁ ד' אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר חוֹמַת בַּרְזֶל, כִּי יָדוּעַ דְּלֵאָה וְרָחֵל שָׁורְשָׁם לְמַעְלָה כָּךְ, לֵאָה פָּנִים, וַאֲחוֹרֶיהָ עוֹמֵד שֹׁורֶשׁ זִלְפָּה, וְכֵן רָחֵל פָּנִים, וַאֲחוֹרֶיהָ עוֹמֵד שֹׁורֶשׁ בִּלְהָה, וְזֶה סִדְרָן כְּשֶׁהָיָה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, אַךְ אַחַר הַחֻרְבָּן נִתְהַפֵּךְ עֲמִידַת אוֹרוֹת שָׁורְשֵׁיהֶן לְמַעְלָה, וּבְמָקוֹם שֶׁהָיָה עוֹמֵד שֹׁורֶשׁ רָחֵל עוֹמֵד עַתָּה שֹׁורֶשׁ בִּלְהָה שִׁפְחָתָהּ, וּבְמָקוֹם שֶׁהָיָה עוֹמֵד שֹׁורֶשׁ לֵאָה עוֹמֵד עַתָּה שֹׁורֶשׁ זִלְפָּה שִׁפְחָתָהּ, וְנִתְקַייֵּם בָּזֶה וְשִׁפְחָה כִּי תִירַשׁ גְּבִרְתָּהּ, וְעִנְיָן זֶה הוּא מֻוכְרָח מִדִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁאָמַר בְּחַרְבּוֹ הַמַּלְכוּת עוֹמֶדֶת אָחוֹר בְּאָחוֹר, וּלְפִי זֶה נִמְצָא בְּמָקוֹם שֶׁהָיָה עוֹמֵד הַפָּנִים מִקֹּודֶם עַתָּה עוֹמֵד הָאֲחוֹרַיִם שֶׁהֵם בְּחִינַת הַשְּׁפָחוֹת וְדוֹק הֵיטֵב. נִמְצָא לְפִי זֶה בְּחֻורְבַּן עֲמִידַת שֶׁרָשַׁם לְמַעְלָה הוּא בְּסֵדֶר אוֹתִיּוֹת בְּרַבּוֹתֵינוּ זַ"ל , שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ב לְהָהּ ר חָל ז לַפֶּה ל אָה, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי רָמַז הַכָּתוּב (יִרְמְיָהוּ ב, כא) וְאָנֹכִי נְטַעְתִּיךְ שֹׂרֵק כֻּלֹּה זֶרַע אֱמֶת וְאֵיךְ נֶהְפַּכְתְּ לִי סוּרֵי הַגֶּפֶן נָכְרִיָּה, פֵּירוּשׁ עַל יְדֵי עֲוֹנֹותָם גָּרְמוּ לְהַפֵּךְ הָאוֹרוֹת לְמַעְלָה, וְהָאֲחוֹרַיִם שֶׁהֵם בְּחִינַת זִלְפָּה וּבִלְהָה קָרֵי לְהוּ סוּרֵי הַגֶּפֶן, מִפְּנֵי שֶׁהֵם דִּינִין וּגְבוּרוֹת, וְהִיא נָכְרִיָּה שֶׁאֵין זֶה מְקוֹם עֲמִידָתָהּ הָעִיקָּרִי, וְכֵן אִיכָּא בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י שֶׁכָּתַב רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁיֵּשׁ ב' בְּחִינוֹת מַלְכוּת, א' נִקְרֵאת לֵאָה, וְא' נִקְרֵאת רָחֵל, וַאֲחוֹרַיִים שֶׁל לֵאָה הִיא בְּחִינַת הַנִּקְרֵאת זִלְפָּה, וַאֲחוֹרַייִם שֶׁל רָחֵל הִיא הַנִּקְרֵאת בִּלְהָה, וּשְׁתַּיִם אֵלּוּ בִּלְהָה וְזִלְפָּה הֵם גְּבוּרוֹת וְדִינִין, אַךְ הֵם מְבֻוסָּמוֹת, וּלְכָךְ נִישְּׂאוּ זִלְפָּה וּבִלְהָה לְיַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה, עַייֵּן שָׁם, נִמְצָא לְפִי זֶה מוּבָן בס"ד שַׁפִּיר הַמַּאֲמָר הַנִּזְכָּר דְּקָאָמַר שֶׁפָּסְקָה חוֹמַת בַּרְזֶל, וְכֵן אָמַר לַנָּבִיא מַחֲבַת בַּרְזֶל כִּי סִדְרָן בְּחֻרְבָּן הוּא בְּסֵדֶר בְּרַבּוֹתֵינוּ זַ"ל. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר חוֹמַת בַּרְזֶל , כִּי בִּזְמַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים הָיוּ הַקָּרְבָּנוֹת מְכַפְּרִים, וְאַחֲרֵי הַחֻרְבָּן נַעֲשׂוּ הַתְּפִילּוֹת בִּמְקוֹם קָרְבָּנוֹת, אַךְ בִּתְפִילּוֹת יֵשׁ חִסָּרוֹן מִצַּד הַלֵּב, שֶׁהַיֵּצֶר הָרַע עוֹמֵד שָׁם וּמְבַלְבְּלוֹ בְּמַחֲשָׁבוֹת זָרוֹת, וְיָדוּעַ כִּי הַיֵּצֶר הָרַע נִקְרָא זָר וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (תְּהִילִּים פא, י) לֹא יִהְיֶה בְךָ אֵל זָר, אֵיזֶהוּ 'אֵל זָר' בְּקִרְבּוֹ שֶׁל אָדָם? זֶה יֵצֶר הָרַע! וְהִנֵּה אִם תִּכְתֹּוב אוֹתִיּוֹת לֵב לְמַפְרֵעַ הַמּוֹרֶה עַל בִּלְבּוּל, וְתַנִּיחַ בְּתוֹכָהּ זָר לְמַפְרֵעַ יִהְיֶה מִזֶּה צֵירוּף בַּרְזֶל , וְלָכֵן הָעֲוֹנוֹת קָרֵי לְהוּ חוֹמַת בַּרְזֶל, שֶׁהַיֵּצֶר הָרַע יוֹשֵׁב בְּתוֹךְ הַלֵּב וּמַחֲטִיאוֹ, וְאִם הָיָה תְּפִילָּה רְאוּיָה בְּכַוָּנָה שֶׁהִיא בִּמְקוֹם הַקָּרְבָּנוֹת, הָיוּ הַתְּפִילּוֹת מַפִּילִים אֶת חוֹמַת בַּרְזֶל הַנַּעֲשֵׂית מִן הָעֲוֹנוֹת, כִּי הַקָּרְבָּנוֹת מְכַפְּרִים וּתְפִלָּה בִּמְקוֹם קָרְבָּנוֹת, אַךְ בְּחֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁנִּפְסְקוּ הַקָּרְבָּנוֹת, וְגַם הַתְּפִילּוֹת שֶׁהָיוּ בִּמְקוֹמָן אֵינָם שְׁלֵמִים בַּלֵּב, לְכָךְ נִשְׁאֲרָה חוֹמַת בַּרְזֶל, הֵם הָעֲוֹנוֹת הַנַּעֲשִׂים מִן הַשְׁרָאַת יֵצֶר הָרַע שֶׁהוּא זָר בְּתוֹךְ לֵב הָאָדָם מַפְסֶקֶת בֵּין יִשְׂרָאֵל וְכוּ'.
Il y a lieu d'objecter : il aurait fallu dire simplement qu'un mur s'est interposé ; pourquoi préciser lequel ? Et de plus, pourquoi ne pas dire un mur de cuivre ou un mur de pierres ? Il est vrai que le verset est ainsi, mais sur le verset aussi la question se pose : pourquoi dit-il (Ezechiel 4,3) « une plaque de fer » et non « une plaque de cuivre » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ceux qui détériorent par leurs fautes, bien qu'ils portent atteinte à toutes les sefirot et aux quatre lettres du Nom, béni soit-Il, la détérioration et l'atteinte principales sont néanmoins dans la malkhout, qui est le sod du hé final du Nom. C'est pourquoi il est écrit (Isaie 50,1) « et par vos fautes votre mère a été renvoyée », ce qui est le sod de la malkhout, le hé final ; et c'est pourquoi la techouva se lit « tachouv hé », que le hé revienne, comme il est rapporté dans les paroles de notre maître za"l. On sait aussi que l'ordre de la racine des sept métaux est le suivant : l'argent dans 'hessed, l'or dans guevoura, le cuivre dans tiferet, l'étain dans netsa'h, le plomb dans hod, le vif-argent dans yessod, le fer dans malkhout, comme il est rapporté dans le Kehilat Yaakov au nom du Zohar. Puisque la détérioration et l'atteinte principales des fautes sont dans la malkhout, il a dit « un mur de fer », la racine du fer étant dans la malkhout. Par là s'éclaire aussi ce qu'il dit « prends-toi une plaque (mahavat) de fer » : pourquoi « une plaque » plutôt qu'« une tablette de fer » ? On sait que, bien que la détérioration principale soit dans la malkhout, sod du hé final du Nom, l'atteinte parvient néanmoins aux quatre lettres du Nom, qui sont le sod de MaHaVaT, initiales de 'Hokhma, Bina, Tiferet, Malkhout ; et leur ordre est : youd, 'hokhma ; premier hé, bina ; vav, tiferet ; hé final, malkhout — c'est pourquoi il l'appelle mahavat. On peut aussi expliquer qu'il s'agit du mahavat qui se trouve dans la malkhout elle-même, car dans la malkhout aussi, sod du hé final, il y a dix sefirot et il y a les quatre lettres du Nom. D'une autre façon, il me semble, avec l'aide du Ciel, quant à « un mur de fer » : on sait que la racine de Léa et de Rahel est en haut de la manière suivante — Léa de face, et derrière elle se tient la racine de Zilpa ; de même Rahel de face, et derrière elle se tient la racine de Bilha ; tel était leur ordre lorsque le Temple était debout. Mais après la destruction, la position des lumières de leurs racines en haut s'est inversée : à la place où se tenait la racine de Rahel se tient maintenant la racine de Bilha, sa servante, et à la place où se tenait la racine de Léa se tient maintenant la racine de Zilpa, sa servante ; ainsi s'est accompli « et une servante qui hérite de sa maîtresse ». Cette chose découle nécessairement des paroles de notre maître le Ari za"l, qui a dit qu'à la destruction la malkhout se tient dos à dos ; d'après cela, il se trouve qu'à la place où se tenait auparavant la face se tiennent maintenant les arrière-parties, qui sont l'aspect des servantes — examine bien. Il se trouve donc que, lors de la destruction, la position de leurs racines en haut suit l'ordre des lettres de barzel, initiales de Bilha, Rahel, Zilpa, Léa. Et par là j'ai expliqué l'allusion du verset (Jérémie 2,21) « et Moi, Je t'avais plantée comme une vigne de choix, toute de semence de vérité ; comment t'es-tu changée pour Moi en sarments dégénérés d'une vigne étrangère ? » : par leurs fautes ils ont causé l'inversion des lumières en haut, et les arrière-parties, qui sont l'aspect de Zilpa et de Bilha, sont appelées « sarments dégénérés de la vigne », parce qu'elles sont dinim et guevourot ; et elle est « étrangère », car ce lieu n'est pas son lieu de station principal. De même, il y a dans le Chaar Maamarei Rachbi ce qu'ont écrit nos maîtres : il y a deux aspects de la malkhout, l'un appelé Léa, l'autre appelé Rahel ; les arrière-parties de Léa sont l'aspect appelé Zilpa, et les arrière-parties de Rahel sont l'aspect appelé Bilha ; et ces deux-là, Bilha et Zilpa, sont guevourot et dinim, mais elles sont adoucies, et c'est pourquoi Zilpa et Bilha ont été épousées par Yaakov notre père, la paix soit sur lui — vois-y. Il se trouve d'après cela que l'enseignement rapporté se comprend bien, avec l'aide du Ciel, lorsqu'il dit qu'un mur de fer s'est interposé, et de même qu'Il a dit au prophète « une plaque de fer », car leur ordre à la destruction suit l'ordre de barzel. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à « un mur de fer » : au temps où le Temple était debout, les sacrifices expiaient, et après la destruction les prières ont pris la place des sacrifices. Mais dans les prières il y a un manque du côté du cœur, car le yetser hara s'y tient et le trouble par des pensées étrangères. On sait que le yetser hara est appelé « étranger » (zar), comme l'ont dit nos maîtres sur le verset (Psaumes 81,10) « il n'y aura pas chez toi de dieu étranger » : quel est le « dieu étranger » à l'intérieur de l'homme ? C'est le yetser hara. Or si tu écris les lettres de lev, le cœur, à l'envers, ce qui indique le trouble, et que tu places au milieu zar à l'envers, il en sort la combinaison barzel. C'est pourquoi les fautes sont appelées un mur de fer, car le yetser hara siège à l'intérieur du cœur et le fait fauter. Si la prière était comme il convient, avec kavana, elle qui tient la place des sacrifices, les prières feraient tomber le mur de fer formé par les fautes, car les sacrifices expient et la prière tient la place des sacrifices. Mais à la destruction du Temple les sacrifices ont cessé, et les prières qui tenaient leur place sont elles aussi incomplètes dans le cœur ; c'est pourquoi le mur de fer est resté — ce sont les fautes produites par le séjour du yetser hara, qui est un étranger, à l'intérieur du cœur de l'homme, et qui s'interpose entre Israël et etc.
8
אָמַר רַבִּי חָנִין אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: כָּל הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ, אֵין תְּפִלָּתוֹ חוֹזֶרֶת רֵיקָם. מְנָא לַן — מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָאֶתְפַּלֵּל אֶל ה׳״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וַיִּשְׁמַע ה׳ אֵלַי גַּם בַּפַּעַם הַהִיא״.

Rabbi Hanin a dit au nom de Rabbi Hanina : quiconque prolonge sa prière, sa prière ne revient pas vide. D'où le tenons-nous ?

De Moche notre maître, ainsi qu'il est dit « et j'ai prié Hachem », et il est écrit après cela « et Hachem m'a écouté cette fois encore ».

9
אֵינִי?! וְהָא אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִילָּתוֹ וּמְעַייֵּן בָּהּ — סוֹף בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תּוֹחֶלֶת מְמֻשָּׁכָה מַחֲלָה לֵב״. מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ — יַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעֵץ חַיִּים תַּאֲוָה בָאָה״, וְאֵין עֵץ חַיִּים אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֵץ חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ״. לָא קַשְׁיָא, הָא דְּמַאֲרֵיךְ וּמְעַייֵּן בַּהּ. הָא דְּמַאֲרֵיךְ וְלָא מְעַיֵּין בַּהּ

Est-ce ainsi ?! Mais Rabbi Hiyya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque prolonge sa prière et la scrute finit par en venir à une douleur de cœur, ainsi qu'il est dit « une attente prolongée rend le cœur malade ».

Quel est son remède ? Qu'il s'occupe de Tora, ainsi qu'il est dit « et un arbre de vie, un désir accompli », et « arbre de vie » ne désigne que la Tora, ainsi qu'il est dit « elle est un arbre de vie pour ceux qui s'y attachent ».

Il n'y a pas de difficulté : ici, il s'agit de celui qui prolonge et là scrute ; là, de celui qui prolonge et ne la scrute pas.

📜 Rachi (3)
וּמְעַייֵּן בָּהּ מְצַפֶּה שֶׁתַּעֲשֶׂה בַּקָּשָׁתוֹ עַל יְדֵי הַאֲרָכָתוֹ סוֹף שֶׁאֵינָהּ נַעֲשֵׂית וְנִמְצֵאת תּוֹחֶלֶת מְמֻושָּׁכָה חִנָּם וְהִיא כְּאֵב לֵב כְּשֶׁאָדָם מְצַפֶּה וְאֵין תַּאֲוָתוֹ בָּאָה:
Et la scrute : il attend que sa demande soit accomplie grâce à sa prolongation ; finalement elle ne l'est pas, et il se trouve que l'attente s'est prolongée en vain, et c'est une douleur de cœur, quand un homme attend et que son désir ne vient pas.
תּוֹחֶלֶת לְשׁוֹן חִלּוּי וּתְחִנָּה:
Tohélet : du langage de la supplication et de l'imploration.
וְעֵץ חַיִּים תַּאֲוָה בָאָה סוֹפוֹ שֶׁל מִקְרָא הוּא:
Et un arbre de vie, un désir accompli : c'est la fin du même verset.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ וּמְעַיֵּין בָּהּ פֵּירוּשׁ שֶׁמְּצַפֶּה שֶׁתָּבֹא בַּקָּשָׁתוֹ לְפִי שֶׁכִּוֵּון בִּתְפִלָּתוֹ. תֵּימַהּ דְּהָכָא מַשְׁמַע דְּעִיּוּן תְּפִלָּה לָאו מְעַלְּיוּתָא הוּא וְכֵן מַשְׁמַע פ' הָרוֹאֶה (לְקַמָּן בְּרָכוֹת נה.) ג' דְּבָרִים מַזְכִּירִין עֲוֹנֹותָיו שֶׁל אָדָם וְקָאָמַר עִיּוּן תְּפִלָּה. וְלֹא כֵּן מַשְׁמַע בְּפָ' מְפַנִּין (שַׁבָּת קכז.) דְּקָאָמַר אָדָם אוֹכֵל פֵּירוֹתֵיהֶן בעוה"ז וְקָא חֲשִׁיב עִיּוּן תְּפִלָּה אַלְמָא מְעַלְּיוּתָא הוּא וְכֵן מַשְׁמַע בְּגֵט פָּשׁוּט (ב"ב קסד:) דְּקָאָמַר מִשְּׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵין אָדָם נִיצּוֹל בְּכָל יוֹם וְקָאָמַר עִיּוּן תְּפִלָּה פֵּירוּשׁ שֶׁאֵין אָדָם מְעַייֵּן בָּהּ אִם כֵּן מַשְׁמַע שֶׁהוּא טוֹב וי"ל דִּתְרֵי עִיּוּן תְּפִלָּה יֵשׁ עִיּוּן תְּפִלָּה דְּהָכָא הַמְצַפֶּה שֶׁתָּבֹא בַּקָּשָׁתוֹ וְעִיּוּן תְּפִלָּה דְּהָתָם שֶׁמְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ לִתְפִלָּה:
Explication : il attend que sa demande vienne, parce qu'il a eu de la kavana dans sa prière. C'est étonnant, car ici il ressort que le iyoun tefila n'est pas une qualité, et de même il ressort au chapitre Haroé (plus loin, Berakhot 55a) : trois choses rappellent les fautes d'un homme, et il y compte le iyoun tefila. Or il en ressort autrement au chapitre Mefanin (Chabbat 127a), où il est dit que l'homme mange leurs fruits en ce monde-ci, et il y compte le iyoun tefila — donc c'est une qualité. Et de même il ressort dans Guet pachout (Baba Batra 164b), où il est dit : de trois choses l'homme n'échappe pas chaque jour, et il y compte le iyoun tefila, c'est-à-dire que l'homme ne la scrute pas ; il en ressort donc que c'est une bonne chose. Et on peut dire qu'il y a deux iyoun tefila : le iyoun tefila d'ici, celui qui attend que sa demande vienne, et le iyoun tefila de là-bas, celui qui dirige son cœur vers la prière.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? יְעַסֵּק בַּתּוֹרָה. מַקְשִׁים אַמַּאי אִצְטְרִיךְ הַמַּקְשָׁן לְהָבִיא דָּבָר זֶה, דְּמַאי תַּקַּנְתֵּיהּ כִּי אֵין בָּזֶה צֹורֶךְ לַקֻּושְׁיָא שֶׁלּוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַמַּקְשָׁן הֵבִין מֵעִיקָּרָא מַה שֶׁכָּתוּב מְעַייֵּן בָּהּ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מְצַפֶּה שֶׁתַּעֲשֶׂה תְּפִילָּתוֹ פֵּירוֹת כְּדֶרֶךְ הַמְצֻפִּין לִישׁוּעָה בְּחֶסֶד ה', וְעַל כֵּן בְּלָאו הָכִי לֵיכָּא קֻושְׁיָא דְּיֵשׁ לְהָבִין דְּאוֹ אוֹ קָאָמַר, דְּהַיְינוּ כָּל הַמַּאֲרִיךְ וְאַף עַל גַּב דְּלָא מְעַייֵּן, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵינוֹ מְצַפֶּה לְחֶסֶד ה', אוֹ מְעַייֵּן שֶׁמְּצַפֶּה לִישׁוּעָה לְחֶסֶד ה', אַף עַל גַּב דְּלָא מַאֲרִיךְ הִנֵּה זֶה בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב, שֶׁיִּהְיֶה לִבּוֹ נוֹקְפוֹ וְכוֹאֵב מֵחֲמַת שֶׁהוּא חוֹשֵׁשׁ בְּלִבּוֹ אוּלַי לֹא תַעֲשֶׂה תְּפִילָּתוֹ פֵּירוֹת, אֲבָל אִם מַאֲרִיךְ וְגַם מְעַיֵּין שֶׁהוּא מְצַפֶּה לִישׁוּעָה שֶׁל תְּפִילָּה בְּחֶסֶד ה', זֶה לֹא יָבֹא לִידֵי כְּאֵב לֵב, כְּלוֹמַר אֵין לִבּוֹ נוֹקְפוֹ בַּחֲשָׁשׁוֹת לַחְשֹׁוב אוּלַי לֹא תַעֲשֶׂה תְּפִילָּתוֹ פְּרִי, כִּי זֶה לִבּוֹ בָּטוּחַ שֶׁבְּוַדַּאי תְּפִילָּתוֹ תַּעֲשֶׂה פְּרִי לְמָחָר אוֹ לַשָּׁבוּעַ הַבָּא אוֹ בְּתוֹךְ חֹדֶשׁ, כִּי מֻוכְרָח שֶׁתִּתְקַבֵּל וְתַעֲשֶׂה פְּרִי, יַעַן כִּי יֵשׁ לָזֶה ב' סְגֻולּוֹת, הָא' שֶׁהֶאֱרִיךְ בִּתְפִילָּתוֹ, וְהָאֲרִיכוּת מְסֻוגֶּלֶת לְקַבֵּל הַתְּפִלָּה, וְהַב' שֶׁהָיָה מְעַיֵּין בָּהּ פֵּירוּשׁ שֶׁהָיָה מְצַפֶּה לִישׁוּעָה, וְכָל אָדָם הַמְצַפֶּה לִישׁוּעָה לְחֶסֶד ה', זְכוּת זֶה הַצִּפּוּי יָגֵין וְתַגִּיעַ לוֹ הַיְּשׁוּעָה, וְכָל זֶה הוּא בְּמַאֲרִיךְ וְגַם מְעַיֵּין, דְּיֵשׁ בְּיָדוֹ ב' סְגֻולּוֹת, אָז לִבּוֹ בָּטוּחַ שֶׁתַּעֲשֶׂה פֵּירוֹת וְלֹא יָבֹא לִידֵי כְּאֵב לֵב, מֵחֲמַת שֶׁיַּחְשֹׁוב אוּלַי לֹא תַעֲשֶׂה פֵּירוֹת, אֲבָל מַאֲרִיךְ וְאֵינוֹ מְעַיֵּין, אוֹ מְעַייֵּן וְאֵינוֹ מַאֲרִיךְ, אֵין לִבּוֹ בָּטוּחַ שֶׁתַּעֲשֶׂה תְּפִילָּתוֹ פֵּירוֹת, מִפְּנֵי כִּי זֶה אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא סְגֻולָּה אַחַת, וּלְכָךְ לִבּוֹ כּוֹאֵב מִן חֲשָׁשׁ זֶה, שֶׁעוֹלֶה בְּלִבּוֹ סָפֵק עַל תְּפִילָּתוֹ, וּלְפִי זֶה לֵיכָּא קֻושְׁיָא אַהָא דְּרַבִּי חֲנִינָא דְּאָמַר כָּל הַמַּאֲרִיךְ אֵין תְּפִילָּתוֹ חוֹזֶרֶת רֵיקָם, דְּהוּא אַיְירֵי בְּמַאֲרִיךְ וּמְעַיֵּין, דְּהַייְנוּ שֶׁהוּא מְצַפֶּה לִישׁוּעָה שֶׁיִּהְיֶה נוֹשָׁע בִּתְפִילָּתוֹ, וְלָא אִצְטְרִיךְ רַבִּי חֲנִינָא לְפָרֵשׁ שֶׁהוּא מְצַפֶּה כִּי מִסְּתָמָא הוּא מְצַפֶּה לִישׁוּעָה, וְהַשְׁתָּא אִית לֵיהּ ב' סְגֻולּוֹת אֲרִיכוּת וְצִפּוּי לִישׁוּעָה וּלְכָךְ אֵינָהּ חוֹזֶרֶת רֵיקָם, אַךְ הַשְׁתָּא דְּקָאָמַר ר' יוֹחָנָן מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? יְעַסֵּק בַּתּוֹרָה, תּוּ לֵיכָּא לְפָרֵשׁ כַּוָּנָתוֹ אוֹ אוֹ קָאָמַר דְּאִם כֵּן לָמָּה עָשָׂה לוֹ תַּקָּנָה זוֹ שֶׁל עֵסֶק הַתּוֹרָה, לֵימָא לֵיהּ דְּלַעֲבִיד תַּרְתֵּי שֶׁיַּאֲרִיךְ וְגַם מְעַיֵּין דְּהַייְנוּ יְצַפֶּה לִישׁוּעָה, דְּבָזֶה בָּטוּחַ וְלֹא יָבֹא לִכְאֵב לֵב, אֶלָּא וַדַּאי ר' יוֹחָנָן אַיְירֵי בְּמַאֲרִיךְ וּמְעַייֵּן, וְעִם כָּל זֶה אוֹמֵר בָּא לִכְאֵב לֵב, וּלְהָכִי מַקְשֵׁי שַׁפִּיר אַהָא דְּרַבִּי חֲנִינָא, וְהֵשִׁיב לוֹ הַתָּרְצָן הָא דְּמַאֲרֵיךְ וּמְעַייֵּן בַּהּ, נָקֵיט ר' יוֹחָנָן מִלַּת בָּהּ לְלַמְּדֵנוּ כְּגוֹן שֶׁהוּא מְצַפֶּה לִתְפִילָּתוֹ שֶׁוַּדַּאי תַּעֲשֶׂה פֵּירוֹת מֵאֶחָד שֶׁהִתְפַּלֵּל וְהֶאֱרִיךְ, וְאֵינוֹ מְצַפֶּה להקב"ה כְּדֶרֶךְ הַמְצַפִּים לִישׁוּעָה, שֶׁמְּצֻפִּים לְחַסְדּוֹ יִתְבָּרַךְ שֶׁיֵּשׁ לָהֶם זְכוּת מִזֶּה הַצִּפּוּי, אֶלָּא זֶה מְצַפֶּה לְכֹחַ תְּפִילָּתוֹ, שֶׁאוֹמֵר כֵּיוָן שֶׁהֶאֱרַכְתִּי בָּהּ וַדַּאי כְּדַאי הִיא שֶׁתַּעֲשֶׂה פֵּירוֹת, אֲבָל מַאֲרִיךְ וְאֵינוֹ מְעַייֵּן בָּהּ, כְּלוֹמַר אֵינוֹ מְצַפֶּה לְכֹחַ תְּפִילָּתוֹ עַצְמָהּ, אֶלָּא מְצַפֶּה לְחַסְדּוֹ יִתְבָּרֵךְ כְּדֶרֶךְ הַמְצֻפִּין לִישׁוּעָה אֵין זוֹ חוֹזֶרֶת רֵיקָם.
On objecte : pourquoi celui qui questionne a-t-il eu besoin d'apporter cette phrase, « quel est son remède ? », qui n'est d'aucune utilité pour sa question ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui questionne comprenait d'abord « et la scrute » au sens de : il attend que sa prière porte des fruits, à la manière de ceux qui espèrent le salut par la bonté de Hachem. De ce fait il n'y avait pas de question, car on pouvait comprendre qu'il dit « ou bien... ou bien » : quiconque prolonge, même sans scruter, c'est-à-dire sans espérer la bonté de Hachem, ou bien scrute, espérant le salut par la bonté de Hachem, même sans prolonger — celui-là en vient à une douleur de cœur, son cœur le tourmentant et souffrant parce qu'il craint en lui-même que sa prière ne porte pas de fruits. Mais s'il prolonge et scrute aussi, espérant le salut de la prière par la bonté de Hachem, celui-là n'en vient pas à une douleur de cœur, c'est-à-dire que son cœur ne le tourmente pas de craintes en pensant que sa prière ne portera peut-être pas de fruit, car son cœur est assuré que sa prière portera assurément du fruit demain, ou la semaine prochaine, ou dans le mois. Il est nécessaire qu'elle soit reçue et porte du fruit, puisqu'il a pour cela deux segoulot : la première, qu'il a prolongé sa prière, et la longueur est propice à ce que la prière soit reçue ; la seconde, qu'il la scrutait, c'est-à-dire qu'il espérait le salut — et tout homme qui espère le salut par la bonté de Hachem, le mérite de cette espérance le protège et le salut lui parvient. Tout cela vaut pour celui qui prolonge et scrute aussi, qui a en main deux segoulot ; alors son cœur est assuré qu'elle portera des fruits et il n'en vient pas à une douleur de cœur par la pensée qu'elle n'en portera peut-être pas. Mais celui qui prolonge sans scruter, ou qui scrute sans prolonger, son cœur n'est pas assuré que sa prière portera des fruits, car il n'a en main qu'une seule segoula ; c'est pourquoi son cœur souffre de cette crainte, un doute s'élevant en son cœur au sujet de sa prière. D'après cela il n'y avait pas de question sur l'enseignement de Rabbi Hanina, qui dit que quiconque prolonge, sa prière ne revient pas vide : il parle de celui qui prolonge et scrute, c'est-à-dire qui espère le salut par sa prière ; et Rabbi Hanina n'avait pas besoin de préciser qu'il espère, car il est présumé qu'il espère le salut. Il a donc deux segoulot, la longueur et l'espérance du salut, et c'est pourquoi elle ne revient pas vide. Mais maintenant que Rabbi Yo'hanan dit « quel est son remède ? qu'il s'occupe de Tora », on ne peut plus expliquer son intention comme un « ou bien... ou bien », car pourquoi alors lui aurait-il donné ce remède de l'étude de la Tora ? Il aurait pu lui dire de faire les deux, prolonger et scruter aussi, c'est-à-dire espérer le salut, ce qui l'assurerait et lui éviterait la douleur de cœur. Assurément donc, Rabbi Yo'hanan parle de celui qui prolonge et scrute, et malgré cela il dit qu'il en vient à une douleur de cœur ; c'est pourquoi il objecte à bon droit sur l'enseignement de Rabbi Hanina. Celui qui répond lui a répondu : ceci parle de celui qui prolonge et la scrute — Rabbi Yo'hanan a employé le mot « bah », en elle, pour nous enseigner qu'il s'agit de celui qui attend de sa prière qu'elle porte assurément des fruits du fait qu'il a prié et prolongé, sans espérer du Saint béni soit-Il à la manière de ceux qui espèrent le salut, qui espèrent Sa bonté, qu'Il soit béni, et qui ont un mérite de cette espérance ; celui-là espère de la force de sa propre prière, disant : puisque j'y ai prolongé, elle mérite assurément de porter du fruit. Mais celui qui prolonge et ne la scrute pas, c'est-à-dire qui n'espère pas de la force de sa prière elle-même mais espère Sa bonté, qu'Il soit béni, à la manière de ceux qui espèrent le salut — celle-là ne revient pas vide.
💡 Explication

Le mot décisif est me'ayen bah, « il la scrute ». Rachi l'entend comme le fait de compter sur la longueur de sa prière pour obtenir ce qu'on demande ; l'attente déçue produit alors la douleur de cœur du verset des Proverbes. Celui qui prolonge sans compter ainsi sur sa propre prière reste dans l'enseignement de Rabbi Hanina.

Tossefot signale que la même expression, iyoun tefila, apparaît ailleurs comme une qualité, et distingue donc deux emplois : attendre le résultat de sa prière, et diriger son cœur pendant la prière.

10
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: אִם רָאָה אָדָם שֶׁהִתְפַּלֵּל וְלֹא נַעֲנָה — יַחְזֹור וְיִתְפַּלֵּל. שֶׁנֶּאֱמַר: ״קַוֵּה אֶל ה׳ חֲזַק וְיַאֲמֵץ לִבֶּךָ וְקַוֵּה אֶל ה׳״.

Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit : si un homme a vu qu'il a prié et n'a pas été exaucé, qu'il revienne et prie, ainsi qu'il est dit « espère en Hachem, sois fort et que ton cœur s'affermisse, et espère en Hachem ».

📜 Rachi (1)
קַוֵּה וְהִתְחַזֵּק וְלֹא תִּמְשׁוֹךְ יָדְךָ אֶלָּא חֲזֹור וְקַוֵּה:
Espère : et affermis-toi, et ne retire pas ta main, mais reviens et espère.
11
תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבָּעָה צְרִיכִין חִזּוּק, וְאֵלּוּ הֵן: תּוֹרָה, וּמַעֲשִׂים טוֹבִים, תְּפִלָּה, וְדֶרֶךְ אֶרֶץ.

Nos maîtres ont enseigné : quatre choses ont besoin d'affermissement, et les voici : la Tora, les bonnes actions, la prière et le derekh erets (l'occupation, le gagne-pain).

📜 Rachi (2)
צְרִיכִין חִזּוּק שֶׁיִּתְחַזֵּק אָדָם בָּהֶן תָּמִיד בְּכָל כֹּחוֹ:
Ont besoin d'affermissement : qu'un homme s'y affermisse constamment, de toute sa force.
דֶּרֶךְ אֶרֶץ אִם אֻומָּן הוּא לְאוֹמַנְתּוֹ אִם סוֹחֵר הוּא לִסְחוֹרָתוֹ אִם אִישׁ מִלְחָמָה הוּא לְמִלְחַמְתּוֹ:
Derekh erets : s'il est artisan, à son métier ; s'il est marchand, à son commerce ; s'il est homme de guerre, à sa guerre.
12
תּוֹרָה וּמַעֲשִׂים טוֹבִים מִנַּיִן? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״רַק חֲזַק וֶאֱמַץ מְאֹד לִשְׁמֹר וְלַעֲשׂוֹת כְּכָל הַתּוֹרָה״, ״חֲזַק״ — בַּתּוֹרָה, ״וְאַמֵּץ״ — בְּמַעֲשִׂים טוֹבִים.

La Tora et les bonnes actions, d'où le sait-on ? Ainsi qu'il est dit « seulement sois fort et très courageux, pour garder et pour faire selon toute la Tora » : « sois fort » dans la Tora, « et courageux » dans les bonnes actions.

13
תְּפִלָּה מִנַּיִן? — שֶׁנֶּאֱמַר ״קַוֵּה אֶל ה׳ חֲזַק וְיַאֲמֵץ לִבֶּךָ וְקַוֵּה אֶל ה׳״.

La prière, d'où le sait-on ? Ainsi qu'il est dit « espère en Hachem, sois fort et que ton cœur s'affermisse, et espère en Hachem ».

14
דֶּרֶךְ אֶרֶץ מִנַּיִן? — שֶׁנֶּאֱמַר ״חֲזַק וְנִתְחַזַּק בְּעַד עַמֵּנוּ וְגוֹ׳״.

Le derekh erets, d'où le sait-on ? Ainsi qu'il est dit « sois fort et affermissons-nous pour notre peuple, etc. ».

15
״וַתֹּאמֶר צִיּוֹן עֲזָבַנִי ה׳ וַה׳ שְׁכֵחָנִי״. הַייְנוּ עֲזוּבָה, הַייְנוּ שְׁכוּחָה? אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אָמְרָה כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אָדָם נוֹשֵׂא אִשָּׁה עַל אִשְׁתּוֹ רִאשׁוֹנָה, זוֹכֵר מַעֲשֵׂה הָרִאשׁוֹנָה. אַתָּה עֲזַבְתָּנִי וְשֶׁכַּחֲתָנִי.

« Et Tsion a dit : Hachem m'a abandonnée, et Hachem m'a oubliée. » Abandonnée et oubliée, c'est la même chose ? Rech Lakich a dit : la Communauté d'Israël a dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, un homme qui épouse une femme par-dessus sa première femme se souvient des actes de la première ; Toi, Tu m'as abandonnée et Tu m'as oubliée.

🪔 Ben Yehoyada (1)
רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אָדָם נוֹשֵׂא אִשָּׁה עַל אִשְׁתּוֹ רִאשׁוֹנָה, זוֹכֵר מַעֲשֶׂה הָרִאשׁוֹנָה, אַתָּה עֲזַבְתָּנִי וְשֶׁכַּחֲתָנִי. קָשֶׁה מְנָא לַן הַמֻּונָּח הַזֶּה שֶׁהִנִּיחָהּ שֶׁצָּרִיךְ לִזְכֹּור מַעֲשֶׂה הָרִאשׁוֹנָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַכָּתוּב אָמַר (מִשְׁלֵי ה, יח) וְשִׂמַּח מֵאֵשֶׁת נִעוּרְךָ, וְקָשֶׁה לָמָּה אָמַר מֵאֵשֶׁת נִעוּרְךָ לֵימָא מֵאִשְׁתְּךָ, שֶׁבָּזֶה כּוֹלֵל כָּל אִשָּׁה שֶׁיִּקַּח אֲפִילּוּ אֵינָהּ אֵשֶׁת נְעוּרִים? אַךְ יוּבָן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ אֵין אָדָם מוֹצֵא קוֹרַת רוּחַ אֶלָּא מֵאִשְׁתּוֹ רִאשׁוֹנָה, וְקָשֶׁה לָמָּה דַּוְקָא רִאשׁוֹנָה? וְנִרְאֶה לִי הַטַּעַם כִּי כָּל הֲנָאָה שֶׁהָאָדָם לֹא טָעַם אוֹתָהּ עֲדַיִין וְלֹא הֻורְגַּל בָּהּ הִנֵּה כַּאֲשֶׁר יֵהָנֶה בָּהּ יִשְׂמַח בָּהּ הַרְבֵּה, כִּי אֶצְלוֹ הִיא חִידּוּשׁ, וְטֶבַע הָאָדָם לִשְׂמֹוחַ בְּכָל דָּבָר חָדָשׁ שֶׁיִּהְיֶה לוֹ, וְאַף עַל פִּי שֶׁהוּא מָצוּי אֵצֶל אֲחֵרִים, וְאֵין זֶה חִידּוּשׁ שֶׁנִּתְחַדֵּשׁ בְּכָל הָעוֹלָם, מִפְּנֵי כִּי אֶצְלוֹ הוּא דָּבָר חָדָשׁ, לָכֵן בִּהְיוֹתוֹ בָּחוּר שֶׁעֲדַייִן לֹא נָשָׂא אִשָּׁה וְלֹא טַעַם הֲנָאַת תַּשְׁמִישׁ אִשָּׁה, הִנֵּה כַּאֲשֶׁר יִשָּׂא אִשָּׁה וְיֵהָנֶה מִמֶּנָּה הֵן בְּשִׁימּוּשׁוֹ עִמָּהּ הֵן בְּשִׁימּוּשָׁהּ אֵלָיו בַּעֲשִׂייַּת צְרָכָיו, כָּל הֲנָאוֹת אֵלּוּ אֶצְלוֹ דָּבָר חֹדֶשׁ אַף עַל פִּי שֶׁמְּצוּיִים אֵצֶל אֲחֵרִים הַנְּשׂוּאִים, וְלָכֵן הוּא שָׂמֵחַ מֵאִשְׁתּוֹ רִאשׁוֹנָה שִׂמְחָה גְּדוֹלָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּאִשְׁתּוֹ שְׁנִיָּה אֵין לוֹ אוֹתָהּ הַשִּׂמְחָה יַעַן שֶׁכְּבָר טַעַם טַעְמָן שֶׁל הֲנָאוֹת אֵלּוּ בְּאִשְׁתּוֹ רִאשׁוֹנָה וְאֵינָם אֶצְלוֹ חִידּוּשׁ, לְכָךְ אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵין אָדָם מוֹצֵא קוֹרַת רוּחַ אֶלָּא מֵאִשְׁתּוֹ רִאשׁוֹנָה, וּלְכָךְ אָמַר הַכָּתוּב וְשִׂמַּח מֵאֵשֶׁת נִעוּרְךָ. וְהִנֵּה כִּי כֵן מֻוכְרָח כַּאֲשֶׁר יִשָּׂא אִשָּׁה עַל אִשְׁתּוֹ הָרִאשׁוֹנָה וַדַּאי יִזְכֹּור מַעֲשֶׂה הָרִאשׁוֹנָה, פֵּירוּשׁ יִזְכֹּור הַנָּאוֹת שֶׁהִגִּיעוּ לוֹ מִמֶּנָּה כַּמָּה וְכַמָּה שִׂמְחָה הָיָה לוֹ בָּהֶם, מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ אֶצְלוֹ חִידּוּשׁ.
Il est difficile : d'où tenons-nous le postulat qu'elle pose, qu'il faut se souvenir des actes de la première ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset dit (Proverbes 5,18) « et réjouis-toi de la femme de ta jeunesse » ; or il est difficile : pourquoi dire « de la femme de ta jeunesse » plutôt que « de ta femme », ce qui inclurait toute femme qu'il épouserait, même sans être la femme de sa jeunesse ? Cela se comprend d'après ce qu'ont dit nos maîtres : un homme ne trouve de contentement que de sa première femme. Et il est difficile : pourquoi précisément la première ? Il me semble que la raison en est que tout plaisir que l'homme n'a pas encore goûté et auquel il ne s'est pas habitué, lorsqu'il en jouit, il s'en réjouit beaucoup, car c'est pour lui une nouveauté ; et la nature de l'homme est de se réjouir de toute chose nouvelle qui lui advient, même si elle est courante chez d'autres et ne constitue pas une nouveauté dans le monde entier, parce que pour lui c'est une chose nouvelle. Ainsi, tant qu'il est célibataire et n'a pas encore épouse de femme ni goûté le plaisir de l'union, lorsqu'il épouse une femme et jouit d'elle, tant dans son usage avec elle que dans le service qu'elle lui rend pour ses besoins, tous ces plaisirs sont pour lui chose nouvelle, même s'ils sont courants chez les autres hommes mariés ; c'est pourquoi il se réjouit de sa première femme d'une grande joie. Il en va autrement de sa seconde femme : il n'a pas cette joie, puisqu'il a déjà goûté le goût de ces plaisirs auprès de sa première femme et qu'ils ne sont plus pour lui une nouveauté. C'est pourquoi nos maîtres ont dit : un homme ne trouve de contentement que de sa première femme, et c'est pourquoi le verset dit « et réjouis-toi de la femme de ta jeunesse ». Dès lors il est nécessaire que, lorsqu'il épouse une femme par-dessus sa première femme, il se souvienne assurément des actes de la première, c'est-à-dire qu'il se souvienne des plaisirs qui lui sont venus d'elle et de la grande joie qu'il y a trouvée, parce qu'ils étaient pour lui une nouveauté.
💡 Explication

La difficulté est purement littérale : azouva (abandonnée) et chekhouha (oubliée) semblent redondants. Rech Lakich les sépare en deux griefs distincts : l'abandon est le fait d'avoir pris une autre, l'oubli est le fait de ne même plus se souvenir de la première. Le second est plus grave, et c'est lui que le midrach va traiter jusqu'à la fin de la sougya.

16
אָמַר לָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: בָּתֵּי, שְׁנֵים עָשָׂר מַזָּלוֹת בָּרָאתִי בָּרָקִיעַ, וְעַל כָּל מַזָּל וּמַזָּל בָּרָאתִי לוֹ שְׁלֹשִׁים חַיִל, וְעַל כָּל חַיִל וְחַיִל בָּרָאתִי לוֹ שְׁלֹשִׁים לִגְיוֹן, וְעַל כָּל לִגְיוֹן וְלִגְיוֹן בָּרָאתִי לוֹ שְׁלֹשִׁים רַהֲטוֹן, וְעַל כָּל רַהֲטוֹן וְרַהֲטוֹן בָּרָאתִי לוֹ שְׁלֹשִׁים קְרָטוֹן, וְעַל כָּל קְרָטוֹן וּקְרָטוֹן בָּרָאתִי לוֹ שְׁלֹשִׁים גַּסְטְרָא, וְעַל כָּל גַּסְטְרָא וְגַסְטְרָא תָּלִיתִי בּוֹ שְׁלֹשׁ מֵאוֹת וְשִׁשִּׁים וַחֲמִשָּׁה אַלְפֵי רִבּוֹא כּוֹכָבִים כְּנֶגֶד יְמוֹת הַחַמָּה. וְכֻולָּן לֹא בָּרָאתִי אֶלָּא בִּשְׁבִילֵךְ, וְאַתְּ אָמַרְתָּ ״עֲזַבְתָּנִי״ וְ״שְׁכַחְתָּנִי״?!

Le Saint béni soit-Il lui a dit : ma fille, j'ai créé douze constellations au firmament, et sur chaque constellation j'ai créé trente hayil (corps d'armée), et sur chaque hayil j'ai créé trente ligyon (légions), et sur chaque ligyon j'ai créé trente rahaton, et sur chaque rahaton j'ai créé trente karton, et sur chaque karton j'ai créé trente gastera, et sur chaque gastera j'ai suspendu trois cent soixante-cinq mille myriades d'étoiles, correspondant aux jours de l'année solaire. Et tous, je ne les ai créés que pour toi — et toi tu dis « Tu m'as abandonnée » et « Tu m'as oubliée » ?!

📜 Rachi (2)
שְׁלֹשִׁים חַיִל רָאשֵׁי גְּייָסוֹת וְחַבּוּרוֹת חֲלוּקוֹת:
Trente hayil : des chefs de troupes et des compagnies distinctes.
לִגְיוֹן וּקְרָטוֹן וְגִסְטְרָא שֵׁמוֹת שֶׁל שְׂרָרָה כְּגוֹן שִׁלְטוֹן וְהֶגְמוֹן וְדֻוכָּס וּפֶּחָה:
Ligyon, karton et gastera : des titres de commandement, comme chilton, hegmon, doukas et pe'ha (gouverneur).
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּתֵּי, שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה מַזָּלוֹת בָּרָאתִי בָּרָקִיעַ וְעַל כָּל מַזָּל וּמַזָּל בָּרָאתִי לוֹ שְׁלֹשִׁים חַיִל. מַקְשִׁים בְּשֵׁם הָרַב בִּינָה לְעִתִּים זַ"ל אֵיזֶה מוֹפֵת יֵשׁ בִּדְבָרִים אֵלּוּ שֶׁמַּזְכִּיר כָּאן דְּמֻוכְרָח שֶׁלֹּא יִהְיוּ יִשְׂרָאֵל נִשְׁכָּחִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּצָרִיךְ לְהָבִין מַה טַעַם יֵשׁ בְּמִסְפַּר הי"ב [12] שֶׁעָשָׂה בַּמַּזָּלוֹת, וּמַה טַעַם יֵשׁ בְּמִסְפַּר הַשְּׁלֹשִׁים [30] שֶׁעָשָׂה בִּמְמֻונִּים שֶׁעֲלֵיהֶם, וְהִנֵּה מִסְפַּר י"ב מַזָּלוֹת כָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים שֶׁהֵם כְּנֶגֶד י"ב שְׁבָטִים, אַךְ מַה שֶׁעָשָׂה מִסְפַּר שְׁלֹשִׁים בְּכַמָּה מִינֵי מְמֻונִּים שֶׁעֲלֵיהֶם, נִרְאֶה זֶה הַמִּסְפָּר הוּא כְּנֶגֶד דּוֹרוֹת שֶׁאֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם, דְּאָז לָא פָּחֵית עָלְמָא מִתְּלָתִין צַדִּיקִים כַּאֲשֶׁר הִבְטִיחַ הקב"ה כֵּן לְאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית יח, יח) וְאַבְרָהָם הָיוֹ יִהְיֶה לְגוֹי גָּדוֹל, יִהְיֶה [30] בְּגֵימַטְרְיָא תְּלָתִין, וּכְנֶגְדָּן עָשָׂה הַמְמֻונִּים כֻּולָּם שְׁלוֹשִׁים שְׁלוֹשִׁים. נִמְצָא לְפִי זֶה מִסְפַּר י"ב עֲשָׂאוֹ כְּנֶגֶד זְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם דְּכֻולָּם צַדִּיקִים, אַךְ מִסְפַּר שְׁלוֹשִׁים שֶׁעֲשָׂאוֹ בְּכַמָּה מִינֵי מְמֻונִּים שֶׁעַל הַמַּזָּלוֹת, עֲשָׂאוֹ כְּנֶגֶד תְּלָתִין צַדִּיקִין שֶׁהֵם עוֹמְדִים בִּזְמַן שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם, וְאִם כֵּן מִכָּאן יֵשׁ הוֹכָחָה דְּאֵין הקב"ה שׁוֹכֵחַ אֶת יִשְׂרָאֵל, דְּגַם עַל זְמַן שֶׁאֵינָם עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ עָשָׂה רֶמֶז לְמַעְלָה בִּבְרִיאַת הַמְמֻונִּים אֲשֶׁר עַל הַמַּזָּלוֹת, וְנֶאֱמַר מָשָׁל עַל זֶה שֶׁהוּבָא בְּאֹהֶל יַעֲקֹב פָּרָשַׁת כִּי תִשָּׂא בְּעִנְיָן אַחֵר, וְהוּא לְעָשִׁיר שֶׁהָיָה לוֹ בֶּן אֱוִיל, וְרָאָה בְּאִצְטַגְנִינוּת שֶׁבְּנוֹ וְגַם בָּנָיו אַחֲרָיו יִהְיוּ אֶבְיוֹנִים דַּלִּים וְרֵקִים, כִּי אֵין לָהֶם מַזָּל טוֹב, וְהֵבִין בָּזֶה דְּוַדַּאי עָושְׁרוֹ יִתְאַבֵּד מִיַּד בְּנוֹ, וְיִשָּׁאֲרוּ בְּנוֹ וּבְנֵי בְּנוֹ כַּעֲנִיִּים מְרוּדִים שֶׁאֵין לָהֶם אֲפִילּוּ בֶּגֶד לִלְבֹּושׁ, לָכֵן עָלָה בְּדַעְתּוֹ לְהָכִין לָהֶם מֵעַתָּה בְּגָדִים אֲשֶׁר יַעַמְדוּ יָמִים רַבִּים שֶׁיַּסְפִּיקוּ לִבְנוֹ וְלִבְנֵי בְּנוֹ, וַיְצַו אֶת הָאוֹרְגִים לֶאֱרֹוג לוֹ מַלְבּוּשִׁים מֵחוּטִים חֲזָקִים מְאֹד, וְיַעֲשׂוּ הָאֲרִיגָה חֲזָקָה וְעָבֶה, כְּדֵי שֶׁאֲפִילּוּ אִם יִלְבָּשָׁם הָאָדָם שִׁבְעִים שָׁנָה לֹא יִתְבַּלּוּ, וְכֵן עָשׂוּ לוֹ, אַחַר כָּךְ הֵבִיא תּוֹפֵר אֻומָּן לְתַקֵּן אוֹתָם בְּגָדִים לִבְנוֹ וּלְתָפְרָם לוֹ, כִּי בְּנוֹ עֲדַיִין לֹא הוֹלִיד בָּנִים, וְיָבֹא הָאֻומָּן וַיִּקַּח תְּחִלָּה מִדַּת קוֹמַת בְּנוֹ בְּחוּט אֶחָד כְּדֵי לַחְתֹּוךְ הַבְּגָדִים עַל פִּי מִידָּתוֹ, וְיִגְעַר בּוֹ הֶעָשִׁיר וְיֹאמַר לַעֲשׂוֹתָם אֲרֻוכִּים יוֹתֵר מִמִּידַּת בְּנוֹ, וְאָז כְּשֶׁיִּרְצֶה בְּנוֹ לְלָבְשָׁם, יִכְפֹּול מְעַט עַל יְדֵי תְּפִירָה לְקַצְּרָם שֶׁיִּהְיוּ כְּמִידָּתוֹ, וְיֹאמַר הָאֻומָּן לָמָּה תַּנִּיחַ הַרְוָוחָה כָּל כָּךְ בְּאֹורֶךְ הַבֶּגֶד בְּחִינָּם וּתְקַצְּרֵם אַחַר כָּךְ, וַהֲלֹא בִּנְךָ אִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּתְאָרֵךְ עוֹד שֶׁכְּבָר הוּא בֶּן כ"ה שָׁנָה, אָמַר לוֹ אֵין אֲנִי עוֹשֶׂה בְּגָדִים אֵלּוּ לְצֹורֶךְ הַבֵּן דַּוְקָא אֶלָּא גַּם בִּשְׁבִיל בָּנָיו אֲשֶׁר יוֹלִיד אַחֲרֵי זֶה, וְשֶׁמָּא יוֹלִיד בָּנִים אֲרֻוכִּים הַרְבֵּה יוֹתֵר מִמֶּנּוּ, עַל כֵּן הַמָּשָׁל בְּשִׁינּוּי קְצָת, וְכֵן הַנִּמְשָׁל כָּאן מֵאַחַר שֶׁמָּצִינוּ שֶׁלֹּא עָשָׂה הַבְּרִיאָה עַל פִּי מִדַּת דּוֹרוֹת הַצַּדִּיקִים בִּלְבַד, כִּי לֹא עָשָׂה גַּם הַמְמֻונִּים י"ב י"ב כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה בַּמַּזָּלוֹת, אֶלָּא עֲשָׂאָם שְׁלֹשִׁים שְׁלֹשִׁים עַל פִּי מִדַּת דּוֹרוֹת הַחֲסֵרִים שֶׁאֵין בָּהֶם אֶלָּא רַק תְּלָתִין צַדִּיקִים, מִזֶּה מוּכָח שֶׁגַּם דּוֹרוֹת אֵלּוּ הֵם חֲשׁוּבֵין בְּעֵינָיו וְלֹא מוֹאֵס בָּהֶם, וְאֵיךְ יִשְׁכָּחֵם עַתָּה.
On objecte, au nom du Rav Bina Le'itim za"l : quelle preuve y a-t-il dans ces paroles qu'il mentionne ici, qui rendrait nécessaire qu'Israël ne soit pas oublié ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut comprendre quelle raison il y a au nombre douze qu'Il a fait pour les constellations, et quelle raison au nombre trente qu'Il a fait pour les préposés qui sont sur elles. Les commentateurs ont écrit que le nombre de douze constellations correspond aux douze tribus ; quant au nombre trente qu'Il a fait pour les diverses sortes de préposés, il semble que ce nombre corresponde aux générations qui n'accomplissent pas la volonté de l'Omniprésent, car alors le monde ne compte pas moins de trente justes, ainsi que le Saint béni soit-Il l'a promis à Avraham notre père, la paix soit sur lui, et comme l'ont dit nos maîtres sur le verset (Genèse 18,18) « et Avraham deviendra assurément une grande nation » : yihye vaut trente en guematria, c'est-à-dire teltin, et c'est en correspondance avec eux qu'Il a fait tous les préposés par trente et trente. Il se trouve d'après cela que le nombre douze correspond au temps où Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent, où tous sont justes, tandis que le nombre trente, qu'Il a fait pour les diverses sortes de préposés sur les constellations, correspond aux trente justes qui subsistent au temps où Israël n'accomplit pas la volonté de l'Omniprésent. Il y a donc de là une preuve que le Saint béni soit-Il n'oublie pas Israël, puisque même pour le temps où ils n'accomplissent pas Sa volonté Il a fait une allusion en haut, dans la création des préposés qui sont sur les constellations. Disons à ce sujet un machal rapporté dans le Ohel Yaakov sur la paracha Ki Tissa, à propos d'autre chose. Un riche avait un fils insensé, et il vit par l'astrologie que son fils, et ses fils après lui, seraient pauvres, indigents et démunis, n'ayant pas de bonne étoile ; il comprit que sa richesse se perdrait dès son fils, et que son fils et les fils de son fils resteraient comme des pauvres dénués, n'ayant même pas de vêtement à mettre. Il lui vint donc à l'esprit de leur préparer dès maintenant des vêtements qui dureraient de longs jours et suffiraient à son fils et aux fils de son fils. Il ordonna aux tisserands de lui tisser des vêtements avec des fils très solides, et de faire un tissage épais et résistant, de sorte que même si un homme les portait soixante-dix ans ils ne s'useraient pas ; et ils firent ainsi pour lui. Il amena ensuite un tailleur habile pour ajuster ces vêtements à son fils et les lui coudre, car son fils n'avait pas encore engendré d'enfants. L'artisan vint et prit d'abord, avec un fil, la mesure de la taille de son fils, afin de tailler les vêtements à sa mesure ; le riche le rabroua et lui dit de les faire plus longs que la mesure de son fils, de sorte que, lorsque son fils voudrait les porter, il en replierait un peu par une couture pour les raccourcir à sa mesure. L'artisan dit : pourquoi laisser tant d'aisance dans la longueur du vêtement pour rien, et les raccourcir ensuite ? Ton fils ne peut plus grandir, il a déjà vingt-cinq ans ! Il lui dit : je ne fais pas ces vêtements pour les besoins de mon fils seulement, mais aussi pour les fils qu'il engendrera après cela, et peut-être engendrera-t-il des fils bien plus grands que lui. Tel est le machal, avec un léger changement ; et tel est le nimchal ici : puisque nous trouvons qu'Il n'a pas fait la création à la seule mesure des générations de justes — car Il n'a pas fait les préposés douze par douze comme Il a fait pour les constellations, mais Il les a faits trente par trente, à la mesure des générations diminuées où il n'y a que trente justes —, cela prouve que ces générations aussi sont importantes à Ses yeux et qu'Il ne les méprise pas ; comment donc les oublierait-Il maintenant ?
💡 Explication

La réponse est un dénombrement en cascade : six étages de commandement militaire empruntés au vocabulaire romain, puis les étoiles suspendues au dernier étage. Le calcul n'a pas pour objet un chiffre exact ; il répond au grief de l'oubli en montrant que l'ensemble de cette organisation a été faite pour Israël seul.

🖼️ Schéma
La cascade des armées célestes (réponse à Tsion) 12 mazalot constellations 30 hayil corps d'armée 30 ligyon légions 30 rahaton 30 karton 30 gastera 365 000 myriades d'étoiles par gastera Et tous, Je ne les ai créés que pour toi le nombre d'étoiles répond aux jours de l'année solaire Rachi : ligyon, karton, gastera sont des titres de commandement, comme chilton, hegmon, doukas.
Les six étages de la hiérarchie céleste dénombrée par le Saint béni soit-Il en réponse au grief de Tsion.
17
״הֲתִשְׁכַּח אִשָּׁה עוֹלָה״, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: כְּלוּם אֶשְׁכַּח עוֹלוֹת אֵילִים וּפִטְרֵי רְחָמִים שֶׁהִקְרַבְתְּ לְפָנַי בַּמִּדְבָּר?! אָמְרָה לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, הוֹאִיל וְאֵין שִׁכְחָה לִפְנֵי כִּסֵּא כְבוֹדֶךָ, שֶׁמָּא לֹא תִּשְׁכַּח לִי מַעֲשֵׂה הָעֵגֶל? אָמַר לָהּ: ״גַּם אֵלֶּה תִּשְׁכַּחְנָה״.

« Une femme oubliera-t-elle son nourrisson » — le Saint béni soit-Il a dit : oublierais-Je les olot de béliers et les premiers-nés des matrices que tu as offerts devant Moi au désert ?! Elle a dit devant Lui : Maître du monde, puisqu'il n'y a pas d'oubli devant le Trône de Ta gloire, peut-être n'oublieras-Tu pas pour moi l'affaire du Veau ?

Il lui a dit : « celles-là aussi seront oubliées ».

📜 Rachi (2)
עוֹלֶה כְּמוֹ עוֹלוֹת וְקָרְבָּנוֹת:
Ola : comme olot (holocaustes) et sacrifices.
גַּם אֵלֶּה מַעֲשֵׂה הָעֵגֶל שֶׁאָמְרוּ אֵלֶּה אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל (שְׁמוֹת ל״ב:ד׳):
Gam ele : l'affaire du Veau, dont ils ont dit « voici tes dieux, Israël » (Exode 32,4).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: כְּלוּם אֶשְׁכַּח עוֹלוֹת אֵילִים וּפִטְרֵי רְחָמִים שֶׁהִקְרַבְתְּ לְפָנַי בַּמִּדְבָּר. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט שְׁתַּיִם אֵלֶּה טְפֵי מִשְּׁאָר מִצְוֹת שֶׁקִּייְּמוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עוֹלוֹת בָּאִין עַל הִרְהוּר הַלֵּב כַּנּוֹדָע, וּמִזֶּה יֵשׁ הוֹכָחָה כְּשֶׁחוֹטְאִין הֵם אֲנוּסִין מִצַּד הַיֵּצֶר הָרַע , דְּהָא רוֹדְפִין לְבַקֵּשׁ רְפוּאָה וְתִיקּוּן גַּם בַּעֲבוּר הַלֵּב שֶׁאֵין מֵעֲנִישִׁין עָלָיו בָּעוֹלָם הַזֶּה, הֲרֵי מִצִּדָּם הֵם בּוֹחֲרִים בַּטּוֹב וְרוֹדְפִים אַחֲרָיו, וְכֵן מִן פָּטְרִי רַחֲמִים גַּם כֵּן יֵשׁ עֲלֵיהֶם מְלִיצָה טוֹבָה, דְּיָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב יַעֲרוֹת דְּבַשׁ זַ"ל שֶׁכָּל בְּכוֹר יִתְאַחֲזוּ בּוֹ הַחִיצוֹנִים יוֹתֵר, לְכָךְ בֶּן בְּכוֹר צָרִיךְ שְׁמִירָה יוֹתֵר , וּלְכָךְ רֵאשִׁית שָׁלָל הֶחֱרִימוּ, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּשְׁלוּ בּוֹ מִפְּנֵי אֲחִיזַת הַחִיצוֹנִים, וְאַף עַל פִּי כֵן נִכְשַׁל עָכָן, וְלָכֵן צָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הֵיכָא דִּקְדִים בִּשּׁוּלָא, כְּדֵי שֶׁתָּבֹא הַבְּרָכָה וְתִדְחֶה הַחִיצוֹנִים, וְלָכֵן אָמַר לוֹ יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה, (בְּרֵאשִׁית מח, יח) לֹא כֵן אָבִי כִּי זֶה הַבְּכֹר שִׂים יְמִינְךָ עַל רֹאשׁוֹ, כִּי מֵאַחַר שֶׁהוּא בְּכוֹר צָרִיךְ לוֹ שְׁמִירָה יוֹתֵר, לָכֵן תָּשִׂים הַיָּמִין עַל רֹאשׁוֹ, וּלְכָךְ פֶּטֶר רֶחֶם בִּבְהֵמָה קָדוֹשׁ, שֶׁצָּרִיךְ לוֹ שְׁמִירָה בְּזֹאת הַמִּצְוָה וְכַנִּזְכָּר בְּיַעֲרוֹת דְּבַשׁ עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא כַּאֲשֶׁר מְקַייְּמִים פִּטְרֵי רַחֲמִים הֵם מִשְׁתַּדְּלִים לַעֲשׂוֹת שְׁמִירָה לְעַצְמָם מִמַּגָּע וַאֲחִיזַת הַחִיצוֹנִים, וְאָז מִמֵּילָא יִהְיֶה לְיִשְׂרָאֵל סַנֵּיגוֹרְיָיא וְלֹא יִהְיוּ נִשְׁכָּחִים מִזִּכְרוֹן טוֹב לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ.
Il y a lieu d'objecter : pourquoi retenir ces deux-là plus que les autres mitsvot qu'Israël a accomplies au désert ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les olot viennent pour les pensées du cœur, comme on le sait ; et de là il y a une preuve que, lorsqu'ils fautent, ils y sont contraints du fait du yetser hara, puisqu'ils s'empressent de chercher un remède et une réparation même pour le cœur, pour lequel on n'est pas puni en ce monde-ci : de leur côté donc, ils choisissent le bien et le poursuivent. De même, des premiers-nés des matrices il y a aussi pour eux un plaidoyer favorable. On sait ce qu'a écrit le Rav Yaarot Devach za"l : tout premier-né, les hitsonim (forces extérieures) s'y attachent davantage, c'est pourquoi un fils aîné a besoin d'une garde plus grande ; et c'est pourquoi ils ont voué par interdit les prémices du butin, afin qu'on n'y trébuche pas à cause de l'emprise des hitsonim — et malgré cela Akhan a trébuché. C'est pourquoi il faut bénir sur ce qui a mûri en premier, afin que la bénédiction vienne et repousse les hitsonim. Et c'est pourquoi Yossef le juste, la paix soit sur lui, a dit à son père (Genèse 48,18) « pas ainsi, mon père, car celui-ci est l'aîné, pose ta droite sur sa tête » : puisqu'il est l'aîné, il a besoin d'une garde plus grande, pose donc la droite sur sa tête. Et c'est pourquoi le premier-né de la matrice chez l'animal est saint, car il a besoin d'une garde par cette mitsva, comme il est rapporté dans le Yaarot Devach — vois-y. Il se trouve que, lorsqu'ils accomplissent les premiers-nés des matrices, ils s'efforcent de se faire à eux-mêmes une garde contre le contact et l'emprise des hitsonim ; et alors Israël a de ce fait un avocat, et ils ne seront pas oubliés du bon souvenir devant Lui, qu'Il soit béni.
💡 Explication

Le midrach lit ola non comme « nourrisson » mais comme ola, le holocauste, ce que Rachi explicite. La réponse divine devient alors : Je n'oublie pas vos offrandes. Israël retourne aussitôt l'argument : si rien ne s'oublie devant le Trône, la faute du Veau non plus. La réponse joue sur le mot ele, celles-là, qui est précisément le mot prononcé devant le Veau.

18
אָמְרָה לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, הוֹאִיל וְיֵשׁ שִׁכְחָה לִפְנֵי כִּסֵּא כְבוֹדֶךָ, שֶׁמָּא תִּשְׁכַּח לִי מַעֲשֵׂה סִינַי? אָמַר לָהּ: ״וְאָנֹכִי לֹא אֶשְׁכָּחֵךְ״.

Elle a dit devant Lui : Maître du monde, puisqu'il y a de l'oubli devant le Trône de Ta gloire, peut-être oublieras-Tu pour moi l'affaire du Sinaï ? Il lui a dit : « et Moi, Je ne t'oublierai pas ».

19
וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא: מַאי דִכְתִיב ״גַּם אֵלֶּה תִּשְׁכַּחְנָה״ — זֶה מַעֲשֵׂה הָעֵגֶל, ״וְאָנֹכִי לֹא אֶשְׁכָּחֵךְ״ — זֶה מַעֲשֵׂה סִינַי.

Et c'est ce qu'a dit Rabbi Elazar au nom de Rav Ochaya : que signifie ce qui est écrit « celles-là aussi seront oubliées » ? C'est l'affaire du Veau.

« Et Moi, Je ne t'oublierai pas » — c'est l'affaire du Sinaï.

📜 Rachi (1)
וְאָנֹכִי זֶה מַעֲשֵׂה סִינַי שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ אָנֹכִי ה' אֱ-לֹהֶיךָ (שְׁמוֹת כ׳:ב׳):
Et Moi, c'est l'affaire du Sinaï : car il y est dit « Anokhi Hachem ton D.ieu » (Exode 20,2).
💡 Explication

La dernière phrase du verset est distribuée en deux : gam ele tichakhna pour la faute, ve-anokhi lo echkahekh pour la révélation. Le mot anokhi fait le lien, puisqu'il ouvre le Décalogue.

🖼️ Schéma
Le dialogue de l'oubli (Isaie 49, 14-15) Tsion : Il m'a abandonnée et oubliée deux griefs, pas un seul (Rech Lakich) Réponse : les armées et les étoiles toutes créées pour toi seule Rien ne s'oublie devant le Trône ? alors le Veau ne s'oubliera pas non plus gam ele tichakhna celles-là aussi seront oubliées : le Veau Il y a donc de l'oubli devant le Trône ? alors le Sinaï s'oubliera peut-être ve-anokhi lo echkahekh anokhi : le premier mot du Décalogue Chaque objection d'Israël se retourne en un mot du même verset.
Le va-et-vient du midrach : trois griefs de Tsion, trois réponses tirées du verset lui-même.
20
חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת:

« Les hassidim d'autrefois attendaient une heure » :

🪔 Ben Yehoyada (2)
חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת וְכוּ'. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: דְּאָמַר קְרָא: (תְּהִילִּים פ״ד:ה׳) "אַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ". הַדָּבָר הַזֶּה יִפָּלֵא מֵהֵיכָא מַשְׁמַע שָׁעָה אַחַת דִּילְמָא כָּל שֶׁהוּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב בֵּית דָּוִד זַ"ל (בְּסוֹף תְּשׁוּבוֹת אֹורַח חַיִּים בְּשֵׁם תּוֹסֶפְתָּא דִּבְרָכוֹת פֶּרֶק א'), הַשָּׁעָה כ"ד עוֹנוֹת, וְהָעוֹנָה כ"ד עִתִּים, נִמְצֵאת הַשָּׁעָה תקע"ו עִתִּים עַד כָּאן, עַייֵּן שָׁם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מִדְרָשׁ תָּמוּהַּ הֱבִיאוֹ בַּס' פָּרָשַׁת תּוֹלְדוֹת וְזַ"ל (בְּרֵאשִׁית, כה, כא) וַיֶּעְתַּר יִצְחָק לַה' לְנֹכַח אִשְׁתּוֹ, מְלַמֵּד שֶׁהִתְפַּלֵּל בְּעֹושֶׁר עַד כָּאן. וּבָזֶה מוּבָן שַׁפִּיר כִּי הַשָּׁעָה הִיא תקע"ו [576] עִתִּים כְּמִנְיַן עֹושֶׁר [576] , וּבָא לִרְמֹוז שֶׁנָּהַג כְּמִנְהַג הַחֲסִידִים לִשְׁהוֹת שָׁעָה אַחַת קֹודֶם תְּפִילָּה, וּמַפִּיק לָהּ מִדִּכְתִיב לָהּ', רְצוֹנוֹ לוֹמַר הִתְפַּלֵּל כְּמוֹ דִּין, תְּפִילּוֹת שֶׁהֵם לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ, כִּי יָדוּעַ שֶׁתְּפִילּוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ לְהַמְשִׁיךְ מוֹחִין, לְכָךְ שׁוֹהִין שָׁעָה א', וְשָׁעָה א', וְשָׁעָה א', כַּמְפֹורָשׁ הַטַּעַם בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, וְכָאן אָמַר לָהּ' נִרְאֶה יַתִּיר, אַךְ בָּא לוֹמַר שֶׁהִתְפַּלֵּל תְּפִילָּה זוֹ כְּמִשְׁפַּט הַתְּפִילּוֹת שֶׁהֵם לָהּ', רְצוֹנוֹ לוֹמַר לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ שֶׁשּׁוֹהִין בָּם, כֵּן הוּא הִתְפַּלֵּל בְּעֹושֶׁר שֶׁשָּׁהָה שָׁעָה אַחַת. וְהִנֵּה יָדוּעַ שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ הוּא ת"ק [500] אַמָּה כַּנִּזְכָּר בַּמִּשְׁנָה, וּלְפִי זֶה אוֹמְרוֹ יוֹשְׁבֵי בֵּיתֶךָ רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'יוֹשֵׁב שִׁיעוּר בֵּיתְךָ' שֶׁהוּא ת"ך, וְנִרְמְזוּ הַשְּׁאֵרִית שֶׁהֵם ע"ו [76] עִתִּים בְּאוֹתִיּוֹת ע"ו שֶׁל עו ד, וּכְאִלּוּ אָמַר אַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ ע"ו, שֶׁתֶּחְבַּר אוֹתִיּוֹת ע"ו עִם תֵּיבַת בֵּיתִיךְ הַמּוֹרֶה עַל ת"ק וְזֶהוּ תקט"ו [515] שִׁיעוּר שָׁעָה אַחַת, דְּיָלֵיף עַל שָׁעָה שֶׁאַחַר תְּפִילָּה מִפָּסוּק (תְּהִלִּים קמ, יד) יֵשְׁבוּ יְשָׁרִים, גַּם זֶה תָּמוּהַּ מְנָא לַן שָׁעָה אַחַת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד תֵּיבַת יָשְׁבוּ הִיא אוֹתִיּוֹת ש"ב י"ו , וְעִם אוֹתִיּוֹת יְשָׁרִים עוֹלֶה תקע"ו [576] , כִּי יְשָׁרִים תק"ס [560] וְעִם י"ו [16] הוּא תקע"ו [576] , וְהָכִי קָאָמַר 'שָׁב י"ו יְשָׁרִים', מִסְפַּר י"ו וּמִסְפַּר יְשָׁרִים אֶת פָּנֶיךָ. אִי נָמֵי הָכִי קָאָמַר יֵשְׁבוּ יְשָׁרִים אַחַר שֶׁהוֹדוּ לִשְׁמֶךָ, שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּמוֹ שֶׁעָשׂוּ אֶת פָּנֶיךָ שֶׁשָּׁהוּ שָׁעָה אַחַת לִפְנִים. אִי נָמֵי אֶת כִּינּוּי לְמַלְכוּת פָּנֶיךָ כִּינּוּ לַיְּסוֹד וְהִנֵּה נִמְצָא יְסוֹד מַלְכוּת מִסְפַּר תקע"ו [576] , כְּנֶגֶד תקע"ו עִתִּים שֶׁל שָׁעָה אַחַת, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר יֵשְׁבוּ יְשָׁרִים כְּמִסְפַּר הָרָמוּז בִּיסוֹד וּמַלְכוּת שֶׁהֵם אֶת פָּנֶיךָ.
Cette chose est étonnante : d'où ressort-il qu'il s'agit d'une heure, peut-être s'agit-il de n'importe quelle durée ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Rav Beit David za"l (a la fin des responsa sur Orah Haim, au nom de la Tossefta de Berakhot, chapitre 1) : l'heure comprend vingt-quatre ona, et l'ona vingt-quatre et ; il se trouve que l'heure vaut cinq cent soixante-seize et — jusqu'ici, vois-y. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, un midrach étonnant rapporté dans la paracha Toledot, en ces termes : (Genèse 25,21) « et Its'hak implora Hachem en face de sa femme » — cela enseigne qu'il pria dans la richesse (ocher) ; jusqu'ici. Par là cela se comprend bien, car l'heure vaut cinq cent soixante-seize et, comme le compte du mot ocher [576] ; il vient faire allusion à ce qu'il suivit la coutume des hassidim, d'attendre une heure avant la prière. Et il le tire de ce qu'il est écrit « à Hachem », c'est-à-dire qu'il pria selon la règle des prières qui sont pour le besoin d'en haut ; car on sait que ces prières-là, qui sont pour le besoin d'en haut, pour faire descendre les mohin, c'est pour cela qu'on y attend une heure, une heure et une heure, comme la raison en est expliquée dans les paroles de notre maître le Ari za"l. Ici il dit « à Hachem », ce qui paraît superflu ; mais il vient dire qu'il pria cette prière selon la règle des prières qui sont « à Hachem », c'est-à-dire pour le besoin d'en haut, dans lesquelles on attend : ainsi il pria dans la richesse, ayant attendu une heure. On sait aussi que le Temple mesure cinq cents coudées, comme il est rapporté dans la michna ; d'après cela, « ceux qui habitent Ta maison » veut dire « qui siègent la mesure de Ta maison », qui est quatre cent vingt ; et le reste, soixante-seize et, est allusionne dans les lettres ayin-vav du mot od, encore — comme s'il disait « heureux ceux qui habitent Ta maison, ayin-vav », en joignant les lettres ayin-vav au mot « Ta maison » qui indique cinq cents, ce qui fait cinq cent quinze, la mesure d'une heure. Quant à l'heure qui suit la prière, qu'il tire du verset (Psaumes 140,14) « les hommes droits siégeront », cela aussi est étonnant : d'où tenons-nous qu'il s'agit d'une heure ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot yechvou est fait des lettres chin-bet et youd-vav, et qu'avec les lettres de yecharim il monte à cinq cent soixante-seize, car yecharim vaut cinq cent soixante, et avec seize cela fait cinq cent soixante-seize ; et il dit ainsi : « siège seize, hommes droits », le nombre seize et le nombre de yecharim « devant Ta face ». Ou bien il dit ainsi : « les hommes droits siégeront » après avoir rendu grâce à Ton nom, qu'il pria comme ont fait « Ta face », qui ont attendu une heure à l'intérieur. Ou bien encore, et est un surnom de la malkhout et panekha un surnom du yessod ; or yessod et malkhout font le nombre cinq cent soixante-seize, correspondant aux cinq cent soixante-seize et d'une heure — et c'est ce qui est dit « les hommes droits siégeront », selon le nombre allusionne dans le yessod et la malkhout qui sont et panekha.
חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת, וּמִתְפַּלְּלִין שָׁעָה אַחַת, וְחוֹזְרִין וְשׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת. כָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת כִּי זֶהוּ סוֹד מַה שֶׁאָמְרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל עַל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁלֹּא הָיוּ יָדָיו פְּרוּשׂוֹת יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ שָׁעוֹת, וְהַטַּעַם לְפִי שֶׁאֵין כֹּחַ בָּאָדָם לְהַמְשִׁיךְ הַמֹּוחִין יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ שָׁעוֹת, כָּעִנְיָן הַנִּזְכָּר בַּחֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים. וּלְפִי זֶה נִמְצָא בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי הַחֹול מַמְשִׁיכִים הַמֹּוחִין נ"ד שָׁעוֹת תֵּשַׁע שָׁעוֹת בְּכָל יוֹם. וְנִרְאֶה לִי דְּאֶפְשָׁר בָּזֶה מְתַקְּנִים וּמִמִּתְקַיֵּם אֶת אוֹתִיּוֹת ד"ן , דְּשֵׁם א דנ י שֶׁהֵם דִּין גָּמוּר, וּבָזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְרֵי הַתַּנָּא (אָבוֹת פֶּרֶק ד' מִשְׁנָה י') אַל תְּהִי דָּן יְחִידִי, כִּי בְּאֵלּוּ ד"ן [54] שָׁעוֹת טוֹב שֶׁתִּהְיֶה בַּעֲשָׂרָה וְלֹא תִּתְפַּלֵּל יְחִידִי, וְנִרְאֶה לִי בָּזֶה רָמַז הַכָּתוּב (דְּבָרִים יט ג') תָּכִין לְךָ הַדֶּרֶךְ וְשִׁלַּשְׁתָּ אֶת גְּבוּל אַרְצְךָ אֲשֶׁר יַנְחִילְךָ ה' אֱ-לֹהֶיךָ, ודו"ק.
Notre maître za"l a écrit dans le Sefer HaKavanot que c'est là le sod de ce qu'ont dit nos sages sur Moche notre maître, la paix soit sur lui, que ses mains n'étaient pas étendues plus de trois heures ; la raison en est qu'il n'y a pas de force en l'homme pour faire descendre les mohin plus de trois heures, comme dans le cas mentionné des hassidim d'autrefois. D'après cela, il se trouve que durant les six jours de la semaine on fait descendre les mohin cinquante-quatre heures, neuf heures chaque jour. Il me semble qu'il est possible que par là on répare et adoucisse les lettres dalet-noun du Nom A-donay, qui sont un din complet ; et par là il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'expliquent les paroles du tana (Avot 4,10) « ne sois pas juge seul » : car durant ces cinquante-quatre heures il est bon d'être avec dix et de ne pas prier seul. Et il me semble qu'il y a là une allusion du verset (Deut. 19,3) « tu te prépareras le chemin et tu diviseras en trois le territoire de ton pays que Hachem ton D.ieu te donne en héritage » — examine bien.
⚖️ Rosh (1)
חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת וּמִתְפַּלְּלִין כְּדֵי שֶׁיְּכַווְּנוּ אֶת לִבָּם לַמָּקוֹם מנה"מ אַרִיבָּ"ל אָמַר קְרָא אַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ וְאַרִיבָּ"ל הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיִּשְׁהֶה שָׁעָה אַחַת קֹודֶם תְּפִלָּתוֹ וְשָׁעָה אַחַת אַחַר תְּפִלָּתוֹ קֹודֶם תְּפִלָּתוֹ מִנַּיִן שֶׁנֶּאֱמַר אַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ אַחַר תְּפִלָּתוֹ מִנַּיִן שֶׁנֶּאֱמַר אַךְ צַדִּיקִים יוֹדוּ לִשְׁמֶךָ יֵשְׁבוּ יְשָׁרִים אֶת פָּנֶיךָ:
« Les hassidim d'autrefois attendaient une heure et priaient », afin de diriger leur cœur vers l'Omniprésent. D'où ces choses ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : le verset dit « heureux ceux qui habitent Ta maison ». Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui prie doit attendre une heure avant sa prière et une heure après sa prière. Avant sa prière, d'où ? Ainsi qu'il est dit « heureux ceux qui habitent Ta maison ». Après sa prière, d'où ? Ainsi qu'il est dit « certes les justes rendront grâce à Ton nom, les hommes droits siégeront devant Ta face ».
💡 Explication

Retour à la michna du début du chapitre. La guemara va chercher la source de cette attente d'une heure avant la prière, puis d'une heure après, et enfin évaluer le coût quotidien de cet usage.

21
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, אֲמַר קְרָא: ״אַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ״.

D'où ces choses ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : le verset dit « heureux ceux qui habitent Ta maison ».

📜 Rachi (1)
יוֹשְׁבֵי בֵּיתֶךָ וַהֲדַר יְהַלְלוּךָ:
Ceux qui habitent Ta maison : et ensuite « ils Te loueront encore ».
22
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ לִשְׁהוֹת שָׁעָה אַחַת אַחַר תְּפִלָּתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַךְ צַדִּיקִים יוֹדוּ לִשְׁמֶךָ יֵשְׁבוּ יְשָׁרִים אֶת פָּנֶיךָ״.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui prie doit attendre une heure après sa prière, ainsi qu'il est dit « certes les justes rendront grâce à Ton nom, les hommes droits siégeront devant Ta face ».

📜 Rachi (1)
יוֹדוּ לְשִׁמְךָ וַהֲדַר יֵשְׁבוּ יְשָׁרִים אֶת פָּנֶיךָ:
Rendront grâce à Ton nom : et ensuite « les hommes droits siégeront devant Ta face ».
23
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיִּשְׁהֶא שָׁעָה אַחַת קֹודֶם תְּפִלָּתוֹ, וְשָׁעָה אַחַת אַחַר תְּפִלָּתוֹ. קֹודֶם תְּפִלָּתוֹ, מִנַּיִן? שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ״. לְאַחַר תְּפִלָּתוֹ מִנַּיִן? — דִּכְתִיב: ״אַךְ צַדִּיקִים יוֹדוּ לִשְׁמֶךָ יֵשְׁבוּ יְשָׁרִים אֶת פָּנֶיךָ״.

Il a été enseigné ainsi également : celui qui prie doit attendre une heure avant sa prière et une heure après sa prière. Avant sa prière, d'où le sait-on ?

Ainsi qu'il est dit « heureux ceux qui habitent Ta maison ». Après sa prière, d'où le sait-on ?

Comme il est écrit « certes les justes rendront grâce à Ton nom, les hommes droits siégeront devant Ta face ».

🗂️ Tossefot (1)
קֹודֶם תְּפִלָּתוֹ מִנַּיִן שְׁנָא' אַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ וּלְפִיכָךְ תִּקְּנוּ לוֹמַר זֶה הַפָּסוּק קֹודֶם תְּהִלָּה לְדָוִד לְאַפּוֹקֵי מְהַנֵּהוּ דְּאָמְרִי אַשְׁרֵי הַרְבֵּה:
Avant sa prière, d'où ? Ainsi qu'il est dit « heureux ceux qui habitent Ta maison » : c'est pourquoi on a institué de dire ce verset avant Tehila léDavid, à l'exclusion de ceux qui disent Achré plusieurs fois.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר ר' אֶלְעָזָר כָּל הָאוֹמֵר תְּהִלָּה לְדָוִד בְּכָל יוֹם מֻובְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא. מַה שֶׁאָנוּ פּוֹתְחִין בְּאַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי מִשּׁוּם דְּמִנֵּיהּ נָפְקָא לָן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לב:) צָרִיךְ אָדָם שֶׁיִּשְׁהֶה שָׁעָה אַחַת קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל. וְגַם מְסַייְּמִין וַאֲנַחְנוּ נְבָרֵךְ יָהּ כְּדֵי שֶׁיְּסַייֵּם בְּהַלְלוּיָהּ. אָמַר רִיבָּ"ל אַף עַל פִּי שֶׁקָּרָא אָדָם קְרִיאַת שְׁמַע בְּבֵית הַכְּנֶסֶת מִצְוָה לִקְרוֹתָהּ עַל מִטָּתוֹ. וְדַוְקָא פָּרָשָׁה רִאשׁוֹנָה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק הָרוֹאֶה (בְּרָכוֹת דַּף ס:):
Rabbi Elazar a dit : quiconque dit Tehila léDavid chaque jour a l'assurance d'être fils du monde à venir. Si nous ouvrons par « heureux ceux qui habitent », c'est parce que c'est de là que nous tirons plus loin (Berakhot 32b) qu'un homme doit attendre une heure avant de prier. Et nous concluons aussi par « et nous, nous bénirons Y-ah », afin d'achever par Halelouya. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : bien qu'un homme ait lu le Chema à la synagogue, c'est une mitsva de le lire sur son lit ; et cela vise précisément le premier passage, comme il est dit au chapitre Haroé (Berakhot 60b).
💡 Explication

Tossefot tire de cette baraita une conséquence sur le siddour : le verset Achré yochvé vetékha a été placé en tête de Tehila léDavid parce qu'il est la source de l'attente avant la prière. Un seul verset suffit à cette fonction.

24
תָּנוּ רַבָּנַן: חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת, וּמִתְפַּלְּלִין שָׁעָה אַחַת, וְחוֹזְרִין וְשׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת. וְכִי מֵאַחַר שֶׁשּׁוֹהִין תֵּשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם בִּתְפִלָּה, תּוֹרָתָן הֵיאַךְ מִשְׁתַּמֶּרֶת, וּמְלַאכְתָּם הֵיאַךְ נַעֲשֵׂית?

Nos maîtres ont enseigné : les hassidim d'autrefois attendaient une heure, priaient une heure, et attendaient encore une heure. Et puisqu'ils attendent neuf heures par jour pour la prière, comment leur Tora se conserve-t-elle, et comment leur travail se fait-il ?

📜 Rachi (1)
תֵּשַׁע שָׁעוֹת לְשָׁלֹשׁ תְּפִלּוֹת:
Neuf heures : pour les trois prières.
🪔 Ben Yehoyada (2)
חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת, וּמִתְפַּלְּלִין שָׁעָה אַחַת, וְחוֹזְרִין וְשׁוֹהִין שָׁעָה אַחַת. כָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת כִּי זֶהוּ סוֹד מַה שֶׁאָמְרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל עַל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁלֹּא הָיוּ יָדָיו פְּרוּשׂוֹת יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ שָׁעוֹת, וְהַטַּעַם לְפִי שֶׁאֵין כֹּחַ בָּאָדָם לְהַמְשִׁיךְ הַמֹּוחִין יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ שָׁעוֹת, כָּעִנְיָן הַנִּזְכָּר בַּחֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים. וּלְפִי זֶה נִמְצָא בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי הַחֹול מַמְשִׁיכִים הַמֹּוחִין נ"ד שָׁעוֹת תֵּשַׁע שָׁעוֹת בְּכָל יוֹם. וְנִרְאֶה לִי דְּאֶפְשָׁר בָּזֶה מְתַקְּנִים וּמִמִּתְקַיֵּם אֶת אוֹתִיּוֹת ד"ן , דְּשֵׁם א דנ י שֶׁהֵם דִּין גָּמוּר, וּבָזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְרֵי הַתַּנָּא (אָבוֹת פֶּרֶק ד' מִשְׁנָה י') אַל תְּהִי דָּן יְחִידִי, כִּי בְּאֵלּוּ ד"ן [54] שָׁעוֹת טוֹב שֶׁתִּהְיֶה בַּעֲשָׂרָה וְלֹא תִּתְפַּלֵּל יְחִידִי, וְנִרְאֶה לִי בָּזֶה רָמַז הַכָּתוּב (דְּבָרִים יט ג') תָּכִין לְךָ הַדֶּרֶךְ וְשִׁלַּשְׁתָּ אֶת גְּבוּל אַרְצְךָ אֲשֶׁר יַנְחִילְךָ ה' אֱ-לֹהֶיךָ, ודו"ק.
Notre maître za"l a écrit dans le Sefer HaKavanot que c'est là le sod de ce qu'ont dit nos sages sur Moche notre maître, la paix soit sur lui, que ses mains n'étaient pas étendues plus de trois heures ; la raison en est qu'il n'y a pas de force en l'homme pour faire descendre les mohin plus de trois heures, comme dans le cas mentionné des hassidim d'autrefois. D'après cela, il se trouve que durant les six jours de la semaine on fait descendre les mohin cinquante-quatre heures, neuf heures chaque jour. Il me semble qu'il est possible que par là on répare et adoucisse les lettres dalet-noun du Nom A-donay, qui sont un din complet ; et par là il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'expliquent les paroles du tana (Avot 4,10) « ne sois pas juge seul » : car durant ces cinquante-quatre heures il est bon d'être avec dix et de ne pas prier seul. Et il me semble qu'il y a là une allusion du verset (Deut. 19,3) « tu te prépareras le chemin et tu diviseras en trois le territoire de ton pays que Hachem ton D.ieu te donne en héritage » — examine bien.
וְכִי מֵאַחַר שֶׁשּׁוֹהִין תֵּשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם לִתְפִלָּה, תּוֹרָתָן הֵיאַךְ מִשְׁתַּמֶּרֶת? פֵּירֵשׁ בִּשְׁלָמָא לִמּוּדָם הָיָה קֹודֶם שֶׁנָּהֲגוּ בַּחֲסִידוּת זוֹ, שֶׁאַחַר שֶׁלָּמְדוּ כָּל דָּבָר אָז נָהֲגוּ בְּכָךְ, אַךְ הַקֻּושְׁיָא כֵּיוָן דְּאֵין לָהֶם זְמַן הַרְבֵּה בַּיּוֹם שֶׁיַּחְזְרוּ עַל לִימּוּדָם, וְגַם שֶׁיַּעַסְקוּ בִּמְלַאכְתָּם, אֵיךְ יִשְׁתַּמֵּר הַלִּימּוּד בְּקִרְבָּם וְאֵיךְ נַעֲשֵׂית מְלַאכְתָּם.
Il a expliqué : soit, leur étude avait lieu avant qu'ils ne prennent cette conduite de hassidout, car c'est après avoir tout étudié qu'ils ont adopté cet usage ; mais la question est que, puisqu'ils n'ont pas beaucoup de temps dans la journée pour revoir leur étude et s'occuper aussi de leur travail, comment l'étude se conserve-t-elle en eux et comment leur travail se fait-il ?
💡 Explication

Le calcul est simple : trois heures par prière, trois prières par jour, soit neuf heures. La question porte sur les deux autres obligations de la vie, la révision de l'étude et le gagne-pain, qui figuraient déjà dans la liste des quatre choses ayant besoin d'affermissement plus haut dans le folio.

🖼️ Schéma
Les neuf heures des hassidim d'autrefois trois heures par prière, trois prières par jour attendre 1 heure prier 1 heure attendre 1 heure x 3 (chaharit, minha, arvit) = 9 heures par jour La question quand revoir la Tora ? quand travailler ? La réponse étant hassidim : Tora conservée, travail béni
Le coût quotidien de l'usage des hassidim d'autrefois, la difficulté qu'il soulève et la réponse de la baraita.
25
אֶלָּא מִתּוֹךְ שֶׁחֲסִידִים הֵם — תּוֹרָתָם מִשְׁתַּמֶּרֶת, וּמְלַאכְתָּן מִתְבָּרֶכֶת.

Mais, du fait qu'ils sont hassidim, leur Tora se conserve et leur travail est béni.

📜 Rachi (1)
תּוֹרָתָם מִשְׁתַּמֶּרֶת בְּתוֹךְ לִבָּם שֶׁאֵין תַּלְמוּדָם מִשְׁתַּכֵּחַ:
Leur Tora se conserve : à l'intérieur de leur cœur, de sorte que leur étude ne s'oublie pas.
26
אֲפִילּוּ הַמֶּלֶךְ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ לֹא יְשִׁיבֶנּוּ.

« Même si le roi le salue, il ne lui répondra pas. »

⚖️ Rosh (1)
אַפֵּי' הַמֶּלֶךְ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ לֹא יְשִׁיבֶנּוּ אָמַר רַב יוֹסֵף לֹא שָׁנוּ אֶלָּא מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל אֲבָל מַלְכֵי עַכּוּ"ם פּוֹסֵק מֵיתִיבִי רָאָה אַנָּס בָּא כְּנֶגְדּוֹ רָאָה טַפְסָר בָּא כְּנֶגְדּוֹ לֹא יְהֵא מַפְסִיק כְּנֶגְדּוֹ אֶלָּא מְקַצֵּר וְעוֹלֶה לָא קַשְׁיָא הָא דְּאֶפְשָׁר לְקַצֵּר וְהָא דְּלָא אֶפְשָׁר לְקַצֵּר: יְרוּשַׁלְמִי הָיָה עוֹמֵד וּמִתְפַּלֵּל בִּסְרַטְיָא אוֹ בִּפְלַטְיָא הֲרֵי זֶה מַעֲבִיר מִפְּנֵי הַחֲמוֹר וּמִפְּנֵי הַקָּרוֹן בִּלְבַד שֶׁלֹּא יַפְסִיק אֶת תְּפִלָּתוֹ מַשְׁמַע הֵיכָא שֶׁיָּכוֹל לְהִנָּצֵל כְּשֶׁיִּתְרַחֵק לְצַד אַחֵר אֵין לוֹ לְהַפְסִיק וּלְדַבֵּר אֲבָל מַלְכֵי עַכּוּ"ם צָרִיךְ לִפְסֹוק כְּדֵי לְהָשִׁיב לָהֶם שָׁלוֹם וְאִם מִתְּחִלָּה הָיָה יָכוֹל לְהִתְרַחֵק לְצַד אַחֵר וְיִנָּצֵל בָּזֶה יִתְרַחֵק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ לְהַפְסִיק בְּדִבּוּר:
« Même si le roi le salue, il ne lui répondra pas. » Rav Yossef a dit : on n'a enseigné cela qu'à l'égard des rois d'Israël ; mais à l'égard des rois des nations, il interrompt. On objecte : s'il a vu un homme violent venir vers lui, s'il a vu un tafsar (officier) venir vers lui, il ne doit pas interrompre devant lui, mais abréger et s'écarter. Il n'y a pas de difficulté : ici, là où il est possible d'abréger ; là, là où il est impossible d'abréger. Yerouchalmi : s'il se tenait en prière sur une voie large ou sur une place publique, il se déplace à cause de l'âne et à cause du chariot seulement, à condition de ne pas interrompre sa prière. Cela indique que, là où il peut se sauver en s'écartant d'un autre côté, il n'a pas à interrompre ni à parler ; mais devant les rois des nations, il doit interrompre afin de leur rendre leur salut. Et si dès le début il pouvait s'écarter d'un autre côté et se sauver ainsi, qu'il s'écarte, afin de n'avoir pas à interrompre par la parole.
27
אָמַר רַב יוֹסֵף, לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְמַלְכֵי יִשְׂרָאֵל, אֲבָל לְמַלְכֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם — פּוֹסֵק.

Rav Yossef a dit : on n'a enseigné cela qu'à l'égard des rois d'Israël ; mais à l'égard des rois des nations du monde, il interrompt.

📜 Rachi (1)
אֲבָל לְמַלְכֵי עַכּוּ"ם פּוֹסֵק שֶׁלֹּא יַהַרְגֶנּוּ:
Mais à l'égard des rois des nations, il interrompt : pour qu'il ne le tue pas.
💡 Explication

La distinction est fondée sur le danger. Un roi d'Israël comprend qu'un homme en pleine amida ne lui manque pas de respect ; un roi étranger peut le prendre pour un affront et tuer. Le principe général de pikoua'h nefech reprend alors ses droits.

28
מֵיתִיבִי: הַמִּתְפַּלֵּל וְרָאָה אַנָּס בָּא כְּנֶגְדּוֹ, רָאָה קָרוֹן בָּא כְּנֶגְדּוֹ — לֹא יְהֵא מַפְסִיק, אֶלָּא מְקַצֵּר וְעוֹלֶה!

On objecte : celui qui prie et a vu un homme violent venir vers lui, ou a vu un chariot venir vers lui, ne doit pas interrompre, mais abréger et s'écarter.

29
לָא קַשְׁיָא, הָא דְּאֶפְשָׁר לְקַצֵּר (יְקַצֵּר. וְאִם לָאו — פּוֹסֵק).

Il n'y a pas de difficulté : ici, là où il est possible d'abréger (il abrège ; et sinon, il interrompt).

📜 Rachi (1)
הָא דְּאֶפְשָׁר בְּקִצּוּר כְּגוֹן שֶׁסָּמוּךְ לִגְמֹור תְּפִלָּתוֹ:
Ici, là où il est possible d'abréger : par exemple lorsqu'il est proche d'achever sa prière.
💡 Explication

Le critère retenu par la guemara ne porte ni sur l'identité de celui qui approche ni sur la gravité du danger, mais sur le temps qui reste. Rachi précise le cas visée : celui qui touche à la fin de son amida peut l'achever en abrégeant.

30
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ. בָּא הֶגְמוֹן אֶחָד וְנָתַן לוֹ שָׁלוֹם, וְלֹא הֶחְזִיר לוֹ שָׁלוֹם. הִמְתִּין לוֹ עַד שֶׁסִּיֵּים תְּפִלָּתוֹ. לְאַחַר שֶׁסִּייֵּם תְּפִלָּתוֹ, אָמַר לוֹ: רֵיקָא, וַהֲלֹא כָּתוּב בְּתוֹרַתְכֶם ״רַק הִשָּׁמֶר לְךָ וּשְׁמֹר נַפְשְׁךָ״, וּכְתִיב ״וְנִשְׁמַרְתֶּם מְאֹד לְנַפְשֹׁתֵיכֶם״. כְּשֶׁנָּתַתִּי לְךָ שָׁלוֹם לָמָּה לֹא הֶחְזַרְתָּ לִי שָׁלוֹם? אִם הָיִיתִי חוֹתֵךְ רֹאשְׁךָ בְּסַיִיף, מִי הָיָה תּוֹבֵעַ אֶת דָּמְךָ מִיָּדִי?!

Nos maîtres ont enseigné : il est arrivé qu'un hassid priait en chemin. Un hegmon (officier) est venu et l'a salué, et il ne lui a pas rendu son salut.

Il l'a attendu jusqu'à ce qu'il achève sa prière. Après qu'il eut achevé sa prière, il lui a dit : vaurien !

N'est-il pas écrit dans votre Tora « seulement prends garde à toi et garde bien ton âme », et il est écrit « et vous garderez bien vos âmes » ? Quand je t'ai salué, pourquoi ne m'as-tu pas rendu mon salut ?

Si je t'avais tranché la tête au glaive, qui aurait réclamé ton sang de ma main ?!

🪔 Ben Yehoyada (5)
מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ, וּבָא הֶגְמוֹן אֶחָד וְנָתַן לוֹ שָׁלוֹם וְלֹא הֶחְזִיר לוֹ שָׁלוֹם. הָא דְּסִיכֵּן עַצְמוֹ וְלֹא חָשׁ לִקְרָאֵי (דְּבָרִים ד' ט') הִשָּׁמֶר לְךָ וּשְׁמֹר נַפְשְׁךָ מְאֹד וְכוּ׳ וְנִשְׁמַרְתֶּם מְאֹד לְנַפְשֹׁתֵיכֶם הַייְנוּ שֶׁחָשַׁב אֶחָד מֵעַמָּא דְּאַרְעָא הוּא, אוֹ חָשַׁב שֶׁהוּא יְהוּדִי. אִי נָמֵי הָיָה טָרוּד בִּתְפִילָּה וְלֹא שָׁמַע שֶׁנָּתַן שָׁלוֹם, וְאַחַר שֶׁהוֹכִיחוֹ חָשַׁב אִם יֹאמַר לֹא שָׁמַעְתִּי לֹא יַאֲמִין, לְכָךְ פִּיְּיסוֹ בְּדָבָר אַחֵר.
Quant au fait qu'il s'est mis en danger et n'a pas tenu compte des versets (Deut. 4,9) « prends garde à toi et garde bien ton âme » etc. et « vous garderez bien vos âmes » : c'est qu'il pensait qu'il s'agissait d'un homme du commun du pays, ou bien il pensait que c'était un Juif. Ou bien il était absorbé dans la prière et n'a pas entendu qu'il l'avait salué ; et après que celui-ci l'eut réprimandé, il pensa que s'il disait « je n'ai pas entendu » on ne le croirait pas, c'est pourquoi il l'apaisa par autre chose.
הִמְתִּין לוֹ עַד שֶׁסִּיֵּם תְּפִלָּתוֹ. לְאַחַר שֶׁסִּיֵּם תְּפִלָּתוֹ אָמַר לוֹ: רֵיקָא. נִרְאֶה לִי קְרָאוֹ כֵּן לוֹמַר, אַתָּה יֵשׁ לְךָ דִּין מְאַבֵּד עַצְמוֹ לְדַעַת, וּבָזֶה נַעֲשֵׂית רֵיקָם מִן מִצְוֹת שֶׁלְּךָ, כְּדִין מְאַבֵּד עַצְמוֹ לְדַעַת. אִי נָמֵי, אִם יִהְיֶה לְךָ נֵס עַתָּה שֶׁלֹּא אֶהֱרֹוג אוֹתְךָ הֲרֵי זֶה נֵס גָּדוֹל, וְנִמְצֵאתָ רֵיקָן מִזְּכֵיוֹתֶךָ שֶׁמְּנַכִּין לְךָ הַרְבֵּה בַּעֲבוּר הַנֵּס.
Il me semble qu'il l'a appelé ainsi pour dire : tu as le statut de celui qui se détruit lui-même volontairement, et par là tu deviens vide de tes mitsvot, selon la règle de celui qui se détruit volontairement. Ou bien : s'il t'arrive maintenant un miracle et que je ne te tue pas, ce sera un grand miracle, et tu te trouveras vide de tes mérites, car on t'en décompte beaucoup pour le miracle.
וַהֲלֹא כָּתוּב בְּתוֹרַתְכֶם: רַק הִשָּׁמֶר לְךָ וּשְׁמֹר נַפְשְׁךָ מְאֹד וְכוּ׳ וּכְתִיב: וְנִשְׁמַרְתֶּם? קַשָּׁא לָמָּה הֵבִיא שְׁנֵי פְּסוּקִים דַּי לוֹ בְּאֶחָד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בָּחַר לְהָבִיא פָּסוּק רַק הִשָּׁמֶר כִּי הוּא רִאשׁוֹן, אַךְ אָמַר לוֹ אִם תֹּאמַר זֶה בְּיָחִיד דְּעָלְמָא מְדַבֵּר, אֲבָל אָדָם גָּדוֹל שֶׁהוּא יָחִיד בְּדוֹרוֹ נְפִישׁ זָכוּתֵיהּ וְאֵין לוֹ לָחוּשׁ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא עַל רַבִּי חֲנִינָא דְּלָא חָשׁ לִכְשָׁפִים, שָׁאנֵי רַבִּי חֲנִינָא דִּנְפִישׁ זְכוּתֵיהּ טוּבָא, לְכָךְ הֵבִיא לוֹ פָּסוּק וְנִשְׁמַרְתֶּם דְּאַייְּרִי בְּרַבִּים, וּבְוַדַּאי יָחִיד בְּדוֹרוֹ לֹא עָדִיף מִן רַבִּים.
Il est difficile : pourquoi a-t-il apporte deux versets, un seul lui aurait suffi ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a choisi d'apporter le verset « seulement prends garde » parce qu'il est le premier ; puis il lui a dit : si tu objectes que celui-là parle d'un homme ordinaire, mais qu'un grand homme, unique en sa génération, a un mérite abondant et n'a pas à craindre — comme il est dit dans la guemara au sujet de Rabbi Hanina, qui ne craignait pas les sortilèges, « Rabbi Hanina est différent, car son mérite est très abondant » —, c'est pourquoi il lui a apporté le verset « et vous garderez », qui parle au pluriel ; et assurément un homme unique en sa génération ne vaut pas plus que la collectivité.
כְּשֶׁנָּתַתִּי לְךָ שָׁלוֹם, לָמָּה לֹא הֶחְזַרְתָּ לִי שָׁלוֹם? קָשֶׁה דַּי לוֹמַר לוֹ לָמָּה לֹא הֶחְזַרְתָּ לִי שָׁלוֹם, דְּכֵיוָן שֶׁאָמַר לָמָּה לֹא הַחְזָרַת מַשְׁמַע דְּנָתַן לוֹ שָׁלוֹם, דְּלָא שַׁיָּיךְ לְשׁוֹן חֲזָרָה אֶלָּא אִם כֵּן נָתַן שָׁלוֹם תְּחִלָּה? וְעוֹד תֵּיבַת לִי נִרְאֶה יַתִּיר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הִגְדִּיל אַשְׁמָתוֹ בִּשְׁתַּיִם, לוֹמַר אֲנִי לֹא נָתַתִּי שָׁלוֹם לַאֲחֵרִים הָעוֹמְדִים סָמוּךְ אֶלָּא רַק לְךָ כִּי כְּבֻדָּתֵיךְ, וְזֶה שֶׁאָמַר כְּשֶׁנָּתַתִּי לְךָ שָׁלוֹם, לְךָ דַּוְקָא, וְלֹא לַאֲחֵרִים, אֵיךְ אַתָּה פָּשַׁעְתָּ כָּל כָּךְ וְהֵקַלְתָּ בִּכְבוֹדִי וְלֹא הַחְזָרַת לִי שָׁלוֹם, וְדִקְדֵּק לוֹמַר לִי, לוֹמַר צָרִיךְ הָיִיתָ לָחוּשׁ לְגַבְרָא רַבָּא וְיַקִּירָא דִּכְוָותִי, כִּי אֵין אֲנִי אָדָם פָּשׁוּט, אֶלָּא שַׂר וְגָדוֹל אֲנִי. וַעֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בְּמַה שֶׁאָמַר וְלֹא הַחְזָרַת לִי שָׁלוֹם, תֵּיבַת 'שָׁלוֹם' יַתִּיר, כֵּיוָן דִּנְקַט שָׁלוֹם קֹודֶם זֶה, וְעָלָה מַהְדַּר בַּחֲזָרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עוֹד הֶאֱשִׁימוּ בְּדָבָר זֶה יוֹתֵר, כִּי מִן הָרָאוּי אָדָם שֶׁנּוֹתְנִים לוֹ שָׁלוֹם צָרִיךְ לְהוֹסִיף בַּחֲזָרָה שֶׁיֹּאמַר שָׁלוֹם בְּרָכָה וְטוֹבָה, אוֹ שָׁלוֹם וּבְרָכָה, וְאַתָּה שֶׁצָּרִיךְ לְהַחֲזִיר לִי בְּכִפְלַיִם, אֲפִילּוּ תֵּיבַת שָׁלוֹם בִּלְבַד בְּלֹא תּוֹסָפוֹת לֹא הַחְזָרַת.
Il est difficile : il aurait suffi de lui dire « pourquoi ne m'as-tu pas rendu mon salut », puisque dire « pourquoi n'as-tu pas rendu » implique déjà qu'il l'avait salué, le terme de restitution ne s'employant que si l'on a d'abord donné le salut ; et de plus le mot « me » paraît superflu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a aggravé sa faute de deux manières, en disant : je n'ai pas salué les autres qui se tenaient à côté, mais toi seul, car je t'ai honoré — c'est ce qu'il dit « quand je t'ai salué », toi précisément et non les autres ; comment as-tu tant manqué et fait si peu de cas de mon honneur, sans me rendre mon salut ? Et il a pris soin de dire « me », pour dire : tu devais tenir compte d'un homme grand et considéré tel que moi, car je suis loin d'être un homme du commun, je suis un prince et un grand. Il reste encore à objecter sur ce qu'il a dit « et tu ne m'as pas rendu le salut » : le mot « salut » paraît superflu, puisqu'il a déjà mentionné le salut auparavant et qu'il y revient par le mot « rendre ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il l'a accusé en cela plus encore : car il convient qu'un homme que l'on salue ajoute en retour, en disant « paix, bénédiction et bien », ou « paix et bénédiction » ; et toi, qui devais me rendre au double, même le seul mot « paix », sans aucun ajout, tu ne me l'as pas rendu.
אִם הָיִיתִי חוֹתֵךְ רֹאשְׁךָ בְּסַיִף, מִי הָיָה תּוֹבֵעַ אֶת דָּמְךָ מִיָּדִי. קָשֶׁה לָמָּה הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ בְּסַיִף, יֹאמַר אִם הָיִיתִי חוֹתֵךְ רֹאשְׁךָ בִּסְתָם? וְעוֹד דַּי לוֹמַר מִי הָיָה תּוֹבֵעַ דָּמְךָ, וְלָמָּה הֻוצְרַךְ לוֹמַר מִידִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי זֶה הָיָה מִבְּנֵי עֵשָׂו שֶׁבִּרְכָתָם בֶּחָרֶב, וּכְתִיב בֵּיהּ (בְּרֵאשִׁית כז, כג) הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו, וְלָזֶה אָמַר אִם הָיִיתִי חוֹתֵךְ רֹאשְׁךָ בְּסַיִף, שֶׁהוּא בְּרָכָה שֶׁנִּתְּנָה לָנוּ מִן הַשָּׁמַיִם עַל יְדֵי יִצְחָק אָבִינוּ, מִי תּוֹבֵעַ דָּמְךָ מִידֵּי דַּייְקָא, שֶׁאֲנַחְנוּ יֵשׁ לָנוּ כֹּחַ בְּיָדַיִם שֶׁהִיא יְדֵי עֵשָׂו, וְכַוָּנָתוֹ לוֹמַר אִם בָּטַחְתָּ עַל הַשָּׁמַיִם, גַּם מִן הַשָּׁמַיִם לֹא יִתְבְּעוּ דָּמְךָ, וְנִמְצָא אֵין לְךָ תּוֹבֵעַ לֹא בַשָּׁמַיִם וְלֹא בָאָרֶץ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי שֶׁפֵּירֵשׁ לוֹ בְּסַיִף רְצוֹנוֹ לוֹמַר, אִם בָּטַחְתָּ עַל גְּבוּרָתְךָ שֶׁתַּעֲמֹוד כְּנֶגְדִּי אִם אָבֹא לְהָרְגֶךָ, הֲלֹא אֲנִי בְּיָדִי סַיִיף וְאַתָּה בְּיָדַיִם רִקְנִיּוֹת, וְאֵיךְ תַּעֲמֹוד נֶגְדִּי?! וַעֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'אִם הָיִיתִי הוֹרֶגְךָ בְּסַיִיף', וְלָמָּה פֵּירֵשׁ 'חוֹתֵךְ רֹאשְׁךָ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אוֹתוֹ חָסִיד וַדַּאי הָיָה פָּרֵישׁ סוּדָרָא עַל רֵישֵׁיהּ כְּדֶרֶךְ הַחֲכָמִים, וְלָכֵן זֶה צָרָה עֵינָיו בְּאוֹתוֹ מָקוֹם, וְאָמַר לוֹ אִם הָיִיתִי חוֹתֵךְ רֹאשְׁךָ זֶה הַמְכֻובָּד בְּסוּדָר שֶׁל גְּדוֹלִים בְּסַיִף, מִי הָיָה תּוֹבֵעַ אֶת דָּמְךָ.
Il est difficile : pourquoi a-t-il eu besoin de préciser « au glaive », il aurait pu dire « si je te tranchais la tête », sans préciser ? Et de plus, il aurait suffi de dire « qui aurait réclamé ton sang », pourquoi ajouter « de ma main » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui-là était des fils d'Essav, dont la bénédiction est par l'épée, et dont il est écrit (Genèse 27,22) « les mains sont les mains d'Essav ». C'est pourquoi il a dit : si je te tranchais la tête au glaive, qui est la bénédiction qui nous a été donnée du Ciel par Its'hak notre père, qui réclamerait ton sang « de ma main » précisément, puisque nous avons de la force dans les mains, qui sont les mains d'Essav ? Son intention était de dire : si tu t'es fié au Ciel, du Ciel non plus on ne réclamera pas ton sang, et il se trouve que tu n'as personne pour te réclamer, ni au ciel ni sur terre. Ou bien il me semble qu'il lui a précisé « au glaive » pour dire : si tu t'es fié à ta force pour me tenir tête au cas où je viendrais te tuer — or moi j'ai un glaive en main et toi les mains vides ; comment me tiendrais-tu tête ? Il reste encore à objecter : il aurait fallu dire « si je te tuais au glaive », pourquoi préciser « je te tranchais la tête » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce hassid avait assurément étendu un soudar sur sa tête, à la manière des sages, et que cela a fait envie à celui-là en cet endroit ; il lui a donc dit : si je tranchais au glaive ta tête ainsi honorée par le soudar des grands, qui réclamerait ton sang ?
💡 Explication

Le récit met en scène la halakha qui précède. L'hegmon retourne contre le hassid deux versets du Deutéronome sur la garde de la vie : un officier étranger cite la Tora d'Israël pour lui reprocher d'avoir négligé le danger. La réponse du hassid, au segment suivant, passera par un machal plutôt que par une règle.

31
אָמַר לוֹ: הַמְתֵּן לִי עַד שֶׁאֲפַיֶּיסְךָ בִּדְבָרִים. אָמַר לוֹ: אִילּוּ הָיִיתָ עוֹמֵד לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם, וּבָא חֲבֵרְךָ וְנָתַן לְךָ שָׁלוֹם — הָיִיתָ

Il lui a dit : attends-moi jusqu'à ce que je t'apaise par des paroles. Il lui a dit : si tu te tenais devant un roi de chair et de sang, et que ton compagnon vienne et te salue, est-ce que tu

🪔 Ben Yehoyada (1)
אלו לפני מלך בשר־ודם היית עומד, ובא אחד ונתן לך שלום, היית מחזיר לו שלום. מקשים למה עשה הדמיון על השר ולא עשאו על עצמו, לומר אם 'הייתי' עומד לפני מלך בשר־ודם שבזה היו הדברים נוחין יותר בעיני השר משום שורת דרך ארץ? ונראה לי בס"ד כי החסיד חשש לעשות הדמיון על עצמו, כדי שלא יזכור חתיכת ראש על עצמו, שידוע 'כי ברית כרותה לשפתים', ובפרט בעת סכנה שהשר היה מלא כעס עליו, לכך התחכם לעשות הדמיון על השר עצמו, שאז הוכרח השר להשיב על עצמו שחותכין ראשו בסייף, ובזה יהיה הכנעה לקליפה של אותו הגמון, ולא יתגבר לעשות מזימת לבו להרגו. וכן היה כי מאת ה' היתה זאת, שירדו דברים אלו לחדרי בטן של אותו הגמון, ונתפייס ולא עשה כלום. אי נמי נראה לי עשה המשל על ההגמון, דאחוי ליה במחוג בזה המשל, אם אתה תעשה מה שלבך חפץ, גם עליך תעבור כוס אחר זה שימצא לך המלך שלך עילה כזאת, ויחתוך ראשך בסייף.
On objecte : pourquoi a-t-il fait la comparaison sur le prince et non sur lui-même, en disant « si moi je me tenais devant un roi de chair et de sang », ce qui aurait été plus agréable aux yeux du prince par simple règle de derekh erets ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le hassid a craint de faire la comparaison sur lui-même, afin de ne pas évoquer à son propre sujet le fait de trancher une tête, car on sait qu'une alliance est conclue avec les lèvres, et surtout en un temps de danger, le prince étant plein de colère contre lui. Il a donc usé d'habileté en faisant la comparaison sur le prince lui-même, de sorte que le prince fût contraint de répondre à son propre sujet qu'on lui trancherait la tête au glaive ; et par là il y aurait un abaissement de la kelipa de cet hegmon, qui ne l'emporterait pas au point d'exécuter le dessein de son cœur et de le tuer. Et ainsi en fut-il, car de Hachem cela vint : ces paroles descendirent dans les chambres du ventre de cet hegmon, il fut apaisé et ne fit rien. Ou bien il me semble qu'il a fait le machal sur l'hegmon parce qu'il lui faisait signe par ce machal : si tu fais ce que ton cœur désire, sur toi aussi passera cette coupe, car ton roi trouvera contre toi un prétexte semblable et te tranchera la tête au glaive.
💡 Explication

Le hassid répond par un machal tiré de la cour royale, et il le construit sur l'hegmon lui-même plutôt que sur sa propre personne. La suite du raisonnement se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).