Berakhot 33b — Fin de la havdala et degrés du psak, puis la michna des formules que l'on fait taire : le nid de l'oiseau, les louanges ajoutées, la crainte du Ciel

Berakhot 33b

Sougya : Le folio achève la sougya de la havdala : Rava tranche que celui qui a séparé dans la prière sépare encore sur la coupe, comme pour le kidouch. Vient ensuite le cas du Yom Tov qui tombe le dimanche, où l'on ne dit pas Ata honen : Rabbi Eliezer place alors la havdala dans la bénédiction de reconnaissance.

La discussion tourne moins sur le fond que sur la force du psak — halakha, matin, modim, nirin sont quatre degrés distincts — et Rabbi Zeira loue la précision de Rabbi Hiya bar Abba, comparée à celle de Rahava de Poumbedita. Rav Yossef écarte le débat en rappelant la perle instituée par Rav et Chmouel à Babylone : la formule Vetodienou.

La michna qui suit ouvre un nouveau sujet : trois formules de prière que l'on fait taire, et la Guemara en donne les raisons — apparence de deux puissances, refus de bénir sur le mal, et deux explications pour le nid de l'oiseau. Le folio se poursuit sur les louanges surajoutées devant Rabbi Hanina, sur la crainte du Ciel laissée au choix de l'homme, et sur la répétition du Chema.

Berakhot 33b : les cinq mouvements du folio 1. Fin de la havdala (seg. 0) Ravina demande à Rava la halakha tranchée. Réponse : comme le kidouch. Prière puis coupe. Le Roch ajoute le kal va-homer inverse. 2. Yom Tov le dimanche (seg. 1-10) Sans Ata honen, où loger la havdala ? Rabbi Eliezer : dans la bénédiction de hodaa. Le débat porte sur la force du psak, pas sur le fond. 3. La précision du transmetteur (seg. 11-14) Rabbi Hiya bar Abba est exact comme Rahava. Preuve : stav kaful, mot du maître garde tel quel. Rav Yossef tranche par la formule Vetodienou. 4. Michna : on le fait taire (seg. 15-19) Trois formules écartées de la prière publique. Deux Amoraim expliquent le nid de l'oiseau. Rabba loue un officiant, pour aiguiser Abaye. 5a. Louer sans ajouter (seg. 20-21) Un officiant empile dix adjectifs devant Rabbi Hanina. Les trois de Moche tiennent à leur seule source. Parabole : louer avec de l'argent un roi qui a de l'or. Le Ben Yehoyada porte le déshonneur sur celui qui loue. 5b. Crainte du Ciel, puis Chema (seg. 22-30) Tout est au Ciel, sauf la crainte du Ciel. Petite pour Moche, grande en elle-même : la parabole du vase. Chema répété équivaut à modim répété. Distinction : mot répété ou verset répété. Charnière du folio Ce qui précède règle ce que l'on doit dire ; la michna règle ce que l'on n'a pas le droit d'ajouter. Un même fil traverse tout le folio : la formule de prière est une institution fixée, et l'initiative privée y trouve sa limite. Même la transmission d'une tradition obéit à cette exigence : garder le mot du maître sans le remplacer par un synonyme.
Le plan du folio : la fin de la sougya de la havdala, puis la michna sur les formules de prière écartées.
Quatre degrés de décision : halakha, matin, modim, nirin Échelle donnée par Rachi sur le segment 9. Chaque terme engage une pratique différente. Terme Enseignement public Réponse à un particulier Si le fait est accompli halakha Oui, on l'expose au public Oui Valide matin Non Oui, on tranche pour lui Valide modim Il n'y a pas de controverse Sans objet : tous concèdent Valide nirin Non Non plus On ne le fait pas refaire Pourquoi Rabbi Zeira insiste Passer de nirin à halakha change la pratique réelle. Le mot exact du maître porte donc la décision. Le mot du maître est un fait Rahava dit stav parce que son maître a dit stav, même si la michna emploie le mot itsteba.
Les quatre formules de décision employées par les Amoraim, et ce que chacune autorise en pratique.
Les trois formules que l'on fait taire et leur motif La michna vise l'officiant qui prie devant la communauté. Modim, modim Il redit deux fois la formule de reconnaissance. Motif Cela a l'apparence de deux puissances distinctes. Un seul motif, jamais discuté. Al tov yizakher chemekha Pour le bien, ton nom sera mentionne. Motif Sous-entend : pour le bien seulement, pas pour le mal. Contredit la michna de Berakhot 54a. Al kan tsipor Jusqu'au nid de l'oiseau parviennent tes miséricordes. Motif Deux explications amoraiques, détaillées ci-dessous. C'est la seule question de la Guemara. Il jette de la jalousie Il laisse entendre que la pitié divine va à cette espèce et pas au reste des créatures. Il fait des décrets une pitié Les mitsvot sont des décrets du Roi ; en donner un motif sensible en change la nature.
Les trois formules de la michna, leur motif, et les deux explications du nid de l oiseau.
1
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרָבָא: הִלְכְתָא מַאי? אֲמַר לֵיהּ, כִּי קִידּוּשׁ: מַה קִידּוּשׁ אַף עַל גַּב דִּמְקַדֵּשׁ בִּצְלוֹתָא מְקַדֵּשׁ אַכָּסָא, אַף הַבְדָּלָה נָמֵי, אַף עַל גַּב דְּמַבְדֵּיל בִּצְלוֹתָא מַבְדֵּיל אַכָּסָא.

Ravina dit à Rava : quelle est la halakha ? Il lui répondit : comme pour le kidouch.

De même que pour le kidouch, bien que l'on sanctifie dans la prière on sanctifie encore sur la coupe, ainsi pour la havdala : bien que l'on sépare dans la prière, on sépare encore sur la coupe.

📜 Rachi (1)
הִלְכְתָא מַאי הַמַּבְדִּיל בִּתְפִילָּה צָרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס אוֹ לֹא:
Celui qui a dit la havdala dans la prière doit-il encore la dire sur la coupe, ou non ?
⚖️ Rosh (1)
גמ' א"ר חַייָּא בַּר אַבָּא אַנְשֵׁי כנה"ג תִּקְּנוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל בְּרָכוֹת וּתְפִלּוֹת קְדֻושּׁוֹת וְהַבְדָּלוֹת בַּתְּחִלָּה קְבָעוּהָ בַּתְּפִלָּה הֶעֱשִׁירוּ קְבָעוּהָ עַל הַכּוֹס חָזְרוּ וְהֶעֱנוּ חָזְרוּ וְקָבְעוּ בַּתְּפִלָּה וְהֵם אָמְרוּ הַמַּבְדִּיל בַּתְּפִלָּה צָרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס אִיתְּמַר נָמֵי א"ר בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת שָׁאַל ר' יוֹסֵי אֶת ר' יוֹחָנָן בְּצִידָּן וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי הַמַּבְדִּיל בִּתְפִלָּה מַהוּ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס א"ל צָרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס א"ל רָבִינָא לְרָבָא הִלְכְתָא מַאי א"ל כִּי קִידּוּשָׁא מַה קִידּוּשָׁא אע"ג דִּמְקַדֵּשׁ בִּצְלוֹתָא מְקַדֵּשׁ אַכָּסָא אַף הַבְדָּלָה נָמֵי אע"ג דְּמַבְדֵּיל בִּצְלוֹתָא מַבְדֵּיל אַכָּסָא וכ"ש אִם הִבְדִּיל עַל הַכּוֹס שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיַּבְדִּיל בִּתְפִלָּה דְּעִיקַּר הַתַּקָּנָה הָיְתָה בִּתְפִלָּה: בְּעָא מִינֵּיהּ רַב חִסְדָּא מֵרַב שֵׁשֶׁת טָעָה בְּזוֹ וּבָזוֹ מַהוּ כְּגוֹן שֶׁאָכַל קֹודֶם שֶׁהִבְדִּיל אע"ג דְּאָמְרִי' בִּפְסָחִים דַּף קה טָעַם מַבְדִּיל מ"מ בְּאִיסּוּר אָכַל. א"ל חוֹזֵר לְרֹאשׁ וְהִלְכְתָא כת"ק דְּאָמַר הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת וביו"ט שֶׁחָל בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת קי"ל כְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּתַקִּינוּ לַן מַרְגָּנִיתָא בְּבָבֶל וַתּוֹדִיעֵנוּ:
Guemara. Rabbi Hiya bar Abba a dit : les hommes de la Grande Assemblée ont institué pour Israël des bénédictions et des prières, des kedouchot et des havdalot. Au début ils ont fixé la havdala dans la prière ; lorsque le peuple s'est enrichi, ils l'ont fixée sur la coupe ; il est redevenu pauvre et ils l'ont de nouveau fixée dans la prière. Et ce sont eux qui ont dit : celui qui a séparé dans la prière doit encore séparer sur la coupe. Il a été dit de même : Rabbi Binyamin bar Yefet a dit que Rabbi Yossi a interrogé Rabbi Yo'hanan à Sidon — et moi j'ai entendu la question ainsi : celui qui a séparé dans la prière, doit-il séparer sur la coupe ? Il lui répondit : il doit séparer sur la coupe. Ravina dit à Rava : quelle est la halakha ? Il lui répondit : comme pour le kidouch. De même que pour le kidouch, bien que l'on sanctifie dans la prière on sanctifie sur la coupe, ainsi pour la havdala : bien que l'on sépare dans la prière on sépare sur la coupe. Et à plus forte raison, s'il a séparé sur la coupe, il doit séparer dans la prière, car l'institution première se tenait dans la prière. Rav Hisda a demandé à Rav Chechet : s'il s'est trompé dans l'une et dans l'autre, quelle est la règle ? Il s'agit du cas où il a mangé avant d'avoir séparé ; car bien que l'on dise dans Pessahim (105) qu'il goûta puis sépara, de toute manière il a mangé dans l'interdit. Il lui répondit : il revient au début. Et la halakha suit le Tana kama, qui place la havdala dans la bénédiction honen hadaat. Pour un Yom Tov qui tombe le dimanche, nous tenons comme Rav et Chmouel, qui ont institué pour nous une perle à Babylone : la formule Vetodienou.
💡 Explication

La question de Ravina porte sur la conclusion pratique d'une discussion ouverte au folio précédent : la havdala dite dans la Amida dispense-t-elle de celle qui se dit sur la coupe ? Rava tranche par un rapprochement avec le kidouch du vendredi soir, où personne ne conteste que la mention dans la prière laisse intacte l'obligation sur la coupe.

Le Roch rappelle l'histoire de l'institution, qui explique la double obligation : la havdala fut d'abord fixée dans la prière, puis transférée sur la coupe à une époque d'aisance, puis ramenée dans la prière quand la pauvreté revint. Les deux emplacements ont chacun été institués, et ils subsistent ensemble. Le Roch en tire un kal va-homer inverse : celui qui n'a séparé que sur la coupe reste tenu de le faire dans la prière, puisque c'est là l'institution première.

2
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בְּ״הוֹדָאָה״.

Rabbi Eliezer dit : dans la bénédiction de reconnaissance (hodaa).

💡 Explication

Reprise du dernier avis de la michna du folio précédent. Trois positions y coexistent sur l'emplacement de la havdala dans la Amida : le Tana kama la place dans honen hadaat, la bénédiction de la connaissance ; Rabbi Akiva en fait une bénédiction supplémentaire à elle seule ; Rabbi Eliezer la loge dans la bénédiction de reconnaissance, la hodaa. La suite du folio exploite précisément cet avis.

3
רַבִּי זֵירָא הֲוָה רְכִיב חֲמָרָא, הֲוָה קָא שָׁקֵיל וְאָזֵיל רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין בָּתְרֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: וַדַּאי דְּאָמְרִיתוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּיוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת? אֲמַר לֵיהּ: אִין.

Rabbi Zeira montait un âne, et Rabbi Hiya bar Avin allait à pied derrière lui. Il lui dit : est-il vrai que vous dites au nom de Rabbi Yo'hanan que la halakha suit Rabbi Eliezer pour un Yom Tov qui tombe après le Chabbat ?

Il lui répondit : oui.

📜 Rachi (1)
בְּיוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִין אַתָּה חוֹנֵן:
Car on n'y récite pas la bénédiction Ata honen.
💡 Explication

Le cas est celui d'un dimanche qui est jour de fête. La Amida du Yom Tov ne comporte que sept bénédictions et ne contient pas Ata honen ; l'emplacement retenu par le Tana kama disparaît donc. Rabbi Eliezer, qui place la havdala dans la hodaa — bénédiction présente aussi bien les jours de fête — fournit alors une solution praticable, et c'est pourquoi Rabbi Yo'hanan tranchait comme lui dans ce cas précis.

4
הֲלָכָה — מִכְּלָל דִּפְלִיגִי?

« La halakha » — cela implique donc qu'il y a controverse ?

📜 Rachi (1)
ה"ג הֲלָכָה מִכְלָל דִּפְלִיגִי וְלָא פְּלִיגִי וְהָא פְּלִיגִי רַבָּנַן אֵימַר דִּפְלִיגִי רַבָּנַן בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה בי"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת מִי פְּלִיגִי וְהָא פְּלִיג ר"ע אַטּוּ כָּל הַשָּׁנָה מִי עָבְדִינַן כר"ע דְּהַשְׁתָּא נַעֲבִיד וְכוּ' וְהָכִי פָּרִיךְ א"ל רַבִּי זֵירָא הֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי בִּתְמִיהַּ וּפָרִיךְ הַגְּמָרָא וְלָא פְּלִיגִי וְהָא פְּלִיגִי רַבָּנַן וְכוּ':
Et voici la force de la question : Rabbi Zeira lui dit — « la halakha », cela implique donc qu'il y a controverse ? sur un ton d'étonnement. Et la Guemara objecte : et n'y a-t-il donc pas de controverse ? mais les rabbanim sont bien en désaccord, etc.
💡 Explication

Rachi commence par fixer la version du texte — il rapporte l'ensemble du passage avant d'en indiquer le découpage — puis précise qui parle à chaque étape. La question elle-même repose sur un usage constant du Talmud : on n'emploie la formule « la halakha suit un tel » que là où une position adverse existe. Trancher suppose un désaccord.

5
וְלָא פְּלִיגִי? וְהָא פְּלִיגִי רַבָּנָן.

Et n'y a-t-il pas controverse ? Mais les rabbanim sont bien en désaccord avec lui !

6
אֵימַר דִּפְלִיגִי רַבָּנַן בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה, בְּיוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת מִי פְּלִיגִי?

Dis que les rabbanim sont en désaccord pour le reste des jours de l'année ; pour un Yom Tov qui tombe après le Chabbat, sont-ils en désaccord ?

💡 Explication

La réponse restreint la portée du désaccord. Les rabbanim préfèrent honen hadaat tant que cette bénédiction est récitée ; le jour où elle ne l'est pas, leur position perd son objet et ils rejoignent Rabbi Eliezer. Le désaccord porte sur le choix entre deux emplacements disponibles, non sur la valeur de la hodaa en soi.

7
וְהָא פְּלִיג רַבִּי עֲקִיבָא!

Mais Rabbi Akiva est en désaccord !

📜 Rachi (1)
וְהָא פְּלִיג ר' עֲקִיבָא לוֹמְרַהּ בְּרָכָה רְבִיעִית לְעַצְמָהּ וְאֶצְטְרֵי' לְמֵימַר הֲלָכָה כר"א לְאַפּוֹקֵי מדר"ע:
De là dire comme une quatrième bénédiction à elle seule. Il fallait donc énoncer que la halakha suit Rabbi Eliezer, pour écarter l'avis de Rabbi Akiva.
8
אַטּוּ כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ מִי עָבְדִינַן כְּרַבִּי עֲקִיבָא, דְּהַשְׁתָּא נֵיקוּ וְנַעֲבֵיד כְּוָותֵיהּ?! כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ מַאי טַעְמָא לָא עָבְדִינַן כְּרַבִּי עֲקִיבָא — דְּתַמְנֵי סְרֵי תַּקּוּן, תְּשַׁסְרֵי לָא תַּקּוּן. הָכָא נָמֵי, שָׁב תַּקּוּן תַּמְנֵי לָא תַּקּוּן.

Est-ce que durant toute l'année nous agissons selon Rabbi Akiva, pour que maintenant nous nous levions et agissions comme lui ?! Toute l'année, pour quelle raison n'agit-on pas selon Rabbi Akiva ?

Parce qu'ils ont institué dix-huit bénédictions, ils n'en ont pas institué dix-neuf. Ici aussi : ils en ont institué sept, ils n'en ont pas institué huit.

📜 Rachi (1)
אַטּוּ כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ מִי עָבְדִינַן כר"ע דְּהַשְׁתָּא נַעֲבִיד כְּוָתֵיהּ דְּאִצְטְרִיךְ לְמֵימַר הֲלָכָה כר"א:
Pour qu'il faille énoncer que la halakha suit Rabbi Eliezer.
💡 Explication

L'argument porte sur la nature du nombre de bénédictions. Le compte de dix-huit en semaine et de sept les jours de repos relève lui-même de l institution des Sages ; y ajouter une bénédiction revient à modifier la structure de la prière. Comme cette objection vaut toute l'année et écarte déjà Rabbi Akiva, elle continue de valoir le jour où le Yom Tov suit le Chabbat. Rabbi Akiva ne constitue donc pas ici une position concurrente réelle, et le mot « halakha » reste sans emploi.

🖼️ Schéma
Le nombre de bénédictions est lui-même une institution Jour ordinaire 18 bénédictions instituées 19 ne l'ont pas été donc pas de havdala en berakha à part Chabbat et Yom Tov 7 bénédictions instituées 8 ne l'ont pas été même raison, transposée au Yom Tov Position de Rabbi Akiva La havdala forme une bénédiction supplémentaire à elle seule. Puisqu'on ne suit jamais Rabbi Akiva le reste de l'année, son avis ne crée pas non plus de controverse pour le Yom Tov qui tombe le dimanche.
Pourquoi l'avis de Rabbi Akiva ne suffit pas à créer une controverse pour le Yom Tov qui suit le Chabbat.
9
אֲמַר לֵיהּ: לָאו ״הֲלָכָה״ אִתְּמַר, אֶלָּא ״מַטִּין״ אִתְּמַר.

Il lui dit : on n'a pas énoncé « halakha » ; on a énoncé « matin » — on incline vers cet avis.

💡 Explication

Rabbi Zeira corrige la tradition qu'on lui prête. Le terme matin, littéralement « on penche », désigne un degré de décision inférieur à halakha : il oriente la pratique sans être enseigné publiquement. Le détail du mot suffit à lever l'objection, puisque matin n'implique pas l'existence d'une controverse tranchée.

10
דְּאִתְּמַר, רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי אָמַר מִשּׁוּם רַבֵּנוּ: הֲלָכָה, וְאָמְרִי לָהּ: מַטִּין.

Car il a été dit : Rabbi Yitzhak bar Avdimi a dit au nom de notre maître : « halakha » ; et certains rapportent : « matin ».

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה מ"ד הֲלָכָה דָּרְשִׁינַן לָהּ בְּפִרְקִין ומ"ד מַטִּין מִדְרָשׁ לָא דָּרְשִׁינַן בָּרַבִּים אֲבָל אוֹרוֹיֵי מוֹרִינַן לְיָחִיד לַעֲשׂוֹת כר"א בי"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּא' בְּשַׁבָּת ומ"ד נִרְאִין אוֹרוֹיֵי נָמֵי לָא מוֹרֵינַן וְאִי עָבֵיד לָא מְהַדְּרִינַן עֻובְדָּא:
Celui qui dit « halakha » : on l'enseigne publiquement dans notre chapitre. Celui qui dit « matin » : on ne l'enseigne pas en public, mais on tranche pour un particulier d'agir selon Rabbi Eliezer pour un Yom Tov qui tombe le dimanche. Et celui qui dit « nirin » : on ne tranche même pas pour un particulier, et s'il a déjà agi ainsi, on ne revient pas sur le fait accompli.
💡 Explication

Rachi donne ici l'échelle complète des formules de décision, et c'est la clef de tout le passage. Halakha autorise l'enseignement public ; matin reste une orientation donnée au cas par cas ; nirin se borne à valider après coup ce qui a été fait. La divergence entre les Amoraim porte donc sur la force du psak, et chacune des versions rapportées engage une pratique différente.

11
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מוֹדִים. וְרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר: נִרְאִין.

Rabbi Yo'hanan a dit : « ils concèdent ». Et Rabbi Hiya bar Abba a dit : « leur avis paraît juste ».

📜 Rachi (1)
מוֹדִים חֲכָמִים לר"א בי"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת:
Les Sages concèdent à Rabbi Eliezer pour un Yom Tov qui tombe après le Chabbat.
💡 Explication

Deux formules nouvelles s'ajoutent aux précédentes. Modim affirme qu'il n'existe aucune controverse : les Sages eux-mêmes reconnaissent la position de Rabbi Eliezer dans ce cas. Nirin se contente de dire que son avis paraît fondé, ce qui est le degré le plus faible de l'échelle. Quatre transmissions circulent donc sur un même enseignement de Rabbi Yo'hanan, et le choix entre elles décide de ce que l'on enseigne au public.

12
אָמַר רַבִּי זֵירָא: נְקוֹט דְּרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא בִּידָךְ, דְּדָיֵיק וְגָמַר שְׁמַעְתָּא מִפֻּומָּא דְּמָרַהּ שַׁפִּיר כְּרַחֲבָא דְפוּמְבְּדִיתָא.

Rabbi Zeira dit : tiens en main la version de Rabbi Hiya bar Abba, car il est précis et a bien recueilli la tradition de la bouche de son maître, comme Rahava de Poumbedita.

📜 Rachi (2)
נְקֹוט דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא בִּידָךְ שֶׁהוּא מְדַקְדֵּק בִּלְשׁוֹן רַבּוֹ וְקוֹבֵעַ בּוֹ סִימָנִים שֶׁלֹּא יִתְחַלֵּף לוֹ נִרְאִין בְּמַטִּין אוֹ בְּמוֹדִים:
Car il est scrupuleux dans la langue de son maître et y fixe des repères, afin de ne pas confondre <i>nirin</i> avec <i>matin</i> ou avec <i>modim</i>.
כְּרַחֲבָא שֶׁהָיָה מְדַקְדֵּק בִּלְשׁוֹן רַבּוֹ וְאוֹמֵר סְטָיו כָּפוּל הָיָה ואע"פ שֶׁבִּלְשׁוֹן מִשְׁנָה קוֹרֵהוּ אִצְטַבָּא בִּפְסָחִים וּבְסֻוכָּה עַל גַּב הָאִצְטַבָּא הוּא דִּקְדֵּק בִּלְשׁוֹן רַבּוֹ וְלֹא אָמַר אִצְטַבָּא כְּפוּלָה הָיְתָה יֵשׁ פּוֹתְרִין הָא דְּרַחֲבָא מִדְּאָמַר ר' יְהוּדָה דְּדָייֵק סְפֵיקֵי דְּרַבְּוָותֵיהּ אִי מִדְּרַבִּי יְהוּדָה אִי מִדְּרַב יְהוּדָה וְקַשְׁיָא לִי בְּגַוַּהּ טוּבָא חֲדָא דְּרַחֲבָא לֹא רָאָה רַבִּי יְהוּדָה מִיָּמָיו לֹא רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִלְעַאי וְלָא ר' יְהוּדָה נְשִׂיאָה וְעוֹד כּוּלְּהוּ אָמוֹרָאֵי נָמֵי דִּיְּיקוּ לוֹמַר דָּבָר בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ וְעוֹד לֵיכָּא לְמֵימַר מֵהָא דְּדִיֵּיק לִישָּׁנָא דִּשְׁמַעְתָּא אֶלָּא סְפֵיקֵי דְּרַבְּוָותָא:
Qui était scrupuleux dans la langue de son maître et disait « c'était un stav double », bien que la langue de la michna nomme cette structure <i>itstéba</i> — dans Pessahim et dans Souka : « sur l'itstéba ». Il fut exact dans la langue de son maître et n'a pas dit « une itstéba double ». Certains rapportent le trait de Rahava à ce que dit Rabbi Yehouda, qu'il était précis sur les doutes touchant ses maîtres, pour savoir si l'enseignement venait de Rabbi Yehouda ou de Rav Yehouda ; cela me fait grande difficulté. D'abord, Rahava n'a jamais vu Rabbi Yehouda de sa vie, ni Rabbi Yehouda fils de Rabbi Ilai ni Rabbi Yehouda le Nassi. Ensuite, tous les Amoraim sont eux aussi précis pour rapporter une parole au nom de celui qui l'a dite. Enfin, on ne peut tirer de là aucune preuve qu'il était précis dans la langue de la tradition ; cela ne concerne que les doutes touchant les maîtres.
💡 Explication

Puisque quatre formules circulent, la question devient : quel transmetteur croire ? Rabbi Zeira répond par la fiabilité du rapporteur. Rabbi Hiya bar Abba retient le mot exact de son maître, et Rachi ajoute qu'il se fixe des repères mnémotechniques pour empêcher les confusions entre des termes proches. Le folio traite ainsi la transmission comme une discipline technique, avec ses procédés.

13
דְּאָמַר רַחֲבָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: הַר הַבַּיִת סְטָיו כָּפוּל הָיָה, וְהָיָה סְטָיו לְפָנִים מִסְּטָיו.

Car Rahava a dit au nom de Rabbi Yehouda : le mont du Temple était un stav double, et il y avait un stav à l'intérieur d'un stav.

📜 Rachi (1)
סְטָיו כָּפוּל אִצְטַבָּאוֹת זוֹ לִפְנִים מִזּוֹ בְּהֶיקֵּף עָגוֹל לֵישֵׁב שָׁם:
Des portiques l'un à l'intérieur de l'autre, disposés en pourtour, pour s'y asseoir.
💡 Explication

Le contenu architectural sert ici d'illustration. Le point retenu tient au vocabulaire : Rahava emploie stav, terme de son maître, la où la michna de Pessahim et de Souka dit itstéba. Les deux mots désignent le même portique ; un transmetteur ordinaire aurait traduit dans la langue courante, et Rahava garde le mot reçu. C'est la qualité que Rabbi Zeira reconnaît à Rabbi Hiya bar Abba, et qui rend sa version des formules de psak digne de foi.

🖼️ Schéma
Stav kaful : un portique à l'intérieur d'un portique Vue en plan du pourtour du mont du Temple, selon Rachi. esplanade rangée extérieure rangée intérieure on s'y asseyait Pourquoi ce détail ici La michna dit itstéba ; Rahava garde stav, le mot même de son maître.
Le stav double du mont du Temple, et la raison pour laquelle ce détail figure dans la sougya.
14
אָמַר רַב יוֹסֵף: אֲנָא לָא הַאי יָדַעְנָא וְלָא הַאי יָדַעְנָא, אֶלָּא מִדְּרַב וּשְׁמוּאֵל יָדַעְנָא, דְּתַקִּינוּ לַן מַרְגָּנִיתָא בְּבָבֶל.

Rav Yossef dit : je ne connais ni ceci ni cela ; mais je sais de Rav et de Chmouel qu'ils ont institué pour nous une perle à Babylone.

📜 Rachi (1)
לָא הַאי יָדַעְנָא כו' לֹא נִרְאִין וְלֹא מוֹדִים וְלֹא מַטִּים:
Ni <i>nirin</i>, ni <i>modim</i>, ni <i>matin</i>.
💡 Explication

Rav Yossef écarte le débat sur les formules de transmission et se tourne vers une pratique établie. Rav et Chmouel ont institué en Babylonie un texte particulier pour la Amida du Yom Tov qui suit le Chabbat, le Vétodiènou, qui intègre la séparation à l'intérieur de la bénédiction de la sainteté du jour. La question de l'emplacement se résout ainsi par une formule dédiée, sans qu'il faille trancher entre Rabbi Eliezer et les rabbanim.

15
״וַתּוֹדִיעֵנוּ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ אֶת מִשְׁפְּטֵי צִדְקֶךָ וַתְּלַמְּדֵנוּ לַעֲשׂוֹת חֻקֵּי רְצוֹנֶךָ, וַתַּנְחִילֵנוּ זְמַנֵּי שָׂשׂוֹן וְחַגֵּי נְדָבָה, וַתּוֹרִישֵׁנוּ קְדֻושַּׁת שַׁבָּת וּכְבוֹד מוֹעֵד וַחֲגִיגַת הָרֶגֶל. בֵּין קְדֻושַּׁת שַׁבָּת לִקְדֻושַּׁת יוֹם טוֹב הִבְדַּלְתָּ, וְאֶת יוֹם הַשְּׁבִיעִי מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה קִדַּשְׁתָּ. הִבְדַּלְתָּ וְקִדַּשְׁתָּ אֶת עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל בִּקְדֻושָּׁתֶךָ. וַתִּתֶּן לָנוּ וְכוּ׳״.

« Fais-nous connaître, Hachem notre D.ieu, les règles de ta justice, et enseigne-nous à accomplir les décrets de ta volonté. Donne-nous en héritage des temps de joie et des fêtes d'offrande volontaire, et fais-nous hériter la sainteté du Chabbat, l'honneur de la fête et l'offrande festive du pèlerinage.

Entre la sainteté du Chabbat et la sainteté du Yom Tov tu as séparé, et le septième jour d'entre les six jours de l'œuvre tu l'as sanctifié. Tu as séparé et tu as sanctifié ton peuple Israël par ta sainteté.

Et tu nous as donné, etc. »

📜 Rachi (1)
וְתוֹדִיעֶנּוּ לוֹמַר בִּמְקוֹם וַתִּתֶּן לָנוּ וְלִכְשֶׁיַּגִּיעַ בֵּין קְדֻושַּׁת שַׁבָּת לִקְדֻושַּׁת י"ט וְכוּ' הִבְדַּלְתָּ וְקִדַּשְׁתָּ אֶת עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל בִּקְדֻושָּׁתֶךָ יֹאמַר וַתִּתֶּן לָנוּ ה' אֱ-לֹהֵינוּ מוֹעֲדִים לְשִׂמְחָה וְכוּ' וּמְסַיֵּים מְקַדֵּשׁ יִשְׂרָאֵל וְהַזְּמַנִּים:
On le dit à la place de « Et tu nous as donné ». Lorsqu'il parvient à « entre la sainteté du Chabbat et la sainteté du Yom Tov, etc., tu as séparé et sanctifié ton peuple Israël par ta sainteté », il dit : « Et tu nous as donné, Hachem notre D.ieu, des fêtes pour la joie, etc. », et il conclut par « qui sanctifie Israël et les temps ».
💡 Explication

Le texte du Vétodiènou remplace l'ouverture habituelle de la bénédiction du jour et y insère la séparation. Le mot hivdalta, « tu as séparé », y revient deux fois : entre la sainteté du Chabbat et celle du Yom Tov, puis à propos d'Israël. La havdala se trouve donc logée dans la bénédiction de la sainteté du jour, ce qui évite d'ajouter une bénédiction et respecte le compte de sept.

16
מַתְנֵי׳ הָאוֹמֵר: ״עַל קַן צִיפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ״, ו״על טוֹב יִזְכֹּר שִׁמְךָ״, ״מוֹדִים, מוֹדִים״ — מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ.

MICHNA. Celui qui dit : « jusqu'au nid de l'oiseau parviennent tes miséricordes », ou « pour le bien ton nom sera mentionné », ou « nous te rendons grâce, nous te rendons grâce » — on le fait taire.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הָאוֹמֵר בִּתְפִלָּתוֹ:
Dans sa prière.
עַל קַן צִפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ אֲנָשִׁים שֶׁהָיוּ מַרְאִים עַצְמָם כְּמִתְכַּוְּנִים לְהַעֲמִיק בִּלְשׁוֹן תַּחֲנוּנִים וְאוֹמְרִים רַחוּם וְחַנּוּן אַתָּה וְעַל קַן צִפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ שֶׁאָמַרְתָּ לְשַׁלֵּחַ אֶת הָאֵם אוֹ שֶׁאוֹמֵר עַל טוֹב שֶׁאַתָּה עוֹשֶׂה לָנוּ יִזָּכֵר שִׁמְךָ אוֹ שֶׁאוֹמֵר מוֹדִים מוֹדִים מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ:
Des gens qui se donnaient l'air d'approfondir le langage des supplications et disaient : « Tu es miséricordieux et bienveillant, et jusqu'au nid de l'oiseau parviennent tes miséricordes, puisque tu as ordonné de renvoyer la mère » ; ou bien qui disent : « pour le bien que tu nous fais, ton nom sera mentionné » ; ou bien qui disent « nous te rendons grâce, nous te rendons grâce » — on les fait taire.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר מוֹדִים מוֹדִים מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ יְרוּשַׁלְמִי הֲדָא דְּתֵימָא בְּצִבּוּר אֲבָל בְּיָחִיד תַּחֲנוּנִים הֵם:
Talmud de Jérusalem : cela vaut pour la prière publique ; mais pour un particulier, ce sont des supplications.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' הָאוֹמֵר יְבָרְכוּךָ טוֹבִים הֲרֵי זֶה דֶּרֶךְ הַצָּדוֹקִים וּפִי' יְבָרְכוּךָ הַטּוֹבִים אֲבָל לֹא הָרָעִים וְזֶהוּ דֶּרֶךְ הַצָּדוֹקִים כִּי כָּל מַה שֶׁבָּרָא הקב"ה לִכְבוֹדוֹ בְּרָאוֹ וְהַכֹּל חַיָּיבִין לְבָרְכוֹ וי"מ טוֹבִים אוֹתָם שֶׁהִשְׁפַּעְתָּ לָהֶם וְהֵם שְׂבֵעִים עַל דֶּרֶךְ וַנִּשְׂבַּע לֶחֶם וַנִּהְיֶה טוֹבִים יִרְמְיָה מד:
Michna : celui qui dit « que les bons te bénissent », voilà la voie des sectaires. L'explication : que te bénissent les bons, mais pas les mauvais — et telle est la voie des sectaires, car tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé pour sa gloire, et tous sont tenus de le bénir. D'autres expliquent « les bons » comme ceux à qui tu as prodigué et qui sont rassasiés, dans le sens de « nous étions rassasiés de pain et nous étions bien » (Jérémie 44).
💡 Explication

La michna ouvre la dernière section du chapitre. Elle vise les ajouts personnels d'un officiant à la formule instituée, lorsque leur contenu prêche une doctrine fausse. Les trois cas cités entraînent la même sanction : mechatkin oto, on l'interrompt et on le fait descendre.

Le Tossefot rapporte du Talmud de Jérusalem une limite importante : la règle concerne l'officiant devant la communauté. Un particulier qui prie pour lui-même et emploie ces mots les emploie comme des supplications, sans conséquence doctrinale publique.

17
גְּמ׳ בִּשְׁלָמָא, ״מוֹדִים, מוֹדִים״ מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ — מִשּׁוּם דְּמֶיחְזֵי כִּשְׁתֵּי רָשׁוּיוֹת. ו״על טוֹב יִזְכֹּר שִׁמְךָ״ נָמֵי, מַשְׁמַע עַל הַטּוֹבָה וְלֹא עַל הָרָעָה, וּתְנַן: חַייָּב אָדָם לְבָרֵךְ עַל הָרָעָה כְּשֵׁם שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הַטּוֹבָה. אֶלָּא ״עַל קַן צִפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ״ מַאי טַעְמָא?

GUEMARA. Soit : « nous te rendons grâce, nous te rendons grâce » — on le fait taire, parce que cela a l'apparence de deux puissances.

« Pour le bien ton nom sera mentionné » de même : cela sous-entend pour le bien et non pour le mal, alors que nous avons appris qu'un homme est tenu de bénir sur le mal comme il bénit sur le bien. Mais « jusqu'au nid de l'oiseau parviennent tes miséricordes », quelle en est la raison ?

💡 Explication

La Guemara traite les trois cas séparément. Les deux premiers s'expliquent d'eux-mêmes : la réduplication de modim évoque deux puissances, doctrine que le judaïsme récuse ; et limiter la mention du Nom au bien contredit la michna qui impose de bénir sur le mal comme sur le bien. Reste le troisième, dont la formule semble pieuse et dont il faut donc chercher le défaut.

18
פְּלִיגִי בַּהּ תְּרֵי אָמוֹרָאֵי בְּמַעְרְבָא, רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר זְבִידָא: חַד אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁמֵּטִיל קִנְאָה בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית. וְחַד אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁעוֹשֶׂה מִדּוֹתָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רַחֲמִים, וְאֵינָן אֶלָּא גְּזֵרוֹת.

Deux Amoraim en terre d'Israël sont en désaccord sur ce point, Rabbi Yossi bar Avin et Rabbi Yossi bar Zevida. L'un dit : parce qu'il jette de la jalousie dans l'œuvre de la création.

Et l'autre dit : parce qu'il fait des mesures du Saint béni soit-Il des miséricordes, alors qu'elles sont des décrets.

📜 Rachi (2)
גְּמ' שֶׁמַּטִּיל קִנְאָה לוֹמַר עַל אֵלֶּה חָס וְלֹא עַל שְׁאָר בְּרִיּוֹתָיו:
Dire qu'Il a eu pitié de ceux-ci et non du reste de ses créatures.
מִדּוֹתָיו מִצְוֹתָיו וְהוּא לֹא לְרַחֲמִים עָשָׂה אֶלָּא לְהַטִּיל עַל יִשְׂרָאֵל חֻקֵּי גְּזֵרוֹתָיו לְהוֹדִיעַ שֶׁהֵם עֲבָדָיו וְשׁוֹמְרֵי מִצְוֹתָיו וּגְזֵרוֹת חֻקּוֹתָיו אַף בְּדִבְרֵי' שֶׁיֵּשׁ לַשָּׂטָן וּלְעַכּוּ"ם לְהָשִׁיב עֲלֵיהֶם וְלוֹמַר מַה צֹורֶךְ בְּמִצְוָה זוֹ:
Ses commandements. Il ne les a pas institués par miséricorde, mais pour imposer à Israël les décrets de ses lois, afin de faire savoir qu'ils sont ses serviteurs, gardiens de ses commandements et des décrets de ses statuts, même dans des matières où le satan et les nations trouvent à objecter et à demander : quel besoin y a-t-il de ce commandement ?
💡 Explication

Deux défauts distincts sont repérés dans la même formule. Selon la première explication, l'officiant introduit une préférence dans la création : la pitié divine irait à une espèce et pas aux autres. Selon la seconde, il transforme un décret en geste de compassion.

Rachi développe le second motif. Les mitsvot valent comme ordres du Roi, et leur observance manifeste la condition de serviteur, y compris là où aucune raison sensible ne se laisse apercevoir. Assigner à la mitsva du chilouah haken un motif de compassion revient à la fonder sur ce que l'homme en comprend.

19
הַהוּא דִּנְחֵית קַמֵּיהּ דְּרַבָּה וַאֲמַר: אַתָּה חַסְתָּ עַל קַן צִפּוֹר, אַתָּה חוּס וְרַחֵם עָלֵינוּ. אָמַר רַבָּה: כַּמָּה יָדַע הַאי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן לְרַצּוֹיֵי לְמָרֵיהּ! אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהָא מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ תְּנַן!

Un homme descendit devant l'arche en présence de Rabba et dit : « Tu as eu pitié du nid de l'oiseau, aie pitié et miséricorde de nous. » Rabba dit : comme ce jeune érudit sait apaiser son Maître ! Abaye lui dit : mais nous avons appris dans la michna qu'on le fait taire !

💡 Explication

La formule employée par cet officiant reprend exactement le cas écarté par la michna. La louange de Rabba pose donc une difficulté immédiate, et Abaye la relève.

20
וְרַבָּה נָמֵי, לְחַדּוֹדֵי אַבָּיֵי הוּא דְּבָעֵי.

Et Rabba lui-même voulait seulement aiguiser Abaye.

📜 Rachi (1)
וְרַבָּה נָמֵי לְחַדּוֹדֵי לְאַבָּיֵי הוּא דְּבָעֵי שֶׁיָּשִׁיב לוֹ מַה שֶּׁהֵשִׁיב:
Pour qu'il lui réponde ce qu'il a effectivement répondu.
💡 Explication

La Guemara écarte la difficulté en donnant à la parole de Rabba une fonction pédagogique. Rabba connaissait la michna ; sa louange servait à provoquer la réaction d'Abaye, son neveu et élève. Le procédé revient régulièrement dans le Talmud entre ces deux maîtres.

21
הַהוּא דִּנְחֵית קַמֵּיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא, אָמַר ״הָאֵל הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא וְהָאַדִּיר וְהָעִזּוּז וְהַיָּראוּי, הֶחָזָק וְהָאַמִּיץ וְהַוַּדַּאי וְהַנִּכְבָּד״.

Un homme descendit devant l'arche en présence de Rabbi Hanina et dit : « Le D.ieu grand, puissant et redoutable, magnifique, fort et digne d'être craint, robuste, vaillant, certain et honoré. »

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הַהוּא דְּנָחִית קַמֵּיהּ דְּר' חֲנִינָא אֲמַר הָאֵל הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא הֶחָזָק וְהָעִזּוּז וְהָאַמִּיץ וְהַיָּראוּי אֲמַר לֵיהּ סַייֵּמְתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ שִׁבְחֵי דְמָרָךְ אֲנַן הָנֵי תְּלָתָא דְּאָמְרִינַן אִי לָאו דְּמֹשֶׁה כַּתְבִינְהוּ בְּאוֹרָייְתָא וְאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה תִּקְנִינְהוּ לָא הָוֵינַן אָמְרִינַן לְהוּ וְאַתְּ אָמְרַתְּ וְאָזְלַת מָשָׁל לְמֶלֶךְ ב"ו שֶׁהָיוּ לוֹ אֶלֶף אַלְפֵי אֲלָפִים דִּינְרֵי זָהָב וְהָיוּ מְקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּשֶׁל כֶּסֶף וַהֲלֹא גְּנַאי הוּא לוֹ וּבִתְפִלָּה מַיְירֵי שֶׁאֵין לוֹ לְהוֹסִיף עַל מַה שֶׁתִּקְּנוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה אֲבָל בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ לֵית לַן בַּהּ. מוֹדִים מוֹדִים מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ וְכֵן הָאוֹמֵר שְׁמַע שְׁמַע כְּאִלּוּ אוֹמֵר מוֹדִים מוֹדִים מֵיתִיבֵיהּ הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְכוֹפְלוֹ ה"ז מְגֻונֶּה מְגֻונֶּה הוּא דְּאִיקְרֵי אַשְּׁתוּקִי לָא מְשַׁתְּקִין לֵיהּ לָא קַשְׁיָא הָא דְּאָמַר מִלְּתָא וְתַנְיֵיהּ וְהָא דְּאָמַר פְּסוּקָא וְתַנְיֵיהּ פירש"י פְּסוּקָא וְכַפְלֵיהּ מְשַׁתְּקִין לֵיהּ דְּמִיחְזֵי כִּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת וּלְפִיכָךְ אוֹתָם בְּנֵי אָדָם שֶׁאוֹמְרִים ביוה"כ אַחַר סִיּוּם תְּפִלַּת נְעִילָה שְׁתֵּי פְּעָמִים אוֹ ג' פְּעָמִים שְׁמַע יִשְׂרָאֵל מְשַׁתְּקִין אוֹתָן דְּמֶחֱזֵי כִּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת אֲבָל מַה שֶׁאוֹמְרִים ה' הוּא הָאֱ-לֹהִים כַּמָּה פְּעָמִים אֵין לָחוּשׁ דְּבִקְרָא נָמֵי כְּתִיב ב"פ ה' הוּא הָאֱ-לֹהִים וְרַב אִלְפָּס זַ"ל כ' דְּאִי אָמַר מִלְּתָא וְתַנְיָיה מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ אֲבָל אִם אָמַר פְּסוּקָא וְתַנְיֵיהּ מְגֻונֶּה הוּא דְּהָוֵי וְלָא מְשַׁתְּקִין לֵיהּ:
Guemara. Celui qui descendit devant l'arche en présence de Rabbi Hanina dit : « Le D.ieu grand, puissant et redoutable, robuste, fort, vaillant et digne d'être craint. » Il lui dit : as-tu achevé toutes les louanges de ton Maître ? Ces trois-là que nous disons, si Moche ne les avait pas écrites dans la Torah et si les hommes de la Grande Assemblée ne les avaient pas instituées, nous ne les dirions pas — et toi tu continues ! Parabole d'un roi de chair et de sang qui possédait mille milliers de dinars d'or, et qu'on louait avec de l'argent : n'est-ce pas un déshonneur pour lui ? Il s'agit ici de la prière, où l'on n'a pas à ajouter à ce qu'ont institué les hommes de la Grande Assemblée ; mais entre soi et soi-même, il n'y a pas de difficulté. « Modim modim : on le fait taire » — et de même celui qui dit « Chema, Chema », c'est comme s'il disait « modim modim ». On objecte : celui qui lit le Chema et le double, voilà qui est blâmable — blâmable, donc, mais on ne le fait pas taire ! Il n'y a pas de difficulté : dans un cas il a dit un mot et l'a répété, dans l'autre il a dit un verset et l'a répété. Rachi explique : un verset qu'il a doublé, on le fait taire, car cela a l'apparence de deux puissances. C'est pourquoi les gens qui disent à Kippour, après la fin de la prière de Neila, deux ou trois fois « Chema Israël », on les fait taire, car cela a l'apparence de deux puissances ; mais ce qu'ils disent « Hachem est D.ieu » plusieurs fois, il n'y a pas lieu de craindre, car le verset lui-même porte deux fois « Hachem est D.ieu ». Et Rav Alfassi, de mémoire bénie, a écrit que s'il a dit un mot et l'a répété on le fait taire, tandis que s'il a dit un verset et l'a répété cela demeure blâmable et on ne le fait pas taire.
💡 Explication

Le nouveau récit passe du contenu doctrinal à la quantité de louange. L'officiant aligne dix qualificatifs là où la Amida en comporte trois. Le Roch précise d'emblée la portée de la remontrance qui va suivre : elle vise la prière instituée, et laisse ouverte la louange privée que chacun forme pour lui-même.

22
הִמְתִּין לוֹ עַד דְּסַיֵּים. כִּי סַיֵּים אֲמַר לֵיהּ: סַייֵּמְתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ שִׁבְחֵי דְמָרָךְ?! לָמָּה לִי כֻּולֵּי הַאי? אֲנַן, הָנֵי תְּלָת דְּאָמְרִינַן אִי לָאו דְּאַמְרִינְהוּ מֹשֶׁה רַבֵּנוּ בְּאוֹרָיְיתָא, וַאֲתוֹ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה וְתַקְּנִינְהוּ בִּתְפִלָּה — לָא הֲוֵינַן יְכוֹלִין לְמֵימַר לְהוּ, וְאַתְּ אָמְרַתְּ כֻּולֵּי הַאי וְאָזְלַתְּ! מָשָׁל לְמֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם שֶׁהָיוּ לוֹ אֶלֶף אֲלָפִים דִּינְרֵי זָהָב, וְהָיוּ מְקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּשֶׁל כֶּסֶף. וַהֲלֹא גְּנַאי הוּא לוֹ!

Il attendit qu'il eût fini. Quand il eut fini, il lui dit : as-tu achevé toutes les louanges de ton Maître ?

Pourquoi tout cela ? Ces trois-là que nous disons, si Moche notre maître ne les avait pas dites dans la Torah et si les hommes de la Grande Assemblée n'étaient venus les instituer dans la prière, nous ne pourrions pas les dire — et toi tu en dis tant et tu continues !

Parabole d'un roi de chair et de sang qui possédait mille milliers de dinars d'or, et qu'on louait avec des dinars d'argent. N'est-ce pas un déshonneur pour lui ?

📜 Rachi (2)
אִי לָאו דְּאַמְרִינְהוּ מֹשֶׁה הָאֵל הַגָּדֹול הַגִּבֹּור וְהַנּוֹרָא אֲשֶׁר לֹא יִשָּׂא פָנִים וְלֹא יִקַּח שֹׁוחַד (דְּבָרִים י׳:י״ז):
« Le D.ieu grand, puissant et redoutable, qui ne fait pas acception de personne et ne prend pas de présent » (Deutéronome 10, 17).
וַתַּקְנִינֵהוּ בִּתְפִלָּה כְּשֶׁהִתְפַּלֵּל עֶזְרָא עַל מֵעַל הַגּוֹלָה בְּסֵפֶר עֶזְרָא (נְחֶמְיָה ט):
Lorsque Ezra pria sur l'infidélité des exilés, dans le livre d'Ezra (Nehemie 9).
🪔 Ben Yehoyada (1)
מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁהָיוּ מְשַׁבְּחִין אוֹתוֹ בְּאֶלֶף אֲלָפִים דִּינְרֵי כֶּסֶף, וְהָיוּ לוֹ אֶלֶף אֲלָפִים דִּינְרֵי זָהָב, וַהֲלֹא גְּנַאי הוּא לוֹ. מַקְשִׁים אַמַּאי נָקֵיט הַשִּׁינּוּי א' בְּכֶסֶף וְא' בְּזָהָב, לֵימָא בְּתַרְוַוייְהוּ בְּכֶסֶף, אוֹ בְּזָהָב, וְיֹאמַר כָּךְ מְשַׁבְּחִין אוֹתוֹ בְּאֶלֶף כֶּסֶף וְיֵשׁ לוֹ אַלְפֵי אֲלָפִים דִּינְרֵי כֶּסֶף? וְנִרְאֶה לִי עַתָּה שֶׁאָמַר כֶּסֶף וְזָהָב אָז תֵּיבַת גְּנַאי קָאֵי עַל הַמְשַׁבֵּחַ, דְּטִיפֵּשׁ הוּא וְלֹא יָדַע לְהַבְחִין בֵּין הַכֶּסֶף וּבֵין הַזָּהָב, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִי הֲוָה נָקֵיט ב' צְדָדִין בְּמִין אֶחָד, מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ גְּנַאי קָאֵי עַל הַמִּשְׁתַּבֵּחַ וּכְנֶגְדָּהּ בַּנִּמְשָׁל קָשֶׁה הַדָּבָר.
« Parabole d'un roi qu'on louait avec mille milliers de dinars d'argent, alors qu'il possédait mille milliers de dinars d'or : n'est-ce pas un déshonneur pour lui. » On demande pourquoi il a posé la différence ainsi, l'un en argent et l'autre en or ; qu'il prenne les deux en argent, ou les deux en or, et qu'il dise : on le loue avec mille dinars d'argent alors qu'il possède mille milliers de dinars d'argent. Il me semble à présent que, puisqu'il a dit argent et or, le mot « déshonneur » porte sur celui qui loue : il est sot et ne sait pas discerner entre l'argent et l'or. Tandis que s'il avait pris deux degrés dans une seule matière, il faudrait nécessairement expliquer que « déshonneur » porte sur celui qui est loué — et cela ferait difficulté dans ce que la parabole vient désigner.
💡 Explication

La remontrance de Rabbi Hanina repose sur la source des trois attributs. Hagadol, haguibor vehanora viennent d'un verset de Moche, et les hommes de la Grande Assemblée les ont repris dans la Amida ; hors de cette double autorité, même eux resteraient indisponibles. Ajouter des synonymes ne prolonge donc pas la louange, cela sort du cadre qui la rend possible.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur un détail du mashal : pourquoi l'or d'un côté et l'argent de l'autre ? Sa réponse déplace la honte du roi vers celui qui le loue, en le présentant comme incapable de distinguer les deux métaux. Une parabole à un seul métal obligerait à lire le déshonneur du côté du roi, ce qui conviendrait mal à ce que la parabole désigne.

23
וְאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם, חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַתָּה יִשְׂרָאֵל מָה ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ שֹׁואֵל מֵעִמָּךְ כִּי אִם לְיִרְאָה״.

Et Rabbi Hanina dit : tout est entre les mains du Ciel, sauf la crainte du Ciel, ainsi qu'il est dit : « et maintenant, Israël, que demande Hachem ton D.ieu de toi, sinon de le craindre ».

📜 Rachi (1)
הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם כָּל הַבָּא עַל הָאָדָם בְּיַד הקב"ה הוּא כְּגוֹן אָרֹוךְ קָצָר עָנִי עָשִׁיר חָכָם שׁוֹטֶה לָבָן שָׁחוֹר הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם הוּא אֲבָל צַדִּיק וְרָשָׁע אֵינוֹ בָּא עַל יְדֵי שָׁמַיִם אֶת זוֹ מָסַר בְּיָדוֹ שֶׁל אָדָם וְנָתַן לְפָנָיו שְׁנֵי דְּרָכִים וְהוּא יִבְחַר לוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם:
Tout ce qui advient à l'homme se tient dans la main du Saint béni soit-Il : grand, petit, pauvre, riche, sage, sot, blanc, noir — tout cela est entre les mains du Ciel. Mais juste ou méchant ne vient pas du Ciel : celle-là, Il l'a remise dans la main de l'homme, et Il a placé devant lui deux chemins, et c'est lui qui choisira pour soi la crainte du Ciel.
💡 Explication

Le folio passe à un enseignement de Rabbi Hanina rapporté à la suite du précédent. La formule pose la limite du déterminisme : les conditions de l'existence sont données, la conduite morale demeure au choix de l'homme. Rachi énumère ces conditions par couples contrastés, puis isole le seul domaine remis à l'homme, celui du libre arbitre.

24
אַטּוּ יִרְאַת שָׁמַיִם מִילְּתָא זוּטַרְתָּא הִיא? וְהָאָמַר רַבִּי חֲנִינָא מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: אֵין לוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּבֵית גְּנָזָיו אֶלָּא אוֹצָר שֶׁל יִרְאַת שָׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר ״יִרְאַת ה׳ הִיא אוֹצָרוֹ״.

La crainte du Ciel serait-elle une petite chose ? Rabbi Hanina n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : le Saint béni soit-Il n'a dans sa chambre au trésor qu'un trésor de crainte du Ciel, ainsi qu'il est dit : « la crainte de Hachem, c'est son trésor » ?

🪔 Ben Yehoyada (2)
אַטּוּ יִרְאָה מִלְּתָא זוּטַרְתָּא הִיא? הָא דְּלָא הִקְשָׁה עַל הַכָּתוּב בְּעַצְמוֹ, נִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְלָאו הָכִי הֲוָה מְפָרֵשׁ מַה שֵׁם דָּבָר, שֶׁהוּא הָעֲנָוָה שֶׁנִּקְרֵאת מַה, כְּמוֹ וְנַחְנוּ מַה, וְהָכִי קָאָמַר שְׁאַל מִמְּךָ מִדַּת מַה, שֶׁתִּהְיֶה בַּעַל עֲנָוָה לְצֹורֶךְ הַיִּרְאָה, כִּי הַשָּׁלֵם בְּמִדַּת עֲנָוָה יַשִּׂיג הַיִּרְאָה , וּלְעוֹלָם הַיִּרְאָה גְּדוֹלָה הִיא, אַךְ עַתָּה שֶׁאָמַר הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם וְכוּ' וְיָלֵיף לָהּ מֵהַאי קְרָא, נִמְצָא מְפָרֵשׁ לִקְרָא הָכִי מַה שָׁאַל מִמְּךָ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'דָּבָר מוּעָט' שׁוֹאֵל מֵעִמָּךְ, וְלֹא דָּבָר מְרֻובֶּה וּלְהָכִי פָּרֵיךְ אַטּוּ.
« La crainte serait-elle une petite chose ? » Que la Guemara n'ait pas objecté sur le verset lui-même s'explique, me semble-t-il avec l'aide du Ciel, ainsi : sans cet enseignement, on aurait expliqué que <i>ma</i>, « quoi », est un substantif désignant l'humilité, appelée <i>ma</i>, comme dans « et nous, que sommes-nous ». Le verset dirait alors : Il demande de toi la mesure du <i>ma</i>, que tu sois homme d'humilité en vue de la crainte, car celui qui est accompli dans la mesure d'humilité atteint la crainte ; et la crainte demeurerait toujours une grande chose. Mais à présent qu'il a dit « tout est entre les mains du Ciel, etc. » et qu'il l'a tiré de ce verset, il se trouve qu'il explique le verset ainsi : « que demande-t-Il de toi », c'est-à-dire qu'Il demande de toi peu de chose et non beaucoup ; de là vient l'objection « serait-elle... ».
אֵין לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּבֵית גְּנָזָיו, אֶלָּא אוֹצָר שֶׁל יִרְאַת שָׁמַיִם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה לִשְׁלֹול בָּזֶה, וְעוֹד לָמָּה אָמַר בְּבֵית גְּנָזָיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד יָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ ב' מִינֵי יִרְאָה, א' יִרְאַת הָעֹונֶשׁ וְזוֹ גְּרוּעָה, וְא' יִרְאַת הָרוֹמְמוּת וְזוֹ מְשֻׁובַּחַת, וְזוֹ יִרְאַת הָרוֹמְמוּת מְצוּיָה אֵצֶל הַמַּלְאָכִים וְכָל צְבָא הַשָּׁמַיִם, וְלָכֵן תִּתְייַחֵס זוֹ לַשָּׁמַיִם, וְלָזֶה אָמַר וִיהִי מוֹרָא שָׁמַיִם עֲלֵיכֶם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר יֵרָאֶה שֶׁיְּרֵאִים צְבָא הַשָּׁמַיִם מהקב"ה שֶׁהִיא יִרְאַת הָרוֹמְמוּת תִּהְיֶה עֲלֵיכֶם, וְאֵין מִי שֶׁמַּכִּיר בֵּין יִרְאָה זוֹ לְיִרְאָה זוֹ אֶלָּא הקב"ה, כִּי דָּבָר זֶה מָסוּר לַלֵּב, וַאֲפִילּוּ הַמַּלְאָכִים אֵין מַכִּירִים בַּלֵּב, וְרַק הוּא יִתְבָּרֵךְ יוֹדֵעַ תַּעֲלוּמוֹת לֵב, וְלָזֶה אָמַר אֵין להקב"ה בְּבֵית גְּנָזָיו דַּייְקָא, כִּי אֵלָיו דַּוְקָא נִגְלֶה, אֶלָּא אוֹצָר שֶׁל יִרְאַת שָׁמַיִם, כְּלוֹמַר יִרְאַת הָרוֹמְמוּת שֶׁהִיא נְהוּגָה בַּשָּׁמַיִם. אִי נָמֵי אָמַר בְּבֵית גְּנָזָיו כִּי 'הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם', נִמְצָא הַכֹּל נִגְזַר בְּדִיבּוּר וְרַק הַיִּרְאָה נִשְׁאֲרָה נִסְתֶּרֶת וְנֶעְלֶמֶת, שֶׁלֹּא יָצְאָה בִּגְזֵירָתוֹ יִתְבָּרֵךְ מִן הַכֹּחַ.
« Le Saint béni soit-Il n'a dans sa chambre au trésor qu'un trésor de crainte du Ciel. » Il y a lieu de demander ce que cette formule vient exclure, et pourquoi elle précise « dans sa chambre au trésor ». Il me semble avec l'aide du Ciel : il est connu qu'il existe deux sortes de crainte, l'une la crainte du châtiment, qui est inférieure, l'autre la crainte de la grandeur (<i>yirat haromemout</i>), qui est louée. Cette crainte de la grandeur se trouve chez les anges et toute l'armée des cieux, et c'est pourquoi on la rapporte au ciel ; c'est aussi le sens de « que la crainte du Ciel soit sur vous », c'est-à-dire : que la crainte dont l'armée des cieux craint le Saint béni soit-Il, qui est la crainte de la grandeur, soit sur vous. Et nul ne discerne entre cette crainte et l'autre, sinon le Saint béni soit-Il, car cette chose est remise au cœur, et même les anges ne discernent pas dans le cœur ; Lui seul, béni soit-Il, connaît les secrets du cœur. C'est pourquoi il dit précisément « le Saint béni soit-Il n'a dans sa chambre au trésor », car à Lui seul cela est dévoilé, « qu'un trésor de crainte du Ciel », c'est-à-dire la crainte de la grandeur, qui a cours dans les cieux. Autre explication : il dit « dans sa chambre au trésor » parce que « tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel » ; il se trouve que tout est décrété par la parole, et que seule la crainte demeure cachée et celée, n'étant pas sortie en acte par son décret.
💡 Explication

L'objection naît de la lecture que Rabbi Hanina fait du verset. En comprenant « que demande-t-Il de toi, sinon de craindre » comme une demande modeste, il entre en tension avec un autre de ses propres enseignements, qui fait de la crainte du Ciel l'unique trésor conservé en haut.

Le Ben Yehoyada ouvre deux voies. Il explique d'abord pourquoi la difficulté porte sur l'enseignement et non sur le verset : une autre lecture du mot ma, rattachée à l'humilité, aurait évité toute tension. Il distingue ensuite deux espèces de crainte, celle du châtiment et celle de la grandeur, et fait du cœur le lieu où seule la connaissance divine peut les séparer — ce qui explique l'image de la chambre au trésor.

25
אִין, לְגַבַּי מֹשֶׁה מִילְּתָא זוּטַרְתָּא הִיא. דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: מָשָׁל לְאָדָם שֶׁמְבַקְּשִׁים מִמֶּנּוּ כְּלִי גָּדוֹל, וְיֵשׁ לוֹ — דּוֹמֶה עָלָיו כִּכְלִי קָטָן. קָטָן, וְאֵין לוֹ — דּוֹמֶה עָלָיו כִּכְלִי גָּדוֹל.

Oui : pour Moche c'est une petite chose. Car Rabbi Hanina a dit : parabole d'un homme à qui l'on demande un grand ustensile, et il le possède — il lui paraît un petit ustensile.

Un petit, et il ne le possède pas — il lui paraît un grand ustensile.

💡 Explication

La réponse maintient les deux énoncés en les rapportant à deux points de vue. La grandeur d'une chose demandée se mesure à ce qu'en possède celui à qui on la demande. Moche, qui détient la crainte du Ciel, peut la nommer une petite chose ; sa valeur absolue reste celle du trésor unique. La parabole du vase fournit le principe général.

🖼️ Schéma
La crainte du Ciel : petite pour Moche, immense en elle-même Enoncé de Rabbi Hanina Tout est entre les mains du Ciel : taille, richesse, intelligence, teint. Sauf la crainte du Ciel, remise à l'homme. Objection Le verset dit : que demande-t-Il de toi, sinon de craindre — donc peu de chose. Or la crainte est le seul trésor du Ciel. Réponse : la mesure dépend de celui à qui l'on demande Pour Moche, qui la possède, elle est bien une petite chose. Grand vase, et il le possède il lui semble un petit vase Petit vase, et il ne l'a pas il lui semble un grand vase
La tension entre les deux enseignements de Rabbi Hanina et la parabole du vase qui la résout.
26
״מוֹדִים מוֹדִים״ מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ.

« Nous te rendons grâce, nous te rendons grâce » : on le fait taire.

⚖️ Rosh (1)
הָאוֹמֵר עַל קַן צִפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ וְעַל טוֹב יִזָּכֵר שְׁמֶךָ מוֹדִים מוֹדִים מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ:
Celui qui dit « jusqu'au nid de l'oiseau parviennent tes miséricordes », « pour le bien ton nom sera mentionné », « nous te rendons grâce, nous te rendons grâce » : on le fait taire.
💡 Explication

La Guemara revient au troisième cas de la michna, laissé de côté depuis le segment 16, pour en tirer une extension.

27
אָמַר רַבִּי זֵירָא: כָּל הָאוֹמֵר ״שְׁמַע שְׁמַע״ — כְּאוֹמֵר ״מוֹדִים מוֹדִים״ דָּמֵי.

Rabbi Zeira dit : quiconque dit « Chema, Chema » est semblable à celui qui dit « modim, modim ».

💡 Explication

L'extension porte sur la lecture du Chema. Le verset Chema Israël énonce l'unité divine et vaut acceptation du joug de la royauté du Ciel ; le redoubler produit la même apparence de deux puissances que la réduplication de modim.

28
מֵיתִיבִי: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְכוֹפְלָהּ — הֲרֵי זֶה מְגֻונֶּה. מְגֻונֶּה הוּא דְּהָוֵי, שַׁתּוֹקֵי לָא מְשַׁתְּקִינַן לֵיהּ!

On objecte : celui qui lit le Chema et le double, voilà qui est blâmable. Blâmable, donc, mais on ne le fait pas taire !

💡 Explication

La baraita connaît le cas et le sanctionne d'un simple qualificatif, méguouné, blâmable. La différence de régime avec Rabbi Zeira, qui impose de faire taire, constitue l'objection.

29
לָא קַשְׁיָא: הָא, דְּאָמַר מִילְּתָא מִילְּתָא וְתָנֵי לַהּ. וְהָא, דְּאָמַר פְּסוּקָא פְּסוּקָא וְתָנֵי לֵיהּ.

Il n'y a pas de difficulté : ici, il s'agit de celui qui dit chaque mot et le répète ; là, de celui qui dit chaque verset et le répète.

📜 Rachi (1)
מִילְּתָא מִילְּתָא וְתָנֵי לַהּ כָּל תֵּיבָה וְתֵיבָה חוֹזֵר וְשׁוֹנֶה מְגֻונֶּה הָוֵי שַׁתּוֹקֵי לָא מְשַׁתְּקִינַן לֵיהּ שֶׁאֵין זֶה דּוֹמֶה לִמְקַבֵּל עָלָיו שְׁתֵּי מַלְכֻיוֹת אֶלָּא לְמִתְלוֹצֵץ אָמַר פָּסוּק שָׁלֵם וְתָנֵי לֵיהּ מְשַׁתְּקִינַן לֵיהּ דְּמֶחֱזֵי כִּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת:
Chaque mot, il le reprend et le redit : cela est blâmable, mais on ne le fait pas taire, car cela ressemble à un homme qui plaisante plutôt qu'à un homme qui accepte sur soi deux royautés. S'il a dit un verset entier et l'a répété, on le fait taire, car cela a l'apparence de deux puissances.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר פְּסוּקָא פְּסוּקָא וְכַפְלֵיהּ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ דְּמֶחֱזֵי כְּעוֹשֶׂה ב' רְשׁוּיוֹת ובה"ג ובפר"ח מְפָרֵשׁ אִיפְּכָא פְּסוּקָא אֵין מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ מִיהוּ מְגֻונֶּה הָוֵי אַךְ לְשׁוֹן הַגְּמָרָא לֹא מַשְׁמַע כַּפֵּי' וְאוֹתָן בְּנֵי אָדָם שֶׁאוֹמְרִים בּ' אוֹ ג' פְּעָמִים שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ביוה"כ מְשַׁתְּקִין אוֹתָם לפירש"י ולפר"ח מְגֻונֶּה מִיהָא הָוֵי אוֹ שֶׁמָּא אֵין לָחוּשׁ רַק כְּשֶׁקּוֹרֵא ק"ש בְּעוֹנָתָהּ וּמְקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם ומ"מ טוֹב שֶׁלֹּא לוֹמַר אַךְ מַה שֶׁאוֹמְרִים ה' הוּא הָאֱ-לֹהִים ז' פְּעָמִים ביוה"כ וְיוֹם עֲרָבָה כְּנֶגֶד ז' רְקִיעִים מְשַׁבְּחִים לַבּוֹרֵא שֶׁהוּא דָּר לְמַעְלָה מז' מִנְהָג כָּשֵׁר הוּא וְגַם מָצִינוּ בִּקְרָא שְׁתֵּי פְּעָמִים ה' הוּא הָאֱ-לֹהִים גַּבֵּי אֵלִיָּהוּ (מְלָכִים א י״ח:ל״ט-מ׳):
Rachi explique qu'on le fait taire, parce que cela a l'apparence de poser deux puissances. Les Halakhot Guedolot et Rabbenou Hananel expliquent l'inverse : pour un verset répété on ne le fait pas taire, et cela demeure blâmable ; toutefois la langue de la Guemara ne se lit guère selon cette explication. Et ces gens qui disent deux ou trois fois « Chema Israël » à Kippour, on les fait taire selon Rachi, et selon Rabbenou Hananel cela demeure du moins blâmable ; ou peut-être n'y a-t-il à craindre que lorsqu'on lit le Chema en son temps et que l'on accepte sur soi le joug de la royauté du Ciel. En tout cas il vaut mieux ne pas le dire. Mais ce qu'ils disent sept fois « Hachem est D.ieu » à Kippour et au jour de la Arava, correspondant aux sept cieux, louant le Créateur qui demeure au-dessus des sept, c'est une coutume valable ; et nous trouvons aussi dans le verset deux fois « Hachem est D.ieu », chez Élie (I Rois 18, 39-40).
💡 Explication

La distinction porte sur l'unité répétée. Répéter mot à mot défigure la lecture sans rien affirmer, et Rachi compare ce comportement à une plaisanterie ; répéter le verset entier redouble une déclaration complète d'acceptation du joug, et produit l'apparence de deux puissances.

Le Tossefot signale que les Halakhot Guedolot et Rabbenou Hananel inversent les deux termes, puis tire les conséquences pratiques pour un usage répandu : la répétition de Chema Israël à la fin de Neila. Il distingue ce cas de la répétition septuple de la formule qui suit, laquelle correspond aux sept cieux et trouve appui dans le verset d'Élie.

🖼️ Schéma
Répéter le Chema : deux cas, deux régimes Il lit le Chema en doublant Que double-t-il exactement ? Chaque mot repris Chema Chema Israël Israël il hache la lecture Le verset entier repris Chema Israël ... puis à nouveau il redit toute l'acceptation du joug Blâmable, sans plus Rachi : cela ressemble à quelqu un qui plaisante. On le fait taire Cela a l'apparence de deux puissances. Les Halakhot Guedolot et Rabbenou Hananel intervertissent les deux cas ; le Roch suit Rachi.
La distinction entre le mot répété et le verset répété, et le régime attaché à chacun.
30
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: וְדִילְמָא מֵעִיקָּרָא לָא כַּוֵּון דַּעְתֵּיהּ, וּלְבַסּוֹף כִּוֵּון דַּעְתֵּיהּ?

Rav Papa dit à Abaye : peut-être qu'au début il n'a pas dirigé son intention, et qu'à la fin il l'a dirigée ?

💡 Explication

Rav Papa propose une lecture innocente du redoublement. Celui qui reprend le verset le reprend peut-être faute de kavana la première fois, et non pour affirmer quoi que ce soit. La question suppose que le motif du redoublement, et non sa forme seule, décide de la sanction.

31
אֲמַר לֵיהּ:

Il lui dit :

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur l'ouverture de la réponse d'Abaye, qui se poursuit au début de Berakhot 34a.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).