Sougya : Le folio s'ouvre sur la réponse d'Abaye à Rav Papa, qui clôt la sougya du folio précédent : la répétition du verset ne se justifie pas par un défaut d'intention, car on ne traite pas le Ciel avec familiarité. La michna passe ensuite à l'officiant qui se trompe au milieu de la amida : un autre prend sa place sans se faire prier, et il reprend au début de la bénédiction manquée ; l'officiant ne répond pas amen après les kohanim et ne monte pas au douhan, sauf s'il est sur de retrouver le fil.
La guemara étudie d'abord le refus d'usage, qui doit rester mesuré comme le sel dans un plat, puis ouvre la question centrale du folio : de quel point reprend-on ? Rav Houna découpe la amida en trois blocs et fait revenir au début du bloc, Rav Assi tient que les treize bénédictions intermédiaires n'ont pas d'ordre.
Rav Chechet objecte depuis la michna, Rav Houna répond que les intermédiaires forment une seule bénédiction. Viennent ensuite la règle de Rav Yehouda sur la place des demandes personnelles, avec l'image du serviteur devant son maître chez Rabbi Hanina, les deux anecdotes des élèves de Rabbi Eliezer sur la longueur de la prière, l'enseignement de Rav Hisda sur la prière pour un malade, et enfin la baraita des quatre inclinaisons de la amida.
Y a-t-il une familiarité à l'égard du Ciel ?! S'il n'a pas dirigé son intention au début, nous le frappons avec le marteau du forgeron jusqu'à ce qu'il dirige son intention.
Abaye répond à l'hypothèse de Rav Papa, restée ouverte à la fin du folio précédent : l'homme qui redouble le verset du Chema le ferait parce que la kavana (l'intention dirigée) lui a manqué la première fois. Abaye refuse cette lecture indulgente. Traiter la prière comme une chose que l'on recommence à loisir suppose une hevrouta, une familiarité de compagnon à compagnon, et ce registre ne convient pas devant le Ciel.
L'image du marteau du forgeron (marzafta de-napha) donne la mesure de la réponse : l'homme est repris et corrigé, jusqu'à ce que l'intention soit présente dès le premier mot. Rachi précise que la formule signifie d'abord un enseignement, la contrainte physique ne venant que pour celui qui prend cette habitude.
Michna. (Celui qui dit : « que les bons Te bénissent » — voilà des voies d'hérésie.) Celui qui passe devant la tevah (le pupitre de l'officiant) et s'est trompé — un autre passera à sa place, et il ne se fera pas prier à ce moment-là.
À partir d'où commence-t-il ? Depuis le début de la bénédiction dans laquelle celui-ci s'est trompé.
La michna traite du cheliah tsibbour, l'officiant qui acquitte l'assemblée de son obligation. Deux règles y sont posées. D'abord, le remplaçant renonce au sirouv, ce refus poli d'usage que la guemara détaillera au segment 3 : la prière de l'assemblée est suspendue, et la faire attendre serait indigne.
Ensuite le point de reprise : « depuis le début de la bénédiction dans laquelle celui-ci s'est trompé ». Cette formule paraîtra simple, et elle deviendra la pièce maîtresse du débat entre Rav Houna et Rav Assi aux segments 5 à 8, chacun lisant différemment le mot bénédiction.
Celui qui passe devant la tevah ne répondra pas « amen » après les kohanim, à cause du trouble. Et s'il n'y a là de kohen que lui — il ne lèvera pas ses paumes.
Et si son assurance est telle qu'il lèvera ses paumes et reviendra à sa prière — il en a le droit.
La michna poursuit avec deux mesures de protection pour l'officiant qui récite la amida de mémoire. Répondre « amen » après chaque bénédiction des kohanim lui ferait perdre le fil, alors qu'il doit enchaîner immédiatement en dictant aux kohanim le mot suivant de la birkat kohanim. Le mot tirouf désigne ici cet égarement de l'esprit.
Pour la même raison, un officiant kohen ne monte pas au douhan lorsqu'il est le seul kohen présent : il risquerait de ne pas retrouver l'entrée de « Sim chalom ». La michna réserve le cas de celui dont l'assurance est établie, et l'autorise alors.
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : celui qui passe devant la tevah doit refuser.
S'il ne refuse pas — il ressemble à un plat sans sel. Et s'il refuse plus que de mesure — il ressemble à un plat que le sel a brûlé.
Comment fait-il ? La première fois — il refuse ; la deuxième — il fait mine de se lever ; la troisième — il étend ses jambes et descend.
La guemara reprend le mot sarvan de la michna et expose la règle générale du sirouv : celui à qui l'on demande de mener la prière commence par se récuser, pour ne pas paraître avide de la fonction. La baraita fixe une progression en trois temps : refus, puis mouvement d'acceptation, puis descente effective vers la tevah.
L'image du sel donne la mesure. Sans refus, la conduite manque de goût ; avec un refus prolongé, le plat est gâté. La michna précisait qu'au moment où l'on remplace un officiant en difficulté, le refus tombe entièrement.
Nos maîtres ont enseigné : trois choses dont l'excès est mauvais et dont la faible quantité est bonne, les voici : le levain, le sel et le refus.
La baraita généralise l'image du segment précédent. Le levain et le sel agissent tous deux par petite mesure sur une masse ; au-delà, ils la ruinent. Le sirouv est rangé dans la même classe, ce qui donne à la règle du refus son statut : une conduite bonne dans une mesure exacte.
Rav Houna a dit : s'il s'est trompé dans les trois premières — il revient au début. Dans les intermédiaires — il revient à « Ata honen ».
Dans les dernières — il revient à « Avoda ».
Rav Houna lit la amida comme trois unités : les trois bénédictions de louange, les treize demandes, les trois de conclusion. L'erreur dans une unité oblige à reprendre l'unité entière depuis son début, chaque bloc formant un ensemble indivisible.
Les trois points de retour sont donc le tout début de la amida, Ata honen (première des intermédiaires) et Avoda (première des trois dernières). Le segment suivant ouvre l'avis contraire de Rav Assi, et le segment 7 confrontera Rav Houna à la michna.
Et Rav Assi a dit : les bénédictions intermédiaires n'ont pas d'ordre.
Rav Assi retire au bloc du milieu le caractère d'unité ordonnée. Rachi comprend la formule au sens large : la bénédiction sautée se dit à l'endroit où l'on s'en souvient, même hors de son rang. Le Rachbam, suivi par les Tossefot et le Rif, restreint la portée : on revient à la bénédiction sautée et l'on repart de là dans l'ordre, sans remonter jusqu'à Ata honen.
La nafka mina apparaît au jeûne communautaire, pour la bénédiction « Aneinou » que l'officiant insère entre Goel Israël et Rofe. Selon Rachi, celui qui l'a oubliée la dit plus loin. Selon le Rachbam, il faudrait reprendre toute la suite dans l'ordre, et l'on s'en abstient pour ne pas prononcer une bénédiction en vain.
Rav Chechet objecte : « à partir d'où revient-il ? Depuis le début de la bénédiction dans laquelle celui-ci s'est trompé. » Réfutation de Rav Houna.
Rav Chechet oppose à Rav Houna les termes mêmes de la michna. « Depuis le début de la bénédiction dans laquelle celui-ci s'est trompé » désigne la bénédiction manquée elle-même, et non le début du bloc. La guemara enregistre une teyouvta, une réfutation, ce qui range Rav Chechet du côté de Rav Assi.
Rachi ajoute une précision de lecture : la michna ne dit pas seulement par où l'on commence, elle implique que l'on poursuit ensuite selon la suite régulière. La notion d'ordre est donc bien maintenue, et le désaccord porte uniquement sur le point de départ.
Rav Houna peut te dire : les bénédictions intermédiaires sont toutes une seule bénédiction.
Rav Houna maintient sa position en redéfinissant le mot de la michna. Le terme bénédiction y désigne l'ensemble des treize demandes, tenues pour une unité ; « le début de la bénédiction » vaut donc Ata honen.
Les Tossefot et le Roch comptent cette réponse parmi les raisons de trancher comme Rav Assi : une réponse qui contraint ainsi le sens de la michna reste une réponse forcée, et l'on ne s'appuie pas dessus, d'autant que la matière est d'institution rabbinique.
Rav Yehouda a dit : jamais un homme ne demandera ses besoins ni dans les trois premières, ni dans les trois dernières, mais dans les intermédiaires. Car Rabbi Hanina a dit : les premières ressemblent à un serviteur qui ordonne la louange devant son maître ; les intermédiaires, à un serviteur qui demande une gratification à son maître ; les dernières, à un serviteur qui a reçu une gratification de son maître, prend congé et s'en va.
Le découpage en trois blocs, jusqu'ici argument technique sur le point de reprise, reçoit ici sa raison de fond. Rabbi Hanina décrit une audience en trois temps : la louange, la demande, le congé. Chaque bloc a une fonction propre, et une demande personnelle placée hors du bloc du milieu rompt cette progression.
Les Tossefot, au nom de Rabbenou Hananel et de Rav Haï Gaon, limitent la règle aux besoins d'un individu. Les besoins de la collectivité trouvent place partout, ce qui autorise « Zokhrenou » dans la première bénédiction, « Yaalé ve-yavo » et « Al ha-nissim » dans les dernières. La preuve est interne : les trois dernières bénédictions sont elles-mêmes des demandes communautaires.
Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'un élève descendit devant la tevah en présence de Rabbi Eliezer, et il prolongeait plus que de mesure. Ses élèves lui dirent : comme celui-ci est long !
Il leur dit : prolonge-t-il plus que Moche notre maître, dont il est écrit : « les quarante jours et les quarante nuits, etc. » (Deutéronome 9, 25) ?
La guemara passe de l'ordre de la amida à sa durée. Les élèves attendent une norme, Rabbi Eliezer répond en produisant un précédent extrême : quarante jours et quarante nuits de prière chez Moche. La longueur, prise en elle-même, ne fournit donc pas de critère d'invalidité.
Le segment suivant apporte le précédent symétrique, et les deux ensemble encadrent la question : la mesure de la prière se prend à l'état de celui qui prie, non à la durée affichée.
Il arriva de nouveau qu'un élève descendit devant la tevah en présence de Rabbi Eliezer, et il abrégeait plus que de mesure. Ses élèves lui dirent : comme celui-ci est bref !
Il leur dit : abrège-t-il plus que Moche notre maître, dont il est écrit : « De grâce, D.ieu, guéris-la donc » (Nombres 12, 13) ?
Le second récit répond au premier avec le même argument et le même personnage. La prière de Moche pour Miriam tient en cinq mots, et elle a été exaucée. Rabbi Eliezer écarte ainsi les deux reproches que les élèves adressaient à l'officiant.
Le verset cité ici sert de charnière : il fournit au segment suivant la preuve de l'enseignement de Rav Hisda sur la prière faite pour un malade.
Rabbi Yaakov a dit au nom de Rav Hisda : quiconque demande miséricorde pour son compagnon n'a pas besoin de mentionner son nom, comme il est dit : « De grâce, D.ieu, guéris-la donc », et le nom de Miriam n'est pas mentionné.
Du même verset, la guemara tire une règle de conduite pour la prière faite au profit d'un autre : la mention du nom n'est pas requise. Rachi précise qu'il s'agit du nom du malade.
Le Ben Ich Haï confronte cet enseignement à deux récits du traité Taanit où le nom est au contraire demandé, et il distingue selon l'objet de la prière : pour attirer un bien, les lettres du nom servent de canal ; pour écarter une souffrance, le silence sur le nom vaut mieux.
Nos maîtres ont enseigné : voici les bénédictions dans lesquelles un homme s'incline : à « Avot », au début et à la fin ; à « Hodaa », au début et à la fin. Et s'il vient à s'incliner à la fin de chaque bénédiction et au début de chaque bénédiction — on lui enseigne de ne pas s'incliner.
La baraita fixe quatre points d'inclinaison dans la amida : l'ouverture et la clôture de la première bénédiction, l'ouverture et la clôture de Hodaa. Rachi identifie ces deux dernières à « Modim » et à « ve-lekha nae lehodot ».
Celui qui veut s'incliner partout est repris. Les Tossefot donnent deux motifs : l'institution des sages perdrait sa forme si chacun ajoutait des rigueurs à sa guise, et l'on craint la yohara, l'ostentation. La règle du corps rejoint ainsi la règle des mots posée dans tout le folio.
Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : un homme ordinaire, comme nous l'avons dit.
Le terme hedyot désigne l'homme ordinaire, par opposition aux fonctions publiques. La baraita du segment précédent vaut telle quelle pour lui : quatre inclinaisons, ni plus.
La phrase ouvre une gradation que le folio 34b poursuit avec le grand prêtre, puis le roi : plus la fonction est haute, plus le nombre des inclinaisons augmente.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).