Berakhot 34b — Fin des lois de l'inclinaison, puis la michna sur celui qui se trompe en priant : le signe de la prière fluide, la récompense qu'aucun œil n'a vue, et les récits de Rabbi Hanina ben Dossa

Berakhot 34b

Sougya : Le folio achève la sougya des inclinaisons : plus un homme est élevé, plus il doit s'abaisser, et Rabbi Yitshak bar Nahmani transmet une seconde version de la répartition entre l'homme ordinaire, le grand prêtre et le roi. Une baraita distingue ensuite trois postures — kida sur la face, keria sur les genoux, hichtahavaya mains et pieds étendus.

Vient une contradiction entre deux baraitot sur l'inclinaison à Modim, résolue en quatre temps, avec la pratique de Rava. La michna ouvre alors un nouveau sujet : celui qui se trompe en priant reçoit un mauvais signe, et Rabbi Hanina ben Dossa reconnaît à la fluidité de sa prière si elle est agréée.

La Guemara situe l'erreur dans la bénédiction des Avot, appuie le signe sur un verset d'Isaie, puis développe trois enseignements de Rabbi Yo'hanan sur la récompense qu'aucun œil n'a vue, discutés par Chmouel et Rabbi Abahou. Deux récits montrent la prière de Rabbi Hanina ben Dossa à l'œuvre, et le folio se clôt sur trois règles brèves de Rav Kahana et de Rabbi Yo'hanan touchant le lieu de la prière et l'aveu de la faute.

Berakhot 34b : les cinq mouvements du folio 1. Qui s'incline, et où (seg. 0-3) Homme ordinaire, grand prêtre, roi : deux versions. Règle de Rachi : plus on est grand, plus on s'abaisse. Trois postures : kida, keria, hichtahavaya. Abaye et Rava penchent seulement sur le côté. 2. S'incliner à Modim (seg. 4-10) Une baraita loue, une autre blâme : contradiction. Première réponse : au début oui, à la fin non. Rava s'incline aux deux, sur l'exemple de ses maîtres. Deux objections, deux déplacements du blâme. 3. Michna : se tromper en priant (seg. 11-16) L'erreur est un mauvais signe ; pour l'officiant, elle atteint aussi ceux qui l'ont envoyé. La Guemara situe l'erreur dans la bénédiction des Avot. Le signe de la fluidité est appuyé sur Isaie 57. 4. Ce qu'aucun œil n'a vu (seg. 17-25) Trois enseignements parallèles de Rabbi Yo'hanan. Chmouel conteste sur les jours du Machiah. Rabbi Abahou conteste sur les baale techouva. La récompense : le vin conservé, ou Éden lui même. 5. Deux récits, puis trois règles brèves (seg. 26-31) Le fils de Rabban Gamliel : les envoyés notent l'heure, elle correspond à la minute. Le fils de Rabban Yo'hanan ben Zakai : le serviteur entre sans permission, le ministre non. Puis : prier dans une maison à fenêtres ; ne pas prier en pleine plaine ; ne pas détailler sa faute. Le chapitre Ein Omdin se clôt sur le Hadran. Charnière du folio Ce qui précède règle le corps de celui qui prie ; la michna passe à ce que sa prière révèle de son sort. Un même fil traverse le folio : la prière est mesurée du dehors, par la posture puis par la fluidité des mots. Les deux récits montrent que ce signe est un savoir reçu, et non une prophétie.
Le plan du folio : la fin des lois de l inclinaison, puis la michna sur l erreur en priant et ses développements.
Qui s'incline, et à quel endroit de la prière : les deux versions La michna de 34a donné une répartition ; Rabbi Yitshak bar Nahmani en transmet une autre au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi. Rang Version de la michna (seg. 0) Version de Rabbi Yitshak bar Nahmani (seg. 1) Homme ordinaire hedyot Début et fin de Avot, début et fin de Modim Identique : comme nous avons dit Grand prêtre kohen gadol À la fin de chaque bénédiction Au début de chaque bénédiction Roi melekh Début et fin de chaque bénédiction Une fois incliné, il ne se redresse plus Preuve : Salomon se lève seulement une fois sa prière achevée Le principe commun Plus le rang est élevé, plus l'abaissement est requis. Ce qui sépare les deux versions Le sommet est atteint par la fréquence ou par la durée.
Les deux répartitions de l inclinaison entre l homme ordinaire, le grand prêtre et le roi.
Les trois enseignements de Rabbi Yo'hanan et leurs contradicteurs Même forme à chaque fois : les prophètes ont décrit un degré, le degré supérieur reste indicible. Ce que les prophètes ont annoncé Le degré laissé indicible Qui conteste Celui qui marie sa fille à un talmid 'hakham, celui qui commerce pour lui, celui qui le fait profiter de ses biens Les talmide hakhamim eux mêmes Personne dans le folio Les jours du Machiah Le monde à venir Chmouel Entre ce monde et les jours du Machiah, seul change le joug des nations. Les baale techouva Les justes accomplis Rabbi Abahou Là où se tiennent les baale techouva, les justes accomplis ne se tiennent pas. Preuve : le lointain est salué en premier. La réponse de Rabbi Yo'hanan sur le même verset Le lointain désigne celui qui fut éloigné de la faute des l'origine, donc le juste accompli. Le proche désigne celui qui fut proche de la faute et qui vient de s'en éloigner, donc le baal techouva.
Les trois enseignements parallèles de Rabbi Yohanan et les deux avis qui les contredisent.
1
כֹּהֵן גָּדוֹל, בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה. וְהַמֶּלֶךְ, תְּחִלַּת כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה וְסוֹף כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה.

Le grand prêtre, à la fin de chaque bénédiction. Et le roi, au début de chaque bénédiction et à la fin de chaque bénédiction.

📜 Rachi (1)
כֹּהֵן גָּדוֹל בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה כָּל מַה שֶׁהוּא גָּדוֹל בְּיוֹתֵר צָרִיךְ לְהַכְנִיעַ וּלְהַשְׁפִּיל עַצְמוֹ:
Tout ce qui est plus grand doit davantage se soumettre et s'abaisser soi même.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֹּהֵן גָּדוֹל, בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה. נִרְאֶה לִי הַטַּעַם כְּדֵי שֶׁיַּבִּיט בְּסוֹף אוֹתִיּוֹת הַתֹּאַר שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא אוֹת נוּ"ן דַּכָּה ן , הָרוֹמֵז עַל נְפִילָה שֶׁל כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל, וְשָׁם יִשְׁחֶה לְהוֹרוֹת כִּי עַל יְדֵי עֲנָוָה שֶׁלּוֹ בָּזֶה סוֹמֵךְ נ פִּילַת כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל, וּמַה שֶׁהַמֶּלֶךְ שׁוֹחֶה בַּתְּחִלָּה וְסוֹף כָּל בְּרָכָה, רֶמֶז שֶׁיַּבִּיט בְּרֹאשׁ וְסוֹף תֹּואַר שֶׁלּוֹ שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת מָךְ ד' מ ל ך ', וְיִהְיֶה תָּמִיד מָךְ וְשָׁפָל, וְלֵר' יִצְחָק בַּר נַחְמָנִי כ הֵן גָּדוֹל בִּתְחִלַּת כָּל בְּרָכָה יַבִּיט בְּרֹאשׁ תֹּואַר שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא כַּף לְשׁוֹן כְּפִיפָה, וְהַמֶּלֶךְ כֵּיוָן שֶׁכָּרַע אֵינוֹ זוֹקֵף, שֶׁיַּבִּיט בְּאוֹתִיּוֹת מֶלֶךְ שֶׁהֵם הוֹלְכִים וְדַלִּים בְּמִסְפָּרָם, כֵּן הוּא יוֹסֵף שִׁפְלוּת עַל שִׁפְלוּתוֹ יוֹם יוֹם.
Le grand prêtre, à la fin de chaque bénédiction. Il me semble que le motif en est qu'il regarde la fin des lettres de son titre, la lettre noun de kohen, qui évoque la chute de Knesset Israël ; et là il s'incline, pour enseigner que par son humilité il soutient cette chute. Et si le roi s'incline au début et à la fin de chaque bénédiction, l'allusion est qu'il regarde le début et la fin de son titre, les lettres mem et kaf de melekh, qui forment le mot makh, abaissé, afin d'être toujours abaissé et humble. Selon Rabbi Yitshak bar Nahmani, le grand prêtre s'incline au début de chaque bénédiction : il regarde alors le début de son titre, la lettre kaf, qui évoque la kefifa, la courbure. Et le roi, une fois incliné, ne se redresse plus : il regarde les lettres de melekh, dont le compte va en s'amoindrissant de lettre en lettre, et ainsi ajoute-t-il chaque jour de l'abaissement à son abaissement.
💡 Explication

Le segment achève la michna commencée en 34a. Le principe est donné par Rachi en une ligne : plus le rang est élevé, plus l'abaissement requis est fréquent. L'homme ordinaire s'incline aux deux endroits fixés de la amida ; le grand prêtre à la fin de chaque bénédiction ; le roi aux deux extrémités de chacune.

La suite du folio va donner une seconde version de cette répartition, reçue directement de Rabbi Yehochoua ben Levi. Les deux versions partagent le principe et divergent sur la manière de marquer le sommet de l'échelle.

2
אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר נַחְמָנִי: לְדִידִי מִפָּרְשָׁא לִי מִינֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֶדְיוֹט, כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ. כֹּהֵן גָּדוֹל, תְּחִלַּת כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה. הַמֶּלֶךְ — כֵּיוָן שֶׁכָּרַע שׁוּב אֵינוֹ זוֹקֵף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כְּכַלּוֹת שְׁלֹמֹה לְהִתְפַּלֵּל וְגוֹ׳ קָם מִלִּפְנֵי מִזְבַּח ה׳ מִכְּרֹעַ עַל בִּרְכָּיו״.

Rabbi Yitshak bar Nahmani a dit : à moi, la chose a été expliquée de la bouche même de Rabbi Yehochoua ben Levi. L'homme ordinaire, comme nous avons dit.

Le grand prêtre, au début de chaque bénédiction. Le roi : une fois qu'il s'est incliné, il ne se redresse plus, ainsi qu'il est dit : Et lorsque Salomon eut achevé de prier, il se leva de devant l'autel de Hachem, de s'être agenouillé sur ses genoux.

📜 Rachi (2)
אֵינוֹ זוֹקֵף עַד שֶׁיִּגְמֹור:
Jusqu'à ce qu'il ait achevé toute sa prière.
קָם מִלִּפְנֵי מִזְבַּח ה' מִכְּרֹועַ רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא וַיְהִי כְּכַלּוֹת שְׁלֹמֹה לְהִתְפַּלֵּל וַהֲדַר קָם מִכְּרֹועַ:
Le début du verset dit : Et lorsque Salomon eut achevé de prier ; et ensuite seulement : il se leva de s'être agenouillé.
💡 Explication

Rabbi Yitshak bar Nahmani ne rapporte pas une tradition entendue par un intermédiaire : il précise lididi mefarcha li, la chose m a été expliquée à moi directement. Cette précision donne son poids à la version divergente.

La différence porte sur le roi. Dans la michna, le roi s'incline plus souvent que le grand prêtre ; ici, il s'incline une seule fois mais reste incliné jusqu'au terme de la prière. Le verset sur Salomon est produit dans ce sens précis : Rachi relève que le texte mentionne d'abord l'achèvement de la prière, et seulement ensuite le fait de se relever.

🖼️ Schéma
Qui s'incline, et à quel endroit de la prière : les deux versions La michna de 34a donné une répartition ; Rabbi Yitshak bar Nahmani en transmet une autre au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi. Rang Version de la michna (seg. 0) Version de Rabbi Yitshak bar Nahmani (seg. 1) Homme ordinaire hedyot Début et fin de Avot, début et fin de Modim Identique : comme nous avons dit Grand prêtre kohen gadol À la fin de chaque bénédiction Au début de chaque bénédiction Roi melekh Début et fin de chaque bénédiction Une fois incliné, il ne se redresse plus Preuve : Salomon se lève seulement une fois sa prière achevée Le principe commun Plus le rang est élevé, plus l'abaissement est requis. Ce qui sépare les deux versions Le sommet est atteint par la fréquence ou par la durée.
Les deux répartitions mises en regard, et ce qui les sépare.
3
תָּנוּ רַבָּנַן: קִידָּה — עַל אַפַּיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתִּקֹּד בַּת שֶׁבַע אַפַּיִם אֶרֶץ״. כְּרִיעָה — עַל בִּרְכַּיִם, שֶׁנֶּאֱמַר ״מֻכְרָע עַל בִּרְכָּיו״. הִשְׁתַּחֲוָאָה — זוֹ פִּשּׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲבוֹא נָבוֹא אֲנִי וְאִמְּךָ וְאַחֶיךָ לְהִשְׁתַּחֲוֹת לְךָ אָרְצָה״.

Nos maîtres ont enseigné : la kida, c'est sur la face, ainsi qu'il est dit : Et Bat Cheva s'inclina, face contre terre. La keria, c'est sur les genoux, ainsi qu'il est dit : de s'être agenouillé sur ses genoux.

La hichtahavaya, c'est l'extension des mains et des pieds, ainsi qu'il est dit : Viendrons nous donc, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner devant toi jusqu'à terre ?

📜 Rachi (1)
אַרְצָה לְשׁוֹן מִשְׁתַּטֵּחַ מַשְׁמַע:
Le terme indique que l'on s'étend de tout son long.
🗂️ Tossefot (1)
קִידָּה עַל אַפַּיִם וּמַייְתִי קְרָא אע"ג דְּאַשְׁכְּחַן נָמֵי בְּעִנְיָן אַחֵר יֵשׁ לוֹמַר דְּקִים לֵיהּ מִקַּבָּלָה דְּקִידָּה עַל אַפַּיִם וּמַיְיתִי קְרָא דִּמְסַיְּיעוֹ:
La baraita produit un verset bien que l'on trouve ce terme employé aussi dans un autre sens. On peut dire qu'elle tient par tradition reçue que la kida se fait sur la face, et qu'elle apporte le verset seulement comme appui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תָּנוּ רַבָּנַן: קִדָּה, עַל אַפַּיִם וְכוּ׳ כְּרִיעָה, עַל בִּרְכַּיִם וְכוּ׳ הִשְׁתַּחֲוָאָה, זוֹ פִּשּׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כְּרִיעָה תְּחִלָּה כְּסֵדֶר מֵעֲלוּתָם מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט כְּפִי סֵדֶר תְּכוּנָתָם בַּגּוּף, קִידָּה בַּחֲצִי הָעֶלְיוֹן, כְּרִיעָה בַּחֲצִי הַתַּחְתּוֹן, הִשְׁתַּחֲוָאָה בְּכָל הַגּוּף כֻּולּוֹ, וּמַה שֶׁאָמְרוּ הִשְׁתַּחֲוָאָה, זוֹ פִּשּׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית לז, י) לְהִשְׁתַּחֲוֹ‍ת לְךָ אַרְצָה, קַשָּׁא מַאי רְבוּתֵיהּ דְּהַאי קְרָא, וַהֲלֹא כְּתִיב בְּכִי תִּשָּׂא (שְׁמוֹת לד, ד) וַיִּקֹּד אַרְצָה וַיִּשְׁתַּחוּ הֲרֵי בַּקִּידָּה נָמֵי כְּתִיב 'אַרְצָה' וְלֹא אָמַר 'אַפַּיִם', וְעוֹד בְּפָ' בָּלָק כְּתִיב (בַּמִּדְבָּר כב, לֹא) וַיִּקֹּד וַיִּשְׁתַּחוּ לְאַפָּיו, וְשָׁם כְּתִיב 'לְאַפָּיו' עַל הִשְׁתַּחֲוָיָה וְלָא כְּתִיב 'אַרְצָה'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן דְּאַחַר כְּרִיעָה לֵיכָּא אֶלָּא רַק ב' מַדְרֵגוֹת, אַחַת קְטַנָּה שֶׁהִיא אַפַּיִם דַּוְקָא, וְאַחַת גְּדוֹלָה שֶׁהִיא פָּשׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם, לָכֵן ס"ל מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ קִידָּה עַל קְטַנָּה, וְהִשְׁתַּחֲוָיָה עַל גְּדוֹלָה, יַעַן כִּי בְּכָל מָקוֹם מָצִינוּ מַקְדִּים הַקִּידָּה לְהִשְׁתַּחֲוָיָה כְּשֶׁמַּזְכִּירָם בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, וּבְוַדַּאי צָרִיךְ לִהְיוֹת הַקְּטַנָּה קֹודֶם הַגְּדוֹלָה, שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ לַעֲשׂוֹת הַקְּטַנָּה שֶׁהִיא עַל אַפַּיִם, קֹודֶם הַגְּדוֹלָה שֶׁהִיא פָּשׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם וְלֹא לְהֵפֶךְ, וּמַה שֶׁאָמַר בְּפָ' כִּי תִשָּׂא וַיִּקֹּד אַרְצָה וַיִּשְׁתַּחוּ, כָּל תֵּיבָה שֶׁצְּרִיכִים לָמֶ"ד בִּתְחִלָּתָהּ הֵטִיל לָהּ הֵ"א בְּסוֹפָהּ, וּכְאִלּוּ כְּתִיב וַיִּקֹּד 'לָאָרֶץ' וַיִּשְׁתַּחוּ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר עָשָׂה הַקִּידָּה שֶׁהִיא עַל אַפַּיִם מַגַּעַת עַד לָאָרֶץ מַמָּשׁ, וְאַחַר כָּךְ וַיִּשְׁתַּחוּ בְּפָשׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם, וּפָסוּק וַיִּקֹּד וַיִּשְׁתַּחוּ לְאַפָּיו אַרְצָה, שָׁם תָּנֵי וַהֲדַר מְפָרֵשׁ דְּקָאֵי תֵּיבַת לְאַפָּיו עַל קִידָּה הַנִּזְכֶּרֶת תְּחִלָּה, וְתֵיבַת אַרְצָה עַל וַיִּשְׁתַּחוּ, וּמַה שֶׁהֵבִיא הוֹכָחָה עַל הִשְׁתַּחֲוָאָה שֶׁהִיא פָּשׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם מִפָּסוּק לְהִשְׁתַּחֲוֹ‍ת לְךָ אַרְצָה, נָקֵיט זֶה לְדֻוגְמָה בְּעָלְמָא, וּבָחַר בְּפָסוּק זֶה מִפְּנֵי שֶׁלֹּא נִזְכַּר בּוֹ קִידָּה וְרַק כְּתִיב הִשְׁתַּחֲוָיָה, וּכְתִיב בֵּיהּ אַרְצָה דְּמַשְׁמַע שָׁטוּחַ כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל, וְגַם כִּי הָכָא תֵּיבַת אַרְצָה יַתִּיר, שֶׁהוּא אָמַר מִשְׁתַּחֲוִים לִי וְלֹא אָמַר אַרְצָה, וְרָאוּי שֶׁהֵם יָשִׁיבוּ לוֹ לְהִשְׁתַּחֲוֹ‍ת לְךָ דַּוְקָא, וְלָמָּה הוֹסִיפוּ אַרְצָה, לָכֵן הוֹסִיפוּ אַרְצָה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר הִשְׁתַּחֲוָיָה שֶׁהִיא בְּהִשְׁתַּטְּחוּת אַרְצָה. בְּרַם הָא קַשְׁיָא מַה שֶׁהֵבִיא לְדֻוגְמָה עַל קִידָּה שֶׁהִיא בָּאַפַּיִם מִפָּסוּק (מְלָכִים א' א, לא) וַתִּקֹּד בַּת שֶׁבַע אַמַּאי לֹא הֵבִיא מִפְּסוּקִים קֹודֶם זֶה בִּשְׁמוּאֵל וַיַּבֵּט שָׁאוּל אַחֲרָיו וַיִּקֹּד דָּוִד אַפַּיִם אַרְצָה וַיִּשְׁתָּחוּ (בִּשְׁמוּאֵל א' כד, ח) וְכֵן עוֹד (שָׁם כח, יד) וַיֵּדַע שָׁאוּל כִּי שְׁמוּאֵל הוּא וַיִּקֹּד אַפַּיִם אַרְצָה וַיִּשְׁתָּחוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנִיחָא לֵיהּ בְּהַאי קְרָא דְּבַת שֶׁבַע, מִשּׁוּם דִּכְתִיב 'אֶרֶץ' וְלָא כְּתִיב 'אַרְצָה' בְּהֵ"א, כִּדְנָקֵיט בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי, וְהַייְנוּ מִשּׁוּם דְּבָא לְלַמְּדֵנוּ דְּהַקִּידָּה בְּאַפַּיִם דַּוְקָא, וְלֹא בְּהִשְׁתַּטְּחוּת יָדַיִם וְרַגְלַיִם כִּדְמַשְׁמַע בִּלְשׁוֹן אַרְצָה בְּהֵ"א כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל.
Nos maîtres ont enseigné : la kida sur la face, la keria sur les genoux, la hichtahavaya avec extension des mains et des pieds. On peut objecter : il aurait fallu citer la keria en premier, selon l'ordre croissant des degrés. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la baraita suit l'ordre de ces postures dans le corps : la kida concerne la moitié supérieure, la keria la moitié inférieure, la hichtahavaya le corps tout entier. Quant à la preuve tirée du verset nous prosterner devant toi jusqu'à terre, on peut demander ce que ce verset a de particulier, puisqu'il est écrit dans la section Ki Tissa : il s'inclina jusqu'à terre et se prosterna, où le terme jusqu'à terre accompagne déjà la kida sans que soit dit sur la face ; et dans la section Balak il est écrit : il s'inclina et se prosterna sur sa face, où le terme sur sa face accompagne la prosternation sans que soit dit jusqu'à terre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que puisqu'au delà de la keria il ne reste que deux degrés, un petit qui est la face seule et un grand qui est l'extension des mains et des pieds, la baraita doit nécessairement rapporter la kida au petit et la hichtahavaya au grand : car partout où les deux sont mentionnées ensemble, la kida précède la prosternation, et il faut bien que le petit degré vienne avant le grand. Le verset de Ki Tissa, il s'inclina jusqu'à terre et se prosterna, s'explique ainsi : tout mot qui appelle un lamed initial reçoit un hé final, comme s'il était écrit il s'inclina vers la terre et se prosterna, c'est à dire qu'il fit la kida sur la face jusqu'au sol même, puis se prosterna en étendant mains et pieds. Et le verset il s'inclina et se prosterna sur sa face jusqu'à terre énonce d'abord puis explique : sur sa face se rapporte à la kida mentionnée en premier, et jusqu'à terre se rapporte à la prosternation. Si la baraita produit pour la hichtahavaya le verset nous prosterner devant toi jusqu'à terre, elle le prend comme simple exemple, et elle a choisi ce verset parce que la kida n'y est pas mentionnée, mais seulement la prosternation, et parce qu'il porte le mot jusqu'à terre, qui indique l'étalement, comme l'écrit Rachi ; de plus, le mot jusqu'à terre y est superflu, car Joseph avait dit qu'ils se prosterneraient devant lui sans préciser jusqu'à terre, et il aurait suffi qu'ils répondent nous prosterner devant toi : s'ils ont ajouté jusqu'à terre, c'est pour désigner la prosternation qui consiste à s'étaler au sol. Reste une difficulté : pourquoi la baraita produit elle pour la kida sur la face le verset de Bat Cheva, plutôt que les versets antérieurs du livre de Samuel, où il est écrit que Saul se retourna et que David s'inclina face contre terre et se prosterna, et de même Saul reconnut que c'était Samuel et s'inclina face contre terre et se prosterna ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset de Bat Cheva lui convient mieux, parce qu'il porte erets et non artsa avec un hé final comme ailleurs : cela vient nous enseigner que la kida se fait sur la face seulement, et non par l'étalement des mains et des pieds, sens qu'implique la forme artsa, comme l'écrit Rachi.
💡 Explication

La baraita fixe le vocabulaire de trois gestes que le français rend tous par le mot inclinaison. Kida engage la face, keria les genoux, hichtahavaya le corps entier. Chacun est établi par un verset, et l'ordre suivi tient à la place du geste dans le corps plutôt qu'à son intensité.

Le Tossefot note un point de méthode : le verset de Bat Cheva n'est pas une preuve contraignante, puisque le même verbe sert ailleurs autrement. La baraita tient la définition de la kabbala, la tradition reçue, et produit le verset à titre d'appui.

🖼️ Schéma
Les trois postures et le verset qui fixe chacune kida Sur la face, le visage vers le sol. Le corps reste debout, seule la tête descend jusqu'à terre. Verset : Bat Cheva s'inclina face contre terre. keria Sur les genoux. Le buste demeure droit, les jambes plient et portent le poids. Verset : Salomon agenouillé sur ses genoux. hichtahavaya Mains et pieds étendus. Le corps entier est étalé au sol, c'est le degré le plus complet. Verset : nous prosterner devant toi jusqu'à terre. Abaye et Rava ne pratiquaient pas la prosternation complète : ils penchaient sur le côté.
Les trois postures et le verset attaché à chacune.
4
אָמַר רַב חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא: חֲזֵינָא לְהוּ לְאַבָּיֵי וְרָבָא דְּמַצְלוּ אַצְלוֹיֵי.

Rav Hiya, fils de Rav Houna, a dit : j'ai vu Abaye et Rava qui s'inclinaient de côté.

📜 Rachi (1)
דְּמַצְּלוּ אַצְּלוּיֵי כְּשֶׁנּוֹפְלִין עַל פְּנֵיהֶם אֵין פּוֹשְׁטִין יְדֵיהֶם וְרַגְלֵיהֶם אֶלָּא מַטִּין עַל צִדֵּיהֶן:
Lorsqu'ils tombaient sur leur face, ils n'étendaient pas les mains et les pieds, mais penchaient sur le côté.
🗂️ Tossefot (1)
חָזֵינָא לְאַבָּיֵי וְרָבָא דְּמַצְלוּ אַצְלוֹיֵי פֵּירוּשׁ שֶׁהָיוּ מַטִּין עַל צִדֵּיהֶן:
Cela signifie qu'ils penchaient sur le côté.
💡 Explication

Le témoignage prolonge la baraita en la ramenant à la pratique. Abaye et Rava, au moment de la nefilat apayim, ne pratiquaient pas la prosternation complète décrite comme hichtahavaya : ils inclinaient le corps sur le côté. Rachi et le Tossefot donnent la même explication du terme araméen employé ici.

5
תָּנֵי חֲדָא: הַכּוֹרֵעַ בְּהוֹדָאָה — הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח. וְתַנְיָא אִידָךְ: הֲרֵי זֶה מְגֻונֶּה!

Une baraita enseigne : celui qui s'incline à la bénédiction de reconnaissance est digne de louange. Et une autre baraita enseigne : il est blâmable.

💡 Explication

La sougya passe de la prosternation à l'inclinaison pratiquée pendant la amida, et précisément à la bénédiction dite hodaa, celle qui commence par Modim. Deux baraitot se contredisent frontalement sur le même geste.

6
לָא קַשְׁיָא: הָא בַּתְּחִלָּה, הָא לְבַסּוֹף.

Cela ne fait pas difficulté : ici au début, là à la fin.

📜 Rachi (1)
בַּתְּחִלָּה כּוֹרֵעַ:
Au début : il s'incline.
💡 Explication

La résolution répartit les deux baraitot sur deux moments de la même bénédiction. S'incliner au début de Modim est loué ; s'incliner à la fin est blâmé, car la michna a déjà fixé les endroits où l'inclinaison est due, et en ajouter revient à modifier l'institution.

7
רָבָא כָּרַע בְּהוֹדָאָה תְּחִלָּה וָסוֹף. אָמְרִי לֵיהּ רַבָּנָן: אַמַּאי קָא עָבֵיד מָר הָכִי? אֲמַר לְהוּ: חֲזֵינָא לְרַב נַחְמָן דְּכָרַע וַחֲזֵינָא לֵיהּ לְרַב שֵׁשֶׁת דְּקָא עָבֵד הָכִי.

Rava s'inclinait à la hodaa au début et à la fin. Les maîtres lui dirent : pourquoi le maître fait il ainsi ?

Il leur dit : j'ai vu Rav Nahman s'incliner, et j'ai vu Rav Chechet faire de même.

📜 Rachi (1)
חֲזֵינָא לְרַב נַחְמָן דְּכָרַע תְּחִלָּה וְסוֹף:
Au début et à la fin.
💡 Explication

La pratique de Rava contredit la résolution qui vient d'être donnée. Sa réponse ne produit pas un raisonnement mais un usage reçu : il a vu faire ainsi deux maîtres de la génération précédente. La suite va examiner si cet usage tient devant les baraitot.

8
וְהָתַנְיָא הַכּוֹרֵעַ בְּהוֹדָאָה — הֲרֵי זֶה מְגֻונֶּה!

Mais on a enseigné : celui qui s'incline à la hodaa est blâmable !

9
הַהִיא בְּהוֹדָאָה שָׁב״הַלֵּל״.

Cette baraita parle de la hodaa du Hallel.

📜 Rachi (1)
בְּהוֹדָאָה דְּהַלֵּל הוֹדוּ לַה' כִּי טוֹב:
La formule Hodou, rendez grâce à Hachem car Il est bon.
💡 Explication

Rava déplace le blâme hors de la amida. Le mot hodaa n'est pas réservé à la bénédiction de Modim : il désigne aussi le verset qui ouvre le Hallel. La baraita viserait donc une inclinaison ajoutée à la récitation du Hallel.

10
וְהָתַנְיָא: הַכּוֹרֵעַ בַּהוֹדָאָה וּבַהוֹדָאָה שֶׁל ״הַלֵּל״ — הֲרֵי זֶה מְגֻונֶּה.

Mais on a enseigné : celui qui s'incline à la hodaa, ou à la hodaa du Hallel, est blâmable !

💡 Explication

La baraita nomme les deux termes côté à côté. Le premier, non qualifié, ne peut donc pas désigner la hodaa du Hallel, puisque celle ci est nommée séparément juste après. La réponse précédente est ruinée.

11
כִּי תַּנְיָא הַהִיא בְּהוֹדָאָה דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן.

Lorsque cette baraita a été enseignée, ce fut à propos de la hodaa du birkat hamazon.

💡 Explication

Le blâme est déplacé une seconde fois, vers un troisième emploi du mot : la deuxième bénédiction du birkat hamazon, qui commence par Nodéh lekha. La pratique de Rava est ainsi maintenue pour la amida, et chaque baraita reçoit son objet propre.

La sougya illustre une méthode courante : lorsqu'un terme technique a plusieurs emplois reçus, la contradiction entre deux enseignements se résout en attribuant à chacun l'emploi qui lui convient.

🖼️ Schéma
S'incliner à Modim : la contradiction et ses quatre déplacements Baraita A Celui qui s'incline à la hodaa est digne de louange. Baraita B Celui qui s'incline à la hodaa est blâmable. Première réponse A visé le début de la bénédiction, B vise la fin. La pratique de Rava Il s'incline au début et à la fin, sur l'exemple de Rav Nahman et de Rav Chechet. Objection 1 La baraita blâme bien celui qui s'incline à la hodaa. Réponse 1 Elle vise la hodaa du Hallel, non celle de la amida. Objection 2 Une baraita nomme les deux hodaot ensemble. Réponse 2 Le premier terme désigne la hodaa du birkat hamazon.
Le trajet complet de la contradiction, de la première réponse au dernier déplacement.
12
מַתְנֵי׳ הַמִּתְפַּלֵּל וְטָעָה — סִימָן רַע לוֹ. וְאִם שְׁלִיחַ צִבּוּר הוּא — סִימָן רַע לְשׁוֹלְחָיו, מִפְּנֵי שֶׁשְּׁלוּחוֹ שֶׁל אָדָם כְּמוֹתוֹ. אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא שֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל עַל הַחוֹלִים, וְאוֹמֵר: ״זֶה חַי, וְזֶה מֵת״. אָמְרוּ לוֹ: מִנַּיִן אַתָּה יוֹדֵעַ? אָמַר לָהֶם: אִם שְׁגוּרָה תְּפִלָּתִי בְּפִי — יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְקֻובָּל. וְאִם לָאו — יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְטֹורָף.

MICHNA. Celui qui prie et se trompe, c'est pour lui un mauvais signe.

Et s'il est officiant, c'est un mauvais signe pour ceux qui l'ont envoyé, car l'envoyé d'un homme est comme lui même. On a dit de Rabbi Hanina ben Dossa qu'il priait sur les malades et disait : celui ci vivra, celui là mourra.

Ils lui dirent : d'où le sais tu ? Il leur dit : si ma prière est fluide dans ma bouche, je sais qu'elle est agréée ; sinon, je sais qu'elle est rejetée.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' אִם שְׁגוּרָה אִם סְדוּרָה תְּפִלָּתִי בְּפִי בִּמְרוּצָה וְאֵינִי נִכְשָׁל וּתְחִנָּתִי נוֹבַעַת מִלִּבִּי אֶל פִּי כָּל מַה שֶׁאֲנִי חָפֵץ לְהַאֲרִיךְ בְּתַחֲנוּנִים:
Si ma prière est ordonnée dans ma bouche, coulant sans que je bute, et que ma supplication jaillit de mon cœur vers ma bouche, aussi longtemps que je désire prolonger les supplications.
שֶׁהוּא מְטֹורָף הַחוֹלֶה לָשׁוֹן אַחֵר [לְשׁוֹן] טוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו כְּלוֹמַר הַתְּפִלָּה שֶׁהִתְפַּלְּלוּ עָלָיו מְטֹורֶפֶת וּטְרוּדָה מִמֶּנּוּ וְאֵינָהּ מְקֻובֶּלֶת:
Que lui, le malade, est rejeté. Autre explication : le terme est celui de on lui jette sa prière au visage, autrement dit la prière faite sur lui est repoussée et écartée de lui, et elle n'est pas agréée.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא, שֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל עַל הַחוֹלִים וְאוֹמֵר: "זֶה חַי וְזֶה מֵת". נִרְאֶה בְּוַדַּאי לֹא הָיָה אוֹמֵר זֶה מֵת בְּפֵירוּשׁ, דִּבְרִית כְּרוּתָה לַשְּׂפָתַיִם וְאֵיךְ יֹאמַר כֵּן קֹודֶם שֶׁמֵּת, אֶלָּא אוֹמֵר דְּבָרִים שֶׁמּוֹרִין כָּךְ.
On a dit de Rabbi Hanina ben Dossa qu'il priait sur les malades et disait : celui ci vivra et celui là mourra. Il est clair qu'il ne disait pas celui là mourra de façon explicite, car une alliance est conclue avec les lèvres, et comment aurait il parlé ainsi avant que l'homme soit mort ? Il disait plutôt des paroles qui laissaient entendre la chose.
אָמְרוּ לוֹ: מִנַּיִן אַתָּה יוֹדֵעַ? אָמַר לָהֶם: אִם שְׁגוּרָה תְּפִלָּתִי בְּפִי, יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְקֻבָּל. וְאִם לָאו, יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְטֹרָף. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹתִיּוֹת הגיונ"י בפ"י [עַם הַכּוֹלֵל 178] עוֹלִים מִסְפָּר מְקֻובָּל [178] , רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם הֶגְיוֹנִי שֶׁהוּא יוֹצֵא מִן הַלֵּב שָׁגוּר בְּפִי אָז הוּא מְקֻובָּל, וְאִם לָאו הוּא מְטֹורָף, מִסֵּפֶר מְטֹורָף [335] עוֹלֶה מִסֵּפֶר גר"ם בפ"י [335] , תֵּיבַת גָּרַם רְצוֹנוֹ לוֹמַר טֶרֶף, כְּמוֹ לְשׁוֹן לֹא גָּרְמוּ לְבַקֵּר (בִּצְפַנְיָה ג' ג'), שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא טָרְפוּ, וְלָזֶה אָמַר אִם שְׁגוּרָה בְּפִי יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְקֻבָּל וְאִם לָאו, מִטְרָף. וּבָזֶה יוּבָן הַכָּתוּב (תְּהִלִּים כא, ג) תַּאֲוַת לִבּוֹ נָתַתָּה לּוֹ, הַסִּימָן לָזֶה הוּא (שָׁם) שֶׁ'אֲרֶשֶׁת שְׂפָתָיו בַּל מָנַעְתָּ סֶלָה', רְצוֹנוֹ לוֹמַר שְׁגוּרָה בְּפִיו וְאֵין כֹּחַ מוֹנֵעַ לִדְחוֹת הַדְּבָרִים מִפִּיו. גַּם בָּזֶה יוּבָן בס"ד הַכָּתוּב (שָׁם קמז, טו) הַשֹּׁלֵחַ אִמְרָתוֹ אָרֶץ עַד מְהֵרָה יָרוּץ דְּבָרוֹ, שֶׁהַמִּתְפַּלֵּל עַל דְּבַר צֹורֶךְ לַתַּחְתּוֹנִים, עוֹלָה תְּפִלָּתוֹ תְּחִלָּה לִפְנֵי הקב"ה, וְאִם תְּקֻובַּל בְּרָצוֹן חוֹזֶרֶת לֵירֵד לָאָרֶץ, שֶׁיִּהְיוּ אוֹתִיּוֹת תְּפִילָּתוֹ צִינּוֹרוֹת שֶׁבָּהֶם יִשְׁתַּלְשֵׁל שֶׁפַע עֲשִׂיַּית הַפְּעֻולָּה הַמִּתְבַּקֶּשֶׁת בָּאָרֶץ, וְאִם לֹא תְּקֻובַּל בְּרָצוֹן תִּשָּׁאֵר לְמַעְלָה בַּשָּׁמַיִם וְלֹא תֵּרֵד, וְזֶה שֶׁנֶּאֱמַר הַשֶּׁלַח אִמְרָתוֹ אֶרֶץ, שֶׁתְּפִילָּתוֹ תְּקֻובַּל שֶׁאָז תֵּרֵד מִן הַשָּׁמַיִם לָאָרֶץ לְצֹורֶךְ מַעֲשֵׂה פְּעֻולַּת הַבַּקָּשָׁה, הַסִּימָן לָזֶה הוּא, כַּאֲשֶׁר יִרְאֶה זֶה הַמִּתְפַּלֵּל שֶׁעַד מְהֵרָה יָרוּץ דְּבָרוֹ בְּפִיו בְּעֵת שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל.
Ils lui dirent : d'où le sais tu ? Il leur dit : si ma prière est fluide dans ma bouche, je sais qu'elle est agréée ; sinon, je sais qu'elle est rejetée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres de higyoni befi, avec le kolel, donnent le compte de mekoubal, agréé, cent soixante dix huit : autrement dit, si mon expression, qui sort du cœur, est fluide dans ma bouche, alors elle est agréée ; sinon elle est rejetée. Et le compte de metoraf, trois cent trente cinq, égale celui de garam befi, trois cent trente cinq ; le mot garam signifie ici rejeté, comme dans le verset ils n'ont rien laissé pour le matin, qui veut dire ils n'ont rien mis en pièces. C'est pourquoi il a dit : si elle est fluide dans ma bouche je sais qu'elle est agréée, sinon elle est rejetée. Ainsi se comprend le verset : Tu lui as donné le désir de son cœur ; le signe en est : et Tu n'as pas refusé l'expression de ses lèvres — autrement dit, elle était fluide dans sa bouche et aucune force ne venait repousser les paroles hors de sa bouche. Ainsi se comprend encore, avec l'aide du Ciel, le verset : Il envoie Sa parole sur la terre, Son verbe court avec rapidité. Celui qui prie pour un besoin des êtres d'ici bas voit d'abord sa prière monter ; si elle est agréée avec faveur, elle redescend vers la terre, et les lettres de sa prière deviennent des canaux par lesquels descend l'abondance qui accomplit ce qui a été demandé ; si elle n'est pas agréée avec faveur, elle demeure en haut et ne descend pas. C'est le sens de Il envoie Sa parole sur la terre : la prière est agréée, et alors elle descend du ciel vers la terre pour l'accomplissement de la demande. Et le signe en est que celui qui prie voit son verbe courir avec rapidité dans sa bouche au moment où il prie.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' הַמִּתְפַּלֵּל וְטָעָה סִימָן רַע לוֹ וְאִם ש"צ הוּא סִימָן רַע לְשׁוֹלְחָיו מִפְּנֵי שֶׁשְּׁלוּחוֹ שֶׁל אָדָם כְּמוֹתוֹ אָמְרוּ עָלָיו עַל ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא שֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל עַל הַחוֹלִים וְאוֹמֵר זֶה חַי וְזֶה מֵת אָמְרוּ לוֹ מִנַּיִן אַתָּה יוֹדֵעַ אָמַר לָהֶם אִם שְׁגוּרָה תְּפִלָּתִי בְּפִי יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְקֻובָּל וְאִם לָאו יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְטֹורָף:
Michna. Celui qui prie et se trompe, c'est pour lui un mauvais signe ; et s'il est officiant, c'est un mauvais signe pour ceux qui l'ont envoyé, car l'envoyé d'un homme est comme lui même. On a dit de Rabbi Hanina ben Dossa qu'il priait sur les malades et disait : celui ci vivra et celui là mourra. Ils lui dirent : d'où le sais tu ? Il leur dit : si ma prière est fluide dans ma bouche, je sais qu'elle est agréée ; sinon, je sais qu'elle est rejetée.
💡 Explication

La michna quitte les règles du geste pour un tout autre registre : ce que la prière laisse voir de son propre sort. L'erreur en priant est un simane ra, un mauvais signe, et lorsque celui qui se trompe est l'officiant, le signe atteint la communauté, en vertu du principe chelouho chel adam kemoto, l'envoyé d'un homme tient sa place.

Le cas de Rabbi Hanina ben Dossa donne au signe sa forme positive. Il ne pronostique pas l'issue de la maladie : il constate si sa propre prière est chegoura, fluide, et en tire la conclusion. Rachi précise que la fluidité ne se limite pas à l'absence de faute de récitation, elle désigne une supplication qui monte du cœur vers la bouche aussi longtemps que l'on veut prolonger.

🖼️ Schéma
Le signe de la michna : la prière se juge à sa fluidité Celui qui prie Il observe comment les mots sortent. La prière est fluide Elle est ordonnée dans la bouche, la supplication jaillit du cœur. Elle est agréée Il bute et se trompe Selon Rachi : elle lui est jetée au visage et écartée de lui. Elle est rejetée Cas de l'officiant : le mauvais signe atteint ceux qui l'ont envoyé, car l'envoyé tient la place de celui qui envoie. Appui de la Guemara : Celui qui crée l'expression des lèvres, paix, paix, et Je le guérirai.
Le fonctionnement du signe, et son extension au cas de l'officiant.
13
גְּמ׳ אַהֵיָיא?

GUEMARA. Sur laquelle ?

📜 Rachi (1)
גְּמ' אַהֵיָיא בְּהֵיכָא וּבְאֵיזוֹ מִן הַבְּרָכוֹת הָוֵי טָעוּת בְּסִימָן רַע:
Où, et dans laquelle des bénédictions une erreur constitue elle un mauvais signe ?
💡 Explication

La michna a dit celui qui prie et se trompe, sans préciser où. La question suppose que toute erreur ne porte pas le même poids, et qu'il existe un endroit de la amida où la faute est significative.

14
אָמַר רַב חִייָּא אָמַר רַב סָפְרָא מִשּׁוּם חַד דְּבֵי רַבִּי: בְּ״אָבוֹת״.

Rav Hiya a dit au nom de Rav Safra, au nom de l'un des maîtres de la maison de Rabbi : dans la bénédiction des Avot.

📜 Rachi (1)
בְּאָבוֹת שֶׁהוּא תְּחִלַּת הַתְּפִלָּה רֶמֶז הוּא שֶׁאֵין חָפֵץ בָּהּ:
Car c'est le début de la prière : c'est le signe qu'elle n'est pas désirée.
💡 Explication

La réponse désigne la première bénédiction de la amida, celle des Avot. Rachi en donne la raison : buter dès l'ouverture indique que la prière n'est pas recherchée. Le mauvais signe tient à la place de l'erreur, non à sa gravité formelle.

15
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַבָּרַייְתָא: הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיְּכַוֵּין אֶת לִבּוֹ בְּכֻולָּן, וְאִם אֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין בְּכֻולָּן — יְכַוֵּין אֶת לִבּוֹ בְּאַחַת.

Certains rapportent cet enseignement sur une baraita : celui qui prie doit diriger son cœur dans toutes les bénédictions ; et s'il ne peut le diriger dans toutes, qu'il le dirige dans une seule.

🗂️ Tossefot (1)
יְכַוֵּין לִבּוֹ בְּאַחַת מֵהֶן וְהָא דְּאָמְרִי' בְּסוֹף פֶּרֶק ת"ה (בְּרָכוֹת ל ב) לְעוֹלָם יָמוֹד אָדָם דַּעְתּוֹ אִם יָכוֹל לְכַוֵּין יִתְפַּלֵּל וְאִם לָאו אַל יִתְפַּלֵּל יֵשׁ לְפָרֵשׁ הָתָם נָמֵי בְּאַחַת מֵהֶן:
Qu'il dirige son cœur dans l'une d'elles. Ce que nous disons à la fin du chapitre Tefilat haChahar, que l'homme doit toujours mesurer son état d'esprit : s'il peut diriger son cœur, qu'il prie, sinon qu'il ne prie pas — on peut expliquer que là aussi il s'agit de diriger le cœur dans l'une des bénédictions.
💡 Explication

Une seconde tradition rattache la même formule dans Avot à un autre énoncé : celui qui ne peut soutenir la kavana sur toute la amida doit au moins la porter sur une bénédiction. Le Tossefot s'en sert pour résoudre une difficulté connue : ailleurs, la Guemara semble interdire de prier à qui ne peut se concentrer, ce qui contredirait l'usage ordinaire. La lecture proposée limite cette exigence à une seule bénédiction.

16
אָמַר רַבִּי חִייָּא אָמַר רַב סָפְרָא מִשּׁוּם חַד דְּבֵי רַבִּי: בְּ״אָבוֹת״.

Rabbi Hiya a dit au nom de Rav Safra, au nom de l'un des maîtres de la maison de Rabbi : dans la bénédiction des Avot.

💡 Explication

La même phrase reçoit ici une autre portée. Dans la première version, elle situe l'erreur significative ; dans celle ci, elle désigne la bénédiction où la kavana est requise en priorité. Les deux versions convergent sur le même constat : la bénédiction des Avot est la charnière de la amida.

17
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי חֲנִינָא וְכוּ׳: מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: דְּאָמַר קְרָא: ״בּוֹרֵא נִיב שְׂפָתָיִם שָׁלוֹם שָׁלוֹם לָרָחוֹק וְלַקָּרוֹב אָמַר ה׳ וּרְפָאתִיו״.

On a dit de Rabbi Hanina, etc. D'où cela vient il ?

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : car le verset dit : Celui qui crée l'expression des lèvres, paix, paix à celui qui est loin et à celui qui est proche, dit Hachem, et Je le guérirai.

📜 Rachi (1)
בּוֹרֵא נִיב שְׂפָתַיִם כְּשֶׁהַנִּיב בָּרִיא בָּאָדָם אָז מֻובְטָח עַל הַשָּׁלוֹם:
Lorsque l'expression des lèvres est saine chez l'homme, la paix lui est assurée.
💡 Explication

La Guemara cherche l'appui scripturaire du signe donné par Rabbi Hanina ben Dossa. Le verset d'Isaie lie dans une même phrase l expression des lèvres et la guérison : si la parole est formée sans obstacle, la guérison suit. Ce même verset servira plus loin à un tout autre débat, sur le rang respectif du lointain et du proche.

18
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַנְּבִיאִים כֻּולָּן לֹא נִתְנַבְּאוּ אֶלָּא לְמַשִּׂיא בִּתּוֹ לְתַלְמִיד חָכָם, וּלְעוֹשֶׂה פְּרַקְמַטְיָא לְתַלְמִיד חָכָם, וְלִמְהַנֶּה תַּלְמִיד חָכָם מִנְּכָסָיו. אֲבָל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים עַצְמָן — ״עַיִן לֹא רָאָתָה אֱ-לֹהִים זוּלָתְךָ יַעֲשֶׂה לִמְחַכֵּה לוֹ״.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tous les prophètes n'ont prophétisé que pour celui qui marie sa fille à un talmid 'hakham, pour celui qui mène un commerce, perakmatia, au profit d'un talmid 'hakham, et pour celui qui fait profiter un talmid 'hakham de ses biens. Mais quant aux talmide hakhamim eux mêmes : L'œil n'a pas vu, D.ieu, hormis Toi, ce qu'Il fera pour celui qui espère en Lui.

📜 Rachi (2)
לֹא נִתְנַבְּאוּ הַטּוֹבוֹת וְהַנֶּחָמוֹת:
Ils n'ont pas prophétisé les biens et les consolations.
עַיִן לֹא רָאֲתָה לֹא נִרְאֵית וְלֹא נִגְלֵית לְשׁוּם נָבִיא:
Elle n'a été ni vue ni révélée à aucun prophète.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַנְּבִיאִים לֹא נִתְנַבְּאוּ אֶלָּא לִימוֹת הַמָּשִׁיחַ, אֲבָל לָעוֹלָם הַבָּא, "עַיִן לֹא רָאָתָה אֱ-לֹהִים זוּלָתְךָ". נִרְאֶה לִי בס"ד הַאי עוֹלָם הַבָּא לָאו שֶׁל עִידּוּן הַנְּשָׁמוֹת, אֶלָּא קָאֵי עַל עוֹלָם הַזֶּה אַחַר תְּחִייַּת הַמֵּתִים, שֶׁאָז אוֹתוֹ זְמַן יֵשׁ גַּם כֵּן הַרְכָּבַת גּוּף עִם נֶפֶשׁ וְאוֹכְלִין וְשׁוֹתִין, וְעַיֵּין בַּמִּדְרָשׁ הַנֶּעְלָם בְּפָרָשַׁת וַיַּרְא (דַּף רטז) שֶׁאַחַר תְּחִיַּית הַמֵּתִים וְיַעֲבֹור זְמַן כָּזֶה, יַחְזְרוּ וְיָמוּתוּ זְמַן מוּעָט וְיִחְיוּ, וְאָז יִתְחַדְּשׁוּ בְּחֹומֶר זַךְ וְנָקִי מְאֹד שֶׁאֵין צָרִיךְ לַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה , עַייֵּן שָׁם, וּמַה שֶׁאָמַר כָּאן לֹא נִתְנַבְּאוּ אֶלָּא לְבַעֲלֵי תְשׁוּבָה, אֲבָל צַדִּיקִים גְּמוּרִים עַיִן לֹא רָאָתָה, פֵּירוּשׁ בִּדְבָרִים אֲשֶׁר נִבְּאוּ הַנְּבִיאִים יֵשׁ רֶמֶז לִשְׂכַר בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה, אֲבָל שְׂכַר צַדִּיקִים גְּמוּרִים עַיִן לֹא רָאָתָה, אֲפִילּוּ הַנְּבִיאִים לֹא הִשִּׂיגוּ לֵידַע זֶה אֵיךְ הוּא.
Tous les prophètes n'ont prophétisé que pour les jours du Machiah, mais quant au monde à venir, l'œil n'a pas vu, D.ieu, hormis Toi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce monde à venir n'est pas celui du délice des âmes, mais qu'il désigne ce monde ci après la résurrection des morts : à ce moment il y a encore composition d'un corps et d'une âme, on mange et on boit. Vois le Midrach haNeelam sur la section Vayera, qui enseigne qu'après la résurrection des morts et le passage d'un certain temps, les hommes mourront de nouveau pour un court instant puis revivront, et seront alors renouvelés dans une matière pure et très nette, qui n'a plus besoin de nourriture ni de boisson. Et lorsqu'il est dit ici que les prophètes n'ont prophétisé que pour les baale techouva, tandis que pour les justes accomplis l'œil n'a pas vu, cela signifie que dans les paroles prophétisées se trouve une allusion à la récompense des baale techouva, mais que la récompense des justes accomplis, l'œil ne l'a pas vue : les prophètes eux mêmes n'ont pas atteint la connaissance de ce qu'elle est.
💡 Explication

Le folio passe à une série de trois enseignements de même forme, transmis par la même chaîne. Chacun désigne ce que la prophétie a décrit, et laisse un degré supérieur hors de toute description, appuyé sur le verset d'Isaie 64.

Le premier oppose ceux qui soutiennent l'étude — par une alliance, par un commerce mené pour le compte du savant, par un don — et les talmide hakhamim eux mêmes. Les premiers ont une récompense annoncée ; la seconde n'a pas de mesure prononçable.

19
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַנְּבִיאִים כֻּולָּן לֹא נִתְנַבְּאוּ אֶלָּא לִימוֹת הַמָּשִׁיחַ, אֲבָל לָעוֹלָם הַבָּא, ״עַיִן לֹא רָאָתָה אֱ-לֹהִים זוּלָתְךָ״.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tous les prophètes n'ont prophétisé que pour les jours du Machiah ; mais quant au monde à venir : L'œil n'a pas vu, D.ieu, hormis Toi.

20
וּפְלִיגָא דִּשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין בֵּין הָעוֹלָם הַזֶּה לִימוֹת הַמָּשִׁיחַ אֶלָּא שִׁעְבּוּד מַלְכֻויוֹת בִּלְבַד. שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לֹא יֶחְדַּל אֶבְיוֹן מִקֶּרֶב הָאָרֶץ״.

Et cela diverge de l'avis de Chmouel, car Chmouel a dit : il n'y a entre ce monde ci et les jours du Machiah que l'asservissement aux royaumes seul, ainsi qu'il est dit : car le pauvre ne cessera pas d'exister au sein du pays.

💡 Explication

Pour Rabbi Yo'hanan, les jours du Machiah constituent un ordre décrit par les prophètes, donc distinct de l'ordre présent. Chmouel tient au contraire que rien ne change sauf le joug des nations, et le prouve par un verset qui pose la permanence de la pauvreté. Les deux positions ne peuvent tenir ensemble.

21
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַנְּבִיאִים כֻּולָּן לֹא נִתְנַבְּאוּ אֶלָּא לְבַעֲלֵי תְשׁוּבָה, אֲבָל צַדִּיקִים גְּמוּרִים ״עַיִן לֹא רָאָתָה אֱ-לֹהִים זוּלָתְךָ״.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tous les prophètes n'ont prophétisé que pour les baale techouva ; mais quant aux justes accomplis : L'œil n'a pas vu, D.ieu, hormis Toi.

22
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי אָבָהוּ, דְּאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: מָקוֹם שֶׁבַּעֲלֵי תְשׁוּבָה עוֹמְדִין — צַדִּיקִים גְּמוּרִים אֵינָם עוֹמְדִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שָׁלוֹם שָׁלוֹם לָרָחוֹק וְלַקָּרוֹב״. ״לָרָחוֹק״ בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר ״לַקָּרוֹב״.

Et cela diverge de l'avis de Rabbi Abahou, car Rabbi Abahou a dit : à la place où se tiennent les baale techouva, les justes accomplis ne se tiennent pas, ainsi qu'il est dit : Paix, paix à celui qui est loin et à celui qui est proche. Au lointain d'abord, et ensuite au proche.

🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּמָקוֹם שֶׁבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה עוֹמְדִין, אֵין צַדִּיקִים גְּמוּרִים יְכוֹלִים לַעֲמֹד. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי בְּעֵת קַבָּלַת הַשָּׂכָר מַכְרִיזִין קֹודֶם זֶה שְׂכַר מִצְוָה פ', וְזֶה שְׂכַר מִצְוָה פ', וְאִם כֵּן בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה שֶׁיְּכוֹלִים לַהֲפֹוךְ הָעֲוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת, וַדַּאי כַּאֲשֶׁר יִתְּנוּ לָהֶם שָׂכָר שֶׁל עוֹנוֹת שֶׁנֶּהְפְּכוּ לִזְכִיּוֹת גַּם כֵּן מַכְרִיזִין זֶה שְׂכַר עֲבֵירָה פ' שֶׁנֶּהְפְּכָה לִזְכוּת, וְלָכֵן בְּאוֹתוֹ מָקוֹם לֹא יַעַמְדוּ צַדִּיקִים גְּמוּרִים, שֶׁלֹּא עָשׂוּ עוֹנוֹת כְּלָל כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְבַּייְּשׁוּ בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה מֵהֶם שֶׁיַּכִּירוּ כַּמָּה עוֹנוֹת עָשׂוּ, וְאַף עַל פִּי כִּי עַתָּה נֶהְפְּכוּ לִזְכִיּוֹת וְלוֹקְחִים שָׂכָר עֲלֵיהֶם עִם כָּל זֶה יִתְבַּייְּשׁוּ , וְנִמְצָא דְּר' אַבָּהוּ עַל מְקוֹם עֲמִידָתָם לְקַבֵּל הַשָּׂכָר קָאָמַר וְלֹא עַל מְקוֹם יְשִׁיבָתָם דְּגַן עֵדֶן, וְלָכֵן לֹא אָמַר 'יוֹשְׁבִין' אֶלָּא 'עוֹמְדִין', וְעִם כָּל זֶה קָאָמַר הַגְּמָרָא דִּפְלִיגָא דְּר' אַבָּהוּ, דְּעַל כָּל פָּנִים לָמַדְנוּ מִזֶּה דְּבַעֲלֵי תְּשׁוּבָה גְּדוֹלִים דְּהָא יֵשׁ לָהֶם שָׂכָר בִּשְׁבִיל עוֹנוֹת רַבִּים שֶׁנֶּהְפְּכוּ לִזְכִיּוֹת, וְאִם תֹּאמַר אִם כֵּן יֹאמַר נָמֵי דִּפְלִיגָא עַל מַאֲמַר תְּשׁוּבָה מֵאַהֲבָה מְהַפֶּכֶת עוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת, דְּזֶה אָמַר דְּהָתָם אָמַר עוֹשֶׂה הַזְּדוֹנוֹת כִּזְכִיּוֹת, וְלֹא אָמַר דִּמְקַבְּלִין שָׂכָר גַּם כֵּן אֶלָּא רַק שֶׁלֹּא יִהְיֶה נִיכָּר מְקוֹם לִיכְלוּךְ וְטִינּוּף, אַךְ מִכָּאן מוּכָח דְּיֵשׁ קַבָּלַת שָׂכָר גַּם כֵּן, וְעַל כֵּן וַדַּאי גְּדוֹלִים בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה מֵחֲמַת רִבּוּי הַשָּׂכָר הַמַּגִּיעַ לָהֶם מִכַּמָּה רְבָבוֹת זְדוֹנוֹת שֶׁנֶּהְפְּכוּ לִזְכִיּוֹת. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְרֵי ר' אָבָהוּ דְּלָא קָאֵי עַל עוֹלָם הַבָּא בִּמְקוֹם הַשָּׂכָר וְעֹונֶג הַנְּפָשׁוֹת, אֶלָּא קָאֵי עַל עוֹלָם הַזֶּה, כִּי תְּשׁוּבָה מַעֲלַייְהוּ בְּאוֹתוֹ מָקוֹם בָּאָתוֹ פֶּרֶק בְּאוֹתָהּ אִשָּׁה, וְאִם כֵּן בַּעַל תְּשׁוּבָה צָרִיךְ לְסַכֵּן עַצְמוֹ וְלִשְׁמֹור בְּאוֹתוֹ מָקוֹם בְּאוֹתוֹ פֶּרֶק בְּאוֹתָהּ שָׁעָה כְּדֵי לְשַׁבֵּר יִצְרוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה מְעַלְּיָיא, אֲבָל צַדִּיקִים גְּמוּרִים אֵין רַשָּׁאִין לְסַכֵּן עַצְמָם לֵילֵךְ לִמְקוֹם עֲבֵירָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יֶחֶטְאוּ, אֶלָּא (מִשְׁלֵי ב' ח') הַרְחֵק מֵעָלֶיהָ דַּרְכְּךָ, וְאַל תִּקְרַב אֶל פֶּתַח בֵּיתָהּ כְּתִיב בְּהוּ פֶּן יִכָּשֵׁל, וְלָמָּה לוֹ לְגָרוֹת בְּיֵצֶר הָרַע דְּאֵינוֹ מֻוכְרָח לְהָבִיא עַצְמוֹ לִידֵי נִסָּיוֹן, מַה שֶׁאֵין כֵּן בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה מֻוכְרָחִין לָזֶה, וּמִכָּל מָקוֹם שָׁמְעִינַן דְּבַעֲלֵי תְּשׁוּבָה גְּדוֹלִים כֵּיוָן דְּבָאִים לִידֵי נִסָּיוֹן, הָא וַדַּאי יֵשׁ רְבוּתָא גְּדוֹלָה לְמִי שֶׁבָּא לִידֵי נִסָּיוֹן עַל מִי שֶׁלֹּא בָּא לִידֵי נִסָּיוֹן.
À la place où se tiennent les baale techouva, les justes accomplis ne peuvent se tenir. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le motif en est celui ci : au moment de recevoir la récompense, on proclame auparavant voici la récompense de telle mitsva, voici la récompense de telle autre. Or les baale techouva ont le pouvoir de changer leurs fautes en mérites ; lorsqu'on leur donnera la récompense des fautes devenues mérites, on proclamera donc aussi voici la récompense de telle faute devenue mérite. C'est pourquoi les justes accomplis, qui n'ont commis aucune faute, ne se tiendront pas à cet endroit, afin que les baale techouva n'aient pas honte devant eux en voyant reconnues toutes les fautes commises — car même si elles sont à présent devenues des mérites et qu'ils en reçoivent récompense, ils en auraient honte. Il ressort que Rabbi Abahou parle du lieu où ils se tiennent pour recevoir la récompense, et non du lieu où ils sièges au Gan Éden ; voilà pourquoi il n'a pas dit ils sont assis mais ils se tiennent. Et malgré cela la Guemara dit que Rabbi Yo'hanan diverge de Rabbi Abahou, car nous apprenons en tout cas de cette parole que les baale techouva sont grands, puisqu'ils reçoivent une récompense pour des fautes nombreuses devenues mérites. Si tu objectes qu'il faudrait dire de même que Rabbi Yo'hanan diverge de l'enseignement selon lequel la techouva par amour change les fautes en mérites, la réponse est que cet enseignement dit seulement que les fautes volontaires deviennent comme des mérites, sans dire que l'on en reçoit aussi la récompense, mais seulement qu'il ne reste plus trace de souillure ; tandis qu'ici il est prouvé que la récompense est bien reçue. C'est pourquoi les baale techouva sont assurément grands, en raison de l'abondance de la récompense qui leur revient pour des dizaines de milliers de fautes volontaires devenues mérites. Autrement, il me semble, avec l'aide du Ciel, que les paroles de Rabbi Abahou ne portent pas sur le monde à venir, lieu de la récompense et du délice des âmes, mais sur ce monde ci : car la techouva pleine se fait au même lieu, au même moment, avec la même femme. Le baal techouva doit donc se mettre en péril et se garder au même lieu, au même moment, à la même heure, afin de briser son penchant et d'accomplir une techouva pleine ; tandis que les justes accomplis n'ont pas le droit de se mettre en péril en allant au lieu de la faute, pour ne pas fauter : il leur est dit éloigne ta voie d'elle et n'approche pas de l'entrée de sa maison, de peur qu'ils ne trébuchent, et pourquoi provoqueraient ils le mauvais penchant alors que rien ne les oblige à se soumettre à l'épreuve ? Il n'en va pas de même des baale techouva, qui y sont contraints. Nous apprenons donc en tout cas que les baale techouva sont grands, puisqu'ils viennent à l'épreuve : celui qui vient à l'épreuve a certainement une supériorité sur celui qui n'y vient pas.
💡 Explication

Rabbi Abahou lit le verset dans l'ordre où il énonce ses destinataires : le lointain est salué avant le proche. Si le lointain désigne le pénitent, la préséance lui revient. Cette position contredit le troisième enseignement de Rabbi Yo'hanan, qui place les justes accomplis au dessus de toute description prophétique.

🖼️ Schéma
Un seul verset, deux lectures opposées Paix, paix à celui qui est loin et à celui qui est proche. Rabbi Abahou loin = le baal techouva proche = le juste accompli Le verset salue le lointain en premier : le pénitent passe donc avant. Là où il se tient, le juste ne se tient pas. Rabbi Yo'hanan loin = éloigné de la faute des l'origine proche = il était près de la faute, il s'en écarte Le lointain salué en premier est donc le juste accompli. Les prophètes ont parlé pour les pénitents seuls. La nafka mina Le rang assigné par le verset décide du degré que la prophétie a effectivement décrit. Le même mot, rahok, sert d'appui aux deux avis : tout dépend du point de départ que l'on prend pour mesurer la distance.
Les deux lectures du même verset et leur conséquence sur le rang.
23
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר לָךְ: מַאי ״רָחוֹק״ — שֶׁהָיָה רָחוֹק מִדְּבַר עֲבֵירָה מֵעִיקָּרָא. וּמַאי ״קָרוֹב״ — שֶׁהָיָה קָרוֹב לִדְבַר עֲבֵירָה, וְנִתְרַחֵק מִמֶּנּוּ הַשְׁתָּא.

Et Rabbi Yo'hanan pourrait te dire : que signifie loin ? Celui qui était loin de la faute des l'origine.

Et que signifie proche ? Celui qui était proche de la faute, et qui s'en est éloigné maintenant.

📜 Rachi (1)
רָחוֹק שֶׁהָיָה רָחוֹק כָּל יָמָיו מִן הָעֲבֵירָה דְּהַייְנוּ צַדִּיק מֵעִיקָּרוֹ:
Loin : celui qui fut éloigné de la faute tous ses jours, c'est à dire le juste dès l'origine.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan retourne l'argument sans toucher au verset. Il change le point à partir duquel on mesure la distance : la référence est la faute, non la proximité avec Hachem. Le lointain devient alors le juste accompli, et le verset le salue en premier.

24
מַאי ״עַיִן לֹא רָאֲתָה״? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: זֶה יַיִן הַמְשֻׁומָּר בַּעֲנָבָיו מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית. רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: זֶה עֵדֶן, שֶׁלֹּא שָׁלְטָה בּוֹ עֵין כָּל בְּרִיָּה.

Que signifie L'œil n'a pas vu ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : c'est le vin conservé dans ses raisins depuis les six jours de la Création.

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : c'est Éden, sur lequel l'œil d'aucune créature n'a jamais eu prise.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי "עַיִן לֹא רָאֲתָה"? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: זֶה יַיִן הַמְשֻׁמָּר בַּעֲנָבָיו מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ מהרח"ו זַ"ל בְּפִרְקֵי אָבוֹת בְּבֵיאוּר כָּל הָעוֹסֵק בְּתוֹרָה לִשְׁמָהּ שֶׁהוּא 'לְשֵׁם ה', כִּי קֹודֶם הַחֵטְא דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן הָיְתָה הַתּוֹרָה גַּם פְּשַׁט שֶׁלָּהּ הוּא סוֹד כְּמוֹ הַפְּנִימִיּוּת שֶׁלָּהּ, והקב"ה רָצָה לִיתֵּן לְיִשְׂרָאֵל תּוֹרָה זוֹ, וְעַל זֶה נִכְתְּבָה לוּחוֹת רִאשׁוֹנוֹת, וְעַל יְדֵי הָעֵגֶל נִשְׁבְּרוּ וְנָתְנוּ לוּחוֹת שְׁנִיּוֹת, שֶׁקִּבַּלְנוּ הַתּוֹרָה שֶׁהַפְּשָׁט שֶׁלָּהּ גַּשְׁמִי וְרַק פְּנִימִיּוּת שֶׁלָּהּ הוּא סוֹד, וְעַל יְדֵי שֶׁהָיוּ דִבְרֵי תוֹרָה בְּהִתְלַבְּשׁוּת גְּשָׁמַיי לְכָךְ מְקַייְּמִים הַמִּצְוֹת עַתָּה בְּדֶרֶךְ גַּשְׁמִי, וְאוֹתָם ד' שֶׁנִּכְנְסוּ לַפַּרְדֵּס רָצוּ לְהַשִּׂיג הַתּוֹרָה עַל דֶּרֶךְ שֶׁנִּתְּנָה בַּלּוּחוֹת רִאשׁוֹנוֹת, וְעַל דֶּרֶךְ שֶׁהָיְתָה קֹודֶם חֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן וְלֹא עָלְתָה בְּיָדָם, אַךְ לֶעָתִיד אַחַר גְּמַר הַתִּיקּוּן תַּחֲזֹור עֲטָרָה לְיָושְׁנָהּ, וְנַשִּׂיג הַתּוֹרָה בְּדֶרֶךְ זֶה, וְנֵדַע הַפְּנִימִיּוּת שֶׁל הַסּוֹד, וְהַצַּדִּיקִים בְּגַן עֵדֶן עַתָּה הֵם מַשִּׂיגִים זֶה, עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד דִּבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל יַיִן הַמְשַׁמֵּר בַּעֲנָבָיו, פֵּירוּשׁ יַיִן הוּא סוֹד הַתּוֹרָה הַפְּנִימִי, וְהוּא מְשַׁמֵּר בַּעֲנָבָיו שֶׁהוּא מִתְלַבֵּשׁ גַּם כֵּן בְּסוֹד, שֶׁגַּם פְּשַׁט הַתּוֹרָה הוּא סוֹד, מַה שֶׁאֵין כֵּן עַתָּה דֶּרֶךְ לִשְׁמוֹר הַיַּיִן בִּכְלִי חֶרֶס, כֵּן עַתָּה הַסּוֹד שֶׁהוּא פְּנִימִיּוּת הַתּוֹרָה מְלֻובָּשׁ בִּדְבָרִים גַּשְׁמִיִּים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִלּוּי יַיִן הוּא גַּם כֵּן מִסֵּפֶר יַיִן, שֶׁהַפְּשָׁט וְהַפְּנִימִי שְׁנֵיהֶם סוּג אַחֵר שֶׁהֵם רוּחָנִיִּים. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד הַטַּעַם שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף צ"ב) אר"י עֲתִידִין הַנְּבִיאִים שֶׁיֹּאמְרוּ כֻּולָּם שִׁירָה בְּקוֹל אֶחָד, וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה יִהְיֶה הַנֵּס הַזֶּה? אֶלָּא הוֹרָאָה שֶׁאָז יַשִּׂיגוּ הַתּוֹרָה שֶׁהַפְּשָׁט וְהַפְּנִימִי שֶׁבָּהּ הֵם מִסּוּג אֶחָד שֶׁהוּא רוּחָנִי. וְנִרְאֶה לִי יַיִן זֶה הֶעָתִיד בְּתֵיבַת עַיִן דְּנִרְמַז בּוֹ בְּהַאי קְרָא, וְהוּא עַיִן עִם נְקֻודּוֹת פַתְ"ח וחיר"ק עוֹלֶה קמ"ו [146] , כְּמִנְיַן 'יַיִן' מָלֵא יוֹ"ד יוֹ"ד נוּ"ן שֶׁעוֹלֶה קמ"ו [146] , (וְעַיֵּין לְקַמָּן סַנְהֶדְרִין דַּף צט מַה שֶׁאֲפָרֵשׁ בס"ד בְּמַאֲמָר זֶה)
Que signifie l'œil n'a pas vu ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : c'est le vin conservé dans ses raisins depuis les six jours de la Création. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la chose s'éclaire par ce qu'a écrit notre maître Rabbi 'Hayim Vital dans son commentaire des Pirke Avot, sur celui qui étudie la Torah lichma, pour le Nom : avant la faute d'Adam, le sens littéral de la Torah était lui aussi sod, comme son sens intérieur, et le Saint béni soit Il voulait donner cette Torah là à Israël ; c'est elle qui était écrite sur les premières Tables. Par la faute du veau elles furent brisées, et furent données les secondes Tables : nous avons reçu une Torah dont le sens littéral est matériel et dont le sod n'est que dans l'intériorité. Et parce que les paroles de Torah sont revêtues d'une forme matérielle, nous accomplissons à présent les mitsvot par des moyens matériels. Les quatre qui entrèrent dans le pardes voulurent atteindre la Torah telle qu'elle fut donnée dans les premières Tables, telle qu'elle était avant la faute d'Adam, et ils n'y parvinrent pas. Mais dans l'avenir, après l'achèvement du tikoun, la couronne reviendra à son ancien état, nous atteindrons la Torah de cette manière et connaîtrons l'intériorité du sod ; et les justes au Gan Éden l'atteignent dès à présent. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel, les paroles de nos maîtres sur le vin conservé dans ses raisins : le vin est le sod intérieur de la Torah, et il est conservé dans ses raisins, c'est à dire revêtu lui aussi de sod, puisque le sens littéral de la Torah est alors sod également ; il n'en va pas de même aujourd hui, où l'usage est de conserver le vin dans des vases d'argile, de la même manière que le sod, intériorité de la Torah, est aujourd hui revêtu de choses matérielles. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le milouy du mot yayin donne le même compte que yayin lui même, ce qui indique que le sens littéral et le sens intérieur appartiennent tous deux à un ordre unique, spirituel. On comprend ainsi le motif de ce que nos maîtres ont dit dans Sanhédrin : les prophètes diront tous à l'avenir un cantique d'une seule voix. Pourquoi ce prodige ? Il indique qu'alors on atteindra la Torah dont le sens littéral et le sens intérieur sont d'un seul ordre, spirituel. Et il me semble que ce vin à venir est évoqué par le mot ayin de notre verset : ayin avec les points patah et hirik donne cent quarante six, comme yayin écrit en toutes lettres youd youd noun, qui donne aussi cent quarante six. Vois plus loin dans Sanhédrin ce que j'expliquerai, avec l'aide du Ciel, sur cet enseignement.
⚖️ Rosh (1)
גָּרְסִי' בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ אֶת הַכַּף דַּף נג א"ר אָלֶכְּסַנְדְּרִי אָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי הַמִּתְפַּלֵּל צָרִיךְ שֶׁיַּפְסִיעַ ג' פְּסִיעוֹת לְאַחֲרָיו וְאַחַ"כּ יִתֵּן שָׁלוֹם וְאִם לֹא עָשָׂה כֵּן רָאוּי לוֹ כְּאִלּוּ לֹא הִתְפַּלֵּל וּמִשּׁוּם שְׁמַעְיָה אָמְרוּ נוֹתֵן שָׁלוֹם לִימִינוֹ וְאַחַ"כּ לִשְׂמֹאלוֹ שֶׁנֶּאֱמַר מִימִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ וְאוֹמֵר יִפֹּול מִצִּדְּךָ אֶלֶף וּרְבָבָה מִימִינֶךָ רַבָּה חַזְייֵהּ לְאַבַּיֵּי דַּהֲוָה יָהֵיב שָׁלוֹם לְיַמִּינָא בְּרֵישָׁא א"ל מִי סָבְרַתְּ לִימִין דִּידָךְ לִשְׂמֹאל דִּידָךְ דְּהוּא יְמִינוֹ שֶׁל הקב"ה אָמַר רַב חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא חֲזֵינָא לְהוּ לְאַבָּיֵי וְרָבָא דְּפָסְעִין לְהָנֵי ג' פְּסִיעוֹת בִּכְרִיעָה אַחַת וּמִשְּׁמֵיהּ דְּרַב מָרְדְּכַי אָמְרִינַן כֵּיוָן שֶׁפָּסַע ג' פְּסִיעוֹת לְאַחֲרָיו הָתָם אִיבַּעְיָא לֵיהּ לְמֵיקַם מָשָׁל לְתַלְמִיד הַנִּפְטָר מֵרַבּוֹ אִם חוֹזֵר לְאַלְתַּר דּוֹמֶה כְּכֶלֶב שֶׁשָּׁב עַל קִיאוֹ אֶלָּא מִיבַּעְיָא לֵיהּ לְמֵיקַם הָתָם עַד דְּפָסַע נ"א דְּפָתַח ש"צ וְכִי פָּסַע ש"צ חוֹזֵר לְאַתְרֵיהּ וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר עַד דְּמָטֵי ש"צ לִקְדֻושָּׁה:
Nous lisons au chapitre Hotsiou lo et hakaf : Rabbi Alexandri a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : celui qui prie doit faire trois pas en arrière, et ensuite donner la paix ; s'il n'a pas fait ainsi, il vaut mieux pour lui n'avoir pas prié. Et au nom de Chemaya on a dit : il donne la paix à sa droite puis à sa gauche, ainsi qu'il est dit : de Sa droite, un feu de loi pour eux, et il est dit : mille tomberont à ton côté, et dix mille à ta droite. Rava vit Abaye donner la paix à sa droite en premier ; il lui dit : penses tu qu'il s'agisse de ta droite à toi ? Il s'agit de ta gauche, qui est la droite du Saint béni soit Il. Rav Hiya, fils de Rav Houna, a dit : j'ai vu Abaye et Rava faire ces trois pas en une seule inclinaison. Et au nom de Rav Mordekhai nous disons : une fois qu'il a fait trois pas en arrière, il lui faut rester là ; c'est comparable à un disciple qui prend congé de son maître : s'il revient aussitôt, il ressemble au chien qui retourne à son vomissement. Il lui faut donc rester là jusqu'à ce que l'officiant fasse ses pas — selon une autre version, jusqu'à ce que l'officiant commence ; et lorsque l'officiant fait ses pas, il retourne à sa place. Et certains disent : jusqu'à ce que l'officiant parvienne à la kedoucha.
💡 Explication

Deux Amoraim identifient la récompense laissée indicible. Pour Rabbi Yehochoua ben Levi, c'est le vin conservé dans ses raisins, tenu en réserve depuis la Création et jamais sorti de son enveloppe ; pour Rabbi Chmouel bar Nahmani, c'est Éden lui même, qu'aucun regard n'a jamais parcouru.

La seconde réponse appelle immédiatement une objection, que les deux segments suivants traitent : Adam a bien vécu là, semble-t-il. La Guemara va distinguer le jardin et Éden.

25
שֶׁמָּא תֹּאמַר: אָדָם הָרִאשׁוֹן הֵיכָן הָיָה? בְּגַן.

Et si tu disais : Adam, le premier homme, où était il donc ? Dans le jardin.

26
וְשֶׁמָּא תֹּאמַר: הוּא גַּן, הוּא עֵדֶן, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְנָהָר יֹוצֵא מֵעֵדֶן לְהַשְׁקוֹת אֶת הַגָּן״, גַּן לְחוּד וְעֵדֶן לְחוּד.

Et si tu disais : le jardin et Éden sont un seul et même lieu — le verset enseigne : Et un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin. Le jardin est une chose, Éden en est une autre.

💡 Explication

La preuve est tirée de la syntaxe du verset : un fleuve qui sort d'Éden pour arroser le jardin suppose deux lieux distincts, et une source située en amont. Adam a donc vu le jardin, non Éden, et l'affirmation de Rabbi Chmouel bar Nahmani tient.

27
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה שֶׁחָלָה בְּנוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל. שִׁגֵּר שְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים אֵצֶל רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא לְבַקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים. כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹתָם, עָלָה לָעֲלִייָּה, וּבִקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים. בִּירִידָתוֹ אָמַר לָהֶם: לְכוּ, שֶׁחֲלָצַתּוּ חַמָּה. אָמְרוּ לוֹ: וְכִי נָבִיא אַתָּה?! אָמַר לָהֶן: לֹא נָבִיא אָנֹכִי וְלֹא בֶן נָבִיא אָנֹכִי, אֶלָּא כָּךְ מִקּוֹבְלָנִי: אִם שְׁגוּרָה תְּפִלָּתִי בְּפִי — יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְקֻובָּל, וְאִם לָאו — יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהוּא מְטֹורָף. יָשְׁבוּ וְכָתְבוּ וְכִווְּנוּ אוֹתָהּ שָׁעָה. וּכְשֶׁבָּאוּ אֵצֶל רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אָמַר לָהֶן: הָעֲבוֹדָה, לֹא חִסַּרְתֶּם וְלֹא הוֹתַרְתֶּם, אֶלָּא כָּךְ הָיָה מַעֲשֶׂה בְּאוֹתָהּ שָׁעָה חֲלָצַתּוּ חַמָּה וְשָׁאַל לָנוּ מַיִם לִשְׁתּוֹת.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva que le fils de Rabban Gamliel tomba malade. Il envoya deux talmide hakhamim auprès de Rabbi Hanina ben Dossa pour demander miséricorde sur lui.

Dès qu'il les vit, il monta à l'étage et demanda miséricorde sur lui. En redescendant, il leur dit : allez, la fièvre l'a quitté.

Ils lui dirent : es tu donc prophète ? Il leur dit : je ne suis ni prophète ni fils de prophète, mais voici ce que j'ai reçu par tradition : si ma prière est fluide dans ma bouche, je sais qu'elle est agréée ; sinon, je sais qu'elle est rejetée.

Ils s'assirent, écrivirent et fixèrent exactement cette heure là. Et lorsqu'ils vinrent auprès de Rabban Gamliel, il leur dit : par le service du Temple, vous n'avez rien retranché ni rien ajouté ; ainsi les choses se sont passées : à cette heure là, la fièvre l'a quitté et il nous a demandé de l'eau à boire.

📜 Rachi (2)
חֲלָצַתּוּ חַמָּה שְׁלָפַתּוּ נִיטְּלָה מִגּוּפוֹ הַחַמָּה הוּא הַחֹולִי הַקּוֹדְחוֹ חֲלָצַתּוּ לְשׁוֹן חָלַץ מֵהֶם:
La chaleur lui a été ôtée du corps. La hama est la maladie qui le brûlait, et halatsato est de la même racine que halats mehem, il s'est retiré d'eux.
לֹא חִסַּרְתֶּם שָׁעָה:
Vous n'avez rien retranché : pas même une heure.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה וְחָלָה בְּנוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְשִׁגֵּר שְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים אֵצֶל רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא, לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עָלָיו. הָא דְּשָׁלַח שְׁנַיִם וְלָא סַגִּי לֵיהּ בְּחַד, נִרְאֶה לִי בס"ד כְּדֵי שֶׁיַּצְלִיחוּ בִּשְׁלִיחוּתָם לְבַשְּׂרוֹ טוֹב, כִּי בְּשׂוֹרָה רָעָה הִיא קָשָׁה וּמָרָה לַשָּׁלִיחַ, וּמַזָּלָא דְּבֵי תְּרֵי עָדִיף לְהַצְלִיחַ בָּזֶה. וְעוֹד דִּתְרֵי נְפִישׁ זָכְוָתַיְיהוּ. אִי נָמֵי עָשָׂה כֵּן לִכְבוֹדוֹ שֶׁל ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא, שֶׁלֹּא יִהְיֶה נִרְאֶה דָּבָר זֶה שֶׁבִּקֵּשׁ מִמֶּנּוּ לְהִתְפַּלֵּל כְּמוֹ גְּזֵירַת נָשִׂיא, אֶלָּא כְּאָדָם שֶׁשּׁוֹאֵל דָּבָר מִן הַגָּדוֹל מִמֶּנּוּ, וְהָא דְּעָלָה לָעֲלִיָּה תֵּיכֶף כְּשֶׁרָאָה אוֹתָם, הִנֵּה הוּא הֵבִין מִדַּעְתּוֹ שֶׁבַּעֲבוּר תְּפִילָּה בְּעַד בְּנוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל בָּאוּ, יַעַן כִּי הוּא שָׁמַע קֹודֶם שֶׁבָּאוּ שֶׁבְּנוֹ חוֹלֶה, וְלֹא הִמְתִּין עַד שֶׁיֹּאמְרוּ לוֹ, דְּחָשׁ שֶׁמָּא יָבֹא לוֹ יֻוהֲרָה חָס וְחָלִילָה בָּזֶה שֶׁרַבָּן גַּמְלִיאֵל הַנָּשִׂיא נִצְטָרֵךְ לִתְפִילָּתוֹ, אוֹ שֶׁרָצָה לְהַעֲלִים הַדָּבָר מֵעֵינֵי הָרוֹאִין שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁוּ שֶׁהוּא עָמַד וּמִתְפַּלֵּל עַל הַחוֹלֶה וְיָטִילוּ בָּזֶה עַיִן הָרַע, וּלְכָךְ קָדַם לַעֲלוֹת לְהִתְפַּלֵּל קֹודֶם שֶׁיְּדַבְּרוּ עִמּוֹ כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה הַתְּפִילָּה בְּהֶצְנֵעַ, וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ כָּל מִילּוּי דְּבַר נָשׁ דְּאִינּוּן בְּאִתְגַּלְיָיא דִּינִין שַׁרְייָן עֲלָהּ, וְאֵלּוּ בְּאִתְכַּסְיָיא בִּרְכָאָן שָׁרְייָן עֲלָהּ, וְהוּא הַדִּין הָכָא.
Il arriva que le fils de Rabban Gamliel tomba malade, et il envoya deux talmide hakhamim auprès de Rabbi Hanina ben Dossa pour demander miséricorde sur lui. Pourquoi en envoyer deux, alors qu'un seul aurait suffi ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce fut pour qu'ils réussissent dans leur mission et rapportent une bonne nouvelle, car une mauvaise nouvelle est dure et amère pour l'envoyé, et la chance de deux est meilleure pour réussir en cela ; de plus, le mérite de deux hommes est plus grand. Autrement, il agit ainsi par égard pour l'honneur de Rabbi Hanina ben Dossa, afin que sa demande de prière ne prenne pas l'apparence d'un décret de nassi, mais celle d'un homme qui demande une chose à plus grand que lui. Quant au fait qu'il soit monté à l'étage dès qu'il les vit : il a compris de lui même qu'ils venaient pour la prière en faveur du fils de Rabban Gamliel, ayant entendu avant leur arrivée que ce fils était malade, et il n'a pas attendu qu'ils le lui disent, craignant de tomber dans l'orgueil du fait que Rabban Gamliel le nassi eût besoin de sa prière ; ou bien il voulait dérober la chose aux yeux de ceux qui voyaient, pour qu'ils ne remarquent pas qu'il se tenait à prier pour un malade et n'attirent ainsi le mauvais œil. Il monta donc prier avant même qu'ils lui parlent, afin que la prière se fasse en secret. Et l'on connaît la parole du saint Zohar : toute chose de l'homme qui se fait à découvert, les rigueurs s'y attachent ; ce qui se fait de manière cachée, les bénédictions s'y attachent. Il en va de même ici.
💡 Explication

Le récit met le signe de la michna à l'épreuve du fait. Rabbi Hanina ben Dossa refuse explicitement le titre de prophète par la formule d'Amos, et qualifie son savoir de mekoubalani, chose reçue. Le signe est une règle transmise, non une révélation.

La vérification est méthodique : les envoyés notent l'heure par écrit avant de partir, et Rabban Gamliel confirme sans savoir ce qui est écrit. La demande d'eau marque la fin de la fièvre.

28
וְשׁוּב מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא שֶׁהָלַךְ לִלְמוֹד תּוֹרָה אֵצֶל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, וְחָלָה בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי. אָמַר לוֹ: חֲנִינָא בְּנִי, בַּקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים וְיִחְיֶה. הִנִּיחַ רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו וּבִקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים, וְחָיָה. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: אִלְמָלֵי הֵטִיחַ בֶּן זַכַּאי אֶת רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ — לֹא הָיוּ מַשְׁגִּיחִים עָלָיו. אָמְרָה לוֹ אִשְׁתּוֹ: וְכִי חֲנִינָא גָּדוֹל מִמְּךָ? אָמַר לָהּ: לָאו, אֶלָּא הוּא דּוֹמֶה כְּעֶבֶד לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ, וַאֲנִי דּוֹמֶה כְּשַׂר לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ.

Et il arriva encore, avec Rabbi Hanina ben Dossa, qu'il alla étudier la Torah auprès de Rabban Yo'hanan ben Zakai, et que le fils de Rabban Yo'hanan ben Zakai tomba malade. Il lui dit : Hanina, mon fils, demande miséricorde sur lui et il vivra.

Il posa sa tête entre ses genoux, demanda miséricorde sur lui, et l'enfant vécut. Rabban Yo'hanan ben Zakai dit : si ben Zakai avait enfoncé sa tête entre ses genoux toute la journée entière, on n'aurait pas fait attention à lui.

Sa femme lui dit : Hanina est il donc plus grand que toi ? Il lui dit : non, mais il est comme un serviteur devant le roi, et moi je suis comme un ministre devant le roi.

📜 Rachi (2)
כְּעֶבֶד בֶּן בַּיִת נִכְנָס וְיוֹצֵא שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת:
Comme un familier de la maison, qui entre et sort sans permission.
כָּשֵׁר לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לָבֹא לְפָנָיו:
Comme un ministre devant le roi : qui n'a pas coutume de venir devant lui.
🪔 Ben Yehoyada (4)
חֲנִינָא בְּנִי, בַּקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים וְיִחְיֶה. הָא דְּהוֹסִיף לוֹמַר וְיִחְיֶה, כֵּיוָן בְּתוֹסָפוֹת זֶה בְּדֶרֶךְ תְּפִילָּה, שֶׁעָשָׂה תְּפִילָּה בָּזֶה עַל בְּנוֹ בְּהֶצְנֵעַ שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁוּ הַמְקַטְרְגִים שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל עַל בְּנוֹ, אֶלָּא דְּבָרִים הוּא מְדַבֵּר וּמוֹדִיעַ לֵר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא, אוֹ יוּבָן דִּקְדֵּק לוֹמַר וְיִחְיֶה, שֶׁבִּקֵּשׁ מִמֶּנּוּ שֶׁיִּמָּשֵׁךְ לוֹ חַיִּים אֲרֻוכִּים בִּתְפִילָּתוֹ שֶׁיִּחְיֶה הַרְבֵּה גַּם אַחַר שֶׁיַּעֲמֹוד מֵחָלְיוֹ, כִּי כְּמוֹ שֶׁתִּהְיֶה עַתָּה עֵת רָצוֹן שֶׁתְּקֻובַּל תְּפִלַּת ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא לַהֲקִימוֹ מִן הַחֹולִי, כֵּן תְּקֻובַּל לְהַמְשָׁכַת חַיִּים אֲרֻוכִּים עוֹד מִכָּאן וּלְהַבָּא.
Hanina, mon fils, demande miséricorde sur lui et il vivra. S'il a ajouté et il vivra, il avait une intention de prière dans cet ajout : il a ainsi prié pour son fils en secret, pour que les accusateurs ne remarquent pas qu'il priait pour lui, alors qu'il semblait seulement parler et informer Rabbi Hanina ben Dossa. Ou bien il a pris soin de dire et il vivra pour lui demander d'obtenir par sa prière une longue vie, afin que l'enfant vive longtemps même après s'être relevé de sa maladie : de même que ce moment est un temps de faveur où la prière de Rabbi Hanina ben Dossa sera agréée pour le relever de la maladie, de même sera-t-elle agréée pour lui prolonger la vie à l'avenir.
הִנִּיחַ רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו וּבִקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים וְחָיָה. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל בְּנֹועַם לְשׁוֹנָם עַל הַכַּוָּנָה שֶׁלּוֹ שֶׁהָיָה מְכַוֵּין בִּתְפִילָּתוֹ עַל הַחוֹלִים, לְהַמְשִׁיךְ אוֹרוֹת וּמוֹחִין מִן שְׁלֹשָׁה סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם חַבַּ"ד אֶל ג' אַחֲרוֹנוֹת שֶׁהֵם נה"י , שֶׁשָּׁם אֲחָיוֹת הַחִיצוֹנִים בְּסוֹד ו' רַגְלֶיהָ יֹרְדוֹת מוֹת' (מִשְׁלֵי ה' ה'), וּבָזֶה הַחַיָּה אֶת הַחוֹלֶה מִמֵּילָא, וְלָזֶה אָמַר הִנִּיחַ רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו, כִּי חַבָּ"ד הִיא סוֹד הָרֹאשׁ, ונה"י סוֹד רַגְלַיִם, גַּם נִרְמְזוּ חַבָּ"ד בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת ח נינ א בֶּן ד וס א , וְסוֹפִי תֵּיבוֹת אנ"א שֶׁהוּא לְשׁוֹן תְּפִלָּה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרָם הִנִּיחַ רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו, כִּי יָדוּעַ הַחָכְמָה בְּרֹאשׁ, וְהִיא בְּסוֹד יוּ"ד דְּשֵׁם הוי"ה, וְהַחוֹלֶה נֶהְפַּךְ לוֹ אוֹת יוּ"ד לְאוֹתִיּוֹת דְּוִי, וְנֶהְפַּךְ לוֹ מִסְפַּר יוּ"ד שֶׁהוּא עֶשֶׂר לְאוֹתִיּוֹת עֶרֶשׂ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בַּפָּסוּק (תְּהִלִּים מא, ד') ה' יִסְעָדֶנּוּ עַל עֶרֶשׂ דְּוָי. וּכְשֶׁיִּתְרַפֵּא יִמָּשֵׁךְ לוֹ חַיִּים מִן הַחָכְמָה וְתַחֲזֹור וְתִתְהַפֵּךְ 'דְּוָי' לְ'יוֹ"ד' וְ'עֶרֶשׂ' ל'עָשָׂר', וְזֶהוּ כָּל מִשְׁכָּבוֹ הָפַכְתָּ בְחָלְיוֹ, וְיָדוּעַ שֶׁהַבָּנִים יִתְיַיחֲסוּ לְבִרְכַּיִם, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ 'בְּרָא כְּרָעֵיהּ דַּאֲבוּהִי', וְכָל בָּנִים קְטַנִּים יִתְייַחֲסוּ לִתְרֵין יַרְכִּין, וְלָזֶה אָמַר הִנִּיחַ רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו, כְּלוֹמַר תִּמְשׁוֹךְ הֶאָרַת הַחָכְמָה שֶׁהִיא יוּ"ד לְאוֹתוֹ הַבֵּן הַמִּתְיַיחֵס לַבִּרְכַּיִים.
Il posa sa tête entre ses genoux, demanda miséricorde sur lui, et l'enfant vécut. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont fait allusion, par la douceur de leur langue, à l'intention qu'il portait dans sa prière sur les malades : attirer les lumières et les mohin depuis les trois premières sefirot, qui sont 'hokhma, bina et daat, vers les trois dernières, qui sont netsa'h, hod et yessod, là où les forces extérieures ont prise, selon le sod du verset ses pieds descendent vers la mort ; par cela le malade recouvrait la vie de lui même. C'est le sens de il posa sa tête entre ses genoux : 'hokhma, bina et daat sont le sod de la tête, et netsa'h, hod et yessod le sod des jambes. Ces trois premières sont aussi évoquées par les initiales de Hanina ben Dossa, dont les finales forment ana, qui est un terme de prière. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on peut expliquer ainsi : on sait que la 'hokhma est dans la tête, et qu'elle est le sod de la lettre youd du Nom ; chez le malade, la lettre youd se renverse en les lettres devay, souffrance, et le nombre dix se renverse en les lettres eress, grabat, comme l'a écrit notre maître le Ari sur le verset Hachem le soutiendra sur le lit de souffrance. Lorsqu'il guérit, la vie lui est attirée depuis la 'hokhma, et devay redevient youd, eress redevient esser ; c'est le sens de tout son lit, Tu l'as retourné dans sa maladie. On sait aussi que les enfants sont rapportés aux genoux, comme on l'a dit : le fils est la jambe de son père, et que tous les jeunes enfants sont rapportés aux deux cuisses. C'est pourquoi il est dit il posa sa tête entre ses genoux : attire l'illumination de la 'hokhma, qui est youd, vers cet enfant qui se rapporte aux genoux.
אָמְרָה לוֹ אִשְׁתּוֹ: וְכִי חֲנִינָא גָּדוֹל מִמְּךָ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא אָמְרָה לוֹ כֵּן מִתְּחִלָּה כַּאֲשֶׁר אָמַר לוֹ חֲנִינָא בְּנִי, בַּקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים וְיִחְיֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מֵעִיקָּרָא סָבְרָה הָא דְּלָא הִתְפַּלֵּל הוּא מִפְּנֵי שֶׁהַצַּעַר מַגִּיעַ אֵלָיו וְדַעְתּוֹ מְבֻולְבָּל וְאֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין בִּתְפִילָּתוֹ, לְכָךְ בִּקֵּשׁ מִן ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא, אַךְ אַחַר שֶׁשָּׁמְעָה שֶׁאָמַר הֵם הִנִּיחַ בֶּן זַכַּאי אֶת רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ לֹא הָיוּ מֻשְׁגָּחִים עָלָיו, מִלָּשׁוֹן זֶה דְּלָא הָיָה מַשְׁגִּיחִים עָלָיו, נִרְאֶה דְּלָאו מִשּׁוּם שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְכַוֵּין בִּתְפִילָּתוֹ, אֶלָּא מִשּׁוּם דִּתְפִלַּת ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא מְקֻובֶּלֶת יוֹתֵר מִמֶּנּוּ, וְעוֹד אֵיךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ לֹא יוּכַל לִמְצוֹא רְגָעִים שֶׁיּוּכַל לְכַוֵּין בָּהֶם, כֵּיוָן דְּהוּא כָּל הַיּוֹם עוֹמֵד וּמִתְפַּלֵּל, לְכָךְ שְׁאֵלָה אוֹתוֹ וְכִי חֲנִינָא גָּדוֹל מִמְּךָ, אוֹ נִרְאֶה לִי בִּפְשִׁיטוּת כִּי מִתְּחִלָּה כְּשֶׁאָמַר לוֹ בִּקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים לֹא יָדְעָה וְלֹא שָׁמְעָה, וְרַק דְּבָרָיו הָאַחֲרוֹנִים אֵלּוּ שָׁמְעָה, אִי נָמֵי תְּחִלָּה הִיא הָיְתָה מְבֻולְבֶּלֶת וְלֹא שָׂמָה לֵב לַחְקֹור עַל דָּבָר זֶה.
Sa femme lui dit : Hanina est il donc plus grand que toi ? On peut demander pourquoi elle ne lui a pas parlé ainsi dès le début, lorsqu'il dit à Rabbi Hanina : demande miséricorde sur lui et il vivra. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle pensait d'abord que s'il ne priait pas lui même, c'était parce que la peine l'atteignait, que son esprit était troublé et qu'il ne pouvait diriger son cœur dans la prière, et que c'est pour cela qu'il avait demandé à Rabbi Hanina ben Dossa. Mais après avoir entendu qu'il disait : si ben Zakai avait enfoncé sa tête entre ses genoux toute la journée entière, on n'aurait pas fait attention à lui, il ressortait de cette expression que la raison n'était pas l'impossibilité de diriger son cœur, mais que la prière de Rabbi Hanina ben Dossa était plus agréée que la sienne. Et d'ailleurs, comment n'aurait il pas trouvé, en une journée entière, quelques instants où diriger son cœur, puisqu'il se tenait à prier toute la journée ? Elle lui demanda donc : Hanina est il plus grand que toi ? Ou bien, plus simplement, il me semble qu'au début, lorsqu'il lui dit demande miséricorde sur lui, elle ne savait pas et n'avait pas entendu, et qu'elle n'a entendu que ces dernières paroles ; ou encore qu'elle était d'abord troublée et n'avait pas prêté attention à la chose.
אֲמַר לָהּ: לָאו, אֶלָּא הוּא דּוֹמֶה כְּעֶבֶד לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ, וַאֲנִי דּוֹמֶה כְּשַׂר לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לָבֹא לְפָנָיו, וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה תִּגְרַע תְּפִילָּתוֹ מִשּׁוּם הָכִי, אַדְּרַבָּה אִיפְּכָא מִסְתַּבְּרָא כֵּיוָן דְּאֵינוֹ רָגִיל לְבַקֵּשׁ הַרְבֵּה, הַשְׁתָּא דְּעָמַד בְּצָרָה וְהֻוצְרַךְ לְבַקֵּשׁ רָאוּי שֶׁיַּעֲנֵהוּ? וְנִרְאֶה לִי דִּתְפִילּוֹת אֵלּוּ צָרִיךְ לָהֶם כַּוָּנוֹת וְיִחוּדִים, כְּמוֹ עִנְיַן הַיִּחוּדִים שֶׁסִּידֵּר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ, וּבְוַדַּאי הֵם הָיָה לָהֶם יִחוּדִים עֲמֻוקִּים וַאֲרֻוכִּים יוֹתֵר מֵאֵלּוּ הַיִּחוּדִים הַכְּתוּבִים בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ, וְר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא שֶׁהָיָה רָגִיל לְהִתְפַּלֵּל הָיָה בָּקִי בָּהֶם וּשְׁגוּרִים בְּפִיו וּבְכַוָּנַת לִבּוֹ וּמַחֲשַׁבְתּוֹ, לְכָךְ הָיָה עוֹלֶה בְּיָדוֹ הַדָּבָר כִּי הֲוָה קוֹלֵעַ אֶת הַשַּׂעֲרָה וְלֹא יַחֲטִיא כַּסֵּדֶר הַכַּוָּנוֹת שֶׁלָּהֶם, מַה שֶׁאֵין כֵּן רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לֹא הָיָה דַּרְכּוֹ לְהִתְפַּלֵּל עַל אֲחֵרִים תְּפִילּוֹת כְּאִלּוּ, וְלָכֵן לֹא הָיָה רָגִיל בְּכַוָּנוֹת וַעֲשִׂייַּת הַיִּחוּדִים הַצְּרִיכִים לָזֶה שֶׁיִּהְיוּ שְׁגוּרִים וּסְדוּרִים בִּלְבָבוֹ בְּדִקְדּוּק עָצוּם, אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה הוּא דּוֹמֶה לִפְנֵי הַמַּלְאָכִים כְּעֶבֶד לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ, שֶׁרָגִיל לְהִתְפַּלֵּל והקב"ה שׁוֹמֵעַ תְּפִילָּתוֹ, לְכָךְ אִם יִרְאוּ אוֹתוֹ מִתְפַּלֵּל לֹא יָבֹאוּ לַחְקֹור עַל מָה הוּא מִתְפַּלֵּל, אִם עַל חוֹלֶה אוֹ עַל דָּבָר אַחֵר, מַה שֶׁאֵין כֵּן רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי דּוֹמֶה בְּעֵינֵיהֶם כָּשֵׁר שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לְהִתְפַּלֵּל, לְכָךְ כְּשֶׁרוֹאִין אוֹתוֹ מִתְפַּלֵּל תִּהְיֶה תְּפִילָּתוֹ כְּמוֹ חִידּוּשׁ, וְיִרְצוּ לָדַעַת עַל תְּפִילָּה זוֹ מַה זּוֹ עוֹשָׂה, וְכֵיוָן שֶׁמְּשִׂימִין לִבָּם עָלָיו, אָז כְּשֶׁיִּרְאוּ שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל עַל חוֹלֶה אָז מִתְעוֹרְרִים לְדַקְדֵּק עַל מַעֲשָׂיו וְעִנְיָנָיו שֶׁל אוֹתוֹ חוֹלֶה אִם רָאוּי וְאִם לָאו, וּכְשֶׁיִּמְצְאוּ לוֹ עִילָּה בְּקִטְרוּג יִהְיֶה בָּזֶה עִיכּוּב. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לְפָרֵשׁ בס"ד הַכַּוָּנָה, כִּי ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא רָגִיל לְהִתְפַּלֵּל וְאִם כֵּן וַדַּאי כַּמָּה עִתּוֹת רָצוֹן נִזְדַּמְּנוּ לוֹ בִּתְפִילָּתוֹ אֲשֶׁר בָּהֶם פָּתַח מַעְייְנֵי יְשׁוּעָה שֶׁל נֵס הָרְפוּאָה לְחוֹלִים, וְלָכֵן עַתָּה נַעֲנֶה בְּנָקֵל מִכֹּחַ אוֹתָם מַעְיְינֵי הַיְּשׁוּעָה שֶׁפָּתַח מִקֹּודֶם, מַה שֶׁאֵין כֵּן הוּא שֶׁאֵינוֹ רָגִיל בָּזֶה וְאֵין לוֹ מַעְייָנוֹת יְשׁוּעָה פְּתוּחִים מִקַּדְמַת דְּנָא בְּעֵת רָצוֹן כְּדֵי שֶׁיִּתְעוֹרֵר עַל יָדָם הִשְׁפַּעְתָּ הַנֵּס עַתָּה. וְהִנֵּה מִלְּבַד פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁאָמַר רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי עַל ר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא כְּעֶבֶד לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ לְשַׁבְּחוֹ, כְּלוֹמַר הוּא עָנָיו שֶׁמְּדַמֶּה עַצְמוֹ כְּעֶבֶד לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב כָּל כָּךְ, לָכֵן עַל יְדֵי זְכוּת הָעֲנָוָה זוֹכֶה שֶׁתְּקֻובַּל תְּפִילָּתוֹ, אַךְ אֲנִי אֵינֶנִּי עָנָיו כָּמוֹהוּ שֶׁאֲנִי רוֹאֶה עַצְמִי נָשִׂיא וּגְדוֹל הַדּוֹר, וְעַל יְדֵי כֵּן אֲנִי נֶחְשָׁב בְּעֵינֵי עַצְמִי כָּשֵׁר לִפְנֵי מֶלֶךְ, לְכָךְ אֵין אֲנִי נַעֲנֶה כָּמוֹהוּ.
Il lui dit : non, mais il est comme un serviteur devant le roi, et moi je suis comme un ministre devant le roi. Rachi explique : qui n'a pas coutume de venir devant lui. On peut demander pourquoi sa prière en serait diminuée : au contraire, il semblerait qu'ayant l'habitude de ne pas demander beaucoup, il mériterait d'être exaucé maintenant qu'il se trouve dans la détresse et doit demander. Il me semble que ces prières exigent des kavanot et des yihoudim, comme les yihoudim ordonnés par notre maître le Ari dans le Chaar Roua'h haKodech ; et ces maîtres avaient assurément des yihoudim plus profonds et plus longs que ceux qui sont écrits dans le Chaar Roua'h haKodech. Rabbi Hanina ben Dossa, qui avait coutume de prier ainsi, y était expert, et ils lui étaient familiers dans la bouche, dans l'intention du cœur et dans la pensée ; c'est pourquoi la chose lui réussissait, car il visait juste et ne manquait pas l'ordre de ces kavanot. Il n'en allait pas de même de Rabban Yo'hanan ben Zakai, qui n'avait pas coutume de prier pour autrui de telles prières, et qui n'était donc pas rompu aux kavanot et aux yihoudim requis, lesquels doivent être familiers et ordonnés dans le cœur avec une extrême précision. Autrement, il me semble que le sens est celui ci : il est aux yeux des anges comme un serviteur devant le roi, qui a coutume de prier et dont le Saint béni soit Il entend la prière ; si donc ils le voient prier, ils ne viendront pas examiner pour quel motif il prie, si c'est pour un malade ou pour autre chose. Il n'en va pas de même de Rabban Yo'hanan ben Zakai, qui est à leurs yeux comme un ministre n'ayant pas coutume de prier : lorsqu'ils le voient prier, sa prière leur paraît une nouveauté, et ils veulent savoir ce qu'elle vise ; et dès lors qu'ils y portent attention, voyant qu'il prie pour un malade, ils s'éveillent à examiner les actes et les affaires de ce malade, s'il est digne ou non, et s'ils lui trouvent matière à accusation, il y aura là un empêchement. D'une autre manière encore, il me semble que Rabbi Hanina ben Dossa était habitué à prier, et qu'assurément plusieurs temps de faveur se sont présentés à lui dans sa prière, par lesquels il a ouvert des sources de salut pour le miracle de la guérison des malades ; c'est pourquoi il est maintenant exaucé facilement, par la force de ces sources ouvertes auparavant. Il n'en allait pas de même pour lui, qui n'y était pas habitué et qui n'avait pas de sources de salut ouvertes de longue date en un temps de faveur, par lesquelles s'éveillerait à présent l'influx du miracle. Enfin, outre l'explication de Rachi, il me semble que Rabban Yo'hanan ben Zakai a dit de Rabbi Hanina ben Dossa qu'il est comme un serviteur devant le roi pour le louer : il est humble et se tient lui même pour un serviteur devant le roi, sans grande importance, et par le mérite de cette humilité il obtient que sa prière soit agréée ; tandis que moi je ne suis pas humble comme lui, car je me vois nassi et grand de la génération, et je me tiens de ce fait pour un ministre devant le roi, et je ne suis donc pas exaucé comme lui.
💡 Explication

Le second récit répond à une question que le premier laissait ouverte : pourquoi s'adresser à Rabbi Hanina plutôt que prier soi même. La réponse de Rabban Yo'hanan ben Zakai sépare deux mesures. La grandeur en Torah lui appartient ; l accès immédiat à la prière appartient à Rabbi Hanina.

L'image est précise : le serviteur est un familier de la maison, il entre sans permission à toute heure ; le ministre occupe un rang supérieur, mais il ne se présente que sur convocation et pour des affaires graves.

🖼️ Schéma
Le serviteur et le ministre : pourquoi la prière de Rabbi Hanina est entendue Rabbi Hanina ben Dossa comme un serviteur devant le roi Familier de la maison. Il entre et sort sans permission. Il demande à toute heure. Sa demande aboutit immédiatement. Il pose la tête entre ses genoux et prie. Rabban Yo'hanan ben Zakai comme un ministre devant le roi Son rang est supérieur. Il ne vient pas sans être appelé. Il demande pour de grandes affaires. Toute une journée ne suffirait pas. Il fait donc appel à Rabbi Hanina. La réponse à la question de sa femme La grandeur en Torah et l'accès immédiat à la prière sont deux mesures distinctes ; Rabban Yo'hanan garde la première et reconnaît la seconde à Rabbi Hanina.
Les deux positions devant le roi, et ce que chacune permet.
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וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אַל יִתְפַּלֵּל אָדָם אֶלָּא בְּבַיִת שֶׁיֵּשׁ שָׁם חַלּוֹנוֹת. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכַוִּין פְּתִיחָן לֵיהּ בְּעִלִּיתֵהּ (לְקַבֵּל) [נֶגֶד] יְרוּשָׁלִַם״.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que l'homme ne prie que dans une maison où il y a des fenêtres, ainsi qu'il est dit : et des fenêtres étaient ouvertes pour lui, dans sa chambre haute, en direction de Jérusalem.

📜 Rachi (1)
חַלּוֹנוֹת שֶׁגּוֹרְמִין לוֹ שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ שֶׁהוּא מִסְתַּכֵּל כְּלַפֵּי שָׁמַיִם וְלִבּוֹ נִכְנָע:
Elles font qu'il dirige son cœur, car il regarde vers le ciel et son cœur se soumet.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַל יִתְפַּלֵּל אָדָם אֶלָּא בְּבַיִת שֶׁיֵּשׁ שָׁם חַלּוֹנוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נַעֲשָׂה חוֹמַת בַּרְזֶל מַפְסֶקֶת בֵּין יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם לְכָךְ נִנְעֲלוּ שַׁעֲרֵי תְּפִילָּה, אַךְ יָדוּעַ דְּאִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת הַפְסָקָה גְּמוּרָה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהִסְתַּלֵּק הַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ רֶגַע מִיִּשְׂרָאֵל. אַךְ הָעִנְיָן דֻּוגְמַת הַחוֹמָה שֶׁעוֹשִׂין בָּהּ חַלּוֹנוֹת שֶׁהָרוֹאֶה יִרְאֶה דֶּרֶךְ חַלּוֹנוֹת, וְיֵשׁ עוֹד גַּם כֵּן רְאִיָּה עַל יְדֵי סְדָקִים שֶׁיֵּשׁ בַּחוֹמָה, אַךְ רְאָיָה זוֹ קְטַנָּה הִיא לְגַבֵּי חַלּוֹנוֹת, כֵּן תִּהְיֶה הַהַשְׁגָּחָה בְּעֵרֶךְ זֶה עַתָּה לִפְעָמִים בְּהַרְוָוחָה בְּעֵרֶךְ הַחַלּוֹנוֹת וְלִפְעָמִים מוּעֶטֶת בְּעֵרֶךְ רְאָיָה מִן הַסְּדָקִים, וְלָכֵן יִתְפַּלֵּל אָדָם בְּבַיִת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חַלּוֹנוֹת לְהוֹרוֹת שֶׁעֲדַייִן הַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ עָלֵינוּ, וְאַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ חוֹמַת מַפְסֶקֶת מִכֹּחַ הָעֲוֹנוֹת, אֶלָּא שֶׁהַהַשְׁגָּחָה הִיא בְּעֵרֶךְ רְאָיָה מִן הַחַלּוֹנוֹת שֶׁהוּא יוֹתֵר מִן עֵרֶךְ הַסְּדָקִים וַחֲרַכִּים. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם לָזֶה, דְּיָדוּעַ דְּבֵית הַכְּנֶסֶת נִקְרָא בֵּית תְּפִלָּה, וְכֵן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ נו ז) בֵיתִי בֵּית תְּפִלָּה יִקָּרֵא לְכָל הָעַמִּים, וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד טַעַם לְשֵׁם תְּפִלָּה, שֶׁהַתְּפִילָּה עוֹשָׂה בִּנְיָן וְתִיקּוּן בַּמַּלְכוּת, וְלָכֵן נִקְרֵאת 'חַיֵּי שָׁעָה', כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא עַל ר"פ דְּחַזְיֵהּ לר"פ מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ, אֲמַר מַנִּיחִין חַיֵּי עוֹלָם שֶׁהוּא עֵסֶק הַתּוֹרָה, וְעוֹסְקִין בְּחַיֵּי שָׁעָה, שֶׁהַמַּלְכוּת נִקְרֵאת שָׁעָה, גַּם יָדוּעַ שֶׁהַמַּלְכוּת בִּנְיָינָהּ עַל יְדֵי הה"ג , שֶׁהֵם 'חֲמִשָּׁה שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים' שֶׁעוֹלֶה מִסְפָּרָם ת"ל [430] , וְהֵם רְמוּזִים בַּפֶּה, דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֹׁורֶשׁ הה"ג הֵם בַּפֶּה שֶׁבּוֹ חֲמִשָּׁה מוֹצָאוֹת שֶׁל חֵיךְ וְגָרוֹן וְלָשׁוֹן וְשִׁינַּיִם וּשְׂפָתַיִם, שֶׁהֵם כְּנֶגֶד הַג' שֶׁהֵם ה' שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים שֶׁעוֹלִים ת"ל, וּבָזֶה מוּבָן בס"ד שַׁפִּיר הַטַּעַם לְשֵׁם תְּפִלָּה שֶׁהוּא ת"ל פ"ה , כְּלוֹמַר הַג' שֶׁהֵם מִסְפַּר ת"ל שֶׁשָּׁרְשָׁם בַּפֶּה, וְלָכֵן בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁבּוֹ מְגַדְּלִים תְּפִילָּה נִקְרָא בֵּית תְּפִלָּה, וְלָכֵן כְּתִיב בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ בָּנוּי לְתַלְפִּיּוֹת ת"ל, תֵּל שֶׁכָּל פִּיּוֹת פּוֹנִים בּוֹ 'תֵּל' דַּיְיקָא. וְהִנֵּה יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁיִּחוּד הַתְּפִילָּה הוּא ו"ה וה"י הוה"י [58] שֶׁעוֹלֶה מִסְפַּר חֵן [58] , וְכָתַב הרמ"ז זַ"ל לָכֵן הַתְּפִילָּה נִקְרֵאת חֵן דִּכְתִיב (דְּבָרִים ג, כג) וָאֶתְחַנַּן אֶל ה' וְהַייְנוּ כִּי הה"ג שֶׁל ה' שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים שֶׁעוֹלִים ת"ל הַמִּתְעוֹרְרִים בַּתְּפִלָּה, יִתְמַתְּקוּ עַל יְדֵי יִחוּד הַתְּפִילָּה שֶׁהוּא מִסְפַּר 'חֵן', וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת י, יב) דִּבְרֵי פִי חָכָם חֵן, שֶׁמְּסַפֵּר חֵן שֶׁהוּא יִחוּד הַתְּפִילָּה הה"ג שֶׁהֵם ת"ל שֶׁשָּׁרְשָׁם בַּפֶּה. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (בְּרֵאשִׁית ו' ט') אֶת הָאֱ-לֹהִים הִתְהַלֶּךְ נֹחַ, פֵּירוּשׁ אֶת 'ה' אֱ-לֹהִים' רְצוֹנוֹ לוֹמַר חֲמִשָּׁה שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים, הִתְהַלֵּךְ נֹחַ הוּא יִחוּד הַתְּפִילָּה. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (בִּתְהִלִּים טז, ו) חֲבָלִים נָפְלוּ לִי בַּנְּעִמִים אַף נַחֲלָת שָׁפְרָה עָלָי, וְקָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אַף נַחֲלָה שֶׁהוּא שֵׁם דָּבָר, וְ'נַחֲלַת' מִלָּה דְּבוּקָה בְּאַחֶרֶת אֵין כָּאן כֵּן? וְזֶה מוּבָן הֵיטֵב דְּיָדוּעַ שֶׁדָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אָחוּז בַּמַּלְכוּת הַכּוֹלֶלֶת לֵאָה וְרָחֵל, שֶׁהָיָה לוֹ אֲחִיזָה בִּשְׁתֵּיהֶן, וּלְכָךְ תִּיקֵּן אֶת שְׁנֵיהֶם רָחֵל בְּחֶבְרוֹן וְלֵאָה בִּירוּשָׁלִַם, וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים, וְהֵם עִיקַּר בִּנְייָנָם עַל יְדֵי הה"ג שֶׁהֵם ת"ל, וּלְכָךְ הוּא רָאוּי לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן זֶה שֶׁל הה"ג שֶׁהֵם ת"ל עַל יָדוֹ יוֹתֵר מִצַּדִּיקִים אֲחֵרִים, וְזֶה שֶׁאָמַר חֲבָלִים נָפְלוּ לִי בַּנְּעִימִים הֵם לֵאָה וְרָחֵל, שֶׁגּוֹרָלִי נָפַל שָׁם כִּי אֲחִיזָתִי הִיא בָּהֶם, וְלָכֵן אַף נחל"ת אוֹתִיּוֹת נ"ח ת"ל, דְּהַיְינוּ יִחוּד שֶׁל נֹחַ הַנִּזְכָּר, שֶׁמְּמַתֵּק אֶת הת"ל, שֶׁפָּרָה עָלַי נָאֶה וְיָאֶה עָלַי, דְּשַׁיָּיךְ הוּא לִי יוֹתֵר מִזּוּלָתִי, נִמְצָא יִחוּד הַתְּפִילָּה שֶׁמַּמְתֶּקֶת הת"ל הוּא מִסְפַּר חֵן, לְכָךְ יִתְפַּלֵּל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חַלּוֹן שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת ל"ו ח"ן , וְכֵן חַלּוֹנוֹת אוֹתִיּוֹת ח"ן וָתָ"ל , וּלְפִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל בְּטַעַם הַחַלּוֹן כְּדֵי שֶׁיִּסְתַּכֵּל וְיִהְיֶה לוֹ מוֹרָא וְהַכְנָעָה, נִרְאֶה לִי חַלּוֹן [94] גֵּימַטְרְיָא דְּחִילוּ לוֹ [94] , כִּי דְּחִילוּ [58] גֵּימַטְרְיָא נח [58] , וְהָאָדָם צָרִיךְ לַעֲמֹוד שָׁם בִּדְחִילוּ.
Que l'homme ne prie que dans une maison où il y a des fenêtres. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le motif en est ce qu'ont dit nos maîtres : depuis la destruction du Temple, un mur de fer sépare Israël de son Père qui est au ciel, et c'est pourquoi les portes de la prière se sont fermées. Mais on sait qu'une séparation complète est impossible, car Sa providence ne saurait se retirer d'Israël un seul instant. Il en va comme d'un mur où l'on perce des fenêtres : celui qui regarde voit par les fenêtres, et il voit encore par les fentes du mur, mais cette vue la est petite au regard des fenêtres. Ainsi en est il de la providence à présent : parfois large, à la mesure des fenêtres, parfois réduite, à la mesure de ce que l'on voit par les fentes. C'est pourquoi l'homme priera dans une maison où il y a des fenêtres, pour enseigner que Sa providence est encore sur nous : et bien qu'un mur sépare à cause des fautes, la providence demeure à la mesure de ce que l'on voit par les fenêtres, ce qui excède la mesure des fentes et des interstices. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que le motif est celui ci. On sait que la synagogue est appelée maison de prière, de même que le Temple, ainsi qu'il est écrit : Ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples. J'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, le motif du nom tefila : la prière édifie et répare la malkhout, et c'est pourquoi elle est appelée vie de l'heure, comme il est rapporté dans la Guemara au sujet de Rav Papa que l'on vit prolonger sa prière, et dont il fut dit : ils laissent la vie éternelle, qui est l'étude de la Torah, et s'occupent de la vie de l'heure — car la malkhout est appelée heure. On sait aussi que l'édification de la malkhout se fait par les cinq guevourot, qui sont cinq noms de rigueur dont le compte total est quatre cent trente ; elles sont évoquées par la bouche, car notre maître le Ari a dit que la racine des cinq guevourot est dans la bouche, où se trouvent les cinq points d'articulation : le palais, la gorge, la langue, les dents et les lèvres, qui correspondent aux guevourot, ces cinq noms valant quatre cent trente. On comprend ainsi le motif du nom tefila : quatre cent trente et pe, la bouche, autrement dit les guevourot dont le compte est quatre cent trente et dont la racine est dans la bouche. C'est pourquoi la synagogue, où l'on fait grandir la prière, est appelée maison de prière ; et c'est pourquoi il est écrit du Temple qu'il est bâti letalpiyot, la colline vers laquelle toutes les bouches se tournent. On sait encore ce qu'a écrit notre maître le Ari, que le yihoud de la prière donne le compte cinquante huit, comme le mot hen, grâce ; et le Ramaz a écrit que c'est pour cela que la prière est appelée hen, ainsi qu'il est écrit : et j'implorai la grâce de Hachem. Car les cinq guevourot, les cinq noms de rigueur valant quatre cent trente qui s'éveillent dans la prière, sont adoucies par le yihoud de la prière dont le compte est hen. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset : les paroles de la bouche du sage sont grâce — le compte hen, qui est le yihoud de la prière, et les guevourot valant quatre cent trente dont la racine est dans la bouche. J'ai expliqué de même le verset : Noah marcha avec les cinq noms de rigueur, c'est à dire que Noah est le yihoud de la prière. J'ai expliqué encore l'allusion du verset : des lots me sont échus en des lieux agréables, oui une possession me plaît. Il y a une difficulté : il aurait fallu dire nahala, qui est un substantif, alors que nahalat est une forme construite à un autre mot, ce qui n'est pas le cas ici. La chose se comprend bien : on sait que le roi David, que la paix soit sur lui, est attaché à la malkhout, laquelle comprend Léa et Rahel, et qu'il avait prise dans les deux ; c'est pourquoi il les a réparées toutes deux, Rahel à Hevron et Léa à Jérusalem, comme il est rapporté dans le Chaar haPessoukim. Leur édification tient essentiellement aux guevourot valant quatre cent trente, et il lui revenait donc, plus qu'à d'autres justes, d'accomplir cette réparation par lui. C'est ce qu'il dit : des lots me sont échus en des lieux agréables, ce sont Léa et Rahel, car mon sort y est tombé, ma prise étant en elles ; et nahalat se lit noun het, Noah, et tav lamed, quatre cent trente, c'est à dire le yihoud de Noah mentionné, qui adoucit les quatre cent trente. Chafra alai : cela me sied et me convient, cela me revient plus qu'à un autre. Il ressort que le yihoud de la prière, qui adoucit les quatre cent trente, a le compte de hen ; c'est pourquoi l'on priera dans une synagogue où il y a une fenêtre, halon, dont les lettres forment lo et hen, et halonot dont les lettres forment hen et quatre cent trente. Et selon l'explication de Rachi sur le motif de la fenêtre, afin que l'homme regarde et soit saisi de crainte et de soumission, il me semble que halon, quatre vingt quatorze, a la valeur de dehilou lo, quatre vingt quatorze, car dehilou, crainte, vaut cinquante huit comme Noah ; et l'homme doit se tenir là dans la crainte.
💡 Explication

La règle porte sur le lieu matériel de la prière. Rachi en donne le motif dans l'ordre de la kavana : la fenêtre permet de regarder vers le ciel, et ce regard soumet le cœur. Le verset produit est celui de Daniel, qui priait dans sa chambre haute pourvue de fenêtres ouvertes vers Jérusalem.

30
אָמַר רַב כָּהֲנָא: חֲצִיף עֲלַי מַאן דִּמְצַלֵּי בְּבַקְתָּא.

Rav Kahana a dit : il est effronté à mes yeux, celui qui prie dans une plaine découverte.

📜 Rachi (1)
דִּמְצַלֵּי בְּבָקְתָא בְּבִקְעָה שֶׁכְּשֶׁהוּא בִּמְקוֹם צְנִיעוּת חָלָה עָלָיו אֵימַת מֶלֶךְ וְלִבּוֹ נִשְׁבָּר:
Dans une plaine ; car lorsqu'il se trouve dans un lieu discret, la crainte du Roi tombe sur lui et son cœur se brise.
🗂️ Tossefot (1)
חֲצִיף עֲלַי מַאן דִּמְצַלֵּי בְּבַקְתָּא וא"ת הַכְּתִיב וַיֵּצֵא יִצְחָק לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה (בְּרֵאשִׁית כ״ד:ס״ג) י"ל דְּהָתָם מַייְרֵי בְּהַר הַמּוֹרִיָּה כִּדְאָמְרִי' בִּפְסָחִים פֶּרֶק הָאִשָּׁה (פְּסָחִים פח א) לֹא כְּיִצְחָק שֶׁקְּרָאוֹ שָׂדֶה וְכוּ' א"נ בְּקַתָּא דְּהָכָא מַיְירֵי בְּבִקְעָה בְּמָקוֹם שֶׁרְגִילִין שָׁם בְּנֵי אָדָם לַעֲבֹור וְהוֹלְכֵי דְּרָכִים:
Si tu objectes qu'il est pourtant écrit : Et Yitshak sortit pour méditer dans le champ, on peut répondre que là bas il s'agit du mont Moriah, comme nous disons dans Pessahim, chapitre haIcha : non comme Yitshak, qui l'a appelé champ. Ou encore : la bikta dont il est question ici désigne une plaine, dans un endroit où les gens ont coutume de passer et où vont les voyageurs.
💡 Explication

Le terme hatsif, effronté, qualifie ici une attitude et non une transgression formelle. Prier à découvert prive la prière de la tsniout qui, selon Rachi, fait tomber sur l'homme la crainte du Roi et brise son cœur.

Le Tossefot écarte l'objection tirée de Yitshak, qui priait dans un champ, par deux voies : ce champ était le mont Moriah, ou bien le mot de Rav Kahana vise seulement un lieu de passage.

31
וְאָמַר רַב כָּהֲנָא: חֲצִיף עֲלַי מַאן דִּמְפָרֵשׁ חִטְאֵיהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַשְׁרֵי נְשׂוּי פֶּשַׁע כְּסוּי חֲטָאָה״.

Et Rav Kahana a dit : il est effronté à mes yeux, celui qui détaille sa faute, ainsi qu'il est dit : Heureux celui dont la transgression est levée, dont la faute est couverte.

🗂️ Tossefot (1)
כְּסוּי חֲטָאָה וְטַעֲמָא לְפִי שֶׁאָז מִתְבַּייֵּשׁ עַל חֶטְאוֹ אֲבָל אִם מְפָרֵשׁ חֲטָאָיו דּוֹמֶה שֶׁאֵינוֹ מִתְבַּייֵּשׁ עָלָיו וְאָמְרִינַן לְעֵיל פֶּרֶק קַמָּא (בְּרָכוֹת ד' יב:) כָּל הָעוֹשֶׂה דָּבָר וּמִתְבַּיֵּישׁ מוֹחֲלִים לוֹ מִיָּד:
Dont la faute est couverte. Le motif en est que celui qui la couvre a honte de sa faute ; mais celui qui détaille ses fautes donne à penser qu'il n'en a pas honte. Et nous avons dit plus haut, au premier chapitre : quiconque commet un acte et en a honte, on lui pardonne aussitôt.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חֲצִיף עֲלַי מַאן דִּמְפָרֵשׁ חִטְאֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ עָלַי, הַכַּוָּנָה אַף עַל פִּי שֶׁאֲנִי חָכָם וּמוֹרֶה דֶּרֶךְ יְשָׁרָה לִבְנֵי אָדָם הַצְּרִיכִין תִּיקּוּן עַל עֲוֹנֹותָם, וְלָכֵן מֻוכְרָח שֶׁיְּפָרְשׁוּ הַחֵטְא כְּדֵי לְהוֹרוֹת לָהֶם תִּיקּוּן כְּפִי הַקִּלְקוּל, עִם כָּל זֶה חֲצִיף עֲלַי מַאן דִּמְפָרֵשׁ חִטְאֵיהּ, שֶׁאוֹמֵר לִפְנֵי שֶׁהוּא חָטָא בְּכָךְ וְכָךְ שֶׁאֵין בָּזֶה צֹורֶךְ, דְּהָא יָכוֹל לִשְׁאֹל זֶה בְּעַד אֲחֵרִים, לוֹמַר אֶחָד עָשָׂה כָּךְ מָה הַתִּיקּוּן שֶׁלּוֹ, וְלָמָּה יַגִּיד עַל עַצְמוֹ לוֹמַר כָּךְ וְכָךְ עָשָׂה.
Il est effronté à mes yeux, celui qui détaille sa faute. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot à mes yeux veut dire ceci : bien que je sois un sage et que j'enseigne la voie droite aux hommes qui ont besoin d'une réparation pour leurs fautes — ce qui oblige à détailler la faute pour leur indiquer la réparation qui correspond au dommage — malgré cela il est effronté à mes yeux, celui qui détaille sa faute et me dit qu'il a commis telle et telle chose, car il n'en est pas besoin : il peut poser la question au nom d'autrui, en disant un tel a fait telle chose, quelle en est la réparation ; pourquoi parlerait il de lui même en disant j'ai fait telle et telle chose ?
💡 Explication

La seconde parole de Rav Kahana emploie la même formule que la première. Le verset des Tehilim associe le pardon à la faute couverte : la honte que l'on éprouve à la dissimuler est déjà un élément de la réparation.

Le Tossefot rattache la règle à un enseignement du premier chapitre : celui qui a honte de son acte reçoit un pardon immédiat. Le Ben Yehoyada précise la portée pratique : consulter un maître reste possible, en formulant la question de manière impersonnelle.

32
הַדְרָן עֲלָךְ אֵין עוֹמְדִין

Hadran alakh Ein Omdin.

📜 Rachi (1)
הַדְרָן עֲלָךְ אֵין עוֹמְדִין
Nous reviendrons vers toi, Ein Omdin.
🗂️ Tossefot (1)
הַדְרָן עֲלָךְ אֵין עוֹמְדִין
Nous reviendrons vers toi, Ein Omdin.
💡 Explication

Formule de clôture du cinquième chapitre de Berakhot, ouvert par les mots Ein omdin, on ne se lève pour prier. La suite du traité s'ouvre avec le chapitre Keitsad mevarekhin, consacré aux bénédictions sur les aliments.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).