Berakhot 35a — D'où vient l'obligation de bénir sur la nourriture : de kodech hiloulim à la sevara, et le meila de celui qui jouit du monde sans bénédiction

Berakhot 35a

Sougya : Le sixième chapitre s'ouvre : la michna fixe la formule de chaque bénédiction selon la catégorie de l'aliment, fruits de l'arbre et fruits du sol, avec deux exceptions dues à l'importance de l'aliment, le vin et le pain, et le désaccord de Rabbi Yehouda sur les légumes. La guemara demande aussitôt la source de l'obligation elle-même et propose le verset du neta revai, kodech hiloulim laHachem, dont les Sages tirent une bénédiction avant et après.

Suit une longue mise à l'épreuve : le verset est déjà requis pour le rachat du fruit de la quatrième année, puis pour limiter cette loi à la vigne, et la réponse dépend de la version que l'on enseigne, neta revai ou kerem revai, et de la gezera chava tevouato. Vient ensuite l'extension aux autres espèces, par ma matsinu depuis la vigne, par le tsad hachave de la vigne et du blé sur pied, puis par les sept espèces, chaque étape se heurtant à une réfutation.

La guemara renonce à toute dérivation scripturaire et conclut par la sevara : il est interdit à l'homme de tirer profit de ce monde sans bénédiction. Le folio s'achève sur la gravité de cette faute, qualifiée de meila, et sur la contradiction de Rabbi Levi entre deux versets, résolue par la bénédiction elle-même.

Les bénédictions de la michna une règle par catégorie, une exception pour l'aliment important Fruits de l'arbre bore péri haetz qui crée le fruit de l'arbre Exception : le vin bore péri hagafen une bénédiction propre, fixée en raison de son importance Fruits du sol bore péri haadama qui crée le fruit du sol Exception : le pain hamotsi le'hem min haarets même raison : l'importance de l'aliment lui vaut sa formule Légumes (yerakot) Tana kama bore péri haadama une seule formule Rabbi Yehouda bore mine dechaim un signe distinctif par espèce
La michna d'ouverture : deux catégories, deux exceptions, un désaccord sur les légumes.
La recherche de la source : de kodech hiloulim à la sevara chaque proposition est posée, puis réfutée, jusqu'à la conclusion par la raison 1. Le verset du revai kodech hiloulim : deux louanges, avant et après → Réfutation le verset sert déjà au rachat et à la règle du chant → Réponse selon la version enseignée et la gezera chava 2. Acquis à ce stade : la vigne, et seulement la bénédiction d'après la bénédiction d'avant se tire par kal va-homer : s'il bénit rassasié, à plus forte raison affamé 3. Étendre aux autres espèces ma matsinu : la vigne on en jouit et elle exige une bénédiction → Réfutations en chaîne olelot, puis halla, puis le rapport avec l'autel → Les sept espèces réfutées à leur tour : elles portent les bikkourim Reste un cas hors d'atteinte : viande, œufs, poissons, qui ne se plantent pas Conclusion : sevara — il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction
Le mouvement du folio : trois tentatives de dérivation, trois réfutations, et une fondation sur la raison.
Neta revai ou kerem revai : deux versions, deux économies du verset Rabbi Hiya et Rabbi Chimon fils de Rabbi enseignaient chacun une version Version : neta revai le plant de la quatrième année Portée de la loi tous les arbres fruitiers. Emploi des hiloulim un pour le rachat. Il n'a pas besoin de la règle chant-rachat, qui limiterait la loi à la vigne. Reste pour la bénédiction un hiloul disponible. Difficulté : viande, œufs, poissons. Version : kerem revai la vigne de la quatrième année Portée de la loi la vigne seule. Emploi des hiloulim un pour le rachat, un pour la règle chant-rachat, sauf s'il tire la limitation à la vigne de la gezera chava tevouato. Reste pour la bénédiction un hiloul, à condition d'admettre la gezera chava.
La nafka mina de la mahloket : combien de hiloulim restent libres pour fonder la bénédiction.
1
מַתְנִי׳ כֵּיצַד מְבָרְכִין עַל הַפֵּירוֹת? עַל פֵּירוֹת הָאִילָן הוּא אוֹמֵר: ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״, חוּץ מִן הַיַּיִן, שֶׁעַל הַיַּיִן הוּא אוֹמֵר: ״בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן״. וְעַל פֵּירוֹת הָאָרֶץ הוּא אוֹמֵר: ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, חוּץ מִן הַפַּת, שֶׁעַל הַפַּת הוּא אוֹמֵר: ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״. וְעַל הַיְּרָקוֹת הוּא אוֹמֵר: ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: ״בּוֹרֵא מִינֵי דְּשָׁאִים״.

MICHNA. Comment bénit-on sur les fruits ?

Sur les fruits de l'arbre on dit : « bore péri haetz » (qui crée le fruit de l'arbre), sauf pour le vin, car sur le vin on dit : « bore péri hagafen » (qui crée le fruit de la vigne). Et sur les fruits du sol on dit : « bore péri haadama » (qui crée le fruit du sol), sauf pour le pain, car sur le pain on dit : « hamotsi le'hem min haarets » (qui fait sortir le pain de la terre).

Et sur les légumes on dit : « bore péri haadama ». Rabbi Yehouda dit : « bore mine dechaim » (qui crée les diverses espèces d'herbes).

📜 Rachi (2)
כֵּיצַד מְבָרְכִין וְכוּ' חוּץ מִן הַיַּיִן שֶׁמִּתּוֹךְ חֲשִׁיבוּתוֹ קָבְעוּ לוֹ בְּרָכָה לְעַצְמוֹ וְכֵן הַפַּת:
En raison de son importance, on lui a fixé une bénédiction à part ; et de même pour le pain.
בּוֹרֵא מִינֵי דְּשָׁאִים לְפִי שֶׁיֵּשׁ בִּכְלַל פְּרִי הָאֲדָמָה דְּשָׁאִים וּזְרָעִים כְּגוֹן קִטְנִיּוֹת וְרַבִּי יְהוּדָה בָּעֵי הֶיכֵּר בְּרָכָה לְכָל מִין וּמִין:
Parce que dans la catégorie « fruit du sol » entrent les herbes et les graines, comme les légumineuses ; et Rabbi Yehouda exige que la bénédiction marque une distinction pour chaque espèce.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיצַד מְבָרְכִין לֹא שַׁייָּךְ לְהַקְשׁוֹת תַּנָּא הֵיכָא קָאֵי דְּקָתָנֵי כֵּיצַד כִּדְפָרִיךְ בְּרֵישׁ מְכִילְתִּין (ד' ב) מִשּׁוּם דְּהָכָא סְבָרָא הוּא לְבָרֵךְ כִּדְמַסִּיק בַּגְּמָרָא דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה אִי נָמֵי י"ל דְּקָאֵי אַמַּתְנִי' דְּמִי שֶׁמֵּתוּ (ד' כ:) דְּקָתָנֵי בַּעַל קֶרִי מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו וְהָכִי נָמֵי שַׁיָּיךְ הָכָא לְבָרֵךְ עַל כָּל דָּבָר וְדָבָר ע"כ קָאָמַר הָכָא כֵּיצַד מְבָרְכִין:
Il n'y a pas lieu de demander « où le tana se tient-il ? » du fait qu'il enseigne « comment », comme on l'a demandé au début du traité (2a), parce qu'ici l'obligation de bénir relève de la raison (sevara), comme la guemara le conclut : il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction. Ou bien on peut dire qu'il se rattache à la michna du chapitre Mi chemeto (20b), qui enseigne que le baal keri bénit après et ne bénit pas avant ; et de même il convient ici de bénir sur chaque chose, c'est pourquoi il dit ici « comment bénit-on ».
⚖️ Rosh (1)
כֵּיצַד מְבָרְכִין עַל הַפֵּירוֹת עַל פֵּירוֹת הָאִילָן אוֹמֵר בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ חוּץ מִן הַיַּיִן שֶׁעַל הַיַּיִן אוֹמֵר בפה"ג וְעַל פֵּירוֹת הָאֲדָמָה אוֹמֵר ב"פ הָאֲדָמָה חוּץ מִן הַפַּת שֶׁעַל הַפַּת הוּא אוֹמֵר הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ וְעַל הַיְּרָקוֹת אוֹמֵר בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה ר' יְהוּדָה אוֹמֵר בּוֹרֵא מִינֵי דְּשָׁאִין:
« Comment bénit-on sur les fruits ? Sur les fruits de l'arbre on dit 'bore péri haetz', sauf pour le vin, car sur le vin on dit 'bore péri hagafen'. Et sur les fruits du sol on dit 'bore péri haadama', sauf pour le pain, car sur le pain on dit 'hamotsi le'hem min haarets'. Et sur les légumes on dit 'bore péri haadama'. Rabbi Yehouda dit : 'bore mine dechaim'. »
💡 Explication

La michna ouvre le chapitre Keitsad mevarkhin et procède par catégories : la formule de la bénédiction suit l'origine de l'aliment, l'arbre ou le sol. Deux aliments sortent du cadre général, le vin et le pain, et reçoivent une formule propre.

Rachi donne la raison de ces deux exceptions : leur hachivout (importance) leur vaut une bénédiction fixée pour eux seuls. Le vin sort du régime des fruits de l'arbre, le pain de celui des fruits du sol.

Rabbi Yehouda ajoute une distinction à l'intérieur des produits du sol : puisque les herbes et les graines relèvent aussi de la catégorie « fruit du sol », il veut que la bénédiction porte un heker, un signe distinctif, pour chaque espèce.

2
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנַן: ״קֹדֶשׁ הִלּוּלִים לָה׳״, מְלַמֵּד שֶׁטְּעוּנִים בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם. מִכָּאן אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיְּבָרֵךְ.

GUEMARA. D'où ces choses ?

Car nos maîtres ont enseigné : « sanctifié, louanges pour Hachem » (Vayikra 19,24) — cela enseigne qu'ils requièrent une bénédiction avant eux et après eux. De là Rabbi Akiva a dit : il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir béni.

📜 Rachi (1)
גְּמ' קֹדֶשׁ הִלּוּלִים בְּנֶטַע רְבָעִי כְּתִיב וּמַשְׁמַע שְׁנֵי הִלּוּלִים טָעוּן בַּאֲכִילָתוֹ כְּשֶׁתֹּאכְלֶנּוּ בַּשָּׁנָה הָרְבִיעִית שֶׁהוּא מֻותָּר בַּאֲכִילָה:
Ce verset est écrit à propos du neta revai, et il signifie que deux louanges sont requises lors de sa consommation, quand tu le mangeras la quatrième année, où il devient permis à la consommation.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֵּיצַד מְבָרְכִין עַל הַפֵּרוֹת? וְכוּ', מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: "קֹדֶשׁ הִלּוּלִים לָה'", מְלַמֵּד שֶׁטְּעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם. מִכָּאן אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹם כְּלוּם קֹדֶם שֶׁיְּבָרֵךְ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה אַפֵּיק קְרָא לִבְרָכָה בִּלְשׁוֹן 'הַלֵּל'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַבְּרָכָה הִיא תִּיקּוּן הַמַּלְכוּת הַנִּקְרֵאת כ"ה [25] , וּבָזֶה רָמַזְתִּי בְּאוֹתִיּוֹת בְּרָכָה הוּא רַב כֹּה , וּבָזֶה אָמַרְתִּי בס"ד לְכָךְ תִּקְּנוּ הַבְּרָכָה בָּרוּךְ אַתָּה ה' אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם שֶׁהֵם כ"ה אוֹתִיּוֹת, וְזֶה שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר ו, כג) כֹּה תְבָרֲכוּ אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, שֶׁהַבְּרָכָה צֹורֶךְ תִּיקּוּן הַמַּלְכוּת הַנִּקְרֵאת כ"ה, וְיָדוּעַ שֶׁשֵּׁם אֲדֹנָי [65] הוּא בַּמַּלְכוּת וּמִסְּפָרוֹ ס"ה כְּמִנְיַן הִלֵּל [65] , לְכָךְ אַפֵּיק לִבְרָכָה בְּשֵׁם 'הַלֵּל'. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ נִרְמַז עִנְיַן הַבְּרָכָה תְּחִלָּה וָסוֹף בְּנֶטַע רְבָעִי, לְהוֹרוֹת שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁהִיא בְּרָכָה אַחֲרוֹנָה אַרְבָּעָה בְּרָכוֹת.
« Comment bénit-on sur les fruits ? » etc. « D'où ces choses ? Car nos maîtres ont enseigné : kodech hiloulim laHachem, cela enseigne qu'ils requièrent une bénédiction avant eux et après eux. De là Rabbi Akiva a dit : il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir béni. » Il y a lieu de demander : pourquoi le verset exprime-t-il la bénédiction par le terme hallel, louange ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la bénédiction est la réparation (tikoun) de la Malkhout, appelée kaf-hé (25) ; c'est ce à quoi j'ai fait allusion dans les lettres du mot berakha, qui se lisent rav kaf-hé. J'ai dit ainsi, avec l'aide du Ciel, que l'on a institué pour cela la bénédiction « Baroukh Ata Hachem Elo-kenou Melekh haolam », qui compte vingt-cinq lettres. Et c'est ce qui est dit (Bamidbar 6,23) : « ainsi (ko) bénirez-vous les enfants d'Israël », car la bénédiction est requise pour la réparation de la Malkhout appelée kaf-hé. Il est connu que le Nom Ado-nay se tient dans la Malkhout, et sa valeur numérique est samekh-hé (65), comme le compte de hallel (65) ; c'est pourquoi le verset exprime la bénédiction par le nom hallel. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que si l'affaire de la bénédiction, avant et après, est évoquée à propos du neta revai, c'est pour enseigner qu'il faut dire le birkat hamazon, qui est la bénédiction d'après, en quatre bénédictions.
💡 Explication

La guemara ne discute pas la formule mais l'obligation elle-même. Le verset invoqué porte sur le neta revai, le fruit de la quatrième année, qui doit être consommé à Jérusalem ou racheté ; le mot hiloulim y est au pluriel, et les Sages y lisent deux louanges, l'une avant la consommation, l'autre après.

Rabbi Akiva en tire une conséquence pratique et sévère : tant que la bénédiction n'a pas été dite, l'aliment garde un statut voisin de celui d'une chose consacrée, et il est interdit d'y goûter.

3
וְהַאי ״קֹדֶשׁ הִלּוּלִים״ לְהָכִי הוּא דַּאֲתָא? הַאי מִיבְּעֵי לֵיהּ חַד דְּאָמַר רַחֲמָנָא אַחֲלֵיהּ וַהֲדַר אִכְלֵיהּ. וְאִידַּךְ דָּבָר הַטָּעוּן שִׁירָה, טָעוּן חִלּוּל, וְשֶׁאֵינוֹ טָעוּן שִׁירָה, אֵין טָעוּן חִלּוּל. וְכִדְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מִנַּיִן שֶׁאֵין אוֹמְרִים שִׁירָה אֶלָּא עַל הַיַּיִן? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתֹּאמֶר לָהֶם הַגֶּפֶן הֶחֳדַלְתִּי אֶת תִּירוֹשִׁי הַמְשַׂמֵּחַ אֱ-לֹהִים וַאֲנָשִׁים״, אִם אֲנָשִׁים מְשַׂמֵּחַ, אֱ-לֹהִים בַּמֶּה מְשַׂמֵּחַ? מִכָּאן שֶׁאֵין אוֹמְרִים שִׁירָה אֶלָּא עַל הַיַּיִן!

Et ce « sanctifié, louanges » vient-il pour cela ? Il est nécessaire pour autre chose : l'un des hiloulim enseigne que le Miséricordieux a dit : rends-le profane par le rachat, puis mange-le.

Et l'autre enseigne qu'une chose qui requiert un chant requiert un rachat, et que ce qui ne requiert pas de chant ne requiert pas de rachat. Et cela selon l'enseignement de Rabbi Chemouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonatan, car Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : d'où sait-on qu'on ne dit le chant que sur le vin ?

Car il est dit : « et la vigne leur répondit : renoncerais-je à mon vin, qui réjouit D.ieu et les hommes ? » (Choftim 9,13). S'il réjouit les hommes, en quoi réjouit-il D.ieu ?

De là : on ne dit le chant que sur le vin.

📜 Rachi (2)
הַאי מִיבְּעֵי לֵיהּ הִלּוּלִים לְשׁוֹן חֲלוּלִים חַד מִינַּייְהוּ אֲתָא לְאוֹרוֹיֵי אַחָלְיָהּ וַהֲדַר אַכְלֵיהּ הוֹצִיאֵהוּ לְחֻולִּין ע"י פִּדְיוֹן אִם בָּאתָ לְאָוכְלוֹ חוּץ לִירוּשָׁלַיִם וְחַד לְלַמֶּדְךָ שֶׁלֹּא נֶאֶמְרָה תּוֹרַת רְבָעִי אֶלָּא בְּכֶרֶם שְׁנָא' קֹדֶשׁ הִלּוּלִים דָּבָר שֶׁמְּהַלְּלִין בּוֹ טָעוּן חִלּוּל וְזֶהוּ יַיִן:
« Hiloulim » a le sens de hiloul, profanation. L'un d'eux vient enseigner « rends-le profane puis mange-le » : fais-le passer au profane par le rachat, si tu veux le manger hors de Jérusalem. Et l'autre t'apprend que la loi du revai n'a été dite qu'à propos de la vigne, car il est dit « kodech hiloulim » : une chose sur laquelle on loue requiert le rachat, et c'est le vin.
שֶׁאֵין אוֹמְרִים הַלְּוִיִּם שִׁיר שֶׁל קָרְבָּן בַּמִּקְדָּשׁ אֶלָּא עַל הַיַּיִן כְּשֶׁמְּנַסְּכִין נִסְכֵּי מִזְבֵּחַ:
Que les leviim ne disent le chant du sacrifice au Temple que sur le vin, lorsqu'on verse les libations de l'autel.
🗂️ Tossefot (2)
אַחָלְיָהּ וַהֲדַר אַכְלֵיהּ תֵּימַהּ לָמָּה לִי קְרָא הָא בפ"ב דְּקִדּוּשִׁין (ד' נד:) גָּמְרִינַן קֹדֶשׁ קֹדֶשׁ מִמַּעֲשֵׂר שֵׁנִי א"כ נֵילַף מִמַּעֲשֵׂר שֵׁנִי וְי"ל אִי לָאו קְרָא דְּהִלּוּלִים הֲוָה אֲמִינָא דְּאַדְּרַבָּה נֵילַף לְחוּמְרָא קֹדֶשׁ קֹדֶשׁ מִשְּׁבִיעִית וְאֵין לוֹ פִּדְיוֹן. עוֹד פִּי' רַבֵּינוּ חַיִּים כֹּהֵן אִי מֵהָתָם הֲוָה אָמֵינָא כִּי מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מַמָּשׁ וְדַוְקָא בִּזְמַן שֶׁמַּעֲשֵׂר שֵׁנִי נוֹהֵג כְּמוֹ בְּשָׁנָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וּרְבִיעִית וַחֲמִישִׁית לִשְׁמִטָּה נוֹהֵג חִלּוּל אֲבָל שְׁלִישִׁית וְשִׁשִּׁית שֶׁמַּעֲשֵׂר עָנִי דַּוְקָא אֵימָא לָא קמ"ל חֲלוּלִים:
Question : pourquoi faut-il un verset ? Au deuxième chapitre de Kidouchin (54b) nous apprenons par la gezera chava « kodech »-« kodech » depuis le maasser cheni ; on pourrait donc l'apprendre du maasser cheni. On peut répondre : sans le verset des hiloulim, j'aurais dit qu'au contraire on apprend vers la rigueur, par la gezera chava « kodech »-« kodech » depuis la chevi'it, et qu'il n'y a pas de rachat. Rabbenou Haim Cohen a encore expliqué : si on l'apprenait de là, j'aurais dit qu'il est exactement comme le maasser cheni, et que le rachat ne vaut qu'aux années où le maasser cheni est en vigueur, comme la première, la deuxième, la quatrième et la cinquième du cycle de la chemita, mais non la troisième et la sixième, où l'on prend le maasser ani ; le mot « hiloulim » vient nous l'enseigner.
שֶׁאֵין אוֹמְרִים שִׁירָה אֶלָּא עַל הַיַּיִן פֵּירוּשׁ אֵין אוֹמְרִים שִׁירָה עַל שׁוּם אֲכִילַת מִזְבֵּחַ כְּגוֹן זְרִיקַת דָּמִים וְנִסּוּךְ הַמַּיִם כִּי אִם עַל הַיַּיִן אֲבָל וַדַּאי מָצִינוּ שִׁירָה בְּלֹא יַיִן כְּגוֹן הַלֵּל שֶׁבִּשְׁחִיטַת פְּסָחִים (תָּמִיד נִשְׁחָט ד' סד א) [ע"ש בְּתוֹסָפוֹת]:
C'est-à-dire : on ne dit le chant sur aucune consommation de l'autel, comme l'aspersion des sangs ou la libation d'eau, mais uniquement sur le vin. Il est cependant certain que l'on trouve un chant sans vin, comme le Hallel lors de l'abattage des sacrifices pascals (Pessahim 64a) — voir là les Tossefot.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' עַל הַגְּשָׁמִים אוֹמֵר הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב ה"מ דְּאִית לֵיהּ אַרְעָתָא לְדִידֵיהּ וְאִיכָּא שֻׁותָּפִין בַּהֲדֵיהּ אֲבָל אִי לֵיכָּא שֻׁותָּפִין בַּהֲדֵיהּ מְבָרֵךְ שֶׁהֶחֱייָנוּ כִּדְתַנְיָא כְּלָלוֹ שֶׁל דָּבָר עַל שֶׁלּוֹ מְבָרֵךְ שֶׁהֶחֱיָינוּ עַל שֶׁלּוֹ וְעַל שֶׁל חֲבֵירוֹ מְבָרֵךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וְאִי לֵית לֵיהּ אַרְעָתָא אוֹמֵר מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ עַל כָּל טִפָּה וְטִפָּה שֶׁהוֹרַדְתָּ לָנוּ וְאִילּוּ פִּינוּ מָלֵא שִׁירָה כַּיָּם וְכוּ' עַד הֵן הֵם יוֹדוּ וִישַׁבְּחוּ וִיפָאֲרוּ אֶת שִׁמְךָ מַלְכֵּנוּ וְחוֹתֵם בָּרוּךְ רֹוב הַהוֹדָאוֹת הָאֵל הַהוֹדָאוֹת זוֹ הִיא שִׁיטַת רַב אִלְפָּס זַ"ל וְלָא נְהִירָא מ"ש צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה לוֹ שֻׁותָּף בַּקַּרְקַע דְּהָא כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְקַע כָּל שְׁכֵינָיו מְשֻׁותָּפִין עִמּוֹ דְּהָא עַל מִיתַת אָבִיו וְהוּא יוֹרֵשׁ מְבָרֵךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אַחֲרֵינִי דְּיָרְתִי בַּהֲדֵיהּ וְלָא מְפַלֵּיג אַפֵּי' חִלְּקוּ נְכָסָיו עַל פִּיו אֶלָּא לָא בָּעֵי שֶׁיְּהֵא שֻׁותָּף עִמּוֹ בְּטוֹבָתוֹ רַק שֶׁיְּהֵא בִּבְשׂוֹרָה טוֹבָה גַּם לַאֲחֵרִים בְּשֶׁלָּהֶם הִלְכָּךְ גָּרְסִי' כְּגִי' הַסְּפָרִים אִידִי וְאִידִי דְּאִית לֵיהּ לְדִידֵיהּ וְלָא קַשְׁיָא הָא דְּאִית לְהוּ לְאַחֲרֵינִי בַּהֲדֵיהּ וְהָא דְּלֵית לְהוּ לְאַחֲרֵינִי בַּהֲדֵיהּ פִּי' בַּיִת חָדָשׁ וְכֵלִים חֲדָשִׁים דְּלֵית לְהוּ לְאַחֲרֵינִי בַּהֲדֵיהּ שֻׁותָּפוּת מְבָרֵךְ שֶׁהֶחֱייָנוּ אֲבָל גְּשָׁמִים דְּאִית לְהוּ לְאַחֲרֵינִי בַּהֲדֵיהּ שֶׁטּוֹבַת הַגְּשָׁמִים הִיא לְכָל בַּעֲלֵי שָׂדוֹת מְבָרֵךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וְהֵיכָא דְּלֵית לֵיהּ אַרְעָא מְבָרֵךְ מוֹדִים וְכוּ': וְעַל שְׁמוּעוֹת הָרָעוֹת אוֹמֵר בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת אָמְרוּ לוֹ מֵת אָבִיו וְיוֹרַשְׁתּוֹ אִי אִית אֲחָא דְּקָא יָרֵית בַּהֲדֵיהּ בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ בָּרוּךְ דַּייַּן הָאֱמֶת וּלְבַסּוֹף בָּרוּךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וְאִי לֵיכָּא אַחֲרֵינִי בַּהֲדֵיהּ בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת וּלְבַסּוֹף שֶׁהֶחֱיָינוּ: ת"ר שִׁינּוּי יַיִן אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ שִׁינּוּי מָקוֹם צָרִיךְ לְבָרֵךְ אָמַר רַב יוֹסֵף בַּר אַבָּא אָמַר רַב אע"פ שֶׁאָמְרוּ שִׁינּוּי יַיִן א"צ לְבָרֵךְ אֲבָל מְבָרֵךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב כְּגוֹן דְּאִיכָּא בְּנֵי חֲבוּרָה דְּקָשָׁתוּ בַּהֲדֵיהּ וְשָׁאֲלוּ לֵר' יִצְחָק הַלֵּוִי זַ"ל לָמָּה מְבָרְכִין עַל שִׁינּוּי יַיִן הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וְעַל שִׁינּוּי לֶחֶם אֵין מְבָרְכִין וְהֵשִׁיב מִשּׁוּם דְּיַיִן מְשַׂמֵּחַ וְסוֹעֵד אֲבָל פַּת סוֹעֵד וְאֵינוֹ מְשַׂמֵּחַ וְעוֹד דְּלָא אַשְׁכְּחַן שִׁירָה אֶלָּא עַל הַיַּיִן כִּדְאָמְרִי' לְעֵיל בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לה) וְעוֹד נָמֵי כֵּיוָן דְּיַיִן חָשׁוּב שֶׁקּוֹבֵעַ בְּרָכָה לְעַצְמוֹ רָאוּי לְבָרֵךְ עָלָיו הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אִי נָמֵי הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב בְּיַבְנֶה תִּיקְּנוּהָ הַטּוֹב שֶׁלֹּא הִסְרִיחוּ וְהַמֵּטִיב שֶׁנִּתְּנוּ לִקְבוּרָה לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף מח:) לְפִי שֶׁבָּצְרוּ כַּרְמֵיהֶם שֶׁבַע שָׁנִים וְהִקִּיפוּ כַּרְמֵיהֶם מֵהֲרוּגֵיהֶם גִּיטִּין דַּף נז. תִּיקְּנוּ לוֹמַר עַל הַיַּיִן שֶׁהוּא כְּמוֹ הַדָּם. פירש"י הָא דִּמְבָרְכִין הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב עַל הַיַּיִן דַּוְקָא כְּשֶׁהַשָּׁנִי מְשֻׁובָּח יוֹתֵר מִן הָרִאשׁוֹן וְכֵן פֵּירֵשׁ רַשְׁבַּ"ם בְּעַרְבֵי פְּסָחִים וּקְצָת מַשְׁמַע כֵּן בִּירוּשַׁלְמִי בְּסוֹף כֵּיצַד מְבָרְכִין דְּגָרְסִינַן הָתָם אָבִין בַּר רַב הוּנָא אָמַר יַיִן חָדָשׁ וְיַיִן יָשָׁן צָרִיךְ לְבָרֵךְ שִׁינּוּי יַיִן א"צ לְבָרֵךְ שִׁינּוּי מָקוֹם צָרִיךְ לְבָרֵךְ הֶיסַּח הַדַּעַת כְּמוֹ שִׁינּוּי מָקוֹם הוּא מַשְׁמַע דַּוְקָא יַיִן חָדָשׁ וְיַיִן יָשָׁן שֶׁהַיָּשָׁן מְשֻׁובָּח מִן הֶחָדָשׁ צָרִיךְ לְבָרֵךְ אֲבָל שִׁינּוּי יַיִן סְתָם א"צ לְבָרֵךְ מִיהוּ קָשֶׁה מֵעֻובְדָּא דְּמַייְתִי בָּתַר הָכִי רַבִּי עַל כָּל חָבִית וְחָבִית שֶׁהָיָה פּוֹתֵחַ מְבָרֵךְ עָלֶיהָ מֶה הָיָה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ רַבִּי יִצְחָק רֻובָּהּ בְּשֵׁם רַב בָּרוּךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב מִסְּתָמָא לֹא הָיָה בְּכָל פַּעַם יוֹתֵר טוֹב מֵאוֹתוֹ שֶׁלְּפָנָיו וּמִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת דְּבִסְתָמָא אִם אֵין יָדוּעַ שֶׁהוּא יוֹתֵר טוֹב אוֹ גָּרוּעַ יֵשׁ לְבָרֵךְ אֲבָל אִם יָדוּעַ שֶׁהַשֵּׁנִי גָּרוּעַ לֹא וי"מ דְּהַיְּרוּשַׁלְמִי אַיְירֵי בְּבִרְכַּת פְּרִי הַגָּפֶן דֻּומְיָא דְּשִׁינּוּי מָקוֹם וְהֶיסַּח הַדַּעַת וְהָכִי פִּי' יַיִן חָדָשׁ וְיַיִן יָשָׁן צָרִיךְ לְבָרֵךְ בפה"ג אֲבָל שִׁינּוּי יַיִן שֶׁשְּׁנֵיהֶם חֲדָשִׁים אוֹ שֶׁשְּׁנֵיהֶם יְשָׁנִים א"צ לְבָרֵךְ בפה"ג אֲבָל אִם שָׁתָה יַיִן חָדָשׁ תְּחִלָּה וְאח"כ יַיִן יָשָׁן צָרִיךְ לְבָרֵךְ בפה"ג עַל הַיָּשָׁן וְלֹא מִיפְטָר בבפה"ג שֶׁבֵּירַךְ עַל הֶחָדָשׁ דְּחָשׁוּב כְּמִין אַחֵר לְגַבֵּי חָדָשׁ לְפִי דְּאִישְׁתַּנִּי טְפֵי לְעִילּוּיָא וְהַשְׁתָּא נִיחָא הָא דְּמַייְתִי בָּתַר הָכִי רַבִּי עַל כָּל חָבִית וְחָבִית הָיָה מְבָרֵךְ וְקָמַתְמַהּ מֶה הָיָה מְבָרֵךְ הָא אָמְרִינַן דְּשִׁינּוּי יַיִן א"צ לְבָרֵךְ וְהֵשִׁיב לוֹ נְהִי דא"צ לְבָרֵךְ ב"פ הַגָּפֶן כְּשֶׁשְּׁנֵיהֶם חֲדָשִׁים אוֹ שֶׁשְּׁנֵיהֶם יְשָׁנִים מ"מ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְיֵשׁ שֶׁרוֹצִים לוֹמַר כֵּיוָן דְּהַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֵינוֹ מְבָרֵךְ בְּיָחִיד אע"ג דְּקי"ל לְעֵיל פ"ו סִי' ל"ד דְּיַיִן בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה כָּל א' מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב א' מְבָרֵךְ לְכֻולָּן דְּאִם הָיָה כָּל א' מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ הֲוָה לֵיהּ כָּל חַד וְחַד יָחִיד וְלָא נְהִירָא דְּמֵהַאי טַעְמָא דְּאָמְרִינַן בבפה"ג דְּכָל חַד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ מִשּׁוּם דְּאֵין בֵּית הַבְּלִיעָה פָּנוּי הַאי טַעְמָא נָמֵי שַׁיָּיךְ בְּבִרְכַּת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב ואע"ג דְּכָל אֶחָד וְאֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ כֵּיוָן דַּחֲבֵירוֹ שׁוֹתֶה וְנֶהֱנָה גַּם הוּא מִיַּיִן זֶה קָרֵינַן בֵּיהּ הַטּוֹב לְדִידֵיהּ וְהַמֵּטִיב לְאַחֲרֵינִי מִידֵּי דַּהֲוָה אַאָמְרוֹ לוֹ אִשְׁתְּךָ יָלְדָה זָכָר דִּמְבָרֵךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב מִשּׁוּם דְּאִיכָּא טוֹב גַּם לְאִשְׁתּוֹ וּמִי לֹא עָסְקִינַן דְּהָיָה בַּעְלָהּ בְּעִיר אַחֶרֶת בְּשָׁעָה שֶׁשָּׁמַע:
Guemara : « Sur les pluies on dit hatov vehametiv. » Cela ne vaut que s'il possède lui-même des terres et qu'il a des associés avec lui ; mais s'il n'a pas d'associés avec lui, il bénit « chehehiyanou », comme il a été enseigné : la règle générale est que sur ce qui est à lui il bénit « chehehiyanou », et sur ce qui est à lui et à son prochain il bénit « hatov vehametiv ». Et s'il n'a pas de terres, il dit : « nous te rendons grâce pour chaque goutte que tu as fait descendre sur nous », et « quand même notre bouche serait pleine de chant comme la mer », etc., jusqu'à « ceux-là rendraient grâce, loueraient et glorifieraient ton Nom, notre Roi », et il conclut : « béni sois-tu, abondance des actions de grâce, D.ieu des actions de grâce ». Telle est la position de Rav Alfas, de mémoire bénie. Cela ne me paraît pas juste : ce qu'il dit, qu'il faut qu'il ait un associé dans la terre, ne tient pas, car dès lors qu'il possède une terre, tous ses voisins lui sont associés ; en effet, à la mort de son père dont il hérite, il bénit « hatov vehametiv » parce que d'autres héritent avec lui, et l'on ne distingue pas même dans le cas où le père a réparti ses biens de sa propre bouche. Il ne faut donc pas qu'il soit associé à lui dans son bien, mais seulement que la nouvelle soit bonne aussi pour d'autres, dans ce qui est à eux. C'est pourquoi nous lisons selon la version des livres : les deux cas parlent d'un bien qui est à lui, et il n'y a pas de difficulté : ici d'autres y ont part avec lui, là d'autres n'y ont pas part avec lui. Explication : une maison neuve et des ustensiles neufs, où d'autres n'ont pas d'association avec lui, il bénit « chehehiyanou » ; mais pour les pluies, où d'autres y ont part avec lui, puisque le bienfait des pluies vaut pour tous les propriétaires de champs, il bénit « hatov vehametiv ». Et là où il n'a pas de terre, il bénit « nous te rendons grâce », etc. « Et sur les mauvaises nouvelles on dit : béni soit le Juge de vérité. » Si on lui a dit que son père est mort et qu'il en hérite : s'il a un frère qui hérite avec lui, il bénit d'abord « béni soit le Juge de vérité » puis, ensuite, « béni soit hatov vehametiv » ; et s'il n'y a personne d'autre avec lui, il bénit d'abord « béni soit le Juge de vérité » puis, ensuite, « chehehiyanou ». Nos maîtres ont enseigné : un changement de vin ne requiert pas de bénédiction, un changement de lieu requiert une bénédiction. Rav Yossef bar Abba a dit au nom de Rav : bien qu'ils aient dit qu'un changement de vin ne requiert pas de bénédiction, il bénit cependant « hatov vehametiv », lorsqu'il y a des convives qui boivent avec lui. On a demandé à Rabbi Its'hak Halevi, de mémoire bénie, pourquoi l'on bénit « hatov vehametiv » sur un changement de vin et non sur un changement de pain. Il a répondu : parce que le vin réjouit et nourrit, tandis que le pain nourrit sans réjouir. De plus, on ne trouve de chant que sur le vin, comme nous l'avons dit plus haut au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 35a). De plus encore, puisque le vin est important au point de se voir fixer une bénédiction propre, il convient de bénir sur lui « hatov vehametiv ». Ou bien : « hatov vehametiv » a été institué à Yavne — « hatov » parce que les corps n'ont pas pourri, « vehametiv » parce qu'ils ont été donnés à la sépulture (plus haut, Berakhot 48b) ; et puisque les ennemis vendangèrent leurs vignes sept années durant et entourèrent leurs vignes de leurs tués (Guitin 57a), on a institué de la dire sur le vin, qui est semblable au sang. Rachi a expliqué : on ne bénit « hatov vehametiv » sur le vin que lorsque le second est meilleur que le premier. Le Rachbam a expliqué de même dans Arve Pessahim, et cela ressort quelque peu du Yerouchalmi à la fin de Keitsad mevarkhin, où nous lisons : Avin bar Rav Houna a dit : du vin nouveau et du vin vieux, il faut bénir ; un changement de vin ne requiert pas de bénédiction ; un changement de lieu requiert une bénédiction ; une interruption d'attention est comme un changement de lieu. Il en ressort que seul le passage du vin nouveau au vin vieux, le vieux étant meilleur que le nouveau, requiert une bénédiction, tandis qu'un simple changement de vin n'en requiert pas. Une difficulté demeure cependant, tirée du fait rapporté ensuite : Rabbi bénissait sur chaque tonneau qu'il ouvrait ; que bénissait-il ? Rabbi Its'hak le Grand au nom de Rav : « béni soit hatov vehametiv ». Or vraisemblablement le vin n'était pas chaque fois meilleur que le précédent. On peut toutefois écarter cette difficulté : dans un cas indéterminé, où l'on ne sait pas s'il est meilleur ou moins bon, il faut bénir ; mais si l'on sait que le second est moins bon, non. Certains expliquent que le Yerouchalmi parle de la bénédiction « bore péri hagafen », à l'instar du changement de lieu et de l'interruption d'attention, et voici son sens : du vin nouveau puis du vin vieux requièrent la bénédiction « bore péri hagafen », mais un changement de vin où les deux sont nouveaux, où les deux sont vieux, ne requiert pas de nouvelle bénédiction « bore péri hagafen » ; en revanche, s'il a bu d'abord du vin nouveau puis du vin vieux, il faut bénir « bore péri hagafen » sur le vieux, et il n'est pas quitte par la bénédiction dite sur le nouveau, car le vieux compte comme une autre espèce par rapport au nouveau, du fait qu'il a changé en mieux. Dès lors s'éclaire ce qui est rapporté ensuite : Rabbi bénissait sur chaque tonneau, et l'on s'étonne : que bénissait-il, puisque nous disons qu'un changement de vin ne requiert pas de bénédiction ? On lui a répondu : même s'il n'y a pas lieu de bénir « bore péri hagafen » lorsque les deux sont nouveaux ou les deux vieux, il faut malgré tout bénir « hatov vehametiv ». Certains veulent dire que, puisqu'on ne bénit pas « hatov vehametiv » seul, bien que nous tenions plus haut (chapitre 6, siman 34) que pour le vin pris au cours du repas chacun bénit pour lui-même, pour « hatov vehametiv » un seul bénit pour tous ; car si chacun bénissait pour lui-même, chacun serait un individu isolé. Cela ne me paraît pas juste : la raison pour laquelle nous disons que chacun bénit « bore péri hagafen » pour lui-même, à savoir que la gorge n'est pas libre, vaut également pour la bénédiction « hatov vehametiv ». Et bien que chacun bénisse pour lui-même, puisque son compagnon boit et jouit lui aussi de ce vin, on peut dire de lui « hatov » pour lui-même et « hametiv » pour les autres, à l'instar de celui à qui l'on annonce que sa femme a enfanté un garçon et qui bénit « hatov vehametiv » parce qu'il y a un bien aussi pour sa femme — et ne traitons-nous pas du cas où le mari se trouvait dans une autre ville au moment où il l'a appris ?
💡 Explication

L'objection est économique : un verset ne peut pas tout enseigner à la fois. Le mot hiloulim se prête à trois lectures. Lu comme hiloul, profanation, il commande le rachat du fruit de la quatrième année avant de le consommer hors de Jérusalem. Lu comme hillel, louange, il pose une règle : seul ce sur quoi on chante requiert un rachat.

Cette seconde lecture restreint la loi du revai à la vigne, puisque le chant des leviim n'accompagne que la libation de vin. Le verset des Juges sert ici de preuve : la joie que le vin donne « à D.ieu » se comprend du service de l'autel.

Les deux emplois étant pris, il ne reste plus de hiloul disponible pour fonder la bénédiction.

🖼️ Schéma
Trois lectures d'un seul mot : hiloulim kodech hiloulim hiloul : rachat rends-le profane, puis mange-le emploi retenu hillel : chant ce qui exige un chant exige un rachat limite le revai à la vigne hiloulim : bénédiction avant et après plus rien ne reste pour cette lecture
L'objection de la guemara : les deux premiers emplois épuisent le mot.
4
הָנִיחָא לְמַאן דְּתָנֵי ״נֶטַע רְבָעִי״. אֶלָּא לְמַאן דְּתָנֵי ״כֶּרֶם רְבָעִי״ מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? דְּאִתְּמַר רַבִּי חִייָּא וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרַבִּי, חַד תָּנֵי ״כֶּרֶם רְבָעִי״, וְחַד תָּנֵי ״נֶטַע רְבָעִי״.

Cela va bien selon celui qui enseigne « neta revai » (le plant de la quatrième année). Mais selon celui qui enseigne « kerem revai » (la vigne de la quatrième année), que dire ?

Car il a été dit : Rabbi Hiya et Rabbi Chimon fils de Rabbi, l'un enseignait « kerem revai » et l'autre enseignait « neta revai ».

📜 Rachi (3)
הָנִיחָא לְמ"ד כוּ' כֻּולָּהּ סִיּוּמָא דְּפִרְכָא הוּא וה"ק הַנִּיחָא הָא דִּילַּפְתָּ בְּרָכָה מֵהָכָא לְמַאן דְּתָנֵי נֶטַע רְבָעִי דְּאִית לֵיהּ כָּל פֵּירוֹת הָאִילָן בְּתוֹרַת רְבָעִי וְלָא דְּרֵישׁ מֵהָכָא דָּבָר דְּטָעוּן הִלּוּל טָעוּן חִלּוּל אִיַּיתַּר לֵיהּ חַד הִלּוּל לִבְרָכָה:
Tout ceci est la fin de l'objection, et voici ce qu'il veut dire : ce que tu as appris ici pour la bénédiction va bien selon celui qui enseigne « neta revai », qui tient que tous les fruits de l'arbre sont soumis à la loi du revai et ne dérive donc pas d'ici que ce qui requiert la louange requiert le rachat ; il lui reste alors un « hiloul » de trop pour la bénédiction.
מַאי אִיכָּא לְמֵימַר הָא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמִדְרַשׁ שֶׁאֵין חִלּוּל אֶלָּא בִּמְקוֹם הִלּוּל:
Car il en a besoin pour dériver qu'il n'y a de rachat que là où il y a louange.
חַד תָּנֵי כֶּרֶם רְבָעִי בְּכָל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בַּמִּשְׁנָה נֶטַע רְבָעִי תָּנֵי אִיהוּ כֶּרֶם:
Partout où la michna porte « neta revai », lui enseigne « kerem ».
💡 Explication

La réponse dépend de la version que l'on enseigne dans les michnayot. Celui qui dit neta revai applique la loi de la quatrième année à tous les arbres ; il n'a donc pas besoin de la derasha qui limite le revai à la vigne, et un hiloul lui reste libre pour la bénédiction.

Celui qui dit kerem revai restreint la loi à la vigne, et il tire justement cette restriction de la règle chant-rachat. Le verset est alors entièrement employé, et la question de la source de la bénédiction reste ouverte.

5
וּלְמַאן דְּתָנֵי ״כֶּרֶם רְבָעִי״ הָנִיחָא אִי יָלֵיף גְּזֵרָה שָׁוָה. דְּתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: נֶאֱמַר כָּאן ״לְהוֹסִיף לָכֶם תְּבוּאָתוֹ״, וְנֶאֱמַר לְהַלָּן ״וּתְבוּאַת הַכֶּרֶם״. מַה לְהַלָּן כֶּרֶם, אַף כָּאן כֶּרֶם. אִיַּיתַּר לֵיהּ חַד ״הִלּוּל״ לִבְרָכָה.

Et selon celui qui enseigne « kerem revai », cela va bien s'il apprend par gezera chava. Car il a été enseigné : Rabbi dit : il est dit ici « afin d'ajouter pour vous sa récolte (tevouato) » (Vayikra 19,25), et il est dit ailleurs « et la récolte de la vigne (outevouat hakerem) » (Devarim 22,9).

De même que là-bas il s'agit d'une vigne, ici aussi il s'agit d'une vigne. Il lui reste alors un « hiloul » de trop pour la bénédiction.

📜 Rachi (1)
הָנִיחָא אִי יָלֵיף בג"ש דְּרֵישׁ לְמִלְּתֵיהּ בג"ש וְאִיַּיתַּר לֵיהּ חַד הִלּוּל לִבְרָכָה:
Il dérive son enseignement par gezera chava, et il lui reste un « hiloul » de trop pour la bénédiction.
🗂️ Tossefot (1)
וּלְמַאן דְּתָנֵי כֶּרֶם רְבָעִי וְכוּ' וְעַתָּה קַייְמָא לַן דִּרְבָעִי נוֹהֵג אַף בח"ל מִיהוּ בְּכֶרֶם נוֹהֵג וְלֹא בִּשְׁאָר אִילָנוֹת דְּכָל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בח"ל וְכֶרֶם רְבָעִי בַּזְּמַן הַזֶּה מְחַלְּלִין עַל שָׁוֶה פֵּרוּט' וְשׁוֹחֲקוֹ וּמַטִּילוֹ לַנָּהָר וְכֵן מְפֹורָשׁ בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי [פָּרָשַׁת קְדוֹשִׁים סִימָן ק]:
Nous tenons aujourd'hui que le revai s'applique aussi hors de la Terre d'Israël ; toutefois il s'applique à la vigne et non aux autres arbres, car pour toute position indulgente en Terre d'Israël la halakha suit cet avis hors de la Terre. Et la vigne de quatrième année, de nos jours, on la rachète pour la valeur d'une perouta, que l'on broie et que l'on jette au fleuve. Ainsi est-il exposé dans les Cheiltot de Rav Ahai (parachat Kedochim, siman 100).
💡 Explication

La gezera chava est un rapprochement de deux versets par un mot commun, ici tevoua, la récolte. Le mot figure dans la loi du fruit des premières années et dans celle du kilayim de la vigne ; Rabbi en conclut que la loi du revai porte sur la vigne.

Cette voie libère le verset : la limitation à la vigne venant d'ailleurs, la lecture chant-rachat n'est plus nécessaire, et un hiloul redevient disponible pour fonder la bénédiction.

6
וְאִי לָא יָלֵיף גְּזֵרָה שָׁוָה, בְּרָכָה מְנָא לֵיהּ? וְאִי נָמֵי יָלֵיף גְּזֵרָה שָׁוָה, אַשְׁכְּחַן לְאַחֲרָיו, לְפָנָיו מִנַּיִן?

Et s'il n'apprend pas par gezera chava, d'où tire-t-il la bénédiction ? Et même s'il apprend par gezera chava, nous avons trouvé la bénédiction d'après ; d'où tire-t-on celle d'avant ?

📜 Rachi (1)
אַשְׁכְּחַן לְאַחֲרָיו כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דִּכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ (דְּבָרִים ח׳:י׳):
Comme nous le trouvons pour le birkat hamazon, où il est écrit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras » (Devarim 8,10).
💡 Explication

Deux questions se posent l'une après l'autre. La première vise celui qui rejette la gezera chava : son verset est entièrement pris, et la source de la bénédiction lui manque.

La seconde vaut même pour celui qui l'accepte. Le hiloul restant ne fournit qu'une seule louange, et le modèle scripturaire connu, « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras », porte sur la bénédiction qui suit le repas.

7
הָא לָא קַשְׁיָא, דְּאָתְיָא בְּקַל וָחֹומֶר: כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ, כְּשֶׁהוּא רָעֵב — לֹא כָל שֶׁכֵּן.

Cela n'est pas difficile, car cela se déduit par kal va-homer : lorsqu'il est rassasié il bénit ; lorsqu'il a faim, à plus forte raison.

⚖️ Rosh (1)
א"ר חִייָּא בַּר אַבָּא אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר' יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלוּחַ וּבֵירַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף א"ל רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא לְרַבִּי זֵירָא הַאי זַיִת מָלוּחַ כֵּיוָן דִּשְׁקַלְתֵּיהּ לְגַרְעִינֵיתֵיהּ בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא. אַבְּרָכָה אַחֲרוֹנָה קָבָעֵי אֲבָל בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה אֲפִילּוּ כָּל דְּהוּ מְבָרֵךְ דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה. וְכֵן פירש"י בְּסֻוכָּה פֶּרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כו:) גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁהֵבִיאוּ לוֹ פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה וְלֹא בֵּירַךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע הָא לְפָנָיו בֵּירַךְ וה"נ אָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּכֹל שֶׁאוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אוֹמֵר לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ כֹּל שֶׁאֵין אוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ הֲתִיבּוֹן הֲרֵי פָּחוֹת מִכַּזַּיִת שֶׁאֵין מְבָרְכִין עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת לֹא יְבָרְכוּ לְפָנָיו הַמּוֹצִיא. א"ר יַעֲקֹב בְּרַבִּי אֲחָא לִשְׁאָר מִינִין נִצְרְכָה פִּי' לָא אָתֵי לִפְלוּגֵי בֵּין דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שִׁיעוּר לְדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ שִׁיעוּר אֶלָּא בֵּין פַּת לִשְׁאָר מִינֵי מַאֲכָל כְּגוֹן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה וְכוּבָא דְּאַרְעָא וּפַת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין הֵיכָא דְּלָא קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עֲלַייְהוּ וּפַת אֹורֶז וּפַת דֹּוחַן שֶׁאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לִפְנֵיהֶם הַמּוֹצִיא אַף עַל גַּב דִּלְעֵיל בְּרֵישׁ פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לָהּ) נָפְקָא לָן בְּרָכָה לְכַתְּחִלָּה ק"ו מִלִּבְסוֹף כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ כְּשֶׁהוּא רָעֵב לֹא כ"ש מ"מ לָא אָמְרִינַן דַּיּוֹ שֶׁלֹּא יְבָרֵךְ עַל מַשֶּׁהוּ שֶׁבַּתְּחִלָּה כְּמוֹ שֶׁאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְבַסּוֹף דְּלָאו קַל וָחֹומֶר גָּמוּר הוּא דְּמַה לְבַסּוֹף שֶׁכֵּן נֶהֱנֶה כְּבָר כִּדְאָמַר לְעֵיל תֵּדַע דִּבְרָכָה לְפָנָיו לָאו דְּאוֹרַיְיתָא הִיא דְּהָא תְּנַן לְעֵיל בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) בַּעַל קֶרִי מְבָרֵךְ עַל הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו. וְכֵן בְּפֶרֶק הָיָה קוֹרֵא (בְּרָכוֹת דַּף טז.) הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה אֵצֶל בעה"ב אוֹכְלִין פִּתָּן וְאֵין מְבָרְכִין לְפָנֶיהָ אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֶיהָ: מִי סָבְרַתְּ ר' יוֹחָנָן זַיִת קָטָן אָכַל זַיִת גָּדוֹל אָכַל וְכוּ'. וּבִירוּשַׁלְמִי מַיְיתֵי עֻובְדָּא אַחַרְיַנָא. רַבִּי יוֹחָנָן נְסַב זַיִת וּבֵירַךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וַהֲוָה ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא מִסְתַּכֵּל בֵּיהּ אָמַר מַאי הַדִּין בַּבְלָאָה מִסְתַּכֵּל לֵית לֵיהּ כָּל שֶׁהוּא מִמִּין ז' טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו. אִית לֵיהּ וּמַה צְרִיכָא לֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינִיתְיָהּ מְמַעֲטֵיהּ. וְלֵית לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינֵיתֶיהּ מְמַעֲטֶיהָ מֶה עֲבַד לֵיהּ ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם בְּרֵיהּ. מִלְּתֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן אֲמָרָהּ שֶׁכֵּן אִם אָכַל אַפֵּי' פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִמּוֹן שֶׁהוּא טָעוּן בְּרָכָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וְהַשְׁתָּא אִי הֲוָה עוּבְדָא דִּגְמָרָא דִּידַן הַהוּא עֻובְדָּא גּוּפָא דִּירוּשַׁלְמִי א"כ חוֹלֵק גְּמ' דִּידַן עַל הַיְרֻושַּׁל' וס"ל דְּאַפֵּי' בִּרְיָה בָּעֵי כַּזַּיִת וּגָמ' דִּידַן עִיקָּר. אֲבָל אֶפְשָׁר דִּשְׁנֵי מַעֲשִׂים הָווּ וְהַאי דִּירוּשַׁלְמִי הָוֵי זַיִת שָׁלֵם כְּשֶׁהוּבָא לְפָנָיו אע"ג שֶׁהִשְׁלִיךְ הַגַּרְעִינִים כֵּיוָן שֶׁהוּבָא לְפָנָיו שָׁלֵם וְנֶהֱנָה מִבְּרִיָּה שְׁלֵימָה מַה שֶׁדֶּרֶךְ לֶאֱכֹול מִמֶּנָּה יֵשׁ כָּאן שִׁיעוּר. אֲבָל הַאי עֻובְדָּא דִּגְמָרָא דִּידַן אֶפְשָׁר דְּהַאי זַיִת מָלִיחַ דְּהוּבָא לְפָנָיו בְּלֹא גַּרְעִין הָיָה כִּי הַהִיא דְּסוֹף אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מ:) גַּבֵּי זֵיתֵי גְּלוּסְקָא דְּקָתָנֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר הַשְּׁלָחִים אֲסוּרִים. הֵיכִי דָמֵי שְׁלָחִים. א"ר יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא כֹּל שֶׁאוֹחֵז בְּיָדוֹ וְגַרְעִינִיתוֹ נִשְׁמֶטֶת וּבְהַךְ זַיִת אַיְירֵי הָכָא הִלְכָּךְ לָא הָוֵי בִּרְיָה וִירֵא שָׁמַיִם יַחְמִיר שֶׁלֹּא יֹאכַל פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר לְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק וְיֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק עַל בִּרְכַּת בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת אִם צְרִיכָה שִׁיעוּר אִם לָאו דְּדִילְמָא דַּוְקָא בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ דִּכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ הוּא דְּבָעֵי שִׁיעוּר לְמַר בִּכְדֵי אֲכִילָה וּלְמַר בִּכְדֵי שְׂבִיעָה אֲבָל בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת לֹא בָּעֵי שִׁיעוּרָא וְהָא דְּפָרִיךְ הָכָא הֵיכִי בְּרִיךְ ר' יוֹחָנָן עַל זַיִת מָלִיחַ מִשּׁוּם דְּבָצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא אַלִּיבָּא דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא פָּרֵיךְ דְּאָמַר בְּמִילְּתֵיהּ קָאֵי וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ אוֹ דִּלְמָא לֹא נִתְקְנָה בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת שֶׁהִיא דְּרַבָּנָן אֶלָּא דֻּומְיָא דִּבְרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' שֶׁהִיא דְּאוֹרָיְיתָא וּמִדּר' צָדוֹק בְּפֶ' הַיָּשָׁן שֶׁנָּטַל פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו אֶלָּא לְפָנָיו אֵין רְאָיָה דִּילְמָא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לֹא בֵּירַךְ הָא בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת בֵּירַךְ וּמִתּוֹךְ דִּבְרֵי ר"י מַשְׁמַע שֶׁאִם אָכַל מז' מִינִים פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר שֶׁיְּבָרֵךְ אַחֲרָיו בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת וְלָא נְהִירָא לִי דְּמִסְתַּבֵּר דְּעַל מִין שֶׁרָאוּי לְבָרֵךְ עָלָיו מֵעֵין ג' בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן הַשִּׁיעוּר לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בְּרָכָה אַחֶרֶת וְכֵן מַשְׁמַע הַהִיא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁלֹּא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו כְּלָל דְּאִילּוּ בֵּירַךְ בְּרָכָה אַחֶרֶת הָיָה הַסֵּפֶר מְפָרֵשׁ אֵיזֶה בְּרָכָה בֵּירַךְ וְכֵן מָצָאתִי בְּשֵׁם הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל:
« Rabbi Hiya bar Abba a dit : j'ai vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et bénir dessus avant et après. Rabbi Yirmeya bar Abba dit à Rabbi Zera : cette olive salée, dès lors qu'on lui a retiré son noyau, il lui manque la mesure. » Cela concerne la bénédiction d'après ; pour la bénédiction d'avant, il bénit même sur la moindre quantité, car il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction. Ainsi Rachi a-t-il expliqué dans Souka, chapitre Hayachen (26b), à propos du fait de Rabbi Tsadok, à qui l'on apporta moins qu'un kebetsa, qui le mangea hors de la souka et ne bénit pas après — ce qui implique qu'il a béni avant. De même disons-nous dans le Yerouchalmi de notre chapitre : tout ce sur quoi on dit les trois bénédictions, on dit avant « hamotsi le'hem min haarets » ; tout ce sur quoi on ne dit pas les trois bénédictions, on ne dit pas avant « hamotsi le'hem min haarets ». On objecta : voici moins qu'un kazayit, sur quoi l'on ne dit pas les trois bénédictions — que l'on ne dise donc pas avant « hamotsi » ! Rabbi Yaakov fils de Rabbi Aha dit : cela est nécessaire pour les autres espèces. Explication : il ne vient pas distinguer entre ce qui a la mesure requise et ce qui ne l'a pas, mais entre le pain et les autres sortes d'aliments, comme les préparations cuites, le kouba de terre, le pain aux épices lorsqu'il n'en fait pas son repas, le pain de riz et le pain de millet, sur lesquels on ne dit pas les trois bénédictions et devant lesquels on ne dit donc pas « hamotsi ». Et bien que plus haut, au début de notre chapitre (Berakhot 35a), nous ayons tiré la bénédiction d'avant par kal va-homer depuis celle d'après — s'il bénit lorsqu'il est rassasié, lorsqu'il a faim à plus forte raison —, nous ne disons pas pour autant « dayo », il suffit, au point qu'il ne bénirait pas sur la moindre quantité au début comme il ne bénit pas à la fin ; car ce kal va-homer reste imparfait : la fin se distingue en ce qu'il a déjà tiré profit, comme il a été dit plus haut. La preuve en est que la bénédiction d'avant relève des Sages, puisque nous avons appris plus haut au chapitre Mi chemeto (20b) que le baal keri bénit après le repas et ne bénit pas avant. De même au chapitre Haya kore (16a) : les ouvriers qui travaillaient chez un maître de maison mangent leur pain sans bénir avant, mais bénissent après. « Penses-tu que Rabbi Yo'hanan a mangé une petite olive ? Il a mangé une grosse olive », etc. Le Yerouchalmi rapporte un autre fait : Rabbi Yo'hanan prit une olive et bénit avant et après, et Rabbi Hiya bar Abba le regardait. Il dit : que regarde ce Babylonien ? Ne tient-il pas que tout ce qui est des sept espèces requiert une bénédiction avant et après ? Il le tient, mais qu'a-t-il à y redire ? Parce que son noyau la diminue. Et Rabbi Yo'hanan ne tient-il pas que son noyau la diminue ? Que fait-il donc ? Il agit à cause du statut de beria, la créature entière. Les paroles de Rabbi Yo'hanan indiquent que même celui qui a mangé un seul grain de raisin ou un seul grain de grenade doit bénir avant et après. Or, si le fait de notre guemara était le même que celui du Yerouchalmi, notre guemara divergerait du Yerouchalmi et tiendrait que même une beria requiert un kazayit, et notre guemara serait l'essentiel. Il est cependant possible qu'il y ait eu deux faits distincts : celui du Yerouchalmi portait sur une olive entière lorsqu'elle fut apportée devant lui, et bien qu'il en ait rejeté les noyaux, puisqu'elle lui fut apportée entière et qu'il a joui d'une créature entière selon la manière dont on la mange, il y a là une mesure suffisante ; tandis que le fait de notre guemara portait peut-être sur une olive salée apportée devant lui déjà sans noyau, comme dans le cas de la fin de En maamidin (Avoda Zara 40b) à propos des olives écrasées, où il est enseigné : Rabbi Yossi dit que les chelahim sont interdites. Quel est le cas des chelahim ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : toute olive que l'on tient dans la main et dont le noyau se détache. C'est de cette olive qu'il s'agit ici, et elle n'a donc pas le statut de beria. Celui qui craint le Ciel sera rigoureux et ne mangera pas moins que la mesure, afin de s'écarter du doute. Il y a lieu de s'interroger sur la bénédiction « bore nefachot » : requiert-elle une mesure ou non ? Peut-être seule la bénédiction abrégée des trois, dont il est écrit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras », requiert une mesure — pour l'un la mesure d'une consommation, pour l'autre la mesure d'un rassasiement —, tandis que « bore nefachot » n'en requiert pas. Et si l'on objecte d'ici, où l'on demande comment Rabbi Yo'hanan a béni sur une olive salée puisqu'il lui manque la mesure, c'est selon l'avis de Rabbi Hiya bar Abba que l'on objecte, lui qui maintient sa position et tient qu'il faut dire dessus la bénédiction abrégée des trois. Ou peut-être « bore nefachot », qui est d'institution rabbinique, n'a-t-elle été instituée qu'à l'image de la bénédiction abrégée des trois, qui est de la Torah. Du fait de Rabbi Tsadok au chapitre Hayachen, qui prit moins qu'un kebetsa et ne bénit pas après mais seulement avant, on ne peut rien prouver : peut-être n'a-t-il pas dit le birkat hamazon, mais a-t-il bien dit « bore nefachot ». Des paroles de Rabbenou Yits'hak il ressort que celui qui a mangé des sept espèces moins que la mesure doit bénir après « bore nefachot ». Cela ne me paraît pas juste, car il est raisonnable que sur une espèce qui appelle la bénédiction abrégée des trois, le manque de mesure n'entraîne pas une autre bénédiction. C'est aussi ce qui ressort du fait de Rabbi Tsadok, qui ne bénit pas du tout après : s'il avait dit une autre bénédiction, le texte aurait précisé laquelle. Ainsi l'ai-je trouvé au nom de Rabbenou Yona, de mémoire bénie.
💡 Explication

Le kal va-homer raisonne du cas léger vers le cas grave. Si l'homme rassasié, dont le désir est apaisé, doit rendre grâce, l'homme affamé, qui va recevoir, le doit d'autant plus.

Les Tossefot noteront plus loin que ce raisonnement ne peut pas être un kal va-homer au sens plein, sans quoi la bénédiction d'avant serait une obligation de la Torah, ce que la guemara refuse ailleurs.

8
אַשְׁכְּחַן כֶּרֶם, שְׁאָר מִינִין מִנַּיִן?

Nous avons trouvé pour la vigne ; d'où tire-t-on les autres espèces ?

💡 Explication

Le verset des hiloulim porte sur le fruit de la quatrième année, donc, selon la version retenue, sur la vigne. La guemara ouvre ici la seconde moitié du folio : étendre l'obligation à tout ce que l'homme consomme.

9
דְּיָלֵיף מִכֶּרֶם: מַה כֶּרֶם דָּבָר שֶׁנֶּהֱנֶה וְטָעוּן בְּרָכָה, אַף כָּל דָּבָר שֶׁנֶּהֱנֶה — טָעוּן בְּרָכָה.

On l'apprend de la vigne : de même que la vigne est une chose dont on tire profit et qui requiert une bénédiction, ainsi toute chose dont on tire profit requiert une bénédiction.

💡 Explication

Le procédé est le ma matsinu : ce que nous avons trouvé dans un cas, nous l'étendons à tout cas qui lui ressemble sur le point décisif. Ici, le point retenu est la jouissance : la vigne exige une bénédiction parce qu'on en tire profit.

Une telle dérivation ne tient que si le cas source n'a aucune particularité susceptible d'expliquer à elle seule sa loi. C'est ce que la guemara va tester.

10
אִיכָּא לְמִפְרַךְ: מַה לְכֶרֶם שֶׁכֵּן חַיָּיב בְּעוֹלֵלוֹת!

Il y a matière à réfuter : ce qui est propre à la vigne, c'est qu'elle est soumise aux olelot !

📜 Rachi (1)
חַייָּב בָּעוֹלֵלוֹת וְכַרְמְךָ לֹא תְּעוֹלֵל (וַיִּקְרָא י״ט:י׳) אֵיזֶהוּ עוֹלֵלוֹת כָּל שֶׁאֵין לָהֶן פְּסִיגִין לֹא כָּתֵף וְלֹא נָטֵף אֶלָּא שׁוּרָה יְחִידִית שֶׁל עֲנָבִים:
« Et ta vigne, tu ne grappilleras pas » (Vayikra 19,10). Que sont les olelot ? Toute grappe qui n'a ni ramifications, ni épaule, ni pendant, mais une seule rangée de raisins.
💡 Explication

La pirkha est la réfutation type du ma matsinu : elle désigne dans le cas source une sévérité supplémentaire qui pourrait expliquer sa loi. La vigne est seule soumise aux olelot, les petites grappes laissées aux pauvres.

Peut-être la bénédiction tient-elle à cette même sévérité, et alors rien ne s'étend aux autres espèces.

11
קָמָה תּוֹכִיחַ. מַה לְקָמָה שֶׁכֵּן חַיֶּיבֶת בְּחַלָּה!

Le blé sur pied le prouvera. Ce qui est propre au blé sur pied, c'est qu'il est soumis à la halla !

📜 Rachi (1)
קָמָה תּוֹכִיחַ דְּאַשְׁכְּחַן דְּאַצְרְכֵהּ רַחֲמָנָא בְּרָכָה דִּכְתִיב תֹּאכַל בָּהּ לֶחֶם וְגוֹ' (דְּבָרִים ח׳:י׳) וּסְמִיךְ לֵיהּ וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ:
Car nous trouvons que le Miséricordieux y a imposé une bénédiction, comme il est écrit « une terre où tu mangeras du pain » (Devarim 8,9), et il y est juxtaposé « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras ».
💡 Explication

La guemara produit un second cas où l'obligation existe sans les olelot : le kama, le blé sur pied, dont le pain appelle une bénédiction selon le verset « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras ».

La même objection revient aussitôt, sous une autre forme : le blé porte la halla, prélèvement sur la pâte, sévérité qui lui est propre.

12
כֶּרֶם יוֹכִיחַ. וְחָזַר הַדִּין: לֹא רְאִי זֶה כִּרְאִי זֶה וְלֹא רְאִי זֶה כִּרְאִי זֶה, הַצַּד הַשָּׁוֶה שֶׁבָּהֶן: דָּבָר שֶׁנֶּהֱנֶה וְטָעוּן בְּרָכָה, אַף כָּל דָּבָר שֶׁנֶּהֱנֶה — טָעוּן בְּרָכָה.

La vigne le prouvera. Et le raisonnement revient : l'aspect de l'un n'est pas comme l'aspect de l'autre, et l'aspect de l'autre n'est pas comme l'aspect de l'un ; le point commun entre eux est qu'il s'agit d'une chose dont on tire profit et qui requiert une bénédiction — ainsi toute chose dont on tire profit requiert une bénédiction.

💡 Explication

La guemara construit un tsad hachave, un point commun. Chacun des deux cas possède une sévérité que l'autre n'a pas : la vigne les olelot, le blé la halla. Chacun réfute donc l'objection portée contre l'autre.

Ce qui subsiste après cette élimination croisée est le trait partagé : on en tire profit, et ils exigent une bénédiction. La règle générale s'appuie sur ce résidu.

🖼️ Schéma
Le tsad hachave : ce qui reste quand chacun réfute l'autre La vigne (kerem) exige une bénédiction sévérité propre : olelot absente du blé sur pied Le blé sur pied (kama) exige une bénédiction sévérité propre : halla absente de la vigne Point commun retenu on en tire profit, et une bénédiction est requise Réfutation suivante : tous deux ont un rapport avec l'autel
Le mécanisme du tsad hachave, et l'objection qui l'attend au segment suivant.
13
מַה לְהַצַּד הַשָּׁוֶה שֶׁבָּהֶן שֶׁכֵּן יֵשׁ בּוֹ צַד מִזְבֵּחַ. וְאָתֵי נָמֵי זַיִת דְּאִית בֵּיהּ צַד מִזְבֵּחַ.

Ce qui est propre à leur point commun, c'est qu'ils ont un rapport avec l'autel ! Et de là viendrait aussi l'olive, qui a un rapport avec l'autel.

📜 Rachi (1)
צַד מִזְבֵּחַ יַיִן לִנְסָכִים וְסֹלֶת לִמְנָחוֹת:
Le vin pour les libations et la fleur de farine pour les offrandes.
🗂️ Tossefot (1)
וְאָתֵי נָמֵי זַיִת בַּמֶּה הַצַּד וא"ת אִיכָּא לְמִפְרַךְ מַה לְּהַצַּד הַשָּׁוֶה שֶׁכֵּן חַיָּיבִים בְּלֶקֶט דִּפְרָט בְּכֶרֶם הַייְנוּ לֶקֶט משא"כ בְּזַיִת דְּאֵין בּוֹ לֶקֶט וְי"ל דְּנִיחָא לֵיהּ לְמִפְרַךְ פִּירְכָא אַפֵּי' יְהֵא הַצַּד הַשָּׁוֶה חָשׁוּב לְמִיְתֵּי זַיִת מִינֵּיהּ מ"מ קָאָמַר דִּשְׁאָר מִינִים לֹא יָדַע מִינֵּיהּ:
Et si tu dis : on peut réfuter autrement — ce qui est propre à leur point commun, c'est qu'ils sont soumis au leket, car le peret dans la vigne correspond au leket, ce qui n'est pas le cas de l'olive, où il n'y a pas de leket. On peut répondre qu'il lui convient de poser une objection qui vaille même si l'on admet que le point commun suffit à faire venir l'olive ; il dit malgré tout que les autres espèces ne peuvent en être tirées.
💡 Explication

La réfutation atteint cette fois le point commun lui-même : la vigne fournit le vin des libations, le blé la fleur de farine des offrandes. Ce tsad mizbeah, rapport avec l'autel, pourrait expliquer à lui seul l'obligation.

La conséquence est double : les autres aliments restent hors d'atteinte, mais l'olive, dont l'huile entre dans les offrandes, serait comprise dans la dérivation.

14
וְזַיִת מִצַּד מִזְבֵּחַ אָתֵי? וְהָא בְּהֶדְיָא כְּתִיב בֵּיהּ ״כֶּרֶם״, דִּכְתִיב ״וַיַּבְעֵר מִגָּדִישׁ וְעַד קָמָה וְעַד כֶּרֶם זָיִת״. אָמַר רַב פָּפָּא: ״כֶּרֶם זַיִת״ אִקְרֵי, ״כֶּרֶם״ סְתָמָא לָא אִקְרֵי.

Et l'olive vient-elle du rapport avec l'autel ? Mais « kerem » est écrit explicitement à son sujet, comme il est écrit : « et il embrasa depuis les gerbes jusqu'au blé sur pied et jusqu'à l'oliveraie (kerem zayit) » (Choftim 15,5).

Rav Papa a dit : on l'appelle « kerem zayit », on ne l'appelle pas « kerem » sans précision.

💡 Explication

Une voie plus directe est proposée pour l'olive : le verset des Juges appelle l'oliveraie kerem zayit. Si l'olivier porte le nom de kerem, il entre dans la loi tirée de la vigne sans passer par l'autel.

Rav Papa écarte cette lecture : le nom n'est donné qu'assorti d'un qualificatif. Le mot kerem employé seul désigne la vigne.

15
מִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא: מַה לְהַצַּד הַשָּׁוֶה שֶׁבָּהֶן שֶׁכֵּן יֵשׁ בָּהֶן צַד מִזְבֵּחַ! אֶלָּא, דְּיָלֵיף לַהּ מִשִּׁבְעַת הַמִּינִין: מַה שִׁבְעַת הַמִּינִין דָּבָר שֶׁנֶּהֱנֶה וְטָעוּן בְּרָכָה, אַף כָּל דָּבָר שֶׁנֶּהֱנֶה טָעוּן בְּרָכָה.

Quoi qu'il en soit, la difficulté demeure : ce qui est propre à leur point commun, c'est qu'ils ont un rapport avec l'autel ! Plutôt, on l'apprend des sept espèces : de même que les sept espèces sont une chose dont on tire profit et qui requiert une bénédiction, ainsi toute chose dont on tire profit requiert une bénédiction.

📜 Rachi (1)
שִׁבְעָה מִינִין הָאֲמוּרִים בְּאֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹורָה וְגוֹ' (שָׁם ח) וּבָתְרַייְהוּ כְּתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ:
Celles qui sont mentionnées dans « une terre de blé et d'orge » (Devarim 8,8), et après elles il est écrit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras ».
💡 Explication

La digression sur l'olive n'a pas levé l'objection du tsad mizbeah. La guemara change donc de cas source et part des sept espèces de la Terre d'Israël, après lesquelles le verset dit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras ».

L'assise est plus large : sept produits, dont plusieurs sans rapport avec l'autel, ce qui neutralise la réfutation précédente.

16
מַה לְשִׁבְעַת הַמִּינִין שֶׁכֵּן חַיָּיבִין בְּבִכּוּרִים? וְעוֹד: הַתֵּינַח לְאַחֲרָיו, לְפָנָיו מִנַּיִן?

Ce qui est propre aux sept espèces, c'est qu'elles sont soumises aux bikkourim ! Et de plus : cela va bien pour la bénédiction d'après, d'où tire-t-on celle d'avant ?

📜 Rachi (1)
שֶׁכֵּן טְעוּנִים בִּכּוּרִים דְּהָכִי אָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת (פ"ט ד' פד:) נֶאֱמַר כָּאן אֶרֶץ כִּי בָאתִי אֶל הָאָרֶץ (דְּבָרִים כ״ו:ג׳) וְנֶאֱמַר לְהַלָּן אֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹורָה מַה לְהַלָּן שֶׁבַח הָאָרֶץ אַף כָּאן שֶׁבַח הָאָרֶץ:
Ainsi disons-nous dans Menahot (chapitre 9, 84b) : il est dit ici « terre » — « car je suis venu vers la terre » (Devarim 26,3) —, et il est dit ailleurs « terre de blé et d'orge » ; de même que là-bas il s'agit de la louange de la terre, ici aussi il s'agit de la louange de la terre.
🗂️ Tossefot (1)
תִּינַח לְאַחֲרָיו דְּעִיקַּר בְּרָכָה לְאַחֲרָיו כְּדִכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ:
Car l'essentiel de la bénédiction est celle d'après, comme il est écrit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras ».
💡 Explication

Deux objections tombent ensemble. La première est encore une pirkha : les sept espèces portent l'obligation des bikkourim, les prémices, sévérité qui leur est propre.

La seconde rappelle la limite du verset invoqué : il parle de celui qui a mangé et s'est rassasié, donc de la bénédiction qui suit le repas.

17
הָא לָא קַשְׁיָא דְּאָתֵי בְּקַל וָחֹומֶר: כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ, כְּשֶׁהוּא רָעֵב — לֹא כָל שֶׁכֵּן.

Cela n'est pas difficile, car cela se déduit par kal va-homer : lorsqu'il est rassasié il bénit ; lorsqu'il a faim, à plus forte raison.

🗂️ Tossefot (1)
לְפָנָיו לכ"ש לָאו ק"ו הוּא דְּאִם כֵּן תְּהֵא בְּרָכָה דִּלְפָנָיו מִדְּאוֹרַייְתָּא וּלְעֵיל פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת דַּף כא.) מַשְׁמַע גַּבֵּי בַּעַל קֶרִי דְּלָאו דְּאוֹרָייְתָא הוּא וְאַפֵּי' רַבִּי יְהוּדָה לָא פְּלִיג אֶלָּא מִשּׁוּם דַּעֲשָׂאָן כְּהִלְכוֹת דֶּרֶךְ אֶרֶץ (שָׁם ד' כב.):
Ce raisonnement ne vaut pas comme un kal va-homer au sens strict, car alors la bénédiction d'avant serait de la Torah ; or plus haut, au chapitre Mi chemeto (21a), il ressort à propos du baal keri qu'elle n'est pas de la Torah. Et même Rabbi Yehouda ne diverge que parce qu'ils en ont fait comme des règles de derekh erets (22a).
💡 Explication

Le même kal va-homer qu'au début du folio répond à la seconde objection. La première, celle des bikkourim, reste entière et conduira au renoncement du segment suivant.

Les Tossefot précisent ici le statut de ce raisonnement : il ne vaut pas comme un kal va-homer strict, sans quoi la bénédiction d'avant serait de la Torah.

18
וּלְמַאן דְּתָנֵי ״נֶטַע רְבָעִי״, הָא תִּינַח כֹּל דְּבַר נְטִיעָה. דְּלָאו בַּר נְטִיעָה, כְּגוֹן בָּשָׂר בֵּיצִים וְדָגִים מְנָא לֵיהּ? אֶלָּא סְבָרָא הוּא: אָסוּר לוֹ לָאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה.

Et selon celui qui enseigne « neta revai », cela va bien pour tout ce qui est objet de plantation. Mais ce qui n'est pas objet de plantation, comme la viande, les œufs et les poissons, d'où le tire-t-il ?

Plutôt, c'est une sevara : il est interdit à l'homme de tirer profit de ce monde sans bénédiction.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא סְבָרָא הוּא דִּלְתַרְוַוייְהוּ אִית לְהוּ פִּירְכָא לְמָאֵן דְּתָנֵי כֶּרֶם וְיָלֵיף בְּרָכָה מז' הַמִּינִים אִיכָּא פִּירְכָא שֶׁכֵּן טְעוּנִים בִּכּוּרִים וּלְמַאן דְּתָנֵי נֶטַע רְבָעִי אִיכָּא לְמִפְרַךְ הַתֵּינַח מִידֵּי דְּבַר נְטִיעָה דְּלָאו בַּר נְטִיעָה מִנָּלַן אֶלָּא סְבָרָא הוּא דְּכֵיוָן דְּנֶהֱנֶה צָרִיךְ לְהוֹדוֹת לְמִי שֶׁבְּרָאָם:
Car les deux voies souffrent une réfutation : pour celui qui enseigne « kerem » et dérive la bénédiction des sept espèces, on objecte qu'elles sont soumises aux bikkourim ; et pour celui qui enseigne « neta revai », on objecte que cela va bien pour ce qui est objet de plantation, mais que pour ce qui ne l'est pas, d'où le tirons-nous ? Plutôt, c'est une sevara : puisqu'il tire profit, il doit rendre grâce à Celui qui les a créés.
🗂️ Tossefot (3)
דָּבָר שֶׁאֵין גִּדּוּלוֹ מִן הַקַּרְקַע כְּגוֹן בָּשָׂר וְחָלָב וא"ת מַאי אִירְיָא בָּשָׂר אֲפִילּוּ יְרָקוֹת נָמֵי לָא אָתְיָא לֵיהּ וְי"ל דְּאִיכָּא לְמֵימַר קָמָה תּוֹכִיחַ וּלְפִי' רַשִׁ"י נִיחָא דְּגָרֵיס דְּלָאו בַּר נְטִיעָה מִנַּיִן וְלֵיכָּא לְמֵימַר דַּאֲתָא מִשְּׁאָר אִילָנוֹת דְּאִיכָּא לְמִפְרַךְ מַה לְהָנָךְ שֶׁכֵּן חַיָּיבִים בְּפֵיאָה:
Et si tu dis : pourquoi mentionner précisément la viande ? Même les légumes ne peuvent pas non plus en être tirés. On peut répondre qu'on peut dire « le blé sur pied le prouvera ». Selon l'explication de Rachi cela va bien, car il lit « ce qui n'est pas objet de plantation, d'où ? », et l'on ne peut pas dire que cela vient des autres arbres, car on peut objecter : ce qui leur est propre, c'est qu'ils sont soumis à la pea.
אֶלָּא סְבָרָא הוּא אָסוּר לְאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה כו' וּקְרָא דְּנָסֵיב לְעֵיל אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא וְהַגְּמָרָא הָיָה סָבוּר מִתְּחִלָּה דְּלָמוּד גָּמוּר הוּא:
Et le verset invoqué plus haut est un simple asmakhta ; la guemara pensait au départ qu'il s'agissait d'une dérivation complète.
אֶלָּא סְבָרָא הוּא אָסוּר לְאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה כו'. וּקְרָא דְּנָסֵיב לְעֵיל אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא וְהַגְּמָרָא הָיָה סָבוּר מִתְּחִלָּה דְּלָמוּד גָּמוּר הוּא:
Et le verset invoqué plus haut est un simple asmakhta ; la guemara pensait au départ qu'il s'agissait d'une dérivation complète.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָסוּר לָאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה, וְכָל הַנֶּהֱנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה, מָעַל. מַקְשִׁים וַהֲלֹא הַבְּרָכוֹת תִּיקְּנוּם אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה, וְאֵיךְ יִתָּכֵן דּוֹרוֹת הַקּוֹדֵם מָעֲלוּ חָס וְחָלִילָה?! וְתֵירֵץ הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל כִּי דּוֹרוֹת הַקּוֹדֵם הָיוּ עוֹשִׂין כַּוָּנוֹת בַּאֲכִילָתָם, וְהָיוּ מְסַפְּקִין לְתַקֵּן הַמַּאֲכָל יוֹתֵר מִמַּה שֶׁאֲנַחְנוּ עוֹשִׂין עַל יְדֵי הַבְּרָכָה עַד כָּאן דְּבָרָיו. וַאֲנָא עָבְדָא אוֹסִיף עַל דְּבָרָיו, כִּי הַכַּוָּנוֹת הָיוּ דַּוְקָא אֵצֶל הַחֲכָמִים יוֹדְעֵי בִּינָה, אֲבָל הֲמוֹן הָעָם וַדַּאי לֹא הָיָה לָהֶם יְדִיעָה בְּכַוָּנוֹת, מִיהוּ אוֹתוֹ זְמַן הָיְתָה הַקְּלִיפָּה תַּקִּיפָה בְּיוֹתֵר, וְאִם הָיוּ הֲמוֹן הָעָם מְבָרְכִים לֹא הָיָה נַעֲשֶׂה תּוֹעֶלֶת לְתַקֵּן הַמַּאֲכָל בִּבְרָכָה דִּילְהוֹן, אַךְ בִּזְמַן אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה נֶחֶלְשָׁה הַקְּלִיפָּה, וּבִפְרָט שֶׁבָּטְלוּ יֵצֶר הָרַע דַּעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁהוּא רֹאשׁ הַפְּעוֹר, לְכָךְ תִּיקְּנוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה הַבְּרָכוֹת, מִפְּנֵי שֶׁעַתָּה יֵשׁ תּוֹעֶלֶת עַל יְדֵי הַבְּרָכָה לְתַקֵּן וּלְבָרֵר, וְלָכֵן אִם לֹא יְבָרֵךְ מָעַל אֲפִילּוּ הוּא מֵהֲמוֹן הָעָם, וְהִנֵּה לְפִי דַּעַת הָרַב זַ"ל שֶׁבַּדּוֹרוֹת הַקּוֹדֵם הָיָה כֹּחַ בְּכַוָּנוֹת שֶׁעוֹשִׂים לְתַקֵּן וּלְבָרֵר יוֹתֵר מִמַּה שֶׁאֲנַחְנוּ עוֹשִׂין בִּבְרָכוֹת, וְלָכֵן לָא הֲוָה אִצְטְרִיךְ לְהוּ לְבָרֵךְ, הִנֵּה בָּזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב [מִשְׁלֵי טז, כג] לֵב חָכָם יַשְׂכִּיל פִּיהוּ וְעַל שְׂפָתָיו יֹסִיף לֶקַח, כְּלוֹמַר לֵב חָכָם שֶׁיּוֹדֵעַ לְכַוֵּין, יַשְׂכִּיל פִּיהוּ , שֶׁתּוֹעִיל לוֹ הַכַּוָּנָה בְּלֵב כְּאִלּוּ בֵּירַךְ בְּפִיו, אַךְ עִם כָּל זֶה ו עַל שְׂפָתָיו אִם יְבָרֵךְ גַּם כֵּן, אָז יָסִיף לֶקַח ! וְלָזֶה אָמַר (שָׁם י' ח') חֲכַם לֵב יִקַּח מִצְוֹ‍ת, כְּלוֹמַר בְּכַוָּנָה שֶׁבַּלֵּב בִּלְבַד יִקַּח מִצְוֹת, שֶׁיֵּשׁ תּוֹעֶלֶת בְּכַוָּנַת הַלֵּב שֶׁלּוֹ יוֹתֵר מִמַּעֲשֶׂה שֶׁל אֲחֵרִים.
« Il est interdit à l'homme de tirer profit de ce monde sans bénédiction, et quiconque tire profit de ce monde sans bénédiction commet un meila. » On objecte : les bénédictions ont été instituées par les Hommes de la Grande Assemblée ; comment les générations antérieures auraient-elles pu commettre un meila, à D.ieu ne plaise ? Le Gaon le Hida, de mémoire bénie, a répondu que les générations antérieures accomplissaient des kavanot, des intentions, dans leur manière de manger, et qu'elles parvenaient à réparer l'aliment plus que nous ne le faisons par la bénédiction. Fin de ses paroles. Et moi, le serviteur, j'ajoute à ses paroles : ces kavanot se trouvaient chez les sages qui savent discerner, tandis que le commun du peuple n'avait certainement aucune connaissance des kavanot. Toutefois, en ce temps-là la kelipa, l'écorce, était plus puissante, et si le commun du peuple avait béni, sa bénédiction n'aurait produit aucun effet pour réparer l'aliment. Au temps des Hommes de la Grande Assemblée la kelipa s'est affaiblie, en particulier depuis qu'ils ont annulé le mauvais penchant de l'idolâtrie, qui est la tête de Peor ; c'est pourquoi les Hommes de la Grande Assemblée ont institué les bénédictions, puisque désormais la bénédiction est utile pour réparer et pour opérer le birour, le tri. Aussi celui qui ne bénit pas commet un meila, même s'il appartient au commun du peuple. Selon l'avis du Rav, de mémoire bénie, les générations antérieures avaient dans les kavanot qu'elles accomplissaient une force de réparation et de birour supérieure à ce que nous accomplissons par les bénédictions, et elles n'avaient donc pas besoin de bénir. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset y fait allusion (Michle 16,23) : « le cœur du sage rend sa bouche avisée, et sur ses lèvres il ajoute de l'enseignement » — c'est-à-dire : le cœur du sage qui sait diriger son intention rend sa bouche avisée, la kavana du cœur lui étant utile comme s'il avait béni de sa bouche ; et malgré tout, « sur ses lèvres », s'il bénit également, alors « il ajoute de l'enseignement ». C'est aussi ce qui est dit (Michle 10,8) : « le sage de cœur prend les mitsvot », c'est-à-dire que par la seule kavana du cœur il prend les mitsvot, car la kavana de son cœur est plus utile que l'acte accompli par d'autres.
💡 Explication

La guemara achève son inventaire. Même la version la plus large, celle du neta revai, ne couvre que ce qui pousse ; la viande, les œufs et les poissons échappent à toute dérivation.

La conclusion abandonne la voie scripturaire et pose une sevara, une évidence de la raison : celui qui jouit doit rendre grâce à Celui qui a créé. Les Tossefot en tirent la conséquence : le verset du début du folio n'est qu'un asmakhta, un appui, et non une dérivation.

🖼️ Schéma
Ce que chaque dérivation atteint, et ce qui lui échappe Version kerem revai passe par les sept espèces Réfutée elles portent les bikkourim Version neta revai couvre tout ce qui se plante Insuffisante viande, œufs, poissons restent hors Sevara il est interdit à l'homme de tirer profit de ce monde sans bénédiction le verset du début du folio devient un asmakhta
Pourquoi la guemara quitte le verset pour la raison.
19
תָּנוּ רַבָּנַן: אָסוּר לוֹ לָאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה. וְכָל הַנֶּהֱנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה מָעַל. מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? — יֵלֵךְ אֵצֶל חָכָם.

Nos maîtres ont enseigné : il est interdit à l'homme de tirer profit de ce monde sans bénédiction ; et quiconque tire profit de ce monde sans bénédiction commet un meila. Quel est son remède ?

Qu'il aille auprès d'un sage.

📜 Rachi (1)
מָעַל כְּנֶהֱנֶה מִן הַהֶקְדֵּשׁ דִּכְתִיב לַה' הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן:
Comme celui qui tire profit d'un bien consacré, car il est écrit « à Hachem la terre et ce qui la remplit », comme nous le disons plus loin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָסוּר לָאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה, וְכָל הַנֶּהֱנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה, מָעַל. מַקְשִׁים וַהֲלֹא הַבְּרָכוֹת תִּיקְּנוּם אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה, וְאֵיךְ יִתָּכֵן דּוֹרוֹת הַקּוֹדֵם מָעֲלוּ חָס וְחָלִילָה?! וְתֵירֵץ הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל כִּי דּוֹרוֹת הַקּוֹדֵם הָיוּ עוֹשִׂין כַּוָּנוֹת בַּאֲכִילָתָם, וְהָיוּ מְסַפְּקִין לְתַקֵּן הַמַּאֲכָל יוֹתֵר מִמַּה שֶׁאֲנַחְנוּ עוֹשִׂין עַל יְדֵי הַבְּרָכָה עַד כָּאן דְּבָרָיו. וַאֲנָא עָבְדָא אוֹסִיף עַל דְּבָרָיו, כִּי הַכַּוָּנוֹת הָיוּ דַּוְקָא אֵצֶל הַחֲכָמִים יוֹדְעֵי בִּינָה, אֲבָל הֲמוֹן הָעָם וַדַּאי לֹא הָיָה לָהֶם יְדִיעָה בְּכַוָּנוֹת, מִיהוּ אוֹתוֹ זְמַן הָיְתָה הַקְּלִיפָּה תַּקִּיפָה בְּיוֹתֵר, וְאִם הָיוּ הֲמוֹן הָעָם מְבָרְכִים לֹא הָיָה נַעֲשֶׂה תּוֹעֶלֶת לְתַקֵּן הַמַּאֲכָל בִּבְרָכָה דִּילְהוֹן, אַךְ בִּזְמַן אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה נֶחֶלְשָׁה הַקְּלִיפָּה, וּבִפְרָט שֶׁבָּטְלוּ יֵצֶר הָרַע דַּעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁהוּא רֹאשׁ הַפְּעוֹר, לְכָךְ תִּיקְּנוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה הַבְּרָכוֹת, מִפְּנֵי שֶׁעַתָּה יֵשׁ תּוֹעֶלֶת עַל יְדֵי הַבְּרָכָה לְתַקֵּן וּלְבָרֵר, וְלָכֵן אִם לֹא יְבָרֵךְ מָעַל אֲפִילּוּ הוּא מֵהֲמוֹן הָעָם, וְהִנֵּה לְפִי דַּעַת הָרַב זַ"ל שֶׁבַּדּוֹרוֹת הַקּוֹדֵם הָיָה כֹּחַ בְּכַוָּנוֹת שֶׁעוֹשִׂים לְתַקֵּן וּלְבָרֵר יוֹתֵר מִמַּה שֶׁאֲנַחְנוּ עוֹשִׂין בִּבְרָכוֹת, וְלָכֵן לָא הֲוָה אִצְטְרִיךְ לְהוּ לְבָרֵךְ, הִנֵּה בָּזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב [מִשְׁלֵי טז, כג] לֵב חָכָם יַשְׂכִּיל פִּיהוּ וְעַל שְׂפָתָיו יֹסִיף לֶקַח, כְּלוֹמַר לֵב חָכָם שֶׁיּוֹדֵעַ לְכַוֵּין, יַשְׂכִּיל פִּיהוּ , שֶׁתּוֹעִיל לוֹ הַכַּוָּנָה בְּלֵב כְּאִלּוּ בֵּירַךְ בְּפִיו, אַךְ עִם כָּל זֶה ו עַל שְׂפָתָיו אִם יְבָרֵךְ גַּם כֵּן, אָז יָסִיף לֶקַח ! וְלָזֶה אָמַר (שָׁם י' ח') חֲכַם לֵב יִקַּח מִצְוֹ‍ת, כְּלוֹמַר בְּכַוָּנָה שֶׁבַּלֵּב בִּלְבַד יִקַּח מִצְוֹת, שֶׁיֵּשׁ תּוֹעֶלֶת בְּכַוָּנַת הַלֵּב שֶׁלּוֹ יוֹתֵר מִמַּעֲשֶׂה שֶׁל אֲחֵרִים.
« Il est interdit à l'homme de tirer profit de ce monde sans bénédiction, et quiconque tire profit de ce monde sans bénédiction commet un meila. » On objecte : les bénédictions ont été instituées par les Hommes de la Grande Assemblée ; comment les générations antérieures auraient-elles pu commettre un meila, à D.ieu ne plaise ? Le Gaon le Hida, de mémoire bénie, a répondu que les générations antérieures accomplissaient des kavanot, des intentions, dans leur manière de manger, et qu'elles parvenaient à réparer l'aliment plus que nous ne le faisons par la bénédiction. Fin de ses paroles. Et moi, le serviteur, j'ajoute à ses paroles : ces kavanot se trouvaient chez les sages qui savent discerner, tandis que le commun du peuple n'avait certainement aucune connaissance des kavanot. Toutefois, en ce temps-là la kelipa, l'écorce, était plus puissante, et si le commun du peuple avait béni, sa bénédiction n'aurait produit aucun effet pour réparer l'aliment. Au temps des Hommes de la Grande Assemblée la kelipa s'est affaiblie, en particulier depuis qu'ils ont annulé le mauvais penchant de l'idolâtrie, qui est la tête de Peor ; c'est pourquoi les Hommes de la Grande Assemblée ont institué les bénédictions, puisque désormais la bénédiction est utile pour réparer et pour opérer le birour, le tri. Aussi celui qui ne bénit pas commet un meila, même s'il appartient au commun du peuple. Selon l'avis du Rav, de mémoire bénie, les générations antérieures avaient dans les kavanot qu'elles accomplissaient une force de réparation et de birour supérieure à ce que nous accomplissons par les bénédictions, et elles n'avaient donc pas besoin de bénir. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset y fait allusion (Michle 16,23) : « le cœur du sage rend sa bouche avisée, et sur ses lèvres il ajoute de l'enseignement » — c'est-à-dire : le cœur du sage qui sait diriger son intention rend sa bouche avisée, la kavana du cœur lui étant utile comme s'il avait béni de sa bouche ; et malgré tout, « sur ses lèvres », s'il bénit également, alors « il ajoute de l'enseignement ». C'est aussi ce qui est dit (Michle 10,8) : « le sage de cœur prend les mitsvot », c'est-à-dire que par la seule kavana du cœur il prend les mitsvot, car la kavana de son cœur est plus utile que l'acte accompli par d'autres.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר קֹדֶשׁ הִלּוּלִים לַה' מְלַמֵּד שֶׁטָּעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו מִכָּאן אָמַר ר"ע אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיְּבָרֵךְ מַסְּקִינַן דְּמִסְּבָרָא יָדְעִינַן שֶׁאָסוּר לוֹ לָאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה מִן העוה"ז בְּלֹא בְּרָכָה וּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא וְעִיקַּר קְרָא בָּא לְנֶטַע רְבָעִי שֶׁצָּרִיךְ חִילּוּל וְעוֹד דְּרֵישׁ לֵיהּ דָּבָר שֶׁטָּעוּן שִׁירָה טָעוּן חִילּוּל דָּבָר שֶׁאֵין טָעוּן שִׁירָה אֵין טָעוּן חִילּוּל וּפְלִיגִי בֵּיהּ תַּנָּאֵי חַד תָּנֵי נֶטַע רְבָעִי וְחַד תָּנֵי כֶּרֶם רְבָעִי וקי"ל כְּמַאן דְּתָנֵי כֶּרֶם רְבָעִי דְּכָל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּחוּ"ל כִּדְאִיתָא לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לו) וְהִלְכְתָא אֵין נֶטַע רְבָעִי נוֹהֵג עַכְשָׁיו וְכֶרֶם רְבָעִי צָרִיךְ לִפְדּוֹתוֹ אַחַר הַקְּצִירָה נ"א הַבְּצִירָה עַל שָׁוֶה פְּרוּטָה וְשׁוֹחֲקוֹ וּמַטִּילוֹ לַנָּהָר. ת"ר אָסוּר לוֹ לָאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה מִן העוה"ז בְּלֹא בְּרָכָה וְכָל הַנֶּהֱנֶה מִן העוה"ז בְּלֹא בְּרָכָה מָעַל וּמַאי תַּקַּנְתֵּיהּ אָמַר רָבָא יֵלֵךְ אֵצֶל חָכָם מֵעִיקָּרָא וִילַמְּדֶנּוּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי מְעִילָה אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כָּל הַנֶּהֱנֶה מִן העוה"ז בְּלֹא בְּרָכָה כְּאִילּוּ נֶהֱנָה מִקָּדְשֵׁי שָׁמַיִם שֶׁנֶּאֱמַר לַה' הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ ר' לֵוִי רָמֵי כְּתִיב לַה' הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ וּכְתִיב הַשָּׁמַיִם שָׁמַיִם לַה' וְגוֹ' לָא קַשְׁיָא כָּאן קֹודֶם בְּרָכָה כָּאן לְאַחַר בְּרָכָה:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : « kodech hiloulim laHachem » — cela enseigne qu'il requiert une bénédiction avant et après. De là Rabbi Akiva a dit : il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir béni. Nous concluons que c'est par la raison, la sevara, que nous savons qu'il est interdit à l'homme de tirer profit de ce monde sans bénédiction, et que le verset n'est qu'un simple asmakhta ; le verset porte essentiellement sur le neta revai, qui requiert un rachat. On en tire encore que ce qui requiert un chant requiert un rachat, et que ce qui ne requiert pas de chant ne requiert pas de rachat. Les tanaim divergent à ce sujet : l'un enseigne « neta revai » et l'autre « kerem revai », et nous tenons comme celui qui enseigne « kerem revai », car pour toute position indulgente en Terre d'Israël la halakha suit cet avis hors de la Terre, comme il est rapporté plus loin dans notre chapitre (Berakhot 36a). Et la halakha est que le neta revai ne s'applique pas aujourd'hui, tandis que le kerem revai doit être racheté après la récolte, autre version : après la vendange, pour la valeur d'une perouta, que l'on broie et que l'on jette au fleuve. Nos maîtres ont enseigné : il est interdit à l'homme de tirer profit de ce monde sans bénédiction, et quiconque tire profit de ce monde sans bénédiction commet un meila. Quel est son remède ? Rava a dit : qu'il aille auprès d'un sage dès le départ et que celui-ci lui enseigne, afin qu'il n'en vienne pas au meila. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : quiconque tire profit de ce monde sans bénédiction, c'est comme s'il tirait profit des choses consacrées au Ciel, car il est dit « à Hachem la terre et ce qui la remplit ». Rabbi Levi a soulevé une contradiction : il est écrit « à Hachem la terre et ce qui la remplit », et il est écrit « les cieux sont les cieux de Hachem », etc. Cela n'est pas difficile : ici avant la bénédiction, là après la bénédiction.
💡 Explication

La baraita qualifie la faute de meila, terme technique du détournement d'un bien consacré. La gravité tient au statut du monde : il appartient à D.ieu, et la bénédiction est la voie par laquelle l'homme reçoit la permission d'en jouir.

La phrase « qu'il aille auprès d'un sage » surprendra la guemara au segment suivant, puisque la faute est déjà commise.

20
יֵלֵךְ אֵצֶל חָכָם?! מַאי עֲבִיד לֵיהּ? הָא עֲבַד לֵיהּ אִיסּוּרָא! אֶלָּא אָמַר רָבָא: יֵלֵךְ אֵצֶל חָכָם מֵעִיקָּרָא וִילַמְּדֶנּוּ בְּרָכוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי מְעִילָה.

Qu'il aille auprès d'un sage ?! Que lui fera-t-il ?

Il a déjà commis l'interdit ! Plutôt, Rava a dit : qu'il aille auprès d'un sage dès le départ, et celui-ci lui enseignera les bénédictions, afin qu'il n'en vienne pas au meila.

💡 Explication

La question porte sur le mot takanato, son remède. Un sage ne défait pas une faute accomplie, contrairement au cas du vœu que l'on peut faire annuler.

Rava déplace donc la phrase vers l'amont : la baraita parle de l'éducation préalable. Le remède est l'étude des bénédictions avant d'en avoir besoin.

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אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל הַנֶּהֱנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה כְּאִילּוּ נֶהֱנָה מִקָּדְשֵׁי שָׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָה׳ הָאָרֶץ וּמְלֹואָהּ״. רַבִּי לֵוִי רָמֵי: כְּתִיב ״לָה׳ הָאָרֶץ וּמְלֹואָהּ״, וּכְתִיב ״הַשָּׁמַיִם שָׁמַיִם לַה׳ וְהָאָרֶץ נָתַן לִבְנֵי אָדָם״! לָא קַשְׁיָא כָּאן קֹודֶם בְּרָכָה,

Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : quiconque tire profit de ce monde sans bénédiction, c'est comme s'il tirait profit des choses consacrées au Ciel, car il est dit : « à Hachem la terre et ce qui la remplit » (Tehilim 24,1). Rabbi Levi a soulevé une contradiction : il est écrit « à Hachem la terre et ce qui la remplit », et il est écrit « les cieux sont les cieux de Hachem, et la terre il l'a donnée aux fils de l'homme » (Tehilim 115,16) !

Cela n'est pas difficile : ici, avant la bénédiction,

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּאן קָדַם בְּרָכָה, כָּאן לְאַחַר בְּרָכָה. קְשָׁא בְּרָכָה אַחֲרוֹנָה לָמָּה לִי מֵאַחַר דְּקָנָה עַל יְדֵי בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הִנֵּה לַלֶּחֶם צָרִיךְ שְׁלֹשָׁה לִמְצִיאוּתוֹ, הָא' הָאָרֶץ הַב' הַזֶּרַע הַג' הָאָדָם הָעוֹבֵד וְעוֹסֵק בּוֹ, וְהַשְּׁתַּיִם הֵם שֶׁל הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ דִּכְתִיב (תְּהִלִּים כד, א) לָהּ' הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ, וְהַיְינוּ הָאָרֶץ וְהַזֶּרַע שֶׁהוּא מִלּוּאָה, וּמִנְהַג הָעוֹלָם זוֹרְעֵי חִיטִּים שֶׁבַּעַל הַשָּׂדֶה יִקַּח חֵלֶק, וּבַעַל הַזֶּרַע יִקַּח חֵלֶק, וְהָעוֹבֵד אֶת הָאֲדָמָה יִקַּח חֵלֶק, וְאִם כֵּן לְפִי חֻוקִּים וּמִנְהָגִים שֶׁל עוֹלָם צָרִיךְ לִהְיוֹת ב' חֲלָקִים לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ וְחֵלֶק לָאָדָם, וְלָכֵן בִּבְרָכָה רִאשׁוֹנָה קוֹנֶה הָאָדָם חֵלֶק שֶׁכְּנֶגֶד הַזֶּרַע, וּבִבְרָכָה אַחֲרוֹנָה קוֹנֶה חֵלֶק שֶׁכְּנֶגֶד הָאָרֶץ. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (דְּבָרִים ח' י') וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ אֶת ה' אֱ-לֹהֶיךָ , וְאִם תֹּאמַר וַהֲלֹא בִּרְכַּת, בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה? לָזֶה אָמַר עַל הָאָרֶץ הַטֹּבָה אֲשֶׁר נָתַן לָךְ , שֶׁבְּרָכָה אַחֲרוֹנָה זוֹ כְּנֶגֶד חֵלֶק הַמַּגִּיעַ מִן הָאָרֶץ שֶׁהִיא שֶׁלּוֹ יִתְבָּרֵךְ. בְּרַם יֵשׁ לַחְקֹור מֵאַחַר שֶׁבֵּירֵךְ הָאָדָם פַּעַם אַחַת צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה קָנוּי לוֹ בִּבְרָכָה זוֹ כָּל מַה שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּבֵיתוֹ וּבִרְשׁוּתוֹ וְאַמַּאי כְּשֶׁחוֹזֵר וְאוֹכֵל חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן דַּאֲנָחְנוּ עֲבָדִים לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ כָּל מַה שֶּׁקָּנָה עֶבֶד קָנָה רַבּוֹ, וְאִם כֵּן אֵין לָאָדָם זְכוּת בִּנְכָסָיו אֲפִילּוּ רֶגַע אֶחָד , כְּדִין עֶבֶד שֶׁאֵין לוֹ קִנְיָן בְּנִכְסֵי רַבּוֹ, אַךְ חֶסֶד עָשָׂה הקב"ה עִמָּנוּ שֶׁיָּחוּל קִנְיָן שֶׁלָּנוּ בִּנְכָסֵינוּ, כָּל עוֹד שֶׁהַמַּאֲכָל הַהוּא שֶׁבֵּרְכָנוּ עָלָיו מֻונָּח עַל הַשֻּׁולְחָן לְפָנֵינוּ, וְכֵיוָן שֶׁנִּסְתַּלֵּק הַשֻּׁולְחָן חָזַר הַדָּבָר לִהְיוֹת נִידּוֹן כְּדִינוֹ, שֶׁאֵין קִנְיָן לְעֶבֶד בִּנְכָסִים אֶלָּא הַכֹּל חוֹזֵר לְרַבּוֹ, וּלְכָךְ צָרִיךְ בְּרָכָה מֵחָדָשׁ.
« Ici avant la bénédiction, là après la bénédiction. » Difficulté : à quoi bon la bénédiction d'après, puisqu'il a déjà acquis par la bénédiction d'avant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : le pain requiert trois choses pour exister, la terre, la semence, et l'homme qui la travaille et s'en occupe. Deux d'entre elles appartiennent à D.ieu, comme il est écrit (Tehilim 24,1) « à Hachem la terre et ce qui la remplit », à savoir la terre et la semence, qui est ce qui la remplit. L'usage du monde, chez ceux qui sèment le blé, veut que le propriétaire du champ prenne une part, le propriétaire de la semence une part, et celui qui travaille la terre une part. Selon les règles et les usages du monde, il devrait donc revenir deux parts à D.ieu et une part à l'homme. C'est pourquoi, par la bénédiction d'avant, l'homme acquiert la part qui correspond à la semence, et par la bénédiction d'après il acquiert la part qui correspond à la terre. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel (Devarim 8,10) : « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras Hachem ton D.ieu » — et si tu dis : n'a-t-il pas déjà béni la bénédiction d'avant ? Pour cela il est dit « pour la bonne terre qu'il t'a donnée », car cette bénédiction d'après correspond à la part qui revient de la terre, laquelle est à Lui. Il y a cependant lieu d'examiner : puisque l'homme a béni une fois, tout ce qui se trouve dans sa maison et en son pouvoir devrait lui être acquis par cette bénédiction ; pourquoi donc, lorsqu'il mange de nouveau, doit-il bénir de nouveau ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : puisque nous sommes serviteurs de D.ieu, tout ce qu'un serviteur acquiert, son maître l'acquiert ; l'homme n'a donc aucun droit sur ses biens, même un seul instant, selon la loi du serviteur qui n'a pas d'acquisition dans les biens de son maître. Mais le Saint béni soit-Il a usé envers nous de cette faveur que notre acquisition prenne effet sur nos biens tant que l'aliment sur lequel nous avons béni est posé devant nous sur la table ; et dès que la table est desservie, la chose revient à son statut de droit, où le serviteur n'a pas d'acquisition dans les biens, et tout revient à son maître. C'est pourquoi une nouvelle bénédiction est requise.
💡 Explication

Rav Yehouda fournit le verset qui justifie le terme meila : le monde appartient à D.ieu, et en jouir sans autorisation revient à user d'un bien consacré.

Rabbi Levi met deux versets en tension. Le premier attribue la terre à D.ieu, le second la donne aux hommes. La résolution, qui se poursuit au verso, fait de la bénédiction le moment où la seconde parole prend effet.

🖼️ Schéma
La contradiction de Rabbi Levi et sa résolution Tehilim 24,1 la terre et ce qui la remplit appartiennent à D.ieu. Tehilim 115,16 la terre, il l'a donnée aux fils de l'homme La bénédiction sépare les deux temps avant elle, le premier verset ; après elle, le second
Le partage introduit par la bénédiction, dont la suite se lit au verso.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).