Berakhot 35b — Jouir du monde sans bénédiction, la part de Tora et la part de travail, et pourquoi le vin seul reçoit une bénédiction propre

Berakhot 35b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la contradiction entre les deux versets des Tehilim : la terre appartient à Hachem avant la bénédiction, elle est donnée aux hommes après elle. Rabbi Hanina bar Papa en tire que celui qui jouit du monde sans bénédiction vole le Saint béni soit il et l'assemblée d'Israël, puis soulève une seconde contradiction, entre mon blé et ton blé, résolue par la conduite d'Israël.

De là naît la grande mahloket entre Rabbi Yichmael, qui lit dans tu récolteras ton blé l'obligation de la derekh erets, et Rabbi Chimon ben Yohai, qui réserve l'homme à la seule Tora. Abaye tranche par l'expérience, Rava organise l'année de ses élèves, et Rabba bar bar Hana oppose deux fois les premières générations aux dernières, sur la place de l'étude et sur la dîme.

La seconde moitié revient à la michna : pourquoi le vin a t il sa propre bénédiction ? Quatre explications se succèdent — la transformation, l'impossibilité de formuler, le fait de nourrir, le fait de rassasier — jusqu'à la conclusion que le vin rassasie et réjouit, sans pour autant servir de base à un repas.

Le folio se clôt sur l'examen de la bénédiction de l'huile d'olive : bue pure elle nuit, prise avec du pain elle est accessoire, il reste le cas de l'anigueron.

Berakhot 35b : les quatre mouvements du folio 1. Le vol de la bénédiction (seg. 0-2) Avant la bénédiction : la terre est à Hachem. Après : elle est donnée aux hommes. Jouir sans bénir = voler le Père et la Mère. Le négligent devient compagnon de Yerovam. 2. Mon blé ou ton blé (seg. 3-4) Hochea : je reprendrai mon blé en son temps. Devarim : tu récolteras ton blé. Réponse : selon qu'Israël fait ou non la volonté de l'Omniprésent. 3. Tora et travail (seg. 5-11) Rabbi Yichmael : derekh erets avec la Tora. Rabbi Chimon ben Yohai : la Tora seule. Abaye : l'expérience a tranché. Rava libère Nissan et Tichri. Premières et dernières générations : étude, dîme. 4. Le vin et l'huile (seg. 12-22) Pourquoi le vin a t il une bénédiction propre ? Quatre tentatives, une conclusion : il rassasie. Il rassasie et réjouit, le pain rassasie seulement. Pas de birkat hamazon : on ne s'attable pas dessus. Huile d'olive : pure, avec du pain, ou en anigueron. Le fil unique du folio Une même question traverse les deux moitiés : quelle place l'homme prend il dans ce qu'il consomme. La bénédiction reconnaît le propriétaire ; le travail et la nourriture mesurent la part qui lui revient. À retenir Le vin est le seul fruit dont la transformation fait naître une bénédiction distincte : borei péri hagafen. L'huile d'olive garde borei péri ha ets, car elle nourrit sans rassasier.
Plan du folio : du vol de la bénédiction jusqu à la bénédiction de l huile d olive.
Tora et travail : Rabbi Yichmael contre Rabbi Chimon ben Yohai Deux versets à concilier Ce livre ne s'éloignera pas de ta bouche / tu récolteras ton blé Rabbi Yichmael Position : conduis toi avec la Tora selon l'usage du monde, la derekh erets. Raison : tu récolteras ton blé est un ordre, pas une simple description. Rachi : qui dépend des créatures finit par abandonner l'étude. Rabbi Chimon ben Yohai Position : l'homme se consacre à la Tora, le travail est fait par d'autres. Raison : labour, semailles, moisson, battage, vannage — que resterait il pour la Tora ? Tu récolteras ton blé décrit alors l'état de qui ne fait pas la volonté divine. Nafka mina — la décision d'Abaye Beaucoup ont agi selon Rabbi Yichmael et ont réussi ; selon Rabbi Chimon ben Yohai, et n'ont pas réussi. Rava, application pratique Aux jours de Nissan et de Tichri : pas d'étude à la maison d'étude, travaillez vos champs, pour n'être pas soucieux tout le reste de l'année. Rabba bar bar Hana, le critère Tora fixe et travail occasionnel : les deux tiennent. Travail fixe et Tora occasionnelle : ni l'un ni l'autre. Ce qui compte est le rang, non la durée.
La mahloket sur la part de travail : positions, raisons, verdict d Abaye et applications.
Pourquoi le vin a t il une bénédiction propre ? La chaîne des quatre tentatives Michna : sur les fruits de l'arbre, borei péri ha ets — à l'exception du vin, borei péri hagafen. Pourquoi ? 1. Il a changé en mieux La transformation appellerait une bénédiction neuve. Réfuté : l'huile aussi change en mieux et garde borei péri ha ets. 2. Pour l'huile, aucune formule ne convient Péri hazayit ? le fruit lui même s'appelle zayit. Réfuté : on pourrait dire péri ets zayit, comme péri hagafen pour la vigne. 3. Mar Zoutra : le vin nourrit, l'huile non Le fait de nourrir justifierait la distinction. Réfuté : celui qui interdit tout ce qui nourrit n'excepte que l'eau et le sel — l'huile nourrit. 4. Le vin rassasie, l'huile non Sa eid : plus fort que nourrir. Objection de Rava buvant avant Pessa'h : beaucoup entraîne l'appétit, un peu rassasie. Conclusion : le tableau des trois aliments Aliment Nourrit Rassasie Réjouit Pain oui oui non Vin oui oui oui Huile : nourrit sans rassasier. Alors pourquoi pas les trois bénédictions après le vin ? Les gens ne fondent pas leur repas sur le vin : l'usage commun, non la vertu de l'aliment, fixe la règle. Celui qui s'attable pourtant sur du vin : question laissée à Eliyahou ; pour l'heure son avis est annulé.
Les quatre tentatives d expliquer la bénédiction propre du vin, et le tableau final.
1
כָּאן לְאַחַר בְּרָכָה.

Ici, après la bénédiction.

📜 Rachi (1)
לְאַחַר בְּרָכָה הֲרֵי הִיא לִבְנֵי אָדָם:
Une fois la bénédiction dite, la terre est bien donnée aux fils de l'homme.
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן לְאַחַר בְּרָכָה וְכֵן בְּפָ' כָּל כִּתְבֵי (שַׁבָּת ד' קיט.) אָמְרִי' כְּשֶׁהָיוּ מַנִּיחִים הַשֻּׁולְחָן הָיוּ אוֹמְרִים לַה' הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ וּכְשֶׁהָיוּ מְסַלְּקִין הַשֻּׁולְחָן הָיוּ אוֹמְרִים הַשָּׁמַיִם שָׁמַיִם לַה' וְהָאָרֶץ נָתַן לִבְנֵי אָדָם:
De même, au chapitre Kol Kitvei (Chabbat 119a), il est dit que lorsqu'on apportait la table on disait : À Hachem la terre et ce qui la remplit ; et lorsqu'on la retirait on disait : Les cieux sont les cieux de Hachem, et la terre il l'a donnée aux fils de l'homme.
💡 Explication

Fin de la résolution ouverte au folio précédent. Deux versets des Tehilim semblaient se contredire : À Hachem la terre et ce qui la remplit et la terre il l'a donnée aux fils de l'homme. La Guemara les répartit sur deux moments : avant la bénédiction la terre reste au propriétaire, après la bénédiction elle passe à l'usage de l'homme.

Le Tossefot appuie cette lecture sur un usage rapporté à Chabbat 119a : les deux versets encadraient littéralement le repas, l'un à l'arrivée de la table, l'autre à son retrait.

2
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא: כָּל הַנֶּהֱנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה כְּאִילּוּ גּוֹזֵל לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גּוֹזֵל אָבִיו וְאִמּוֹ וְאֹומֵר אֵין פָּשַׁע חָבֵר הוּא לְאִישׁ מַשְׁחִית״. וְאֵין ״אָבִיו״ אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲלֹא הוּא אָבִיךְ קָּנֶךָ״, וְאֵין ״אִמּוֹ״ אֶלָּא כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׁמַע בְּנִי מוּסַר אָבִיךָ וְאַל תִּטֹּושׁ תּוֹרַת אִמֶּךָ״.

Rabbi Hanina bar Papa a dit : quiconque tire profit de ce monde sans bénédiction, c'est comme s'il volait le Saint béni soit il et l'assemblée d'Israël, ainsi qu'il est dit : Celui qui vole son père et sa mère et dit : il n'y a pas de faute, celui là est le compagnon d'un homme destructeur. Et son père désigne le Saint béni soit il, ainsi qu'il est dit : N'est il pas ton père, celui qui t a acquis ?

Et sa mère désigne l'assemblée d'Israël, ainsi qu'il est dit : Écoute, mon fils, la discipline de ton père, et n'abandonne pas l'enseignement de ta mère.

📜 Rachi (3)
גּוֹזֵל להקב"ה אֶת בִּרְכָתוֹ:
Il lui vole sa bénédiction.
וּכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל שֶׁכְּשֶׁחָטְאוּ הַפֵּירוֹת לוֹקִין:
Car lorsque Israël faute, les fruits sont frappés.
אֵין פֶּשַׁע וּלְפִי שֶׁהוּא מֵיקֵל רוֹאִים הָאֲחֵרִים וּלְמֵדִין מִמֶּנּוּ לַעֲשׂוֹת כֵּן לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם בְּלֹא בְּרָכָה וּלְכָךְ נִקְרָא זֶה הַמֵּיקֵל חָבֵר לְאִישׁ מַשְׁחִית:
Et parce qu'il se montre négligent, les autres le voient et apprennent de lui à agir de même, à tirer profit du monde sans bénédiction ; c'est pourquoi ce négligent est appelé compagnon d'un homme destructeur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַנֶּהֱנֶה מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה, כְּאִלּוּ גּוֹזֵל לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל. נִרְאֶה לִי לְעֵיל דְּאָמַר מָעַל וְנֶהֱנָה מִקָּדְשֵׁי שָׁמַיִם קָאֵי עַל הַמַּאֲכָל עַצְמוֹ שֶׁאֲכָלוֹ בְּלֹא בְּרָכָה, אַךְ כָּאן מְדַבֵּר עַל נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁהֵם בְּתוֹךְ הַמַּאֲכָל, דְּהוֹאִיל שֶׁלֹּא בֵּירֵךְ כְּדֵי לְתַקְּנָם וּלְהַעֲלוֹתָם גָּרַם שֶׁהַקְּלִיפָּה תִּגְזֹול אוֹתָם, וְלָכֵן לְעֵיל אָמַר 'מָעַל' וְלֹא אָמַר 'כְּאִלּוּ', וְכָאן אָמַר כְּאִלּוּ גּוֹזֵל, דְּבֶאֱמֶת הוּא לֹא לָקַח אֶת נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה כְּדֵי שֶׁיֹּאמַר גֶּזֶל, אֶלָּא גָּרַם שֶׁהַקְּלִיפָּה תִּגְזֹול וְלָכֵן קָרֵי עֲלֵיהּ כְּאִלּוּ גָּזַל הוּא בְּעַצְמוֹ, וְהוֹאִיל וְנִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה אֵלּוּ שַׁייָּכִים לקב"ה לָכֵן אָמַר כְּאִלּוּ גּוֹזֵל לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל, וְלָכֵן מְדַמֶּה זֶה לְיָרָבְעָם שֶׁהִשְׁחִית, כֵּן זֶה הִשְׁחִית אֶת נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁיִּהְיוּ עֲשׁוּקִים בַּקְּלִיפָּה.
Quiconque tire profit de ce monde sans bénédiction, c'est comme s'il volait le Saint béni soit il et l'assemblée d'Israël. Il me semble que l'enseignement précédent, où il est dit qu'il a commis une me ila et a tiré profit de ce qui est consacré au Ciel, porte sur l'aliment lui même, mangé sans bénédiction ; tandis qu'ici il est question des étincelles de sainteté, les nitsotsot, qui se trouvent à l'intérieur de l'aliment. Puisqu'il n'a pas béni afin de les réparer et de les élever, il a causé que la kelipa, l'écorce, s'en empare. Voilà pourquoi l'enseignement précédent dit il a commis une me ila, sans dire comme si, alors qu'ici il est dit comme s'il volait : en vérité il n'a pas pris lui même les étincelles de sainteté pour que l'on puisse parler de vol, il a seulement causé que la kelipa s'en empare, et l'on lit donc à son sujet comme s'il avait volé lui même. Et puisque ces étincelles de sainteté appartiennent au Saint béni soit il, il est dit comme s'il volait le Saint béni soit il et l'assemblée d'Israël. C'est aussi pour cela que le texte le compare à Yerovam qui a corrompu : celui ci de même a corrompu les étincelles de sainteté, qui restent retenues dans la kelipa.
💡 Explication

Le verset des Michlei parle d'un fils qui dépouille ses parents en niant la faute. Rabbi Hanina bar Papa identifie le père au Saint béni soit il et la mère à l'assemblée d'Israël, chacun par un verset. La bénédiction non dite devient alors un vol à deux victimes.

Rachi précise la double perte : le Saint béni soit il est privé de la bénédiction qui lui revient, et Israël subit le dommage puisque la faute frappe la récolte elle même. La suite du verset, compagnon d'un homme destructeur, ajoute la dimension d'entraînement : l'exemple donné fait fauter les autres.

3
מַאי ״חָבֵר הוּא לְאִישׁ מַשְׁחִית״? אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא: חָבֵר הוּא לְיָרָבְעָם בֶּן נְבָט שֶׁהִשְׁחִית אֶת יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם.

Que signifie : il est le compagnon d'un homme destructeur ? Rabbi Hanina bar Papa a dit : il est le compagnon de Yerovam ben Nevat, qui a corrompu Israël devant leur Père qui est aux cieux.

📜 Rachi (1)
לְיָרָבְעָם בֶּן נְבָט שֶׁחָטָא וְהֶחֱטִיא אֶת יִשְׂרָאֵל כָּךְ הוּא חוֹטֵא וּמַחֲטִיא:
Yerovam a fauté et a fait fauter Israël ; celui ci de même faute et fait fauter.
💡 Explication

Le rapprochement avec Yerovam mesure la gravité par l'effet d'entraînement. Le verbe employé, hichhit, corrompre, est celui qui décrit l'action de Yerovam sur le peuple. Celui qui mange sans bénir occupe la même position : sa négligence devient une norme pour ceux qui le voient.

4
רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא רָמֵי: כְּתִיב ״וְלָקַחְתִּי דְגָנִי בְּעִתּוֹ וְגוֹ׳״, וּכְתִיב ״וְאָסַפְתָּ דְּגָנְךָ וְגוֹ׳״.

Rabbi Hanina bar Papa a soulevé une contradiction : il est écrit : Je reprendrai mon blé en son temps, etc. ; et il est écrit : Tu récolteras ton blé, etc.

🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא רָמֵי, כְּתִיב: "וְלָקַחְתִּי דְּגָנֵי בְּעִתּוֹ". וּכְתִיב: "וְאָסַפְתָּ דְגָנֶךָ וְתִירֹשְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ", לָא קַשְׁיָא כָּאן בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם... נִרְאֶה לִי בס"ד הַהֶפְרֵשׁ כָּאן יוֹ"ד וְכָאן כָּ"ף, וּבִזְמַן שֶׁעוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם כְּתִיב בְּהוּ (יְשַׁעְיָהוּ מט, טז) הֵן עַל כַּפַּיִם חַקֹּתִיךְ, וְאָז אוֹתוֹ זְמַן יָבֹא אוֹת כָּ"ף וְיִהְיֶה בִּמְקוֹם יוֹ"ד, וְקָרֵינַן לֵיהּ דְּגָנְךָ.
Rabbi Hanina bar Papa a soulevé une contradiction : il est écrit je reprendrai mon blé en son temps, et il est écrit tu récolteras ton blé, ton vin nouveau et ton huile ; cela ne fait pas difficulté, ici au temps où Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la différence tient à une lettre : ici le youd, là le kaf. Au temps où ils accomplissent la volonté de l'Omniprésent, il est écrit à leur sujet (Isaie 49,16) : voici, je t ai gravé sur les paumes, kapayim ; alors, en ce temps là, la lettre kaf vient prendre la place du youd, et l'on lit deganekha, ton blé.
💡 Explication

La contradiction est portée par une seule lettre. Degani, mon blé, se termine par un youd chez Hochea ; deganekha, ton blé, se termine par un kaf chez Devarim. Le même blé change de propriétaire selon le verset.

5
לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם, כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם.

Cela ne fait pas difficulté : ici, au temps où Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent ; là, au temps où Israël n'accomplit pas la volonté de l'Omniprésent.

📜 Rachi (1)
בִּזְמַן שֶׁעוֹשִׂין רְצוֹנוֹ הַדָּגָן שֶׁלָּהֶם וּכְשֶׁאֵין עוֹשִׂים רְצוֹנוֹ נוֹטְלוֹ וּמַרְאֶה לָהֶם שֶׁהוּא שֶׁלּוֹ:
Le blé est le leur ; et lorsqu'ils n'accomplissent pas sa volonté, il le leur reprend et leur montre qu'il lui appartient.
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר וְאָסַפְתָּ דְּגָנְךָ וא"ת וְהָא לְקַמָּן בִּזְמַן שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם מוֹקְמִי' לֵיהּ. וְי"ל דְּמַיְירֵי וַדַּאי שֶׁעוֹשִׂין רְצוֹנוֹ אֲבָל אֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ כ"כ דְּאֵינָם צַדִּיקִים גְּמוּרִים וְעוֹד י"ל דִּפְלִיג לֵיהּ אַהָא דִּלְקַמָּן שֶׁבָּא לְפָרֵשׁ מַה בֵּין עוֹשִׂים וְאֵין עוֹשִׂין וְהָכָא בְּעוֹשִׂים וְאֵין עוֹשִׂים כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ:
Si tu objectes : plus loin, ce verset est établi au temps où Israël n'accomplit pas la volonté de l'Omniprésent ! On peut répondre qu'il s'agit assurément de gens qui accomplissent sa volonté, sans toutefois l'accomplir au point d'être des justes accomplis. On peut encore répondre que cette réponse ci est en désaccord avec celle qui suit : celle qui suit vient distinguer entre ceux qui accomplissent et ceux qui n'accomplissent pas, alors qu'ici les uns et les autres sont traités de la même manière.
💡 Explication

La réponse répartit les deux versets sur deux états du peuple. La possession de la récolte suit le mérite : lorsque la volonté divine est accomplie, la récolte est attribuée à Israël ; sinon, elle est reprise.

Le Tossefot signale une tension avec la suite du folio, où Rabbi Chimon ben Yohai emploie les mêmes deux états dans un sens différent. Il propose deux issues : soit une gradation de mérite, soit deux réponses concurrentes.

🖼️ Schéma
Mon blé ou ton blé : la même récolte, deux propriétaires Hochea : je reprendrai mon blé en son temps Devarim : tu récolteras ton blé Israël ne fait pas la volonté divine Hachem reprend le blé et montre qu'il lui appartient (Rachi). Ils travaillent eux mêmes, et pour autrui. Israël fait la volonté divine La récolte leur est attribuée : ton blé, avec la lettre kaf. Ben Yehoyada : gravés sur les paumes. Tossefot : ou bien les deux versets visent des degrés de mérite différents, ou bien cette réponse ci s'oppose à celle de Rabbi Chimon ben Yohai plus bas, qui sépare nettement les deux états.
Un seul blé, deux versets : la conduite d'Israël décide de qui le possède.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְאָסַפְתָּ דְּגָנְךָ״ מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? — לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יָמוּשׁ סֵפֶר הַתּוֹרָה הַזֶּה מִפִּיךָ״ — יָכוֹל דְּבָרִים כִּכְתָבָן, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְאָסַפְתָּ דְּגָנְךָ״ — הַנְהֵג בָּהֶן מִנְהַג דֶּרֶךְ אֶרֶץ, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

Nos maîtres ont enseigné : Tu récolteras ton blé — que vient enseigner ce verset ? Puisqu'il est dit : Ce livre de la Tora ne s'éloignera pas de ta bouche, on aurait pu penser que ces paroles doivent être prises à la lettre ; le verset enseigne donc : Tu récolteras ton blé — conduis toi avec elles selon l'usage du monde.

Telles sont les paroles de Rabbi Yichmael.

📜 Rachi (3)
דְּבָרִים כִּכְתָבָן שֶׁלֹּא יַעֲסֹוק בְּדֶרֶךְ אֶרֶץ:
Qu'il ne s'occupe d'aucun travail.
הַנְהֵג בָּהֶם עִם דִבְרֵי תוֹרָה:
Avec les paroles de Tora.
מִנְהַג דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁאִם תָּבֹא לִידֵי צֹורֶךְ הַבְּרִיּוֹת סוֹפְךָ לִיבָּטֵל מִדִּבְרֵי תּוֹרָה:
Car si tu en viens à dépendre des créatures, tu finiras par être détourné des paroles de Tora.
💡 Explication

La baraita lit tu récolteras ton blé comme une instruction et non comme une simple annonce. Sans ce verset, l'ordre donné à Yehochoua d'étudier jour et nuit aurait exclu toute autre occupation.

La formule hanheg bahen minhag derekh erets se traduit : mène les paroles de Tora selon l'usage du monde, c'est à dire en leur associant un métier. Rachi donne la raison de fond : la dépendance à l'égard des hommes finit par interrompre l'étude.

7
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי אוֹמֵר: אֶפְשָׁר אָדָם חוֹרֵשׁ בִּשְׁעַת חֲרִישָׁה, וְזוֹרֵעַ בִּשְׁעַת זְרִיעָה, וְקוֹצֵר בִּשְׁעַת קְצִירָה, וְדָשׁ בִּשְׁעַת דִּישָׁה, וְזוֹרֶה בִּשְׁעַת הָרוּחַ, תּוֹרָה מַה תְּהֵא עָלֶיהָ? אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם — מְלַאכְתָּן נַעֲשֵׂית עַל יְדֵי אֲחֵרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעָמְדוּ זָרִים וְרָעוּ צֹאנְכֶם וְגוֹ׳״, וּבִזְמַן שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם — מְלַאכְתָּן נַעֲשֵׂית עַל יְדֵי עַצְמָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָסַפְתָּ דְּגָנְךָ״. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁמְּלֶאכֶת אֲחֵרִים נַעֲשֵׂית עַל יָדָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעָבַדְתָּ אֶת אֹויְבֶךָ וְגוֹ׳״.

Rabbi Chimon ben Yohai dit : est il possible qu'un homme laboure au temps du labour, sème au temps des semailles, moissonne au temps de la moisson, batte au temps du battage et vanne au temps du vent — que deviendrait la Tora ? Plutôt : au temps où Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent, leur travail est fait par d'autres, ainsi qu'il est dit : Des étrangers se tiendront là et feront paître vos troupeaux, etc. ; et au temps où Israël n'accomplit pas la volonté de l'Omniprésent, leur travail est fait par eux mêmes, ainsi qu'il est dit : Tu récolteras ton blé.

Et plus encore : le travail d'autrui est fait par eux, ainsi qu'il est dit : Tu serviras ton ennemi, etc.

📜 Rachi (1)
אֶפְשָׁר בִּתְמִיהַּ אֶפְשָׁר כִּדְבָרֶיךָ:
Sur le mode interrogatif : est ce donc possible, selon tes paroles ?
💡 Explication

Rabbi Chimon ben Yohai énumère les cinq travaux agricoles qui se succèdent sans interruption sur l'année. Son argument tient au calendrier : chaque saison a sa tâche, il ne reste aucune période libre pour l'étude.

Il retourne alors le verset de Rabbi Yichmael. Tu récolteras ton blé décrit l'abaissement de celui qui doit travailler lui même, avec une gradation en trois degrés : d'autres travaillent pour lui, il travaille pour lui même, il travaille pour son ennemi.

8
אָמַר אַבַּיֵּי: הַרְבֵּה עָשׂוּ כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל, וְעָלְתָה בְּיָדָן. כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי, וְלֹא עָלְתָה בְּיָדָן.

Abaye a dit : beaucoup ont agi selon Rabbi Yichmael, et cela leur a réussi ; selon Rabbi Chimon ben Yohai, et cela ne leur a pas réussi.

💡 Explication

Abaye tranche par l'observation. La phrase porte sur la réussite dans l'étude : ceux qui ont associé un métier à la Tora ont conservé les deux, ceux qui ont voulu la seule Tora ont fini par la perdre aussi.

9
אֲמַר לְהוּ רָבָא לְרַבָּנַן: בְּמָטוּתָא מִינַּייְכוּ, בְּיוֹמֵי נִיסָן וּבְיוֹמֵי תִּשְׁרֵי לָא תִּתְחֲזוֹ קַמַּאי, כִּי הֵיכִי דְּלָא תִּטַּרְדוּ בִּמְזוֹנַיְיכוּ כֻּולָּא שַׁתָּא.

Rava dit aux maîtres : de grâce, aux jours de Nissan et aux jours de Tichri, ne paraissez pas devant moi, afin de n'être pas préoccupés de votre subsistance toute l'année.

📜 Rachi (2)
בְּיוֹמֵי נִיסָן יְמֵי הַקָּצִיר:
Les jours de la moisson.
בְּיוֹמֵי תִּשְׁרֵי דְּרִיכַת הַגִּתּוֹת וְהַבַּדִּים:
Le foulage des pressoirs à vin et des pressoirs à huile.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לְהוּ רָבָא לְרַבָּנַן: בְּמָטוּתָא מִינַיְכוּ, דְּלָא תַּיְתוֹ קַמָּאֵי, לָא בְּיוֹמֵי נִיסָן וְלָא בְּיוֹמֵי תִּשְׁרֵי. הָא דְּלָא אָמַר 'בְּחֹודֶשׁ נִיסָן וּבְחֹודֶשׁ תִּשְׁרֵי', נִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָאו עַל חֹודֶשׁ נִיסָן וְחֹודֶשׁ תִּשְׁרֵי מַמָּשׁ קָאָמַר, אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ עַל 'זְמַן הַקָּצִיר' וְעַל 'זְמַן חֲרִישָׁה וּזְרִיעָה', וְלִהְיוֹת הַקָּצִיר הוּא בְּחָדְשֵׁי הַקַּיִץ, וְנִיסָן הוּא רֹאשׁ חָדְשֵׁי הַקַּיִץ, לְכָךְ קוֹרֵא לִזְמַן הַקָּצִיר יוֹמֵי נִיסָן , וְכֵן לִהְיוֹת זְמַן הַחֲרִישָׁה וְהַזְּרִיעָה הוּא בַּחֹורֶף, וְחֹודֶשׁ תִּשְׁרֵי הוּא תְּחִלַּת חָדְשֵׁי הַחֹורֶף, קָרֵי לִזְמַן חֲרִישָׁה וּזְרִיעָה יוֹמֵי תִּשְׁרֵי , וְיָדוּעַ שֶׁהַבּוֹטְחִים בְּהַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בְּיוֹתֵר וְאֵין לָהֶם יְכֹולֶת לְהוֹצָאוֹת הַשְׁקָאַת מַיִם מִנְּהָרוֹת, הֵם זוֹרְעִים עַל מֵי הַמָּטָר לְבַדּוֹ שֶׁקּוֹרִין בִּלְשׁוֹן עַרְבִי דְּיָם, וְעַל כֵּן אֵלּוּ אֵין צְרִיכִין לַעֲסֹוק בִּמְלַאכְתָּם אֶלָּא רַק בִּזְמַן הַזְּרִיעָה בִּתְחִלַּת הַחֹורֶף וּבִזְמַן הַקָּצִיר בִּתְחִלַּת הַקַּיִץ.
Rava dit aux maîtres : de grâce, ne venez pas devant moi ni aux jours de Nissan ni aux jours de Tichri. S'il n'a pas dit au mois de Nissan et au mois de Tichri, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vise le temps de la moisson et le temps du labour et des semailles plutôt que les mois de Nissan et de Tichri eux mêmes. La moisson ayant lieu durant les mois d'été, et Nissan étant le premier des mois d'été, il appelle le temps de la moisson jours de Nissan. De même, le labour et les semailles ayant lieu en hiver, et le mois de Tichri étant le commencement des mois d'hiver, il appelle le temps du labour et des semailles jours de Tichri. Et il est connu que ceux qui se fient le plus à Hachem béni soit il, et qui n'ont pas les moyens d'assumer les dépenses d'irrigation depuis les fleuves, sèment en comptant sur la seule eau de pluie, ce que l'on appelle en langue arabe dim ; ceux là n'ont donc à s'occuper de leur travail qu'au temps des semailles, au début de l'hiver, et au temps de la moisson, au début de l'été.
💡 Explication

Rava applique la position de Rabbi Yichmael à l'organisation concrète de l'année. Il libère ses élèves durant les deux périodes agricoles décisives, la moisson au printemps et le pressurage à l'automne.

La raison donnée est pédagogique : le souci de la subsistance, s'il n'est pas traité au bon moment, occupe l'esprit pendant les dix autres mois. Deux mois de travail assuré achètent dix mois d'étude tranquille.

10
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִלְעַאי: בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּדוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים דּוֹרוֹת הָאַחֲרוֹנִים. דּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים עָשׂוּ תּוֹרָתָן קֶבַע וּמְלַאכְתָּן עֲרַאי, זוֹ וָזוֹ נִתְקַיְּימָה בְּיָדָן. דּוֹרוֹת הָאַחֲרוֹנִים שֶׁעָשׂוּ מְלַאכְתָּן קֶבַע וְתוֹרָתָן עֲרַאי, זוֹ וָזוֹ לֹא נִתְקַיְּימָה בְּיָדָן.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Ilai : viens et vois que les dernières générations ne ressemblent pas aux premières. Les premières générations faisaient de leur Tora leur occupation fixe et de leur travail leur occupation occasionnelle : l'une et l'autre se sont maintenues entre leurs mains.

Les dernières générations, qui ont fait de leur travail leur occupation fixe et de leur Tora leur occupation occasionnelle : ni l'une ni l'autre ne s'est maintenue entre leurs mains.

🪔 Ben Yehoyada (2)
בֹּא וּרְאֵה מַה בֵּין דּוֹרוֹת רִאשׁוֹנִים לְדוֹרוֹת אַחֲרוֹנִים. הָא דְּנָקֵיט בְּלָשׁוֹן זֶה 'בֹּא וּרְאֵה', מִפְּנֵי שֶׁגַּם בְּדוֹרוֹ נִמְצָא אֲנָשִׁים אֲשֶׁר מִתְנַהֲגִים כְּמוֹ דּוֹרוֹת רִאשׁוֹנִים , כִּי לֹא אַלְמָן יִשְׂרָאֵל אֶלָּא שֶׁהֵם מוּעָטִים, וְלָכֵן אָמַר לוֹ 'בֹּא וּרְאֵה' עַתָּה בִּשְׁאֵרִית הַפְּלֵיטָה שֶׁהֵם מִתְנַהֲגִים כְּמוֹ דּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים, וְתִמְצָא כַּמָּה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ בֵּין מִנְהַג דּוֹרוֹת רִאשׁוֹנִים וּבֵין מִנְהַג הָאַחֲרוֹנִים.
Viens et vois quelle différence il y a entre les premières générations et les dernières. S'il emploie cette expression, viens et vois, c'est parce que de son temps aussi il se trouvait des hommes qui se conduisaient comme les premières générations, car Israël n'est pas veuf ; seulement ils sont peu nombreux. Il lui dit donc : viens et vois maintenant, dans le reste qui subsiste, ceux qui se conduisent comme les premières générations, et tu trouveras combien il y a de différence entre la conduite des premières générations et celle des dernières.
דּוֹרוֹת רִאשׁוֹנִים שֶׁעָשׂוּ תּוֹרָתָן קֶבַע וּמְלַאכְתָּן עֲרַאי, זֶה וְזֶה נִתְקַיֵּם בְּיָדָם. נִרְאֶה לִי בס"ד קְבִיעוּת הַתּוֹרָה בְּכָל יוֹם בְּשָׁעוֹת יְדוּעוֹת שֶׁלֹּא יְבַטְּלֶנּוּ אֲפִילּוּ אִם נִזְדַּמֵּן לוֹ עֵסֶק גָּדוֹל וְהֶכְרֵחִי, הִנֵּה זֶה מוֹעִיל לְאָדָם בָּתַרְתִּי, ה א ' אֲפִילּוּ אִם הוּא קוֹבֵעַ לַתּוֹרָה שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁעוֹת דַּוְקָא, וּשְׁאָר הַיּוֹם עוֹסֵק בִּמְלָאכָה נֶחְשָׁב לוֹ כְּאִלּוּ כָּל הַיּוֹם עָסַק בַּתּוֹרָה, דְּקַייְמָא לָן כָּל הַקָּבוּעַ כְּמֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה דָּמֵי, וְתוֹעֶלֶת ה בְּ ' כֵּיוָן שֶׁאִם נִזְדַּמֵּן לוֹ עֵסֶק הֶכְרֵחִי בְּשָׁעוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם קְבוּעִים לַתּוֹרָה, וְהוּא מַנִּיחַ הָעֵסֶק וְאֵינוֹ מְבַטֵּל לִימּוּד הַתּוֹרָה. נִמְצָא הוּא מַאֲמִין שֶׁכָּל עֲסָקָיו נַעֲשִׂים בְּהַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ וְהוּא הַמַּזְמִין לוֹ פַּרְנָסָתוֹ בִּמְלָאכָה וְעֵסֶק שֶׁעוֹסֵק, לְכָךְ לֹא אִכְפַּת לוֹ אִם עָבַר זְמַן הָעֵסֶק וְלֹא עָסַק בּוֹ, כִּי בְּוַדַּאי הקב"ה יַזְמִין לוֹ פַּרְנָסָתוֹ מִדָּבָר אַחֵר, אַף עַל פִּי שֶׁהוּא רוֹאֶה בְּחוּשׁ שֶׁעַל יְדֵי שֶׁבִּיטֵּל וְלֹא עָשָׂה אוֹתוֹ הָעֵסֶק הָלַךְ מִיָּדוֹ רִיוַּח שֶׁהָיָה רָאוּי לְהַרְוִיחַ בְּאוֹתוֹ עֵסֶק, וְלָכֵן לְאָדָם כָּזֶה שֶׁהוּא מַאֲמִין בֶּאֱמֶת בְּכָךְ יִהְיֶה לוֹ הַצְלָחָה בַּעֲסָקָיו מֵאוֹתוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְיַרְוִיחַ מִשְּׁאָר עֲסָקִים מַה שֶׁהָיָה לוֹ לְהַרְוִיחַ מֵאוֹתוֹ עֵסֶק שֶׁהִשְׁלִיךְ מִיָּדוֹ שֶׁמְּלַאכְתּוֹ וַעֲסָקָיו מִתְבָּרְכִין, וְלָזֶה אָמַר עָשׂוּ תּוֹרָתָן קֶבַע שֶׁלֹּא שִׁינּוּ וְלֹא בִּיטְּלוּ תּוֹרָתָן בַּזְּמַן הַקָּבוּעַ, אֲפִילּוּ שֶׁנִּזְדַּמֵּן לָהֶם אוֹתָהּ שָׁעָה עֵסֶק הֶכְרֵחִי עַל יְדֵי כֵּן זֶה וְזֶה נִתְקַיְּמָה בְּיָדָם , כִּי לִמּוּד הַתּוֹרָה נֶחְשָׁב כְּשִׁיעוּר גָּדוֹל, כְּאִלּוּ לָמַד כָּל הַיּוֹם כַּדִּין הַקָּבוּעַ, וְהַמְּלָאכָה שֶׁהוּא עֵסֶק הַגַּשְׁמִי גַּם כֵּן נִתְקַיֵּים בְּיָדָם, שֶׁמְּלַאכְתָּם מִתְבָּרֵךְ שֶׁיַּרְוִיחוּ בָּהּ רִיוַּח טוֹב כְּאִלּוּ עָשׂוּ הָעֵסֶק הַהוּא שֶׁנִּזְדַּמֵּן לְיָדָם וְלֹא עָסְקוּ בּוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת שֶׁבָּהֶם כְּלוּלָה כָּל הַתּוֹרָה הֵם קע"ב [172] תֵּיבוֹת, לִרְמֹוז שֶׁצָּרִיךְ לַעֲשׂוֹת הַתּוֹרָה קֶבַע וְטוֹב לוֹ.
Les premières générations, qui faisaient de leur Tora leur occupation fixe et de leur travail leur occupation occasionnelle, l'une et l'autre se sont maintenues entre leurs mains. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que fixer la Tora chaque jour à des heures déterminées, sans les annuler même si une affaire importante et pressante se présente, profite à l'homme de deux manières. La première : même s'il ne fixe que deux ou trois heures pour la Tora et s'occupe de son travail le reste du jour, cela lui est compté comme s'il s'était occupé de Tora tout le jour, car nous tenons pour règle que tout ce qui est fixe compte pour la moitié. La seconde : puisque, si une affaire pressante se présente durant ces heures fixées pour la Tora, il laisse l'affaire et n'annule pas son étude, il montre par là qu'il croit que toutes ses affaires se font par la providence de Hachem béni soit il, et que c'est lui qui lui prépare sa subsistance dans le métier et l'affaire dont il s'occupe. Il ne lui importe donc pas que le moment de l'affaire soit passé sans qu'il s'en soit occupé, car assurément le Saint béni soit il lui préparera sa subsistance par un autre biais, même s'il voit de ses yeux qu'en renonçant à cette affaire un gain qu'il aurait dû faire lui a échappé. Aussi, un tel homme, qui croit véritablement cela, aura la réussite dans ses affaires de la part de Hachem béni soit il, et il gagnera par d'autres affaires ce qu'il aurait gagné par celle qu'il a laissée de sa main, car son travail et ses affaires sont bénis. C'est pourquoi il est dit : ils faisaient de leur Tora leur occupation fixe, sans changer ni annuler leur étude au temps fixé, même si une affaire pressante se présentait à eux à cette heure là ; par ce moyen, l'une et l'autre se sont maintenues entre leurs mains, car l'étude de la Tora est comptée comme une grande mesure, comme s'il avait étudié tout le jour, selon la règle du fixe ; et le travail, qui est l'affaire matérielle, s'est lui aussi maintenu entre leurs mains, car leur travail est béni et ils y gagnent un bon gain, comme s'ils avaient fait l'affaire qui s'était présentée à eux et dont ils ne se sont pas occupés. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela que les dix paroles, dans lesquelles toute la Tora est comprise, comptent cent soixante douze mots, pour faire allusion au fait qu'il faut faire de la Tora une occupation fixe, keva, dont la valeur numérique est cent soixante douze, et il en sera bien pour lui.
💡 Explication

Le critère posé ici ne porte pas sur le nombre d'heures mais sur le rang accordé à chaque occupation. Kéva désigne ce qui est fixe et prioritaire, arai ce qui est occasionnel et cède le pas.

La conclusion est mesurée : celui qui place la Tora en premier garde les deux ; celui qui inverse l'ordre perd les deux. Le Ben Yehoyada explique le mécanisme par la confiance : renoncer à une affaire pour l'heure d'étude fixée est un acte de foi qui attire la bénédiction sur le reste du travail.

11
וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִלְעַאי: בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּדוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים דּוֹרוֹת הָאַחֲרוֹנִים. דּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ מַכְנִיסִין פֵּירוֹתֵיהֶן דֶּרֶךְ טְרַקְסְמוֹן כְּדֵי לְחַייְּבָן בְּמַעֲשֵׂר, דּוֹרוֹת הָאַחֲרוֹנִים מַכְנִיסִין פֵּירוֹתֵיהֶן דֶּרֶךְ גַּגּוֹת, דֶּרֶךְ חֲצֵרוֹת, דֶּרֶךְ קַרְפֵּיפוֹת, כְּדֵי לְפָטְרָן מִן הַמַּעֲשֵׂר. דְּאָמַר רַבִּי יַנַּאי: אֵין הַטֶּבֶל מִתְחַיֵּיב בְּמַעֲשֵׂר עַד שֶׁיִּרְאֶה פְּנֵי הַבַּיִת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּעַרְתִּי הַקֹּדֶשׁ מִן הַבַּיִת״.

Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Ilai : viens et vois que les dernières générations ne ressemblent pas aux premières. Les premières générations faisaient entrer leurs fruits par la porte principale, afin de les rendre soumis à la dîme ; les dernières générations font entrer leurs fruits par les toits, par les cours, par les enclos, afin de les exempter de la dîme.

Car Rabbi Yannai a dit : le tevel n'est soumis à la dîme qu'après avoir vu la face de la maison, ainsi qu'il est dit : J'ai fait disparaître de la maison ce qui est consacré.

📜 Rachi (3)
דֶּרֶךְ טְרַקְסְמוֹן דֶּרֶךְ שַׁעֲרֵי הֶחָצֵר וְהַבַּיִת:
Par les portes de la cour et de la maison.
אֵין הַטֶּבֶל מִתְחַיֵּיב בְּמַעֲשֵׂר מִן הַתּוֹרָה אֲבָל אֲכִילַת קֶבַע אָסוּר לֶאֱכֹול מִדְּרַבָּנָן:
De par la Tora ; mais il est interdit par ordonnance rabbinique d'en faire un repas fixe.
פְּנֵי הַבַּיִת פֶּתַח כְּנִיסָה וִיצִיאָה:
L'ouverture par laquelle on entre et l'on sort.
🗂️ Tossefot (1)
דֶּרֶךְ טְרַקְסְמוֹן פירש"י הַיְינוּ דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל מִדְּרַבָּנָן גַּם חָצֵר קוֹבַעַת כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶ' יוֹצֵא דֹּופֶן (נִדָּה ד' מז:) אֵיזֶהוּ חָצֵר שֶׁחַייָּב בְּמַעֲשֵׂר וְכוּ' וְכֵן מוּכָח בְּפֶ' הַמֵּבִיא (בֵּיצָה ד' לה.):
Rachi a expliqué qu'il s'agit de l'obligation de la Tora ; mais par ordonnance rabbinique la cour aussi fixe l'obligation, comme cela ressort du chapitre Yotse Dofen (Nidda 47b) : quelle est la cour qui rend soumis à la dîme, etc. Cela ressort de même du chapitre HaMevi (Betsa 35a).
💡 Explication

Le tevel, produit dont la dîme n'a pas été prélevée, ne devient réellement obligatoire qu'au moment où il entre dans la maison par la porte principale, le traksémon. Tant que ce seuil n'est pas franchi, l'obligation de la Tora ne se déclenche pas.

La différence entre les générations tient à l'intention : les premières organisaient le trajet pour entrer dans l'obligation, les dernières pour y échapper. Le Tossefot rappelle que le détour reste inefficace au plan rabbinique, où la cour suffit déjà.

🖼️ Schéma
Par où la récolte entre dans la maison, et ce que cela déclenche Récolte achevée (tevel) Premières générations Entrée par le traksémon, la porte principale de la cour et de la maison. La récolte voit la face de la maison : obligation de dîme assumée. Dernières générations Entrée par les toits, les cours, les enclos. La face de la maison est évitée : exemption recherchée. Ce qui fixe l'obligation Rabbi Yannai : la maison seule, d'après j'ai fait disparaître de la maison ce qui est consacré. Rabbi Yo'hanan : la cour aussi, d'après ils mangeront dans tes portes et seront rassasiés. Tossefot : la cour oblige au moins mi-derabanan.
Le trajet de la récolte décide de son statut : porte principale ou détour par les toits.
12
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ חָצֵר קוֹבַעַת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַאֲכָלוֹ בִּשְׁעָרֶיךָ וְשָׂבְעוּ״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : même la cour fixe l'obligation, ainsi qu'il est dit : Ils mangeront dans tes portes et seront rassasiés.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan élargit le seuil déclencheur : la cour suffit, sans qu'il faille entrer dans la maison. Son verset est tiré du même passage du vidouy maasser, où les portes désignent l'enceinte plutôt que le bâtiment.

13
חוּץ מִן הַיַּיִן וְכוּ׳: מַאי שְׁנָא יַיִן? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דְּאִשְׁתַּנִּי לְעִלּוּיָא אִשְׁתַּנִּי לִבְרָכָה, וַהֲרֵי שֶׁמֶן, דְּאִשְׁתַּנִּי לְעִלּוּיָא וְלָא אִשְׁתַּנִּי לִבְרָכָה, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, וְכֵן אָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁמֶן זַיִת מְבָרְכִין עָלָיו ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״.

À l'exception du vin, etc. En quoi le vin est il différent ?

Si l'on dit : parce qu'il a changé en mieux, sa bénédiction a changé — voici l'huile, qui a changé en mieux et dont la bénédiction n'a pourtant pas changé ; car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel, et de même Rabbi Yits hak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : sur l'huile d'olive on récite borei péri ha ets.

💡 Explication

Retour à la michna, qui excepte le vin de la bénédiction générale des fruits de l'arbre. La Guemara cherche le critère de cette exception.

Première hypothèse : ichtani le iluya, le fruit a changé en mieux, donc la bénédiction change. Elle tombe aussitôt, car l'huile d'olive subit la même amélioration et conserve pourtant borei péri ha ets.

14
אָמְרִי: הָתָם מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר. הֵיכִי נְבָרֵיךְ? נְבָרֵיךְ ״בּוֹרֵא פְּרִי הַזַּיִת״ — פֵּירָא גּוּפֵיהּ ״זַיִת״ אִקְרֵי.

Ils ont dit : là bas, parce que la chose est impossible. Comment bénirions nous ?

Si nous disons borei péri hazayit, le fruit lui même est appelé zayit.

📜 Rachi (1)
זַיִת אִקְרֵי וַהֲוָה לֵיהּ בּוֹרֵא פְּרִי הַפְּרִי שֶׁהַפְּרִי קָרוּי זַיִת וְאֵין זוֹ בְּרִיאַת שָׁמַיִם כִּי בִּידֵי אָדָם הִיא בְּרִיאָה זוֹ אֲבָל גַּבֵּי גֶּפֶן הַגֶּפֶן הִיא הָעֵץ וְהָעֲנָבִים הֵם פְּרִי הַגֶּפֶן:
Ce serait alors créature du fruit du fruit, puisque le fruit lui même est appelé olive ; et cette huile provient d'une fabrication humaine plutôt que d'une création du Ciel. Au sujet de la vigne en revanche, la vigne est l'arbre et les raisins sont le fruit de la vigne.
💡 Explication

Deuxième hypothèse : l'huile garde la bénédiction générale faute de formule adaptée. Dire borei péri hazayit reviendrait à nommer fruit ce qui est déjà le nom du fruit, l'olive.

Rachi dégage le contraste avec la vigne : la guefen est l'arbre et le raisin son fruit, de sorte que borei péri hagafen décrit exactement ce qui a été créé. Pour l'olivier, le mot zayit désigne à la fois l'arbre et le fruit.

15
וּנְבָרֵיךְ עָלֶיהָ ״בּוֹרֵא פְּרִי עֵץ זַיִת״? אֶלָּא אָמַר מָר זוּטְרָא: חַמְרָא — זַיִין, מִשְׁחָא — לָא זַיִין.

Et si nous bénissions sur elle borei péri ets zayit ? Plutôt, Mar Zoutra a dit : le vin nourrit, l'huile ne nourrit pas.

📜 Rachi (1)
חַמְרָא זַיִין לְהָכִי חֲשִׁיב לִקְבֹּועַ לוֹ בְּרָכָה לְעַצְמוֹ:
C'est pourquoi il est assez important pour qu'on lui fixe une bénédiction propre.
💡 Explication

La deuxième hypothèse tombe à son tour : la formule borei péri ets zayit, fruit de l'olivier, aurait levé la difficulté de vocabulaire.

Mar Zoutra déplace alors le critère vers la valeur alimentaire. Le vin mérite une bénédiction propre parce qu'il nourrit, zan, ce que l'huile ne ferait pas.

16
וּמִשְׁחָא לָא זַייִן? וְהָתְנַן הַנּוֹדֵר מִן הַמָּזוֹן — מֻותָּר בְּמַיִם וּבְמֶלַח. וְהָוֵינַן בָּהּ: מַיִם וּמֶלַח הוּא דְּלָא אִקְּרִי ״מָזוֹן״, הָא כָּל מִילֵּי אִקְּרִי ״מָזוֹן״.

Et l'huile ne nourrit pas ? Mais nous avons appris : celui qui fait vœu de s'abstenir de nourriture a le droit de prendre de l'eau et du sel.

Et nous avons discuté là dessus : l'eau et le sel seuls ne sont pas appelés nourriture, mais toute autre chose est appelée nourriture.

💡 Explication

Objection tirée du droit des vœux. Celui qui interdit sur lui le mazon garde seulement l'eau et le sel ; par déduction, tout le reste, huile comprise, entre dans la catégorie de la nourriture.

17
נֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל, דְּאָמְרִי אֵין מְבָרְכִין ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״ אֶלָּא בַּחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין בִּלְבַד. וְאָמַר רַב הוּנָא: בְּאוֹמֵר ״כָּל הַזָּן עָלַי״.

Disons donc que ce serait une réfutation de Rav et de Chmouel, qui ont dit : on ne récite borei minei mezonot que sur les cinq espèces seulement. Et Rav Houna a dit : il s'agit de celui qui dit : tout ce qui nourrit m est interdit.

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַב הוּנָא הָא דְּקָתָנֵי מֻותָּר בְּמַיִם וּבְמֶלַח וְאָסוּר בִּשְׁאָר אוֹכְלִין וּמַשְׁקִין לָאו בְּאוֹמֵר קוֹנָם מָזוֹן עָלַי דְּאֵין מָזוֹן אֶלָּא מַה' מִינֵי דָּגָן חִטִּין וּשְׂעוֹרִין וְכֻוסְּמִין וְשִׁבֹּולֶת שׁוּעָל וְשִׁיפוֹן אֶלָּא בְּאוֹמֵר כָּל הַזָּן עָלַי קוֹנָם וְכָל מִילֵּי נְהִי דְּלָא אַקְּרוּ מָזוֹן מִיהוּ מֵיזָן זָייְנִי בַּר מִמַּיִם וּמֶלַח אַלְמָא מִשְׁחָא זָיֵין:
Ce qui est enseigné, qu'il a le droit de prendre de l'eau et du sel et qu'il lui est interdit de prendre les autres aliments et boissons, porte non pas sur celui qui dit : que la nourriture me soit konam — car il n'y a de mazon que les cinq espèces de céréales, blé, orge, épeautre, avoine et seigle — mais sur celui qui dit : que tout ce qui me nourrit me soit konam. Toutes les choses, bien qu'elles ne soient pas appelées mazon, nourrissent pourtant, hormis l'eau et le sel ; il en ressort donc que l'huile nourrit.
💡 Explication

La déduction précédente menaçait la position de Rav et Chmouel, pour qui seules les cinq espèces de céréales sont du mazon. Rav Houna sauve les deux enseignements en précisant la formule du vœu.

Le vœu portait sur kol hazan alai, tout ce qui nourrit, formule plus large que le mot mazon. La michna des vœux ne définit donc pas le terme technique, mais elle établit bien que l'huile nourrit.

18
אַלְמָא מִשְׁחָא זַייִן! אֶלָּא, חַמְרָא סָעִיד, וּמִשְׁחָא לָא סָעִיד. וְחַמְרָא מִי סָעִיד? וְהָא רָבָא הֲוָה שָׁתֵי חַמְרָא כָּל מַעֲלֵי יוֹמָא דְּפִסְחָא כִּי הֵיכִי דְּנִגְרְרֵיהּ לְלִבֵּיהּ וְנֵיכוֹל מַצָּה טְפֵי? טוּבָא — גָּרִיר, פֻּורְתָּא — סָעִיד.

Il en ressort donc que l'huile nourrit ! Plutôt : le vin rassasie, et l'huile ne rassasie pas.

Et le vin rassasie t il ? Mais Rava buvait du vin toute la veille de Pessa'h afin d'entraîner son cœur et de manger davantage de matsa !

Beaucoup entraîne, un peu rassasie.

📜 Rachi (1)
סָעִיד חֲשִׁיב טְפֵי מִמָּזוֹן:
Terme plus fort que celui de nourriture.
🗂️ Tossefot (1)
טוּבָא גָּרִיר מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁאָסוּר לִשְׁתּוֹת יַיִן בְּעֶרֶב פֶּסַח מִן הַמְנַח' וּלְמַעְלָה וְאִם רוֹצֶה לְשָׁתוּ' צָרִיךְ לִשְׁתּוֹת הַרְבֵּה דְּטוּבָא מִגְּרִיר גָּרִיר:
Il ressort d'ici qu'il est interdit de boire du vin la veille de Pessa'h à partir de l'heure de minha ; et si l'on veut en boire, il faut en boire beaucoup, car en grande quantité le vin entraîne l'appétit.
💡 Explication

Le critère se déplace une troisième fois : de zan, nourrir, vers sa eid, soutenir et rassasier. Rachi note que le second terme est plus fort que le premier.

L'objection tirée de la pratique de Rava semble prouver le contraire, puisque le vin y sert à ouvrir l'appétit. La réponse distingue par la quantité : une grande quantité entraîne, une petite rassasie.

19
וּמִי סָעִיד כְּלָל?! וְהָכְתִיב: ״וְיַיִן יְשַׂמַּח לְבַב אֱנוֹשׁ וְלֶחֶם לְבַב אֱנוֹשׁ יִסְעָד וְגוֹ׳״ — נַהֲמָא הוּא דְּסָעֵיד חַמְרָא לָא סָעֵיד! אֶלָּא, חַמְרָא אִית בֵּיהּ תַּרְתֵּי: סָעִיד וּמְשַׂמֵּחַ. נַהְמָא מִסְעָד סָעִיד, שִׂמּוּחֵי לֹא מְשַׂמֵּחַ.

Et rassasie t il seulement ? Mais il est écrit : Le vin réjouit le cœur de l'homme, et le pain soutient le cœur de l'homme, etc. — le pain soutient, le vin ne soutient pas !

Plutôt : le vin comporte les deux, il rassasie et il réjouit ; le pain rassasie sans réjouir.

📜 Rachi (1)
וְהָכְתִיב וְיַיִן יְשַׂמַּח לְבַב אֱנוֹשׁ וְסֵיפָא דִּקְרָא וְלֶחֶם לְבַב אֱנוֹשׁ יִסְעָד מַשְׁמַע אֲבָל יַיִן אֵינוֹ אֶלָּא מְשַׂמֵּחַ וּמְשַׁנֵּי לָאו כִּדְקָאָמְרַתְּ אֶלָּא לֶחֶם יִסְעַד וְלֹא יִשְׂמַח אֲבָל יַיִן סוֹעֵד וּמְשַׂמֵּחַ:
La fin du verset dit : et le pain soutient le cœur de l'homme, ce qui indique que le vin ne fait que réjouir. La Guemara répond : il n'en va pas comme tu l'as dit ; le pain soutient sans réjouir, tandis que le vin soutient et réjouit.
⚖️ Rosh (1)
לַחְתֹּום אֵינוֹ רַשַּׁאי שֶׁלֹּא לַחְתֹּום. פְּשִׁיטָא הֵיכָא דִּנְקַט כָּסָא דְחַמְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר שִׁיכְרָא הוּא וּפָתַח אַדַּעְתָּא דְּשִׁיכְרָא וְסַייֵּם בִּדְחַמְרָא יָצָא דא"נ סִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא יָצָא דִּתְנַן וְעַל כֻּולָּם אִם אָמַר שנ"ב יָצָא. אֶלָּא נָקֵט כָּסָא דְּשִׁיכְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר דְּחַמְרָא הוּא וּבָרֵיךְ אַדַּעְתָּא דְחַמְרָא וְסַיֵּים בְּשִׁיכְרָא מַאי בָּתַר פְּתִיחָה אָזְלִינַן אוֹ בָּתַר חֲתִימָה אָזְלִינַן. זוֹ הִיא גִּירְסַת רַשִׁ"י וּפִי' פָּתַח בִּדְשִׁיכְרָא וְסִייֵּם בִּדְחַמְרָא תְּחִלַּת הַבְּרָכָה אוֹמֵר ע"מ שנ"ב וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ למ"ה נִזְכַּר שֶׁהוּא יַיִן וְאָמַר בפה"ג פְּשִׁיטָא לָן דְּיָצָא דְּהָא אֲפִילּוּ סִיֵּים כָּל הַבְּרָכָה כְּדַעַת פְּתִיחָתָהּ וְאוֹמֵר שנ"ב יָצָא עַל הַיַּיִן דִּתְנַן וְכוּ'. וְאֶלָּא הָא דְּקָמִיבַּעְיָא לָן פָּתַח אַדַּעְתָּא דְּחַמְרָא כְּדֵי לְסַייֵּם בפה"ג וּכְשֶׁהִגִּיעַ למ"ה נִזְכַּר שֶׁהוּא שֵׁכָר וְסִיֵּים שנ"ב מַהוּ בָּתַר עִיקַּר בְּרָכָה אָזְלִינַן וְעִיקַּר הַבְּרָכָה אַדַּעְתָּא דְּיַיִן נֶאֱמַר וְהָוֵי כְּמוֹ שֶׁסִּייֵּם בְּיַיִן וְאֵין בִּרְכַּת הַיַּיִן מוֹצִיאָה יְדֵי בִּרְכַּת שֵׁכָר. תָּא שְׁמַע דְּתַנְיָא שַׁחֲרִית פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר וְסִיֵּים בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים לֹא יָצָא. כְּלוֹמַר אַדַּעְתָּא דְּלֵימָא יוֹצֵר אוֹר וְטָעָה וְסִיֵּים אֲשֶׁר בִּדְבָרוֹ מַעֲרִיב עֲרָבִים לֹא יָצָא פָּתַח בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים וְסִיֵּים בְּיוֹצֵר אוֹר יָצָא וְכוּ'. וְהִקְשָׁה הָרָאָבָ"ד זַ"ל עַל גִּירְסָא זוֹ וְעַל פֵּירוּשׁ זֶה שֶׁלֹּא מָצִינוּ בְּשׁוּם מָקוֹם שֶׁתְּהֵא הַבְּרָכָה נִפְסֶדֶת בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן כַּוָּונָה. אַפֵּי' בְּלֹא שׁוּם כַּווָּנַת הַבְּרָכָה עוֹלָה לוֹ כ"ש שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין לְשׁוּם בְּרָכָה בָּעוֹלָם. וְנִרְאֶה דְּלָאו קֻושְׁיָא הִיא דִּטְפֵי עָדִיף בְּלֹא כַּוָּונָה מִמַּה שֶׁעוֹקֵר הַכַּווָּנָה לִבְרָכָה אַחֶרֶת מִיהוּ קַשְׁיָא לְפֵירוּשׁוֹ דְּהָא תְּנַן בַּבָּרַייְתָא פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר וְסִייֵּם בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים דְּלָא מַשְׁמַע אַדַּעְתָּא דְּיוֹצֵר אוֹר אֶלָּא שֶׁאָמַר יוֹצֵר אוֹר דֻּומְיָא דְּסִיֵּים בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים. הִילְכָּךְ נִרְאֶה כְּגִירְסַת רַב אִלְפָּס זַ"ל פְּשִׁיטָא הֵיכָא דְּנָקֵיט כָּסָא דְּחַמְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר דְּשִׁיכְרָא הוּא פָּתַח וּבֵירַךְ בִּדְשִׁיכְרָא וְסִייֵּם בִּדְחַמְרָא יָצָא דְּאַפֵּי' סִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא יָצָא דִּתְנַן וְעַל כֻּולָּם אִם אָמַר שנ"ב יָצָא. אֶלָּא הֵיכָא דְּנָקֵיט כָּסָא דְּשִׁיכְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר דְּחַמְרָא הוּא פְּתַח בִּדְחַמְרָא וְסִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא מַאי. בָּתַר פְּתִיחָה אָזְלִינַן אוֹ בָּתַר חֲתִימָה אָזְלִינַן. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא וּלְקֻולָּא עָבְדִינַן וְלָא מְהַדְּרִינַן לֵיהּ. וְזוֹ פֵּירוּשָׁהּ פָּתַח וּבֵירַךְ בִּדְשִׁיכְרָא שֶׁאָמַר שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ וְנִיכָּר ס"א וְנִזְכַּר שֶׁהָיָה יַיִן וְאָמַר גַּם בפה"ג וְכָךְ הָיְתָה אֲמִירָתוֹ בא"י אמ"ה שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ בפה"ג יָצָא דְּאַפֵּי' סִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא שֶׁאָמַר שנ"ב וְלֹא אָמַר בפה"ג יָצָא דִּתְנַן וְעַל כֻּולָּם וְכוּ'. אֶלָּא הֵיכָא דְּנָקֵיט כָּסָא דְּשִׁיכְרָא בִּידֵיהּ וְסָבַר דְּחַמְרָא הוּא פָּתַח בִּדְחַמְרָא וְאָמַר בפה"ג וְסִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא שֶׁאָמַר גַּם שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ מַאי בָּתַר פְּתִיחָה אָזְלִינַן וְלָא הָוֵי בְּרָכָה אוֹ בָּתַר חֲתִימָה אָזְלִינַן וְהָוֵי בְּרָכָה. וְכֵיוָן דְּלָא אִיפְּשִׁיטָא אָזְלִינַן לְקֻולָּא וְלָא מְהַדְּרִינַן לֵיהּ. תַּנְיָא בְּשַׁחֲרִית פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר וְסִיּוּם בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים לֹא יָצָא. פִּי' בא"י אמ"ה יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ אֲשֶׁר בִּדְבָרוֹ מַעֲרִיב עֲרָבִים וְגַם מְסַיֵּים בָּרוּךְ אַתָּה ה' אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַמַּעֲרִיב עֲרָבִים. פָּתַח בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים וְסִיֵּים בְּיוֹצֵר אוֹר יָצָא בְּעַרְבִית פָּתַח בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים וְסִיֵּים בְּיוֹצֵר אוֹר לֹא יָצָא. פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר וְסִייֵּם בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים יָצָא. כְּלָלוֹ שֶׁל דָּבָר הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַחִיתּוּם: וְהֵיכָא דְּאָכַל תַּמְרֵי וְסָבַר דְּנַהְמָא אָכַל פָּתַח וּבֵירַךְ בִּדְנַהֲמָא וְסַייֵּם בִּדְתַמְרֵי יָצָא. דְּאִי נָמֵי סִייֵּם בִּדְנַהְמָא יָצָא מַאי טַעְמָא תַּמְרֵי נָמֵי מֵיזָן זָייְנִי אִי נָמֵי סִייֵּם בִּדְנַהְמָא כְּלוֹמַר שֶׁבִּמְקוֹם בִּרְכַּת עַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ אָמַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן יָצָא דְּתַמְרֵי נָמֵי מֵיזָן זָייְנִי לְפִיכָךְ יוֹצֵא בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן עַל הַתְּמָרִים מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּשְׁאָר שִׁבְעַת ס"א חֲמֵשֶׁת הַמִּינִים וּמָצָאתִי כָּתוּב בְּנִימּוּקֵי תַּלְמִידֵי ה"ר יוֹנָה זַ"ל שֶׁאָמְרוּ בְּשֵׁם רַבָּנֵי צָרְפַת זַ"ל שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים שֶׁגַּם אִם שָׁתָה יַיִן וּכְסָבוּר שֶׁאָכַל לֶחֶם וּבֵירַךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בִּמְקוֹם עַל הַגֶּפֶן וְעַל פְּרִי הַגֶּפֶן יָצָא וְהֵבִיא רְאָיָה מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לה:) דְּחַמְרָא סָעִיד וּמְשַׂמֵּחַ וְהָוֵינַן בָּהּ א"ה נְבָרֵךְ עֲלֵיהּ שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת וּמְשַׁנֵּי דְּלָא קָבָעֵי אִינָשֵׁי עִילָּוֵיהּ. אַלְמָא מַשְׁמַע דְּמִן הַדִּין הָיָה לְבָרֵךְ עָלֶיהָ לְכַתְּחִלָּה שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת כְּמוֹ עַל הַפַּת אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא קָבָעֵי עִילָּוֵיהּ. וּמִדְּחָזֵינַן שֶׁהִקְשׁוּ גַּבֵּי יַיִן שֶׁנְּבָרֵךְ עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת וְלֹא הִקְשׁוּ כֵּן בִּתְמָרִים מַשְׁמַע דְּיוֹתֵר פָּשׁוּט הוּא דְּיַיִן מֵיזָן זָייֵן מִן הַתְּמָרִים וּכְמוֹ שֶׁפּוֹטֶרֶת בִּתְמָרִים בְּדִיעֲבַד הָכִי נָמֵי פּוֹטֶרֶת גַּבֵּי יַיִן בְּדִיעֲבַד. שֶׁהֲרֵי אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה רָאוּי שֶׁיְּבָרֵךְ עָלָיו זֶה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא קָבָעֵי עִילָּוֵיהּ. עוֹד אָמְרוּ בְּשֵׁם רַבָּנֵי צָרְפַת שָׁאפֵי' לֹא אָמַר אֶלָּא בִּרְכַּת הַזָּן בִּלְבַד בֵּין עַל הַיַּיִן בֵּין עַל הַתְּמָרִים יָצָא ואע"פ שֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא מֵעֵין הַזָּן בִּלְבַד וּבְבִרְכַּת עַל הָעֵץ יֵשׁ בָּהּ מֵעֵין שָׁלֹשׁ אֲפִי' הָכִי יָצָא כֵּיוָן דְּמִטַּעַם שֶׁהֵן מָזוֹן אָנוּ אוֹמְרִים שֶׁיָּצָא אֲפִילּוּ לֹא אָמַר אֶלָּא בִּרְכַּת הַזָּן בִּלְבַד יָצָא וְכֵן נִרְאֶה דְּדַוְקָא אִם סִייֵּם הַבְּרָכָה בא"י אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַזָּן אֶת הַכֹּל. דְּאִי אֶפְשָׁר לְבָרֵךְ אַחֲרָיו אֶלָּא בְּרָכָה אַחַת. אֲבָל אִם אָמַר כָּל נֹוסַח הַבְּרָכָה עַד בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַזָּן וְלֹא חָתַם יַתְחִיל וְעַל שֶׁהִנְחַלְתָּ לַאֲבוֹתֵינוּ אֶרֶץ חֶמְדָּה טוֹבָה וּרְחָבָה וִיסַיֵּים בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ. דְּמַה שֶׁאָמַר נֹוסַח בִּרְכַּת הַזָּן הוּא בִּמְקוֹם עַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ:
Pour conclure la bénédiction, il n'est pas autorisé à ne pas conclure. Il va de soi que lorsqu'un homme tient en main une coupe de vin en croyant qu'il s'agit de bière, qu'il commence la bénédiction avec l'intention de la bière et la termine par celle du vin, il est quitte ; car même s'il l'avait terminée par celle de la bière il serait quitte, puisque nous avons appris dans la michna : sur toutes ces choses, s'il a dit chehakol nihya bidvaro, il est quitte. La question porte donc sur celui qui tient en main une coupe de bière en croyant qu'il s'agit de vin : il a béni avec l'intention du vin et a terminé par celle de la bière. Que décide t on ? Suit on l'ouverture de la bénédiction ou sa clôture ? Telle est la version de Rachi, et voici son explication : il a commencé par la bière et terminé par le vin, c'est à dire qu'au début de la bénédiction il dit chehakol nihya bidvaro, puis, arrivé à melekh ha olam, il se souvient qu'il s'agit de vin et dit borei péri hagafen ; il est évident pour nous qu'il est quitte, puisque même s'il avait achevé toute la bénédiction selon l'intention de son ouverture, en disant chehakol nihya bidvaro, il serait quitte pour le vin, comme l'enseigne la michna. La question porte donc sur le cas inverse : il a commencé avec l'intention du vin, afin de conclure par borei péri hagafen, et lorsqu'il est arrivé à melekh ha olam il s'est souvenu qu'il s'agissait de bière et a conclu par chehakol nihya bidvaro. Que décide t on ? Suit on le fond de la bénédiction, et le fond de la bénédiction a été dit avec l'intention du vin, de sorte que ce serait comme s'il avait conclu par le vin, et la bénédiction du vin ne libère pas de celle de la bière ? Viens et écoute, car il a été enseigné : le matin, s'il a commencé par yotser or et a conclu par maariv aravim, il n'est pas quitte — c'est à dire qu'il avait l'intention de dire yotser or, qu'il s'est trompé et a conclu par acher bidvaro maariv aravim : il n'est pas quitte ; s'il a commencé par maariv aravim et conclu par yotser or, il est quitte, etc. Le Raavad, de mémoire bénie, a objecté à cette version et à cette explication : nous ne trouvons nulle part qu'une bénédiction soit invalidée faute d'intention. Même sans aucune intention la bénédiction lui compte, à plus forte raison lorsqu'il a l'intention d'une bénédiction quelconque. Il apparaît que l'objection ne tient pas, car il vaut encore mieux bénir sans intention que d'orienter son intention vers une autre bénédiction. Une difficulté demeure pourtant contre cette explication : la baraita enseigne il a commencé par yotser or et a conclu par maariv aravim, ce qui indique qu'il a effectivement dit yotser or plutôt qu'il en a eu seulement l'intention, à l'image de il a conclu par maariv aravim. Il vaut donc mieux suivre la version de Rav Alfassi, de mémoire bénie : il va de soi que lorsqu'il tient en main une coupe de vin en croyant qu'il s'agit de bière, qu'il a commencé et béni par la formule de la bière et a conclu par celle du vin, il est quitte, car même s'il avait conclu par celle de la bière il serait quitte, puisque la michna enseigne : sur toutes ces choses, s'il a dit chehakol nihya bidvaro, il est quitte. La question porte sur celui qui tient en main une coupe de bière en croyant qu'il s'agit de vin, qui a commencé par la formule du vin et a conclu par celle de la bière : que décide t on ? Suit on l'ouverture ou la clôture ? La question reste sans réponse ; on agit donc dans le sens de l'indulgence et on ne le fait pas recommencer. Et voici l'explication de ce passage : il a commencé et béni par la formule de la bière, en disant chehakol nihya bidvaro, puis il s'est souvenu qu'il s'agissait de vin et a dit aussi borei péri hagafen ; sa formule a donc été : Baroukh ata Hachem Elokenou melekh ha olam chehakol nihya bidvaro borei péri hagafen. Il est quitte, car même s'il avait conclu par la formule de la bière, en disant chehakol nihya bidvaro sans dire borei péri hagafen, il serait quitte, puisque la michna enseigne : sur toutes ces choses, etc. La question porte sur celui qui tient en main une coupe de bière en croyant qu'il s'agit de vin, qui a commencé par la formule du vin en disant borei péri hagafen et a conclu par celle de la bière en disant aussi chehakol nihya bidvaro : que décide t on ? Suit on l'ouverture, et il n'y a pas là de bénédiction, ou suit on la clôture, et il y a là une bénédiction ? Puisque la question reste sans réponse, on va dans le sens de l'indulgence et on ne le fait pas recommencer. Il a été enseigné au sujet du matin : s'il a commencé par yotser or et a conclu par maariv aravim, il n'est pas quitte. Explication : Baroukh ata Hachem Elokenou melekh ha olam yotser or ouvorei hochekh acher bidvaro maariv aravim, et il conclut aussi par Baroukh ata Hachem Elokenou melekh ha olam hamaariv aravim. S'il a commencé par maariv aravim et conclu par yotser or, il est quitte. Le soir : s'il a commencé par maariv aravim et conclu par yotser or, il n'est pas quitte ; s'il a commencé par yotser or et conclu par maariv aravim, il est quitte. La règle générale : tout suit la clôture. Et lorsqu'il a mangé des dattes en croyant manger du pain, qu'il a commencé et béni par la formule du pain et conclu par celle des dattes, il est quitte ; car même s'il avait conclu par celle du pain il serait quitte. Pour quelle raison ? Les dattes aussi nourrissent. Autrement dit, même s'il a conclu par la formule du pain — c'est à dire qu'au lieu de la bénédiction al ha ets ve al péri ha ets il a dit le birkat hamazon — il est quitte, car les dattes aussi nourrissent. C'est pourquoi l'on s'acquitte par le birkat hamazon sur les dattes, ce qui n'est pas le cas pour les autres espèces parmi les cinq. J'ai trouvé écrit dans les notes des élèves de Rabbenou Yona, de mémoire bénie, qu'ils rapportent au nom des maîtres de France, de mémoire bénie, qui disaient que même s'il a bu du vin en croyant avoir mangé du pain et qu'il a récité le birkat hamazon à la place de al hagefen ve al péri hagefen, il est quitte. Ils en apportent la preuve de ce qui est dit plus loin au chapitre Keitsad Mevarekhin (Berakhot 35b), que le vin rassasie et réjouit ; et nous avons demandé : s'il en est ainsi, récitons sur lui les trois bénédictions ! et il a été répondu que les gens ne fondent pas leur repas sur lui. Il en ressort donc qu'en stricte logique il aurait fallu réciter sur lui les trois bénédictions d'emblée, comme sur le pain, et que seul l'usage l'en empêche. Et puisque nous voyons que la question des trois bénédictions a été posée à propos du vin et non à propos des dattes, il apparaît qu'il est encore plus évident que le vin nourrit que ce ne l'est pour les dattes ; de même que le birkat hamazon libère après coup pour les dattes, il libère de même après coup pour le vin, puisque d'emblée il aurait été juste de le réciter sur lui, et que seul l'usage l'en empêche. Ils ont dit encore, au nom des maîtres de France, que même s'il n'a récité que la seule bénédiction hazan, tant sur le vin que sur les dattes, il est quitte ; et bien qu'elle ne contienne que la teneur de hazan seule, alors que la bénédiction al ha ets contient la teneur des trois, il est malgré tout quitte, puisque c'est en raison de leur caractère nourrissant que nous disons qu'il est quitte. Et il apparaît que cela vaut précisément lorsqu'il a conclu la bénédiction par Baroukh ata Hachem Elokenou melekh ha olam hazan et hakol, car il est alors impossible d'en réciter une autre après elle. Mais s'il a dit tout le texte de la bénédiction jusqu'à Baroukh ata Hachem sans avoir conclu, qu'il enchaîne par ve al chehinhalta la avotenou erets hemda tova ourhava et qu'il conclue par la bénédiction de la teneur des trois ; car ce qu'il a dit du texte de la bénédiction hazan tient lieu de al ha ets ve al péri ha ets.
💡 Explication

Le verset des Tehilim répartit les rôles : le vin réjouit, le pain soutient. Lu strictement, il retire au vin la propriété de rassasier que l'on venait de lui attribuer.

La conclusion inverse la lecture : le verset attribue au vin sa qualité propre, la joie, sans lui retirer celle du pain. Le vin cumule donc sa eid et mesaméah, tandis que le pain se limite au premier.

🖼️ Schéma
Zan, sa eid, mesaméah : les trois propriétés et ce qu'elles décident zan = nourrit sa eid = soutient et rassasie mesaméah = réjouit Huile d'olive nourrit ne rassasie pas ne réjouit pas borei péri ha ets Vin nourrit rassasie réjouit borei péri hagafen Pain nourrit rassasie ne réjouit pas hamotsi et birkat hamazon Le vin possède les trois propriétés, davantage que le pain ; il devrait donc recevoir les trois bénédictions. Ce qui l'en empêche : les gens ne fondent pas leur repas sur lui. L'usage commun tranche à la place de la vertu.
Les trois propriétés, et pourquoi le vin les possède toutes sans recevoir le birkat hamazon.
20
אִי הָכִי נְבָרֵיךְ עֲלֵיהּ שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת! לָא קָבְעִי אִינָשֵׁי סְעוֹדְתַּיְיהוּ עִלָּוֵיהּ.

S'il en est ainsi, récitons sur lui les trois bénédictions ! Les gens ne fondent pas leur repas sur lui.

📜 Rachi (1)
אִי הָכִי דְּזָייֵן וְסָעִיד מָזוֹן הוּא וּלְבָרֵיךְ עָלֶיהָ שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת לְאַחֲרָיו וַאֲנַן אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפִרְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לז.) כָּל שֶׁהוּא מִשִּׁבְעַת הַמִּינִין וְלֹא מִין דָּגָן חֲכָמִים אוֹמְרִים בְּרָכָה אַחַת:
Puisqu'il nourrit et rassasie, il est nourriture, et l'on devrait réciter sur lui les trois bénédictions après coup ; alors que nous disons plus loin dans notre chapitre (Berakhot 37a) que sur tout ce qui appartient aux sept espèces sans être une espèce de céréale, les Sages disent : une seule bénédiction.
⚖️ Rosh (1)
לַחְתֹּום אֵינוֹ רַשַּׁאי שֶׁלֹּא לַחְתֹּום. פְּשִׁיטָא הֵיכָא דִּנְקַט כָּסָא דְחַמְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר שִׁיכְרָא הוּא וּפָתַח אַדַּעְתָּא דְּשִׁיכְרָא וְסַייֵּם בִּדְחַמְרָא יָצָא דא"נ סִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא יָצָא דִּתְנַן וְעַל כֻּולָּם אִם אָמַר שנ"ב יָצָא. אֶלָּא נָקֵט כָּסָא דְּשִׁיכְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר דְּחַמְרָא הוּא וּבָרֵיךְ אַדַּעְתָּא דְחַמְרָא וְסַיֵּים בְּשִׁיכְרָא מַאי בָּתַר פְּתִיחָה אָזְלִינַן אוֹ בָּתַר חֲתִימָה אָזְלִינַן. זוֹ הִיא גִּירְסַת רַשִׁ"י וּפִי' פָּתַח בִּדְשִׁיכְרָא וְסִייֵּם בִּדְחַמְרָא תְּחִלַּת הַבְּרָכָה אוֹמֵר ע"מ שנ"ב וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ למ"ה נִזְכַּר שֶׁהוּא יַיִן וְאָמַר בפה"ג פְּשִׁיטָא לָן דְּיָצָא דְּהָא אֲפִילּוּ סִיֵּים כָּל הַבְּרָכָה כְּדַעַת פְּתִיחָתָהּ וְאוֹמֵר שנ"ב יָצָא עַל הַיַּיִן דִּתְנַן וְכוּ'. וְאֶלָּא הָא דְּקָמִיבַּעְיָא לָן פָּתַח אַדַּעְתָּא דְּחַמְרָא כְּדֵי לְסַייֵּם בפה"ג וּכְשֶׁהִגִּיעַ למ"ה נִזְכַּר שֶׁהוּא שֵׁכָר וְסִיֵּים שנ"ב מַהוּ בָּתַר עִיקַּר בְּרָכָה אָזְלִינַן וְעִיקַּר הַבְּרָכָה אַדַּעְתָּא דְּיַיִן נֶאֱמַר וְהָוֵי כְּמוֹ שֶׁסִּייֵּם בְּיַיִן וְאֵין בִּרְכַּת הַיַּיִן מוֹצִיאָה יְדֵי בִּרְכַּת שֵׁכָר. תָּא שְׁמַע דְּתַנְיָא שַׁחֲרִית פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר וְסִיֵּים בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים לֹא יָצָא. כְּלוֹמַר אַדַּעְתָּא דְּלֵימָא יוֹצֵר אוֹר וְטָעָה וְסִיֵּים אֲשֶׁר בִּדְבָרוֹ מַעֲרִיב עֲרָבִים לֹא יָצָא פָּתַח בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים וְסִיֵּים בְּיוֹצֵר אוֹר יָצָא וְכוּ'. וְהִקְשָׁה הָרָאָבָ"ד זַ"ל עַל גִּירְסָא זוֹ וְעַל פֵּירוּשׁ זֶה שֶׁלֹּא מָצִינוּ בְּשׁוּם מָקוֹם שֶׁתְּהֵא הַבְּרָכָה נִפְסֶדֶת בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן כַּוָּונָה. אַפֵּי' בְּלֹא שׁוּם כַּווָּנַת הַבְּרָכָה עוֹלָה לוֹ כ"ש שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין לְשׁוּם בְּרָכָה בָּעוֹלָם. וְנִרְאֶה דְּלָאו קֻושְׁיָא הִיא דִּטְפֵי עָדִיף בְּלֹא כַּוָּונָה מִמַּה שֶׁעוֹקֵר הַכַּווָּנָה לִבְרָכָה אַחֶרֶת מִיהוּ קַשְׁיָא לְפֵירוּשׁוֹ דְּהָא תְּנַן בַּבָּרַייְתָא פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר וְסִייֵּם בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים דְּלָא מַשְׁמַע אַדַּעְתָּא דְּיוֹצֵר אוֹר אֶלָּא שֶׁאָמַר יוֹצֵר אוֹר דֻּומְיָא דְּסִיֵּים בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים. הִילְכָּךְ נִרְאֶה כְּגִירְסַת רַב אִלְפָּס זַ"ל פְּשִׁיטָא הֵיכָא דְּנָקֵיט כָּסָא דְּחַמְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר דְּשִׁיכְרָא הוּא פָּתַח וּבֵירַךְ בִּדְשִׁיכְרָא וְסִייֵּם בִּדְחַמְרָא יָצָא דְּאַפֵּי' סִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא יָצָא דִּתְנַן וְעַל כֻּולָּם אִם אָמַר שנ"ב יָצָא. אֶלָּא הֵיכָא דְּנָקֵיט כָּסָא דְּשִׁיכְרָא בִּידֵיהּ וְקָסָבַר דְּחַמְרָא הוּא פְּתַח בִּדְחַמְרָא וְסִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא מַאי. בָּתַר פְּתִיחָה אָזְלִינַן אוֹ בָּתַר חֲתִימָה אָזְלִינַן. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא וּלְקֻולָּא עָבְדִינַן וְלָא מְהַדְּרִינַן לֵיהּ. וְזוֹ פֵּירוּשָׁהּ פָּתַח וּבֵירַךְ בִּדְשִׁיכְרָא שֶׁאָמַר שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ וְנִיכָּר ס"א וְנִזְכַּר שֶׁהָיָה יַיִן וְאָמַר גַּם בפה"ג וְכָךְ הָיְתָה אֲמִירָתוֹ בא"י אמ"ה שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ בפה"ג יָצָא דְּאַפֵּי' סִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא שֶׁאָמַר שנ"ב וְלֹא אָמַר בפה"ג יָצָא דִּתְנַן וְעַל כֻּולָּם וְכוּ'. אֶלָּא הֵיכָא דְּנָקֵיט כָּסָא דְּשִׁיכְרָא בִּידֵיהּ וְסָבַר דְּחַמְרָא הוּא פָּתַח בִּדְחַמְרָא וְאָמַר בפה"ג וְסִיֵּים בִּדְשִׁיכְרָא שֶׁאָמַר גַּם שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ מַאי בָּתַר פְּתִיחָה אָזְלִינַן וְלָא הָוֵי בְּרָכָה אוֹ בָּתַר חֲתִימָה אָזְלִינַן וְהָוֵי בְּרָכָה. וְכֵיוָן דְּלָא אִיפְּשִׁיטָא אָזְלִינַן לְקֻולָּא וְלָא מְהַדְּרִינַן לֵיהּ. תַּנְיָא בְּשַׁחֲרִית פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר וְסִיּוּם בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים לֹא יָצָא. פִּי' בא"י אמ"ה יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ אֲשֶׁר בִּדְבָרוֹ מַעֲרִיב עֲרָבִים וְגַם מְסַיֵּים בָּרוּךְ אַתָּה ה' אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַמַּעֲרִיב עֲרָבִים. פָּתַח בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים וְסִיֵּים בְּיוֹצֵר אוֹר יָצָא בְּעַרְבִית פָּתַח בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים וְסִיֵּים בְּיוֹצֵר אוֹר לֹא יָצָא. פָּתַח בְּיוֹצֵר אוֹר וְסִייֵּם בְּמַעֲרִיב עֲרָבִים יָצָא. כְּלָלוֹ שֶׁל דָּבָר הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַחִיתּוּם: וְהֵיכָא דְּאָכַל תַּמְרֵי וְסָבַר דְּנַהְמָא אָכַל פָּתַח וּבֵירַךְ בִּדְנַהֲמָא וְסַייֵּם בִּדְתַמְרֵי יָצָא. דְּאִי נָמֵי סִייֵּם בִּדְנַהְמָא יָצָא מַאי טַעְמָא תַּמְרֵי נָמֵי מֵיזָן זָייְנִי אִי נָמֵי סִייֵּם בִּדְנַהְמָא כְּלוֹמַר שֶׁבִּמְקוֹם בִּרְכַּת עַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ אָמַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן יָצָא דְּתַמְרֵי נָמֵי מֵיזָן זָייְנִי לְפִיכָךְ יוֹצֵא בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן עַל הַתְּמָרִים מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּשְׁאָר שִׁבְעַת ס"א חֲמֵשֶׁת הַמִּינִים וּמָצָאתִי כָּתוּב בְּנִימּוּקֵי תַּלְמִידֵי ה"ר יוֹנָה זַ"ל שֶׁאָמְרוּ בְּשֵׁם רַבָּנֵי צָרְפַת זַ"ל שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים שֶׁגַּם אִם שָׁתָה יַיִן וּכְסָבוּר שֶׁאָכַל לֶחֶם וּבֵירַךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בִּמְקוֹם עַל הַגֶּפֶן וְעַל פְּרִי הַגֶּפֶן יָצָא וְהֵבִיא רְאָיָה מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לה:) דְּחַמְרָא סָעִיד וּמְשַׂמֵּחַ וְהָוֵינַן בָּהּ א"ה נְבָרֵךְ עֲלֵיהּ שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת וּמְשַׁנֵּי דְּלָא קָבָעֵי אִינָשֵׁי עִילָּוֵיהּ. אַלְמָא מַשְׁמַע דְּמִן הַדִּין הָיָה לְבָרֵךְ עָלֶיהָ לְכַתְּחִלָּה שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת כְּמוֹ עַל הַפַּת אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא קָבָעֵי עִילָּוֵיהּ. וּמִדְּחָזֵינַן שֶׁהִקְשׁוּ גַּבֵּי יַיִן שֶׁנְּבָרֵךְ עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת וְלֹא הִקְשׁוּ כֵּן בִּתְמָרִים מַשְׁמַע דְּיוֹתֵר פָּשׁוּט הוּא דְּיַיִן מֵיזָן זָייֵן מִן הַתְּמָרִים וּכְמוֹ שֶׁפּוֹטֶרֶת בִּתְמָרִים בְּדִיעֲבַד הָכִי נָמֵי פּוֹטֶרֶת גַּבֵּי יַיִן בְּדִיעֲבַד. שֶׁהֲרֵי אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה רָאוּי שֶׁיְּבָרֵךְ עָלָיו זֶה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא קָבָעֵי עִילָּוֵיהּ. עוֹד אָמְרוּ בְּשֵׁם רַבָּנֵי צָרְפַת שָׁאפֵי' לֹא אָמַר אֶלָּא בִּרְכַּת הַזָּן בִּלְבַד בֵּין עַל הַיַּיִן בֵּין עַל הַתְּמָרִים יָצָא ואע"פ שֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא מֵעֵין הַזָּן בִּלְבַד וּבְבִרְכַּת עַל הָעֵץ יֵשׁ בָּהּ מֵעֵין שָׁלֹשׁ אֲפִי' הָכִי יָצָא כֵּיוָן דְּמִטַּעַם שֶׁהֵן מָזוֹן אָנוּ אוֹמְרִים שֶׁיָּצָא אֲפִילּוּ לֹא אָמַר אֶלָּא בִּרְכַּת הַזָּן בִּלְבַד יָצָא וְכֵן נִרְאֶה דְּדַוְקָא אִם סִייֵּם הַבְּרָכָה בא"י אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַזָּן אֶת הַכֹּל. דְּאִי אֶפְשָׁר לְבָרֵךְ אַחֲרָיו אֶלָּא בְּרָכָה אַחַת. אֲבָל אִם אָמַר כָּל נֹוסַח הַבְּרָכָה עַד בָּרוּךְ אַתָּה ה' הַזָּן וְלֹא חָתַם יַתְחִיל וְעַל שֶׁהִנְחַלְתָּ לַאֲבוֹתֵינוּ אֶרֶץ חֶמְדָּה טוֹבָה וּרְחָבָה וִיסַיֵּים בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ. דְּמַה שֶׁאָמַר נֹוסַח בִּרְכַּת הַזָּן הוּא בִּמְקוֹם עַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ:
Pour conclure la bénédiction, il n'est pas autorisé à ne pas conclure. Il va de soi que lorsqu'un homme tient en main une coupe de vin en croyant qu'il s'agit de bière, qu'il commence la bénédiction avec l'intention de la bière et la termine par celle du vin, il est quitte ; car même s'il l'avait terminée par celle de la bière il serait quitte, puisque nous avons appris dans la michna : sur toutes ces choses, s'il a dit chehakol nihya bidvaro, il est quitte. La question porte donc sur celui qui tient en main une coupe de bière en croyant qu'il s'agit de vin : il a béni avec l'intention du vin et a terminé par celle de la bière. Que décide t on ? Suit on l'ouverture de la bénédiction ou sa clôture ? Telle est la version de Rachi, et voici son explication : il a commencé par la bière et terminé par le vin, c'est à dire qu'au début de la bénédiction il dit chehakol nihya bidvaro, puis, arrivé à melekh ha olam, il se souvient qu'il s'agit de vin et dit borei péri hagafen ; il est évident pour nous qu'il est quitte, puisque même s'il avait achevé toute la bénédiction selon l'intention de son ouverture, en disant chehakol nihya bidvaro, il serait quitte pour le vin, comme l'enseigne la michna. La question porte donc sur le cas inverse : il a commencé avec l'intention du vin, afin de conclure par borei péri hagafen, et lorsqu'il est arrivé à melekh ha olam il s'est souvenu qu'il s'agissait de bière et a conclu par chehakol nihya bidvaro. Que décide t on ? Suit on le fond de la bénédiction, et le fond de la bénédiction a été dit avec l'intention du vin, de sorte que ce serait comme s'il avait conclu par le vin, et la bénédiction du vin ne libère pas de celle de la bière ? Viens et écoute, car il a été enseigné : le matin, s'il a commencé par yotser or et a conclu par maariv aravim, il n'est pas quitte — c'est à dire qu'il avait l'intention de dire yotser or, qu'il s'est trompé et a conclu par acher bidvaro maariv aravim : il n'est pas quitte ; s'il a commencé par maariv aravim et conclu par yotser or, il est quitte, etc. Le Raavad, de mémoire bénie, a objecté à cette version et à cette explication : nous ne trouvons nulle part qu'une bénédiction soit invalidée faute d'intention. Même sans aucune intention la bénédiction lui compte, à plus forte raison lorsqu'il a l'intention d'une bénédiction quelconque. Il apparaît que l'objection ne tient pas, car il vaut encore mieux bénir sans intention que d'orienter son intention vers une autre bénédiction. Une difficulté demeure pourtant contre cette explication : la baraita enseigne il a commencé par yotser or et a conclu par maariv aravim, ce qui indique qu'il a effectivement dit yotser or plutôt qu'il en a eu seulement l'intention, à l'image de il a conclu par maariv aravim. Il vaut donc mieux suivre la version de Rav Alfassi, de mémoire bénie : il va de soi que lorsqu'il tient en main une coupe de vin en croyant qu'il s'agit de bière, qu'il a commencé et béni par la formule de la bière et a conclu par celle du vin, il est quitte, car même s'il avait conclu par celle de la bière il serait quitte, puisque la michna enseigne : sur toutes ces choses, s'il a dit chehakol nihya bidvaro, il est quitte. La question porte sur celui qui tient en main une coupe de bière en croyant qu'il s'agit de vin, qui a commencé par la formule du vin et a conclu par celle de la bière : que décide t on ? Suit on l'ouverture ou la clôture ? La question reste sans réponse ; on agit donc dans le sens de l'indulgence et on ne le fait pas recommencer. Et voici l'explication de ce passage : il a commencé et béni par la formule de la bière, en disant chehakol nihya bidvaro, puis il s'est souvenu qu'il s'agissait de vin et a dit aussi borei péri hagafen ; sa formule a donc été : Baroukh ata Hachem Elokenou melekh ha olam chehakol nihya bidvaro borei péri hagafen. Il est quitte, car même s'il avait conclu par la formule de la bière, en disant chehakol nihya bidvaro sans dire borei péri hagafen, il serait quitte, puisque la michna enseigne : sur toutes ces choses, etc. La question porte sur celui qui tient en main une coupe de bière en croyant qu'il s'agit de vin, qui a commencé par la formule du vin en disant borei péri hagafen et a conclu par celle de la bière en disant aussi chehakol nihya bidvaro : que décide t on ? Suit on l'ouverture, et il n'y a pas là de bénédiction, ou suit on la clôture, et il y a là une bénédiction ? Puisque la question reste sans réponse, on va dans le sens de l'indulgence et on ne le fait pas recommencer. Il a été enseigné au sujet du matin : s'il a commencé par yotser or et a conclu par maariv aravim, il n'est pas quitte. Explication : Baroukh ata Hachem Elokenou melekh ha olam yotser or ouvorei hochekh acher bidvaro maariv aravim, et il conclut aussi par Baroukh ata Hachem Elokenou melekh ha olam hamaariv aravim. S'il a commencé par maariv aravim et conclu par yotser or, il est quitte. Le soir : s'il a commencé par maariv aravim et conclu par yotser or, il n'est pas quitte ; s'il a commencé par yotser or et conclu par maariv aravim, il est quitte. La règle générale : tout suit la clôture. Et lorsqu'il a mangé des dattes en croyant manger du pain, qu'il a commencé et béni par la formule du pain et conclu par celle des dattes, il est quitte ; car même s'il avait conclu par celle du pain il serait quitte. Pour quelle raison ? Les dattes aussi nourrissent. Autrement dit, même s'il a conclu par la formule du pain — c'est à dire qu'au lieu de la bénédiction al ha ets ve al péri ha ets il a dit le birkat hamazon — il est quitte, car les dattes aussi nourrissent. C'est pourquoi l'on s'acquitte par le birkat hamazon sur les dattes, ce qui n'est pas le cas pour les autres espèces parmi les cinq. J'ai trouvé écrit dans les notes des élèves de Rabbenou Yona, de mémoire bénie, qu'ils rapportent au nom des maîtres de France, de mémoire bénie, qui disaient que même s'il a bu du vin en croyant avoir mangé du pain et qu'il a récité le birkat hamazon à la place de al hagefen ve al péri hagefen, il est quitte. Ils en apportent la preuve de ce qui est dit plus loin au chapitre Keitsad Mevarekhin (Berakhot 35b), que le vin rassasie et réjouit ; et nous avons demandé : s'il en est ainsi, récitons sur lui les trois bénédictions ! et il a été répondu que les gens ne fondent pas leur repas sur lui. Il en ressort donc qu'en stricte logique il aurait fallu réciter sur lui les trois bénédictions d'emblée, comme sur le pain, et que seul l'usage l'en empêche. Et puisque nous voyons que la question des trois bénédictions a été posée à propos du vin et non à propos des dattes, il apparaît qu'il est encore plus évident que le vin nourrit que ce ne l'est pour les dattes ; de même que le birkat hamazon libère après coup pour les dattes, il libère de même après coup pour le vin, puisque d'emblée il aurait été juste de le réciter sur lui, et que seul l'usage l'en empêche. Ils ont dit encore, au nom des maîtres de France, que même s'il n'a récité que la seule bénédiction hazan, tant sur le vin que sur les dattes, il est quitte ; et bien qu'elle ne contienne que la teneur de hazan seule, alors que la bénédiction al ha ets contient la teneur des trois, il est malgré tout quitte, puisque c'est en raison de leur caractère nourrissant que nous disons qu'il est quitte. Et il apparaît que cela vaut précisément lorsqu'il a conclu la bénédiction par Baroukh ata Hachem Elokenou melekh ha olam hazan et hakol, car il est alors impossible d'en réciter une autre après elle. Mais s'il a dit tout le texte de la bénédiction jusqu'à Baroukh ata Hachem sans avoir conclu, qu'il enchaîne par ve al chehinhalta la avotenou erets hemda tova ourhava et qu'il conclue par la bénédiction de la teneur des trois ; car ce qu'il a dit du texte de la bénédiction hazan tient lieu de al ha ets ve al péri ha ets.
💡 Explication

Si le vin rassasie autant que le pain, la logique voudrait qu'il entraîne le birkat hamazon complet après avoir été bu. La réponse tient à l'usage : personne ne fait du vin la base de son repas.

Le critère qui l'emporte est donc social plutôt que nutritionnel. Le Roch, cité ici par Sefaria, exploite exactement ce passage pour trancher un cas d'erreur de bénédiction.

21
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרָבָא: אִי קָבַע עִלָּוֵיהּ סְעוֹדְתֵּיהּ מַאי? אֲמַר לֵיהּ: לִכְשֶׁיָּבֹא אֵלִיָּהוּ וְיֹאמַר אִי הָוֵי קְבִיעוּתָא. הַשְׁתָּא מִיהָא בָּטְלָה דַּעְתּוֹ אֵצֶל כָּל אָדָם.

Rav Nahman bar Yits hak dit à Rava : s'il a fondé son repas sur lui, quelle est la loi ? Il lui répondit : lorsque Eliyahou viendra et dira s'il y a là un repas fixe.

Pour l'heure en tout cas, son avis est annulé devant celui de tous les hommes.

💡 Explication

La question porte sur l'individu qui adopte pour lui même un usage que personne ne partage. Rava range le point parmi les questions laissées en suspens, formulé par le renvoi à Eliyahou.

La règle pratique reste ferme : batela daato etsel kol adam, son avis est annulé devant celui de tous les hommes. Un usage individuel ne crée pas de statut halakhique.

22
גּוּפָא. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, וְכֵן אָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁמֶן זַיִת מְבָרְכִין עָלָיו ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״. הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דְּקָא שָׁתֵי לֵיהּ מִשְׁתָּא — אוֹזוּקֵי מַזִּיק לֵיהּ. דְּתַנְיָא: הַשּׁוֹתֶה שֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה — מְשַׁלֵּם אֶת הַקֶּרֶן, וְאֵינוֹ מְשַׁלֵּם אֶת הַחֹומֶשׁ. הַסָּךְ שֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה — מְשַׁלֵּם אֶת הַקֶּרֶן וּמְשַׁלֵּם אֶת הַחֹומֶשׁ.

Revenons au corps même de l'enseignement. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel, et de même Rabbi Yits hak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : sur l'huile d'olive on récite borei péri ha ets.

De quel cas s'agit il ? Si l'on dit qu'il la boit pure, elle lui fait du tort ; car il a été enseigné : celui qui boit de l'huile de terouma paie le principal et ne paie pas le cinquième ; celui qui s'enduit d'huile de terouma paie le principal et paie le cinquième.

📜 Rachi (5)
אוֹזוּקֵי מַזִּיק לְגוּפֵיהּ וְאֵין זוֹ אֲכִילָה שֶׁטְּעוּנָה בְּרָכָה דְּגַבֵּי בְּרָכָה וְאָכַלְתָּ כְּתִיב:
À son corps ; il n'y a là aucune consommation qui requière une bénédiction, car au sujet de la bénédiction il est écrit : tu mangeras.
דְּתָנֵי' דְּלָאו בַּר אֲכִילָה הִיא:
La baraita prouve que l'huile bue pure n'entre pas dans la catégorie de la consommation.
הַשּׁוֹתֶה שֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה בְּשׁוֹגֵג:
Par inadvertance.
מְשַׁלֵּם אֶת הַקֶּרֶן כְּשֶׁאֶחָד מַזִּיק אֶת חֲבֵירוֹ בְּמָמוֹנוֹ:
Comme lorsqu'un homme cause un dommage au bien de son prochain.
וְאֵין מְשַׁלֵּם חֹומֶשׁ דְּגַבֵּי חֹומֶשׁ אֲכִילָה כְּתִיב וְאִישׁ כִּי יֹאכַל קֹדֶשׁ בִּשְׁגָגָה (וַיִּקְרָא כ״ב:י״ד) פְּרָט לְמַזִּיק:
Car au sujet du cinquième il est écrit : et si un homme mange une chose consacrée par inadvertance (Vayikra 22,14), ce qui exclut celui qui se contente d'endommager.
💡 Explication

La Guemara revient au goufa, l'enseignement cité en passant plus haut, pour en chercher le cas d'application. Boire l'huile pure est écarté par une baraita sur la terouma.

Le homech, cinquième ajouté pour usage involontaire de choses consacrées, n'est dû que pour une consommation réelle. Celui qui boit l'huile pure ne paie que le principal, signe qu'il a endommagé sans profiter. Une telle absorption ne saurait donc appeler une bénédiction.

🖼️ Schéma
Huile de terouma consommée par erreur : la preuve tirée du cinquième Il la boit pure Paie le principal (keren). Ne paie pas le cinquième (homech). Le cinquième suppose une consommation : si un homme mange une chose consacrée. Il s'en enduit le corps Paie le principal (keren). Paie aussi le cinquième (homech). L'onction est le mode normal d'usage : il en a tiré un véritable profit. Conséquence pour notre sougya Boire l'huile pure lui nuit ; il n'y a là aucune consommation qui appelle une bénédiction, car il est écrit : tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras. Le cas de borei péri ha ets doit donc être cherché ailleurs.
Boire ou s'enduire : le cinquième payé départage l'usage normal et le simple dommage.
23
אֶלָּא דְּקָא אָכֵיל לֵיהּ עַל יְדֵי פַּת. אִי הָכִי, הָוְיָא לֵיהּ פַּת עִיקָּר וְהוּא טָפֵל. וּתְנַן, זֶה הַכְּלָל: כָּל שֶׁהוּא עִיקָּר וְעִמּוֹ טְפֵלָה — מְבָרֵךְ עַל הָעִיקָּר וּפוֹטֵר אֶת הַטְּפֵלָה! אֶלָּא דְּקָא שָׁתֵי לֵיהּ עַל יְדֵי ״אֲנִיגְרוֹן״, דְּאָמַר רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל: ״אֲנִיגְרוֹן״ — מַיָּא דְּסָלְקָא, ״אֲנַסְיָגְרוֹן״ — מַיָּא

Plutôt, il la mange avec du pain. S'il en est ainsi, le pain est le principal et l'huile l'accessoire ; or nous avons appris : telle est la règle, tout ce qui est principal et qui a un accessoire avec lui — on bénit sur le principal et l'on exempte l'accessoire !

Plutôt, il la boit au moyen de l'anigueron ; car Rabba bar Chmouel a dit : l'anigueron est de l'eau de bettes, l'anssigueron est de l'eau

📜 Rachi (4)
ע"י הַפַּת מִשּׁוּם לִפְתָּן:
En guise d'accompagnement du pain.
ע"י אֲנִיגְרוֹן מִין מַאֲכָל הוּא וְנוֹתְנִים לְתוֹכוֹ שֶׁמֶן וְשָׁנוּי בַּמִּשְׁנָה בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת:
C'est une sorte de mets dans lequel on met de l'huile ; il est mentionné dans la michna en plusieurs endroits.
דְּאָמַר רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל לָא אֲתָא הָכָא אֶלָּא לְפָרוֹשֵׁי לָן מַאי נִיהוּ:
Rabba bar Chmouel n'est cité ici que pour nous expliquer de quoi il s'agit.
מַיָּא דְּסָלְקָא מַיִם שֶׁשָּׁלְקוּ בָּהֶן תְּרָדִין:
De l'eau dans laquelle on a fait bouillir des bettes.
💡 Explication

Deuxième cas écarté : l'huile prise avec du pain tombe sous la règle de ikar et tafel, le principal et l'accessoire. La bénédiction du pain couvre alors l'huile.

Reste le cas de l anigueron, bouillon de bettes dans lequel on verse de l'huile. Rabba bar Chmouel en donne la définition, distinguant l'anigueron de l'anssigueron ; la phrase s'interrompt au bas du folio et se poursuit en 36a.

🖼️ Schéma
Où reste t il une place pour bénir sur l'huile ? Bue pure Elle lui fait du tort. Pas de bénédiction : aucune consommation. Avec du pain Le pain est principal (ikar), l'huile accessoire (tafel). La bénédiction du pain l'exempte. Dans l'anigueron Bouillon de bettes où l'on verse de l'huile. Cas retenu, suite au folio 36a. La règle du principal et de l'accessoire Telle est la règle : tout ce qui est principal et qui a un accessoire avec lui — on bénit sur le principal et l'accessoire est exempté. Pour que borei péri ha ets ait un objet, il faut un cas où l'huile prend son propre rang dans le plat.
Trois manières de consommer l'huile, et la seule où une bénédiction propre reste possible.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).