Berakhot 36b — Qu'est ce qui protège un fruit : les trois définitions de Rava, puis les bénédictions du poivre, du gingembre et du havits kedera

Berakhot 36b

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya du câprier ouverte en 36a. La règle qui autorise à suivre hors d'Erets Israël l'opinion indulgente est écartée ici, parce que Beit Chammai face à Beit Hillel ne compte pas comme une opinion enseignée.

La Guemara cherche alors une autre raison d'interdire les kaprisin : ils protègent le fruit, et le verset inclut dans la orla ce qui est accessoire au fruit. Rava propose trois définitions successives du chômer laperi, la protection du fruit.

La première, présente sur le fruit attaché comme sur le fruit détaché, tombe devant le netz de la grenade. La seconde, présente à l'achèvement du fruit, tombe devant les mithalei des dattes.

La troisième est retenue et vérifiée par une expérience : on retire la protection, et l'on regarde si le fruit meurt. La seconde moitié du folio quitte la orla pour les bénédictions : le poivre, le gingembre, la himalta venue des Indes, puis le havits kedera et la dayssa, où Rav Yehouda et Rav Kahana s'opposent sur ce qui est l'essentiel, le miel ou la semoule.

Rav Yossef tranche par la règle de Rav et Chmouel : tout ce qui contient l'une des cinq espèces reçoit borei minei mezonot.

Berakhot 36b : les quatre mouvements du folio 1. Fin de la sougya du câprier (seg. 0-1) Hors d'Erets Israël on suit l'avis indulgent. Mais Beit Chammai face à Beit Hillel ne compte pas comme une opinion enseignée. Rachi : il n'y a donc pas de doute, mais une certitude. 2. Le chômer laperi (seg. 2-11) Le verset inclut dans la orla le tafel, ce qui est accessoire au fruit : sa protection. Rava en donne trois définitions successives. Une expérience tranche à la fin. 3. Les épices (seg. 12-16) Kaprisin : borei péri haadama. Poivre : Rav Chechet dit chéhakol, Rava ne dit rien du tout. La baraita de Rabbi Meir oblige à distinguer le poivre humide du poivre sec. 4. Havits kedera et les cinq espèces (seg. 17-19) Dayssa seule : tous disent borei minei mezonot. Dayssa au miel : Rav Yehouda dit chéhakol, Rav Kahana dit borei minei mezonot. Rav Yossef tranche par Rav et Chmouel : tout ce qui contient l'une des cinq espèces. Le fil unique du folio Une même question traverse les deux moitiés : à partir de quand une matière compte comme fruit. La orla mesure ce statut par la protection ; la bénédiction le mesure par le rang dans l'aliment. À retenir Le kaprisin ne meurt pas d'être retiré du fruit : il n'est pas une protection, donc pas un fruit. Ce qui vaut pour la orla vaut ici pour la bénédiction : borei péri haadama, et non borei péri haets.
Plan du folio : de la fin de la sougya du câprier à la règle des cinq espèces.
Les trois définitions de Rava du chômer laperi Point de départ : le verset inclut dans la orla ce qui est accessoire au fruit Le kaprisin protège l'aviyona. Pourquoi n'est il donc pas interdit comme orla ? Définition 1 — présente sur le fruit attaché ET sur le fruit détaché Le kaprisin tombe avant la cueillette : il ne remplit pas cette condition. Objection d'Abaye : le netz de la grenade tombe lui aussi en séchant, et pourtant la michna d'Orla le déclare soumis à la orla. Définition 2 — présente au moment de l'achèvement du fruit Le kaprisin tombe avant la maturation : il ne remplit pas cette condition. Objection : les mithalei des dattes sont interdits alors qu'ils ne protègent qu'au stade de koufra, quand la datte est encore petite. Tentative de réponse, puis son échec Rav Nahman tiendrait comme Rabbi Yossei, pour qui le smadar est déjà un fruit. Rav Chimi de Nehardea : pour les autres arbres, les Sages aussi tiennent dès qu'ils produisent. Définition 3 — retenue : si tu retires la protection, le fruit meurt Le kaprisin retiré, l'aviyona continue de vivre : il n'est donc pas une protection. Vérification par le fait rapporté : netz de grenade retiré, la grenade se dessèche ; fleur de la bitita retirée, la bitita se maintient. Le critère devient fonctionnel : ce qui protège est ce dont le fruit dépend pour vivre.
Les trois définitions successives du chômer laperi, leurs objections et le critère retenu.
Le tableau des bénédictions issu du folio Aliment Bénédiction Source dans le folio Kaprisin, le bouton du câprier borei péri haadama seg. 12, conclusion Boser plus petit qu'une fève blanche borei péri haadama seg. 9, Tossefot et Roch Noyaux de fruits non amers borei péri haets seg. 4 Tossefot, seg. 9 Roch Poivre humide une bénédiction est due seg. 15 ; Tossefot haadama, Roch haets Poivre sec aucune bénédiction seg. 13 et 15, avis de Rava Gingembre humide, la himalta des Indes borei péri haadama seg. 16 Gingembre sec aucune bénédiction, exempt à Kippour seg. 13 et 16 Dayssa seule borei minei mezonot seg. 17, accord de tous Dayssa au miel, à la manière du havits kedera borei minei mezonot seg. 17, Rav Kahana suivi par Rav Yossef Le principe qui commande la dernière ligne Rav et Chmouel : tout ce qui contient l'une des cinq espèces reçoit borei minei mezonot. La quantité ne décide pas ; c'est le rang de la céréale dans le plat qui décide.
Le tableau pratique des bénédictions que le folio permet d établir.
1
וְלוֹקֵחַ — וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִרְאֶנּוּ לוֹקֵט.

et il achète — pourvu qu'il ne le voie pas en train de cueillir.

📜 Rachi (1)
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִרְאֶנּוּ הֶחָבֵר כְּשֶׁהוּא לוֹקֵט מִן הַנְּטִיעוֹת:
Pourvu qu'il ne le voie pas — le haver, l'homme scrupuleux, lorsque le non Juif cueille sur les jeunes plants.
💡 Explication

Fin d'un enseignement ouvert au folio précédent : hors d'Erets Israël, un Juif peut acheter à un non Juif des fruits provenant d'un verger où pousse de la orla, à la seule condition de ne pas assister lui même à la cueillette sur les jeunes plants interdits.

La Guemara va s'en servir pour une objection : si l'on est si indulgent hors d'Erets Israël, pourquoi ne pas y suivre aussi Beit Chammai, pour qui le câprier n'est qu'un safek orla, un doute, ce qui permettrait de manger même les aviyonot ?

2
רַבִּי עֲקִיבָא בִּמְקוֹם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר עָבְדִינַן כְּוָתֵיהּ, וּבֵית שַׁמַּאי בִּמְקוֹם בֵּית הִלֵּל — אֵינָהּ מִשְׁנָה.

Rabbi Akiva à la place de Rabbi Eliezer, nous agissons comme lui ; mais Beit Chammai à la place de Beit Hillel — ce n'est pas une michna.

📜 Rachi (1)
אֵינָהּ מִשְׁנָה וְאֵין זֶה סָפֵק אֶלָּא וַדַּאי:
Ce n'est pas une michna — il n'y a pas là un doute, mais une certitude.
💡 Explication

Réponse à l'objection. La règle qui autorise à suivre hors d'Erets Israël l'opinion indulgente suppose une mahloket réelle, entre deux maîtres de rang comparable : ainsi Rabbi Akiva contre Rabbi Eliezer. Face à Beit Hillel, l'opinion de Beit Chammai est traitée comme si elle n'avait pas été enseignée.

Rachi en tire la conséquence exacte : les aviyonot ne sont pas un safek, un doute que l'indulgence de l'extérieur pourrait lever, elles sont interdites de façon certaine.

3
וְתִיפּוֹק לֵיהּ דְּנַעֲשָׂה שׁוֹמֵר לַפְּרִי, וְרַחֲמָנָא אָמַר: ״וַעֲרַלְתֶּם עָרְלָתוֹ אֶת פִּרְיוֹ״, אֶת הַטָּפֵל לְפִרְיוֹ, וּמַאי נִיהוּ — שׁוֹמֵר לַפְּרִי.

Et qu'il le déduise du fait qu'il devient protection du fruit ; or le Miséricordieux a dit : vous tiendrez pour orla son orla, et son fruit — ce qui est accessoire à son fruit ; et qu'est ce ? la protection du fruit.

📜 Rachi (1)
וְתִיפּוֹק לֵיהּ דְּאִי נָמֵי ר' עֲקִיבָא דְּאָמַר לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר דְּלָאו פֵּירָא נִינְהוּ לְעִנְיַן עָרְלָה אֲסִירֵי קַפְרִיסִין דַּהֲוָה לֵיהּ שׁוֹמֵר:
Et qu'il le déduise — car même selon Rabbi Akiva, qui dit qu'au regard du maasser ce ne sont pas des fruits, au regard de la orla les kaprisin devraient être interdits, puisqu'ils sont protection du fruit.
💡 Explication

Changement d'angle. Jusqu'ici on discutait si le kaprisin est lui même un fruit. La Guemara propose une autre voie d'interdiction : le verset des Vayikra dit et son fruit, et le mot et inclut le tafel, l'accessoire du fruit, c'est à dire le chômer laperi, sa protection.

Le kaprisin enveloppe l'aviyona. Même sans être un fruit, il devrait donc être interdit au titre de la orla. Toute la suite du folio répond à cette question : qu'appelle t on exactement une protection du fruit ?

4
אָמַר רָבָא: הֵיכָא אָמְרִינַן דְּנַעֲשָׂה שׁוֹמֵר לַפְּרִי — הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ בֵּין בְּתָלוּשׁ בֵּין בִּמְחֻובָּר, הָכָא בִּמְחֻובָּר — אִיתֵיהּ, בְּתָלוּשׁ — לֵיתֵיהּ.

Rava a dit : où disons nous qu'une chose devient protection du fruit ? Là où elle existe aussi bien sur le fruit détaché que sur le fruit attaché à l'arbre.

Ici, sur le fruit attaché elle existe, sur le fruit détaché elle n'existe pas.

📜 Rachi (1)
בְּתָלוּשׁ לֵיתֵיהּ סוֹפוֹ שֶׁנּוֹפֵל הֵימֶנּוּ כְּשֶׁמַּגִּיעַ לְהִתְבַּשֵּׁל:
Sur le fruit détaché elle n'existe pas — elle finit par en tomber lorsqu'il approche de sa maturation.
💡 Explication

Première définition proposée par Rava. Une partie de la plante ne mérite le nom de chômer que si elle accompagne le fruit dans les deux états : mehoubar, attaché à l'arbre, et talouch, détaché. La protection se mesure donc à sa permanence.

Le kaprisin échoue à ce test : il tombe de lui même avant que la baie ne soit cueillie.

5
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: פִּיטְמָא שֶׁל רִמּוֹן מִצְטָרֶפֶת, וְהַנֵּץ שֶׁלּוֹ אֵין מִצְטָרֵף. מִדְּקָאָמַר הַנֵּץ שֶׁלּוֹ אֵין מִצְטָרֵף, אַלְמָא דְּלָאו אֹוכֶל הוּא. וּתְנַן גַּבֵּי עָרְלָה: קְלִיפֵּי רִמּוֹן וְהַנֵּץ שֶׁלּוֹ, קְלִיפֵּי אֱגוֹזִים וְהַגַּרְעִינִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה.

Abaye lui objecta : la pitma de la grenade se joint, et son netz ne se joint pas. Puisqu'il dit que son netz ne se joint pas, c'est donc qu'il n'est pas un aliment.

Or nous avons appris au sujet de la orla : les écorces de la grenade et son netz, les coques de noix et les noyaux sont soumis à la orla.

📜 Rachi (5)
פִּיטְמָא שֶׁל רִמּוֹן הַפֶּרַח שֶׁבְּרֹאשׁוֹ כְּעֵין שֶׁיֵּשׁ לְתַפּוּחִים וְלִסְפַּרְגְּלִין:
La pitma de la grenade — la fleur qui se trouve à son sommet, comme celle qu'ont les pommes et les coings.
מִצְטָרֶפֶת לִכְבֵיצָה לְטֻומְאַת אוֹכְלִין:
Se joint — pour atteindre le volume d'un œuf, s'agissant de l'impureté des aliments.
וְהַנֵּץ שֶׁלּוֹ נֵץ בְּרִמּוֹן כְּקַפְרֵס בַּאֲבִיּוֹנוֹת:
Et son netz — le netz de la grenade est ce que le kafres est pour les aviyonot.
אֵין מִצְטָרֵף אע"ג דְּקי"ל בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (ד' קיז:) שׁוֹמְרִים מִצְטָרְפִין לְטֻומְאָה קַלָּה דְּהַיְינוּ טֻומְאַת אֳוכָלִין הָנֵי מִילֵּי קְלִיפַּת הָאֱגוֹז וְהָרִמּוֹן אֲבָל הַנֵּץ שׁוֹמֵר עַל גַּבֵּי שׁוֹמֵר הוּא וְאֵין מִצְטָרֵף וְהָכִי אָמְרִינַן בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (ד' קיט:):
Ne se joint pas — bien que nous tenions au chapitre Haor veHarotev (117b) que les protections se joignent pour l'impureté légère, c'est à dire l'impureté des aliments, cela ne vaut que pour l'écorce de la noix et celle de la grenade ; mais le netz est une protection posée sur une protection, et il ne se joint pas, comme nous le disons dans Haor veHarotev (119b).
חַייָּבִים בְּעָרְלָה דְּרַחֲמָנָא רַבִּינְהוּ מֵאֵת פִּרְיוֹ הַטָּפֵל לְפִרְיוֹ וְהָא נֵץ לֵיתֵיהּ שׁוֹמֵר בְּתָלוּשׁ שֶׁכְּשֶׁמִּתְיַבֵּשׁ נוֹפֵל מֵעַל הַקְּלִיפָּה:
Sont soumis à la orla — car le Miséricordieux les a inclus par les mots et son fruit, ce qui est accessoire au fruit. Or le netz n'est pas une protection sur le fruit détaché, puisqu'en séchant il tombe de l'écorce.
🗂️ Tossefot (1)
קְלִיפֵּי אֱגוֹזִים וְהַגַּרְעִינִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה דְּפֵירֵי נִינְהוּ מִכָּאן שֶׁיֵּשׁ לְבָרֵךְ עַל הַגַּרְעִינִין שֶׁל גֻּודְגְּדָנִיּוֹת וְגַרְעִינֵי אֲפַרְסְקִין וְשֶׁל תַּפּוּחִים וְכָל מִינֵי גַּרְעִינִים שֶׁל פֵּירוֹת בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ:
Les coques de noix et les noyaux sont soumis à la orla — car ce sont des fruits. De là on apprend qu'il faut réciter sur les noyaux de cerises, sur les noyaux d'abricots, sur ceux des pommes et sur toutes sortes de noyaux de fruits, borei péri haets.
💡 Explication

Abaye rapproche deux michnayot. Pour l impureté des aliments, le netz de la grenade ne se joint pas au volume requis : il n'a pas rang d'aliment. Pour la orla, le même netz figure dans la liste des parties interdites.

La conséquence est directe contre Rava : le netz tombe lui aussi lorsque le fruit sèche, exactement comme le kaprisin, et cela ne l'empêche pas d'être traité comme protection. Le critère du fruit détaché ne tient donc pas.

🖼️ Schéma
La grenade : deux domaines, deux verdicts opposés Netz : la couronne fleurie au sommet Pitma : la partie charnue du sommet Klipa : l'écorce Gar inim : les noyaux Impureté des aliments Pitma : se joint au volume d'un œuf. Netz : ne se joint pas. Rachi : le netz est une protection posée sur une autre protection. Orla Écorces, netz, coques de noix et noyaux : tous soumis à la orla. Le netz est donc traité comme protection ici, alors qu'il tombe une fois le fruit sèche. La force de l'objection d'Abaye Tomber avant la cueillette n'empêche pas d'être chômer.
Les parties de la grenade et leur double statut : impureté des aliments d'un côté, orla de l'autre.
6
אֶלָּא אָמַר רָבָא: הֵיכָא אָמְרִינַן דְּנַעֲשָׂה לְהוּ שׁוֹמֵר לְפֵירֵי — הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ בִּשְׁעַת גְּמַר פֵּירָא, הַאי קַפְרֵס לֵיתֵיהּ בִּשְׁעַת גְּמַר פֵּירָא.

Rava dit plutôt : où disons nous qu'une chose devient protection des fruits ? Là où elle existe au moment de l'achèvement du fruit.

Or ce kafres n'existe plus au moment de l'achèvement du fruit.

📜 Rachi (1)
קָפָרֵס לֵיתֵיהּ בִּגְמַר פֵּירָא כְּשֶׁמַּגִּיעַ סָמוּךְ לְבִשּׁוּלוֹ הוּא נוֹפֵל מִמֶּנּוּ:
Le kafres n'existe pas à l'achèvement du fruit — lorsque la baie approche de sa maturation, il en tombe.
💡 Explication

Rava recule d'un cran. Il abandonne l'exigence de permanence après la cueillette et retient un seuil plus tardif : la partie doit encore être là au gmar péri, l'achèvement du fruit. Le netz de la grenade satisfait ce critère, le kaprisin non.

7
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: הָנֵי מְתַחֲלֵי דְעָרְלָה אֲסִירִי, הוֹאִיל וְנַעֲשׂוּ שׁוֹמֵר לְפֵירֵי. וְשׁוֹמֵר לְפֵירֵי אִימַּת הָוֵי — בְּכֻופְרָא, וְקָא קָרֵי לֵיהּ ״שׁוֹמֵר לְפֵירֵי״.

Est ce ainsi ? Rav Nahman n'a t il pas dit au nom de Rabba bar Avouh : ces mithalei de orla sont interdits, puisqu'ils sont devenus protection des fruits ?

Or quand sont ils protection des fruits ? Au stade de koufra.

Et pourtant il les appelle protection des fruits.

📜 Rachi (2)
מַתְחֲלִי בְּתַמְרֵי כְּקַפְרֵס בְּצָלָף:
Mithalei — dans les dattiers, ce que le kafres est pour le câprier.
בְּכֻופְרָא כְּשֶׁהַתְּמָרִים קְטַנִּים קֹודֶם בִּשּׁוּלָם:
Au stade de koufra — lorsque les dattes sont encore petites, avant leur maturation.
💡 Explication

Objection à la deuxième définition. Les mithalei, enveloppes des dattes, ne protègent la datte qu'au stade du koufra, quand elle est encore verte et petite ; elles ont disparu bien avant l'achèvement du fruit. Rav Nahman les déclare pourtant interdites comme protection.

Le seuil du gmar péri tombe donc à son tour.

8
רַב נַחְמָן סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, דִּתְנַן רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: סְמָדַר אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא פְּרִי. וּפְלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ.

Rav Nahman tient comme Rabbi Yossei, car nous avons appris : Rabbi Yossei dit, le smadar est interdit parce qu'il est un fruit. Et les Sages sont en désaccord avec lui.

📜 Rachi (3)
סָבַר לָהּ כְּר' יוֹסֵי דְּכֻופְרָא הָוֵי פְּרִי ואע"פ שֶׁלֹּא נִגְמַר לְפִיכָךְ שׁוֹמֵר שֶׁלּוֹ חָשׁוּב שׁוֹמֵר:
Il tient comme Rabbi Yossei — car le koufra est déjà un fruit bien qu'il ne soit pas achevé ; dès lors, sa protection compte comme une protection.
סְמָדַר אָסוּר עֲנָבִים כֵּיוָן שֶׁנָּפַל הַפֶּרַח וְכָל גַּרְגִּיר נִרְאֶה לְעַצְמוֹ קָרוּי סְמָדַר וְקָאָמַר ר' יוֹסֵי כֵּיוָן שֶׁבָּא לִכְלַל סְמָדַר קָרוּי פְּרִי וְאָסוּר מִשּׁוּם עָרְלָה:
Le smadar est interdit — les raisins, dès lors que la fleur est tombée et que chaque grain se distingue, s'appellent smadar ; et Rabbi Yossei dit que dès qu'ils sont arrivés au stade de smadar ils portent le nom de fruit et sont interdits au titre de la orla.
וּפְלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ וַהֲלָכָה כְּרַבִּים הִלְכָּךְ אֲבִיּוֹנוֹת בְּעוֹד שֶׁהַקַּפְרִיסִין בָּהֶן לָאו פֵּירֵי נִינְהוּ וְלָא מִיקְּרוּ קַפְרִיסִין שׁוֹמֵר לַפְּרִי:
Et les Sages sont en désaccord avec lui — et la halakha suit le grand nombre. Par conséquent les aviyonot, tant que les kaprisin sont encore sur elles, ne sont pas des fruits, et les kaprisin ne portent pas le nom de protection du fruit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר לוֹ: רַבֵּנוּ, אַף עַל פִּי שֶׁאַתָּה אוֹמֵר כֵּן, וַחֲבֵרֶיךָ אוֹמְרִים כֵּן, לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּנוּ: "יָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּיוֵּן בָּזֶה רַבִּי עֲקִיבָא לְפִי דַּרְכּוֹ עִנְיָן יָקָר, לְהַצִּיל עַצְמוֹ מֵעֹונֶשׁ רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁלֹּא יַעֲנִישֵׁהוּ עַתָּה בַּמֶּה שֶׁעָשָׂה הֵפֶךְ סְבָרָתוֹ מֵאַחַר שֶׁהִקְפִּיד עָלָיו, וְדֶרֶךְ הָרִאשׁוֹנִים זַ"ל בְּעֵת שֶׁהֵם מַקְפִּידִים הַרְבֵּה עַל אֶחָד שֶׁעָשָׂה דָּבָר כְּנֶגֶד כְּבוֹדָם לְהַעֲנִישׁוֹ תֵּיכֶף מֵחֲמַת דְּחָלְשָׁה דַּעְתַּייְהוּ , וּכְמוֹ עִנְיַן רַב שֵׁשֶׁת עִם רַב אַחְדְּבוֹי בְּרֵישׁ בָּתְרָא, וּכְמוֹ עִנְיַן רַבִּי יוֹחָנָן עִם רַב כָּהֲנָא בְּקַמָּא, וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה, וְיָדוּעַ דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל הָיָה מַעֲנִישׁ וּקְטִיל וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל בְּפ"ק כְּשֶׁהֶעֱבִירוֹ אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל, נוֹקְמֶיהָ לְרַבִּי עֲקִיבָה לֵית זְכוּת אָבוֹת וְדִילְמָא עֲנִישׁ לֵיהּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל, עַייֵּן שָׁם, וְלָכֵן חָשׁ רַבִּי עֲקִיבָא עַתָּה דִּילְמָא חֲלִישׁ דַּעְתֵּיהּ דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְעָנֵישׁ לֵיהּ, לְכָךְ כִּיוֵּן בַּהֲלָכָה זוֹ שֶׁאָמַר לוֹ לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּנוּ י חִיֵּד ו רַבִּים ה לְכָה כ רַבִּים, לְשֵׁם קִדּוּשׁ יוה"ך הָרָמוּז בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת הֲלָכָה זוֹ כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבָּנֵי אַשְׁכְּנַז זַ"ל [הַגְּרָ"א בְּדִבְרֵי אֵלִיָּהוּ בְּרָכוֹת לא] בְּמַאֲמָר אַל יִפָּטֵר אָדָם מֵחֲבֵירוֹ אֶלָּא מִתּוֹךְ דְּבַר הֲלָכָה, וּפֵירְשׁוּ הַכַּוָּנָה שֶׁיֹּאמַר לוֹ הֲלָכָה זוֹ יָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים, וִיכַוֵּן בְּשֵׁם יהו"ך בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת הַנִּזְכָּר, שֶׁשָּׁם זֶה הוּא מְסֻוגָּל לִשְׁמִירָה מְאֹד וְיוֹעִיל לִשְׁמִירָתוֹ בְּדֶרֶךְ שֶׁהוּא סַכָּנָה וכנ"ז בד"ק. וְלָכֵן נִרְאֶה לִי שֶׁגַּם עַתָּה כִּיוֵּן רַבִּי עֲקִיבָא בַּשֵּׁם הַנִּזְכָּר כְּדֵי לִמְשֹׁוךְ לְעַצְמוֹ שְׁמִירָה מִשָּׁם הַנִּזְכָּר, וְיִנָּצֵל מֵעָונְשׁוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְיָדוּעַ שֶׁשֵּׁם הַנִּזְכָּר הוּא יוֹצֵא מְסוֹפֵי תֵּיבוֹת (תְּהִילִּים צא, יא) כ י מַלְאָכִי ו יְצַו ה ל ך לִשְׁמָרְךָ בְּכָל דְּרָכֶיךָ ודו"ק.
Il lui dit : notre maître, bien que tu dises ainsi et que tes collègues disent ainsi, tu nous as enseigné, notre maître : un individu face à un grand nombre, la halakha suit le grand nombre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Akiva visait là, selon sa voie, une chose précieuse : se préserver du châtiment de Rabban Gamliel, afin qu'il ne le punisse pas maintenant pour avoir agi contre son avis alors qu'il en avait conçu de la contrariété. La conduite des anciens, que leur souvenir soit une bénédiction, était, lorsqu'ils s'irritaient fortement contre quelqu un qui avait agi contre leur honneur, de le punir aussitôt, parce que leur esprit en était affaibli. Ainsi de Rav Chechet avec Rav Ahadvoy au début de Baba Batra, ainsi de Rabbi Yo'hanan avec Rav Kahana dans Baba Kama, et d'autres cas semblables. Et il est connu que Rabban Gamliel punissait et que sa parole pouvait être mortelle, comme il est dit plus haut au premier chapitre, lorsqu'on destitua Rabban Gamliel : élevons Rabbi Akiva ? Il n'a pas de mérite des pères, et peut être Rabban Gamliel le punirait il ; vois y. C'est pourquoi Rabbi Akiva craignit alors que l'esprit de Rabban Gamliel ne fût affaibli et qu'il ne le punisse. Il visa donc, par cette halakha qu'il lui dit — tu nous as enseigné, notre maître : un individu face à un grand nombre, la halakha suit le grand nombre —, le Nom saint formé des initiales de cette halakha, you, hé, vav, khaf, comme l'ont écrit les maîtres d'Achkenaz, que leur souvenir soit une bénédiction, à propos de l'enseignement selon lequel on ne se sépare pas de son compagnon autrement qu'au milieu d'une parole de halakha. Ils ont expliqué que l'intention est de lui dire précisément cette halakha, un individu face à un grand nombre la halakha suit le grand nombre, et de viser par les initiales le Nom mentionné, car ce Nom est très efficace pour la protection et sert à la garde de celui qui prend une route dangereuse. Il me semble donc qu'ici aussi Rabbi Akiva visa ce Nom afin d'attirer sur lui une protection et d'échapper au châtiment de Rabban Gamliel. Et il est connu que ce Nom se tire aussi des dernières lettres du verset des Tehilim (91,11) : car Il ordonnera à Ses anges à ton sujet de te garder dans toutes tes voies.
💡 Explication

Réponse à l'objection précédente. Rav Nahman parlait selon Rabbi Yossei, pour qui le smadar, la grappe à peine formée après la chute de la fleur, porte déjà le nom de fruit. Si le koufra est déjà un fruit, l'enveloppe qui l'entoure à ce stade est bien une protection.

Mais les Sages contestent ce point, et la halakha suit le grand nombre. Rachi en tire la conclusion attendue : tant que le kaprisin est encore là, l'aviyona n'a pas rang de fruit, et le kaprisin n'a pas rang de protection.

9
מַתְקִיף לַהּ רַב שִׁימִי מִנְּהַרְדְּעָא: וּבִשְׁאָר אִילָנֵי מִי פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ? וְהִתְנָן: מֵאֵימָתַי אֵין קוֹצְצִין אֶת הָאִילָנוֹת בַּשְּׁבִיעִית — בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: כָּל הָאִילָנוֹת מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: הֶחָרוּבִין מִשֶּׁיְּשַׁרְשְׁרוּ, וְהַגְּפָנִים מִשֶּׁיִּגָּרְעוּ, וְהַזֵּיתִים מִשֶּׁיָּנֵיצּוּ, וּשְׁאָר כָּל הָאִילָנוֹת מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ.

Rav Chimi de Nehardea objecte : pour les autres arbres, les Sages sont ils en désaccord avec lui ? N'avons nous pas appris : à partir de quand ne coupe t on plus les arbres pendant la septième année ?

Beit Chammai disent : tous les arbres, dès qu'ils produisent. Et Beit Hillel disent : les caroubiers, dès qu'ils forment des chaînettes ; les vignes, dès qu'elles atteignent le stade de guerou a ; les oliviers, dès qu'ils fleurissent ; et tous les autres arbres, dès qu'ils produisent.

📜 Rachi (6)
בִּשְׁאָר אִילָנוֹת חוּץ מִן הָעֲנָבִים:
Pour les autres arbres — à l'exception des raisins.
אֵין קוֹצְצִין בַּשְּׁבִיעִית דְּרַחֲמָנָא אָמַר לְאָכְלָהּ וְלֹא לְהֶפְסֵד:
On ne coupe pas pendant la septième année — car le Miséricordieux a dit : pour la consommation, et non pour la perte.
מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ אֶת הַפְּרִי:
Dès qu'ils produisent — le fruit.
מִשֶּׁיְּשַׁרְשֵׁרוּ מִשֶּׁיֵּרָאוּ בָּהֶן כְּמִין שַׁרְשְׁרוֹת שֶׁל חָרוּבִין:
Dès qu'ils forment des chaînettes — dès que l'on voit sur eux comme des chaînes de caroubes.
מִשֶּׁיִּגָּרְעוּ שֶׁהָעֲנָבִים גַּסִּים כְּגֵרוּעַ וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָהּ:
Dès qu'elles atteignent le stade de guerou a — lorsque les raisins sont gros comme un garoua ; la Guemara l'explique plus loin.
מִשֶּׁיָּנֵיצּוּ מִשֶּׁיִּגְדַּל הָנֵץ סָבִיב:
Dès qu'ils fleurissent — dès que le netz pousse tout autour.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין קוֹצְצִין אִילָנוֹת בַּשְּׁבִיעִית וא"ת בְּלֹא שְׁבִיעִית נָמֵי תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּאָסוּר מִשּׁוּם לֹא תַשְׁחִית אֶת עֵצָהּ (דְּבָרִים כ׳:י״ט) וי"ל דְּלָא טְעִין קַבָּא דְּלָא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ לֹא תַּשְׁחִית כִּדְאִיתָא פ' לֹא יַחְפֹּור (ב"ב כו.) אִי נָמֵי אַיְירֵי דִּמְעֻולָּה בְּדָמִים לַעֲשׂוֹת מִמֶּנָּה קוֹרוֹת דְּאָז לֹא שַׁיָּיךְ לֹא תַּשְׁחִית וּמִיהוּ מִשּׁוּם אִיסּוּרָא דִּשְׁבִיעִית אִיכָּא לְאָכְלָהּ וְלֹא לִסְחוֹרָה וְלֹא לְהֶפְסֵד:
On ne coupe pas les arbres pendant la septième année — et si tu dis : même hors de la septième année, qu'on le déduise de l'interdit de détruire ses arbres (Devarim 20,19) ? On peut répondre qu'il s'agit d'un arbre qui ne porte pas un kav de fruits, auquel l'interdit de destruction ne s'applique pas, comme il est dit au chapitre Lo Yahpor (Baba Batra 26a). Ou bien il s'agit d'un arbre qui vaut davantage comme bois de charpente, cas où l'interdit de destruction ne s'applique pas non plus. Il reste malgré tout l'interdit propre à la septième année : pour la consommation, et non pour le commerce ni pour la perte.
💡 Explication

Rav Chimi refuse de réduire l'opposition à Rabbi Yossei à la seule vigne. La michna de chevi it montre que même Beit Hillel, dont les Sages suivent la voie, fixent pour tous les arbres autres que la vigne, le caroubier et l'olivier un seuil très précoce : miche-yotsi ou, dès l'apparition du fruit.

Le raisonnement porte sur la valeur du premier stade. Si le fruit compte des son apparition pour interdire de couper l'arbre, il devrait compter aussi pour la orla.

🖼️ Schéma
À partir de quand ne coupe t on plus un arbre pendant la septième année Beit Chammai Un seul seuil pour tous les arbres : dès qu'ils produisent le fruit. Beit Hillel Un seuil propre à chaque espèce, selon le signe visible de sa fructification. Caroubier dès qu'il forme des chaînettes de caroubes Vigne au stade de guerou a : le grain gros comme une fève blanche Olivier dès que le netz pousse tout autour Tous les autres arbres dès qu'ils produisent le fruit L'objection de Rav Chimi : cette dernière ligne est celle des Sages, et elle vaut dès le premier stade.
Les seuils de la septième année espèce par espèce, et le point sur lequel Rav Chimi appuie.
10
וְאָמַר רַב אַסִּי: הוּא בֹּוסֶר, הוּא גָּרוּעַ, הוּא פּוֹל הַלָּבָן. פּוֹל הַלָּבָן סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! אֶלָּא אֵימָא: שִׁיעוּרוֹ כְּפוֹל הַלָּבָן. מַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאָמַר בֹּוסֶר אִין, סְמָדַר לָא — רַבָּנָן, וְקָתָנֵי שְׁאָר כָּל הָאִילָנוֹת — מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ?

Et Rav Assi a dit : c'est le boser, c'est le garoua, c'est la fève blanche. La fève blanche te viendrait à l'esprit ?

Dis plutôt : sa mesure est celle d'une fève blanche. De qui as tu entendu dire que le boser, oui, et le smadar, non ?

Des Sages. Et il est enseigné : tous les autres arbres, dès qu'ils produisent.

📜 Rachi (4)
הוּא בֹּוסֶר הוּא גֵּרוּעַ כָּל מָקוֹם שֶׁהִזְכִּירוּ בֹּוסֶר הוּא גָּרוּעַ:
C'est le boser, c'est le garoua — partout où l'on a mentionné le boser, il s'agit du garoua.
פּוֹל הַלָּבָן ס"ד הָא בַּעֲנָבִים קָיְימִינַן:
La fève blanche te viendrait à l'esprit — mais nous parlons ici de raisins.
מַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאָמַר גַּבֵּי עֲנָבִים בֹּוסֶר הוּא דְּהָוֵי פְּרִי אֲבָל סְמָדַר לֹא:
De qui as tu entendu dire — à propos des raisins, que le boser est un fruit et que le smadar n'en est pas un.
רַבָּנָן הוּא דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּר' יוֹסֵי בְּמַסֶּכֶת עָרְלָה וְקָאָמְרִי בִּשְׁאָר אִילָנוֹת דְּמִשֶּׁיּוֹצִיאוּ הָוֵי פְּרִי הָרָאוּי:
Des Sages — ce sont eux qui sont en désaccord avec Rabbi Yossei dans le traité Orla, et ils disent que pour les autres arbres, dès qu'ils produisent, c'est un fruit valable.
🗂️ Tossefot (1)
שִׁיעוּרוֹ כְּפוֹל הַלָּבָן וּפָחוֹת מִכָּאן לָא הָוֵי פֵּירָא מִכָּאן יֵשׁ לִלְמֹוד דְּעַל בֹּוסֶר פָּחוֹת מִפּוֹל לָא מְבָרְכִינַן עֲלֵיהּ בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ אֶלָּא בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה:
Sa mesure est celle d'une fève blanche — en deçà de cette taille ce n'est pas un fruit. De là on apprend que sur un boser plus petit qu'une fève on ne récite pas borei péri haets, mais borei péri haadama.
⚖️ Rosh (2)
תַּנְיָא קְלִיפֵּי רִמּוֹן וְהַנֵּץ שֶׁלּוֹ אוֹ קְלִיפֵּי אֱגוֹזִים וְהַנֵּץ שֶׁלּוֹ וְהַגַּרְעִינִין חַייָּבִין בְּעָרְלָה מִשּׁוּם דְּהָווּ שׁוֹמֵר וְדָרְשִׁינַן אֶת פִּרְיוֹ לְרַבּוֹת אֶת הַטָּפֵל לְפִרְיוֹ אֲבָל גַּרְעִינִין מִדְּחַיָּיבִין בְּעָרְלָה אַלְמָא פְּרִי נִינְהוּ. מִכָּאן יֵשׁ לִלְמֹוד עַל כָּל גַּרְעִינֵי פֵּירוֹת דִּמְבָרְכִין עֲלֵיהֶם בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהוּ מָרִים שֶׁיְּהֵא נֶהֱנֶה מֵהֶן:
Il est enseigné : les écorces de la grenade et son netz, ou les coques de noix et leur netz, ainsi que les noyaux, sont soumis à la orla, parce qu'ils sont protection, et nous dérivons de et son fruit l'inclusion de ce qui est accessoire au fruit. Mais les noyaux, du fait même qu'ils sont soumis à la orla, sont donc des fruits. De là on apprend, pour tous les noyaux de fruits, que l'on récite sur eux borei péri haets, à condition qu'ils ne soient pas amers, de sorte qu'on en tire un plaisir.
תְּנַן מֵאֵימָתַי אֵין קוֹצְצִין אֶת הָאִילָנוֹת בַּשְּׁבִיעִית ב"ש אוֹמְרִים כָּל הָאִילָנוֹת מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ וב"ה אוֹמְרִים הֶחָרוּבִין מִשֶּׁיְּשַׁרְשְׁרוּ נ"א מִשֶּׁיְּשַׁלְשְׁלוּ וּגְפָנִים מִשֶּׁיְּגָרְעוּ וְהַזֵּיתִים מִשֶּׁיָּנֵיצוּ וּשְׁאָר כָּל הָאִילָנוֹת מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ וְאָמַר רַב אַסִּי הוּא בֹּוסֶר הוּא גֵּירוּעַ וְשִׁיעוּרוֹ כְּפוֹל הַלָּבָן מִכָּאן יֵשׁ לִלְמֹוד שֶׁאֵין מְבָרְכִין בפה"ע עַל הַבֹּוסֶר כְּשֶׁהוּא פָּחוֹת מִפּוֹל הַלָּבָן אֲבָל מְבָרֵךְ עָלָיו בפה"א כְּמוֹ קַפְרִיסִין דְּאָמְרִינַן לְעֵיל בפה"א וּשְׁאָר הָאִילָנוֹת מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ מִיָּד חָשׁוּב הוּא לְבָרֵךְ בפה"ע וְאִם מְסֻופָּק בְּבֹוסֶר מָתַי הוּא כְּפוֹל הַלָּבָן יְבָרֵךְ בפה"א דקי"ל כְּמַתְנִי' אִם בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן בפה"א יָצָא יאע"ג דְּבַגְּמָ' מ. מוּקֵי לֵיהּ כְּר' יְהוּדָה מ"מ קי"ל הָכִי כֵּיוָן דְּסָתַם לָן תַּנָּא כְּר' יְהוּדָה:
Nous avons appris : à partir de quand ne coupe t on plus les arbres pendant la septième année ? Beit Chammai disent : tous les arbres, dès qu'ils produisent. Et Beit Hillel disent : les caroubiers, dès qu'ils forment des chaînettes — autre version : des qu'ils pendent en chaînettes ; les vignes, dès qu'elles atteignent le stade de guerou a ; les oliviers, dès qu'ils fleurissent ; et tous les autres arbres, dès qu'ils produisent. Et Rav Assi a dit : c'est le boser, c'est le guerou a, et sa mesure est celle d'une fève blanche. De là on apprend que l'on ne récite pas borei péri haets sur le boser tant qu'il est plus petit qu'une fève blanche, mais on récite dessus borei péri haadama, comme pour les kaprisin dont nous avons dit plus haut borei péri haadama. Et pour tous les autres arbres, dès qu'ils produisent, le fruit est aussitôt assez important pour que l'on récite borei péri haets. Et si l'on est dans le doute sur le boser, ne sachant pas quand il atteint la taille d'une fève blanche, on récitera borei péri haadama, car nous tenons comme la michna : s'il a béni sur les fruits de l'arbre borei péri haadama, il s'est acquitté. Et bien que la Guemara (40a) l'établisse selon Rabbi Yehouda, nous tenons ainsi de toute façon, puisque le tana anonyme a enseigné comme Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Rav Assi identifie trois termes : le boser, raisin vert, le garoua et la mesure de la fève blanche. La Guemara corrige l'énoncé : il ne s'agit pas de dire que le raisin devient une fève, mais que sa taille atteint celle d'une fève blanche.

L'argument de Rav Chimi se referme alors. Celui qui distingue le boser du smadar, ce sont les Sages ; or ces mêmes Sages fixent pour les autres arbres le seuil de l'apparition du fruit. Ils reconnaissent donc un rang de fruit dès le premier stade.

Le Roch tire de ce passage deux règles pratiques de bénédiction : sur les noyaux non amers, borei péri haets ; sur le boser trop petit, borei péri haadama.

11
אֶלָּא אָמַר רָבָא: הֵיכָא אָמְרִינַן דְּהָוֵי שׁוֹמֵר לַפְּרִי — הֵיכָא דְּכִי שָׁקְלַתְּ לֵיהּ לְשׁוֹמֵר מָיֵית פֵּירָא. הָכָא כִּי שָׁקְלַתְּ לֵיהּ — לָא מָיֵית פֵּירָא.

Rava dit plutôt : où disons nous qu'une chose est protection du fruit ? Là où, si tu retires la protection, le fruit meurt.

Ici, si tu la retires, le fruit ne meurt pas.

💡 Explication

Troisième définition, celle qui sera retenue. Rava abandonne les critères de durée, qui se heurtaient chaque fois à un contre exemple, et adopte un critère de fonction : est protection ce dont le retrait fait mourir le fruit.

La force de cette formulation est qu'elle se vérifie. Le folio en donne aussitôt la vérification.

12
הֲוָה עוֹבָדָא וְשַׁקְלוּהּ לְנֵץ דְּרִמּוֹנָא, וְיָבֵשׁ רְמוּנָא, וְשַׁקְלוּהָ לְפִרְחָא דְּבִיטִיתָא — וְאַיֵּקִיִּים בִּיטִיתָא.

Il y eut un fait : on retira le netz de la grenade, et la grenade se dessécha ; on retira la fleur de la bitita, et la bitita se maintint.

📜 Rachi (1)
בִּיטִיתָא אֲבִיּוֹנוֹת:
Bitita — les aviyonot.
💡 Explication

Vérification expérimentale du critère. Les deux cas discutés tout au long de la sougya sont mis à l'épreuve côté à côté. La grenade privée de son netz se dessèche : le netz la protège. La baie du câprier privée de sa fleur poursuit sa croissance : le kaprisin ne la protège pas.

La différence de traitement entre le netz et le kaprisin, qui semblait arbitraire, reçoit ici sa raison.

🖼️ Schéma
L'expérience qui tranche : retirer la protection et regarder Grenade On retire le netz. La grenade se dessèche. Le netz est donc bien une protection : le fruit en dépend pour vivre. Bitita, la baie du câprier On retire la fleur. La bitita se maintient. Le kaprisin n'est donc pas une protection : le fruit vit sans lui. Le critère devient vérifiable : il ne s'agit plus de savoir quand la partie tombe, mais si le fruit survit sans elle.
Le fait rapporté : deux retraits, deux résultats, un critère confirmé.
13
(וְהִלְכְתָא כְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי דְּזָרֵיק אֶת הָאֲבִיּוֹנוֹת וְאָכֵיל אֶת הַקַּפְרֵיסִין. וּמִדִּלְגַבֵּי עָרְלָה לָאו פֵּירָא נִינְהוּ, לְגַבֵּי בְּרָכוֹת נָמֵי לָאו פֵּירָא נִינְהוּ, וְלָא מְבָרְכִינַן עָלֶיהָ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״, אֶלָּא ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״.)

(Et la halakha est comme Mar bar Rav Achi, qui jetait les aviyonot et mangeait les kaprisin. Et puisque, au regard de la orla, ce ne sont pas des fruits, au regard des bénédictions non plus ce ne sont pas des fruits, et l'on ne récite pas sur eux borei péri haets, mais borei péri haadama.)

🗂️ Tossefot (1)
לְשׁוֹן ה"ג וְהִלְכְתָא כְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי מִדִּלְגַבֵּי עָרְלָה לָאו פֵּירָא הוּא וְכוּ' וְהָיָה אוֹמֵר הר"מ דִּלְגַבֵּי עָרְלָה לָאו פֵּירָא הוּא הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּכָל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בח"ל אֲבָל בָּאָרֶץ וַדַּאי הָוֵי פֵּירָא וּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ וּבִבְרָכוֹת לֵיכָּא חִלּוּק בֵּין בָּאָרֶץ לח"ל:
Texte des Halakhot Guedolot : et la halakha est comme Mar bar Rav Achi, puisqu'au regard de la orla ce n'est pas un fruit, etc. Et le Harav Moche disait : si l'on dit qu'au regard de la orla ce n'est pas un fruit, c'est uniquement parce que toute opinion indulgente en Erets Israël, la halakha la suit hors d'Erets Israël ; mais en Erets Israël c'est certainement un fruit et l'on récite dessus borei péri haets. Or en matière de bénédictions il n'y a aucune différence entre Erets Israël et l'extérieur.
💡 Explication

Conclusion halakhique de toute la sougya du câprier, marquée comme un ajout des Guueonim. Mar bar Rav Achi mangeait les kaprisin et jetait les aviyonot : les premiers ne sont pas des fruits, les secondes le sont et restent interdites comme orla.

Le passage établit ensuite un transfert de catégorie : ce qui n'est pas fruit pour la orla n'est pas fruit pour la bénédiction, d'où borei péri haadama.

Le Tossefot résiste à ce transfert. Le statut indulgent des kaprisin tient à une règle géographique, celle de l'indulgence hors d'Erets Israël ; or les bénédictions ne connaissent pas cette frontière. La question reste ouverte chez les richonim.

14
פִּלְפְּלֵי, רַב שֵׁשֶׁת אָמַר: ״שֶׁהַכֹּל״, רָבָא אָמַר: לֹא כְּלוּם. וְאַזְדָּא רָבָא לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר רָבָא: כַּס פִּלְפְּלֵי בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי — פָּטוּר, כַּס זַנְגְּבִילָא בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי — פָּטוּר.

Le poivre : Rav Chechet dit chehakol ; Rava dit rien du tout. Et Rava suit sa propre logique, car Rava a dit : celui qui croque du poivre le jour de Kippour est exempt ; celui qui croque du gingembre le jour de Kippour est exempt.

📜 Rachi (2)
כֵּס פִּלְפְּלֵי כָּל דָּבָר שֶׁאָדָם אוֹכֵל שֶׁלֹּא כְּדַרְכּוֹ מִקְּרֵי כְּסִיסָה:
Il croque du poivre — tout ce qu'un homme mange d'une manière inhabituelle est appelé kessissa, croquer.
פָּטוּר מָכַרְתָּ:
Exempt — du karet.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה יָצָא וְעַל פֵּירוֹת הָאָרֶץ בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ לֹא יָצָא וְעַל כֻּולָּם אִם אָמַר שנ"ב יָצָא וְעַל דָּבָר שֶׁאֵין גִּידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ אוֹמֵר שנ"ב. וְעַל הַחֹומֶץ וְעַל הַנּוֹבְלוֹת וְעַל הַגּוֹבַאי אוֹמֵר שֶׁהַכֹּל נִהְיֶה בִּדְבָרוֹ ר' יְהוּדָה אוֹמֵר כֹּל שֶׁהוּא מִין קְלָלָה אֵין מְבָרְכִין עָלָיו וּבַגְּמָרָא קָאָמַר כָּל דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה פֵּירוֹת מִשָּׁנָה לְשָׁנָה נִקְרָא עֵץ אֲבָל כָּל דָּבָר שֶׁצָּרִיךְ לְזָורְעוֹ בְּכָל שָׁנָה נִקְרָא פְּרִי הָאָרֶץ וְעוֹד אוֹמֵר סִי' אַחֵר בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּכִלְאַיִם פ"ג כָּל שֶׁמּוֹצִיא עָלָיו מֵעִיקָּרוֹ עֵשֶׂב הוּא וּמְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וְכָל שֶׁמּוֹצִיא עָלָיו מֵעֲנָפָיו אִילָן הוּא וּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ וְאִם תֹּאמַר הֵיכִי מְבָרְכִין עַל הַחֹומֶץ הָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְיוֹמָא דַּף פֹּא הַשּׁוֹתֶה חֹומֶץ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים פָּטוּר דְּלֵית הִלְכְתָא כְּרַבִּי דְּאָמַר חֹומֶץ מֵשִׁיב אֶת הַדַּעַת וּלְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לו:) גַּבֵּי פִּילְפְּלֵי יַבֶּשְׁתָּא מַשְׁוִינַן בְּרָכָה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים יֵשׁ לוֹמַר דְּמַייְרֵי בְּמָזוּג קְצָת כִּדְמַסִּיק הָתָם דְּאָז מֵשִׁיב הַדַּעַת אִי נָמֵי מַיְירֵי בְּחוֹשֵׁשׁ בְּשִׁינָּיו וְנָתַן חֹומֶץ הַרְבֵּה לְתוֹךְ מָרָק וְשׁוֹתֵהוּ לִרְפוּאָה וְחֹומֶץ עִיקָּר מִכָּל מָקוֹם אַגַּב הַמָּרָק אִית לֵיהּ הֲנָאָה מִינֵּיהּ וּבָעֵי בָּרוֹכֵי כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל שָׁם גַּבֵּי שֶׁמֶן זַיִת שֶׁנְּתָנוֹ לְתוֹךְ אֲנִיגְרוֹן:
Michna : s'il a béni sur les fruits de l'arbre borei péri haadama, il s'est acquitté ; et sur les fruits de la terre borei péri haets, il ne s'est pas acquitté. Et sur tous, s'il a dit chehakol nihya bidvaro, il s'est acquitté. Et sur ce dont la croissance ne vient pas de la terre, il dit chehakol nihya bidvaro. Et sur le vinaigre, sur les novelot, fruits tombés avant maturité, et sur les sauterelles, il dit chehakol nihya bidvaro. Rabbi Yehouda dit : tout ce qui est une espèce de malédiction, on ne récite pas de bénédiction dessus. Et dans la Guemara il est dit : tout ce qui produit des fruits d'année en année porte le nom d'arbre, tandis que ce qu'il faut semer chaque année porte le nom de fruit de la terre. Et l'on donne encore un autre signe, dans la Tossefta de Kilaim chapitre 3 : tout ce qui fait sortir ses feuilles de sa racine est une herbe, et l'on récite dessus borei péri haadama ; tout ce qui fait sortir ses feuilles de ses branches est un arbre, et l'on récite dessus borei péri haets. Et si tu dis : comment récite t on une bénédiction sur le vinaigre ? N'avons nous pas dit au dernier chapitre de Yoma (81a) que celui qui boit du vinaigre le jour de Kippour est exempt, car la halakha ne suit pas Rabbi qui dit que le vinaigre restaure l'esprit ? Et plus haut, à propos du poivre sec, nous avons aligné la question de la bénédiction sur celle du jour de Kippour. On peut répondre qu'il s'agit ici d'un vinaigre un peu coupé d'eau, comme la Guemara le conclut là bas, car alors il restaure l'esprit. Ou bien il s'agit de quelqu un qui souffre des dents et qui a versé beaucoup de vinaigre dans un bouillon qu'il boit comme remède, le vinaigre étant l'essentiel ; en tout état de cause, grâce au bouillon il en tire un plaisir et doit réciter une bénédiction, comme nous l'avons dit plus haut à propos de l'huile d'olive versée dans l'anigueron.
💡 Explication

Le folio quitte la orla pour les bénédictions. Sur le poivre, Rav Chechet tient qu'il s'agit d'un aliment de peu de rang et prescrit chehakol ; Rava soutient qu'il n'y a aucune bénédiction à réciter.

Rava relie cette position à la sienne sur Kippour : croquer du poivre n'est pas une manière de manger, donc l'acte ne rend pas passible de karet. Le même raisonnement vaut pour la bénédiction, qui suppose un acte de consommation ordinaire.

15
מֵיתִיבִי, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר ״וַעֲרַלְתֶּם עָרְלָתוֹ אֶת פִּרְיוֹ״ אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁעֵץ מַאֲכָל הוּא? אֶלָּא מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״עֵץ מַאֲכָל״ — לְהָבִיא עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה, וְאֵיזֶהוּ? — זֶה הַפִּלְפְּלִין. לְלַמֶּדְךָ שֶׁהַפִּלְפְּלִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה, וּלְלַמֶּדְךָ שֶׁאֵין אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל חֲסֵרָה כְּלוּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶרֶץ אֲשֶׁר לֹא בְמִסְכֵּנֻת תֹּאכַל בָּהּ לֶחֶם לֹא תֶחְסַר כֹּל בָּהּ״.

On objecta : Rabbi Meir disait, de ce qui est dit vous tiendrez pour orla son orla, et son fruit, ne sais je pas déjà qu'il s'agit d'un arbre à nourriture ? Que vient donc enseigner arbre à nourriture ?

À inclure un arbre dont le bois et le fruit ont le même goût. Et quel est il ?

Le poivrier. Pour t enseigner que les poivres sont soumis à la orla, et pour t enseigner qu'il ne manque rien à la terre d'Israël, ainsi qu'il est dit : un pays où tu mangeras le pain sans pénurie, où tu ne manqueras de rien.

🪔 Ben Yehoyada (2)
לְהָבִיא עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה, וְאֵיזֶהוּ? זֶה הַפִּלְפְּלִין. נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁנַּעֲשָׂה מִין אֶחָד בָּעוֹלָם כָּךְ כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הקב"ה גָּזַר תְּחִלָּה שֶׁתּוֹצִיא הָאָרֶץ כָּל הָאִילָנוֹת טַעַם הָעֵץ וְטַעַם הַפְּרִי שָׁוִין, אַךְ הָאָרֶץ שִׁינְּתָה רְצוֹן קוֹנֶה וְלֹא הוֹצִיאָה טַעַם הָעֵץ שָׁוֶה לַפְּרִי, וְהַסִּיבָּה שֶׁנִּכְשְׁלָה הָאָרֶץ בְּדָבָר זֶה לְשַׁנּוֹת רְצוֹן הַבּוֹרֵא, מִפְּנֵי שֶׁעָתִיד אָדָם לַחֲטוֹא וְאֵינוֹ רָאוּי שֶׁיִּמָּצֵא טַעַם הָעֵץ כְּטַעַם הַפְּרִי. וְיָדוּעַ גַּם כֵּן כִּי לֶעָתִיד אַחַר גְּמַר הַתִּיקּוּן יַחֲזֹור הַכֹּל לִהְיוֹת כִּתְחִילַּת הַמַּחֲשָׁבָה, וְגַם בְּעִנְיָן זֶה גַּם כֵּן תּוֹצִיא הָאָרֶץ כָּל הָאִילָנוֹת טַעַם הָעֵץ שָׁוֶה לְטַעַם הַפְּרִי כַּנּוֹדָע, אַךְ וַדַּאי אֵין כָּל חָדָשׁ תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ, לְכָךְ נַעֲשֶׂה דֻּוגְמָה לָזֶה הַדָּבָר בְּפִלְפְּלִין, כְּדֵי שֶׁיִּתְקַייֵּם דָּבָר זֶה לֶעָתִיד בְּכָל הָאִילָנוֹת וְלֹא יִהְיֶה דָּבָר חָדָשׁ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּסוֹף כְּתֻובּוֹת עַל גְּלוּסְקָאוֹת וּכְלֵי מִילָת שֶׁתּוֹצִיא הָאָרֶץ לֶעָתִיד, שֶׁנַּעֲשָׂה לָהֶם דֻּוגְמָה מֵעִיקָּרָא דְּלָא לֶהֱוֵי חָדָשׁ תַּחַת הַשֶּׁמֶשׁ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהָיָה דָּבָר זֶה בְּמִין אֶחָד שֶׁל עֵץ פְּרִי, וְהַתּוֹרָה נִמְשְׁלָה לְעֵץ, דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ג, יח) עֵץ חַיִּים הִיא, וּכְבָר הֵבֵאתִי לְעֵיל הַקְדָּמָה יְקָרָה מִן מהרח"ו זַ"ל, שהקב"ה רָצָה לִיתֵּן לָנוּ הַתּוֹרָה בַּלּוּחוֹת רִאשׁוֹנוֹת בְּאֹופֶן שֶׁהַפְּשָׁט וְהַפְּנִימִיּוֹת שְׁנֵיהֶם רוּחָנִים שֶׁהֵם מִסּוּג אֶחָד, וְחֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן גָּרַם שֶׁיִּהְיֶה פְּשַׁט הַתּוֹרָה גְּשָׁמַיי וְלֹא רַוְחָנַיי כְּמוֹ הַפְּנִימִיּוּת, אַךְ לֶעָתִיד נִזְכֶּה לְתוֹרָה זוֹ שֶׁהַפְּשָׁט וְהַפְּנִימִיּוֹת שָׁוְייָם מִסּוּג אֶחָד, וְלָכֵן לֶעָתִיד יִהְיוּ כָּל עֲצֵי הָאִילָנוֹת טַעְמָם כְּטַעַם הַפְּרִי, כְּנֶגֶד הַתּוֹרָה שֶׁנִּזְכֶּה אֵלֶיהָ לֶעָתִיד שֶׁהַפְּשָׁט וְהַפְּנִימִיּוֹת רוּחָנִים מִסּוּג אֶחָד, וְקֹודֶם הַתִּיקּוּן נַעֲשָׂה דִּמְיוֹן לָזֶה בְּמִין אֶחָד דַּוְקָא שֶׁהוּא הַפִּלְפְּלִין. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּיוֹמָא (דַּף פֹּה וּמְגִילָּה דַּף ז' וַחֲגִיגָה י) מָשָׁל עַל דָּבָר מִדִּבְרֵי תּוֹרָה שֶׁהוּא חָבִיב וְנֶחְמָד בְּיוֹתֵר, הַיְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: טָבָא חֲדָא פִּלְפַּלְתָּא חֲרִיפָא מִמְּלָא צַנָּא דְקָרֵי , וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה דִּימּוּ אֶת מִלְּתָא יַקִּירָא דְּלֵית לָהּ פִּרְכָא לְפִילְפְּלָא? וּבָזֶה שֶׁאָמַרְנוּ יָבֹא נָכוֹן כִּי הַפִּלְפְּלִין טַעַם הָעֵץ כְּטַעַם הַפְּרִי, וְזֶה רוֹמֵז עַל הַתּוֹרָה שֶׁנַּשִּׂיג לֶעָתִיד שֶׁהִיא חֲבִיבָה וִיקָרָה בְּיוֹתֵר, שֶׁהַפְּשָׁט וְהַפְּנִימִיּוֹת שְׁנֵיהֶם רוּחָנִים מִסּוּג אֶחָד, וּלְכָךְ כָּל דָּבָר הֶחָבִיב דְּלֵית לָהּ פִּרְכָא מְכַנִּים אוֹתוֹ בְּשֵׁם פִּלְפַּלְתָּא. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לוֹמַר טַעַם שֶׁמְּדַמִּין דִבְרֵי תוֹרָה לְפִלְפְּלִין, כִּי בַּגְּמָרָא מְשַׁנֵּי הָא בְּיַבֶּשְׁתָּא הָא בִּרְטִיבָא, דְּפִלְפְּלִין יְבֵשִׁים אֵין רְאוּיָם לַאֲכִילָה אֲבָל רְטֻובִּים רְאוּיִים, וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל דִבְרֵי תוֹרָה לְעוֹלָם יִהְיוּ בְּעֵינֶיךָ כַּחֲדָשִׁים וּכְאִלּוּ הַיּוֹם קִבְּלוּם מִסִּינַי , וְעַל יְדֵי כָּךְ תִּתְקַייֵּם אֵצֶל הָאָדָם, וְלָכֵן מְדַמֵּי דִבְרֵי תוֹרָה לְפִלְפְּלִין שֶׁהֵם טוֹבִים הַחֲדָשִׁים דַּוְקָא מַה שֶׁאֵין כֵּן הַיְּשָׁנִים. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אָלֶ"ף חָכְמָה אָלֶ"ף בִּינָה, וּמַקְשִׁים תַּרְתֵּי לָמָּה לִי? וּמִתְרַצִּים אָלֶ"ף חָכְמָה בְּעַד חֵלֶק הַנִּסְתָּר, וְאָלֶ"ף בִּינָה כְּנֶגֶד חֵלֶק הַנִּגְלֶה, וְהִנֵּה ב' פְּעָמִים א לָף א לָף [220] הַמִּלּוּי לְבַדּוֹ הוּא פָּל פָּל [220] , לָכֵן דִבְרֵי תוֹרָה נִרְמְזוּ בְּפִלְפְּלִין שֶׁכָּל דִּבּוּר נִקְרָא פִּלְפֵּל.
À inclure un arbre dont le bois et le fruit ont le même goût, et quel est il ? Le poivrier. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si une seule espèce au monde à été faite ainsi, c'est parce que nos maîtres, que leur souvenir soit une bénédiction, ont dit que le Saint béni soit il avait d'abord décrété que la terre produirait tous les arbres avec un goût du bois égal à celui du fruit ; mais la terre modifia la volonté de son maître et ne produisit pas un goût du bois égal à celui du fruit. La cause pour laquelle la terre trébucha ainsi et modifia la volonté du Créateur est que l'homme devait fauter, et qu'il ne convenait pas alors que le goût du bois fût celui du fruit. Il est connu aussi que dans l'avenir, une fois le tikoun achevé, tout reviendra à ce qu'était la pensée initiale : la terre produira alors tous les arbres avec un goût du bois égal à celui du fruit, comme on le sait. Mais assurément il n'y a rien de nouveau sous le soleil ; c'est pourquoi un échantillon de cette chose a été fait dans le poivre, afin que ce qui se réalisera dans l'avenir pour tous les arbres ne soit pas une nouveauté. Ainsi qu'on l'a dit à la fin de Ketoubot au sujet des gâteaux et des vêtements de lin fin que la terre produira dans l'avenir : il en a été fait un échantillon dès l'origine, pour qu'il n'y ait rien de nouveau sous le soleil. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle cette chose s'est trouvée dans une seule espèce d'arbre fruitier est que la Tora est comparée à un arbre, comme il est écrit : elle est un arbre de vie. J'ai déjà rapporté plus haut une introduction précieuse du Maharhav Vital, que son souvenir soit une bénédiction : le Saint béni soit il voulait nous donner la Tora, dans les premières Tables, de telle sorte que le pchat, le sens simple, et le penimiout, le sens intérieur, fussent tous deux spirituels et de même nature ; la faute d'Adam fit que le pchat de la Tora devint matériel et non spirituel comme le penimiout. Dans l'avenir nous mériterons cette Tora où le pchat et le penimiout seront égaux et de même nature ; c'est pourquoi, dans l'avenir, tous les arbres auront le goût de leur fruit, en correspondance avec la Tora que nous mériterons alors, où le pchat et le penimiout seront spirituels et de même nature. Avant le tikoun, une image en a été faite dans une seule espèce, précisément le poivre. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, ce que l'on a dit dans la Guemara de Yoma, de Meguila et de Haguiga, en parabole d'une parole de Tora particulièrement chère et désirable : ce que les gens disent, mieux vaut un seul poivre piquant qu'une pleine corbeille de courges. Il faut comprendre pourquoi l'on a comparé la chose précieuse et irréfutable au poivre. Avec ce que nous avons dit cela s'éclaire : dans le poivre, le goût du bois est celui du fruit, et cela fait allusion à la Tora que nous atteindrons dans l'avenir, chère et précieuse entre toutes, où le pchat et le penimiout seront tous deux spirituels et de même nature ; c'est pourquoi toute chose chère et irréfutable reçoit le nom de poivre. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, donner une autre raison de comparer les paroles de Tora au poivre : la Guemara répond ici, ceci pour le sec et cela pour l'humide, car les poivres secs ne conviennent pas à la consommation tandis que les humides y conviennent. De même nos maîtres ont dit des paroles de Tora qu'elles doivent toujours être à tes yeux comme neuves, comme si tu les avais reçues aujourd hui du Sinaï ; c'est ainsi qu'elles se maintiennent chez l'homme. On compare donc les paroles de Tora au poivre, qui vaut précisément lorsqu'il est nouveau, à la différence de l'ancien. Ou bien encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit alef de 'hokhma, alef de bina, et l'on demande : pourquoi deux ? Et l'on répond : alef de 'hokhma pour la part cachée, alef de bina pour la part révélée. Or deux fois alef, alef, dont le seul remplissage vaut 220, correspond au mot pilpel, poivre, qui vaut 220 ; les paroles de Tora sont donc suggérées dans le poivre, chaque parole étant appelée poivre.
וּלְלַמֶּדְךָ שֶׁאֵין אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל חֲסֵרָה כְּלוּם. קַשָּׁא וַהֲלֹא מִקְרָא מָלֵא הוּא [דְּבָרִים ח' ט'] לֹא תֶחְסַר כֹּל בָּהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַכָּתוּב יֵשׁ לְהָבִין דְּקָאֵי עַל שִׁבְעַת הַמִּינִים שֶׁזָּכַר שָׁם, וְאָמַר שֶׁלֹּא תֶּחְסַר אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בְּשׁוּם זְמַן מֵאֵלּוּ הַשִּׁבְעָה, וּמַה שֶׁהֵבִיא עַל זֶה פָּסוּק לֹא תֶחְסַר כֹּל בָּהּ, הַיְינוּ לִלְמֹוד דְּמָצִינוּ דְּנָחִית קְרָא לְשַׁבֵּחַ אֶת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בִּכְהַאי גַּוְנָא לְהַגִּיד דְּאֵינָהּ חֲסֵרָה כְּלוּם, וְלָכֵן גַּם הָכָא נְחִית לִמְנַקַּט הָכִי לְלַמֶּדְךָ שֶׁאֵין אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל חֲסֵרָה כְּלוּם.
Et pour t enseigner qu'il ne manque rien à la terre d'Israël. Difficulté : le verset le dit déjà explicitement (Devarim 8,9), où tu ne manqueras de rien. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut comprendre que ce verset porte sur les sept espèces qu'il mentionne là, et qu'il dit que la terre d'Israël ne manquera en aucun temps de ces sept là. Si l'on apporte malgré tout le verset où tu ne manqueras de rien, c'est pour apprendre que l'Écriture a l'habitude de louer la terre d'Israël de cette manière, en disant qu'il ne lui manque rien ; c'est pourquoi ici aussi on adopte cette formule, pour t enseigner qu'il ne manque rien à la terre d'Israël.
💡 Explication

Objection contre Rava. La baraita de Rabbi Meir lit dans les mots superflus arbre à nourriture l'inclusion d'un arbre dont le bois a le même goût que le fruit : le poivrier. Le bois lui même y est donc comestible, ce qui le soumet à la orla.

Si le poivre est un aliment au point d'être soumis à la orla, il doit recevoir une bénédiction, contre l'avis de Rava.

La baraita ajoute un second enseignement, sur la terre d'Israël, à laquelle il ne manque aucune ressource, pas même les épices que l'on croirait venues d'ailleurs.

16
לָא קַשְׁיָא: הָא בְּרַטִּיבְתָּא, הָא בְּיַבֶּשְׁתָּא.

Il n'y a pas de difficulté : ceci concerne le poivre humide, cela le poivre sec.

🗂️ Tossefot (1)
בִּרְטִיבָא כְּגוֹן ליטוארי"ו בְּלַעַ"ז מְבָרְכִינַן עֲלֵיהּ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה אֲבָל יַבִּישְׁתָּא לָא מְבָרְכִינַן עָלֶיהָ וְכֵן הֲלָכָה בְּזַנְגְּבִילָא שֶׁקּוֹרִין זינזי"ברו בְּלַעַ"ז וְכֵן קל"ו שֶׁל גרופל"י שֶׁאֵין רְגִילִים לֶאֱכֹול [אֶלָּא] בִּרְטִיבָא כְּגוֹן בליטוארי"ו אֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם כְּלָל בְּיַבֶּשְׁתָּא אֲבָל עֵץ שֶׁל קִנָּמוֹן שֶׁקּוֹרִין קניל"א מְבָרְכִינַן עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה מִפְּנֵי שֶׁרְגִילִין לְאָכְלוֹ בְּיֹובֶשׁ וְגַם הוּא גָּדֵל עַל הָאָרֶץ כְּמוֹ קָנִים וְעַל צוקר"ו מְבָרְכִינַן בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ כִּי יַעְרִי עִם דִּבְשִׁי (שִׁיר ה) זֶה צוקר"ו וֶאֱגוֹז שֶׁקּוֹרִין מושקד"א מְבָרְכִינַן בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ שֶׁגַּם נוֹהֲגִין לֶאֱכֹול אוֹתוֹ בְּיֹובֶשׁ:
Humide — par exemple le letuaire en langue vulgaire : on récite dessus borei péri haadama ; mais sur le sec on ne récite pas. Telle est aussi la halakha pour le gingembre, qu'on appelle zinzibre en langue vulgaire. De même le clou de girofle, qu'on n'a coutume de manger qu'humide, par exemple dans un letuaire : on ne récite rien du tout dessus lorsqu'il est sec. Mais sur le bois de cannelle, qu'on appelle canele, on récite borei péri haadama, parce qu'on a coutume de le manger sec et qu'il pousse à même le sol comme les roseaux. Sur le sucre on récite borei péri haets, car le verset j'ai mangé mon rayon avec mon miel (Chir haChirim 5) désigne le sucre. Et sur la noix qu'on appelle muscade on récite borei péri haets, car on a aussi coutume de la manger sèche.
💡 Explication

Réponse de la Guemara. La baraita de Rabbi Meir vise le poivre ratib, humide et frais, qui se mange tel quel ; Rava vise le poivre yabech, sec, qu'on ne consomme qu'en assaisonnement. Le statut d'aliment dépend de l'usage réel, non de l'espèce botanique.

Le Tossefot étend la distinction aux épices de son temps et donne une liste pratique en ancien français : letuaire, gingembre, girofle, cannelle, sucre, muscade.

17
אָמְרִי לֵיהּ רַבָּנַן לְמָרִימָר: כַּס זַנְגְּבִילָא בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי פָּטוּר? וְהָא אָמַר רָבָא: הַאי הִמְלְתָא דְּאָתְיָא מִבֵּי הִנְדּוּאֵי — שָׁרְיָא, וּמְבָרְכִינַן עֲלָהּ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. לָא קַשְׁיָא: הָא בְּרַטִּיבְתָּא, הָא בְּיַבֶּשְׁתָּא.

Les Sages dirent à Marimar : celui qui croque du gingembre le jour de Kippour est exempt ? Mais Rava n'a t il pas dit : cette himalta qui vient du pays des Indes est permise, et l'on récite sur elle borei péri haadama ?

Il n'y a pas de difficulté : ceci concerne le gingembre humide, cela le sec.

📜 Rachi (3)
הַמִּלְּתָא ליטואר"יו בְּלַעַז:
Himalta — letuaire en langue vulgaire.
שָׁרְיָא אֵין בָּהּ לֹא מִשּׁוּם בִּשּׁוּל נָכְרִים וְלֹא מִשּׁוּם גָּעוּל נָכְרִים:
Est permise — il n'y a en elle ni interdit de cuisson par un non Juif, ni interdit venant des ustensiles des non Juifs.
הִנְדּוּאֵי כּוּשִׁיִּים:
Hindouaei — les Koushim.
💡 Explication

La même distinction est appliquée au gingembre. Les Sages relèvent une contradiction chez Rava lui même : il exempte celui qui croque du gingembre à Kippour, et il déclare permise la himalta importée des Indes, sur laquelle on récite borei péri haadama.

La réponse reprend le partage établi au segment précédent : humide, le gingembre est un aliment ; sec, il ne l'est pas. Rachi précise au passage que la permission porte sur les interdits de bichoul akoum et de guéoul akoum, et non sur une question de bénédiction.

18
חֲבִיץ קְדֵרָה וְכֵן דַּייְסָא, רַב יְהוּדָה אָמַר: ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״. רַב כָּהֲנָא אָמַר: ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״. בְּדַייְסָא גְּרֵידָא כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״. כִּי פְּלִיגִי בְּדַייְסָא כְּעֵין חֲבִיץ קְדֵרָה, רַב יְהוּדָה אָמַר ״שֶׁהַכֹּל״, סָבַר דֻּובְשָׁא עִיקָּר. רַב כָּהֲנָא אָמַר ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״, סָבַר סְמִידָא עִיקָּר. אָמַר רַב יוֹסֵף: כְּוָתֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא מִסְתַּבְּרָא, דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין מְבָרְכִין עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״.

Le havits kedera, et de même la dayssa : Rav Yehouda dit chehakol nihya bidvaro, Rav Kahana dit borei minei mezonot. Sur la dayssa seule, tous s'accordent que c'est borei minei mezonot.

Ils divergent sur la dayssa faite à la manière du havits kedera : Rav Yehouda dit chehakol, tenant que le miel est l'essentiel ; Rav Kahana dit borei minei mezonot, tenant que la semoule est l'essentiel. Rav Yossef a dit : il est raisonnable de tenir comme Rav Kahana, car Rav et Chmouel ont dit tous deux : tout ce qui contient l'une des cinq espèces, on récite dessus borei minei mezonot.

📜 Rachi (4)
חֲבִיץ קְדֵרָה מִין מַאֲכָל קָפוּי כְּמוֹ חָלָב שֶׁחִבְּצוּהוּ בְּקֵיבָה כָּךְ עוֹשִׂין מַאֲכָל קָפוּי בִּקְדֵרָה וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָהּ קִמְחָא וְדֻובְשָׁא וּמִשְׁחָא וְקָרוּ לֵיהּ אברושד"י:
Havits kedera — une sorte de plat pris en masse, comme le lait qu'on a caillé dans la caillette; on prépare de la même façon un plat épaissi dans une marmite. Plus loin la Guemara l'explique : de la farine, du miel et de l'huile ; on l'appelle abrouchdi.
דַּייְסָא שֶׁל חִטִּים כְּתוּשׁוֹת בְּמַכְתֶּשֶׁת:
Dayssa — de blé concassé au mortier.
דַּייְסָא כְּעֵין חֲבִיץ קְדֵרָה לְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָהּ חִטֵּי דְּמִתַּבְרִי בַּאֲשִׁיתָא וִיהַבוּ בְּהוּ דֻּובְשָׁא וַעֲבִיד לְהוּ בִּקְדֵירָה:
Dayssa à la manière du havits kedera — plus loin la Guemara l'explique : du blé brisé contre un mur, dans lequel on met du miel et que l'on prépare dans une marmite.
סְמִידָא סֹלֶת:
Semida — de la fleur de farine.
🗂️ Tossefot (1)
כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וְכֵן קלייריט"ש בְּלַעַ"ז שֶׁעוֹשִׂים מִקֶּמַח וּמַיִם אוֹ מֵחָלָב מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וְכֵן כְּשֶׁנּוֹתְנִים קֶמַח לְתוֹךְ פּוֹלִין אוֹ לְתוֹךְ עֲדָשִׁים אוֹ כְּרֵישִׁים וְכֵן לְתוֹךְ שְׁקֵדִים שֶׁעוֹשִׂין לְחוֹלֶה אִם עוֹשִׂין אוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁיִּסְעֹוד הַלֵּב אָז צָרִיךְ לְבָרֵךְ בּוֹרֵא מ"מ וְאִם לְדַבֵּק בְּעָלְמָא אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ בּוֹרֵא מ"מ וְטוֹב לְהַחְמִיר וּלְגָמְעוֹ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה לְאַחַר בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא וּפָטוּר מִמַּה נַפְשָׁךְ:
Tout ce qui contient l'une des cinq espèces, on récite dessus borei minei mezonot — de même les clairets en langue vulgaire, que l'on fait de farine et d'eau ou de lait : on récite dessus borei minei mezonot. De même lorsqu'on met de la farine dans des fèves, dans des lentilles ou dans des poireaux, et de même dans le lait d'amandes que l'on prépare pour un malade : si on le fait pour soutenir le cœur, il faut réciter borei minei mezonot ; si c'est pour lier seulement, il n'est pas nécessaire de réciter borei minei mezonot. Et il est bon d'être rigoureux et de le prendre au cours du repas, après la bénédiction hamotsi : on en est alors exempt dans tous les cas.
⚖️ Rosh (2)
פִּלְפְּלֵי רַב שֵׁשֶׁת אָמַר שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ רָבָא אָמַר וְלֹא כְּלוּם וְאָזְדָא רָבָא לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר כַּס פִּלְפְּלֵי בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי פָּטוּר מֵיתִיבִי ר"מ אוֹמֵר מִמַּשְׁמַע שֶׁנֶּאֱמַר וַעֲרַלְתֶּם עָרְלָתוֹ אֶת פִּרְיוֹ אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁעֵץ מַאֲכָל הוּא מַה ת"ל עֵץ מַאֲכָל עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה וְאֵיזֶה זֶה פִּלְפְּלִין מְלַמֵּד שֶׁהַפִּלְפְּלִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה ל"ק הָא בְּרַטִּיבְתָּא וְהָא בְּיַבֶּשְׁתָּא וקי"ל כְּרָבָא וּפִלְפְּלֵי וְזַנְגְּבִילָא יַבֶּשְׁתָּא וְכֵן כָּל כַּיּוֹצֵא בָּהֶן כְּגוֹן גרופל"י ונגלי"ן וְלֹא כְלוּם וְטַעֲמָא לְפִי שֶׁאֵין רְגִילִין לְאָוכְלָן חַיִּין כִּי אִם לְעָרְבָן עִם שְׁאָר דְּבָרִים וְעַל אֱגוֹז שֶׁקּוֹרִין מֻושְׁקָט מְבָרְכִין עָלָיו בפה"ע וְעַל הַקָּנֶה שֶׁקּוֹרִין קניל"א צִינָּמוֹן מְבָרְכִין עָלָיו בפה"א וְכֵן כָּל אוֹתָן שֶׁהוּא יָדוּעַ שֶׁהוּא פְּרִי הָאִילָן מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם בפה"ע וְשֶׁאֵינוֹ פְּרִי בפה"א וְשֶׁאֵינוֹ יָדוּעַ מְבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל וְעַל הסוק"ר כָּתַב בַּעַל ה"ג בפה"ע וְהוּא יַעֲרַת הַדְּבַשׁ וְהַמֵּרִיחַ בְּקָנֶה מְבָרֵךְ אֲשֶׁר נָתַן רֵיחַ טוֹב בִּפְרִי הָאֲדָמָה כֵּיוָן שֶׁעִיקָּרוֹ עוֹמֵד לַאֲכִילָה כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף מג:) הָאִי מָאן דְּמָרַח אַתְרוּגָּא אוֹמֵר אֲשֶׁר נָתַן רֵיחַ טוֹב בַּפֵּירוֹת וְלֹא מְבָרֵךְ בּוֹרֵא פֵּירוֹת ס"א עֲצֵי בְּשָׂמִים כֵּיוָן שֶׁעִיקָּרָן עוֹמֵד לַאֲכִילָה. רַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב פִּלְפְּלֵי רְטִיבְתָּא בפה"א וְלָא נְהִירָא מִדְּפָרִיךְ מֵעָרְלָה וּמְשַׁנֵּי הָא בְּיַבֶּשְׁתָּא וְהָא בִּרְטִיבָא מִכְּלָל דְּרָטִיבְתָּא פְּרִי הָעֵץ הוּא וּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ אֲבָל בְּזַנְגְּבִילָא רַטִּיבָא בפה"א בְּיַבֶּשְׁתָּא לֹא כְּלוּם:
Le poivre : Rav Chechet dit chehakol nihya bidvaro, Rava dit rien du tout. Et Rava suit sa propre logique, car il a dit : celui qui croque du poivre le jour de Kippour est exempt. On objecta : Rabbi Meir dit, de ce qui est dit vous tiendrez pour orla son orla, et son fruit, ne sais je pas déjà qu'il s'agit d'un arbre à nourriture ? Que vient enseigner arbre à nourriture ? Un arbre dont le bois et le fruit ont le même goût ; et quel est il ? Le poivrier — ce qui enseigne que les poivres sont soumis à la orla. Il n'y a pas de difficulté : ceci pour le poivre humide, cela pour le sec. Et nous tenons comme Rava : le poivre et le gingembre secs, ainsi que tout ce qui leur ressemble, comme le girofle et le naglin, ne reçoivent rien du tout ; la raison en est qu'on n'a pas coutume de les manger crus, mais seulement de les mêler à d'autres choses. Sur la noix que l'on appelle muscade on récite borei péri haets ; sur le roseau que l'on appelle cannelle on récite borei péri haadama. De même, tout ce dont on sait que c'est un fruit d'arbre reçoit borei péri haets, ce qui n'est pas un fruit reçoit borei péri haadama, et ce que l'on ne connaît pas reçoit chehakol. Sur le sucre, l'auteur des Halakhot Guedolot a écrit borei péri haets, car il est le yaarat hadevach, le miel de la canne. Celui qui respire le parfum du roseau dit acher natan reah tov bipri haadama, puisque l'essentiel de ce roseau est destiné à la consommation, comme nous le disons plus loin (Berakhot 43b) : celui qui respire le parfum d'un etrog dit acher natan reah tov bapeirot, et ne dit pas borei péri, autre version borei atsei vessamim, puisque l'essentiel en est destiné à la consommation. Rav Alfas, que son souvenir soit une bénédiction, a écrit : sur le poivre humide, borei péri haadama. Cela ne paraît pas exact, car du moment que la Guemara objecte à partir de la orla et répond ceci pour le sec et cela pour l'humide, il en ressort que le poivre humide est un fruit d'arbre et que l'on récite dessus borei péri haets. En revanche sur le gingembre humide on récite borei péri haadama, et sur le sec, rien du tout.
חֲבִיץ קְדֵירָה וְכֵן דַּייְסָא כְּעֵין חֲבִיץ קְדֵירָה כְּגוֹן דְּאִיכָּא בָּהֶן דֻּובְשָׁא רַב יְהוּדָה אוֹמֵר שֶׁהַכֹּל וְרַב כָּהֲנָא אוֹמֵר בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת אָמַר רַב יוֹסֵף נְקוֹט דְּרַב כָּהֲנָא בִּידָךְ דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת מִינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וְכֵן הִלְכְתָא דְּהָא רַב יוֹסֵף מַיְיתֵי מִינַּייְהוּ רְאָיָה הִלְכָּךְ כָּל שֶׁעִיקָּרוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין אַפֵּי' רֻובּוֹ מִמִּין אַחֵר מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ אֲבָל תַּבְשִׁיל שֶׁנּוֹתְנִין שָׁם קֶמַח לְהַקְפּוֹת הַמַּאֲכָל וּלְדַבְּקוֹ לָא חֲשִׁיב עִיקָּר כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לט.) הַאי תַּבְשִׁילָא דְּסִילְקָא דְּשָׁדוּ בֵּיהּ קִימְחָא לְדִבּוּקֵי בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבִידִי וּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא פה"א ואע"ג דְּהִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ בְּהַךְ מֵימְרָא קַמַּייְתָא בְּהַךְ מֵימְרָא תְּנֵינָא דְּקָאָמַר כָּל שֶׁהוּא מַה' מִינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת לְאַפּוֹקֵי אֹורֶז לָא קי"ל כְּוָותַייְהוּ דְּאִיתּוֹתַבוּ דַּף לז. מֵהַךְ בָּרַייְתָא דְּתַנְיָא הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ ב"פ הָאֲדָמָה טְחָנָהּ אֲפָאָהּ וּבִשְּׁלָהּ בִּזְמַן שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת מְבָרֵךְ בַּתְּחִלָּה הַמּוֹצִיא וּלְבַסּוֹף ג' בְּרָכוֹת וְאִם אֵין הַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת מְבָרֵךְ בַּתְּחִלָּה בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג':
Le havits kedera, et de même la dayssa faite à la manière du havits kedera, c'est à dire lorsqu'il y a du miel dedans : Rav Yehouda dit chehakol, et Rav Kahana dit borei minei mezonot. Rav Yossef a dit : tiens fermement l'avis de Rav Kahana, car Rav et Chmouel ont dit tous deux, tout ce qui contient l'une des cinq espèces, on récite dessus borei minei mezonot. Et telle est la halakha, puisque Rav Yossef en tire une preuve. Par conséquent, tout ce dont l'essentiel provient des cinq espèces, même si la plus grande partie en est d'une autre espèce, reçoit borei minei mezonot, et à la fin la bénédiction unique qui résume les trois. Mais un plat auquel on ajoute de la farine pour épaissir et lier l'aliment : cette farine n'a pas rang d'essentiel, comme nous le disons plus loin (39a) : ce plat de bettes dans lequel on a jeté de la farine, c'est pour lier seulement qu'on le fait, et l'on récite dessus borei péri haadama. Et bien que la halakha soit comme eux dans ce premier enseignement, dans le second enseignement, où il est dit que tout ce qui est de l'une des cinq espèces reçoit borei minei mezonot, à l'exclusion du riz, nous ne tenons pas comme eux, car ils ont été réfutés (37a) par cette baraita : celui qui croque du blé récite dessus borei péri haadama ; s'il l'a moulu, cuit au four puis cuit à l'eau, lorsque les morceaux subsistent il récite au début hamotsi et à la fin les trois bénédictions, et si les morceaux ne subsistent pas il récite au début borei minei mezonot et à la fin la bénédiction unique qui résume les trois.
💡 Explication

Nouvelle sougya de bénédictions, sur un plat composé. Le havits kedera associe farine, miel et huile ; la dayssa est du blé concassé. Seule, la dayssa reçoit sans discussion borei minei mezonot.

La divergence porte sur le plat mêlé, et elle se formule en termes de ikar, l'essentiel, et de tafel, l'accessoire. Rav Yehouda tient le miel pour l'essentiel, Rav Kahana la semida, la fleur de farine.

Rav Yossef ne tranche pas par le goût ni par la quantité, mais par une règle reçue de Rav et de Chmouel : la présence de l'une des cinq espèces céréalières fixe à elle seule la bénédiction.

🖼️ Schéma
Havits kedera : qui est l'essentiel, le miel ou la semoule Dayssa préparée au miel dans la marmite semoule de blé + miel + huile Rav Yehouda Bénédiction : chehakol nihya bidvaro. Raison : le miel est l'essentiel du plat, la semoule vient s'y ajouter. La céréale perd son rang dans le mélange. Rav Kahana Bénédiction : borei minei mezonot. Raison : la semoule est l'essentiel, comme tout produit des cinq espèces. Le miel n'est que l'accompagnement. Rav Yossef tranche Rav et Chmouel : tout ce qui contient l'une des cinq espèces reçoit borei minei mezonot.
La mahloket sur le havits kedera : ce qui fait l'essentiel du plat, et la règle qui tranche.
19
גּוּפָא: רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין מְבָרְכִין עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״. וְאִיתָמָר נָמֵי, רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: כֹּל שֶׁהוּא מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת.

Le corps même de cet enseignement : Rav et Chmouel ont dit tous deux, tout ce qui contient l'une des cinq espèces, on récite dessus borei minei mezonot. Et il a été dit aussi : Rav et Chmouel ont dit tous deux, tout ce qui est de l'une des cinq espèces, on récite dessus borei minei mezonot.

💡 Explication

La Guemara revient sur l'enseignement de Rav et Chmouel pour lui même. Deux versions en circulent : tout ce qui contient l'une des cinq espèces, et tout ce qui est de l'une des cinq espèces. La première vise un mélange, la seconde une céréale à l'état pur.

La question implicite est celle de la redondance : pourquoi transmettre les deux ?

20
וּצְרִיכָא, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן ״כָּל שֶׁהוּא״ הֲוָה אָמֵינָא מִשּׁוּם דְּאִיתֵיהּ בְּעֵינֵיהּ, אֲבָל עַל יְדֵי תַּעֲרוֹבוֹת — לֹא.

Et les deux sont nécessaires. Car s'il ne nous avait enseigné que tout ce qui est de l'une des cinq espèces, j'aurais dit : c'est parce qu'il se trouve là tel quel, mais par mélange, non.

💡 Explication

Début de la réponse, selon la forme habituelle du tsrikha : chacune des deux formulations apporte ce que l'autre ne donne pas. De la seule version tout ce qui est de l'une des cinq espèces, on aurait conclu que la bénédiction tient à la présence de la céréale be-eineih, telle quelle et sans mélange.

La phrase s'interrompt ici et se poursuit en 37a avec le second membre du raisonnement.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).