Sougya : Le folio met à l'épreuve la règle de Rav et de Chmouel : seule une préparation issue des cinq espèces de céréales reçoit la bénédiction bore mine mezonot. Trois objections successives viennent du riz.
La première, tirée du pain de riz traité comme un plat cuit, est résolue par une distinction ; la deuxième, tirée de la liste des plats cuits qui inclut le riz, est attribuée à Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui tient le riz pour une céréale ; la troisième, tirée de la baraita du blé et du riz mâché, moulu, cuit au four puis bouilli, emporte la décision et Rav et Chmouel sont réfutés. Le folio examine ensuite la bénédiction d'après pour ce qui n'est pas des sept espèces, et s'achève sur la scène de Jericho où Rabbi Akiva, autorisé à bénir par Rabban Gamliel, récite la bénédiction abrégée et justifie son geste par la règle que son maître lui a enseignée : entre un individu et un grand nombre, la halakha suit le grand nombre.
Il nous enseigne donc : « tout ce qui en contient ». Et s'il ne nous avait enseigné que « tout ce qui en contient », j'aurais dit : tout ce qui contient les cinq espèces, oui ; mais le riz et le millet, non, parce qu'ils ne sont là que par mélange ; en revanche, pris tel quel, je dirais que même sur le riz et sur le millet on récite bore mine mezonot.
Il nous enseigne donc : c'est sur ce qui est des cinq espèces que l'on récite bore mine mezonot, à l'exclusion du riz et du millet, sur lesquels, même pris tels quels, on ne récite pas bore mine mezonot.
Rav et Chmouel ont énoncé deux règles. La première, kol cheyech bo (tout ce qui en contient), vise le mélange : dès lors qu'une préparation contient l'une des cinq espèces, elle reçoit bore mine mezonot. La seconde, kol chehou (tout ce qui en est), visé l'espèce elle-même.
La guemara demande pourquoi les deux énoncés sont nécessaires. La réponse tient à ce que chacun écarte une erreur différente. Le premier apprend que le mélange suffit ; le second apprend que l'origine dans les cinq espèces est indispensable, et il exclut ainsi le riz et le millet même lorsqu'ils sont consommés purs.
Et sur le riz et sur le millet on ne récite pas bore mine mezonot ? Mais on a enseigné : si l'on a apporté devant lui du pain de riz ou du pain de millet, il récite dessus une bénédiction avant et après, comme sur un plat cuit (maasse kedera).
Et au sujet du plat cuit on a enseigné : au début il récite dessus bore mine mezonot, et à la fin il récite dessus une bénédiction unique qui résume les trois (berakha ahat mee'n chaloch).
Première objection. Une baraita traite le pain de riz et le pain de millet exactement comme un maasse kedera, le plat cuit fait de céréales. Or pour le plat cuit une autre baraita précise la formule : bore mine mezonot avant, et berakha ahat mee'n chaloch après, cette bénédiction abrégée qui condense les trois du birkat hamazon.
Si le riz reçoit le même traitement, il reçoit donc mezonot, ce qui contredit directement Rav et Chmouel.
Comme un plat cuit et non comme un plat cuit : comme un plat cuit, en ce que l'on récite dessus une bénédiction avant et après ; et non comme un plat cuit, car pour le plat cuit on récite au début bore mine mezonot et à la fin une bénédiction qui résume les trois, tandis qu'ici on récite au début chehakol nihya bidvaro, et à la fin bore nefachot rabbot vehesronan al kol ma chebarata.
La réponse porte sur ce que la baraita comparait. Elle rapprochait le pain de riz du plat cuit quant au nombre des bénédictions, avant et après, sans rien dire de leur teneur.
Pour la teneur, le riz retombe dans le régime ordinaire : chehakol avant et bore nefachot après, les formules de tout aliment qui ne relève ni des cinq espèces ni des sept espèces de la Terre d'Israël.
Et le riz n'est-il pas un plat cuit ? Mais on a enseigné : voici les plats cuits — hilka, targuis, semoule, zariz, arsan, et le riz.
Deuxième objection. La réponse précédente supposait que le riz se tient hors de la catégorie du maasse kedera. Or une baraita énumère les plats cuits et y range le riz aux côtés des degrés de mouture du blé : hilka (grain brisé en deux), targuis (en trois), zariz (en quatre), arsan (en cinq).
Le riz figure donc dans une liste dont tous les autres membres sont du blé, et cette liste commande la bénédiction.
De qui relève cette baraita ? Elle est de Rabbi Yo'hanan ben Nouri.
Car on a enseigné : Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : le riz est une espèce de céréale, on est passible de karet pour son levain, et l'on s'acquitte avec lui de son obligation à Pessa'h. Mais les Sages, non.
La baraita qui range le riz parmi les plats cuits est attribuée à un avis isolé. Rabbi Yo'hanan ben Nouri tient le riz pour une céréale à part entière, et il en tire deux conséquences lourdes : son levain rend passible de karet à Pessa'h, et une galette de riz acquitte l'obligation de matsa.
Les Sages refusent cette assimilation. La règle de Rav et de Chmouel se tient donc, puisqu'elle suit les Sages, et la baraita ne l'atteint pas.
Et les Sages, non ? Mais on a enseigné : celui qui mâcha du blé récite dessus bore péri haadama.
S'il l'a moulu, cuit au four et bouilli : lorsque les morceaux demeurent entiers, il récite au début hamotsi le'hem min haarets et à la fin les trois bénédictions ; si les morceaux ne demeurent pas entiers, il récite au début bore mine mezonot et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois.
Troisième objection, et la plus forte. Une baraita décrit le blé à travers ses états : mâché tel quel, il reçoit bore péri haadama, la bénédiction du produit du sol ; devenu pain puis bouilli, tout dépend de la tenue des morceaux. Tant que les morceaux gardent leur forme, le pain demeure du pain et appelle hamotsi ; délités, ils ne sont plus du pain et retombent sur mezonot.
Le critère retenu ici est celui de l'aspect conservé. La suite de la baraita, au segment suivant, appliquera la même grille au riz, et c'est là que Rav et Chmouel seront pris en défaut.
Celui qui mâcha du riz récite dessus bore péri haadama. S'il l'a moulu, cuit au four et bouilli, même si les morceaux demeurent entiers, il récite au début bore miné mezonot, et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois.
Voici la suite de la baraita, et le cœur de l'objection. Le riz suit la même grille que le blé, avec une différence décisive : même lorsque les morceaux demeurent entiers, il ne reçoit jamais hamotsi. Le riz ne devient pas du pain au sens de la bénédiction.
Il reçoit pourtant bore miné mezonot. Un aliment exclu du pain se voit donc accorder la bénédiction que Rav et Chmouel réservaient aux cinq espèces.
De qui relève-t-elle ? Si tu dis qu'elle est de Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui dit que le riz est une espèce de céréale, il aurait fallu réciter hamotsi le'hem min haarets et les trois bénédictions !
La guemara ferme la porte de sortie qui avait servi plus haut. On ne peut plus attribuer cette baraita à Rabbi Yo'hanan ben Nouri, car pour lui le riz est une céréale et son pain est du pain : il exigerait hamotsi et le birkat hamazon complet.
Elle est donc nécessairement des Sages — et voilà une réfutation de Rav et de Chmouel !
Par élimination, la baraita exprime l'avis des Sages, ceux-là mêmes dont Rav et Chmouel se réclamaient. Or ces Sages accordent au riz bore miné mezonot tout en lui refusant le statut de céréale.
La règle de Rav et de Chmouel tombe : mezonot ne se limite pas aux cinq espèces.
Réfutation établie.
Le mot teyouvta isolé clôt la discussion. La guemara enregistre la réfutation sans y opposer de réponse, ce qui vaut abandon de la position de Rav et de Chmouel sur ce point.
Le maître a dit : celui qui mâcha du blé récite dessus bore péri haadama. Mais on a enseigné : bore miné zeraïm !
Cela ne fait pas difficulté : l'une est de Rabbi Yehouda, l'autre des Sages. Car nous avons appris : sur les légumes on dit bore péri haadama ; Rabbi Yehouda dit : bore miné dechaïm.
La guemara revient reprendre la baraita ligne à ligne. Première ligne : le blé mâché reçoit bore péri haadama. Une autre source donne bore miné zeraïm, la bénédiction des graines.
Le partage passe entre deux conceptions de la bénédiction. Rabbi Yehouda taille une formule par catégorie de végétal, d'où bore miné dechaïm pour les herbes et bore miné zeraïm pour les graines. Les Sages couvrent tout ce qui sort de la terre par une formule unique.
Le maître a dit : celui qui mâcha du riz récite dessus bore péri haadama. S'il l'a moulu, cuit au four et bouilli, même si les morceaux demeurent entiers, il récite au début bore miné mezonot, et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois.
La guemara reprend maintenant la seconde ligne de la baraita, celle du riz. La bénédiction d'avant a été acquise. Ce qui va faire difficulté, au segment suivant, est la bénédiction d'après : le riz mérite-t-il vraiment la formule mee'n chaloch, réservée aux sept espèces dont la Terre d'Israël est louée ?
Mais on a enseigné : « et à la fin, rien du tout » ! Rav Chechet dit : cela ne fait pas difficulté : l'une est de Rabban Gamliel, l'autre des Sages.
Car on a enseigné : voici la règle — tout ce qui est des sept espèces, Rabban Gamliel dit trois bénédictions, et les Sages disent une bénédiction unique qui résume les trois.
Deux versions de la baraita s'opposent sur la bénédiction d'après pour le riz : l'une donne mee'n chaloch, l'autre « rien du tout », c'est-à-dire la simple bore nefachot. Rav Chechet les répartit entre deux avis.
La règle sous-jacente porte sur les sept espèces dont la Terre d'Israël est louée. Rabban Gamliel leur accorde les trois bénédictions complètes du birkat hamazon ; les Sages s'en tiennent à la bénédiction abrégée. Selon que l'on suit l'un ou l'autre, l'échelle entière se décale d'un cran, et le riz se retrouve soit avec mee'n chaloch, soit avec bore nefachot.
Il arriva que Rabban Gamliel et les Anciens étaient attablés dans une chambre haute à Jericho. On apporta devant eux des kotavot (des dattes) et ils mangèrent.
Rabban Gamliel donna à Rabbi Akiva l'autorisation de réciter la bénédiction. Rabbi Akiva se hâta et récita une bénédiction unique qui résume les trois.
Rabban Gamliel lui dit : Akiva, jusqu'à quand mettras-tu ta tête au milieu de la controverse ? Il lui répondit : notre maître, bien que tu dises ainsi et que tes collègues disent ainsi, tu nous as enseigné, notre maître : entre un individu et un grand nombre, la halakha suit le grand nombre.
La controverse reçoit ici son épreuve. La datte compte parmi les sept espèces, sous le nom de miel, et la question de la bénédiction d'après se pose donc directement.
Rabbi Akiva, autorisé à bénir au nom de l'assemblée, choisit la bénédiction abrégée, contre l'avis de son maître. Le reproche de Rabban Gamliel porte sur l'audace de trancher publiquement une controverse ouverte.
La réponse de Rabbi Akiva se tient tout entière sur un terrain reçu : la règle yahid ve-rabbim, halakha ke-rabbim lui vient de Rabban Gamliel lui-même. Le disciple applique donc au maître l'enseignement du maître.
Rabbi Yehouda dit en son nom : tout ce qui est des sept espèces
Le folio s'interrompt au milieu d'une phrase. Rabbi Yehouda rapporte une variante de la controverse, transmise selon Rachi au nom de Rabban Gamliel. La suite de l'énoncé se lit au verso.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).