Berakhot 37a — Le riz et le millet face aux cinq espèces : quelle bénédiction pour un aliment qui rassasie sans être du blé

Berakhot 37a

Sougya : Le folio met à l'épreuve la règle de Rav et de Chmouel : seule une préparation issue des cinq espèces de céréales reçoit la bénédiction bore mine mezonot. Trois objections successives viennent du riz.

La première, tirée du pain de riz traité comme un plat cuit, est résolue par une distinction ; la deuxième, tirée de la liste des plats cuits qui inclut le riz, est attribuée à Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui tient le riz pour une céréale ; la troisième, tirée de la baraita du blé et du riz mâché, moulu, cuit au four puis bouilli, emporte la décision et Rav et Chmouel sont réfutés. Le folio examine ensuite la bénédiction d'après pour ce qui n'est pas des sept espèces, et s'achève sur la scène de Jericho où Rabbi Akiva, autorisé à bénir par Rabban Gamliel, récite la bénédiction abrégée et justifie son geste par la règle que son maître lui a enseignée : entre un individu et un grand nombre, la halakha suit le grand nombre.

Les bénédictions du folio, avant et après aliment bénédiction avant bénédiction après blé mâché tel quel bore péri haadama bore nefachot pain des cinq espèces hamotsi le'hem min haarets les trois bénédictions plat cuit des cinq espèces bore mine mezonot me en chaloch riz, selon Rav et Chmouel chehakol nihya bidvaro bore nefachot riz panifié ou bouilli, baraita bore mine mezonot me en chaloch, ou rien du tout légumes Sages : bore péri haadama R. Yehouda : bore mine dechaim bore nefachot La ligne de partage du folio mezonot suit la céréale qui nourrit ; me en chaloch suit les sept espèces de la Terre d'Israël
Le tableau des bénédictions traversées par le folio, du blé mâché au riz panifié.
Trois objections contre Rav et Chmouel, et la réfutation finale Rav et Chmouel seules les cinq espèces reçoivent bore mine mezonot Objection 1 : le pain de riz on bénit dessus avant et après comme sur un plat cuit, et le plat cuit reçoit mezonot Réponse : comme, et non comme comme lui pour le fait de bénir avant et après, non pour la teneur : chehakol et bore nefachot Objection 2 : la liste des plats cuits hilka, targuis, semoule, zariz, arsan et le riz y figure Réponse : R. Yo'hanan ben Nouri pour lui le riz est une céréale ; les Sages ne le suivent pas Objection 3 : la baraita du blé et du riz riz moulu, cuit au four, bouilli : bore mine mezonot, et sans hamotsi : ce sont donc les Sages Teyouvta la position de Rav et de Chmouel est réfutée sur le riz ; le millet reste discuté Le riz est écarté des cinq espèces pour le pain et pour Pessa'h, et il est retenu pour mezonot parce qu'il rassasie et soutient le cœur
Les trois objections tirées du riz contre Rav et Chmouel, et la réfutation finale.
La bénédiction d'après pour les sept espèces, et la scène de Jericho Rabban Gamliel tout ce qui est des sept espèces appelle les trois bénédictions complètes raison : la Terre d'Israël est louée par ces espèces Les Sages une seule bénédiction abrégée me en chaloch raison : les trois bénédictions tiennent au pain Nafka mina : les dattes de Jericho la datte est le miel des sept espèces ; quelle bénédiction après l'avoir mangée ? Rabban Gamliel attend trois bénédictions, R. Akiva récite la bénédiction abrégée Le reproche du maître Akiva, jusqu'à quand mettras-tu ta tête au milieu de la controverse ? La réponse du disciple tu nous as enseigné : entre un individu et un grand nombre, la halakha suit le nombre
La controverse sur la bénédiction d après pour les sept espèces, et son épreuve à Jericho.
1
קָא מַשְׁמָע לַן — ״כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ״. וְאִי אַשְׁמְעִינַן ״כָּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ״ הָוֵה אָמֵינָא כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲמֵשֶׁת הַמִּינִים — אִין, אֲבָל אֹורֶז וְדֹוחַן — לֹא, מִשּׁוּם דְּעַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת. אֲבָל אִיתֵיהּ בְּעֵינֵיהּ — נֵימָא אֲפִילּוּ אֹורֶז וְדֹוחַן נָמֵי מְבָרְכִין עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״. קָא מַשְׁמָע לַן — כֹּל שֶׁהוּא מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִים הוּא דִּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת, לְאַפּוֹקֵי אֹורֶז וְדֹוחַן, דַּאֲפִילּוּ אִיתֵיהּ בְּעֵינֵיהּ לָא מְבָרְכִינַן ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״.

Il nous enseigne donc : « tout ce qui en contient ». Et s'il ne nous avait enseigné que « tout ce qui en contient », j'aurais dit : tout ce qui contient les cinq espèces, oui ; mais le riz et le millet, non, parce qu'ils ne sont là que par mélange ; en revanche, pris tel quel, je dirais que même sur le riz et sur le millet on récite bore mine mezonot.

Il nous enseigne donc : c'est sur ce qui est des cinq espèces que l'on récite bore mine mezonot, à l'exclusion du riz et du millet, sur lesquels, même pris tels quels, on ne récite pas bore mine mezonot.

📜 Rachi (3)
קמ"ל כָּל שֶׁהוּא דאע"ג דְּכֻולְּהוּ מֵחַד מִינָא בָּעֵינַן דְּלֶיהֱוֵי מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין וְאִי לָא לָא מְבָרְכִינַן עֲלֵיהּ בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת:
Même lorsque tout le plat est d'une seule espèce, il faut encore qu'elle soit l'une des cinq espèces ; sinon, on ne récite pas dessus bore mine mezonot.
אֹורֶז מִי"ל:
Orez : « mil » en langue romane.
דֹּוחַן פנ"ץ:
Dohan : « panis » en langue romane.
💡 Explication

Rav et Chmouel ont énoncé deux règles. La première, kol cheyech bo (tout ce qui en contient), vise le mélange : dès lors qu'une préparation contient l'une des cinq espèces, elle reçoit bore mine mezonot. La seconde, kol chehou (tout ce qui en est), visé l'espèce elle-même.

La guemara demande pourquoi les deux énoncés sont nécessaires. La réponse tient à ce que chacun écarte une erreur différente. Le premier apprend que le mélange suffit ; le second apprend que l'origine dans les cinq espèces est indispensable, et il exclut ainsi le riz et le millet même lorsqu'ils sont consommés purs.

2
וְאֹורֶז וְדֹוחַן לָא מְבָרְכִינַן ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״? וְהָתַנְיָא: הֵבִיאוּ לְפָנָיו פַּת אֹורֶז וּפַת דֹּוחַן — מְבָרֵךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף כְּמַעֲשֵׂה קְדֵרָה. וְגַבֵּי מַעֲשֵׂה קְדֵרָה תַּנְיָא: בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״, וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ.

Et sur le riz et sur le millet on ne récite pas bore mine mezonot ? Mais on a enseigné : si l'on a apporté devant lui du pain de riz ou du pain de millet, il récite dessus une bénédiction avant et après, comme sur un plat cuit (maasse kedera).

Et au sujet du plat cuit on a enseigné : au début il récite dessus bore mine mezonot, et à la fin il récite dessus une bénédiction unique qui résume les trois (berakha ahat mee'n chaloch).

📜 Rachi (2)
כְּמַעֲשֵׂה קְדֵרָה בְּרָכָה שֶׁמְּבָרְכִין עַל מַעֲשֵׂה קְדֵרָה שֶׁל חֲמֵשֶׁת מִינִין:
La bénédiction que l'on récite sur un plat cuit fait des cinq espèces.
בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' בְּשִׁלְהֵי פִּרְקִין (דַּף מד.) מְפָ' לָהּ עַל הַמִּחְיָה כו':
Elle est expliquée à la fin de notre chapitre (fol. 44a) : « al hamihya », etc.
💡 Explication

Première objection. Une baraita traite le pain de riz et le pain de millet exactement comme un maasse kedera, le plat cuit fait de céréales. Or pour le plat cuit une autre baraita précise la formule : bore mine mezonot avant, et berakha ahat mee'n chaloch après, cette bénédiction abrégée qui condense les trois du birkat hamazon.

Si le riz reçoit le même traitement, il reçoit donc mezonot, ce qui contredit directement Rav et Chmouel.

3
כְּמַעֲשֵׂה קְדֵרָה וְלָא כְּמַעֲשֵׂה קְדֵרָה: כְּמַעֲשֵׂה קְדֵרָה דִּמְבָרְכִין עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף, וְלָא כְּמַעֲשֵׂה קְדֵרָה דְּאִילּוּ בְּמַעֲשֵׂה קְדֵרָה — בַּתְּחִלָּה ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״ וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ, וְאִילּוּ הָכָא — בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״, וּלְבַסּוֹף ״בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת וְחֶסְרוֹנָן עַל כָּל מַה שֶּׁבָּרָאתָ״.

Comme un plat cuit et non comme un plat cuit : comme un plat cuit, en ce que l'on récite dessus une bénédiction avant et après ; et non comme un plat cuit, car pour le plat cuit on récite au début bore mine mezonot et à la fin une bénédiction qui résume les trois, tandis qu'ici on récite au début chehakol nihya bidvaro, et à la fin bore nefachot rabbot vehesronan al kol ma chebarata.

🗂️ Tossefot (1)
בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת וְחֶסְרוֹנָם כְּמוֹ לֶחֶם וּמַיִם שֶׁאִי אֶפְשָׁר בְּלֹא הֵם וְעַל כָּל מַה שֶּׁבָּרָא לְהַחֲיוֹת בָּהֶם נֶפֶשׁ כָּל חָי כְּלוֹמַר עַל כָּל מַה שֶׁבָּעוֹלָם שֶׁגַּם אִם לֹא בְּרָאָם יְכוֹלִין הָעוֹלָם לִחְיוֹת בְּלֹא הֵם שֶׁלֹּא בְּרָאָם כִּי אִם לְתַעֲנוּג בְּעָלְמָא כְּמוֹ תַּפּוּחִים וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן וּמְסַיֵּים בָּרוּךְ חֵי הָעוֹלָמִים וּבַיְּרוּשַׁלְמִי בָּרוּךְ אַתָּה ה' חֵי הָעוֹלָמִים:
« Et leur manque » désigne des choses telles que le pain et l'eau, dont on ne peut se passer. « Et sur tout ce qu'Il a créé pour faire vivre par eux l'âme de tout vivant » veut dire : sur tout ce qui est au monde, dont le monde pourrait vivre même s'ils n'avaient pas été créés, car ils n'ont été créés que pour l'agrément, comme les pommes et leurs semblables. Et l'on conclut : « Baroukh haï haolamim ». Dans le Talmud de Jérusalem : « Baroukh ata Hachem, haï haolamim ».
💡 Explication

La réponse porte sur ce que la baraita comparait. Elle rapprochait le pain de riz du plat cuit quant au nombre des bénédictions, avant et après, sans rien dire de leur teneur.

Pour la teneur, le riz retombe dans le régime ordinaire : chehakol avant et bore nefachot après, les formules de tout aliment qui ne relève ni des cinq espèces ni des sept espèces de la Terre d'Israël.

🖼️ Schéma
Comme un plat cuit, et non comme un plat cuit Plat cuit des cinq espèces avant : bore mine mezonot après : me en chaloch deux bénédictions, avant et après teneur propre aux céréales Pain de riz ou de millet avant : chehakol nihya bidvaro après : bore nefachot rabbot deux bénédictions, avant et après teneur des aliments ordinaires La baraita comparait le nombre des bénédictions, non leur formule
Ce que la baraita comparait, et ce qu'elle laissait de côté.
4
וְאֹורֶז לָאו מַעֲשֵׂה קְדֵרָה הוּא? וְהָתַנְיָא, אֵלּוּ הֵן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה: חֶילְקָא, טְרָגִיס, סֹולֶת, זָרִיז, וְעַרְסָן, וְאֹורֶז.

Et le riz n'est-il pas un plat cuit ? Mais on a enseigné : voici les plats cuits — hilka, targuis, semoule, zariz, arsan, et le riz.

📜 Rachi (7)
וְאֹורֶז לָאו מַעֲשֵׂה קְדֵרָה דְּקָא מַפְּקַתְּ לֵיהּ מִכְּלָל מַעֲשֵׂה קְדֵרָה לִבְרָכָה אַחֶרֶת:
Tu viens de le faire sortir de la catégorie du plat cuit pour lui donner une autre bénédiction.
אֵלּוּ הֵן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה לְעִנְיַן בְּרָכָה:
Il s'agit ici de la question de la bénédiction.
חֶילְקָא טְרָגִיס זָרִיז וְעַרְסָן מְפָרֵשׁ לְהוּ בְּמוֹעֵד קָטָן (פ"ב יג:):
Ils sont expliqués dans le traité Moed Katan (chapitre 2, fol. 13b).
חֶילְקָא חִטֵּי דְּמִתַּבְרִי בַּאֲסִיתָּא חֲדָא לְתָרָתִי:
Du blé brisé au mortier, un grain en deux.
טְרָגִיס חֲדָא לִתְלָת:
Un grain en trois.
זָרִיז חֲדָא לְאַרְבַּע:
Un grain en quatre.
עֵרְסָן חֲדָא לְחָמֵשׁ:
Un grain en cinq.
⚖️ Rosh (1)
אִתְּמַר הֵבִיאוּ לְפָנָיו תְּאֵנִים וַעֲנָבִים בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה אָמַר רַב הוּנָא טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וְאֵין טְעוּנִים בְּרָכָה לְאַחֲרֵיהֶם וְכֵן אָמַר רַב נַחְמָן וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר טְעוּנִין בְּרָכָה בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁטָּעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וְאֵין טָעוּן בְּרָכָה לְאַחֲרָיו אֶלָּא פַּת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין בִּלְבַד וּפְלִיגָא דְּרַבִּי חִיָּיא דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא פַּת פּוֹטֶרֶת כָּל מִינֵי מַאֲכָל וְיַיִן פּוֹטֵר כָּל מִינֵי מַשְׁקֶה וְאַף עַל גַּב דִּפְלִיגָא עָלֶיהָ בְּפַת בְּיַיִן לֵיכָּא דִּפְלִיג עָלֶיהָ וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ בְּיַיִן. אָמַר רַב פָּפָּא הִלְכְתָא דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לֹא לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וְאֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לְאַחֲרֵיהֶם וּלְאַחַר הַסְּעוּדָה טְעוּנִין בְּרָכָה בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם וקי"ל כר"פ. דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה פירש"י כְּגוֹן בָּשָׂר וּפֵירוֹת וְכָל דָּבָר שֶׁהֵבִיאוּ לְלַפֵּת בָּהֶן אֶת הַפַּת אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם מִשּׁוּם דְּהָווּ לְהוּ טְפֵילָה וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ מַאי קָא מַשְׁמַע לַן מַתְנִיתִין הִיא מְבָרֵךְ עַל הָעִיקָּר וּפוֹטֵר אֶת הַטְּפֵילָה בֵּירַךְ עַל הַפַּת פָּטַר אֶת הַפַּרְפֶּרֶת וְעוֹד קָשֶׁה הָא דְּפָרִיךְ בְּסָמוּךְ אִי הָכִי יַיִן נָמֵי נִפְטְרֵיהּ פַּת מַאי קַשְׁיָא לֵיהּ וַהֲלֹא כְּשֶׁשּׁוֹתֶה יַיִן אֵינוֹ טָפֵל לַפַּת וְאָנוּ בְּמִידִי דְּטָפֵל לַפַּת אַיְירֵי לפירש"י וְאֵין לְפָרֵשׁ דְּפָרִיךְ לִיפְטְרֵיהּ פַּת כְּשֶׁשּׁוֹרֶה פִּתּוֹ בְּיַיִן דְּאִין הָכִי נָמֵי דְּוַדַּאי הַפַּת עִיקָּר וְאֵין לוֹמַר מִשּׁוּם דְּיַיִן בָּא לִשְׁרוֹת הָאֲכִילָה בְּמֵעָיו הָוֵי כְּאִילּוּ שׁוֹתֵהוּ עִם הַפַּת דְּמֵהֵיכָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ כֻּולֵּי הַאי דְּמֵהַאי טַעְמָא הָוֵי כְּמוֹ דְּבָרִים שֶׁמְּלַפְּתִים בָּהֶם אֶת הַפַּת הִלְכָּךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה הַיְינוּ כְּגוֹן בָּשָׂר וְדָגִים וְיָרָק וְדַיְיסָא שֶׁרְגִילִין לִקְבֹּועַ עִיקַּר הַסְּעוּדָה עֲלֵיהֶם וְלֶאֱכֹול בָּהֶן אֶת הַפַּת הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ אֲכָלָן בְּלֹא פַּת אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לֹא לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם כֵּיוָן דְּעִיקַּר הַסְּעוּדָה הֵם פּוֹטְרָן בִּרְכַּת הַפַּת וְכֵן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטְרָן וְכֵן מַשְׁקִין הַבָּאִים בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה חֲשִׁיבִי בָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה לְפִי שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם רְגִילִין לֶאֱכֹול בְּלֹא שְׁתִיָּה וַחֲשִׁיבִי כְּעִיקָּר סְעוּדָה וְאֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם חוּץ מִן הַיַּיִן הוֹאִיל וְגוֹרֵם בְּרָכָה לְעַצְמוֹ טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו כְּדִתְנַן בְּמַתְנִיתִין אֲבָל לֹא לְאַחֲרָיו כִּדְמוֹכַח בִּשְׁמַעְתְּתָא דְּעַרְבֵי פְּסָחִים דַּף קג: בְּעֻובְדָּא דְּתַלְמִידֵי דְּרַב דְּחַד מִינַּייְהוּ בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא וְאַכָּסָא דְּבִרְכְּתָא וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא בְּפֶרֶק כִּיסּוּי הַדָּם דַּף פּוֹ מִשּׁוּם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן הָוֵי הַפְסָקָה אַלְמָא דְּלָא בֵּירַךְ לְאַחַר הַיַּיִן שֶׁבְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה דְּאִי בֵּירַךְ לְאַחֲרָיו לָמָּה לִי טַעְמָא מִשּׁוּם הַפְסָקָה דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם שֶׁבֵּירַךְ עַל הַיַּיִן שֶׁשָּׁתָה וְכֵן פֵּירֵשׁ בה"ג דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת סְעוּדָה כְּגוֹן בִּשְׂרָא וּכְוָורֵי וְכָל מִינֵי בְּשׁוּלֵי דְּדַרְכַיְיהוּ לְמֵיכַל בְּהוּ רִיפְתָּא וְכֵן יַרְקֵי וּבוּצִינֵי אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לֹא לִפְנֵיהֶן וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶן. שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה פירש"י כְּגוֹן דַּיְיסָא כְּרוּב וּתְרָדִין שֶׁאֵינָן לְלַפֵּת וְהֵם לְמָזוֹן וּלְשֹׂובַע טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם וְלֹא יִתָּכֵן כְּלָל דְּעַל דַּייְסָא צָרִיךְ בְּרָכָה לְפָנָיו וְלֹא יִפָּטֵר בְּבִרְכַּת הַמּוֹצִיא דְּאֵין לְךָ מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה יוֹתֵר מִזֶּה דַּהֲוָה עִיקַּר סְעוּדָה וְאָמְרִינַן נָמֵי לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף מב) בֵּירַךְ עַל הַפַּת פָּטַר אֶת הַפַּרְפֶּרֶת וכ"ש מַעֲשֵׂה קְדֵרָה וְאָמְרִינַן לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לז.) וְאֵלּוּ הֵן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה חִלְקָא טַרְגִּיס וְטִיסְנֵי דְּהַיְינוּ דַּייְסָא וְעוֹד הִקְשָׁה הָר"ר יוֹסֵף זַ"ל דִּלְעֵיל אָמְרִינַן דִּמְבָרֵךְ עַל הַצְּנוֹן וּפוֹטֵר אֶת הַזַּיִת מִשּׁוּם דִּצְנוֹן עִיקָּר כָּל שֶׁכֵּן הָכָא דְּפַת עִיקָּר וְאֵין לִדְחוֹת וְלוֹמַר דִּלְעֵיל מַייְרֵי שֶׁאָכַל אֶת הַצְּנוֹן וְהַזַּיִת יַחַד דְּלָא מַשְׁמַע הָכִי אֶלָּא שֶׁאָכַל זֶה אַחַר זֶה לְבַטֵּל מְרִירַת הַצְּנוֹן וְכֵן פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ דְּדַייְסָא אֵין טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וְלֹא לְאַחֲרָיו דְּמִמַּה נַפְשָׁךְ אִי חֲשִׁיבָא כְּנַהְמָא כִּדְאָמְרִינַן בֵּיצָה דַּף טז בַּבְלָאֵי טַפְשָׁאֵי דְּאָכְלִי נַהֲמָא בְּנַהֲמָא פַּת פּוֹטֶרֶת פַּת וְאִי לָא חֲשִׁיב כְּנַהְמָא הָווּ כִּשְׁאָר תַּבְשִׁיל דְּפַת פּוֹטְרָהּ. לְאַחַר הַסְּעוּדָה פירש"י דְּבָרִים הָרְגִילִים לָבֹא לְאַחַר הַסְּעוּדָה כְּגוֹן פֵּירוֹת אֲפִילּוּ הֵבִיאוּ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה שֶׁלֹּא מֵחֲמַת לִיפְתָּן טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם דְּלָאו טְפֵילָה נִינְהוּ וּלְאַחֲרֵיהֶם דְּאֵין בִּרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטַרְתָּן דְּלָאו מָזוֹן נִינְהוּ וְכֵן פֵּירֵשׁ בה"ג דְּבָרִים הַבָּאִים לְאַחַר סְעוּדָה כְּגוֹן תַּמְרֵי וְרִמּוֹנֵי וּשְׁאָר מְגָדִים וְאַיְיתִינּוּן וְקָאֲכִיל לְהוּ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה טְעוּנִין בְּרָכָה בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם וּלְפִי דִּבְרֵיהֶם פָּסַק רַב פָּפָּא כְּרַב שֵׁשֶׁת וְעוֹד כָּתַב בַּעַל ה"ג מַה שֶׁחֲבִיצָא וְדַיְיסָא נִפְטָרִין בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן מִשּׁוּם דְּהָווּ מִין מָזוֹן אֲבָל תַּמְרֵי וְרִמּוֹנֵי וּשְׁאָר דְּבָרִים לָאו מִין מָזוֹן הוּא הִלְכָּךְ לֹא נִפְטְרוּ בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דְּתָלוּ הַטַּעַם מִשּׁוּם דְּמָזוֹן נִינְהוּ וּלְכָךְ נִפְטְרוּ בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאִי אִיתָא לְהַאי טַעְמָא הֲוָה לֵיהּ לַגְּמָרָא לְפָרוֹשֵׁי אֶלָּא דְּתָלֵי טַעַם הַפָּטוּר שֶׁבָּאִים בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה וְעוֹד כָּל מִילֵּי דְּזָייְנִי לְבַד מִמַּיִם שַׁייְכָא בְּהוּ בִּרְכַּת הַזָּן וּנְהִי דְּמָזוֹן לֹא שַׁייָּךְ בְּהוּ מ"מ בִּרְכַּת הַזָּן וּבִרְכַּת הָאָרֶץ וּבִרְכַּת יְרוּשָׁלַיִם דְּעָדִיף טְפֵי מִמַּעְיָן שָׁלֹשׁ לְפָטְרָן וְעוֹד דְּפֵירוֹת דִּלְאַחַר סְעוּדָה אֵינוֹ שָׁוֶה לְמַה שֶׁאָמַר בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה שֶׁהֲרֵי גַּם בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה הֵן בָּאִין אֶלָּא שֶׁרְגִילִין לָבֹא לְאַחַר סְעוּדָה וְהָעִיקָּר חָסֵר מִן הַסֵּפֶר וְעוֹד בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה גַּבֵּי מֵחֲמַת סְעוּדָה אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְאָמְרוֹ פְּשִׁיטָא שֶׁבְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה אוֹכְלִין אוֹתָן כֵּיוָן דְּבָאִים לְלַפֵּת בָּהֶן וְעוֹד בָּשָׂר וְדָגִים וּבֵיצִים וּגְבִינָה וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן שֶׁלֹּא בָּאוּ לְלַפֵּת אֶלָּא לֶאֱכֹול בִּפְנֵי עַצְמָם לֹא הִשְׁמִיעָנוּ רַב פָּפָּא מַה דִּינָם שֶׁהֲרֵי אֵינָם דּוֹמִים לֹא לְדָבָר הַבָּא בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה דְּהַיְינוּ מָזוֹן וְלֹא לְדָבָר הָרָגִיל אַחַר הַסְּעוּדָה דְּהַיְינוּ פֵּירוֹת דְּאֵלּוּ וַדַּאי רְגִילִים הֵן לָבֹא בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה וְאֵינָם מָזוֹן הִלְכָּךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דִּדְבָרִים הַבָּאִים שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה כְּגוֹן תְּאֵנִים וַעֲנָבִים וְכָל מִינֵי פֵּירוֹת וּמִקְּרֵי שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה לְפִי שֶׁאֵינָן כְּמוֹ בָּשָׂר וְדָגִים וּמִינִין מְלוּחִין שֶׁרְגִילִים לֶאֱכֹול וְלָבֹא לְעִיקַּר הַסְּעוּדָה לִפְנֵיהֶם טְעוּנִים בְּרָכָה לְפִי שֶׁבִּרְכַּת הַמּוֹצִיא אֵינָהּ פּוֹטַרְתָּן כֵּיוָן דְּלָאו מֵעִיקַּר סְעוּדָה הֵן וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטֵר כָּל מַה שֶׁאָכְלוּ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה וְהַיְינוּ כְּרַב הוּנָא וְרַב נַחְמָן וּדְלָא כְּרַב שֵׁשֶׁת. לְאַחַר הַסְּעוּדָה פֵּירוּשׁ דְּבָרִים שֶׁהִזְכַּרְנוּ לְמַעְלָה בֵּין הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בֵּין הַבָּאִים שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה אִם הֱבִיאָן לְאַחַר הַסְּעוּדָה קֹודֶם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן כִּי הָיוּ רְגִילִים בִּימֵיהֶם לְאַחַר גְּמַר סְעוּדָה וּכְבָר מָשְׁכוּ יְדֵיהֶם מִן הַפַּת שֶׁהָיוּ קוֹבְעִים עַצְמָם לֶאֱכֹול פֵּירוֹת וּפַרְפֶּרֶת וְלִשְׁתּוֹת יַיִן לְאַחַר הַמָּזוֹן וְהַיְינוּ דְּאָמְרִינַן בְּמָתְנֵי' בֵּירַךְ עַל הַיַּיִן שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן פָּטַר אֶת הַיַּיִן שֶׁלְּאַחַר הַמָּזוֹן וְכֵן בֵּירַךְ עַל הַפַּרְפֶּרֶת שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן פָּטַר אֶת הַפַּרְפֶּרֶת שֶׁלְּאַחַר הַמָּזוֹן הַיְינוּ לְאַחַר שֶׁסִּילֵּק הַמָּזוֹן קֹודֶם בהמ"ז וְכֵיוָן שֶׁמָּשְׁכוּ יְדֵיהֶם מִן הַפַּת כָּל מַה שֶׁהֵבִיאוּ לְפָנָיו בֵּין דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בֵּין דְּבָרִים הַבָּאִים שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה טְעוּנִים בְּרָכָה בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם דְּהַמּוֹצִיא וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן אֵין פּוֹטְרִין אֶלָּא מַה שֶׁנֶּאֱכָל תּוֹךְ עִיקַּר הַסְּעוּדָה וּמַה שָׁפֵי' רַשְׁבָּ"ם בְּפֶרֶק עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קג:) דְּיַיִן שֶׁבְּתוֹךְ הַמָּזוֹן א"צ בְּרָכָה לְאַחֲרָיו מִשּׁוּם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטְרוֹ מִקַּל וָחֹומֶר הַשְׁתָּא בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ פּוֹטַרְתּוֹ כָּל שֶׁכֵּן ג' בְּרָכוֹת קַל וָחֹומֶר פְּרִיכָא הוּא דִּדְבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה לְאַחַר סְעוּדָה יוֹכִיחוּ דִּטְעוּנִין בְּרָכָה לְאַחֲרֵיהֶן וְאֵין בה"מ פּוֹטַרְתָּן אֶלָּא הַייְנוּ טַעְמָא דְּאֵין טָעוּן בְּרָכָה לְאַחֲרָיו מִשּׁוּם דְּהָוֵי כִּדְבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה תּוֹךְ הַסְּעוּדָה וְאַף לְפָנָיו לֹא הָיָה טָעוּן בְּרָכָה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּגוֹרֵם בְּרָכָה לְעַצְמוֹ:
Il a été dit : on a apporté devant lui des figues et des raisins au cours du repas. Rav Houna dit : ils requièrent une bénédiction avant et ne requièrent pas de bénédiction après ; ainsi dit également Rav Nahman. Rav Chechet dit : ils requièrent une bénédiction avant comme après, car il n'existe rien qui requière une bénédiction avant sans en requérir une après, sinon la pat haba'a bekissanin (la pâtisserie) seule. Et cela s'oppose à Rabbi Hiya, qui dit : le pain exempte toutes sortes d'aliments et le vin exempte toutes sortes de boissons. Bien qu'on lui objecte pour le pain, nul ne s'oppose à lui pour le vin, et la halakha suit son avis pour le vin. Rav Papa dit : la halakha est que les mets qui viennent à cause du repas, au cours du repas, ne requièrent de bénédiction ni avant ni après ; ceux qui ne viennent pas à cause du repas, au cours du repas, requièrent une bénédiction avant et non après ; et après le repas, ils requièrent une bénédiction avant comme après. Et nous tenons la halakha comme Rav Papa. « Les mets qui viennent à cause du repas, au cours du repas » : Rachi explique qu'il s'agit par exemple de viande, de fruits, et de tout ce que l'on apporte pour accompagner le pain ; ils ne requièrent pas de bénédiction avant, parce qu'ils sont tafel (accessoires). Cette explication fait difficulté : que nous apprend-il ? C'est déjà une michna : on bénit sur l'ikar (le principal) et l'on exempte le tafel ; s'il a béni sur le pain, il a exempté le parperet (l'entremets). Autre difficulté : ce que la guemara objecte plus loin, « s'il en est ainsi, que le pain exempte aussi le vin » — en quoi cela fait-il difficulté ? Lorsqu'on boit du vin, il n'est pas accessoire au pain, et selon Rachi nous traitons précisément de ce qui accompagne le pain. On ne peut pas dire que l'objection porte sur le cas où l'on trempe son pain dans le vin, car là effectivement le pain est l'ikar. On ne peut pas non plus dire que, le vin venant faire descendre la nourriture dans les entrailles, c'est comme s'il le buvait avec le pain : d'où serait-il si évident, pour cette raison, qu'il compte parmi les mets dont on accompagne le pain ? C'est pourquoi il paraît juste d'expliquer que « les mets qui viennent à cause du repas, au cours du repas » désigne la viande, le poisson, les légumes et la bouillie, sur lesquels on a coutume d'établir l'essentiel du repas et avec lesquels on mange le pain. Aussi, même s'il les mange sans pain, ils ne requièrent de bénédiction ni avant ni après : puisqu'ils sont l'essentiel du repas, la bénédiction du pain les exempte, et de même le birkat hamazon les exempte. De même, les boissons apportées au cours du repas comptent comme venant à cause du repas, car les gens n'ont pas coutume de manger sans boire ; elles valent comme l'essentiel du repas et ne requièrent de bénédiction ni avant ni après, hormis le vin qui, puisqu'il entraîne une bénédiction propre, requiert une bénédiction avant, comme nous l'avons appris dans la michna, mais non après. Cela ressort de la sougya d'Arve Pessahim (fol. 103b), dans le fait rapporté au sujet des disciples de Rav, dont l'un bénit sur la première coupe et sur la coupe de la bénédiction ; la raison en est donnée au chapitre Kissoui hadam (fol. 86b) : parce que le birkat hamazon constitue une interruption. Il en ressort qu'il n'a pas récité de bénédiction après le vin bu au cours du repas, car s'il en avait récité une, pourquoi faudrait-il la raison de l'interruption par le birkat hamazon ? Il suffirait de dire qu'il avait déjà béni sur le vin qu'il avait bu. Ainsi a expliqué le Halakhot Guedolot : les mets qui viennent à cause du repas, comme la viande, le poisson et toutes sortes de plats cuits avec lesquels on a coutume de manger le pain, ainsi que les légumes et les courges, ne requièrent de bénédiction ni avant ni après. « Ceux qui ne viennent pas à cause du repas, au cours du repas » : Rachi explique qu'il s'agit par exemple de la bouillie, du chou et des bettes, qui ne servent pas à accompagner le pain mais qui nourrissent et rassasient ; ils requièrent une bénédiction avant et non après. Cela ne se peut aucunement : dire que la bouillie exige une bénédiction avant et n'est pas exemptée par le hamotsi, alors qu'il n'y a rien de plus « à cause du repas » qu'elle, puisqu'elle est l'essentiel même du repas. Nous disons aussi plus loin dans notre chapitre (fol. 42) : s'il a béni sur le pain il a exempté le parperet, et à plus forte raison le plat cuit ; et nous disons plus haut (fol. 37a) : voici les plats cuits, hilka, targuis et tisne, c'est-à-dire la bouillie. Rabbi Yossef de mémoire bénie a objecté en outre : plus haut nous disons que l'on bénit sur le radis et que l'on exempte l'olive, parce que le radis est l'ikar ; à plus forte raison ici, où le pain est l'ikar. On ne peut écarter cela en disant que le cas de plus haut est celui où il a mangé le radis et l'olive ensemble, car ce n'est pas ce qui ressort du texte : il les a mangés l'un après l'autre, pour atténuer l'amertume du radis. Ainsi a expliqué le Aroukh : la bouillie ne requiert de bénédiction ni avant ni après. Quoi qu'il en soit : si elle compte comme du pain — comme nous disons dans Betsa (fol. 16) « Babyloniens stupides qui mangent du pain avec du pain » — alors le pain exempte le pain ; et si elle ne compte pas comme du pain, elle est comme les autres plats cuits, que le pain exempte. « Après le repas » : Rachi explique qu'il s'agit des mets qui ont coutume de venir après le repas, comme les fruits ; même si on les a apportés au cours du repas sans qu'ils servent d'accompagnement, ils requièrent une bénédiction avant, car ils ne sont pas tafel, et une bénédiction après, car le birkat hamazon ne les exempte pas, n'étant pas de la nourriture au sens du repas. Ainsi a expliqué le Halakhot Guedolot : les mets qui viennent après le repas, comme les dattes, les grenades et les autres fruits de choix, si on les a apportés et qu'on les mange au cours du repas, requièrent une bénédiction avant comme après. Selon eux, Rav Papa a tranché comme Rav Chechet. Le Baal Halakhot Guedolot a encore écrit : si le havitsa et la bouillie sont exemptés par le birkat hamazon, c'est parce qu'ils sont une espèce de mazon ; mais les dattes, les grenades et les autres choses ne sont pas une espèce de mazon, et ne sont donc pas exemptées par le birkat hamazon. Cette explication fait difficulté : ils font dépendre la raison du fait qu'ils sont mazon et sont pour cela exemptés par le birkat hamazon ; si telle était la bonne raison, la guemara aurait dû la préciser, alors qu'elle fait dépendre l'exemption du fait qu'ils viennent au cours du repas. En outre, tout ce qui nourrit, hormis l'eau, relève de la bénédiction hazan ; et même si le terme mazon ne leur convient pas, la bénédiction hazan, celle de la Terre et celle de Jérusalem, qui valent mieux que la bénédiction mee'n chaloch, devraient les exempter. De plus, les fruits « après le repas » ne correspondent pas à ce qui a été dit « au cours du repas », puisqu'ils viennent aussi au cours du repas et qu'ils ont seulement coutume de venir après ; l'essentiel manquerait alors dans le texte. De plus, pour les mets « à cause du repas », pourquoi préciser « au cours du repas » ? Il va de soi qu'on les mange au cours du repas, puisqu'ils viennent pour accompagner le pain. De plus, la viande, le poisson, les œufs, le fromage et leurs semblables, qui ne viennent pas pour accompagner le pain mais pour être mangés seuls, Rav Papa ne nous aurait pas enseigné leur statut : ils ne ressemblent ni à ce qui vient au cours du repas, qui est du mazon, ni à ce qui vient d'ordinaire après le repas, qui sont les fruits, car ceux-là viennent certainement au cours du repas sans être du mazon. C'est pourquoi il paraît juste d'expliquer que « les mets qui ne viennent pas à cause du repas » désigne les figues, les raisins et toutes sortes de fruits. Ils sont appelés « pas à cause du repas » parce qu'ils ne sont pas comme la viande, le poisson et les mets salés que l'on a coutume de manger et qui viennent pour l'essentiel du repas. Ils requièrent une bénédiction avant, parce que la bénédiction hamotsi ne les exempte pas, n'étant pas de l'essentiel du repas ; et non après, car le birkat hamazon exempte tout ce que l'on a mangé au cours du repas. Cela correspond à Rav Houna et à Rav Nahman, et non à Rav Chechet. « Après le repas » signifie : les mets mentionnés plus haut, qu'ils viennent à cause du repas ou non, s'il les a apportés après le repas, avant le birkat hamazon. Car ils avaient coutume, de leur temps, une fois le repas achevé et les mains déjà retirées du pain, de s'installer pour manger des fruits et des entremets et pour boire du vin après le repas. C'est ce que nous disons dans la michna : s'il a béni sur le vin d'avant le repas, il a exempté le vin d'après le repas ; et de même, s'il a béni sur le parperet d'avant le repas, il a exempté le parperet d'après le repas. Il s'agit d'après que l'on a desservi, avant le birkat hamazon. Et puisqu'ils ont retiré leurs mains du pain, tout ce que l'on apporte devant lui, qu'il vienne à cause du repas ou non, requiert une bénédiction avant comme après, car le hamotsi et le birkat hamazon n'exemptent que ce qui a été mangé dans le corps même du repas. Quant à l'explication du Rachbam dans Arve Pessahim (Pessahim 103b), selon laquelle le vin bu pendant le repas ne requiert pas de bénédiction après parce que le birkat hamazon l'exempte par un kal va-homer — si une seule bénédiction mee'n chaloch l'exempte, à plus forte raison trois bénédictions — ce kal va-homer se réfute : les mets qui viennent à cause du repas mais après le repas le prouvent, car ils requièrent une bénédiction après et le birkat hamazon ne les exempte pas. La raison véritable est plutôt qu'il ne requiert pas de bénédiction après parce qu'il est comme les mets qui viennent à cause du repas au cours du repas ; et même avant, il n'aurait pas requis de bénédiction, sinon parce qu'il entraîne une bénédiction propre.
💡 Explication

Deuxième objection. La réponse précédente supposait que le riz se tient hors de la catégorie du maasse kedera. Or une baraita énumère les plats cuits et y range le riz aux côtés des degrés de mouture du blé : hilka (grain brisé en deux), targuis (en trois), zariz (en quatre), arsan (en cinq).

Le riz figure donc dans une liste dont tous les autres membres sont du blé, et cette liste commande la bénédiction.

5
הָא מַנִּי — רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי הִיא. דְּתַנְיָא: רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אוֹמֵר: אֹורֶז מִין דָּגָן הוּא, וְחַייָּבִין עַל חִמּוּצוֹ כָּרֵת, וְאָדָם יוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח. אֲבָל רַבָּנָן לֹא.

De qui relève cette baraita ? Elle est de Rabbi Yo'hanan ben Nouri.

Car on a enseigné : Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : le riz est une espèce de céréale, on est passible de karet pour son levain, et l'on s'acquitte avec lui de son obligation à Pessa'h. Mais les Sages, non.

📜 Rachi (1)
הָא מַנִּי הַךְ מַתְנִיתָא דְּקָתָנֵי אֹורֶז כְּמַעֲשֵׂה קְדֵרָה רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי:
Cette baraita, qui enseigne que le riz est comme un plat cuit, est de Rabbi Yo'hanan ben Nouri.
💡 Explication

La baraita qui range le riz parmi les plats cuits est attribuée à un avis isolé. Rabbi Yo'hanan ben Nouri tient le riz pour une céréale à part entière, et il en tire deux conséquences lourdes : son levain rend passible de karet à Pessa'h, et une galette de riz acquitte l'obligation de matsa.

Les Sages refusent cette assimilation. La règle de Rav et de Chmouel se tient donc, puisqu'elle suit les Sages, et la baraita ne l'atteint pas.

🖼️ Schéma
Le riz est-il une céréale ? Trois conséquences domaine R. Yo'hanan ben Nouri Les Sages levain à Pessa'h passible de karet aucune interdiction de hamets obligation de matsa on s'en acquitte on ne s'en acquitte pas pain de riz hamotsi et trois bénédictions bore mine mezonot L'argument de la guemara au segment suivant la baraita donne au riz bore mine mezonot sans hamotsi : elle écarte donc R. Yo'hanan ben Nouri, et ce sont les Sages qui accordent mezonot au riz
Ce que le riz devient selon qu'on le tient ou non pour une céréale.
6
וְרַבָּנָן לָא?! וְהָתַנְיָא: הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. טְחָנָהּ אֲפָאָהּ וּבִשְּׁלָהּ, בִּזְמַן שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת — בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״, וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלֶיהָ שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת. אִם אֵין הַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת — בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״, וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלֶיהָ בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ.

Et les Sages, non ? Mais on a enseigné : celui qui mâcha du blé récite dessus bore péri haadama.

S'il l'a moulu, cuit au four et bouilli : lorsque les morceaux demeurent entiers, il récite au début hamotsi le'hem min haarets et à la fin les trois bénédictions ; si les morceaux ne demeurent pas entiers, il récite au début bore mine mezonot et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois.

📜 Rachi (5)
ה"ג אֲבָל רַבָּנַן לָא וְרַבָּנַן לָא וְהָתַנְיָא כּוּ' וְל"ג וְהִלְכְתָא וּמֵהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת הוּא:
Telle est la leçon : « mais les Sages, non. Et les Sages, non ? Mais on a enseigné, etc. » On ne lit pas « et la halakha est... » : ce membre de phrase vient du Halakhot Guedolot.
הַכּוֹסֵס כְּמוֹת שֶׁהִיא:
Il le mange tel quel.
אֲפָאָהּ וּבִשְּׁלָהּ לְאַחַר שֶׁאֲפָאָהּ בַּתַּנּוּר וַעֲשָׂאָהּ לֶחֶם חָזַר וּבִשְּׁלָהּ בְּמַיִם:
Après l'avoir cuite au four et en avoir fait du pain, il l'a ensuite fait bouillir dans l'eau.
שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת שֶׁלֹּא נָמוֹחוּ בְּבִשּׁוּלָן:
Elles ne se sont pas délitées à la cuisson.
בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' עַל הַמִּחְיָה וְעַל הַכַּלְכָּלָה וּבְשִׁלְהֵי פִּרְקִין (דַּף מד.) מְפָרֵשׁ לָהּ:
« Al hamihya veal hakalkala » ; elle est expliquée à la fin de notre chapitre (fol. 44a).
🗂️ Tossefot (1)
אִם הַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת יֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּהַייְנוּ כְּשֶׁהַלֶּחֶם אֵינוֹ שָׁרוּי בְּמַיִם כ"כ שֶׁאִם יִקַּח הַפְּרוּסָה שֶׁלֹּא יְשַׁבֵּר:
Certains expliquent qu'il s'agit du cas où le pain n'a pas été trempé dans l'eau au point que, si l'on saisit le morceau, il se brise.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב פַּת הַצְּנוּמָה בִּקְעָרָה מְבָרְכִין עֲלֵיהּ הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ פֵּי' רַ"ח זַ"ל בִּדְאִיכָּא עֲלָהּ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא לְפִי מַה שֶּׁכָּתַבְתִּי לְעֵיל בְּשֵׁם ה"ר יוֹנָה זַ"ל דְּהֵיכָא שֶׁאֵינוֹ מְבֻושָּׁל וְאֵינוֹ מְחֻובָּר יַחַד מֵחֲמַת מָרָק אוֹ דְּבַשׁ תּוֹרַת לֶחֶם עָלָיו אַפֵּי' נִתְפַּרֵּר דַּק דַּק אֲפִי' אֵין בּוֹ תֹּואַר לֶחֶם תֵּימַהּ בְּמַאי מַיְירֵי אִי לֵיכָּא קַמֵּיהּ אֶלָּא פַּת צְנוּמָה פְּשִׁיטָא שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לז) גַּבֵּי חֲבִיצָא דְּאַפֵּי' פֵּירוּרִין שֶׁאֵין בָּהֶם כְּזַיִת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם הַמּוֹצִיא וְאִי אִיכָּא קַמֵּיהּ פַּת שְׁלֵימָה פְּשִׁיטָא שֶׁלֹּא יְבָרְכוּ עַל פְּתִיתִין הַקְּטַנִּים וְגַם אִם אִיכָּא פְּתִיתִין גְּדוֹלִים פְּשִׁיטָא שֶׁיְּבָרֵךְ עַל הַגְּדוֹלָה וְלֹא עַל הַצְּנוּמָה לד"ה וְנִרְאֶה דְּמַיְירֵי בְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּת שָׁלֵם אוֹ פְּתִיתִין גְּדוֹלִים וְעוֹשִׂים מֵהֶן פְּתִיתִין דַּקִּין כְּדֵי לְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא וְלֶאֱכֹול וְקָאָמַר רַב דְּאֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא בְּשָׁעָה שֶׁהוּא בּוֹצֵעַ וְעוֹשֶׂה מֵהֶן פְּתִיתִין דַּקִּין כֵּיוָן שֶׁמְּפֹרָר אוֹתָן כְּדֵי לְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא וְלֶאֱכֹול יָכוֹל לְבָרֵךְ לְאַחַר בְּצִיעָה כְּמוֹ קֹודֶם בְּצִיעָה כֵּיוָן שֶׁמִּתְּחִלָּה לְצֹורֶךְ בְּצִיעָה נַעֲשָׂה וּבְלֹא צְנוּמַת פְּתִיתִין דַּקִּין הָיָה יָכוֹל לְהַשְׁמִיעֵנוּ שֶׁיָּכוֹל לִבְצֹועַ וּלְבָרֵךְ עַל הַפְּרוּסָה שֶׁבְּיָדוֹ שֶׁבָּצַע אֶלָּא לִרְבוּתָא אַשְׁמְעִינַן אע"ג שֶׁעָשָׂה אוֹתָם פֵּירוּרִין דַּקִּין וְאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת בָּם בְּצִיעָה בִּשְׁעַת בְּרָכָה אַפֵּ"ה שַׁפִּיר דָּמֵי וּפְלִיגָא אֶדֶר' חַיָּיא דְּאָמַר צָרִיךְ שֶׁתִּכְלֶה בְּרָכָה עִם הַפַּת כְּלוֹמַר שֶׁיְּכַוֵּין לִגְמֹור אֶת הַבְּרָכָה בִּשְׁעַת בְּצִיעַת הַפַּת וְרָבָא אָמַר מְבָרֵךְ וְאַחַ"כּ בּוֹצֵעַ שֶׁלֹּא יַפְרִיד הַפְּרוּסָה מִן הַפַּת עַד לְאַחַר הַבְּרָכָה וְיֵשׁ שֶׁאֵינָם רוֹצִים לַחְתֹּוךְ הַלֶּחֶם כְּלָל עַד לְאַחַר הַבְּרָכָה וְלֹא נָכוֹן לַעֲשׂוֹת כֵּן מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב הַפְסָקָה מַה שֶׁנִּתְאַחֵר לַחְתֹּוךְ הַלֶּחֶם וְשׁוֹהֶה בֵּין בְּרָכָה לַאֲכִילָה אֶלָּא חוֹתֵךְ וְאֵין מַפְרִיד הַפְּרוּסָה עַד לְאַחַר הַבְּרָכָה וְיֵרָאֶה לִי שֶׁצָּרִיךְ לַחְתֹּוךְ מְעַט שֶׁאִם יֹאחַז בִּפְרוּסָה שֶׁיַּעֲלֶה הַכִּכָּר עִמּוֹ דְּאִם לֹא כֵן חֲשִׁיב כִּפְרוּסָה. וְכֵן שָׁנִינוּ בְּפֶרֶק ג' מ"א דִּטְבוּל יוֹם ר"מ אוֹמֵר אִם אוֹחֵז בַּגָּדוֹל וְהַקָּטָן עוֹלֶה עִמּוֹ הֲרֵי הוּא כָּמוֹהוּ ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אִם אוֹחֵז בַּקָּטָן וְהַגָּדוֹל עוֹלֶה עִמּוֹ הֲרֵי הוּא כָּמוֹהוּ וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה:
Rav Hiya bar Achi dit au nom de Rav : sur le pain émietté dans un plat on récite hamotsi le'hem min haarets. Rabbenou Hananel de mémoire bénie explique : lorsqu'il garde encore l'aspect du pain. D'après ce que j'ai écrit plus haut au nom de Rabbenou Yona de mémoire bénie, dès lors qu'il n'est pas cuit et qu'il n'est pas aggloméré par un bouillon ou par du miel, il garde le statut de pain, même s'il a été émietté très fin, même s'il n'a plus l'aspect du pain. Cela étonne : de quel cas parle-t-on ? S'il n'a devant lui que du pain émietté, il va de soi qu'il doit réciter hamotsi, comme nous disons plus haut (fol. 37) au sujet du havitsa : même sur des miettes qui n'ont pas le volume d'un kazayit on récite hamotsi. Et s'il a devant lui un pain entier, il va de soi que l'on ne bénira pas sur les petits morceaux ; et même s'il y a de grands morceaux, il va de soi qu'il bénira sur le plus grand et non sur le pain émietté, de l'avis de tous. Il paraît donc qu'il s'agit du cas où il a un pain entier ou de grands morceaux et qu'il en fait de petits morceaux afin de réciter dessus hamotsi et de manger. Rav enseigne qu'il n'est pas nécessaire de réciter hamotsi au moment où il rompt et fait ces petits morceaux : puisqu'il les émiette afin de réciter dessus hamotsi et de manger, il peut bénir après la rupture comme avant, car cela a été fait des l'origine pour la rupture. Sans même parler d'un pain émietté en petits morceaux, il aurait pu nous enseigner qu'on peut rompre puis bénir sur le morceau que l'on tient ; il nous l'enseigne comme un cas plus fort : même s'il en a fait de fines miettes et qu'il ne peut plus rompre au moment de la bénédiction, cela demeure valable. Cela s'oppose à Rabbi Hiya, qui dit qu'il faut que la bénédiction s'achève avec le pain, c'est-à-dire que l'on vise à terminer la bénédiction au moment où l'on rompt le pain. Rava dit : il bénit puis rompt, de sorte qu'il ne sépare pas le morceau du pain avant la fin de la bénédiction. Certains ne veulent pas entamer le pain du tout avant la bénédiction ; il n'est pas juste d'agir ainsi, car le retard à couper le pain et l'attente entre la bénédiction et la consommation comptent comme une interruption. Il faut plutôt couper sans séparer le morceau jusqu'après la bénédiction. Et il me paraît qu'il faut couper juste assez pour que, si l'on saisit le morceau, la miche se soulève avec lui ; sans quoi il compte déjà comme un morceau détaché. Ainsi avons-nous appris au chapitre 3, michna 1, du traité Tevoul Yom : Rabbi Meir dit : si l'on saisit le grand et que le petit se soulève avec lui, il est comme lui ; Rabbi Yehouda dit : si l'on saisit le petit et que le grand se soulève avec lui, il est comme lui. Et la halakha suit Rabbi Yehouda.
חֲבִיץ קְדֵירָה וְכֵן דַּייְסָא כְּעֵין חֲבִיץ קְדֵירָה כְּגוֹן דְּאִיכָּא בָּהֶן דֻּובְשָׁא רַב יְהוּדָה אוֹמֵר שֶׁהַכֹּל וְרַב כָּהֲנָא אוֹמֵר בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת אָמַר רַב יוֹסֵף נְקוֹט דְּרַב כָּהֲנָא בִּידָךְ דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת מִינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וְכֵן הִלְכְתָא דְּהָא רַב יוֹסֵף מַיְיתֵי מִינַּייְהוּ רְאָיָה הִלְכָּךְ כָּל שֶׁעִיקָּרוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין אַפֵּי' רֻובּוֹ מִמִּין אַחֵר מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ אֲבָל תַּבְשִׁיל שֶׁנּוֹתְנִין שָׁם קֶמַח לְהַקְפּוֹת הַמַּאֲכָל וּלְדַבְּקוֹ לָא חֲשִׁיב עִיקָּר כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לט.) הַאי תַּבְשִׁילָא דְּסִילְקָא דְּשָׁדוּ בֵּיהּ קִימְחָא לְדִבּוּקֵי בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבִידִי וּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא פה"א ואע"ג דְּהִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ בְּהַךְ מֵימְרָא קַמַּייְתָא בְּהַךְ מֵימְרָא תְּנֵינָא דְּקָאָמַר כָּל שֶׁהוּא מַה' מִינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת לְאַפּוֹקֵי אֹורֶז לָא קי"ל כְּוָותַייְהוּ דְּאִיתּוֹתַבוּ דַּף לז. מֵהַךְ בָּרַייְתָא דְּתַנְיָא הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ ב"פ הָאֲדָמָה טְחָנָהּ אֲפָאָהּ וּבִשְּׁלָהּ בִּזְמַן שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת מְבָרֵךְ בַּתְּחִלָּה הַמּוֹצִיא וּלְבַסּוֹף ג' בְּרָכוֹת וְאִם אֵין הַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת מְבָרֵךְ בַּתְּחִלָּה בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג':
Le havits kedera, et de même la bouillie faite à la manière du havits kedera, par exemple lorsqu'il s'y trouve du miel : Rav Yehouda dit chehakol, et Rav Kahana dit bore miné mezonot. Rav Yossef dit : tiens fermement l'avis de Rav Kahana, car Rav et Chmouel disent tous deux : tout ce qui contient l'une des cinq espèces, on récite dessus bore miné mezonot. Et telle est la halakha, puisque Rav Yossef en tire une preuve. Par conséquent, tout ce dont l'essentiel provient des cinq espèces, même si la plus grande part est d'une autre espèce, on récite dessus bore miné mezonot, et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois. En revanche, un plat auquel on ajoute de la farine pour épaissir et lier le mets ne compte pas comme l'ikar, ainsi que nous disons plus loin (fol. 39a) : ce plat de bettes dans lequel on a jeté de la farine, ce n'est là que pour lier, et l'on récite dessus bore péri haadama. Et bien que la halakha suive leur avis dans le premier énoncé, dans le second, celui qui dit que tout ce qui est des cinq espèces reçoit bore miné mezonot à l'exclusion du riz, nous ne tenons pas comme eux, puisqu'ils ont été réfutés (fol. 37a) par cette baraita : celui qui mâcha du blé récite dessus bore péri haadama ; s'il l'a moulu, cuit au four et bouilli, lorsque les morceaux demeurent entiers il récite au début hamotsi et à la fin les trois bénédictions, et si les morceaux ne demeurent pas entiers il récite au début bore miné mezonot et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois.
💡 Explication

Troisième objection, et la plus forte. Une baraita décrit le blé à travers ses états : mâché tel quel, il reçoit bore péri haadama, la bénédiction du produit du sol ; devenu pain puis bouilli, tout dépend de la tenue des morceaux. Tant que les morceaux gardent leur forme, le pain demeure du pain et appelle hamotsi ; délités, ils ne sont plus du pain et retombent sur mezonot.

Le critère retenu ici est celui de l'aspect conservé. La suite de la baraita, au segment suivant, appliquera la même grille au riz, et c'est là que Rav et Chmouel seront pris en défaut.

7
הַכּוֹסֵס אֶת הָאֹורֶז מְבָרֵךְ עָלָיו ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. טְחָנוֹ אֲפָאוֹ וּבִשְּׁלוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת, בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״, וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ.

Celui qui mâcha du riz récite dessus bore péri haadama. S'il l'a moulu, cuit au four et bouilli, même si les morceaux demeurent entiers, il récite au début bore miné mezonot, et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois.

🗂️ Tossefot (1)
רַשִׁ"י פִּי' אֹורֶז מִי"ל. וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים ר"יזו וּלְהַאי פֵּירוּשׁ יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּדֹוחַן הַייְנוּ מִי"ל:
Rachi a expliqué que orez est « mil ». Certains expliquent que c'est « riz » ; selon cette explication, il faut dire que dohan est « mil ».
💡 Explication

Voici la suite de la baraita, et le cœur de l'objection. Le riz suit la même grille que le blé, avec une différence décisive : même lorsque les morceaux demeurent entiers, il ne reçoit jamais hamotsi. Le riz ne devient pas du pain au sens de la bénédiction.

Il reçoit pourtant bore miné mezonot. Un aliment exclu du pain se voit donc accorder la bénédiction que Rav et Chmouel réservaient aux cinq espèces.

🖼️ Schéma
La baraita des quatre états : blé et riz côte à côte mâché tel quel moulu, cuit, bouilli -> morceaux entiers morceaux délités Blé mâché : bore péri haadama la graine reste un produit du sol hamotsi et trois bénédictions mezonot et me en chaloch Riz mâché : bore péri haadama même règle que le blé même si les morceaux demeurent entiers : bore miné mezonot le riz ne devient jamais du pain, et il reçoit pourtant mezonot Cette dernière case porte toute la réfutation de Rav et de Chmouel
Les états du blé et du riz selon la baraita, et la case qui fait difficulté.
8
מַנִּי, אִילֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי הִיא דְּאָמַר אֹורֶז מִין דָּגָן הוּא, ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״ וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת בָּעֵי בָּרוֹכֵי!

De qui relève-t-elle ? Si tu dis qu'elle est de Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui dit que le riz est une espèce de céréale, il aurait fallu réciter hamotsi le'hem min haarets et les trois bénédictions !

💡 Explication

La guemara ferme la porte de sortie qui avait servi plus haut. On ne peut plus attribuer cette baraita à Rabbi Yo'hanan ben Nouri, car pour lui le riz est une céréale et son pain est du pain : il exigerait hamotsi et le birkat hamazon complet.

9
אֶלָּא לָאו, רַבָּנָן הִיא, וּתְיוּבְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל!

Elle est donc nécessairement des Sages — et voilà une réfutation de Rav et de Chmouel !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לָאו רַבָּנַן הִיא וְקָתָנֵי במ"מ וּתְיוּבְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל:
Et il y est enseigné bore miné mezonot : voilà donc une réfutation de Rav et de Chmouel.
🗂️ Tossefot (1)
תְּיוּבְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל בְּאֹורֶז אֲבָל אַדֹּוחַן לָא הָוֵי תְּיוּבְתָּא וְאֶפְשָׁר דְּהָוֵי הִלְכְתָא כְּוָתַיְיהוּ וְלָא מְבָרְכִינַן עֲלֵיהּ בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת:
La réfutation porte sur le riz ; sur le millet il n'y a pas de réfutation, et il se peut que la halakha suive leur avis et que l'on ne récite pas dessus bore miné mezonot.
💡 Explication

Par élimination, la baraita exprime l'avis des Sages, ceux-là mêmes dont Rav et Chmouel se réclamaient. Or ces Sages accordent au riz bore miné mezonot tout en lui refusant le statut de céréale.

La règle de Rav et de Chmouel tombe : mezonot ne se limite pas aux cinq espèces.

10
תְּיוּבְתָּא.

Réfutation établie.

💡 Explication

Le mot teyouvta isolé clôt la discussion. La guemara enregistre la réfutation sans y opposer de réponse, ce qui vaut abandon de la position de Rav et de Chmouel sur ce point.

11
אָמַר מַר: הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. וְהָתַנְיָא ״בּוֹרֵא מִינֵי זְרָעִים״! לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי יְהוּדָה, וְהָא רַבָּנָן. דִּתְנַן: וְעַל יְרָקוֹת אוֹמֵר ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: ״בּוֹרֵא מִינֵי דְּשָׁאִים״.

Le maître a dit : celui qui mâcha du blé récite dessus bore péri haadama. Mais on a enseigné : bore miné zeraïm !

Cela ne fait pas difficulté : l'une est de Rabbi Yehouda, l'autre des Sages. Car nous avons appris : sur les légumes on dit bore péri haadama ; Rabbi Yehouda dit : bore miné dechaïm.

📜 Rachi (1)
הָא רַבִּי יְהוּדָה כו' הָא דְּקָתָנֵי בּוֹרֵא מִינֵי זְרָעִים ר' יְהוּדָה הִיא דְּקָתָנֵי לְכָל מִין וּמִין מֵעֵין בִּרְכָתוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף מ.) אַלִּיבֵּיהּ הִלְכָּךְ לִירָקוֹת בּוֹרֵא מִינֵי דְּשָׁאִים לְחִטִּין דִּזְרָעִים נִינְהוּ בּוֹרֵא מִינֵי זְרָעִים וּלְרַבָּנָן בֵּין זְרָעִים בֵּין יְרָקוֹת בפה"א וְלָא בָּעֵינַן לְכָל מִין וּמִין מֵעֵין בִּרְכָתוֹ:
Ce qui est enseigné « bore miné zeraïm » est de Rabbi Yehouda, qui enseigne que chaque espèce reçoit une bénédiction à sa mesure, comme il est expliqué plus loin dans notre chapitre (fol. 40a) selon son avis. Aussi, pour les légumes : bore miné dechaïm ; pour le blé, qui est une graine : bore miné zeraïm. Pour les Sages, en revanche, graines comme légumes : bore péri haadama, et l'on n'exige pas pour chaque espèce une bénédiction à sa mesure.
🗂️ Tossefot (1)
הַכּוֹסֵס חִטָּה צָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלֶיהָ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה שֶׁהֲרֵי אֲפִילּוּ בְּקִמְחָא דְּחִיטֵּי אָמְרִינַן לְעֵיל מְבָרְכִין עָלֶיהָ בפה"א וּלְרַב נַחְמָן לָא ס"ל הָכִי מִשּׁוּם דְּאִשְׁתַּנּוֹ וּמִיהוּ בִּלְאַחֲרָיו יֵשׁ לְסַפֵּק מַאי מְבָרְכִין אִם מְבָרְכִין עַל הַמִּחְיָה וְעַל הַכַּלְכָּלָה וּמְסַיֵּים עַל הָאֲדָמָה וְעַל פְּרִי הָאֲדָמָה דְּלָא אַשְׁכְּחַן בִּרְכַּת עַל הַמִּחְיָה וְעַל הַכַּלְכָּלָה אֶלָּא הֵיכָא דְּבָרֵיךְ עֲלַיְיהוּ בְּרֵישָׁא קֹודֶם אֲכִילָה בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת ור"ת הִגִּיהַּ בְּמַחֲזוֹר שֶׁלּוֹ עַל הָאֲדָמָה וְעַל פְּרִי הָאֲדָמָה כו' וְחָזַר בּוֹ דְּלָא אַשְׁכְּחַן בְּשׁוּם מָקוֹם הַךְ בְּרָכָה דִּלְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף מד.) מְפָרֵשׁ בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' וְקָאָמַר בַּחֲמֵשֶׁת הַמִּינִים עַל הָאָרֶץ וְעַל הַמִּחְיָה וְעַל ז' הַמִּינִים עַל הָאָרֶץ וְעַל הַפֵּירוֹת וְעַל הָאֲדָמָה וְעַל פְּרִי הָאֲדָמָה לֹא הִזְכִּיר וְעוֹד מִדְּקָאָמַר הָכָא עַל הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וְקָאָמַר בְּהֶדְיָא טְחָנוֹ וַאֲפָאוֹ פַּת עַד אִם אֵין הַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ בּוֹרֵא מ"מ וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ וּמִדְּלָא קָתָנֵי הָכָא גַּבֵּי כּוֹסֵס הַחִטָּה מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ ש"מ דִּבְכוֹסֵס לֵיכָּא בְּרָכָה לְאַחֲרָיו מֵעֵין ג' וְהָא דְּקָאָמַר כֹּל שֶׁהוּא מִין דָּגָן וְלֹא עֲשָׂאוֹ פַּת וְכוּ' וַחֲכָמִים אוֹמְרִים בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' מַיְירֵי דְּעַבְדִינְהוּ כְּעֵין דַּייְסָא דַּחֲשִׁיבָא אָז אֲכִילָתוֹ אֲבָל הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה חַי דְּלָא חֲשִׁיבָא אֲכִילָתוֹ כ"כ אע"ג דְּהִיא מִן חֲמֵשֶׁת הַמִּינִים אֵינוֹ מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ אֶלָּא בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת וְכוּ' וּמִיהוּ אוֹמֵר הָרִ"י שֶׁיֵּשׁ לְסַפֵּק שֶׁמָּא חֲכָמִים כָּיְילִי לֵיהּ בְּהַהוּא מִין דָּגָן וְלֹא עֲשָׂאוֹ פַּת וְכוּ' וַחֲכָמִים אוֹמְרִים בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ וְנָכוֹן לְהַחְמִיר שֶׁאֵין לֶאֱכֹול קְלָיוֹת אוֹ חִטִּים שְׁלוּקוֹת אֶלָּא בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה שֶׁאָז בִּרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטַרְתָּן אִם לֹא נִתְמַעֲכוּ יָפֶה דְּהָווּ כְּמוֹ דַּיְיסָא וּבַיְּרוּשַׁלְמִי יֵשׁ שֶׁגַּם הָאָמוֹרָאִים הָיוּ מְסֻופָּקִים דְּקָאָמַר הַדִּין דְּאָכִיל סֹלֶת פֵּירוּשׁ קְלָיוֹת מַאי מְבָרֵךְ בְּסוֹפָהּ רַבִּי יִרְמְיָה אָמַר לָא אֲכַלִית סֹלֶת מִן יוֹמָא וְכוּ':
Car même sur la farine de blé nous disons plus haut que l'on récite bore péri haadama. Rav Nahman n'est pas de cet avis, parce qu'elle a changé de forme. Toutefois, pour la bénédiction d'après, il y a lieu d'hésiter sur ce que l'on récite : dit-on « al hamihya veal hakalkala » en concluant « al haadama veal péri haadama » ? Car nous ne trouvons la bénédiction « al hamihya veal hakalkala » que là où l'on a d'abord récité, avant de manger, bore miné mezonot. Rabbenou Tam avait corrigé dans son mahzor « al haadama veal péri haadama », etc., puis il s'est rétracté, car on ne trouve nulle part cette bénédiction. En effet, plus loin (fol. 44a) on explique la bénédiction unique qui résume les trois : pour les cinq espèces, « al haarets veal hamihya » ; pour les sept espèces, « al haarets veal haperot » ; « al haadama veal péri haadama » n'y est pas mentionné. De plus, puisqu'on dit ici que celui qui mâcha du blé récite bore péri haadama, et qu'on précise ensuite « s'il l'a moulu et en a fait du pain... si les morceaux ne demeurent pas entiers, il récite au début bore miné mezonot et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois », et que l'on n'enseigne pas ici, au sujet de celui qui mâcha le blé, qu'il récite après une bénédiction qui résume les trois, on en déduit que pour celui qui mâcha il n'y a pas de bénédiction mee'n chaloch après. Quant à ce qui est dit : « tout ce qui est espèce de céréale et dont on n'a pas fait de pain, etc., et les Sages disent une bénédiction unique qui résume les trois », il s'agit du cas où l'on en a fait une sorte de bouillie, de sorte que sa consommation compte ; mais celui qui mâcha du blé cru, dont la consommation ne compte pas autant, bien qu'il s'agisse des cinq espèces, récite après bore nefachot rabbot, etc., et non la bénédiction qui résume les trois. Toutefois le Ri dit qu'il y a lieu d'hésiter : peut-être les Sages l'ont-ils inclus dans « tout ce qui est espèce de céréale et dont on n'a pas fait de pain, etc., et les Sages disent une bénédiction unique qui résume les trois ». Il est juste d'être rigoureux et de ne manger des grains grillés ou du blé bouilli qu'au cours du repas, où le birkat hamazon les exempte, à moins qu'ils n'aient été bien écrasés, auquel cas ils sont comme de la bouillie. Dans le Talmud de Jérusalem il apparaît que les Amoraim eux-mêmes hésitaient, car on y dit : celui qui mange de la solet, c'est-à-dire des grains grillés, que récite-t-il à la fin ? Rabbi Yirmeya dit : je n'ai jamais mangé de solet de ma vie, etc.
💡 Explication

La guemara revient reprendre la baraita ligne à ligne. Première ligne : le blé mâché reçoit bore péri haadama. Une autre source donne bore miné zeraïm, la bénédiction des graines.

Le partage passe entre deux conceptions de la bénédiction. Rabbi Yehouda taille une formule par catégorie de végétal, d'où bore miné dechaïm pour les herbes et bore miné zeraïm pour les graines. Les Sages couvrent tout ce qui sort de la terre par une formule unique.

🖼️ Schéma
Une bénédiction par espèce, ou une bénédiction pour tout ce qui pousse Les Sages légumes : bore péri haadama blé mâché : bore péri haadama une seule formule couvre tout ce qui sort de la terre Rabbi Yehouda légumes : bore miné dechaïm blé mâché : bore miné zeraïm chaque espèce reçoit une bénédiction à sa mesure Les deux baraitot sur le blé mâché se répartissent entre ces deux avis
Les deux manières de nommer ce qui pousse dans la bénédiction.
12
אָמַר מַר, הַכּוֹסֵס אֶת הָאֹורֶז מְבָרֵךְ עָלָיו ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. טְחָנוֹ אֲפָאוֹ וּבִשְּׁלוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת, בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״, וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ.

Le maître a dit : celui qui mâcha du riz récite dessus bore péri haadama. S'il l'a moulu, cuit au four et bouilli, même si les morceaux demeurent entiers, il récite au début bore miné mezonot, et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois.

⚖️ Rosh (1)
הַכּוֹסֵס אֶת הָאֹורֶז מְבָרֵךְ עָלָיו בפה"א טְחָנוֹ אֲפָאוֹ וּבִשְּׁלוֹ אע"פ שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ וּמַקְשֶׁה עֲלָהּ דְּהַךְ בָּרַיְיתָא וּמְתָרֵץ לָהּ תָּנֵי גַּבֵּי אֹורֶז וּלְבַסּוֹף וְלֹא כְלוּם וקי"ל דְּכָל לְבַסּוֹף וְלֹא כְלוּם מְבָרֵךְ עָלָיו בנ"ר וְכֵן פירש"י שֶׁאֵין מְבָרְכִין עָלָיו מִבִּרְכַּת פֵּירוֹת שֶׁל הָאָרֶץ א"י אֶלָּא בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת הִלְכָּךְ עַל אֹורֶז אִם אֲפָאוֹ וְעָשָׂה מִמֶּנּוּ פַּת אוֹ שֶׁבִּשְּׁלוֹ וַעֲשָׂאוֹ כְּעֵין דַּייְסָא מְבָרְכִין עָלָיו תְּחִלָּה בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת אע"פ שֶׁאֵינוֹ מִן ז' הַמִּינִין כֵּיוָן שֶׁזֶּה נִקְרָא מָזוֹן כִּי הוּא מַשְׂבִּיעַ וְסוֹעֵד הַלֵּב וּלְאַחֲרָיו בנ"ר דְּלָא נִתְקְנָה בִּרְכַּת מֵעֵין שָׁלֹשׁ כ"א עַל שִׁבְעַת הַמִּינִין וְהָא דְּתַנְיָא לְעֵיל הֵבִיאוּ לְפָנָיו פַּת אֹורֶז וּפַת דֹּוחַן מְבָרֵךְ עָלָיו כְּמַעֲשֵׂה קְדֵירָה אַבְּרָכָה רִאשׁוֹנָה קָאֵי שֶׁמְּבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתַב בָּהֶם מִלְּשׁוֹן ה"ג אֲבָל אֹורֶז לֹא מְבָרְכִין עָלָיו במ"מ דְּלָא קי"ל כַּר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אֶלָּא שֶׁהַכֹּל וְלָאו מִלְּתָא הִיא דְּר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי ס"ל אִם אֲפָאוֹ מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא דְּלֶחֶם גָּמוּר חֲשִׁיב לֵיהּ אֲבָל רַבָּנָן לֶחֶם לָא חֲשִׁיב לֵיהּ אֲבָל מָזוֹן חֲשִׁיב לֵיהּ וְרַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב וּפַת דֹּוחַן מְבָרֵךְ עָלָיו בַּתְּחִלָּה שֶׁהַכֹּל מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע לֵיהּ שֶׁאֵין דִּין הָאֹורֶז וְהַדֹּוחַן שָׁוֶה מִדִּנְקַט בְּמִלְּתַייְהוּ דְּרַבָּנָן הַכּוֹסֵס אֶת הָאֹורֶז וְלָא נְקַט דֹּוחַן ונ"ל דְּלָאו רְאָיָה הִיא דְּלָא נְקַט אֹורֶז אֶלָּא לְאַפּוּקֵי דְּר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי לְהַשְׁמִיעֵנוּ דְּאֵין לוֹ דִּין חִטִּין דְּקָתָנֵי בְּרֵישָׁא וְכֵן מַשְׁמַע הַהוּא דִּלְעֵיל הֵבִיאוּ לְפָנָיו פַּת אֹורֶז וּפַת דֹּוחַן מְבָרְכִין עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף כְּמַעֲשֵׂה קְדֵירָה וְהָכִי מִסְתַּבֵּר דְּדֹוחַן מַזִּין זַייִן וְסוֹעֵד אֶת הַלֵּב כְּמוֹ אֹורֶז הִלְכָּךְ מְבָרְכִין לְפָנָיו במ"מ וּלְבַסּוֹף בנ"ר אֲבָל הָעוֹשֶׂה פַּת אוֹ תַּבְשִׁיל מִמִּינֵי קִטְנִיּוֹת לֵיתָא בִּכְלַל מָזוֹן וּמְבָרֵךְ עָלָיו שֶׁהַכֹּל ובנ"ר וְחֶסְרוֹנָן כְּלוֹמַר בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת וְכָל מַה שֶׁהֵם חֲסֵרִים עַל כָּל מַה שֶּׁבָּרָא לְהַחֲיוֹת בָּהֶם נֶפֶשׁ כָּל חָי כְּלוֹמַר עַל כָּל שְׁאָר דְּבָרִים שֶׁבָּרָא בָּעוֹלָם שֶׁלֹּא הָיוּ הַנְּפָשׁוֹת חֲסֵרוֹת כָּל כָּךְ אִם לֹא בְּרָאָם כִּי אֵינָם אֶלָּא לְהִתְעַנֵּג וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מְסַיֵּים בָּהּ בָּרוּךְ אַתָּה ה' חֵי הָעוֹלָמִים וּמַה שֶׁכָּתַב רַב אִלְפָּס דְּהָא דִּמְבָרְכִין עַל. הָאֹורֶז במ"מ הָנֵי מִילֵּי בִּדְאִיתֵיהּ לְאֹורֶז בְּעַיִן אֲבָל ע"י תַּעֲרֹובֶת לֹא הַיְינוּ כְּשֶׁהָרֹוב מִמִּין אַחֵר דִּבְכִי הַאי גַּווְנָא בַּחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין אַפִּי' רֻובּוֹ מִמִּין אַחֵר מְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת:
« Celui qui mâcha du riz récite dessus bore péri haadama ; s'il l'a moulu, cuit au four et bouilli, même si les morceaux demeurent entiers, il récite au début bore miné mezonot et à la fin une bénédiction unique qui résume les trois. » La guemara objecte contre cette baraita et la résout : enseigne, au sujet du riz, « et à la fin, rien du tout ». Nous tenons que partout où il est dit « à la fin, rien du tout », on récite dessus bore nefachot. Ainsi a expliqué Rachi : on ne récite pas dessus la bénédiction des fruits de la Terre d'Israël, mais bore nefachot. Par conséquent, sur le riz, s'il l'a cuit au four et en a fait du pain, ou s'il l'a bouilli et en a fait une sorte de bouillie, on récite d'abord bore miné mezonot, bien qu'il ne fasse pas partie des sept espèces, puisqu'il est appelé mazon : il rassasie et soutient le cœur. Et après, bore nefachot, car la bénédiction qui résume les trois n'a été instituée que sur les sept espèces. Et ce qui a été enseigné plus haut, « on a apporté devant lui du pain de riz et du pain de millet, il récite dessus comme sur un plat cuit », se rapporte à la première bénédiction : on récite dessus bore miné mezonot. Certains livres portent, d'après le Halakhot Guedolot : « mais sur le riz on ne récite pas bore miné mezonot, car nous ne tenons pas comme Rabbi Yo'hanan ben Nouri, mais chehakol ». Cela n'est pas fondé, car Rabbi Yo'hanan ben Nouri estime que s'il l'a cuit au four on récite dessus hamotsi, le tenant pour du pain véritable ; les Sages, eux, ne le tiennent pas pour du pain, mais ils le tiennent pour du mazon. Rav Alfassi de mémoire bénie a écrit : sur le pain de millet on récite au début chehakol, car il comprend que le statut du riz et celui du millet ne sont pas identiques, puisque dans l'énoncé des Sages on dit « celui qui mâcha du riz » sans mentionner le millet. Il me paraît que ce n'est pas une preuve : on n'a mentionné le riz que pour écarter l'avis de Rabbi Yo'hanan ben Nouri, afin de nous enseigner qu'il n'a pas le statut du blé enseigné dans la première partie. C'est aussi ce qui ressort du texte de plus haut : « on a apporté devant lui du pain de riz et du pain de millet, on récite dessus avant et après comme sur un plat cuit ». Cela est plus vraisemblable, car le millet nourrit et soutient le cœur comme le riz ; on récite donc avant bore miné mezonot et après bore nefachot. Mais celui qui fait du pain ou un plat cuit avec des légumineuses : cela n'entre pas dans la catégorie du mazon, et il récite dessus chehakol. « Bore nefachot rabbot vehesronan » veut dire : Il crée les êtres et tout ce dont ils manquent ; « al kol ma chebara lehahayot bahem nefech kol haï » veut dire : sur toutes les autres choses qu'Il a créées dans le monde, dont les êtres n'auraient pas tant manqué s'Il ne les avait pas créées, car elles ne sont que pour l'agrément. Dans le Talmud de Jérusalem, on y conclut : « Baroukh ata Hachem, haï haolamim ». Quant à ce qu'a écrit Rav Alfassi, que l'on ne récite bore miné mezonot sur le riz que lorsqu'il est présent tel quel et non par mélange, cela vise le cas où la plus grande part est d'une autre espèce ; car dans un tel cas, pour les cinq espèces, même si la plus grande part est d'une autre espèce, on récite dessus bore miné mezonot.
💡 Explication

La guemara reprend maintenant la seconde ligne de la baraita, celle du riz. La bénédiction d'avant a été acquise. Ce qui va faire difficulté, au segment suivant, est la bénédiction d'après : le riz mérite-t-il vraiment la formule mee'n chaloch, réservée aux sept espèces dont la Terre d'Israël est louée ?

13
וְהָתַנְיָא לְבַסּוֹף וְלָא כְלוּם! אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לָא קַשְׁיָא: הָא רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְהָא רַבָּנָן. דְּתַנְיָא, זֶה הַכְּלָל: כֹּל שֶׁהוּא מִשִּׁבְעַת הַמִּינִים, רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ.

Mais on a enseigné : « et à la fin, rien du tout » ! Rav Chechet dit : cela ne fait pas difficulté : l'une est de Rabban Gamliel, l'autre des Sages.

Car on a enseigné : voici la règle — tout ce qui est des sept espèces, Rabban Gamliel dit trois bénédictions, et les Sages disent une bénédiction unique qui résume les trois.

📜 Rachi (1)
וְלֹא כְלוּם כְּלוֹמַר אֵין טָעוּן מִבִּרְכוֹת פֵּירוֹת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְלֹא כְלוּם אֶלָּא בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת כְּכָל מִידֵּי דְּלֵיתֵיהּ מִשִּׁבְעַת הַמִּינִין:
C'est-à-dire qu'il ne requiert rien des bénédictions propres aux fruits de la Terre d'Israël, mais seulement bore nefachot rabbot, comme tout ce qui n'est pas des sept espèces.
💡 Explication

Deux versions de la baraita s'opposent sur la bénédiction d'après pour le riz : l'une donne mee'n chaloch, l'autre « rien du tout », c'est-à-dire la simple bore nefachot. Rav Chechet les répartit entre deux avis.

La règle sous-jacente porte sur les sept espèces dont la Terre d'Israël est louée. Rabban Gamliel leur accorde les trois bénédictions complètes du birkat hamazon ; les Sages s'en tiennent à la bénédiction abrégée. Selon que l'on suit l'un ou l'autre, l'échelle entière se décale d'un cran, et le riz se retrouve soit avec mee'n chaloch, soit avec bore nefachot.

14
וּמַעֲשֶׂה בְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְהַזְּקֵנִים שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין בַּעֲלִייָּה בִּירִיחוֹ, וְהֵבִיאוּ לִפְנֵיהֶם כּוֹתָבוֹת וְאָכְלוּ, וְנָתַן רַבָּן גַּמְלִיאֵל רְשׁוּת לְרַבִּי עֲקִיבָא לְבָרֵךְ. קָפַץ וּבֵרַךְ רַבִּי עֲקִיבָא בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ. אֲמַר לֵיהּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: עֲקִיבָא, עַד מָתַי אַתָּה מַכְנִיס רֹאשְׁךָ בֵּין הַמַּחֲלֹוקֶת! אָמַר לוֹ: רַבֵּינוּ, אַף עַל פִּי שֶׁאַתָּה אוֹמֵר כֵּן וַחֲבֵרֶיךָ אוֹמְרִים כֵּן, לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ יָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים.

Il arriva que Rabban Gamliel et les Anciens étaient attablés dans une chambre haute à Jericho. On apporta devant eux des kotavot (des dattes) et ils mangèrent.

Rabban Gamliel donna à Rabbi Akiva l'autorisation de réciter la bénédiction. Rabbi Akiva se hâta et récita une bénédiction unique qui résume les trois.

Rabban Gamliel lui dit : Akiva, jusqu'à quand mettras-tu ta tête au milieu de la controverse ? Il lui répondit : notre maître, bien que tu dises ainsi et que tes collègues disent ainsi, tu nous as enseigné, notre maître : entre un individu et un grand nombre, la halakha suit le grand nombre.

📜 Rachi (2)
כּוֹתָבוֹת הֵם תְּמָרִים וְהֵם דְּבַשׁ הָאָמוּר בְּשִׁבְעַת הַמִּינִין שֶׁהַדְּבַשׁ זָב מִן הַתְּמָרִים:
Ce sont des dattes ; elles sont le « miel » mentionné parmi les sept espèces, car le miel s'écoule des dattes.
קָפַץ וּבֵירַךְ לְאַחֲרֵיהֶן:
Il récita la bénédiction d'après.
🗂️ Tossefot (1)
נָתַן ר"ג רְשׁוּת לְר' עֲקִיבָא לְבָרֵךְ סָבוּר הָיָה שֶׁיְּבָרֵךְ ג' בְּרָכוֹת כְּמוֹ שֶׁהָיָה סוֹבֵר וא"ת לר"ג הָא קי"ל דְּאֵין מְזַמְּנִין עַל הַפֵּירוֹת וי"ל דר"ג הָיָה סָבוּר שֶׁהָיָה מְבָרֵךְ עַל כָּל ז' מִינִין ג' בְּרָכוֹת שְׁלֵמוֹת וְכִי בֵּירַךְ ר"ע מֵעֵין ג' לְעַצְמוֹ דַּוְקָא דקי"ל אֵין מְזַמְּנִין עַל הַפֵּירוֹת וַאֲחֵרִים הַמְסֻובִּין בֵּרְכוּ כָּל אֶחָד לְעַצְמוֹ וא"ת לר"ג דְּאָמַר ג' בְּרָכוֹת שְׁלֵמוֹת וס"ל דִּמְזַמְּנִים עַל ז' הַמִּינִים אִי ס"ל דִּבְרָכָה טְעוּנָה כּוֹס א"כ יְזַמְּנוּ וא"כ יְזַמְּנוּ לְעוֹלָם וי"ל דְּיָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁלֹּא יִשְׁתֶּה כְּלָל מִן כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה וא"ת מ"מ לְאוֹתוֹ הַמְבָרֵךְ שֶׁהוּא טוֹעֵם צָרִיךְ לְבָרֵךְ פַּעַם אַחֶרֶת וא"כ אֵין לַדָּבָר סוֹף וי"ל הֵיכָא דְּאֵינוֹ שׁוֹתֶה בִּקְבִיעוּת רַק מָלֵא לוֹגְמָיו מוֹדֶה ר"ג דאל"כ וְכִי לֵית לֵיהּ לר"ג בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ בְּשׁוּם מָקוֹם: [וְע"ע תּוֹסְ' פְּסָחִים ק״ה: ד״ה ש״מ]:
Il pensait qu'il réciterait les trois bénédictions, conformément à son propre avis. Si tu objectes : selon Rabban Gamliel, nous tenons pourtant que l'on ne fait pas de zimoun sur les fruits — on peut répondre que Rabban Gamliel estimait qu'il réciterait sur toutes les sept espèces les trois bénédictions complètes ; et lorsque Rabbi Akiva récita la bénédiction qui résume les trois, ce fut pour lui-même seulement, car nous tenons que l'on ne fait pas de zimoun sur les fruits, et les autres convives bénirent chacun pour soi. Si tu objectes : selon Rabban Gamliel, qui dit trois bénédictions complètes et estime que l'on fait le zimoun sur les sept espèces, s'il tient que la bénédiction requiert une coupe, ils feraient alors le zimoun, et ainsi indéfiniment — on peut répondre qu'il se peut qu'il ne boive pas du tout de la coupe de la bénédiction. Si tu objectes : quoi qu'il en soit, celui qui bénit et qui goûte devrait bénir une fois encore, et la chose serait sans fin — on peut répondre que là où il ne boit pas de manière établie mais seulement une gorgée pleine, Rabban Gamliel en convient ; sans quoi, Rabban Gamliel n'admettrait-il jamais nulle part la bénédiction unique qui résume les trois ? [Voir aussi Tossefot Pessahim 105b, s.v. « chema mina ».]
🪔 Ben Yehoyada (1)
קָפַץ וּבֵרַךְ רַבִּי עֲקִיבָא בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ. קַשָּׁא מַה שַׁייָּךְ בָּזֶה לְשׁוֹן קָפַץ וַהֲלֹא רַבָּן גַּמְלִיאֵל נָתַן לוֹ רְשׁוּת לְבָרֵךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁקָּפַץ מִמְּקוֹמוֹ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב בּוֹ עַל הַשֻּׁולְחָן, וְיָשַׁב בְּמָקוֹם אַחֵר חוּץ לַשֻּׁולְחָן בְּאוֹתוֹ הַחֶדֶר עַצְמוֹ וּבֵירַךְ, כִּי לֹא רָצָה לְבָרֵךְ הֵפֶךְ סְבָרַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּפָנָיו מַמָּשׁ. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהוּא הִרְגִּישׁ וְהֵבִין מִדַּעְתּוֹ בְּעֵת שֶׁנָּתַן לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל רְשׁוּת, שֶׁהָיָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר לוֹ בְּפֵירוּשׁ שֶׁיְּבָרֵךְ שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת כִּסְבָרָתוֹ, וְלָכֵן תֵּיכֶף כְּשֶׁאָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל תְּבָרֵךְ קֹודֶם שֶׁסִּייֵּם לוֹמַר שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת הוּא קָפַץ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִיהֵר וּבֵירַךְ, כִּי הֵבִין שֶׁרַבָּן גַּמְלִיאֵל רוֹצֶה לוֹמַר לוֹ בְּפֵירוּשׁ תְּבָרֵךְ שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת, וְקֹודֶם שֶׁיּוֹצִיא מִפִּיו מִלַּת שָׁלֹשׁ הִתְחִיל לְבָרֵךְ בְּרָכָה, שֶׁלֹּא רָצָה לְזַלְזֵל כָּל כָּךְ שֶׁיַּעֲשֶׂה הֵפֶךְ דִּבְרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְכֵיוָן שֶׁהִתְחִיל לְבָרֵךְ אָז אֵינוֹ מַרְגִּישׁ עוֹד בְּסִיּוּם דִּבְרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וּכְאִלּוּ אֵינוֹ שׁוֹמֵעַ בְּמַה שֶׁאָמַר שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת.
« Rabbi Akiva bondit et récita une bénédiction unique qui résume les trois. » Il y a difficulté : en quoi le terme « bondit » convient-il ici, puisque Rabban Gamliel lui avait donné l'autorisation de bénir ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il bondit de la place où il était assis à table et s'assit ailleurs, hors de la table, dans cette même pièce, et qu'il y récita la bénédiction, car il ne voulait pas bénir contre l'avis de Rabban Gamliel en sa présence même. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il sentit et comprit de lui-même, au moment où Rabban Gamliel lui donna l'autorisation, que celui-ci voulait lui dire expressément de réciter les trois bénédictions selon son avis. C'est pourquoi, dès que Rabban Gamliel lui eut dit « bénis », avant qu'il n'eût achevé de dire « les trois bénédictions », il bondit, c'est-à-dire qu'il se hâta et bénit, car il avait compris que Rabban Gamliel voulait lui dire expressément de réciter les trois bénédictions ; et avant que le mot « trois » ne sortît de sa bouche, il commença la bénédiction, ne voulant pas manquer de respect au point d'agir contre les paroles de Rabban Gamliel. Et puisqu'il avait commencé à bénir, il ne prenait plus garde à la fin des paroles de Rabban Gamliel, comme s'il n'entendait pas ce qu'il disait des trois bénédictions.
💡 Explication

La controverse reçoit ici son épreuve. La datte compte parmi les sept espèces, sous le nom de miel, et la question de la bénédiction d'après se pose donc directement.

Rabbi Akiva, autorisé à bénir au nom de l'assemblée, choisit la bénédiction abrégée, contre l'avis de son maître. Le reproche de Rabban Gamliel porte sur l'audace de trancher publiquement une controverse ouverte.

La réponse de Rabbi Akiva se tient tout entière sur un terrain reçu : la règle yahid ve-rabbim, halakha ke-rabbim lui vient de Rabban Gamliel lui-même. Le disciple applique donc au maître l'enseignement du maître.

🖼️ Schéma
Le raisonnement de Rabbi Akiva à Jericho Rabban Gamliel nassi, mais avis d'un seul trois bénédictions Ses collègues le grand nombre une bénédiction abrégée La règle reçue individu contre nombre : on suit le nombre R. Akiva récite la bénédiction abrégée sur les dattes et il tient sa règle de décision de la bouche de son maître lui-même La réponse retourne l'enseignement du maître en argument contre son propre avis
Le maître isolé, ses collègues nombreux, et la règle que le disciple invoque.
15
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: כֹּל שֶׁהוּא מִשִּׁבְעַת הַמִּינִים

Rabbi Yehouda dit en son nom : tout ce qui est des sept espèces

📜 Rachi (1)
מִשְּׁמוֹ שֶׁל ר"ג:
En son nom : au nom de Rabban Gamliel.
💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu d'une phrase. Rabbi Yehouda rapporte une variante de la controverse, transmise selon Rachi au nom de Rabban Gamliel. La suite de l'énoncé se lit au verso.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).