Berakhot 37b — Le pain qui a perdu sa forme : miettes, bouillies et pains manques, et la bénédiction qui leur revient

Berakhot 37b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la baraita de Rabbi Yehouda, qui classe les aliments en trois étages : le pain de blé, les sept espèces et les céréales non transformées en pain, puis ce qui n'appartient à aucune des deux catégories, comme le riz et le millet. La guemara vérifie à qui attribuer la tosefta citée plus haut et finit par corriger sa formulation pour la rendre cohérente avec l'avis des Sages.

Vient ensuite la question centrale du folio : jusqu'où une matière céréale garde-t-elle le statut de pain quand elle a perdu sa forme. Rava tranche la bouillie par le principe de Rav et Chmouel, puis Rav Yossef pose pour le havitsa, le plat de miettes, le critère du kazayit ; Abaye l'attaque par les offrandes de farine, et la sougya s'achève sur la position retenue par la halakha : Rav Chechet dispense du kazayit, Rava exige que subsiste la tourita denahama, l'aspect du pain.

La fin du folio passe à des pains douteux — teroknin, terita, pain fait pour le koutah — et demande s'ils sont soumis au prélèvement de la halla.

Le plan du folio 37b 1. Fin de la baraita (seg. 0-2) Trois étages d'aliments, deux avis : Rabban Gamliel et les Sages. La guemara cherche l'auteur de la tosefta et corrige sa formulation sur le riz. 2. La bouillie de Rava (seg. 3) Rihata des paysans : beaucoup de farine. Rihata de Mehoza : surtout du miel. Rava se reprend : les deux reçoivent borei minei mezonot. 3. Le havitsa (seg. 4-9) Rav Yossef : tout dépend du kazayit. Preuve tirée des offrandes de farine. Abaye objecte, deux réponses tombent. Conclusion : Rav Chechet et Rava retiennent l'aspect du pain. 4. Les pains douteux (seg. 10-12) Teroknin : cuits dans un creux du foyer. Terita : trois explications. Pain fait pour le koutah. La question devient : sont-ils soumis au prélèvement de la halla ? Le fil unique du folio Une seule question traverse les quatre parties : à partir de quand une matière céréale cesse d'être du pain. La bénédiction mesure ce statut par l'apparence ; la halla le mesure par le mode de cuisson.
Les quatre parties du folio et la question qui les relie.
Quelle bénédiction sur un plat à base de céréale Morceaux de pain d'un kazayit Rav Yossef, seg. 4 hamotsi le'hem min haarets et les trois bénédictions après Miettes plus petites qu'un kazayit qui gardent la tourita denahama, l'aspect du pain (Rav Chechet, Rava) hamotsi le'hem min haarets position retenue par la halakha, Rava étant le plus tardif Miettes qui ont perdu l'aspect du pain le pain s'est dissous dans le plat seg. 1-2, seg. 9 borei minei mezonot et, après, une bénédiction unique résumant les trois Farine cuite en bouillie rihata, dayssa, même mêlée de miel seg. 3 borei minei mezonot Rav et Chmouel : tout ce qui contient l'une des cinq espèces Riz et millet ni sept espèces, ni céréale seg. 0 et 2 chehakol, puis rien selon les Sages Rabban Gamliel exige une bénédiction unique résumant les trois La colonne de gauche décrit l'état de la matière, celle de droite la bénédiction qui en découle.
L'état de la matière commande la bénédiction : forme, apparence, mélange, espèce.
La sougya du havitsa, étape par étape 1. Rav Yossef pose le critère du kazayit Miettes d'un kazayit : hamotsi et les trois bénédictions. En dessous : mezonot et une bénédiction résumant les trois. seg. 4 2. Sa preuve : les offrandes de farine Le cohen les rompt en morceaux d'un kazayit, et la baraita lui fait dire hamotsi avant de les manger. seg. 5 3. Objection d'Abaye Selon le tana de l'école de Rabbi Yichmael, on émiette les offrandes jusqu'à la farine : il n'y aurait plus de hamotsi. Or une baraita traite de miettes ramassées jusqu'à un kazayit et les tient pour du pain, pour le karet et pour la matsa. seg. 6 4. Première réponse : il les a repétries Rejetée : la suite dit qu'il les a mangés, au pluriel, alors qu'une masse répétrie se dirait au singulier. seg. 7 5. Seconde réponse : elles viennent d'un grand pain Les miettes tiennent leur statut du pain dont elles proviennent, tant qu'il n'a pas été rompu en entier. seg. 8 6. Conclusion retenue Rav Chechet : même sans miettes d'un kazayit, on récite hamotsi. Rava : à condition qu'il reste sur le plat la tourita denahama, l'aspect du pain. Le critère passe de la mesure à l'apparence. seg. 9
Le trajet complet de la sougya du havitsa, de Rav Yossef à la conclusion de Rava.
1
וְלֹא מִין דָּגָן הוּא, אוֹ מִין דָּגָן וְלֹא עֲשָׂאוֹ פַּת — רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים בְּרָכָה אַחַת. כֹּל שֶׁאֵינוֹ לֹא מִשִּׁבְעַת הַמִּינִין וְלֹא מִין דָּגָן, כְּגוֹן פַּת אֹורֶז וְדֹוחַן — רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים וְלֹא כְלוּם.

... et qui n'est pas une espèce de céréale, ou bien qui est une espèce de céréale dont on n'a pas fait du pain — Rabban Gamliel dit : trois bénédictions ; et les Sages disent : une seule bénédiction. Tout ce qui n'est ni des sept espèces ni une espèce de céréale, comme le pain de riz et le pain de millet — Rabban Gamliel dit : une seule bénédiction résumant les trois ; et les Sages disent : rien du tout.

📜 Rachi (2)
וְלֹא מִין דָּגָן שֶׁבְּמִין דָּגָן יֵשׁ חִילּוּק שֶׁאִם עֲשָׂאוֹ פַּת הַכֹּל מוֹדִים שֶׁצָּרִיךְ לְאַחֲרָיו ג' בְּרָכוֹת:
Et qui n'est pas une espèce de céréale — car pour l'espèce de céréale il y a une distinction : si l'on en a fait du pain, tous s'accordent qu'il faut après cela les trois bénédictions.
אוֹ אַף אִם מִין דָּגָן הוּא אֶלָּא שֶׁלֹּא עֲשָׂאוֹ פַּת בִּשְׁתַּיִם אֵלּוּ נֶחְלְקוּ ר"ג וַחֲכָמִים:
Ou — même s'il s'agit d'une espèce de céréale, mais dont on n'a pas fait du pain. C'est sur ces deux cas que Rabban Gamliel et les Sages sont en désaccord.
💡 Explication

Fin de la baraita ouverte en 37a, dans la version que Rabbi Yehouda donne de l'avis de Rabban Gamliel. Elle classe les aliments en trois étages. Le pain de l'une des cinq espèces obtient de tous le birkat hamazon complet. Au deuxième étage se trouvent les sept espèces qui ne sont pas des céréales, comme les dattes, et les céréales que l'on n'a pas transformées en pain, comme la bouillie : là, Rabban Gamliel exige encore les trois bénédictions, tandis que les Sages se contentent d'une bénédiction unique, la berakha ahat meein chalosh.

Le troisième étage réunit ce qui ne relève d'aucune des deux catégories, le riz et le millet. Rabban Gamliel y maintient une bénédiction résumant les trois, les Sages n'en demandent aucune : selon eux, la bénédiction finale se réduit à la formule générale.

Cet étagement sert d'outil à la guemara : il lui permet de rattacher à Rabban Gamliel la tosefta citée plus haut, qui réclame une bénédiction résumant les trois après le riz.

🖼️ Schéma
Les trois étages de la baraita de Rabbi Yehouda Ce que l'on a mangé Rabban Gamliel Les Sages Pain de l'une des cinq espèces cas non contesté, rappelé en 37a trois bénédictions trois bénédictions Sept espèces sans être une céréale, ou céréale dont on n'a pas fait du pain dattes, bouillie de blé trois bénédictions une seule bénédiction Ni sept espèces ni céréale pain de riz, pain de millet une bénédiction résumant les trois rien du tout Le désaccord porte sur la valeur du rang : Rabban Gamliel élève chaque étage d'un cran par rapport aux Sages. C'est ce tableau qui permet à la guemara d'attribuer la tosefta du riz à Rabban Gamliel, puis de se raviser.
Les trois étages de la baraita et l'écart constant entre Rabban Gamliel et les Sages.
2
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא — כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל? אֵימָא סֵיפָא דְּרֵישָׁא, אִם אֵין הַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת — בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״, וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלֶיהָ בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ. מַנִּי: אִי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, הַשְׁתָּא אַכּוֹתָבוֹת וְאַדַּיְיסָא אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת, אִם אֵין הַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת מִיבַּעְיָא?!

Selon qui as-tu établi la tosefta : selon Rabban Gamliel ? Dis alors la fin de sa première partie : si les morceaux ne sont plus entiers, il récite au début sur eux borei minei mezonot, et à la fin il récite sur eux une bénédiction unique résumant les trois.

De qui est-ce l'avis ? Si c'est celui de Rabban Gamliel : maintenant que, sur les dattes et sur la bouillie, Rabban Gamliel a dit trois bénédictions, faut-il encore le demander lorsque les morceaux de pain ne sont plus entiers ?!

📜 Rachi (5)
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא לְהַהוּא דִּלְעֵיל דְּקָתָנֵי וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ:
Selon qui as-tu établi — l'enseignement cité plus haut, qui dit : et à la fin, une bénédiction unique résumant les trois.
כר"ג אֵימָא סֵיפָא דְּרֵישָׁא דְּהַהִיא מַתְנֵי' דְּמַתְנֵי גַּבֵּי הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה דְּהַהִיא רֵישָׁא דִּידֵהּ וְקָתָנֵי סֵיפָא אֵין הַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת כו':
Selon Rabban Gamliel ? Dis la fin de sa première partie — car cette michna est enseignée au sujet de celui qui mâcherait un grain de blé : voilà sa première partie, et sa fin enseigne : si les morceaux ne sont plus entiers, etc.
הַשְׁתָּא אֲפִילּוּ אַדַּייְסָא אָמַר ר"ג בְּמַתְנִיתִין בָּתְרָייְתָא אוֹ מִין דָּגָן וְלֹא עֲשָׂאוֹ פַּת מְבָרֵךְ אַחֲרָיו ג' בְּרָכוֹת:
Maintenant que — même sur la bouillie, Rabban Gamliel dit dans la dernière michna : ou bien c'est une espèce de céréale dont on n'a pas fait du pain, et il récite après elle les trois bénédictions.
אֵין הַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת שֶׁבִּתְחִלָּתוֹ פַּת מַמָּשׁ הָיָה:
Les morceaux ne sont plus entiers — alors qu'au départ c'était du pain véritable.
מִיבַּעְיָא וּכְשֶׁנִּמּוֹחַ מִי גָּרַע מִדַּיְיסָא:
Faut-il encore le demander — car une fois dissous, en quoi serait-ce moins qu'une bouillie ?
💡 Explication

La guemara éprouve l'attribution qu'elle vient de proposer par un argument de kal va-homer implicite. Rabban Gamliel accorde déjà les trois bénédictions à une bouillie de blé, qui n'a jamais été du pain. Du pain véritable qui s'est dissous dans un plat devrait donc les obtenir à plus forte raison.

Or la tosefta, dans sa première partie, se contente pour ce cas de borei minei mezonot au début et d'une bénédiction résumant les trois à la fin. Une source ne peut pas énoncer un enseignement superflu par rapport à sa propre logique : l'attribution à Rabban Gamliel devient donc intenable.

3
אֶלָּא פְּשִׁיטָא רַבָּנָן. אִי הָכִי קַשְׁיָא דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן! אֶלָּא לְעוֹלָם רַבָּנָן, וְתָנֵי גַּבֵּי אֹורֶז: ״וּלְבַסּוֹף אֵינוֹ מְבָרֵךְ עָלָיו וְלֹא כְלוּם״.

Il est donc évident que c'est selon les Sages. Mais s'il en est ainsi, il y a une contradiction entre les Sages et les Sages !

Non : en vérité c'est bien selon les Sages, et enseigne au sujet du riz : et à la fin, il ne récite sur lui rien du tout.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לָאו רַבָּנַן הִיא דְּאָמְרִי גַּבֵּי דַּייְסָא בְּרָכָה אַחַת וְהַאי נָמֵי מִשֶּׁנִּמּוֹחַ לָאו פַּת הוּא וְהָוֵי כְּדַיְיסָא:
N'est-ce donc pas plutôt l'avis des Sages — eux qui disent au sujet de la bouillie : une seule bénédiction. Ici de même : une fois que le pain s'est dissous, ce n'est plus du pain, et il a le même statut que la bouillie.
וְהִלְכְתָא לָא גָּרְסִינַן:
Les mots et telle est la halakha ne figurent pas dans notre texte.
💡 Explication

La tosefta est donc l'œuvre des Sages. Une difficulté surgit aussitôt : la même tosefta demandait une bénédiction résumant les trois après le riz, alors que les Sages de la baraita n'en demandent aucune. La guemara résout par une correction du texte, procédé courant lorsque deux énoncés d'une même autorité se heurtent : on lit désormais dans la tosefta que le riz ne reçoit à la fin aucune bénédiction particulière.

Le principe qui commande cette conclusion est énoncé par Rachi : du pain dissous quitte le statut de pain et rejoint celui de la bouillie. C'est la matière présente dans l'assiette, non son histoire, qui détermine la bénédiction.

4
אָמַר רָבָא: הַאי רִיהֲטָא דְּחַקְלָאֵי דְּמַפְּשִׁי בֵּיהּ קִמְחָא, מְבָרֵךְ ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״. מַאי טַעְמָא? — דִּסְמִידָא עִיקָּר. דְּמָחוֹזָא, דְּלָא מַפְּשִׁי בֵּיהּ קִמְחָא, מְבָרֵךְ עָלָיו ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״. מַאי טַעְמָא? — דֻּובְשָׁא עִיקָּר. וַהֲדַר אָמַר רָבָא: אִידִי וְאִידִי, ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״. דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִים מְבָרְכִין עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״.

Rava a dit : cette rihata des paysans, dans laquelle ils multiplient la farine, on récite sur elle borei minei mezonot. Quelle en est la raison ?

Parce que la semoule en est l'élément principal. Celle des gens de Mehoza, dans laquelle ils ne multiplient pas la farine, on récite sur elle chehakol nihya bidvaro.

Quelle en est la raison ? Parce que le miel en est l'élément principal.

Puis Rava se reprit et dit : l'une comme l'autre, borei minei mezonot. Car Rav et Chmouel ont dit tous deux : tout ce qui contient l'une des cinq espèces, on récite sur lui borei minei mezonot.

📜 Rachi (4)
רִיהֲטָא הוּא חֲבִיץ קְדֵרָה:
Rihata — c'est le havits kedera, le mets préparé dans la marmite.
דְּחַקְלָאֵי בְּנֵי כְּפָר:
Des hakla'ei — les gens de la campagne.
דְּמַפְּשִׁי בֵּיהּ קִמְחָא שֶׁמַּרְבִּים בּוֹ קֶמַח:
Dans laquelle ils multiplient la farine — ils y mettent une grande quantité de farine.
דְּמָחוֹזָא בְּנֵי כֶּרֶךְ:
De Mehoza — les gens de la ville.
💡 Explication

Un même plat, préparé de deux manières. Rava juge d'abord selon la règle ordinaire du principal et de l'accessoire, ikar ve-tafel : la bénédiction suit l'ingrédient dominant. Chez les paysans, la farine domine ; à Mehoza, ville riche, le miel domine et le plat tombe sous la formule générale chehakol.

Rava revient ensuite sur sa position au nom d'une règle plus large, transmise par Rav et Chmouel : la présence de l'une des cinq espèces de céréales suffit à imposer borei minei mezonot, sans peser les proportions. La céréale n'est jamais traitée comme un simple accessoire.

🖼️ Schéma
La bouillie de Rava : première position, puis rétractation Rihata des paysans On y multiplie la farine. L'élément principal : la semoule. borei minei mezonot première position de Rava Rihata de Mehoza On y met peu de farine. L'élément principal : le miel. chehakol nihya bidvaro première position de Rava Rava se reprend : les deux reçoivent borei minei mezonot La proportion de farine cesse d'être le critère ; la présence de la céréale suffit. Principe de Rav et Chmouel Tout ce qui contient l'une des cinq espèces reçoit borei minei mezonot, même en petite quantité.
Rava juge d'abord par la proportion, puis abandonne ce critère pour le principe de Rav et Chmouel.
5
אָמַר רַב יוֹסֵף: הַאי חֲבִיצָא דְּאִית בֵּיהּ פֵּרוּרִין כְּזַיִת — בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״, וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת. דְּלֵית בֵּיהּ פֵּרוּרִין כְּזַיִת — בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״, וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ.

Rav Yossef a dit : ce havitsa qui contient des miettes de la taille d'un kazayit, on récite sur lui au début hamotsi le'hem min haarets, et à la fin on récite sur lui les trois bénédictions. Celui qui ne contient pas de miettes d'un kazayit, on récite sur lui au début borei minei mezonot, et à la fin une bénédiction unique résumant les trois.

📜 Rachi (1)
חֲבִיצָא כְּעֵין שלניי"קוק שֶׁמְּפֹרָרִין בְּתוֹךְ הָאִלְפָּס לֶחֶם:
Havitsa — quelque chose comme le chalanikouk : on émiette du pain dans la poêle.
🗂️ Tossefot (1)
חֲבִיצָא דְּאִית בֵּיהּ פֵּרוּרִין פרש"י כְּמוֹ שלנייקו"ק וא"ת וְהָתַנְיָא לְעֵיל בִּזְמַן שֶׁהַפְּרוּסוֹת וְכוּ' אֵין הַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת לֹא יְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא אע"ג דְּאִית בֵּיהּ כְּזַיִת וְי"ל דְּרַב יוֹסֵף מְפָרֵשׁ לֵיהּ הַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת הַייְנוּ בִּכְזַיִת וְאֵין הַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת בְּשֶׁאֵין בָּהֶן כְּזַיִת וְכֵן מְפָרֵשׁ נָמֵי בִּירוּשַׁלְמִי וא"ת וְאֵיךְ מְדַמֶּה רַב יוֹסֵף פֵּרוּרֵי מְנָחוֹת לְפֵרוּרֵי חֲבִיצָא וְי"ל כֵּיוָן שֶׁנְּטַגְּנֵין בְּשֶׁמֶן כְּנִתְבַּשְּׁלוּ דָּמֵי וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּלָקַט מִכֻּולָּן כְּזַיִת דְּקָאֵי אַחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין וְלֹא אַמְּנָחוֹת כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ וְהָתָם נָמֵי לָא מַיְירֵי בְּשֶׁנִּתְבַּשְּׁלוּ וּמַאי מְדַמֶּה לַחֲבִיצָא שֶׁהוּא מְבֻושָּׁל לְכָךְ נ"ל חֲבִיצָא הַייְנוּ פֵּרוּרִין הַנִּדְבָּקִים יַחַד עַל יְדֵי מָרָק אוֹ עַל יְדֵי חָלָב כְּמוֹ חֲבִיצָא דְּתַמְרֵי שֶׁהֵן נִדְבָּקִין:
Havitsa qui contient des miettes — Rachi a expliqué : comme le chalanikouk. Et si tu demandes : n'a-t-on pas enseigné plus haut que lorsque les morceaux sont entiers, etc., et que lorsque les morceaux ne sont plus entiers on ne récite pas sur eux hamotsi, même s'il s'y trouve un kazayit ? On peut répondre que Rav Yossef comprend les morceaux sont entiers comme signifiant qu'ils ont le volume d'un kazayit, et les morceaux ne sont plus entiers comme signifiant qu'ils n'ont pas ce volume ; ainsi l'explique aussi le Talmud de Jérusalem. Et si tu demandes : comment Rav Yossef peut-il rapprocher les miettes des offrandes de farine des miettes du havitsa ? On peut répondre que, puisqu'elles sont frites dans l'huile, elles sont comme cuites. Il reste pourtant une difficulté : les mots il en a ramassé de toutes un kazayit se rapportent aux cinq espèces et non aux offrandes, comme je l'expliquerai, et là non plus il ne s'agit pas d'un mets cuit ; comment donc rapprocher cela du havitsa, qui est cuit ? C'est pourquoi il me semble que le havitsa désigne des miettes collées ensemble par un bouillon ou par du lait, comme le havitsa de dattes, qui tiennent entre elles.
💡 Explication

Le havitsa est un plat de miettes de pain réunies dans un liquide. Rav Yossef y applique une mesure : le kazayit, volume d'une olive. Un morceau qui l'atteint reste du pain et entraîne hamotsi puis le birkat hamazon ; en dessous, le plat devient un mets de céréale ordinaire, avec borei minei mezonot et une bénédiction résumant les trois.

Tossefot conteste l'identification du plat proposée par Rachi, où le pain bout dans la poêle, car les preuves invoquées plus loin ne parlent pas de cuisson. Il préfère y voir des miettes agglomérées par un liquide froid.

6
אָמַר רַב יוֹסֵף: מְנָא אֲמִינָא לַהּ — דְּתַנְיָא: הָיָה עוֹמֵד וּמַקְרִיב מְנָחוֹת בִּירוּשָׁלַיִם — אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ שֶׁהֶחֱייָנוּ וְקִיְּמָנוּ וְהִגִּיעָנוּ לַזְּמַן הַזֶּה״. נְטָלָן לְאָכְלָן — מְבָרֵךְ ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״. וְתָנֵי עֲלָהּ: וְכֻולָּן, פּוֹתְתָן כַּזַּיִת.

Rav Yossef a dit : d'où est-ce que je le dis ? De ce qui a été enseigné : celui qui se tenait et offrait des offrandes de farine à Jérusalem dit : Béni sois-Tu, qui nous a fait vivre, nous a maintenus et nous a fait parvenir à ce temps.

Lorsqu'il les prend pour les manger, il récite hamotsi le'hem min haarets. Et l'on a enseigné à ce sujet : et toutes, il les rompt en morceaux de la taille d'un kazayit.

📜 Rachi (7)
מְנָא אֲמִינָא לַהּ דְּאַפֵּרוּרִין כַּזַּיִת מְבָרְכִין הַמּוֹצִיא:
D'où est-ce que je le dis — que sur des miettes d'un kazayit on récite hamotsi.
הָיָה יִשְׂרָאֵל עוֹמֵד:
Celui qui se tenait — un Israélite qui se tient là.
וּמַקְרִיב מְנָחוֹת וּנְתָנָהּ לַכֹּהֵן לְהַקְרִיבָהּ:
Et offrait des offrandes de farine — il l'a remise au cohen pour qu'il l'offre.
אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁהֶחֱיָינוּ אִם לֹא הֵבִיא מְנָחוֹת זֶה יָמִים רַבִּים:
Il dit la bénédiction chehehiyanou — s'il n'a pas apporté d'offrande de farine depuis longtemps.
נְטָלָן לְאָכְלָן הַכֹּהֵן:
Il les prend pour les manger — c'est le cohen.
וְתָנֵי עֲלָהּ כְּלוֹמַר וּתְנַן עַל הַמְּנָחוֹת מִנְחַת מַחֲבַת וּמִנְחַת מַרְחֶשֶׁת הַקְּרֵיבוֹת כְּשֶׁהֵן אֲפוּיוֹת:
Et l'on a enseigné à ce sujet — c'est-à-dire que nous avons appris au sujet des offrandes de farine : l'offrande cuite à la plaque et l'offrande cuite au récipient profond, qui sont présentées déjà cuites.
וְכֻולָּן פּוֹתְתָן כְּלוֹמַר בּוֹצְעָן קֹודֶם קְמִיצָה וְעוֹשֶׂה אוֹתָן פְּתִיתִין כְּזֵיתִים כְּדִכְתִיב פָּתוֹת אֹותָהּ פִּתִּים (וַיִּקְרָא ב׳:ו׳) אַלְמָא פְּתִיתִין כְּזֵיתִים מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא:
Et toutes, il les rompt — c'est-à-dire qu'il les brise avant la kemitsa et en fait des morceaux de la taille d'un kazayit, ainsi qu'il est écrit : tu la rompras en morceaux (Lévitique 2, 6). Il apparaît donc que sur des morceaux d'un kazayit on récite hamotsi.
🗂️ Tossefot (1)
הָיָה עוֹמֵד וּמַקְרִיב מְנָחוֹת פרש"י בַּעַל הַבַּיִת הַמִּתְנַדֵּב מִנְחָה וְדֹוחַק גָּדוֹל הוּא דְּהָיָה עוֹמֵד וּמַקְרִיב מַשְׁמַע בְּכֹהֵן הַמַּקְרִיב וְכֵן לִישָּׁנָא נְטָלָן לְאָכְלָן מַשְׁמַע דְּאַכֹּהֵן קָאֵי וְנִרְאֶה בְּכֹהֵן הָעוֹמֵד לְהַקְרִיב רִאשׁוֹן בְּמִשְׁמַרְתּוֹ וכ"ד מִשְׁמָרוֹת הָיוּ וְכָל שַׁבָּת מִתְחַדֶּשֶׁת מִשְׁמָרָה אַחֶרֶת אִם כֵּן כָּל מִשְׁמָרָה אֵינָהּ מְשַׁמֶּרֶת אֶלָּא ב' פְּעָמִים בַּשָּׁנָה וְכֵיוָן שֶׁיֵּשׁ לָהֶם זְמַן קָבוּעַ מְבָרְכִינַן שֶׁהֶחֱיָינוּ וְלֹא כפירש"י דִּמְנָחוֹת דְּמַיְירֵי בְּכֹהֵן שֶׁלֹּא הִקְרִיב מֵעוֹלָם:
Celui qui se tenait et offrait des offrandes de farine — Rachi a expliqué qu'il s'agit du propriétaire qui fait don de l'offrande, ce qui est très forcé : il se tenait et offrait désigne le cohen qui procède à l'offrande, et de même l'expression il les prend pour les manger se rapporte au cohen. Il semble donc qu'il s'agit du cohen qui se tient pour offrir en premier au cours de sa garde. Il y avait vingt-quatre gardes, et chaque semaine une autre garde prenait le relais ; chaque garde ne servait donc que deux fois par an. Puisqu'elles ont un temps fixe, on récite chehehiyanou. Cela ne suit pas l'explication de Rachi dans le traité Menahot, où il s'agirait d'un cohen qui n'a encore jamais offert.
💡 Explication

La preuve de Rav Yossef vient du service du Temple. Les menahot cuites, avant le prélèvement de la poignée, sont rompues en morceaux d'un kazayit, selon le verset. La baraita fait pourtant réciter hamotsi au cohen qui les mange : un morceau d'un kazayit garde donc le statut de pain, même détaché d'une miche.

Tossefot discute au passage l'identité du personnage qui récite chehehiyanou et propose le cohen qui inaugure son tour de service, les gardes revenant à date fixe deux fois l'an.

7
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אֶלָּא מֵעַתָּה, לְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּאָמַר פּוֹרְכָן עַד שֶׁמַּחְזִירָן לְסָלְתָּן, הָכִי נָמֵי דְּלָא בָּעֵי בָּרוֹכֵי ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״?! וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי, וְהָתַנְיָא: לָקַט מִכֻּולָּן כְּזַיִת וַאֲכָלָן, אִם חָמֵץ הוּא — עָנוּשׁ כָּרֵת, וְאִם מַצָּה הוּא — אָדָם יוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח.

Abaye lui dit : s'il en est ainsi, selon le tana de l'école de Rabbi Yichmael, qui dit qu'il les émiette jusqu'à les ramener à l'état de fleur de farine, dirais-tu là aussi qu'il n'y a pas lieu de réciter hamotsi le'hem min haarets ?! Et si tu dis : en effet, il en est bien ainsi — n'a-t-on pas enseigné : s'il en a ramassé de toutes un kazayit et les a mangés, si c'était du hamets, il est passible de karet ; et si c'était de la matsa, on s'acquitte par elles de son obligation à Pessa'h.

📜 Rachi (4)
פּוֹרְכָן לִמְנָחוֹת הָאֲפוּיוֹת עַל הַמַּחֲבַת וְעַל הַמַּרְחֶשֶׁת קֹודֶם קְמִיצָה עַד שֶׁמַּחֲזִירָן לְסָלְתָּן:
Il les émiette — les offrandes cuites sur la plaque et dans le récipient profond, avant la kemitsa, jusqu'à les ramener à l'état de fleur de farine.
הָכִי נָמֵי דִּפְלִיג אַהָא דְּקָתָנֵי מְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא:
Là aussi — qu'il serait en désaccord avec l'enseignement selon lequel on récite hamotsi.
וְהָתַנְיָא לֶקֶט מִכֻּולָּן פְּתִיתֵי הַמְּנָחוֹת:
N'a-t-on pas enseigné : il en a ramassé de toutes — des morceaux des offrandes de farine.
כַּזַּיִת כו' וּמִדְּקָאָמַר יוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח מִשּׁוּם אֲכִילַת מַצָּה דְּמִצְוַת עֲשֵׂה הִיא דִּכְתִיב בָּעֶרֶב תֹּאכְלוּ מַצּוֹת וְהָתָם לֶחֶם בָּעֵינַן דִּכְתִיב בָּהּ לֶחֶם עֹונִי אַלְמָא לֶחֶם הָוֵי וּמְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא וְהָא מַתְנִיתִין עַל כָּרְחָךְ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הִיא דְּהָא קָתָנֵי לָקַט מִכֻּולָּן כַּזַּיִת אַלְמָא בִּפְתִיתִין פְּחוּתִין מִכַּזַּיִת קָאֵי:
Un kazayit, etc. — puisqu'elle dit qu'on s'acquitte par elles de son obligation à Pessa'h, au titre de la consommation de matsa qui est un commandement positif, ainsi qu'il est écrit : le soir vous mangerez des azymes, et que là il faut du pain, puisqu'il est écrit à son sujet pain de misère, il apparaît que c'est du pain et que l'on récite dessus hamotsi. Or cette baraita est forcément celle de Rabbi Yichmael, puisqu'elle enseigne il en a ramassé de toutes un kazayit, ce qui montre qu'elle traite de morceaux plus petits qu'un kazayit.
🗂️ Tossefot (1)
לָקַט מִכֻּולָּן פירש"י דְּקָאֵי אַמְּנָחוֹת וְלָא נְהִירָא דְּא"כ הֵיכִי קָאָמַר דְּאִם חָמֵץ הוּא וְכוּ' וְהָא אָמְרִינַן (מְנָחוֹת ד' נב:) כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה וְנִרְאֶה דְּקָאֵי אַחֲמֵשֶׁת מִינִין וה"ק לֶקֶט מִכָּל מִינֵי לְחָמִים כַּזַּיִת כו':
Il en a ramassé de toutes — Rachi a expliqué que cela se rapporte aux offrandes de farine. Cela ne paraît pas juste : s'il en était ainsi, comment la baraita pourrait-elle dire si c'était du hamets, etc. ? Nous disons en effet (Menahot 52b) que toutes les offrandes de farine sont apportées azymes. Il semble donc que cela se rapporte aux cinq espèces, et voici ce qu'elle dit : il a ramassé de toutes les sortes de pains un kazayit, etc.
💡 Explication

Abaye retourne la preuve. Un autre tana enseigne que les offrandes sont émiettées jusqu'à redevenir de la farine, sans que la baraita cesse pour autant de faire réciter hamotsi. Le kazayit n'est donc pas la condition du statut de pain.

Il ajoute une seconde source, décisive : celui qui réunit un kazayit à partir de miettes toutes plus petites reste passible de karet si elles étaient du hamets, et s'acquitte de l'obligation de matsa si elles étaient azymes. Or la matsa doit être du pain, puisque le verset l'appelle pain de misère. Des miettes minuscules conservent donc le statut de pain.

8
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — בְּשֶׁעֵרְסָן. אִי הָכִי אֵימָא סֵיפָא, וְהוּא שֶׁאֲכָלָן בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס — וְאִי בְּשֶׁעֵרְסָן, הַאי ״שֶׁאֲכָלָן״, ״שֶׁאֲכָלוֹ״ מִיבְּעֵי לֵיהּ?

De quoi traitons-nous ici ? D'un cas où il les a repétries ensemble.

S'il en est ainsi, dis la fin : et cela, à condition qu'il les ait mangés dans le temps que prend la consommation d'un peras. Or s'il s'agit d'un cas où il les a repétries, au lieu de qu'il les ait mangés, il aurait fallu dire qu'il l'ait mangé.

📜 Rachi (3)
בְּשֶׁעֵרְסָן כְּשֶׁחָזַר וְגִבְּלָן יַחַד וְחָזַר וַאֲפָאָן. עַרְסָן לְשׁוֹן עֲרִיסוֹתֵיכֶם:
Où il les a repétries — lorsqu'il les a de nouveau pétries ensemble puis cuites à nouveau. Le mot ersan est de la même racine que arissotekhem, vos pétrins.
וְהוּא שֶׁאֲכָלָן בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס שֶׁלֹּא יִשְׁהֶה מִשֶּׁהִתְחִיל לֶאֱכֹול שִׁיעוּר כַּזַּיִת עַד שֶׁגָּמַר אֲכִילַת הַשִּׁיעוּר יוֹתֵר מִכְּדֵי אֲכִילַת חֲצִי כִּכָּר שֶׁל שְׁמֹנָה בֵּיצִים דְּהָוֵי חֶצְיוֹ אַרְבָּעָה בֵּיצִים שֶׁזֶּהוּ צֵירוּף שִׁיעוּר אֲכִילָה וְאִם שָׁהָה יוֹתֵר אֵין הָאֲכִילָה מִצְטָרֶפֶת וַהֲוָה לֵיהּ כְּאוֹכֵל חֲצִי זַיִת הַיּוֹם וַחֲצִי זַיִת לְמָחָר וְאֵין בּוֹ חִיּוּב כָּרֵת אִם חָמֵץ הוּא:
Et cela, à condition qu'il les ait mangés dans le temps que prend la consommation d'un peras — qu'il ne laisse pas s'écouler, entre le moment où il a commencé à manger la mesure d'un kazayit et celui où il l'achève, plus de temps qu'il n'en faut pour manger la moitié d'une miche de huit œufs, soit quatre œufs : c'est là le délai qui permet de réunir la mesure. S'il a tardé davantage, les bouchées ne se joignent pas, et il est comme celui qui mange un demi-kazayit aujourd'hui et un demi-kazayit demain, sans être passible de karet si c'était du hamets.
וְאִי בְּשֶׁעֵרְסָן וְהוּא שֶׁאֲכָלוֹ לְשׁוֹן יָחִיד מִיבְּעֵי לֵיהּ:
Or s'il s'agit d'un cas où il les a repétries — il aurait fallu dire qu'il l'ait mangé, au singulier.
💡 Explication

Première tentative pour neutraliser la preuve d'Abaye : la baraita parlerait de miettes repétries en une seule masse puis recuites. Elles seraient alors du pain neuf, et rien ne s'apprendrait sur les miettes restées séparées.

La réponse tombe sur un détail de langue. La suite de la baraita fixe un délai, le temps de manger un peras, pour que les bouchées se joignent en une mesure unique ; or cette condition ne vaut que pour des morceaux distincts, et le texte emploie le pluriel. Une masse unique se dirait au singulier.

9
אֶלָּא הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — בְּבָא מִלֶּחֶם גָּדוֹל.

Il faut donc dire : de quoi traitons-nous ici ? D'un cas où les miettes proviennent d'un grand pain.

📜 Rachi (1)
הב"ע וּבְשֶׁלֹּא עֵרְסָן הִיא וְכִדְקָאָמְרַתְּ וְהָא דְּקָתָנֵי דַּחֲשִׁיב לְמֶיהֱוֵי לֶחֶם בְּבָא מִלֶּחֶם גָּדוֹל וְנִשְׁאַר מִן הַלֶּחֶם שֶׁלֹּא נִפְרַס כֻּולּוֹ אֲבָל אִם נִפְרַס כֻּולּוֹ לָא חֲשִׁיבִי פְּתִיתִין הֲפָחוֹתַי' מִכַּזַּיִת וְלָא מְבָרְכִינַן הַמּוֹצִיא וְאֵין יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבַת מַצָּה בְּפֶסַח:
De quoi traitons-nous ici — il s'agit d'un cas où il ne les a pas repétries, comme tu le disais ; et ce qui est enseigné, à savoir qu'elles comptent comme du pain, vise des miettes provenant d'un grand pain dont il reste une part qui n'a pas été rompue. Mais si le pain a été rompu en entier, des morceaux plus petits qu'un kazayit ne comptent pas : on ne récite pas sur eux hamotsi, et l'on ne s'acquitte pas par eux de l'obligation de matsa à Pessa'h.
💡 Explication

Seconde tentative : les miettes dont parle la baraita tiennent leur statut du pain dont elles se sont détachées. Tant que la miche subsiste, ses débris restent du pain, si petits soient-ils ; le kazayit de Rav Yossef ne s'appliquerait qu'à des miettes orphelines, dont la miche a entièrement disparu.

10
מַאי הֲוָה עֲלָהּ? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הַאי חֲבִיצָא, אַף עַל גַּב דְּלֵית בֵּיהּ פֵּרוּרִין כְּזַיִת — מְבָרֵךְ עָלָיו ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״. אָמַר רָבָא: וְהוּא דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ תּוֹרִיתָא דְנַהְמָא.

Qu'en est-il finalement ? Rav Chechet a dit : ce havitsa, bien qu'il ne contienne pas de miettes d'un kazayit, on récite sur lui hamotsi le'hem min haarets.

Rava a dit : à condition qu'il garde l'aspect du pain.

📜 Rachi (1)
תּוֹרִיתָא דנהמ' תֹּואַר מַרְאִית הַלֶּחֶם:
Tourita denahama — l'apparence visible du pain.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר רָבָא וְהוּא דְּאִיכָּא עֲלֵיהּ תּוֹרִיתָא דְנַהְמָא וְכֵן קַייְמָא לַן דְּרָבָא בָּתְרָאָה הוּא וְלָא בָּעֵינַן שֶׁיְּהוּ בַּפֵּרוּרִין כְּזַיִת כֵּיוָן דְּאִיכָּא תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא לְעִנְיַן הַמּוֹצִיא וַאֲפִילּוּ נִתְבַּשְּׁלוּ לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י וְהָא דְּמַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דִּפְרוּסוֹת קַיָּימוֹת הֵן בִּכְזַיִת הַייְנוּ לְפִי שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ לִהְיוֹת תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא בִּכְזַיִת אֲבָל פְּעָמִים דַּאֲפִילּוּ בְּפָחוֹת מִכְּזַיִת אִיכָּא תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא:
Rava a dit : à condition qu'il garde l'aspect du pain — et telle est notre règle, car Rava est le plus tardif. Il n'est pas requis que les miettes aient le volume d'un kazayit, dès lors que subsiste l'aspect du pain, pour ce qui touche à hamotsi, et même si elles ont été cuites, selon l'explication de Rachi. Quant à ce qui ressort du Talmud de Jérusalem, où les morceaux entiers désignent un kazayit, cela tient à ce que l'aspect du pain se rencontre habituellement à partir d'un kazayit ; mais il arrive que même en dessous d'un kazayit l'aspect du pain subsiste.
תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא נִרְאֶה דְּהַייְנוּ כְּשֶׁנּוֹתְנֵי' הַפֵּרוּרִין בְּמַיִם וְאִם הַמַּיִם מִתְלַבְּנִים מֵחֲמַת הַפֵּרוּרִין אָזְלָא לֵיהּ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא וְכֵן הָיָה רָגִיל רַבֵּינוּ דָּוִד ממי"ץ לְלַבֵּן פֵּרוּרִין בְּמַיִם בַּלַּיְלָה כְּדֵי לְאָכְלָן בַּשַּׁחַר בְּלֹא בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא וּבְלֹא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁלֹּא לְאַחֵר כְּדֵי שֶׁיִּתְחַזֵּק רֹאשׁוֹ וְיוּכַל לְהַגִּיד הַהֲלָכָה:
L'aspect du pain — il semble que cela se vérifie ainsi : on met les miettes dans l'eau, et si l'eau blanchit à cause d'elles, l'aspect du pain a disparu. C'est ainsi que faisait habituellement Rabbenou David de Metz, qui faisait blanchir des miettes dans l'eau pendant la nuit afin de les manger au matin sans la bénédiction hamotsi et sans le birkat hamazon, pour ne pas être retardé, de sorte que sa tête soit affermie et qu'il puisse enseigner la halakha.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יוֹסֵף הַאי חֲבִיצָא אִי אִית בֵּיהּ פֵּרוּרִין כְּזַיִת מְבָרֵךְ עָלָיו מִתְּחִלָּה הַמּוֹצִיא למ"ה וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת דְּלֵית בֵּיהּ פֵּרוּרִין כְּזַיִת בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו במ"מ וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה א' מֵעֵין ג' וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר אַפֵּי' פֵּרוּרִין שֶׁאֵין בָּהֶן כְּזַיִת אָמַר רָבָא וְהוּא דְּאִיכָּא עֲלֵיהֶם תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא וְכֵן הִלְכְתָא חֲבִיצָא פירש"י שֶׁמְּבַשְּׁלִין לֶחֶם בְּתוֹךְ הָאִילְפָּס וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ א"כ מַה מַייְתֵי רַב יוֹסֵף רְאָיָה מִפֵּרוּרֵי מִנְחָה שֶׁלֹּא נִתְבַּשְּׁלוּ וְי"ל כֵּיוָן שֶׁנִּטַּגְּנָה בְּשֶׁמֶן חָשׁוּב הוּא כְּנִתְבַּשֵּׁל מִיהוּ קָשֶׁה מַאי מַיְיתֵי עֲלָהּ מִלְּיָקֹט מִכֻּולָּם כְּזַיִת דְּאַייְרֵי בָּהּ' מִינִין דְּהָתָם לָא אַיְירֵי לֹא בִּמְבֻושָּׁל וְלֹא בִּמְטֻוגָּן וְעוֹד קָשֶׁה לפירש"י דִּלְרַב שֵׁשֶׁת תִּיקְשֵׁי לֵיהּ מִבָּרַייְתָא דִּלְעֵיל אֵין הַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם בּוֹרֵא מ"מ וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ וּמְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי פְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת בִּכְזַיִת אֵין פְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת בְּפָחוֹת מִכְּזַיִת ופר"ת חֲבִיצָה הֵם פֵּירוּרֵי לֶחֶם שֶׁנִּדְבָּקִין יַחַד ע"י חֵלֶב וּדְבַשׁ וּבֶעָרוּךְ פִּי' שֶׁהֵם פֵּירוּרֵי לֶחֶם הַנִּדְבָּקִים זֶה בָּזֶה ע"י מָרָק וְכָל דָּבָר הַנִּדְבָּק יַחַד קָרוּי חֲבִיצָא כְּעֵין חֲבִיצָא דְּתַמְרֵי וְג' חִילּוּקִים יֵשׁ בָּהֶן הֵיכָא שֶׁנִּתְבַּשְּׁלוּ אִם יֵשׁ בָּהֶן כְּזַיִת מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם הַמּוֹצִיא וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת וְאִם אֵין בָּהֶן כַּזַּיִת אע"ג דְּמֶחֱזֵי דְּאִיכָּא עֲלַיְיהוּ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא אֵין מְבָרֵךְ עָלָיו אֶלָּא בּוֹרֵא מ"מ דְּכֵיוָן שֶׁהוּא מְבֻושָּׁל אֵינוֹ חָשׁוּב תֹּואַר לֶחֶם וְאִם אֵינוֹ מְבֻושָּׁל אֶלָּא שֶׁהוּא מְחֻובָּר ע"י דְּבַשׁ אוֹ מָרָק אִם יֵשׁ בַּפְּרוּסוֹת כְּזַיִת מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ תֹּואַר לֶחֶם וְאִם אֵין בַּפְּרוּסוֹת כַּזַּיִת אִם יֵשׁ בּוֹ תֹּואַר לֶחֶם מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא וְאִם אֵין בּוֹ תֹּואַר לֶחֶם מְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא מ"מ וְהֵיכָא שֶׁאֵינוֹ לֹא מְבֻושָּׁל וְלֹא מְחֻובָּר אֶלָּא שֶׁהוּא מְפֹורָר דַּק דַּק אע"פ שֶׁאֵין בָּהֶן כְּזַיִת וְאֵין בָּהֶן תֹּואַר לֶחֶם מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת דְּכֵיוָן שֶׁהוּא פַּת בִּפְנֵי עַצְמוֹ אֵינוֹ יוֹצֵא לְעוֹלָם מִתּוֹרַת פַּת בְּשֵׁם הָר' יוֹנָה זַ"ל וְכֵן נִרְאֶה מִתּוֹךְ הַהֲלָכָה וְלֹא כְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל שֶׁאָמַר דְּהָא דְּאָמְרִינַן דַּף לט פַּת הַצְּנוּמָה בִּקְעָרָה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא דְּאַייְרֵי בִּדְאִיכָּא עָלֶיהָ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא שֶׁאֵין אָנוּ צְרִיכִין לָזֶה אֶלָּא כֵּיוָן דְּאֵין דָּבָר אַחֵר מְעֹורָב עִמּוֹ אֵינוֹ יוֹצֵא מִתּוֹרַת לֶחֶם וּמְבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא:
Rav Yossef a dit : ce havitsa, s'il contient des miettes d'un kazayit, on récite sur lui au début hamotsi le'hem min haarets et à la fin les trois bénédictions ; s'il ne contient pas de miettes d'un kazayit, on récite sur lui au début borei minei mezonot et à la fin une bénédiction unique résumant les trois. Rav Chechet a dit : même des miettes qui n'ont pas le volume d'un kazayit. Rava a dit : à condition qu'elles gardent l'aspect du pain. Et telle est la halakha. Havitsa : Rachi a expliqué que l'on fait cuire du pain dans la poêle. Son explication soulève une difficulté : s'il en était ainsi, quelle preuve Rav Yossef tire-t-il des miettes d'offrande, qui n'ont pas été cuites de cette manière ? On peut répondre que, puisque l'offrande a été frite dans l'huile, elle est tenue pour cuite. Il reste pourtant une difficulté : que vient prouver ici l'enseignement il en a ramassé de toutes un kazayit, qui traite des cinq espèces ? Là, il ne s'agit ni d'un mets cuit ni d'un mets frit. Autre difficulté contre Rachi : selon Rav Chechet, la baraita citée plus haut fait objection, puisqu'elle dit que lorsque les morceaux ne sont plus entiers on récite au début borei minei mezonot et à la fin une bénédiction unique résumant les trois ; et le Talmud de Jérusalem explique que les morceaux sont entiers signifie un kazayit, et que les morceaux ne sont plus entiers signifie moins d'un kazayit. Rabbenou Tam a expliqué que le havitsa consiste en miettes de pain collées ensemble par du lait et du miel. Le Aroukh a expliqué qu'il s'agit de miettes de pain collées les unes aux autres par un bouillon ; et tout ce qui est ainsi réuni se nomme havitsa, comme le havitsa de dattes. Il y a là trois distinctions. Lorsqu'elles ont été cuites : s'il s'y trouve un kazayit, on récite sur elles hamotsi et les trois bénédictions ; s'il ne s'y trouve pas de kazayit, même s'il apparaît qu'elles gardent l'aspect du pain, on ne récite sur elles que borei minei mezonot, car étant cuites elles n'ont plus le titre de pain. Lorsqu'elles ne sont pas cuites mais seulement réunies par du miel ou par un bouillon : si les morceaux ont le volume d'un kazayit, on récite sur eux hamotsi même s'ils n'ont plus l'aspect du pain ; s'ils n'ont pas ce volume, alors s'ils gardent l'aspect du pain on récite hamotsi, et sinon borei minei mezonot. Et lorsqu'elles ne sont ni cuites ni réunies, mais seulement émiettées très fin : bien qu'elles n'aient pas le volume d'un kazayit et qu'elles n'aient pas l'aspect du pain, on récite sur elles hamotsi et les trois bénédictions, car étant du pain sans mélange, elles ne sortent jamais du statut de pain. Ainsi au nom de Rabbenou Yona, de mémoire bénie, et c'est aussi ce qui ressort de la sougya. Non comme les propos de Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, qui a dit que ce que nous disons page 39, à savoir que sur du pain émietté dans le plat on récite hamotsi, viserait un cas où il garde l'aspect du pain. Nous n'avons pas besoin de cette condition : dès lors qu'aucune autre matière n'y est mélangée, il ne sort pas du statut de pain et l'on récite sur lui hamotsi.
💡 Explication

Toutes les preuves ayant été écartées, la guemara demande la conclusion. Rav Chechet abandonne la mesure : même sans miette d'un kazayit, le plat reçoit hamotsi. Rava pose la seule réserve retenue par la halakha, la tourita denahama : il faut que l'on reconnaisse encore du pain dans ce que l'on mange.

Le critère quitte donc la mesure pour l'apparence. Tossefot en donne un test concret, l'eau qui blanchit au contact des miettes, et le Roch en tire un tableau à trois entrées selon que les miettes ont été cuites, agglomérées par un liquide, ou simplement émiettées à sec.

🖼️ Schéma
Les trois états du havitsa selon le Roch État des miettes Un kazayit Moins d'un kazayit Cuites le pain a bouilli dans la marmite hamotsi et trois bénédictions borei minei mezonot, même si l'aspect subsiste Collées réunies par du miel ou du bouillon hamotsi, même sans l'aspect aspect conservé : hamotsi aspect perdu : mezonot Sèches et émiettées fin rien d'autre n'y est mélangé hamotsi et trois bénédictions hamotsi et trois bénédictions, même sans l'aspect du pain La règle qui commande le tableau, au nom de Rabbenou Yona Du pain qui reste pur de tout mélange ne sort jamais du statut de pain, quelle que soit sa finesse.
Le tableau du Roch : l'état des miettes et la mesure se croisent pour donner la bénédiction.
11
טְרוֹקְנִין, חַייָּבִין בְּחַלָּה. וְכִי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: טְרוֹקְנִין פְּטוּרִין מִן הַחַלָּה. מַאי טְרוֹקְנִין? אָמַר אַבַּיֵּי: כּוּבָא דְּאַרְעָא.

Les teroknin sont soumis à la halla. Et lorsque Ravin vint de la Terre d'Israël, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les teroknin sont exempts de la halla.

Que sont les teroknin ? Abaye a dit : le kouba dear'a.

📜 Rachi (1)
כּוּבָא דְּאַרְעָא עוֹשֶׂה מְקוֹם חָלָל בְּכִירָה וְנוֹתֵן בְּתוֹכוֹ מַיִם וְקֶמַח כְּמוֹ שֶׁעוֹשִׂין בָּאִלְפָּס:
Kouba dear'a — il ménage un creux dans le foyer, y verse de l'eau et de la farine, comme on fait dans la poêle.
⚖️ Rosh (1)
כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן טְרוֹקְנִין חַייָּבִים בְּחַלָּה ה"ג וְלָא גָּרְסִינַן פְּטוּרִין וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר טְרוֹקְנִין חַייָּבִין בְּחַלָּה וְאוֹמֵר עֲלֵיהֶם הַמּוֹצִיא וְאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּפֶסַח אַף עַל גַּב דִּבְלִילָתוֹ רַכָּה וְגֻובְלָא בְּעָלְמָא הָוֵי מִכָּל מָקוֹם הָוֵי כְּמוֹ תְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִים וְסוֹפוֹ עִיסָּה שֶׁחַייָּב בְּחַלָּה אֲבָל דָּבָר שֶׁתְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִין וְסוֹפוֹ סֻופְגָּנִין כְּגוֹן שֶׁבְּלִילָתוֹ רַכָּה וַנְּטַגֵּן בְּשֶׁמֶן פָּטוּר מִן הַחַלָּה וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא מַאי טְרוֹקְנִין אָמַר אַבָּיֵי כֻּובָּא דְאַרְעָא וְאָמַר אַבָּיֵי טְרִיתָא פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה וְלָא דָּמֵי לִטְרוֹקְנִין דְּאַף עַל פִּי שֶׁבְּלִילָתָהּ רַכָּה אוֹפִין אוֹתָהּ בְּגֻומָּא שֶׁבַּכִּירָה כְּמוֹ שפירש"י דְּנַעֲשָׂה לֶחֶם אֲבָל מִירְתָּח גְּבִיל שׁוֹפְכִין אוֹתוֹ עַל הַכִּירָה וּמִתְפַּשֵּׁט וְאֵין תּוֹרַת לֶחֶם עָלָיו מַאי טְרִיתָא אִיכָּא דְּאָמְרִי מִירְתָּח גְּבִיל וְאִיכָּא דְּאָמְרִי נַהְמָא דְּהַנְּדוּקָא וְאִיכָּא דְּאָמְרִי לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכֻותָּח דְּתָנֵי רַבִּי חִייָּא לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכֻותָּח פָּטוּר מִן הַחַלָּה וְאִם עֲשָׂאָן כְּעָבִין חַייָּב וְהַאי כּוּבָא דְּאַרְעָא מְבָרֵךְ עָלֶיהָ בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת. וְאִי קָבַע סְעוּדָה עָלֶיהָ מְבָרֵךְ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא וג' בְּרָכוֹת מָר זוּטְרָא קְבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עָלֶיהָ וּבָרֵיךְ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אָמַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי וְאָדָם יוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח מַאי טַעְמָא לֶחֶם עֹונִי קָרֵינַן בֵּיהּ:
Lorsque Ravin vint, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les teroknin sont soumis à la halla. Telle est la leçon, et nous ne lisons pas exempts. Ainsi est-il rapporté dans le Talmud de Jérusalem : Rabbi Yo'hanan dit, les teroknin sont soumis à la halla, on récite sur eux hamotsi, et l'on s'acquitte par eux de son obligation à Pessa'h. Bien que leur pâte soit liquide et qu'il s'agisse d'un simple mélange, ils sont néanmoins comme ce dont le début est spongieux et la fin une pâte, qui est soumis à la halla. Mais ce dont le début est spongieux et la fin également spongieuse, par exemple lorsque la pâte est liquide et qu'on la frit dans l'huile, est exempt de la halla, et l'on ne récite pas sur lui hamotsi. Que sont les teroknin ? Abaye a dit : le kouba dear'a. Et Abaye a dit : la terita est exempte de la halla. Elle ne ressemble pas aux teroknin : bien que leur pâte soit liquide, on les cuit dans le creux du foyer, comme l'a expliqué Rachi, de sorte qu'ils deviennent du pain ; tandis que le mirtah gavil, on le verse sur le foyer, il s'y étale, et il n'a pas le statut de pain. Qu'est-ce que la terita ? Certains disent : mirtah gavil ; d'autres disent : le pain de handeka ; d'autres disent : le pain fait pour le koutah, car Rabbi Hiya a enseigné : le pain fait pour le koutah est exempt de la halla, et s'il en a fait des galettes épaisses, il y est soumis. Et sur ce kouba dear'a on récite borei minei mezonot ; mais s'il en fait la base de son repas, il récite sur lui hamotsi et les trois bénédictions. Mar Zoutra en fit la base de son repas, récita sur lui hamotsi et les trois bénédictions. Mar bar Rav Achi a dit : et l'on s'acquitte par lui de son obligation à Pessa'h. Quelle en est la raison ? Nous y lisons pain de misère.
💡 Explication

Nouveau sujet : le prélèvement de la halla, qui ne s'applique qu'à une pâte ayant rang de pain. Deux traditions s'opposent sur les teroknin, une pâte liquide cuite dans un creux aménagé dans le foyer. Ravin rapporte au nom de Rabbi Yo'hanan qu'ils en sont exempts.

Le Roch signale qu'il lit exactement l'inverse dans son texte, appuyé sur le Talmud de Jérusalem : les teroknin sont soumis à la halla, on récite sur eux hamotsi, et l'on s'acquitte par eux de la matsa. Sa distinction porte sur l'issue de la préparation : ce qui finit en pâte est du pain, ce qui commence et finit spongieux ne l'est pas.

12
וְאָמַר אַבַּיֵּי: טְרִיתָא פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה. מַאי טְרִיתָא? אִיכָּא דְּאָמְרִי גְּבִיל מְרַתַּח, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי נַהֲמָא דְהִנְדְּקָא, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכֻותָּח.

Et Abaye a dit : la terita est exempte de la halla. Qu'est-ce que la terita ?

Certains disent : gavil mirtah ; d'autres disent : le pain de handeka ; d'autres disent : le pain fait pour le koutah.

📜 Rachi (3)
גְּבִיל מִרְתָּח נוֹתְנִים קֶמַח וּמַיִם בִּכְלִי וּבוֹחֲשִׁין בַּכַּף וְשׁוֹפְכֵי' עַל הַכִּירָה כְּשֶׁהִיא נִסֶּקֶת:
Gavil mirtah — on met de la farine et de l'eau dans un récipient, on remue à la cuillère, et on verse sur le foyer lorsqu'il est chauffé.
נַהְמָא דְּהִנְדְּקָא בָּצֵק שֶׁאוֹפִין בִּשְׁפוּד וּמוֹשְׁחִים אוֹתוֹ תָּמִיד בְּשֶׁמֶן אוֹ בְּמֵי בֵּיצִים וְשֶׁמֶן:
Nahama dehandeka — une pâte que l'on cuit sur une broche et que l'on enduit sans cesse d'huile, ou d'œufs battus et d'huile.
לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכוּתָח אֵין אוֹפִין אוֹתוֹ בַּתַּנּוּר אֶלָּא בַּחַמָּה:
Le pain fait pour le koutah — on ne le cuit pas au four, mais on le sèche au soleil.
💡 Explication

Trois identifications de la terita, toutes exemptes de la halla, et toutes s'écartant de la cuisson normale du pain : une bouillie versée sur le foyer, une pâte tournée sur une broche et huilée, une pâte séchée au soleil pour servir d'ingrédient au koutah, condiment babylonien.

Le point commun est net : ni forme de miche, ni cuisson au four, ni destination de pain. C'est le même faisceau qui, dans la première moitié du folio, décidait de la bénédiction.

🖼️ Schéma
Quatre préparations, une question : est-ce du pain pour la halla Nom Mode de préparation Halla Teroknin kouba dear'a pâte liquide versée dans un creux du foyer Ravin au nom de Rabbi Yo'hanan : exempts le Roch lit au contraire : soumis Gavil mirtah mélange remué à la cuillère et versé sur le foyer brûlant exempt Nahama dehandeka pâte cuite sur une broche et enduite d'huile ou d'œufs exempt Pain fait pour le koutah ingrédient d'un condiment sèche au soleil au lieu d'être cuit au four exempt selon Rabbi Hiya soumis si la forme le dément Le critère qui se dégage La destination du produit compte, et Rabbi Yehouda la lit dans la fabrication elle-même : la forme donnée à la pâte révèle l'usage prévu.
Les préparations discutées en fin de folio et leur statut au regard de la halla.
13
תָּנֵי רַבִּי חַייָּא: לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכֻותָּח פָּטוּר מִן הַחַלָּה. וְהָא תַּנְיָא חַייָּב בַּחַלָּה! הָתָם כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא — רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מַעֲשֶׂיהָ מוֹכִיחִין עָלֶיהָ. עֲשָׂאָן

Rabbi Hiya a enseigné : le pain fait pour le koutah est exempt de la halla. Mais n'a-t-on pas enseigné qu'il y est soumis !

Là, la raison est donnée dans l'enseignement lui-même : Rabbi Yehouda dit, sa fabrication en témoigne. S'il en a fait...

🗂️ Tossefot (1)
לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכֻותָּח פָּטוּר מִן הַחַלָּה וְהַייְנוּ כְּשֶׁעֲשָׂאוֹ כְּלִמּוּדִים ופירש"י עִיסָּה שֶׁמְּיַבְּשִׁים בַּחַמָּה וְקָשֶׁה דְּהָא אָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת חַלָּה (פ"א מִשְׁנָה ה) כֹּל שֶׁתְּחִלָּתוֹ עִיסָּה וְסוֹפוֹ סֻופְגָּנִין חַייָּבִין בְּחַלָּה וְכֹל שֶׁתְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִין וְסוֹפוֹ עִיסָּה חַייָּבִין נָמֵי בְּחַלָּה וְשֶׁתְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִין וְסוֹפוֹ נָמֵי סֻופְגָּנִין פָּטוּר מִן הַחַלָּה וּפָסַק ר"ת אִם כֵּן בניבלי"ש ורישולא"ש דִּתְחִלָּתָן עִיסָּה מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא וְחַיָּיבִין בַּחַלָּה אַף עַל פִּי דְּסוֹפָן סֻופְגָּנִין וּמִתְּחִלָּה הָיָה ר"ל ר"ת דְּדַוְקָא חַיָּיבִין בְּחַלָּה דְּמִצְוַת חַלָּה בְּעוֹדָן עִיסָּה דִּכְתִיב עֲרִיסוֹתֵיכֶם וְהוֹאִיל שֶׁהָיוּ מִתְּחִלָּה עִיסָּה חַייָּבִין בְּחַלָּה אֲבָל מִן הַמּוֹצִיא פְּטוּרִים דְּעַכְשָׁיו הֵם סֻופְגָּנִין ול"נ דְּהָא לְעֵיל קָתָנֵי נְטָלָן לְאָכְלָן מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא גַּבֵּי מִנְחָה אַף עַל פִּי דְּעַכְשָׁיו הֵם סֻופְגָּנִין שֶׁהַמְּנָחוֹת מְטֻוגָּנוֹת בְּשֶׁמֶן. ורימשיי"ש אַף עַל גַּב דְּחַיָּיבִין בְּחַלָּה שֶׁהָיוּ עִיסָּה מִתְּחִלָּה פְּטוּרִין מֵהַמּוֹצִיא וְאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם אֶלָּא בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת דְּלֵית לְהוּ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא וְאַחַר כָּךְ בִּרְכַּת מֵעֵין שָׁלֹשׁ עַל הַמִּחְיָה וְעַל הַכַּלְכָּלָה וְר' יְחִיאֵל זַ"ל הָיָה מְסֻופָּק אִם וירמשיי״ש חַייָּבִין בְּחַלָּה מִשּׁוּם עוֹשֶׂה עִיסָּתוֹ בָּצֵק כְּדֵי לְחַלְּקָהּ פְּטוּרִין מִן הַחַלָּה דְּלֵית בְּהוּ שִׁיעוּרָא הָכָא גַּבֵּי וירמשיי״ש נָמֵי פְּעָמִים מְחַלְּקָן שֶׁאֵין מְשִׂימִין שִׁיעוּר חַלָּה בִּקְדֵרָה אַחַת אַךְ הָיָה מַצְרִיךְ לִיקַּח חַלָּה בְּלֹא בְּרָכָה בִּשְׁבִיל הַסָּפֵק וְכָל דָּבָר שֶׁתְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִין וְסוֹפוֹ עִיסָּה חַייָּבִין בְּחַלָּה וּבְהַמּוֹצִיא דקיי״ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן פֶּרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים לז.) דִּפְלִיגִי ר' יוֹחָנָן וְר״ל בְּמַעֲשֵׂה אִילְפָּס וּפְלִיגִי בִּבְלִילָתוֹ רַכָּה דְּהַיְינוּ תְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִין וְסוֹפוֹ עִיסָּה אִם נֶאֱפָה בְּתַנּוּר אוֹ בְּכִירָה אוֹ בְּאִילְפָּס בְּלֹא מַיִם וְשֶׁמֶן דר״ל ס״ל דְּלָא הֲוָה חַייָּב אֶלָּא כְּשֶׁנֶּאֱפָה בַּתַּנּוּר וְאַהָא קָאֵי מַתְנִיתִין תְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִין וְסוֹפוֹ עִיסָּה דְּחַייָּב בְּחַלָּה אֲבָל בְּאִילְפָּס פָּטוּר וְרַבִּי יוֹחָנָן מְחַיֵּיב דְּמַעֲשֵׂה אִילְפָּס סוֹפוֹ עִיסָּה קָרֵינַן בֵּיהּ רַק שֶׁלֹּא יִהְיוּ מַשְׁקִין בְּאִילְפָּס דְּהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי כָּל שֶׁהָאוּר תַּחְתָּיו חַיָּיב בְּחַלָּה וּמְבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא אֲבָל אנילי״ש אֵין מְבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא דְּלָא הָוֵי אֶלָּא גֻּובְלָא בְּעָלְמָא וּמִיהוּ אִם קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עֲלַייְהוּ כְּמוֹ בְּפוּרִים מְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא וְכָל דָּבָר שֶׁתְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִין וְגַם סוֹפוֹ כְּגוֹן הָנֵי סֻופְגָּנִין שֶׁמְּטַגְּנִין אוֹתָן בְּשֶׁמֶן שֶׁקּוֹרִין בוניי״ש פְּטוּרִין מִן הַחַלָּה:
Le pain fait pour le koutah est exempt de la halla — et cela vaut lorsqu'il l'a façonné en longues bandes. Rachi a expliqué : une pâte que l'on sèche au soleil. Cela soulève une difficulté, car nous disons au traité Halla (chapitre 1, michna 5) : tout ce dont le début est une pâte et la fin des beignets spongieux est soumis à la halla ; tout ce dont le début est des beignets spongieux et la fin une pâte y est également soumis ; et ce dont le début est des beignets spongieux et la fin également des beignets spongieux en est exempt. Rabbenou Tam a tranché en conséquence que les niblich et les richoulach, dont le début est une pâte, reçoivent hamotsi et sont soumis à la halla, bien que leur fin soit spongieuse. Rabbenou Tam voulait d'abord dire qu'ils sont soumis à la halla seulement, car le commandement de la halla porte sur la pâte tant qu'elle est pâte, ainsi qu'il est écrit vos pétrins : puisqu'ils étaient au départ une pâte, ils sont soumis à la halla ; mais ils seraient dispensés de hamotsi, puisqu'ils sont maintenant spongieux. Cela ne me paraît pas juste, car on a enseigné plus haut au sujet de l'offrande de farine : il les prend pour les manger, il récite sur elles hamotsi, bien qu'elles soient alors spongieuses, les offrandes étant frites dans l'huile. Quant aux rimchich, bien qu'ils soient soumis à la halla puisqu'ils étaient une pâte au départ, ils sont dispensés de hamotsi : on ne récite sur eux que borei minei mezonot, faute d'avoir l'aspect du pain, et ensuite la bénédiction résumant les trois, al hamihya veal hakalkala. Rabbi Yehiel, de mémoire bénie, doutait que les rimchich soient soumis à la halla : celui qui fait sa pâte en morceaux afin de la partager en est exempt, faute d'atteindre la mesure requise, et ici aussi, pour les rimchich, on les partage parfois, puisque l'on ne met pas dans une seule marmite la quantité qui oblige à la halla. Il exigeait toutefois que l'on prélève la halla sans bénédiction, à cause du doute. Et tout ce dont le début est spongieux et la fin une pâte est soumis à la halla et à hamotsi, car nous tranchons comme Rabbi Yo'hanan au chapitre Kol Chaa (Pessahim 37a) : Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich sont en désaccord au sujet du mets préparé dans la poêle, et leur désaccord porte sur une pâte liquide, c'est-à-dire dont le début est spongieux et la fin une pâte, cuite au four, sur le foyer, ou dans la poêle sans eau ni huile. Rech Lakich tient qu'elle n'y est soumise que si elle a été cuite au four, et c'est de cela que parle la michna qui déclare soumis à la halla ce dont le début est spongieux et la fin une pâte ; dans la poêle, elle en serait exempte. Rabbi Yo'hanan la déclare soumise, car le mets préparé dans la poêle, nous l'appelons aussi sa fin est une pâte, à condition seulement qu'il n'y ait pas de liquides dans la poêle ; ainsi est-il dit dans le Talmud de Jérusalem : tout ce qui a le feu en dessous est soumis à la halla et l'on récite sur lui hamotsi. Mais sur les anilich on ne récite pas hamotsi, car ce n'est là qu'un simple mélange ; toutefois, si l'on en fait la base de son repas, comme à Pourim, on récite hamotsi. Et tout ce dont le début est spongieux et la fin également, comme ces beignets que l'on frit dans l'huile et que l'on appelle bounich, est exempt de la halla.
💡 Explication

Deux enseignements se contredisent sur le pain destiné au koutah. La guemara les concilie par la raison même que donne Rabbi Yehouda : la fabrication témoigne de l'intention. La forme donnée à la pâte révèle si elle était destinée à devenir du pain ou un simple ingrédient, et le statut suit cette destination.

La phrase s'interrompt sur le mot il en a fait, et la réponse se poursuit en 38a. Tossefot profite de l'occasion pour appliquer aux pâtisseries de son temps la michna de Halla, qui classe les préparations selon leur état au départ et à l'arrivée.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).