Berakhot 38a — Ce qui demeure en son état et ce qui se défait : du kouva de-ar'a au miel de dattes, puis la querelle sur HaMotsi et Motsi

Berakhot 38a

Sougya : Le folio achève la sougya des pâtes cuites hors du four et poursuit une même question sur plusieurs matières : quand un aliment travaillé garde-t-il le statut de ce dont il vient ? Le kouva de-ar'a reçoit bore mine mezonot pour Rav Yossef, parce qu'il s'agit d'une simple pâte délayée, mais Mar Zoutra en fait un repas et récite dessus hamotsi avec le birkat hamazon : l'établissement du repas, la keviout, transforme le statut de l'aliment.

Mar bar Rav Achi applique la même question au miel de dattes, qu'il tient pour une simple exsudation et qui reçoit chéhakol ; la Guemara rattache cette position à Rabbi Yehochoua, qui exempte les jus de fruits de terouma du principal et du cinquième. Vient ensuite la térima, le mets pilé, où Ravina doit demander de quelle térima il s'agit avant que Rava ne saisisse la question : les dattes pilées demeurent en leur état et gardent bore péri haets.

Puis la chétita, où Rav Hisda concilie Rav et Chmouel par la consistance, épaisse pour la consommation et liquide pour le remède, et où l'objection de Rav Yossef sur le Chabbat conduit à distinguer l'intention de l'homme de l'effet qui advient de lui-même. La dernière partie du folio quitte les matières pour la formule : les Sages et Rabbi Nehemia s'opposent sur le sens de hamotsi, passé ou présent, chacun avec son verset, et Rabbi Zera reproche à un hôte reconnu expert en bénédictions d'avoir dit motsi.

Les six bénédictions du folio aliment bénédiction raison donnée kouva de-ar'a (pâte cuite au sol) bore mine mezonot gôvla, simple pâte délayée le même, avec repas établi dessus hamotsi + birkat hamazon keviout seouda (Mar Zoutra) miel de dattes chehakol nihya bidvaro zia, simple exsudation du fruit dattes pilées en térima bore péri haets bemiltéih kaimi, elles demeurent chétita épaisse bore mine mezonot (Chmouel) faite pour la consommation chétita liquide chéhakol (Rav) faite pour le remède La question commune : le travail subi a-t-il défait le statut d'origine de l'aliment ?
Tableau des bénédictions traversées par le folio, avec la raison retenue pour chacune.
Le produit tiré du fruit garde-t-il le statut du fruit ? le fruit entier pilé sans être défait térima de dattes bemiltéih kaimi bore péri haets liquide qui suinte miel de dattes, vin de pommes, vinaigre de séfoniot : zia chehakol olive et raisin huile et vin, seuls fruits voués au liquide (Rachi) bore péri haguefen Même partage en terouma : Rabbi Eliezer oblige au principal et au cinquième, Rabbi Yehochoua exempte. Mar bar Rav Achi suit Rabbi Yehochoua. La céréale suit un autre chemin : cuite en pâte délayée elle reçoit bore mine mezonot, et hamotsi seulement lorsque l'homme établit son repas dessus.
La question de fond : ce qui sort du fruit reste-t-il le fruit ?
HaMotsi ou Motsi : la mahloket de la baraita Accord de tous : motsi veut dire il a fait sortir É-l môtsiam mimitsrayim (Bamidbar 23,22) : Bilam parle après la sortie désaccord sur la forme avec le hé Les Sages (rabbanan) hamotsi indique aussi le passé preuve : hamotsi lekha mayim mitsour hahalamich (Devarim 8,15) : déjà fait réponse au verset adverse : la promesse porte sur un signe donné après la sortie formule : HaMotsi le'hem min haarets Rabbi Nehemia hamotsi indique il fait sortir preuve : hamotsi etkhem mitahat sivlot Mitsrayim (Chemot 6,7) : pas encore sortis quand le verset est dit une bénédiction demande le passé formule : Motsi le'hem min haarets Nafka mina : la formule exacte de la bénédiction sur le pain Rabbi Zera reproche à son hôte d'avoir dit motsi : l'usage suit les Sages Le Roch ajoute le Yerouchalmi : on dit HaMotsi pour ne pas mêler le mem final de haolam au mem initial de motsi. La forme retenue vaut ainsi par le sens et par la prononciation.
La mahloket de la fin du folio sur la formule de la bénédiction du pain.
1
כְּעָבִין — חַייָּבִין, כְּלִמּוּדִין — פְּטוּרִים. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: הַאי כֻּובָּא דְּאַרְעָא מַאי מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ? אֲמַר לֵיהּ: מִי סָבְרַתְּ נַהֲמָא הוּא?! גֻּובְלָא בְּעָלְמָא הוּא וּמְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״.

S'il les a faits épais (ke-avin), ils sont soumis à la hâla ; en forme de planches (ki-lmoudin), ils en sont exempts. Abaye dit à Rav Yossef : ce kouva de-ar'a, la pâte cuite dans une cavité du sol, quelle bénédiction récite-t-on dessus ?

Il lui répondit : penses-tu qu'il s'agisse de pain ? Il s'agit d'une simple pâte délayée (gôvla), et on récite dessus bore mine mezonot.

📜 Rachi (2)
כְּעָבִין עֲרוּכָה וּמְקֻוטֶּפֶת כִּגְלוּסְקָאוֹת נָאוֹת גַּלִּי דַעְתֵּיהּ דִּלְלֶחֶם עֲשָׂאָהּ:
Pétrie et lissée comme de belles miches : il a révélé son intention, à savoir qu'il l'a faite pour en tirer du pain.
כְּלִמּוּדִין כִּנְסָרִים בְּעָלְמָא שֶׁלֹּא הִקְפִּיד עַל עֲרִיסָתָם וְדֻוגְמָתוֹ שָׁנִינוּ בְּמוֹעֵד קָטָן (פּ"ב דַּף יב.) עוֹשֶׂה לוֹ לִמּוּדִין לוּחִין לְבוֹר שֶׁל יַיִן לְכַסּוֹתוֹ:
Comme de simples planches : il n'a pas pris soin de leur mise en forme. Nous avons appris un emploi semblable dans Moed Katan (chapitre 2, folio 12a) : il se fabrique des lemoudin, des planches, pour couvrir sa cuve à vin.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une baraita du daf précédent, consacrée au le'hem haassoui lekhoutah, la pâte faite pour servir de base à une saumure. Sa forme décide de son statut : façonnée ke-avin, en miches épaisses, elle révèle que son propriétaire la destinait au pain et elle est soumise à la hâla ; façonnée ki-lmoudin, en planches grossières, elle en est exempte. Le critère est l'intention lue dans la forme donnée.

Abaye transporte la même question sur le terrain de la bénédiction, avec le kouva de-ar'a, littéralement la jarre de terre : une pâte versée dans un creux du sol chauffé. Rav Yossef répond qu'il s'agit d'un gôvla, une pâte délayée cuite, sans le statut de pain, d'où bore mine mezonot.

🖼️ Schéma
La pâte faite pour le koutah : la forme révèle l'intention pâte destinée au koutah ke-avin : miches épaisses pétrie et lissée comme de belles miches, dit Rachi soumise à la hâla ki-lmoudin : planches aucun soin donné à la mise en forme : elle ira au koutah exempte de la hâla Abaye porte la même question sur le kouva de-ar'a : Rav Yossef y voit un gôvla, une pâte délayée.
La forme donnée à la pâte sert d'indice de l'intention, pour la hâla comme pour la bénédiction.
2
מָר זוּטְרָא קְבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ, וּבֵרַךְ עִלָּוֵיהּ ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״, וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת.

Mar Zoutra établit son repas dessus (kava seoudatéih), récita dessus hamotsi le'hem min haarets, et les trois bénédictions du birkat hamazon.

🗂️ Tossefot (1)
מָר זוּטְרָא קְבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ וְכֵן ניל"ש אִי קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עָלֶיהָ מְבָרְכִין עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא וְכֵן צִוָּה הר"מ בְּפוּרִים שֶׁקּוֹבְעִין סְעֻודָּתָן עֲלֵיהֶן לְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא בְּפַת תְּחִלָּה כְּדֵי לְפָוטְרָן מִבְּרָכָה שֶׁהָיָה מְסֻופָּק אִי הֲוָה קְבִיעוּתַיְיהוּ קְבִיעוּת אוֹ לֹא:
De même pour les nièles (nil'ch) : si l'on établit son repas dessus, on récite dessus hamotsi. Ainsi le Rabbi M. ordonna-t-il, à Pourim, à ceux qui établissent leur repas sur ces mets, de réciter hamotsi sur du pain au début, afin de les exempter de bénédiction ; car il avait un doute : leur établissement du repas (keviout) compte-t-il comme une véritable keviout ou non.
💡 Explication

Mar Zoutra ne contredit pas Rav Yossef sur la nature du kouva de-ar'a : il change les conditions de sa consommation. En établissant son repas dessus, il lui applique la règle de la keviout seouda, l'établissement du repas, qui fait passer un aliment de céréale du régime de bore mine mezonot à celui de hamotsi suivi du birkat hamazon entier.

Les Tossefot étendent la règle à une pâtisserie de leur temps et rapportent une conduite pratique : dans le doute sur le point de savoir si le repas de Pourim pris sur ces mets constitue une vraie keviout, on commence par du pain, dont la bénédiction couvre tout le reste.

3
אָמַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי: וְאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח, מַאי טַעְמָא — ״לֶחֶם עֹונִי״ קָרֵינַן בֵּיהּ.

Mar bar Rav Achi dit : et l'on s'acquitte avec eux de son obligation à Pessa'h. Quelle en est la raison ?

Nous lisons à leur sujet le'hem oni, le pain de misère.

💡 Explication

Troisième conséquence tirée du même aliment. La matsa doit être du le'hem oni, le pain de misère, une cuisson pauvre et sans agrément. Le kouva de-ar'a, cuit à même le sol, répond exactement à cette description : il sert donc pour l'obligation de la nuit de Pessa'h.

Les trois enseignements se complètent : Rav Yossef fixe la bénédiction ordinaire, Mar Zoutra montre ce que la keviout y change, Mar bar Rav Achi ajoute qu'il compte comme pain pour la matsa.

4
וְאָמַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי: הַאי דֻּובְשָׁא דְתַמְרֵי מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״. מַאי טַעְמָא? — זֵיעָה בְּעָלְמָא הוּא.

Et Mar bar Rav Achi dit : sur ce miel de dattes, on récite dessus chéhakol nihya bidvaro. Quelle en est la raison ?

Il s'agit d'une simple exsudation (zia).

📜 Rachi (1)
זֵיעָה בְּעָלְמָא הוּא וְאֵינוֹ פְּרִי לְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ:
Il n'a pas statut de fruit au point que l'on récite dessus bore péri haets.
🗂️ Tossefot (1)
הַאי דֻּובְשָׁא דְּתַמְרֵי מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ שֶׁהַכֹּל וְכֵן מַשְׁקִין מִכָּל מִינֵי פֵּירוֹת בַּר מִתִּירוֹשׁ וְיִצְהָר כִּדְאָמְרִינַן גַּבֵּי עָרְלָה וּלְאַפּוֹקֵי מה"ג שֶׁפֵּירֵשׁ דְּמַייְרֵי שֶׁנָּתַן לְתוֹכָן מַיִם וְשֵׁכָר דִּידַן אע"ג דְּשֶׁמָּא יֵשׁ בָּהֶן כְּזַיִת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס לָא מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת אֶלָּא שֶׁהַכֹּל וְאַפֵּי' לְרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת הָכָא לָא הָוֵי בְּהוּ מַמָּשׁ שְׂעוֹרִים וְאֵין שֵׁכָר אֶלָּא טַעְמָא בְּעָלְמָא וְעוֹד מִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ עִלָּוֵיהּ אַחַרְיַנָא בְּפַת וְעוֹד בִּשְׁתִיָּה אוֹמֵר שֶׁהַכֹּל:
Et de même pour les liquides tirés de toutes les espèces de fruits, hormis le moût et l'huile, comme nous le disons à propos de la orla. Cela exclut l'avis des Halakhot Guedolot, qui a expliqué qu'il s'agit du cas où l'on y a mis de l'eau. Quant à notre bière, bien qu'elle contienne peut-être un kazayit dans le temps de consommation d'un peras, on récite dessus chéhakol, à l'exclusion de bore mine mezonot. Et même selon Rav et Chmouel, qui disent que sur tout ce qui contient l'une des cinq espèces on récite bore mine mezonot, ici il n'y a pas véritablement d'orge en elle : la bière n'en garde qu'un simple goût. En outre, parce que l'orge connaît une élévation supérieure sous forme de pain. Et de plus, pour une boisson on dit chéhakol.
💡 Explication

Le même Mar bar Rav Achi ouvre la longue série des liquides. Le devach temarim, le miel de dattes, est le sirop qui s'écoule de dattes mûres entassées. Il l'appelle zia, sueur ou exsudation : le liquide sort du fruit sans être le fruit, il perd donc bore péri haets et reçoit la bénédiction générale chéhakol.

Les Tossefot généralisent : tous les jus de fruits reçoivent chéhakol, sauf le vin et l'huile, seuls liquides que la Tora traite comme leur fruit. Ils appliquent ensuite la même logique à la bière d'orge, où la céréale ne laisse qu'un goût dans l'eau.

5
כְּמַאן? — כִּי הַאי תַּנָּא דִּתְנַן דְּבַשׁ תְּמָרִים, וְיֵין תַּפּוּחִים, וְחֹומֶץ סִפְוָנִיּוֹת, וּשְׁאָר מֵי פֵּירוֹת שֶׁל תְּרוּמָה — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְחַיֵּיב קֶרֶן וָחֹומֶשׁ, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ פּוֹטֵר.

Selon qui ? Selon ce tana, comme nous l'avons appris : le miel de dattes, le vin de pommes, le vinaigre de séfoniot et les autres jus de fruits de terouma — Rabbi Eliezer oblige au principal et au cinquième, et Rabbi Yehochoua exempte.

📜 Rachi (3)
וְחֹומֶץ סִפְוָנִיּוֹת סוֹפֵי עֲנָבִים שֶׁאֵין מִתְבַּשְּׁלִים עוֹלָמִית וְעוֹשִׂים מֵהֶן חֹומֶץ:
Les derniers raisins, qui ne mûrissent jamais et dont on fait du vinaigre.
מְחַייֵּב קֶרֶן וְחֹומֶשׁ לַשּׁוֹתֶה מִמֶּנּוּ בְּשׁוֹגֵג:
Pour celui qui en boit par inadvertance.
וְר' יְהוֹשֻׁעַ פּוֹטֵר דְּזֵיעָה בְּעָלְמָא הוּא וְאֵין שֵׁם תְּרוּמָה חָל עָלָיו וְאֵין לְךָ פְּרִי הַנִּיתָּן לְמַשְׁקֶה אֶלָּא זֵיתִים וַעֲנָבִים בִּלְבָד וְהַיְינוּ כְּמָר בַּר רַב אָשֵׁי:
Car il s'agit d'une simple exsudation, et le nom de terouma ne se pose pas sur elle. Et tu n'as de fruit voué à devenir liquide que les olives et les raisins seulement. C'est bien la position de Mar bar Rav Achi.
⚖️ Rosh (1)
א"ר זֵירָא א"ר הוּנָא אָמַר שְׁמוּאֵל קָרָא חַיָּיא וְקִמְחָא דִּשְׂעָרֵי מְבָרְכִין עֲלַייְהוּ שֶׁהַכֹּל קוֹרָא רַב יְהוּדָה אָמַר בפה"א וּשְׁמוּאֵל אָמַר שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ הוֹאִיל וְסוֹפוֹ לְהַקְשׁוֹת וְגַם לָא נָטְעִי אִינָשֵׁי אַדַּעְתָּא לְמֵיכַל קוֹרֵא וְלָא דָּמְיָא לְהָא דְּתָנֵי עַל מִינֵי נִצְפָּה עַל הֶעָלִין וְעַל הַתְּמָרוֹת אוֹמֵר בפה"א דְּהָתָם נָטְעִי אִינָשֵׁי אַדַּעְתָּא לְמֵיכַל גַּם אֶת הֶעָלִין וְאֶת הַתְּמָרוֹת וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל הִלְכָּךְ לוּלְבֵי גְּפָנִים וּשְׁקֵדִים דַּקִּין שֶׁאוֹכְלִין בִּקְלִיפָּתָן הַחִיצוֹנָה דְּלָא נָטְעִי לְהוּ אִינָשֵׁי אַדַּעְתָּא דְּהָכִי אֶלָּא כְּדֵי לֶאֱכֹול הַפֵּירוֹת כְּשֶׁיִּגָּמְרוּ מְבָרְכִים עָלָיו שֶׁהַכֹּל. שְׁקֵדִים הַמָּרִים כָּתַב בַּעַל ה"ג קְטַנִּים ב"פ הָעֵץ גְּדוֹלִים וְלֹא כְלוּם דְּכֵיוָן דְּיוֹתֵר הֵם רְאוּיִין לַאֲכִילָה בְּעוֹדָן קְטַנִּים נָטְעִי אִינָשֵׁי לְהוּ אַדַּעְתָּא דְּהָכֵי וּמִיהוּ בפ"ק דְּחֻולִּין דַּף כֹּה: אָמְרִינַן גַּבֵּי מַעֲשֵׂר שְׁקֵדִים הַמָּרִים קְטַנִּים חַיָּיבִים גְּדוֹלִים פְּטוּרִים מְתוּקִים גְּדוֹלִים חַייָּבִים קְטַנִּים פְּטוּרִים ר' יִשְׁמָעֵאל ב"ר יוֹסֵי אוֹמֵר מִשּׁוּם אָבִיו זֶה וָזֶה לִפְטוּר וְאָמְרִי לֵיהּ זֶה וָזֶה לְחִיּוּב א"ר אִילְעָא הוֹרָה ר' חֲנִינָא בְּצִיפּוֹרִי כמ"ד זֶה וְזֶה לִפְטוֹר זֶה וְזֶה קָאֵי אָמְרִי' בֵּין גְּדוֹלִים בֵּין קְטַנִּים וּדְלֹא כפירש"י שָׁפֵי' זֶה וְזֶה לִפְטוֹר קְטַנִּים מָרִים וּמְתוּקִים זֶה וָזֶה לְחִיּוּב גְּדוֹלִים מָרִים וּמִתּוֹקוֹם דְּלִפְטוֹר וּלְחִיּוּב מַשְׁמַע דְּאַיְירֵי בְּדָבָר אֶחָד וְסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין מְדַמֵּי אַהֲדָדֵי מַעֲשֵׂר וְעָרְלָה וּבְרָכָה וְהִלְכָּךְ יֵרָאֶה דִּמְבָרְכִין אַקְּטַנִּים שֶׁהַכֹּל מִיהוּ אָמְרִינַן בִּשְׁמַעְתִּין דר"א אוֹמֵר צָלָף מִתְעַשֵּׂר תְּמָרוֹת אֲבִיּוֹנוֹת וְקַפְרִיסִין אֲבָל עֲלֵי צָלָף לָא לכ"ע אע"ג דַּחֲשִׁיבִי לְעִנְיַן דִּמְבָרְכִין עֲלֵיהֶן בפה"א כִּדְאִיתָא בִּשְׁמַעְתִּין הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מֵעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה אֲבָל לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר לָא חֲשִׁיבִי אַפֵּי' כְּיָרָק וּבִשְׁקֵדִים הַמָּרִים נָמֵי אֶפְשָׁר אע"ג דִּלְעִנְיַן מַעֲשֵׂר לָא חֲשִׁיבִי פֵּירֵי כֵּיוָן דְּלָא נִגְמְרוּ לְעִנְיַן בְּרָכָה חֲשִׁיבִי כֵּיוָן דְּרָאוְיָן לַאֲכִילָה קְצָת וְנֶהֱנִין מֵהֶם אֲבָל גְּדוֹלִים מָרִים אִזּוּקֵי מַזְּקִי וְאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם כְּלָל. וּמִיהוּ אִם מִיתֵּק אוֹתָם ע"י מַיִם אוֹ דְּבָרִים אֲחֵרִים מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם ב"פ הָעֵץ כְּמוֹ אִם הָיוּ מְתוּקִין בִּתְחִלַּת בְּרִיָּיתָן: אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב צָלָף שֶׁל עָרְלָה בְּחוּ"ל זוֹרֵק אֶת הָאֲבִיּוֹנוֹת וְאוֹכֵל אֶת הַקַּפְרֵיסִין וּמַסִּיק דְּסָבַר כר"ע דְּאָמַר צָלָף אֵין מִתְעַשֵּׂר אֶלָּא אֲבִיּוֹנוֹת בִּלְבַד וְהָא דְּלָא קָאָמַר הֲלָכָה כְּר"ע מִשּׁוּם דַּהֲוָה מַשְׁמַע דַּהֲלָכָה כְּמוֹתוֹ אַפֵּי' בא"י קמ"ל כָּל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בח"ל אֲבָל בָּאָרֶץ לֹא רָבִינָא אַשְׁכְּחֵיהּ לְמָר בַּר רַב אָשֵׁי דְּקָא זָרֵיק אֲבִיּוֹנוֹת דְּעָרְלָה וְאָכִיל קַפְרִיסִין אָמַר לוֹ כְּמַאן כר"ע וְקָסָבְרַתְּ דְּכָל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בח"ל וְכוּ' וְכָתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל וְכֵן כָּתוּב בְּמִקְצָת סְפָרִים נֻוסְחָא מִבַּעַל ה"ג וְהִלְכְתָא זוֹרֵק אֶת הָאֲבִיּוֹנוֹת וְאוֹכֵל אֶת הַקַּפְרֵיסִין וּמִדִּלְגַבֵּי עָרְלָה לָאו פֵּירָא הוּא גַּבֵּי בְּרָכָה נָמֵי לָאו פֵּירָא הוּא וְלָא מְבָרְכִינַן עֲלֵיהֶם ב"פ הָעֵץ אֶלָּא בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה. וְלָא נְהִירָא דְּמַשְׁמַע דְּהָא דְּאָכִיל מָר בַּר רַב אָשֵׁי קַפְרִיסִין לָאו מִשּׁוּם דַּהֲלָכָה כר"ע אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בח"ל. וְכֵיוָן דבא"י פֵּירָא הוּא לְעִנְיַן בְּרָכָה נָמֵי פֵּירָא הוּא וְאֵין חִילּוּק בִּבְרָכָה בֵּין חוּ"ל לא"י וקי"ל כְּהַהִיא בָּרַיְיתָא דְּעִיקָּר הִיא דְּפָרְכִינַן מִינָּהּ לְרַב לְעֵיל וּמַשְׁמַע דְּרַב ס"ל כְּוָותֵיהּ אֶלָּא דְּמֵיקֵל כר"ע בְּחוּ"ל. וה"ר אֱלִיעֶזֶר מִמִּיץ הִקְשָׁה הֵיאַךְ אָנוּ מְבָרְכִים עַל הַיַּיִן ב"פ הַגָּפֶן הָא לָא מִיקְּרֵי פְּרִי לְעִנְיַן בִּכּוּרִים דְּתַנְיָא בְּפֶ' הָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קכ:) פְּרִי פְּרִי אַתָּה מֵבִיא וְאִי אַתָּה מֵבִיא מַשְׁקֶה הֵבִיא עֲנָבִים וּדְרָכָן מִנַּיִן ת"ל תָּבִיא אַלְמָא אִי לָאו יִתּוּרָא דִקְרָא הֲוָה מְמַעֲטִין יַיִן מִפְּרִי וְהָתָם נָמֵי לָא מְרַבֵּי אֶלָּא הֵבִיא עֲנָבִים וְדַרְכָּן אֲבָל יַיִן גָּמוּר לֹא אַלְמָא לָא מִקְּרֵי פְּרִי וְר' יְהוֹשֻׁעַ נָמֵי פָּטַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לח.) דְּבַשׁ תְּמָרִים מִתְּרוּמָה דְּלָא מִיקְּרֵי פְּרִי יֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּיָלְפִינַן מֵעָרְלָה שֶׁנִּקְרָא יַיִן פֵּירֵי דִּתְנַן בְּמַס' תְּרוּמוֹת פ"יא מ"ג וּמַיְיתִי לָהּ בְּפֶ' הָעוֹר וְהָרֹוטֶב שָׁם אֵין סוֹפְגִין אֶת הָאַרְבָּעִים מִשּׁוּם עָרְלָה אֶלָּא עַל הַיּוֹצֵא מִן הָעֲנָבִים וּמִן הַזֵּיתִים וְהָתָם יָלֵיף פְּרִי פְּרִי מִבִּכּוּרִים שֶׁמַּשְׁקִים הַבָּאִים מֵהֶם כְּמוֹתָם הִלְכָּךְ לְעִנְיַן בפה"ג נָמֵי חֲשִׁיב פְּרִי וּבְעָרְלָה אִי לָא הֲוָה כְּתִיב בֵּיהּ אֲכִילָה הֵ"א בְּלֹא קְרָא שֶׁמַּשְׁקֶה הַיּוֹצֵא מִמֶּנּוּ נִקְרָא פְּרִי וּבִכּוּרִים נָמֵי שֶׁמַּצְרִיךְ פָּסוּק דְּמַשְׁקֶה חָשׁוּב פְּרִי הַיְינוּ מִשּׁוּם דַּהֲוָה יָלְפִינַן מֵעָרְלָה דִּכְתִיב בֵּיהּ אֲכִילָה וְהָכִי נָמֵי מַצְרְכִינַן קְרָא בְּפֶ' הָעוֹר וְהָרֹוטֶב שָׁם לְעֵיל לְהִמְחָה אֶת הַחֵלֶב וּגְמָעוֹ דְּחַייָּב וְכֵן חָמֵץ וְכֵן שְׁרָצִים וְנִבְלַת עוֹף טָהוֹר אֲבָל אִי לָא כְּתִיב בְּהוּ אֲכִילָה מִמֵּילָא הָיִיתִי חוֹשֵׁב מַשְׁקֶה כְּאֹוכֶל:
Rabbi Zera a dit au nom de Rav Houna au nom de Chmouel : sur la courge crue et sur la farine d'orge on récite chéhakol. Sur le koura, le cœur tendre du palmier, Rav Yehouda dit bore péri haadama et Chmouel dit chéhakol nihya bidvaro, puisqu'il finira par durcir et que les gens ne plantent pas dans l'intention de manger le koura. Cela ne ressemble pas à ce qui a été enseigné : sur les espèces du câprier, sur les feuilles et sur les temarot, on dit bore péri haadama, car là les gens plantent dans l'intention de manger aussi les feuilles et les pousses. Et la halakha suit Chmouel. Dès lors, sur les jeunes pousses de vigne et sur les amandes fines que l'on mange avec leur enveloppe extérieure, que les gens ne plantent pas dans cette intention mais pour manger les fruits une fois achevés, on récite chéhakol. Les amandes amères : l'auteur des Halakhot Guedolot a écrit que sur les petites on récite bore péri haets, et sur les grandes rien du tout, car étant plus propres à la consommation tant qu'elles sont petites, les gens les plantent dans cette intention. Toutefois, au premier chapitre de Houlin (folio 25b), nous disons à propos du maasser : les amandes amères petites y sont soumises, les grandes en sont exemptes ; les douces grandes y sont soumises, les petites en sont exemptes. Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi dit au nom de son père : les unes et les autres pour exempter ; et certains rapportent en son nom : les unes et les autres pour obliger. Rabbi Ilaa a dit : Rabbi Hanina a enseigné à Tsipori comme celui qui dit les unes et les autres pour exempter. Ce zeh vazeh, les unes et les autres, nous le disons aussi bien des grandes que des petites, contrairement à l'explication de Rachi, qui a expliqué que les unes et les autres pour exempter vise les petites, amères comme douces, et que les unes et les autres pour obliger vise les grandes, amères comme douces ; car exempter et obliger indiquent qu'il est question d'un seul et même objet. Et la sougya de notre passage rapproche l'un de l'autre le maasser, la orla et la bénédiction. Dès lors, il apparaît que l'on récite sur les petites chéhakol. Toutefois nous disons dans notre sougya que Rabbi Eliezer dit : le câprier est soumis au maasser pour les temarot, les evyonot et les kaprisin, alors que les feuilles du câprier en sont exemptes selon tous. Bien qu'elles soient tenues pour importantes au point que l'on récite dessus bore péri haadama, comme il figure dans notre sougya, cela tient à ce qu'il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction ; mais pour le maasser elles ne comptent même pas comme légume. Et pour les amandes amères aussi, il se peut que, bien qu'au regard du maasser elles ne comptent pas comme fruit puisqu'elles ne sont pas achevées, elles comptent au regard de la bénédiction, puisqu'elles sont un peu propres à la consommation et que l'on en tire un profit. Mais les grandes amères nuisent, et l'on ne récite rien du tout sur elles. Toutefois, si on les a adoucies par l'eau ou par d'autres substances, on récite dessus bore péri haets, comme si elles avaient été douces dès le début de leur formation. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : sur un câprier de orla hors d'Erets Israël, on jette les evyonot et l'on mange les kaprisin. Et l'on conclut qu'il tient l'avis de Rabbi Akiva, qui dit que le câprier n'est soumis au maasser que pour les evyonot seules. Et s'il n'a pas dit la halakha suit Rabbi Akiva, c'est parce que cela aurait laissé entendre que la halakha suit son avis même en Erets Israël ; il nous enseigne donc : quiconque est indulgent en Erets Israël, la halakha suit son avis hors d'Erets Israël, alors qu'en Erets Israël elle ne le suit pas. Ravina trouva Mar bar Rav Achi qui jetait les evyonot de orla et mangeait les kaprisin. Il lui dit : selon qui ? Selon Rabbi Akiva, et tu tiens que quiconque est indulgent en Erets Israël, la halakha suit son avis hors d'Erets Israël, etc. Et Rav Alfas de mémoire bénie a écrit, et ainsi est-il écrit dans quelques livres selon une version de l'auteur des Halakhot Guedolot : la halakha est que l'on jette les evyonot et que l'on mange les kaprisin ; et puisqu'au regard de la orla ils n'ont pas statut de fruit, au regard de la bénédiction non plus ils n'ont pas statut de fruit, et l'on récite dessus bore péri haadama, à l'exclusion de bore péri haets. Cela ne paraît pas juste, car il ressort que si Mar bar Rav Achi mangeait les kaprisin, c'était parce que celui qui est indulgent en Erets Israël, la halakha suit son avis hors d'Erets Israël, et non parce que la halakha suit Rabbi Akiva. Et puisqu'en Erets Israël ils ont statut de fruit, au regard de la bénédiction aussi ils ont statut de fruit, et il n'y a pas de différence dans la bénédiction entre hors d'Erets Israël et Erets Israël. Et nous tenons comme cette baraita, qui est l'essentiel, puisque c'est d'elle que nous avons objecté à Rav plus haut ; il ressort que Rav lui-même tient comme elle, sauf qu'il est indulgent comme Rabbi Akiva hors d'Erets Israël. Et Rabbenou Eliezer de Metz a soulevé une difficulté : comment récitons-nous sur le vin bore péri haguefen, alors qu'il n'est pas appelé fruit au regard des bikourim ? Car il a été enseigné au chapitre Haor vehalotev (Houlin 120b) : péri, péri — tu apportes un fruit et tu n'apportes pas un liquide ; s'il a apporté des raisins et les a foulés, d'où le sait-on ? Le verset dit tavi, tu apporteras. Il ressort que, sans le surplus du verset, nous aurions exclu le vin du terme fruit ; et là non plus on n'inclut que celui qui a apporté des raisins et les a foulés, alors que du vin achevé, non. Il ressort qu'il n'est pas appelé fruit. Et Rabbi Yehochoua, lui aussi, exempte plus loin (Berakhot 38a) le miel de dattes de la terouma, parce qu'il n'est pas appelé fruit. On peut répondre que nous l'apprenons de la orla, où le vin est appelé fruit, comme nous l'avons appris au traité Teroumot (chapitre 11, michna 3) et comme cela est rapporté au chapitre Haor vehalotev, là même : on ne reçoit les quarante coups pour la orla que sur ce qui sort des raisins et des olives. Et là on apprend péri, péri des bikourim, que les liquides qui en proviennent sont comme eux. Dès lors, au regard de bore péri haguefen aussi il est tenu pour fruit. Et pour la orla, si le terme de consommation n'y avait pas été écrit, j'aurais dit sans verset que le liquide qui en sort est appelé fruit ; et pour les bikourim aussi, si l'on exige un verset pour que le liquide soit tenu pour fruit, c'est parce que nous l'aurions appris de la orla, où le terme de consommation est écrit. Et de même exigeons-nous un verset au chapitre Haor vehalotev, là même plus haut, pour celui qui a fondu la graisse interdite et l'a avalée, qu'il est passible ; et de même pour le hamets, et de même pour les cheratsim et pour la nevela d'un oiseau pur. Mais si le terme de consommation n'y avait pas été écrit, j'aurais d'emblée tenu le liquide pour un aliment.
💡 Explication

La Guemara cherche à qui rattacher la position de Mar bar Rav Achi. Elle la retrouve dans une michna de Teroumot : un non-cohen qui consomme par inadvertance de la terouma rembourse le principal et un homech, un cinquième en supplément. La question porte sur les me perot, les jus de fruits de terouma : gardent-ils le nom de terouma ?

Rabbi Eliezer oblige, ce qui suppose que le jus reste le fruit. Rabbi Yehochoua exempte, parce qu'il y voit une simple exsudation sur laquelle le nom de terouma ne se pose pas. Rachi tire de là le principe général : le raisin et l'olive sont les deux seuls fruits dont le liquide garde le statut du fruit.

🖼️ Schéma
Les jus de fruits de terouma : deux lectures un non-cohen boit par inadvertance du miel de dattes, du vin de pommes ou du vinaigre de séfoniot de terouma Rabbi Eliezer le jus garde le nom de terouma principal + cinquième conséquence : bore péri haets Rabbi Yehochoua zia : le nom de terouma ne se pose pas exempt conséquence : chéhakol Mar bar Rav Achi suit Rabbi Yehochoua Rachi : seuls l'olive et le raisin sont voués à devenir liquide
La mahloket de Teroumot fournit la base du chéhakol sur le miel de dattes.
6
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מֵרַבָּנַן לְרָבָא: טְרִימָא מַהוּ? לָא הֲוָה אַדַּעְתֵּיהּ דְּרָבָא מַאי קָאֲמַר לֵיהּ. יְתֵיב רָבִינָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא, אֲמַר לֵיהּ: דְּשׁוּמְשְׁמֵי קָא אָמְרַתְּ, אוֹ דְּקֻורְטְמֵי קָא אָמְרַתְּ, אוֹ דְּפֻורְצָנֵי קָא אָמְרַתְּ?

L'un des Sages dit à Rava : la térima, qu'en est-il ? Rava n'avait pas à l'esprit ce qu'il lui disait.

Ravina siégeait devant Rava ; il lui dit : parles-tu de celle de sésame, ou parles-tu de celle de carthame, ou parles-tu de celle de marcs de raisin ?

📜 Rachi (6)
טְרִימָא מַהוּ מַה מְבָרְכִין עָלָיו וְשֵׁם טְרִימָא כָּל דָּבָר הַכָּתוּשׁ קְצָת וְאֵינוֹ מְרֻוסָּק:
Quelle bénédiction récite-t-on dessus. Et le nom térima désigne toute chose un peu pilée et non réduite en bouillie.
לָא הֲוָה אַדַּעְתָּא דְּרָבָא לֹא הָיָה מֵבִין מַהוּ שׁוֹאֵל:
Il ne comprenait pas l'objet de sa question.
א"ל רָבִינָא לְהַהוּא מֵרַבָּנָן אֵיזוֹ טְרִימָא אַתָּה שׁוֹאֵל:
Ravina dit à ce Sage : de quelle térima interroges-tu ?
דְּקֻורְטְמֵי כַּרְכֹּום שֶׁכּוֹתְשִׁים אוֹתוֹ וְנוֹתְנִין בּוֹ יַיִן וְשׁוֹתִין:
Le carthame, que l'on pile, dans lequel on met du vin et que l'on boit.
אוֹ דְּשׁוּמְשְׁמֵי לְהוֹצִיא שַׁמְנָן:
Ou celle de sésame : pour en extraire l'huile.
אוֹ דְּפֻורְצָנֵי כְּתִישַׁת עֲנָבִים לָתֵת לְתוֹךְ הַחַרְצַנִּים מַיִם לַעֲשׂוֹת תְּמָד:
Ou celle de marcs : le pilage des raisins, pour mettre de l'eau dans les pépins et faire du témed, une piquette.
💡 Explication

Le mot terima désigne, selon Rachi, toute matière écrasée sans être réduite en bouillie. Le terme est trop général pour porter une réponse : selon la matière pilée, le résultat garde ou perd le statut de son origine. Rava ne saisit donc pas ce qu'on lui demande.

Ravina, assis devant lui, reformule la question en énumérant les trois emplois courants du mot : le sésame, dont on tire l'huile ; le carthame, que l'on pile pour le boire dans du vin ; les marcs de raisin, que l'on noie pour en faire du temed. La scène enseigne autant la méthode que le contenu : une question doit désigner son objet.

7
אַדְּהָכִי וְהָכִי אַסְּקֵיהּ רָבָא לְדַעְתֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ: חֲשִׁילְתָּא וַדַּאי קָא אָמְרַתְּ, וְאַדְכַּרְתַּן מִלְּתָא הָא דְּאָמַר רַב אַסִּי: הַאי תַּמְרֵי שֶׁל תְּרוּמָה מֻותָּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן טְרִימָא, וְאָסוּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן שֵׁכָר. וְהִלְכְתָא תַּמְרֵי וְעַבְדִינְהוּ טְרִימָא — מְבָרְכִין עִלָּוַיְיהוּ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״. מַאי טַעְמָא? — בְּמִלְּתַיְיהוּ קָייְמִי כִּדְמֵעִיקָּרָא.

Sur ces entrefaites, Rava saisit la question. Il lui dit : c'est de matières pilées (hachilta) que tu parles, et tu m'as rappelé une chose, ce que Rav Assi a dit : ces dattes de terouma, il est permis d'en faire de la terima, et il est interdit d'en faire de la bière.

Et la halakha est la suivante : des dattes dont on a fait de la terima, on récite dessus bore péri haets. Quelle en est la raison ?

Elles demeurent en leur état, comme au départ.

📜 Rachi (3)
א"ל רָבָא חֲשִׁילְתָּא קָא אָמְרַתְּ מִתּוֹךְ דִּבְרֵי רָבִינָא הֵבִין רָבָא אֶת הַשְּׁאֵלָה א"ל דָּבָר מִעוּךְ שְׁאַלְתַּנִי כְּמוֹ בֵּיעֵי חֲשִׁילְתָּא דִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף צג.):
Par les paroles de Ravina, Rava comprit la question. Il lui dit : c'est d'une chose écrasée que tu m'as interrogé, comme dans béé hachilta, les testicules écrasés, au traité Houlin (folio 93a).
מֻותָּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן טְרִימָא שֶׁאֵינוֹ מַפְסִידָהּ אַלְמָא דִּבְמִילָת' קָאֵי וְכֵיוָן דְּהָכִי הוּא מְבָרְכִין עָלֶיהָ ב"פ הָעֵץ:
Car il ne la gâte pas. Il ressort donc qu'elle demeure en son état ; et puisqu'il en va ainsi, on récite dessus bore péri haets.
וְהִלְכְתָא ל"ג וּמֵהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת הוּא:
Ve-hilkheta : on ne lit pas ces mots, ils proviennent des Halakhot Guedolot.
💡 Explication

La preuve vient d'un domaine voisin. Rav Assi enseignait qu'il est permis de piler des dattes de terouma en terima, et interdit d'en faire de la bière, parce qu'il est défendu de gâter la terouma. Le pilage laisse donc la datte intacte dans son statut, tandis que la fermentation la détruit.

La Guemara transporte ce partage sur la bénédiction : puisque les dattes pilées bemilteih kaimi kedemeikara, demeurent en leur état comme au départ, elles gardent bore péri haets. Rachi note que la formule ve-hilkheta manque dans sa version et provient des Halakhot Guedolot.

🖼️ Schéma
Des dattes de terouma : ce qui les laisse intactes et ce qui les gâte dattes de terouma pilées en terima permis : la terouma reste entière bemilteih kaimi kedemeikara bore péri haets transformées en bière interdit : on gâte la terouma la datte se défait dans le liquide chehakol (Roch, Bava Batra 96b) La règle des dommages à la terouma sert de mesure pour la bénédiction.
Le pilage laisse la datte en son état, la fermentation la défait : deux bénédictions.
8
שְׁתִיתָא, רַב אָמַר ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״, וּשְׁמוּאֵל אָמַר ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״.

La chetita : Rav dit chehakol nihya bidvaro, et Chmouel dit bore mine mezonot.

📜 Rachi (1)
שְׁתִיתָא מַאֲכָל הֶעָשׂוּי מִקֶּמַח קְלָיוֹת שֶׁנִּתְיַבְּשׁוּ בַּתַּנּוּר בְּעוֹד שֶׁהַשִּׁבֳּלִים לַחִים:
Un mets fait de farine de grains grillés, séchés au four alors que les épis étaient encore humides.
⚖️ Rosh (1)
כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן טְרוֹקְנִין חַייָּבִים בְּחַלָּה ה"ג וְלָא גָּרְסִינַן פְּטוּרִין וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר טְרוֹקְנִין חַייָּבִין בְּחַלָּה וְאוֹמֵר עֲלֵיהֶם הַמּוֹצִיא וְאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּפֶסַח אַף עַל גַּב דִּבְלִילָתוֹ רַכָּה וְגֻובְלָא בְּעָלְמָא הָוֵי מִכָּל מָקוֹם הָוֵי כְּמוֹ תְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִים וְסוֹפוֹ עִיסָּה שֶׁחַייָּב בְּחַלָּה אֲבָל דָּבָר שֶׁתְּחִלָּתוֹ סֻופְגָּנִין וְסוֹפוֹ סֻופְגָּנִין כְּגוֹן שֶׁבְּלִילָתוֹ רַכָּה וַנְּטַגֵּן בְּשֶׁמֶן פָּטוּר מִן הַחַלָּה וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא מַאי טְרוֹקְנִין אָמַר אַבָּיֵי כֻּובָּא דְאַרְעָא וְאָמַר אַבָּיֵי טְרִיתָא פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה וְלָא דָּמֵי לִטְרוֹקְנִין דְּאַף עַל פִּי שֶׁבְּלִילָתָהּ רַכָּה אוֹפִין אוֹתָהּ בְּגֻומָּא שֶׁבַּכִּירָה כְּמוֹ שפירש"י דְּנַעֲשָׂה לֶחֶם אֲבָל מִירְתָּח גְּבִיל שׁוֹפְכִין אוֹתוֹ עַל הַכִּירָה וּמִתְפַּשֵּׁט וְאֵין תּוֹרַת לֶחֶם עָלָיו מַאי טְרִיתָא אִיכָּא דְּאָמְרִי מִירְתָּח גְּבִיל וְאִיכָּא דְּאָמְרִי נַהְמָא דְּהַנְּדוּקָא וְאִיכָּא דְּאָמְרִי לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכֻותָּח דְּתָנֵי רַבִּי חִייָּא לֶחֶם הֶעָשׂוּי לְכֻותָּח פָּטוּר מִן הַחַלָּה וְאִם עֲשָׂאָן כְּעָבִין חַייָּב וְהַאי כּוּבָא דְּאַרְעָא מְבָרֵךְ עָלֶיהָ בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת. וְאִי קָבַע סְעוּדָה עָלֶיהָ מְבָרֵךְ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא וג' בְּרָכוֹת מָר זוּטְרָא קְבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עָלֶיהָ וּבָרֵיךְ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אָמַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי וְאָדָם יוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח מַאי טַעְמָא לֶחֶם עֹונִי קָרֵינַן בֵּיהּ:
Lorsque Ravin arriva, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les torkenin sont soumis à la hala. Telle est la version, et nous ne lisons pas exempts ; ainsi figure-t-il dans le Yerouchalmi : Rabbi Yo'hanan dit, les torkenin sont soumis à la hala, on récite dessus hamotsi, et l'on s'acquitte avec eux de son obligation à Pessa'h. Bien que leur pâte soit molle et qu'il s'agisse d'une simple pâte délayée, ils sont malgré tout comme ce dont le début est sofganin, des beignets, et dont la fin est une pâte, qui est soumis à la hala ; mais une chose dont le début est sofganin et dont la fin est sofganin, par exemple lorsque sa pâte est molle et qu'on l'a frite dans l'huile, est exempte de la hala et l'on ne récite pas dessus hamotsi. Que sont les torkenin ? Abaye a dit : le kouva de-ar'a. Et Abaye a dit : la tarita est exempte de la hala, et elle ne ressemble pas aux torkenin ; car bien que la pâte de ceux-ci soit molle, on les cuit dans le creux du fourneau, comme Rachi l'a expliqué, de sorte qu'ils deviennent du pain ; alors que la mirtah gvil, on la verse sur le fourneau, elle s'étale et n'a pas statut de pain. Qu'est-ce que la tarita ? Certains disent la mirtah gvil, certains disent le pain du boulanger, et certains disent le pain fait pour le koutah, car Rabbi Hiya a enseigné : le pain fait pour le koutah est exempt de la hala, et s'il les a faits épais, il y est soumis. Et sur ce kouva de-ar'a on récite bore mine mezonot ; et si l'on a établi un repas dessus, on récite dessus hamotsi et les trois bénédictions. Mar Zoutra établit son repas dessus, récita dessus hamotsi et les trois bénédictions. Mar bar Rav Achi dit : et l'on s'acquitte avec lui de son obligation à Pessa'h ; quelle en est la raison ? Nous lisons à son sujet le'hem oni.
💡 Explication

Nouvelle matière, même question. La chetita est, selon Rachi, une préparation de farine de grains grillés, séchés au four alors que les épis étaient encore humides ; on la délaye et on la consomme surtout comme fortifiant.

Rav lui donne chehakol, la bénédiction générale, et Chmouel bore mine mezonot, la bénédiction propre aux cinq espèces de céréales. Le désaccord porte sur ce que l'homme attend de ce mets : un aliment ou un remède.

9
אָמַר רַב חִסְדָּא, וְלָא פְּלִיגִי: הָא בְּעָבָה, הָא בְּרָכָה. עָבָה לַאֲכִילָה עָבְדִי לַהּ, רַכָּה לִרְפוּאָה קָא עָבְדִי לַהּ.

Rav Hisda dit : ils ne divergent pas. Ceci vise l'épaisse, cela vise la liquide.

L'épaisse, on la fait pour la consommation ; la liquide, on la fait pour le remède.

📜 Rachi (1)
עָבָה לַאֲכִילָה עֲבִידָא וּבְמִילַת' קַיְימָא:
L'épaisse est faite pour la consommation, et elle demeure en son état.
💡 Explication

Rav Hisda applique la résolution habituelle : les deux maîtres parlent de deux réalités. La consistance révèle l'usage. Épaisse, la chetita est un aliment et reçoit bore mine mezonot ; liquide, elle est préparée comme remède et reçoit chehakol.

Le critère rejoint celui qui traverse tout le folio : ce que l'on fait de la matière décide de sa bénédiction. Rachi le formule dans les termes déjà rencontrés pour la terima : elle demeure en son état.

🖼️ Schéma
Rav Hisda concilie Rav et Chmouel par la consistance la chetita épaisse (ava) faite pour la consommation position de Chmouel bore mine mezonot liquide (rakka) faite pour le remède position de Rav chehakol Rav Yossef objectera depuis les règles du Chabbat : un remède y serait interdit.
La consistance de la chetita révèle l'usage attendu, et l'usage décide de la bénédiction.
10
מֵתִיב רַב יוֹסֵף: וְשָׁוִין שֶׁבּוֹחֲשִׁין אֶת הַשַּׁתּוּת בְּשַׁבָּת וְשׁוֹתִין זֵיתוֹם הַמִּצְרִי. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ לִרְפוּאָה קָא מְכַוֵּין, רְפוּאָה בְּשַׁבָּת מִי שְׁרֵי?!

Rav Yossef objecta : et ils s'accordent que l'on délaye la chetot le Chabbat et que l'on boit le zitom égyptien. Or s'il te vient à l'esprit qu'il vise le remède, un remède est-il permis le Chabbat ?

📜 Rachi (2)
שֶׁבּוֹחֲשִׁין מְגִיסִין בַּכַּף לְעָרְבוֹ יָפֶה בְּמֵימָיו:
On remue à la cuillère pour bien le mélanger à son eau.
זֵיתוֹם הַמִּצְרִי מְפֹורָשׁ בְּמַסֶּכֶת פְּסָחִים (דַּף מב:):
Explique au traité Pessahim (folio 42b).
🗂️ Tossefot (2)
וְשָׁוִין שֶׁבּוֹחֲשִׁין רַבִּי וְר' יוֹסֵי פְּלִיגִי גַּבֵּי נוֹתֵן מַיִם לְתוֹךְ הַמֻּורְסָן וּבִקְלִישָׁה מַייְרֵי מִדְּקָתָנֵי וּבוֹחֲשִׁין וְלָא קָתָנֵי לְשׁוֹן גְּבוּל וְהָכִי דָּיְיקִינַן הָתָם:
Rabbi et Rabbi Yossi divergent au sujet de celui qui met de l'eau dans le son. Il s'agit ici d'un mélange liquide, puisqu'il est enseigné bohachin, on délaye, et qu'un terme de pétrissage n'est pas employé ; et c'est ainsi que nous le déduisons là-bas.
וְאִי ס"ד לִרְפוּאָה עָבְדִי לֵיהּ רְפוּאָה בְּשַׁבָּת מִי שְׁרֵי דְּסוֹבֵר דְּכֵיוָן דְּכֹל שֶׁעָקְרוּ לִרְפוּאָה וְאֵין רְגִילוּת לַעֲשׂוֹתוֹ לְצֹורֶךְ אֲכִילָה אָסוּר בְּשַׁבָּת וְכוּ':
Car il tient que tout ce dont la destination première est le remède, et qu'il n'est pas d'usage de préparer pour la consommation, est interdit le Chabbat, etc.
💡 Explication

Rav Yossef attaque la distinction de Rav Hisda par une michna de Chabbat. Elle autorise à délayer la chetot et à boire le zitom égyptien, une boisson de farine et d'épices. Or les Sages ont interdit le remède le Chabbat, par crainte que l'on en vienne à broyer des simples.

Si la chetita liquide est bien un remède, comme le soutient Rav Hisda, sa préparation le Chabbat devrait être interdite. La permission enseignée montre donc, selon Rav Yossef, qu'elle n'est pas tenue pour un remède.

11
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְאַתְּ לָא תִּסְבְּרָא? וְהָא תְנַן: כָּל הָאֳוכָלִין אוֹכֵל אָדָם לִרְפוּאָה בְּשַׁבָּת, וְכָל הַמַּשְׁקִין שׁוֹתֶה. אֶלָּא מָה אִית לָךְ לְמֵימַר — גַּבְרָא לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין, הָכִי נָמֵי גַּבְרָא לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין.

Abaye lui dit : et toi, ne le soutiendrais-tu pas ? Mais nous avons appris : tous les aliments, un homme peut les manger comme remède le Chabbat, et toutes les boissons il peut les boire.

Que peux-tu donc dire ? Que l'homme vise la consommation.

Ici aussi, l'homme vise la consommation.

📜 Rachi (1)
וְכָל הַמַּשְׁקִים שׁוֹתֶה אַלְמָא לַאֲכִילָה מְכַוֵּין וּרְפוּאָה מִמֵּילָא הָוְיָא הָכָא נָמֵי לַאֲכִילָה מְכַוֵּין כו':
Il ressort qu'il vise la consommation et que la guérison advient d'elle-même ; ici aussi il vise la consommation, etc.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא תְּנַן כָּל הָאֳוכָלִין וְכוּ' דְּמַשְׁמַע מִדִּנְקַט כָּל הָאֳוכָלִין דְּאַפֵּי' כֹּל שֶׁעָקְרוּ לִרְפוּאָה כֵּיוָן שֶׁרָאוּי לַאֲכִילָה שַׁפִּיר דָּמֵי מִדִּנְקַט כֹּל וּמַסִּיק הַגְּמָרָא וּצְרִיכָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דִּפְשִׁיטָא דְּמַתְנִיתִין שָׁרְיָא אַף עַל פִּי שֶׁעוֹמֵד לִרְפוּאָה אֲבָל דְּרַב וּשְׁמוּאֵל אַשְׁמְעִינַן דְּלָא נֵימָא כֵּיוָן דַּעֲקָרוֹ לִרְפוּאָה לָא לְבָרֵיךְ עֲלֵיהּ כְּלָל קָא מַשְׁמַע לַן כֵּיוָן דְּמִתְהֲנֵי מִינֵּיהּ בָּעֵי בָּרוּכֵי וּמִכָּל מָקוֹם לֹא יְבָרֵךְ אֶלָּא שֶׁהַכֹּל כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לִסְעֹוד כִּי אִם לִשְׁתּוֹת וְאִם כֵּן כָּל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין וְאֵינוֹ עָשׂוּי לִסְעֹוד כִּי אִם לִשְׁתּוֹת כְּגוֹן שֵׁכָר וְכַיּוֹצֵא בּוֹ מְבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל וּכְהַאי גַּווְנָא פָּסַק בה"ג וְהִלְכְתָא שְׁתִיתָא עָבָה מְבָרֵךְ בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת קְלִישְׁתָּא מְבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל וְאַף עַל פִּי שֶׁלִּרְפוּאָה נַעֲשֵׂית הֵיכָא דְּאִית לֵיהּ הֲנָאָה מִינֵּיהּ מְבָרֵךְ:
L'emploi de tous les aliments indique que même ce dont la destination première est le remède est permis, dès lors qu'il est propre à la consommation ; cela ressort du mot tous. Et la Guemara conclut : l'enseignement de Rav et de Chmouel est nécessaire, car il est évident que la michna permet, même si la chose est destinée au remède ; tandis que Rav et Chmouel nous enseignent qu'il ne faut pas dire, puisque sa destination première est le remède, qu'on ne récite dessus aucune bénédiction ; ils nous enseignent que, puisqu'il en tire un profit, il doit réciter une bénédiction. Et malgré tout il ne récitera que chehakol, puisque la chose est faite pour la boisson et non pour le rassasiement. Dès lors, sur toute chose qui contient l'une des cinq espèces et qui est faite pour la boisson plutôt que pour le rassasiement, comme la bière et ce qui lui ressemble, on récite chehakol. Ainsi a tranché l'auteur des Halakhot Guedolot : et la halakha est que sur la chetita épaisse on récite bore mine mezonot, et sur la liquide on récite chehakol ; et bien qu'elle soit faite pour le remède, la où il en tire un profit, il récite une bénédiction.
💡 Explication

Abaye renvoie à Rav Yossef sa propre difficulté. Une michna permet de manger tout aliment ordinaire et de boire toute boisson ordinaire le Chabbat, même dans une visée curative. Rav Yossef doit donc déjà disposer d'une explication : l'homme vise la consommation, et la guérison suit.

La même explication vaut pour la chetita. L'interdit du remède le Chabbat porte sur ce que l'on ingère en tant que remède ; un aliment consommé comme aliment reste permis, quel que soit l'effet attendu.

12
לִישָּׁנָא אַחְרִינָא: אֶלָּא מָה אִית לָךְ לְמֵימַר — גַּבְרָא לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין, וּרְפוּאָה מִמֵּילָא קָא הָוְיָא? הָכִי נָמֵי לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין, וּרְפוּאָה מִמֵּילָא קָא הָוְיָא.

Autre version : que peux-tu donc dire ? Que l'homme vise la consommation et que la guérison advient d'elle-même.

Ici aussi il vise la consommation, et la guérison advient d'elle-même.

💡 Explication

La lichna aharina, autre version de la réponse d'Abaye, ajoute la seconde moitié du raisonnement : l'homme vise la consommation, et la guérison advient d'elle-même. La première version se contentait de l'intention ; celle-ci précise le statut de l'effet curatif.

La nuance porte à conséquence pour la suite : si le mangeur vise la consommation, la bénédiction va de soi, et la Guemara devra expliquer pourquoi Rav et Chmouel ont eu besoin de l'enseigner.

13
וּצְרִיכָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל. דְּאִי מֵהַאי, הֲוָה אָמֵינָא לַאֲכִילָה קָא מְכַוֵּין וּרְפוּאָה מִמֵּילָא קָא הָוְיָא, אֲבָל הָכָא, כֵּיוָן דִּלְכַתְּחִילָּה לִרְפוּאָה קָא מְכַוֵּין — לָא לְבָרֵיךְ עִלָּוֵיהּ כְּלָל. קָא מַשְׁמַע לַן כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ הֲנָאָה מִינֵּיהּ בָּעֵי בָּרוֹכֵי.

Et l'enseignement de Rav et de Chmouel est nécessaire. Car de cette michna seule, j'aurais dit : là, il vise la consommation et la guérison advient d'elle-même ; mais ici, puisque d'emblée il vise le remède, qu'il ne récite dessus aucune bénédiction.

Ils nous enseignent que, puisqu'il en tire un profit, il doit réciter une bénédiction.

📜 Rachi (3)
ה"ג וּצְרִיכָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל ואע"ג דְּתַנְיָא לְעִנְיַן שַׁבָּת דְּאֹוכֶל הוּא וּמֻותָּר לְאָכְלוֹ בְּשַׁבָּת אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּטָעוּן בְּרָכָה:
Telle est la version. Et bien qu'il ait été enseigné, quant au Chabbat, qu'il s'agit d'un aliment et qu'il est permis de le manger le Chabbat, il fallait dire qu'il requiert une bénédiction.
ה"ג דסד"א כֵּיוָן דְּלִרְפוּאָה קָא מְכַוֵּין לָא לִבְעֵי בְּרָכָה קמ"ל כֵּיוָן דְּמִתְהֲנֵי מִינֵּיהּ. שֶׁהֲרֵי מַאֲכָל הוּא בָּעֵי בָּרוּכֵי:
Telle est la version : car il aurait pu venir à l'esprit que, puisqu'il vise le remède, aucune bénédiction ne soit requise ; ils nous enseignent que, puisqu'il en tire un profit, et puisqu'il s'agit bien d'un aliment, il doit réciter une bénédiction.
וְהִלְכְתָא ל״ג וּמֵהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת הוּא:
Ve-hilkheta : on ne lit pas ces mots, ils proviennent des Halakhot Guedolot.
💡 Explication

La Guemara justifie l'utilité de l'enseignement de Rav et de Chmouel, selon la forme du tsrikha. La michna de Chabbat traite d'un homme qui mange un aliment ordinaire et récolte la guérison par surcroît ; la chetita liquide se prépare d'emblée comme remède.

Dans ce second cas, la hava amina était qu'aucune bénédiction ne soit due, puisque l'on ne bénit pas un médicament. Rav et Chmouel enseignent le critère réel : le hanaa, le profit tiré de la consommation, suffit à obliger une bénédiction.

🖼️ Schéma
Le fil du raisonnement sur la chetita Rav / Chmouel chehakol ou bore mine mezonot Rav Hisda épaisse = aliment liquide = remède Rav Yossef objecte on la délaye le Chabbat, donc ce n'est pas un remède Abaye répond l'homme vise la nourriture, la guérison suit d'elle-même Tsrikha : pourquoi Rav et Chmouel étaient nécessaires hava amina : un remède ne reçoit rien. Conclusion : le profit tiré oblige à bénir.
De la mahloket initiale à la conclusion : le profit tiré de l'aliment fonde la bénédiction.
14
שֶׁעַל הַפַּת הוּא אוֹמֵר ״הַמּוֹצִיא״ וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מָה הוּא אוֹמֵר? — ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״. רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר: ״מוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״. אָמַר רָבָא: בְּ״מוֹצִיא״ כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאַפֵּיק מַשְׁמַע, דִּכְתִיב: ״אֵל מוֹצִיאָם מִמִּצְרַיִם״. כִּי פְּלִיגִי בְּ״הַמּוֹצִיא״, רַבָּנַן סָבְרִי הַמּוֹצִיא דְּאַפֵּיק מַשְׁמַע, דִּכְתִיב: ״הַמּוֹצִיא לְךָ מַיִם מִצּוּר הַחַלָּמִישׁ״. וְרַבִּי נְחֶמְיָה סָבַר הַמּוֹצִיא דְּמַפֵּיק מַשְׁמַע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַמּוֹצִיא אֶתְכֶם מִתַּחַת סִבְלוֹת מִצְרָיִם״.

Que sur le pain il dit hamotsi, etc. Nos maîtres ont enseigné : que dit-il ?

HaMotsi le'hem min haarets. Rabbi Nehemia dit : Motsi le'hem min haarets.

Rava dit : sur motsi, tous s'accordent que le sens est il a fait sortir, comme il est écrit : E-l motsiam mimitsrayim, D.ieu qui les a fait sortir d'Égypte. Ils divergent sur hamotsi : les Sages tiennent que hamotsi indique il a fait sortir, comme il est écrit : hamotsi lekha mayim mitsour hahalamich, celui qui a fait sortir pour toi de l'eau du rocher de silex.

Et Rabbi Nehemia tient que hamotsi indique il fait sortir, comme il est dit : hamotsi etkhem mitahat sivlot Mitsrayim, celui qui vous fait sortir de dessous les corvées d'Égypte.

📜 Rachi (4)
דְּאַפֵּיק מַשְׁמַע שֶׁהוֹצִיא כְּבָר וְהָא וַדַּאי בְּרָכָה הֲגוּנָה דִּלְשֶׁעָבַר בָּעֵינַן שֶׁהֲרֵי כְּבָר הוֹצִיא הַלֶּחֶם הִזָּה מִן הָאָרֶץ שֶׁהוּא בָּא לֵיהָנוֹת הֵימֶנּוּ:
Qu'il a déjà fait sortir. Et telle est certainement la bénédiction convenable, car nous voulons une forme au passé : il a déjà fait sortir de la terre ce pain dont l'homme vient tirer profit.
דִּכְתִיב אֵל מוֹצִיאָם מִמִּצְרָיִם וּכְשֶׁנֶּאֶמְרָה פָּרָשַׁת בִּלְעָם כְּבָר יָצְאוּ:
Lorsque fut dite la section de Bilam, ils étaient déjà sortis.
הַמּוֹצִיא לְךָ מַיִם וּכְבָר הוֹצִיא:
Et il avait déjà fait sortir.
וְרַבִּי נְחֶמְיָה סָבַר דְּמַפִּיק מַשְׁמַע שֶׁעָתִיד לְהוֹצִיא דִּכְתִיב הַמּוֹצִיא אֶתְכֶם וּכְשֶׁנֶּאֱמַר פָּסוּק זֶה לְמֹשֶׁה עֲדַיִין לֹא יָצְאוּ וְהַמּוֹצִיא לְךָ מַיִם עֲדַייִן הָיָה מוֹצִיא כָּל יְמֵי הֱיוֹתָם בַּמִּדְבָּר:
Qu'il est appelé à faire sortir, comme il est écrit hamotsi etkhem : lorsque ce verset fut dit à Moche, ils n'étaient pas encore sortis. Et pour hamotsi lekha mayim, il continuait de faire sortir tous les jours de leur séjour au désert.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"הַמּוֹצִיא" כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי, דְּאַפֵּיק מַשְׁמַע. כָּתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת אַף עַל גַּב דְּמוֹצִיא כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי, דְּאַפֵּיק מַשְׁמַע, עִם כָּל זֶה סָבְרִי רַבָּנָן הַמּוֹצִיא כְּדֵי שֶׁלֹּא לְעָרֵב הָאוֹתִיּוֹת, דְּהַיְינוּ מֵ"ם שֶׁל הָעוֹלָם עִם מֵ"ם דְּמוֹצִיא וְכַמְפֹורָשׁ בִּירוּשַׁלְמִי, עַייֵּן שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם רַבָּנָן יָבֹא נָכוֹן יוֹתֵר עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּשַׁעַר הַמְצֹורָף דַּף נד), שֶׁצָּרִיךְ לְדַייֵּק בְּאוֹת הֵ"א שֶׁל ה מוֹצִיא לְהַזְכִּירָהּ בִּפְנֵי עַצְמָהּ, כָּזֶה 'ה' מוֹצִיא' לִרְמֹוז בָּזֶה שְׁתֵּי כַּוָּנוֹת וְכוּ' עַייֵּן שָׁם. וְהָשְׁתָּא בָּזֶה נוֹדַע הָאֱמֶת לַאֲמִיתּוֹ, דְּאַף עַל גַּב דְּמוֹצִיא כֻּולֵּי עָלְמָא דְּאַפֵּיק מַשְׁמָע, סְבִירָא לֵיהּ לְרַבָּנָן לוֹמַר הַמּוֹצִיא בְּהֵ"א בַּעֲבוּר שְׁתֵּי כַּוָּנוֹת גְּדוֹלוֹת שֶׁצָּרִיךְ לְכַוֵּין בְּאוֹת הֵ"א כָּאן.
Sur hamotsi, tous s'accordent que le sens est il a fait sortir. Les Tossefot ont écrit que, bien que sur motsi tous s'accordent que le sens soit il a fait sortir, les Sages tiennent malgré tout la forme hamotsi afin de ne pas mêler les lettres, à savoir le mem de haolam avec le mem de motsi, comme cela est exposé dans le Yerouchalmi, vois là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison des Sages se comprend mieux encore d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie, au Chaar hametsoraf, folio 54 : qu'il faut prendre soin, pour la lettre hé de hamotsi, de la prononcer à part, ainsi, ha-motsi, pour faire allusion par là à deux kavanot, deux intentions, etc., vois là-bas. Et dès lors la vérité se fait connaître en sa vérité : bien que sur motsi tous s'accordent que le sens soit il a fait sortir, les Sages estiment qu'il faut dire hamotsi avec le hé, en raison des deux grandes kavanot qu'il faut diriger ici sur la lettre hé.
⚖️ Rosh (1)
חוּץ מִן הַפַּת ת"ר עַל הַפַּת הוּא אוֹמֵר הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר מוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ. יְרוּשַׁלְמִי רַבִּי יִרְמְיָה בְּרִיךְ קוּמִי רַבִּי זֵירָא הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ וְקַלְּסֵיהּ מַאי כְּרַבָּנָן שֶׁלֹּא לְעָרֵב רָאשֵׁי הָאוֹתִיּוֹת וְאַף עַל גַּב דְּלֶחֶם מִן הָאָרֶץ מְעֹורָב הוּא הָתָם אִי אֶפְשָׁר לְתַקֵּן לָשׁוֹן אַחֵר לְפִי שֶׁהוּא לְשׁוֹן הַמִּקְרָא לְהוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ יְרוּשַׁלְמִי עַל דַּעְתֵּיהּ דְּרַבָּנָן הַבּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן עַל דַּעְתֵּיהּ דָּר' נְחֶמְיָה בפה"ג וְהָאִידָּנָא נָהוּג עָלְמָא לוֹמַר בפה"ג וְאָמְרִינַן הַמּוֹצִיא וְסָמְכִינַן אַהָא דִּירוּשַׁלְמִי שֶׁאֵין אוֹמְרִים הַמּוֹצִיא אֶלָּא שֶׁלֹּא לְעָרֵב רָאשֵׁי הָאוֹתִיּוֹת:
Hormis le pain. Nos maîtres ont enseigné : sur le pain il dit hamotsi le'hem min haarets ; Rabbi Nehemia dit motsi le'hem min haarets. Yerouchalmi : Rabbi Yirmeya récita devant Rabbi Zera hamotsi le'hem min haarets, et celui-ci le loua. Pourquoi ? Comme les Sages, afin de ne pas mêler les initiales des mots. Et bien que le'hem min haarets soit lui-même mêlé, là il est impossible d'établir une autre formule, puisque c'est la langue même du verset : lehotsi le'hem min haarets. Yerouchalmi : selon l'avis des Sages, ha-bore péri haguefen ; selon l'avis de Rabbi Nehemia, bore péri haguefen. Et aujourd'hui l'usage répandu est de dire bore péri haguefen tout en disant hamotsi, et nous nous appuyons sur ce Yerouchalmi, selon lequel on ne dit hamotsi que pour éviter de mêler les initiales des lettres.
💡 Explication

Retour à la michna. Le débat porte sur un seul hé. Rava commence par isoler le point d'accord : la forme motsi, sans article, exprime un passé, comme dans le verset de Bilam prononcé après la sortie d'Égypte. Une bénédiction doit en effet remercier pour ce qui a déjà eu lieu, ici le pain déjà tiré de la terre.

Le désaccord porte sur hamotsi. Les Sages y lisent également un passé, avec le verset du rocher de silex, où l'eau avait déjà jailli. Rabbi Nehemia y lit un présent ou un futur, avec l'annonce faite à Moche alors que la sortie d'Égypte était encore à venir ; une telle forme conviendrait mal à une bénédiction.

15
וְרַבָּנָן? — הָהוּא הָכִי קָאֲמַר לְהוּ קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: כַּד מַפֵּיקְנָא לְכוּ, עָבֵידְנָא לְכוּ מִלְּתָא כִּי הֵיכִי דְּיָדְעִיתוּ דַּאֲנָא הוּא דְּאַפֵּיקִית יָתְכוֹן מִמִּצְרַיִם, דִּכְתִיב: ״וִידַעְתֶּם כִּי אֲנִי ה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם הַמּוֹצִיא״.

Et les Sages ? Ce verset dit ceci : le Saint béni soit-Il a dit à Israël : quand Je vous ferai sortir, Je ferai pour vous une chose telle que vous saurez que c'est Moi qui vous ai fait sortir d'Égypte, comme il est écrit : et vous saurez que Je suis Hachem votre D.ieu, celui qui vous a fait sortir.

📜 Rachi (1)
דְּאַפֵּיקִית יָתְכוֹן שֶׁאֲנִי הוּא שֶׁהוֹצֵאתִי אֶתְכֶם:
Que c'est Moi qui vous ai fait sortir.
💡 Explication

Les Sages retournent le verset de Rabbi Nehemia. Ils le lisent comme une annonce portant sur la connaissance qui viendra après la sortie : au moment où les Bene Israël reconnaîtront leur libérateur, la sortie appartiendra déjà au passé. La forme hamotsi y garde donc son sens de passé.

Cette réponse achève la démonstration : les deux versets se lisent au passé, et la formule HaMotsi le'hem min haarets convient à une bénédiction de reconnaissance.

16
מִשְׁתַּבְּחִין לֵיהּ רַבָּנַן לְרַבִּי זֵירָא [אַתְּ] בַּר רַב זְבִיד אֲחוּהּ דְּרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר רַב זְבִיד דְּאָדָם גָּדוֹל הוּא וּבָקִי בִּבְרָכוֹת הוּא. אָמַר לָהֶם: לִכְשֶׁיָּבֹא לְיֶדְכֶם הֲבִיאוּהוּ לְיָדִי. זִמְנָא חֲדָא אִיקְּלַע לְגַבֵּיהּ אַפִּיקוּ לֵיהּ רִיפְתָּא, פָּתַח וְאָמַר ״מוֹצִיא״. אָמַר: זֶה הוּא שֶׁאוֹמְרִים עָלָיו דְּאָדָם גָּדוֹל הוּא וּבָקִי בִּבְרָכוֹת הוּא?! בִּשְׁלָמָא אִי אָמַר ״הַמּוֹצִיא״

Les Sages faisaient l'éloge, devant Rabbi Zera, de bar Rav Zvid, frère de Rabbi Chmouel bar Rav Zvid : c'est un grand homme, et il est expert en bénédictions. Il leur dit : lorsqu'il viendra chez vous, amenez-le-moi.

Une fois, il se trouva chez lui. On lui apporta du pain ; il commença et dit motsi.

Rabbi Zera dit : voilà celui dont on dit que c'est un grand homme et qu'il est expert en bénédictions ? À la rigueur, s'il avait dit hamotsi

⚖️ Rosh (2)
וְאָמַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי הַאי דֻּובְשָׁא דְתַמְרֵי מְבָרֵךְ עָלֶיהָ שֶׁהַכֹּל מ"ט זֵיעָה בְּעָלְמָא הוּא וְכָתַב בַּעַל ה"ג וְהוּא שֶׁנָּתַן בּוֹ מַיִם דְּאִי לְבַדּוֹ הוּא מְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ דְּאִישְׁתַּנִּי לְעִלּוּיָא כְּמוֹ שֶׁמֶן זַיִת וְלָא נְהִירָא דְּהָוֵי כְּמוֹ הַיּוֹצֵא מִן הָרִמּוֹנִים וּמִן הַתְּאֵנִים דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כֹּד:) דְּחָשְׁבִינַן לְהוּ זֵיעָה בְּעָלְמָא וְאֵין סוֹפֵג אֶת הָאַרְבָּעִים אֶלָּא עַל הַיּוֹצֵא מִן הַזֵּיתִים וּמִן הָעֲנָבִים גַּבֵּי עָרְלָה וְלָא עָדִיף מִיֵּין תַּפּוּחִים וְאֶפְשָׁר דְּטַעֲמָא דְּגָאוֹן מִשּׁוּם דְּבִקְרָא כְּתִיב וּדְבָשׁ וְלָא כְּתִיב תְּמָרִים וְאִם כֵּן קְרָא אַייְּרִי בִּדְבַשׁ הַזָּב מֵאֵלָיו מִן הַתְּמָרִים וּבִכְלַל שִׁבְעַת הַמִּינִין הוּא וּמְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ וּבְרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ וְלָא דָּמֵי לְיוֹצֵא מִן הָרִמּוֹנִים וּמִן הַתְּאֵנִים וּלְיַיִן תַּפּוּחִים דְּהָנֵי יוֹצְאִים עַל יְדֵי כְּתִישָׁה וּסְחִיטָה אֲבָל הַזָּב מֵאֵלָיו מִן הַתְּמָרִים הַיְינוּ דְּבַשׁ הָאָמוּר בַּפָּסוּק וְשֵׁכָר הֶעָשׂוּי מִן הַתְּמָרִים אוֹ שֵׁכָר שְׂעוֹרִים מְבָרְכִין עָלָיו שֶׁהַכֹּל כִּדְאִיתָא בְּפָ' הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (בָּבָא בָּתְרָא דַּף צו:) וְאִם תֹּאמַר בְּשָׂכָר שְׂעוֹרִין אַמַּאי מְבָרְכִין שֶׁהַכֹּל וַהֲלֹא הַשְּׂעוֹרִים עִיקָּר וּמִשְׁתַּנֵּי לְעִלּוּיָא. וי"ל דְּאִית לְהוּ עִלּוּיָא אַחַרְיַנָא בְּפַת כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל אִי נָמֵי כֵּיוָן שֶׁהַמַּשְׁקֶה צָלוּל עִיקָּרוֹ עַל שֵׁם הַמַּיִם וְלָא שַׁייְכָא לְהָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּכֹל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מַה' הַמִּינִים לְפִי שֶׁאֵין כָּאן כִּי אִם טַעַם בְּעָלְמָא מִידִי דַּהֲוָה אַשְּׁתִיתָא דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן דְּעַל רַכָּה מְבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל. וְתַמְרֵי דְּעַבְדִינְהוּ טֵרֵימוּ מְבָרְכִים עֲלַייְהוּ בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ. מַאי טַעְמָא דִּבְמִילְּתַייְהוּ קָייְמִי כִּדְמֵעִיקָּרָא:
Et Mar bar Rav Achi a dit : sur ce miel de dattes on récite chéhakol ; quelle en est la raison ? Il s'agit d'une simple exsudation. L'auteur des Halakhot Guedolot a écrit : et cela vaut lorsqu'on y a mis de l'eau, car sur le miel seul on récite bore péri haets, puisqu'il s'est transformé en une élévation, comme l'huile d'olive. Cela ne paraît pas juste, car il est comme ce qui sort des grenades et des figues, dont nous disons au chapitre Kol chaa (Pessahim 24b) que nous le tenons pour une simple exsudation ; et l'on ne reçoit les quarante coups, pour la orla, que sur ce qui sort des olives et des raisins. Et il ne vaut pas mieux que le vin de pommes. Il se peut que la raison du Gaon tienne à ce que le verset écrit oudévach, et du miel, sans écrire des dattes ; si tel est le cas, le verset traite du miel qui coule de lui-même des dattes, celui-ci entre dans les sept espèces, on récite dessus bore péri haets et une bénédiction unique qui résume les trois. Et il ne ressemble ni à ce qui sort des grenades et des figues, ni au vin de pommes, car ceux-là sortent par pilage et pressurage, tandis que ce qui coule de lui-même des dattes est le miel dont parle le verset. Et sur la bière faite de dattes, ou sur la bière d'orge, on récite chéhakol, comme il figure au chapitre Hamokher perot (Bava Batra 96b). Et si tu dis : pour la bière d'orge, pourquoi récite-t-on chéhakol, alors que l'orge en est l'essentiel et qu'elle s'est transformée en une élévation ? On peut répondre qu'elle connaît une autre élévation sous forme de pain, comme nous l'avons dit plus haut ; ou bien, puisque la boisson est claire, son essentiel se dit au nom de l'eau, et cela ne relève pas de l'enseignement de Rav et de Chmouel sur tout ce qui contient l'une des cinq espèces, puisqu'il n'y a là qu'un simple goût, à l'instar de la chétita dont nous disons plus loin que sur la liquide on récite chéhakol. Et des dattes dont on a fait de la térima, on récite dessus bore péri haets ; quelle en est la raison ? Elles demeurent en leur état, comme au départ.
שְׁתִיתָא רַב אָמַר שנ"ב. וּשְׁמוּאֵל אָמַר בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת אָמַר רַב חִסְדָּא וְלָא פְּלִיגִי הָא בְּרָכָה הָא בְּעָבָה עָבָה דְּלַאֲכִילָה עֲבִידָא בּוֹרֵא מ"מ וְרַכָּה דְּלִרְפוּאָה עֲבִידָא מְבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל:
La chétita : Rav dit chéhakol nihya bidvaro, et Chmouel dit bore miné mezonot. Rav Hisda a dit ils ne divergent pas : ceci vise la liquide, cela vise l'épaisse. L'épaisse, qui est faite pour la consommation, bore miné mezonot ; et la liquide, qui est faite pour le remède, on récite dessus chéhakol.
💡 Explication

La sougya s'achève par une scène. Un hôte reconnu comme baki bevrakhot, expert en bénédictions, récite motsi devant Rabbi Zera, qui attendait de le rencontrer. La réputation se défait sur un mot.

La phrase reste suspendue : le raisonnement de Rabbi Zera se poursuit en 38b. La conduite retenue par la halakha apparaît ici en creux : l'usage suit les Sages et dit HaMotsi le'hem min haarets, formule que le Roch appuie encore sur le Yerouchalmi, pour éviter que la fin de haolam et le début de motsi ne se confondent dans la bouche.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).