Berakhot 38b — Le légume cuit garde-t-il sa bénédiction ? Les chélakot, la transmission fautive d'Oulla et l'olive salée de Rabbi Yohanan

Berakhot 38b

Sougya : Le folio referme d'abord la discussion sur la formule du pain : la halakha retient hamotsi le'hem min haarets, parce que les Sages tiennent que ce mot signifie déjà qui a fait sortir, et Tossefot rapporte au nom du Talmud de Jérusalem la raison de forme qui fait préférer cette version. La michna passe ensuite aux légumes, et la guemara y lit un rapprochement décisif : la michna les enseigne sur le modèle du pain, donc le passage par le feu ne fait pas descendre leur bénédiction.

De là naît la question centrale du folio : sur les chélakot, les légumes bouillis, dit-on boréi péri haadama ou chéhakol. Rav et Chmouel disent haadama, Oulla au nom de Rabbi Yo'hanan rapporte chéhakol, et Rav Hisda propose une position médiane fondée sur le sens de la transformation : ce que la cuisson améliore monte, ce qu'elle abîme descend.

La guemara établit alors que la transmission d'Oulla est fautive, en opposant Rabbi Hiyya bar Abba à Rabbi Binyamin bar Yefet, et Rabbi Zeira aligne trois arguments contre elle, dont le lupin bouilli sept fois et l'olive salée que Rabbi Yo'hanan bénit avant et après. Le folio s'achève sur une objection tirée du maror bouilli, écartée par la distinction entre le goût exigé pour la mitsva et le statut qui commande la bénédiction, puis sur la question de Rabbi Yirmeya : le noyau retiré, l'olive atteignait-elle encore la mesure requise ?

Le plan du folio 38b 1. La formule du pain (seg. 0-1) Bar Rav Zvid a dit motsi pour rester hors de la controverse. Halakha : hamotsi le'hem min haarets, comme les Sages. Tossefot donne la raison du Talmud de Jérusalem. 2. Légumes et pain (seg. 2) La michna enseigne les légumes sur le modèle du pain : tous deux passés au feu. Rabbanai au nom d'Abaye : donc sur les chélakot on dit boréi péri haadama. Le Roch en tire toute la pratique. 3. Les trois avis (seg. 3-7) Rav et Chmouel : boréi péri haadama. Oulla au nom de Rabbi Yo'hanan : chéhakol. Rav Hisda : cela dépend du sens de la transformation. Rav Nahman veut y voir la controverse de Rabbi Meir et Rabbi Yossi ; on la rejette. 4. La transmission fautive (seg. 8-14) Rabbi Hiyya bar Abba contre Rabbi Binyamin bar Yefet : Oulla a suivi le second. Rabbi Zeira : trois arguments, dont le lupin bouilli sept fois et l'olive salée. Objection du maror bouilli, puis la question de la mesure de l'olive. Le fil unique du folio Une même question relie les quatre parties : quand une transformation change-t-elle le statut d'un aliment. Le feu qui fait le pain ne lui retire pas sa bénédiction ; l'eau qui cuit le légume ne la lui retire pas non plus. Le goût exigé pour la matsa et pour le maror obéit à une autre règle que le statut qui commande la bénédiction.
Les quatre mouvements du folio et la question qui les relie.
Sur les chélakot, les légumes bouillis : trois positions Rav et Chmouel transmis par Rav Hisda et Rav Nahman borei péri haadama La cuisson ne fait pas sortir le légume de son statut. Appui : la michna enseigne les légumes sur le modèle du pain. Rabbi Hiyya bar Abba rapporte la même chose au nom de Rabbi Yo'hanan. Oulla au nom de Rabbi Yo'hanan et Rabbi Binyamin bar Yefet chehakol nihya bidvaro La cuisson fait sortir le légume de son statut initial. La guemara établit que cette transmission est fautive : Oulla l'a fixée d'après un disciple moins précis que Rabbi Hiyya bar Abba. Rav Hisda, position médiane et moi je dis selon le sens du changement Ce qui était haadama cru et que la cuisson abîme : chéhakol. Ce qui était chéhakol cru et que la cuisson rend mangeable : boréi péri haadama. Exemples : ail et poireau d'un côté, chou, bette et courge de l'autre. La nafka mina pratique Un plat de légumes cuits : haadama pour Rav et Chmouel, chéhakol pour la version d'Oulla, et pour Rav Hisda cela dépend du légume et de ce que la cuisson lui a fait. Ce que retient le Roch Boréi péri haadama sur les chélakot, et le raisonnement de Rav Hisda reste bon : ce que la cuisson abîme change de bénédiction. Le Rif, lui, dit haadama même pour l'ail et le poireau cuits.
La controverse centrale sur les chélakot, ses trois positions et ce qu'en retient la halakha.
Quelle bénédiction sur un légume, selon ce que la cuisson lui fait Un légume passe par la cuisson La cuisson l'améliore chou, bette, courge : à peine mangeables crus, bons une fois cuits. seg. 4 La cuisson ne change rien légumineuses, pommes, aussi bons crus que cuits. Même règle pour le vin cuit. Tossefot, seg. 4 La cuisson l'abîme ail et poireau : le goût descend, même si la viande le fait oublier. seg. 4, Tossefot Cru : chéhakol Cuit : boréi péri haadama tous s'accordent Même bénédiction avant et après cuisson le statut ne bouge pas Rav Hisda : chéhakol Le Rif : haadama le seul point encore discuté Règle du Roch : on suit le mode de consommation habituel de la majorité, et le goût que la viande ou le sel ajoutent ne compte pas.
L'arbre pratique : la bénédiction d'un légume selon l'effet de la cuisson sur lui.
1
אַשְׁמְעִינַן טַעְמָא, וְאַשְׁמְעִינַן דְּהִלְכְתָא כְּרַבָּנָן. אֶלָּא דְּאָמַר ״מוֹצִיא״ מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? וְאִיהוּ דַּעֲבַד לְאַפּוֹקֵי נַפְשֵׁיהּ מִפְּלוּגְתָּא.

[S'il avait dit hamotsi,] il nous aurait enseigné la raison, et il nous aurait enseigné que la halakha suit les Sages. Mais puisqu'il a dit motsi, que vient-il nous apprendre ?

Et lui, ce qu'il a fait, c'était pour se retirer lui-même de la controverse.

📜 Rachi (3)
אַשְׁמְעִינַן טַעְמָא פֵּירוּשָׁא דִּקְרָא כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁנוּהוּ וְלָמַדְנוּ פֵּירוּשׁוֹ:
Il nous aurait enseigné la raison — l'explication du verset telle que nous l'avons expliquée, et nous en aurions appris le sens.
וְאַשְׁמְעִינַן הֲלָכָה כְּרַבָּנָן דְּהַמּוֹצִיא דְּאַפֵּיק הוּא:
Et il nous aurait enseigné que la halakha suit les Sages — car hamotsi signifie qui a fait sortir.
מַאי קָמַשְׁמַע לַן הַכֹּל מוֹדִים בְּזוֹ:
Que vient-il nous apprendre — sur cette formule-la, tous s'accordent.
💡 Explication

Fin de la discussion ouverte en 38a. Les Sages et Rabbi Nehemia divergent sur le sens du mot hamotsi : désigne-t-il une action en cours, qui fait sortir, ou une action accomplie, qui a fait sortir. De ce sens dépend la formule de la bénédiction sur le pain, car elle doit dire une chose déjà faite.

Le fils de Rav Zvid avait récité motsi, forme sur laquelle personne ne discute. La guemara lui reproche de n'avoir rien enseigné par là : en choisissant hamotsi il aurait tranché la controverse. La réponse retourne l'objection : son silence était délibérément une manière de se tenir en dehors du désaccord.

2
וְהִלְכְתָא ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״, דְּקַייְמָא לָן כְּרַבָּנָן, דְּאָמְרִי דְּאַפֵּיק מַשְׁמַע.

Et la halakha est : hamotsi le'hem min haarets, car nous tenons comme les Sages, qui disent que ce mot signifie qui a fait sortir.

🗂️ Tossefot (1)
וְהִלְכְתָא הַמּוֹצִיא וְכוּ' ואע"פ דִּבְמוֹצִיא כ"ע לָא פְּלִיגִי דְּאַפֵּיק מַשְׁמַע וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ טַעְמָא כְּדֵי שֶׁלֹּא לְעָרֵב הָאוֹתִיּוֹת כְּגוֹן הָעוֹלָם מוֹצִיא ואע"ג דִּבְלֶחֶם מָן נָמֵי אִיכָּא עֵירוּב שָׁאנֵי הָתָם דִּקְרָא כְּתִיב (תְּהִלִּים קד) מַצְמִיחַ חָצִיר לַבְּהֵמָה וְעֵשֶׂב לַעֲבֹודַת הָאָדָם לְהוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ וְעַל כֵּן יֵשׁ לִבְצֹועַ בִּשְׁתֵּי יָדָיו בְּעֶשֶׂר אֶצְבָּעוֹת נֶגֶד י' תֵּיבוֹת שֶׁבַּמִּקְרָא זֶה:
Et la halakha est hamotsi, etc. — et cela bien que sur motsi personne ne conteste que le sens soit qui a fait sortir. Le Talmud de Jérusalem en donne la raison : afin de ne pas fondre les lettres l'une dans l'autre, comme dans haolam motsi, où la lettre finale du premier mot se confond avec l'initiale du second. Et bien que dans le'hem min il y ait aussi une rencontre de lettres semblables, il en va autrement là, car c'est le verset lui-même qui l'écrit ainsi (Tehilim 104) : Il fait pousser l'herbe pour le bétail et la verdure pour le travail de l'homme, pour faire sortir le pain de la terre. C'est pourquoi il faut rompre le pain de ses deux mains, avec les dix doigts, en face des dix mots que compte ce verset.
💡 Explication

La guemara tranche : on récite hamotsi le'hem min haarets. La raison de fond est que la halakha suit les Sages, pour qui ce mot dit déjà une action accomplie.

Tossefot ajoute une raison de forme prise du Talmud de Jérusalem. La formule dit auparavant melekh haolam ; si l'on enchaînait sur motsi, la lettre finale du mot haolam et la lettre initiale de motsi se confondraient à l'oreille. Le mot hamotsi évite cette fusion. Tossefot en tire au passage une pratique : le verset des Tehilim compte dix mots, d'où l'usage de tenir le pain à deux mains, dix doigts.

3
וְעַל הַיְּרָקוֹת אוֹמֵר וְכוּ׳. קָתָנֵי יְרָקוֹת דֻּומְיָא דְפַת — מַה פַּת שֶׁנִּשְׁתַּנָּה עַל יְדֵי הָאוּר, אַף יְרָקוֹת נָמֵי שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ עַל יְדֵי הָאוּר. אָמַר רַבְנַאי מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי: זֹאת אוֹמֶרֶת שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. מִמַּאי? — מִדְּקָתָנֵי יְרָקוֹת דֻּומְיָא דְפַת.

Et sur les légumes il dit, etc. La michna enseigne les légumes sur le modèle du pain : de même que le pain a été transformé par le feu, de même les légumes dont elle parle ont été transformés par le feu.

Rabbanai a dit au nom d'Abaye : cela signifie que sur les chélakot, les légumes bouillis, on récite boréi péri haadama. D'où cela ?

De ce qu'elle enseigne les légumes sur le modèle du pain.

📜 Rachi (2)
אַף יְרָקוֹת שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ כו' וַאֲפִילּוּ הָכֵי בְּמִילְּתַייְהוּ קָייְמִי וּמְבָרְכִין עֲלַייְהוּ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה:
De même les légumes qui ont été transformés, etc. — et malgré cela ils demeurent dans leur statut, et l'on récite sur eux boréi péri haadama.
שְׁלָקוֹת כָּל יָרָק שָׁלוּק:
Chélakot — tout légume bouilli.
🗂️ Tossefot (1)
מִדְּקָתָנֵי יְרָקוֹת דֻּומְיָא דְפַת לָא הָוֵי יְרָקוֹת דֻּומְיָא דְּפַת שֶׁהֲרֵי פַּת אִישְׁתַּנִּי לְעִלּוּיָא וְיֵשׁ יְרָקוֹת שֶׁאֵין מִשְׁתַּנּוֹת לְעִלּוּיָא אֶלָּא כְּלוֹמַר מָה הַפַּת אֵין בִּשּׁוּל מִגְרָע אֶת הַבְּרָכָה אַף הַיְּרָקוֹת נָמֵי בְּמִלְּתַיְיהוּ קָייְמִי וְלָא מִגְרָע לְהוּ הַבִּשּׁוּל:
De ce qu'elle enseigne les légumes sur le modèle du pain — les légumes ne sont pas semblables au pain à tous égards, car le pain a été transformé vers le mieux, tandis qu'il y a des légumes que la transformation ne rend pas meilleurs. Le sens est donc : de même que pour le pain la cuisson ne fait pas descendre la bénédiction, de même les légumes demeurent dans leur statut et la cuisson ne les fait pas descendre.
⚖️ Rosh (1)
עַל הַיְּרָקוֹת הוּא אוֹמֵר וְכוּ' קָתָנֵי יְרָקוֹת דֻּומְיָא דְּפַת מַה פַּת שֶׁנִּשְׁתַּנָּה ע"י הָאוּר אַף יְרָקוֹת שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ ע"י הָאוּר אָמַר רַבְנַאי מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי זֹאת אוֹמֶרֶת שְׁלָקוֹת מְבָרְכִינַן עֲלֵיהֶן בפה"א וקי"ל הָכִי דְּהָא רַב וּשְׁמוּאֵל וְר' יוֹחָנָן כּוּלְּהוּ סְבִירָא לְהוּ דִּשְׁלָקוֹת בפה"א וְתַנְיָא נָמֵי הָכִי יוֹצְאִין בְּרָקִיק הַשָּׁרוּי וּבִמְבֻושָּׁל שֶׁלֹּא נִימּוֹחַ דִּבְרֵי ר' מֵאִיר ר' יוֹסֵי אוֹמֵר יוֹצְאִים בְּרָקִיק הַשָּׁרוּי וְלֹא בִּמְבֻושָּׁל ואע"פ שֶׁלֹּא נִימּוֹחַ וְלָא פְּלִיג ר' יוֹסֵי עֲלֵיהּ דְּר' מֵאִיר אֶלָּא בְּמַצָּה מִשּׁוּם דְּבָעֵי' טַעַם מַצָּה וְלֵיכָּא אֲבָל בְּעָלְמָא אַפֵּי' ר' יוֹסֵי מוֹדֶה דִּשְׁלָקוֹת בְּמִלְּתַיְיהוּ קָייְמִי וּמְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה הִלְכָּךְ כָּל יָרָק וּפְרִי וּמִינֵי קִטְנִיּוֹת שֶׁטּוֹבִים חַיִּין וּמְבֻושָּׁלִין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן לְאַחַר שֶׁנִּתְבַּשְּׁלוּ בִּרְכָתָן הָרְאוּיָה לָהֶן קֹודֶם בִּישּׁוּל אֲבָל קְרָא וְסָלְקָא וּכְרָבָא וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן שֶׁטּוֹבִים מְבֻושָּׁלִים יוֹתֵר מֵחַיִּין כְּשֶׁהֵן חַיִּין מְבָרֵךְ שנ"ב וּכְשֶׁהֵן מְבֻושָּׁלִין דְּאִישְׁתְּנוֹ לְעִילּוּיָא בּוֹרֵא פה"א וְתוּמֵי וּכְרֵתִי וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן כְּשֶׁהֵן חַיִּין בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וּכְשֶׁהֵן מְבֻושָּׁלִין שֶׁהַכֹּל דְּאִישְׁתַּנּוֹ לִגְרִיעוּתָא וְאַפֵּי' יֵשׁ מִי שֶׁאוֹכֵל אוֹתָם יוֹתֵר בְּרָצוֹן מְבֻושָּׁלִין מֵחַיִּים בָּטְלָה דַּעְתּוֹ וְהוֹלְכִים אַחַר הָרֹוב ואע"פ שֶׁאָנוּ רְגִילִין לְאָוכְלָן מְבֻושָּׁלִין זֶהוּ לְפִי שֶׁשֻּׁומַּן הַבָּשָׂר מַמְתִּיק טַעְמוֹ וֶאֱגוֹז הַמְטֻוגָּן בִּדְבַשׁ הָאֱגוֹז עִיקָּר וּמְבָרְכִין עָלָיו בפה"ע וְיֵשׁ שֶׁרוֹצִים לוֹמַר כֵּיוָן דְּאִילּוּ בְּשֶׁלּוֹ בְּלֹא דְּבַשׁ נִשְׁתַּנָּה לִגְרִיעוּתָא וְהָיָה רָאוּי לְבָרֵךְ עָלָיו שֶׁהַכֹּל נִמְצָא מְעַלְּיוּתָא ע"י הַדְּבַשׁ וְהַדְּבַשׁ עִיקָּר וּמְבָרֵךְ עָלָיו שֶׁהַכֹּל וְלֹא מִסְתַּבֵּר דאע"פ שֶׁנִּתְעַלָּה ע"י הַדְּבַשׁ מִכָּל מָקוֹם הָאֱגוֹז עִיקָּר וְרַב ו אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב דְּאַפֵּי' תּוּמֵי וּכְרֵתִי מְבָרְכִי' עֲלֵיהֶן בפה"א כְּשֶׁהֵן מְבֻושָּׁלִין וְנִרְאֶה דְּהַיְינוּ טַעְמָא דִּידֵיהּ מִשּׁוּם דְּסָבַר דְּרַב חִסְדָּא פְּלִיג אדר"י וְאַדְּרַב וּשְׁמוּאֵל וְאֵין הֲלָכָה כְּיָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים וּמִיהוּ מִסְתַּבֵּר דְּלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג אַהַכְרָעָה דִּידֵיהּ וְרַב נַחְמָן אוֹקֵי פְּלֻוגְתַּייְהוּ בִּפְלֻוגְתָּא דְּתַנָּאֵי וְלָא מִיתּוֹקְמָא מִילְּתֵיהּ דְּעֻולָּא דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן דְּשַׁבֶּשְׁתָּא הוּא וְכֻולְּהוּ אָמוֹרָאֵי סָבְרִי שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן בפה"א וְאַף עַל גַּב דְּלָא צְרִיכִין הַשְׁתָּא לְהַכְרָעָה דְּרַב חִסְדָּא מ"מ סְבָרָא טוֹבָה הִיא דְּכֵיוָן שֶׁנִּשְׁתַּנֵּית לִגְרִיעוּתָא נִשְׁתַּנֵּית בִּרְכָתוֹ:
Sur les légumes il dit, etc. La michna enseigne les légumes sur le modèle du pain : de même que le pain a été transformé par le feu, de même les légumes transformés par le feu. Rabbanai a dit au nom d'Abaye : cela signifie que sur les chélakot on récite boréi péri haadama. Et telle est la halakha que nous retenons, car Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan tiennent tous que sur les chélakot on dit boréi péri haadama. Une baraita l'enseigne aussi : on s'acquitte avec une galette trempée et avec une galette cuite qui ne s'est pas dissoute, paroles de Rabbi Meir ; Rabbi Yossi dit : on s'acquitte avec une galette trempée, mais non avec une galette cuite, même si elle ne s'est pas dissoute. Or Rabbi Yossi ne s'oppose à Rabbi Meir qu'à propos de la matsa, parce que l'on y exige le goût de la matsa et qu'il fait défaut ; mais dans le cas général, même Rabbi Yossi admet que les chélakot demeurent dans leur statut et que l'on récite sur eux boréi péri haadama. Dès lors, tout légume, tout fruit et toute espèce de légumineuse qui sont bons crus comme cuits : après cuisson, on récite sur eux la bénédiction qui leur revenait avant la cuisson. Mais la courge, la bette, le chou et leurs semblables, qui sont meilleurs cuits que crus : crus, on récite sur eux chéhakol nihya bidvaro ; cuits, puisqu'ils ont été transformés vers le mieux, boréi péri haadama. L'ail, le poireau et leurs semblables : crus, boréi péri haadama ; cuits, chéhakol, puisqu'ils ont été transformés vers le moins bien. Et même s'il se trouve quelqu'un qui les mange plus volontiers cuits que crus, son avis est annulé et l'on suit la majorité ; si nous avons l'habitude de les manger cuits, c'est parce que la graisse de la viande en adoucit le goût. La noix frite dans le miel : la noix est l'essentiel, et l'on récite sur elle boréi péri haets. Certains veulent dire que, puisque cuite sans miel elle aurait été transformée vers le moins bien et qu'il aurait fallu réciter sur elle chéhakol, l'amélioration se trouve venir du miel, le miel serait donc l'essentiel et l'on réciterait chéhakol. Cela n'est pas convaincant, car même si elle a été relevée par le miel, la noix reste malgré tout l'essentiel. Et Rav Alfas, de mémoire bénie, a écrit que même sur l'ail et le poireau on récite boréi péri haadama lorsqu'ils sont cuits. Sa raison paraît être qu'il tient que Rav Hisda s'oppose à Rabbi Yo'hanan ainsi qu'à Rav et Chmouel, et que la halakha ne suit pas un individu contre la majorité. Il est pourtant plus logique de dire que personne ne s'oppose à sa position médiane, car Rav Nahman a rattaché leur désaccord à un désaccord de tannaim, la parole d'Oulla au nom de Rabbi Yo'hanan n'a pas tenu puisqu'il s'agissait d'une erreur, et tous les amoraim tiennent que sur les chélakot on récite boréi péri haadama. Et même si l'on n'a plus besoin à présent de la position médiane de Rav Hisda, elle reste un bon raisonnement : dès lors que la chose a été transformée vers le moins bien, sa bénédiction a changé.
💡 Explication

La guemara revient à la michna, qui prescrit boréi péri haadama sur les légumes. Abaye, par la bouche de Rabbanai, relève un détail de rédaction : la michna énonce les légumes dans la même phrase que le pain, yerakot domia dépat. Or le pain a subi le feu et garde malgré tout la plus haute des bénédictions. Le rapprochement enseigne donc que le légume passé au feu garde lui aussi la sienne.

Tossefot précise sur quel point porte exactement le rapprochement. Il ne s'agit pas de dire que le légume est amélioré comme le pain, ce qui serait faux pour beaucoup de légumes. Le point commun est plus étroit : pour le pain, la cuisson ne fait jamais descendre la bénédiction ; il en va de même pour les légumes.

Le Roch part de cette conclusion pour poser toute la pratique : la bénédiction suit le mode de consommation habituel, et l'on classe chaque aliment selon que la cuisson l'améliore, le laisse égal ou l'abîme.

🖼️ Schéma
Yérakot domia dépat : le raisonnement d'Abaye Le pain Le grain est moulu, pétri, passé au feu. Il a changé d'aspect et de nom. Et pourtant la michna lui donne hamotsi, la bénédiction la plus haute. Le légume La michna l'enseigne dans la même phrase, sur le même modèle. Donc lui aussi, passé par le feu, garde boréi péri haadama. La précision de Tossefot Le rapprochement ne porte pas sur l'amélioration, car le feu améliore le pain et n'améliore pas tout légume. Il porte sur un seul point : pour le pain, la cuisson ne fait pas descendre la bénédiction. Le légume suit la même règle, et la cuisson ne le fait pas descendre non plus.
Le rapprochement entre pain et légumes, et le point précis sur lequel il porte selon Tossefot.
4
דָּרַשׁ רַב חִסְדָּא מִשּׁוּם רַבֵּינוּ, וּמַנּוּ — רַב: שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. וְרַבּוֹתֵינוּ הַיּוֹרְדִין מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וּמָנוּ — עֻולָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״. וַאֲנִי אוֹמֵר: כֹּל שֶׁתְּחִלָּתוֹ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, שְׁלָקוֹ — ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״. וְכֹל שֶׁתְּחִלָּתוֹ ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״, שְׁלָקוֹ — ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״.

Rav Hisda a enseigné au nom de notre maître — et qui est-ce ? Rav : sur les chélakot on récite boréi péri haadama.

Et nos maîtres qui sont descendus de la terre d'Israël — et qui est-ce ? Oulla, au nom de Rabbi Yo'hanan — ont dit : sur les chélakot on récite chéhakol nihya bidvaro.

Et moi je dis : tout ce dont la bénédiction au départ est boréi péri haadama, s'il l'a bouilli, chéhakol nihya bidvaro ; et tout ce dont la bénédiction au départ est chéhakol nihya bidvaro, s'il l'a bouilli, boréi péri haadama.

📜 Rachi (7)
דָּרַשׁ רַב חִסְדָּא כָּךְ:
Rav Hisda a enseigné — ainsi.
מִשּׁוּם רַבֵּינוּ רַב:
Au nom de notre maître — Rav.
שְׁלָקוֹת אוֹמֵר בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וְרַבּוֹתֵינוּ כו' וּמַאן נִינְהוּ עֻולָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁהַכֹּל הֲרֵי הַדָּבָר בְּמַחֲלֹוקֶת:
Sur les chélakot il dit boréi péri haadama, et nos maîtres, etc., et qui sont-ils ? Oulla a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : chéhakol — voilà donc la chose en controverse.
וַאֲנִי אוֹמֵר לְייַשֵּׁב דִּבְרֵיהֶם שֶׁאֵינָן חֲלוּקִין יֵשׁ מֵהֶן פְּרִי הָאֲדָמָה וְיֵשׁ מֵהֶן שֶׁהַכֹּל:
Et moi je dis — afin de concilier leurs paroles, de sorte qu'ils ne soient pas en désaccord : il y en a parmi ces légumes qui relèvent de péri haadama et d'autres de chéhakol.
כָּל יָרָק הַנֶּאֱכָל חַי שֶׁתְּחִלָּתוֹ ב"פ הָאֲדָמָה שְׁלָקוֹ אַפַּקְיָה מִמִּלְּתֵיהּ לִגְרִיעוּתָא וּמְבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל וּלְקַמָּן מוּקֵי לָהּ בְּתוּמֵי וּכְרֵתִי:
Tout — légume qui se mange cru, dont la bénédiction au départ est boréi péri haadama : l'avoir bouilli l'a fait sortir de son statut vers le moins bien, et il récite chéhakol. Plus loin, la guemara applique cela à l'ail et au poireau.
וְכָל יָרָק שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לֵיאָכֵל חַי שֶׁמִּתְּחִלָּתוֹ אִם אֲכָלוֹ חַי שֶׁהַכֹּל הוּא מְבָרֵךְ:
Et tout — légume que l'on n'a pas coutume de manger cru, sur lequel, s'il le mangeait cru, il réciterait au départ chéhakol.
שָׁלְקוּ וֶהֱבִיאוֹ לְדֶרֶךְ אֲכִילָתוֹ הוּא עִיקַּר פִּרְיוֹ וּמְבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה:
S'il l'a bouilli — et l'a ainsi amené à son mode normal de consommation, c'est là l'essentiel de son fruit, et il récite boréi péri haadama.
💡 Explication

Deux traditions babyloniennes s'opposent. Rav Hisda rapporte de Rav que le légume bouilli garde boréi péri haadama ; Oulla, revenu de terre d'Israël, rapporte de Rabbi Yo'hanan qu'il descend à chéhakol. Le titre de rabbenou, notre maître, sert ici de code : chaque école désigne ainsi son propre chef.

Rav Hisda ajoute alors sa propre position, ouverte par la formule vaani omer, et moi je dis. Rachi souligne qu'il vise à concilier : la bénédiction ne dépend pas de la cuisson en elle-même, mais du sens dans lequel elle transforme l'aliment. Ce qui se mangeait cru et que la cuisson abîme descend à chéhakol ; ce qui ne se mangeait pas cru et que la cuisson rend mangeable monte à boréi péri haadama, car c'est alors seulement que le fruit atteint sa destination.

5
בִּשְׁלָמָא כֹּל שֶׁתְּחִלָּתוֹ ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״ שְׁלָקוֹ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״ — מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ בִּכְרָבָא וְסִלְקָא וְקָרָא, אֶלָּא כֹּל שֶׁתְּחִלָּתוֹ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״ שְׁלָקוֹ ״שֶׁהַכֹּל״, הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ בְּתוּמֵי וְכַרָּתֵי.

Soit, tout ce dont la bénédiction au départ est chéhakol nihya bidvaro et qui, une fois bouilli, reçoit boréi péri haadama : tu le trouves dans le chou, la bette et la courge. Mais tout ce dont la bénédiction au départ est boréi péri haadama et qui, une fois bouilli, reçoit chéhakol, où le trouves-tu ?

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : tu le trouves dans l'ail et le poireau.

🗂️ Tossefot (1)
מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ בְּתוּמֵי וְכַרָּתֵי וא"ת וַהֲרֵי נִרְאֶה לָעֵינַיִם דְּהַבִּשּׁוּל מַשְׁבִּיחָן וְי"ל דְּהַייְנוּ בִּשְׁבִיל הַבָּשָׂר וְהַמֶּלַח שֶׁבְּתוֹכָן וְנִרְאִין הַדְּבָרִים שֶׁכָּל דָּבָר שֶׁהוּא כָּל כָּךְ טוֹב מְבֻושָּׁל כְּמוֹ חַי וָחַי כְּמוֹ מְבֻושָּׁל כְּמוֹ מִינֵי קִטְנִיּוֹת וְכֵן תַּפּוּחִים יֵשׁ לָהֶן בְּרָכָה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁכָּל כָּךְ שָׁוִין מְבֻושָּׁלִין כְּמוֹ חַיִּין וּמִטַּעַם זֶה מְבָרְכִינַן נָמֵי עַל הַיַּיִן מְבֻושָּׁל בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן שֶׁכָּל כָּךְ הוּא טוֹב אַחַר הַבִּשּׁוּל כְּמוֹ קֹודֶם לָכֵן וּקְרָא וְסָלְקָא וּכְרוּב וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן שֶׁטּוֹבִין יוֹתֵר מְבֻושָּׁלִין מֵחַיִּין כְּשֶׁהֵן חַיִּין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם שֶׁהַכֹּל וּמְבֻושָּׁלִין ב"פ הָאֲדָמָה וְכֵן אוֹתָן עַרְמוֹנִיּוֹת וְחַבּוּשִׁים שֶׁאֵינָן רְאוּיָן לְאָכְלָן חַיִּין כְּמוֹ מְבֻושָּׁלִין בִּתְחִלָּה מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן שֶׁהַכֹּל וּמְבֻושָּׁלִין בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ אַךְ אוֹתָן עַרְמוֹנִיּוֹת שֶׁקּוֹרִין לומיברד"ש מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ אֲפִילּוּ בַּתְּחִלָּה וְכָל דָּבָר הַמִּתְקַלְקֵל בְּבִשּׁוּלוֹ כְּגוֹן תּוּמֵי וּכְרֵתִי וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן כְּשֶׁהֵן חַיִּין מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וּמְבֻושָּׁלִים שֶׁהַכֹּל כָּךְ נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ יְהוּדָה וּמִיהוּ הָרַב אִלְפָּס פָּסַק בִּשְׁלָקוֹת דְּאִשְׁתַּנִּי לִגְרִיעוּתָא ע"י בִּשּׁוּלָן אוֹמֵר בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה כְּרַב נַחְמָן דְּאָמַר שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא קָאֵי נָמֵי כְּוָותֵיהּ וּבְכָל שְׁלָקוֹת מַיְירֵי ר' חַייָּא בַּר אַבָּא אַף בְּאוֹתָן דְּמִשְׁתַּנִּים לִגְרִיעוּתָא מִדִּפְלִיג לְהוּ גְּמָרָא אַהֲדָדֵי ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא וְר' בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת וֶאֱגוֹז מְטֻוגָּן בִּדְבַשׁ מְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ דֶּאֱגוֹז עִיקָּר:
Tu le trouves dans l'ail et le poireau — et si tu objectes que l'œil voit bien que la cuisson les améliore, on peut répondre que cela vient de la viande et du sel qui les accompagnent. Il apparaît que tout aliment aussi bon cuit que cru et aussi bon cru que cuit, comme les légumineuses et de même les pommes, garde sa bénédiction initiale, puisque cuit il vaut exactement ce qu'il valait cru. Pour la même raison nous récitons aussi sur le vin cuit boréi péri hagafen, car il est aussi bon après la cuisson qu'avant. La courge, la bette, le chou et leurs semblables, qui sont meilleurs cuits que crus, reçoivent chéhakol lorsqu'ils sont crus et boréi péri haadama lorsqu'ils sont cuits. De même ces châtaignes et ces coings, qui ne se mangent pas crus aussi bien que cuits : au départ on récite sur eux chéhakol, et cuits boréi péri haets ; toutefois les châtaignes que l'on appelle lombardes reçoivent boréi péri haets même crues. Et tout ce que la cuisson abîme, comme l'ail, le poireau et leurs semblables, reçoit boréi péri haadama cru et chéhakol cuit. Ainsi est l'avis de Rabbenou Yehouda. Toutefois Rav Alfas a tranché que sur les chélakot transformés vers le moins bien par leur cuisson on récite boréi péri haadama, suivant Rav Nahman qui dit que sur les chélakot on récite boréi péri haadama, et que Rabbi Hiyya bar Abba se tient lui aussi de ce côté ; or Rabbi Hiyya bar Abba parle de tous les chélakot, y compris ceux qui sont transformés vers le moins bien, puisque la guemara oppose l'un à l'autre Rabbi Hiyya bar Abba et Rabbi Binyamin bar Yefet. Et sur la noix frite dans le miel on récite boréi péri haets, car la noix est l'essentiel.
💡 Explication

La guemara vérifie que la règle de Rav Hisda a bien deux faces réelles. Le sens montant ne pose pas de difficulté : chou, bette et courge ne se mangent pas crus. Le sens descendant demande un exemple, et Rav Nahman bar Yits'hak le donne : l'ail et le poireau, dont la cuisson émousse la force.

Tossefot répond à l'objection immédiate : cuits, ail et poireau paraissent meilleurs. La réponse distingue le goût propre de l'aliment de ce que lui ajoutent la viande et le sel du plat. De là, Tossefot dresse une échelle complète, où figure aussi le vin cuit, qui garde boréi péri hagafen parce que la cuisson ne lui retire rien.

🖼️ Schéma
Quelle bénédiction sur un légume, selon ce que la cuisson lui fait Un légume passe par la cuisson La cuisson l'améliore chou, bette, courge : à peine mangeables crus, bons une fois cuits. seg. 4 La cuisson ne change rien légumineuses, pommes, aussi bons crus que cuits. Même règle pour le vin cuit. Tossefot, seg. 4 La cuisson l'abîme ail et poireau : le goût descend, même si la viande le fait oublier. seg. 4, Tossefot Cru : chéhakol Cuit : boréi péri haadama tous s'accordent Même bénédiction avant et après cuisson le statut ne bouge pas Rav Hisda : chéhakol Le Rif : haadama le seul point encore discuté Règle du Roch : on suit le mode de consommation habituel de la majorité, et le goût que la viande ou le sel ajoutent ne compte pas.
Les trois cas de figure de la règle de Rav Hisda et leurs exemples classiques.
6
דָּרַשׁ רַב נַחְמָן מִשּׁוּם רַבֵּינוּ, וּמַנּוּ — שְׁמוּאֵל: שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. וַחֲבֵרֵינוּ הַיּוֹרְדִים מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וּמָנוּ — עֻולָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״.

Rav Nahman a enseigné au nom de notre maître — et qui est-ce ? Chmouel : sur les chélakot on récite boréi péri haadama.

Et nos collègues qui sont descendus de la terre d'Israël — et qui est-ce ? Oulla, au nom de Rabbi Yo'hanan — ont dit : sur les chélakot on récite chéhakol nihya bidvaro.

📜 Rachi (4)
דָּרַשׁ רַב נַחְמָן כָּךְ:
Rav Nahman a enseigné — ainsi.
מִשּׁוּם רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל:
Au nom de notre maître — Chmouel.
שְׁלָקוֹת מְבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וַחֲבֵרֵינוּ כו' רַב נַחְמָן חָשׁוּב וְלָא קָרֵי לְעֻולָּא רַבּוֹתֵינוּ:
Sur les chélakot il récite boréi péri haadama, et nos collègues, etc. — Rav Nahman était un homme considérable, et il n'appelle pas Oulla nos maîtres.
אָמַר שְׁלָקוֹת שֶׁהַכֹּל וַאֲנִי אוֹמֵר שֶׁהֵם חֲלוּקִין בִּפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יוֹסֵי וְדִבְרֵי שְׁמוּאֵל וְדִבְרֵי ר' יוֹחָנָן בְּכָל מִינֵי יְרָקוֹת הֵן וַחֲלוּקִין זֶה עַל זֶה שְׁמוּאֵל כְּר"מ דְּאָמַר מְבֻושָּׁל קָאֵי בְּמִלְּתֵיהּ וְר' יוֹחָנָן קָאֵי כְּר' יוֹסֵי:
Il a dit : sur les chélakot chéhakol. Et moi je dis — qu'ils sont partagés selon la controverse de Rabbi Meir et de Rabbi Yossi. Les paroles de Chmouel et celles de Rabbi Yo'hanan portent sur toutes les espèces de légumes et s'opposent l'une à l'autre : Chmouel suit Rabbi Meir, qui dit que le cuit demeure dans son statut, et Rabbi Yo'hanan suit Rabbi Yossi.
💡 Explication

La même scène se rejoue une génération plus tard : Rav Nahman transmet de Chmouel ce que Rav Hisda transmettait de Rav, et il oppose à nouveau la version venue d'Erets Israël. Rachi relève une nuance de vocabulaire : Rav Hisda disait rabotenou, nos maîtres ; Rav Nahman, plus considérable, dit havrénou, nos collègues.

Ce détail n'est pas décoratif. Il mesure le poids relatif des transmetteurs, et prépare la suite du folio, où tout se jouera sur la fiabilité de celui qui rapporte.

7
וַאֲנִי אוֹמֵר בְּמַחֲלֹוקֶת שְׁנוּיָה. דְּתַנְיָא: יוֹצְאִין בְּרָקִיק הַשָּׁרוּי וּבִמְבֻושָּׁל שֶׁלֹּא נִמּוֹחַ דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר, וְרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: יוֹצְאִים בְּרָקִיק הַשָּׁרוּי, אֲבָל לֹא בִּמְבֻושָּׁל, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נִמּוֹחַ.

Et moi je dis : la chose est enseignée comme une controverse. Car il a été enseigné : on s'acquitte avec une galette trempée et avec une galette cuite qui ne s'est pas dissoute, paroles de Rabbi Meir ; et Rabbi Yossi dit : on s'acquitte avec une galette trempée, mais non avec une galette cuite, même si elle ne s'est pas dissoute.

📜 Rachi (2)
יוֹצְאִין בְּרָקִיק הַשָּׁרוּי בְּמַיִם יְדֵי אֲכִילַת מַצָּה שֶׁל מִצְוָה וְקָרֵינַן בֵּיהּ לֶחֶם עֹונִי:
On s'acquitte avec une galette trempée — dans l'eau, pour la consommation de la matsa obligatoire, et nous la lisons encore comme le'hem oni, le pain de pauvreté.
אֲבָל לֹא בִּמְבֻושָּׁל דְּתוּ לָאו לֶחֶם אִיקְּרִי:
Mais non avec une galette cuite — car dès lors on ne l'appelle plus pain.
💡 Explication

Rav Nahman propose de faire remonter le désaccord des amoraim à un désaccord de tannaim. La baraita porte sur la matsa de Pessa'h : une galette trempée dans l'eau reste matsa pour tous ; une galette bouillie non dissoute divise. Rabbi Meir l'accepte, Rabbi Yossi la refuse.

Le raisonnement est le suivant : si Rabbi Yossi refuse, c'est que pour lui la cuisson fait sortir la matière de son nom de pain. Chmouel, qui maintient la bénédiction du légume bouilli, suivrait Rabbi Meir ; Rabbi Yo'hanan, dans la version d'Oulla, suivrait Rabbi Yossi.

🖼️ Schéma
La baraita de la galette : Rabbi Meir et Rabbi Yossi Rabbi Meir Galette trempée dans l'eau : on s'acquitte. Galette bouillie non dissoute : on s'acquitte. La cuisson ne fait pas sortir la matsa de son statut de le'hem oni. Rabbi Yossi Galette trempée : on s'acquitte. Galette bouillie : on ne s'acquitte pas, même si elle ne s'est pas dissoute. Une fois bouillie, on ne l'appelle plus pain. La lecture de Rav Nahman Chmouel suivrait Rabbi Meir et Rabbi Yo'hanan suivrait Rabbi Yossi : la controverse des chélakot serait déjà tannaitique. La réponse de la guemara Rabbi Yossi ne parle que de la matsa, où la mitsva exige un goût de matsa. Pour la bénédiction, il admet lui aussi.
La baraita de la galette, la lecture de Rav Nahman et la réponse que la guemara y opposera.
8
וְלֹא הִיא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, וְעַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי הָתָם, אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן טַעַם מַצָּה, וְלֵיכָּא, אֲבָל הָכָא אֲפִילּוּ רַבִּי יוֹסֵי מוֹדֶה.

Il n'en est pas ainsi : de l'avis de tous, sur les chélakot on récite boréi péri haadama ; et Rabbi Yossi n'a dit ce qu'il a dit là-bas que parce que nous exigeons le goût de la matsa, et qu'il fait défaut ; mais ici, même Rabbi Yossi l'admet.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ ר' יוֹסֵי מוֹדֶה דִּלְעִנְיַן בְּרָכָה בְּמִילְּתֵיהּ קָאֵי:
Même Rabbi Yossi l'admet — car en matière de bénédiction il demeure dans son statut.
💡 Explication

La guemara écarte la lecture de Rav Nahman en séparant deux ordres de question. La mitsva de la matsa exige un goût précis, celui du pain de pauvreté ; la bénédiction, elle, suit le nom et le statut de l'aliment.

Rabbi Yossi disqualifie donc la galette bouillie sans rien dire du statut général des chélakot. La distinction reviendra telle quelle à la fin du folio, à propos du maror.

9
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, וְרַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁלָקוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: קְבַע עֻולָּא לְשַׁבֶּשְׁתֵּיהּ כְּרַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת.

Rabbi Hiyya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : sur les chélakot on récite boréi péri haadama. Et Rabbi Binyamin bar Yefet a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : sur les chélakot on récite chéhakol nihya bidvaro.

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : Oulla a fixé son erreur d'après Rabbi Binyamin bar Yefet.

📜 Rachi (1)
אָמַר רַב נַחְמָן קָבַע עֻולָּא לְשַׁבַּשְׁתֵּיהּ כַּר' בִּנְיָמִין עֻולָּא שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר' יוֹחָנָן לְעֵיל שֶׁהַכֹּל לָמַד וְקָבַע שִׁבּוּשׁוֹ כְּרַבִּי בִּנְיָמִין עַד שֶׁנִּתְקְעָה בְּלִבּוֹ וְעַכְשָׁיו אוֹמֵר בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ בְּשֵׁם רַבִּי יוֹחָנָן:
Rav Nahman a dit : Oulla a fixé son erreur d'après Rabbi Binyamin — Oulla, qui a dit plus haut au nom de Rabbi Yo'hanan chéhakol, a appris et fixé son erreur d'après Rabbi Binyamin, au point qu'elle s'est enfoncée dans son cœur, et maintenant il la dit à la maison d'étude au nom de Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

La guemara démonte la version d'Oulla. Deux disciples rapportent de Rabbi Yo'hanan des paroles contraires : Rabbi Hiyya bar Abba donne boréi péri haadama, Rabbi Binyamin bar Yefet donne chéhakol.

Rav Nahman bar Yits'hak explique alors l'origine de l'erreur. Oulla n'a pas inventé : il a reçu de Rabbi Binyamin bar Yefet une transmission fautive et l'a fixée, au point de l'enseigner ensuite comme la parole même de Rabbi Yo'hanan. Rachi insiste sur ce mécanisme : une erreur répétée finit par s'installer et prend la forme d'une tradition.

10
תָּהֵי בַּהּ רַבִּי זֵירָא: וְכִי מָה עִנְיָן רַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אֵצֶל רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא? רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא דָּייֵק וְגָמַר שְׁמַעְתָּא מֵרַבִּי יוֹחָנָן רַבֵּיהּ, וְרַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת לָא דָּיֵיק. וְעוֹד, רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא כֹּל תְּלָתִין יוֹמִין מַהְדַּר תַּלְמוּדֵיהּ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן רַבֵּיהּ, וְרַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת לָא מַהְדַּר. וְעוֹד, בַּר מִן דֵּין וּבַר מִן דֵּין, דְּהָהוּא תּוּרְמְסָא דְּשָׁלְקִי לֵיהּ שְׁבַע זִמְנִין בִּקְדֵרָה וְאָכְלִי לֵיהּ בְּקִנּוּחַ סְעוּדָה, אֲתוֹ וּשְׁאִלוּ לְרַבִּי יוֹחָנָן, וַאֲמַר לְהוּ: מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״.

Rabbi Zeira s'en étonna : quel rapport y a-t-il entre Rabbi Binyamin bar Yefet et Rabbi Hiyya bar Abba ? Rabbi Hiyya bar Abba était précis et recevait l'enseignement de Rabbi Yo'hanan son maître, tandis que Rabbi Binyamin bar Yefet n'était pas précis.

De plus, Rabbi Hiyya bar Abba révisait son étude devant Rabbi Yo'hanan son maître tous les trente jours, tandis que Rabbi Binyamin bar Yefet ne la révisait pas. Et de plus, hormis ceci et hormis cela : ce lupin que l'on fait bouillir sept fois dans la marmite et que l'on mange à la fin du repas, on vint interroger Rabbi Yo'hanan à son sujet, et il leur dit : on récite sur lui boréi péri haadama.

📜 Rachi (3)
תָּהֵי בָּהּ ר' זֵירָא בְּמַחֲלֹוקֶת זוֹ שֶׁהֻוזְכְּרָה בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְכִי מָה עִנְיָן לְהַזְכִּיר דִּבְרֵי ר' בִּנְיָמִין אֵצֶל דִּבְרֵי רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא בְּמַחֲלֹוקֶת בֵּית הַמִּדְרָשׁ הֲרֵי אֵינוֹ כְּדַאי לַחֲלֹוק עָלָיו:
Rabbi Zeira s'en étonna — au sujet de cette controverse rapportée à la maison d'étude : quel rapport y a-t-il à mentionner les paroles de Rabbi Binyamin à côté de celles de Rabbi Hiyya bar Abba dans la controverse de la maison d'étude ? Il n'est pas de taille à le contredire.
בַּר מִן דֵּין וּבַר מִן דֵּין לְבַר מִשְׁתֵּי רְאָיוֹת הַלָּלוּ שֶׁאָמַרְתִּי שֶׁאֵין רַבִּי בִּנְיָמִין כְּלוּם אֵצֶל רַבִּי חַיָּיא יֵשׁ לָנוּ עוֹד רְאָיָה שֶׁלֹּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מֵימָיו שְׁלָקוֹת שֶׁהַכֹּל:
Hormis ceci et hormis cela — outre les deux preuves que j'ai dites, montrant que Rabbi Binyamin ne pèse rien face à Rabbi Hiyya, nous avons encore une preuve que Rabbi Yo'hanan n'a jamais dit de sa vie que sur les chélakot on récite chéhakol.
וא"ל בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה אַלְמָא אע"ג דְּשַׁלְקֵיהּ קָאֵי בְּמִלְּתֵיהּ:
Et il leur dit boréi péri haadama — donc, même s'il l'a bouilli, il demeure dans son statut.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל תְּלָתִין יוֹמִין מַהְדַּר תַּלְמוּדֵיהּ לָאו דַּוְקָא כָּל תַּלְמוּדוֹ אֶלָּא כָּל מַה שֶׁהָיָה לוֹמֵד בִּשְׁלֹשִׁים יוֹם הָיָה חוֹזֵר הַכֹּל לְפָנָיו בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים וְאֶחָד:
Tous les trente jours il révisait son étude — non pas littéralement toute son étude, mais tout ce qu'il avait appris pendant ces trente jours, il le repassait entièrement devant lui le trente-et-unième jour.
💡 Explication

Rabbi Zeira refuse même de traiter les deux versions à égalité. Ses deux premiers arguments portent sur la personne du transmetteur : la précision dans la réception, puis la révision régulière devant le maître, qui garantit que rien ne se déforme avec le temps. Tossefot précise la mesure de cette révision : le contenu de trente jours, repassé le trente-et-unième.

Le troisième argument quitte le terrain des personnes pour celui des faits. Le tourmous, le lupin, doit être bouilli sept fois avant d'être comestible ; c'est le cas extrême de la transformation par l'eau. Interrogé sur lui, Rabbi Yo'hanan a répondu boréi péri haadama. Sa pratique même démontre qu'il n'a jamais tenu la position que lui prête Oulla.

🖼️ Schéma
Les trois arguments de Rabbi Zeira contre la version d'Oulla 1. La qualité du transmetteur Rabbi Hiyya bar Abba était précis et recevait la halakha de la bouche de Rabbi Yo'hanan son maître. Rabbi Binyamin bar Yefet ne l'était pas. 2. La révision régulière Rabbi Hiyya bar Abba repassait tout son étude devant son maître tous les trente jours. Rabbi Binyamin bar Yefet ne la repassait pas. 3. Un fait rapporté, hormis ceci et hormis cela Le lupin est bouilli sept fois dans la marmite avant d'être mangeable, et on le sert en fin de repas. On interrogea Rabbi Yo'hanan lui-même : il répondit boréi péri haadama. Sept cuissons, et la bénédiction du sol tient encore. Conclusion : Rabbi Yo'hanan n'a jamais dit chéhakol sur les chélakot, et la version d'Oulla vient d'une erreur fixée.
Les trois arguments de Rabbi Zeira, des qualités du transmetteur au fait rapporté.
11
וְעוֹד, אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלִיחַ, וּבֵרַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא שְׁלָקוֹת בְּמִילְּתַייְהוּ קָייְמִי — בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״, וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ שְׁלָקוֹת לָאו בְּמִילְּתַייְהוּ קָייְמִי, בִּשְׁלָמָא בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״ — אֶלָּא לְבַסּוֹף מַאי מְבָרֵךְ?

Et de plus, Rabbi Hiyya bar Abba a dit : j'ai vu de mes yeux Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et réciter sur elle une bénédiction au début et à la fin. Soit, si tu dis que les chélakot demeurent dans leur statut : au début il récite sur elle boréi péri haets, et à la fin il récite sur elle une bénédiction unique résumant les trois.

Mais si tu dis que les chélakot ne demeurent pas dans leur statut : soit, au début il récite sur elle chéhakol nihya bidvaro — mais à la fin, que récite-t-il ?

📜 Rachi (1)
שֶׁאָכַל זַיִת מָלִיחַ שֶׁהָיָה מָלוּחַ זֶה כַּמָּה יָמִים וקי"ל (פְּסָחִים עו.) מָלִיחַ כְּרוֹתֵחַ:
Qu'il mangea une olive salée — celle-ci était salée depuis plusieurs jours, et nous tenons (Pessahim 76a) que le salé est comme le bouillant.
⚖️ Rosh (1)
א"ר חִייָּא בַּר אַבָּא אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר' יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלוּחַ וּבֵירַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף א"ל רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא לְרַבִּי זֵירָא הַאי זַיִת מָלוּחַ כֵּיוָן דִּשְׁקַלְתֵּיהּ לְגַרְעִינֵיתֵיהּ בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא. אַבְּרָכָה אַחֲרוֹנָה קָבָעֵי אֲבָל בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה אֲפִילּוּ כָּל דְּהוּ מְבָרֵךְ דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה. וְכֵן פירש"י בְּסֻוכָּה פֶּרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כו:) גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁהֵבִיאוּ לוֹ פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה וְלֹא בֵּירַךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע הָא לְפָנָיו בֵּירַךְ וה"נ אָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּכֹל שֶׁאוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אוֹמֵר לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ כֹּל שֶׁאֵין אוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ הֲתִיבּוֹן הֲרֵי פָּחוֹת מִכַּזַּיִת שֶׁאֵין מְבָרְכִין עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת לֹא יְבָרְכוּ לְפָנָיו הַמּוֹצִיא. א"ר יַעֲקֹב בְּרַבִּי אֲחָא לִשְׁאָר מִינִין נִצְרְכָה פִּי' לָא אָתֵי לִפְלוּגֵי בֵּין דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שִׁיעוּר לְדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ שִׁיעוּר אֶלָּא בֵּין פַּת לִשְׁאָר מִינֵי מַאֲכָל כְּגוֹן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה וְכוּבָא דְּאַרְעָא וּפַת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין הֵיכָא דְּלָא קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עֲלַייְהוּ וּפַת אֹורֶז וּפַת דֹּוחַן שֶׁאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לִפְנֵיהֶם הַמּוֹצִיא אַף עַל גַּב דִּלְעֵיל בְּרֵישׁ פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לָהּ) נָפְקָא לָן בְּרָכָה לְכַתְּחִלָּה ק"ו מִלִּבְסוֹף כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ כְּשֶׁהוּא רָעֵב לֹא כ"ש מ"מ לָא אָמְרִינַן דַּיּוֹ שֶׁלֹּא יְבָרֵךְ עַל מַשֶּׁהוּ שֶׁבַּתְּחִלָּה כְּמוֹ שֶׁאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְבַסּוֹף דְּלָאו קַל וָחֹומֶר גָּמוּר הוּא דְּמַה לְבַסּוֹף שֶׁכֵּן נֶהֱנֶה כְּבָר כִּדְאָמַר לְעֵיל תֵּדַע דִּבְרָכָה לְפָנָיו לָאו דְּאוֹרַיְיתָא הִיא דְּהָא תְּנַן לְעֵיל בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) בַּעַל קֶרִי מְבָרֵךְ עַל הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו. וְכֵן בְּפֶרֶק הָיָה קוֹרֵא (בְּרָכוֹת דַּף טז.) הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה אֵצֶל בעה"ב אוֹכְלִין פִּתָּן וְאֵין מְבָרְכִין לְפָנֶיהָ אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֶיהָ: מִי סָבְרַתְּ ר' יוֹחָנָן זַיִת קָטָן אָכַל זַיִת גָּדוֹל אָכַל וְכוּ'. וּבִירוּשַׁלְמִי מַיְיתֵי עֻובְדָּא אַחַרְיַנָא. רַבִּי יוֹחָנָן נְסַב זַיִת וּבֵירַךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וַהֲוָה ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא מִסְתַּכֵּל בֵּיהּ אָמַר מַאי הַדִּין בַּבְלָאָה מִסְתַּכֵּל לֵית לֵיהּ כָּל שֶׁהוּא מִמִּין ז' טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו. אִית לֵיהּ וּמַה צְרִיכָא לֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינִיתְיָהּ מְמַעֲטֵיהּ. וְלֵית לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינֵיתֶיהּ מְמַעֲטֶיהָ מֶה עֲבַד לֵיהּ ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם בְּרֵיהּ. מִלְּתֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן אֲמָרָהּ שֶׁכֵּן אִם אָכַל אַפֵּי' פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִמּוֹן שֶׁהוּא טָעוּן בְּרָכָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וְהַשְׁתָּא אִי הֲוָה עוּבְדָא דִּגְמָרָא דִּידַן הַהוּא עֻובְדָּא גּוּפָא דִּירוּשַׁלְמִי א"כ חוֹלֵק גְּמ' דִּידַן עַל הַיְרֻושַּׁל' וס"ל דְּאַפֵּי' בִּרְיָה בָּעֵי כַּזַּיִת וּגָמ' דִּידַן עִיקָּר. אֲבָל אֶפְשָׁר דִּשְׁנֵי מַעֲשִׂים הָווּ וְהַאי דִּירוּשַׁלְמִי הָוֵי זַיִת שָׁלֵם כְּשֶׁהוּבָא לְפָנָיו אע"ג שֶׁהִשְׁלִיךְ הַגַּרְעִינִים כֵּיוָן שֶׁהוּבָא לְפָנָיו שָׁלֵם וְנֶהֱנָה מִבְּרִיָּה שְׁלֵימָה מַה שֶׁדֶּרֶךְ לֶאֱכֹול מִמֶּנָּה יֵשׁ כָּאן שִׁיעוּר. אֲבָל הַאי עֻובְדָּא דִּגְמָרָא דִּידַן אֶפְשָׁר דְּהַאי זַיִת מָלִיחַ דְּהוּבָא לְפָנָיו בְּלֹא גַּרְעִין הָיָה כִּי הַהִיא דְּסוֹף אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מ:) גַּבֵּי זֵיתֵי גְּלוּסְקָא דְּקָתָנֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר הַשְּׁלָחִים אֲסוּרִים. הֵיכִי דָמֵי שְׁלָחִים. א"ר יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא כֹּל שֶׁאוֹחֵז בְּיָדוֹ וְגַרְעִינִיתוֹ נִשְׁמֶטֶת וּבְהַךְ זַיִת אַיְירֵי הָכָא הִלְכָּךְ לָא הָוֵי בִּרְיָה וִירֵא שָׁמַיִם יַחְמִיר שֶׁלֹּא יֹאכַל פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר לְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק וְיֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק עַל בִּרְכַּת בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת אִם צְרִיכָה שִׁיעוּר אִם לָאו דְּדִילְמָא דַּוְקָא בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ דִּכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ הוּא דְּבָעֵי שִׁיעוּר לְמַר בִּכְדֵי אֲכִילָה וּלְמַר בִּכְדֵי שְׂבִיעָה אֲבָל בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת לֹא בָּעֵי שִׁיעוּרָא וְהָא דְּפָרִיךְ הָכָא הֵיכִי בְּרִיךְ ר' יוֹחָנָן עַל זַיִת מָלִיחַ מִשּׁוּם דְּבָצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא אַלִּיבָּא דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא פָּרֵיךְ דְּאָמַר בְּמִילְּתֵיהּ קָאֵי וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ אוֹ דִּלְמָא לֹא נִתְקְנָה בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת שֶׁהִיא דְּרַבָּנָן אֶלָּא דֻּומְיָא דִּבְרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' שֶׁהִיא דְּאוֹרָיְיתָא וּמִדּר' צָדוֹק בְּפֶ' הַיָּשָׁן שֶׁנָּטַל פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו אֶלָּא לְפָנָיו אֵין רְאָיָה דִּילְמָא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לֹא בֵּירַךְ הָא בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת בֵּירַךְ וּמִתּוֹךְ דִּבְרֵי ר"י מַשְׁמַע שֶׁאִם אָכַל מז' מִינִים פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר שֶׁיְּבָרֵךְ אַחֲרָיו בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת וְלָא נְהִירָא לִי דְּמִסְתַּבֵּר דְּעַל מִין שֶׁרָאוּי לְבָרֵךְ עָלָיו מֵעֵין ג' בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן הַשִּׁיעוּר לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בְּרָכָה אַחֶרֶת וְכֵן מַשְׁמַע הַהִיא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁלֹּא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו כְּלָל דְּאִילּוּ בֵּירַךְ בְּרָכָה אַחֶרֶת הָיָה הַסֵּפֶר מְפָרֵשׁ אֵיזֶה בְּרָכָה בֵּירַךְ וְכֵן מָצָאתִי בְּשֵׁם הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל:
Rabbi Hiyya bar Abba a dit : j'ai vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et réciter sur elle une bénédiction au début et à la fin. Rabbi Yirmeya bar Abba dit à Rabbi Zeira : cette olive salée, puisqu'on lui a retiré son noyau, la mesure lui manque. C'est sur la bénédiction finale qu'il interroge ; mais pour la bénédiction initiale, on récite même sur la moindre quantité, car il est interdit de jouir de ce monde sans bénédiction. Ainsi Rachi l'explique-t-il dans Souka, chapitre HaYachen (26b), à propos de Rabbi Tsadok, à qui l'on apporta moins qu'un kabeitsa, qui le mangea hors de la souka et ne récita pas après — ce qui laisse entendre qu'il avait bien récité avant. De même lisons-nous dans le Talmud de Jérusalem sur notre chapitre : tout ce sur quoi l'on récite les trois bénédictions, on récite avant lui hamotsi le'hem min haarets ; tout ce sur quoi l'on ne récite pas les trois bénédictions, on ne récite pas avant lui hamotsi le'hem min haarets. On objecta : voici moins d'un kazayit, sur quoi l'on ne récite pas les trois bénédictions — que l'on ne récite donc pas hamotsi avant lui ! Rabbi Yaakov fils de Rabbi Aha dit : c'est pour les autres espèces que cela a été énoncé. C'est-à-dire que la règle ne vient pas distinguer entre ce qui atteint la mesure et ce qui ne l'atteint pas, mais entre le pain et les autres sortes d'aliments, comme les plats cuits à la marmite, le kouba deara, le pain de kisanin lorsqu'on n'en fait pas la base de son repas, le pain de riz et le pain de millet : puisqu'on ne récite pas sur eux les trois bénédictions, on ne récite pas hamotsi avant eux. Et bien que plus haut, au début du chapitre (35a), nous ayons déduit la bénédiction initiale par un kal va-homer tiré de la finale — s'il bénit rassasié, à plus forte raison affamé — nous ne disons pas pour autant dayo, qu'il ne bénirait pas au début sur une quantité infime comme il ne bénit pas à la fin, car ce n'est pas un kal va-homer parfait : à la fin il a déjà joui de l'aliment, comme il a été dit plus haut. Sache d'ailleurs que la bénédiction initiale n'est pas d'ordre biblique, car nous avons appris plus haut, au chapitre Mi Chemeto (20b), que le baal keri récite la bénédiction sur la nourriture après et ne récite pas avant ; de même au chapitre Haya Koré (16a), les ouvriers qui travaillaient chez un employeur mangeaient leur pain sans réciter avant, mais récitaient après. Penses-tu que Rabbi Yo'hanan a mangé une petite olive ? Il a mangé une grosse olive, etc. Le Talmud de Jérusalem rapporte un autre fait : Rabbi Yo'hanan prit une olive et récita une bénédiction avant et après, et Rabbi Hiyya bar Abba le regardait. Il dit : que regarde donc ce Babylonien ? Ne tient-il pas que tout ce qui relève des sept espèces requiert une bénédiction avant et après ? Il le tient, mais qu'est-ce qui lui faisait difficulté ? Que le noyau en diminue la mesure. Et Rabbi Yo'hanan ne tient-il pas que le noyau en diminue la mesure ? Qu'en a-t-il donc fait ? Il l'a traité comme une beria, une créature entière. La parole de Rabbi Yo'hanan enseigne ainsi que celui qui mange même un seul grain de raisin ou un seul grain de grenade doit réciter une bénédiction avant et après. Or si le fait rapporté par notre guemara était celui-là même que rapporte le Talmud de Jérusalem, notre guemara s'opposerait au Yerouchalmi et tiendrait que même une beria exige un kazayit, et notre guemara ferait autorité. Mais il est possible qu'il y ait eu deux faits distincts : celui du Yerouchalmi portait sur une olive entière lorsqu'on la lui apporta, et même s'il en a rejeté le noyau, puisqu'elle lui fut apportée entière et qu'il a joui d'une créature entière selon ce qu'on a coutume d'en manger, la mesure est atteinte. Dans le fait rapporté par notre guemara, en revanche, il se peut que cette olive salée lui ait été apportée sans noyau, comme dans le passage de la fin de Ein Maamidin (Avoda Zara 40b) au sujet des olives dites gloueska, où il est enseigné : Rabbi Yossi dit, les chelahim sont interdites. Qu'est-ce que les chelahim ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : toute olive que l'on prend dans la main et dont le noyau se détache. C'est de cette olive-là qu'il s'agit ici. Dès lors ce n'est pas une beria, et celui qui craint le Ciel se montrera rigoureux et ne mangera pas moins que la mesure, afin de se retirer du doute. Il y a lieu d'hésiter au sujet de la bénédiction borei nefachot : exige-t-elle une mesure ou non ? Peut-être seule la berakha meein chalosh, fondée sur le verset tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras, exige une mesure — pour l'un la mesure d'une consommation, pour l'autre celle du rassasiement — tandis que borei nefachot n'en exigerait pas. Et si la guemara demande ici comment Rabbi Yo'hanan a pu bénir sur une olive salée, puisque la mesure lui manquait, c'est selon Rabbi Hiyya bar Abba qu'elle demande, lui qui dit que l'olive demeure dans son statut et qu'il faut réciter sur elle une bénédiction unique résumant les trois. Ou peut-être borei nefachot, qui est d'institution rabbinique, n'a-t-elle été instituée que sur le modèle de la bénédiction unique résumant les trois, qui est d'ordre biblique. Du cas de Rabbi Tsadok au chapitre HaYachen, qui prit moins qu'un kabeitsa et ne récita pas après mais seulement avant, on ne peut rien prouver : peut-être n'a-t-il pas récité le birkat hamazon, mais a bien récité borei nefachot. Dès paroles de Rabbenou Yits'hak il ressort que celui qui a mangé des sept espèces moins que la mesure récite après borei nefachot ; cela ne me paraît pas clair, car il est logique que, pour une espèce dont la bénédiction propre est meein chalosh, le manque de mesure n'appelle pas une autre bénédiction à sa place. C'est aussi ce qui ressort du cas de Rabbi Tsadok, qui ne récita aucune bénédiction après : s'il en avait récité une autre, le texte aurait précisé laquelle. Ainsi l'ai-je trouvé au nom de Rabbenou Yona, de mémoire bénie.
💡 Explication

Quatrième argument, et le plus serré. Rabbi Hiyya bar Abba témoigne d'un fait qu'il a vu : Rabbi Yo'hanan a mangé une olive salée et a récité une bénédiction avant et après. Rachi rappelle pourquoi le cas vaut pour notre question : le sel prolongé agit comme le feu, maliah kerotea'h, le salé est comme le bouillant. L'olive salée est donc une olive transformée.

La preuve tient à la bénédiction finale. Si l'olive garde son statut, elle reste un fruit des sept espèces et appelle après elle une berakha ahat mééin chalosh. Si elle l'a perdu, elle recevait chéhakol au départ, et rien ne se dit après chéhakol selon cette hypothèse. Or Rabbi Yo'hanan a bien récité quelque chose.

Le Roch greffe ici toute la question des mesures : quelle quantité oblige à la bénédiction initiale, laquelle à la finale, et si le statut de beria, de créature entière, dispense de la mesure.

🖼️ Schéma
L'olive salée de Rabbi Yo'hanan : la preuve par la bénédiction finale Le fait : Rabbi Yo'hanan mange une olive salée et bénit avant et après. Le sel a le même effet que la cuisson : ce qui est salé est comme bouillant. Si les chélakot gardent leur statut Avant : boréi péri haets, car l'olive reste un fruit d'arbre. Après : une bénédiction unique résumant les trois, car l'olive est des sept espèces. Si les chélakot changent de statut Avant : chéhakol nihya bidvaro, cela se comprend encore. Après : que réciterait-il ? Rabbi Hiyya bar Abba tient qu'après chéhakol il n'y a rien à réciter. La réponse de la guemara Il aurait pu réciter boréi nefachot rabot : la preuve tombe, mais la question de la mesure reste ouverte en 39a.
La preuve tirée de l'olive salée : les deux hypothèses et ce qu'elles exigent après le repas.
12
דִּילְמָא ״בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת וְחֶסְרוֹנָן עַל כָּל מַה שֶּׁבָּרָא״.

Peut-être récitait-il borei nefachot rabot vehesronan al kol ma chebarata.

💡 Explication

La guemara écarte la preuve. Même dans l'hypothèse où l'olive salée a perdu son statut de fruit, il reste une bénédiction à réciter après elle : borei nefachot rabot, la formule générale qui suit ce dont la bénédiction initiale est chéhakol.

Le fait rapporté redevient donc muet sur notre controverse, et la guemara devra chercher ailleurs.

13
מֵתִיב רַב יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל: יְרָקוֹת שֶׁאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח — יוֹצֵא בָּהֶן וּבַקֶּלַח שֶׁלָּהֶן, אֲבָל לֹא כְּבוּשִׁין, וְלֹא שֶׁלּוֹקִין, וְלֹא מְבֻושָּׁלִין. וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ בְּמִילְּתַייְהוּ קָאֵי — שֶׁלּוֹקִין אַמַּאי לֹא?

Rav Yits'hak bar Chmouel objecta : les légumes avec lesquels un homme s'acquitte de son obligation à Pessa'h, il s'en acquitte avec eux-mêmes et avec leur tige, mais non lorsqu'ils sont marinés, ni lorsqu'ils sont bouillis, ni lorsqu'ils sont cuits. Or s'il te venait à l'esprit qu'ils demeurent dans leur statut, pourquoi les légumes bouillis ne conviendraient-ils pas ?

📜 Rachi (2)
אֲבָל לֹא כְּבוּשִׁין בִּירָקוֹת שֶׁל מָרוֹר הִיא שְׁנוּיָה בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לט.) לוֹמַר שֶׁאֵין יוֹצְאִין בָּהֶן שֶׁלּוֹקִין מִשּׁוּם מָרוֹר אַלְמָא לָאו בְּמִלְּתַיְיהוּ קָיְימִי:
Mais non lorsqu'ils sont marinés — cette baraita est enseignée à propos des légumes du maror, au chapitre Kol Chaa (Pessahim 39a), pour dire que l'on ne s'acquitte pas du maror avec eux lorsqu'ils sont bouillis : donc ils ne demeurent pas dans leur statut.
שָׁלוּק הָוֵי נִימּוֹחַ טְפֵי מִמְּבֻושָּׁל:
Le bouilli se défait davantage que le cuit.
⚖️ Rosh (1)
עַד כַּמָּה מְזַמְּנִין עַד כְּזַיִת ר' יְהוּדָה אוֹמֵר עַד כְּבֵיצָה. בגמ' קָאָמַר דְּבִקְרָאֵי פְּלִיגִי דר"מ סָבַר וְאָכַלְתָּ זוֹ אֲכִילָה וְשָׂבָעְתָּ זוֹ שְׁתִיָּה וַאֲכִילָה בִּכְזַיִת ר' יְהוּדָה סָבַר אֲכִילָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׂבִיעָה הֱוֵי אוֹמֵר עַד כַּבֵּיצָה וְנִרְאֶה דְּהָנֵי קְרָאֵי אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא נִינְהוּ מִדְּאָמַר בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) וְהֵם מְדַקְדְּקִין בְּעַצְמָם עַד כְּזַיִת וְעַד כְּבֵיצָה אַלְמָא דְּהָנֵי שִׁיעוּרֵי דְּרַבָּנָן נִינְהוּ וְאָמְרִי' נַמֵּי לְעֵיל בְּהַהִיא פִּירְקָא כְּגוֹן דְּאָכַל שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן ופירש"י דְּלָא אָכַל אֶלָּא כַּזַּיִת וְאָמְרִי' נָמֵי בפ"ב דְּסֻוכָּה דַּף כו: דָּר' צָדוֹק אֹכֶל פָּחוֹת מִכְּבֵיצָה וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו וה"ה פָּחוֹת מִכַּזַּיִת לְר' מֵאִיר וְאִי כַּזַּיִת אוֹ כַּבֵּיצָה הָוֵי מִן הַתּוֹרָה וּפָחוֹת מִשִּׁיעוּר זֶה א"צ לְבָרֵךְ כִּדְחָזֵינַן בְּעֻובְדָּא דר' צָדוֹק א"כ בְּמַאי מַשְׁכַּחַת לָהּ הָא דְּאָמְרִי' בְּפֶ' מִי שֶׁמֵּתוּ דְּאָכַל שִׁיעוּר דְּרַבָּנָן דְּחַייָּב אָדָם לְבָרֵךְ מִדְּרַבָּנָן וְהָא דְּאָמְרִי' לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף מח.) לְהוֹצִיא רַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן לָאו מִשּׁוּם דִּכְזַיִת הָוֵי שִׁיעוּרָא דְּאוֹרָייְתָא דְּאַפֵּי' לֹא אָכַל כְּלָל יָכוֹל לְהוֹצִיא הַמְחֻויָּב מִן הַתּוֹרָה כִּדְפָרְשִׁינַן לְעֵיל סִימָן כ"א וְנִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּר"מ דְּאָמַר בִּכְזַיִת אע"ג דְּקי"ל דר"מ וְר' יְהוּדָה הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה הָכָא קִים לֵיהּ ר' יוֹחָנָן בְּשִׁיטְתֵיהּ דר"מ דְּאָכַל כַּזַּיִת מְבָרֵךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לח:) וְאָמַר לְעֵיל אֵינוֹ מוֹצִיא אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן וְעוֹד ר' יוֹחָנָן אָמַר מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה וְכֵן פָּסְקוּ ר"ח וה"ג וּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי פ' וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ דַּהֲלָכָה כְּר"מ דְּאָמַר בִּכְזַיִת אע"ג דִּלְעִנְיַן יוה"כ בָּעֵינַן כַּכּוֹתֶבֶת יוֹמָא עג: הַייְנוּ מִשּׁוּם יַתּוֹבֵי דַּעְתָּא וְכֵן לְעִנְיַן שְׁתִיָּה נִרְאֶה דְּצָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן לְאַחֲרָיו אַפֵּי' שָׁתָה פָּחוֹת מִמְּלֹא לוֹגְמָיו אע"ג דִּלְעִנְיַן יוה"כ בָּעֵינַן מָלֵא לוֹגְמָיו לְעִנְיַן בִּרְכַּת יַיִן לָא בָּעֵינַן כֻּולֵּי הַאי כְּמוֹ שֶׁחִלַּקְתִּי לְעִנְיַן אֲכִילָה ובפ"ק דְּעֵירוּבִין נִסְתַּפֵּק רַבֵּינוּ יִצְחָק בְּדָבָר זֶה אִם סַגִּי בִּכְזַיִת בִּשְׁתִיָּה כְּמוֹ בַּאֲכִילָה אוֹ שֶׁמָּא כֵּיוָן דְּדָרֵישׁ ר"מ וְשָׂבָעְתָּ זוֹ שְׁתִיָּה בָּעֵי כַּבֵּיצָה כִּדְדָרֵישׁ ר' יְהוּדָה וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ אֵין שְׂבִיעָה פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה אוֹ שֶׁמָּא יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין שְׂבִיעָה דַּאֲכִילָה לִשְׂבִיעָה דִּשְׁתִיָּה לְכָךְ טוֹב לִיזָּהֵר שֶׁיִּשְׁתֶּה פָּחוֹת מִכְּזַיִת אוֹ רְבִיעִית לְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק:
Jusqu'à quelle quantité fait-on le zimoun ? Jusqu'à un kazayit ; Rabbi Yehouda dit : jusqu'à un kabeitsa. La guemara dit qu'ils divergent sur les versets : Rabbi Meir tient que tu mangeras désigne la nourriture et tu seras rassasié la boisson, et que la consommation se mesure par un kazayit ; Rabbi Yehouda tient qu'il s'agit d'une consommation comportant un rassasiement, ce qui revient à un kabeitsa. Il apparaît que ces versets ne sont qu'une asmakhta, un simple appui, puisqu'il est dit au chapitre Mi Chemeto (20b) : et ils se montraient rigoureux envers eux-mêmes jusqu'à un kazayit et jusqu'à un kabeitsa — ces mesures sont donc d'institution rabbinique. Nous disons de même plus haut dans ce chapitre : par exemple s'il a mangé la mesure fixée par les Sages, et Rachi explique qu'il n'a mangé qu'un kazayit. Nous disons de même au deuxième chapitre de Souka (26b) que Rabbi Tsadok mangea moins qu'un kabeitsa et ne récita pas après, et il en irait de même pour moins d'un kazayit selon Rabbi Meir. Or si le kazayit ou le kabeitsa étaient d'ordre biblique et qu'en deçà il n'y aurait pas lieu de bénir, comme on le voit dans le cas de Rabbi Tsadok, où trouverait-on ce qui est dit au chapitre Mi Chemeto, qu'il a mangé la mesure des Sages, c'est-à-dire que l'homme est tenu de bénir par ordonnance rabbinique ? Et ce qui est dit plus haut (48a), qu'on ne libéré le public de son obligation que si l'on a mangé un kazayit de céréale, ne vient pas de ce que le kazayit serait la mesure biblique : même sans avoir rien mangé on pourrait libérer celui qui y est tenu par la Tora, comme nous l'avons expliqué plus haut au siman 21. Il apparaît que la halakha suit Rabbi Meir, qui dit un kazayit. Et bien que nous tenions que dans un désaccord entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda la halakha suive Rabbi Yehouda, ici Rabbi Yo'hanan se range à la position de Rabbi Meir : il a mangé un kazayit et a récité une bénédiction avant et après (38b), et il est dit plus haut qu'on ne libéré pas autrui tant qu'on n'a pas mangé un kazayit de céréale. De plus, Rabbi Yo'hanan dit que les positions sont interverties. Ainsi ont tranché Rabbenou Hananel, les Halakhot Guedolot et les Cheiltot de Rav Ahai, parachat Yitro : la halakha suit Rabbi Meir, qui dit un kazayit. Et bien que pour Yom Kippour on exige la mesure d'une datte (Yoma 73b), c'est parce qu'il y faut l'apaisement de l'esprit. De même pour la boisson : il apparaît qu'il faut réciter la bénédiction finale sur le vin même si l'on en a bu moins qu'une pleine gorgée ; et bien que pour Yom Kippour on exige une pleine gorgée, pour la bénédiction du vin on n'exige pas autant, selon la distinction que j'ai faite à propos de la nourriture. Au premier chapitre de Erouvin, Rabbenou Yits'hak a hésité sur ce point : suffit-il d'un kazayit pour la boisson comme pour la nourriture, ou bien, puisque Rabbi Meir expose que tu seras rassasié désigne la boisson, faut-il un kabeitsa, comme Rabbi Yehouda expose tu mangeras et tu seras rassasié, le rassasiement n'étant pas en deçà d'un kabeitsa ; ou peut-être faut-il distinguer le rassasiement de la nourriture de celui de la boisson. Il est donc bon de veiller à boire moins qu'un kazayit, ou bien un revi'it, afin de se retirer du doute.
💡 Explication

Dernière objection contre la position retenue. La baraita du maror écarte expressément les légumes marinés, bouillis et cuits pour la nuit de Pessa'h. Si la cuisson ne changeait rien au statut du légume, cette exclusion serait sans raison.

Rachi ajoute une précision de vocabulaire : le chalouk, le bouilli, se défait davantage que le mevouchal, le cuit ; la baraita écarte donc les deux degrés.

🖼️ Schéma
L'objection du maror bouilli et sa réponse L'objection de Rav Yits'hak bar Chmouel La baraita du maror : on s'acquitte avec les légumes amers et avec leur tige, mais non marinés, non bouillis, non cuits. Si le légume bouilli gardait son statut, pourquoi serait-il écarté ? La réponse Il en va autrement pour le maror : la mitsva demande le goût de l'amertume, et la cuisson l'emporte. L'exigence porte sur le goût, non sur l'identité du légume. Le principe qui se dégage Le même légume peut perdre le goût exigé par une mitsva et garder le nom qui commande sa bénédiction.
L'objection tirée du maror bouilli et la distinction qui la résout.
14
שָׁאנֵי הָתָם, דְּבָעֵינַן טַעַם מָרוֹר, וְלֵיכָּא.

Il en va autrement là-bas, car nous exigeons le goût du maror, et il fait défaut.

📜 Rachi (1)
דְּבָעֵינַן טַעַם מָרוֹר וְלֵיכָּא אֲבָל לְעִנְיַן בְּרָכָה שֵׁם פְּרִי עָלָיו:
Car nous exigeons le goût du maror, et il fait défaut — mais en matière de bénédiction, le nom de fruit lui reste attaché.
💡 Explication

La réponse reprend exactement celle du segment 7 sur la matsa. La mitsva du maror est définie par un goût, l'amertume ; la cuisson l'efface, et la mitsva n'est plus accomplie.

La bénédiction, elle, suit le nom de l'aliment. Rachi le formule d'un mot : le nom de fruit lui reste attaché. Un même légume peut donc être disqualifié pour la mitsva et garder sa bénédiction première.

15
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה לְרַבִּי זֵירָא: רַבִּי יוֹחָנָן הֵיכִי מְבָרֵךְ עַל זַיִת מָלִיחַ? כֵּיוָן דִּשְׁקִילָא לְגַרְעִינֶיהָ

Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Zeira : comment Rabbi Yo'hanan a-t-il pu réciter une bénédiction sur une olive salée ? Puisqu'on en a retiré le noyau...

🗂️ Tossefot (1)
זַיִת מָלִיחַ וּמָלִיחַ כְּרוֹתֵחַ:
Une olive salée — et le salé est comme le bouillant.
💡 Explication

Le folio se termine sur une question laissée en suspens, dont la réponse viendra en 39a. Elle ne porte plus sur la nature de la transformation mais sur la mesure : une olive dont on a retiré le noyau n'atteint peut-être plus le kazayit requis pour la bénédiction finale.

Tossefot rappelle en une ligne pourquoi ce récit a sa place ici : le salé a le même effet que le bouillant, et l'olive salée de Rabbi Yo'hanan appartient bien au dossier des chelakot.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).