Berakhot 39a — La mesure de l'olive, l'ordre des bénédictions chez Bar Kappara, puis le navet, l'eau de cuisson et le pain sec

Berakhot 39a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la discussion consacrée à l'olive salée de Rabbi Yo'hanan : une fois le noyau retiré, la mesure du kazayit semble manquer, et la réponse distingue l'olive de référence, qui est l'olive moyenne dite agouri, de la grande olive que l'on avait apportée. Vient ensuite le récit de Bar Kappara et de ses deux disciples, où l'un bénit sur les poulets avant les légumes bouillis et où l'autre s'en moque : la Guemara y cherche une divergence de fond sur l'ordre des bénédictions, entre la priorité de l'aliment préféré (haviv) et la priorité de la bénédiction la plus précise (bore péri haadama), avant de ramener la scène à un autre désaccord, sur le chou qui nourrit.

La suite du folio applique une même question à plusieurs préparations : les têtes de navets coupées gros ou fin, le mets de bettes où l'on ajoute de la farine, l'eau de cuisson des légumes, l'aneth mis dans la marmite. Le folio s'achève sur le pain sec trempé dans une écuelle et sur l'exigence de Rabbi Hiya que la bénédiction s'achève avec la rupture du pain, exigence que Rava met aussitôt en difficulté.

Bar Kappara : pourquoi le disciple a-t-il eu tort de bénir sur les poulets Première lecture (hava amina) : la divergence porte sur la bénédiction des légumes bouillis Celui qui bénit shelakot = chehakol, pargiyot = chehakol Bénédictions égales : haviv, le préféré, passe Celui qui se moque shelakot = bore péri haadama Bénédiction plus précise : pira passe Lecture retenue : tous disent chehakol, la divergence est ailleurs Mar : haviv adif On commence par ce qui est cher au mangeur, ici les poulets Mar : krouv adif, de-zayin On commence par le chou, parce qu'il nourrit (mazon) et non pour le goût Nafka mina : sur quel plat prononcer la première bénédiction quand plusieurs plats sont servis ensemble
Les deux lectures du récit de Bar Kappara et la divergence finalement retenue.
Les préparations du folio et leur bénédiction Préparation Bénédiction retenue Raison Navets coupés gros ou fin bore péri haadama La coupe adoucit le goût et ne dégrade pas le légume Mets de bettes avec farine bore péri haadama La farine sert à lier (ledabouke bealma) Eau de cuisson des légumes bore péri haadama L'eau prend le statut du légume cuit Eau d'aneth (shiveta) bore péri haadama Tranché par Oktsin : l'aneth est mis pour le goût Poulets, viande, œufs chehakol nihya bidvaro Ce qui ne croît pas de la terre Pain sec trempé (pat tsenouma) hamotsi le'hem min haarets Il garde le statut de pain selon Rav Hiya bar Achi Principe commun : une préparation garde la bénédiction de sa matière tant que le travail subi sert à la rendre meilleure ; elle la perd si ce travail la dégrade ou change son essentiel.
Tableau des préparations traversées par le folio, avec la bénédiction et sa raison.
La fin de la bénédiction et la rupture du pain Rav Hiya bar Achi Pain sec dans l'écuelle : on récite hamotsi le pain reste du pain Rabbi Hiya La bénédiction doit s'achever avec le pain, donc avec la rupture du morceau Rava objecte Sur le pain entier aussi la bénédiction s'achève sur un morceau déjà rompu Ce que vise la position de Rabbi Hiya La parole de la bénédiction et le geste de rompre doivent se rejoindre. Un pain déjà rompu prive la bénédiction de ce geste. Rava : au moment où la bénédiction se termine, le couteau a déjà entamé la miche. La distinction entre le pain entier et le pain sec s'efface donc.
Le pain sec, l'exigence de Rabbi Hiya et l'objection de Rava.
1
בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא.

Il lui manque la mesure (chiour) requise.

📜 Rachi (1)
בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא וְגַבֵּי בִּרְכַּת פֵּירוֹת הָאָרֶץ אֲכִילָה כְּתִיבָה וַאֲכִילָה בִּכְזַיִת:
Il lui manque la mesure : et au sujet de la bénédiction sur les fruits de la terre, le terme akhila, manger, est écrit, et manger se dit à partir d'un kazayit.
🗂️ Tossefot (1)
בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא הַייְנוּ דַּוְקָא בַּבְּרָכָה שֶׁלְּאַחֲרָיו דְּבָעֵינַן שִׁיעוּר אֲבָל בַּבְּרָכָה שֶׁלְּפָנָיו אֲפִילּוּ פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת בָּעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה בֵּין לְעִנְיַן אֲכִילָה בֵּין לְעִנְיַן שְׁתִיָּה אֲבָל בַּבְּרָכָה שֶׁלְּאַחֲרָיו בָּעֵינַן שִׁיעוּר מָלֵא לוֹגְמָיו עַל כֵּן יֵשׁ לִיזָּהֵר לִשְׁתּוֹת מִכּוֹס שֶׁל בְּרָכָה מָלֵא לוֹגְמָיו כְּדֵי שֶׁיְּבָרֵךְ לְאַחֲרָיו מֵעֵין ג' בְּרָכוֹת והר"י הָיָה אוֹמֵר בְּבוֹרֵא נְפָשׁוֹת כֵּיוָן דְּלָאו בְּרָכָה חֲשׁוּבָה הִיא אַפֵּי' בִּבְצִיר מִשִּׁיעוּרָא מְבָרְכִינַן בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת וְלֹא נִרְאֶה דְּכֵיוָן דְּבוֹרֵא נְפָשׁוֹת תִּקְּנוּהָ כְּנֶגֶד עַל הַגֶּפֶן כִּי הֵיכִי דְּעַל הַגֶּפֶן בָּעֵי שִׁיעוּרָא בְּבוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת נָמֵי בָּעֵי שִׁיעוּרָא וּבַיְּרוּשַׁלְמִי ר' יוֹחָנָן הֵיכִי בָּרֵיךְ אַזַּיִת הָא לָא הָוֵי שִׁיעוּרָא וְקָאָמַר מִשּׁוּם בִּרְיָה דַּאֲפִילּוּ לֹא אָכַל אֶלָּא פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִמּוֹן בָּעֵי בָּרוּכֵי מִשּׁוּם דְּבִבְרִיָּה מְבָרְכִין אֲפִילּוּ פָּחוֹת מִכַּזַּיִת וְחוֹלֵק עַל גְּמָרָא דִּידַן כִּדְמַשְׁמַע הָכָא א"כ אֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ שֶׁל יְרוּשַׁלְמִי וה"ר יוֹסֵי הָיָה מְפָרֵשׁ שֶׁהַיְּרוּשַׁלְמִי אֵינוֹ חוֹלֵק עַל הַגְּמָרָא שֶׁלָּנוּ דְּהָכָא מַיְירֵי שֶׁהוּסְרוּ הַגַּרְעִינִים וְנִמְלַח אִם כֵּן לֹא הָיָה כִּבְרִייָּתוֹ אֲבָל אִם אֲכָלוֹ שָׁלֵם אֲפִי' אִם הָיָה פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִמּוֹן מְבָרֵךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף וּגְמָרָא יְרֻושַּׁל' הָיָה סָבוּר שֶׁהַזַּיִת הָיָה שָׁלֵם וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ לְתָרֵץ בְּאוֹתוֹ עִנְיָן דְּאָכַל פְּרִידָה דִּבְרֵיהּ וְאֵינָן חוֹלְקִים יַחַד וְעוֹד יֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי הֵיכָא דְּבָרֵיךְ אַתֻּורְמוּסָא לְמֵיכְלֵיהּ וְנָפַל מִידֵּיהּ וְשֶׁקֶל אַחַרְיַנָא בָּעֵי בָּרוּכֵי זִמְנָא אַחֲרִיתִי וּפָרִיךְ מַאי שְׁנָא מֵאַמַּת הַמַּיִם פֵּירוּשׁ דִּמְבָרֵךְ לִשְׁתּוֹת וְהָנֵי אָזְלִי וְהָנֵי אַחֲרִינֵי נִינְהוּ וא"צ לְבָרֵךְ פַּעַם אַחֶרֶת וּמְשַׁנֵּי הָכָא הֲוָה דַּעְתּוֹ מִתְּחִלָּה לָזֶה שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ שֶׁיֵּלְכוּ לָהֶן אֲבָל בְּתֻורְמוּסָא לֹא יָדַע שֶׁיִּפְּלוּ מִיָּדוֹ וְיֹאמַר בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד מִשּׁוּם דַּהֲוָה בְּרָכָה לְבַטָּלָה וְכֵן נָכוֹן לוֹמַר עַל כָּל בְּרָכָה לְבַטָּלָה בשכמל"ו:
Il lui manque la mesure : cela vaut précisément pour la bénédiction d'après, où une mesure est requise ; mais pour la bénédiction d'avant, on bénit même en dessous de la mesure, car il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction, tant pour ce que l'on mange que pour ce que l'on boit. Pour la bénédiction d'après, en revanche, il faut la mesure d'une pleine gorgée (mélo lougmav) ; il faut donc prendre garde de boire de la coupe de la bénédiction une pleine gorgée, afin de réciter après elle la bénédiction abrégée des trois. Le Ri disait qu'au sujet de bore nefachot, puisqu'il ne s'agit pas d'une bénédiction importante, on la récite même en dessous de la mesure. Cela ne paraît pas juste : puisque bore nefachot a été institué en face de al haguefen, de même que al haguefen exige une mesure, bore nefachot rabot en exige une également. Et dans le Yerouchalmi on demande : comment Rabbi Yo'hanan a-t-il béni sur une olive, alors que la mesure n'y était pas ? Il répond : à cause de la beria, l'unité entière, car même s'il n'a mangé qu'un seul grain de raisin ou un seul grain de grenade, il doit bénir, puisque sur une beria on bénit même en dessous d'un kazayit. Cela s'oppose à notre Guemara, comme il ressort d'ici ; en ce cas, la halakha ne suit pas le Yerouchalmi. Le Rav Yossi expliquait que le Yerouchalmi ne s'oppose pas à notre Guemara : ici il s'agit d'une olive dont on a ôté les noyaux et qui a été salée, elle n'était donc plus en son état entier ; mais s'il l'a mangée entière, même s'il s'agissait d'un seul grain de grenade, il bénit avant et après. La Guemara du Yerouchalmi pensait que l'olive était entière, et elle a donc dû répondre en ce sens, qu'il avait mangé un grain, lequel est une beria ; les deux Talmuds ne divergent donc pas ensemble. Il y a encore dans le Yerouchalmi le cas de celui qui a béni sur un lupin (tourmous) pour le manger, qui l'a laissé tomber de sa main et qui en a pris un autre : il doit bénir une seconde fois. On demande : en quoi cela diffère-t-il du canal d'eau ? C'est-à-dire de celui qui bénit pour boire, alors que ces eaux-là s'en vont et que d'autres arrivent, et qui n'a pas besoin de bénir une seconde fois. On répond : là, son intention portait dès le départ sur cela, car il savait que ces eaux s'en iraient ; pour le lupin, en revanche, il ne savait pas qu'il tomberait de sa main. Et il dira baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed, puisqu'il s'agissait d'une bénédiction prononcée en vain ; et il convient de dire ainsi cette formule sur toute bénédiction prononcée en vain.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une question posée au daf précédent. Rabbi Hiya bar Abba a vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et réciter dessus la bénédiction d'avant et celle d'après. Or l'olive salée est servie sans son noyau, et Rabbi Yirmeya bar Abba objecte que la chair restante tombe en dessous du kazayit, la mesure d'une olive, seuil de ce qui compte comme un acte de manger.

Rachi rattache ce seuil au verset : la bénédiction d'après repose sur le terme akhila, manger, et l'usage fixe la consommation minimale à un kazayit. Tossefot précise aussitôt la portée de la difficulté : elle vise la bénédiction d'après. La bénédiction d'avant se récite sur la moindre quantité, puisqu'elle répond à l'interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction.

2
אֲמַר לֵיהּ: מִי סָבְרַתְּ כְּזַיִת גָּדוֹל בָּעֵינַן? כַּזַּיִת בֵּינוֹנִי בָּעֵינַן (וְהָא אִיכָּא), וְהַהוּא דְּאַיְיתוֹ לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן זַיִת גָּדוֹל הֲוָה, דְּאַף עַל גַּב דְּשַׁקְלוּהָ לְגַרְעִינוּתֵיהּ פָּשׁ לֵיהּ שִׁיעוּרָא.

Il lui répondit : penses-tu qu'il faille un kazayit calculé sur une grande olive ? On requiert un kazayit calculé sur une olive moyenne (et cette mesure-là se trouve bien ici) ; quant à celle que l'on avait apportée devant Rabbi Yo'hanan, c'était une grande olive, de sorte que, bien qu'on lui eût ôté son noyau, la mesure lui demeurait.

💡 Explication

La réponse joue sur deux échelles distinctes. Le kazayit est une unité de volume abstraite, calibrée une fois pour toutes sur l'olive moyenne ; l'olive posée devant Rabbi Yo'hanan est un fruit concret, plus gros que cette moyenne. Une fois le noyau retiré, il reste donc de la chair au-delà du seuil.

L'objection supposait que le kazayit se mesure sur la plus grande olive, ce qui rendait tout fruit dénoyauté insuffisant. En ramenant l'étalon à l'olive moyenne, la Guemara sauve la conduite de Rabbi Yo'hanan sans toucher au principe du seuil.

🖼️ Schéma
Quelle olive sert d'étalon au kazayit Petite Moyenne = agouri c'est elle qui définit le kazayit Grande : celle de Rabbi Yo'hanan noyau ôté, la chair dépasse encore le seuil L'étalon est fixé, le fruit servi varie : c'est là que se défait l'objection
L'olive moyenne fixe la mesure ; le fruit apporté était plus gros qu'elle.
3
דִּתְנַן: זַיִת שֶׁאָמְרוּ לֹא קָטָן וְלֹא גָּדוֹל, אֶלָּא בֵּינוֹנִי — וְזֶהוּ ״אֵגוֹרִי״. וְאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: לֹא ״אֵגוֹרִי״ שְׁמוֹ אֶלָּא ״אַבְרוֹטֵי״ שְׁמוֹ, וְאָמְרִי לָהּ ״סמרוסי״ שְׁמוֹ. וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ ״אֵגוֹרִי״ — שֶׁשַּׁמְנוֹ אָגוּר בְּתוֹכוֹ.

Ainsi que nous l'avons appris : l'olive dont ils ont parlé n'est ni petite ni grande, mais moyenne, et c'est celle que l'on nomme agouri. Et Rabbi Abahou a dit : son nom n'est pas agouri, son nom est avrouti, et certains disent que son nom est samroussi.

Pourquoi alors l'appelle-t-on agouri ? Parce que son huile est amassée (agour) en elle.

📜 Rachi (2)
כַּזַּיִת שֶׁאָמְרוּ לְעִנְיַן שִׁיעוּר כָּל אֲכִילוֹת:
L'olive dont ils ont parlé : quant à la mesure de toutes les consommations.
אָגוּר בְּתוֹכוֹ מְזֻומָּן לָצֵאת מִמֶּנּוּ שֶׁאֵינוֹ נִבְלָע בַּפְּרִי כְּמַשְׁקֶה תַּפּוּחִים וְתוּתִים אֶלָּא אָגוּר כְּמַשְׁקֶה עֲנָבִים:
Amassée en elle : prête à sortir d'elle, car elle n'est pas absorbée dans le fruit comme le jus des pommes et des mûres, mais amassée, à l'exemple du jus des raisins.
💡 Explication

La Michna citée est celle des mesures : l'olive de référence est l'olive moyenne, appelée agouri. Rabbi Abahou corrige l'appellation botanique de l'espèce et donne son vrai nom, avrouti ou samroussi, puis explique le surnom agouri par la racine du mot, qui signifie amassé ou rassemblé.

Rachi précise la portée de cette image. Dans certains fruits, le jus est diffus dans la chair et ne se laisse pas extraire tel quel ; dans l'olive comme dans le raisin, l'huile se tient rassemblée, disponible pour sortir. Ce détail explique le nom et confirme au passage que l'olive est le type même du fruit dont on tire un liquide.

4
נֵימָא כְּתַנָּאֵי: דְּהָנְהוּ תְּרֵי תַּלְמִידֵי דַּהֲווֹ יָתְבִי קַמֵּיהּ דָּבָר קַפָּרָא. הֵבִיאוּ לְפָנָיו כְּרוּב וְדוֹרְמַסְקִין וּפַרְגִּיּוֹת. נָתַן בַּר קַפָּרָא רְשׁוּת לְאֶחָד מֵהֶן לְבָרֵךְ, קָפַץ וּבֵרַךְ עַל הַפַּרְגִּיּוֹת. לִגְלֵג עָלָיו חֲבֵירוֹ. כָּעַס בַּר קַפָּרָא אָמַר: לֹא עַל הַמְבָרֵךְ אֲנִי כּוֹעֵס, אֶלָּא עַל הַמְלַגְלֵג אֲנִי כּוֹעֵס. אִם חֲבֵירְךָ דּוֹמֶה כְּמִי שֶׁלֹּא טָעַם טַעַם בָּשָׂר מֵעוֹלָם, אַתָּה עַל מַה לִגְלַגְתָּ עָלָיו? חָזַר וְאָמַר: לֹא עַל הַמְלַגְלֵג אֲנִי כּוֹעֵס, אֶלָּא עַל הַמְבָרֵךְ אֲנִי כּוֹעֵס. וְאָמַר: אִם חָכְמָה אֵין כָּאן, זְקֵנָה אֵין כָּאן?!

Dirons-nous que cela correspond à une divergence entre Tanaim ? Car deux disciples étaient assis devant Bar Kappara.

On apporta devant lui du chou, des dourmaskin et des poulets. Bar Kappara donna à l'un d'eux l'autorisation de réciter la bénédiction ; il se hâta et bénit sur les poulets.

Son compagnon se moqua de lui. Bar Kappara se mit en colère et dit : je ne suis pas en colère contre celui qui a béni, je suis en colère contre celui qui s'est moqué.

Si ton compagnon ressemble à quelqu'un qui n'a jamais goûté la saveur de la viande, pourquoi t'es-tu moqué de lui ? Il reprit et dit : je ne suis pas en colère contre celui qui s'est moqué, je suis en colère contre celui qui a béni.

Et il dit : s'il n'y a pas ici de sagesse, n'y a-t-il pas ici de vieillesse ?

📜 Rachi (4)
דּוֹרְמַסְקִין אַף הֵן שְׁלָקוֹת מֵעֵשֶׂב שֶׁקּוֹרִין אקדלשי"ט בְּלַעַ"ז כָּךְ רָאִיתִי בְּפֵירוּשׁ בָּבָא קַמָּא שֶׁל רַבֵּינוּ יִצְחָק בְּרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל כָּאן פֵּירֵשׁ פרונ"ש וְכֵן שָׁמַעְתִּי אֲנִי כָּאן וּבְבָבָא קַמָּא (פ"י דַּף קטז:) פרונ"ש וְאִי אֶפְשָׁר לְהַעֲמִידָהּ דא"כ הֲרֵי בִּרְכָתוֹ ב"פ הָעֵץ וְהָאֵיךְ קָדַם וּבֵרַךְ עַל הַפַּרְגִּיּוֹת שֶׁבִּרְכָתָן שֶׁהַכֹּל וְאֵינָם כִּדְבָרִים חֲשׁוּבִים כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Dourmaskin : ce sont eux aussi des légumes bouillis, tirés d'une plante que l'on appelle akdelchit en langue vulgaire. Ainsi l'ai-je vu dans le commentaire de Bava Kama de Rabbenou Yits'hak fils de Rabbi Yehouda ; mais ici il a expliqué pronch, et c'est aussi ce que j'ai entendu, ici et dans Bava Kama (chapitre 10, folio 116b) : pronch. Cette explication ne peut tenir, car sa bénédiction serait alors bore péri haets, et comment aurait-il devancé en bénissant sur les poulets, dont la bénédiction est chehakol et qui ne comptent pas parmi les choses importantes, comme l'explique la suite.
פַּרְגִּיּוֹת בְּשַׂר עוֹף שֶׁקּוֹרִין פרדרי"א:
Pargiyot : de la viande de volaille, que l'on appelle perdria.
שֶׁלֹּא טָעַם טַעַם בָּשָׂר וְנַעֲשָׂה הַבָּשָׂר חָבִיב עָלָיו:
Qui n'a pas goûté la saveur de la viande : la viande lui est ainsi devenue chère.
זְקֵנָה אֵין כָּאן הֲלֹא זָקֵן אֲנִי וְהָיָה לוֹ לְשָׁאֲלֵנִי עַל אֵיזֶה מֵהֶן יְבָרֵךְ לִפְטֹור אֶת שְׁאָר הַמִּינִין וּדְבָרִים הַלָּלוּ אֵינָן בָּאִין לְלַפֵּת אֶת הַפַּת אֶלָּא שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה הֵן בָּאִין וְאָמְרִינַן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף מא:) דִּטְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וְאֵין הַפַּת פּוֹטַרְתָּן:
N'y a-t-il pas ici de vieillesse : ne suis-je pas un ancien ? Il aurait dû me demander sur lequel d'entre eux bénir pour dégager les autres espèces. Ces mets ne viennent pas en accompagnement du pain ; ils viennent en dehors du repas, et nous disons plus loin (Berakhot 41b) qu'ils requièrent une bénédiction avant eux et que le pain ne les dégage pas.
🗂️ Tossefot (2)
דּוֹרְמַסְקִין פירש"י פרונ"ש. וְלֹא נִרְאֶה דִּבְסָמוּךְ מַשְׁמַע דִּמְבָרְכִין עֲלֵיהֶן בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וא"כ בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ בָּעֵי בָּרוּכֵי וְנִרְאֶה שֶׁהוּא מִין כְּרוּב:
Dourmaskin : Rachi a expliqué pronch. Cela ne paraît pas juste, car il ressort de la suite qu'on récite dessus bore péri haadama, alors qu'il faudrait en ce cas bénir bore péri haets. Il apparaît qu'il s'agit d'une espèce de chou.
נָתַן בַּר קַפָּרָא רְשׁוּת לְאֶחָד מֵהֶן לְבָרֵךְ וְנִרְאֶה דְּמַייְרֵי בַּבְּרָכָה שֶׁלְּפָנָיו דְּאִי בְּשֶׁל אַחֲרָיו הָא אָמְרִינַן (חָולְיוֹ קו.) דְּאֵין מְזַמְּנִין עַל הַפֵּירוֹת וּמַייְרֵי בְּהֵסֵבּוּ וְאָנוּ אֵין לָנוּ שׁוּם הֲסִבָּה אֶלָּא עַל הַפַּת וּלְכָךְ צָרִיךְ לְבָרֵךְ כָּל אֶחָד עַל כָּל דָּבָר הֵן בְּפֵירוֹת הֵן בְּיַיִן:
Bar Kappara donna à l'un d'eux l'autorisation de bénir : il apparaît qu'il s'agit de la bénédiction d'avant, car s'il s'agissait de celle d'après, nous disons (Houlin 106a) qu'on ne fait pas de zimoun sur des fruits. Il s'agit d'un cas où ils s'étaient installés ensemble (hessev) ; or nous, nous n'avons d'installation commune que sur le pain, et c'est pourquoi chacun doit bénir sur chaque chose, tant sur les fruits que sur le vin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא עַל הַמְלַגְלֵג אֲנִי כּוֹעֵס, אֶלָּא עַל הַמְבָרֵךְ אֲנִי כּוֹעֵס. הַקֻּושְׁיָא כָּאן יְדוּעָה דְּמֵאַחַר שֶׁכָּעַס עַל שְׁנֵיהֶם לָמָּה הֶאֱרִיךְ לְשׁוֹנוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ, יֹאמַר דֶּרֶךְ קְצָרָה אֲנִי כּוֹעֵס עַל שְׁנֵיכֶם וְדַי בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּלִפְעָמִים הַחֵטְא עַצְמוֹ קַל וְאִם הָיָה רַק אֶחָד עוֹשֵׂהוּ אֵינוֹ כְּדַאי לְהַקְפִּיד בּוֹ, וְרַק אִם שְׁנַיִם חָטְאוּ בְּבַת אַחַת אֲפִילּוּ שֶׁכָּל אֶחָד חָטָא בְּחֵטְא קַל, תִּמְצָא הִקְפִּידָה מָקוֹם לָנוּחַ מִכֹּחַ צֵירוּף שְׁנֵיהֶם, וְלָכֵן אִם הָיָה אוֹמֵר לָהֶם לָשׁוֹן קָצָר אֲנִי כּוֹעֵס עַל שְׁנֵיכֶם לֹא הָיָה כָּל אֶחָד מַכִּיר עֵרֶךְ חֶטְאוֹ, כִּי הָיָה חוֹשֵׁב בִּלְבָבוֹ אֵין חֵטְא שֶׁלִּי כְּדַאי שֶׁיַּקְפִּיד עָלָיו רַבִּי, וְרַק שֶׁגַּם חַבָּרֵי חָטָא עַתָּה לְכָךְ הִקְפִּיד רַבִּי עַל שְׁנֵינוּ, וְהוּא רוֹצֶה לְהוֹדִיעָם שֶׁכָּל אֶחָד מֵהֶם חֶטְאוֹ גָּדוֹל אֲפִילּוּ בְּלֹא צֵירוּף עִנְיַן חֲבֵירוֹ, לְכָךְ אָמַר לֹא עַל הַמְבָרֵךְ אֲנִי כּוֹעֵס, אֶלָּא עַל הַמְלַגְלֵג אֲנִי כּוֹעֵס , כְּלוֹמַר זֶה הַמְלַגְלֵג צָרִיךְ לְצַייֵּר בְּדַעְתּוֹ שֶׁאֲנִי אֵין לִי כַּעַס עַל הַמְבָרֵךְ שֶׁלֹּא חָטָא כְּלָל נֶגְדִּי, וְנִמְצָא כָּל כַּעְסִי וְהִקְפַּדְתִּי הִיא רַק עָלָיו, וְכֵן הַמְבָרֵךְ צָרִיךְ לְצַייֵּר בְּדַעְתּוֹ שֶׁלֹּא עַל הַמְלַגְלֵג אֲנִי כּוֹעֵס כִּי אִם רַק עָלָיו לְבַדּוֹ, וְלֹא יִהְיֶה כָּל אֶחָד קַל בְּעֵינָיו מַה שֶׁעָשָׂה הוּא בְּעַצְמוֹ. וְהָא דְּנֶעֶנְשׁוּ בִּקְצִירַת יָמִים, שֶׁשְּׁנֵיהֶם לֹא הוֹצִיאוּ שְׁנָתָם, נִרְאֶה לְפָרֵשׁ הַטַּעַם מִפְּנֵי שֶׁהוּא תָּלָה הַקְפָּדָתוֹ יוֹתֵר בְּמַה שֶׁנָּגְעוּ בִּכְבוֹד הַזִּקְנָה שֶׁלּוֹ, כִּי אָמַר לָהֶם אִם חָכְמָה אֵין כָּאן, זְקֵנָה אֵין כָּאן , וְהַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דִּכְבוֹד חָכְמָה יֶשְׁנוֹ אַתֶּם גַּם כֵּן, דְּאֶפְשָׁר שֶׁגַּם הֵם הָיוּ חֲכָמִים גְּדוֹלִים אַף עַל פִּי שֶׁהָיוּ תַּלְמִידָיו, אֲבָל כְּבוֹד זִקְנָה לֵיתֵיהּ גַּבַּייְהוּ כְּלָל, כִּי הָיוּ עוֹדָם צְעִירִים בְּשָׁנִים וְלֹא הִגִּיעוּ לְזִקְנָה.
Je ne suis pas en colère contre celui qui s'est moqué, je suis en colère contre celui qui a béni. La question est ici connue : puisqu'il était en colère contre les deux, pourquoi a-t-il allongé son propos par ces paroles ? Qu'il dise brièvement, je suis en colère contre vous deux, et cela suffirait. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que parfois la faute elle-même est légère, et que si un seul la commettait, elle ne mériterait pas qu'on s'en formalise ; mais si deux ont fauté en même temps, même si chacun a commis une faute légère, la réprimande trouve où se poser par la conjonction des deux. C'est pourquoi, s'il leur avait dit brièvement, je suis en colère contre vous deux, aucun des deux n'aurait mesuré la portée de sa propre faute, car chacun aurait pensé en son cœur : ma faute à moi ne mérite pas que le maître s'en formalise, c'est seulement parce que mon compagnon a lui aussi fauté à l'instant que le maître s'est formalisé contre nous deux. Or il voulait leur faire savoir que la faute de chacun d'eux était grande, même sans la conjonction du cas de son compagnon. C'est pourquoi il a dit, je ne suis pas en colère contre celui qui a béni, je suis en colère contre celui qui s'est moqué, c'est-à-dire que celui qui s'est moqué doit se représenter que je n'ai aucune colère contre celui qui a béni, lequel n'a nullement fauté envers moi, de sorte que toute ma colère et toute ma réprimande portent sur lui seul ; et de même celui qui a béni doit se représenter que ma colère ne porte pas sur celui qui s'est moqué, mais sur lui seul, afin que ce que chacun a fait ne soit pas léger à ses propres yeux. Quant au fait qu'ils furent punis par le raccourcissement de leurs jours, tous deux n'ayant pas achevé leur année, il paraît qu'il faut en expliquer la raison ainsi : il a rattaché sa réprimande davantage à ce qu'ils avaient touché à l'honneur de sa vieillesse, puisqu'il leur a dit, s'il n'y a pas ici de sagesse, n'y a-t-il pas ici de vieillesse ? La raison en est que l'honneur de la sagesse se trouvait chez eux aussi, car il est possible qu'ils fussent eux aussi de grands sages, bien qu'ils fussent ses disciples ; mais l'honneur de la vieillesse ne se trouvait aucunement chez eux, car ils étaient encore jeunes en années et n'étaient pas parvenus à la vieillesse.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר אַבַּיֵּי נָקְטִינַן שְׁנַיִם שֶׁאָכְלוּ מִצְוָה לֵחָלֵק פירש"י בֵּין בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בֵּין בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא וְהָעוֹלָם לֹא נָהֲגוּ כֵּן וְגַם רַשִׁ"י עַצְמוֹ לֹא שָׁמַעְנוּ שֶׁהָיָה נוֹהֵג כֵּן בְּבִרְכַּת הַמּוֹצִיא וְכֵן עֻובְדָּא דְּבַר קַפָּרָא וְתַלְמִידָיו דִּלְעֵיל פ"ו (בְּרָכוֹת דַּף לט.) שֶׁנָּתַן רְשׁוּת לְאֶחָד מֵהֶם לְבָרֵךְ לְהוֹצִיא אֶת כֻּולָּן וּמַה שֶׁיֵּשׁ חִילּוּק בֵּין בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה לָאַחֲרוֹנָה הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּבִתְחִלַּת הַסְּעוּדָה כְּשֶׁהֵן מְסֻובִּין וּקְבוּעִים יַחַד דַּעְתָּם לְהִצְטָרֵף הִלְכָּךְ כָּל א' יוֹצֵא בְּבִרְכַּת חֲבֵירוֹ אֲבָל בְּסוֹף הַסְּעוּדָה בָּטֵל הֻקְבַּע וְנֶחְלָקִין זֶה מִזֶּה הִלְכָּךְ כִּלְאַחֵד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ. וה"ר יוֹסֵף פִּי' בְּשֵׁם רַשְׁבָּ"ם מִשּׁוּם דבהמ"ז דְּאוֹרָיְיתָא אֲבָל בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה דְּרַבָּנָן לָא אַחְמוּר כֻּולֵּי הַאי וְיוֹצֵא הָאֶחָד בְּבִרְכַּת חֲבֵירוֹ. תנ"ה שְׁנַיִם שֶׁאָכְלוּ מִצְוָה לֵיחָלֵק בד"א שֶׁשְּׁנֵיהֶם סוֹפְרִים אֲבָל אֶחָד סוֹפֵר וְאֶחָד בּוּר סוֹפֵר מְבָרֵךְ וּבוּר יוֹצֵא מִכָּאן רוֹצִים לְהָבִיא רְאָיָה דְּאִשָּׁה יוֹצְאָהּ בבהמ"ז בִּשְׁמִיעָה אע"פ שֶׁאֵינָהּ מְבִינָה לה"ק וְאֵינָהּ צְרִיכָה לְבָרֵךְ בְּלָשׁוֹן שֶׁהִיא מַכִּירָהּ וְאֵין רְאָיָה מִכָּאן דְּדִלְמָא מַיְירֵי הָכָא שָׁבוּר מֵבִין לְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ אֲבָל אֵינוֹ יוֹדֵעַ לְבָרֵךְ וְרַשִׁ"י הֵבִיא רְאָיָה מִדִּתְנַן בִּמְגִילָּה דַּף יז. הַלּוֹעֵז שֶׁשָּׁמַע אַשּׁוּרִית יָצָא אע"פ שֶׁאֵין מֵבִין הַלָּשׁוֹן וְיֵשׁ לִדְחוֹת דְּפִרְסוּמֵי נִיסָּא שָׁאנֵי כִּדְאָמַר הָתָם רָבִינָא הָאֲחַשְׁתְּרָנִים בְּנֵי הָרַמָּכִים מִי יָדְעִינַן מַאי נִיהוּ אֶלָּא פִּרְסוּמֵי נִיסָּא שָׁאנֵי:
Abaye a dit : nous tenons que, lorsque deux personnes ont mangé, il y a mitsva de se séparer. Rachi a expliqué : tant pour le birkat hamazon que pour la bénédiction hamotsi. Mais l'usage du monde ne s'est pas établi ainsi, et de Rachi lui-même nous n'avons pas entendu qu'il agissait ainsi pour hamotsi. De même le fait rapporté de Bar Kappara et de ses disciples, plus haut, chapitre 6 (Berakhot 39a), où il donna à l'un d'eux l'autorisation de bénir pour les dégager tous. La distinction entre la première bénédiction et la dernière tient à ceci : au début du repas, lorsqu'ils sont installés et fixés ensemble, leur intention est de se joindre, et dès lors chacun s'acquitte par la bénédiction de son compagnon ; mais à la fin du repas, la fixation (keva) a cessé et ils se séparent l'un de l'autre, de sorte que chacun bénit pour lui-même. Le Rav Yossef a expliqué au nom du Rachbam : le birkat hamazon est de la Torah, tandis que la première bénédiction est rabbinique, et l'on n'y a pas été aussi rigoureux, de sorte que l'un s'acquitte par la bénédiction de son compagnon. Une baraita enseigne de même : deux personnes qui ont mangé, il y a mitsva de se séparer. Dans quel cas ? Lorsque toutes deux sont lettrées ; mais si l'une est lettrée et l'autre ignorante (bour), le lettre bénit et l'ignorant s'acquitte. De là, certains veulent tirer une preuve qu'une femme s'acquitte du birkat hamazon par l'écoute, bien qu'elle ne comprenne pas la langue sainte, et qu'elle n'a pas besoin de bénir dans la langue qu'elle connaît. Il n'y a pas de preuve de là, car il se peut qu'il s'agisse ici d'un ignorant qui comprend la langue sainte mais ne sait pas bénir. Rachi a apporté une preuve de ce que nous avons appris dans Meguila (17a) : celui qui parle une langue étrangère et qui a entendu la lecture en hébreu (achourit) s'est acquitté, bien qu'il ne comprenne pas la langue. On peut repousser cela, car la publication du miracle est un cas à part, comme il est dit là-bas par Ravina : ha'achtaranim beney haramakhim, savons-nous ce que cela signifie ? Il s'agit donc bien de la publication du miracle, qui est un cas à part.
גְּמ' הֵסַבּוּ אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן אָמַר רַב ל"ש אֶלָּא פַּת דְּבָעֵי הֲסִבָּה אֲבָל יַיִן לָא בָּעֵי הֲסִבָּה ור"י אָמַר אֲפִילּוּ יַיִן בָּעֵי הֲסִבָּה אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַב ל"ש אֶלָּא פַּת דְּמַהְנְיָא לֵיהּ הֲסִבָּה אֲבָל יַיִן לָא מַהְנְיָא לֵיהּ הֲסִבָּה וְר' יוֹחָנָן אָמַר אֲפִילּוּ יַיִן מְהַנְּיָא לֵיהּ הֲסִבָּה לְלִישָּׁנָא קַמָּא מִידֵּי דַּחֲשִׁיב בָּעֵי הֲסִבָּה ר' יוֹחָנָן סָבַר דְּיַיִן נָמֵי חֲשִׁיב אֲבָל שְׁאָר דְּבָרִים כֻּולְּהוּ לָא בָּעֵי הֲסִבָּה וּלְלִישָּׁנָא בָּתְרָא מִידֵּי דַּחֲשִׁיב לֵיהּ מְהַנְּיָא לֵיהּ הֲסִבָּה לְרַבִּי יוֹחָנָן יַיִן נָמֵי חָשׁוּב וּמְהַנְּיָא לֵיהּ הֲסִבָּה וּשְׁאָר כָּל הַדְּבָרִים כּוּלְּהוּ לָא מְהַנֵּי לְהוּ הֲסִבָּה וְנִרְאֶה כֵּיוָן דִּבְרָכָה דְּרַבָּנָן בְּשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל וַהֲלָכָה כְּלִישָּׁנָא קַמָּא וְכֵן מוּכָח מִמַּעֲשֶׂה דְּבַר קַפָּרָא וּתְרֵין תַּלְמִידֵי דַּף לט דְּאִיָּיתוֹ קְמִיהוּן תֻּורְמְסָקִין שְׁלָקוֹת וּפַרְגִּיּוֹת וְנָתַן רְשׁוּת לְאֶחָד לְבָרֵךְ וכ"כ הָרַמְבַּ"ן זַ"ל דְּפַת וְיַיִן בָּעֵי הֲסִבָּה אֲבָל שְׁאָר דְּבָרִים לָא בָּעֵי הֲסִבָּה:
Guemara : s'ils se sont installés ensemble, l'un bénit pour tous. Rav a dit : cela n'a été enseigné que pour le pain, qui requiert l'installation commune (hessev), tandis que le vin ne requiert pas d'installation ; et Rabbi Yo'hanan a dit : même le vin requiert l'installation. Certains rapportent ainsi : Rav a dit, cela n'a été enseigné que pour le pain, auquel l'installation est utile, tandis qu'au vin l'installation n'est pas utile ; et Rabbi Yo'hanan a dit, même au vin l'installation est utile. Selon la première version, ce qui est important requiert l'installation, et Rabbi Yo'hanan tient que le vin est important lui aussi, tandis que toutes les autres choses ne requièrent pas d'installation. Selon la seconde version, ce qui est important pour lui, l'installation lui est utile ; pour Rabbi Yo'hanan le vin est important lui aussi et l'installation lui est utile, tandis qu'à toutes les autres choses l'installation n'est d'aucune utilité. Il apparaît que, la bénédiction étant rabbinique, on suit dans ce qui relève des Sofrim l'avis le plus indulgent, et la halakha suit la première version. Cela ressort aussi du fait rapporté de Bar Kappara et de ses deux disciples, folio 39a, devant qui l'on apporta des dourmaskin, des légumes bouillis et des poulets, et où il donna à l'un d'eux l'autorisation de bénir. Ainsi a écrit le Ramban, de mémoire bénie : le pain et le vin requièrent l'installation, tandis que les autres choses ne la requièrent pas.
💡 Explication

La Guemara cherche à rattacher la divergence entre Rav Houna et les autres, sur la bénédiction des légumes bouillis, à un désaccord ancien entre Tanaim. Le récit sert de témoin. Trois plats sont servis : du chou, des dourmaskin dont l'identification divise Rachi et Tossefot, et des pargiyot, de jeunes volailles.

Le disciple autorisé à bénir choisit les poulets. Son compagnon y voit de la gloutonnerie, puisqu'il aurait fallu commencer par les légumes. Bar Kappara reprend les deux, chacun pour un motif distinct : la moquerie, qui juge sans savoir ce que l'autre a vécu, et la hâte de bénir sans interroger le maître présent. Sa dernière phrase pose le principe : en cas de doute sur l'ordre des bénédictions, la présence d'un ancien est une ressource à laquelle il faut recourir.

5
תְּנָא: וּשְׁנֵיהֶם לֹא הוֹצִיאוּ שְׁנָתָן.

Il a été enseigné : et tous deux n'achevèrent pas leur année.

💡 Explication

La baraita ajoute la suite du récit : les deux disciples moururent dans l'année. Le Ben Yehoyada, sur le segment précédent, rattache cette sévérité à l'atteinte portée à l'honneur de la zikna, la vieillesse, honneur que les deux jeunes disciples ne pouvaient revendiquer pour eux-mêmes.

6
מַאי לָאו בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי, דִּמְבָרֵךְ סָבַר שְׁלָקוֹת וּפַרְגִּיּוֹת ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״, הִלְכָּךְ חָבִיב עָדִיף, וּמְלַגְלֵג סָבַר שְׁלָקוֹת ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, פַּרְגִּיּוֹת ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״, הִלְכָּךְ פֵּירָא עָדִיף.

N'est-ce pas sur ce point qu'ils divergent : celui qui a béni tient que les légumes bouillis et les poulets relèvent tous de chehakol nihya bidvaro, et dès lors ce qui est préféré passe en premier ; tandis que celui qui s'est moqué tient que les légumes bouillis relèvent de bore péri haadama et les poulets de chehakol nihya bidvaro, et dès lors le fruit passe en premier.

📜 Rachi (2)
דִּמְבָרֵךְ סָבַר שְׁלָקוֹת דִּכְרוּב וְדוֹרְמַסְקִין שֶׁהַכֹּל בִּרְכָתָן כְּפַרְגִּיּוֹת דְּעַל דָּבָר שֶׁאֵין גִּדּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ כְּגוֹן בָּשָׂר בֵּיצִים וְדָגִים תְּנָא בְּמַתְנִיתִין שֶׁהַכֹּל וְכֵיוָן דְּבִרְכוֹתֵיהֶם שָׁווֹת חָבִיב עָדִיף:
Celui qui a béni tient que les légumes bouillis : car le chou et les dourmaskin ont chehakol pour bénédiction, comme les poulets ; sur ce qui ne croît pas de la terre, comme la viande, les œufs et les poissons, la Michna a enseigné chehakol. Et puisque leurs bénédictions sont égales, ce qui est préféré passe en premier.
וּמְלַגְלֵג סָבַר שְׁלָקוֹת בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה שֶׁהִיא בְּרָכָה חֲשׁוּבָה לְעַצְמָהּ לִדְבָרִים חֲשׁוּבִים וְהָיָה לוֹ לְהַקְדִּימוֹ:
Et celui qui s'est moqué tient que les légumes bouillis relèvent de bore péri haadama : car c'est une bénédiction importante par elle-même, réservée aux choses importantes, et il aurait fallu la faire passer en premier.
🗂️ Tossefot (1)
חָבִיב עָדִיף וְכֵן הֲלָכָה אִם יֵשׁ לוֹ שְׁנֵי מִינֵי פֵּירוֹת לְפָנָיו חָבִיב עָדִיף וּבוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה עֲדִיפָא מִשֶּׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ דִּמְבֹורֶרֶת טְפֵי וַחֲשׁוּבָה לְעַצְמָהּ מִקְּרֵית וִיבָרֵךְ עַל אוֹתוֹ הַמִּין שֶׁשַּׁייָּךְ בּוֹ פְּרִי הָאֲדָמָה אַף עַל פִּי שֶׁאוֹתוֹ הַמִּין שֶׁיֵּשׁ לְבָרֵךְ עָלָיו שֶׁהַכֹּל חָבִיב עָלָיו וְאִם לְפָנָיו פֵּירוֹת שֶׁהַבְּרָכוֹת שָׁווֹת וְאֶחָד מֵהֶן הוּא מז' הַמִּינִין יְבָרֵךְ תְּחִלָּה עַל אוֹתוֹ שֶׁל ז' הַמִּינִין דַּעֲדִיפֵי:
Ce qui est préféré passe en premier : telle est la halakha. S'il a devant lui deux espèces de fruits, ce qui est préféré passe en premier. Et bore péri haadama l'emporte sur chehakol nihya bidvaro, car elle est plus précise et se dit importante par elle-même ; il bénira donc sur l'espèce à laquelle revient péri haadama, même si l'espèce sur laquelle il faut dire chehakol lui est plus chère. Et s'il a devant lui des fruits dont les bénédictions sont égales et que l'un d'eux fait partie des sept espèces, il bénira d'abord sur celui des sept espèces, qui l'emporte.
💡 Explication

La Guemara propose une lecture du récit. Les deux disciples se seraient opposés sur la bénédiction des chelakot, les légumes bouillis. Pour celui qui a béni, la cuisson leur fait perdre bore péri haadama et les ramène à chehakol, au même rang que la volaille : les bénédictions étant égales, le critère devient haviv, la préférence du mangeur. Pour celui qui s'est moqué, les légumes bouillis gardent bore péri haadama.

Le principe sous-jacent est celui de la hiérarchie des formules. Une bénédiction précise, qui nomme la catégorie de l'aliment, passe avant une bénédiction générale. Tossefot en tire une règle pratique : la préférence personnelle ne décide qu'entre aliments de même bénédiction, et parmi ceux-là, un aliment des sept espèces passe encore devant.

🖼️ Schéma
Comment départager deux plats servis ensemble 1. Les bénédictions sont-elles différentes ? Oui : la plus précise passe bore péri haadama devant chehakol nihya bidvaro Non : le préféré passe haviv adif, ce que le mangeur tient pour le meilleur À égalité, un aliment des sept espèces passe d'abord
L'ordre des bénédictions selon Tossefot : précision de la formule, puis préférence.
7
לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא שְׁלָקוֹת וּפַרְגִּיּוֹת ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״, וְהָכָא בְּהַאי סְבָרָא קָא מִיפַּלְגִי: מָר סָבַר חַבִּיב עֲדִיף, וּמָר סָבַר כְּרוּב עֲדִיף, דְּזָיֵין.

Non : tout le monde s'accorde à dire que les légumes bouillis et les poulets relèvent de chehakol nihya bidvaro, et ici ils divergent sur ce raisonnement : ce maître tient que ce qui est préféré passe en premier, et ce maître tient que le chou passe en premier, parce qu'il nourrit.

📜 Rachi (1)
כְּרוּב עָדִיף דְּזָיֵין דְּתַנְיָא לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף מד:) כְּרוּב לְמָזוֹן וּתְרָדִין לִרְפוּאָה:
Le chou passe en premier parce qu'il nourrit : car il a été enseigné plus loin (Berakhot 44b) que le chou est pour la nourriture et les bettes pour le remède.
⚖️ Rosh (1)
א"ר חִייָּא בַּר אַבָּא אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר' יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלוּחַ וּבֵירַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף א"ל רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא לְרַבִּי זֵירָא הַאי זַיִת מָלוּחַ כֵּיוָן דִּשְׁקַלְתֵּיהּ לְגַרְעִינֵיתֵיהּ בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא. אַבְּרָכָה אַחֲרוֹנָה קָבָעֵי אֲבָל בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה אֲפִילּוּ כָּל דְּהוּ מְבָרֵךְ דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה. וְכֵן פירש"י בְּסֻוכָּה פֶּרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כו:) גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁהֵבִיאוּ לוֹ פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה וְלֹא בֵּירַךְ אַחֲרָיו דְּמַשְׁמַע הָא לְפָנָיו בֵּירַךְ וה"נ אָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּכֹל שֶׁאוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אוֹמֵר לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ כֹּל שֶׁאֵין אוֹמְרִים עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ הֲתִיבּוֹן הֲרֵי פָּחוֹת מִכַּזַּיִת שֶׁאֵין מְבָרְכִין עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת לֹא יְבָרְכוּ לְפָנָיו הַמּוֹצִיא. א"ר יַעֲקֹב בְּרַבִּי אֲחָא לִשְׁאָר מִינִין נִצְרְכָה פִּי' לָא אָתֵי לִפְלוּגֵי בֵּין דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שִׁיעוּר לְדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ שִׁיעוּר אֶלָּא בֵּין פַּת לִשְׁאָר מִינֵי מַאֲכָל כְּגוֹן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה וְכוּבָא דְּאַרְעָא וּפַת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין הֵיכָא דְּלָא קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עֲלַייְהוּ וּפַת אֹורֶז וּפַת דֹּוחַן שֶׁאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים לִפְנֵיהֶם הַמּוֹצִיא אַף עַל גַּב דִּלְעֵיל בְּרֵישׁ פִּירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לָהּ) נָפְקָא לָן בְּרָכָה לְכַתְּחִלָּה ק"ו מִלִּבְסוֹף כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ כְּשֶׁהוּא רָעֵב לֹא כ"ש מ"מ לָא אָמְרִינַן דַּיּוֹ שֶׁלֹּא יְבָרֵךְ עַל מַשֶּׁהוּ שֶׁבַּתְּחִלָּה כְּמוֹ שֶׁאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְבַסּוֹף דְּלָאו קַל וָחֹומֶר גָּמוּר הוּא דְּמַה לְבַסּוֹף שֶׁכֵּן נֶהֱנֶה כְּבָר כִּדְאָמַר לְעֵיל תֵּדַע דִּבְרָכָה לְפָנָיו לָאו דְּאוֹרַיְיתָא הִיא דְּהָא תְּנַן לְעֵיל בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) בַּעַל קֶרִי מְבָרֵךְ עַל הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו. וְכֵן בְּפֶרֶק הָיָה קוֹרֵא (בְּרָכוֹת דַּף טז.) הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה אֵצֶל בעה"ב אוֹכְלִין פִּתָּן וְאֵין מְבָרְכִין לְפָנֶיהָ אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֶיהָ: מִי סָבְרַתְּ ר' יוֹחָנָן זַיִת קָטָן אָכַל זַיִת גָּדוֹל אָכַל וְכוּ'. וּבִירוּשַׁלְמִי מַיְיתֵי עֻובְדָּא אַחַרְיַנָא. רַבִּי יוֹחָנָן נְסַב זַיִת וּבֵירַךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וַהֲוָה ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא מִסְתַּכֵּל בֵּיהּ אָמַר מַאי הַדִּין בַּבְלָאָה מִסְתַּכֵּל לֵית לֵיהּ כָּל שֶׁהוּא מִמִּין ז' טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו. אִית לֵיהּ וּמַה צְרִיכָא לֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינִיתְיָהּ מְמַעֲטֵיהּ. וְלֵית לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינֵיתֶיהּ מְמַעֲטֶיהָ מֶה עֲבַד לֵיהּ ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם בְּרֵיהּ. מִלְּתֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן אֲמָרָהּ שֶׁכֵּן אִם אָכַל אַפֵּי' פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִמּוֹן שֶׁהוּא טָעוּן בְּרָכָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וְהַשְׁתָּא אִי הֲוָה עוּבְדָא דִּגְמָרָא דִּידַן הַהוּא עֻובְדָּא גּוּפָא דִּירוּשַׁלְמִי א"כ חוֹלֵק גְּמ' דִּידַן עַל הַיְרֻושַּׁל' וס"ל דְּאַפֵּי' בִּרְיָה בָּעֵי כַּזַּיִת וּגָמ' דִּידַן עִיקָּר. אֲבָל אֶפְשָׁר דִּשְׁנֵי מַעֲשִׂים הָווּ וְהַאי דִּירוּשַׁלְמִי הָוֵי זַיִת שָׁלֵם כְּשֶׁהוּבָא לְפָנָיו אע"ג שֶׁהִשְׁלִיךְ הַגַּרְעִינִים כֵּיוָן שֶׁהוּבָא לְפָנָיו שָׁלֵם וְנֶהֱנָה מִבְּרִיָּה שְׁלֵימָה מַה שֶׁדֶּרֶךְ לֶאֱכֹול מִמֶּנָּה יֵשׁ כָּאן שִׁיעוּר. אֲבָל הַאי עֻובְדָּא דִּגְמָרָא דִּידַן אֶפְשָׁר דְּהַאי זַיִת מָלִיחַ דְּהוּבָא לְפָנָיו בְּלֹא גַּרְעִין הָיָה כִּי הַהִיא דְּסוֹף אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף מ:) גַּבֵּי זֵיתֵי גְּלוּסְקָא דְּקָתָנֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר הַשְּׁלָחִים אֲסוּרִים. הֵיכִי דָמֵי שְׁלָחִים. א"ר יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא כֹּל שֶׁאוֹחֵז בְּיָדוֹ וְגַרְעִינִיתוֹ נִשְׁמֶטֶת וּבְהַךְ זַיִת אַיְירֵי הָכָא הִלְכָּךְ לָא הָוֵי בִּרְיָה וִירֵא שָׁמַיִם יַחְמִיר שֶׁלֹּא יֹאכַל פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר לְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק וְיֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק עַל בִּרְכַּת בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת אִם צְרִיכָה שִׁיעוּר אִם לָאו דְּדִילְמָא דַּוְקָא בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ דִּכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ הוּא דְּבָעֵי שִׁיעוּר לְמַר בִּכְדֵי אֲכִילָה וּלְמַר בִּכְדֵי שְׂבִיעָה אֲבָל בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת לֹא בָּעֵי שִׁיעוּרָא וְהָא דְּפָרִיךְ הָכָא הֵיכִי בְּרִיךְ ר' יוֹחָנָן עַל זַיִת מָלִיחַ מִשּׁוּם דְּבָצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא אַלִּיבָּא דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא פָּרֵיךְ דְּאָמַר בְּמִילְּתֵיהּ קָאֵי וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ אוֹ דִּלְמָא לֹא נִתְקְנָה בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת שֶׁהִיא דְּרַבָּנָן אֶלָּא דֻּומְיָא דִּבְרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' שֶׁהִיא דְּאוֹרָיְיתָא וּמִדּר' צָדוֹק בְּפֶ' הַיָּשָׁן שֶׁנָּטַל פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו אֶלָּא לְפָנָיו אֵין רְאָיָה דִּילְמָא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לֹא בֵּירַךְ הָא בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת בֵּירַךְ וּמִתּוֹךְ דִּבְרֵי ר"י מַשְׁמַע שֶׁאִם אָכַל מז' מִינִים פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר שֶׁיְּבָרֵךְ אַחֲרָיו בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת וְלָא נְהִירָא לִי דְּמִסְתַּבֵּר דְּעַל מִין שֶׁרָאוּי לְבָרֵךְ עָלָיו מֵעֵין ג' בִּשְׁבִיל חֶסְרוֹן הַשִּׁיעוּר לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בְּרָכָה אַחֶרֶת וְכֵן מַשְׁמַע הַהִיא דְּרַבִּי צָדוֹק שֶׁלֹּא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו כְּלָל דְּאִילּוּ בֵּירַךְ בְּרָכָה אַחֶרֶת הָיָה הַסֵּפֶר מְפָרֵשׁ אֵיזֶה בְּרָכָה בֵּירַךְ וְכֵן מָצָאתִי בְּשֵׁם הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל:
Rabbi Hiya bar Abba a dit : j'ai vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et réciter dessus la bénédiction d'avant et celle d'après. Rabbi Yirmeya bar Abba dit à Rabbi Zeira : cette olive salée, puisqu'on lui a ôté son noyau, il lui manque la mesure. La question porte sur la bénédiction d'après ; pour la bénédiction d'avant, il bénit sur la moindre quantité, car il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction. Ainsi Rachi a-t-il expliqué dans Souka, chapitre Hayachen (26b), à propos du fait rapporté de Rabbi Tsadok, à qui l'on apporta moins qu'un kabeitsa, qu'il mangea hors de la souka et sur quoi il ne bénit pas après, ce qui laisse entendre qu'il avait béni avant. Nous disons de même dans le Yerouchalmi de notre chapitre : tout ce sur quoi l'on récite les trois bénédictions, on dit avant lui hamotsi le'hem min haarets ; tout ce sur quoi l'on ne récite pas les trois bénédictions, on ne dit pas avant lui hamotsi le'hem min haarets. On objecta : voici moins d'un kazayit, sur quoi l'on ne récite pas les trois bénédictions ; que l'on ne bénisse donc pas avant lui hamotsi. Rabbi Yaakov fils de Rabbi Aha dit : c'est pour les autres espèces que cet enseignement était nécessaire, c'est-à-dire qu'il ne vient pas distinguer entre ce qui a la mesure et ce qui ne l'a pas, mais entre le pain et les autres sortes d'aliments, comme les mets de marmite, le kouva de-ar'a, le pain fin (pat habaa bekisnin) lorsqu'il n'a pas établi son repas dessus, le pain de riz et le pain de millet, sur lesquels on ne récite pas les trois bénédictions et avant lesquels on ne dit pas hamotsi. Et bien que plus haut, au début de notre chapitre (Berakhot 35a), nous ayons tiré la bénédiction d'avant a fortiori de celle d'après, puisque s'il bénit rassasié, à plus forte raison affamé, nous ne disons pas dayo, qu'il ne bénisse pas sur la moindre quantité au début comme il ne bénit pas à la fin, car ce n'est pas un kal va-homer complet : ce qui vaut pour la fin, c'est qu'il a déjà joui, comme il a été dit plus haut. La preuve en est que la bénédiction d'avant n'est pas de la Torah, car nous avons appris plus haut, au chapitre Mi chemeto (Berakhot 20b), que celui qui a eu une pollution récite la bénédiction après le repas et ne bénit pas avant ; et au chapitre Haya kore (Berakhot 16a), que les ouvriers qui travaillaient chez le maître de maison mangent leur pain et ne bénissent pas avant, mais bénissent après. Penses-tu que Rabbi Yo'hanan ait mangé une petite olive ? Il a mangé une grande olive, etc. Et dans le Yerouchalmi on rapporte un autre fait : Rabbi Yo'hanan prit une olive et bénit avant et après ; Rabbi Hiya bar Abba le regardait. Il dit : que regarde ce Babylonien ? Ne tient-il pas que tout ce qui est des sept espèces requiert une bénédiction avant et après ? Il le tient bien ; alors pourquoi s'interroge-t-il ? Parce que son noyau la diminue. Et Rabbi Yo'hanan ne tient-il pas que son noyau la diminue ? Comment a-t-il fait ? À cause de la beria. Le propos de Rabbi Yo'hanan enseigne donc que, s'il a mangé même un seul grain de raisin ou un seul grain de grenade, cela requiert une bénédiction avant et après. Or, si le fait de notre Guemara était le même que celui du Yerouchalmi, notre Guemara s'opposerait au Yerouchalmi et tiendrait que même une beria exige un kazayit, et notre Guemara ferait autorité. Mais il se peut qu'il s'agisse de deux faits distincts : celui du Yerouchalmi portait sur une olive entière lorsqu'elle fut apportée devant lui, et bien qu'il en eût rejeté les noyaux, puisqu'elle lui avait été apportée entière et qu'il a joui d'une unité entière selon ce qu'on en mange d'ordinaire, la mesure s'y trouve. Le fait de notre Guemara porte peut-être sur une olive salée qui lui fut apportée sans noyau, à l'instar de ce qui est dit à la fin de Ein maamidin (Avoda Zara 40b) au sujet des olives de galouska, où il est enseigné : Rabbi Yossi dit, les chelahim sont interdites. Qu'est-ce que les chelahim ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : toute olive que l'on tient dans la main et dont le noyau se détache. C'est d'une telle olive qu'il s'agit ici, de sorte qu'elle ne constitue pas une beria. Celui qui craint le Ciel sera rigoureux et ne mangera pas moins que la mesure, afin d'échapper au doute. Il y a lieu de douter au sujet de la bénédiction bore nefachot, si elle exige une mesure ou non : peut-être seule la bénédiction abrégée des trois, dont il est écrit tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras, exige une mesure, pour l'un à la mesure d'une consommation, pour l'autre à la mesure d'un rassasiement, tandis que bore nefachot n'exigerait pas de mesure. Et si l'on demande ici comment Rabbi Yo'hanan a béni sur une olive salée alors qu'il lui manquait la mesure, c'est selon Rabbi Hiya bar Abba qu'on le demande, lui qui tient que l'olive demeure en son état et qu'il faut réciter dessus une bénédiction abrégée des trois. Ou peut-être bore nefachot, qui est rabbinique, n'a-t-elle été instituée qu'à l'image de la bénédiction abrégée des trois, qui est de la Torah. Et du cas de Rabbi Tsadok au chapitre Hayachen, qui prit moins qu'un kabeitsa et ne bénit pas après mais seulement avant, il n'y a pas de preuve : peut-être n'a-t-il pas récité le birkat hamazon, tout en ayant récité bore nefachot. Des propos du Ri il ressort que, s'il a mangé des sept espèces moins que la mesure, il récite après bore nefachot. Cela ne me paraît pas juste, car il est logique que, sur une espèce qui mérite la bénédiction abrégée des trois, le défaut de mesure ne rende pas pertinente une autre bénédiction. Cela ressort aussi du cas de Rabbi Tsadok, qui ne bénit pas du tout après : s'il avait récité une autre bénédiction, le texte aurait précisé laquelle. Ainsi l'ai-je trouvé au nom du Rav Rabbenou Yona, de mémoire bénie.
💡 Explication

La Guemara écarte la lecture précédente. Tous s'accordent ici sur chehakol pour les deux plats, et le désaccord porte sur le critère qui départage deux aliments de même bénédiction. Le premier disciple retient haviv, la préférence. Son compagnon retient une autre valeur : le chou zayin, il nourrit, et cette fonction alimentaire le fait passer devant une volaille consommée pour son goût.

Rachi appuie ce point sur une baraita ultérieure qui classe les légumes selon leur usage : le chou pour la nourriture, les bettes pour le remède. La conséquence de ce retournement est importante pour la sougya : le récit cesse d'être un témoin sur la bénédiction des légumes bouillis, et la question posée au début reste ouverte.

8
אָמַר רַבִּי זֵירָא, כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב הוּנָא אָמַר לַן: הָנֵי גַּרְגְּלִידֵי דְּלִפְתָּא, פַּרְמִינְהוּ פְּרִימָא רַבָּא — ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, פְּרִימָא זוּטָא — ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״. וְכִי אֲתָאן לְבֵי רַב יְהוּדָה אֲמַר לַן: אִידִי וְאִידִי ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, וְהָא דְּפַרְמִינְהוּ טְפֵי, כִּי הֵיכִי דְּנִמְתִּיק טַעְמֵיהּ.

Rabbi Zeira a dit : lorsque nous étions à l'école de Rav Houna, il nous a dit : ces têtes de navets, s'il les a coupées en gros morceaux, bore péri haadama ; en petits morceaux, chehakol nihya bidvaro. Et lorsque nous sommes venus à l'école de Rav Yehouda, il nous a dit : les unes comme les autres, bore péri haadama ; et s'il les a coupées davantage, c'est afin d'en adoucir le goût.

📜 Rachi (3)
גַּרְגְּלִידֵי דְּלִפְתָּא רָאשֵׁי לְפָתוֹת:
Guarguelidei delifta : des têtes de navets.
פַּרְמִינְהוּ מנושיי"ר בְּלַעַ"ז לְשׁוֹן קְנִיבַת יָרָק:
Perminhou : menouchiyer en langue vulgaire ; c'est le terme qui désigne l'éminçage des légumes.
פְּרִימָא זוּטָא גְּרִיעוּתָא הִיא וּבְשֶׁאֲכָלוֹ חַי קָאֵי:
Coupées en petits morceaux : il y a là un amoindrissement, et il s'agit du cas où on les mange crues.
🗂️ Tossefot (1)
מַנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ הַשְּׁלֵמָה וּבוֹצֵעַ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וּבוֹצֵעַ לִשְׁתֵּיהֶן אוֹ בּוֹצֵעַ לִשְׁלֹמֹה בִּלְבַד וְהַייְנוּ ע"י שְׁנֵיהֶן דְּכֵיוָן שֶׁהִנִּיחַ הַפְּרוּסָה תַּחַת הַשְׁלָמָה נִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁבּוֹצֵעַ נָמֵי אַפְּרוּסָה וְדַוְקָא בּוֹצֵעַ לִשְׁלֹמֹה אֲבָל לֹא רָצָה לְפָרֵשׁ וּבוֹצֵעַ לְאֵיזֶה מֵהֶן שֶׁיִּרְצֶה אוֹ לִפְרוּסָה אוֹ לִשְׁלֹמֹה דְּמִדְּקָאָמַר לְתוֹךְ הַשְׁלָמָה מַשְׁמַע דְּהַשְׁלָמָה עִיקָּר וּלְפִי' רַשִׁ"י ה"פ יְרֵא שָׁמַיִם יוֹצֵא יְדֵי שְׁנֵיהֶם כִּדְרַב הוּנָא וּכְדָר' יוֹחָנָן בִּפְתִיתִין וּשְׁלֵמָה וּלְפִי' ר"ת לֹא מָצִינוּ לְפָרֵשׁ הָכִי דְּקָאֵי אַפְּתִיתִין שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת כֵּן אֶלָּא יְבָרֵךְ עַל הַשְׁלָמָה וְדַי בְּכָךְ לכ"ע דַּאֲפִילּוּ רַב הוּנָא לָא קָאָמַר אֶלָּא עַל הַפְּרוּסָה אִם יִרְצֶה אֲבָל פְּשִׁיטָא אִם בֵּירַךְ עַל הַשְּׁלֵמָה יָצָא וְנִרְאֶה לְפֵירוּשׁ ר"ת שְׁנֵיהֶם קָאֵי אַשְּׁנֵי לְחָמִים אַפְּרוּסָה שֶׁל חִטִּים וּשְׁלֵמָה שֶׁל שְׂעוֹרִים:
Il place le morceau dans le pain entier et rompt : Rachi a expliqué qu'il rompt pour les deux, ou bien qu'il rompt pour le pain entier seul, ce qui revient aux deux, puisque, ayant placé le morceau sous le pain entier, il paraît rompre aussi sur le morceau, alors qu'il ne rompt en fait que le pain entier. Rachi n'a pas voulu expliquer qu'il rompt sur celui des deux qu'il veut, le morceau ou le pain entier, car du fait qu'il est dit dans le pain entier, il ressort que le pain entier est l'essentiel. Selon l'explication de Rachi, le sens est le suivant : celui qui craint le Ciel s'acquitte des deux avis, celui de Rav Houna et celui de Rabbi Yo'hanan, quant aux morceaux et au pain entier. Selon l'explication de Rabbenou Tam, on ne peut expliquer ainsi si cela porte sur les morceaux, car il n'a pas besoin d'agir de la sorte : qu'il bénisse sur le pain entier et cela suffit pour tous, puisque même Rav Houna n'a dit que l'on peut bénir sur le morceau que si on le veut, tandis qu'il est évident que, s'il a béni sur le pain entier, il s'est acquitté. Il paraît, selon l'explication de Rabbenou Tam, que les deux renvoie à deux pains : un morceau de froment et un pain entier d'orge.
💡 Explication

Les guarguelidei delifta sont les têtes de navets, servies coupées. Rav Houna lie la bénédiction à la taille de la coupe : en gros morceaux, le légume reste reconnaissable et garde bore péri haadama ; émincé finement, il perd sa forme et tombe à chehakol. Rachi précise que ce cas vise le navet consommé cru, ou l'éminçage marque une dégradation.

Rav Yehouda répond par une lecture de l'intention. La coupe fine ne détruit pas le légume, elle sert à adoucir son goût. Un travail qui améliore l'aliment ne le fait pas sortir de sa catégorie, et la bénédiction demeure bore péri haadama dans les deux cas. Ce critère de l'intention du travail commande toute la suite du folio.

🖼️ Schéma
La coupe du navet : dégradation ou amélioration Rav Houna Gros morceaux : bore péri haadama Petits morceaux : chehakol la coupe fine amoindrit le légume cru Rav Yehouda Les deux : bore péri haadama La coupe fine sert à adoucir le goût, elle améliore le légume au lieu de le dégrader
Le critère décisif est ce que vise la coupe, non sa finesse.
9
אָמַר רַב אַשִּׁי, כִּי הָוֵינַן בֵּי רַב כָּהֲנָא אָמַר לָן: תַּבְשִׁילָא דְּסָלְקָא, דְּלָא מַפְּשׁוּ בַּהּ קִמְחָא — ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. דְּלִפְתָּא, דְּמַפְּשׁוּ בַּהּ קִמְחָא טְפֵי — ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״. וַהֲדַר אָמַר: אִידִי וְאִידִי ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״, וְהַאי דְּשָׁדֵי בַּהּ קִמְחָא טְפֵי — לְדַבּוֹקֵי בְּעָלְמָא עָבְדִי לַהּ.

Rav Achi a dit : lorsque nous étions à l'école de Rav Kahana, il nous a dit : un mets de bettes, où l'on ne met pas beaucoup de farine, bore péri haadama ; un mets de navets, où l'on met davantage de farine, bore mine mezonot. Puis il revint sur son propos et dit : les uns comme les autres, bore péri haadama ; et s'ils y jettent davantage de farine, c'est seulement pour lier.

⚖️ Rosh (1)
חֲבִיץ קְדֵירָה וְכֵן דַּייְסָא כְּעֵין חֲבִיץ קְדֵירָה כְּגוֹן דְּאִיכָּא בָּהֶן דֻּובְשָׁא רַב יְהוּדָה אוֹמֵר שֶׁהַכֹּל וְרַב כָּהֲנָא אוֹמֵר בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת אָמַר רַב יוֹסֵף נְקוֹט דְּרַב כָּהֲנָא בִּידָךְ דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵחֲמֵשֶׁת מִינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וְכֵן הִלְכְתָא דְּהָא רַב יוֹסֵף מַיְיתֵי מִינַּייְהוּ רְאָיָה הִלְכָּךְ כָּל שֶׁעִיקָּרוֹ מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין אַפֵּי' רֻובּוֹ מִמִּין אַחֵר מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ אֲבָל תַּבְשִׁיל שֶׁנּוֹתְנִין שָׁם קֶמַח לְהַקְפּוֹת הַמַּאֲכָל וּלְדַבְּקוֹ לָא חֲשִׁיב עִיקָּר כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לט.) הַאי תַּבְשִׁילָא דְּסִילְקָא דְּשָׁדוּ בֵּיהּ קִימְחָא לְדִבּוּקֵי בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבִידִי וּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא פה"א ואע"ג דְּהִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ בְּהַךְ מֵימְרָא קַמַּייְתָא בְּהַךְ מֵימְרָא תְּנֵינָא דְּקָאָמַר כָּל שֶׁהוּא מַה' מִינִין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת לְאַפּוֹקֵי אֹורֶז לָא קי"ל כְּוָותַייְהוּ דְּאִיתּוֹתַבוּ דַּף לז. מֵהַךְ בָּרַייְתָא דְּתַנְיָא הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ ב"פ הָאֲדָמָה טְחָנָהּ אֲפָאָהּ וּבִשְּׁלָהּ בִּזְמַן שֶׁהַפְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת מְבָרֵךְ בַּתְּחִלָּה הַמּוֹצִיא וּלְבַסּוֹף ג' בְּרָכוֹת וְאִם אֵין הַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת מְבָרֵךְ בַּתְּחִלָּה בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג':
Le havits kedeira, ainsi que la bouillie (dayssa) faite à la manière du havits kedeira, lorsqu'il s'y trouve du miel : Rav Yehouda dit chehakol, et Rav Kahana dit bore mine mezonot. Rav Yossef a dit : tiens en main l'avis de Rav Kahana, car Rav et Chmouel ont dit tous deux que tout ce qui contient l'une des cinq espèces, on récite dessus bore mine mezonot. Telle est la halakha, puisque Rav Yossef en tire preuve. Dès lors, tout ce dont l'essentiel est des cinq espèces, même si la plus grande part en est d'une autre espèce, on récite dessus bore mine mezonot et, à la fin, la bénédiction abrégée des trois. Mais un mets où l'on met de la farine pour épaissir l'aliment et le lier ne compte pas comme l'essentiel, comme nous le disons plus loin (Berakhot 39a) : ce mets de bettes où l'on a jeté de la farine, c'est seulement pour lier qu'ils le font, et l'on récite dessus bore péri haadama. Et bien que la halakha suive Rav et Chmouel dans ce premier propos, dans le second propos, où il est dit que tout ce qui est des cinq espèces reçoit bore mine mezonot, à l'exclusion du riz, nous ne tranchons pas comme eux, car ils ont été réfutés (folio 37a) par cette baraita : celui qui croque du blé récite dessus bore péri haadama ; s'il l'a moulu, cuit au four et fait cuire, lorsque les morceaux subsistent, il récite d'abord hamotsi et à la fin les trois bénédictions, et si les morceaux ne subsistent pas, il récite d'abord bore mine mezonot et à la fin la bénédiction abrégée des trois.
💡 Explication

La question se déplace vers les mets où la farine entre comme ingrédient secondaire. Rav Kahana distingue d'abord selon la quantité : peu de farine, la bénédiction suit le légume ; beaucoup de farine, elle suit la céréale et devient bore mine mezonot. Puis il corrige lui-même cette distinction.

Le critère retenu est celui de la fonction : la farine ajoutée au navet sert ledabouke bealma, seulement à lier le plat. Un ingrédient qui joue un rôle technique ne devient pas l'essentiel du mets, quelle que soit sa quantité apparente. Le Roch en tire la règle générale que retient la halakha : la farine ajoutée pour épaissir ne fait pas passer le plat sous bore mine mezonot.

10
אָמַר רַב חִסְדָּא: תַּבְשִׁיל שֶׁל תְּרָדִין יָפֶה לַלֵּב, וְטוֹב לָעֵינַיִם, וְכָל שֶׁכֵּן לִבְנֵי מֵעַיִם. אָמַר אַבַּיֵּי: וְהוּא דְּיָתֵיב אַבֵּי תָפֵי וְעָבֵיד ״תּוּךְ תּוּךְ״.

Rav Hisda a dit : un mets de bettes est bon pour le cœur, bon pour les yeux, et à plus forte raison pour les intestins. Abaye a dit : à la condition qu'il repose sur le foyer et fasse toukh toukh.

📜 Rachi (2)
אֲבִי תֻּפִּי עַל מְקוֹם שְׁפִיתַת הַקְּדֵירָה:
Avei tefi : sur l'emplacement où l'on pose la marmite.
וַעֲבִיד תּוּךְ תּוּךְ כְּלוֹמַר שֶׁשָּׁלוּק וְנִמְחָה מְאֹד וְקוֹל רְתִיחָתוֹ נִשְׁמַעַת כְּקוֹל תּוּךְ תּוּךְ:
Et fait toukh toukh : c'est-à-dire qu'il est très bouilli et très délité, et que le bruit de son bouillonnement s'entend comme un son toukh toukh.
💡 Explication

Le passage sur les bettes appelle une remarque médicale, selon un usage fréquent dans le Talmud. Abaye la précise par une condition de cuisson : le plat doit avoir longuement bouilli sur le foyer, au point que son bouillonnement s'entend. Rachi lit dans cette onomatopée le signe d'un mets entièrement délité.

11
אָמַר רַב פָּפָּא: פְּשִׁיטָא לִי מַיָּא דְסִלְקָא — כְּסִלְקָא, וּמַיָּא דְּלִפְתָּא — כְּלִפְתָּא, וּמַיָּא דְּכוּלְּהוּ שָׁלְקִי — כְּכוּלְּהוּ שָׁלְקִי. בָּעֵי רַב פָּפָּא: מַיָּא דְּשִׁיבְתָּא מַאי? לְמַתּוֹקֵי טַעְמָא עָבְדִי, אוֹ לְעַבּוֹרֵי זוּהֲמָא עָבְדִי לַהּ?

Rav Papa a dit : il m'est évident que l'eau des bettes est comme les bettes, que l'eau des navets est comme les navets, et que l'eau de tous les légumes bouillis est comme tous les légumes bouillis. Rav Papa a demandé : l'eau de l'aneth (chiveta), qu'en est-il ?

L'y met-on pour adoucir le goût, ou bien l'y met-on pour ôter la mauvaise odeur (zouhama) ?

📜 Rachi (4)
מַיָּא דְּסָלְקָא תַּבְשִׁיל שֶׁל תְּרָדִין:
Meya desilka : le mets de bettes.
כְּסָלְקָא לְעִנְיַן בְּרָכָה:
Comme les bettes : quant à la bénédiction.
דְּשִׁיבְתָּא יָרָק שֶׁנּוֹתְנִין מְעַט בִּקְדֵרָה לְמַתֵּק בְּעָלְמָא וְלֹא לְאָכְלוֹ אני"ט בְּלַעַ"ז:
De chiveta : un légume dont on met un peu dans la marmite simplement pour adoucir, et non pour le manger ; aneit en langue vulgaire.
לְמַתּוֹקֵי טַעְמָא עֲבִיד וּמְבָרְכִין עַל מֵימֵי תַּבְשִׁילוֹ ב"פ הָאֲדָמָה:
On l'y met pour adoucir le goût : et l'on récite sur l'eau de sa cuisson bore péri haadama.
🗂️ Tossefot (1)
מַיָּא דְּסָלְקָא כְּסָלְקָא מְבָרְכִין עָלֶיהָ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא מַיִם וְטַעַם הַיְּרָקוֹת מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן כַּאֲשֶׁר יְבָרֵךְ עַל הַיְּרָקוֹת אע"ג דְּאָמְרִינַן לְעֵיל דְּמֵי פֵּירוֹת זֵיעָה בְּעָלְמָא הוּא יֵשׁ לְחַלֵּק:
L'eau des bettes est comme les bettes : on récite dessus bore péri haadama. Bien qu'elle ne contienne que de l'eau et le goût des légumes, il bénit dessus comme il bénirait sur les légumes. Et bien que nous ayons dit plus haut que le jus des fruits n'est qu'une simple exsudation, il y a lieu de distinguer.
⚖️ Rosh (1)
וּמַיָּא דְּסָלְקָא וּמַיָּא דְּלִיפְתָּא וּמַיָּא דְּשַׁבְּתָא בפה"א דְּקַיְימָא לָן מַיָּא דְּכֻולְּהוּ שָׁלְקִי כְּשָׁלְקִי וּמְבָרְכִינַן עֲלַייְהוּ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ כ"א הַמָּרָק וְטַעַם הַיְּרָקוֹת מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן כְּמוֹ שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הַיְּרָקוֹת עַצְמָן וְלָא דָּמֵי לְמֵי פֵּירוֹת דְּאָמְרִינַן לְעֵיל דְּזֵיעָה בְּעָלְמָא הוּא לְפִי שֶׁמַּשְׁקֶה אֵין לוֹ טַעַם הַפְּרִי וְאֶפְשָׁר שֶׁאִם בִּשֵּׁל הַפְּרִי וְנִכְנַס טַעַם הַפֵּירוֹת בַּמַּיִם מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן ב"פ הָעֵץ:
L'eau des bettes, l'eau des navets et l'eau de l'aneth : bore péri haadama, car nous tenons pour établi que l'eau de tous les légumes bouillis est comme les légumes bouillis, et l'on récite dessus bore péri haadama. Bien qu'il n'y ait là que le bouillon et le goût des légumes, il bénit dessus comme il bénit sur les légumes eux-mêmes. Cela ne ressemble pas au jus des fruits, dont nous disons plus haut qu'il n'est qu'une simple exsudation, parce que ce liquide-là n'a pas le goût du fruit. Et il se peut que, s'il a fait cuire le fruit et que le goût des fruits est entré dans l'eau, il récite dessus bore péri haets.
💡 Explication

Rav Papa pose comme évident que l'eau de cuisson d'un légume prend le statut de ce légume : elle a reçu son goût par la cuisson et compte comme lui pour la bénédiction. Tossefot et le Roch marquent la différence avec le jus des fruits, tenu plus haut pour une simple exsudation : le liquide qui suinté du fruit n'en porte pas le goût, tandis que l'eau de cuisson le porte.

Le doute porte sur l'aneth, chiveta, herbe que l'on jette dans la marmite en petite quantité sans la manger. Deux fonctions sont possibles : ajouter du goût, auquel cas l'eau en porte la trace et mérite bore péri haadama, ou absorber le mauvais goût du bouillon, auquel cas l'aneth n'a rien apporté et son eau ne se bénit pas à son titre.

🖼️ Schéma
L'eau de cuisson prend-elle le statut de ce qu'on y a mis Acquis pour Rav Papa eau de bettes, de navets, de tout légume bore péri haadama En question l'aneth, mis en petite quantité et qui n'est pas mangé Pour le goût l'eau en porte la trace bore péri haadama Pour ôter la zouhama l'aneth n'a rien apporté pas de bénédiction à son titre Réponse par Oktsin l'aneth qui a donné son goût sort de la terouma : il servait au goût
Le doute sur l'aneth et la voie par laquelle la Guemara le tranche.
12
תָּא שְׁמַע: הַשֶּׁבֶת מִשֶּׁנָּתְנָה טַעַם בַּקְּדֵירָה אֵין בָּהּ מִשּׁוּם תְּרוּמָה, וְאֵינָהּ מְטַמְּאָה טֻומְאַת אֳוכָלִים. שְׁמַע מִינַּהּ לְמַתּוֹקֵי טַעְמָא עָבְדִי לַהּ. שְׁמַע מִינָּה.

Viens et écoute : l'aneth, dès lors qu'il a donné son goût dans la marmite, ne relève plus de la terouma et ne contracte plus l'impureté des aliments. Apprends-en qu'on l'y met pour adoucir le goût.

Apprends-en effectivement.

📜 Rachi (1)
הַשַּׁבָּת אֵין בָּהּ בְּבַד שֶׁלָּהּ מִשֶּׁנְּתָנוּהָ בִּקְדֵרָה וְהוֹצִיאוּהָ אֵין בָּהּ שׁוּב מִשּׁוּם אִיסּוּר תְּרוּמָה דַּהֲוָה לֵיהּ כְּעֵץ בְּעָלְמָא מִדְּקָתָנֵי מִשֶּׁנִּתְּנָה טַעַם שְׁמַע מִינָּה לְטַעְמָא עֲבִידָא:
L'aneth ne relève plus : ses tiges, une fois qu'on les a mises dans la marmite et retirées, ne relèvent plus de l'interdit de la terouma, car elles sont devenues comme un simple bois. Du fait qu'il est enseigné dès lors qu'il a donné son goût, apprends-en qu'on l'y met pour le goût.
💡 Explication

La preuve vient d'une michna du traité Oktsin, qui traite l'aneth comme un aliment épuisé une fois sa saveur transmise : il quitte le statut de terouma et cesse d'être susceptible de contracter l'impureté alimentaire. Rachi lit ce statut comme celui d'un simple morceau de bois.

L'argument tient à la formulation même : la michna date le changement du moment où l'aneth a donné son goût. Cette expression suppose que le goût constitue son apport, et le doute de Rav Papa se trouve ainsi tranché. L'eau où l'aneth a cuit reçoit bore péri haadama.

13
אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי: פַּת צְנוּמָה בִּקְעָרָה מְבָרְכִין עָלֶיהָ ״הַמּוֹצִיא״. וּפְלִיגָא דְּרַבִּי חַיָּיא, דְּאָמַר רַבִּי חַייָּא: צָרִיךְ שֶׁתִּכְלֶה בְּרָכָה עִם הַפַּת.

Rav Hiya bar Achi a dit : sur du pain sec (pat tsenouma) placé dans une écuelle, on récite hamotsi. Et cela diverge de l'avis de Rabbi Hiya, car Rabbi Hiya a dit : il faut que la bénédiction s'achève avec le pain.

📜 Rachi (2)
פַּת צְנוּמָה יְבֵשָׁה שֶׁנְּתָנָהּ בִּקְעָרָה לִשְׁרוֹת וְכֵן צְנוּמוֹת דַּקּוֹת:
Pat tsenouma : du pain sec que l'on a mis dans une écuelle pour tremper ; on trouve de même l'expression tsenoumot dakot, pour des épis maigres et desséchés.
צָרִיךְ שֶׁתִּכְלֶה בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא עִם פְּרִיסַת הַפְּרוּסָה מִן הַפַּת וְהַאי פָּרוּס וְעוֹמֵד הוּא:
Il faut qu'elle s'achève : la bénédiction hamotsi doit s'achever avec la rupture du morceau détaché du pain, or celui-ci est déjà rompu.
🗂️ Tossefot (1)
פַּת צְנוּמָה בִּקְעָרָה מְבָרְכִין עֲלֵיהּ הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ וּפְלִיגָא דר' חַיָּיא וא"ת הֵיכִי מַייְרֵי אִם יֵשׁ שְׁלֵמָה לְפָנָיו הָא אָמְרִינַן בְּסָמוּךְ דכ"ע שְׁלֵמָה עָדִיף וְאִי לֵיכָּא אֶלָּא צְנוּמָה הֵיכִי פְּלִיג עֲלָהּ ר' חַייָּא הָא מַסְּקִינַן לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לז:) פֵּרוּרִין אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּהֶן כַּזַּיִת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא הוֹאִיל וְאִית בְּהוּ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא וְי"ל כְּגוֹן דְּאִיכָּא שְׁלֵמָה לְפָנָיו וּבָצַע מִן הַצְּנוּמָה רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי סָבַר דְּהָוֵי כְּמוֹ שְׁלֵמָה מֵאַחַר שֶׁהִיא חֲבִיבָה [מְבָרֵךְ עָלֶיהָ] וְר' חַייָּא ס"ל צָרִיךְ שֶׁתִּכְלֶה בְּרָכָה עִם הַפַּת וְאִם כֵּן בָּעֵינַן שֶׁתִּכְלֶה הַבְּרָכָה עִם בְּצִיעַת הַפַּת וְכֵיוָן שֶׁבְּצוּעָה קֹודֶם לָכֵן שְׁלֹמֹה עָדִיף אֲבָל אִי לֵיכָּא שְׁלֹמֹה מוֹדֶה שֶׁיְּבָרֵךְ עַל הַפֵּרוּרִים הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ:
Sur du pain sec dans une écuelle on récite hamotsi le'hem min haarets, et cela diverge de l'avis de Rabbi Hiya : et si tu dis, de quel cas s'agit-il ? S'il a devant lui un pain entier, nous disons plus loin que tous s'accordent à dire que le pain entier l'emporte ; et s'il n'a qu'un pain sec, comment Rabbi Hiya pourrait-il diverger, alors que nous concluons plus haut (Berakhot 37b) que sur des miettes, même si elles n'ont pas le volume d'un kazayit, on récite hamotsi, puisqu'elles gardent l'aspect du pain ? On peut répondre qu'il s'agit d'un cas où il y a devant lui un pain entier et où il rompt du pain sec. Rav Hiya bar Achi tient que cela vaut comme un pain entier, puisque ce pain lui est cher, et il bénit dessus ; Rabbi Hiya tient qu'il faut que la bénédiction s'achève avec le pain, c'est-à-dire avec la rupture du pain, et puisque celui-ci est déjà rompu, le pain entier l'emporte. Mais s'il n'y a pas de pain entier, il admet qu'il bénit sur les miettes hamotsi le'hem min haarets.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב פַּת הַצְּנוּמָה בִּקְעָרָה מְבָרְכִין עֲלֵיהּ הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ פֵּי' רַ"ח זַ"ל בִּדְאִיכָּא עֲלָהּ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא לְפִי מַה שֶּׁכָּתַבְתִּי לְעֵיל בְּשֵׁם ה"ר יוֹנָה זַ"ל דְּהֵיכָא שֶׁאֵינוֹ מְבֻושָּׁל וְאֵינוֹ מְחֻובָּר יַחַד מֵחֲמַת מָרָק אוֹ דְּבַשׁ תּוֹרַת לֶחֶם עָלָיו אַפֵּי' נִתְפַּרֵּר דַּק דַּק אֲפִי' אֵין בּוֹ תֹּואַר לֶחֶם תֵּימַהּ בְּמַאי מַיְירֵי אִי לֵיכָּא קַמֵּיהּ אֶלָּא פַּת צְנוּמָה פְּשִׁיטָא שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לז) גַּבֵּי חֲבִיצָא דְּאַפֵּי' פֵּירוּרִין שֶׁאֵין בָּהֶם כְּזַיִת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם הַמּוֹצִיא וְאִי אִיכָּא קַמֵּיהּ פַּת שְׁלֵימָה פְּשִׁיטָא שֶׁלֹּא יְבָרְכוּ עַל פְּתִיתִין הַקְּטַנִּים וְגַם אִם אִיכָּא פְּתִיתִין גְּדוֹלִים פְּשִׁיטָא שֶׁיְּבָרֵךְ עַל הַגְּדוֹלָה וְלֹא עַל הַצְּנוּמָה לד"ה וְנִרְאֶה דְּמַיְירֵי בְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּת שָׁלֵם אוֹ פְּתִיתִין גְּדוֹלִים וְעוֹשִׂים מֵהֶן פְּתִיתִין דַּקִּין כְּדֵי לְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא וְלֶאֱכֹול וְקָאָמַר רַב דְּאֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא בְּשָׁעָה שֶׁהוּא בּוֹצֵעַ וְעוֹשֶׂה מֵהֶן פְּתִיתִין דַּקִּין כֵּיוָן שֶׁמְּפֹרָר אוֹתָן כְּדֵי לְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא וְלֶאֱכֹול יָכוֹל לְבָרֵךְ לְאַחַר בְּצִיעָה כְּמוֹ קֹודֶם בְּצִיעָה כֵּיוָן שֶׁמִּתְּחִלָּה לְצֹורֶךְ בְּצִיעָה נַעֲשָׂה וּבְלֹא צְנוּמַת פְּתִיתִין דַּקִּין הָיָה יָכוֹל לְהַשְׁמִיעֵנוּ שֶׁיָּכוֹל לִבְצֹועַ וּלְבָרֵךְ עַל הַפְּרוּסָה שֶׁבְּיָדוֹ שֶׁבָּצַע אֶלָּא לִרְבוּתָא אַשְׁמְעִינַן אע"ג שֶׁעָשָׂה אוֹתָם פֵּירוּרִין דַּקִּין וְאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת בָּם בְּצִיעָה בִּשְׁעַת בְּרָכָה אַפֵּ"ה שַׁפִּיר דָּמֵי וּפְלִיגָא אֶדֶר' חַיָּיא דְּאָמַר צָרִיךְ שֶׁתִּכְלֶה בְּרָכָה עִם הַפַּת כְּלוֹמַר שֶׁיְּכַוֵּין לִגְמֹור אֶת הַבְּרָכָה בִּשְׁעַת בְּצִיעַת הַפַּת וְרָבָא אָמַר מְבָרֵךְ וְאַחַ"כּ בּוֹצֵעַ שֶׁלֹּא יַפְרִיד הַפְּרוּסָה מִן הַפַּת עַד לְאַחַר הַבְּרָכָה וְיֵשׁ שֶׁאֵינָם רוֹצִים לַחְתֹּוךְ הַלֶּחֶם כְּלָל עַד לְאַחַר הַבְּרָכָה וְלֹא נָכוֹן לַעֲשׂוֹת כֵּן מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב הַפְסָקָה מַה שֶׁנִּתְאַחֵר לַחְתֹּוךְ הַלֶּחֶם וְשׁוֹהֶה בֵּין בְּרָכָה לַאֲכִילָה אֶלָּא חוֹתֵךְ וְאֵין מַפְרִיד הַפְּרוּסָה עַד לְאַחַר הַבְּרָכָה וְיֵרָאֶה לִי שֶׁצָּרִיךְ לַחְתֹּוךְ מְעַט שֶׁאִם יֹאחַז בִּפְרוּסָה שֶׁיַּעֲלֶה הַכִּכָּר עִמּוֹ דְּאִם לֹא כֵן חֲשִׁיב כִּפְרוּסָה. וְכֵן שָׁנִינוּ בְּפֶרֶק ג' מ"א דִּטְבוּל יוֹם ר"מ אוֹמֵר אִם אוֹחֵז בַּגָּדוֹל וְהַקָּטָן עוֹלֶה עִמּוֹ הֲרֵי הוּא כָּמוֹהוּ ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אִם אוֹחֵז בַּקָּטָן וְהַגָּדוֹל עוֹלֶה עִמּוֹ הֲרֵי הוּא כָּמוֹהוּ וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה:
Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : sur le pain sec dans une écuelle on récite hamotsi le'hem min haarets. Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a expliqué qu'il s'agit d'un cas où il garde l'aspect du pain, selon ce que j'ai écrit plus haut au nom du Rav Rabbenou Yona, de mémoire bénie : là où il n'est pas cuit et n'est pas aggloméré par du bouillon ou du miel, il garde le statut de pain, même s'il a été émietté très fin, même s'il n'a plus l'aspect du pain. Cela étonne : de quel cas s'agit-il ? S'il n'a devant lui que du pain sec, il est évident qu'il doit bénir, comme nous l'avons dit plus haut (Berakhot 37) au sujet du havitsa, où même sur des miettes n'ayant pas le volume d'un kazayit on récite hamotsi ; et s'il a devant lui un pain entier, il est évident qu'on ne bénira pas sur de petits morceaux, et même s'il y a de gros morceaux, il est évident qu'il bénira sur le grand et non sur le pain sec, de l'avis de tous. Il paraît qu'il s'agit d'un cas où il a un pain entier ou de gros morceaux et où l'on en fait de fins morceaux afin de bénir dessus hamotsi et de manger. Rav dit qu'il n'a pas besoin de réciter hamotsi au moment où il rompt et fait de fins morceaux : puisqu'il les émiette afin de bénir dessus hamotsi et de manger, il peut bénir après la rupture comme avant la rupture, du moment que cela a été fait des le départ en vue de la rupture. Et sans le pain sec en fins morceaux, il aurait pu nous enseigner qu'il peut rompre et bénir sur le morceau qu'il tient en main et qu'il a rompu ; mais il nous enseigne un cas plus fort : même s'il en a fait de fines miettes et qu'il est impossible d'opérer avec elles une rupture au moment de la bénédiction, cela convient encore. Et cela diverge de l'avis de Rabbi Hiya, qui dit qu'il faut que la bénédiction s'achève avec le pain, c'est-à-dire qu'il doit avoir l'intention d'achever la bénédiction au moment de la rupture du pain. Et Rava dit : il bénit puis rompt, de sorte qu'il ne sépare pas le morceau du pain avant la fin de la bénédiction. Certains ne veulent pas couper le pain du tout avant la fin de la bénédiction ; il ne convient pas d'agir ainsi, car le retard mis à couper le pain compte comme une interruption, et il attend entre la bénédiction et la consommation. Il coupe donc, et il ne sépare le morceau qu'après la bénédiction. Et il me paraît qu'il faut couper un peu, de sorte que, s'il saisit le morceau, la miche s'élève avec lui ; sinon, cela compte comme un morceau. Ainsi avons-nous appris au chapitre 3, michna 1, de Tevoul Yom : Rabbi Meir dit, s'il saisit le grand et que le petit s'élève avec lui, il est comme lui ; Rabbi Yehouda dit, s'il saisit le petit et que le grand s'élève avec lui, il est comme lui. Et la halakha suit Rabbi Yehouda.
אָמַר רַב יוֹסֵף הַאי חֲבִיצָא אִי אִית בֵּיהּ פֵּרוּרִין כְּזַיִת מְבָרֵךְ עָלָיו מִתְּחִלָּה הַמּוֹצִיא למ"ה וּלְבַסּוֹף מְבָרֵךְ עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת דְּלֵית בֵּיהּ פֵּרוּרִין כְּזַיִת בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עָלָיו במ"מ וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה א' מֵעֵין ג' וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר אַפֵּי' פֵּרוּרִין שֶׁאֵין בָּהֶן כְּזַיִת אָמַר רָבָא וְהוּא דְּאִיכָּא עֲלֵיהֶם תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא וְכֵן הִלְכְתָא חֲבִיצָא פירש"י שֶׁמְּבַשְּׁלִין לֶחֶם בְּתוֹךְ הָאִילְפָּס וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ א"כ מַה מַייְתֵי רַב יוֹסֵף רְאָיָה מִפֵּרוּרֵי מִנְחָה שֶׁלֹּא נִתְבַּשְּׁלוּ וְי"ל כֵּיוָן שֶׁנִּטַּגְּנָה בְּשֶׁמֶן חָשׁוּב הוּא כְּנִתְבַּשֵּׁל מִיהוּ קָשֶׁה מַאי מַיְיתֵי עֲלָהּ מִלְּיָקֹט מִכֻּולָּם כְּזַיִת דְּאַייְרֵי בָּהּ' מִינִין דְּהָתָם לָא אַיְירֵי לֹא בִּמְבֻושָּׁל וְלֹא בִּמְטֻוגָּן וְעוֹד קָשֶׁה לפירש"י דִּלְרַב שֵׁשֶׁת תִּיקְשֵׁי לֵיהּ מִבָּרַייְתָא דִּלְעֵיל אֵין הַפְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת בַּתְּחִלָּה מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם בּוֹרֵא מ"מ וּלְבַסּוֹף בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ וּמְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי פְּרוּסוֹת קַיָּימוֹת בִּכְזַיִת אֵין פְּרוּסוֹת קַייָּמוֹת בְּפָחוֹת מִכְּזַיִת ופר"ת חֲבִיצָה הֵם פֵּירוּרֵי לֶחֶם שֶׁנִּדְבָּקִין יַחַד ע"י חֵלֶב וּדְבַשׁ וּבֶעָרוּךְ פִּי' שֶׁהֵם פֵּירוּרֵי לֶחֶם הַנִּדְבָּקִים זֶה בָּזֶה ע"י מָרָק וְכָל דָּבָר הַנִּדְבָּק יַחַד קָרוּי חֲבִיצָא כְּעֵין חֲבִיצָא דְּתַמְרֵי וְג' חִילּוּקִים יֵשׁ בָּהֶן הֵיכָא שֶׁנִּתְבַּשְּׁלוּ אִם יֵשׁ בָּהֶן כְּזַיִת מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם הַמּוֹצִיא וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת וְאִם אֵין בָּהֶן כַּזַּיִת אע"ג דְּמֶחֱזֵי דְּאִיכָּא עֲלַיְיהוּ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא אֵין מְבָרֵךְ עָלָיו אֶלָּא בּוֹרֵא מ"מ דְּכֵיוָן שֶׁהוּא מְבֻושָּׁל אֵינוֹ חָשׁוּב תֹּואַר לֶחֶם וְאִם אֵינוֹ מְבֻושָּׁל אֶלָּא שֶׁהוּא מְחֻובָּר ע"י דְּבַשׁ אוֹ מָרָק אִם יֵשׁ בַּפְּרוּסוֹת כְּזַיִת מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ תֹּואַר לֶחֶם וְאִם אֵין בַּפְּרוּסוֹת כַּזַּיִת אִם יֵשׁ בּוֹ תֹּואַר לֶחֶם מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא וְאִם אֵין בּוֹ תֹּואַר לֶחֶם מְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא מ"מ וְהֵיכָא שֶׁאֵינוֹ לֹא מְבֻושָּׁל וְלֹא מְחֻובָּר אֶלָּא שֶׁהוּא מְפֹורָר דַּק דַּק אע"פ שֶׁאֵין בָּהֶן כְּזַיִת וְאֵין בָּהֶן תֹּואַר לֶחֶם מְבָרֵךְ עָלָיו הַמּוֹצִיא וְשָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת דְּכֵיוָן שֶׁהוּא פַּת בִּפְנֵי עַצְמוֹ אֵינוֹ יוֹצֵא לְעוֹלָם מִתּוֹרַת פַּת בְּשֵׁם הָר' יוֹנָה זַ"ל וְכֵן נִרְאֶה מִתּוֹךְ הַהֲלָכָה וְלֹא כְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל שֶׁאָמַר דְּהָא דְּאָמְרִינַן דַּף לט פַּת הַצְּנוּמָה בִּקְעָרָה מְבָרֵךְ עָלֶיהָ הַמּוֹצִיא דְּאַייְרֵי בִּדְאִיכָּא עָלֶיהָ תּוֹרִיתָא דְּנַהְמָא שֶׁאֵין אָנוּ צְרִיכִין לָזֶה אֶלָּא כֵּיוָן דְּאֵין דָּבָר אַחֵר מְעֹורָב עִמּוֹ אֵינוֹ יוֹצֵא מִתּוֹרַת לֶחֶם וּמְבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא:
Rav Yossef a dit : ce havitsa, s'il s'y trouve des miettes du volume d'un kazayit, il récite dessus au début hamotsi le'hem min haarets et à la fin les trois bénédictions ; s'il ne s'y trouve pas de miettes du volume d'un kazayit, il récite au début bore mine mezonot et à la fin la bénédiction abrégée des trois. Rav Chechet dit : même des miettes qui n'ont pas le volume d'un kazayit. Rava a dit : à la condition qu'elles gardent l'aspect du pain. Telle est la halakha. Havitsa : Rachi a expliqué qu'on fait cuire du pain dans le poêlon. Cette explication est difficile : en ce cas, comment Rav Yossef en tire-t-il preuve des miettes de l'offrande de farine, qui n'ont pas été cuites à l'eau ? On peut répondre que, puisqu'elle a été frite dans l'huile, elle est considérée comme cuite. Reste une difficulté : que vient-il en tirer de ce qu'il a ramassé de toutes un kazayit, qui traite des cinq espèces, alors que là-bas il n'est question ni de cuit ni de frit ? Autre difficulté sur l'explication de Rachi : selon Rav Chechet, la baraita citée plus haut fait difficulté, où il est dit que si les morceaux ne subsistent pas, il récite dessus au début bore mine mezonot et à la fin la bénédiction abrégée des trois ; et le Yerouchalmi explique que les morceaux subsistent signifie un kazayit, et que les morceaux ne subsistent pas signifie moins qu'un kazayit. Rabbenou Tam a expliqué que le havitsa, ce sont des miettes de pain qui adhèrent ensemble par du lait et du miel ; le Aroukh a expliqué que ce sont des miettes de pain qui adhèrent l'une à l'autre par du bouillon, et que tout ce qui adhère ensemble s'appelle havitsa, à l'image du havitsa de dattes. Il y a là trois distinctions. Là où elles ont été cuites : s'il s'y trouve un kazayit, il récite dessus hamotsi et les trois bénédictions ; s'il ne s'y trouve pas de kazayit, même s'il paraît qu'elles gardent l'aspect du pain, il ne récite dessus que bore mine mezonot, car du fait qu'il est cuit, il ne compte plus comme ayant l'aspect du pain. S'il n'est pas cuit, mais seulement aggloméré par du miel ou du bouillon : si les morceaux ont un kazayit, il récite dessus hamotsi, même s'il n'a pas l'aspect du pain ; et si les morceaux n'ont pas un kazayit, s'il a l'aspect du pain il récite dessus hamotsi, et s'il n'a pas l'aspect du pain il récite dessus bore mine mezonot. Et là où il n'est ni cuit ni aggloméré, mais seulement émietté très fin, même si les miettes n'ont pas un kazayit et n'ont pas l'aspect du pain, il récite dessus hamotsi et les trois bénédictions, car, étant du pain par lui-même, il ne sort jamais du statut de pain ; ainsi au nom du Rav Yona, de mémoire bénie. Cela paraît ressortir de la sougya, à l'encontre des propos de Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, qui a dit que ce que nous disons au folio 39, que sur le pain sec dans une écuelle on récite hamotsi, traite d'un cas où il garde l'aspect du pain ; nous n'avons pas besoin de cela, car du moment qu'aucune autre chose ne lui est mélangée, il ne sort pas du statut de pain et l'on récite dessus hamotsi.
💡 Explication

La pat tsenouma est du pain devenu sec, remis à tremper dans une écuelle. Rav Hiya bar Achi lui reconnaît le statut plein de pain : on y récite hamotsi. Sa position se heurte à une exigence de Rabbi Hiya, qui demande que la bénédiction s'achève avec le pain.

Rachi explique cette exigence par la coordination du geste et de la parole : la fin de la formule doit coïncider avec la rupture du morceau détaché de la miche. Un pain déjà rompu et sèche rend cette coïncidence impossible. Tossefot restreint la portée du désaccord au cas où un pain entier se trouve aussi sur la table ; en l'absence de pain entier, Rabbi Hiya admettrait lui aussi hamotsi sur les miettes.

14
מַתְקִיף לַהּ רָבָא: מַאי שְׁנָא צְנוּמָה דְּלָא, מִשּׁוּם דְּכִי כָּלְיָא בְּרָכָה — אַפְּרוּסָה קָא כָּלְיָא? עַל הַפַּת נָמֵי, כִּי קָא גָּמְרָה — אַפְּרוּסָה גָּמְרָה!

Rava y objecte : en quoi le pain sec diffère-t-il, au point qu'on n'y récite pas hamotsi, parce que, lorsque la bénédiction s'achève, elle s'achève sur un morceau ? Sur le pain entier aussi, lorsqu'elle se termine, elle se termine sur un morceau.

📜 Rachi (1)
אַפְּרוּסָה (כָּלְיָא) כֵּיוָן דַּאֲמַרְתְּ עִם פְּרִיסַת הַפְּרוּסָה תִּכְלֶה מַאי חֲשִׁיבוּתָא וּמַאי אַהְנִיתָא:
Elle s'achève sur un morceau : puisque tu as dit qu'elle doit s'achever avec la rupture du morceau, quelle importance y a-t-il là et qu'as-tu gagné ?
💡 Explication

Rava met l'exigence de Rabbi Hiya en difficulté par sa propre logique. Si la bénédiction doit s'achever au moment de la rupture, alors, dans tous les cas, la formule se termine lorsque le morceau est déjà détaché. Le pain entier se trouve donc dans la même situation que le pain sec au moment où le mot final est prononcé.

La difficulté reste ouverte à la fin du folio ; la sougya se poursuit en 39b avec les réponses apportées et avec la conduite finalement retenue, où l'on bénit sur le pain entier en veillant à ne séparer le morceau qu'après la bénédiction.

🖼️ Schéma
L'objection de Rava : les deux cas se rejoignent Pain sec déjà rompu avant la bénédiction la formule finit sur un morceau Pain entier rompu au moment où la formule se termine : un morceau également Le critère de Rabbi Hiya ne sépare donc plus les deux cas
Pourquoi l'exigence de Rabbi Hiya se retourne contre elle-même.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).