Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la discussion consacrée à l'olive salée de Rabbi Yo'hanan : une fois le noyau retiré, la mesure du kazayit semble manquer, et la réponse distingue l'olive de référence, qui est l'olive moyenne dite agouri, de la grande olive que l'on avait apportée. Vient ensuite le récit de Bar Kappara et de ses deux disciples, où l'un bénit sur les poulets avant les légumes bouillis et où l'autre s'en moque : la Guemara y cherche une divergence de fond sur l'ordre des bénédictions, entre la priorité de l'aliment préféré (haviv) et la priorité de la bénédiction la plus précise (bore péri haadama), avant de ramener la scène à un autre désaccord, sur le chou qui nourrit.
La suite du folio applique une même question à plusieurs préparations : les têtes de navets coupées gros ou fin, le mets de bettes où l'on ajoute de la farine, l'eau de cuisson des légumes, l'aneth mis dans la marmite. Le folio s'achève sur le pain sec trempé dans une écuelle et sur l'exigence de Rabbi Hiya que la bénédiction s'achève avec la rupture du pain, exigence que Rava met aussitôt en difficulté.
Il lui manque la mesure (chiour) requise.
Le folio s'ouvre sur la fin d'une question posée au daf précédent. Rabbi Hiya bar Abba a vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et réciter dessus la bénédiction d'avant et celle d'après. Or l'olive salée est servie sans son noyau, et Rabbi Yirmeya bar Abba objecte que la chair restante tombe en dessous du kazayit, la mesure d'une olive, seuil de ce qui compte comme un acte de manger.
Rachi rattache ce seuil au verset : la bénédiction d'après repose sur le terme akhila, manger, et l'usage fixe la consommation minimale à un kazayit. Tossefot précise aussitôt la portée de la difficulté : elle vise la bénédiction d'après. La bénédiction d'avant se récite sur la moindre quantité, puisqu'elle répond à l'interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction.
Il lui répondit : penses-tu qu'il faille un kazayit calculé sur une grande olive ? On requiert un kazayit calculé sur une olive moyenne (et cette mesure-là se trouve bien ici) ; quant à celle que l'on avait apportée devant Rabbi Yo'hanan, c'était une grande olive, de sorte que, bien qu'on lui eût ôté son noyau, la mesure lui demeurait.
La réponse joue sur deux échelles distinctes. Le kazayit est une unité de volume abstraite, calibrée une fois pour toutes sur l'olive moyenne ; l'olive posée devant Rabbi Yo'hanan est un fruit concret, plus gros que cette moyenne. Une fois le noyau retiré, il reste donc de la chair au-delà du seuil.
L'objection supposait que le kazayit se mesure sur la plus grande olive, ce qui rendait tout fruit dénoyauté insuffisant. En ramenant l'étalon à l'olive moyenne, la Guemara sauve la conduite de Rabbi Yo'hanan sans toucher au principe du seuil.
Ainsi que nous l'avons appris : l'olive dont ils ont parlé n'est ni petite ni grande, mais moyenne, et c'est celle que l'on nomme agouri. Et Rabbi Abahou a dit : son nom n'est pas agouri, son nom est avrouti, et certains disent que son nom est samroussi.
Pourquoi alors l'appelle-t-on agouri ? Parce que son huile est amassée (agour) en elle.
La Michna citée est celle des mesures : l'olive de référence est l'olive moyenne, appelée agouri. Rabbi Abahou corrige l'appellation botanique de l'espèce et donne son vrai nom, avrouti ou samroussi, puis explique le surnom agouri par la racine du mot, qui signifie amassé ou rassemblé.
Rachi précise la portée de cette image. Dans certains fruits, le jus est diffus dans la chair et ne se laisse pas extraire tel quel ; dans l'olive comme dans le raisin, l'huile se tient rassemblée, disponible pour sortir. Ce détail explique le nom et confirme au passage que l'olive est le type même du fruit dont on tire un liquide.
Dirons-nous que cela correspond à une divergence entre Tanaim ? Car deux disciples étaient assis devant Bar Kappara.
On apporta devant lui du chou, des dourmaskin et des poulets. Bar Kappara donna à l'un d'eux l'autorisation de réciter la bénédiction ; il se hâta et bénit sur les poulets.
Son compagnon se moqua de lui. Bar Kappara se mit en colère et dit : je ne suis pas en colère contre celui qui a béni, je suis en colère contre celui qui s'est moqué.
Si ton compagnon ressemble à quelqu'un qui n'a jamais goûté la saveur de la viande, pourquoi t'es-tu moqué de lui ? Il reprit et dit : je ne suis pas en colère contre celui qui s'est moqué, je suis en colère contre celui qui a béni.
Et il dit : s'il n'y a pas ici de sagesse, n'y a-t-il pas ici de vieillesse ?
La Guemara cherche à rattacher la divergence entre Rav Houna et les autres, sur la bénédiction des légumes bouillis, à un désaccord ancien entre Tanaim. Le récit sert de témoin. Trois plats sont servis : du chou, des dourmaskin dont l'identification divise Rachi et Tossefot, et des pargiyot, de jeunes volailles.
Le disciple autorisé à bénir choisit les poulets. Son compagnon y voit de la gloutonnerie, puisqu'il aurait fallu commencer par les légumes. Bar Kappara reprend les deux, chacun pour un motif distinct : la moquerie, qui juge sans savoir ce que l'autre a vécu, et la hâte de bénir sans interroger le maître présent. Sa dernière phrase pose le principe : en cas de doute sur l'ordre des bénédictions, la présence d'un ancien est une ressource à laquelle il faut recourir.
Il a été enseigné : et tous deux n'achevèrent pas leur année.
La baraita ajoute la suite du récit : les deux disciples moururent dans l'année. Le Ben Yehoyada, sur le segment précédent, rattache cette sévérité à l'atteinte portée à l'honneur de la zikna, la vieillesse, honneur que les deux jeunes disciples ne pouvaient revendiquer pour eux-mêmes.
N'est-ce pas sur ce point qu'ils divergent : celui qui a béni tient que les légumes bouillis et les poulets relèvent tous de chehakol nihya bidvaro, et dès lors ce qui est préféré passe en premier ; tandis que celui qui s'est moqué tient que les légumes bouillis relèvent de bore péri haadama et les poulets de chehakol nihya bidvaro, et dès lors le fruit passe en premier.
La Guemara propose une lecture du récit. Les deux disciples se seraient opposés sur la bénédiction des chelakot, les légumes bouillis. Pour celui qui a béni, la cuisson leur fait perdre bore péri haadama et les ramène à chehakol, au même rang que la volaille : les bénédictions étant égales, le critère devient haviv, la préférence du mangeur. Pour celui qui s'est moqué, les légumes bouillis gardent bore péri haadama.
Le principe sous-jacent est celui de la hiérarchie des formules. Une bénédiction précise, qui nomme la catégorie de l'aliment, passe avant une bénédiction générale. Tossefot en tire une règle pratique : la préférence personnelle ne décide qu'entre aliments de même bénédiction, et parmi ceux-là, un aliment des sept espèces passe encore devant.
Non : tout le monde s'accorde à dire que les légumes bouillis et les poulets relèvent de chehakol nihya bidvaro, et ici ils divergent sur ce raisonnement : ce maître tient que ce qui est préféré passe en premier, et ce maître tient que le chou passe en premier, parce qu'il nourrit.
La Guemara écarte la lecture précédente. Tous s'accordent ici sur chehakol pour les deux plats, et le désaccord porte sur le critère qui départage deux aliments de même bénédiction. Le premier disciple retient haviv, la préférence. Son compagnon retient une autre valeur : le chou zayin, il nourrit, et cette fonction alimentaire le fait passer devant une volaille consommée pour son goût.
Rachi appuie ce point sur une baraita ultérieure qui classe les légumes selon leur usage : le chou pour la nourriture, les bettes pour le remède. La conséquence de ce retournement est importante pour la sougya : le récit cesse d'être un témoin sur la bénédiction des légumes bouillis, et la question posée au début reste ouverte.
Rabbi Zeira a dit : lorsque nous étions à l'école de Rav Houna, il nous a dit : ces têtes de navets, s'il les a coupées en gros morceaux, bore péri haadama ; en petits morceaux, chehakol nihya bidvaro. Et lorsque nous sommes venus à l'école de Rav Yehouda, il nous a dit : les unes comme les autres, bore péri haadama ; et s'il les a coupées davantage, c'est afin d'en adoucir le goût.
Les guarguelidei delifta sont les têtes de navets, servies coupées. Rav Houna lie la bénédiction à la taille de la coupe : en gros morceaux, le légume reste reconnaissable et garde bore péri haadama ; émincé finement, il perd sa forme et tombe à chehakol. Rachi précise que ce cas vise le navet consommé cru, ou l'éminçage marque une dégradation.
Rav Yehouda répond par une lecture de l'intention. La coupe fine ne détruit pas le légume, elle sert à adoucir son goût. Un travail qui améliore l'aliment ne le fait pas sortir de sa catégorie, et la bénédiction demeure bore péri haadama dans les deux cas. Ce critère de l'intention du travail commande toute la suite du folio.
Rav Achi a dit : lorsque nous étions à l'école de Rav Kahana, il nous a dit : un mets de bettes, où l'on ne met pas beaucoup de farine, bore péri haadama ; un mets de navets, où l'on met davantage de farine, bore mine mezonot. Puis il revint sur son propos et dit : les uns comme les autres, bore péri haadama ; et s'ils y jettent davantage de farine, c'est seulement pour lier.
La question se déplace vers les mets où la farine entre comme ingrédient secondaire. Rav Kahana distingue d'abord selon la quantité : peu de farine, la bénédiction suit le légume ; beaucoup de farine, elle suit la céréale et devient bore mine mezonot. Puis il corrige lui-même cette distinction.
Le critère retenu est celui de la fonction : la farine ajoutée au navet sert ledabouke bealma, seulement à lier le plat. Un ingrédient qui joue un rôle technique ne devient pas l'essentiel du mets, quelle que soit sa quantité apparente. Le Roch en tire la règle générale que retient la halakha : la farine ajoutée pour épaissir ne fait pas passer le plat sous bore mine mezonot.
Rav Hisda a dit : un mets de bettes est bon pour le cœur, bon pour les yeux, et à plus forte raison pour les intestins. Abaye a dit : à la condition qu'il repose sur le foyer et fasse toukh toukh.
Le passage sur les bettes appelle une remarque médicale, selon un usage fréquent dans le Talmud. Abaye la précise par une condition de cuisson : le plat doit avoir longuement bouilli sur le foyer, au point que son bouillonnement s'entend. Rachi lit dans cette onomatopée le signe d'un mets entièrement délité.
Rav Papa a dit : il m'est évident que l'eau des bettes est comme les bettes, que l'eau des navets est comme les navets, et que l'eau de tous les légumes bouillis est comme tous les légumes bouillis. Rav Papa a demandé : l'eau de l'aneth (chiveta), qu'en est-il ?
L'y met-on pour adoucir le goût, ou bien l'y met-on pour ôter la mauvaise odeur (zouhama) ?
Rav Papa pose comme évident que l'eau de cuisson d'un légume prend le statut de ce légume : elle a reçu son goût par la cuisson et compte comme lui pour la bénédiction. Tossefot et le Roch marquent la différence avec le jus des fruits, tenu plus haut pour une simple exsudation : le liquide qui suinté du fruit n'en porte pas le goût, tandis que l'eau de cuisson le porte.
Le doute porte sur l'aneth, chiveta, herbe que l'on jette dans la marmite en petite quantité sans la manger. Deux fonctions sont possibles : ajouter du goût, auquel cas l'eau en porte la trace et mérite bore péri haadama, ou absorber le mauvais goût du bouillon, auquel cas l'aneth n'a rien apporté et son eau ne se bénit pas à son titre.
Viens et écoute : l'aneth, dès lors qu'il a donné son goût dans la marmite, ne relève plus de la terouma et ne contracte plus l'impureté des aliments. Apprends-en qu'on l'y met pour adoucir le goût.
Apprends-en effectivement.
La preuve vient d'une michna du traité Oktsin, qui traite l'aneth comme un aliment épuisé une fois sa saveur transmise : il quitte le statut de terouma et cesse d'être susceptible de contracter l'impureté alimentaire. Rachi lit ce statut comme celui d'un simple morceau de bois.
L'argument tient à la formulation même : la michna date le changement du moment où l'aneth a donné son goût. Cette expression suppose que le goût constitue son apport, et le doute de Rav Papa se trouve ainsi tranché. L'eau où l'aneth a cuit reçoit bore péri haadama.
Rav Hiya bar Achi a dit : sur du pain sec (pat tsenouma) placé dans une écuelle, on récite hamotsi. Et cela diverge de l'avis de Rabbi Hiya, car Rabbi Hiya a dit : il faut que la bénédiction s'achève avec le pain.
La pat tsenouma est du pain devenu sec, remis à tremper dans une écuelle. Rav Hiya bar Achi lui reconnaît le statut plein de pain : on y récite hamotsi. Sa position se heurte à une exigence de Rabbi Hiya, qui demande que la bénédiction s'achève avec le pain.
Rachi explique cette exigence par la coordination du geste et de la parole : la fin de la formule doit coïncider avec la rupture du morceau détaché de la miche. Un pain déjà rompu et sèche rend cette coïncidence impossible. Tossefot restreint la portée du désaccord au cas où un pain entier se trouve aussi sur la table ; en l'absence de pain entier, Rabbi Hiya admettrait lui aussi hamotsi sur les miettes.
Rava y objecte : en quoi le pain sec diffère-t-il, au point qu'on n'y récite pas hamotsi, parce que, lorsque la bénédiction s'achève, elle s'achève sur un morceau ? Sur le pain entier aussi, lorsqu'elle se termine, elle se termine sur un morceau.
Rava met l'exigence de Rabbi Hiya en difficulté par sa propre logique. Si la bénédiction doit s'achever au moment de la rupture, alors, dans tous les cas, la formule se termine lorsque le morceau est déjà détaché. Le pain entier se trouve donc dans la même situation que le pain sec au moment où le mot final est prononcé.
La difficulté reste ouverte à la fin du folio ; la sougya se poursuit en 39b avec les réponses apportées et avec la conduite finalement retenue, où l'on bénit sur le pain entier en veillant à ne séparer le morceau qu'après la bénédiction.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).