Berakhot 39b — Le morceau ou le pain entier : sur lequel dit-on hamotsi ? De l'oignon de la terouma au morceau glissé dans l'entier

Berakhot 39b

Sougya : Le folio ferme d'abord la discussion ouverte en 39a sur le moment de la bénédiction du pain : Rava tranche qu'on achève la bénédiction avant de rompre, les gens de Nehardea suivent encore Rabbi Hiyya, et la halakha se fixe sur Rava. Vient ensuite la question centrale : quand on a devant soi des morceaux et des pains entiers, sur quoi porte la bénédiction ?

Rav Houna autorise le morceau, Rabbi Yo'hanan tient que l'entier est la mitsva accomplie de la meilleure manière, et tous s'accordent qu'un morceau de blé l'emporte sur un pain entier d'orge. Rabbi Yirmeya bar Abba veut rattacher ce débat à une controverse de Tanaim sur le prélèvement de la terouma — un petit oignon entier contre la moitié d'un grand —, et la guemara précise que la divergence ne tient que là où aucun kohen n'est présent.

Rav Nahman bar Yitzhak indique alors la sortie : celui qui craint le Ciel place le morceau à l'intérieur du pain entier et rompt, ce que la baraita de Chalman confirme et que Rav Nahman salue par un jeu sur son nom. Le folio applique enfin ce geste à Pessa'h, où le le'hem oni impose le morceau, puis passe au chabbat et à ses deux pains, aux usages de Rav Kahana et de Rabbi Zeira, et au pain de l'erouv que Rav Ami et Rav Assi réservent à une seconde mitsva.

Les quatre mouvements du folio 1. Clôture de 39a — Rava : on achève la bénédiction, puis on rompt. Nehardea suit Rabbi Hiyya, les Rabbanan suivent Rava. La halakha se fixe sur Rava. 2. Morceaux et pains entiers ensemble : sur lequel porte hamotsi ? Rav Houna : le morceau acquitte l'entier. Rabbi Yo'hanan : l'entier est la mitsva min hamouvhar. 3. Est-ce déjà une controverse de Tanaim ? L'oignon de la terouma. Petit oignon entier contre moitié de grand oignon — le partage ne vaut qu'en l'absence de kohen. 4. La sortie pratique : placer le morceau à l'intérieur de l'entier et rompre. Applications : Pessa'h (le'hem oni), chabbat (le'hem michne), pain de l'erouv.
Le plan du folio : de la clôture du débat de 39a jusqu'au pain de l'erouv.
Rav Houna contre Rabbi Yo'hanan : morceaux et pains entiers Rav Houna Rabbi Yo'hanan Position Il bénit sur les morceaux et acquitte ainsi les pains entiers. Position Le pain entier est la mitsva accomplie de la meilleure manière. Lecture de Rachi À égalité, il choisit ; si les morceaux sont plus grands, il doit bénir sur eux : la taille rend le morceau important. Lecture de Rabbenou Tam Morceaux grands, entiers petits. Rav Houna les tient pour équivalents ; Rabbi Yo'hanan donne le pas à l'entier. Point d'accord Morceau de blé contre pain entier d'orge : tous bénissent sur le morceau de blé. Halakha (Tossefot, Roch) Comme Rabbi Yo'hanan : on bénit sur le pain entier, même plus petit que le morceau, car Rav Houna, élève de Rav, ne tient pas devant Rav, et moins encore devant Rabbi Yo'hanan.
La controverse centrale, ses deux lectures classiques et ce que la halakha en retient.
Sur quel pain dire hamotsi ? L'arbre pratique du folio Un morceau et un pain entier devant moi Même espèce de céréale (les deux de blé, par exemple) Espèces différentes morceau de blé / entier d'orge Le pain entier même s'il est plus petit, et même si le morceau est d'une farine plus fine Le morceau de blé le blé précède l'orge dans le verset des sept espèces Celui qui craint le Ciel : il place le morceau à l'intérieur de l'entier et rompt les deux ensemble. Obligatoire au seder de Pessa'h, où le verset dit le'hem oni.
L'arbre pratique : quel pain porte la bénédiction selon l'espèce et la forme.
1
אֶלָּא אָמַר רָבָא: מְבָרֵךְ וְאַחַר כָּךְ בּוֹצֵעַ.

Rava dit plutôt : il bénit, et ensuite il rompt.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אָמַר רָבָא מְבָרֵךְ וְאַחַ"כּ בּוֹצֵעַ וְגוֹמֵר כָּל הַבְּרָכָה וְאַחַ"כּ מַפְרִישׁ הַפְּרוּסָה דְּכָלְיָא בְּרָכָה אַפַּת שָׁלֵם:
Il achève toute la bénédiction, et ensuite il détache le morceau, de sorte que la bénédiction s'achève sur un pain entier.
💡 Explication

Le folio précédent opposait deux manières de faire coïncider la parole et le geste. Pour Rabbi Hiyya, la bénédiction doit se terminer au moment même où le pain se rompt. Rava renverse l'ordre : la bénédiction s'achève entièrement, et le pain reste entier jusqu'à ce dernier mot.

Rachi donne la raison en une formule : de-khalya berakha a-pat chalem, la bénédiction se termine sur un pain entier. Le pain entier est ce qui rend la bénédiction pleine, et il doit donc rester intact tant que la formule n'est pas achevée.

2
נְהַרְדָּעֵי עָבְדִי כְּרַבִּי חִייָּא וְרַבָּנַן עָבְדִי כְּרָבָא. אָמַר רָבִינָא: אָמְרָה לִי אֵם, אֲבוּךְ עָבֵיד כְּרַבִּי חִייָּא, דְּאָמַר רַבִּי חַייָּא: צָרִיךְ שֶׁתִּכְלֶה בְּרָכָה עִם הַפַּת. וְרַבָּנָן עָבְדִי כְּרָבָא. וְהִלְכְתָא כְּרָבָא, דְּאָמַר מְבָרֵךְ וְאַחַר כָּךְ בּוֹצֵעַ.

Les gens de Nehardea agissaient comme Rabbi Hiyya, et les Rabbanan agissaient comme Rava. Ravina dit : ma mère m'a dit : ton père agissait comme Rabbi Hiyya, car Rabbi Hiyya a dit : il faut que la bénédiction s'achève avec le pain.

Et les Rabbanan agissaient comme Rava. Et la halakha est comme Rava, qui dit : il bénit, et ensuite il rompt.

🗂️ Tossefot (1)
וְהִלְכְתָא כְּרָבָא דִּמְבָרֵךְ וְאַחַ"כּ בּוֹצֵעַ פִּי' שֶׁלֹּא יַפְרִישׁ הַפְּרוּסָה מִן הַפַּת עַד אַחַר הַבְּרָכָה וְיֵשׁ שֶׁנּוֹהֲגִין לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא קֹודֶם שֶׁיַּחְתֹּוךְ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא הַפַּת שְׁלֵמָה בִּשְׁעַת בְּרָכָה וְאֵין הַמִּנְהָג נָכוֹן לַעֲשׂוֹת דְּהָוֵי הֶיסַּח הַדַּעַת בֵּין הַבְּרָכָה לַאֲכִילָה וּמִיהוּ בְּשַׁבָּת נָכוֹן לְהַחְמִיר וּלְבָרֵךְ קֹודֶם שֶׁיַּחְתֹּוךְ שֶׁלֹּא תִּשָּׁמֵט יָדוֹ לִבְצֹועַ קֹודֶם שֶׁתִּכְלֶה הַבְּרָכָה שֶׁאָז לֹא יִהְיֶה לוֹ לֶחֶם מִשְׁנֶה וּבְפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (לְקַמָּן בְּרָכוֹת מז.) מַסְּקִינַן דְּבָעֵינַן עַד שֶׁתִּכְלֶה אָמֵן מִפִּי הָעוֹנִין שֶׁלֹּא יִבְצַע קֹודֶם וְיֵשׁ שֶׁמְּבִיאִים רְאָיָה שֶׁצָּרִיךְ לְסַיֵּים הַבְּרָכָה קֹודֶם שֶׁיִּבְצַע מִדְּתָנֵי רַבִּי חַייָּא בִּירוּשַׁלְמִי אֵין מְבָרְכִין עַל הַפַּת אֶלָּא בְּשָׁעָה שֶׁהוּא פּוֹרֵס וְהַיְינוּ מִשּׁוּם שֶׁאִם יִפְרֹוס קֹודֶם הַבְּרָכָה שֶׁמָּא תִּפֹּול הַפְּרוּסָה מִיָּדוֹ וְלֹא יוּכַל לֶאֱכֹול פְּרוּסָה אַחֶרֶת שֶׁיִּבְצַע בְּלֹא בְּרָכָה אֶלָּא יִצְטָרֵךְ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ וְיֵשׁ כָּאן בְּרָכָה לְבַטָּלָה אֲבָל אִם (לֹא) הָיָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל כָּל הַפַּת וְלֹא יוּכַל לִפְרֹוס קֹודֶם הַבְּרָכָה אָז אִם תִּפֹּול הַפְּרוּסָה אֵינוֹ מְבָרֵךְ עַל פְּרוּסָה אַחֶרֶת וְיִפָּטֵר בִּבְרָכָה רִאשׁוֹנ':
C'est-à-dire qu'il ne détache pas le morceau du pain avant la fin de la bénédiction. Certains ont l'usage de réciter la bénédiction hamotsi avant de couper, afin que le pain soit entier au moment de la bénédiction ; cet usage manque de justesse, car il crée une interruption de l'attention (hessekh hadaat) entre la bénédiction et la consommation. Toutefois, le chabbat, il convient d'être rigoureux et de bénir avant de couper, de peur que la main ne glisse et ne rompe avant la fin de la bénédiction, auquel cas il n'aurait plus le le'hem michne, les deux pains. Et au chapitre Chelocha che-akhelou (plus loin, Berakhot 47a) nous concluons qu'il faut attendre la fin du amen dans la bouche de ceux qui répondent, pour ne pas rompre avant. Certains apportent une preuve qu'il faut achever la bénédiction avant de rompre, de ce que Rabbi Hiyya enseigne dans le Talmud de Jérusalem : on ne bénit sur le pain qu'au moment où on le tranche. La raison en est que, s'il tranchait avant la bénédiction, le morceau risquerait de tomber de sa main, et il ne pourrait pas manger un autre morceau rompu sans bénédiction : il devrait alors bénir de nouveau, et il y aurait là une bénédiction prononcée en vain. Mais s'il devait bénir sur le pain entier sans pouvoir le trancher avant la bénédiction, alors, si le morceau tombe, il ne bénit pas sur un autre morceau : il en est acquitté par la première bénédiction.
💡 Explication

La guemara enregistre deux usages parallèlement vivants, puis tranche pour Rava. Le détail de Ravina est précieux : sa mère lui transmet la pratique de son père, ce qui montre que la question se décidait à table autant que dans la maison d'étude.

Tossefot tire de là une conséquence pratique et deux limites. Bloquer le geste jusqu'à la fin de la bénédiction crée un risque d'hessekh hadaat, une coupure d'attention entre la bénédiction et la première bouchée. Le chabbat pourtant, la rigueur s'impose : rompre trop tôt priverait du le'hem michne. Et lorsqu'on préside la table, il faut encore attendre que le amen des convives soit achevé.

3
אִיתְּמַר: הֵבִיאוּ לִפְנֵיהֶם פְּתִיתִין וּשְׁלֵמִין, אָמַר רַב הוּנָא: מְבָרֵךְ עַל הַפְּתִיתִין וּפוֹטֵר אֶת הַשְּׁלֵמִין. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: שְׁלֵמָה מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר. אֲבָל פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּשְׁלֵמָה מִן הַשְּׂעוֹרִין, דִּבְרֵי הַכֹּל מְבָרֵךְ עַל הַפְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין, וּפוֹטֵר אֶת הַשְּׁלֵמָה שֶׁל שְׂעוֹרִין.

Il a été dit : on a apporté devant eux des morceaux et des pains entiers. Rav Houna dit : il bénit sur les morceaux et acquitte ainsi les pains entiers.

Et Rabbi Yo'hanan dit : le pain entier est la mitsva accomplie de la meilleure manière. Mais un morceau de blé et un pain entier d'orge, tous s'accordent qu'il bénit sur le morceau de blé et acquitte ainsi le pain entier d'orge.

📜 Rachi (1)
פְּתִיתִין וּשְׁלֵמִין אָמַר רַב הוּנָא אִם רָצָה מְבָרֵךְ עַל הַפְּתִיתִין וְאִם הַפְּתִיתִין גְּדוֹלִים מִן הַשְּׁלֵמִין צָרִיךְ לְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן:
S'il le veut, il bénit sur les morceaux ; et si les morceaux sont plus grands que les pains entiers, il doit bénir sur eux.
🗂️ Tossefot (2)
מְבָרֵךְ עַל הַפְּתִיתִין וּפוֹטֵר אֶת הַשְּׁלֵמִין פירש"י אִם הַפְּתִיתִין וְהַשְּׁלֵמִין שָׁוִין יְבָרֵךְ עַל אֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה וְאִם הַפְּתִיתִין גְּדוֹלִים צָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הַפְּתִיתִין לִפְטוֹר אֶת הַשְּׁלֵמִין וְר' יוֹחָנָן אוֹמֵר עַל הַשְּׁלֵמִין מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר אֲפִי' אִם הַפְּתִיתִין גְּדוֹלֵי' טְפֵי וְתֵימַהּ א"כ סְבָרָא הֲפוּכָה דִּלְרַב הוּנָא פְּתִיתִין שֶׁהֵם גְּדוֹלִים עֲדִיפֵי וְלֵר' יוֹחָנָן שְׁלֵמִין עֲדִיפֵי וְאֵין סְבָרָא לוֹמַר דִּפְלִיגִי בְּהִפּוּךְ סְבָרוֹת וְעוֹד תֵּימַהּ אַמַּאי שִׁינָּה בְּסָמוּךְ לְשׁוֹנוֹ דִּנְקַט לְשׁוֹן פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין ע"כ פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם דְּמַייְרֵי בִּפְתִיתִין גְּדוֹלִים וּשְׁלֵמִים קְטַנִּים וה"פ אָמַר רַב הוּנָא מְבָרֵךְ עַל הַפְּתִיתִין כְּלוֹמַר אִם יִרְצֶה וְהוּא הַדִּין עַל הַשְּׁלֵמִין אִם יִרְצֶה וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר שְׁלֵמִין עִיקָּר וְכֵן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּהָא רַב וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן וְכָל שֶׁכֵּן לְגַבֵּי רַב הוּנָא שֶׁהֲלָכָה כְּמוֹתוֹ שֶׁהָיָה תַּלְמִידוֹ שֶׁל רַב דְּדַוְקָא בְּאָמוֹרָאֵי בָּתְרָאֵי אָמְרִינַן הֲלָכָה כְּבָתְרָאֵי:
Rachi explique : si les morceaux et les pains entiers sont égaux, il bénit sur celui qu'il veut ; et si les morceaux sont plus grands, il doit bénir sur les morceaux pour acquitter les entiers ; et Rabbi Yo'hanan dit que sur les entiers c'est la mitsva accomplie de la meilleure manière, même si les morceaux sont plus grands. Cela fait difficulté, car les raisonnements se trouveraient inversés : pour Rav Houna les morceaux l'emportent parce qu'ils sont grands, et pour Rabbi Yo'hanan ce sont les entiers ; or il est peu vraisemblable qu'ils divergent sur des raisonnements inversés. Autre difficulté : pourquoi, juste après, la guemara change-t-elle de terme en employant peroussa, morceau de blé ? Rabbenou Tam explique donc qu'il s'agit de grands morceaux et de petits pains entiers, et le sens est le suivant : Rav Houna dit qu'il bénit sur les morceaux, c'est-à-dire s'il le veut, et il en va de même pour les entiers s'il le veut ; et Rabbi Yo'hanan dit que les entiers sont l'essentiel. Telle est la halakha, comme Rabbi Yo'hanan, car entre Rav et Rabbi Yo'hanan la halakha suit Rabbi Yo'hanan, et à plus forte raison face à Rav Houna, qui était l'élève de Rav ; car c'est seulement pour les Amoraim tardifs que nous disons que la halakha suit les derniers.
אֲבָל פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּשְׁלֵמָה מִן הַשְּׂעוֹרִים ד"ה מְבָרֵךְ עַל הַפְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין דְּחִיטֵּי עֲדִיפֵי מִשּׁוּם דְּאָקָדֶמְיָה קְרָא אֲבָל פְּתִיתִין וּשְׁלֵמִין מִמִּין אֶחָד אֲפִילּוּ יִהְיוּ הַפְּתִיתִין מִפַּת נְקִיָּה וְהַשְּׁלֵמִין מִפַּת קִיבָּר מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלֵמִין כִּדְאִיתָא בַּתּוֹסֶפְתָּא (פֶּרֶק ד) שְׁלֵמִין דִּגְלוּסְקָאוֹת וּשְׁלֵמִין דְּבַעַל הַבַּיִת מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלֵמִין דִּגְלוּסְקָאוֹת פְּרוּסָה דִּגְלוּסְקָאוֹת וּשְׁלֵמִין דְּבַעַל הַבַּיִת מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלֵמִין דְּבַעַל הַבַּיִת פַּת כָּשֵׁר וּפַת שֶׁל נָכְרִי מְבָרֵךְ עַל הַכָּשֵׁר (תְּחִלָּה) וְכֵן אָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי פַּת טָהוֹר וּפַת טָמֵא מְבָרֵךְ עַל הַטָּהוֹר אֲבָל אִם פַּת שֶׁל נָכְרִי חָבִיב וְנָקִי וּפַת שֶׁל יִשְׂרָאֵל אֵינוֹ חָבִיב מְבָרֵךְ לְאֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי פַּת נָקִי טָמֵא וּפַת קִיבָּר טָהוֹר מְבָרֵךְ לְאֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה אֲבָל רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן צִוָּה לְסַלֵּק הַפַּת לָבָן שֶׁל נָכְרִי מֵעַל הַשֻּׁלְחָן עַד לְאַחַר בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא. שְׁנֵי שְׁלֵמִין מִמִּין אֶחָד אִם אֶחָד יוֹתֵר נָקִי מְבָרֵךְ עַל הַנָּקִי דְּחָבִיב לֵיהּ טְפֵי:
Car le blé l'emporte, parce que le verset le mentionne en premier. Mais des morceaux et des entiers d'une même espèce, même si les morceaux sont d'un pain fin et les entiers d'un pain grossier, il bénit sur les entiers, comme il est enseigné dans la Tossefta (chapitre 4) : des pains entiers de gloseka, le pain fin du boulanger, et des pains entiers de maison, il bénit sur les entiers de gloseka ; un morceau de gloseka et un entier de maison, il bénit sur l'entier de maison ; du pain cacher et du pain de non-Juif, il bénit sur le cacher en premier. De même nous disons dans le Talmud de Jérusalem : du pain pur et du pain impur, il bénit sur le pur. Mais si le pain du non-Juif est fin et lui plaît, tandis que le pain du Juif ne lui plaît pas, il bénit sur celui qu'il veut, comme il est dit dans le Talmud de Jérusalem : du pain fin et impur et du pain grossier et pur, il bénit sur celui qu'il veut. Rabbenou Chimchon, quant à lui, ordonnait d'écarter de la table le pain blanc du non-Juif jusqu'après la bénédiction hamotsi. Deux pains entiers d'une même espèce : si l'un est plus fin, il bénit sur le plus fin, car celui-là lui plaît davantage.
⚖️ Rosh (1)
הֵבִיאוּ לְפָנָיו פְּתִיתִין וּשְׁלֵימִין אָמַר רַב הוּנָא מְבָרֵךְ עַל הַפְּתִיתִין וּפוֹטֵר אֶת הַשְּׁלֵימִין ר' יוֹחָנָן אָמַר שְׁלֵימָה מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר. אֲבָל פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּשְׁלֵימָה שֶׁל שְׂעוֹרִים ד"ה מְבָרֵךְ עַל הַפְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּפוֹטֵר אֶת הַשְּׁלֵימָה שֶׁל שְׂעוֹרִים וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן לְגַבֵּי רַב הוּנָא דְּרַב הוּנָא לֵיתָא לְגַבֵּי דְּרַב שֶׁהָיָה תַּלְמִידוֹ וכ"ש לְגַבֵּי ר' יוֹחָנָן לֵיתָא וְהָכִי אָמְרִינַן בְּפֶ' מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מו:) בִּמְקוֹם ר' יְהוּדָה לֵיתָא בִּמְקוֹם רַבִּי יוֹסֵי מִבַּעְיָא. הִלְכָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלֵימָה וַאֲפִילּוּ הִיא קְטַנָּה יוֹתֵר מִן הַפְּרוּסָה דִּבְהָכִי אַיְירֵי פְּלֻוגְתַּייְהוּ מִדִּנְקַט בִּפְלֻוגְתַּייְהוּ פְּתִיתִין וּשְׁלֵימִין וּבָתַר הָכִי קָאָמַר פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּשְׁלֵימָה שֶׁל שְׂעוֹרִים דִּפְרוּסָה מַשְׁמַע שֶׁהִיא קְטַנָּה מִן הַשְּׁלֵימָה. דִּלְשׁוֹן פְּרוּסָה מַשְׁמַע חֲצִי הַשָּׁלֵם כְּמוֹ אֶחָד שֶׁלֹּא יִטּוֹל פְּרוּסָה מְנָחוֹת דַּף עז: וּכְמוֹ מָנֶה לְאָבִיךְ בְּיָדִי וְהֶאֱכַלְתִּיו פְּרָס שְׁבוּעוֹת דַּף מב. וּרְבוּתָא אַשְׁמְעִינַן אע"ג דִּפְרוּסָה שֶׁל חִטִּין קְטַנָּה צָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלֶיהָ תְּחִלָּה מִשּׁוּם דְּכָל הַקּוֹדֵם בַּפָּסוּק קוֹדֵם לַבְּרָכָה וּבִפְלֻוגְתַּייְהוּ נְקַט פְּתִיתִין וּשְׁלֵימִין וּבָתַר הָכִי קָאָמַר פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין מִשּׁוּם דְּאַיְירֵי בִּפְתִיתִין גְּדוֹלִים וּשְׁלֵימִים קְטַנִּים. וּבְהָא קָאָמַר רַב הוּנָא מְבָרֵךְ עַל הַפְּתִיתִין אִם יִרְצֶה לְפִי שֶׁהֵם גְּדוֹלִים וְאַפֵּ"ה קָאָמַר ר' יוֹחָנָן שְׁלֵימָה מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר וַאֲפִילּוּ הָיוּ פְּתִיתִין מִפַּת נְקִיָּה וּשְׁלֵימָה מִפַּת הֻדְרְאָה כֵּיוָן דִּשְׁנֵיהֶם מְחָטִין מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלֵימָה. וּבַתּוֹסֶפְתָּא דִּמְכִילְתִּין פ"ג תַּנְיָא מְבָרְכִין עַל הַדָּגָן שֶׁהוּא מִן הַמֻּובְחָר. כֵּיצַד שְׁלֵימָה שֶׁל גְּלוּסְקָא וּשְׁלֵימָה שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלֵימָה שֶׁל גְּלוּסְקָא. פְּרוּסָה שֶׁל גְּלוּסְקָא וּשְׁלֵימָה שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלֵימָה שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת. פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּשְׁלֵימָה שֶׁל שְׂעוֹרִים מְבָרֵךְ עַל הַפְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין. פַּת שְׂעוֹרִין וּפַת כֻּוסְּמִין מְבָרֵךְ עַל שֶׁל שְׂעוֹרִים. וַהֲלֹא כֻּוסְּמִין יָפָה הֵימֶנָּה. אֶלָּא שֶׁזּוֹ מז' הַמִּינִים וְזוֹ אֵינָהּ מז' הַמִּינִים. וְאָמְרִינַן עֲלָהּ בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא בְּשֵׁם ר' זֵירָא דָּר' יְהוּדָה הִיא דְּאָמַר אִם יֵשׁ בֵּינֵיהֶם מז' הַמִּינִים עָלָיו הוּא מְבָרֵךְ. פַּת טְמֵאָה וּפַת טְהוֹרָה. ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא אוֹמֵר מְבָרֵךְ עַל הַטְּהוֹרָה. פַּת נְקִיָּה טְמֵאָה וּפַת קִיבָּר טְהוֹרָה ר' חַייָּא בְּשֵׁם ר' אֲחָא אוֹמֵר עַל אֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה יְבָרֵךְ וְכֵן הַדִּין בְּפַת שֶׁל נָכְרִים וּפַת שֶׁל יִשְׂרָאֵל. אָמַר ר' נַחְמָן בַּר יִצְחָק וִירֵא שָׁמַיִם יוֹצֵא יְדֵי שְׁנֵיהֶם כִּי הָא דְּמָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא מַנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ הַשְּׁלֵימָה וּבוֹצֵעַ תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק פְּרוּסָה וּשְׁלֵימָה מַנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ הַשְּׁלֵימָה וּבוֹצֵעַ א"ל מַה שִּׁמְךָ אֲמַר לֵיהּ שַׂלְמוֹן א"ל שָׁלוֹם אַתָּה וְשָׁלוֹם מִשְׁנָתְךָ שֶׁשַּׂמְתָּ שָׁלוֹם בֵּין הַתַּלְמִידִים נִרְאֶה דְּקָאֵי אַפְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּשְׁלֵימָה שֶׁל שְׂעוֹרִין דְּלָא קָאֵי אַפְּתִיתִין וּשְׁלֵימִים פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּרַב הוּנָא וְר' יוֹחָנָן מִדְּקָאָמַר מַנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ שְׁלֵימָה וְהָא דְּקָאָמַר יוֹצֵא אָדָם יְדֵי שְׁנֵיהֶם עַל שְׁנֵי הַלְּחָמִים קָאֵי וּבַהֲלָכוֹת דְּרַב אִלְפָּס כָּתוּב שְׁתֵּיהֶם וְהַאי דְּקָאָמַר שֶׁשַּׂמְתָּ שָׁלוֹם בֵּין הַתַּלְמִידִים מִשּׁוּם דְּמוּקֵי לָהּ בִּפְלֻוגְתָּא דְּתַנָּאֵי. מַנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ שְׁלֵימָה וּבוֹצֵעַ פירש"י בְּלָשׁוֹן אֶחָד בּוֹצֵעַ מִן הַשְּׁלֵימָה מִכָּל מָקוֹם יוֹצֵא יְדֵי שְׁנֵיהֶם קָרֵינָא בֵיהּ כֵּיוָן שֶׁמַּנִּיחַ שְׁנֵיהֶם יַחַד הָוֵי כְּאִלּוּ בּוֹצֵעַ מִשְּׁתֵּיהֶם וְלָשׁוֹן שֵׁנִי פֵּירֵשׁ בּוֹצֵעַ מִשְּׁתֵּיהֶם יַחַד וְזֶה נִרְאֶה עִיקָּר מִדְּאָמְרִינַן לְקַמָּן הַכֹּל מוֹדִים לְעִנְיַן פֶּסַח שֶׁמַּנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ הַשְּׁלֵימָה וּבוֹצֵעַ מַאי טַעְמָא לֶחֶם עֹונִי כְּתִיב מַשְׁמַע שֶׁבּוֹצֵעַ גַּם מִן הַפְּרוּסָה שֶׁכֵּן דַּרְכּוֹ שֶׁל עָנִי:
On a apporté devant lui des morceaux et des pains entiers. Rav Houna dit : il bénit sur les morceaux et acquitte ainsi les pains entiers. Rabbi Yo'hanan dit : le pain entier est la mitsva accomplie de la meilleure manière. Mais un morceau de blé et un entier d'orge, tous s'accordent qu'il bénit sur le morceau de blé et acquitte l'entier d'orge. Et la halakha suit Rabbi Yo'hanan contre Rav Houna, car Rav Houna ne tient pas face à Rav, dont il était l'élève, et à plus forte raison ne tient-il pas face à Rabbi Yo'hanan. Ainsi disons-nous au chapitre Mi che-hotsiouhou (Erouvin 46b) : là où se trouve Rabbi Yehouda il ne tient pas, et là où se trouve Rabbi Yossi, faut-il le demander ? Il bénit donc sur le pain entier, même s'il est plus petit que le morceau, car leur controverse porte précisément sur ce cas : dans l'énoncé de leur divergence la guemara emploie les mots morceaux et entiers, et ensuite seulement elle dit morceau de blé et entier d'orge — or peroussa indique une part plus petite que le pain entier, puisque le mot peroussa signifie la moitié d'un tout, comme dans l'expression qu'aucun d'eux ne prenne un morceau (Menahot 77b), et comme dans j'ai en main une mane pour ton père et je lui en ai fait manger un peras, la moitié (Chevouot 42a). Et la guemara nous enseigne une nouveauté : bien que le morceau de blé soit petit, il faut bénir sur lui en premier, parce que tout ce qui précède dans le verset précède pour la bénédiction. Dans l'énoncé de la divergence elle dit morceaux et entiers, et ensuite morceau de blé, parce qu'il s'agit de grands morceaux et de petits pains entiers. C'est à ce propos que Rav Houna dit qu'il bénit sur les morceaux s'il le veut, puisqu'ils sont grands, et Rabbi Yo'hanan dit malgré cela que le pain entier est la mitsva accomplie de la meilleure manière ; et même si les morceaux étaient d'un pain fin et l'entier d'un pain grossier, puisque les deux sont de blé, il bénit sur l'entier. Dans la Tossefta de notre traité, chapitre 3, il est enseigné : on bénit sur la céréale qui est la meilleure. Comment cela ? Un pain entier de gloseka et un pain entier de maison : il bénit sur l'entier de gloseka. Un morceau de gloseka et un entier de maison : il bénit sur l'entier de maison. Un morceau de blé et un entier d'orge : il bénit sur le morceau de blé. Du pain d'orge et du pain d'épeautre : il bénit sur celui d'orge. Or l'épeautre est meilleur ! Mais celui-ci fait partie des sept espèces et celui-là n'en fait pas partie. Et nous disons à ce sujet dans le Talmud de Jérusalem, au nom de Rabbi Yaakov bar Aha au nom de Rabbi Zeira : c'est l'avis de Rabbi Yehouda, qui dit que s'il se trouve parmi eux une des sept espèces, c'est sur elle qu'il bénit. Du pain impur et du pain pur : Rabbi Hiyya bar Abba dit qu'il bénit sur le pur. Du pain fin et impur et du pain grossier et pur : Rabbi Hiyya au nom de Rabbi Aha dit qu'il bénit sur celui qu'il veut, et il en va de même pour le pain des non-Juifs et le pain d'un Juif. Rav Nahman bar Yitzhak dit : celui qui craint le Ciel s'acquitte des deux avis, comme Mar fils de Ravina, qui plaçait le morceau à l'intérieur du pain entier et rompait. Un enseignant récita devant Rav Nahman bar Yitzhak : un morceau et un pain entier, il place le morceau à l'intérieur de l'entier et rompt. Il lui dit : quel est ton nom ? Il lui dit : Chalmon. Il lui dit : tu es paix et ton enseignement est paix, car tu as mis la paix entre les élèves. Il apparaît que cela porte sur le morceau de blé et l'entier d'orge, et non sur les morceaux et les entiers de la controverse de Rav Houna et de Rabbi Yo'hanan, puisqu'il est dit qu'il place le morceau à l'intérieur de l'entier ; et l'expression il s'acquitte des deux se rapporte aux deux pains. Dans les Halakhot de Rav Alfassi il est écrit toutes les deux. Quant à ce qui est dit, tu as mis la paix entre les élèves, c'est parce qu'il rattache la question à une controverse de Tanaim. Il place le morceau à l'intérieur de l'entier et rompt : Rachi explique, selon une première formulation, qu'il rompt du pain entier, et qu'on peut malgré tout dire qu'il s'acquitte des deux, puisqu'en les tenant ensemble c'est comme s'il rompait des deux ; selon une seconde formulation, il explique qu'il rompt des deux ensemble, et c'est là l'essentiel, car nous disons plus loin que tous s'accordent, pour Pessa'h, qu'il place le morceau à l'intérieur de l'entier et rompt — quelle en est la raison ? Il est écrit le'hem oni. Cela indique qu'il rompt aussi du morceau, telle étant la manière du pauvre.
💡 Explication

La sougya centrale s'ouvre. Deux valeurs entrent en concurrence sur la table : la chelemout, l'intégrité du pain, et la hachivout, l'importance de ce qu'on a devant soi. Rav Houna laisse le choix, Rabbi Yo'hanan fait de l'entier la mitsva min hamouvhar, la manière la plus accomplie.

La clause finale fixe un point d'accord : entre un morceau de blé et un pain entier d'orge, le blé l'emporte pour tous. La raison, donnée par Tossefot, tient à l'ordre du verset des sept espèces, où le blé précède l'orge. La priorité de la bénédiction suit donc l'ordre de l'Écriture.

Rabbenou Tam relit toute la scène : les morceaux y sont grands et les pains entiers petits. Rav Houna les tient alors pour équivalents, et Rabbi Yo'hanan donne le pas à l'entier même petit. Cette lecture évite d'attribuer aux deux maîtres des raisonnements symétriquement inversés, et elle commande la halakha retenue par Tossefot comme par le Roch.

🖼️ Schéma
Rav Houna contre Rabbi Yo'hanan : morceaux et pains entiers Rav Houna Rabbi Yo'hanan Position Il bénit sur les morceaux et acquitte ainsi les pains entiers. Position Le pain entier est la mitsva accomplie de la meilleure manière. Lecture de Rachi À égalité, il choisit ; si les morceaux sont plus grands, il doit bénir sur eux : la taille rend le morceau important. Lecture de Rabbenou Tam Morceaux grands, entiers petits. Rav Houna les tient pour équivalents ; Rabbi Yo'hanan donne le pas à l'entier. Point d'accord Morceau de blé contre pain entier d'orge : tous bénissent sur le morceau de blé. Halakha (Tossefot, Roch) Comme Rabbi Yo'hanan : on bénit sur le pain entier, même plus petit que le morceau, car Rav Houna, élève de Rav, ne tient pas devant Rav, et moins encore devant Rabbi Yo'hanan.
Les deux positions, leurs deux lectures et la halakha qui en sort.
4
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא כְּתַנָּאֵי: תּוֹרְמִין בָּצָל קָטָן שָׁלֵם, אֲבָל לֹא חֲצִי בָּצָל גָּדוֹל. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא כִּי, אֶלָּא חֲצִי בָּצָל גָּדוֹל. מַאי לַָאו בְּהָא קָמִיפַּלְגִי, דְּמָר סָבַר חָשׁוּב עָדִיף, וּמָר סָבַר שָׁלֵם עָדִיף.

Rabbi Yirmeya bar Abba dit : cela suit une controverse de Tanaim. On prélève la terouma sur un petit oignon entier, mais pas sur la moitié d'un grand oignon.

Rabbi Yehouda dit : non, mais bien sur la moitié d'un grand oignon. N'est-ce pas sur ce point qu'ils divergent, l'un tenant que ce qui est important l'emporte, et l'autre que ce qui est entier l'emporte ?

📜 Rachi (2)
כְּתַנָּאֵי הָא דַּאֲמַרְתְּ פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּשְׁלֵמָה שֶׁל שְׂעוֹרִין כו' תַּנָּאֵי הִיא:
Ce que tu as dit, un morceau de blé et un pain entier d'orge, etc., fait l'objet d'une controverse de Tanaim.
אֲבָל לֹא חֲצִי בָּצָל גָּדוֹל ואע"פ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יוֹתֵר מִקָּטָן שָׁלֵם:
Et cela bien qu'il y en ait davantage que dans un petit oignon entier.
🗂️ Tossefot (2)
כְּתַנָּאֵי כּוּ' פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י חֲצִי בָּצָל גָּדוֹל קָרֵי חָשׁוּב לְפִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יוֹתֵר מִבָּצָל קָטָן שָׁלֵם וְלֹא נִרְאֶה דְּהָא לִכְאוֹרָה מַשְׁמַע דִּלְהָכִי נְקַט חֲצִי בָּצָל גָּדוֹל מִשּׁוּם דְּיֵשׁ בַּחֲצִי בָּצָל גָּדוֹל כְּמוֹ בְּקָטָן שָׁלֵם וְלֹא יוֹתֵר וְעוֹד דְּאִם כֵּן לָא הָוֵי דֻּומְיָא דְּחָשׁוּב דְּגַבֵּי פְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין דְּקָאֵי עֲלָהּ דְּהָתָם שָׁוִין וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּכַהֲדָדִי שָׁוִין הֵם אֲבָל דְּגָדוֹל טוֹב יוֹתֵר לַאֲכִילָה מִן הַקָּטָן וְעוֹד פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּמַייְתִי תַּנָּאֵי אַסֵּיפָא דִּמְבָרֵךְ עַל הַפְּרוּסָה שֶׁל חִטִּין וּפוֹטֵר אֶת הַשְּׁלֵמָה שֶׁל שְׂעוֹרִים וּמַר סָבַר חָשׁוּב עָדִיף וּמָר סָבַר חִטִּין דְּמַקְדְּמִי בִּקְרָא עֲדִיפֵי אֲבָל א"א לְפָרֵשׁ דְּחִטִּין עֲדִיפֵי מִשּׁוּם שֶׁפַּת שֶׁל חִטִּין חָשׁוּב מִפַּת שֶׁל שְׂעוֹרִים דְּהָא פִּי' דִּבְמִין אֶחָד פַּת נְקִיָּה וּפַת קִיבָּר הַשָּׁלֵם עָדִיף:
Rachi explique que la moitié d'un grand oignon est appelée importante parce qu'il y en a davantage que dans un petit oignon entier. Cela ne paraît pas juste, car il ressort à première vue que la guemara prend la moitié d'un grand oignon précisément parce qu'il y en a autant que dans un petit oignon entier, sans davantage. De plus, il n'y aurait alors aucun parallèle avec ce qui est appelé important à propos du morceau de blé, sur quoi porte la comparaison, où les deux quantités sont égales. On peut expliquer qu'ils sont égaux en quantité, mais que ce qui provient d'un grand oignon est meilleur à manger que ce qui provient d'un petit. Rachi explique encore que la controverse des Tanaim est apportée sur la fin du propos — il bénit sur le morceau de blé et acquitte le pain entier d'orge —, l'un tenant que l'important l'emporte et l'autre que le blé l'emporte parce que le verset le mentionne en premier ; mais on ne peut expliquer que le blé l'emporte parce qu'un pain de blé serait plus important qu'un pain d'orge, puisqu'il a été expliqué que, dans une même espèce, entre pain fin et pain grossier, c'est l'entier qui l'emporte.
וּמָר סָבַר שָׁלֵם עָדִיף וא"ת מְנָא לֵיהּ הָא אֵימָא דְּחִטִּין חֲשִׁיבִי טְפֵי מִשּׁוּם דְּאָקָדֶמְיָה קְרָא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָכִי מְדַמֶּה דְּהָתָם אע"ג דְּמִסְּבָרָא חָשׁוּב לַכֹּהֵן עָדִיף דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י״ח:ל׳) בַּהֲרִימְכֶם אֶת חֶלְבּוֹ מִמֶּנּוּ וְאַפֵּי' הָכִי קָאָמַר דְּשָׁלֵם עָדִיף ה"נ נֵימָא שָׁלֵם עָדִיף מִפְּתִיתִין שֶׁל חִטִּין אע"ג דְּאָקָדֶמְיָה קְרָא וְהַדִּין עִם רַשִׁ"י שֶׁלֹּא רָצָה לְפָרֵשׁ כְּתַנָּאֵי אַפְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרַב הוּנָא שֶׁהֲרֵי לְמַאי דִּמְפָרֵשׁ לְרַב הוּנָא כְּשֶׁהֵן שָׁוִין מְבָרֵךְ עַל אֵיזוֹ שֶׁיִּרְצֶה א"כ לָא קָפֵיד אַחֲשִׁיבוּת וְלֹא אַשְּׁלֵמוּת וא"כ מַאי כְּתַנָּאֵי אִיכָּא ולפר"ת נָמֵי דְּפִי' דִּמְבָרֵךְ עַל הַפְּתִיתִין גְּדוֹלִים אִם יִרְצֶה וְאִי בָּעֵי בְּרִיךְ עַל הַשְּׁלָמִים קְטַנִּים אַלְמָא לָא חֲשִׁיב לֵיהּ עָדִיף אֶלָּא כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ לְרַב הוּנָא וא"כ לָא מָצֵי קָאֵי כְּתַנָּאֵי אַפְּלוּגְתָּא דִּפְתִיתִין:
On peut demander : d'où le tient-il ? Dis plutôt que le blé est plus important parce que le verset le mentionne en premier. On peut répondre que la comparaison est la suivante : là-bas, bien que le raisonnement veuille que ce qui est important pour le kohen l'emporte, comme il est écrit lorsque vous en prélevez le meilleur (Nombres 18, 30), le Tana dit pourtant que l'entier l'emporte ; ici de même, disons que l'entier l'emporte sur des morceaux de blé, bien que le verset mentionne le blé en premier. Et Rachi a raison de ne pas avoir voulu expliquer que la controverse des Tanaim porte sur la divergence de Rabbi Yo'hanan et de Rav Houna : car selon l'explication donnée de Rav Houna, lorsqu'ils sont égaux il bénit sur celui qu'il veut ; il tient donc pour indifférentes l'importance et l'intégrité, et quel parallèle avec les Tanaim y aurait-il alors ? Selon l'explication de Rabbenou Tam également, qui dit qu'il bénit sur les grands morceaux s'il le veut et sur les petits pains entiers s'il le veut, il apparaît que pour Rav Houna les deux se valent, l'important ne l'emportant pas ; la controverse des Tanaim ne peut donc pas porter sur la divergence relative aux morceaux.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya bar Abba cherche à donner au débat amoraique une racine tannaitique. Le terrain change : on passe de la table au champ, avec le prélèvement de la terouma sur des oignons. Le premier Tana prélève un petit oignon entier ; Rabbi Yehouda prélève la moitié d'un grand.

Le rapprochement porte sur une seule question : entre chalem, l'entier, et hachouv, l'important, lequel commande ? Tossefot précise que les deux quantités sont égales, sans quoi le parallèle avec le pain se défait. Ce qui distingue le demi-oignon reste sa qualité gustative, pas son volume.

5
הֵיכָא דְּאִיכָּא כֹּהֵן, כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּחָשׁוּב עָדִיף. כִּי פְּלִיגִי דְּלֵיכָּא כֹּהֵן. דִּתְנַן: כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ כֹּהֵן — תּוֹרֵם מִן הַיָּפֶה, וְכָל מָקוֹם שֶׁאֵין כֹּהֵן — תּוֹרֵם מִן הַמִּתְקַיֵּים. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין תּוֹרֵם אֶלָּא מִן הַיָּפֶה.

Là où il y a un kohen, tous s'accordent que ce qui est important l'emporte. Ils divergent là où il n'y a pas de kohen, comme nous l'avons appris : partout où il y a un kohen, on prélève sur le meilleur, et partout où il n'y a pas de kohen, on prélève sur ce qui se conserve.

Rabbi Yehouda dit : on ne prélève que sur le meilleur.

📜 Rachi (2)
בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ כֹּהֵן וְנוֹתְנוֹ לוֹ מִיָּד:
Et il le lui donne immédiatement.
בְּמָקוֹם שֶׁאֵין כֹּהֵן צָרִיךְ לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיַּצְנִיעֶנּוּ עַד שֶׁיִּמְצָא כֹּהֵן לִיתְּנוֹ לוֹ וַחֲצִי בָּצָל אֵין מִתְקַיֵּים:
Le Juif doit le mettre de côté jusqu'à ce qu'il trouve un kohen à qui le donner, et une moitié d'oignon ne se conserve pas.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הֵיכָא דְּאִיכָּא כֹּהֵן כ"ע לָא פְלִיגִי דַּחֲשִׁיב עָדִיף וּנְהִי דִּלְעֵיל קָאָמַר פְּתִיתִין גְּדוֹלִים וּשְׁלָמִים קְטַנִּים דִּמְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלָמִים הַיְינוּ דַּוְקָא לִבְרָכָה דְּלָא אִיכְפַּת לֵיהּ שֶׁיְּבָרֵךְ בְּגָדוֹל דְּלָמָּה יְבָרֵךְ בְּגָדוֹל הוֹאִיל וְאֵינוֹ נָקִי מִזֶּה אֲבָל גַּבֵּי נְתִינָה לַכֹּהֵן אִיכָּא נַפְקוּתָא דְּיִתֵּן לוֹ הַגָּדוֹל הֶחָשׁוּב טְפֵי דְּנִיחָא לֵיהּ:
Et bien qu'on ait dit plus haut que, pour de grands morceaux et de petits pains entiers, il bénit sur les entiers, cela vaut seulement pour la bénédiction, où il importe peu qu'il bénisse sur le plus grand : pourquoi bénirait-il sur le plus grand, dès lors que celui-ci n'est pas d'une farine plus fine que l'autre ? En revanche, pour ce qui est donné au kohen il y a une conséquence pratique : il lui donnera le plus grand, plus important, ce qui convient au kohen.
💡 Explication

La guemara resserre le parallèle. Tant qu'un kohen se tient là, la terouma lui est remise aussitôt et rien ne s'oppose à lui donner le meilleur : tous s'accordent alors sur l'important. La divergence n'apparaît qu'en son absence.

Un facteur nouveau entre alors en jeu, la conservation — mitkayem. Rachi l'explique : le prélèvement devra attendre chez son propriétaire, et une moitié d'oignon s'abîme. Le premier Tana préfère donc l'entier pour cette raison matérielle ; Rabbi Yehouda maintient le meilleur en toute circonstance.

Tossefot en tire une remarque fine : la bénédiction et le don au kohen n'obéissent pas au même intérêt. Pour la bénédiction, la taille du morceau reste sans enjeu ; pour le don, elle profite réellement au kohen.

🖼️ Schéma
L'oignon de la terouma : où passe exactement la divergence Prélever la terouma sur des oignons Un kohen est présent on le lui donne aussitôt Aucun kohen il faut garder le prélèvement Tous s'accordent : le meilleur la moitié du grand oignon Premier Tana ce qui se conserve : le petit oignon entier Rabbi Yehouda toujours le meilleur : la moitié du grand Le parallèle avec le pain tient sur cette seule question : l'entier ou l'important.
Le parallèle de la terouma une fois la guemara passée : la divergence tient à l'absence de kohen.
6
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: וִירֵא שָׁמַיִם יוֹצֵא יְדֵי שְׁנֵיהֶן, וּמַנּוּ? — מַר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא, דְּמָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא מַנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ הַשְּׁלֵמָה וּבוֹצֵעַ.

Rav Nahman bar Yitzhak dit : celui qui craint le Ciel s'acquitte des deux avis. Et qui est-ce ?

Mar fils de Ravina ; car Mar fils de Ravina plaçait le morceau à l'intérieur du pain entier et rompait.

📜 Rachi (2)
יוֹצֵא יְדֵי שְׁנֵיהֶן יְדֵי מַחֲלֹוקֶת שֶׁל רַב הוּנָא וְרַבִּי יוֹחָנָן:
Il s'acquitte des deux termes de la controverse de Rav Houna et de Rabbi Yo'hanan.
מַנִּיחַ פְּרוּסָה תַּחַת הַשְׁלָמָה וְנִמְצְאוּ שְׁתֵּיהֶן בְּיָדוֹ וּבוֹצֵעַ אוֹ מִשְּׁתֵּיהֶן אוֹ מִן הַשְׁלָמָה:
Les deux se trouvent ainsi dans sa main, et il rompt soit des deux, soit du pain entier.
🗂️ Tossefot (1)
מַנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ הַשְּׁלֵמָה וּבוֹצֵעַ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וּבוֹצֵעַ לִשְׁתֵּיהֶן אוֹ בּוֹצֵעַ לִשְׁלֹמֹה בִּלְבַד וְהַייְנוּ ע"י שְׁנֵיהֶן דְּכֵיוָן שֶׁהִנִּיחַ הַפְּרוּסָה תַּחַת הַשְׁלָמָה נִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁבּוֹצֵעַ נָמֵי אַפְּרוּסָה וְדַוְקָא בּוֹצֵעַ לִשְׁלֹמֹה אֲבָל לֹא רָצָה לְפָרֵשׁ וּבוֹצֵעַ לְאֵיזֶה מֵהֶן שֶׁיִּרְצֶה אוֹ לִפְרוּסָה אוֹ לִשְׁלֹמֹה דְּמִדְּקָאָמַר לְתוֹךְ הַשְׁלָמָה מַשְׁמַע דְּהַשְׁלָמָה עִיקָּר וּלְפִי' רַשִׁ"י ה"פ יְרֵא שָׁמַיִם יוֹצֵא יְדֵי שְׁנֵיהֶם כִּדְרַב הוּנָא וּכְדָר' יוֹחָנָן בִּפְתִיתִין וּשְׁלֵמָה וּלְפִי' ר"ת לֹא מָצִינוּ לְפָרֵשׁ הָכִי דְּקָאֵי אַפְּתִיתִין שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת כֵּן אֶלָּא יְבָרֵךְ עַל הַשְׁלָמָה וְדַי בְּכָךְ לכ"ע דַּאֲפִילּוּ רַב הוּנָא לָא קָאָמַר אֶלָּא עַל הַפְּרוּסָה אִם יִרְצֶה אֲבָל פְּשִׁיטָא אִם בֵּירַךְ עַל הַשְּׁלֵמָה יָצָא וְנִרְאֶה לְפֵירוּשׁ ר"ת שְׁנֵיהֶם קָאֵי אַשְּׁנֵי לְחָמִים אַפְּרוּסָה שֶׁל חִטִּים וּשְׁלֵמָה שֶׁל שְׂעוֹרִים:
Rachi explique : il rompt les deux, ou bien il rompt le seul pain entier, et c'est là s'acquitter des deux avis, car du fait qu'il a placé le morceau sous l'entier, il paraît rompre aussi le morceau, alors qu'il rompt précisément l'entier. Il a évité d'expliquer qu'il rompt celui des deux qu'il veut, morceau ou entier, puisque l'expression à l'intérieur de l'entier indique que l'entier est l'essentiel. Selon Rachi, le sens est donc : celui qui craint le Ciel s'acquitte des deux avis, celui de Rav Houna et celui de Rabbi Yo'hanan, à propos des morceaux et du pain entier. Selon l'explication de Rabbenou Tam, on ne peut expliquer ainsi que cela porte sur les morceaux, car il n'a nul besoin d'agir de la sorte : qu'il bénisse sur l'entier, cela suffit pour tous, puisque même Rav Houna dit seulement qu'il peut bénir sur le morceau s'il le veut, et il est évident que, s'il a béni sur l'entier, il s'est acquitté. Selon l'explication de Rabbenou Tam, les deux se rapporte donc aux deux pains, le morceau de blé et l'entier d'orge.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitzhak sort du débat par un geste. Le morceau glisse sous le pain entier, la main tient les deux, et la bénédiction couvre l'ensemble. La formule yotse yede chenehen, s'acquitter des deux avis, désigne ici une pratique de yere chamayim, de celui qui craint le Ciel : une conduite au-delà de la stricte obligation.

Rachi et Rabbenou Tam divergent sur ce que recouvre le mot les deux. Pour Rachi, ce sont les deux avis, Rav Houna et Rabbi Yo'hanan. Pour Rabbenou Tam, ce sont les deux pains eux-mêmes, le morceau de blé et l'entier d'orge, puisque dans sa lecture la divergence des Amoraim se résout déjà sans ce geste.

7
תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַנִּיחַ הַפְּרוּסָה בְּתוֹךְ הַשְּׁלֵמָה וּבוֹצֵעַ וּמְבָרֵךְ. אֲמַר לֵיהּ: מַה שִׁמְךָ? אֲמַר לֵיהּ: שֶׁלְּמָן. אֲמַר לֵיהּ: שָׁלוֹם אַתָּה וּשְׁלֵמָה מִשְׁנָתְךָ, שֶׁשַּׂמְתָּ שָׁלוֹם בֵּין הַתַּלְמִידִים.

Un enseignant récita une baraita devant Rav Nahman bar Yitzhak : il place le morceau à l'intérieur du pain entier, rompt et bénit. Il lui dit : quel est ton nom ?

Il lui dit : Chalman. Il lui dit : tu es paix, et ton enseignement est complet, car tu as mis la paix entre les élèves.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁלוֹם אַתָּה וּשְׁלֵמָה מִשְׁנָתְךָ, שֶׁשַּׂמְתָּ שָׁלוֹם בֵּין הַתַּלְמִידִים. הָא דְּאָמַר בֵּין הַתַּלְמִידִים נִרְאֶה לִי רֶמֶז בָּזֶה עוֹד דָּבָר אֶחָד לְפִי דַּרְכּוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁבְּהַמְצָאָה זוֹ שֶׁעָשִׂיתָ לְהַשְׁווֹת שְׁנֵי סְבָרוֹת הַנִּזְכָּר יַחְדָּיו יִהְיֶה שָׁלוֹם בֵּין הַתַּלְמִידִים, יַעַן שֶׁגַּם בֵּין הַתַּלְמִידִים יִמָּצֵא עִנְיָן אֶחָד בְּעֶרְכָּם הַדּוֹמֶה לְדָבָר זֶה, וְהַייְנוּ יֵשׁ אֶחָד בָּקִי בְּגָרְסָה שֶׁל סֵדֶר זְרָעִים וּמוֹעֵד וּשְׁגוּרִים בְּפִיו בְּגָרְסָה בִּלְבַד וְלֹא בְּדֶרֶךְ סְבָרָה וְעִיּוּן גַּם כֵּן, וְיֵשׁ אֶחָד שֶׁעֲדַייִן לֹא לָמַד סֵדֶר שָׁלֵם אֶלָּא מִקְצָת הַסֵּדֶר אֵיזֶה מַסֶּכְתָּא מִמֶּנּוּ בִּלְבַד, אַךְ הַמִּקְצָת הַזֶּה לָמְדוּ הֵיטֵב בְּדֶרֶךְ סְבָרָה וְעִיּוּן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ, וְהוּא עוֹקֵר הָרִים בְּלִימּוּד שֶׁלָּמַד בָּזֶה הַמִּקְצָת מִן הַמַּסֶּכְתּוֹת, וְעַל כֵּן בֵּין אֵלּוּ הַתַּלְמִידִים גַּם כֵּן יִפֹּול מַחֲלֹוקֶת בְּעֵרֶךְ כְּבוֹד חָכְמָתָם, כִּי אוֹתוֹ שֶׁלָּמַד כָּל הַסֵּדֶר כֻּולּוֹ אוֹמֵר דָּבָר שָׁלֵם עָדִיף, וְלָכֵן לוֹ מִשְׁפַּט הַקְּדִימָה בְּמַעֲלָה הוֹאִיל וְהוּא יוֹדֵעַ הַסֵּדֶר כֻּולּוֹ, וְאוֹתוֹ שֶׁלָּמַד מִקְצָת הַסֵּדֶר אַךְ לָמְדוּ בְּעִיּוּן וְסָבְרָה גַּם כֵּן יֹאמַר דָּבָר חָשׁוּב עָדִיף. וְנִמְצָא בֵּין הַתַּלְמִידִים גַּם כֵּן יֵשׁ מַחֲלֹוקֶת בְּעִנְיַן הַקְּדִימָה זֶה עִם זֶה בִּשְׁתֵּי סְבָרוֹת הַנִּזְכָּרוֹת בְּפַת, וְלָכֵן אַתָּה שֶׁעָשִׂיתָ מְצִיאוּת זוֹ בְּפַת לְהַשְׁווֹתָם יוֹצֵא מִזֶּה כִּי מִשּׁוּרַת הַדִּין שָׁוִים הֵם בְּמַעֲלָה וְאֵין לָהֶם קְדִימָה זֶה עִם זֶה, וְלָכֵן גַּם הַתַּלְמִידִים רָאוּי שֶׁיִּהְיוּ שָׁלוֹם בֵּינֵיהֶם שֶׁיִּהְיוּ מַשְׁוִים עַצְמָן זֶה עִם זֶה וְלֹא יִרְצֶה כָּל אֶחָד לִהְיוֹת לוֹ קְדִימָה עַל חֲבֵירוֹ, אֶלָּא שְׁקוּלִים יִהְיוּ זֶה כְּנֶגֶד זֶה. וּמַה שֶׁאָמַר לוֹ תְּחִלָּה מַה שִׁמְךָ? נִרְאֶה וַדַּאי הָיָה יוֹדֵעַ שְׁמוֹ מֵעִיקָּרָא מֵאַחַר שֶׁהָיָה דַּרְכּוֹ לְשַׁנּוֹת לְפָנָיו, וְרַק רָצָה לַעֲשׂוֹת פֶּתַח לִדְבָרָיו בְּדֶרֶךְ מְלִיצָה, וְרָמַז בָּזֶה שֶׁשִּׁמְךָ שֶׁהוּא לְשׁוֹן שָׁלוֹם הַנֶּאֱמָר בְּתוֹסְפוֹת נוּ"ן לְבַסּוֹף, בָּאָה הַנּוּ"ן לְהַגְדִּיל מַשְׁמָעוּת שִׁמְךָ לְלַמְּדֵינוּ שֶׁשָּׁלוֹם אַתָּה וּשְׁלֹמֹה מִשְׁנָתְךָ.
Tu es paix et ton enseignement est complet, car tu as mis la paix entre les élèves. Ce qu'il dit entre les élèves me paraît contenir encore une allusion, selon sa manière. Il veut dire que, par cette trouvaille par laquelle tu as mis d'accord ensemble les deux raisonnements mentionnés, il y aura la paix entre les élèves, car chez les élèves aussi se rencontre une situation semblable à leur échelle. À savoir : il y en a un qui est expert dans la récitation de l'ordre Zeraim et de l'ordre Moed, ces textes lui étant courants à la bouche par la seule récitation, sans le raisonnement ni l'étude approfondie ; et il y en a un autre qui n'a pas encore appris un ordre entier, mais seulement une partie de l'ordre, un traité de celui-ci, et cette partie il l'a bien apprise, par la voie du raisonnement et de l'étude approfondie qu'elle comporte, et il déracine des montagnes dans ce qu'il a appris de ces quelques traités. C'est pourquoi, entre ces élèves aussi, une controverse survient quant au rang de leur sagesse : celui qui a appris tout l'ordre dit que ce qui est complet l'emporte, et que la préséance lui revient donc en rang, puisqu'il connaît l'ordre tout entier ; et celui qui n'a appris qu'une partie de l'ordre, mais l'a apprise avec étude et raisonnement, dit que ce qui est important l'emporte. Il se trouve ainsi que, chez les élèves aussi, il y a une controverse sur la préséance de l'un à l'égard de l'autre, selon les deux raisonnements mentionnés à propos du pain. C'est pourquoi, toi qui as réalisé cette trouvaille à propos du pain pour les mettre à égalité, il en ressort que, selon la stricte règle, ils sont égaux en rang et qu'aucun n'a de préséance sur l'autre ; et ainsi il convient que les élèves aussi aient la paix entre eux, qu'ils se tiennent pour égaux l'un envers l'autre et qu'aucun ne veuille avoir la préséance sur son compagnon, mais qu'ils soient d'un poids égal l'un en face de l'autre. Quant à ce qu'il lui a demandé d'abord, quel est ton nom, il est certain qu'il connaissait son nom depuis toujours, puisqu'il avait coutume de réciter devant lui ; il voulait seulement ouvrir ses paroles par une tournure élégante, et il a fait allusion par là : ton nom, qui est un terme de paix, chalom, dit avec l'ajout d'un noun à la fin — ce noun vient amplifier le sens de ton nom, pour nous enseigner que tu es paix et que ton enseignement est complet.
💡 Explication

La baraita récitée devant Rav Nahman bar Yitzhak confirme comme enseignement transmis ce que Mar fils de Ravina pratiquait. La question sur le nom joue sur les racines : Chalman porte chalom, la paix, et chalem, ce qui est complet — les deux mots mêmes du débat.

Le Ben Yehoyada lit le mot les élèves comme une seconde couche. Deux types d'étudiants se font face : celui qui possède des ordres entiers de la Michna par la mémoire, et celui qui n'en possède qu'un traité mais le tient par le raisonnement. Le premier plaide pour le complet, le second pour l'important. La baraita, en mettant les deux pains à égalité, met aussi les deux élèves à égalité.

8
אָמַר רַב פָּפָּא: הַכֹּל מוֹדִים בְּפֶסַח, שֶׁמַּנִּיחַ פְּרוּסָה בְּתוֹךְ שְׁלֵמָה וּבוֹצֵעַ. מַאי טַעְמָא? — ״לֶחֶם עֹנִי״ כְּתִיב.

Rav Papa dit : tous s'accordent, à Pessa'h, qu'il place le morceau à l'intérieur de l'entier et rompt. Quelle en est la raison ?

Il est écrit pain de pauvreté.

📜 Rachi (1)
לֶחֶם עֹונִי כְּתִיב וְדַרְכּוֹ שֶׁל עָנִי בִּפְרוּסָה לְפִיכָךְ צָרִיךְ שֶׁיִּרְאֶה כְּבוֹצֵעַ מִן הַפְּרוּסָה:
L'usage du pauvre est d'avoir un morceau ; il faut donc qu'il paraisse rompre du morceau.
🗂️ Tossefot (1)
הַכֹּל מוֹדִים בְּפֶסַח שֶׁמַּנִּיחַ הַפְּרוּסָה בְּתוֹךְ הַשְּׁלֵמָה וּבוֹצֵעַ מַאי טַעְמָא לֶחֶם עֹונִי כְּתִיב מִשּׁוּם דִּכְתִיב לֶחֶם עֹונִי מַנִּיחַ הַפְּרוּסָה תַּחַת הַשְׁלָמָה וְנִרְאֶה כְּבוֹצֵעַ עַל הַפְּרוּסָה ומ"מ אֵין לִבְצֹועַ כִּי אִם עַל הַשְּׁלֵמָה וְעַל הַפְּרוּסָה יְבָרֵךְ עַל אֲכִילַת מַצָּה וְכוֹרְכִים וְאוֹכְלִים מִשְּׁתֵּיהֶן יַחַד כְּדֵי שֶׁיְּהֵא נִרְאֶה כְּבוֹצֵעַ עַל הַפְּרוּסָה וְכֵן הַמִּנְהָג אֲבָל אֵין לַעֲשׂוֹת הַמּוֹצִיא וְגַם עַל אֲכִילַת מַצָּה מִן הַפְּרוּסָה דְּהָוֵי כְּעוֹשֶׂה מִצְוֹת חֲבִילוֹת חֲבִילוֹת וְנִרְאֶה לִי דְּהָא הָוֵי בְּרָכָה שֶׁל נֶהֱנִין וְאֵינָם נִקְרָאִים חֲבִילוֹת חֲבִילוֹת דְּהָא אַקִּידּוּשׁ מְבָרְכִים קִידּוּשׁ וּבִרְכַּת הַיַּיִן וְרַבֵּינוּ מְנַחֵם מווינ"א הָיָה רָגִיל לַעֲשׂוֹת הַכֹּל עַל הַפְּרוּסָה וְאֵין הַשְּׁלֵמָה בָּאָה כִּי אִם בִּשְׁבִיל לֶחֶם מִשְׁנֶה והר"י הָיָה רָגִיל לְבָרֵךְ תְּחִלָּה בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא עַל שְׁתֵּיהֶן קֹודֶם שֶׁיִּבְצַע וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל אֲכִילַת מַצָּה וּבוֹצֵעַ מִשְּׁתֵּיהֶן אַחַר כָּךְ וְאֵין זֶה חֲבִילוֹת מֵאַחַר שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה עַל שְׁתֵּיהֶן וּפְעָמִים מַפִּיק הר"י נַפְשֵׁיהּ מִפְּלֻוגְתָּא וְלֹא הָיָה רוֹצֶה לְשַׁנּוֹת הַמִּנְהָג וְהָיָה מְבָרֵךְ עַל הַשְּׁלֵמָה תְּחִלָּה הַמּוֹצִיא וְהָיָה בּוֹצֵעַ קְצָת וְלֹא הָיָה מַפְרִידָה עַד שֶׁיְּבָרֵךְ עַל הַפְּרוּסָה עַל אֲכִילַת מַצָּה וּבוֹצֵעַ מִשְּׁתֵּיהֶן יַחַד:
Parce qu'il est écrit le'hem oni, pain de pauvreté, il place le morceau sous l'entier, et il paraît rompre sur le morceau. Toutefois on ne rompra que sur l'entier, et sur le morceau il récitera al akhilat matsa ; on les enveloppe et on mange des deux ensemble, afin qu'il paraisse rompre sur le morceau, et tel est l'usage. On évitera de faire hamotsi et al akhilat matsa sur le morceau, car ce serait accomplir des mitsvot par paquets, havilot havilot. Il me semble toutefois qu'il s'agit ici d'une bénédiction de jouissance, et que de telles bénédictions ne sont pas appelées des paquets, puisque sur le kidouch on récite le kidouch et la bénédiction du vin. Rabbenou Menahem de Vienne avait coutume de tout faire sur le morceau, l'entier ne venant que pour le le'hem michne. Le Ri avait coutume de réciter d'abord la bénédiction hamotsi sur les deux avant de rompre, puis de réciter al akhilat matsa, et de rompre ensuite des deux : ce ne sont pas là des paquets, puisqu'il faisait porter les deux bénédictions sur les deux pains. Et parfois le Ri se dégageait de la controverse, refusant de modifier l'usage : il bénissait hamotsi d'abord sur l'entier, l'entamait un peu sans l'en séparer, jusqu'à ce qu'il ait récité sur le morceau al akhilat matsa, et il rompait ensuite des deux ensemble.
💡 Explication

Rav Papa transforme en obligation ce qui restait une conduite de piété. À Pessa'h, le verset appelle la matsa le'hem oni, pain de pauvreté, et le pauvre mange du pain rompu. La présence du morceau devient donc constitutive du soir du seder, et le geste de Mar fils de Ravina y devient l'usage de tous.

Tossefot en tire l'ordonnancement pratique du seder et discute la difficulté des havilot havilot, l'interdit d'accomplir plusieurs mitsvot en un seul paquet. Trois usages sont rapportés, celui de Rabbenou Menahem de Vienne et deux du Ri, dont le second évite toute prise de position en n'achevant la rupture qu'après les deux bénédictions.

9
אֲמַר רַבִּי אַבָּא וּבְשַׁבָּת חַיָּיב אָדָם לִבְצֹועַ עַל שְׁתֵּי כִכָּרוֹת. מַאי טַעְמָא? — ״לֶחֶם מִשְׁנֶה״ כְּתִיב.

Rabbi Abba dit : et le chabbat, on est tenu de rompre sur deux pains. Quelle en est la raison ?

Il est écrit pain double.

💡 Explication

Le folio passe de Pessa'h au chabbat, en gardant le même mouvement : un verset impose une forme au pain de la table. Ici, le'hem michne, la double part de manne qui tombait le vendredi (Exode 16, 22), fonde l'obligation de rompre sur deux pains.

Cette halakha porte la suite du folio : elle explique ce que faisaient Rav Kahana et Rabbi Zeira, et pourquoi le pain de l'erouv pouvait tenir une des deux places.

10
אָמַר רַב אַשִּׁי: חֲזֵינָא לֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא דְּנָקֵיט תַּרְתֵּי וּבָצַע חֲדָא. רַבִּי זֵירָא הֲוָה בָּצַע אַכֹּולָּא שֵׁירוּתָא. אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: וְהָא קָא מִתְחֲזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא. אֲמַר [לֵיהּ]: כֵּיוָן דְּכָל יוֹמָא לָא קָעָבֵיד הָכִי, וְהָאִידָּנָא קָא עֲבִיד — לָא מִתְחֲזֵי כְּרַעַבְתָנוּתָא.

Rav Achi dit : j'ai vu Rav Kahana prendre deux pains et n'en rompre qu'un. Rabbi Zeira rompait de quoi couvrir tout le repas.

Ravina dit à Rav Achi : cela n'a-t-il pas l'air de gloutonnerie ? Il lui dit : puisqu'il n'agit pas ainsi chaque jour et qu'il le fait aujourd'hui, cela n'a pas l'air de gloutonnerie.

📜 Rachi (1)
אַכֻּולָּהּ שֵׁירוּתָא פְּרוּסָה גְּדוֹלָה שֶׁהָיָה דַּי לוֹ לְכָל הַסְּעוּדָה בְּשַׁבָּת:
Un grand morceau qui lui suffisait pour tout le repas du chabbat.
💡 Explication

La guemara précise la mise en œuvre du le'hem michne. Rav Kahana tient les deux pains pendant la bénédiction et n'en rompt qu'un seul : l'obligation porte sur la présence des deux pains, la rupture ne concernant que l'un d'eux.

La pratique de Rabbi Zeira soulève une objection de convenance. Un morceau taillé pour tout le repas évoque l'avidité. La réponse repose sur la rareté du geste : accompli le seul chabbat, il se lit comme un honneur rendu au repas, et non comme un appétit.

🖼️ Schéma
Chabbat : deux pains en main, un seul rompu Rompre sur deux pains — le'hem michne la double part de la manne du vendredi Rav Kahana il tient les deux pains et n'en rompt qu'un seul Rabbi Zeira un morceau assez grand pour tout le repas Rav Ami et Rav Assi ils bénissent sur le pain qui a servi à l'erouv Objection : cela a l'air de gloutonnerie Il agit ainsi le seul chabbat : le geste se lit comme un honneur rendu au repas.
Les trois usages amoraiques autour des deux pains du chabbat, et l'objection écartée.
11
רַב אַמֵּי וְרַב אַסִּי כִּי הֲוָה מִתְרְמֵי לְהוּ רִיפְתָּא דְעֵרוּבָא מְבָרְכִין עֲלֵיהּ ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״. אָמְרִי: הוֹאִיל וְאִתְעֲבִיד בֵּיהּ מִצְוָה חֲדָא, נַעֲבֵיד בֵּיהּ מִצְוָה אַחֲרִיתִי.

Rav Ami et Rav Assi, lorsqu'il leur arrivait d'avoir le pain de l'erouv, récitaient sur lui hamotsi le'hem min haarets. Ils disaient : puisqu'une mitsva a été accomplie avec lui, accomplissons avec lui une autre mitsva.

📜 Rachi (1)
רִיפְתָּא דְּעֵרוּבָא שֶׁעֵרְבוּ בּוֹ אֶתְמוֹל עֵרוּבֵי חֲצֵירוֹת:
Celui avec lequel ils avaient fait la veille l'erouv des cours, érouvé hatserot.
💡 Explication

Le folio se clôt sur un principe qui déborde son sujet : hoil ve-itavid beh mitsva hada, naavid beh mitsva aharita — puisqu'une mitsva a été accomplie avec cet objet, accomplissons-en une autre avec lui. Le pain qui a servi à l'érouvé hatserot, l'erouv qui unifie les cours pour le transport du chabbat, sert ensuite au repas.

L'objet d'une mitsva conserve ainsi une aptitude qui appelle un second emploi. Le raisonnement sera repris ailleurs comme règle générale, et il complète naturellement le thème des deux pains du chabbat, puisque le pain de l'erouv se trouve déjà dans la maison.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).