Berakhot 40a — Ce qui interrompt entre la bénédiction et la première bouchée, conseils d'hygiène et de santé, puis la michna sur la bénédiction générale qui acquitte la bénédiction précise

Berakhot 40a

Sougya : Le folio commence par une question très concrète : une fois hamotsi prononcée, quelles paroles coupent le lien entre la bénédiction et la première bouchée et obligent à la redire ? Rav, Rabbi Yo'hanan et Rav Chechet placent la limite à trois endroits différents, et Rav Chechet la repousse jusqu'à inclure l'ordre donné au sujet du fourrage des bêtes, puisque nourrir sa bête avant soi fait déjà partie de la préparation du repas.

Vient ensuite une série d'enseignements de Rava bar Chmouel au nom de Rabbi Hiya, sur le sel et l'accompagnement que l'on pose sur la table avant de rompre, puis sur plusieurs règles d'hygiène et de diététique : le sel après le repas, l'eau après la boisson, les lentilles, la moutarde, les petits poissons, le ketsah dont l'odeur nuit et dont le goût guérit. La dernière partie du folio revient à la halakha des bénédictions : la halakha n'est pas conforme à Rabbi Yehouda qui voulait une formule par espèce, et la michna enseigne qu'une bénédiction plus générale acquitte après coup une bénédiction plus précise.

La Guemara rattache cette règle à Rabbi Yehouda, qui tient que la terre est le fondement de l'arbre, et enchaîne sur l'arbre dont mangea Adam avant de donner le critère qui définit un arbre pour la bénédiction.

Qu'est-ce qui interrompt entre hamotsi et la première bouchée ? Rav Rabbi Yo'hanan Rav Chechet Prends, bénis ne coupe pas Prends, bénis ne coupe pas Prends, bénis ne coupe pas Apporte du sel coupe : on redit Apporte du sel ne coupe pas Apporte du sel ne coupe pas Fourrage aux bœufs coupe : on redit Fourrage aux bœufs coupe : on redit Fourrage aux bœufs ne coupe pas Critère commun : une parole qui sert le repas ne coupe pas. Les trois avis diffèrent sur l'étendue de ce qui sert le repas.
Les trois seuils de l'interruption entre la bénédiction et la première bouchée.
Michna : la bénédiction générale acquitte-t-elle après coup ? Fruit de l'arbre il a dit bore péri haadama Il s'est acquitté Fruit de la terre il a dit bore péri haets Non acquitté N'importe quel aliment il a dit chehakol Il s'est acquitté Règle La formule large englobe la formule étroite. L'arbre pousse de la terre : haadama couvre haets. La terre ne pousse pas de l'arbre : haets ne couvre pas haadama.
Pourquoi la bénédiction large acquitte dans un sens seulement.
L'arbre dont mangea Adam : trois avis et leur preuve Rabbi Meir La vigne Rien n'amène le hurlement sur l'homme sinon le vin il but du vin et s'enivra preuve par le dommage Rabbi Nehemya Le figuier Par ce qui les a corrompus ils ont été redressés ils cousirent des feuilles preuve par la réparation Rabbi Yehouda Le blé L'enfant ne sait dire papa et maman avant d'avoir goûté la céréale preuve par le savoir Nafka mina : pour Rabbi Yehouda le blé est une espèce d'arbre
Les trois identifications de l'arbre de la connaissance et l'enjeu pour la bénédiction.
1
אָמַר רַב: ״טֹול בָּרוּךְ, טֹול בָּרוּךְ״ — אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ. ״הָבֵא מֶלַח״ ״הָבֵא לִפְתָּן״ — צָרִיךְ לְבָרֵךְ. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ ״הָבִיאוּ מֶלַח״ ״הָבִיאוּ לִפְתָּן״ נָמֵי אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ, ״גְּבִיל לְתוֹרֵי, גְּבִיל לְתוֹרֵי״ צָרִיךְ לְבָרֵךְ. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר: אֲפִילּוּ ״גְּבִיל לְתוֹרֵי״ נָמֵי אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אָסוּר לָאָדָם שֶׁיֹּאכַל קֹודֶם שֶׁיִּתֵּן מַאֲכָל לִבְהֶמְתּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָתַתִּי עֵשֶׂב בְּשָׂדְךָ לִבְהֶמְתֶּךָ״ וַהֲדַר ״וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ״.

Rav a dit : « Prends, bénis ; prends, bénis » — il n'a pas besoin de bénir à nouveau. « Apporte du sel », « apporte l'accompagnement » — il doit bénir à nouveau.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : même « apportez du sel », « apportez l'accompagnement », il n'a pas non plus besoin de bénir à nouveau ; « mélange le fourrage pour les bœufs, mélange le fourrage pour les bœufs » — il doit bénir à nouveau. Et Rav Chechet a dit : même « mélange le fourrage pour les bœufs », il n'a pas non plus besoin de bénir à nouveau, car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il est interdit à un homme de manger avant d'avoir donné à manger à sa bête, ainsi qu'il est dit : « Je donnerai de l'herbe dans ton champ pour ta bête », et ensuite « tu mangeras et tu seras rassasié ».

📜 Rachi (3)
טֹול בָּרוּךְ הַבּוֹצֵעַ קֹודֶם שֶׁטָּעַם מִן הַפְּרוּסָה בָּצַע מִמֶּנָּה וְהוֹשִׁיט לְמִי שֶׁאֶצְלוֹ וא"ל טֹול מִפְּרוּסַת הַבְּרָכָה אַף עַל פִּי שֶׁסָּח בֵּינְתַיִם אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור לְבָרֵךְ וְאַף עַל גַּב דְּשִׂיחָה הָוְיָא הַפְסָקָה כִּדְאָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת (פֶּרֶק ג' דַּף לו.) סָח בֵּין תְּפִילִּין לִתְפִילִּין צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְכֵן בְּכִסּוּי הַדָּם הַךְ שִׂיחָה צֹורֶךְ בְּרָכָה וְלָא מַפְסְקָא:
Celui qui rompt le pain, avant d'avoir goûté à la tranche, en a coupé un morceau et l'a tendu à celui qui se trouve à côté de lui en lui disant : prends de la tranche de la bénédiction. Bien qu'il ait parlé entre-temps, il n'a pas besoin de recommencer la bénédiction. Et bien que la parole constitue en principe une interruption, comme nous le disons dans Menahot (chapitre 3, 36a) : s'il a parlé entre les téfiline du bras et ceux de la tête, il doit bénir à nouveau, et de même pour le recouvrement du sang — cette parole-ci sert la bénédiction et n'interrompt pas.
הֵבִיאוּ מֶלַח נָמֵי אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ שֶׁאַף זוֹ צֹורֶךְ בְּרָכָה שֶׁתְּהֵא פְּרוּסָה שֶׁל בְּרָכָה נֶאֱכֶלֶת בְּטַעַם:
Également, il n'a pas besoin de bénir à nouveau, car cela aussi sert la bénédiction : que la tranche sur laquelle on a béni soit mangée avec du goût.
גְּבִיל לְתוֹרֵי גַּבֵּיל אֶת הַמֻּורְסָן בְּמַיִם לְצֹורֶךְ הַשְּׁוָורִים:
Mélange le son avec de l'eau pour les bœufs.
🗂️ Tossefot (1)
הָבֵא מֶלַח כו' צָרִיךְ לְבָרֵךְ דְּהָוֵי הֶיסַּח הַדַּעַת וְהָכִי אָמְרִי' בפ"ג דִּמְנָחוֹת (דַּף לוֹ.) סָח בֵּין תְּפִילִּין לִתְפִילִּין צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְכֵן הֲלָכָה אִם סָח בֵּין בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא לַאֲכִילָה וּבֵין בִּרְכַּת קִידּוּשׁ לִשְׁתִיָּה צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ אִי לָאו מִילְּתָא דְּשָׁייְכָא לַסְּעוּדָה כְּמוֹ טֹול בָּרוּךְ וְכֵן בִּשְׁחִיטָה צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְבָרֵךְ אִי לָאו מִמִּילְּתָא דִּשְׁחִיטָה כְּמוֹ הַעוֹד יוֹתֵר בְּהֵמוֹת וְתַרְנְגוֹלִים לִשְׁחֹוט אוֹ שֶׁיֹּאמַר אָחוּז הֵיטֵב שֶׁלֹּא יִשָּׁמֵט לְךָ שֶׁלֹּא תִּפָּסֵל הַשְּׁחִיטָה אֵין זוֹ הַפְסָקָה וְאָנוּ אֵין אָנוּ רְגִילִים לְהָבִיא עַל הַשֻּׁלְחָן לֹא מֶלַח וְלֹא לִפְתָּן מִשּׁוּם דְּפַת שֶׁלָּנוּ חָשׁוּב וַהֲרֵי הוּא כִּי הָא דְּאָמַר בְּסָמוּךְ לֵית דֵּין צְרִיךְ בְּשַׁשׁ מִיהוּ רַבִּי מְנַחֵם הָיָה מְדַקְדֵּק מְאֹד לְהָבִיא מֶלַח עַל הַשֻּׁלְחָן כִּדְאִיתָא בַּמִּדְרָשׁ כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל יוֹשְׁבִין עַל הַשֻּׁלְחָן וּמַמְתִּינִין זֶה אֶת זֶה עַד שֶׁיִּטְּלוּ יְדֵיהֶם וְהֵן בְּלֹא מִצְוֹת הַשָּׂטָן מְקַטְרֵג עֲלֵיהֶם וּבְרִית מֶלַח מֵגֵין עֲלֵיהֶם:
Parce qu'il y a là un détournement de l'attention (hessah hadaat). Ainsi disons-nous au chapitre 3 de Menahot (36a) : s'il a parlé entre les téfiline et les téfiline, il doit bénir à nouveau. Et telle est la halakha : s'il a parlé entre la bénédiction hamotsi et le fait de manger, ou entre la bénédiction du kidouch et le fait de boire, il doit recommencer la bénédiction, sauf s'il s'agit d'une parole qui relève du repas, comme « prends, bénis ». De même pour la chehita (abattage) : il doit recommencer la bénédiction, sauf si la parole relève de la chehita elle-même, comme « y a-t-il encore des bêtes et des volailles à abattre ? », ou s'il dit « tiens bien, qu'elle ne t'échappe pas, pour que l'abattage ne soit pas passoul (invalide) » : cela n'est pas une interruption. Quant à nous, nous n'avons pas l'habitude d'apporter sur la table ni sel ni accompagnement, parce que notre pain est de qualité, et il en va comme de ce qui est dit plus loin : « celui-ci n'a pas besoin d'attendre ». Toutefois Rabbi Menahem tenait beaucoup à faire apporter du sel sur la table, comme il est dit dans le Midrach : lorsque les enfants d'Israël sont assis à table et s'attendent les uns les autres pendant qu'ils se lavent les mains, ils sont sans mitsva et l'accusateur les dénonce ; l'alliance du sel les protège.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָסוּר לָאָדָם שֶׁיֹּאכַל קֹדֶם שֶׁיִּתֵּן מַאֲכָל לִבְהֶמְתּוֹ. הִנֵּה נוֹדַע דְּלָא אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כֵּן אֶלָּא רַק בַּאֲכִילָה, אֲבָל בִּשְׁתִיָּה אֵינוֹ חַייָּב לְהַקְדִּים דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר כ, יב) וַתָּשֶׁת הָעֵדָה וּבְעִירָם, וְלָזֶה צָרִיךְ טַעַם לָמָּה אִשְׁתַּנִּי בָּזֶה אֲכִילָה מִשְּׁתִיָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְהֵמָה עִיקַּר מְצִיאוּתָהּ בָּעוֹלָם הוּא לֶאֱכֹול מִן בְּשָׂרָהּ, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ 'סוֹף בְּהֵמָה לִשְׁחִיטָה', וְאַף עַל גַּב דְּיוֹצֵא מִמֶּנָּה חָלָב הִנֵּה זֶה מִן הַנְּקֵבוֹת וְלֹא מִן הַזְּכָרִים, וְעוֹד הֶחָלָב עִיקָּרוֹ לַאֲכִילָה לַעֲשׂוֹת אוֹתוֹ גְּבִינָה וְחֶמְאָה וְחָלָב חִמּוּץ שֶׁקּוֹרִין בְּעַרְבִיָּה לב"ן, וְאִם כֵּן כָּל הֲנָאַת הָאָדָם מִן הַבְּהֵמָה הוּא הֲנָאָה שֶׁל אֲכִילָה, לְכָךְ רָאוּי שֶׁהוּא יַקְדִּים לָהּ הָאֲכִילָה עַל עַצְמוֹ, כָּעִנְיָן מַה שֶׁנֶּאֱמַר גַּבֵּי עֶבֶד עִבְרִי (דְּבָרִים טו, טז) כִּי טוֹב לוֹ עִמָּךְ וְכוּ', אֲבָל בִּשְׁתִיָּה לֵיכָּא טַעְמָא לְהַקְדִּים, וְאַף עַל גַּב דַּהֲנָאַת הָאֲכִילָה מִן הַבְּהֵמָה הוּא דַּוְקָא מִן הַטְּהוֹרָה, עִם כָּל זֶה לָא פְּלוּג בְּהָכִי בֵּין טְמֵאָה לִטְהוֹרָה. אִי נָמֵי יֵשׁ לְהָבִין הַמַּאֲכָל מְצִיאוּתוֹ בָּעוֹלָם תִּהְיֶה עַל יְדֵי יְגִיעַת הָאָדָם, לְכָךְ נֶחְשָׁב הָאָדָם כְּמוֹ בַּעַל הַבַּיִת, אֲבָל הַבְּהֵמָה בְּסוּג אוֹרֵחַ, וְדֶרֶךְ לְהַקְדִּים בַּעַל הַבַּיִת אֶת הָאוֹרֵחַ עָלָיו, אֲבָל הַמַּיִם מְצִיאוּתָם בָּעוֹלָם הִיא עַל יְדֵי יִתְבָּרֵךְ, וְאִם כֵּן גַּם הָאָדָם נֶחְשָׁב בַּמַּיִם אוֹרֵחַ וּמַאי חָזֵית לְהַקְדִּים הַבְּהֵמָה?! וְעוֹד יֵשׁ לְהָבִין בִּפְשִׁיטוּת דִּבְצִמָּאוֹן יִתְרְמֵי שְׁעַת סַכָּנָה אִם לֹא יִשְׁתֶּה מְהֵרָה, לְכָךְ לֹא נַעֲשָׂה בּוֹ עִנְיַן הַקְּדִימָה הַנִּזְכָּר.
« Il est interdit à un homme de manger avant d'avoir donné à manger à sa bête. » On sait que nos maîtres n'ont dit cela que pour le fait de manger ; pour la boisson, il n'est pas tenu de faire passer la bête avant lui, car il est écrit (Nombres 20,12) « la communauté but, ainsi que leurs bêtes ». Il faut donc une raison à la différence entre le manger et le boire. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison d'être de la bête dans le monde est que l'on mange de sa chair, comme nos maîtres ont dit : « la fin de la bête est l'abattage ». Et bien qu'elle donne du lait, cela vient des femelles et non des mâles ; de plus le lait sert principalement à l'alimentation, pour en faire du fromage, du beurre et du lait fermenté que l'on appelle en arabe leben. Ainsi tout le profit que l'homme tire de la bête est un profit d'alimentation, et il convient donc qu'il lui fasse passer le manger avant le sien, à la manière de ce qui est dit au sujet de l'esclave hébreu (Deutéronome 15,16) « car il est bien avec toi », etc. Pour la boisson, en revanche, il n'y a pas de raison de la faire passer avant. Et bien que le profit alimentaire tiré de la bête ne concerne que la bête pure, on n'a pas distingué ici entre la pure et l'impure. On peut encore le comprendre ainsi : la nourriture n'existe dans le monde que par le travail de l'homme, si bien que l'homme y tient le rang de maître de maison et la bête celui d'hôte, et l'usage veut que le maître de maison serve l'hôte avant lui-même ; l'eau, elle, existe dans le monde par Hachem, et l'homme est donc lui aussi un hôte à l'égard de l'eau : pourquoi alors faire passer la bête avant lui ? On peut encore le comprendre simplement : la soif peut faire naître un danger si l'on ne boit pas vite, et c'est pourquoi on n'y a pas institué la priorité mentionnée.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב טוֹל בָּרוּךְ טוֹל בָּרוּךְ אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ הָבֵא מֶלַח הָבֵא לִפְתָּן צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְר' יוֹחָנָן אָמַר אַפֵּי' הָבֵא מֶלַח הָבֵא לִפְתָּן א"צ לְבָרֵךְ גַּבֵּיל לְתוֹרֵי גַּבֵּיל לְתוֹרֵי צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר אֲפִילּוּ גַּבֵּיל לְתוֹרֵי אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ דְּאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיִּתֵּן מַאֲכָל לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְנָתַתִּי עֵשֶׂב בְּשָׂדְךָ לִבְהֶמְתֶּךָ וַהֲדַר וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ הִלְכָּךְ מִילֵּי דִּסְעוּדָה הוּא וְלָא חֲשִׁיב הֶפְסֵק וְכֵן הַשּׁוֹחֵט בְּהֵמוֹת אוֹ עוֹפוֹת וְאַחַר שֶׁשָּׁחַט אֶחָד אוֹמֵר הֵבִיאוּ אֲחֵרִים לִשְׁחֹוט וְכָל דָּבָר שֶׁהוּא מֵעִנְיַן הַשְּׁחִיטָה לָא חֲשִׁיב הֶפְסֵק אָמַר רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם רַבִּי חִיָּיא אֵין הַבּוֹצֵעַ רַשַּׁאי לִבְצֹועַ עַד שֶׁיָּבִיאוּ מֶלַח וְלִפְתָּן לִפְנֵי כָּל אֶחָד וְאֶחָד. רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל אִיקְּלַע לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא אַפִּיקוּ לֵיהּ רִפְתָּא בָּצַע לְאַלְתַּר אָמְרוּ לֵיהּ הֲדַר בֵּיהּ מָר מִשְּׁמַעְתֵּיהּ אֲמַר לְהוּ לֵית דֵּין צְרִיךְ בְּשַׁשׁ י"מ אִיחוּר עַד שֶׁיָּבִיאוּ לְלִיפְתָּן מִלְּשׁוֹן כִּי בְּשֵׁשׁ מֹשֶׁה וי"מ אֵין זֶה צָרִיךְ לִיפְתָּן מִלְּשׁוֹן הֲיֵאָכֵל תָּפֵל מִבְּלִי מֶלַח מְתַרְגְּמִינַן כַּמָּה דְּלָא מִתְאַכֵּל בְּשֵׁשׁ מְדַלֵּית מִילְחָא אִיּוֹב ו:
Rav a dit : « prends, bénis ; prends, bénis » — il n'a pas besoin de bénir à nouveau ; « apporte du sel, apporte l'accompagnement » — il doit bénir à nouveau. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même « apporte du sel, apporte l'accompagnement », il n'a pas besoin de bénir à nouveau ; « mélange le fourrage pour les bœufs, mélange le fourrage pour les bœufs » — il doit bénir à nouveau. Et Rav Chechet a dit : même « mélange le fourrage pour les bœufs », il n'a pas besoin de bénir à nouveau, car Rav Houna a dit au nom de Rav : il est interdit à un homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir mis de la nourriture devant sa bête, ainsi qu'il est dit : « Je donnerai de l'herbe dans ton champ pour ta bête », et ensuite « tu mangeras et tu seras rassasié ». Il s'agit donc de paroles qui relèvent du repas, et cela ne compte pas comme interruption. De même, celui qui abat des bêtes ou des volailles et qui, après en avoir abattu une, dit « apportez-en d'autres à abattre » : toute parole qui relève de la chehita (abattage) ne compte pas comme interruption. Rabba bar Chmouel a dit au nom de Rabbi Hiya : celui qui rompt le pain n'a pas le droit de rompre avant qu'on ait apporté du sel et un accompagnement devant chacun. Rabba bar Chmouel se trouva à la maison de l'exilarque ; on lui apporta du pain et il rompit immédiatement. Ils lui dirent : le maître est-il revenu sur son enseignement ? Il leur dit : « let dein tsarikh bachech ». Certains expliquent bachech au sens d'attente, jusqu'à ce qu'on apporte l'accompagnement, du langage de « ki bochech Moche » ; d'autres expliquent : celui-ci n'a pas besoin d'accompagnement, du langage de « mange-t-on un mets fade sans sel », que l'on traduit en araméen « ce qui est fade ne se mange pas faute de sel » (Job 6).
💡 Explication

La question est celle de la continuité entre la bénédiction hamotsi et la première bouchée. Une parole prononcée dans cet intervalle vaut en principe interruption (hefsek) et oblige à redire la bénédiction. L'exception admise par tous concerne les paroles qui servent la bénédiction elle-même.

Les trois avis se distinguent par l'étendue qu'ils donnent à cette exception. Pour Rav, seule la parole qui distribue la tranche bénie est couverte. Pour Rabbi Yo'hanan, le sel et l'accompagnement sont couverts aussi, puisqu'ils rendent le pain mangeable avec goût. Pour Rav Chechet, l'ordre concernant le fourrage des bêtes l'est également, car la halakha impose de nourrir sa bête avant soi : cet ordre fait donc partie de la mise en place du repas.

2
אָמַר רָבָא בַּר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם רַבִּי חִיָּיא: אֵין הַבּוֹצֵעַ רַשַּׁאי לִבְצֹועַ עַד שֶׁיָּבִיאוּ מֶלַח אוֹ לִפְתָּן לִפְנֵי כָּל אֶחָד וְאֶחָד. רָבָא בַּר שְׁמוּאֵל אִקְּלַע לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא, אַפִּיקוּ לֵיהּ רִיפְתָּא, וּבָצַע לְהֶדְיָא. אָמְרוּ לֵיהּ: הָדַר מַר מִשְּׁמַעְתֵּיהּ? אֲמַר לְהוּ: לֵית דֵּין צְרִיךְ בְּשַׁשׁ.

Rava bar Chmouel a dit au nom de Rabbi Hiya : celui qui rompt le pain n'a pas le droit de rompre avant qu'on ait apporté du sel ou un accompagnement devant chacun des convives. Rava bar Chmouel se trouva un jour à la maison du Rech Galouta (l'exilarque) ; on lui apporta du pain et il le rompit aussitôt.

Ils lui dirent : le maître est-il revenu sur son enseignement ? Il leur dit : celui-ci n'a pas besoin d'attente.

📜 Rachi (2)
וּבָצַע לָהּ לְהֶדְיָא כְּלוֹמַר מִיָּד וְלֹא הִמְתִּין לְמֶלַח וְלִפְתָּן:
C'est-à-dire immédiatement, sans attendre le sel ni l'accompagnement.
בְּשֵׁשׁ עִכּוּב כְּמוֹ בּוֹשֵׁשׁ רִכְבּוֹ (שׁוֹפְטִים ה) כְּלוֹמַר פַּת נְקִיָּה הִיא זוֹ וְאֵין צְרִיכָה לִפְתָּן:
Bachech signifie retard, comme dans « boschech rikhbo » (Juges 5) ; autrement dit, ce pain-ci est un pain fin et n'a pas besoin d'accompagnement.
💡 Explication

La règle de Rabbi Hiya vise le pain ordinaire, qui réclame du sel pour avoir du goût : on attend donc que chacun ait devant lui de quoi accompagner le pain, afin que la tranche bénie soit mangée de façon convenable.

La scène chez l'exilarque montre la limite de la règle. Le pain servi là est un pain fin, déjà savoureux, et la raison de l'attente tombe. Rava bar Chmouel maintient donc son enseignement et en précise le domaine.

3
וְאָמַר רָבָא בַּר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם רַבִּי חִייָּא: אֵין מֵי רַגְלַיִם כָּלִים אֶלָּא בִּישִׁיבָה. אָמַר רַב כָּהֲנָא: וּבְעָפָר תִּיחוּחַ, אֲפִילּוּ בַּעֲמִידָה. וְאִי לֵיכָּא עָפָר תִּיחוּחַ, יַעֲמוֹד בְּמָקוֹם גָּבוֹהַּ וְיַשְׁתִּין לִמְקוֹם מִדְרוֹן.

Et Rava bar Chmouel a dit au nom de Rabbi Hiya : l'urine ne quitte complètement le corps qu'en position assise. Rav Kahana a dit : sur une terre meuble, même debout.

Et s'il n'y a pas de terre meuble, qu'il se tienne sur un endroit élevé et urine vers un endroit en pente.

📜 Rachi (2)
אֵין מֵי רַגְלַיִם כָּלִים מִן הַגּוּף אֶלָּא בִּישִׁיבָה לְפִי שֶׁכְּשֶׁהַקִּלּוּחַ קָרוֹב לְפִיסּוּק הוּא דּוֹאֵג שֶׁלֹּא יִפְּלוּ נְצוּצוֹת עַל רַגְלָיו וּמַפְסִיק:
L'urine ne quitte pas le corps autrement qu'en position assise, car lorsque le jet approche de sa fin, l'homme craint que des gouttes ne retombent sur ses pieds, et il s'interrompt.
בַּעֲפַר תִּיחוּחַ לֵיכָּא נְצוּצוֹת:
Sur une terre meuble, il n'y a pas d'éclaboussures.
💡 Explication

Le folio passe ici à une série de conseils de santé rapportés par le même transmetteur. La rétention involontaire, provoquée par la crainte des éclaboussures, est tenue pour nuisible au corps.

Les deux solutions de Rav Kahana suppriment la cause de cette crainte : un sol qui absorbe, ou une position qui éloigne le jet.

4
וְאָמַר רָבָא בַּר שְׁמוּאֵל מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי חִייָּא אַחַר כָּל אֲכִילָתְךָ אֱכֹול מֶלַח, וְאַחַר כָּל שְׁתִייָּתְךָ שְׁתֵה מַיִם, וְאִי אַתָּה נִזּוֹק. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אַחַר כָּל אֲכִילָתְךָ אֱכֹול מֶלַח, וְאַחַר כָּל שְׁתִייָּתְךָ שְׁתֵה מַיִם, וְאִי אַתָּה נִזּוֹק. תַּנְיָא אִידָךְ: אָכַל כָּל מַאֲכָל וְלֹא אָכַל מֶלַח, שָׁתָה כָּל מַשְׁקִין וְלָא שָׁתָה מַיִם, בַּיּוֹם — יִדְאַג מִן רֵיחַ הַפֶּה, וּבַלַּיְלָה — יִדְאַג מִפְּנֵי אַסְכָּרָה.

Et Rava bar Chmouel a dit au nom de Rabbi Hiya : après tout ce que tu manges, mange du sel ; et après tout ce que tu bois, bois de l'eau — et tu ne subiras pas de dommage. Cela a également été enseigné dans une baraita : après tout ce que tu manges, mange du sel, et après tout ce que tu bois, bois de l'eau, et tu ne subiras pas de dommage.

Une autre baraita enseigne : celui qui a mangé n'importe quel aliment sans manger de sel, ou qui a bu n'importe quelle boisson sans boire d'eau — de jour, qu'il craigne la mauvaise haleine ; et de nuit, qu'il craigne l'askara (angine diphtérique).

📜 Rachi (1)
אַסְכָּרָה בו"ן מלאנ"ט:
Askara : bon malant en langue vernaculaire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַחַר כָּל אֲכִילָתְךָ אֱכֹל מֶלַח, וְאַחַר כָּל שְׁתִיָּתְךָ שְׁתֵה מַיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל דֶּרֶךְ סוֹד הַכָּתוּב (שִׁיר הַשִּׁירִים ה' א') אִכְלוּ רֵעִים שְׁתוּ וְשִׁכְרוּ דּוֹדִים, כִּי שֶׁפַע בְּחִינַת י"ה מְכוֹנָה בְּשֵׁם 'אֲכִילָה', וְשֶׁפַע בְּחִינַת ו"ה מְכוֹנָה בְּשֵׁם 'שְׁתִיָּה', וְיָדוּעַ שֶׁבִּבְחִינַת י"ה יֵשׁ ג' הויו"ת [3 × 26] שֶׁעוֹלִים מִסְפַּר לֶחֶם [78] וּמִסְפַּר מֶלַח [78] , וּבִבְחִינַת ו"ה יֵשׁ שְׁנֵי שֵׁמוֹת הוי"ה אֲדֹנָי [91] שֶׁהֵם מִסְפַּר מַיִם עִם הַכּוֹלֵל [91] , וְלָכֵן אַחַר כָּל אֲכִילָתְךָ אֱכֹל מֶלַח שֶׁהוּא מִסְפַּר ג' הויו"ת לִרְמֹוז בָּזֶה עַל שֹׁורֶשׁ הָאֲכִילָה הֵיכָן הוּא, וְאַחַר כָּל שְׁתִיָּתְךָ שְׁתֵה מַיִם לִרְמֹוז בָּזֶה עַל שֹׁורֶשׁ הַשְּׁתִיָּה הֵיכָן הוּא, וְכֵיוָן שֶׁהָאָדָם מִתְכַּוֵּין בַּאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה בַּשָּׁרָשִׁים שֶׁלָּהֶם, לֹא יִהְיֶה נִזּוֹק מֵאֲכִילָתוֹ וּשְׁתִיָּיתוֹ נֶזֶק רוּחָנִי מִצַּד תַּעֲרֹובֶת רַע.
« Après tout ce que tu manges, mange du sel ; et après tout ce que tu bois, bois de l'eau. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, selon le sod (secret) du verset (Cantique 5,1) « mangez, compagnons, buvez et enivrez-vous, bien-aimés » : le flux (chefa) de la dimension de youd-hé est désigné par le mot « manger », et le flux de la dimension de vav-hé par le mot « boire ». Or on sait que la dimension de youd-hé comporte trois Noms havaya [3 x 26], dont le compte égale celui de le'hem, le pain [78], et celui de melah, le sel [78] ; et que la dimension de vav-hé comporte deux Noms, havaya et Ado-nay [91], dont le compte égale celui de mayim, l'eau, avec l'unité [91]. C'est pourquoi : après tout ce que tu manges, mange du sel, dont le compte est celui des trois Noms havaya, pour indiquer par là où se trouve la racine du manger ; et après tout ce que tu bois, bois de l'eau, pour indiquer par là où se trouve la racine du boire. Et puisque l'homme dirige ainsi son intention, en mangeant et en buvant, vers leurs racines, il ne subira de son manger et de son boire aucun dommage spirituel venant du mélange du mal.
💡 Explication

Le sel après le repas et l'eau après la boisson forment un couple de mesures d'hygiène. La baraita en énonce le revers : celui qui les néglige s'expose de jour à la mauvaise haleine et de nuit à l'askara, une affection de la gorge tenue pour mortelle.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: הַמִּקְפָּה אֲכִילָתוֹ בְּמַיִם, אֵינוֹ בָּא לִידֵי חֹולִי מֵעַיִם. וְכַמָּה? אָמַר רַב חִסְדָּא: קִיתוֹן לֶפֶת.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui inonde d'eau ce qu'il mange ne vient pas à souffrir de maladie des intestins. Et combien ?

Rav Hisda a dit : un pichet (kiton) par pain.

📜 Rachi (1)
הַמִּקְפָּה אֲכִילָתוֹ בְּמַיִם שׁוֹתֶה מַיִם הַרְבֵּה אַחַר אֲכִילָתוֹ עַד שֶׁאֲכִילָתוֹ צָפָה בַּמַּיִם וַיָּצֶף הַבַּרְזֶל מְתַרְגְּמִינַן וּקְפָא פַּרְזְלָא (מְלָכִים ב ו׳:ו׳):
Il boit beaucoup d'eau après son repas, au point que ce qu'il a mangé flotte dans l'eau. « Le fer flotta » se traduit en araméen par « oukafa parzela » (II Rois 6,6).
💡 Explication

Rachi lit le verbe makpe à partir de la traduction araméenne du verbe « flotter » : la quantité d'eau est telle que la nourriture y baigne. Rav Hisda fixe la mesure, un pichet d'eau pour un pain.

6
אָמַר רַב מָרִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָרָגִיל בַּעֲדָשִׁים אַחַת לִשְׁלשִׁים יוֹם מוֹנֵעַ אַסְכָּרָה מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ. אֲבָל כָּל יוֹמָא — לֹא. מַאי טַעְמָא? — מִשּׁוּם דְּקָשֶׁה לְרֵיחַ הַפֶּה.

Rav Mari a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui a l'habitude de manger des lentilles une fois tous les trente jours écarte l'askara de sa maison. Mais tous les jours, non.

Quelle en est la raison ? Parce que cela nuit à l'haleine.

📜 Rachi (1)
מוֹנֵעַ אַסְכָּרָה שֶׁהַחֹולִי בָּא מֵחֲמַת עָצוּר בְּנֵי מֵעַיִם וְהָעֲדָשִׁים מְשַׁלְשְׁלִים:
Cette maladie vient d'un blocage des intestins, et les lentilles relâchent.
💡 Explication

Le même aliment est ici bénéfique à intervalle régulier et nuisible en usage quotidien. Ce schéma, repris pour la moutarde, gouverne toute la série : la fréquence fait la différence entre le remède et le dommage.

7
וְאָמַר רַב מָרִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָרָגִיל בְּחַרְדָּל אַחַת לִשְׁלשִׁים יוֹם — מוֹנֵעַ חֳלָאִים מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ. אֲבָל כָּל יוֹמָא — לֹא, מַאי טַעְמָא? — מִשּׁוּם דְּקָשֵׁה לְחֻולְשָׁא דְלִבָּא.

Et Rav Mari a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui a l'habitude de manger de la moutarde une fois tous les trente jours écarte les maladies de sa maison. Mais tous les jours, non.

Quelle en est la raison ? Parce que cela provoque une faiblesse du cœur.

8
אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: הָרָגִיל בְּדָגִים קְטַנִּים — אֵינוֹ בָּא לִידֵי חֹולִי מֵעַיִם. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁדָּגִים קְטַנִּים מַפְרִין וּמַרְבִּין וּמַבְרִין כָּל גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם.

Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : celui qui a l'habitude de manger de petits poissons ne vient pas à souffrir de maladie des intestins. Et plus encore : les petits poissons rendent fécond, font croître et fortifient tout le corps de l'homme.

9
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: הָרָגִיל בְּקֶצַח אֵינוֹ בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב. מֵיתִיבִי: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: קֶצַח — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים סַמָּנֵי הַמָּוֶת הוּא, וְהַיָּשֵׁן לְמִזְרַח גָּרְנוֹ — דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ. לָא קַשְׁיָא: הָא בְּרֵיחוֹ, הָא בְּטַעְמוֹ. אִימֵּיהּ דְּרַבִּי יִרְמְיָה אָפְיָא לֵיהּ רִיפְתָּא, וּמְדַבְּקָא לֵיהּ וּמְקַלְּפָא לֵיהּ.

Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit : celui qui a l'habitude de consommer du ketsah (nigelle) ne vient pas à souffrir du cœur. On objecte : Rabban Chimon ben Gamliel dit : le ketsah est l'une des soixante drogues mortelles, et celui qui dort à l'est de son aire — son sang est sur sa tête.

Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de son odeur, là de son goût. La mère de Rabbi Yirmeya lui cuisait du pain, y collait du ketsah, puis l'en détachait.

📜 Rachi (5)
קצח רַבּוֹתֵינוּ מְפָרְשִׁים נייל"א בְּלַעַ"ז אֲבָל אֲנִי שָׁמַעְתִּי מִין זְרָעִים שֶׁזּוֹרְעִין אוֹתוֹ בְּאֶרֶץ יִשְׁמָעֵאל:
Nos maîtres expliquent que le ketsah est la nielle en langue vernaculaire ; mais moi, j'ai entendu que c'est une sorte de graine que l'on sème au pays d'Ismaël.
לְמִזְרַח גָּורְנוֹ שֶׁל קֶצַח שֶׁרוּחַ מַעֲרָבִית רוּחַ לַחָה וּמְתֻונֶּתָה הִיא וּמַכְנֶסֶת הָרֵיחַ בְּתוֹךְ הַגּוּף:
À l'est de l'aire du ketsah : le vent d'ouest est un vent humide et tempéré, et il fait entrer l'odeur à l'intérieur du corps.
הָא בְּרֵיחוֹ הָא בְּטַעְמוֹ הָרֵיחַ קָשֶׁה וְהַטַּעַם טוֹב:
L'odeur est nocive, et le goût est bon.
מְדַבְּקָא לֵיהּ בְּרִיפְתָּא עַד שֶׁקָּלַט הַטַּעַם:
Elle le collait au pain, jusqu'à ce que celui-ci ait pris le goût.
וּמְקַלְּפָא לֵיהּ בִּשְׁבִיל הָרֵיחַ:
Et elle l'en détachait, à cause de l'odeur.
💡 Explication

La contradiction se résout par une distinction entre deux voies d'action du même produit. Le goût, qui passe dans l'aliment, est bénéfique ; l'odeur, qui pénètre par la respiration, est dangereuse.

Le geste de la mère de Rabbi Yirmeya applique exactement cette distinction : le temps de la cuisson suffit à transmettre le goût au pain, et retirer les graines avant de servir supprime l'odeur.

🖼️ Schéma
Le ketsah : deux voies opposées Le goût écarte la douleur du cœur L'odeur une des soixante drogues mortelles La mère de Rabbi Yirmeya colle le ketsah au pain puis le détache : le goût reste, l'odeur part
La contradiction résolue en séparant le goût de l'odeur.
10
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר ״בּוֹרֵא מִינֵי דְּשָׁאִים״. אָמַר רַבִּי זֵירָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִינָּנָא בַּר פָּפָּא: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה. וְאָמַר רַבִּי זֵירָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִינָּנָא בַּר פָּפָּא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה — אֲמַר קְרָא ״בָּרוּךְ ה׳ יוֹם יוֹם״. וְכִי בַּיּוֹם מְבָרְכִין אוֹתוֹ, וּבַלַּיְלָה אֵין מְבָרְכִין אוֹתוֹ? אֶלָּא לוֹמַר לָךְ: כָּל יוֹם וָיוֹם תֵּן לוֹ מֵעֵין בִּרְכוֹתָיו, הָכָא נָמֵי כָּל מִין וּמִין תֵּן לוֹ מֵעֵין בִּרְכוֹתָיו.

« Rabbi Yehouda dit : bore mine dechaïm (qui crée les diverses espèces d'herbes). » Rabbi Zeira, et certains disent Rabbi Hinena bar Papa, a dit : la halakha n'est pas conforme à Rabbi Yehouda. Et Rabbi Zeira, et certains disent Rabbi Hinena bar Papa, a dit : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ?

Le verset dit : « Béni soit ה' jour après jour. » Est-ce donc que l'on Le bénit le jour et qu'on ne Le bénit pas la nuit ? Le verset vient plutôt t'enseigner : à chaque jour, donne-Lui les bénédictions qui correspondent à ce jour.

Ici de même : à chaque espèce, donne-Lui la bénédiction qui correspond à cette espèce.

📜 Rachi (1)
כָּל יוֹם וְיוֹם בְּשַׁבָּת מֵעֵין שַׁבָּת בְּיוֹם טוֹב מֵעֵין יו"ט:
À chaque jour : le chabbat selon le caractère du chabbat, et le jour de fête selon le caractère du jour de fête.
💡 Explication

La michna précédente rapportait l'avis de Rabbi Yehouda, qui réclame une formule propre pour les herbes. La halakha est écartée, mais la Guemara tient à en donner le fondement.

Le raisonnement part d'une difficulté dans le verset : mentionner le jour semblerait exclure la nuit. On lit donc « jour après jour » comme une exigence d'ajustement de la louange à son objet. Rabbi Yehouda transpose cette exigence aux aliments : une bénédiction ajustée à chaque espèce.

11
וְאָמַר רַבִּי זֵירָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִינָּנָא בַּר פָּפָּא: בּוֹא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם. מִדַּת בָּשָׂר וָדָם — כְּלִי רֵיקָן מַחֲזִיק, מָלֵא אֵינוֹ מַחֲזִיק. אֲבָל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֵינוֹ כֵּן, מָלֵא מַחֲזִיק, רֵיקָן אֵינוֹ מַחֲזִיק. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר אִם שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע״, אִם שָׁמוֹעַ — תִּשְׁמַע, וְאִם לָאו — לֹא תִּשְׁמַע. דָּבָר אַחֵר: אִם שָׁמוֹעַ — בְּיָשֵׁן, תִּשְׁמַע — בְּחָדָשׁ. וְאִם יִפְנֶה לְבָבְךָ — שׁוּב לֹא תִּשְׁמַע.

Et Rabbi Zeira, et certains disent Rabbi Hinena bar Papa, a dit : viens et vois que la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas comme la mesure de chair et de sang. La mesure de chair et de sang : un vase vide contient, un vase plein ne contient pas.

Le Saint béni soit-Il agit autrement : le plein contient, le vide ne contient pas. Ainsi qu'il est dit : « Et Il dit : si tu écoutes attentivement » — si tu écoutes, tu entendras ; et sinon, tu n'entendras pas.

Autre explication : « si tu écoutes » l'ancien, « tu entendras » le nouveau ; « et si ton cœur se détourne », tu n'entendras plus.

📜 Rachi (3)
כְּלִי מָלֵא אָדָם חָכָם:
Un vase plein : un homme sage.
אִם שָׁמוֹעַ פַּעַם אַחַת סוֹפְךָ שֶׁתַּטֶּה אֹזֶן פַּעַם אַחֶרֶת:
Si tu écoutes une fois, tu finiras par tendre l'oreille une autre fois.
אִם תִּשְׁמַע בְּיָשֵׁן שֶׁשָּׁנִיתָ וְשִׁלַּשְׁתָּ מַה שֶׁשָּׁמַעְתָּ אֶשְׁתָּקַד:
Si tu écoutes l'ancien : que tu as répété et revu ce que tu as entendu l'année passée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בא וראה שלא כמדת הקדוש ברוך הוא, מדת בשר־ודם. מדת בשר־ודם, כלי ריקן מחזיק, מלא אינו מחזיק. נראה לי בס"ד אומרו ' בא וראה ' הכונה בא לבית המדרש ששם קיבוץ החכמים והתלמידים ותראה דבר זה שאני אומר בחוש הריאות, איך כלי שהוא מלא, רצונו לומר שהוא תלמיד חכם מלא תורה וגדוש הוא מחזיק יותר שישיג השגה גדולה בתורה ויחדש דברים רבים, וכלי ריקן שעודנו עם הארץ אינו מחזיק כלום. ואומרו מדת בשר ודם , נראה לי בס"ד מדת בשר ודם הם אברי הגוף שיש בו אברים חלולים להכניס בהם מאכל, כגון ושט וקיבה ובני מעים וכיוצא, שאם הם שבעים הרבה אי אפשר לו להכניס בהם מאכל עוד, אבל מדת הקדוש ברוך הוא הם איברי הנפש שהיא חלק אלוה ממעל ותתייחס להקב"ה, כמו שכתב הרמ"א בפסוק (ויקרא כו, יא) ולא תגעל נפשי אתכם, אם הם מלאים יראה מחזיקים חכמה, שיוכל להכניס בהם חכמה, ואם הם כלי ריקן מן היראה אינו מחזיק בתוכו חכמה. ועוד נראה לי בס"ד מצינו שהאשה הגשמית שהיא בשר ודם נקראת כלי כמו שאמרו רבותינו ז"ל 'אין אשה כורתת ברית אלא למי שעשאה כלי', וזאת אם היא ריקנית שאינה מעוברת תחזיק רצונו לומר תתעבר, ואם היא מעוברת לא תתעבר בעוד עובר בתוכה. אך התורה שנקראת גם כן כלי כמו שאמרו (אבות פרק ג' משנה יח) חביבין ישראל שנתן להם כלי חמדה, כי פסוקים תורה שבכתב הם כמו כלי שמלאים בתוכם דברי רוחנית לאדם הלומד בה אם הוא כלי מלא , כלומר שידע האדם לדרוש תיבה זו ופסוק ולמלאתו בדבר מדברי תורה שבעל פה, מחזיק עוד לדרוש בו עוד דרשה אחרת ודרשה שימצאוהו עוד ועוד, כי ע' פנים לתורה וששים רבוא פרושים יוכל לרמוז בקרבה, אבל אם היא אצל האדם כלי ריקן שאינו מאמין אלא רק בפשט של דבריה אינו מחזיק כלום, שלא יוכל להשיג ולרמוז בה שום רמז מתורה שבעל פה ולא יוכל לעשות לה פנים אחרים בהלכה, וזה שאמרו אם שמוע , פירש תטה אוזן לשמוע דברי תורה שבעל פה שאין כתובים להדיה, אז תשמע עוד תוספות דברים לכוין דברים חדשים על אמיתותן למצוא להם רמז בתורה שבכתב, ואם יפנה לבבך משמוע תורה שבעל פה לא תשמע , פירוש לא תשיג לחדש דבר בתורה שבכתב, דבר אחר אם תשמע בישן פירוש תמלא הכרס שלך מלימוד הגרסה שנקרא ישן, כי זה הלמוד הוא ההתחלה, תשמע בחדש הוא לימוד הסברה הוא לבסוף, לכך נקרא חדש יען כי זה תלוי בזה שהכל צריכין למרי דחטייא.
« Viens et vois que la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas comme la mesure de chair et de sang : la mesure de chair et de sang, un vase vide contient, un vase plein ne contient pas. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « viens et vois » signifie : viens à la maison d'étude, où se rassemblent les sages et les élèves, et tu verras de tes yeux la chose que je dis. Le vase qui est plein, c'est-à-dire le talmid 'hakham rempli de Tora et comblé, contient davantage : il atteindra une compréhension plus grande dans la Tora et renouvellera de nombreuses choses ; et le vase vide, celui qui est encore un ignorant, ne contient rien. Et quand il est dit « la mesure de chair et de sang », il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'agit des organes du corps : il y a des organes creux destinés à recevoir la nourriture, comme l'oesophage, l'estomac, les intestins et leurs semblables, et lorsqu'ils sont bien rassasiés il devient impossible d'y faire entrer encore de la nourriture. Tandis que la mesure du Saint béni soit-Il vise les organes de la nechama (âme), qui est une part divine d'en haut et se rapporte à Lui, comme l'a écrit le Rama sur le verset (Lévitique 26,11) « et Mon âme ne vous rejettera pas » : s'ils sont pleins de crainte, ils contiennent la sagesse, et l'on peut y faire entrer de la sagesse ; et s'ils sont un vase vide de crainte, ils ne contiennent pas de sagesse. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que nous trouvons que la femme corporelle, qui est chair et sang, est appelée vase, comme nos maîtres l'ont dit : « la femme ne conclut d'alliance qu'avec celui qui a fait d'elle un vase » ; et si elle est vide, c'est-à-dire non enceinte, elle contient, c'est-à-dire qu'elle peut concevoir, tandis que si elle est enceinte, elle ne conçoit pas tant que l'enfant est en elle. Mais la Tora, elle aussi appelée vase, comme il est dit (Avot 3,18) « Israël est aimé, car il lui a été donné un vase précieux » — car les versets de la Tora écrite sont comme un vase rempli de choses spirituelles pour celui qui les étudie : s'il est un vase plein, c'est-à-dire s'il sait expliquer ce mot et ce verset et les remplir des paroles de la Tora orale, il contient encore de quoi y chercher une autre explication, et d'autres encore, car la Tora a soixante-dix faces et six cent mille interprétations peuvent y être suggérées. Mais si elle est pour lui un vase vide, parce qu'il ne s'attache qu'au sens littéral de ses paroles, il ne contient rien : il ne pourra ni comprendre ni suggérer en elle la moindre allusion de la Tora orale, ni lui donner un autre visage dans la halakha. Et c'est le sens de « si tu écoutes » : tends l'oreille aux paroles de la Tora orale, qui ne sont pas écrites explicitement, et alors « tu entendras » encore d'autres paroles, de quoi établir des choses nouvelles dans leur vérité et leur trouver une allusion dans la Tora écrite ; « et si ton cœur se détourne » d'écouter la Tora orale, « tu n'entendras pas », c'est-à-dire que tu ne parviendras pas à renouveler quoi que ce soit dans la Tora écrite. Autre explication : « si tu écoutes l'ancien », c'est-à-dire si tu remplis ton ventre de l'étude répétée, appelée l'ancien, car cette étude est le commencement, alors « tu entendras le nouveau », qui est l'étude du raisonnement et vient à la fin ; elle est appelée nouvelle parce que l'un dépend de l'autre, tous ayant besoin du maître du blé.
💡 Explication

L'image du vase sert à décrire l'acquisition du savoir. Dans l'ordre matériel, la capacité décroît à mesure qu'on remplit. Dans l'ordre de la Tora, elle croît : le savoir déjà acquis fait place au savoir nouveau.

Le verset est lu comme une progression : le redoublement chamoa tichma indique que la première écoute rend possible la seconde. La seconde lecture applique le même mécanisme à la révision, l'ancien étudié ouvrant l'accès au nouveau.

🖼️ Schéma
Deux mesures inverses : le vase qui reçoit Mesure de chair et de sang vide reçoit plein ne reçoit plus Mesure d'en haut vide ne reçoit pas plein reçoit encore Appui scripturaire : si tu écoutes une fois, tu entendras encore
Le renversement de la capacité de recevoir selon la mesure envisagée.
12
מַתְנֵי׳ בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״ — יָצָא. וְעַל פֵּירוֹת הָאָרֶץ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״ — לֹא יָצָא. וְעַל כֻּולָּם, אִם אָמַר ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״ — יָצָא.

MICHNA. S'il a béni sur des fruits de l'arbre « bore péri haadama » (qui crée le fruit de la terre) — il s'est acquitté.

Et sur des fruits de la terre « bore péri haets » (qui crée le fruit de l'arbre) — il ne s'est pas acquitté. Et sur tous, s'il a dit « chehakol nihya bidvaro » (par la parole de qui tout a été) — il s'est acquitté.

⚖️ Rosh (1)
תְּנַן מֵאֵימָתַי אֵין קוֹצְצִין אֶת הָאִילָנוֹת בַּשְּׁבִיעִית ב"ש אוֹמְרִים כָּל הָאִילָנוֹת מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ וב"ה אוֹמְרִים הֶחָרוּבִין מִשֶּׁיְּשַׁרְשְׁרוּ נ"א מִשֶּׁיְּשַׁלְשְׁלוּ וּגְפָנִים מִשֶּׁיְּגָרְעוּ וְהַזֵּיתִים מִשֶּׁיָּנֵיצוּ וּשְׁאָר כָּל הָאִילָנוֹת מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ וְאָמַר רַב אַסִּי הוּא בֹּוסֶר הוּא גֵּירוּעַ וְשִׁיעוּרוֹ כְּפוֹל הַלָּבָן מִכָּאן יֵשׁ לִלְמֹוד שֶׁאֵין מְבָרְכִין בפה"ע עַל הַבֹּוסֶר כְּשֶׁהוּא פָּחוֹת מִפּוֹל הַלָּבָן אֲבָל מְבָרֵךְ עָלָיו בפה"א כְּמוֹ קַפְרִיסִין דְּאָמְרִינַן לְעֵיל בפה"א וּשְׁאָר הָאִילָנוֹת מִשֶּׁיּוֹצִיאוּ מִיָּד חָשׁוּב הוּא לְבָרֵךְ בפה"ע וְאִם מְסֻופָּק בְּבֹוסֶר מָתַי הוּא כְּפוֹל הַלָּבָן יְבָרֵךְ בפה"א דקי"ל כְּמַתְנִי' אִם בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן בפה"א יָצָא יאע"ג דְּבַגְּמָ' מ. מוּקֵי לֵיהּ כְּר' יְהוּדָה מ"מ קי"ל הָכִי כֵּיוָן דְּסָתַם לָן תַּנָּא כְּר' יְהוּדָה:
Nous avons appris : à partir de quand ne coupe-t-on plus les arbres pendant la chemita ? L'école de Chammai dit : tous les arbres, dès qu'ils produisent. L'école de Hillel dit : les caroubiers, dès qu'ils forment leurs chaînes (autre version : des qu'ils pendent) ; les vignes, dès qu'elles atteignent le stade du guiroua ; les oliviers, dès qu'ils fleurissent ; et tous les autres arbres, dès qu'ils produisent. Et Rav Assi a dit : le bosser (raisin vert) et le guiroua sont une seule et même chose, et sa mesure est celle d'une fève blanche. De là on apprend qu'on ne bénit pas « bore péri haets » sur le bosser tant qu'il est plus petit qu'une fève blanche, mais qu'on bénit sur lui « bore péri haadama », comme pour les câpres dont nous avons dit plus haut que l'on bénit « bore péri haadama ». Quant aux autres arbres, dès qu'ils produisent, le fruit compte aussitôt pour bénir « bore péri haets ». Et si l'on doute, pour le bosser, du moment où il atteint la taille d'une fève blanche, on bénira « bore péri haadama », car nous tranchons comme notre michna : s'il a béni sur des fruits de l'arbre « bore péri haadama », il s'est acquitté. Et bien que la Guemara (40a) l'établisse selon Rabbi Yehouda, nous tranchons ainsi malgré tout, puisque le tana nous a enseigné une michna anonyme conforme à Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La michna pose une règle d'après coup (bediavad) : elle ne dit pas quelle bénédiction il fallait dire, mais laquelle acquitte une fois prononcée.

Le rapport est à sens unique. « Bore péri haadama » englobe les fruits de l'arbre, puisque l'arbre lui-même pousse de la terre. « Bore péri haets » ne peut pas englober les produits du sol. Et « chehakol », qui ne nomme aucune catégorie, acquitte pour tout.

13
גְּמ׳ מַאן תַּנָּא דְּעִיקַּר אִילָן אַרְעָא הִיא?! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דִּתְנַן: יָבַשׁ הַמַּעְיָן וְנִקְצַץ הָאִילָן — מֵבִיא וְאֵינוֹ קוֹרֵא. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מֵבִיא וְקוֹרֵא.

GUEMARA. Quel est le tana qui tient que le fondement de l'arbre est la terre ?

Rav Nahman bar Yitshak a dit : c'est Rabbi Yehouda, car nous avons appris : si la source s'est tarie ou si l'arbre a été coupé — il apporte mais ne lit pas. Rabbi Yehouda dit : il apporte et il lit.

📜 Rachi (4)
דְּעִיקַּר אִילָן אַרְעָא הִיא דְּעִיקַּר כָּל הַפֵּירוֹת הִיא הָאָרֶץ וְהַכֹּל גָּדֵל הֵימֶנָּה:
Que le fondement de tous les fruits est la terre, et que tout croît à partir d'elle.
יָבַשׁ הַמַּעְיָן וְנִקְצַץ הָאִילָן הָיָה לוֹ בֵּית הַשְּׁלָחִין וּבוֹ מַעְיָן שֶׁהוּא מַשְׁקֵהוּ מִמֶּנּוּ וְקָצַר בִּכּוּרִים מִמֶּנּוּ וְאַחַר כָּךְ יָבַשׁ הַמַּעְיָן וְכֵן שְׂדֵה הָאִילָן וְקָצַץ בִּכּוּרִים מִמֶּנּוּ וְאַחַ"כּ נִקְצַץ הָאִילָן:
Il possédait un champ irrigué avec une source qui l'arrosait, il y a prélevé des bikourim (prémices), puis la source s'est tarie. Et de même pour un verger : il en a prélevé des bikourim, puis l'arbre a été abattu.
מֵבִיא וְאֵינוֹ קוֹרֵא שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לוֹמַר מִן הָאֲדָמָה אֲשֶׁר נָתַתָּה לִּי דְּכֵיוָן דְּיָבֵשׁ הַמַּעְיָן וְנִקְצַץ הָאִילָן מִמֶּנָּה בָּטְלָה לָהּ אַרְעָא:
Il ne peut pas dire « de la terre que Tu m'as donnée », car dès lors que la source s'est tarie et que l'arbre a été coupé, la terre a cessé d'être à ses yeux ce qu'elle était.
מֵבִיא וְקוֹרֵא שֶׁהָאָרֶץ הִיא עִיקָּר:
Car la terre est le principal.
🗂️ Tossefot (2)
רַבִּי יְהוּדָה הִיא דִּתְנַן יָבֵשׁ הַמַּעְיָן וְכוּ' -וְנִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּסְתַם לַן תְּנָא כְּוָותֵיהּ וְאִם בֵּרַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה יָצָא:
Et il apparaît que la halakha est conforme à Rabbi Yehouda, puisque le tana nous a enseigné une michna anonyme conforme à son avis ; et s'il a béni sur des fruits de l'arbre « bore péri haadama », il s'est acquitté.
יָבַשׁ הַמַּעְיָן כו'. יֵשׁ מְפָרְשִׁים לְכָךְ מֵבִיא וְאֵינוֹ קוֹרֵא מִפְּנֵי שֶׁאֵינוֹ נִרְאֶה כִּמְשַׁבֵּחַ להקב"ה אֶלָּא כְּקוֹבֵל עַל מַה שֶּׁנָּתַן לוֹ אֲדָמָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְפֵירוֹת:
Certains expliquent qu'il apporte sans lire parce qu'il n'apparaîtrait pas comme louant le Saint béni soit-Il, mais comme se plaignant de ce qu'Il lui a donné une terre impropre aux fruits.
💡 Explication

La Guemara cherche l'auteur de la michna. Dire que « bore péri haadama » acquitte pour un fruit d'arbre suppose que la terre est le fondement de l'arbre.

Ce même principe se joue dans les bikourim. Celui qui apporte lit un passage mentionnant la terre donnée. Si la source ou l'arbre ont disparu, le tana anonyme estime que l'objet de la lecture a disparu avec eux ; Rabbi Yehouda maintient la lecture, parce que la terre demeure et qu'elle est le principal.

🖼️ Schéma
Bikourim : la source tarie et l'arbre coupé Il prélève les bikourim puis la source tarit Tana anonyme apporte, ne lit pas Rabbi Yehouda apporte et lit Le point en jeu Pour le tana anonyme, l'arbre est le principal. Pour Rabbi Yehouda, la terre est le principal et l'arbre en découle. D'où la michna : haadama acquitte pour un fruit d'arbre
Le même principe commande les bikourim et la bénédiction sur les fruits.
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עַל פֵּירוֹת הָאָרֶץ וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר חִטָּה מִין אִילָן הִיא. דְּתַנְיָא: אִילָן שֶׁאָכַל מִמֶּנּוּ אָדָם הָרִאשׁוֹן, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: גֶּפֶן הָיָה, שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁמֵּבִיא יְלָלָה עַל הָאָדָם אֶלָּא יַיִן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֵּשְׁתְּ מִן הַיַּיִן וַיִּשְׁכָּר״. רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר: תְּאֵנָה הָיְתָה, שֶׁבַּדָּבָר שֶׁנִּתְקַלְקְלוּ בּוֹ נִתַּקְּנוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְיִתְפְּרוּ עֲלָהּ תְּאֵנָה״. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: חִטָּה הָיְתָה, שֶׁאֵין הַתִּינוֹק יוֹדֵעַ לִקְרוֹת ״אַבָּא״ וְ״אִמָּא״ עַד שֶׁיִּטְעֹום טַעַם דָּגָן.

« Sur des fruits de la terre » etc. C'est évident !

Rav Nahman bar Yitshak a dit : cela n'était nécessaire que selon Rabbi Yehouda, qui dit que le blé est une espèce d'arbre. Car il a été enseigné : l'arbre dont mangea Adam, le premier homme — Rabbi Meir dit : c'était une vigne, car rien n'amène de hurlement sur l'homme sinon le vin, ainsi qu'il est dit : « il but du vin et s'enivra ».

Rabbi Nehemya dit : c'était un figuier, car par la chose même dont ils s'étaient abîmés ils se sont redressés, ainsi qu'il est dit : « ils cousirent des feuilles de figuier ». Rabbi Yehouda dit : c'était du blé, car l'enfant ne sait pas appeler « papa » et « maman » avant d'avoir goûté le goût de la céréale.

📜 Rachi (2)
שֶׁהוּא הֵבִיא יְלָלָה וְזֶה הֵבִיא מִיתָה:
Celui-là a amené le hurlement, et celui-ci a amené la mort.
שֶׁאֵין הַתִּינוֹק יוֹדֵעַ לִקְרֹא אַבָּא וְאִמָּא וְזֶה נִקְרָא עֵץ הַדַּעַת:
Car l'enfant ne sait pas dire papa et maman avant d'avoir goûté la céréale : voilà pourquoi il est appelé l'arbre de la connaissance.
🪔 Ben Yehoyada (3)
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: גֶּפֶן הָיָה. הִנֵּה יָדוּעַ דְּדִבְרֵי הַתַּנָּאִים בָּזֶה כֻּולָּם אֱמֶת דְּכָל הָנֵי תְּלָתָא הָווּ בִּכְלַל הָאַזְהָרָה שֶׁל עֵץ הַדַּעַת, וְאָכַל מִשְּׁלָשְׁתָּם וְחָטָא בַּאֲכִילָתוֹ, וְלָכֵן שָׁלֹשׁ רְגָלִים שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶם שִׂמְחָה שֶׁל אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, הֵם תִּיקּוּן עֲוֹן אָדָם הָרִאשׁוֹן שֶׁהָיָה בִּשְׁלֹשָׁה מִינִים אֵלּוּ. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (שְׁמוֹת כג, יד) שָׁלֹשׁ רְגָלִים תָּחֹג לִי בַּשָּׁנָה, תָּחֹג רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ת אָנָה ח טה ג פֶּן, שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה הַנִּזְכָּרִים שֶׁחָטָא בָּהֶם אָדָם הָרִאשׁוֹן, גַּם נִרְמַז בָּזֶה שֶׁאֵלּוּ הַשְּׁלֹשָׁה שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'תָּחֹג' יְתֻוקְּנוּ עַל יְדֵי אֲכִילַת מִצְוָה שֶׁל שָׁלֹשׁ רְגָלִים, שֶׁהֵם כְּנֶגֶד ג' אָבוֹת שֶׁהֵם חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] , וְנִרְאֶה לִי בס"ד סוֹפֵי תֵּיבוֹת ג' מִינִים הַנִּזְכָּרִים [תֶּאנ ה חַט ה גַּפ ן ] הוּא הנ"ה , רֶמֶז שֶׁבִּגְמַר הַתִּיקּוּן שֶׁלָּהֶם תִּתְקַייֵּם הַבְטָחָה שֶׁל (יְשַׁעְיָהוּ מא, כז) רִאשׁוֹן לְצִיּוֹן הִנֵּה הִנָּם, שֶׁהוּא עִנְיַן קָצַצְתָּ רֶגֶל קוֹ"ף שֶׁל קָנֶה [גָּעַר חַיַּת קָנֶה] , שֶׁיִּהְיֶה אָז אוֹתֵית 'הִנֵּה', כַּנִּזְכָּר בְּסִפְרֵי הַמְקֻובָּלִים זַ"ל בְּשֵׁם זֹוהַר הַקָּדוֹשׁ.
« Rabbi Meir dit : c'était une vigne. » On sait que les paroles des tanaim sont ici toutes vraies, car ces trois espèces étaient comprises dans l'interdit de l'arbre de la connaissance : il mangea des trois et pécha par cette consommation. C'est pourquoi les trois fêtes de pèlerinage, au sujet desquelles il est dit une joie de manger et de boire, sont la réparation de la faute d'Adam, qui portait sur ces trois espèces. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Exode 23,14) « trois fois (chaloch regalim) tu me feras fête (tahog) dans l'année » : tahog est l'acrostiche de teena (figue), hita (blé), guefen (vigne), les trois espèces par lesquelles Adam a péché. Il est aussi suggéré par là que ces trois-là, dont les initiales forment tahog, seront réparées par le manger de mitsva des trois fêtes, qui correspondent aux trois patriarches, eux-mêmes liés à hagat ['hessed, guevoura, tiferet]. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres finales des trois espèces citées forment hine : allusion au fait qu'à l'achèvement de leur réparation s'accomplira la promesse (Isaie 41,27) « le premier à Sion, les voici », qui touche au retranchement de la jambe du kouf de kane, de sorte qu'il ne reste que les lettres de hine, comme il est rapporté dans les livres des kabbalistes au nom du saint Zohar.
שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁמֵּבִיא יְלָלָה עַל אָדָם אֶלָּא יַיִן. נִרְאֶה לִי בס"ד מַפִּיק לָהּ מִדִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ט, כא) וַיֵּשְׁתְּ מִן הַיַּיִן וַיִּשְׁכָּר, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וַיָּשֶׁת יַיִן וַיִּשְׁכָּר, וּלְכָךְ כָּתַב ה יַיִן לִרְמֹוז עַל יְלָלָה, כִּי הַיַּיִן [75] גֵּימַטְרְיָא יְלָלָה [75] אַךְ צָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה רָמַז נֶזֶק הַיַּיִן בִּלְשׁוֹן יְלָלָה וְלֹא בִּלְשׁוֹן נְהִי וְהַגַּי וְקִינָה אוֹ אֲנָחָה אוֹ שֶׁבֶר וְיָגוֹן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם אוֹרְחָא דְעָלְמָא שִׁכְרוּת הַיַּיִן תִּהְיֶה בַּלַּיְלָה שֶׁהָאָדָם בָּטֵל בּוֹ וְסוֹפוֹ לִישֹׁן, מַה שֶׁאֵין כֵּן בַּיּוֹם לָאו כֻּולֵּי עָלְמָא בַּטְלָנִים נִינְהוּ כְּדֵי שֶׁיִּשְׁתּוּ וְיִשְׂכְּרוּ , וְלָזֶה אָמַר מֵבִיא יְלָלָה לָעוֹלָם, כִּי הַשּׁוֹתֶה יַיִן בַּלַּיְלָה כְּאוֹרְחָא דְּעָלְמָא וְהוּא מִשְׂתַּכֵּר הַרְבֵּה, אָז מְהַפֵּךְ אוֹתִיּוֹת לַיְלָה עָלָיו לְאוֹתִיּוֹת יְלָלָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עוֹד יוֹתֵר זֶה כִּי לָמֶ"ד בּוֹ רָמוּז לִימּוּד הַתּוֹרָה כַּיָּדוּעַ, לְכָךְ הוּא נִכְוֶה, וְהַיַּיִן נִרְמַז בְּאוֹת יוּ"ד שֶׁרֹאשׁ י יֵן יוֹ"ד, לִרְמֹוז שֶׁהָאָדָם יְמַעֵט בּוֹ כְּמוֹ יוּ"ד שֶׁהִיא קְטַנָּה מִכָּל הָאוֹתִיּוֹת, וּלְכָךְ נִרְמַז בְּיַיִן שְׁנֵי יודי"ן בְּזֶה אַחַר זֶה, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל 'לֹא אֶבְרֵי לַיְלָה אֶלָּא לְגִרְסָא', שֶׁיַּגְבִּיר בּוֹ לִימּוּד הַתּוֹרָה הָרָמוּז בְּלָמֶ"ד. לָכֵן אוֹתִיּוֹת לַיְלָה הַלָּמֶ"ד עוֹמֵד לְמַעְלָה מִן אוֹת יוּ"ד שֶׁרוֹמֶזֶת לְיַיִן, רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁיַּגְבִּיר לִימּוּד הַתּוֹרָה עַל שְׁתִייַּת הַיַּיִן, וּלְכָךְ זֶה הַמִּשְׂתַּכֵּר שֶׁשָּׁתָה יַיִן הַרְבֵּה שֶׁאָז לֹא אֶפְשָׁר לוֹ שֶׁיִּלְמֹוד, נִמְצָא הַגְּבִיר אוֹת יוּ"ד שֶׁהוּא יַיִן עַל אוֹת לָמֶ"ד שֶׁהוּא הַלִּימּוּד, לְכָךְ נֶהְפָּכִים לוֹ אוֹתִיּוֹת לַיְלָה לְאוֹתִיּוֹת יְלָלָה , שֶׁבָּזֶה אוֹת יוֹ"ד הִיא לְמַעְלָה מִן אַוַּת לָמֶ"ד.
« Rien n'amène de hurlement sur l'homme sinon le vin. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on le tire de ce qui est écrit (Genèse 9,21) « il but du vin et s'enivra » : il aurait suffi de dire « il but du vin et s'enivra » sans article, et si le texte a écrit hayayin, c'est pour faire allusion à yelala (hurlement), car hayayin [75] a la même valeur numérique que yelala [75]. Mais il faut comprendre pourquoi le dommage du vin est indiqué par le mot hurlement, plutôt que par une plainte, une lamentation, une élégie, un soupir, une brisure ou une affliction. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que l'usage du monde veut que l'ivresse du vin ait lieu la nuit, moment où l'homme est desœuvre et finit par dormir, alors que de jour tous ne sont pas oisifs au point de boire et de s'enivrer. C'est pourquoi il est dit qu'il amène le hurlement dans le monde : celui qui boit du vin la nuit, selon l'usage du monde, et s'enivre beaucoup, retourne pour lui les lettres de layla (nuit) en celles de yelala. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a plus encore : le lamed de layla fait allusion à l'étude de la Tora, comme on le sait, et le vin est suggéré par la lettre youd, puisque la tête du mot yayin est un youd, pour indiquer que l'homme doit en user avec mesure, comme le youd qui est la plus petite des lettres ; c'est pourquoi le mot yayin comporte deux youd l'un après l'autre. Nos maîtres ont dit : « la nuit n'a été créée que pour l'étude », afin que l'homme y renforce l'étude de la Tora, suggérée par le lamed. Dans les lettres de layla, le lamed se tient donc au-dessus du youd qui renvoie au vin, pour dire que l'étude de la Tora doit l'emporter sur la consommation du vin. Et celui qui s'enivre en buvant beaucoup, au point de ne plus pouvoir étudier, a fait l'emporter le youd, qui est le vin, sur le lamed, qui est l'étude : c'est pourquoi les lettres de layla se retournent pour lui en celles de yelala, où le youd se trouve au-dessus du lamed.
חִטָּה הָיְתָה, שֶׁאֵין הַתִּינוֹק יוֹדֵעַ לִקְרוֹת 'אַבָּא' ו'אִמָּא', עַד שֶׁיִּטְעֹם טַעַם דָּגָן. הָא דְּנָקֵיט מִילוֹת אֵלּוּ וְלָא נָקֵיט מִלּוֹת אֲחֵרוֹת, נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ חָכְמָה נִקְרֵאת 'אָב' וּבִינָה נִקְרֵאת 'אֵם', וְהַדַּעַת מַכְרִיעַ בֵּין חָכְמָה וּבִינָה וּבָלוּל מִשְּׁנֵיהֶם מֵאָב וְאֵם, וְלָכֵן אֵין הַתִּינוֹק אוֹמֵר אַבָּא וְאִימָּא עַד שֶׁיֹּאכַל דָּגָן הַנִּקְרָא עֵץ הַדַּעַת. וְהִנֵּה לִסְבָרַת ר' יְהוּדָה דִּסְבִירָא לֵיהּ חִטָּה הָיְתָה , נִרְאֶה לִי בס"ד לוֹמַר טַעַם דִּלְכָךְ תִּמְצָא שֶׁהַחִיטָּה אַשְׁתֵּנִית לִמְעַלְּיוּתָא, שֶׁכָּל הַפֵּירוֹת הֵן שֶׁל עֵץ הֵן שֶׁל אֲדָמָה אִם נִשְׁתַּנּוּ גְּרִיעִי שֶׁתִּהְיֶה בִּרְכָתָם שֶׁהַכֹּל, וְרַק הַחִיטָּה בְּשִׁינּוּי שֶׁלָּהּ תִּהְיֶה לִמְעַלְּיוּתָא, שֶׁבְּעוֹדָם חִטִּים מְבָרֵךְ פְּרִי הָאֲדָמָה, וְאִם נִשְׁתַּנּוּ שֶׁטְּחָנָם וַאֲפָאָם מְבָרֵךְ הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ, וְכֵן תִּמְצָא בְּעֵץ הַדַּעַת שֶׁלֶּעָתִיד יְתֻוקַּן הַפְּגָם שֶׁהָיָה בּוֹ בְּחֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן לְגַמְרֵי, וְאָז בִּגְמַר הַתִּיקּוּן יִהְיֶה מְשֻׁובָּח וּמְעֻולֶּה יוֹתֵר מִמַּה שֶׁהָיָה קֹודֶם הַחֵטְא כַּמָּה וְכַמָּה.
« C'était du blé, car l'enfant ne sait pas appeler papa et maman avant d'avoir goûté le goût de la céréale. » Que ces mots-là aient été retenus plutôt que d'autres s'explique, il me semble, avec l'aide du Ciel, ainsi : on sait que la 'hokhma (sagesse) est appelée père et que la bina (intelligence) est appelée mère, et que la daat (connaissance) fait la balance entre 'hokhma et bina et se compose des deux, du père et de la mère. C'est pourquoi l'enfant ne dit papa et maman qu'après avoir mangé de la céréale, appelée arbre de la connaissance. Et selon l'avis de Rabbi Yehouda, pour qui c'était du blé, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut donner la raison suivante : tu trouveras que le blé se transforme en mieux, alors que tous les fruits, ceux de l'arbre comme ceux de la terre, se dégradent lorsqu'ils sont transformés, au point que leur bénédiction devient chehakol. Le blé seul s'améliore par sa transformation : tant qu'il est en grains on bénit « péri haadama », et s'il est transformé par la mouture et la cuisson on bénit « hamotsi le'hem min haarets ». Tu trouveras de même, pour l'arbre de la connaissance, que le défaut causé par la faute d'Adam sera réparé entièrement dans l'avenir, et qu'à l'achèvement de cette réparation il sera loué et élevé bien au-dessus de ce qu'il était avant la faute.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה יָצָא וְעַל פֵּירוֹת הָאָרֶץ בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ לֹא יָצָא וְעַל כֻּולָּם אִם אָמַר שנ"ב יָצָא וְעַל דָּבָר שֶׁאֵין גִּידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ אוֹמֵר שנ"ב. וְעַל הַחֹומֶץ וְעַל הַנּוֹבְלוֹת וְעַל הַגּוֹבַאי אוֹמֵר שֶׁהַכֹּל נִהְיֶה בִּדְבָרוֹ ר' יְהוּדָה אוֹמֵר כֹּל שֶׁהוּא מִין קְלָלָה אֵין מְבָרְכִין עָלָיו וּבַגְּמָרָא קָאָמַר כָּל דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה פֵּירוֹת מִשָּׁנָה לְשָׁנָה נִקְרָא עֵץ אֲבָל כָּל דָּבָר שֶׁצָּרִיךְ לְזָורְעוֹ בְּכָל שָׁנָה נִקְרָא פְּרִי הָאָרֶץ וְעוֹד אוֹמֵר סִי' אַחֵר בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּכִלְאַיִם פ"ג כָּל שֶׁמּוֹצִיא עָלָיו מֵעִיקָּרוֹ עֵשֶׂב הוּא וּמְבָרֵךְ עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וְכָל שֶׁמּוֹצִיא עָלָיו מֵעֲנָפָיו אִילָן הוּא וּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ וְאִם תֹּאמַר הֵיכִי מְבָרְכִין עַל הַחֹומֶץ הָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְיוֹמָא דַּף פֹּא הַשּׁוֹתֶה חֹומֶץ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים פָּטוּר דְּלֵית הִלְכְתָא כְּרַבִּי דְּאָמַר חֹומֶץ מֵשִׁיב אֶת הַדַּעַת וּלְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לו:) גַּבֵּי פִּילְפְּלֵי יַבֶּשְׁתָּא מַשְׁוִינַן בְּרָכָה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים יֵשׁ לוֹמַר דְּמַייְרֵי בְּמָזוּג קְצָת כִּדְמַסִּיק הָתָם דְּאָז מֵשִׁיב הַדַּעַת אִי נָמֵי מַיְירֵי בְּחוֹשֵׁשׁ בְּשִׁינָּיו וְנָתַן חֹומֶץ הַרְבֵּה לְתוֹךְ מָרָק וְשׁוֹתֵהוּ לִרְפוּאָה וְחֹומֶץ עִיקָּר מִכָּל מָקוֹם אַגַּב הַמָּרָק אִית לֵיהּ הֲנָאָה מִינֵּיהּ וּבָעֵי בָּרוֹכֵי כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל שָׁם גַּבֵּי שֶׁמֶן זַיִת שֶׁנְּתָנוֹ לְתוֹךְ אֲנִיגְרוֹן:
MICHNA. S'il a béni sur des fruits de l'arbre « bore péri haadama » — il s'est acquitté ; et sur des fruits de la terre « bore péri haets » — il ne s'est pas acquitté ; et sur tous, s'il a dit « chehakol nihya bidvaro » — il s'est acquitté. Et sur ce qui ne croît pas de la terre, il dit « chehakol nihya bidvaro ». Et sur le vinaigre, sur les fruits tombés avant maturité (novlot) et sur les sauterelles, il dit « chehakol nihya bidvaro ». Rabbi Yehouda dit : sur tout ce qui relève d'une malédiction, on ne bénit pas. Et dans la Guemara il est dit : tout ce qui produit des fruits d'une année sur l'autre est appelé arbre, tandis que tout ce qu'il faut ressemer chaque année est appelé fruit de la terre. Un autre signe est donné dans la Tossefta de Kilayim, chapitre 3 : tout ce qui fait sortir ses feuilles depuis sa racine est une herbe, et l'on bénit dessus « bore péri haadama » ; et tout ce qui fait sortir ses feuilles depuis ses branches est un arbre, et l'on bénit dessus « bore péri haets ». Et si tu demandes : comment bénit-on sur le vinaigre ? N'avons-nous pas dit au dernier chapitre de Yoma (81a) que celui qui boit du vinaigre le jour de Kippour est exempt, puisque la halakha n'est pas conforme à Rabbi qui dit que le vinaigre restaure l'esprit, alors que plus haut (Berakhot 36b), à propos du poivre sec, nous avons aligné la bénédiction sur le régime de Yom Kippour ? On peut répondre qu'il s'agit ici d'un vinaigre un peu coupé d'eau, comme la Guemara le conclut là-bas, car alors il restaure l'esprit. Ou bien qu'il s'agit de quelqu'un qui souffre des dents et qui a mis beaucoup de vinaigre dans un bouillon qu'il boit comme remède : le vinaigre est l'essentiel, mais il tire malgré tout un plaisir du bouillon et doit donc bénir, comme nous l'avons dit plus haut à propos de l'huile d'olive mise dans l'anigron.
גְּמ' בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן וְכוּ'. מַאן תַּנָּא דְּעִיקַּר אִילָן אַרְעָא הוּא רַבִּי יְהוּדָה הִיא דִּתְנַן יָבֵשׁ הַמַּעְייָן וְנִקְצַץ הָאִילָן מֵבִיא וְאֵינוֹ קוֹרֵא רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מֵבִיא וְקוֹרֵא וְנִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה כֵּיוָן דִּסְתַם לַן תְּנָא כְּוָותֵיהּ וְאִם בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה יָצָא: וְעַל כֻּולָּם אִם אָמַר שֶׁהַכֹּל וְכוּ'. אָמַר רַב הוּנָא חוּץ מִן הַפַּת וְיַיִן רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אֲפִילּוּ פַּת וְיַיִן וְקַייְמָא לָן כְּרַבִּי יוֹחָנָן לְגַבֵּי רַב הוּנָא וְכֵן נָמֵי הָא דִּפְלִיגִי רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יוֹסֵי דְּרַבִּי מֵאִיר קָאָמַר אִם אָמַר עַל הַפַּת בָּרוּךְ הַמָּקוֹם שֶׁבָּרְאוּ יָצָא וְרַבִּי יוֹסֵי קָאָמַר כָּל הַמְשַׁנֶּה מִמַּטְבֵּעַ שֶׁטָּבְעוּ חֲכָמִים בִּבְרָכוֹת לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ קָאָמַר עָלֶיהָ בִּירוּשַׁלְמִי אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא בַּר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר וְגַם לִכְאוֹרָה ר' יוֹחָנָן כְּרַבִּי מֵאִיר סְבִירָא לֵיהּ אֶלָּא דְּהַגְּמָרָא קָא דָּחֵי לָהּ. הָא דְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר אִם אָמַר עַל הַפַּת בָּרוּךְ הַמָּקוֹם שֶׁבָּרְאוּ יָצָא מַיְירֵי בֵּין בְּבִרְכַּת הַמּוֹצִיא וּבֵין אַחַר אֲכִילָה וְיָצָא בָּהּ יְדֵי בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה כִּדְאָמְרִינַן בִּנְיָמִין רָעֲיָא כְּרַךְ רִיפְתָּא אֲמַר בְּרִיךְ מָרֵיהּ דְּהַאי פִּיתָּא אָמַר רַב יָצָא. וְהָא בָּעֵינַן שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת. מַאי יָצָא נָמֵי דְּקָאָמַר יְדֵי בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה. וְהָאָמַר רַב כָּל בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ הַזְכָּרַת הַשֵּׁם אֵינָהּ בְּרָכָה. דְּקָאָמַר בְּרִיךְ רַחֲמָנָא מָרֵיהּ דְּהַאי פִּיתָּא. גּוּפָא אָמַר רַב כָּל בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ הַזְכָּרַת הַשֵּׁם אֵינָהּ בְּרָכָה. וְר' יוֹחָנָן אָמַר כָּל בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ מַלְכוּת שָׁמַיִם אֵינָהּ בְּרָכָה. אָמַר אַבָּיֵי כְּוָותֵיהּ דְּרַב מִסְתַּבְּרָא. דִּתְנַן לֹא עָבַרְתִּי מִמִּצְוֹתֶיךָ וְלֹא שָׁכָחְתִּי לֹא עָבַרְתִּי מִלְּבָרֶכְךָ וְלֹא שָׁכָחְתִּי מִלְּהַזְכִּיר שִׁמְךָ עָלָיו. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר תָּנֵי מִלְּבָרֶכְךָ וּמִלְּהַזְכִּיר שִׁמְךָ וּמַלְכוּתְךָ עָלָיו. רַב הַאי פְּסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן. וּלְעֵיל גַּבֵּי בִּנְיָמִין רָעֲיָא מַיְירֵי שֶׁהִזְכִּיר גַּם מַלְכוּת. וי"ס דְּגָרְסִינַן בְּהוּ בְּפֵירוּשׁ וּלְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר כָּל בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ מַלְכוּת אֵינָהּ בְּרָכָה דְּאָמַר בְּרִיךְ רַחֲמָנָא מַלְכָּא מָרֵיהּ דְּהַאי פִּיתָּא. ור"י הָיָה מְסֻופָּק אִם הֲלָכָה כְּרַב מִדְּקָאָמַר אַבַּיֵּי מִסְתַּבֵּר כְּוָותֵיהּ וְגַם ר' יוֹחָנָן צָרִיךְ לְהַגִּיהַּ מַתְנִיתִין דְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי. ונ"מ שֶׁאִם דִּילֵּג מַלְכוּת שָׁמַיִם שֶׁלֹּא יַחֲזֹור וִיבָרֵךְ דְּשֶׁמָּא הָוְיָא בְּרָכָה לְבַטָּלָה. וְאִם תֹּאמַר בְּרָכָה מֵעֵין שֶׁבַע שֶׁאוֹמֵר ש"ץ בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֵין בָּהּ מַלְכוּת. וי"ל דְּהָאֵל הַקָּדוֹשׁ שֶׁאֵין כָּמוֹהוּ חָשׁוּב מַלְכוּת כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף לב.דִּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה' אֱ-לֹהֵינוּ ה' אֶחָד זֶה מַלְכוּת וּבְרָכָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה כֵּיוָן דְּאִית בָּהּ הָאֵל הַגָּדוֹל הוּא חָשׁוּב כְּמוֹ מַלְכוּת. וְיֵשׁ אוֹמְרִים לְפִי שֶׁאָמַר אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם הֲוָה כְּמוֹ מַלְכוּת לְפִי שֶׁעֲדַיִין לֹא הִמְלִיכוּהוּ עֲלֵיהֶם הָעוֹלָם עַד שֶׁבָּא אַבְרָהָם אָבִינוּ וְהוֹדִיעַ טִיבוֹ בָּעוֹלָם וְהַיְינוּ דִּכְתִיב בְּרֵאשִׁית כד ה' אֱ-לֹהֵי הַשָּׁמַיִם אֲשֶׁר לְקָחַנִי מִבֵּית אָבִי:
GUEMARA. « S'il a béni sur des fruits de l'arbre » etc. Quel est le tana qui tient que le fondement de l'arbre est la terre ? C'est Rabbi Yehouda, car nous avons appris : si la source s'est tarie et que l'arbre a été coupé, il apporte et ne lit pas ; Rabbi Yehouda dit : il apporte et il lit. Et il apparaît que la halakha est conforme à Rabbi Yehouda, puisque le tana nous a enseigné une michna anonyme conforme à son avis ; et s'il a béni sur des fruits de l'arbre « bore péri haadama », il s'est acquitté. « Et sur tous, s'il a dit chehakol » etc. Rav Houna a dit : à l'exception du pain et du vin. Rabbi Yo'hanan a dit : même le pain et le vin. Et nous tranchons comme Rabbi Yo'hanan contre Rav Houna. Il en va de même pour la divergence entre Rabbi Meir et Rabbi Yossi : Rabbi Meir dit que s'il a dit sur le pain « béni soit le Lieu qui l'a créé », il s'est acquitté, et Rabbi Yossi dit que quiconque modifie la formule fixée par les Sages dans les bénédictions ne s'est pas acquitté. À ce sujet il est dit dans le Yerouchalmi : Rabbi Yaakov bar Aha bar Chmouel a dit que la halakha est conforme à Rabbi Meir ; et il semble aussi, à première vue, que Rabbi Yo'hanan tient comme Rabbi Meir, sauf que la Guemara le repousse. Ce que dit Rabbi Meir, que s'il a dit sur le pain « béni soit le Lieu qui l'a créé » il s'est acquitté, vaut aussi bien pour la bénédiction hamotsi que pour celle d'après le repas, et il s'est acquitté par là de la première bénédiction, comme nous l'avons dit : Binyamin le berger mangea du pain et dit « béni soit le Maître de ce pain » ; Rav a dit : il s'est acquitté. Mais nous exigeons trois bénédictions ! Ce « il s'est acquitté » vise lui aussi la première bénédiction. Mais Rav n'a-t-il pas dit que toute bénédiction sans mention du Nom n'est pas une bénédiction ? Il avait dit « berikh Rahamana, Maître de ce pain ». Sur le fond : Rav a dit que toute bénédiction sans mention du Nom n'est pas une bénédiction, et Rabbi Yo'hanan a dit que toute bénédiction sans royauté du Ciel n'est pas une bénédiction. Abaye a dit : l'avis de Rav paraît plus juste, car nous avons appris : « je n'ai pas transgressé Tes commandements et je n'ai pas oublié » — je n'ai pas manqué de Te bénir et je n'ai pas oublié de mentionner Ton Nom dessus. Et Rabbi Yo'hanan dit : enseigne plutôt « de Te bénir et de mentionner Ton Nom et Ta royauté dessus ». Rav Haï a tranché que la halakha est conforme à Rabbi Yo'hanan ; et plus haut, pour Binyamin le berger, il s'agit d'un cas où il a aussi mentionné la royauté. Certains livres portent explicitement : et selon Rabbi Yo'hanan, qui dit que toute bénédiction sans royauté n'est pas une bénédiction, il avait dit « berikh Rahamana malka, Maître de ce pain ». Et Rabbenou Yitshak hésitait sur le point de savoir si la halakha suit Rav, puisque Abaye a dit que son avis paraît plus juste et que Rabbi Yo'hanan doit en outre corriger la michna de Maasser Cheni. La conséquence pratique est que celui qui a omis la royauté du Ciel ne doit pas recommencer la bénédiction, de peur qu'elle ne soit une bénédiction en vain. Et si tu demandes : la bénédiction meen cheva que l'officiant dit le vendredi soir ne comporte pas de royauté ! On peut répondre que « haEl hakadoch chein kamohou » vaut royauté, comme nous le disons au dernier chapitre de Roch Hachana (32a), où « Écoute Israël, ה' notre D.ieu, ה' est un » vaut royauté ; et la première bénédiction des Dix-huit, puisqu'elle comporte « haEl hagadol », vaut également royauté. Et certains disent que puisqu'elle dit « D.ieu d'Abraham », cela vaut royauté, car le monde ne L'avait pas encore proclamé roi sur lui jusqu'à ce que vienne Abraham notre père et fasse connaître Sa bonté dans le monde ; c'est ce qui est écrit (Genèse 24) « ה', D.ieu des cieux, qui m'a pris de la maison de mon père ».
💡 Explication

La Guemara demande pourquoi la michna prend la peine d'énoncer une évidence : « bore péri haets » sur un légume ne peut évidemment pas acquitter. La réponse est que la règle vise le cas du blé selon Rabbi Yehouda.

Pour identifier l'arbre de la connaissance, trois tanaim proposent chacun une espèce, appuyée sur un indice tiré de ses effets : le vin par le dommage qu'il cause, la figue par le vêtement improvisé, le blé par l'accès à la parole et donc au savoir. L'avis de Rabbi Yehouda comporte une conséquence halakhique directe, puisqu'il fait du blé une espèce d'arbre.

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סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא, הוֹאִיל וְאָמַר רַבִּי יְהוּדָה חִטָּה מִין אִילָן הִיא, לִיבָרֵךְ עָלֶיהָ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״. קָא מַשְׁמָע לַן, הֵיכָא מְבָרְכִינַן בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ — הֵיכָא דְּכִי שָׁקְלַתְּ לֵיהּ לְפֵירֵי אִיתֵיהּ לִגְווָזָא, וַהֲדַר מַפִּיק,

On aurait pu penser : puisque Rabbi Yehouda dit que le blé est une espèce d'arbre, qu'on bénisse sur lui « bore péri haets ». La michna nous enseigne donc où l'on bénit « bore péri haets » : là où, lorsque tu prélèves le fruit, la branche subsiste et produit à nouveau,

📜 Rachi (2)
גַּווָּזָא הֶעָנָף שֶׁל עֵץ:
Gavza : la branche de l'arbre.
מַפִּיק פֵּירֵי אַחֲרֵינִי:
Elle produit d'autres fruits.
🗂️ Tossefot (1)
אִיתֵיהּ לְגַווָּזָא וַהֲדַר אָתֵי מֵהָכָא נִרְאֶה דְּתוּתִים ופריזיי"ש ובונטונ"ש וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן צְרִיכִין לְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ שֶׁהֲרֵי דֶּרֶךְ הָעֵץ לְהִתְקַייֵּם יָמִים רַבִּים וְכִי שְׁקִיל הַפְּרִי בְּשָׁנָה זוֹ הֲדַר אָתֵי פְּרִי בְּאוֹתוֹ הָעֵץ עַצְמוֹ מִיהוּ הָרַב רַבִּי מְנַחֵם הֵבִיא רְאָיָה מִיְּרוּשַׁלְמִי דְּמַסֶּכֶת כִּלְאַיִם דִּמְבָרְכִין עַל כָּל מִינֵי דְּאָטָד בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה דְּקָאָמַר הָתָם הֶהָגִין וַאֲטָדִין מִין אִילָן הֵם וְאֵינָן כִּלְאַיִם בְּכֶרֶם וּפָרִיךְ וְהָתַנְיָא אֵלּוּ הֵן מִינֵי דְּשָׁאִים הַקֻּונְדָּס וְהָאָטָד וּמְשַׁנֵּי תַּמָּן לִבְרָכָה וְהָכָא לְכִלְאַיִם אַלְמָא לְעִנְיַן בְּרָכָה מִינֵי דְּשָׁאִין וּמִיהוּ לְדִבְרֵי הַכֹּל פריזיי"ש צָרִיךְ לְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם בפה"ע דְּאֵינוֹ גָּדֵל עַל אֲטָדִין וְעֵצוֹ מִתְקַיֵּים מִשָּׁנָה לְשָׁנָה:
De là il apparaît que sur les toutim (mûres), les freizes (fraises), les bontones et leurs semblables, il faut bénir « bore péri haets », car il est dans la nature de ces arbrisseaux de subsister de nombreuses années, et lorsqu'on prélève le fruit une année, le fruit revient sur ce même arbre. Toutefois Rav Menahem a apporté une preuve du Yerouchalmi du traité Kilayim, d'où il ressort que l'on bénit sur toutes les espèces d'épineux « bore péri haadama ». Il y est dit que les ronces et les épines sont une espèce d'arbre et ne constituent pas kilayim dans la vigne ; on objecte : mais il a été enseigné que voici les espèces d'herbes, le kondass et l'épine ! Et l'on répond : là-bas il s'agit de la bénédiction, ici des kilayim. Il apparaît donc que pour la bénédiction ce sont des espèces d'herbes. Toutefois, de l'avis de tous, sur les freizes il faut bénir « bore péri haets », car elles ne poussent pas sur des épineux et leur bois subsiste d'une année sur l'autre.
💡 Explication

La position de Rabbi Yehouda sur le blé menaçait de bouleverser la bénédiction. La michna montre que la catégorie « arbre » de la bénédiction obéit à un critère propre.

Ce critère est la permanence de la tige : ce qui reste après la cueillette et redonne du fruit l'année suivante est un arbre pour la bénédiction. Le blé, dont la tige disparaît à la moisson et qu'il faut ressemer, reste donc du côté de « bore péri haadama ».

🖼️ Schéma
Le critère de l'arbre pour la bénédiction On prélève le fruit. La tige subsiste-t-elle ? Oui : elle reproduit du fruit bore péri haets Non : il faut ressemer bore péri haadama Le blé échoue au critère : la tige disparaît à la moisson, donc bore péri haadama, même selon Rabbi Yehouda
Le test de la branche qui subsiste et reproduit du fruit.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).