Berakhot 3a — Les trois veilles de la nuit et la ruine de Jérusalem

Berakhot 3a

Sougya : Le folio commence par liquider deux contradictions laissées ouvertes : Rabbi Meir contre Rabbi Meir, Rabbi Eliezer contre Rabbi Eliezer. La Guemara les résout en supposant deux disciples qui rapportent différemment le même maître, puis en retirant le début de la michna à Rabbi Eliezer.

Elle passe ensuite à la fin du temps du Chema du soir : pourquoi Rabbi Eliezer dit-il « jusqu'à la fin de la première veille » plutôt que de donner une heure ? Réponse : il enseigne par là qu'il existe des veilles au ciel comme il en existe sur la terre.

Une baraita décrit le Saint béni soit-Il qui rugit comme un lion sur chacune des trois veilles, avec ses signes terrestres — l'âne, les chiens, le nourrisson et la femme. La sougya cherche alors où placer ces signes, au début ou à la fin des veilles, et quelle en est la conséquence pratique.

Le folio s'achève sur le récit de Rabbi Yossi entrant dans une ruine de Jérusalem, sa rencontre avec Eliyahou, les trois enseignements qu'il en tire, la bat kol qui gémit comme une colombe, et l'examen des trois raisons qui interdisent d'entrer dans une ruine.

Le fil du folio : de la contradiction à la ruine Quatre mouvements, du règlement technique jusqu'à l'aggada du deuil. Mouvement 1 (seg. 0-2) -- solder les contradictions Rabbi Meir contre Rabbi Meir : deux tanaim rapportent le même maître de deux façons. Rabbi Eliezer contre Rabbi Eliezer : même réponse, ou bien le début de la michna n'est pas de lui. Enjeu : sauver les deux énoncés sans corriger aucun texte. Mouvement 2 (seg. 3-5) -- pourquoi parler de veille Objection : trois veilles donneraient la quatrième heure, quatre veilles la troisième. Qu'il le dise ! Réponse : la formule enseigne qu'il y a des veilles au ciel et des veilles sur la terre. Baraita : sur chaque veille, le Saint béni soit-Il rugit comme un lion sur la destruction. Mouvement 3 (seg. 6-10) -- où placer les signes Trois signes : l'âne qui brait, les chiens qui aboient, le nourrisson et la femme. Débuts ou fins ? Les deux extrêmes seraient superflus, puisque le soir et le jour se voient. Conséquence pratique : celui qui dort dans une maison obscure et ignore l'heure du Chema. Mouvement 4 (seg. 11-14) -- Rabbi Yossi dans la ruine Il entre prier, Eliyahou l'attend à l'entrée et lui adresse trois reproches déguisés. Il entend la bat kol qui gémit comme une colombe sur la maison détruite et les enfants exilés. Puis la baraita des trois raisons : soupçon, effondrement, démons -- chacune à son cas propre. Idée centrale Le découpage de la nuit sert d'abord à fixer une heure, puis devient le cadre du deuil du Temple. La même veille qui mesure le temps du Chema mesure aussi le temps où la voix se fait entendre. Un folio qui passe du calcul horaire à la ruine, sans changer de sujet.
Le fil du folio : quatre mouvements, du règlement des contradictions jusqu'à la ruine de Jérusalem.
Les veilles de la nuit et leurs signes Douze heures de nuit, découpées en trois ou en quatre selon les tanaim. Trois veilles (Rabbi Eliezer, Rav) veille 1 -- 4 heures veille 2 -- 4 heures veille 3 -- 4 heures fin de la première veille = 4e heure Quatre veilles (l'autre tana) veille 1 -- 3 h veille 2 -- 3 h veille 3 -- 3 h veille 4 -- 3 h fin de la première veille = 3e heure Objection de la Guemara Dans les deux cas une heure précise était disponible. Rabbi Eliezer aurait pu la donner. S'il parle de veille, c'est pour enseigner qu'il y a des veilles au ciel comme sur la terre. Les trois signes terrestres L'âne brait fin de la première veille Les chiens aboient milieu de la veille du milieu Nourrisson et femme début de la dernière veille
Trois ou quatre veilles, et les trois signes terrestres qui les marquent.
Pourquoi trois raisons d'interdire la ruine Chaque raison doit avoir un cas où elle agit seule, sinon elle serait superflue. On n'entre pas dans une ruine Le soupçon hachad Qu'on ne dise pas qu'une femme l'attend à l'intérieur. Raison de réputation. L'effondrement mappolet Le mur est branlant et peut tomber sur lui. Raison de danger physique. Les démons mazikin Les lieux abandonnés leur servent de séjour. Raison de danger caché. La question de la Guemara : tipouk li Si l'effondrement suffit déjà à interdire, pourquoi ajouter le soupçon ? Réponse attendue : il existe une ruine neuve, où l'effondrement ne menace pas, et le soupçon demeure. Règle de lecture Une raison surnuméraire signale toujours un cas où les autres ne s'appliquent pas. Rachi : sinon une seule des trois aurait suffi.
Les trois raisons d'interdire l'entrée dans une ruine et la question du tipouk li.
1
קַשְׁיָא דְּרַבִּי מֵאִיר אַדְּרַבִּי מֵאִיר! תְּרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר.

Rabbi Meir contredit Rabbi Meir ! Deux tanaim rapportent des opinions différentes au nom de Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
קַשְׁיָא דְּרַבִּי מֵאִיר אַדְּרַבִּי מֵאִיר לְעֵיל אָמַר מִשָּׁעָה שֶׁבְּנֵי אָדָם נִכְנָסִין לֶאֱכֹול פִּתָּן בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וְהוּא שִׁעוּר מְאֻוחָר מִשֶּׁל כֹּהֵן. וְהָכָא אָמַר מִשְּׁעַת טְבִילָה שֶׁהִיא קֹודֶם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת:
Plus haut il a dit : depuis l'heure où les gens entrent manger leur pain les veilles de Chabbat, et c'est une mesure plus tardive que celle du cohen. Et ici il dit : depuis l'heure de l'immersion, qui précède le bein hachemachot.
🗂️ Tossefot (1)
קַשְׁיָא דר' מֵאִיר אַדְּר' מֵאִיר דְּלָא מָצֵי לְמֵימַר בְּשָׁעָה שֶׁבְּנֵי אָדָם נִכְנָסִין וְכֹהֵן חַד שִׁעוּרָא הוּא דְּאִם כֵּן רַבִּי מֵאִיר הַיְינוּ רַבִּי אַחַאי לְפִי' רַשִׁ"י שָׁפֵי' שֶׁרֹוב בְּנֵי אָדָם נִכְנָסִין לְהָסֵב דְּהַייְנוּ בע"ש. *[וְגַם כֵּן] לָא מִסְתַּבְּרָא לְמֵימַר דִּבְנֵי אָדָם מְמַהֲרִין כָּל כָּךְ בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת כְּמוֹ בִּזְמַן שֶׁהַכֹּהֲנִים טוֹבְלִין דְּהַיְינוּ מִבְּעוֹד יוֹם קֹודֶם הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ: * [גֵּי' מָהַרְשָׁ"ל. ורש"א גָּרֵיס אִי נָמֵי ]
On ne peut pas dire que l'heure où les gens s'attablent et celle du cohen forment une seule et même mesure, car alors Rabbi Meir dirait la même chose que Rabbi Ahai, selon l'explication de Rachi qui entend que la plupart des gens entrent s'attabler, c'est-à-dire les veilles de Chabbat. Et il n'est pas non plus raisonnable de dire que les gens se hâtent, les veilles de Chabbat, au point de s'attabler dès l'heure où les cohanim s'immergent, laquelle tombe encore de jour, avant le coucher du soleil.
💡 Explication

La Guemara reprend une difficulté laissée ouverte à la fin du folio précédent. Dans la michna, Rabbi Meir fait commencer le temps du Chema du soir à l'immersion des cohanim, qui tombe encore de jour ; dans la Tossefta, il le fait commencer quand les gens s'attablent la veille de Chabbat, ce qui est nettement plus tard.

La réponse est un procédé courant : terei tanaei aliba de-Rabbi Meir, deux disciples transmettent la position de leur maître de deux façons. Le désaccord ne porte plus sur Rabbi Meir lui-même, mais sur ce que chaque transmetteur a retenu de lui.

🖼️ Schéma
Deux contradictions, deux résolutions Rabbi Meir contre Rabbi Meir Michna : depuis l'immersion des cohanim Tossefta : quand les gens s'attablent le vendredi une mesure tôt, une mesure tard Deux tanaim au nom de Rabbi Meir Rabbi Eliezer contre Rabbi Eliezer Michna : quand les cohanim mangent la terouma Baraita : depuis que le jour est sanctifié deux seuils différents du soir Deux tanaim, ou bien : le début de la michna n'est pas de lui Ce qu'implique la seconde réponse (Rachi) Seule la fin de la michna appartient à Rabbi Eliezer : jusqu'à la fin de la première veille. Rabbi Eliezer lit « quand tu te couches » comme le moment où les gens vont se coucher. Les Sages le lisent comme toute la durée du coucher, donc toute la nuit, avec une haie à minuit. Rabban Gamliel n'admet pas cette haie et laisse le temps courir jusqu'à l'aube. La divergence porte sur la lecture du verset, non sur l'astronomie.
Les deux contradictions du début du folio et la manière dont la Guemara les résout.
2
קַשְׁיָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר!

Rabbi Eliezer contredit Rabbi Eliezer !

📜 Rachi (1)
קַשְׁיָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּבָרַייְתָא אֶדֶר' אֱלִיעֶזֶר דְּמַתְּנָתִי':
Celui de la baraita contredit celui de la michna.
🗂️ Tossefot (1)
קַשְׁיָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אֶדֶר' אֱלִיעֶזֶר דְּלָא מָצֵי לְמֵימַר מִשֶּׁקָּדַשׁ הַיּוֹם וְכֹהֲנִים נִכְנָסִין לֶאֱכֹול בִּתְרוּמָתָן חַד שִׁעוּרָא הוּא דא"כ ר' אֱלִיעֶזֶר הַיְינוּ ר' יְהוֹשֻׁעַ :
On ne peut pas dire que le moment où le jour est sanctifié et celui où les cohanim entrent manger leur terouma forment une seule mesure, car alors Rabbi Eliezer dirait la même chose que Rabbi Yehochoua.
💡 Explication

La même difficulté se pose pour Rabbi Eliezer. Dans la michna il fixe le début du Chema du soir au moment où les cohanim entrent manger leur terouma, donc à la sortie des étoiles ; dans la baraita il le fixe au moment où le jour est sanctifié, un seuil plus précoce.

3
תְּרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וְאִיבָּעֵית אֵימָא: רֵישָׁא לָאו רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִיא.

Deux tanaim rapportent des opinions différentes au nom de Rabbi Eliezer. Et si tu veux, dis plutôt : le début de la michna n'appartient pas à Rabbi Eliezer.

📜 Rachi (2)
וְאִיבָּעֵית אֵימָא רֵישָׁא דְּמַתַּנְתִּי':
Le début de la michna.
לָאו ר' אֱלִיעֶזֶר הִיא וְהָא דְקָתָנֵי דִּבְרֵי ר' אֱלִיעֶזֶר אַסּוֹף הַזְּמַן קָאֵי דְּקָאָמַר עַד סוֹף הָאַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה וּפְלִיגִי רַבָּנָן עֲלֵיהּ וְאָמְרִי עַד חֲצוֹת. דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּרֵישׁ בְּשָׁכְבְּךָ זְמַן הַתְחָלַת שְׁכִיבָה שֶׁבְּנֵי אָדָם הוֹלְכִים לִשְׁכַּב זֶה קֹודֶם וְזֶה מְאֻוחָר. וְרַבָּנָן דָּרְשִׁי כָּל זְמַן שְׁכִיבָה דְּהַיְינוּ כָּל הַלַּיְלָה אֶלָּא שֶׁעָשׂוּ סְייָג לַדָּבָר וְאָמְרוּ עַד חֲצוֹת. וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל לֵית לֵיהּ הַהוּא סְיָיג:
Ce que la michna enseigne comme paroles de Rabbi Eliezer porte sur la fin du temps, lorsqu'elle dit : jusqu'à la fin de la première veille ; les Sages sont en désaccord avec lui et disent : jusqu'à minuit. Car Rabbi Eliezer expose « quand tu te couches » comme le moment où le coucher commence, celui où les gens vont se coucher, l'un plus tôt, l'autre plus tard. Et les Sages l'exposent comme toute la durée du coucher, c'est-à-dire toute la nuit, mais ils ont posé une haie à la chose et ont dit : jusqu'à minuit. Et Rabban Gamliel n'admet pas cette haie.
💡 Explication

Deux issues sont proposées. La première reprend le procédé du segment 0. La seconde retire à Rabbi Eliezer le début de la michna : son intervention porterait uniquement sur la fin du temps, jusqu'à la fin de la première veille.

Rachi tire de là une lecture d'ensemble du débat. Rabbi Eliezer lit be-chokhbekha comme le moment où le coucher commence ; les Sages le lisent comme toute la durée pendant laquelle on est couché, et posent une haie à minuit ; Rabban Gamliel refuse cette haie.

4
עַד סוֹף הָאַשְׁמוּרָה.

« Jusqu'à la fin de la veille. »

💡 Explication

Lemme de la michna que la Guemara va maintenant examiner. La question qui vient porte sur la forme de l'énoncé : pourquoi mesurer par une veille (achmoura) plutôt que par un nombre d'heures.

5
מַאי קָסָבַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר? אִי קָסָבַר שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, לֵימָא ״עַד אַרְבַּע שָׁעוֹת״. וְאִי קָסָבַר אַרְבַּע מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, לֵימָא ״עַד שָׁלֹשׁ שָׁעוֹת״!

Que tient Rabbi Eliezer ? S'il tient que la nuit compte trois veilles, qu'il dise : jusqu'à quatre heures.

Et s'il tient que la nuit compte quatre veilles, qu'il dise : jusqu'à trois heures !

📜 Rachi (2)
מַאי קָסָבַר כו' הֲוָה לֵיהּ לוֹמַר זְמַן הַנִּיכָּר:
Il aurait fallu énoncer un temps reconnaissable.
אִי קָסָבַר דִּפְלִיגִי תַּנָּאֵי לְקַמָּן בְּהָא מִלְּתָא אִיכָּא מַאן דְּאָמַר ג' מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה בְּמִשְׁמָרוֹת עֲבוֹדַת הַמַּלְאָכִים וְשִׁיר שֶׁלָּהֶם נֶחֱלָק לְשָׁלֹשׁ חֲלָקִים רִאשׁוֹנָה לֶכֶת אַחַת שְׁנִיָּה לְכַת אַחֶרֶת שְׁלִישִׁית לֶכֶת שְׁלִישִׁית. וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר אַרְבַּע מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה:
Des tanaim sont en désaccord plus loin sur cette question. Il en est qui disent : la nuit compte trois veilles, selon les veilles du service des anges, leur chant se divisant en trois parts, la première pour un groupe, la deuxième pour un autre, la troisième pour un troisième. Et il en est qui disent : la nuit compte quatre veilles.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַרְבַּע מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר שָׁלֹשׁ. מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי נָתָן? הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל לָמָּה הִקְדִּים לִשְׁאוֹל מַאי טַעְמָא דָּר' נָתָן בְּרֵישָׁא, וַהֲלֹא רַבִּי נִזְכַּר בַּבָּרַיְיתָא תְּחִלָּה, וַהֲוָה לֵיהּ לְפָרוּשֵׁי טַעְמָא דְּרַבִּי תְּחִלָּה, יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל לְטַעְמָא דְּרַבִּי, לְכָךְ קוֹרִין תִּיקּוּן רָחֵל וְתִיקּוּן לֵאָה בַּחֲצוֹת הַשֵּׁנִי שֶׁל הַלַּיְלָה, עַייֵּן שָׁם, וּלְפִי זֶה נִרְאֶה טַעְמָא דְּרַבִּי דִּסְבִירָא לֵיהּ אַרְבָּעָה מִשְׁמֹורֶת הוּא מִסְתַּבֵּר טְפֵי, יַעַן כִּי הַלַּיְלָה הוּא בְּחִינַת נְקֵבָה. וְהַיּוֹם בְּחִינַת זָכָר, אִם כֵּן נִרְאֶה טְפֵי לְיַחֵס מִשְׁמְרוֹת הַלַּיְלָה כְּנֶגֶד הָאִימָּהוֹת שֶׁהֵם נְקֵבוֹת, וְלֹא כְּנֶגֶד הָאָבוֹת שֶׁהֵם זְכָרִים שֶׁהֵם בְּסוֹד הַיּוֹם, וְלָכֵן כְּתִיב בְּאֵשֶׁת חַיִל (מִשְׁלֵי לֹא, טו) וַתּקָם בּעוֹד לַיְלָה וַתּתּן טֶרֶף לְבֵיתָהּ וְחֹק לְנַעֲרֹתֶיהָ, כִּי קִימָה שֶׁלָּהּ בַּלַּיְלָה, וּמֵאַחַר דְּדִבְרֵי רַבִּי נְכוֹנִים וּמְיֻושָּׁבִים טְפֵי עַל פִּי הַסְּבָרָה, לָכֵן שָׁאַל תְּחִלָּה עַל סְבָרַת ר' נָתָן דִּפְלִיג עַל רַבִּי, וְסָבַר שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת מַאי טַעְמֵיהּ.
« Quatre veilles forment la nuit, paroles de Rabbi. Rabbi Natan dit : trois. Quelle est la raison de Rabbi Natan ? » Le Tsela'h a demandé pourquoi la Guemara commence par interroger la raison de Rabbi Natan, alors que Rabbi est mentionné le premier dans la baraita et qu'il aurait fallu exposer d'abord la raison de Rabbi ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Rav Iyoun Yaakov au sujet de la raison de Rabbi — que c'est pour cela que l'on récite le tikoun Rahel et le tikoun Léa dans la seconde moitié de la nuit, vois-y — que la raison de Rabbi, qui tient quatre veilles, est la plus plausible. Car la nuit relève de l'aspect féminin et le jour de l'aspect masculin ; il est donc plus juste de rapporter les veilles de la nuit aux matriarches, qui sont des femmes, plutôt qu'aux patriarches, qui sont des hommes et relèvent du sod du jour. C'est pourquoi il est écrit de la femme de valeur (Proverbes 31, 15) : « Elle se lève alors qu'il fait encore nuit, elle donne la nourriture à sa maison et la part à ses servantes », car son lever a lieu la nuit. Et puisque les paroles de Rabbi se tiennent mieux selon le raisonnement, la Guemara interroge d'abord l'avis de Rabbi Natan, qui s'oppose à Rabbi et tient trois veilles : quelle est sa raison ?
💡 Explication

La nuit compte douze heures. Divisée en trois, chaque veille en vaut quatre, et la première s'achève à la quatrième heure ; divisée en quatre, chaque veille en vaut trois, et la première s'achève à la troisième heure. Dans les deux cas une heure précise était disponible.

L'objection porte donc sur le choix des mots. Rachi la formule ainsi : il aurait fallu énoncer un temps reconnaissable. Elle prépare la réponse du segment suivant, où la formule de Rabbi Eliezer se révèle porteuse d'un enseignement supplémentaire.

🖼️ Schéma
L'objection : une heure précise était disponible Jusqu'à la fin de la veille S'il tient trois veilles Chaque veille dure quatre heures. La première s'achève à la 4e heure. Qu'il dise : jusqu'à quatre heures S'il tient quatre veilles Chaque veille dure trois heures. La première s'achève à la 3e heure. Qu'il dise : jusqu'à trois heures Ce que la formule apporte en plus (réponse du seg. 5) Rabbi Eliezer tient trois veilles, et il parle de veille pour enseigner autre chose que l'heure. Il y a des veilles au ciel et des veilles sur la terre : chacune se reconnaît par un signe.
Les deux découpages possibles de la nuit et l'heure précise que chacun aurait permis d'énoncer.
6
לְעוֹלָם קָסָבַר שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, וְהָא קָמַשְׁמַע לַן: דְּאִיכָּא מִשְׁמָרוֹת בָּרָקִיעַ וְאִיכָּא מִשְׁמָרוֹת בְּאַרְעָא. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, וְעַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר יוֹשֵׁב הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְשׁוֹאֵג כַּאֲרִי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ מִמָּרוֹם יִשְׁאַג, וּמִמְּעוֹן קָדְשׁוֹ יִתֵּן קוֹלוֹ שָׁאֹג יִשְׁאַג עַל נָוֵהוּ״.

En vérité, il tient que la nuit compte trois veilles, et voici ce qu'il vient nous apprendre : il y a des veilles au ciel et il y a des veilles sur la terre. Comme il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : la nuit compte trois veilles, et sur chaque veille le Saint béni soit-Il siège et rugit comme un lion, ainsi qu'il est dit : « Hachem rugira d'en haut, de Sa demeure sainte Il fera entendre Sa voix, Il rugira, oui Il rugira, sur Son domaine. »

📜 Rachi (2)
וְהָא קָא מַשְׁמַע לַן כְּשֶׁנָּתַן לְךָ סִימָן זְמַן הַקְּרִיאָה בְּסוֹף הָאַשְׁמוּרָה וְלֹא פִּי' לְךָ סִימָן מְפֹורָשׁ לִמֶּדְךָ שֶׁיֵּשׁ הֶיכֵּר לְכָל אָדָם בְּדָבָר כִּי הֵיכִי דְּאִיכָּא בָּרָקִיעַ:
Lorsqu'il t'a donné pour repère du temps de la lecture la fin de la veille sans t'expliciter de signe précis, il t'a enseigné qu'il existe pour chacun un moyen de reconnaître la chose ici-bas, de même qu'il y a des veilles au ciel.
יִשְׁאַג שָׁאוֹג יִשְׁאַג הֲרֵי ג':
Cela fait trois.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, וְעַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר יוֹשֵׁב הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְשׁוֹאֵג כַּאֲרִי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֶאֱרִיךְ לוֹמַר עַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר, וְעוֹד לָמָּה דִּימָּה הִשְׁאִיגָה הַזֹּאת לְשַׁאֲגַת אַרְיֵה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ תְּחִלָּה מַאֲמַר הַגְּמָרָא בְּחֻולִּין (דַּף נט) אֲמַר לֵיהּ קֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה, אֱ-לֹהֵיכֶם כְּאַרְיָה מְתִיל דִּכְתִיב (עָמוֹס ג' ח') אַרְיֵה שָׁאַג. מַאי רְבוּתֵיהּ פָּרָשָׁא קָטֵיל אַרְיֵה, אֲמַר לֵיהּ לָאו כְּהַאי אַרְיֵה מְתַיֵּל, אֶלָּא כְּאַרְיֵה דְּבֵי עִילָּאָה מָתֵיל, אֲמַר לֵיהּ בָּעֵינָא דְּמַחֲזֵית לִי נִיהֲלֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ לְאוֹת מָצֵית חָזֵית לֵיהּ, א"ל אִיבְרָא חָזֵינָא לֵיהּ, בָּעֵי רַחֲמֵי אִתְעֲקַר מִדֻּוכְתֵּיהּ, כִּי הֲוָה מְרַחַק אַרְבַּע מְאָה פַּרְסֵי נַיהֵם חַד קָלָא אַפִּילוּ כֹּל מְעַבְּרָתָא וְשׁוּרָא דְּרוֹמִי נְפַל אַדִּמְרַחַק תְּלָת מְאָה פַּרְסֵי, נִיהֵם קָלָא אַחַרְיַנָא, נְתוּר כַּכָּא וְשִׁינֵּי דְּגַבְרֵי, וְאַף הוּא נָפַל מִכֻּורְסְיֵהּ לְאַרְעָא, אֲמַר לֵיהּ בְּמָטוּתָא מִינָּךְ, בָּעֵי רַחֲמֵי עָלֶיהָ, דִּלְהַדִּיר לְדֻוכְתֵּיהּ, בָּעֵי רַחֲמֵי וְאַהְדַּר לֵיהּ לְאַתְרֵיהּ, עַד כָּאן. וְהִנֵּה, בְּוַדַּאי הַשְּׂאִיגוֹת הַנִּזְכָּרוֹת, וְהַמְפַלֶּה שֶׁהָיְתָה מִכּוֹחָם, הַכֹּל הָיְתָה בְּהַשְׁגָּחָה מִן הַשָּׁמַיִם, לְהַחֲרִיד הַקֵּיסָר וְלִרְמֹוז לוֹ בָּזֶה רְמִיזוֹת, וְצָרִיךְ לְהָבִין מֶה עִנְיַן הָרֶמֶז הַנִּרְמָז בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, שֶׁרָמְזוּ בָּזֶה שֶׁלֹּא יִהְיֶה שֶׁאִיָּגֶה אֶלָּא עַל שְׁנֵי בָּתִּים, רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי, אֲבָל עַל בַּיִת שְׁלִישִׁי לֹא יֵשׁ שֶׁאִיָּגֶה חַס וְשָׁלוֹם, כִּי הוּא קַיָּים לְעוֹלָם וְאֵינוֹ חֶרֶב, וְלָכֵן הָאַרְיֵה שָׁאַג שְׁנֵי שְׂאִיגוֹת, וְאַחַר שֶׁאֲיַגֶּה הַשֵּׁנִית נָפַל הַקֵּיסָר, שֶׁהוּא מֶלֶךְ אֱדוֹם, לִרְמֹוז עַל מַפָּלַת אֱדוֹם שֶׁאָז אַחַר כָּךְ יִבְנֶה בַּיִת שְׁלִישִׁי, וָהּ' יִמְלֹוךְ לְעוֹלָם וָעֶד. וְהִנֵּה מִשְׁמָר רֶמֶז לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁהוּא מִשְׁמֶרֶת לְיִשְׂרָאֵל, וְעוֹלָם הַזֶּה שֶׁהוּא שִׁשָּׁה אֲלָפִים שָׁנָה נִקְרָא לַיְלָה, וְעוֹלָם הַבָּא נִקְרָא יוֹם, וּבַיִת שְׁלִישִׁי יִבָּנֶה קֹודֶם שֶׁיֻּושְׁלְמוּ ב' אֲלָפִים שָׁנָה, שֶׁאֲפִילּוּ אִם יִשָּׁאֵר שָׁנִים מוּעָטִים מִן אֶלֶף הַשִּׁישִּׁי, יַאֲרִיךְ הקב"ה אֶת הַיָּמִים , לְקַייֵּם (תְּהִלִּים צ, טו) שַׂמְּחֵנוּ כִּימוֹת עֲנִיָּתֵנוּ כַּנּוֹדָע, וְזֶה שֶׁאָמַר שְׁלֹשָׁה מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה רֶמֶז לִשְׁלֹשָׁה מִקָּדָשִׁים אֲשֶׁר נִבְנִים בָּעוֹלָם הַזֶּה הַנִּקְרָא לַיְלָה, וְעַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר דְּהַיְינוּ בַּיִת א' וּבַיִת ב' בִּלְבַד, יוֹשֵׁב הקב"ה וְשׁוֹאֵג כַּאֲרִי, רֶמֶז עַל בַּת קוֹל שֶׁיּוֹצְאָהּ מִלִּפְנֵי הקב"ה, וְשׁוֹאֶגֶת עַל חֻורְבָּנָם, וְלָכֵן אָמַר הַכָּתוּב (יִרְמְיָהוּ כה, ל) שָׁאַג יִשְׁאָג, שְׁתֵּי שְׂאִיגוֹת, עַל נָוֵהוּ זֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ. וְאָמַר עוֹד סִימָן לַדָּבָר, מִשְׁמָרָה רִאשׁוֹנָה הוּא בַּיִת רִאשׁוֹן, חֲמוֹר נוֹעֵר הַקִּטְרוּג הָיָה בִּשְׁבִיל בִּיטּוּל תּוֹרָה, שֶׁלֹּא עָסְקוּ בָּהּ כַּחֲמוֹר לְמַשּׂוֹי, וּמְשַׁמְּרָהּ שְׁנִיָּה כְּלָבִים צוֹעֲקִים , מְקַטְרְגִים בַּעֲבוּר עֲוֹן לָשׁוֹן הָרַע, שֶׁמַּגְבִּירִין בּוֹ קְלִיפַּת כְּלָבִים, לְכָךְ הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע רָאוּי לְהַשְׁלִיכוֹ לִכְלָבִים, וּמִשְׁמָרָה שְׁלִישִׁית הוּא בַּיִת שְׁלִישִׁי, שֶׁיִּבָּנֶה בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ אָמֵן, אֵין בּוֹ שׁוּם חֻורְבָּן וְקִטְרוּג, אֶלָּא אוֹתוֹ זְמַן, תִּינוֹק , אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל, דִּכְתִיב בְּהוּ (הוֹשֵׁעַ יא, א) כִּי נַעַר יִשְׂרָאֵל וָאֹהֲבֵהוּ, יוֹנֵק מִשְּׁדֵי אִמּוֹ כְּלוֹמַר, מְקַבְּלִים בּוֹ שֶׁפַע מִן הַשְּׁכִינָה בִּלְתִּי אֶמְצָעִי, עַל דֶּרֶךְ כַּוָּנַת רְצֵה וְהַחֲלִיצֵנוּ שֶׁאוֹמְרִים בְּשַׁבָּת. וְעוֹד שְׁאֵלָה שְׁנִיָּה וְאִשָּׁה , יִשְׂרָאֵל מְסַפֶּרֶת עִם בַּעְלָהּ , הקב"ה. שֶׁלּוֹמְדִים תּוֹרָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ לֹא עַל יְדֵי רַב כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ נד, יג) וְכָל בָּנַיִךְ לִמּוּדֵי ה', וּכְתִיב (יִרְמְיָהוּ לא, לג) כֻּולָּם יָדְעוּ אוֹתִי וְכוּ' וְכָתַב (יוֹאֵל ג' א') וְנִבְּאוּ בְּנֵיכֶם וּבְנוֹתֵיכֶם, יִתְנַבְּאוּ כִּנְבִיאִים, שֶׁכֻּולָּם רוּחַ ה' דִּבֵּר בָּם.
« Trois veilles forment la nuit, et sur chaque veille le Saint béni soit-Il siège et rugit comme un lion. » Il y a lieu de demander pourquoi le texte s'allonge à dire « sur chaque veille », et encore pourquoi il compare ce rugissement au rugissement du lion. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut d'abord expliquer le propos de la Guemara dans Houlin (59) : César dit à Rabbi Yehochoua ben Hanania : votre D.ieu est comparé à un lion, comme il est écrit (Amos 3, 8) « le lion a rugi » ; quelle est donc sa grandeur ? un cavalier tue un lion ! Il lui répondit : Il n'est pas comparé à ce lion-là, mais au lion de la forêt d'en haut. Il lui dit : je veux que tu me le montres. Il lui répondit : tu ne peux pas le voir. Il insista : en vérité, je veux le voir. Il implora la miséricorde, et le lion fut déraciné de son lieu. Alors qu'il était encore à quatre cents parsa, il poussa un rugissement, et toutes les femmes enceintes avortèrent et la muraille de Rome tomba ; alors qu'il était à trois cents parsa, il poussa un autre rugissement, et les molaires et les dents des hommes tombèrent, et César lui-même tomba de son trône à terre. Il lui dit : de grâce, implore la miséricorde pour qu'il retourne à son lieu. Il implora la miséricorde et le fit retourner en son lieu. Fin de citation. Or ces rugissements, et la chute qu'ils ont provoquée, relevaient assurément d'une providence venue du Ciel, pour effrayer César et lui faire par là des allusions ; il faut comprendre le sens de cette allusion. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on lui a fait entendre ceci : il n'y aura de rugissement que sur deux Maisons, la première et la seconde, mais sur la troisième Maison il n'y a pas de rugissement, à D.ieu ne plaise, car elle subsiste à jamais et ne sera pas détruite ; c'est pourquoi le lion a poussé deux rugissements, et après le second César est tombé, lui qui est le roi d'Edom, pour faire allusion à la chute d'Edom, après laquelle sera bâtie la troisième Maison, et Hachem régnera à tout jamais. Or la veille fait allusion au Temple, qui est une garde pour Israël ; ce monde-ci, qui compte six mille ans, est appelé nuit, et le monde à venir est appelé jour. La troisième Maison sera bâtie avant que ne s'achèvent les six mille ans, car même s'il ne reste que peu d'années du sixième millénaire, le Saint béni soit-Il prolongera les jours, pour accomplir (Psaumes 90, 15) « Réjouis-nous à la mesure des jours où Tu nous as affligés », comme on le sait. Voilà ce que dit : trois veilles forment la nuit, allusion aux trois Sanctuaires bâtis dans ce monde-ci appelé nuit ; et sur chaque veille, c'est-à-dire sur la première et la seconde Maison seulement, le Saint béni soit-Il siège et rugit comme un lion, allusion à la bat kol qui sort de devant Lui et rugit sur leur destruction. C'est pourquoi le verset dit (Jérémie 25, 30) « il rugira, oui il rugira », deux rugissements, « sur Son domaine », c'est-à-dire le Temple. Il dit encore : et le signe de la chose. La première veille, c'est la première Maison : l'âne brait, l'accusation portant sur l'abandon de l'étude de la Tora, qu'ils n'ont pas portée comme l'âne porte sa charge. La deuxième veille, les chiens aboient : les accusateurs, à cause de la faute du lachon hara (médisance), qui renforce la kelipa des chiens ; c'est pourquoi celui qui dit du lachon hara mérite d'être jeté aux chiens. Et la troisième veille, c'est la troisième Maison, qui sera bâtie bientôt et de nos jours, amen : elle ne connaît ni destruction ni accusation. En ce temps-là, le nourrisson — ce sont Israël, dont il est écrit (Osée 11, 1) « quand Israël était un enfant, Je l'ai aimé » — tête au sein de sa mère, c'est-à-dire qu'ils reçoivent l'abondance de la Chekhina sans intermédiaire, à la manière de l'intention de « Retsé ve-hahalitsénou » que l'on dit le Chabbat. Et le second élément : et la femme — Israël — s'entretient avec son mari — le Saint béni soit-Il : ils étudient la Tora par l'esprit saint, sans passer par un maître, comme il est dit (Isaie 54, 13) « et tous tes fils seront instruits de Hachem », et il est écrit (Jérémie 31, 33) « tous Me connaîtront », et il est écrit (Joël 3, 1) « vos fils et vos filles prophétiseront » : ils prophétiseront comme des prophètes, car sur tous l'esprit de Hachem parlera.
💡 Explication

La réponse retourne l'objection. Rabbi Eliezer a choisi le mot veille parce qu'il transmet ainsi deux choses à la fois : l'heure limite du Chema du soir, et le fait que le découpage de la nuit vaut aussi en haut.

Le verset de Jérémie porte trois fois la racine chin-alef-guimel (rugir), ce que Rachi compte explicitement : ces trois occurrences correspondent aux trois veilles. Le deuil du Temple reçoit ainsi une inscription dans le temps, veille après veille.

7
וְסִימָן לַדָּבָר: מִשְׁמָרָה רִאשׁוֹנָה חֲמוֹר נוֹעֵר, שְׁנִיָּה כְּלָבִים צוֹעֲקִים, שְׁלִישִׁית, תִּינוֹק יוֹנֵק מִשְּׁדֵי אִמּוֹ, וְאִשָּׁה מְסַפֶּרֶת עִם בַּעֲלָהּ.

Et le signe de la chose : première veille, l'âne brait ; deuxième, les chiens aboient ; troisième, le nourrisson tête au sein de sa mère et la femme s'entretient avec son mari.

📜 Rachi (1)
וְאִשָּׁה מְסַפֶּרֶת עִם בַּעֲלָהּ כְּבָר הִגִּיעַ קָרוֹב לַיּוֹם וּבְנֵי אָדָם מִתְעוֹרְרִים מִשֶּׁיִּנָּתֵן וְהַשּׁוֹכְבִים יַחַד מְסַפְּרִים זֶה עִם זֶה:
Le jour est déjà proche, les gens s'éveillent de leur sommeil, et ceux qui sont couchés ensemble s'entretiennent l'un avec l'autre.
💡 Explication

Les trois signes sont audibles depuis l'intérieur d'une maison, ce qui les rend utilisables sans regarder le ciel. Le troisième marque la proximité du jour : les gens s'éveillent, l'enfant réclame, les époux se parlent.

8
מַאי קָא חָשֵׁיב רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, אִי תְּחִלַּת מִשְׁמָרוֹת קָא חָשֵׁיב — תְּחִלַּת מִשְׁמָרָה רִאשׁוֹנָה סִימָנָא לָמָּה לִי? אֻורְתָּא הוּא! אִי סוֹף מִשְׁמָרוֹת קָא חָשֵׁיב, סוֹף מִשְׁמָרָה אַחֲרוֹנָה לָמָּה לִי סִימָנָא? יְמָמָא הוּא!

Qu'a donc énuméré Rabbi Eliezer ? S'il a énuméré les débuts des veilles, à quoi bon un signe pour le début de la première veille ?

C'est le soir ! Et s'il a énuméré les fins des veilles, à quoi bon un signe pour la fin de la dernière veille ?

C'est le jour !

📜 Rachi (2)
מַאי קָא חֲשִׁיב סִימָנִים הַלָּלוּ שֶׁנָּתַן לְמִשְׁמְרוֹת הָאָרֶץ הֵיכָן נָתְנוּ. בִּתְחִלַּת הָאַשְׁמוּרוֹת אוֹ בְּסוֹפָן:
Ces signes qu'il a donnés pour les veilles de la terre, où les a-t-il placés : au début des veilles ou à leur fin ?
אֻורְתָּא הוּא צֵאת הַכּוֹכָבִים:
C'est la sortie des étoiles.
💡 Explication

La Guemara demande à quel point de chaque veille les signes se rapportent. Les deux hypothèses uniformes butent sur la même objection : aux deux extrêmes de la nuit, le regard suffit. Le soir se reconnaît à la sortie des étoiles, le matin à la lumière.

9
אֶלָּא: חָשֵׁיב סוֹף מִשְׁמָרָה רִאשׁוֹנָה, וּתְחִלַּת מִשְׁמָרָה אַחֲרוֹנָה, וְאֶמְצָעִית דְּאַמִּצְעִיתָא. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: כֻּולְּהוּ סוֹף מִשְׁמָרוֹת קָא חָשֵׁיב, וְכִי תֵּימָא אַחֲרוֹנָה לָא צְרִיךְ.

Il faut donc dire qu'il a énuméré la fin de la première veille, le début de la dernière veille, et le milieu de celle du milieu. Et si tu veux, dis : il a énuméré toutes les fins de veilles, et si tu objectes que la dernière est superflue...

💡 Explication

Première réponse : les signes sont répartis de façon inégale, chacun tombant en un point où l'œil ne renseigne pas. Seconde réponse : les trois signes marquent tous des fins de veilles, et l'objection sur la dernière recevra sa réponse au segment suivant.

🖼️ Schéma
Où placer les trois signes sur la nuit soir matin veille 1 veille 2 veille 3 l'âne brait les chiens aboient nourrisson et femme Première réponse Fin de la première veille : l'âne. Milieu de la veille du milieu : les chiens. Début de la dernière veille : nourrisson et femme. Aucun signe ne tombe au soir ni au matin. Seconde réponse Tous les signes marquent des fins de veilles. Objection : la fin de la dernière veille est le jour. Elle sert quand même, comme le montre le seg. suivant. Le signe garde un usage là où l'œil ne voit rien. Conséquence pratique Celui qui dort dans une maison obscure et ne voit pas l'aube se lève à ces signes pour lire le Chema.
Les deux répartitions proposées pour les trois signes sur la nuit.
10
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ — לְמִיקְרֵי קְרִיאַת שְׁמַע לְמַאן דְּגָנֵי בְּבַיִת אָפֵל וְלָא יָדַע זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע אֵימַת. כֵּיוָן דְּאִשָּׁה מְסַפֶּרֶת עִם בַּעֲלָהּ וְתִינוֹק יוֹנֵק מִשְּׁדֵי אִמּוֹ, לֵיקוּם וְלִיקְרֵי.

Quelle en est la conséquence pratique ? Réciter le Chema, pour celui qui dort dans une maison obscure et ignore quand vient le temps du Chema.

Dès lors que la femme s'entretient avec son mari et que le nourrisson tête au sein de sa mère, qu'il se lève et lise.

🗂️ Tossefot (1)
לְמַאן דְּגָנֵי בְּבַיִת אָפֵל וא"ת וַהֲלֹא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בָּעֵי (לְקַמָּן בְּרָכוֹת ד' ט:) עַד שֶׁיַּכִּיר בֵּין תְּכֵלֶת לְכַרְתִּי בק"ש שֶׁל שַׁחֲרִית. וי"ל מ"מ כֵּיוָן שֶׁיָּדַע מָתַי יַעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. קֹודֶם שֶׁיָּקוּם וִיזַמֵּן עַצְמוֹ כְּבָר הִגִּיעַ אוֹתוֹ עֵת:
Si tu demandes : Rabbi Eliezer n'exige-t-il pas (plus loin, Berakhot 9b) que l'on distingue le bleu tekhelet du vert du poireau pour le Chema du matin ? On peut répondre : de toute façon, dès lors qu'il sait quand se lèvera l'aube, ce moment sera déjà arrivé avant qu'il se lève et se prépare.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְמִקְרֵי קְרִיאַת שְׁמַע לְמַאן דְּגָנֵי בְּבַיִת אָפֵל. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְמִי שֶׁהוּא בְּבַיִת אָפֵל, עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בְּלָאו הָכִי יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אֵיךְ יִסְמֹוךְ עַל סִימָן זֶה, אַטּוּ לֹא יִזְדַּמֵּן תִּינוֹק יוֹנֵק וְאִשָּׁה מְסַפֶּרֶת בְּעוֹד לַיְלָה, וְאִם כְּלָל זֶה יֶשְׁנוֹ בְּרֻובָּא דְּעָלְמָא, אֵיךְ יִסְמֹוךְ עָלָיו לִקְרֹא קְרִיאַת שְׁמַע מֵאַחַר דְּאֶפְשָׁר לְבָרֵר הַדָּבָר שֶׁיֵּצֵא לַחוּץ וְיֵרָאֶה? וְעַל כֵּן מֻוכְרָח לוֹמַר, לֹא שֶׁיִּסְמֹוךְ לִקְרוֹת קֹודֶם שֶׁיִּרְאֶה בְּעֵינָיו אִם עָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר, וְרַק הַסִּימָן נָקֵיט לְמַאן דְּגָנֵי בְּבַיִת אָפֵל, שֶׁהוּא בְּעוֹדוֹ שׁוֹכֵב עַל מִטָּתוֹ, שֶׁמִּתְעַצֵּל לָקוּם וְלָצֵאת לַחוּץ לִרְאוֹת אִם עָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר, כְּדֵי שֶׁיִּקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע, כִּי יֹאמַר אוּלַי לֹא עָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר, וְתִהְיֶה קִימָתוֹ עַל חִנָּם, וְלָכֵן לֹא יִרְצֶה לְהָקִים רֹאשׁוֹ מִן הַכַּר עַל הַסָּפֵק, וְעַל זֶה נָתְנוּ לוֹ סִימָן זֶה, שֶׁל תִּינוֹק וְאִשָּׁה, שֶׁאִם יִרְאֶה זֶה הַסִּימָן, יָדַע כִּי עַל הָרֹוב בְּוַדַּאי עָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר, וְלֹא תִּהְיֶה קִימָתוֹ מִן הַמִּטָּה עַל חִנָּם, וְאִין הָכִי נָמֵי, הוּא לֹא יִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע, אֶלָּא עַד שֶׁיָּקוּם וְיִטֹּול יָדָיו וְיֵצֵא לַחוּץ וְיִרְאֶה הַשַּׁחַר בְּעֵינָיו. וְלָכֵן אָמַר לְמָאֵן דְּגָנֵי, כְּלוֹמַר זֶה הַסִּימָן לֹא נִיתַּן כְּדֵי לִקְרוֹת בּוֹ קְרִיאַת שְׁמַע, אֶלָּא נִיתַּן בִּשְׁבִיל הַשּׁוֹכֵב עַל מִטָּתוֹ שֶׁהוּא מִתְעַצֵּל לָקוּם לִרְאוֹת עַל הַסָּפֵק. וְעַיֵּין סֵפֶר דִּקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים שֶׁמֵּבִיא גִּרְסַת הַשַּׁ"ס בִּכְתַב יָד כָּךְ. נָפְקָא מִינַּהּ, כְּגוֹן דְּגָנֵי בְּבַיִת אָפֵל, וּמָטְיָא לֵיהּ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע, וְלֹא יָדַע דְּמַטְיָא לֵיהּ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע, כֵּיוָן דְּכִי חָזֵי הָנֵי סִימָנֵי, תִּינוֹק יוֹנֵק מִשְּׁדֵי אִמּוֹ, וְאִשָּׁה מְסַפֶּרֶת עִם בַּעֲלָהּ, לֵידַע דְּמָטֵי לֵיהּ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע, וְלֵיקוּם, עַד כָּאן. וְגִרְסָא זוֹ אָתֵי שַׁפִּיר לְפִי מַה שֶּׁכָּתַבְתִּי בס"ד. וְהִנֵּה הצל"ח הִקְשָׁה, דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר קְדֵים תִּינוֹק לְאִשָּׁה, וְהַשַּׁ"ס הִקְדִּים אִשָּׁה לְתִינוֹק, וּלְפִי גָּרְסָה הַנִּזְכֶּרֶת, לֹא שִׁינָּה הַשַּׁ"ס אֶת הַסֵּדֶר, גַּם מַה שֶׁדִּקְדֵּק הָרַב הַנִּזְכָּר, לָמָּה לֹא אָמַר הָאִישׁ מְסַפֵּר עִם אִשְׁתּוֹ, נִרְאֶה לִי הַתֵּירוּץ פָּשׁוּט, דְּנָשִׁים דַּבְּרָנִיּוֹת, וּלְכָךְ יִזְדַּמֵּן עַל הָרֹוב, הָאִשָּׁה מְסַפֶּרֶת עִם בַּעְלָהּ, גַּם עַל הָרֹוב, הַסִּיפּוּר יִהְיֶה בְּצָרְכֵי הַבַּיִת, וּבִדְבָרִים אֵלֶּה יַרְבֶּה הַסִּיפּוּר מִמֶּנָּה, וְעוֹד הִיא צְרִיכָה לְהַרְבּוֹת דְּבָרִים לְסַפֵּר בְּשֶׁבַח בָּנֶיהָ וּבְנוֹתֶיהָ אֲשֶׁר אַתָּה בַּבַּיִת, כְּדֵי לְהַמְצִיא לָהֶם חֵן בְּעֵינֵי בַּעֲלָהּ, לְפַתּוֹתוֹ וּלְרַצּוֹתוֹ בִּקְנִיַּית צָרְכֵיהֶם.
« Réciter le Chema, pour celui qui dort dans une maison obscure. » Le Tsela'h a demandé : il aurait fallu dire « pour celui qui se trouve dans une maison obscure » ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a de toute façon lieu de demander comment il pourrait se fier à ce signe : n'arrive-t-il pas qu'un nourrisson tête et qu'une femme s'entretienne avec son mari alors qu'il fait encore nuit ? Et même si cela vaut pour la plupart des cas, comment s'y fier pour lire le Chema, alors qu'il lui est possible de vérifier la chose en sortant dehors et en regardant ? Il faut donc dire qu'il ne se fie pas à ce signe pour lire avant d'avoir vu de ses yeux si l'aube est levée ; le signe a été donné pour celui qui dort dans une maison obscure, c'est-à-dire pour celui qui est encore couché sur son lit et répugne à se lever et à sortir voir si l'aube est levée afin de lire le Chema, se disant : peut-être l'aube n'est-elle pas levée et me serai-je levé en vain ; il ne veut donc pas soulever la tête de son oreiller pour un doute. On lui a donc donné ce signe du nourrisson et de la femme : s'il voit ce signe, il saura que selon toute vraisemblance l'aube est bien levée et que son lever ne sera pas vain. Et en effet, il ne lira le Chema qu'après s'être levé, avoir lavé ses mains, être sorti dehors et avoir vu l'aube de ses yeux. C'est pourquoi il est dit « pour celui qui dort » : ce signe a été donné pour celui qui est couché sur son lit et répugne à se lever pour vérifier un doute, plutôt que pour lire le Chema grâce à lui. Vois le livre Dikdoukei Soferim, qui rapporte ainsi la version du Talmud dans un manuscrit : « Quelle en est la conséquence ? Par exemple pour celui qui dort dans une maison obscure et pour qui arrive le temps du Chema sans qu'il sache que ce temps est arrivé : dès lors qu'il voit ces signes, le nourrisson qui tête au sein de sa mère et la femme qui s'entretient avec son mari, il saura que le temps du Chema est arrivé pour lui et se lèvera. » Fin de citation. Cette version s'accorde bien avec ce que j'ai écrit avec l'aide du Ciel. Le Tsela'h a demandé encore : Rabbi Eliezer place le nourrisson avant la femme, tandis que la Guemara place la femme avant le nourrisson ; or selon la version rapportée, la Guemara n'a pas changé l'ordre. De même, sur ce que ce Rav a examiné — pourquoi n'a-t-on pas dit « l'homme s'entretient avec sa femme » — la réponse me paraît simple : les femmes sont bavardes, et il arrive donc le plus souvent que ce soit la femme qui s'entretienne avec son mari ; de plus, la conversation portera le plus souvent sur les besoins de la maison, et sur ces sujets elle parle plus que lui ; enfin elle a besoin de multiplier les paroles pour vanter ses fils et ses filles qui sont à la maison, afin de les rendre agréables aux yeux de son mari et de le disposer à acheter ce qu'il leur faut.
💡 Explication

Le signe de la dernière veille garde une utilité dans un cas précis : un homme couché dans une pièce sans lumière, qui ne peut pas constater l'aube. Les bruits de la maison lui tiennent lieu d'horloge.

Tossefot rappellent que Rabbi Eliezer exige, pour le Chema du matin, de distinguer le bleu tekhelet du vert du poireau. Le signe ne remplace donc pas cette exigence : il donne le moment de se lever, après quoi le temps requis sera arrivé.

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אָמַר רַב יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: שָׁלֹשׁ מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, וְעַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר יוֹשֵׁב הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְשׁוֹאֵג כַּאֲרִי, וְאוֹמֵר: ״אוֹי שֶׁהֶחֱרַבְתִּי אֶת בֵּיתִי וְשָׂרַפְתִּי אֶת הֵיכָלִי וְהִגְלֵיתִי אֶת בָּנַי לְבֵין אֻומּוֹת הָעוֹלָם״.

Rav Yits'hak bar Chmouel a dit au nom de Rav : la nuit compte trois veilles, et sur chaque veille le Saint béni soit-Il siège et rugit comme un lion, et dit : « Malheur à Moi, car J'ai détruit Ma maison, brûlé Mon sanctuaire et exilé Mes enfants parmi les nations du monde. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאוֹמֶרֶת: אוֹי שֶׁהֶחֱרַבְתִּי אֶת בֵּיתִי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה הֵן, אֱמֶת דְּחֻורְבַּן הַבַּיִת הָיָה בּוֹ טוֹבָה לְיִשְׂרָאֵל שֶׁנִּיצְּלוּ מִן כְּלָיָה עַל שֶׁשָּׁפַךְ חֲמָתוֹ בְּעֵצִים וַאֲבָנִים, אַךְ דָּא עָקָא שֶׁלֹּא הִסְפִּיק הַחֻורְבָּן, אֶלָּא נַעֲשָׂה גַּם כֵּן שְׂרֵיפַת הֵיכָל, שֶׁהָיָה בָּזֶה חִילּוּל הַשֵּׁם יוֹתֵר, וְלֹא דַּי שְׂרֵיפַת הֵיכָל גַּם כֵּן לְהַצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל, אֶלָּא גַּם הֲגַלְתִּים לְבֵין הָאֻומּוֹת, דְּנִמְצָא לֹא נִיצּוּלוֹ בִּדְבָרִים אֵלֶּה לְגַמְרֵי, שֶׁעִם כָּל זֶה הֻוצְרְכוּ גָּלוּת, וְנָקֵיט אוֹי כְּנֶגֶד תְּלָת מִילֵּי הַנִּזְכָּרִים, אוֹ נָקֵיט תְּלָת מִילֵּי כְּנֶגֶד ג' אוֹתִיּוֹת או"י שֶׁנִּפְרְדוּ מִשֵּׁמוֹת הַקּוֹדֶשׁ כַּנִּזְכָּר בַּתִּיקּוּנִים.
« Et dit : malheur à Moi, car J'ai détruit Ma maison. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci. En vérité, la destruction de la Maison comportait un bien pour Israël, qui fut sauvé de l'extermination puisqu'Il a répandu Sa colère sur le bois et les pierres. Mais voici le malheur : la destruction n'a pas suffi, et il y eut aussi l'incendie du sanctuaire, où se trouvait une profanation du Nom plus grande encore ; et l'incendie du sanctuaire n'a pas suffi non plus à sauver Israël, puisqu'Il les a en outre exilés parmi les nations. Il se trouve donc qu'ils n'ont pas été entièrement sauvés par ces événements, puisqu'ils ont malgré tout eu besoin de l'exil. Le mot « oy » est employé en face des trois choses mentionnées ; ou bien ces trois choses correspondent aux trois lettres alef-vav-youd, qui se sont détachées des noms saints, comme il est mentionné dans les Tikounim.
💡 Explication

Rav reprend la baraita du segment 5 et lui ajoute le contenu de la parole. Le rugissement devient un énoncé en trois membres : la destruction de la maison, l'incendie du sanctuaire, l'exil des enfants.

Ces trois membres organisent la suite du folio. Le récit de Rabbi Yossi les fera entendre à nouveau, mot pour mot, dans la bouche de la bat kol.

12
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וְנִכְנַסְתִּי לְחֻורְבָּה אַחַת מֵחֻורְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם לְהִתְפַּלֵּל. בָּא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְשָׁמַר לִי עַל הַפֶּתַח, (וְהִמְתִּין לִי) עַד שֶׁסִּיַּימְתִּי תְּפִלָּתִי. לְאַחַר שֶׁסִּיַּימְתִּי תְּפִלָּתִי אָמַר לִי: ״שָׁלוֹם עָלֶיךָ, רַבִּי״. וְאָמַרְתִּי לוֹ: ״שָׁלוֹם עָלֶיךָ, רַבִּי וּמוֹרִי״. וְאָמַר לִי: בְּנִי, מִפְּנֵי מַה נִכְנַסְתָּ לְחֻורְבָּה זוֹ? אָמַרְתִּי לוֹ: לְהִתְפַּלֵּל. וְאָמַר לִי: הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ. וְאָמַרְתִּי לוֹ: מִתְיָרֵא הָיִיתִי שֶׁמָּא יַפְסִיקוּ בִּי עוֹבְרֵי דְּרָכִים, וְאָמַר לִי הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה.

Il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : une fois je marchais sur la route et j'entrai dans l'une des ruines de Jérusalem pour y prier. Eliyahou, de bonne mémoire, vint et garda pour moi l'entrée (et il m'attendit) jusqu'à ce que j'eusse achevé ma prière.

Après que j'eus achevé ma prière, il me dit : « Paix sur toi, mon maître. » Je lui dis : « Paix sur toi, mon maître et mon enseignant. » Il me dit : « Mon fils, pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? » Je lui dis : « Pour prier. » Il me dit : « Tu aurais dû prier sur la route. » Je lui dis : « Je craignais que des passants ne m'interrompent. » Il me dit : « Tu aurais dû dire une prière abrégée. »

📜 Rachi (2)
וְשָׁמַר וְהִמְתִּין כְּמוֹ לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ שְׁמֹור לִי בְּצַד ע"ג פְּלוֹנִי (סַנְהֶדְרִין סג:) ובב"ק בְּפֶ' הַחוֹבֵל (בָּבָא קַמָּא דַּף צ':) שְׁמָרָהּ עוֹמֶדֶת עַל פֶּתַח חֲצֵרָהּ. וְכֵן וְאָבִיו שָׁמַר אֶת הַדָּבָר (בְּרֵאשִׁית ל״ז:י״א); שׁוֹמֵר אֱמוּנִים (יְשַׁעְיָה כו):
Il attendit. De même que : « qu'un homme ne dise pas à son compagnon : attends-moi à côté de telle idole » (Sanhédrin 63b) ; et dans Baba Kama, chapitre Ha-hovel (90b) : « il l'attendit alors qu'elle se tenait à l'entrée de sa cour » ; de même « et son père attendait la chose » (Genèse 37, 11) ; « qui garde la fidélité » (Isaie 26).
תְּפִלָּה קְצָרָה [הֲבִינֵנוּ] וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָהּ בְּפָ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כ"ט.):
Havinénou. Elle est expliquée plus loin, au chapitre Tefilat ha-cha'har (Berakhot 29a).
🗂️ Tossefot (1)
הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִילָּה קְצָרָה לִכְאוֹרָה מַשְׁמַע שֶׁאֵין זֶה הֲבִינֵנוּ. דְּהָא קָא בָּעֵי לְקַמָּן (בְּרָכוֹת ד' ל.) מַאי אִיכָּא בֵּין הֲבִינֵנוּ לִתְפִלָּה קְצָרָה. א"כ לְפִי' הַקּוֹנ' שָׁפֵי' בְּכָאן דְּהַיְינוּ הֲבִינֵנוּ קָשֶׁה. אֶלָּא ע"כ הַייְנוּ תְּפִלָּה אַחַרְיַנָא כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן צָרְכֵי עַמְּךָ מְרֻובִּים וְכוּ'. וְגַם עַל זֶה קָשֶׁה דִּלְקַמָּן אֲמִירְנַן שֶׁאֵין לוֹמַר תְּפִלַּת שֶׁל צָרְכֵי עַמְּךָ אֶלָּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה. וְרַבִּי יוֹסִי לָא הֲוָה בִּמְקוֹם סַכָּנָה פִּי' בִּמְקוֹם לִסְטִים. מִדְּהֵשִׁיב לוֹ שֶׁמָּא יַפְסִיקוּ בִּי עוֹבְרֵי דְּרָכִים וְלֹא הֵשִׁיב שֶׁמָּא יַהַרְגוּנִי לִסְטִים. וְנִרְאֶה לִי כְּפֵ"ה תְּפִלָּה קְצָרָה דְּהָכָא הַיְינוּ הֲבִינֵנוּ. ואע"ג דְּלָייֵט עֲלָהּ אַבַּיֵּי אַמַּאן דְּמִתְפַּלֵּל הֲבִינֵנוּ. הַיְינוּ דַּוְקָא בְּעִיר אֲבָל בְּשָׂדֶה מֻותָּר. וְהָא דְּאָמְרִי' לְקַמָּן מַאי אִיכָּא בֵּין הֲבִינֵנוּ לִתְפִלָּה קְצָרָה. הָכִי קָאָמַר בֵּין תְּפִלָּה קְצָרָה דְּאָמַר בְּפָ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כט:) כְּגוֹן צָרְכֵי עַמֶּךָ וְכוּ'. אֲבָל וַדַּאי תְּפִלָּה קְצָרָה דְּהָכָא צ"ל הֲבִינֵנוּ:
À première vue il semble qu'il s'agisse d'autre chose que de Havinenou, puisque la Guemara demande plus loin (Berakhot 30a) quelle différence il y a entre Havinenou et la prière abrégée ; s'il en est ainsi, l'explication de Rachi ici, qui les identifie, fait difficulté. Il faudrait donc dire qu'il s'agit d'une autre prière, celle qui est exposée plus loin : « les besoins de Ton peuple sont nombreux... ». Mais cela aussi fait difficulté, car on dit plus loin que la prière « les besoins de Ton peuple » ne se dit qu'en un lieu de danger, et Rabbi Yossi ne se trouvait pas en un lieu de danger, c'est-à-dire en un lieu de brigands, puisqu'il a répondu « je craignais que des passants ne m'interrompent » et n'a pas répondu « je craignais que des brigands ne me tuent ». Il me semble donc comme l'explication de Rachi : la prière abrégée dont il est question ici est Havinenou. Et bien qu'Abaye ait maudit celui qui prie Havinenou, cela vaut précisément en ville, tandis qu'aux champs c'est permis. Quant à ce que l'on demande plus loin — quelle différence y a-t-il entre Havinenou et la prière abrégée — voici ce que cela veut dire : entre Havinenou et la prière abrégée énoncée au chapitre Tefilat ha-cha'har (Berakhot 29b), du genre « les besoins de Ton peuple... » ; mais assurément la prière abrégée dont il est question ici doit être Havinenou.
🪔 Ben Yehoyada (4)
פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ, וְנִכְנַסְתִּי לְחֻרְבָּה אַחַת מֵחֻרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם לְהִתְפַּלֵּל. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֶאֱרִיךְ לוֹמַר הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ, וְדַי לוֹמַר, פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי לְחֻורְבָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב יִיטַב לֵב בְּבֵיאוּר תְּפִלַּת כֹּהֵן גָּדוֹל וְאַל יִכָּנְסוּ תְּפִלַּת עוֹבְרֵי דְּרָכִים לְעִנְיַן הַגֶּשֶׁם, שֶׁיֵּשׁ שְׁתֵּי בְּחִינוֹת, הָא' נִקְרָא עוֹבְרֵי דְּרָכִים, שֶׁכָּל מַטְּרַת לִבּוֹ רַק לָבוֹא וּלְהַגִּיעַ לִמְחוֹז חֶפְצוֹ, וּבַדֶּרֶךְ הוּא רָץ עֵדֵי יַגִּיעַ לִמְקוֹמוֹ, וְהַב' נִקְרָא הוֹלְכֵי דְּרָכִים, וְהַיְינוּ שֶׁיּוֹדִיעַ שֶׁבְּכָל מָקוֹם אֲשֶׁר תִּדְרֹוךְ כַּף רַגְלוֹ, הִנֵּה ה' מֵכִין מִצְעָדָיו, לְמַעַן יְתַקֵּן שָׁם אֵיזֶה נִיצוֹץ קָדוֹשׁ הַשַּׁיָּיךְ לְנִשְׁמָתוֹ, וְזֶה עִיקַּר מַהֲלָכוֹ, רַק שֶׁשָּׂם לוֹ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ סִיבָּה לִמְחוֹז חֶפְצוֹ, לְמַעַן יִסַּע דֶּרֶךְ הִילּוּכוֹ בְּכָל הַמְּקוֹמוֹת, עֵדֵי יַגִּיעַ שָׁמָּה, וְלָזֶה אָמַר, (תְּהִלִּים לז, כג) מֵה' מִצְעֲדֵי גֶבֶר כּוֹנָנוּ, אַךְ הָאָדָם, וְדַרְכּוֹ יַחְפֹּץ, לְצֹורֶךְ חֶפְצוֹ. וְעַל הַבְּחִינָה הַזֹּאת שֶׁנִּקְרָאִים הוֹלְכֵי דְּרָכִים, לֹא הִתְפַּלֵּל כֹּהֵן גָּדוֹל, וְלָכֵן רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא, שֶׁהָיָה מִבְּחִינָה זוֹ, שֶׁהֵם הוֹלְכֵי דְּרָכִים, פָּסַק הַגֶּשֶׁם בַּעֲבוּרוֹ, וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים קיט א) אַשְׁרֵי תְמִימֵי דָרֶךְ הַהֹלְכִים בְּתוֹרַת ה' עַד כָּאן עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא מִדַּת הַצַּדִּיקִים, אֲפִילּוּ כְּשֶׁיּוֹצְאִים לַדֶּרֶךְ בִּשְׁבִיל עֵסֶק גַּשְׁמִי, הֵם מַאֲמִינִים כִּי עֵסֶק זֶה הָיָה סִיבָּה מֵאֵת ה', כְּדֵי שֶׁיֵּלְכוּ בְּדֶרֶךְ זֶה, וַיִּלְקְטוּ מִשָּׁם נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה, וְלָכֵן אֵלּוּ נִקְרָאִים הוֹלְכִים דְּרָכִים , אֲבָל אוֹתָם שֶׁאֵין לָהֶם אֱמוּנָה זוֹ, הֵם נִקְרָאִים עוֹבְרֵי דְּרָכִים , וְלָכֵן רַבִּי יוֹסֵי, מֵאַחַר שָׁהֵי' מִסּוּג הוֹלְכֵי דְּרָכִים, נִמְצֵאת הֲלִיכָתוֹ בְּדֶרֶךְ חֲשׁוּבָה לִדְבַר מִצְוָה, וְעַל כֵּן לֹא חָשׁ לְנִיזָּקִין הַמִּזְדַּמְנִין לִהְיוֹת מִן הַחֻורְבָּה, הֵן מִצַּד מַזִּיקִין, הֵן מִצַּד מַפֹּולֶת, וְזֶה שֶׁאָמַר פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ, מְהַלֵּךְ דַּייְקָא, כְּלוֹמַר לֹא הָיִיתִי מִסּוּג עוֹבְרֵי דְּרָכִים, אֶלָּא מִסּוּג מְהַלְּכֵי, שֶׁהָיִיתִי מַאֲמִין שֶׁהֲלִיכָתִי בְּאוֹתוֹ הַדֶּרֶךְ, בִּשְׁבִיל בֵּירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה, שֶׁנִּמְצָא אֲנִי עוֹסֵק בְּמִצְוָה, וּלְכָךְ נִכְנַסְתִּי לְחֻורְבָּה אַחַת וְלֹא חָשַׁשְׁתִּי מִן הַנְּזִיקִין שֶׁלָּהּ, דִּשְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָם נִיזּוֹקִין. וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ עוֹד דִּקְדּוּק אֶחָד, מַה שֶׁאָמַר אַחַר כָּךְ מִתְייָרֵא אֲנִי שֶׁמָּא יְפַסְּקוּנִי עוֹבְרֵי דְּרָכִים, וְלֹא אָמַר הוֹלְכֵי דְּרָכִים, כַּאֲשֶׁר נָקֵיט עַל עַצְמוֹ תְּחִלָּה, הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ, וְלֹא אָמַר הָיִיתִי עוֹבֵר בַּדֶּרֶךְ, וּבָזֶה נִיחָא, כִּי אָמַר, אֵין אֲנִי מִתְייָרֵא מִן אוֹתָם שֶׁהֵם כְּסוּג מְהַלְּכֵי דְּרָכִים, כִּי אֵלּוּ הֵם צַדִּיקִים וּתְמִימִים, וְכֵיוָן שֶׁרוֹאִין אוֹתִי עוֹמֵד וּמִתְפַּלֵּל, לֹא יְפַסְּקוּנִי, כִּי אֵלּוּ אֵין מַקְפִּידִים עַל אֵיזֶה עַכָּבָה שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם בַּדֶּרֶךְ, שֶׁצְּרִיכִים לְהַמְתִּין לִי, כִּי אֵלּוּ מַאֲמִינִים כִּי מֵה' מִצְעֲדֵי גֶבֶר כּוֹנָנוּ, וְהַכֹּל נַעֲשֶׂה בְּהַשְׁגָּחָה פְּרָטִית מֵאֵת ה', אַךְ מִתְיָירֵא אֲנִי מִן אוֹתָם שֶׁהֵם עוֹבְרֵי דְּרָכִים, שֶׁהֵם הֲמוֹנִים, וְאֵין חוֹשְׁשִׁים עַל אֲשֶׁר יִפְסְקוּנִי, גַּם אֵלּוּ הֵם מְמַהֲרִים בְּהִילּוּכָם כְּדֵי לְהַגִּיעַ לִמְחוֹז חֶפְצָם יָפָה שָׁעָה אַחַת קֹודֶם, וְלָכֵן יִפְסְקוּנִי כְּדֵי לְמַהֵר בְּמַהֲלָכָם.
« Une fois je marchais sur la route et j'entrai dans l'une des ruines de Jérusalem pour y prier. » Il y a lieu de demander pourquoi il s'attarde à dire « je marchais sur la route », alors qu'il aurait suffi de dire « une fois j'entrai dans une ruine ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Rav Yitav Lev en expliquant la prière du grand prêtre — « et que la prière des passants n'entre pas devant Toi » au sujet de la pluie — qu'il y a deux catégories. La première s'appelle « ovrei derakhim », les passants : celui dont tout le propos est d'arriver au terme de son voyage, et qui court sur la route jusqu'à parvenir à son lieu. La seconde s'appelle « holkhei derakhim », les cheminants : celui qui sait qu'en tout lieu où se pose la plante de son pied, Hachem dirige ses pas afin qu'il y répare quelque étincelle sainte qui appartient à son âme ; tel est le fond de sa marche, et Hachem lui a seulement donné le prétexte d'un but à atteindre afin qu'il traverse tous ces lieux jusqu'à y parvenir. C'est ce que dit le verset (Psaumes 37, 23) : « de Hachem les pas de l'homme sont affermis », tandis que l'homme, lui, désire sa route pour son propre besoin. Sur cette catégorie des cheminants, le grand prêtre ne priait pas ; c'est pourquoi Rabbi Hanina ben Dossa, qui relevait de cette catégorie, obtint que la pluie s'arrête pour lui. Et c'est ce que dit le verset (Psaumes 119, 1) : « heureux ceux dont la voie est intègre, qui marchent dans la Tora de Hachem. » Fin de citation ; vois-y. Il ressort que la mesure des justes est celle-ci : même lorsqu'ils prennent la route pour une affaire matérielle, ils croient que cette affaire fut un prétexte venu de Hachem afin qu'ils aillent par ce chemin et y recueillent des étincelles de sainteté ; ceux-là s'appellent cheminants. Ceux qui n'ont pas cette foi s'appellent passants. Rabbi Yossi, qui relevait de la catégorie des cheminants, accomplissait ainsi une marche comptée comme une mitsva ; c'est pourquoi il n'a pas craint les dommages que pouvait présenter la ruine, ni du côté des démons, ni du côté de l'effondrement. Voilà pourquoi il dit « je marchais sur la route », marchais précisément, c'est-à-dire : j'étais de la catégorie des cheminants et non de celle des passants, croyant que ma marche sur ce chemin visait le triage des étincelles de sainteté, de sorte que je me trouvais occupé à une mitsva ; c'est pourquoi je suis entré dans une ruine sans craindre ses dommages, car les envoyés d'une mitsva ne subissent pas de dommage. Cela permet de résoudre encore une précision : pourquoi dit-il ensuite « je craignais que des passants ne m'interrompent », et non « des cheminants », alors qu'il s'est d'abord désigné lui-même comme marchant ? Il s'explique ainsi : je ne crains pas ceux qui sont de la catégorie des cheminants, car ce sont des justes et des hommes intègres, et voyant que je me tiens debout en prière ils ne m'interrompront pas, n'ayant cure du retard que leur cause l'attente, puisqu'ils croient que de Hachem les pas de l'homme sont affermis et que tout se fait par une providence particulière. Je crains ceux qui sont des passants, gens du commun, qui ne se soucient pas de m'interrompre et qui se hâtent sur leur route pour arriver au but une heure plus tôt ; ceux-là m'interrompront afin d'aller plus vite.
וּבָא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, וְשָׁמַר לִי עַל הַפֶּתַח וְהִמְתִּין לִי עַד שֶׁסִּיַּמְתִּי תְּפִלָּתִי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת, לָמָּה לֹא נִכְנַס לִפְנִים לְשָׁמְרוֹ מִן הַמַּזִּיקִין, כִּי הָא דְּאָמַר וְשָׁמַר לִי, הוּא לְשׁוֹן הַמַּתָּנָה, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל וְהוּא מֻוכְרָח, וְנִרְאֶה לִי פָּשׁוּט, כִּי אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, רָאָה שֶׁיֵּשׁ מַלְאָכִים עִם ר' יוֹסֵי לְשָׁמְרוֹ, כִּי מֻוכְרָח שֶׁיֵּשׁ לְכָל צַדִּיק שְׁנֵי מַלְאָכִים עִמּוֹ לְשָׁמְרוֹ בְּכָל מָקוֹם, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים צא, יא) כִּי מַלְאָכָיו יְצַוֶּה לָּךְ לִשְׁמָרְךָ בְּכָל דְּרָכֶיךָ, וְעוֹד יָדַע שֶׁהַשְּׁכִינָה עִמּוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹ שְׁמִירָה מִן הַמַּזִּיקִין, אוֹ דְּיָדַע שֶׁלֹּא הָיָה מַזִּיקִין בְּאוֹתָהּ חֻורְבָּה, אַךְ עִם כָּל זֶה הִגִּיד לוֹ דְּלָא יָפֶה עָשָׂה, דְּאֵין רָאוּי לַצַּדִּיק לִסְמֹוךְ עַל הַנֵּס, וְגַם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִלְמְדוּ הָרוֹאִין, דְּוַדַּאי לָא כֻּולֵּי עָלְמָא אִית בְּהוּ הָנָךְ טַעְמֵי דְּר' יוֹסֵי. בְּרַם הָא קַשְׁיָא, לָמָּה כָּפַל לְמֵימַר וְשָׁמַר לִי וְהִמְתִּין לִי, מֵאַחַר כִּי שָׁמַר, רְצוֹנוֹ לוֹמַר, הִמְתִּין? וְנִרְאֶה לִי שֶׁאִם הָיָה אוֹמֵר וְהִמְתִּין לִי בִּלְבַד, הָיִיתִי חוֹשֵׁב שֶׁנִּכְנַס אַחַר שֶׁכְּבָר עוֹמֵד ר' יוֹסֵי בִּתְפִלָּה, וּלְכָךְ לֹא הִפְסִיקוֹ וְהִמְתִּין לוֹ עַד שֶׁסִּיֵּים, אֲבָל, אִין הָכִי נָמֵי אִם הָיָה בָּא קֹודֶם שֶׁהִתְפַּלֵּל, לֹא הָיָה מַנִּיחוֹ לְהִתְפַּלֵּל שָׁם אֶלָּא הָיָה מוֹצִיאוֹ תֵּיכֶף, לְכָךְ כָּפַל הַדְּבָרִים וְאָמַר, וְשָׁמַר לִי (קֹודֶם שֶׁהִתְחַלְתִּי לְהִתְפַּלֵּל וְהִמְתִּין לִי עַד שֶׁסִּיַּימְתִּי תְּפִילָּתִי וְהָא) וְהִמְתִּין לִי לְלַמְּדֵינוּ שֶׁבָּא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב קֹודֶם שֶׁהִתְחִיל לְהִתְפַּלֵּל, וְעִם כָּל זֶה לֹא בִּיטְּלוֹ, וְהִנִּיחוֹ לְהִתְפַּלֵּל שָׁם, וְהָא דְּלָא הִכְרִיחוּ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִילָּה קְצָרָה אֶלָּא הִמְתִּין עַד שֶׁהִתְפַּלֵּל כְּדַרְכּוֹ בַּאֲרֻוכָּה, נִרְאֶה הַטַּעַם רָצָה שֶׁיִּתְעַכֵּב שָׁם ר' יוֹסֵי כְּדֵי שֶׁיִּשְׁמַע אֶת הַקּוֹל שֶׁל בַּת קוֹל וְיֵדַע כַּמָּה מִצְטַעֵר כִּבְיָכוֹל הקב"ה, בְּצַעַר שֶׁל יִשְׂרָאֵל כִּי הוּא יָדַע בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ הָרֶגַע שֶׁבּוֹ תֵּצֵא בַּת קוֹל בְּכָל יוֹם, וְהִנִּיחוּ שֶׁיַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּה אֲרֻוכָּה עַד שֶׁיַּגִּיעַ הַזְּמַן וְיִשְׁמַע.
« Eliyahou, de bonne mémoire, vint et garda pour moi l'entrée, et il m'attendit jusqu'à ce que j'eusse achevé ma prière. » Il y a lieu de demander pourquoi il n'est pas entré à l'intérieur pour le garder des démons, car « il garda pour moi » a le sens d'attendre, comme l'a écrit Rachi, et cela s'impose. Il me semble simplement qu'Eliyahou, de bonne mémoire, a vu que des anges se tenaient auprès de Rabbi Yossi pour le garder, car il faut bien que tout juste ait deux anges avec lui pour le garder en tout lieu, ainsi qu'il est dit (Psaumes 91, 11) « car Il ordonnera à Ses anges de te garder en toutes tes voies » ; il savait de plus que la Chekhina était avec lui et qu'il n'avait pas besoin d'être gardé des démons ; ou bien il savait qu'il n'y avait pas de démons dans cette ruine-là. Malgré tout, il lui a fait savoir qu'il n'avait pas bien agi, car il ne convient pas au juste de se fier au miracle, et aussi pour que ceux qui le voient n'en tirent pas de leçon, puisque assurément tout le monde ne possède pas les raisons de Rabbi Yossi. Mais voici la difficulté : pourquoi répéter « il garda pour moi » et « il m'attendit », puisque garder veut dire attendre ? Il me semble que s'il avait dit seulement « il m'attendit », j'aurais pensé qu'il est entré alors que Rabbi Yossi se tenait déjà en prière, et que pour cette raison il ne l'a pas interrompu et a attendu qu'il achevât, mais qu'en effet, s'il était venu avant qu'il ne prie, il ne l'aurait pas laissé prier là et l'aurait fait sortir aussitôt. Il a donc redoublé les termes et dit « il garda pour moi », avant que je ne commence à prier, « et il m'attendit », jusqu'à ce que j'eusse achevé ma prière, pour nous enseigner qu'Eliyahou, de bonne mémoire, est venu avant qu'il ne commençât à prier et que, malgré cela, il ne l'en a pas empêché et l'a laissé prier là. Et s'il ne l'a pas contraint à dire une prière abrégée mais a attendu qu'il priât à son habitude, dans sa longueur, la raison en paraît être qu'il voulait que Rabbi Yossi s'attarde là afin d'entendre la voix de la bat kol et de savoir combien, pour ainsi dire, le Saint béni soit-Il souffre de la souffrance d'Israël ; car il connaissait par l'esprit saint l'instant où sort chaque jour la bat kol, et il l'a laissé prolonger sa prière jusqu'à ce que ce moment arrive et qu'il entende.
מִפְּנֵי מַה נִכְנַסְתָּ לְחֻרְבָּה זוֹ? הִנֵּה יָדוּעַ כְּלָל שֶׁכָּתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א בְּפֶתַח עֵינַיִם בְּנִדָּה דַּף ל"א, בִּלְשׁוֹן מִפְּנֵי מַה דְּנָקֵיט תַּלְמוּדָא, דְּמַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ שְׁנֵי דְּרָכִים לִפְנֵי הַשּׁוֹאֵל וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אֵיזֶה מֵהֶם עִיקָּר, אִי לָזֹאת הֶעֱמִיק שְׁאֵלָה מִפְּנֵי מָה, עַייֵּן שָׁם. וּלְפִי זֶה הָכִי נָמֵי יֵשׁ שְׁנֵי טְעָמִים, וְנִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם הָא' יֵשׁ לוֹמַר, דְּר' יוֹסֵי יָדַע שֶׁאוֹתָהּ חֻורְבָּה הָיְיתָה מֵעִיקָּרָא מָקוֹם קָדוֹשׁ וּלְכָךְ נִכְסָף לְהִתְפַּלֵּל בָּהּ, וְאִם לֹא הָיְתָה מִזְדַּמֶּנֶת זוֹ לֹא הָיָה נִכְנָס לְהִתְפַּלֵּל בְּחֻורְבָּה אַחֶרֶת, וְטַעַם הַב' יֵשׁ לוֹמַר, הָא דְּנִכְנַס לְהִתְפַּלֵּל שָׁם בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא הָיָה רוֹצֶה לְהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ, וּשְׁנֵי טְעָמִים הָיוּ לִפְנֵי הַשּׁוֹאֵל, וּלְכָךְ שָׁאַל מִפְּנֵי מָה, וְר' יוֹסֵי לֹא הִרְגִּישׁ שֶׁיֵּשׁ כָּאן שְׁנֵי טְעָמִים, וְעַל כֵּן שָׁאַל מִפְּנֵי מָה, וְהֵשִׁיב לוֹ דָּבָר סָתוּם בְּאוֹמְרוֹ כְּדֵי לְהִתְפַּלֵּל, וּלְכָךְ חָזַר וּשְׁאָלוֹ מִפְּנֵי מַה לֹא הִתְפַּלַּלְתָּ בַּדֶּרֶךְ, דְּגַם בִּתְשׁוּבָתוֹ שֶׁהֵשִׁיב, שֶׁנִּמְנַע מִלְּהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ, יֵשׁ שְׁנֵי טְעָמִים לִתְלוֹת בָּהֶם מְנִיעָתוֹ, הָא' שֶׁלֹּא יַפְסִיקוּהוּ עוֹבְרֵי דְּרָכִים, וְהַב' שֶׁרוֹצֶה לְהִתְפַּלֵּל בְּמָקוֹם מֻוצְנָע שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מְחִיצּוֹת, דְּקַיְמָא לָן אֵין מִתְפַּלְּלִין בְּשָׂדֶה שֶׁאֵין בָּהּ מְחִיצּוֹת, וְאַף עַל פִּי דְּלֵיכָּא עוֹבְרֵי דְּרָכִים, וְהֵשִׁיב לוֹ הַמְּנִיעָה מִשּׁוּם הֶפְסֵק עוֹבְרֵי דְּרָכִים.
« Pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? » On connaît la règle qu'a écrite le Gaon Hida dans Péta'h Einayim sur Nida 31a : lorsque le Talmud emploie l'expression « mipnei ma » (pour quelle raison), cela indique que deux voies s'ouvrent devant celui qui interroge et qu'il ne sait laquelle est la principale ; c'est pour cela qu'il approfondit sa question par « mipnei ma » ; vois-y. Selon cela, il y a ici aussi deux raisons. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la première est celle-ci : Rabbi Yossi savait que cette ruine avait été à l'origine un lieu saint, et il désirait donc y prier ; si elle ne s'était pas trouvée là, il ne serait pas entré prier dans une autre ruine. La seconde raison est qu'il y est entré prier parce qu'il ne voulait pas prier sur la route. Deux raisons s'offraient donc à celui qui interrogeait, et c'est pourquoi il a demandé « pour quelle raison ». Rabbi Yossi n'a pas perçu qu'il y avait là deux raisons, et lui a répondu de façon fermée : pour prier. C'est pourquoi Eliyahou lui a demandé de nouveau : pour quelle raison n'as-tu pas prié sur la route ? Car dans la réponse qu'il a donnée, disant qu'il s'était abstenu de prier sur la route, il y a également deux raisons possibles à cette abstention : la première, que des passants ne l'interrompent ; la seconde, qu'il voulait prier en un lieu abrité pourvu de cloisons, car nous tenons que l'on ne prie pas dans un champ dépourvu de cloisons, même s'il n'y a pas de passants. Et il lui a répondu que son empêchement tenait à l'interruption par les passants.
אָמַר לִי 'שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי' וְאָמַרְתִּי לוֹ 'שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי וּמוֹרִי'. כָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל בְּשֵׁם הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל אַמַּאי רַבִּי יוֹסֵי לֹא הִקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם, יְעֻוייַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי רַבִּי יוֹסֵי הִרְגִּישׁ בּוֹ שֶׁהוּא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, וּלְכָךְ הֵשִׁיב לוֹ שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי וּמוֹרִי, וּמַה שֶׁלֹּא הִקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם מִפְּנֵי שֶׁרָצָה לִבְדֹּוק עַצְמוֹ, אִם הוּא רָאוּי שֶׁאֵלִיָּהוּ יַקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם, כִּי יָדוּעַ הַקְדָּמַת שָׁלוֹם מִפִּי אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, הוּא מַעֲלָה גְּדוֹלָה, וְאִם הָיָה רַבִּי יוֹסֵי מַקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם, וְהָיָה אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב מַחְזִיר לוֹ שָׁלוֹם, אֵין הוֹכָחָה כָּל כָּךְ עַל מַעֲלָה שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי דְּיֵשׁ לוֹמַר הֻוכְרַח לְהַחְזִיר לוֹ שָׁלוֹם, כְּדֵי שֶׁלֹּא לַעֲבֹור עַל גְּזֵילַת הֶעָנִי בְּבָתֵּיכֶם, לְכָךְ הִמְתִּין לִרְאוֹת, אִם יַקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם, כִּי הַצַּדִּיקִים מֵרֹוב עַנְוָתָם, אֵין מַחֲזִיקִים עַצְמָם גְּדוֹלֵי הַמַּעֲלָה, לְכָךְ בָּדַק עַצְמוֹ תְּחִלָּה וּמַה שֶׁכָּתַב פֶּתַח עֵינַיִם דְּאֵלִיָּהוּ הֲוָה רָגִיל אֵצֶל רַבִּי יוֹסֵי וּמַכִּירוֹ, הָיָה אֶפְשָׁר שֶׁזֹּאת הַמַּעֲשֶׂה הָיְתָה הַתְחָלַת הַכָּרָתוֹ עִמּוֹ, וּמַה שֶׁהוֹסִיף רַבִּי יוֹסֵי לוֹמַר רַבִּי וּמוֹרִי, מִלְּבַד שֶׁכָּךְ רָאוּי לְהָשִׁיב מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, עוֹד י"ל כִּיוֵּן לוֹמַר רַבִּי בְּחָכְמָה וּמוֹרִי בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ.
« Il me dit : paix sur toi, mon maître, et je lui dis : paix sur toi, mon maître et mon enseignant. » Le Rav Péta'h Einayim a écrit au nom du Rav Iyoun Yaakov : pourquoi Rabbi Yossi ne l'a-t-il pas salué le premier ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yossi a perçu qu'il s'agissait d'Eliyahou, de bonne mémoire, et c'est pourquoi il lui a répondu « paix sur toi, mon maître et mon enseignant ». S'il ne l'a pas salué le premier, c'est qu'il voulait s'éprouver lui-même et savoir s'il était digne qu'Eliyahou le salue le premier, car il est connu qu'être salué le premier par Eliyahou, de bonne mémoire, est un grand degré. Si Rabbi Yossi l'avait salué le premier et qu'Eliyahou lui eût rendu son salut, il n'y aurait pas eu là de preuve suffisante du degré de Rabbi Yossi, puisqu'on pourrait dire qu'il était tenu de lui rendre son salut afin de ne pas transgresser « le vol du pauvre est dans vos maisons ». Il a donc attendu de voir s'il le saluerait le premier, car les justes, par grande humilité, ne se tiennent pas pour élevés en degré ; c'est pourquoi il s'est d'abord éprouvé lui-même. Quant à ce qu'a écrit le Péta'h Einayim, qu'Eliyahou était familier de Rabbi Yossi et le connaissait, il se peut que cet épisode ait été le début de leur connaissance. Et si Rabbi Yossi a ajouté « mon maître et mon enseignant », outre qu'il convenait de répondre ainsi par respect, on peut encore dire qu'il a voulu dire : mon maître en sagesse et mon enseignant par l'esprit saint.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא א"ר יוֹסֵי פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וְנִכְנַסְתִּי לְחֻורְבָּה אַחַת מֵחֻורְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם לְהִתְפַּלֵּל. וּבָא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְשָׁמַר לִי עַל הַפֶּתַח וְהִמְתִּין לִי עַד שֶׁסִּיַּימְתִּי אֶת תְּפִלָּתִי לְאַחַר שֶׁסִּייַּמְתִּי תְּפִלָּתִי אָמַר לִי שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי. אָמַרְתִּי לוֹ שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי וּמוֹרִי. אָמַר לִי בְּנִי מִפְּנֵי מַה נִכְנַסְתָּ לְחֻורְבָּה זוֹ. אָמַרְתִּי לוֹ לְהִתְפַּלֵּל. אָמַר לִי הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ. אָמַרְתִּי לוֹ מִתְייָרֵא הָיִיתִי שֶׁמָּא יַפְסִיקוּ בִּי עוֹבְרֵי דְּרָכִים. אָמַר לִי הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה לָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ ג' דְּבָרִים לִמַּדְתִּי שֶׁמִּתְפַּלְּלִין בַּדֶּרֶךְ. וְלָמַדְתִּי שֶׁמִּתְפַּלְּלִין תְּפִלָּה קְצָרָה. וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִכְנָסִין לְחֻורְבָּה. וְהַתְּפִלָּה הַקְּצָרָה הַייְנוּ הֲבִינֵנוּ. אֲבָל הָא דְאָמַר לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף כֹּח:) מִתְפַּלֵּל אָדָם תְּפִלָּה קְצָרָה וְאוֹמֵר הוֹשַׁע ה' אֶת עַמְּךָ וְגוֹ' הַיְינוּ דַּוְקָא בִּמְקוֹם גְּדוּדֵי חַיּוֹת וְלִיסְטִים אֲבָל בַּדֶּרֶךְ שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה לֹא: ת"ר מִפְּנֵי ג' דְּבָרִים אֵין נִכְנָסִין לְחֻורְבָּה מִפְּנֵי חֲשָׁד. וּמִפְּנֵי מַפֹּולֶת. וּמִפְּנֵי מַזִּיקִים :
Il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : une fois je marchais sur la route et j'entrai dans l'une des ruines de Jérusalem pour y prier. Eliyahou, de bonne mémoire, vint et garda pour moi l'entrée, et il m'attendit jusqu'à ce que j'eusse achevé ma prière. Après que j'eus achevé ma prière, il me dit : paix sur toi, mon maître. Je lui dis : paix sur toi, mon maître et mon enseignant. Il me dit : mon fils, pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? Je lui dis : pour prier. Il me dit : tu aurais dû prier sur la route. Je lui dis : je craignais que des passants ne m'interrompent. Il me dit : tu aurais dû dire une prière abrégée. À cette heure-là j'ai appris de lui trois choses : j'ai appris que l'on prie sur la route ; j'ai appris que l'on dit une prière abrégée ; et j'ai appris que l'on n'entre pas dans une ruine. Et la prière abrégée, c'est Havinenou. Mais ce que l'on dit plus loin (Berakhot 28b), qu'un homme dit une prière abrégée et dit « Sauve, Hachem, Ton peuple... », cela vaut précisément en un lieu de bêtes sauvages en bandes et de brigands ; sur la route, hors d'un lieu de danger, non. Nos maîtres ont enseigné : pour trois raisons on n'entre pas dans une ruine : à cause du soupçon, à cause de l'effondrement et à cause des démons.
💡 Explication

Le récit s'attache au fil précédent : les veilles de la nuit ouvrent sur le deuil du Temple, et le deuil sur les ruines de Jérusalem. Eliyahou n'entre pas dans la ruine ; il se tient à l'entrée et attend. Rachi établit que le verbe chamar signifie ici attendre, par une série de versets et de passages talmudiques.

La réprimande est formulée en trois temps, chacun sous forme de question ou de conseil, sans blâme explicite. Rabbi Yossi en tirera trois règles au segment suivant.

Le point technique porte sur la tefila ketsara, la prière abrégée. Rachi et le Roch l'identifient à Havinenou ; Tossefot objectent que la Guemara distinguera plus loin les deux, puis reviennent à l'identification de Rachi en limitant l'autre prière abrégée aux lieux de danger.

🖼️ Schéma
Le dialogue de Rabbi Yossi et d'Eliyahou Trois questions, trois enseignements tirés par déduction. Eliyahou : pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? Leçon 1 : on n'entre pas dans une ruine Tu aurais dû prier sur la route Leçon 2 : on prie sur la route Tu aurais dû dire une prière abrégée Leçon 3 : sur la route on abrège la prière Le point discuté : qu'est-ce que la prière abrégée ? Rachi et le Roch : il s'agit de Havinenou, le résumé des bénédictions du milieu. Objection de Tossefot : plus loin la Guemara distingue Havinenou et la prière abrégée. Réponse : la prière « les besoins de Ton peuple » vaut en lieu de danger, ce qui n'était pas le cas ici. Rabbi Yossi craignait une interruption, non des brigands.
Les trois questions d'Eliyahou, les trois leçons de Rabbi Yossi et le point discuté sur la prière abrégée.
13
בְּאוֹתָהּ שָׁעָה לָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים: לָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִכְנָסִין לְחֻורְבָּה, וְלָמַדְתִּי שֶׁמִּתְפַּלְּלִין בַּדֶּרֶךְ, וְלָמַדְתִּי שֶׁהַמִּתְפַּלֵּל בְּדֶרֶךְ מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה.

À cette heure-là j'ai appris de lui trois choses : j'ai appris que l'on n'entre pas dans une ruine ; j'ai appris que l'on prie sur la route ; et j'ai appris que celui qui prie sur la route dit une prière abrégée.

🪔 Ben Yehoyada (2)
בְּאוֹתָהּ שָׁעָה לָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֶאֱרִיךְ לוֹמַר בְּאוֹתָהּ שָׁעָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל כִּי אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב הֲוָה רָגִיל אֵצֶל רַבִּי יוֹסֵי, עַיֵּין שָׁם, וּלְפִי זֶה וַדַּאי לָמַד רַבִּי יוֹסֵי כַּמָּה דְּבָרִים מִפִּי אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב בְּכַמָּה פְּעָמִים שֶׁהָיָה נִרְאֶה אֵלָיו, לְכָךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחְשֹׁוב הַשּׁוֹמֵעַ שֶׁבְּכָל יָמָיו לֹא לָמַד מִמֶּנּוּ אֶלָּא רַק שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים, לָזֶה דִּקְדֵּק לוֹמַר בְּאוֹתָהּ שָׁעָה לָמַדְתִּי שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים.
« À cette heure-là j'ai appris de lui trois choses. » Il y a lieu de demander pourquoi il s'attarde à dire « à cette heure-là ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Rav Péta'h Einayim, qu'Eliyahou, de bonne mémoire, était familier de Rabbi Yossi ; vois-y. Selon cela, Rabbi Yossi a certainement appris bien des choses de la bouche d'Eliyahou lors des nombreuses fois où celui-ci lui est apparu. Afin donc que celui qui entend ne pense pas qu'en tous ses jours il n'a appris de lui que trois choses, il a pris soin de dire : à cette heure-là j'ai appris trois choses.
לָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִכְנָסִין לְחֻרְבָּה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט לָמַדְתִּי בְּכָל חֲלֻוקָּה וַחֲלֻוקָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי שְׁלֹשָׁה לִמּוּדִים אֵלּוּ לֹא לִמְּדָם בְּבַת אַחַת אֶלָּא בְּזֶה אַחַר זֶה, כִּי מִן שְׁאֵלָתוֹ לָמָּה נִכְנֶסֶת לְחֻורְבָּה זוֹ הֵבִין שֶׁאֵין נִכְנָסִין לְחֻורְבָּה, וְאַחַר שֶׁאָמַר לוֹ הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל בַּדֶּרֶךְ לָמַד שֶׁמִּתְפַּלְּלִין בַּדֶּרֶךְ, וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁאָמַר לוֹ הָיָה לְךָ לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה לָמַד הַשְּׁלִישִׁית לְכָךְ נָקֵיט לָמַדְתִּי בְּכָל חֲלֻוקָּה מֵהֶם, אִי נָמֵי מִשּׁוּם דַּחֲבִיבִין עָלָיו טוּבָא לִימּוּדִים אֵלּוּ שֶׁלְּמִדָּם מִפִּי אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב נָקֵיט לָמַדְתִּי בְּכָל חַד מִינַּייְהוּ.
« J'ai appris que l'on n'entre pas dans une ruine. » Il y a lieu de demander pourquoi il emploie « j'ai appris » à chaque membre de phrase. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces trois enseignements, il ne les a pas appris d'un seul coup mais l'un après l'autre : de la question « pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? » il a compris que l'on n'entre pas dans une ruine ; après que celui-ci lui eut dit « tu aurais dû prier sur la route », il a appris que l'on prie sur la route ; puis, lorsqu'il lui a dit « tu aurais dû dire une prière abrégée », il a appris la troisième chose. C'est pourquoi il emploie « j'ai appris » à chacun d'eux. Ou bien : ces enseignements, appris de la bouche d'Eliyahou, de bonne mémoire, lui étaient très chers, et c'est pourquoi il emploie « j'ai appris » à chacun d'eux.
💡 Explication

Rabbi Yossi tire trois halakhot d'un échange qui n'en énonce aucune. Chaque question d'Eliyahou suppose une règle, et c'est cette règle supposée qui devient l'enseignement.

La répétition du verbe « j'ai appris » à chaque membre marque, selon le Ben Ich Haï, que les trois leçons se sont détachées l'une après l'autre au fil du dialogue.

14
וְאָמַר לִי: בְּנִי, מַה קוֹל שָׁמַעְתָּ בְּחֻורְבָּה זוֹ? וְאָמַרְתִּי לוֹ: שָׁמַעְתִּי בַּת קוֹל שֶׁמְּנַהֶמֶת כְּיוֹנָה וְאוֹמֶרֶת: ״אוֹי שֶׁהֶחֱרַבְתִּי אֶת בֵּיתִי וְשָׂרַפְתִּי אֶת הֵיכָלִי וְהִגְלֵיתִי אֶת בָּנַי לְבֵין אֻומּוֹת הָעוֹלָם״. וְאָמַר לִי: חַיֶּיךָ וְחַיֵּי רֹאשְׁךָ, לֹא שָׁעָה זוֹ בִּלְבַד אוֹמֶרֶת כָּךְ, אֶלָּא בְּכָל יוֹם וְיוֹם, שָׁלֹשׁ פְּעָמִים אוֹמֶרֶת כָּךְ. וְלֹא זוֹ בִּלְבַד אֶלָּא, בְּשָׁעָה שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִכְנָסִין לְבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּלְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת וְעוֹנִין ״יְהֵא שְׁמֵיהּ הַגָּדוֹל מְבוֹרָךְ״, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְנַעְנֵעַ רֹאשׁוֹ, וְאוֹמֵר: אַשְׁרֵי הַמֶּלֶךְ שֶׁמְּקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּבֵיתוֹ כָּךְ, מַה לּוֹ לָאָב שֶׁהִגְלָה אֶת בָּנָיו, וְאוֹי לָהֶם לַבָּנִים שֶׁגָּלוּ מֵעַל שֻׁולְחַן אֲבִיהֶם.

Et il me dit : « Mon fils, quelle voix as-tu entendue dans cette ruine ? » Je lui dis : « J'ai entendu une bat kol qui gémissait comme une colombe et disait : malheur à Moi, car J'ai détruit Ma maison, brûlé Mon sanctuaire et exilé Mes enfants parmi les nations du monde. » Il me dit : « Par ta vie et par la vie de ta tête, ce n'est pas en cette heure seulement qu'elle parle ainsi, mais chaque jour, trois fois, elle parle ainsi. Et pas seulement cela : à l'heure où Israël entre dans les synagogues et les maisons d'étude et répond “que Son grand Nom soit béni”, le Saint béni soit-Il hoche la tête et dit : heureux le roi que l'on loue ainsi dans sa maison ; qu'en est-il du père qui a exilé ses enfants, et malheur aux enfants qui ont été exilés de la table de leur père. »

📜 Rachi (1)
אַשְׁרֵי הַמֶּלֶךְ שֶׁמְּקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּבֵיתוֹ כָּךְ אַשְׁרֵי כָּל זְמַן שֶׁהָיָה קִלּוּס זֶה בְּתוֹךְ בהמ"ק:
Heureux : tout le temps que cette louange se disait à l'intérieur du Temple.
🗂️ Tossefot (1)
וְעוֹנִין יְהֵא שְׁמֵיהּ הַגָּדוֹל מְבוֹרָךְ מִכָּאן יֵשׁ לִסְתּוֹר מַה שֶּׁפֵּי' בְּמַחֲזוֹר וִיטְרִי יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא שֶׁזּוֹ תְּפִלָּה שֶׁאָנוּ מִתְפַּלְּלִין שֶׁיִּמָּלֵא שְׁמוֹ כְּדִכְתִיב (שְׁמוֹת י״ז:ט״ז) כִּי יָד עַל כֵּס יָהּ שֶׁלֹּא יְהֵא שְׁמוֹ שָׁלֵם וְכִסְאוֹ שָׁלֵם עַד שֶׁיִּמָּחֶה זַרְעוֹ שֶׁל עֲמָלֵק וּפֵירוּשׁוֹ כָּךְ יְהֵא שמי"ה שֵׁם יָהּ רַבָּא כְּלוֹמַר שֶׁאָנוּ מִתְפַּלְּלִין שֶׁיְּהֵא שְׁמוֹ גָּדוֹל וְשָׁלֵם וּמְבֹורָךְ לְעוֹלָם הָוֵי תְּפִלָּה אַחֶרֶת כלומ' וּמְבֹורָךְ לְעוֹלָם הַבָּא. וְזֶה לֹא נִרְאֶה מִדְּקָאָמַר הָכָא יְהֵא שְׁמֵיהּ הַגָּדוֹל מְבוֹרָךְ מַשְׁמַע דִּתְפִלָּה אַחַת הִיא וְאֵינוֹ רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁיְּהֵא שְׁמוֹ גָּדוֹל וְשָׁלֵם אֶלָּא יְהֵא שְׁמוֹ הַגָּדוֹל מְבֹורָךְ וְגַם מַה שֶׁאוֹמְרִי' הָעוֹלָם לְכָךְ אוֹמְרִים קַדִּישׁ בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּית לְפִי שֶׁתְּפִלָּה נָאָה וְשֶׁבַח גָּדוֹל הוּא עַל כֵּן נִתְקַן בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם שֶׁלֹּא יָבִינוּ הַמַּלְאָכִים וְיִהְיוּ מִתְקַנְּאִין בָּנוּ וְזֶה אֵינוֹ נִרְאֶה שֶׁהֲרֵי כַּמָּה תְּפִלּוֹת יָפוֹת שֶׁהֵם בִּלְשׁוֹן עִבְרִי אֶלָּא נִרְאֶה כִּדְאָמְרִינַן בְּסוֹף סוֹטָה (דַּף מט.) אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים אֶלָּא אַסִּדְרָא דִּקְדֻושְׁתָּא וְאַיְּהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא דְּבָתַר אַגַּדְתָּא שֶׁהָיוּ רְגִילִין לוֹמַר קַדִּישׁ אַחַר הַדְּרָשָׁה וְשָׁם הָיוּ עַמֵּי הָאֲרָצוֹת וְלֹא הָיוּ מְבִינִים כֻּולָּם לְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ לְכָךְ תִּקְּנוּהוּ בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם שֶׁהָיוּ הַכֹּל מְבִינִים שֶׁזֶּה הָיָה לְשׁוֹנָם :
De là on peut réfuter ce qui est expliqué dans le Mahzor Vitry à propos de « yehe chemeh raba » : que ce serait une prière par laquelle nous demandons que Son Nom soit complet, comme il est écrit (Exode 17, 16) « car la main est sur le trône de Ya », enseignant que Son Nom ne sera pas complet ni Son trône complet tant que la descendance d'Amalek n'aura pas été effacée ; et l'on expliquerait ainsi : « yehe chemeh » — que le Nom Ya soit grand —, c'est-à-dire que nous prions pour que Son Nom soit grand, complet et béni, « le-alam » étant alors une autre prière, voulant dire : et béni dans le monde à venir. Cela ne paraît pas juste, puisque l'on dit ici « et répondent : que Son grand Nom soit béni », ce qui indique qu'il s'agit d'une seule prière, dont le sens porte sur la bénédiction du grand Nom plutôt que sur le fait que Son Nom soit grand et complet. De même, ce que les gens disent — que si l'on récite le kaddich en langue araméenne, c'est parce qu'il s'agit d'une belle prière et d'une grande louange, et qu'on l'a donc institué en langue de traduction pour que les anges ne la comprennent pas et ne nous jalousent pas — cela ne paraît pas juste, car il existe bien des prières magnifiques en langue sainte. Il paraît plutôt qu'il en va comme on le dit à la fin de Sota (49a) : le monde ne subsiste que par la kedoucha de la sidra et par le « yehe chemeh raba » qui suit l'agada ; car on avait coutume de dire le kaddich après la deracha, et là se trouvaient des gens simples qui ne comprenaient pas tous la langue sainte ; c'est pourquoi on l'a institué en langue de traduction, que tous comprenaient, puisque telle était leur langue.
🪔 Ben Yehoyada (8)
שמעתי בת־קול שמנהמת כיונה. יש להקשות למה לעיל בברייתא אמרו יושב הקב"ה ושואג כארי, וכאן שמע מנהמת כיונה? ונראה לי בס"ד כי אותם שאגות דמזכיר בברייתא דלעיל הם בלילה, וידוע שבלילה שולטת מדת הגבורה, לכך דימה את קול השאגה לשאגת אריה שהוא בסוד הגבורה, כי לכן אריה מספר גבורה כנודע, אך כאן מדבר בקול היוצא ביום כמו שאמרו בכל יום ויום שלשה פעמים אומרת כן, והיום הוא שליטת החסד, לכך נדמה לו הקול כנהמת יונה שהוא סוד החסד, לכן יונה [71] , עם הכולל, מספר חסד [72] .
« J'ai entendu une bat kol qui gémissait comme une colombe. » Il y a lieu de demander pourquoi, plus haut dans la baraita, on a dit que le Saint béni soit-Il siège et rugit comme un lion, tandis qu'ici il entend un gémissement de colombe. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les rugissements mentionnés dans la baraita précédente ont lieu la nuit ; or on sait que la nuit domine la mesure de guevoura (rigueur), et c'est pourquoi le texte compare cette voix au rugissement du lion, qui relève du sod de la guevoura, le mot aryé ayant la valeur numérique de guevoura, comme on le sait. Ici en revanche il s'agit d'une voix qui sort de jour, comme il est dit « chaque jour, trois fois, elle parle ainsi » ; et le jour relève de la domination du 'hessed (bonté), c'est pourquoi cette voix lui est apparue comme le gémissement de la colombe, qui relève du sod du 'hessed ; le mot yona, avec l'unité du mot lui-même, a la valeur numérique de 'hessed.
וְאוֹמֶרֶת: אוֹי שֶׁהֶחֱרַבְתִּי אֶת בֵּיתִי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה הֵן, אֱמֶת דְּחֻורְבַּן הַבַּיִת הָיָה בּוֹ טוֹבָה לְיִשְׂרָאֵל שֶׁנִּיצְּלוּ מִן כְּלָיָה עַל שֶׁשָּׁפַךְ חֲמָתוֹ בְּעֵצִים וַאֲבָנִים, אַךְ דָּא עָקָא שֶׁלֹּא הִסְפִּיק הַחֻורְבָּן, אֶלָּא נַעֲשָׂה גַּם כֵּן שְׂרֵיפַת הֵיכָל, שֶׁהָיָה בָּזֶה חִילּוּל הַשֵּׁם יוֹתֵר, וְלֹא דַּי שְׂרֵיפַת הֵיכָל גַּם כֵּן לְהַצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל, אֶלָּא גַּם הֲגַלְתִּים לְבֵין הָאֻומּוֹת, דְּנִמְצָא לֹא נִיצּוּלוֹ בִּדְבָרִים אֵלֶּה לְגַמְרֵי, שֶׁעִם כָּל זֶה הֻוצְרְכוּ גָּלוּת, וְנָקֵיט אוֹי כְּנֶגֶד תְּלָת מִילֵּי הַנִּזְכָּרִים, אוֹ נָקֵיט תְּלָת מִילֵּי כְּנֶגֶד ג' אוֹתִיּוֹת או"י שֶׁנִּפְרְדוּ מִשֵּׁמוֹת הַקּוֹדֶשׁ כַּנִּזְכָּר בַּתִּיקּוּנִים.
« Et disait : malheur à Moi, car J'ai détruit Ma maison. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci. En vérité, la destruction de la Maison comportait un bien pour Israël, qui fut sauvé de l'extermination puisqu'Il a répandu Sa colère sur le bois et les pierres. Mais voici le malheur : la destruction n'a pas suffi, et il y eut aussi l'incendie du sanctuaire, où se trouvait une profanation du Nom plus grande encore ; et l'incendie du sanctuaire n'a pas suffi non plus à sauver Israël, puisqu'Il les a en outre exilés parmi les nations. Il se trouve donc qu'ils n'ont pas été entièrement sauvés par ces événements, puisqu'ils ont malgré tout eu besoin de l'exil. Le mot « oy » est employé en face des trois choses mentionnées ; ou bien ces trois choses correspondent aux trois lettres alef-vav-youd, qui se sont détachées des noms saints, comme il est mentionné dans les Tikounim.
אָמַר לִי: בְּנִי, חַיֶּיךָ וְחַיֵּי רֹאשְׁךָ. נִרְאֶה לִי בס"ד חַיֶּיךָ, עַל חַיֵּי גּוּפוֹ, וְחַיֵּי רֹאשְׁךָ, עַל הַחָכְמָה שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא בָּרֹאשׁ, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת ב, יד) הֶחָכָם עֵינָיו בְּרֹאשׁוֹ, וּכְתִיב (קֹהֶלֶת ז, יב) הַחָכְמָה תִּחְיֶה בְּעָלֶיהָ, אוֹ יוּבָן חַיֵּי רֹאשְׁךָ עַל שָׁרְשׁוֹ אֲשֶׁר לְמַעְלָה עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּבֵיאוּר נֹחַ נֹחַ אַבְרָהָם אַבְרָהָם, אוֹ נָמֵי חַיֵּי רֹאשְׁךָ עַל אוֹר הַשְּׁכִינָה הַשּׁוֹרָה עַל רֹאשׁוֹ.
« Il me dit : mon fils, par ta vie et par la vie de ta tête. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « par ta vie » vise la vie de son corps, et « par la vie de ta tête » sa sagesse, qui siège dans la tête, ainsi qu'il est dit (Ecclésiaste 2, 14) « le sage a ses yeux dans sa tête », et il est écrit (Ecclésiaste 7, 12) « la sagesse fait vivre celui qui la possède ». Ou bien on entendra « la vie de ta tête » de sa racine d'en haut, à la manière de ce qu'a écrit notre maître le Ari en expliquant « Noah Noah », « Avraham Avraham » ; ou encore « la vie de ta tête » désigne la lumière de la Chekhina qui repose sur sa tête.
לֹא שָׁעָה זוֹ בִּלְבַד אוֹמֶרֶת כָּךְ, אֶלָּא בְּכָל יוֹם וָיוֹם שָׁלֹשׁ פְּעָמִים אוֹמֶרֶת כָּךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לִשְׁלֹשָׁה פְּעָמִים כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ תְּפִלּוֹת, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, בִּזְכוּת שְׁלֹשָׁה תְּפִלּוֹת תִּהְיֶה הַגְּאֻולָּה, וְנִמְצָא עִיכּוּב הַגְּאֻולָּה הוּא מִיָּדֵינוּ, שֶׁאִם הָיִינוּ נִזְהָרִין בָּהֶם כָּרָאוּי תִּהְיֶה הַגְּאֻולָּה וְיִבְנֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְיִהְיֶה קִיבּוּץ גָּלֻיּוֹת, לְכָךְ יוֹצְאָהּ שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים בַּיּוֹם וְאוֹמֶרֶת דְּבָרִים אֵלּוּ.
« Ce n'est pas en cette heure seulement qu'elle parle ainsi, mais chaque jour, trois fois, elle parle ainsi. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison des trois fois correspond aux trois prières, car nos maîtres ont dit que par le mérite des trois prières viendra la délivrance. Il se trouve donc que le retard de la délivrance vient de nous : si nous y prenions garde comme il convient, la délivrance viendrait, le Temple serait bâti et le rassemblement des exilés aurait lieu. C'est pourquoi elle sort trois fois par jour et dit ces paroles.
בְּשָׁעָה שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִכְנָסִין לְבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּלְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת וְעוֹנִין: יְהֵא שְׁמֵיהּ הַגָּדוֹל מְבָרֵךְ, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְנַעְנֵעַ רֹאשׁוֹ. הקב"ה מְנַעְנֵעַ רֹאשׁוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּווָּנָה מְנַעְנֵעַ שָׁלֹשׁ סְפִירוֹת כֶּתֶר חָכְמָה בִּינָה הַנִּקְרָאִים רֹאשׁ לְהַשְׁפִּיעַ לָעוֹלָמוֹת. וְשָׁלֹשׁ אֵלּוּ נִרְמָזִים בְּאוֹתִיּוֹת יָהּ כֶּתֶר קוֹצוֹ שֶׁל יוֹ"ד, וְהַיּוֹ"ד עַצְמָהּ חָכְמָה, וְהָא' בִּינָה, וּבְקַדִּישׁ אוֹמְרִים יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ שמי"ה רַבָּא, וְהַכַּוָּנָה שֵׁם יְהֵא רַבָּא, וְאוֹמְרוֹ רֹאשׁוֹ וְלֹא אָמַר הָרֹאשׁ עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים ב,ו) וַאֲנִי נִסַּכְתִּי מַלְכִּי, דְּהַיְינוּ מֶלֶךְ שֶׁהוּא שֶׁלִּי, וְכֵן כָּאן סְפִירוֹת הַנִּקְרָאִים רֹאשׁ, שֶׁהֵם שֶׁלִּי שֶׁהֶאֱצַלְתִּי אוֹתָם לְהַנְהִיג בָּהֶם הָעוֹלָמוֹת. וְשׁוּב רָאִיתִי למהר"ן זַ"ל בְּהַגָּהוֹת פְּרִי עֵץ חַיִּים שַׁעַר הַקֳּדָשִׁים מַה שֶׁכָּתַב בְּמַאֲמָר זֶה יְעֻויַּן שָׁם, וּבָזֶה נִיחָא לָשׁוֹן וְלֹא עוֹד דְּנָקֵיט כָּאן דְּלָשׁוֹן זֶה יוֹרֶה שֶׁלֹּא הָיָה רָאוּי מִן הַדִּין לִהְיוֹת כָּךְ אֶלָּא שֶׁנַּעֲשָׂה כֵּן בְּחַסְדּוֹ יִתְבָּרֵךְ, שֶׁיִּהְיוּ נִכְנָסִין אוֹרוֹת הַמֹּוחִין דְּגַדְלוּת וּמְאִירִים בְּעֵת שֶׁאוֹמְרִים קַדִּישׁ, אֲפִילּוּ שֶׁאֵינוֹ זְמַן תְּפִלָּה.
« À l'heure où Israël entre dans les synagogues et les maisons d'étude et répond : que Son grand Nom soit béni, le Saint béni soit-Il hoche la tête. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'Il met en mouvement les trois sefirot keter, 'hokhma et bina, appelées « tête », pour répandre l'abondance sur les mondes. Ces trois-là sont évoquées par les lettres youd et hé : keter est la pointe du youd, le youd lui-même est 'hokhma, et le alef est bina. Dans le kaddich on dit « yitgadal ve-yitkadach chemeh raba », dont l'intention est : que le Nom Ya soit grand. Et s'il dit « Sa tête » plutôt que « la tête », c'est à la manière du verset (Psaumes 2, 6) « et Moi, j'ai sacré Mon roi », c'est-à-dire le roi qui est mien ; de même ici : les sefirot appelées tête, qui sont miennes, puisque Je les ai émanées pour conduire par elles les mondes. J'ai vu ensuite ce qu'a écrit le Maharan dans ses gloses sur le Péri Ets Haim, Chaar ha-kedochim, sur ce propos ; vois-y. Cela permet de comprendre l'expression « et pas seulement cela » employée ici, qui indique qu'en stricte justice il n'aurait pas convenu qu'il en fut ainsi, et que cela se fait par Sa bonté : que les lumières des mohin de gadlout entrent et éclairent au moment où l'on dit le kaddich, même hors du temps de la prière.
וְאוֹמֵר: אַשְׁרֵי הַמֶּלֶךְ שֶׁמְּקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּבֵיתוֹ כָּךְ. יֵשׁ לוֹמַר תֵּיבַת בְּבֵיתוֹ נִרְאֶה לְשׁוֹן יֶתֶר, וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יָדוּעַ מַה שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת, שֶׁהַקַּדִּישִׁים נִתְקְנוּ לְאוֹמְרָם בְּתוֹךְ הַתְּפִלּוֹת בֵּין עוֹלָם לְעוֹלָם, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְאַחֲזוּ הַחִיצוֹנִים בַּתִּיקּוּנִים שֶׁל הַתְּפִילּוֹת אֲשֶׁר עָשִׂינוּ, וְהָאָדָם צָרִיךְ לִרְאוֹת בְּעַצְמוֹ מֵהַתְחָלַת סֵדֶר הַקָּרְבָּנוֹת כְּאִלּוּ עָשָׂה בַּעֲשִׂיָּה, וּבִגְמַר הַקָּרְבָּנוֹת אוֹמֵר קַדִּישׁ כְּדֵי שֶׁיַּעֲלֶה מִשָּׁם לַיְּצִירָה, כִּי הַזְּמִירוֹת הֵם בִּיצִירָה, וּבִגְמַר הַזְּמִירוֹת אוֹמֵר קַדִּישׁ כְּדֵי שֶׁיַּעֲלֶה מִשָּׁם לִבְרִיאָה, כִּי בִּרְכַּת יוֹצֵר בִּבְרִיאָה, וּמִשָּׁם עוֹלֶה לַאֲצִילוּת כִּי תְּפִלַּת הָעֲמִידָה הִיא בַּאֲצִילוּת, וְלֹא נִתְקַן שָׁם קַדִּישׁ כְּדֵי לִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה, וְאַחַ"כּ רוֹאֶה עַצְמוֹ שֶׁחוֹזֵר וְיוֹרֵד, וְגַם כֵּן אוֹמְרִים קַדִּישׁ בֵּין עוֹלָם לְעוֹלָם, עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא בַּאֲמִירַת הַקַּדִּישִׁים שֶׁל הַתְּפִילּוֹת מְצַייְּרִין יִשְׂרָאֵל בְּדַעְתָּם כְּאִלּוּ הֵם לְמַעְלָה בְּעוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים וְשָׁם אוֹמְרִים הַקַּדִּישִׁים, וְלָזֶה אָמַר אַשְׁרֵי הַמֶּלֶךְ שֶׁמְּקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּבֵיתוֹ כָּךְ, בְּבֵיתוֹ כָּךְ שֶׁמִּצִּירִים בְּדַעְתָּם כְּאִלּוּ הֵם עוֹמְדִים לְמַעְלָה בְּעוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁהֵם בֵּיתוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁמְּיֻוחָדִים לְאוֹר שְׁכִינָתוֹ, וְשָׁם מְקַלְּסִים אוֹתוֹ בַּקִּלּוּס הַקָּדוֹשׁ הַזֶּה. וּמַה שֶׁכָּתַב תֵּיבַת כָּךְ, נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּבֵיאוּר מַאֲמָר, שְׁתֹוק כָּךְ עָלָה בְּמַחְשָׁבָה, כִּי זִוּוּג עֶלְיוֹן שֶׁל חִיבּוּר הוי"ה אהי"ה שֶׁהֵם חו"ב, הוּא סוֹד כָּ"ף כְּפוּפָה, וְזִוּוּג תַּחְתּוֹן שֶׁהוּא חִיבּוּר הוי"ה אדנ"י שֶׁהֵם תו"מ, הוּא סוֹד כָּ"ף פְּשׁוּטָה, וְזֶה שֶׁאָמַר כָּךְ עָלָה בְּמַחְשָׁבָה כָּ"ף כְּפוּפָה ך' פְּשׁוּטָה, עַיֵּין שָׁם, וְזֶה סוֹד שֶׁמְּקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּבֵיתוֹ כָּךְ, כְּלוֹמַר גּוֹרְמִים בְּקִילּוּסָם זִוּוּג עֶלְיוֹן וְזִוּוּג תַּחְתּוֹן שֶׁהוּא סוֹד כ"ך. אוֹ יוּבָן אוֹמְרוֹ שֶׁמְּקַלְּסִין אוֹתוֹ כָּךְ, כִּי בְּקַדִּישׁ אֲנַחְנוּ מְבַלְּעִים כַּמָּה וְכַמָּה דְּבָרִים יְקָרִים בְּרֶמֶז, גַּם מְבַקְּשִׁים שֶׁיִּהְיֶה הַשֵּׁם שָׁלֵם בְּרֶמֶז, בְּאָומְרָם יִתְגַּדַּל וְיִתְקַדַּשׁ שְׁמָהּ רַבָּא, שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֵׁם יְהֵא יְהֵא רַבָּא, וְעוֹד כַּמָּה דְּבָרִים יְקָרִים, וְלָזֶה אָמַר שֶׁמְּקַלְּסִין אוֹתוֹ בְּבֵיתוֹ כָּךְ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּלָשׁוֹן זֶה שֶׁהוּא נִסְתָּר וְנֶעְלַם, שֶׁנִּרְמַז בּוֹ כַּמָּה דְּבָרִים דִּכְדֵי לְהַעֲלִים אוֹתָם מִן הַחִיצוֹנִים שֶׁהֵם מְבִינִים בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם.
« Et Il dit : heureux le roi que l'on loue ainsi dans sa maison. » Le mot « dans sa maison » paraît superflu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on connaît ce qui est écrit dans le livre des Kavanot : les kaddichim ont été institués pour être dits au milieu des prières, entre un monde et l'autre, afin que les forces extérieures ne s'attachent pas aux réparations que nos prières ont opérées. L'homme doit se voir, depuis le début de l'ordre des sacrifices, comme s'il agissait dans le monde de Assia ; à la fin des sacrifices il dit le kaddich afin de monter de là vers Yetsira, car les zemirot sont dans Yetsira ; à la fin des zemirot il dit le kaddich afin de monter de là vers Beria, car la bénédiction de Yotser est dans Beria ; de là il monte vers Atsilout, car la prière de la Amida est dans Atsilout, et l'on n'y a pas institué de kaddich afin de joindre la gueoula à la tefila ; ensuite il se voit redescendre, et l'on dit également le kaddich entre un monde et l'autre ; vois-y. Il se trouve donc qu'en disant les kaddichim des prières, Israël se représente comme se tenant en haut dans les mondes supérieurs et y disant les kaddichim. C'est ce que dit : heureux le roi que l'on loue ainsi dans sa maison — dans sa maison, puisqu'ils se représentent comme se tenant en haut dans les mondes supérieurs, qui sont Sa maison, consacrés à la lumière de Sa Chekhina, et c'est là qu'ils Le louent de cette sainte louange. Quant au mot « ainsi » (kakh), il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari en expliquant le propos « tais-toi, ainsi est-il monté dans la pensée » : l'union supérieure, celle de Havaya et Ekyeh, qui sont 'hokhma et bina, est le sod du kaf fermé, et l'union inférieure, celle de Havaya et Adnout, qui sont tiferet et malkhout, est le sod du kaf final ; c'est ce que veut dire « kakh est monté dans la pensée » : kaf fermé et kaf final ; vois-y. Tel est le sod de « que l'on Le loue dans Sa maison ainsi » : par leur louange ils causent l'union supérieure et l'union inférieure, qui sont le sod de kakh. Ou bien on comprendra « que l'on Le loue ainsi » de la manière suivante : dans le kaddich nous enveloppons par allusion bien des choses précieuses, et nous demandons aussi par allusion que le Nom soit complet, en disant « yitgadal ve-yitkadach chemeh raba », c'est-à-dire : que le Nom soit grand ; et bien d'autres choses précieuses encore. C'est ce qu'il dit : que l'on Le loue dans Sa maison ainsi, c'est-à-dire en cette langue voilée et cachée, où sont évoquées par allusion bien des choses, afin de les soustraire aux forces extérieures, qui comprennent la langue de traduction.
וּמַה לוֹ לָאָב שֶׁהִגְלָה אֶת בָּנָיו לְבֵין הַגּוֹיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי עִנְיַן הַגָּלוּת גָּרַם צַעַר גָּדוֹל לַשְּׁכִינָה, עַל שֶׁהִיא נוֹתֶנֶת שֶׁפַע לַחִיצוֹנִים, מֵחֲמַת שֶׁיִּשְׂרָאֵל דָּרִים בְּחוּץ לָאָרֶץ תַּחַת מֶמְשֶׁלֶת הַשָּׂרִים, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב מֹשֶׁה קוֹרְדּוֹבֵירוֹ זַ"ל, וְעוֹד נַעֲשָׂה עַל יְדֵי הַגָּלוּת הֶפְסֵד גָּדוֹל לְיִשְׂרָאֵל, כִּי מִקֹּודֶם הָיוּ יִשְׂרָאֵל לוֹקְחִים עִיקַּר הַשֶּׁפַע, וְאַחַר שֶׁגָּלוּ אָז שָׂרֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם לוֹקְחִים הַבָּשָׂר, וְנוֹתְנִים לְיִשְׂרָאֵל הָעֲצָמוֹת, כְּלוֹמַר לוֹקְחִים הָעִיקָּר וְנוֹתְנִים הַפְּסֹולֶת, וְזֶה שֶׁאָמַר וּמַה לוֹ לָאָב שֶׁהִגְלָה אֶת בָּנָיו, פֵּירוּשׁ תָּבִינוּ וְתַשְׂכִּילוּ לָדַעַת כַּמָּה צַעַר מַגִּיעַ לוֹ לָאָב בְּסִיבָּה זוֹ שֶׁהִגְלָה אֶת בָּנָיו, וְכַמָּה הֶפְסֵד הִגִּיעַ לְיִשְׂרָאֵל, וְזֶהוּ כַּמָּה אוֹי מַגִּיעַ לַבָּנִים עַל אֲשֶׁר גָּלוּ מֵעַל שֻׁולְחַן אֲבִיהֶם, כִּי עַתָּה הַשָּׂרִים לוֹקְחִים הַבָּשָׂר וְנוֹתְנִים לָהֶם הָעֲצָמוֹת.
« Qu'en est-il du père qui a exilé ses enfants parmi les nations. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : l'exil a causé une grande souffrance à la Chekhina, puisqu'elle donne l'abondance aux forces extérieures du fait qu'Israël réside hors de la Terre sous la domination des princes célestes, comme l'a écrit le Rav Moche Cordovero. De plus, l'exil a produit une grande perte pour Israël : auparavant Israël prenait l'essentiel de l'abondance, et depuis l'exil les princes des nations prennent la viande et donnent à Israël les os, c'est-à-dire qu'ils prennent l'essentiel et laissent le rebut. C'est ce que dit : qu'en est-il du père qui a exilé ses enfants — comprenez et sachez combien de souffrance atteint le père du fait qu'il a exilé ses enfants, et combien de perte à atteint Israël ; et telle est la mesure du malheur qui atteint les enfants exilés de la table de leur père, puisque maintenant les princes prennent la viande et leur laissent les os.
וְאוֹי לָהֶם לַבָּנִים שֶׁגָּלוּ מֵעַל שֻׁלְחַן אֲבִיהֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּכִינּוּי שֻׁולְחָן דְּנָקֵיט הָכָא וְהוּא עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב בס"ד בְּבֵיאוּר שִׁיר הַשִּׁירִים בַּפָּסוּק (שָׁם ו' י') מִי זֹאת הַנִּשְׁקָפָה כְּמוֹ שָׁחַר יָפָה כַלְּבָנָה בָּרָה כַּחַמָּה אֲיֻמָּה כַּנִּדְגָּלוֹת, זָכָר ד' תּוֹאֲרִים כְּנֶגֶד ד' מִינֵי לִימּוּד, שֶׁהֵם מִקְרָא מִשְׁנָה תַּלְמוּד קַבָּלָה, וְהַיְינוּ כְּנֶגֶד לִימּוּד מִקְרָא אֲשֶׁר נִשְׁקְפָה כְּמוֹ שַׁחַר, כִּי לִימּוּד זֶה הוּא בִּתְחִלַּת יָמָיו שֶׁיָּצָא מִן הַחֹשֶׁךְ וְנִכְנַס לְאוֹר תּוֹרָה, כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (אָבוֹת ה, כד) בֶּן חָמֵשׁ לַמִּקְרָא, וּכְנֶגֶד לִמּוּד הַמִּשְׁנָה הַבָּא אַחֲרָיו, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (שָׁם) בֶּן עֶשֶׂר לַמִּשְׁנָה, אָמַר יָפָה כַּלְּבָנָה , כִּי הַלְּבָנָה גּוּפָא חָשׁוּךְ וּמְקַבֶּלֶת אוֹר מִן הַשֶּׁמֶשׁ, כֵּן הַמִּשְׁנָה גּוּפָהּ חָשׁוּךְ וּמְקַבֶּלֶת אוֹר מִן הַגְּמָרָא, כִּי לָכֵן אֵין פּוֹסְקִין דִּין מִן הַמִּשְׁנָה, דְּמִלְּתָא בְּלֹא טַעְמָא לָא מִתְיַשְּׁבָא כְּהִלְכְתָא, וּכְנֶגֶד לִמּוּד הַתַּלְמוּד הַבָּא אַחַר הַמִּשְׁנָה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (שָׁם) בֶּן חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה לַתַּלְמוּד, אָמַר בָּרָה כַּחַמָּה שֶׁהִיא נוֹתֶנֶת אוֹר לְעוֹלָם, כֵּן הַתַּלְמוּד מֵאִיר עֵינֵי יִשְׂרָאֵל בַּהֲלָכוֹת, וּמֵאִיר אֶת דִּבְרֵי הַמִּשְׁנָה, וּכְנֶגֶד לִימּוּד הַקַּבָּלָה, שֶׁהוּא עֶלְיוֹן וְחָזָק וּמְשֻׁובָּח, אָמַר אֵימָה כְּנִדְגָּלוֹת. נִמְצָא אַרְבַּע תּוֹאֲרִים הַנִּזְכָּרִים בַּפָּסוּק, שֶׁהֵם רוֹמְזִים לְאַרְבַּע מִינֵי לִימּוּדִים שֶׁל תּוֹרָה, הֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֻׁולְחָן, שֶׁהוּא שַׁחַר לְבָנָה חַמָּה נִדְגָּלוֹת כְּסִדְרָן מַמָּשׁ, וְהִנֵּה רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אָמְרוּ עַל הַפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ב, יב) וּזֲהַב הָאָרֶץ הַהִוא טוֹב, אֵין תּוֹרָה כַּתּוֹרָה שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וְהַטַּעַם, כִּי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הִיא תַּחַת צִילּוֹ יִתְבָּרֵךְ, (דְּבָרִים י, יב) אֶרֶץ אֲשֶׁר ה' אֱלֹקֶיךָ דֹּרֵשׁ אֹתָהּ תָּמִיד עֵינֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ בָּהּ, וּלְכָךְ אֲוִיר אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַחְכִּים, מַה שֶׁאֵין כֵּן חוּץ לָאָרֶץ חֲשׁוּכָה, שֶׁהִיא תַּחַת צֵל הַשָּׂרִים, לְכָךְ דָּרְשׁוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין כד.) בְּמַחֲשַׁכִּים הוֹשְׁבֵנִי זֶה תַּלְמוּד בַּבְלִי וְלָכֵן אֵין תּוֹרָה כַּתּוֹרָה שֶׁל א"י. עַל כֵּן ד' מִינֵי לִמּוּד שֶׁהֵם מִקְרָא מִשְׁנָה תַּלְמוּד קַבָּלָה, שֶׁהֵם רְמוּזִים בְּאַרְבָּעָה תּוֹאֲרִים שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שלח"ן כָּאָמוּר, כְּשֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל עַל אַדְמָתָן הָיוּ אוֹכְלִים עַל שֻׁלְחָן אֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, כִּי הִשְׁפַּעְתָּ הַחָכְמָה שֶׁהָיָה לָהֶם בְּאַרְבַּע אֵלֶּה, שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֻׁלְחָן, הָיְתָה בָּאָה לָהֶם מֵאִיתּוֹ יִתְבָּרֵךְ בִּלְתִּי אֶמְצָעוּת הַשָּׂרִים, וְלָכֵן אַרְבַּע לִמּוּדִים הַנִּזְכָּרִים הָיוּ מְאִירִים בָּהֶם כִּנְתִינָתָם מִסִּינַי, וְעַתָּה אוֹי לָהֶם לַבָּנִים שֶׁגָּלוּ מֵעַל שֻׁלְחַן אֲבִיהֶם כִּי עַתָּה הַשֻּׁולְחָן הוּא בְּחוּץ לָאָרֶץ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ שֶׁגָּלוּ מֵעַל שֻׁלְחַן אֲבִיהֶם, עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת, בִּדְרוּשׁ הַפּוּרִים עַל הַפָּסוּק (אֶסְתֵּר ט, כח) וְזִכְרָם לֹא יָסוּף מִזַּרְעָם, כִּי לְהַהֶאָרָה שֶׁל עֲטֶרֶת הַיְּסוֹד דְּאַבָּא קוֹרֵא אוֹתָם זִכְרָם, יְעַיֵּין שָׁם, וְהִנֵּה קֹודֶם אוֹתִיּוֹת שֻׁלְחָן יֵשׁ אוֹתִיּוֹת זִכְרָם , וְלָזֶה רָמַז לְפִי דַּרְכּוֹ עַל זְמַן הָעֵדֶר הֶאָרָה הַנִּזְכָּר בַּעֲוֹנֹותֵינוּ הָרַבִּים, וְאָמַר אוֹי לָהֶם לְבָנִים שֶׁגָּלוּ מִן הֶאָרָה שֶׁל זִכְרָם הָרְמוּזָה עַל שֻׁולְחַן אֲבִיהֶם, עַל דַּיְיקָא, דְּהַיְינוּ קֹודֶם אוֹתִיּוֹת שֻׁולְחָן, וְהֶאָרָה זוֹ הִיא בְּחִינַת אַבָּא, וּלְכָךְ אָמַר אֲבִיהֶם. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד יָדוּעַ דְּהַמַּלְכוּת נִקְרֵאת שֻׁולְחָן, וּלְמַעְלָה מִן הַמַּלְכוּת הוּא הַיְּסוֹד בְּסוֹד מַה שֶׁאָמְרוּ וְצַדִּיק עַל שֻׁולְחָן יָבֹא, מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּסִטְרָא אַחֲרָא כְּתִיב בָּהּ (בַּמִּדְבָּר כב, ה) פְּתוֹרָה אֲשֶׁר עַל הַנָּהָר וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסֵפֶר מְבוֹא שְׁעָרִים וְעַל מַה שֶׁכָּתַב מָהָרִי"ץ זַ"ל שָׁם, יְעֻויַּן שָׁם, וּבְגָלוּת כְּתִיב (יְשַׁעְיָהוּ נז, א) הַצַּדִּיק אָבַד, וּפֵירְשׁוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ עַל הִשְׁפַּעְתָּ הַיְּסוֹד, וְזֶה שֶׁאָמַר שֶׁגָּלוּ מֵעַל שֻׁולְחַן אֲבִיהֶם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִן הִשְׁפַּעְתָּ הַיְּסוֹד שֶׁהוּא עַל שֻׁולְחַן אֲבִיהֶם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר לְמַעְלָה מִן הַמַּלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת שֻׁולְחַן אֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ וּמַה לוֹ לָאָב שֶׁהִגְלָה אֶת בָּנָיו וְאוֹי לָהֶם לַבָּנִים וְכוּ'. דְּיָדוּעַ שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִילּוּי אַלְפִין עוֹלֶה מ"ה [45] , וְכָתַב רַבֵּינוּ זַ"ל שֶׁבַּגָּלוּת יִתְעַלֵּם אוֹת א' שֶׁל מִלּוּי וּוָא"ו וְיִשָּׁאֵר מִסְפַּר ד"ם [44] , וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַכַּוָּונוֹת עַייֵּן שָׁם, וְזֶה סוֹד גָּלוּת, כִּי גּוֹלֶה [44] גֵּימַטְרְיָא ד"ם , וְעַל יְדֵי שְׁלֵימוֹת אוֹת א' כַּנִּזְכָּר בְּתוֹךְ הַוָּא"ו, יֻושְׁלַם מִסְפַּר מ"ה וְתִהְיֶה הַגְּאֻולָּה [45] שֶׁהִיא מִסְפַּר מ"ה, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד בִּדְרָשׁוֹתַי כַּמָּה מִקְרָאוֹת וְעִנְיָנִים. וְהִנֵּה בְּוַדַּאי לְמַעְלָה לֹא יֵשׁ חִסָּרוֹן וְסִילּוּק חַס וְשָׁלוֹם לְאוֹת א' הַנִּזְכָּר, אֶלָּא הַשֵּׁם שָׁלֵם בִּמְלוֹאוֹ שֶׁעוֹלֶה מ"ה, וְרַק הַחִסָּרוֹן הוּא לְגַבֵּי הַשְׁפָּעָה שֶׁל הַתַּחְתּוֹנִים, שֶׁיִּתְעַלֵּם מִצֵּידָם הֶאָרַת אוֹת א' הַנִּזְכָּר, וְלָזֶה אָמַר, אַף עַל פִּי שֶׁעַתָּה הַבָּנִים הֵם בְּתוֹךְ הַגּוֹלָה שֶׁהִיא מִסְפַּר מ"ד [44] , שֶׁמּוֹרֶה עַל חֶסְרוֹן אוֹת א' דְּמִלּוּי הַוָּא"ו, אֵין חִסָּרוֹן זֶה לְמַעְלָה אֵצֶל הָאָב, אֶלָּא גַּם עַתָּה מַה לוֹ לָאָב שָׁם, מַה שָׁלֵם אֵצֶל הָאָב אַף עַל פִּי שֶׁהִגְלָה אֶת בָּנָיו, וְרַק הָאוֵי הוּא לַבָּנִים שֶׁגָּלוּ מֵעַל שֻׁולְחַן אֲבִיהֶם, שֶׁנֶּעְלַם הֶאָרַת אוֹת א' מִצֵּידָם וְנִשְׁאַר מִסְפַּר מ"ד כְּמִנְיַן גּוֹלָה , אֲבָל לְמַעְלָה אֵצֶל הָאָב הַשֵּׁם שָׁלֵם תָּמִיד כְּמִסְפַּר מ"ה.
« Et malheur aux enfants qui ont été exilés de la table de leur père. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, au sujet du terme « table » employé ici, d'après ce que j'ai écrit avec l'aide du Ciel en expliquant le Cantique des cantiques sur le verset (6, 10) « Qui est celle qui se lève comme l'aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil, redoutable comme des bataillons ? » : il mentionne quatre qualificatifs en face des quatre modes d'étude, mikra, michna, talmud et kabbala. En face de l'étude du mikra, « qui se lève comme l'aurore », car cette étude vient au début de ses jours, lorsqu'il sort des ténèbres et entre dans la lumière de la Tora, nos maîtres ayant dit (Avot 5, 24) : à cinq ans le mikra. En face de l'étude de la michna qui vient ensuite, comme ils ont dit : à dix ans la michna, il dit « belle comme la lune », car la lune est en elle-même obscure et reçoit sa lumière du soleil ; de même la michna est en elle-même obscure et reçoit sa lumière de la guemara, raison pour laquelle on ne tranche pas la loi d'après la michna, une chose sans raison ne pouvant s'établir selon la halakha. En face de l'étude du talmud, qui vient après la michna, comme ils ont dit : à quinze ans le talmud, il dit « pure comme le soleil », qui donne sa lumière au monde ; de même le talmud éclaire les yeux d'Israël dans les lois et éclaire les paroles de la michna. Et en face de l'étude de la kabbala, qui est haute, forte et louée, il dit « redoutable comme des bataillons ». Il se trouve donc que les quatre qualificatifs mentionnés dans le verset, qui font allusion aux quatre modes d'étude de la Tora, forment par leurs initiales le mot choulhan (table) : chahar, levana, hama, nidgalot, exactement dans cet ordre. Or nos maîtres ont dit sur le verset (Genèse 2, 12) « et l'or de ce pays-là est bon » : il n'est pas de Tora comme la Tora de la terre d'Israël. La raison en est que la terre d'Israël se tient sous Son ombre, (Deutéronome 11, 12) « une terre dont Hachem ton D.ieu prend soin, constamment les yeux de Hachem ton D.ieu sont sur elle » ; c'est pourquoi l'air de la terre d'Israël rend sage, tandis qu'il en va autrement hors de la Terre, ténébreuse, qui se tient sous l'ombre des princes célestes ; nos sages ont ainsi exposé (Sanhédrin 24a) « Il m'a fait asseoir dans les ténèbres », c'est le Talmud de Babylone, et c'est pourquoi il n'est pas de Tora comme la Tora de la terre d'Israël. Ainsi, les quatre modes d'étude — mikra, michna, talmud, kabbala — évoqués par les quatre qualificatifs dont les initiales forment choulhan : lorsque Israël était sur sa terre, ils mangeaient à la table de leur Père qui est aux cieux, car l'abondance de sagesse qu'ils avaient en ces quatre-là leur venait de Lui sans l'intermédiaire des princes ; c'est pourquoi ces quatre études brillaient en eux comme elles avaient été données au Sinaï. Et maintenant, malheur aux enfants exilés de la table de leur père, car la table se trouve désormais hors de la Terre. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'expression « exilés de dessus la table de leur père » s'entend d'après ce qu'a écrit notre maître dans Chaar ha-kavanot, dans le discours de Pourim, sur le verset (Esther 9, 28) « et leur souvenir ne cessera pas de leur descendance » : l'illumination de la couronne du yessod de abba y est appelée « leur souvenir » (zikhram) ; vois-y. Or les lettres du mot zikhram précèdent celles du mot choulhan dans l'alphabet ; il a donc fait allusion, à sa manière, au temps où cette illumination fait défaut, par nos nombreuses fautes, et a dit : malheur aux enfants exilés de l'illumination de zikhram, évoquée par « de dessus la table de leur père » — « de dessus » précisément, c'est-à-dire ce qui précède les lettres de choulhan. Cette illumination relève de l'aspect de abba, et c'est pourquoi il dit « leur père ». Ou encore il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que la malkhout est appelée table, et qu'au-dessus de la malkhout se tient le yessod, selon le sod de ce qu'ils ont dit « et le juste viendra à table » ; il en va autrement du côté de la sitra a'hra, dont il est écrit (Nombres 22, 5) « Petora, qui est sur le fleuve », comme l'a écrit notre maître le Ari dans le livre Mévo Chearim et d'après ce qu'a écrit le Maharits ; vois-y. Et de l'exil il est écrit (Isaie 57, 1) « le juste a péri », que le saint Zohar explique de l'abondance du yessod ; c'est ce que dit « exilés de dessus la table de leur père », c'est-à-dire de l'abondance du yessod, qui est au-dessus de la table de leur père, c'est-à-dire au-dessus de la malkhout appelée table de leur Père qui est aux cieux. D'une autre manière encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, au sujet de « qu'en est-il du père qui a exilé ses enfants, et malheur aux enfants... » : on sait que le Nom Havaya, dans son remplissage par des alef, a la valeur numérique de 45 (ma), et notre maître a écrit que dans l'exil la lettre alef du remplissage du vav se cache et qu'il reste le nombre 44 (dam), comme il est mentionné dans Chaar ha-kavanot ; vois-y. Tel est le sod de l'exil, car gola (exil) a la valeur numérique de dam ; et par le rétablissement de cette lettre alef à l'intérieur du vav, le nombre 45 se complétera et adviendra la gueoula, dont la valeur est 45. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, plusieurs versets et plusieurs sujets dans mes derachot. Or il n'y a certes en haut ni manque ni retrait de cette lettre alef, à D.ieu ne plaise ; le Nom est complet dans son remplissage et vaut 45. Le manque ne concerne que l'abondance dispensée aux êtres d'en bas, du côté desquels l'illumination de cette lettre alef se cache. C'est ce qu'il dit : bien que maintenant les enfants soient au milieu de la gola, dont le nombre est 44, ce qui indique le manque de l'alef du remplissage du vav, ce manque n'existe pas en haut auprès du Père ; la aussi, maintenant encore, le nom ma est complet auprès du Père, bien qu'Il ait exilé Ses enfants ; le malheur revient aux enfants exilés de la table de leur père, du côté desquels l'illumination de la lettre alef s'est cachée et où il reste le nombre 44, valeur de gola, tandis qu'en haut, auprès du Père, le Nom est toujours complet, valeur 45.
💡 Explication

La parole entendue dans la ruine reprend mot pour mot celle de Rav au segment 10. Le rugissement du lion devient ici un gémissement de colombe, changement de timbre que le Ben Ich Haï rattache à l'opposition entre la nuit et le jour.

La seconde partie porte sur le kaddich. La réponse « que Son grand Nom soit béni » provoque une réaction en haut, et la joie de la louange s'y trouve doublée du regret de l'exil. Tossefot en tirent deux précisions : le sens grammatical de la phrase, et la raison pour laquelle le kaddich est en araméen.

15
תָּנוּ רַבָּנַן, מִפְּנֵי שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵין נִכְנָסִין לְחֻורְבָּה: מִפְּנֵי חֲשָׁד, מִפְּנֵי הַמַּפֹּולֶת, וּמִפְּנֵי הַמַּזִּיקִין. ״מִפְּנֵי חֲשָׁד״, וְתִיפּוֹק לֵיהּ ״מִשּׁוּם מַפֹּולֶת״?

Nos maîtres ont enseigné : pour trois raisons on n'entre pas dans une ruine : à cause du soupçon, à cause de l'effondrement et à cause des démons. « À cause du soupçon » — mais qu'il le tire de l'effondrement !

📜 Rachi (3)
מִפְּנֵי חֲשָׁד שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ זוֹנָה מוּכֶנֶת לוֹ שָׁם:
Pour qu'on ne dise pas qu'une prostituée l'y attend.
וּמִפְּנֵי הַמַּפֹּולֶת שֶׁחוֹמַת הַחֻורְבָּה רְעוּעָה וּמְסֻוכָּן הוּא פֶּן תִּפּוֹל הַחוֹמָה עָלָיו:
Car le mur de la ruine est branlant et il court le risque que le mur tombe sur lui.
תִּיפּוֹק לֵיהּ כְּלוֹמַר לָמָּה לָנוּ ג' טְעָמִים לְדָבָר א' הֲרֵי דַּי בְּאַחַת מֵהֶן אִם לֹא בָּא לְלַמֶּדְךָ שֶׁיֵּשׁ שָׁעוֹת שֶׁאֵין הַטַּעַם הַזֶּה וְצָרִיךְ לְהַנִּיחַ בִּשְׁבִיל זֶה:
C'est-à-dire : pourquoi trois raisons pour une seule chose ? Une seule d'entre elles suffirait, à moins qu'il ne vienne t'enseigner qu'il y a des cas où cette raison-là ne s'applique pas et où il faut s'abstenir à cause de l'autre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִפְּנֵי שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵין נִכְנָסִין לְחֻרְבָּה: מִפְּנֵי חֲשָׁד, וּמִפְּנֵי מַפֶּלֶת, וּמִפְּנֵי מַזִּיקִין. נִרְאֶה לִי בס"ד רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שְׁלֹשָׁה אֵלֶּה, חֹשֶׁךְ שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת חֲשַׁד שֵׁדִים כִּלָּיוֹן שֶׁהוּא הַמַּפֹּולֶת, וּלְכָךְ הָאָדָם צָרִיךְ לִהְיוֹת חֹשֶׁךְ מִשָּׁם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר, נִמְנַע לְבִלְתִּי הִכָּנֵס בָּהּ מִלְּשׁוֹן (בְּרֵאשִׁית כ' ו') וָאֶחְשֹׂךְ גַּם אָנֹכִי אוֹתְךָ מֵחֲטוֹ לִי.
« Pour trois raisons on n'entre pas dans une ruine : à cause du soupçon, à cause de l'effondrement et à cause des démons. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les initiales de ces trois-là forment le mot hochekh (ténèbre) : héchad (soupçon), chedim (démons), kilayon (destruction), qui est l'effondrement. C'est pourquoi l'homme doit s'en tenir éloigné, c'est-à-dire s'abstenir d'y entrer, au sens de (Genèse 20, 6) « et Je t'ai moi-même retenu de fauter envers Moi ».
💡 Explication

La baraita revient sur la première des trois leçons de Rabbi Yossi et en donne les motifs. La Guemara applique aussitôt sa règle d'économie : tipouk li, « qu'il le tire de » — si une raison suffit déjà à interdire, l'autre devient superflue.

Rachi énonce le principe qui commande toute la suite : une raison surnuméraire signale un cas où les autres ne s'appliquent pas. La discussion se poursuit au folio suivant, où chaque motif recevra son cas propre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).