Sougya : Le folio achève d'abord la sougya de la ruine : la beraita interdisait d'y entrer pour trois motifs (soupçon, effondrement, mazikin) et la Guemara construit pour chacun le cas où lui seul opère, en faisant varier l'âge de la ruine, le nombre et la qualité des entrants, et le lieu. Vient ensuite la mahloket de Rabbi et de Rabbi Natan sur le nombre de veilles de la nuit — quatre ou trois — appuyée d'un côté sur la veille du milieu de Guidone, de l'autre sur deux versets de Psaumes 119.
La chaîne de transmission R. Zerika - R.
Ami - R. Yehochoua ben Levi amène alors la règle sur ce que l'on peut dire devant un mort, avec ses deux versions.
Le folio s'achève sur la nuit de David : à quelle heure se levait-il, ce que signifie nechef, comment il connaissait l'instant de minuit grâce à la lyre et au vent du nord, et la scène de l'aube où les sages réclament la parnassa du peuple et sont envoyés en campagne.
[Il s'agit] d'une [ruine] neuve.
Suite directe de 3a. La beraita interdit d'entrer dans une ruine pour trois motifs, et la Guemara demande pourquoi le motif du chachad (soupçon d'inconduite) est nécessaire, puisque le danger d'effondrement suffirait. Réponse : le cas visé est celui d'une ruine neuve, dont le mur vient de tomber alors que le reste tient encore ; le risque d'effondrement y est absent, et seul le soupçon justifie l'interdiction.
Et qu'on le déduise [plutôt] en raison des mazikin (esprits nuisibles) ! — [Le cas visé est celui de] deux [hommes].
Nouvelle tentative d'éliminer le motif du soupçon : même dans une ruine neuve, il resterait la crainte des mazikin. Réponse : les mazikin menacent l'homme isolé ; quand deux personnes entrent ensemble, cette crainte tombe et le soupçon reste seul en jeu.
Si [le cas est celui de] deux [hommes], il n'y a pas non plus de soupçon ! — [Il s'agit de] deux [hommes] débauchés (peritsim).
Objection symétrique : la Michna de Kidouchin (80b) autorise une femme à rester seule avec deux hommes, précisément parce qu'à deux le soupçon tombe. Réponse : cette permission ne vaut que pour des hommes kecherim (convenables) ; deux peritsim ne se retiennent pas l'un l'autre, et le soupçon subsiste. Le motif du chachad garde donc un domaine propre : ruine neuve, deux peritsim.
« En raison de l'effondrement » — mais qu'on le déduise du soupçon et des mazikin !
La Guemara reprend le même examen pour le deuxième motif. Si le soupçon et les mazikin interdisent déjà l'entrée, à quoi sert de mentionner la mapolet ?
[Le cas visé est celui de] deux [hommes] convenables.
Deux hommes kecherim : le soupçon tombe (ils sont deux et convenables) et les mazikin aussi (ils sont deux). Reste le seul danger matériel, l'effondrement, ce qui suppose une ruine ancienne.
« En raison des mazikin » — mais qu'on le déduise du soupçon et de l'effondrement !
[Il s'agit] d'une ruine neuve, et de deux [hommes] convenables.
Cas construit pour isoler les mazikin : ruine neuve (pas d'effondrement) et deux hommes kecherim (pas de soupçon).
Si [le cas est celui de] deux [hommes], il n'y a pas non plus de mazikin !
Objection immédiate : la réponse du segment 1 avait posé que la crainte des mazikin disparaît dès lors qu'on est deux. Le cas construit s'effondre donc de lui-même.
Dans leur lieu [habituel], nous craignons [même à deux]. Et si tu veux, dis : en réalité [il s'agit] d'un seul [homme], dans une ruine neuve qui se trouve en pleine campagne ; là, il n'y a pas de soupçon, car une femme ne se trouve pas couramment aux champs, et il y a [en revanche crainte] des mazikin.
Deux issues. La première raffine la règle : à deux on ne craint pas les mazikin en général, mais dans un lieu qu'ils fréquentent habituellement (bimkoman) la crainte revient même à deux. La seconde revient à un homme seul et déplace le cas aux champs (be-davra) : le soupçon suppose la présence possible d'une femme, ce qui n'a pas cours en pleine campagne.
Le chachad dépend donc de deux variables et non d'une seule : le nombre des entrants et le lieu.
Nos maîtres ont enseigné : la nuit comporte quatre veilles (michmarot), paroles de Rabbi. Rabbi Natan dit : trois.
Nouvelle sougya, rattachée au thème des heures de la nuit ouvert au début du traité. Une michmara est une veille, c'est-à-dire une des divisions de la nuit ; le décompte commande la lecture de plusieurs versets et, plus loin dans le traité, la manière de situer les moments de la nuit.
Quel est le raisonnement de Rabbi Natan ? Car il est écrit : « Et Guidone arriva, avec les cent hommes qui étaient avec lui, à l'extrémité du camp, au début de la veille du milieu » (Juges 7, 19).
Il a été enseigné : « du milieu » implique nécessairement qu'il y en ait une avant elle et une après elle.
Argument de langue : le qualificatif « du milieu » suppose un encadrement symétrique, donc trois veilles au total.
Et Rabbi, que fait-il de « du milieu » ? — L'une des [veilles] médianes parmi les médianes.
Sur quatre veilles, deux occupent une position médiane. Rabbi lit le verset comme désignant l'une de ces deux, ce qui neutralise la preuve.
Et Rabbi Natan [répond] : est-il écrit « la médiane parmi les médianes » ? C'est « la médiane » qui est écrit !
Réponse au niveau du texte : l'article défini du verset désigne une veille unique en son genre, et le pluriel implicite de la lecture de Rabbi n'y figure pas.
Quel est le raisonnement de Rabbi ? Rabbi Zerika a dit au nom de Rabbi Ami, au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : un verset dit « À minuit je me lève pour Te rendre grâce pour Tes justes jugements » (Psaumes 119, 62), et un autre verset dit « Mes yeux devancent les veilles » (Psaumes 119, 148).
Comment cela [se concilie-t-il] ? La nuit comporte quatre veilles.
Les deux versets du même psaume décrivent le même lever. Le premier le situe à minuit ; le second dit que ce lever devance des veilles, au pluriel — donc au moins deux veilles entières suivent minuit. Ce compte n'est possible que sur une nuit de quatre veilles de trois heures.
Noter la chaîne de transmission : R. Zerika - R. Ami - R. Yehochoua ben Levi. Elle reparaît au segment 16 et sert de charnière entre les deux sougyot.
Et Rabbi Natan tient comme Rabbi Yehochoua. Car nous avons appris dans la Michna : Rabbi Yehochoua dit : jusqu'à la troisième heure, car telle est la coutume des rois de se lever à la troisième heure.
Six [heures] de la nuit et deux [heures] du jour : cela fait deux veilles.
Riposte de Rabbi Natan : « devancer les veilles » ne se compte pas par rapport à l'aube, mais par rapport aux autres rois, qui se lèvent à la troisième heure du jour. De minuit à cette heure, il y a six heures de nuit plus deux heures de jour, soit huit heures — deux veilles de quatre heures dans un décompte à trois veilles.
Rav Achi a dit : une veille et demie aussi, on l'appelle « les veilles ».
Seconde riposte pour Rabbi Natan, plus économique : sur trois veilles de quatre heures, minuit laisse une veille et demie jusqu'à l'aube, et cette quantité suffit déjà à justifier le pluriel du verset.
Et Rabbi Zerika a dit au nom de Rabbi Ami, au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : on ne dit devant un mort que des paroles concernant le mort.
Le Talmud enchaîne par la chaîne de transmission, procédé courant de composition : la même suite de maîtres amène un enseignement d'un tout autre sujet. Le principe en jeu est celui de loeg la-rach (se moquer du pauvre) : parler devant un défunt de ce qu'il ne peut plus faire lui fait affront.
Rabbi Abba bar Kahana a dit : nous n'avons dit cela que pour les paroles de Torah, mais les propos ordinaires ne nous posent pas de difficulté.
Première lecture : la restriction porte sur ce que le défunt était tenu de faire. L'étude de Torah est une obligation permanente dont il est désormais privé ; en parler devant lui souligne cette privation. Un propos ordinaire ne crée pas cet affront, puisque s'en abstenir n'a rien de honteux.
Et certains disent : Rabbi Abba bar Kahana a dit : nous n'avons dit cela que [même] pour les paroles de Torah, et à plus forte raison pour les propos ordinaires.
Seconde version, de portée inverse. La règle vaut d'abord pour les propos ordinaires, et l'innovation de l'énoncé est d'y ajouter même la Torah. Ces deux versions produisent une nafka mina pratique, tranchée par les Gueonim et rapportée ici par Tossefot et le Roch : Rav Haï retient la première version, qui laisse la parole ordinaire permise.
Et David se levait-il au milieu de la nuit ? Il se levait dès le soir !
Car il est écrit : « J'ai devancé le néchef et j'ai crié » (Psaumes 119, 147). Et d'où [savons-nous] que ce néchef désigne le soir ?
Car il est écrit : « Au néchef, au soir du jour, dans l'obscurité de la nuit et les ténèbres » (Proverbes 7, 9).
Nouvelle contradiction dans le même psaume : un verset situe le lever à minuit, un autre au néchef, mot que Proverbes 7 associe au soir. Toute la suite du folio se construit sur cette tension.
Rav Ochaya a dit au nom de Rabbi A'ha : voici ce que [David] a dit : jamais minuit n'est passé sur moi dans le sommeil.
Première conciliation. Le verset « à minuit je me lève » énonce une limite et non une heure fixe : David se levait parfois plus tôt, jamais plus tard.
Rabbi Zera a dit : jusqu'à minuit il somnolait comme un cheval ; à partir de là il se renforçait comme un lion. Rav Achi a dit : jusqu'à minuit il s'occupait de paroles de Torah ; à partir de là, de chants et de louanges.
Deux autres conciliations. Pour R. Zera, la différence porte sur l'état du corps : le sommeil de la première partie de la nuit reste un demi-sommeil, comme celui du cheval. Pour Rav Achi, elle porte sur le contenu : étude avant minuit, chants et louanges après — ce qui rend compte exactement des deux versets, l'un parlant de la parole attendue, l'autre de l'action de grâce.
Et le néchef désigne-t-il le soir ? Le néchef désigne le matin !
Car il est écrit : « Et David les frappa depuis le néchef jusqu'au soir du lendemain » (I Samuel 30, 17). N'est-ce pas [dire] : du matin jusqu'à la nuit ?
Retour sur la prémisse lexicale. Un verset de Samuel oppose le néchef au soir, ce qui suggère que le mot désigne le matin.
Non : d'un soir jusqu'au soir [suivant].
S'il en est ainsi, que le verset écrive « du néchef jusqu'au néchef », ou « du soir jusqu'au soir » !
Objection de style scripturaire : deux termes différents pour un seul moment de la journée ne se justifieraient pas.
Rava a plutôt dit : il y a deux néchafim — la nuit glisse (nachaf) et le jour vient, le jour glisse et la nuit vient.
Solution lexicale de Rava. La racine nachaf exprime le glissement d'un état vers l'autre, sans préciser lequel. Le mot vaut donc pour les deux charnières de la journée, et le contexte tranche à chaque fois. Le verset de Samuel dit alors : du matin jusqu'au soir du lendemain.
Et David savait-il quand tombe le milieu de la nuit ? Or Moche notre maître ne le savait pas, car il est écrit : « Vers le milieu de la nuit je sortirai au milieu de l'Égypte » (Exode 11, 4).
Nouvelle difficulté, portant cette fois sur la connaissance de l'heure. Le verset d'Exode emploie « ke-hatsot », vers minuit, formule approximative ; la Guemara en tire que même Moche ne savait pas fixer l'instant exact.
Que signifie « vers minuit » ? Si tu dis que le Saint béni soit-Il lui a dit « vers minuit » — y a-t-il un doute devant le Ciel ?!
Il faut donc dire qu'Il lui a dit (demain) « à minuit » (comme à cette heure-ci), et que lui est venu dire « vers minuit » : il en ressort qu'il avait un doute — et David, lui, savait ?!
La Guemara isole la source de l'approximation. Elle ne peut venir de la parole divine ; elle vient donc de Moche, qui transmet en tenant compte de sa propre incapacité à viser l'instant exact. Le kal va-homer est immédiat : si Moche n'y parvenait pas, comment David y parviendrait-il ?
David avait un signe. Car Rav A'ha bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon 'Hassida : une lyre (kinor) était suspendue au-dessus du lit de David, et dès que minuit arrivait, le vent du nord venait souffler dedans et elle jouait d'elle-même ; aussitôt il se levait et s'occupait de Torah jusqu'au lever de l'aube.
Quand l'aube se levait, les sages d'Israël entraient auprès de lui. Ils lui dirent : notre maître le roi, ton peuple Israël a besoin de subsistance.
Il leur dit : allez et faites subsister l'un par l'autre. Ils lui dirent : une poignée ne rassasie pas le lion, et la fosse ne se remplit pas de sa propre terre.
Il leur dit : allez et portez la main sur la troupe.
Réponse à la difficulté : David disposait d'un signe extérieur et non d'un calcul. Rachi rattache le fait au partage des vents de Baba Batra 25a, où le vent du nord souffle à minuit.
Le récit enchaîne sans transition sur la scène de l'aube et fait de la nuit d'étude et du gouvernement une seule journée. Les sages opposent deux images à la solution proposée par le roi : la poignée qui ne rassasie pas un lion, et la fosse qu'on ne remplit pas avec la terre qui en sort — la redistribution interne ne crée pas de ressource. La réponse du roi ouvre alors la question de la guerre, traitée aux segments suivants.
Aussitôt ils prennent conseil auprès d'A'hitofel, consultent le Sanhédrin, et interrogent les Ourim veToumim.
Trois instances distinctes et complémentaires : la compétence militaire (A'hitofel), l'autorisation institutionnelle du Sanhédrin, et la consultation oraculaire des Ourim veToumim sur l'issue. Rachi précise que le passage par le Sanhédrin sert aussi à obtenir leur prière.
Rav Yossef a dit : quel est le verset ? Il est écrit : « Et après A'hitofel, Benayahou fils de Yehoyada et Évyatar ; et le chef de l'armée du roi, Yoav » (I Chroniques 27, 34).
Le verset des Chroniques énumère dans l'ordre les fonctions correspondant à la procédure décrite : le conseiller, puis Benayahou et Évyatar, puis le chef d'armée.
A'hitofel, c'est le conseiller, et de même il est dit : « Et le conseil d'A'hitofel, qu'il donnait en ces jours-là, était comme lorsqu'on interroge la parole de D.ieu » (II Samuel 16, 23).
Identification du premier terme de la liste. Le verset de Samuel qualifie le conseil d'A'hitofel de valeur quasi oraculaire, ce qui justifie sa place en tête de la procédure. Le folio suivant poursuit l'identification des autres noms.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).