Berakhot 3b — Les trois raisons de la ruine, les veilles de la nuit et le lever de David

Berakhot 3b

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya de la ruine : la beraita interdisait d'y entrer pour trois motifs (soupçon, effondrement, mazikin) et la Guemara construit pour chacun le cas où lui seul opère, en faisant varier l'âge de la ruine, le nombre et la qualité des entrants, et le lieu. Vient ensuite la mahloket de Rabbi et de Rabbi Natan sur le nombre de veilles de la nuit — quatre ou trois — appuyée d'un côté sur la veille du milieu de Guidone, de l'autre sur deux versets de Psaumes 119.

La chaîne de transmission R. Zerika - R.

Ami - R. Yehochoua ben Levi amène alors la règle sur ce que l'on peut dire devant un mort, avec ses deux versions.

Le folio s'achève sur la nuit de David : à quelle heure se levait-il, ce que signifie nechef, comment il connaissait l'instant de minuit grâce à la lyre et au vent du nord, et la scène de l'aube où les sages réclament la parnassa du peuple et sont envoyés en campagne.

Le fil du folio : de la ruine aux veilles, des veilles à la nuit de David Quatre mouvements enchaînés par une association de chaîne (R. Zerika - R. Ami - R. Yehochoua ben Levi). Mouvement 1 (seg. 0-8) -- Fin de la sougya de la ruine : trois raisons, aucune superflue La beraita interdit d'entrer dans une ruine pour trois motifs : chachad (soupçon), mapolet (effondrement), mazikin. La Guemara cherche pour chaque motif un cas où lui seul opère : ruine neuve / ancienne, un ou deux hommes, peritsim ou kecherim. Enjeu : montrer qu'aucun des trois motifs n'est redondant. Mouvement 2 (seg. 9-15) -- Combien de veilles dans la nuit ? Rabbi : quatre michmarot. Rabbi Natan : trois. Preuve de R. Natan : la veille "du milieu" de Guidone (Juges 7). Preuve de Rabbi (R. Zerika au nom de R. Ami au nom de R. Yehochoua ben Levi) : deux versets de Ps 119 opposés. Ripostes pour R. Natan : David devançait les rois (R. Yehochoua) ; ou une veille et demie se dit déjà "les veilles" (Rav Achi). Charnière : c'est la chaîne R. Zerika - R. Ami - R. Yehochoua ben Levi qui amène la suite. Mouvement 3 (seg. 16-18) -- Parler devant un mort Même chaîne de transmission : devant un mort on ne dit que les paroles du mort (loeg là-rach). Deux versions de R. Abba bar Kahana : soit la Torah seule est visée, soit même la Torah, à plus forte raison le reste. Nafka mina pratique : que peut-on dire dans les quatre coudées du défunt (Rif, Rav Haï, Roch). Mouvement 4 (seg. 19-31) -- La nuit de David À quelle heure David se levait-il ? "À minuit" contre "j'ai devancé le néchef" : trois conciliations. Que veut dire néchef, soir ou matin ? Rava : deux néchafim, le basculement dans les deux sens. Comment David connaissait-il l'instant exact ? Moche disait "vers minuit" : la lyre et le vent du nord donnaient le signe. Puis la scène de l'aube : les sages, la demande de parnassa, la parabole du lion et de la fosse, la sortie en campagne. Verset d'appui (Rav Yossef) : A'hitofel le conseiller, le Sanhédrin, les Ourim veToumim, Yoav chef d'armée. Étude de nuit et gouvernement de jour forment une seule journée royale.
Fil du folio : ruine, veilles de la nuit, parole devant un mort, nuit de David.
Pourquoi trois raisons d'interdire la ruine : le cas propre à chacune Chaque motif doit avoir un cas où il opère seul, sinon il serait superflu. CHACHAD (soupçon) Cas propre : ruine NEUVE + DEUX hommes, mais PERITSIM (débauchés). Neuve -> pas de mapolet. À deux -> pas de mazikin. Deux kecherim n'éveillent pas le soupçon (Kidouchin 80b) ; deux peritsim, si. seg. 0-2 MAPOLET (effondrement) Cas propre : ruine ANCIENNE + DEUX hommes et KECHERIM (convenables). Kecherim -> pas de chachad. À deux -> pas de mazikin. Reste le seul danger réel : le mur qui peut céder. seg. 3-4 MAZIKIN Cas propre, version 1 : ruine neuve, deux kecherim, mais dans LEUR LIEU habituel. Version 2 (ve-ibaeit eima) : UN seul homme, ruine neuve, située EN PLEINE CAMPAGNE. Aux champs, une femme n'est pas courante -> pas de chachad. seg. 5-8 Les trois variables que la Guemara fait tourner 1. État de la ruine : NEUVE (le mur vient de tomber, le reste tient) ou ancienne -> commande le mapolet. 2. Nombre et qualité des entrants : un seul / deux kecherim / deux peritsim -> commande le chachad. 3. Lieu et fréquentation : en ville ou aux champs, lieu ordinaire ou lieu connu des mazikin -> commande les mazikin. Le procédé est général en Guemara : pour sauver un motif, on construit le cas où les autres motifs tombent.
Les trois motifs d'interdiction de la ruine et le cas propre à chacun.
Quatre veilles ou trois : Rabbi contre Rabbi Natan La nuit conventionnelle va du coucher au lever du soleil : douze heures temporaires. RABBI : quatre michmarot de trois heures 1re veille 2e veille 3e veille 4e veille début de nuit MINUIT aube À minuit, il reste exactement DEUX veilles : "mes yeux devancent les veilles" (Ps 119, 148) au pluriel. RABBI NATAN : trois michmarot de quatre heures 1re veille veille DU MILIEU 3e veille MINUIT tombe DANS la veille du milieu Preuve : Guidone arrive "au début de la veille du milieu" (Juges 7, 19) -- une avant, une après. Riposte de Rabbi sur "du milieu" Sur quatre veilles, deux sont médianes ; le verset désigne l'une des deux médianes. Réponse de R. Natan : le verset écrit "la médiane", pas "l'une des médianes". Riposte de R. Natan sur les deux versets 1. Comme R. Yehochoua : les rois se lèvent à la 3e heure du jour ; David devance de 6 h de nuit + 2 h de jour = 8 heures = deux veilles de quatre heures. 2. Rav Achi : une veille et demie se dit déjà "veilles".
Quatre veilles (Rabbi) contre trois (Rabbi Natan) : preuves et ripostes.
1
בְּחַדְתֵי.

[Il s'agit] d'une [ruine] neuve.

📜 Rachi (1)
בְּחַדְתֵי שֶׁנָּפְלָה מֵחָדָשׁ שֶׁהַחוֹמָה שֶׁלָּהּ נָפְלָה וְעוֹדֶנָּה בְּחֶזְקָתָהּ:
Dans une [ruine] neuve — qui vient de s'écrouler récemment, dont le mur est tombé alors qu'elle tient encore solidement.
💡 Explication

Suite directe de 3a. La beraita interdit d'entrer dans une ruine pour trois motifs, et la Guemara demande pourquoi le motif du chachad (soupçon d'inconduite) est nécessaire, puisque le danger d'effondrement suffirait. Réponse : le cas visé est celui d'une ruine neuve, dont le mur vient de tomber alors que le reste tient encore ; le risque d'effondrement y est absent, et seul le soupçon justifie l'interdiction.

2
וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם מַזִּיקִין? בִּתְרֵי.

Et qu'on le déduise [plutôt] en raison des mazikin (esprits nuisibles) ! — [Le cas visé est celui de] deux [hommes].

🗂️ Tossefot (1)
אֵין אוֹמְרִין בִּפְנֵי הַמֵּת אֶלָּא דְּבָרָיו שֶׁל מֵת וּפָסַק רַב אִלְפָּס מִשּׁוּם רַב הַאי דַּווְקָא דִבְרֵי תוֹרָה אֲבָל דְּבָרִים דְּעָלְמָא לֵית לַן בַּהּ. וְדַוְוקָא בְּאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁלּוֹ:
On ne dit devant un mort que les paroles concernant le mort — le Rif a tranché, au nom de Rav Haï, qu'il s'agit précisément des paroles de Torah ; quant aux propos ordinaires, cela ne nous pose pas de difficulté. Et cela vaut uniquement dans ses quatre coudées.
💡 Explication

Nouvelle tentative d'éliminer le motif du soupçon : même dans une ruine neuve, il resterait la crainte des mazikin. Réponse : les mazikin menacent l'homme isolé ; quand deux personnes entrent ensemble, cette crainte tombe et le soupçon reste seul en jeu.

3
אִי בִּתְרֵי — חֲשָׁד נָמֵי לֵיכָּא! בִּתְרֵי וּפְרִיצִי.

Si [le cas est celui de] deux [hommes], il n'y a pas non plus de soupçon ! — [Il s'agit de] deux [hommes] débauchés (peritsim).

📜 Rachi (2)
חֲשָׁד נָמֵי לֵיכָּא דִּתְנַן (בְּמַסֶּכֶת קִדּוּשִׁין דַּף פ:) אֲבָל אִשָּׁה מִתְיַחֶדֶת עִם שְׁנֵי אֲנָשִׁים:
Il n'y a pas non plus de soupçon — car nous avons appris dans la Michna (traite Kidouchin, feuillet 80b) : mais une femme peut rester en tête-à-tête avec deux hommes.
בִּתְרֵי וּפְרִיצִי דְּאָמְרִינַן הָתָם לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּכְשֵׁרִים:
Deux [hommes] débauchés — car nous disons là-bas : on n'a enseigné cela qu'à propos d'hommes convenables (kecherim).
💡 Explication

Objection symétrique : la Michna de Kidouchin (80b) autorise une femme à rester seule avec deux hommes, précisément parce qu'à deux le soupçon tombe. Réponse : cette permission ne vaut que pour des hommes kecherim (convenables) ; deux peritsim ne se retiennent pas l'un l'autre, et le soupçon subsiste. Le motif du chachad garde donc un domaine propre : ruine neuve, deux peritsim.

4
״מִפְּנֵי הַמַּפֹּולֶת״, וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם חֲשָׁד וּמַזִּיקִין!

« En raison de l'effondrement » — mais qu'on le déduise du soupçon et des mazikin !

💡 Explication

La Guemara reprend le même examen pour le deuxième motif. Si le soupçon et les mazikin interdisent déjà l'entrée, à quoi sert de mentionner la mapolet ?

5
בִּתְרֵי וְכִשְׁרֵי.

[Le cas visé est celui de] deux [hommes] convenables.

💡 Explication

Deux hommes kecherim : le soupçon tombe (ils sont deux et convenables) et les mazikin aussi (ils sont deux). Reste le seul danger matériel, l'effondrement, ce qui suppose une ruine ancienne.

6
״מִפְּנֵי הַמַּזִּיקִין״, וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִפְּנֵי חֲשָׁד וּמַפּוֹלֶת!

« En raison des mazikin » — mais qu'on le déduise du soupçon et de l'effondrement !

7
בְּחֻורְבָּה חַדְתֵי, וּבִתְרֵי וְכִשְׁרֵי.

[Il s'agit] d'une ruine neuve, et de deux [hommes] convenables.

💡 Explication

Cas construit pour isoler les mazikin : ruine neuve (pas d'effondrement) et deux hommes kecherim (pas de soupçon).

8
אִי בִּתְרֵי, מַזִּיקִין נָמֵי לֵיכָּא!

Si [le cas est celui de] deux [hommes], il n'y a pas non plus de mazikin !

💡 Explication

Objection immédiate : la réponse du segment 1 avait posé que la crainte des mazikin disparaît dès lors qu'on est deux. Le cas construit s'effondre donc de lui-même.

9
בִּמְקוֹמָן חָייְשִׁינַן. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְעוֹלָם בְּחַד, וּבְחֻורְבָּה חַדְתִּי דְּקָאֵי בְּדַבְרָא, דְּהָתָם מִשּׁוּם חֲשָׁד לֵיכָּא דְּהָא אִשָּׁה בְּדַבְרָא לָא שְׁכִיחָא, וּמִשּׁוּם מַזִּיקִין אִיכָּא.

Dans leur lieu [habituel], nous craignons [même à deux]. Et si tu veux, dis : en réalité [il s'agit] d'un seul [homme], dans une ruine neuve qui se trouve en pleine campagne ; là, il n'y a pas de soupçon, car une femme ne se trouve pas couramment aux champs, et il y a [en revanche crainte] des mazikin.

📜 Rachi (2)
בִּמְקוֹמָן חָיְישִׁינַן בְּמָקוֹם שֶׁהֵם מִצָּוְיִין תָּדִיר חָיְישִׁינַן אֲפִילּוּ בִּתְרֵי:
Dans leur lieu nous craignons — dans un endroit où ils se trouvent habituellement, nous craignons même à deux.
בְּדַבְרָא בַּשָּׂדֶה:
Be-davra — aux champs.
🗂️ Tossefot (1)
בִּמְקוֹמָן חָיְישִׁינַן פִּי' שֶׁיָּדוּעַ שֶׁרְגִילִין שָׁם הַמַּזִּיקִין. וְהַהִיא דִּלְעֵיל דְּבִתְרֵי וּפְרִיצִי לֵיכָּא מִשּׁוּם מַזִּיקִין אַיְירֵי בִּסְתָם שֶׁאֵין רְגִילִין:
Dans leur lieu nous craignons — c'est-à-dire qu'il est connu que les mazikin fréquentent habituellement cet endroit. Et le cas précédent, où deux [hommes] débauchés ne courent pas de risque du fait des mazikin, parle d'un endroit ordinaire, qu'ils ne fréquentent pas.
💡 Explication

Deux issues. La première raffine la règle : à deux on ne craint pas les mazikin en général, mais dans un lieu qu'ils fréquentent habituellement (bimkoman) la crainte revient même à deux. La seconde revient à un homme seul et déplace le cas aux champs (be-davra) : le soupçon suppose la présence possible d'une femme, ce qui n'a pas cours en pleine campagne.

Le chachad dépend donc de deux variables et non d'une seule : le nombre des entrants et le lieu.

🖼️ Schéma
Deux façons d'isoler la crainte des mazikin Réponse 1 : bimkoman haychinan On garde le cas de DEUX hommes convenables, dans une ruine neuve. Règle générale : à deux, on ne craint pas les mazikin. Exception : dans leur lieu habituel, on craint même à deux. Tossefot : le cas antérieur des deux peritsim sans crainte de mazikin parlait d'un lieu ordinaire, non fréquente par eux. Réponse 2 : ve-ibaeit eima On revient à UN SEUL homme, dans une ruine neuve... ...située en pleine campagne (be-davra). Neuve -> pas de mapolet. Aux champs, une femme ne se trouve pas couramment -> pas de chachad. Il ne reste que les mazikin. Le chachad dépend donc aussi du lieu, et pas seulement du nombre d'entrants.
Les deux réponses qui isolent la crainte des mazikin.
10
תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבַּע מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ.

Nos maîtres ont enseigné : la nuit comporte quatre veilles (michmarot), paroles de Rabbi. Rabbi Natan dit : trois.

💡 Explication

Nouvelle sougya, rattachée au thème des heures de la nuit ouvert au début du traité. Une michmara est une veille, c'est-à-dire une des divisions de la nuit ; le décompte commande la lecture de plusieurs versets et, plus loin dans le traité, la manière de situer les moments de la nuit.

11
מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי נָתָן — דִּכְתִיב: ״וַיָּבֹא גִדְעוֹן וּמֵאָה אִישׁ אֲשֶׁר אִתּוֹ בִּקְצֵה הַמַּחֲנֶה רֹאשׁ הָאַשְׁמֹרֶת הַתִּיכוֹנָה״, תְּנָא: אֵין ״תִּיכוֹנָה״ אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ.

Quel est le raisonnement de Rabbi Natan ? Car il est écrit : « Et Guidone arriva, avec les cent hommes qui étaient avec lui, à l'extrémité du camp, au début de la veille du milieu » (Juges 7, 19).

Il a été enseigné : « du milieu » implique nécessairement qu'il y en ait une avant elle et une après elle.

💡 Explication

Argument de langue : le qualificatif « du milieu » suppose un encadrement symétrique, donc trois veilles au total.

12
וְרַבִּי, מַאי ״תִּיכוֹנָה״ — אַחַת מִן הַתִּיכוֹנָה שֶׁבַּתִּיכוֹנוֹת.

Et Rabbi, que fait-il de « du milieu » ? — L'une des [veilles] médianes parmi les médianes.

💡 Explication

Sur quatre veilles, deux occupent une position médiane. Rabbi lit le verset comme désignant l'une de ces deux, ce qui neutralise la preuve.

13
וְרַבִּי נָתָן מִי כְּתִיב ״תִּיכוֹנָה שֶׁבַּתִּיכוֹנוֹת״? ״תִּיכוֹנָה״ כְּתִיב!

Et Rabbi Natan [répond] : est-il écrit « la médiane parmi les médianes » ? C'est « la médiane » qui est écrit !

💡 Explication

Réponse au niveau du texte : l'article défini du verset désigne une veille unique en son genre, et le pluriel implicite de la lecture de Rabbi n'y figure pas.

14
מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי? אָמַר רַבִּי זְרִיקָא, אָמַר רַבִּי אַמִּי, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״חֲצוֹת לַיְלָה אָקוּם לְהוֹדוֹת לָךְ עַל מִשְׁפְּטֵי צִדְקֶךָ״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״קִדְּמוּ עֵינַי אַשְּׁמוּרוֹת״ הָא כֵיצַד, אַרְבַּע מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה.

Quel est le raisonnement de Rabbi ? Rabbi Zerika a dit au nom de Rabbi Ami, au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : un verset dit « À minuit je me lève pour Te rendre grâce pour Tes justes jugements » (Psaumes 119, 62), et un autre verset dit « Mes yeux devancent les veilles » (Psaumes 119, 148).

Comment cela [se concilie-t-il] ? La nuit comporte quatre veilles.

📜 Rachi (1)
קִדְּמוּ עֵינַי אַשְּׁמוּרוֹת אַלְמָא חֲצוֹת לַיְלָה שֶׁהָיָה דָּוִד עוֹמֵד שְׁתֵּי מִשְׁמָרוֹת יֵשׁ בָּהֶם:
Mes yeux devancent les veilles — il en ressort qu'à minuit, heure à laquelle David se levait, il reste deux veilles.
💡 Explication

Les deux versets du même psaume décrivent le même lever. Le premier le situe à minuit ; le second dit que ce lever devance des veilles, au pluriel — donc au moins deux veilles entières suivent minuit. Ce compte n'est possible que sur une nuit de quatre veilles de trois heures.

Noter la chaîne de transmission : R. Zerika - R. Ami - R. Yehochoua ben Levi. Elle reparaît au segment 16 et sert de charnière entre les deux sougyot.

🖼️ Schéma
Les deux versets de Psaumes 119 et la conclusion de Rabbi Verset A (v. 62) "À minuit je me lève pour Te rendre grâce" -> heure du lever : MINUIT. Verset B (v. 148) "Mes yeux devancent les veilles" -> il reste DES veilles, au pluriel. Minuit doit laisser au moins deux veilles après lui donc la nuit compte QUATRE veilles (position de Rabbi) Sur trois veilles de quatre heures, minuit tombe au milieu de la deuxième : il resterait une veille et demie. C'est exactement ce point que R. Natan devra désamorcer, en deux temps (seg. 14 et 15).
Les deux versets de Psaumes 119 et la conclusion de Rabbi.
15
וְרַבִּי נָתָן, סָבַר לָהּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. דִּתְנַן, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: עַד שָׁלֹשׁ שָׁעוֹת, שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ מְלָכִים לַעֲמֹוד בְּשָׁלֹשׁ שָׁעוֹת. שִׁית דְּלֵילְיָא, וְתַרְתֵּי דִּימָמָא, הָווּ לְהוּ שְׁתֵּי מִשְׁמָרוֹת.

Et Rabbi Natan tient comme Rabbi Yehochoua. Car nous avons appris dans la Michna : Rabbi Yehochoua dit : jusqu'à la troisième heure, car telle est la coutume des rois de se lever à la troisième heure.

Six [heures] de la nuit et deux [heures] du jour : cela fait deux veilles.

📜 Rachi (3)
וְרַבִּי נָתָן אָמַר לָךְ הַאי קִדְּמוּ עֵינַי אַשְׁמוּרוֹת דְּקָאָמַר דָּוִד קָדְמוּ לִשְׁאָר מְלָכִים קָאָמַר שֶׁדַּרְכָּן לַעֲמֹוד בְּשָׁלֹשׁ שָׁעוֹת בַּיּוֹם בִּתְחִלַּת שָׁעָה שְׁלִישִׁית:
Et Rabbi Natan — il te dira : ce « mes yeux devancent les veilles » que dit David signifie qu'il devançait les autres rois, dont l'usage est de se lever à la troisième heure du jour, au début de la troisième heure.
שִׁית דְּלֵילְיָא חֲצוֹת לַיְלָה הָוֵי שֵׁשׁ שָׁעוֹת:
Six de la nuit — minuit représente six heures.
וְתַרְתֵּי דִּימָמָא שֶׁשְּׁאָר מְלָכִים יְשֵׁנִים הָווּ לְהוּ תַּרְתֵּי מִשְׁמָרוֹת שֶׁל שְׁמוֹנָה שָׁעוֹת:
Et deux du jour — pendant lesquelles les autres rois dorment ; cela fait deux veilles, soit huit heures.
💡 Explication

Riposte de Rabbi Natan : « devancer les veilles » ne se compte pas par rapport à l'aube, mais par rapport aux autres rois, qui se lèvent à la troisième heure du jour. De minuit à cette heure, il y a six heures de nuit plus deux heures de jour, soit huit heures — deux veilles de quatre heures dans un décompte à trois veilles.

16
רַב אַשִּׁי אָמַר: מִשְׁמָרָה וּפַלְּגָא נָמֵי ״מִשְׁמָרוֹת״ קָרוּ לְהוּ.

Rav Achi a dit : une veille et demie aussi, on l'appelle « les veilles ».

💡 Explication

Seconde riposte pour Rabbi Natan, plus économique : sur trois veilles de quatre heures, minuit laisse une veille et demie jusqu'à l'aube, et cette quantité suffit déjà à justifier le pluriel du verset.

17
וְאָמַר רַבִּי זְרִיקָא, אָמַר רַבִּי אַמִּי, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אֵין אוֹמְרִין בִּפְנֵי הַמֵּת אֶלָּא דְּבָרָיו שֶׁל מֵת.

Et Rabbi Zerika a dit au nom de Rabbi Ami, au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : on ne dit devant un mort que des paroles concernant le mort.

🗂️ Tossefot (1)
אֵין אוֹמְרִין בִּפְנֵי הַמֵּת אֶלָּא דְּבָרָיו שֶׁל מֵת וּפָסַק רַב אִלְפָּס מִשּׁוּם רַב הַאי דַּוְקָא דִבְרֵי תוֹרָה אֲבָל דְּבָרִים דְּעָלְמָא לֵית לַן בַּהּ. וְדַוְקָא בְּאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁלּוֹ:
On ne dit devant un mort que les paroles concernant le mort — le Rif a tranché, au nom de Rav Haï, qu'il s'agit précisément des paroles de Torah ; quant aux propos ordinaires, cela ne nous pose pas de difficulté. Et cela vaut uniquement dans ses quatre coudées.
⚖️ Rosh (2)
וְדַווְקָא בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת דְּאָמַר מָר מֵת תּוֹפֵס ד' אַמּוֹת לק"ש אֲבָל חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת שָׁרִי. א"ר זְרִיקָא א"ר אַמֵּי אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ לְעֵיל פ"א (בְּרָכוֹת דַּף ג' ע"ב) אֵין אוֹמְרִים בִּפְנֵי הַמֵּת אֶלָּא דְּבָרָיו שֶׁל מֵת אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא לָא נִצְרְכָה אֶלָּא לְדִבְרֵי תּוֹרָה אֲבָל מִילֵּי דְעָלְמָא לָא אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא לָא נִצְרְכָה אֶלָּא אֲפִילּוּ לְדִבְרֵי תּוֹרָה וכ"ש לְמִילֵּי דְּעָלְמָא וְכָתַב רַב הַאי גָּאוֹן מִשְּׁמָא דְּקַמָּאֵי דִּכְלִישָּׁנָא קַמָּא עָבְדִינַן דְּאֵין אוֹמְרִים דִבְרֵי תוֹרָה לִפְנֵי הַמֵּת אֶלָּא דְּבָרָיו שֶׁל מֵת אֲבָל מִילֵּי דְּעָלְמָא אָמְרִינַן. וְחוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת אַיְירֵי:
Et cela vaut précisément à l'intérieur des quatre coudées, car le maître a dit : un mort occupe quatre coudées pour ce qui est de la lecture du Chema ; au-delà des quatre coudées, c'est permis. Rabbi Zerika a dit au nom de Rabbi Ami, au nom de Rech Lakich, plus haut au premier chapitre (Berakhot 3b) : on ne dit devant un mort que des paroles concernant le mort. Rabbi Abba bar Kahana a dit : cela n'était nécessaire que pour les paroles de Torah, mais les propos ordinaires, non. Certains rapportent : Rabbi Abba bar Kahana a dit : cela n'était nécessaire que [pour enseigner que la règle vaut] même pour les paroles de Torah, et à plus forte raison pour les propos ordinaires. Et Rav Haï Gaon a écrit, au nom des anciens, que l'on suit la première version : on ne dit pas de paroles de Torah devant un mort, seulement des paroles concernant le mort, tandis que les propos ordinaires, on les dit. Et [la permission] parle de l'extérieur des quatre coudées.
וְדַווְקָא בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת דְּאָמַר מָר מֵת תּוֹפֵס ד' אַמּוֹת לק"ש אֲבָל חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת שָׁרִי. א"ר זְרִיקָא א"ר אַמֵּי אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ לְעֵיל פ"א (בְּרָכוֹת דַּף ג' ע"ב) אֵין אוֹמְרִים בִּפְנֵי הַמֵּת אֶלָּא דְּבָרָיו שֶׁל מֵת אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא לָא נִצְרְכָה אֶלָּא לְדִבְרֵי תּוֹרָה אֲבָל מִילֵּי דְעָלְמָא לָא אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא לָא נִצְרְכָה אֶלָּא אֲפִילּוּ לְדִבְרֵי תּוֹרָה וכ"ש לְמִילֵּי דְּעָלְמָא וְכָתַב רַב הַאי גָּאוֹן מִשְּׁמָא דְּקַמָּאֵי דִּכְלִישָּׁנָא קַמָּא עָבְדִינַן דְּאֵין אוֹמְרִים דִבְרֵי תוֹרָה לִפְנֵי הַמֵּת אֶלָּא דְּבָרָיו שֶׁל מֵת אֲבָל מִילֵּי דְּעָלְמָא אָמְרִינַן. וְחוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת אַיְירֵי:
Et cela vaut précisément à l'intérieur des quatre coudées, car le maître a dit : un mort occupe quatre coudées pour ce qui est de la lecture du Chema ; au-delà des quatre coudées, c'est permis. Rabbi Zerika a dit au nom de Rabbi Ami, au nom de Rech Lakich, plus haut au premier chapitre (Berakhot 3b) : on ne dit devant un mort que des paroles concernant le mort. Rabbi Abba bar Kahana a dit : cela n'était nécessaire que pour les paroles de Torah, mais les propos ordinaires, non. Certains rapportent : Rabbi Abba bar Kahana a dit : cela n'était nécessaire que [pour enseigner que la règle vaut] même pour les paroles de Torah, et à plus forte raison pour les propos ordinaires. Et Rav Haï Gaon a écrit, au nom des anciens, que l'on suit la première version : on ne dit pas de paroles de Torah devant un mort, seulement des paroles concernant le mort, tandis que les propos ordinaires, on les dit. Et [la permission] parle de l'extérieur des quatre coudées.
💡 Explication

Le Talmud enchaîne par la chaîne de transmission, procédé courant de composition : la même suite de maîtres amène un enseignement d'un tout autre sujet. Le principe en jeu est celui de loeg la-rach (se moquer du pauvre) : parler devant un défunt de ce qu'il ne peut plus faire lui fait affront.

18
אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא: לָא אֲמַרַן אֶלָּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, אֲבָל מִילֵּי דְּעָלְמָא לֵית לַן בַּהּ.

Rabbi Abba bar Kahana a dit : nous n'avons dit cela que pour les paroles de Torah, mais les propos ordinaires ne nous posent pas de difficulté.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לִדְבַר הֲלָכָה אָסוּר לְסַפֵּר לְפָנָיו שֶׁהַכֹּל חַייָּבִין לְסַפֵּר בָּהֶן וְהַמֵּת דּוֹמֵם וַהֲוָה לֵיהּ לֹועֵג לָרָשׁ חֵרֵף עֹושֵׂהוּ (מִשְׁלֵי י״ז:ה׳):
Seulement pour une parole de halakha — il est interdit d'en parler devant lui, car tous sont tenus d'en parler alors que le mort demeure silencieux ; il se trouverait ainsi que « celui qui se moque du pauvre outrage Celui qui l'a fait » (Proverbes 17, 5).
אֲבָל מִילֵּי דְּעָלְמָא שֶׁאֵין גְּנַאי לְמַחֲרִישׁ בָּהֶן לֵית לַן בַּהּ:
Mais les propos ordinaires — pour lesquels il n'y a pas de honte à se taire, ne nous posent pas de difficulté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לא אמרן אלא בדברי תורה, וכל־שכן מילי דעלמא. עיין מה שכתב הרי"ף ומה שהגיה רש"ל, אך בספר דקדוקי סופרים הביא נוסח ש"ס כתב יד, לא נצרכה אלא לדברי תורה ולא מבעיא מילי דעלמא, עד כאן. והיא גירסא הנכונה.
« Nous n'avons dit cela que pour les paroles de Torah, et à plus forte raison les propos ordinaires. » Vois ce qu'a écrit le Rif et la correction du Maharchal ; mais dans le Dikdoukei Soferim est rapportée la version d'un manuscrit du Talmud : « cela n'était nécessaire que pour les paroles de Torah, et il n'est pas besoin de mentionner les propos ordinaires » — fin de citation. C'est la version correcte.
💡 Explication

Première lecture : la restriction porte sur ce que le défunt était tenu de faire. L'étude de Torah est une obligation permanente dont il est désormais privé ; en parler devant lui souligne cette privation. Un propos ordinaire ne crée pas cet affront, puisque s'en abstenir n'a rien de honteux.

19
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא לָא אֲמַרַן אֶלָּא [אֲפִילּוּ] בְּדִבְרֵי תּוֹרָה וְכָל שֶׁכֵּן מִילֵּי דְעָלְמָא.

Et certains disent : Rabbi Abba bar Kahana a dit : nous n'avons dit cela que [même] pour les paroles de Torah, et à plus forte raison pour les propos ordinaires.

💡 Explication

Seconde version, de portée inverse. La règle vaut d'abord pour les propos ordinaires, et l'innovation de l'énoncé est d'y ajouter même la Torah. Ces deux versions produisent une nafka mina pratique, tranchée par les Gueonim et rapportée ici par Tossefot et le Roch : Rav Haï retient la première version, qui laisse la parole ordinaire permise.

20
וְדָוִד בְּפַלְגָא דְלֵילְיָא הֲוָה קָאֵי? מֵאֻורְתָּא הֲוָה קָאֵי! דִּכְתִיב: ״קִדַּמְתִּי בַּנֶּשֶׁף וְאַשּׁוּעָה״, וּמִמַּאי דְּהַאי ״נֶשֶׁף״ אֻורְתָּא הוּא? — דִּכְתִיב: ״בְּנֶשֶׁף בְּעֶרֶב יוֹם בְּאִישׁוֹן לַיְלָה וַאֲפֵלָה״!

Et David se levait-il au milieu de la nuit ? Il se levait dès le soir !

Car il est écrit : « J'ai devancé le néchef et j'ai crié » (Psaumes 119, 147). Et d'où [savons-nous] que ce néchef désigne le soir ?

Car il est écrit : « Au néchef, au soir du jour, dans l'obscurité de la nuit et les ténèbres » (Proverbes 7, 9).

📜 Rachi (2)
מֵאֻורְתָּא מִתְּחִלַּת הַלַּיְלָה:
Dès le soir — dès le début de la nuit.
בַּנֶּשֶׁף בְּעֶרֶב יוֹם בְּהַעֲרִיב הַיּוֹם קָרוּי נֶשֶׁף:
Au néchef, au soir du jour — quand le jour décline, cela s'appelle néchef.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּתִיב (תְּהִלִּים קיט, סב) חֲצוֹת לַיְלָה אָקוּם לְהוֹדוֹת לָךְ", וְכִי דָּוִד בְּפַלְגָא דְלֵילְיָא הֲוָה קָאֵי? פְּשַׁט הַגְּמָרָא מוּכָח דְּקָאֵי בְּהַאי קֻושְׁיָא אַשַּׁקְלָא וְטַרְיָא דִּלְעֵיל, וְאֵין זֶה עִנְיָן בִּפְנֵי עַצְמוֹ לְהַקְשׁוֹת הַמִּקְרָאוֹת אַהֲדָדֵי, וְכֵן כָּתַב הָרַב פְּנֵי יְהוֹשֻׁעַ, וְצָרִיךְ לְהָבִין מַה שַׁיָּיכוּת יֵשׁ בָּזֶה אַדִּלְעֵיל, וַהֲוָה לֵיהּ לְהַקְשׁוֹת הַמִּקְרָאוֹת מֵחַד לְחַד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַמַּקְשָׁן נִיחָא לֵיהּ לְתָרֵץ הַמִּקְרָאוֹת עַצְמָן כְּתֵירוּץ רַבִּי אוֹשַׁעְיָה, וּמַה שֶׁאָמְרוּ קִדַּמְתִּי בַּנֶּשֶׁף אֵין זֶה תְּמִידִי וְרַק חֲצוֹת לַיְלָה אָקוּם הוּא תְּמִידִי, אַךְ אַחַר שֶׁרָאָה הַמַּקְשָׁן שַׁקְלָא וְטַרְיָא דִּלְעֵיל, דְּמוֹכִיחַ מִן הַמִּקְרָאוֹת כְּרַבִּי, דְּאַרְבַּע מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה, דְּלָא כְּר' נָתָן, וְקַשָּׁא מַאי הוֹכָחָה זוֹ דִּילְמָא הָכִי קָאָמַר חֲצוֹת לַיְלָה אָקוּם בִּתְמִידוּת, אַךְ לִפְעָמִים קִדְּמוּ עֵינַי אַשְׁמוּרוֹת שֶׁאָקוּם מִתְּחִלַּת מִשְׁמָרָה שֵׁנִית, לְכָךְ נִרְאֶה דְּלָא נִיחָא לֵיהּ לְיִשּׁוּבֵי הַמִּקְרָאוֹת בְּהָכִי, וְכֵן נָמֵי רָאָה גַּם כֵּן דְּמַקְשֵׁי לֵר' נָתָן מִזֶּה וְתֵירֵץ שְׁנֵי תֵּירוּצִים, וְלֹא תֵּירֵץ כְּהַאי תֵּירוּצָא, עַל כֵּן מַשְׁמַע דְּלָא נִיחָא לֵיהּ כְּהָכִי, לְכָךְ מַקְשֵׁי הַשְׁתָּא לִיקְּשׁוּ הַמִּקְרָאוֹת אַהֲדָדֵי.
« Il est écrit (Psaumes 119, 62) : À minuit je me lève pour Te rendre grâce — et David se levait-il au milieu de la nuit ? » Le sens simple de la Guemara montre que cette question porte sur la discussion précédente, et qu'il ne s'agit pas d'un sujet distinct opposant les versets l'un à l'autre ; ainsi l'a écrit le Pnei Yehochoua. Il faut comprendre quel rapport cela a avec ce qui précède, alors qu'on aurait pu opposer les versets l'un à l'autre pour eux-mêmes. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui questionne aurait volontiers résolu les versets eux-mêmes à la manière de Rabbi Ochaya : « j'ai devancé le néchef » ne serait pas constant, seul « à minuit je me lève » le serait. Mais après avoir vu la discussion précédente, qui prouve à partir des versets, comme Rabbi, que la nuit comporte quatre veilles, contre Rabbi Natan, une difficulté se pose : quelle preuve y a-t-il là ? Le verset dirait peut-être : « à minuit je me lève » de façon constante, et parfois « mes yeux devancent les veilles », c'est-à-dire que je me lève dès le début de la deuxième veille. Il apparaît donc que cette manière de concilier les versets ne lui convenait pas. Et de même il a vu qu'on objecte cela à Rabbi Natan, lequel donne deux réponses sans donner celle-là — signe qu'elle ne lui convenait pas. C'est pourquoi il demande maintenant que l'on oppose les versets l'un à l'autre.
💡 Explication

Nouvelle contradiction dans le même psaume : un verset situe le lever à minuit, un autre au néchef, mot que Proverbes 7 associe au soir. Toute la suite du folio se construit sur cette tension.

21
אָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא, אָמַר רַבִּי אֲחָא: הָכִי קָאָמַר (דָּוִד): מֵעוֹלָם לָא עָבַר עָלַי חֲצוֹת לַיְלָה בְּשֵׁינָה.

Rav Ochaya a dit au nom de Rabbi A'ha : voici ce que [David] a dit : jamais minuit n'est passé sur moi dans le sommeil.

📜 Rachi (2)
ה"ק קְרָא דַּחֲצוֹת לַיְלָה:
Voici ce qu'il dit — [il s'agit du] verset « à minuit ».
מֵעוֹלָם לָא עָבַר עָלַי חֲצוֹת לַיְלָה בְּשֵׁינָה שֶׁקֹּודֶם לָכֵן הָיִיתִי עוֹמֵד:
Jamais minuit n'est passé sur moi dans le sommeil — car auparavant je me levais déjà.
💡 Explication

Première conciliation. Le verset « à minuit je me lève » énonce une limite et non une heure fixe : David se levait parfois plus tôt, jamais plus tard.

22
רַבִּי זֵירָא אָמַר: עַד חֲצוֹת לַיְלָה הָיָה מִתְנַמְנֵם כְּסוּס, מִכָּאן וְאֵילָךְ הָיָה מִתְגַּבֵּר כַּאֲרִי. רַב אַשִּׁי אָמַר: עַד חֲצוֹת לַיְלָה הָיָה עוֹסֵק בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת.

Rabbi Zera a dit : jusqu'à minuit il somnolait comme un cheval ; à partir de là il se renforçait comme un lion. Rav Achi a dit : jusqu'à minuit il s'occupait de paroles de Torah ; à partir de là, de chants et de louanges.

📜 Rachi (2)
מִתְנַמְנֵם כְּסוּס עוֹסֵק בַּתּוֹרָה כְּשֶׁהוּא מִתְנַמְנֵם. כְּסוּס הַזֶּה שֶׁאֵינוֹ נִרְדָּם לְעוֹלָם אֶלָּא מִתְנַמְנֵם וְנֵעוֹר תָּמִיד:
Somnolait comme un cheval — il s'occupait de Torah tout en somnolant, comme ce cheval qui ne s'endort jamais profondément mais somnole en restant toujours en éveil.
בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת וְהָכִי מְפָרֵשׁ בְּהַהוּא קְרָא לְהוֹדוֹת לָךְ וְגוֹ':
De chants et de louanges — et c'est ainsi qu'il explique ce verset : « pour Te rendre grâce, etc. »
🗂️ Tossefot (1)
[שֵׁם מֵעוֹלָם לָא עָבַר עָלַיי חֲצוֹת לַיְלָה בְּשֵׁינָה נִרְאֶה דר"ל שֶׁזֶּה לֹא אֵירַע לְעוֹלָם שֶׁאֶהְיֶה יָשֵׁן בַּחֲצוֹת וְלִפְעָמִים הָיִיתִי מַקְדִּים עוֹד מֵהַנֶּשֶׁף]
[Là-bas : « Jamais minuit n'est passé sur moi dans le sommeil » — il semble qu'il veuille dire que jamais il n'est arrivé que je dorme à minuit ; et parfois je me levais plus tôt encore, des le néchef.]
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִכָּאן וְאֵילָךְ הָיָה מִתְגַּבֵּר כַּאֲרִי. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּדִימָּהוּ לַאֲרִי עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בְּפֶרֶק ד' דְּמִידּוֹת הַהֵיכָל צַר מִלְּאַחֲרָיו וְרָחָב מִלְּפָנָיו וְדוֹמֶה לַאֲרִי, מֶה הָאֲרִי צַר לְאַחֲרָיו וְרָחָב מִלְּפָנָיו אַף הַהֵיכָל וְכוּ', יְעַייֵּן שָׁם, נִמְצָא הָאֲרִי צַר לְאַחֲרָיו וְרָחָב מִלְּפָנָיו, וְיָדוּעַ כִּי הַגּוּף מְכוֹנָה בְּשֵׁם אָחוֹר וְהַנֶּפֶשׁ בְּשֵׁם פָּנִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל הַפָּסוּק (יִרְמְיָהוּ ז, כד) וַיִּהְיוּ לְאָחוֹר וְלֹא לְפָנִים, כֵּן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה מְצַמְצֵם בַּהֲנָאוֹת הַגּוּף, הֵן בְּעִנְיַן שֵׁינָה, הֵן בְּעִנְיַן אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, אֲבָל לַנֶּפֶשׁ הָיָה מַרְחִיב לָהּ הַנָּאוֹת שֶׁלָּהּ בַּתּוֹרָה וּמִצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים, וְנִמְצָא מִתְנַהֵג כַּאֲרִי צַר מִלְּאַחֲרָיו הַגּוּף וְרָחָב מִלְּפָנִים, הִיא הַנֶּפֶשׁ. אוֹ יוּבָן בס"ד אוֹמְרוֹ מִתְגַּבֵּר כַּאֲרִי עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב הַמְּצוּדוֹת בַּפָּסוּק (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' יא, כב) וְהִכָּה אֶת הָאֲרִי בְּתוֹךְ הַבּוֹר בְּיוֹם הַשָּׁלֶג וְזֶה לְשׁוֹנוֹ: עִם הֱיוֹת כִּי טָבַע הָאֲרִי לְהִתְחַזֵּק בְּיוֹתֵר בִּזְמַן הַקֹּור, וּמַטְבֵּעַ הָאָדָם לְהִמָּנַע מִמֶּנּוּ הַפְּעֻולּוֹת הַחִיּוּנִית בְּתִגְבֹּורֶת הַקֹּור , עִם כָּל זֶה נִתְגַּבֵּר עָלָיו וְהִכָּהוּ נֶפֶשׁ, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וְהִנֵּה וַדַּאי אָדָם הַיּוֹשֵׁב בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁהִיא אֶרֶץ הָרִים וּגְבָעוֹת וַאֲוִירָהּ קַר הַרְבֵּה, קָשֶׁה עָלָיו עֲמִידָתוֹ בַּחֲצוֹת הַלַּיְלָה בִּימֵי הַחֹורֶף מֵחֲמַת הַקֹּור, אַךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לֹא יְעַצְּרֵהוּ הַקֹּור, אֶלָּא הָיָה מִתְגַּבֵּר כַּאֲרִי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר כְּטֶבַע הָאֲרִי, שֶׁהַקֹּור נָח לוֹ בּוֹ, וּמִתְחַזֵּק בּוֹ, הֵפֶךְ טֶבַע הָאָדָם. אוֹ יוּבָן בס"ד לְפָרֵשׁ עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב מִדְרַשׁ תַּלְפִּיּוֹת, שֶׁהָאֲרִי גְּבוּרָתוֹ בְּעֵינָיו, וְאִם יְכַסּוּ אֶת עֵינָיו יֵחָלֵשׁ, וְלָזֶה יְדַמֶּה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, כְּשֶׁהָיָה עוֹמֵד בַּחֲצוֹת לַיְלָה לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה אוֹ בְּשִׁירוֹת, לֹא הָיָה נוֹתֵן לְעַפְעַפָּיו תְּנוּמָה אֲפִילּוּ כָּל דְּהוּ, אַף עַל פִּי שֶׁשִּׁינְתּוֹ בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה לֹא הָיְתָה קֶבַע, אֶלָּא רַק מִתְנַמְנֵם, עִם כָּל זֶה, עַתָּה מִתְגַּבֵּר כַּאֲרִי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר, כְּטֶבַע הָאֲרִי לִפְתֹּוחַ עֵינָיו לְגַמְרֵי שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר בָּהֶם נִדְנוּד שֵׁינָה כְּלָל.
« À partir de là il se renforçait comme un lion. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la comparaison au lion s'appuie sur ce qui est écrit au quatrième chapitre de Midot : le Heikhal était étroit à l'arrière et large à l'avant, et il ressemblait à un lion — de même que le lion est étroit à l'arrière et large à l'avant, ainsi le Heikhal, etc. ; vois-y. Le lion est donc étroit à l'arrière et large à l'avant. Or il est connu que le corps est désigné par le terme « arrière » et l'âme par le terme « avant », comme on l'a dit sur le verset « ils furent en arrière et non en avant » (Jérémie 7, 24). Ainsi le roi David restreignait les plaisirs du corps, tant pour le sommeil que pour le manger et le boire, tandis qu'il élargissait pour l'âme les jouissances qui lui reviennent, par la Torah, les mitsvot et les bonnes actions. Il se conduisait donc comme un lion : étroit à l'arrière, le corps, et large à l'avant, l'âme. On peut aussi comprendre « se renforçait comme un lion » d'après ce qu'écrit le Metsoudot sur le verset « il frappa le lion au fond de la fosse un jour de neige » (I Chroniques 11, 22), en ces termes : bien que la nature du lion soit de se renforcer surtout par temps froid, et que la nature de l'homme soit d'être empêché de ses activités vitales par la rigueur du froid, malgré cela il prit le dessus sur lui et le tua — fin de citation. Or, assurément, un homme qui habite la terre d'Israël, terre de montagnes et de collines dont l'air est très froid, a dû mal à se lever au milieu de la nuit durant les jours d'hiver à cause du froid ; mais le roi David ne se laissait pas arrêter par le froid : il se renforçait comme un lion, c'est-à-dire selon la nature du lion, à qui le froid convient et dans lequel il se fortifie, à l'inverse de la nature de l'homme. On peut encore l'expliquer d'après ce qu'écrit l'auteur du Midrach Talpiot : la force du lion réside dans ses yeux, et si on lui couvre les yeux il faiblit. C'est à cela que ressemblait le roi David : lorsqu'il se levait à minuit pour s'occuper de Torah ou de chants, il n'accordait pas le moindre assoupissement à ses paupières ; bien que son sommeil du début de la nuit n'ait pas été un sommeil fixe mais un simple somme, il se renforçait alors comme un lion, c'est-à-dire selon la nature du lion qui ouvre entièrement les yeux, sans qu'il y reste la moindre trace de sommeil.
💡 Explication

Deux autres conciliations. Pour R. Zera, la différence porte sur l'état du corps : le sommeil de la première partie de la nuit reste un demi-sommeil, comme celui du cheval. Pour Rav Achi, elle porte sur le contenu : étude avant minuit, chants et louanges après — ce qui rend compte exactement des deux versets, l'un parlant de la parole attendue, l'autre de l'action de grâce.

23
וְ״נָשַׁף״ אֻורְתָּא הוּא? הָא ״נָשַׁף״ צַפְרָא הוּא! דִּכְתִיב: ״וַיַּכֵּם דָּוִד מֵהַנֶּשֶׁף וְעַד הָעֶרֶב לְמָחֳרָתָם״. מַאי לַָאו — מִצַּפְרָא וְעַד לֵילְיָא?

Et le néchef désigne-t-il le soir ? Le néchef désigne le matin !

Car il est écrit : « Et David les frappa depuis le néchef jusqu'au soir du lendemain » (I Samuel 30, 17). N'est-ce pas [dire] : du matin jusqu'à la nuit ?

📜 Rachi (1)
לְמָחֳרָתָם לְיוֹם מָחֳרַת שֶׁל חֲנִיָּיתָם שָׁם:
Du lendemain — le jour qui suivit leur campement là-bas.
💡 Explication

Retour sur la prémisse lexicale. Un verset de Samuel oppose le néchef au soir, ce qui suggère que le mot désigne le matin.

24
לֹא, מֵאֻורְתָּא וְעַד אֻורְתָּא.

Non : d'un soir jusqu'au soir [suivant].

25
אִי הָכִי, לִכְתֹּוב ״מֵהַנֶּשֶׁף וְעַד הַנֶּשֶׁף״ אוֹ ״מֵהָעֶרֶב וְעַד הֶעָרֵב״!

S'il en est ainsi, que le verset écrive « du néchef jusqu'au néchef », ou « du soir jusqu'au soir » !

📜 Rachi (1)
ה"ג אִי הָכִי לִכְתּוֹב מֵהַנֶּשֶׁף וְעַד הַנֶּשֶׁף אוֹ מֵהָעֶרֶב וְעַד הָעֶרֶב אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי תְּרֵי נִשְׁפֵי הָווּ:
Voici la version [à retenir] : « S'il en est ainsi, que le verset écrive du néchef jusqu'au néchef, ou du soir jusqu'au soir. Rav Achi a plutôt dit : il y a deux néchafim. »
💡 Explication

Objection de style scripturaire : deux termes différents pour un seul moment de la journée ne se justifieraient pas.

26
אֶלָּא אָמַר רָבָא: תְּרֵי נִשְׁפֵי הָווּ — נְשַׁף לֵילְיָא וְאָתֵי יְמָמָא, נְשַׁף יְמָמָא וְאָתֵי לֵילְיָא.

Rava a plutôt dit : il y a deux néchafim — la nuit glisse (nachaf) et le jour vient, le jour glisse et la nuit vient.

📜 Rachi (1)
נֶשֶׁף יְמָמָא קָפַץ וְעָלָה כְּמוֹ לִנְשֹׁוף מִדֻּוכְתֵּיהּ (מְגִילָּה ג.) כְּמוֹ הַאי בּוּקָא דְאַטְמָא דְּשָׁף מִדֻּוכְתֵּיהּ טְרֵפָה (חֻולִּין מב:):
Le jour a glissé — il a bondi et s'est déplacé, comme dans « linchof mi-doukhteh » (se déplacer de son emplacement, Meguila 3a), et comme dans « cette tête de fémur qui s'est déplacée de son emplacement rend l'animal terefa » (Houlin 42b).
💡 Explication

Solution lexicale de Rava. La racine nachaf exprime le glissement d'un état vers l'autre, sans préciser lequel. Le mot vaut donc pour les deux charnières de la journée, et le contexte tranche à chaque fois. Le verset de Samuel dit alors : du matin jusqu'au soir du lendemain.

🖼️ Schéma
Néchef : un mot pour deux basculements La racine dit le glissement, non l'heure : c'est le sens qui tranche. NUIT JOUR néchef 1 : la nuit glisse, le jour vient = MATIN JOUR NUIT néchef 2 : le jour glisse, la nuit vient = SOIR
Néchef : la racine dit le basculement, dans un sens ou dans l'autre.
27
וְדָוִד מִי הֲוָה יָדַע פַּלְגָא דְּלֵילְיָא אֵימַת? הַשְׁתָּא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ לָא הֲוָה יָדַע, דִּכְתִיב ״כַּחֲצֹות הַלַּיְלָה אֲנִי יוֹצֵא בְּתוֹךְ מִצְרָיִם״.

Et David savait-il quand tombe le milieu de la nuit ? Or Moche notre maître ne le savait pas, car il est écrit : « Vers le milieu de la nuit je sortirai au milieu de l'Égypte » (Exode 11, 4).

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְדָוִד, מִי הָוֵי יָדַע חֲצוֹת לַיְלָה אֵימַת? הִקְשָׁה הָרַב פְּנֵי יְהוֹשֻׁעַ זַ"ל, אַמַּאי נָקֵיט קֻושְׁיָא זוֹ אַסֻּוגְייָא דִּידַן, וְלָא נָקֵיט לָהּ עַל הַפָּסוּק עַצְמוֹ, וְתֵירֵץ בָּזֶה תֵּירוּץ נָכוֹן, יְעַייֵּן שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בִּפְשִׁיטוּת, דְּהַשַּׁ"ס לָא נִיחָא לֵיהּ בְּהַאי תֵּירוּצָא אֲפִילּוּ לִסְבָרַת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּלְפִי הַצָּעַת תֵּירוּצָא קַמָּא, מִפְּנֵי שֶׁגַּם לְתֵירוּצָא קַמָּא דִּלְעֵיל, אִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה סִימָן זֶה דִּכְלָבִים צוֹעֲקִים בָּרוּר לֵידַע בּוֹ נְקֻודַּת חֲצוֹת מַמָּשׁ, וּמִפְּשַׁט הַמִּקְרָא דַּחֲצוֹת לַיְלָה אָקוּם, נִרְאֶה שֶׁהָיָה מִשְׁתַּדֵּל לָקוּם בִּנְקֻודַּת חֲצוֹת מַמָּשׁ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד, דְּאוֹתוֹ סִימָן דִּכְלָבִים צוֹעֲקִים, אִם הוּא סִימָן מֻובְהָק כֻּולֵּי עָלְמָא יָדְעִי לֵיהּ, וְאִם כֵּן אֶפְשָׁר דְּרַבִּים קָמִים בַּחֲצוֹת עַל יְדֵי אוֹתוֹ סִימָן, וּמַאי רְבוּתֵיהּ דְּדָוִד דְּקָא מִשְׁתַּבֵּחַ בְּכָךְ, דְּנִרְאֶה הוּא לְבַדּוֹ הָיָה קָם, אַךְ בְּהַאי תֵּירוּצָא דְּכִנּוֹר נִיחָא, כִּי סְגֻולָּה זוֹ הָיְתָה עַל יְדֵי שָׁמַיִם וְלֹא הָיְתָה מְצוּיָה אֶלָּא אֶצְלוֹ בִּלְבַד, וְהוּא לְבַדּוֹ הָיָה קָם, וַאֲפִילּוּ לְדִבְרֵי הָרַשְׁבָּ"א זַ"ל שֶׁהָיָה עָשׂוּי זֶה הַכִּנּוֹר בְּדֶרֶךְ טֶבַע עִם כָּל זֶה יֵשׁ לוֹמַר דְּחָכְמָה זוֹ הוּא לְבַדּוֹ הִשִּׂיגָה לִמְצוֹא אוֹתָהּ.
« Et David savait-il quand tombe minuit ? » Le Pnei Yehochoua a demandé pourquoi cette question est posée sur notre sougya et non sur le verset lui-même, et il y a donné une bonne réponse ; vois-y. Il me semble, simplement, que le Talmud ne se satisfaisait pas de cette réponse, même selon l'avis de Rabbi Eliezer et selon la première réponse proposée, parce que, même selon cette première réponse, il est impossible que le signe des chiens qui aboient soit assez net pour connaître le point exact de minuit ; or du sens simple du verset « à minuit je me lève » il ressort qu'il s'efforçait de se lever au point exact de minuit, comme il est dit dans le saint Zohar. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que si ce signe des chiens qui aboient était un signe clair, tout le monde le connaîtrait, et beaucoup se lèveraient alors à minuit grâce à lui ; quelle serait donc la grandeur de David dont on fait l'éloge, alors qu'il apparaît que lui seul se levait ? Avec la réponse de la lyre tout s'éclaire, car cette faculté venait du Ciel et ne se trouvait que chez lui seul, et lui seul se levait. Et même selon le Rachba, qui tient que cette lyre était faite selon la nature, on peut dire que lui seul à atteint la sagesse permettant de la concevoir.
💡 Explication

Nouvelle difficulté, portant cette fois sur la connaissance de l'heure. Le verset d'Exode emploie « ke-hatsot », vers minuit, formule approximative ; la Guemara en tire que même Moche ne savait pas fixer l'instant exact.

28
מַאי ״כַּחֲצוֹת״. אִילֵימָא דַּאֲמַר לֵיהּ קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא ״כַּחֲצוֹת״ — מִי אִיכָּא סְפֵיקָא קַמֵּי שְׁמַיָּא?! אֶלָּא: דְּאָמַר לֵיהּ (לְמָחָר) ״בַּחֲצוֹת״ (כִּי הַשְׁתָּא), וַאֲתָא אִיהוּ וְאָמַר ״כַּחֲצוֹת״, אַלְמָא: מְסַפְּקָא לֵיהּ, וְדָוִד הֲוָה יָדַע?!

Que signifie « vers minuit » ? Si tu dis que le Saint béni soit-Il lui a dit « vers minuit » — y a-t-il un doute devant le Ciel ?!

Il faut donc dire qu'Il lui a dit (demain) « à minuit » (comme à cette heure-ci), et que lui est venu dire « vers minuit » : il en ressort qu'il avait un doute — et David, lui, savait ?!

📜 Rachi (1)
וַאֲתָא אִיהוּ וְאָמַר כַּחֲצוֹת לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה יוֹדֵעַ לְכַוֵּין הַשָּׁעָה וּלְהַעֲמִיד דְּבָרָיו בִּשְׁעַת הַמְאֹורָע:
Et lui est venu dire « vers minuit » — parce qu'il ne savait pas viser l'heure exacte ni faire coïncider ses paroles avec le moment de l'événement.
🗂️ Tossefot (1)
וַאֲתָא אִיהוּ וְאָמַר כַּחֲצוֹת וְאִם תֹּאמַר מִכָּל מָקוֹם לֵימָא בַּחֲצוֹת כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם דְּהָא אֱמֶת אָמְרוּ לוֹ. וי"ל שֶׁלֹּא רָצָה לוֹמַר לָהֶם דָּבָר שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהַרְאוֹת וּלְהוֹכִיחַ אִם יִשְׁאֲלוּ לוֹ:
Et lui est venu dire « vers minuit » — si tu demandes : de toute façon, qu'il dise « à minuit », comme on le lui a dit du Ciel, puisque c'est la vérité qu'on lui a dite ! On peut répondre qu'il n'a pas voulu leur dire une chose qu'il ne pourrait ni montrer ni prouver s'ils l'interrogeaient.
💡 Explication

La Guemara isole la source de l'approximation. Elle ne peut venir de la parole divine ; elle vient donc de Moche, qui transmet en tenant compte de sa propre incapacité à viser l'instant exact. Le kal va-homer est immédiat : si Moche n'y parvenait pas, comment David y parviendrait-il ?

29
דָּוִד, סִימָנָא הֲוָה לֵיהּ, דְּאָמַר רַב אַחָא בַּר בִּיזְנָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: כִּנּוֹר הָיָה תָּלוּי לְמַעְלָה מִמִּטָּתוֹ שֶׁל דָּוִד, וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ חֲצוֹת לַיְלָה, בָּא רוּחַ צְפוֹנִית וְנוֹשֶׁבֶת בּוֹ וּמְנַגֵּן מֵאֵלָיו, מִיָּד הָיָה עוֹמֵד וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה עַד שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר. כֵּיוָן שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר נִכְנְסוּ חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל אֶצְלוֹ. אָמְרוּ לוֹ: אֲדוֹנֵינוּ הַמֶּלֶךְ, עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין פַּרְנָסָה. אָמַר לָהֶם: לְכוּ וְהִתְפַּרְנְסוּ זֶה מִזֶּה. אָמְרוּ לוֹ: אֵין הַקֹּומֶץ מַשְׂבִּיעַ אֶת הָאֲרִי, וְאֵין הַבּוֹר מִתְמַלֵּא מֵחֻולְיָתוֹ. אָמַר לָהֶם: לְכוּ וּפִשְׁטוּ יְדֵיכֶם בִּגְדוּד.

David avait un signe. Car Rav A'ha bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon 'Hassida : une lyre (kinor) était suspendue au-dessus du lit de David, et dès que minuit arrivait, le vent du nord venait souffler dedans et elle jouait d'elle-même ; aussitôt il se levait et s'occupait de Torah jusqu'au lever de l'aube.

Quand l'aube se levait, les sages d'Israël entraient auprès de lui. Ils lui dirent : notre maître le roi, ton peuple Israël a besoin de subsistance.

Il leur dit : allez et faites subsister l'un par l'autre. Ils lui dirent : une poignée ne rassasie pas le lion, et la fosse ne se remplit pas de sa propre terre.

Il leur dit : allez et portez la main sur la troupe.

📜 Rachi (2)
כִּנּוֹר הָיָה תָּלוּי לְמַעְלָה מִמִּטָּתוֹ וּנְקָבָיו לְצַד צָפוֹן כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ חֲצוֹת הַלַּיְלָה רוּחַ צְפוֹנִית מְנַשֶּׁבֶת בּוֹ דְּאָמַר מַר (בב"ב כה.) אַרְבַּע רוּחוֹת מְנַשְּׁבוֹת בְּכָל יוֹם וְיוֹם שֵׁשׁ שָׁעוֹת רִאשׁוֹנוֹת שֶׁל יוֹם מְנַשֶּׁבֶת רוּחַ מִזְרָחִית מֵהִלּוּךְ הַחַמָּה וְשֵׁשׁ אַחֲרוֹנוֹת רוּחַ דְּרוֹמִית וּבִתְחִלַּת הַלַּיְלָה רוּחַ מַעֲרָבִית וּבַחֲצוֹת הַלַּיְלָה רוּחַ צְפוֹנִית:
Une lyre était suspendue au-dessus de son lit — et ses ouvertures étaient tournées vers le nord. Dès que minuit arrivait, le vent du nord soufflait dedans ; car le maître a dit (Baba Batra 25a) : quatre vents soufflent chaque jour — durant les six premières heures du jour souffle le vent d'est, avec la course du soleil ; durant les six dernières, le vent du sud ; au début de la nuit, le vent d'ouest ; et à minuit, le vent du nord.
אֵין הַבּוֹר מִתְמַלֵּא מֵחֻולְיָתוֹ הָעוֹקֵר חֻולְיָא מִבּוֹר כָּרוּי וְחוֹזֵר וּמַשְׁלִיכוֹ לְתוֹכוֹ אֵין מִתְמַלֵּא בְּכָךְ. אַף כָּאן אִם אֵין אַתָּה מֵכִין לַעֲנִיִּים שֶׁבָּנוּ מְזוֹנוֹת מִמָּקוֹם אַחֵר אֵין אָנוּ יְכוֹלִין לְפַרְנְסָם מִשֶּׁל עַצְמֵנוּ:
La fosse ne se remplit pas de sa propre terre — celui qui arrache une motte d'une fosse déjà creusée et la rejette à l'intérieur ne la remplit pas pour autant. De même ici : si tu ne prépares pas pour nos pauvres des vivres provenant d'ailleurs, nous ne pouvons pas les faire subsister de nos propres biens.
🗂️ Tossefot (2)
רוּחַ צְפוֹנִית מְנַשֶּׁבֶת פִּי' לְבַדָּהּ דְּהָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק לֹא יַחְפֹּור (בָּבָא בָּתְרָא כה א) שֶׁהִיא מְנַשֶּׁבֶת עַם עַל אֶחָד וְאֶחָד:
Le vent du nord souffle — c'est-à-dire seul, car nous disons au chapitre Lo ya'hpor (Baba Batra 25a) qu'il souffle avec chacun des autres.
וְאֵין הַבּוֹר מִתְמַלֵּא מֵחֻולְיָתוֹ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י אִם יַחְפֹּור וְיַחֲזִיר בּוֹ עֲפָרוֹ לֹא יְהֵא מָלֵא. וְתֵימָא דְּאֵין הַנִּדּוֹן דּוֹמֶה לִרְאָיָה שֶׁהֲרֵי לֹא הָיָה אוֹמֵר לָהֶם אֶלָּא לִיטֹּול מִן הָעֲשִׁירִים וְלִיתֵּן לַעֲנִיִּים. אִם הָיָה מְצַוֶּה לִיטֹּול מִן הָעֲנִיִּים וְלַחֲזֹור וְלִיתֵּן לָהֶם אָז הָיָה דּוֹמֶה לְמָשָׁל. וּמְפָרֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם מֵחֻולְיָתוֹ מִנְּבִיעָתוֹ כְּלוֹמַר אֵין הַבּוֹר מִתְמַלֵּא מִן הַמַּיִם הַנּוֹבְעִים בּוֹ. וּבַתּוֹסֶפְתָּא יֵשׁ אֵין הַבּוֹר מִתְמַלֵּא מֵחֻולְיָתוֹ אֶלָּא אִם כֵּן מוֹשְׁכִין לוֹ מַיִם מִצַּד אַחֵר. ור"י פֵּירֵשׁ שֶׁאִם תַּחְפֹּור מִצַּד זֶה וְתַנִּיחַ מִצַּד אַחֵר לֹא תְּמַלֵּא שְׁמָהּ שֶׁנּוֹתֵן כָּאן חָסֵר כָּאן. כְּמוֹ כֵן מַה שֶׁנּוֹטֵל מִן הָעֲשִׁירִים יִתְחַסֵּר מִן הָעֲשִׁירִים :
Et la fosse ne se remplit pas de sa houlya — Rachi a expliqué : si l'on creuse et que l'on y remet la terre, elle ne sera pas pleine. Cela étonne, car la comparaison ne correspond pas à ce qu'elle doit prouver : il ne leur disait que de prendre aux riches et de donner aux pauvres ; s'il avait ordonné de prendre aux pauvres pour le leur redonner, la parabole conviendrait. Rabbenou Tam explique « mi-houlyato » : de son propre jaillissement, c'est-à-dire que la fosse ne se remplit pas des eaux qui sourdent en elle. Et dans la Tossefta on lit : la fosse ne se remplit pas de sa houlya, à moins qu'on n'y amène de l'eau d'un autre côté. Et le Ri a expliqué : si tu creuses d'un côté et déposes de l'autre, tu ne la rempliras pas, car ce que tu ajoutes ici manque là ; de même, ce que l'on prend aux riches manquera aux riches.
🪔 Ben Yehoyada (5)
כִּנּוֹר הָיָה תָּלוּי לְמַעְלָה מִמִּטָּתוֹ שֶׁל דָּוִד. נִרְאֶה לִי הָרֶמֶז בָּזֶה עַל רוּחַ קָדוֹשׁ אֱ-לֹהַי, וְרָמְזוּ אוֹתוֹ חֲכָמֵינוּ זַ"ל ב כִּנּוֹר שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת כ"ו נ"ר , שֶׁשֵּׁם הוי"ה שֶׁמִּסְּפָרוֹ כ"ו מֵאִיר לוֹ כְּמוֹ נֵר, בְּאוֹתוֹ הָרוּחַ הַקָּדוֹשׁ הַנִּבְרָא מֵעֵסֶק תּוֹרָתוֹ שֶׁעָסַק קֹודֶם שֶׁכָּבוּ עַל מִטָּתוֹ, וְהוּא כָּעִנְיָן הַמַּגִּיד שֶׁל מָרָן בֵּית יוֹסֵף זַ"ל, שֶׁהָיָה נִבְרָא מִן עֵסֶק הַמִּשְׁנָה שֶׁהָיָה לוֹמֵד , וְזֶה הָרוּחַ הַקָּדוֹשׁ הוּא מְקַשֵּׁר דּוּד שֶׁל מַטָּה עִם דָּוִד שֶׁלְּמַעְלָה, וְאָמַר כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ חֲצוֹת לַיְלָה רוּחַ צְפוֹנִית מְנַשֶּׁבֶת בּוֹ, רָמְזוּ בְּרוּחַ צְפוֹנִית עַל לֵאָה אֲשֶׁר עֵת תִּיקּוּן שֶׁלָּהּ הוּא בַּחֲצוֹת לַיְלָה, וּקְרָאָהּ צְפוֹנִית כִּי הִיא בְּסוֹד עָלְמָא דְּאִתְכַּסִּיָּיא, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּתִּיקּוּנִים, הַטַּעַם דְּלֵאָה נִקְבְּרָה בְּאִתְכַּסְייָא תּוֹךְ מְעָרַת הַמַּכְפֵּלָה וְרָחֵל בְּאִתְגַּלְיָא עַל אֵם הַדֶּרֶךְ, וְדוֹק הֵיטֵב.
« Une lyre était suspendue au-dessus du lit de David. » Il me semble que l'allusion porte sur un esprit saint et divin ; nos sages l'ont désigné par le kinor, dont les lettres forment kaf-vav et ner : le Nom de quatre lettres, dont la valeur numérique est vingt-six, l'éclaire comme une lampe (ner) — par cet esprit saint créé de l'étude de Torah à laquelle il s'adonnait avant de se coucher sur son lit. C'est du même ordre que le maguid de notre maître l'auteur du Beit Yossef, qui était créé de l'étude de la Michna qu'il pratiquait. Cet esprit saint relie le David d'en bas au David d'en haut. Et il est dit : dès que minuit arrivait, le vent du nord soufflait dedans — ils ont fait allusion, par le vent du nord, à Léa, dont le temps de tikoun est à minuit ; elle est appelée « du nord » (tsefonit) car elle relève du sod (secret) du monde caché (alma de-itkasya), comme il est dit dans les Tikounim : telle est la raison pour laquelle Léa fut enterrée dans un lieu caché, à l'intérieur de la grotte de Makhpéla, et Ra'hel de façon découverte, au bord du chemin. Examine bien cela.
וְכֵיוָן שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר, נִכְנְסוּ חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל אֶצְלוֹ. קַשָּׁא לָמָּה יַקְדִּימוּ כָּל כָּךְ לְהִכָּנֵס בִּזְמַן שֶׁאֵינוֹ רָאוּי וְלֹא יַמְתִּינוּ עַד אַחַר יְצִיאַת הַשֶּׁמֶשׁ עַל הָאָרֶץ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אָמַר (תְּהִלִּים יז, טו) אֲנִי בְּצֶדֶק אֶחֱזֶה פָנֶיךָ, שֶׁדַּרְכּוֹ לִיתֵּן צְדָקָה קֹודֶם תְּפִלָּה , לְכָךְ בָּאִים תֵּיכֶף מֵעֵת שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל לוֹמַר לוֹ, אַתָּה נָאֶה דּוֹרֵשׁ וְנָאֶה מְקַייֵּם, הִנֵּה בָּאנוּ אֵלֶיךָ עַתָּה בִּצְדָקָה שֶׁל רַבִּים שֶׁעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִים פַּרְנָסָה, פְּתַח אוֹצְרוֹתֶיךָ וְתֵן צְדָקָה, וְהוּא מֵשִׁיב שֶׁיִּתְפַּרְנְסוּ זֶה מִזֶּה, כִּי לְצֹורֶךְ רַבִּים צָרִיךְ לְבַזְבֵּז אוֹצְרוֹת, וַאֲנִי לֹא אוּכַל לְבַזְבֵּז אוֹצְרוֹת, כִּי הֵם שִׁמּוּרִים לְבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, אַךְ יִתְּנוּ הָעֲשִׁירִים וְגַם אֲנִי אֶתֵּן עִמָּהֶם, וכמ"ש חֲכָמֵינוּ זַ"ל וְסוֹף דָּבָר דָּחָה אוֹתָם לַעֲשׂוֹת מִלְחָמָה כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּרְנְסוּ מִן הַשָּׁלָל.
« Quand l'aube se levait, les sages d'Israël entraient auprès de lui. » Difficulté : pourquoi entrer si tôt, à une heure qui ne convient pas, plutôt que d'attendre que le soleil soit sorti sur la terre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le roi David disait « moi, c'est par la tsedaka que je contemplerai Ta face » (Psaumes 17, 15) : son usage était de donner la tsedaka avant la prière. C'est pourquoi ils venaient aussitôt, dès le lever de l'aube, avant qu'il ne prie, pour lui dire : tu enseignes bien et tu accomplis bien ; nous voici venus vers toi maintenant pour une tsedaka collective, car ton peuple Israël a besoin de subsistance — ouvre tes réserves et donne la tsedaka. Et il répond qu'ils se fassent subsister l'un par l'autre, car pour les besoins de la collectivité il faudrait dilapider les réserves, et lui ne le pouvait pas, car elles étaient gardées pour la construction du Temple ; que les riches donnent, et lui donnera avec eux, comme l'ont dit nos sages. Finalement il les a orientés vers la guerre, afin qu'ils subsistent du butin.
אֲדוֹנֵינוּ הַמֶּלֶךְ, עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין פַּרְנָסָה. הָא דְּאָמְרוּ 'עִמָּךְ' יִשְׂרָאֵל וְלֹא אָמְרוּ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין פַּרְנָסָה, נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁבִּזְמַן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה תָּמִיד מִלְחָמוֹת, מַה שֶׁאֵין כֵּן בִּזְמַן שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה אֵין מִלְחָמוֹת כְּלָל, וְכָל יִשְׂרָאֵל יוֹשְׁבִים אִישׁ תַּחַת גַּפְנוֹ וְתַחַת תְּאֵנָתוֹ, וְהַטַּעַם כִּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה דֻּוגְמַת הַיָּרֵחַ שֶׁהִיא עֲנִיָּה וְלֵית לָהּ מִגְּרָמָא כְּלוּם וּצְרִיכָה לְקַבֵּל מִזּוּלָתָהּ, וּלְכָךְ הָיָה קוֹרֵא עַצְמוֹ עָנִי, וְהָיָה צָרִיךְ תָּמִיד לִלְחוֹם לִשְׁלֹל שָׁלָל וְלָבֹוז בַּז לְהִתְעַשֵּׂר מִזּוּלָתוֹ, וּבָתַר רֵישָׁא אָזֵיל גּוּפָא שֶׁגַּם יִשְׂרָאֵל בְּדוֹרוֹ הָיוּ צְרִיכִים לְכָךְ, אֲבָל שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה דֻּוגְמַת הַשֶּׁמֶשׁ שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לַאֲחֵרִים, וְלָכֵן כְּתִיב (דה"ב ט' כ') אֵין כֶּסֶף נֶחְשָׁב בִּימֵי ש ל מַה , וְלָכֵן בִּשְׁמוֹ יֵשׁ מֹשֶׁה שֶׁהוּא דֻּוגְמַת הַשֶּׁמֶשׁ, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ פְּנֵי מֹשֶׁה כִּפְנֵי חַמָּה, וּבָתַר רֵישָׁא אָזֵיל גּוּפָא שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל בְּיָמָיו לֹא הָיוּ צְרִיכִין לִשְׁלַל הַמִּלְחָמָה, אֶלָּא יוֹשְׁבִים אִישׁ תַּחַת גַּפְנוֹ וְתַחַת תְּאֵנָתוֹ, וְלָזֶה אָמְרוּ, עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין פַּרְנָסָה, עִמְּךָ דַּיְיקָא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר, בִּשְׁבִיל שֶׁעַתָּה הֵם עַמְּךָ נִגְרָרִים אַחֲרֶיךָ שֶׁאַתָּה דֻּוגְמַת הַיָּרֵחַ, לְכָךְ הֵם צְרִיכִין פַּרְנָסָה דְּלֵית לְהוּ מִגַּרְמַיְיהוּ, וְכַוָּנָתָם בָּזֶה לְהֶחְרִידוּ כְּדֵי לִפְתֹּוחַ הָאוֹצָרוֹת שֶׁהוּא הָיָה שׁוֹמֵר אוֹתָם לְבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל.
« Notre maître le roi, ton peuple Israël a besoin de subsistance. » Le fait qu'ils aient dit « ton peuple » Israël, et non simplement « Israël a besoin de subsistance » : il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu qu'au temps du roi David il y avait constamment des guerres, à la différence du temps du roi Salomon, où il n'y eut aucune guerre et où tout Israël habitait, chacun sous sa vigne et sous son figuier. La raison en est que le roi David était à l'image de la lune, qui est pauvre, n'a rien d'elle-même et doit recevoir d'autrui ; c'est pourquoi il se nommait lui-même pauvre, et il devait constamment guerroyer, prendre du butin et faire des prises pour s'enrichir d'autrui. Or le corps suit la tête : les gens d'Israël de sa génération avaient eux aussi besoin de cela. Le roi Salomon, lui, était à l'image du soleil, qui n'a pas besoin des autres ; c'est pourquoi il est écrit « l'argent ne comptait pour rien aux jours de Salomon » (II Chroniques 9, 20), et dans son nom se trouvent les lettres de Moche, qui est à l'image du soleil, comme on a dit : le visage de Moche était comme la face du soleil. Le corps suivant la tête, tout Israël en ses jours n'avait pas besoin du butin de guerre, mais habitait chacun sous sa vigne et sous son figuier. C'est pourquoi ils ont dit : ton peuple Israël a besoin de subsistance — « ton peuple » précisément, c'est-à-dire : parce qu'ils sont maintenant ton peuple, entraînés à ta suite, toi qui es à l'image de la lune, ils ont besoin de subsistance, n'ayant rien d'eux-mêmes. Leur intention était de l'émouvoir afin qu'il ouvre les réserves qu'il gardait pour la construction du Temple, comme l'ont dit nos sages.
אֵין הַקֹּמֶץ מַשְׂבִּיעַ אֶת הָאֲרִי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה לוֹמַר, הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים נִמְשְׁלוּ לָאֲרָיוֹת וְהֵם אֵין מִתְפַּרְנְסִים מִיְּגִיעַ כַּפָּם אֶלָּא מַסְפִּיקִים לָהֶם הָעֲשִׁירִים, וַעֲלֵיהֶם אָמְרוּ אֵין הַקֹּומֶץ שֶׁל הֶעָשִׁיר מַשְׂבִּיעַ אֶת הָאֲרִי, הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים וְהַבּוֹר, רֶמֶז לַהֲמוֹן הָעָם שֶׁהֵם (נֶהֱנִים) מִיְּגִיעַ כַּפָּם, אֵין חֻולְייָתָם, שֶׁהוּא כֹּחָם וְיַגִּיעַ כַּפָּם, מְמַלֵּא חֶסְרוֹנָם, כִּי אָדָם שֶׁצָּרִיךְ לוֹ מֵאָה אֵינוֹ מַרְוִיחַ יוֹתֵר עַל חֲמִשִּׁים.
« Une poignée ne rassasie pas le lion. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : les talmidei 'hakhamim sont comparés à des lions, et ils subsistent non du travail de leurs mains mais de ce que les riches leur fournissent ; c'est à leur sujet qu'on a dit : la poignée du riche ne rassasie pas le lion, qui est le talmid ''hakham. Et la fosse fait allusion au commun du peuple, qui vit du travail de ses mains : leur houlya, qui est leur force et le travail de leurs mains, ne comble pas leur manque, car un homme à qui il faut cent ne gagne pas plus de cinquante.
לְכוּ וּפִשְׁטוּ יְדֵיכֶם בִּגְדוּד. הָא דְּאָמַר בִּגְדוּד וְלֹא אָמַר בַּמִּלְחָמָה נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז לָהֶם בָּזֶה עִנְיָן יָקָר, וְהוּא דְּאִיתָא בַּזֹּוהַר פָּרָשַׁת קְדוֹשִׁים דַּף פ"ד, אָמַר רַבִּי אַבָּא, דָּוִד אַחֲרָא אִית לֵיהּ לקב"ה וְאִיהוּ מִמָּנָא עַל כַּמָּה אֻכְלוּסִין עִלָּאִין וְכוּ', וּפֵרְשׁוּ מְבֹאֲרֵי הַזֹּוהַר, דָּוִד אַחֲרָא הַייְנוּ סְפִירַת הַמַּלְכוּת לְמַעְלָה גַּם כֵּן נִקְרֵאת בְּשֵׁם דָּוִד, עַייֵּן שָׁם, וְהִנֵּה יָדוּעַ שֶׁכָּל צַדִּיק שֶׁיּוֹרֶדֶת נִשְׁמָתוֹ לָעוֹלָם הַזֶּה מִנְחַת לָהּ שֹׁורֶשׁ לְמַעְלָה, וּלְכָךְ הַצַּדִּיקִים נִכְפַּל שְׁמָם, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י. נִמְצָא שְׁלֹשָׁה בְּחִינוֹת דָּוִד יֵשׁ, הָא' לְמַטָּה, וְהַב' שָׁורְשׁוֹ לְמַעְלָה שֶׁגַּם כֵּן נִקְרָא בְּשֵׁם דָּוִד, כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב אַבְרָהָם אַבְרָהָם יַעֲקֹב יַעֲקֹב, וְהַג' הוּא מִדַּת הַמַּלְכוּת שֶׁגַּם כֵּן נִקְרֵאת בְּשֵׁם דָּוִד, וְעַל כֵּן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בְּכֹחַ עֵסֶק הַתּוֹרָה מְקַשֵּׁר עַצְמוֹ בְּשָׁורְשׁוֹ לְמַעְלָה וְהַשֹּׁורֶשׁ שֶׁלּוֹ לְמַעְלָה מִתְקַשֵּׁר בְּמִדַּת הַמַּלְכוּת שֶׁהִיא נִקְרֵאת דָּוִד, וְעַל יְדֵי קִישּׁוּר שְׁלֹשָׁה דָּוִד אֵלֶּה בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה יַצְלִיחוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּלְחָמָה שֶׁעוֹשִׂים עִם גְּדוּד הָאוֹיֵב לְמַטָּה, וְלָכֵן אָמַר לָהֶם פָּשְׁטוּ יְדֵיכֶם בִּגְדוּד, וְהַיְינוּ ג' דָּוִד, רְצוֹנוֹ לוֹמַר, בְּכֹחַ קִישּׁוּר ג' דָּוִד הַנִּזְכָּר פָּשְׁטוּ יְדֵיכֶם בִּגְדוּד הָאוֹיֵב, וּלְכָךְ אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִלִּים יח, ל) כִּי בְךָ אָרֻץ גְּדוּד וּבֵא-לֹהַי אֲדַלֶּג שׁוּר, רֶמֶז בִּגְדוּד עַל קִישּׁוּר כֹּחַ ג' דָּוִד הַנִּזְכָּר. אוֹ יוּבָן בס"ד לְפָרֵשׁ אוֹמְרוֹ פָּשְׁטוּ יְדֵיכֶם בִּגְדוּד, כִּי גְּדוּד [17] מִסֵּפֶר טוֹב , רָמַז לָהֶם בִּזְכוּת עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת טוֹב, פָּשְׁטוּ יְדֵיכֶם בִּגְדוּד הָאוֹיֵב, גַּם אָמַר יְדֵיכֶם כִּי בַּיָּד יֵשׁ טו"ב פְּרָקִים שֶׁהֵם י"ד בְּאֶצְבָּעוֹת, וְעוֹד בְּכַף וּזְרוֹעַ וּפֶרֶק הָאַחֲרוֹן הֲרֵי טוֹב, גֵּימַטְרְיָא גדו"ד. גַּם אָמַר בִּגְדוּד רָמַז לָהֶם שֶׁיַּצְלִיחוּ בַּעֲבוּר חֵילוֹת מַלְאָכִים שֶׁנִּבְרָאִים מִן עֵסֶק הַתּוֹרָה וְהַמִּצְוֹת. גַּם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ל כו ו פָּשְׁטוּ י דַּיְכֶם, לו"י רֶמֶז שֶׁבִּזְכוּת שֵׁבֶט לֵוִי שֶׁעוֹסְקִים בַּעֲבוֹדַת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ תַּצְלִיחוּ אַתֶּם.
« Allez et portez la main sur la troupe (gedoud). » Le fait qu'il ait dit « sur la troupe » et non « à la guerre » : il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il leur a fait la une allusion précieuse. Il est rapporté dans le Zohar, parachat Kedochim, feuillet 84 : Rabbi Abba a dit : le Saint béni soit-Il a un autre David, et celui-ci est préposé sur de nombreuses armées célestes, etc. Les commentateurs du Zohar ont expliqué que cet « autre David » est la sefira de Malkhout, qui en haut est elle aussi appelée du nom de David ; vois-y. Or il est connu que tout tsadik dont l'âme descend en ce monde laisse une racine en haut, et c'est pourquoi le nom des justes est redoublé, comme l'a écrit notre maître le Ari dans le Chaar Maamarei Rachbi. Il y a donc trois niveaux de David : le premier en bas ; le second, sa racine en haut, appelée elle aussi David — comme il est écrit « Avraham, Avraham », « Yaakov, Yaakov » ; et le troisième, la midda de Malkhout, elle aussi appelée David. Ainsi le roi David, par la force de l'étude de la Torah, se reliait à sa racine d'en haut, et sa racine d'en haut se reliait à la midda de Malkhout appelée David ; et par la liaison de ces trois David dans l'étude de la Torah, Israël réussit dans la guerre qu'il mène contre la troupe ennemie ici-bas. C'est pourquoi il leur a dit : portez la main sur le gedoud, soit les trois David — c'est-à-dire : par la force de la liaison des trois David mentionnés, portez la main sur la troupe ennemie. Et c'est pourquoi le roi David a dit « car par Toi je fonce sur une troupe (gedoud), et par mon D.ieu je franchis une muraille » (Psaumes 18, 30) : il a fait allusion, par gedoud, à la liaison de la force des trois David. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, « portez la main sur le gedoud » ainsi : gedoud a la valeur numérique de tov (bon) ; il leur a fait allusion que c'est par le mérite de l'étude de la Torah, appelée « bon », qu'ils porteraient la main sur la troupe ennemie. Il a également dit « vos mains », car la main comporte tov, dix-sept articulations : quatorze aux doigts, plus celles de la paume, du bras, et la dernière articulation — soit tov, valeur numérique de gedoud. Il a encore dit « sur le gedoud » pour leur faire allusion qu'ils réussiraient grâce aux armées d'anges créées par l'étude de la Torah et l'accomplissement des mitsvot. De plus, les initiales de « lekhou oufichtou yedeikhem » forment Levi : allusion au fait que par le mérite de la tribu de Levi, qui s'occupe du service du Temple, vous réussirez.
💡 Explication

Réponse à la difficulté : David disposait d'un signe extérieur et non d'un calcul. Rachi rattache le fait au partage des vents de Baba Batra 25a, où le vent du nord souffle à minuit.

Le récit enchaîne sans transition sur la scène de l'aube et fait de la nuit d'étude et du gouvernement une seule journée. Les sages opposent deux images à la solution proposée par le roi : la poignée qui ne rassasie pas un lion, et la fosse qu'on ne remplit pas avec la terre qui en sort — la redistribution interne ne crée pas de ressource. La réponse du roi ouvre alors la question de la guerre, traitée aux segments suivants.

🖼️ Schéma
La journée royale de David : de la lyre à la campagne militaire MINUIT nuit AUBE jour Le signe Lyre suspendue au-dessus du lit, ouvertures au nord. À minuit le vent du nord souffle : elle joue seule. L'étude Il se lève aussitôt et s'occupe de Torah jusqu'au lever de l'aube. Rav Achi : Torah puis chants. La requête Les sages entrent : "ton peuple a besoin de parnassa". Réponse : subvenez l'un à l'autre. La décision "Portez la main sur la troupe." La subsistance viendra du butin. L'objection des sages : deux images Une poignée ne rassasie pas le lion -- et une fosse ne se remplit pas de sa propre terre : l'apport doit venir du dehors. Puis la procédure de guerre (seg. 29-31) Conseil d'A'hitofel (tactique) -> autorisation du Sanhédrin (et leur prière) -> Ourim veToumim (réussira-t-on ?) -> Yoav.
De la lyre de minuit à la sortie en campagne : la journée royale.
30
מִיָּד יוֹעֲצִים בַּאֲחִיתֹופֶל, וְנִמְלָכִין בַּסַּנְהֶדְרִין, וְשׁוֹאֲלִין בְּאוּרִים וְתֻומִּים.

Aussitôt ils prennent conseil auprès d'A'hitofel, consultent le Sanhédrin, et interrogent les Ourim veToumim.

📜 Rachi (3)
יוֹעֲצִים בַּאֲחִיתֹופֶל אֵיזֶה הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ וְהֵיאַךְ יַצִּיבוּ מַצָּב וּמַשְׁחִית וְטַכְסִיסֵי מַאֲרַב מִלְחָמָה:
Ils prennent conseil auprès d'A'hitofel — sur le chemin à prendre, la manière de disposer les postes et les détachements, et les tactiques d'embuscade de la guerre.
וְנִמְלָכִין בַּסַּנְהֶדְרִין נוֹטְלִין מֵהֶם רְשׁוּת כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּלְּלוּ עֲלֵיהֶם:
Et ils consultent le Sanhédrin — ils en reçoivent l'autorisation, afin qu'ils prient pour eux.
וְשׁוֹאֲלִין בְּאוּרִים וְתוּמֵי' אִם יַצְלִיחוּ:
Et ils interrogent les Ourim veToumim — [pour savoir] s'ils réussiront.
💡 Explication

Trois instances distinctes et complémentaires : la compétence militaire (A'hitofel), l'autorisation institutionnelle du Sanhédrin, et la consultation oraculaire des Ourim veToumim sur l'issue. Rachi précise que le passage par le Sanhédrin sert aussi à obtenir leur prière.

31
אָמַר רַב יוֹסֵף: מַאי קְרָא? דִּכְתִיב ״וְאַחֲרֵי אֲחִיתֹפֶל בְּנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע וְאֶבְיָתָר וְשַׂר צָבָא לַמֶּלֶךְ יוֹאָב״.

Rav Yossef a dit : quel est le verset ? Il est écrit : « Et après A'hitofel, Benayahou fils de Yehoyada et Évyatar ; et le chef de l'armée du roi, Yoav » (I Chroniques 27, 34).

📜 Rachi (1)
ה"ג מַאי קְרָא וְאַחֲרֵי אֲחִיתֹופֶל בְּנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע וְאֶבְיָתָר וְשַׂר צָבָא לַמֶּלֶךְ יוֹאָב אֲחִיתוֹפֶל זֶה יוֹעֵץ:
Voici la version [à retenir] : « Quel est le verset ? Et après A'hitofel, Benayahou fils de Yehoyada et Évyatar, et le chef de l'armée du roi, Yoav. A'hitofel, c'est le conseiller. »
💡 Explication

Le verset des Chroniques énumère dans l'ordre les fonctions correspondant à la procédure décrite : le conseiller, puis Benayahou et Évyatar, puis le chef d'armée.

32
אֲחִיתֹופֶל — זֶה יוֹעֵץ, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וַעֲצַת אֲחִיתֹפֶל אֲשֶׁר יָעַץ בַּיָּמִים הָהֵם כַּאֲשֶׁר יִשְׁאַל אִישׁ בִּדְבַר הָאֱ-לֹהִים״.

A'hitofel, c'est le conseiller, et de même il est dit : « Et le conseil d'A'hitofel, qu'il donnait en ces jours-là, était comme lorsqu'on interroge la parole de D.ieu » (II Samuel 16, 23).

💡 Explication

Identification du premier terme de la liste. Le verset de Samuel qualifie le conseil d'A'hitofel de valeur quasi oraculaire, ce qui justifie sa place en tête de la procédure. Le folio suivant poursuit l'identification des autres noms.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).