Sougya : Le folio achève la procédure royale de guerre (A'hitofel, le Sanhédrin, les Ourim veToumim, puis Yoav), puis revient sur le lever de David à minuit : Rabbi Zera soutient que Moche comme David connaissaient l'instant exact de minuit, et la Guemara doit alors expliquer à quoi servait la harpe et pourquoi Moche a dit « vers minuit ». Vient ensuite la grande sougya du verset « garde mon âme car je suis un 'hassid » : Levi et Rabbi Yits'hak proposent deux lectures de la 'hassidout de David, son lever nocturne ou son travail de juge aux mains souillées de sang, de chefir et de chilya pour rendre une femme pure à son mari.
De là, une chaîne de trois générations qui se corrigent mutuellement dans la halakha : Méfivochet fait honte à David, et Kilav confond Méfivochet. Le folio se ferme sur une objection — David doutait de sa part dans le monde à venir — résolue par le principe « peut-être la faute en sera-t-elle cause », illustré par Yaakov et par la montée d'Ezra, avant le retour à la michna et à l'opinion des Sages.
« Benayahou fils de Yehoyada », c'est le Sanhédrin ; « et Évyatar », ce sont les Ourim veToumim.
Suite directe de 3b. La Guemara achevait d'identifier les personnages du verset des Chroniques qui décrivent la procédure royale avant une guerre : on consulte A'hitofel, puis le Sanhédrin, puis les Ourim veToumim, et seulement ensuite le chef d'armée. Ici, deux identifications : Benayahou représente le Sanhédrin, parce qu'il en était le av beit din (président du tribunal), et Évyatar représente les Ourim veToumim, parce que c'est par lui qu'on les interrogeait du temps de David.
Et ainsi il est dit : « Et Benayahou fils de Yehoyada était préposé aux Kéréti et aux Péléti. » Et pourquoi les a-t-on appelés « Kéréti » et « Péléti » ? « Kéréti », parce qu'ils tranchent (korétim) leurs paroles ; « Péléti », parce qu'ils sont remarquables (mouflaim) dans leurs paroles.
Et ensuite : « et le chef de l'armée du roi, Yoav ».
Preuve que Benayahou représentait bien le Sanhédrin : un autre verset le dit préposé aux Kéréti et Péléti, deux noms que la Guemara relit comme des qualités d'un tribunal. Kéréti vient de la racine karat, trancher : leurs décisions sont mesurées et définitives. Péléti vient de la racine pelé, la merveille : ils sont remarquables dans l'enseignement.
Rachi ajoute une précision d'ordre : Benayahou vient avant Évyatar dans le verset parce que l'on prend d'abord l'autorisation du tribunal, et l'on demande ensuite aux Ourim veToumim si l'on réussira.
Rav Yits'hak bar Ada a dit, et certains rapportent : Rav Yits'hak fils de Rav Idi a dit — quel est le verset ? « Éveille-toi, ma gloire ; éveillez-vous, luth et harpe ; j'éveillerai l'aurore. »
Retour au thème du folio précédent : la harpe suspendue au-dessus du lit de David, que le vent de minuit faisait résonner. Le verset des Psaumes en fournit l'appui scripturaire. Rachi souligne le renversement contenu dans les derniers mots : les autres rois sont réveillés par l'aurore, tandis que David éveille l'aurore.
Rabbi Zera a dit : Moche savait toujours [l'instant exact de minuit], et David aussi le savait.
Nouvelle position dans la discussion ouverte en 3b : Moche a dit « vers minuit » et David a dit « à minuit je me lève », ce qui laissait supposer que l'un ou l'autre ignorait l'instant précis. Rabbi Zera refuse cette supposition et affirme que les deux le savaient. Cette thèse crée deux difficultés que la Guemara va traiter l'une après l'autre : à quoi servait alors la harpe de David, et pourquoi Moche a-t-il employé une formule approximative.
Et puisque David le savait, à quoi lui servait la harpe ? À le tirer de son sommeil.
Première difficulté, résolue immédiatement : la harpe ne servait pas d'horloge mais de réveil. Savoir l'heure ne suffit pas à un homme endormi.
Et puisque Moche le savait, pourquoi devait-il dire « vers minuit » ? Moche s'est dit : peut-être les astrologues de Pharaon se tromperont-ils et diront-ils « Moche est un menteur ».
Car le Maître a dit : habitue ta langue à dire « je ne sais pas », de peur que tu ne sois pris en défaut et que tu ne restes accroché [à tes paroles].
Seconde difficulté, avec une réponse qui déplace la question : la formule approximative de Moche ne vient pas de son ignorance mais de celle de ses auditeurs. Les astrologues de Pharaon, incapables de déterminer l'instant exact, auraient cru minuit arrivé avant l'heure et, ne voyant pas la plaie, auraient conclu au mensonge.
La Guemara en tire une règle générale de langage, empruntée au traité Derekh Erets : habitue ta langue à dire « je ne sais pas ». Une formule prudente évite d'être pris au piège de ses propres paroles.
Rav Achi a dit : il se tenait au milieu de la nuit du treize [de Nissan] qui éclaire le quatorze, et voici ce que Moche a dit à Israël : le Saint béni soit-Il a dit — demain, à l'heure de minuit comme en ce moment même, Je sortirai au milieu de l'Égypte.
Rav Achi supprime la difficulté à la racine en relisant le mot kahatsot. Le préfixe kaf y marque une comparaison et non une approximation : Moche, qui parle à minuit précis dans la nuit du treize, désigne l'instant correspondant de la nuit suivante. La formule signifie donc « demain, au même moment qu'à présent », et la question du savoir exact de Moche ne se pose plus.
« De David : garde mon âme, car je suis un 'hassid. » Levi et Rabbi Yits'hak [divergent]. L'un dit : ainsi a parlé David devant le Saint béni soit-Il — Maître du monde, ne suis-je pas un 'hassid ?
Car tous les rois d'orient et d'occident dorment jusqu'à la troisième heure, et moi, « à minuit je me lève pour Te rendre grâce ».
Ouverture d'une nouvelle sougya, amenée par le thème du lever nocturne. Le verset des Psaumes pose une difficulté de fond : comment un homme peut-il se déclarer lui-même 'hassid ? Levi et Rabbi Yits'hak répondent en cherchant, dans la conduite de David, un point où il dépasse ce qui lui était demandé.
Première lecture : la 'hassidout de David tient à son lever de minuit. La comparaison porte sur ce qu'un roi peut légitimement s'accorder : les autres rois dorment jusqu'à la troisième heure du jour, et David renonce à ce repos.
Et l'autre [dit] : ainsi a parlé David devant le Saint béni soit-Il — Maître du monde, ne suis-je pas un 'hassid ? Car tous les rois d'orient et d'occident siègent par groupes dans leur honneur, et moi, mes mains sont souillées de sang, de chefir (poche embryonnaire) et de chilya (placenta), afin de rendre une femme pure pour son mari.
Et non seulement cela, mais tout ce que je fais, je le soumets à Méfivochet mon maître, et je lui dis : « Méfivochet mon maître, ai-je bien jugé ? ai-je bien condamné ? ai-je bien acquitté ? ai-je bien déclaré pur ? ai-je bien déclaré impur ? » Et je n'en ai pas eu honte.
Seconde lecture de la 'hassidout de David, sur un autre terrain : la fonction de juge. Les femmes lui apportaient le sang à examiner, le chefir (la poche qui enveloppe l'embryon) et la chilya (le placenta), pour déterminer leur statut d'impureté ; l'enjeu final est de rendre la femme pure pour son mari. Un roi pouvait s'y refuser au nom de sa dignité.
Le « non seulement cela » ajoute un second renoncement : David soumettait ses décisions à Méfivochet, son maître, sur les trois domaines qu'il énumère — les affaires pécuniaires et capitales (acquitter, condamner) et les lois de pureté. Accepter d'être corrigé en public constitue ici le sommet de la démonstration.
Rabbi Yehochoua fils de Rav Idi a dit : quel est le verset ? « Et je parlerai de Tes témoignages devant des rois, et je n'aurai pas honte. »
Appui scripturaire de la seconde lecture. Le verset des Psaumes réunit les deux éléments : David parle de Torah devant des rois, et il n'en a pas honte. Le Ben Yehoyada propose de lire « des rois » comme désignant Méfivochet lui-même.
On a enseigné : son nom n'était pas « Méfivochet » mais « Ich Bochet », et pourquoi l'a-t-on appelé Méfivochet ? Parce qu'il faisait honte au visage de David dans la halakha.
C'est pourquoi David a mérité que sorte de lui Kilav.
La baraita relit le nom comme un surnom : Méfivochet se décompose en « mipi bochet », de sa bouche vient la honte. Rachi précise le mécanisme : lorsque David se trompait, cet homme le lui disait.
Le folio ajoute une conséquence : accepter cette honte à valu à David une récompense de mesure pour mesure — un fils, Kilav, dont la sagesse renversera la situation au segment suivant.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : son nom n'était pas « Kilav » mais « Daniel », et pourquoi l'a-t-on appelé Kilav ? Parce qu'il confondait le visage de Méfivochet dans la halakha.
Même procédé que pour Méfivochet, applique au fils de David. Le nom véritable, attesté dans les Chroniques, est Daniel ; le surnom Kilav se lit comme « makhlim av », il confond le maître, l'autorité en matière d'enseignement.
La séquence forme une boucle : celui qui faisait honte à David se voit à son tour confondu par le fils que cette honte à valu à David.
Et c'est à son sujet que Chelomo a dit dans sa sagesse : « Mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur à moi aussi se réjouira » ; et il dit : « Sois sage, mon fils, et réjouis mon cœur, que je puisse répondre à celui qui m'outrage ».
Deux versets des Proverbes viennent clore la séquence. Le second ajoute un élément au premier : la sagesse du fils fournit au père de quoi répondre à ceux qui l'outragent. Le Ben Yehoyada rattache cette réponse aux accusations pesant sur David dans l'affaire de Bat Cheva.
Et David s'appelait-il lui-même « 'hassid » ? Or il est écrit : « Si je n'avais eu la foi de voir la bonté de ה' sur la terre des vivants » ; et on a enseigné au nom de Rabbi Yossi : pourquoi des points sont-ils placés au-dessus de « loulé » ?
David a dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, j'ai confiance en Toi que Tu paies une bonne récompense aux justes dans le monde à venir, mais je ne sais pas si j'ai une part parmi eux ou non.
Objection contre les deux lectures précédentes. Si David se déclarait 'hassid, comment expliquer le verset des Psaumes où il exprime un doute ? Les points diacritiques placés par la tradition scribale au-dessus du mot loulé sont lus comme une restriction du sens : la vision de la bonté divine n'était pas pour lui une chose assurée.
Le doute porte précisément sur sa part parmi les justes dans le monde à venir, alors que la récompense elle-même ne fait pour lui aucun doute.
Peut-être la faute en sera-t-elle cause.
Réponse en trois mots. Le doute de David ne portait pas sur son état présent : il se tenait bien pour 'hassid. Il craignait une faute à venir, qui le priverait de ce qui lui revenait. Le principe ainsi dégagé, chema yigrom ha'het, va être appuyé sur deux précédents.
Comme [l'enseignement de] Rabbi Yaakov bar Idi ; car Rabbi Yaakov bar Idi opposait [deux versets] : il est écrit « Et voici, Je suis avec toi et Je te garderai partout où tu iras », et il est écrit « Et Yaakov eut très peur ». Il s'est dit : peut-être la faute en sera-t-elle cause.
Premier appui, tiré d'une contradiction apparente dans le récit de Yaakov. Une promesse explicite de protection lui avait été faite au songe de l'échelle, et pourtant il prend peur à l'approche d'Essav. La résolution est la même : une promesse peut être annulée par une faute survenue depuis.
Comme il a été enseigné : « jusqu'à ce que passe Ton peuple, ה' ; jusqu'à ce que passe ce peuple que Tu as acquis ».
Introduction du second appui : un verset du Chant de la mer dont les deux moitiés semblent redondantes. La baraita citée au segment suivant tire de cette répétition deux événements distincts.
« Jusqu'à ce que passe Ton peuple, ה' » — c'est la première entrée ; « jusqu'à ce que passe ce peuple que Tu as acquis » — c'est la seconde entrée. De là, les Sages ont dit : Israël était digne qu'un miracle soit fait pour lui aux jours d'Ezra, comme il en fut fait pour lui aux jours de Yehochoua fils de Noun ; mais la faute en a été cause.
La répétition du verset est lue comme visant deux venues en terre d'Israël : celle de Yehochoua et celle d'Ezra, au retour de Babylone. Puisque le même verset les couvre toutes deux, la seconde était due au même régime que la première, une entrée miraculeuse et « la main haute ».
Le constat historique est autre : la montée d'Ezra s'est faite avec l'autorisation de Cyrus et sous la sujétion des rois de Perse. L'écart entre le du et le réel fournit la preuve recherchée : la faute empêche.
« Et les Sages disent : jusqu'à minuit. » Les Sages, selon qui tiennent-ils ? S'ils tiennent comme Rabbi Eliezer, qu'ils disent comme Rabbi Eliezer !
Retour à la michna du début du traité, après la longue digression aggadique. La question porte sur la lecture du mot bechokhbekha (« quand tu te couches ») dont chacun tire le terme du chema du soir.
Rabbi Eliezer lit ce mot comme désignant le temps où les gens vont se coucher, et fixe le terme à la fin de la première veille. Si les Sages partagent cette lecture, ils devraient fixer le même terme ; leur « jusqu'à minuit » demande donc une autre explication, que le folio suivant fournira.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).