Berakhot 4a — La 'hassidout de David : la harpe de minuit, les mains souillées et la crainte de la faute

Berakhot 4a

Sougya : Le folio achève la procédure royale de guerre (A'hitofel, le Sanhédrin, les Ourim veToumim, puis Yoav), puis revient sur le lever de David à minuit : Rabbi Zera soutient que Moche comme David connaissaient l'instant exact de minuit, et la Guemara doit alors expliquer à quoi servait la harpe et pourquoi Moche a dit « vers minuit ». Vient ensuite la grande sougya du verset « garde mon âme car je suis un 'hassid » : Levi et Rabbi Yits'hak proposent deux lectures de la 'hassidout de David, son lever nocturne ou son travail de juge aux mains souillées de sang, de chefir et de chilya pour rendre une femme pure à son mari.

De là, une chaîne de trois générations qui se corrigent mutuellement dans la halakha : Méfivochet fait honte à David, et Kilav confond Méfivochet. Le folio se ferme sur une objection — David doutait de sa part dans le monde à venir — résolue par le principe « peut-être la faute en sera-t-elle cause », illustré par Yaakov et par la montée d'Ezra, avant le retour à la michna et à l'opinion des Sages.

Le fil du folio : de la procédure de guerre à la 'hassidout de David Quatre mouvements, reliés par un même personnage : David roi, David éveillé, David juge, David inquiet. Mouvement 1 (seg. 0-2) -- Fin de la procédure royale de guerre Identification des noms du verset des Chroniques : Benayahou = le Sanhédrin (Kéréti et Péléti), Évyatar = les Ourim veToumim, puis Yoav. Puis le verset de la harpe : Oura kevodi, oura hanével vekhinor, aira chahar (Ps. 57, 9). Charnière : la harpe suspendue au-dessus du lit ramène la Guemara au lever nocturne de David. Mouvement 2 (seg. 3-6) -- Moche et David savaient-ils l'heure exacte ? Rabbi Zera : tous deux savaient. Deux difficultés suivent : à quoi sert la harpe ? pourquoi Moche dit-il kahatsot (vers minuit) ? Réponses : la harpe réveille du sommeil ; Moche craint l'erreur des astrologues. Rav Achi lit kahatsot comme une comparaison. Principe retenu : habitue ta langue à dire je ne sais pas. Mouvement 3 (seg. 7-12) -- Chomra nafchi ki hassid ani : deux lectures Levi et Rabbi Yits'hak. Première lecture : David se lève à minuit quand les autres rois dorment jusqu'à la troisième heure. Seconde lecture : David siège comme juge, les mains souillées de sang, de chefir et de chilya, pour rendre une femme pure à son mari, et il consulte Méfivochet son maître sans en avoir honte. De là, la chaîne Méfivochet - David - Kilav. Enjeu commun : la 'hassidout se mesure à ce que le roi accepte de perdre en honneur. Mouvement 4 (seg. 13-18) -- Objection, principe, retour à la michna Objection : David doutait de sa part parmi les justes (les points sur loulé). Réponse : chema yigrom ha'het, peut-être la faute en sera-t-elle cause. Deux appuis : Yaakov craint après la promesse ; la baraita des deux entrées en terre d'Israël (Yehochoua et Ezra). Puis retour à la michna : les Sages disent jusqu'à minuit -- selon quelle lecture de bechokhbekha tiennent-ils ? La sougya du chema du soir reprend ici son cours.
Le fil du folio en quatre mouvements.
Deux lectures de : garde mon âme car je suis un 'hassid Levi et Rabbi Yits'hak. Même verset, même structure d'argument, deux terrains différents. Structure commune : Maître du monde, ne suis-je pas un 'hassid ? / tous les rois font X / et moi je fais Y Première lecture (seg. 7) Le terrain : le temps de la nuit Les autres rois : dorment jusqu'à la troisième heure du jour. David : à minuit je me lève pour Te rendre grâce (Ps. 119, 62). Ce qu'il abandonne : le repos du roi. Rappel : la harpe suspendue au-dessus du lit le tire du sommeil (seg. 4). Lecture aggadique (Ben Yehoyada) : le lever de minuit Seconde lecture (seg. 8) Le terrain : la fonction de juge Les autres rois : siègent par groupes, dans leur honneur. David : mains souillées de dam, chefir et chilya, pour rendre une femme pure à son mari. Ce qu'il abandonne : la dignité du roi. Et non seulement cela : il soumet ses décisions à Méfivochet son maître, sans en avoir honte (seg. 8-9). Lecture aggadique : la pureté de la femme pour son mari Ce que les deux lectures ont en commun Dans les deux cas, la 'hassidout de David consiste à faire ce qu'un roi n'est pas tenu de faire, et à renoncer pour cela à une prérogative royale. Le verset de Ps. 119, 46 (je parlerai devant des rois et je n'aurai pas honte) sert d'appui.
Levi et Rabbi Yits'hak : deux terrains pour une même 'hassidout.
Chema yigrom ha'het : une promesse peut-elle rester sans effet ? Le principe qui résout l'objection sur David, puis ses deux appuis (seg. 13-17). Le principe Une promesse divine peut ne pas s'accomplir si une faute survient après elle. 1. David (seg. 13-14) Verset : loulé hé'émanti lirot betouv ה' (Ps. 27, 13), avec des points sur loulé. Son doute : ai-je une part parmi les justes ? Réponse : il se sait 'hassid, il craint une faute à venir. 2. Yaakov (seg. 15) Promesse : Je suis avec toi et Je te garderai partout où tu iras (Gen. 28, 15). Fait : et Yaakov eut très peur (Gen. 32, 8). Explication : peut-être ai-je faute depuis la promesse. 3. Ezra (seg. 16-17) Verset double : ad yaavor amkha / ad yaavor am zou kanita (Ex. 15, 16). Deux entrées en terre d'Israël : Yehochoua, Ezra. Le miracle était dû à la seconde ; la faute l'a empêché. Conséquence pratique La montée d'Ezra s'est faite avec l'autorisation de Cyrus et sous la sujétion des rois de Perse (Rachi), au lieu de la main haute.
Le principe chema yigrom ha'het et ses trois applications.
1
״בְּנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע״ זֶה סַנְהֶדְרִין, ״וְאֶבְיָתָר״ אֵלּוּ אוּרִים וְתֻומִּים.

« Benayahou fils de Yehoyada », c'est le Sanhédrin ; « et Évyatar », ce sont les Ourim veToumim.

📜 Rachi (2)
בְּנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע זֶה סַנְהֶדְרִין שֶׁהָיָה אַב בֵּית דִּין:
« Benayahou fils de Yehoyada, c'est le Sanhédrin » — car il en était le av beit din (président du tribunal).
וְאֶבְיָתָר אֵלּוּ אוּרִים וְתֻומִּים שֶׁכָּל יְמֵי דָּוִד הָיָה נִשְׁאַל בְּאֶבְיָתָר עַד מִלְחֶמֶת אַבְשָׁלוֹם שֶׁשָּׁאַל אֶבְיָתָר וְלֹא עָלְתָה לוֹ וְשָׁאַל צָדוֹק וְעָלְתָה לוֹ כִּדְאָמְרִי' בְּסֵדֶר עוֹלָם וְנִסְתַּלֵּק אָז מִן הַכְּהֻונָּה:
« Et Évyatar, ce sont les Ourim veToumim » — car durant tous les jours de David on interrogeait [les Ourim veToumim] par Évyatar, jusqu'à la guerre d'Avchalom : Évyatar interrogea et cela ne lui réussit pas, Tsadok interrogea et cela lui réussit, comme il est dit dans le Seder Olam ; il fut alors écarté de la prêtrise.
🗂️ Tossefot (1)
בְּנָיָהוּ זֶה סַנְהֶדְרִין מִסְּבָרָא אוֹמֵר כֵּן. אֶבְיָתָר אֵלּוּ אוּרִים וְתֻומִּים וְכֵן הוּא אוֹמֵר וּבְנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע עַל הַכְּרֵתִי וְעַל הַפְּלֵתִי כְּלוֹמַר הָיָה קֹודֶם לָהֶם אִם כֵּן אוּרִים וְתֻומִּים הָיוּ אַחַר בְּנָיָהוּ. א"כ אֶבְיָתָר שֶׁהֻוזְכַּר אַחַר בְּנָיָהוּ הַיְינוּ אוּרִים וְתֻומִּים כָּךְ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י. וְתֵימָא לְפֵירוּשׁוֹ פְּשִׁיטָא דְּאֶבְיָתָר כֹּהֵן הָיָה בִּימֵי דָּוִד שֶׁלֹּא הָיָה כֹּהֵן אַחֵר שֶׁכֻּולָּם נֶהֶרְגוּ בְּנוֹב עִיר הַכֹּהֲנִים וְלָמָּה צָרִיךְ רְאָיָה עָלֶיהָ. וְעוֹד לְגִירְסַת הַקּוּנְטְרֵס בְּנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע אֵין זֶה הַפָּסוּק בְּשׁוּם מָקוֹם. לְכָךְ (מְפָרֵשׁ) [גָּרֵיס] רַבֵּינוּ תָּם כְּדַאי' (בְּדִבְרֵי הַיָּמִים א כ״ז:ל״ד) וְאַחֲרֵי אֲחִיתֹופֶל יְהוֹיָדָע בֶּן בְּנָיָהוּ זֶה סַנְהֶדְרִין וְכֵן הוּא אוֹמֵר וּבְנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע עַל הַכְּרֵתִי וְעַל הַפְּלֵתִי וּפִי' ר"ת דְּכַרְתִּי וּפְלֵתִי הַיְינוּ סַנְהֶדְרִין שֶׁכּוֹרְתִין דִּבְרֵיהֶם לַאֲמִתָּן וּפְלֵתִי שֶׁמֻּופְלָאִים בְּהוֹרָאָה כְּמוֹ מֻופְלָא שֶׁבְּבֵית דִּין. וא"ת הֵיכִי פָּשֵׁיט יְהוֹיָדָע בֶּן בְּנָיָהוּ מִבְּנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע. וי"ל דְּמִסְּתָמָא מְמַלֵּא מְקוֹם אָבִיו הָיָה וְכִי הֵיכִי דְּאָבִיו הָיָה מִסַּנְהֶדְרִין גַּם הוּא הָיָה מֵהֶם:
« Benayahou, c'est le Sanhédrin » — il le dit par raisonnement. « Évyatar, ce sont les Ourim veToumim », et de même il est dit : « Et Benayahou fils de Yehoyada était préposé aux Kéréti et aux Péléti », c'est-à-dire qu'il les précédait ; donc les Ourim veToumim venaient après Benayahou, et par conséquent Évyatar, mentionné après Benayahou, ce sont les Ourim veToumim. Ainsi a expliqué Rachi. Cette explication fait difficulté : il est évident qu'Évyatar était cohen aux jours de David, puisqu'il n'y avait pas d'autre cohen, tous ayant été tués à Nov, la ville des cohanim ; pourquoi faudrait-il une preuve là-dessus ? De plus, selon la version du Kountras (Rachi), « Benayahou fils de Yehoyada » — ce verset ne se trouve nulle part. C'est pourquoi Rabbenou Tam lit, comme il est écrit (I Chroniques 27, 34) : « et après A'hitofel, Yehoyada fils de Benayahou » — c'est le Sanhédrin, et de même il est dit : « et Benayahou fils de Yehoyada était préposé aux Kéréti et aux Péléti ». Rabbenou Tam explique que les Kéréti et les Péléti désignent le Sanhédrin : « Kéréti » parce qu'ils tranchent (korétim) leurs paroles conformément à la vérité, et « Péléti » parce qu'ils sont remarquables (mouflaim) dans l'enseignement, comme le moufla du beit din. Et si tu demandes : comment déduire [le cas de] Yehoyada fils de Benayahou à partir de Benayahou fils de Yehoyada ? On peut répondre que, vraisemblablement, il occupait la place de son père : de même que son père faisait partie du Sanhédrin, lui aussi en faisait partie.
💡 Explication

Suite directe de 3b. La Guemara achevait d'identifier les personnages du verset des Chroniques qui décrivent la procédure royale avant une guerre : on consulte A'hitofel, puis le Sanhédrin, puis les Ourim veToumim, et seulement ensuite le chef d'armée. Ici, deux identifications : Benayahou représente le Sanhédrin, parce qu'il en était le av beit din (président du tribunal), et Évyatar représente les Ourim veToumim, parce que c'est par lui qu'on les interrogeait du temps de David.

2
וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וּבְנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע עַל הַכְּרֵתִי וְעַל הַפְּלֵתִי״. וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָם ״כָּרְתִי״ וְ״פְּלֵתִי״? ״כָּרַתִּי״ שֶׁכּוֹרְתִים דִּבְרֵיהֶם, ״פְּלֵתִי״ שֶׁמֻּופְלָאִים בְּדִבְרֵיהֶם. וְאַחַר כָּךְ ״שַׂר צָבָא לַמֶּלֶךְ יוֹאָב״.

Et ainsi il est dit : « Et Benayahou fils de Yehoyada était préposé aux Kéréti et aux Péléti. » Et pourquoi les a-t-on appelés « Kéréti » et « Péléti » ? « Kéréti », parce qu'ils tranchent (korétim) leurs paroles ; « Péléti », parce qu'ils sont remarquables (mouflaim) dans leurs paroles.

Et ensuite : « et le chef de l'armée du roi, Yoav ».

📜 Rachi (3)
וְכֵן הוּא אוֹמֵר וּבְנָיָהוּ בֶּן יְהוֹיָדָע עַל הַכְּרֵתִי וְעַל הַפְּלֵתִי רִאשׁוֹן וְקֹודֶם לָהֶם שֶׁבַּתְּחִילָּה נוֹטְלִים רְשׁוּת וְאַחַ"כּ שׁוֹאֲלִים אִם יַצְלִיחוּ:
« Et ainsi il est dit : et Benayahou fils de Yehoyada était préposé aux Kéréti et aux Péléti » — il vient en premier et les précède, car on prend d'abord l'autorisation, et ensuite on demande si l'on réussira.
שֶׁכּוֹרְתִים אֶת דִּבְרֵיהֶם שֶׁאוֹמְרִים דְּבָרִים קְצוּבִים וּגְמוּרִים שֶׁלֹּא יִפְחֲתוּ וְלֹא יוֹסִיפוּ:
« Parce qu'ils tranchent leurs paroles » — ils énoncent des paroles mesurées et définitives, auxquelles on ne retranchera ni n'ajoutera.
שַׂר צָבָא לַמֶּלֶךְ יוֹאָב לְהוֹלִיךְ אַנְשֵׁי הַמִּלְחָמָה:
« Et le chef de l'armée du roi, Yoav » — pour conduire les hommes de guerre.
🪔 Ben Yehoyada (2)
פְּלֵתִי שֶׁמְּפַלְּאִים דִּבְרֵיהֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, אֵין מוּשָׁבִין בְּסַנְהֶדְרִין אֶלָּא חֲכָמִים שֶׁיְּכוֹלִים לְטַהֵר הַשֶּׁרֶץ וּמַרְאִין לוֹ פָּנִים, וְהַגָּאוֹן מָהָרִ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ טַעַם נָכוֹן לָזֶה, וְגַם אֲנָא זְעֵירָא פֵּרַשְׁתִּי טַעַם נָכוֹן בעזה"י וּכְמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בְּסִפְרֵי הַקָּטָן אִם הַמֶּלֶךְ עַל מְגִילַּת אֶסְתֵּר, בַּפָּסוּק (אֶסְתֵּר א, יג) וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לַחֲכָמִים יֹדְעֵי הָעִתִּים, יְעֻויַּן שָׁם, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר כָּאן מֻופְלָאִים בְּדִבְרֵיהֶם, שֶׁיְּכוֹלִים לוֹמַר עַל כָּל דְּבַר טְעָמִים לְטַהֵר וּטְעָמִים לְטָמֵא שֶׁהֵם עִנְיָינִים סוֹתְרִים, וְהוּא דְּבַר פֶּלֶא בְּחָכְמָה זוֹ לְטַהֵר הַשֶּׁרֶץ וּמַרְאֶה לוֹ פָּנִים, וּלְפִי גִּירְסַת בַּעַל עֵין יַעֲקֹב דְּגָרֵיס בְּמַעֲשֵׂיהֶם, נִרְאֶה הַכַּוָּנָה שֶׁסַּנְהֶדְרִין צְרִיכִין לֵידַע בְּחָכְמַת הַכִּישּׁוּף, וְגַם כֵּן צָרִיךְ שֶׁיֵּדְעוּ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ, שֶׁאָז הֵם יְכוֹלִים לַעֲשׂוֹת מַעֲשִׂים נִפְלָאִים הֵפֶךְ הַטֶּבַע, כְּשֶׁיִּצְטָרְכוּ לְכָךְ בִּשְׁבִיל קִיּוּם דְּבַר הַמִּשְׁפָּט, וּמַה שֶׁאָמְרוּ אוּרִים וְכוּ' תֻּומִּים וְכוּ', פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל בְּיוֹמָא דַּף ע"ג רְצוֹנוֹ לוֹמַר, שֶׁאֵין גְּזֵרָתָן חוֹזֶרֶת שֶׁנֶּאֱמַר כְּמִשְׁפַּט הָאוּרִים, עַיֵּין שָׁם.
« Péléti, parce que leurs paroles sont remarquables. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention repose sur ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : on ne fait siéger au Sanhédrin que des sages capables de déclarer pur le cheretz (reptile impur) en présentant des arguments en ce sens. Le Gaon Maharya de mémoire bénie en a donné une bonne raison, et moi, le petit, j'en ai moi aussi donné une raison juste avec l'aide du Ciel, comme je l'ai écrit dans mon petit ouvrage Im HaMelekh sur la meguila d'Esther, au verset (Esther 1, 13) « et le roi dit aux sages qui connaissent les temps » ; voir là-bas. C'est ce que veut dire ici « remarquables dans leurs paroles » : ils peuvent énoncer sur toute chose des raisons de pureté et des raisons d'impureté, qui sont des positions contradictoires, et c'est une merveille dans cette sagesse que de déclarer pur le cheretz en présentant des arguments. Selon la version du Ein Yaakov, qui lit « dans leurs actes », l'intention semble être que les membres du Sanhédrin doivent connaître la science de la sorcellerie, et qu'ils doivent aussi connaître le Nom explicite, car ils peuvent alors accomplir des actes prodigieux, contraires à la nature, lorsque cela est nécessaire pour l'établissement du jugement. Quant à ce qui a été dit sur les Ourim et les Toumim, Rachi de mémoire bénie a expliqué dans Yoma 73b que cela signifie que leur décret ne revient pas, comme il est dit « selon le jugement des Ourim » ; voir là-bas.
אֵלֵךְ לְבֵיתִי וְאֹכַל קִמְעָא, וְאֶשְׁתֶּה קִמְעָא, וְאִישַׁן קִמְעָא, וְאַחַר כָּךְ אֶקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע וְאֶתְפַּלֵּל. פֵּירוּשׁ אַף עַל פִּי שֶׁכְּפִי הַטֶּבַע מַאֲכָל מֵבִיא לִידֵי שֵׁינָה וְכֵן הִיא שְׁתִיַּית הַיַּיִן, וְאֹונֶס שֵׁינָה אִי אֶפְשָׁר לַעֲמֹוד עָלָיו, וְלָזֶה רָאוּי לְהַקְדִּים הַתְּפִלָּה, מִכָּל מָקוֹם יֹאמַר אוֹכַל קִמְעָא וְאֶשְׁתֶּה קִמְעָא, כִּי דָּבָר מוּעָט אֵינוֹ מֵבִיא לִידֵי שֵׁינָה, וַאֲפִילּוּ דְּלִפְעָמִים יָבִיא גַּם הַמְּעַט לִידֵי שֵׁינָה אֵין חֲשָׁשׁ שֶׁיָּבֹא לִידֵי שֵׁינָה גְּדוֹלָה אֶלָּא רַק לְשֵׁינָה קְטַנָּה, וְאִין הָכִי נָמֵי אֲנִי אִישַׁן קִמְעָא וְאָקִיץ בְּוַדַּאי וְאֶתְפַּלֵּל, עִם כָּל זֶה אֵין לוֹ לִבְטֹוחַ בְּכָל דְּבָרִים אֵלּוּ כְּדֵי לֶאֱכֹול וְלִשְׁתּוֹת קֹודֶם, יַעַן כִּי אֲפִילּוּ אוֹמֵר אוֹכַל וְאֶשְׁתֶּה מְעַט הַתַּאֲוָה, אַחַר שֶׁנִּתְעוֹרְרָה תִּמְשׁוֹךְ אוֹתוֹ לִמְרֻובֵּה, וּמִמֵּילָא תַּחְטְפֶנּוּ שֵׁינָה גְּדוֹלָה וְיָשֵׁן כָּל הַלַּיְלָה וְלֹא יִתְפַּלֵּל, וּבַתַּלְמוּד כְּתָב יָד הוּבָא בְּסֵפֶר בֵּית נָתָן, גָּרֵיס וְאִם חֲטָפַתּוּ שֵׁינָה נִמְצָא יָשֵׁן כָּל הַלַּיְלָה.
« J'irai à ma maison, je mangerai un peu, je boirai un peu et je dormirai un peu, et ensuite je lirai le Chema et je prierai. » Explication : bien que, selon la nature, la nourriture amène au sommeil, comme aussi le vin que l'on boit, et que la contrainte du sommeil soit impossible à surmonter, de sorte qu'il conviendrait de faire passer la prière en premier, il dira malgré tout : je mangerai un peu et je boirai un peu, car une petite quantité n'amène pas au sommeil ; et même si parfois le peu amène aussi au sommeil, il n'y a pas à craindre qu'il en vienne à un grand sommeil, mais seulement à un petit sommeil ; en effet, je dormirai un peu, je me réveillerai certainement et je prierai. Malgré tout cela, il ne doit se fier à aucun de ces raisonnements pour manger et boire avant, car même s'il dit « je mangerai et je boirai un peu », le désir, une fois éveillé, l'entraînera vers beaucoup ; dès lors un grand sommeil le saisira, il dormira toute la nuit et ne priera pas. Et dans le Talmud manuscrit rapporté dans le livre Beit Natan, la version est : « et si le sommeil le saisit, il se trouve qu'il dort toute la nuit ».
💡 Explication

Preuve que Benayahou représentait bien le Sanhédrin : un autre verset le dit préposé aux Kéréti et Péléti, deux noms que la Guemara relit comme des qualités d'un tribunal. Kéréti vient de la racine karat, trancher : leurs décisions sont mesurées et définitives. Péléti vient de la racine pelé, la merveille : ils sont remarquables dans l'enseignement.

Rachi ajoute une précision d'ordre : Benayahou vient avant Évyatar dans le verset parce que l'on prend d'abord l'autorisation du tribunal, et l'on demande ensuite aux Ourim veToumim si l'on réussira.

3
אָמַר רַב יִצְחָק בַּר אַדָּא, וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַב יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: מַאי קְרָא ״עוּרָה כְבוֹדִי עוּרָה הַנֵּבֶל וְכִנּוֹר אָעִירָה שָּׁחַר״.

Rav Yits'hak bar Ada a dit, et certains rapportent : Rav Yits'hak fils de Rav Idi a dit — quel est le verset ? « Éveille-toi, ma gloire ; éveillez-vous, luth et harpe ; j'éveillerai l'aurore. »

📜 Rachi (3)
מַאי קְרָא דְּכִנּוֹר הָיָה תָּלוּי לְמַעְלָה מִמִּטָּתוֹ וּמְעוֹרְרוֹ:
« Quel est le verset » — [d'où sait-on] qu'une harpe était suspendue au-dessus de son lit et le réveillait.
עוּרָה כְּבוֹדִי אַל תִּתְכַּבְּדִי בְּשֵׁינָה כִּשְׁאָר מְלָכִים:
« Éveille-toi, ma gloire » — ne t'honore pas par le sommeil, comme les autres rois.
אָעִירָה שַׁחַר שְׁאָר מְלָכִים הַשַּׁחַר מְעוֹרְרָן וַאֲנִי מְעוֹרֵר אֶת הַשַּׁחַר:
« J'éveillerai l'aurore » — les autres rois, c'est l'aurore qui les réveille ; moi, c'est moi qui éveille l'aurore.
💡 Explication

Retour au thème du folio précédent : la harpe suspendue au-dessus du lit de David, que le vent de minuit faisait résonner. Le verset des Psaumes en fournit l'appui scripturaire. Rachi souligne le renversement contenu dans les derniers mots : les autres rois sont réveillés par l'aurore, tandis que David éveille l'aurore.

4
רַבִּי זֵירָא אָמַר: מֹשֶׁה לְעוֹלָם הֲוָה יָדַע, וְדָוִד נָמֵי הֲוָה יָדַע.

Rabbi Zera a dit : Moche savait toujours [l'instant exact de minuit], et David aussi le savait.

💡 Explication

Nouvelle position dans la discussion ouverte en 3b : Moche a dit « vers minuit » et David a dit « à minuit je me lève », ce qui laissait supposer que l'un ou l'autre ignorait l'instant précis. Rabbi Zera refuse cette supposition et affirme que les deux le savaient. Cette thèse crée deux difficultés que la Guemara va traiter l'une après l'autre : à quoi servait alors la harpe de David, et pourquoi Moche a-t-il employé une formule approximative.

5
וְכֵיוָן דְּדָוִד הֲוָה יָדַע, כִּנּוֹר לָמָּה לֵיהּ? לְאִתְּעוֹרֵי מִשִּׁנְתֵּיהּ.

Et puisque David le savait, à quoi lui servait la harpe ? À le tirer de son sommeil.

💡 Explication

Première difficulté, résolue immédiatement : la harpe ne servait pas d'horloge mais de réveil. Savoir l'heure ne suffit pas à un homme endormi.

6
וְכֵיוָן דְּמֹשֶׁה הֲוָה יָדַע, לָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר ״כַּחֲצוֹת״? — מֹשֶׁה קָסָבַר: שֶׁמָּא יִטְעוּ אִצְטַגְנִינֵי פַּרְעֹה, וְיֹאמְרוּ ״מֹשֶׁה בַּדַּאי הוּא״. דְּאָמַר מַר: לָמֵד לְשׁוֹנְךָ לוֹמַר ״אֵינִי יוֹדֵעַ״, שֶׁמָּא תִּתְבַּדֶּה וְתֶאֱחֹז.

Et puisque Moche le savait, pourquoi devait-il dire « vers minuit » ? Moche s'est dit : peut-être les astrologues de Pharaon se tromperont-ils et diront-ils « Moche est un menteur ».

Car le Maître a dit : habitue ta langue à dire « je ne sais pas », de peur que tu ne sois pris en défaut et que tu ne restes accroché [à tes paroles].

📜 Rachi (3)
שֶׁמָּא יִטְעוּ אִצְטַגְנִינֵי פַּרְעֹה אִם אֲנִי יוֹדֵעַ לְכַוֵּין הַשָּׁעָה הֵם אֵינָם יוֹדְעִים לְכַוֵּין הַשָּׁעָה וְקֹודֶם שֶׁיַּגִּיעַ חֲצוֹת יְהוּ סְבוּרִים שֶׁהִגִּיעַ וַעֲדַייִן לֹא בָּאָה הַמַּכָּה וְיֹאמְרוּ מֹשֶׁה בַּדַּאי הוּא הִלְכָּךְ טוֹב לֶאֱחֹוז לְשׁוֹן אֵינִי יוֹדֵעַ:
« Peut-être les astrologues de Pharaon se tromperont-ils » — même si moi je sais déterminer l'heure exacte, eux ne savent pas la déterminer : avant que minuit n'arrive ils croiront qu'il est arrivé, la plaie ne sera pas encore venue, et ils diront « Moche est un menteur ». Il vaut donc mieux s'en tenir à la formule « je ne sais pas ».
דְּאָמַר מַר בְּמַסֶּכֶת דֶּרֶךְ אֶרֶץ:
« Car le Maître a dit » — dans le traité Derekh Erets.
וְתֶאֱחֹז תְּהֵא נֶאֱחָז וְנִכְשָׁל בִּדְבָרֶיךָ:
« Et que tu ne restes accroché » — que tu ne sois pris et ne trébuches dans tes propres paroles.
💡 Explication

Seconde difficulté, avec une réponse qui déplace la question : la formule approximative de Moche ne vient pas de son ignorance mais de celle de ses auditeurs. Les astrologues de Pharaon, incapables de déterminer l'instant exact, auraient cru minuit arrivé avant l'heure et, ne voyant pas la plaie, auraient conclu au mensonge.

La Guemara en tire une règle générale de langage, empruntée au traité Derekh Erets : habitue ta langue à dire « je ne sais pas ». Une formule prudente évite d'être pris au piège de ses propres paroles.

7
רַב אַשִּׁי אָמַר: בְּפַלְגָא אוּרְתָּא דִּתְלֵיסַר נָגְהֵי אַרְבֵּסַר הֲוָה קָאֵי, וְהָכִי קָאָמַר מֹשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לְמָחָר כַּחֲצוֹת הַלַּיְלָה כִּי הָאִידָּנָא אֲנִי יוֹצֵא בְּתוֹךְ מִצְרָיִם.

Rav Achi a dit : il se tenait au milieu de la nuit du treize [de Nissan] qui éclaire le quatorze, et voici ce que Moche a dit à Israël : le Saint béni soit-Il a dit — demain, à l'heure de minuit comme en ce moment même, Je sortirai au milieu de l'Égypte.

📜 Rachi (1)
תְּלֵיסַר נַגְהֵי אַרְבֵּסַר לֵיל שֶׁעָבַר שְׁלֹשָׁה עָשָׂר וְלַמָּחֳרָת יַגִּיעַ אַרְבָּעָה עָשָׂר:
« Le treize qui éclaire le quatorze » — la nuit écoulée était celle du treize, et le lendemain arrivait le quatorze.
💡 Explication

Rav Achi supprime la difficulté à la racine en relisant le mot kahatsot. Le préfixe kaf y marque une comparaison et non une approximation : Moche, qui parle à minuit précis dans la nuit du treize, désigne l'instant correspondant de la nuit suivante. La formule signifie donc « demain, au même moment qu'à présent », et la question du savoir exact de Moche ne se pose plus.

🖼️ Schéma
La lecture de Rav Achi : kahatsot comme comparaison Moche parle au milieu de la nuit du 13 Nissan et désigne le même instant la nuit suivante. minuit de la nuit du 13 qui éclaire le 14 minuit de la nuit suivante sortie contre l'Égypte Moche se tient ici et parle : demain, comme à cet instant même Je sortirai au milieu de l'Égypte Ce que la lecture résout Le kaf de kahatsot marque une comparaison entre deux instants, et non une approximation : la question du savoir exact de Moche ne se pose donc plus.
Rav Achi : kahatsot rapporte l'instant de la sortie à l'instant où Moche parle.
8
״לְדָוִד, שָׁמְרָה נַפְשִׁי כִּי חָסִיד אָנִי״. לֵוִי וְרַבִּי יִצְחָק. חַד אָמַר: כָּךְ אָמַר דָּוִד לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, לֹא חָסִיד אֲנִי? שֶׁכָּל מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב יְשֵׁנִים עַד שָׁלֹשׁ שָׁעוֹת, וַאֲנִי ״חֲצוֹת לַיְלָה אָקוּם לְהוֹדוֹת לָךְ״.

« De David : garde mon âme, car je suis un 'hassid. » Levi et Rabbi Yits'hak [divergent]. L'un dit : ainsi a parlé David devant le Saint béni soit-Il — Maître du monde, ne suis-je pas un 'hassid ?

Car tous les rois d'orient et d'occident dorment jusqu'à la troisième heure, et moi, « à minuit je me lève pour Te rendre grâce ».

🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁכָּל מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת, לָמָּה נָקֵיט מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב וְלֹא אָמַר מַלְכֵי צָפוֹן וְדָרוֹם, דְּוַדַּאי יֵשׁ מְלָכִים גַּם כֵּן שָׁם? וְעַייֵּן מָהַרְשָׁ"א. וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת, וְלָמָּה הִקְדִּים מִזְרָח לַמַּעֲרָב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ בַּמִּדְרָשׁ בַּמִּדְבָּר, אָמַר לוֹ הַקָּבָּ"ה לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ, מִזְרָח, שֶׁמִּמֶּנּוּ אוֹר יוֹצֵא לְעוֹלָם יִהְיֶה כְּנֶגְדּוֹ יְהוּדָה שֶׁהוּא בַּעַל מְלוּכָה וְכוּ', לְכָךְ כְּתִיב (בַּמִּדְבָּר ב, ג) וְהַחֹנִים קֵדְמָה מִזְרָחָה דֶּגֶל מַחֲנֵה יְהוּדָה לְצִבְאֹתָם עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא הַמִּזְרָח הוּא חֶלְקוֹ שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהוּא מִשֵּׁבֶט יְהוּדָה, וּלְכָךְ כֵּיוָן שֶׁבָּא לְהַזְכִּיר הַהֶבְדֵּל שֶׁיֵּשׁ בֵּינוֹ לְבֵין מַלְכֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם, נְקַט מַלְכֵי מִזְרָח שֶׁהֵם בַּחֵלֶק שֶׁהוּא שֶׁלּוֹ וְכֵיוָן שֶׁזָּכַר מִזְרָח, הִזְכִּיר מַעֲרָב, שֶׁהוּא קָצֶה הַשֵּׁנִי שֶׁכְּנֶגְדּוֹ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי זָכָר מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב, כְּדֵי לִגְנוּתָם עֹוז בִּגְנַאי אַחֵר עַל אֲשֶׁר הֵם הוֹלְכִים בְּהֶבֶל וָרִיק שֶׁמִּשְׁתַּחֲוִים לַחַמָּה הַיּוֹצְאָהּ בַּמִּזְרָח וְשׁוֹקַעַת בַּמַּעֲרָב.
« Car tous les rois d'orient et d'occident. » On peut demander : pourquoi mentionner les rois d'orient et d'occident et ne pas dire les rois du nord et du sud, alors qu'il y a certainement des rois là aussi ? Voir le Maharcha. On peut encore demander : pourquoi placer l'orient avant l'occident ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que cela repose] sur ce qui est dit dans le Midrach Bamidbar : le Saint béni soit-Il dit à Moche notre maître — l'orient, d'où la lumière sort vers le monde, aura en face de lui Yehouda, qui détient la royauté, etc. ; c'est pourquoi il est écrit (Nombres 2, 3) « et ceux qui campent à l'avant, vers l'orient : la bannière du camp de Yehouda selon leurs armées » ; voir là-bas. Il se trouve donc que l'orient est la part du roi David, la paix soit sur lui, qui est de la tribu de Yehouda ; c'est pourquoi, venant à mentionner la différence entre lui et les rois des nations du monde, il a pris les rois d'orient, qui sont dans la part qui est la sienne ; et ayant mentionné l'orient, il a mentionné l'occident, qui est l'autre extrémité, en face. Ou encore, il me semble qu'il a mentionné les rois d'orient et d'occident afin de les blâmer d'un autre blâme : ils vont dans la vanité et le vide, se prosternant devant le soleil qui se lève à l'orient et se couche à l'occident.
שָׁמְרָה נַפְשִׁי כִּי חָסִיד אָנִי (תְּהִילִּים פ״ו:ב׳) רַבִּי לֵוִי וְרַבִּי יִצְחָק. מַקְשִׁים וַהֲלֹא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה חָסִיד גָּדוֹל הָיָה בְּכַמָּה דְּבָרִים, וּמַאי רַבְּוָתַיְהוּ דְּהָנֵי תְּרֵי דַּחֲסִידוּתָא דִּפְרָטֵי לְהוּ רַבָּנָן הָכָא בְּפֵרוּשָׁא דִּקְרָא, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקַשְׁיָא לְהוּ בָּזֶה שֶׁאָמַר חָסִיד אֲנִי, כְּאִלּוּ בָּא לִשְׁלֹול אֲחֵרִים מִזֶּה, וּמְנָא יָדַע דְּלוֹ לְבַדּוֹ תִּתְיַיחֵס הַחֲסִידוּת, וְדִילְמָא אִיכָּא חֲסִידִים עֲדִיפֵי מִינֵּיהּ דְּמַחְמְרִי טְפֵי, לְכָךְ בָּאוּ לְפָרֵשׁ הַחֲסִידוּת בְּעִנְיָן הַנּוֹגֵעַ לְתַכְסִיסֵי מַלְכוּת, וּבְעִנְיָן זֶה אֵין בִּזְמַנּוֹ דּוֹמֶה אֵלָיו, דְּלָא הָיָה בְּיִשְׂרָאֵל מֶלֶךְ אֶלָּא הוּא לְבַדּוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּסָבְרִי מָרָנָן כֵּיוָן דְּדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה עָנָיו מְאֹד לֹא יִרְצֶה לְשַׁבֵּחַ עַצְמוֹ בְּעִנְיַן הַחֲסִידוּת, וְלֹא אָמַר כֵּן אֶלָּא כְּדֵי לְהַצִּיל עַצְמוֹ מִלְּזוּת שְׂפָתַיִם שֶׁיֵּשׁ עָלָיו בְּעִנְיַן בַּת שֶׁבַע, וְלָכֵן כָּל אֶחָד מִן הַחֲכָמִים הַנִּזְכָּרִים פֵּירֵשׁ הַחֲסִידוּת בְּעִנְיָן שֶׁבָּהּ יִתְבָּרֵר שֶׁהוּא נָקִי וְצַדִּיק בְּדָבָר זֶה שֶׁל בַּת שֶׁבַע, וְהוּא כִּי יָדוּעַ (דִּבְרֵי) רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל רְאוּיָה הָיְתָה בַּת שֶׁבַע לְדָוִד אֶלָּא שֶׁאָכְלָה פַּגָּה, כְּלוֹמַר לְקָחָהּ קֹודֶם זְמַן הָרָאוּי לְהַמְתִּין אֵלָיו, וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הָעִנְיָן שֶׁהָיָה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה צָרִיךְ לְתַקֵּן אֶת לֵאָה וְאֶת רָחֵל כִּי הָיָה כָּלוּל מִשְּׁנֵיהֶם, וּלְכָךְ מָלַךְ שֶׁבַע שָׁנִים תְּחִלָּה בְּחֶבְרוֹן, שֶׁבָּהֶם תִּיקֵּן אֶת רָחֵל, וְהָיָה צָרִיךְ לְתַקֵּן אַחַר כָּךְ אֶת לֵאָה בְּשֶׁבַע שָׁנִים בִּירוּשָׁלַיִם, שֶׁהִיא סוֹד לֵאָה, וְאַחַר כָּךְ תִּהְיֶה בַּת שֶׁבַע רְאוּיָה אֵלָיו שֶׁיִּשָּׂאֶנָּה, וְהוּא לֹא הִמְתִּין שֶׁבַע שָׁנִים אֶלָּא בִּתְחִילַּת בִּיאָתוֹ לִירוּשָׁלַיִם לְקָחָהּ, וְזֶה שֶׁאָמְרוּ אָכְלָה פַּגָּה, וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים בִּשְׁמוּאֵל עַיֵּין שָׁם. וְהִנֵּה יָדוּעַ מַה שֶׁהָיָה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה זָרִיז לָקוּם בַּחֲצוֹת לַיְלָה, הַייְנוּ כְּדֵי לְקַשֵּׁט אֶת לֵאָה שֶׁהִיא סוֹד חֲצוֹת הַשֵּׁנִי שֶׁל הַלַּיְלָה, וְזוֹ הוֹכָחָה שֶׁלֹּא חָטָא בְּבַת שֶׁבַע, דְּאִם חָטָא חַס וְשָׁלוֹם, אֵיךְ הָיָה יָכוֹל לְתַקֵּן וּלְקַשֵּׁט אֶת בְּחִינַת לֵאָה בַּחֲצוֹת לַיְלָה אִם חַס וְשָׁלוֹם קִלְקֵל קִלְקוּל גָּדוֹל כָּזֶה בִּבְחִינָתָהּ בְּעִנְיַן בַּת שֶׁבַע, וּלְכָךְ מַאן דְּאָמַר הָרִאשׁוֹן הֵבִיא חֲסִידוּת זוֹ שֶׁל חֲצוֹת לַיְלָה שֶׁהָיָה דָּוִד אוֹמֵר חֲסִידוּת זוֹ שֶׁלּוֹ כְּדֵי לְבָרֵר שֶׁהוּא לֹא פָּגַם וְקִלְקֵל חַס וְשָׁלוֹם בְּחֵטְא אֵשֶׁת אִישׁ בְּבַת שֶׁבַע. וּמַאן דְּאָמַר הַב', הֵבִיא חֲסִידוּת אַחֶרֶת שֶׁהָיָה מְזַלְזֵל בִּכְבוֹדוֹ כְּדֵי לְטַהֵר אִשָּׁה לְבַעֲלָהּ, וְהַטַּעַם שֶׁהָיָה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה מִשְׁתַּדֵּל בְּדָבָר זֶה מְאֹד לְטַהֵר אִשָּׁה לְבַעְלָהּ, הַיְינוּ כְּדֵי לְתַקֵּן מַה שֶׁעָשָׂה בְּעִנְיַן בַּת שֶׁבַע, כִּי בֶּאֱמֶת הוּא לֹא חָטָא בָּזֶה כְּלָל כִּי הָיְתָה רְאוּיָה לוֹ, וְהָיְתָה מְגֹורֶשֶׁת וּטְהוֹרָה, וְגַם יְמֵי הַבְחָנָה הָיָה כָּרָאוּי וְכַנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ, וְרַק אָכְלָה פַּגָּה, שֶׁנִּרְאֶה לְעֵינֵי הָרוֹאִין שֶׁחָטַף אוֹתָהּ מִבַּעְלָהּ, וְכֵן הוּא עַל פִּי הָאֱמֶת, כִּי לָקְחָה מִבַּעְלָהּ קֹודֶם הַזְּמַן הָרָאוּי לְהַמְתִּין, וְכַנִּזְכָּר לְעֵיל, וּלְכָךְ הָיָה מִשְׁתַּדֵּל לְטַהֵר אִשָּׁה לְבַעְלָהּ אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה מְזַלְזֵל בִּכְבוֹדוֹ בְּכָךְ, וְנִמְצָא כִּי הוּא לֹא חָטָא בְּבַת שֶׁבַע כְּלָל, וְרַק זֶה הַחִסָּרוֹן הָיָה לוֹ בַּדָּבָר הַזֶּה, שֶׁחָטַף אוֹתָהּ מִבַּעְלָהּ קֹודֶם זְמַנָּהּ, וּלְכָךְ הָיָה מַזְכִּיר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה חֲסִידוּת זוֹ שֶׁהָיָה נִזְהָר בְּדָבָר זֶה לְבָרֵר שֶׁהוּא בֶּאֱמֶת לֹא חָטָא בְּבַת שֶׁבַע חֵטְא מַמָּשׁ. וְדַע כִּי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י פֵּירֵשׁ שָׁם הַטַּעַם מַה שֶׁקָּרָא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אֶת עַצְמוֹ חָסִיד, יְעֻויַּן שָׁם, וּלְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ זַ"ל שָׁם, מוּבָנִים הֵיטֵב דִּבְרֵי חֲזַ"ל הֵן לְמָאֵן דְּאָמַר הָא' וְהֵן לְמָאֵן דְּאָמַר הַב', וְהַמַּשְׂכִּיל יָבִין אֵיךְ הַדְּבָרִים מְכֻוָּונִים הֵיטֵב ודו"ק.
« Garde mon âme, car je suis un 'hassid » (Psaumes 86, 2) — Rabbi Levi et Rabbi Yits'hak. On demande : le roi David, la paix soit sur lui, était un grand 'hassid en bien des domaines ; quelle est donc la particularité de ces deux traits de 'hassidout que nos maîtres détaillent ici dans l'explication du verset ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui leur fait difficulté est qu'en disant « je suis un 'hassid » il semble vouloir en exclure les autres ; or d'où saurait-il que la 'hassidout lui revient à lui seul, et peut-être y a-t-il des 'hassidim supérieurs à lui, plus rigoureux que lui ? C'est pourquoi ils sont venus expliquer sa 'hassidout dans un domaine qui touche aux usages de la royauté : dans ce domaine, nul en son temps ne lui ressemblait, car il n'y avait en Israël de roi que lui seul. Il me semble en outre, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont considéré que, le roi David étant très humble, il n'aurait pas voulu se louer lui-même de 'hassidout, et qu'il n'a parlé ainsi que pour se sauver des mauvaises langues qui pesaient sur lui à propos de Bat Cheva ; c'est pourquoi chacun des sages mentionnés a expliqué la 'hassidout d'une manière qui établit qu'il était net et juste dans cette affaire de Bat Cheva. Car nos maîtres de mémoire bénie ont dit : Bat Cheva était destinée à David, seulement il l'a mangée avant maturité, c'est-à-dire qu'il l'a prise avant le temps qu'il convenait d'attendre. Notre maître le Ari de mémoire bénie a expliqué la chose : le roi David devait réparer Léa et Ra'hel, car il était composé des deux ; c'est pourquoi il régna d'abord sept ans à 'Hevron, durant lesquels il répara Ra'hel, et il devait ensuite réparer Léa pendant sept ans à Jérusalem, qui est le sod (secret) de Léa, et alors seulement Bat Cheva lui aurait convenu pour qu'il l'épouse. Or il n'a pas attendu sept ans : dès son arrivée à Jérusalem il l'a prise, et c'est ce qu'ils ont dit « il l'a mangée avant maturité », comme il est rapporté au Chaar HaPessoukim sur Samuel ; voir là-bas. Or on sait que le roi David s'empressait de se lever à minuit afin de parer Léa, qui est le sod de la seconde moitié de la nuit ; et c'est là une preuve qu'il n'a pas fauté avec Bat Cheva, car s'il avait fauté, à D.ieu ne plaise, comment aurait-il pu réparer et parer l'aspect de Léa à minuit, s'il avait, à D.ieu ne plaise, causé en cet aspect un dommage aussi grave par l'affaire de Bat Cheva ? C'est pourquoi le premier maître a apporté cette 'hassidout de minuit : David énonçait cette 'hassidout qui était sienne pour établir qu'il n'avait pas endommagé ni gâté, à D.ieu ne plaise, par la faute d'une femme mariée avec Bat Cheva. Et le second maître a apporté une autre 'hassidout, celle par laquelle il rabaissait son honneur afin de rendre une femme pure pour son mari ; la raison pour laquelle le roi David s'appliquait tant à rendre une femme pure pour son mari était de réparer ce qu'il avait fait dans l'affaire de Bat Cheva. Car en vérité il n'a pas fauté en cela du tout : elle lui était destinée, elle était divorcée et pure, et les jours de vérification avaient été observés comme il faut, ainsi qu'il est rapporté dans le saint Zohar ; seulement il l'a mangée avant maturité, de sorte qu'il paraissait aux yeux de ceux qui regardaient qu'il l'avait arrachée à son mari — et il en est bien ainsi en vérité, car il l'a prise à son mari avant le temps qu'il convenait d'attendre, comme il a été dit plus haut. C'est pourquoi il s'appliquait à rendre une femme pure pour son mari, bien qu'il rabaissât ainsi son honneur. Il se trouve donc qu'il n'a pas fauté du tout avec Bat Cheva, et que son seul manquement en cette affaire fut de l'avoir prise à son mari avant son temps ; c'est pourquoi le roi David mentionnait cette 'hassidout, la vigilance qu'il avait en cette matière, pour établir qu'en vérité il n'avait pas commis de faute réelle avec Bat Cheva. Et sache que notre maître le Ari de mémoire bénie, dans le Chaar Maamarei Rachbi, a expliqué là-bas la raison pour laquelle le roi David s'est appelé lui-même 'hassid ; voir là-bas. Selon les paroles de notre maître à cet endroit, les propos de nos sages se comprennent parfaitement, aussi bien selon le premier maître que selon le second, et l'homme intelligent comprendra combien les choses s'accordent.
💡 Explication

Ouverture d'une nouvelle sougya, amenée par le thème du lever nocturne. Le verset des Psaumes pose une difficulté de fond : comment un homme peut-il se déclarer lui-même 'hassid ? Levi et Rabbi Yits'hak répondent en cherchant, dans la conduite de David, un point où il dépasse ce qui lui était demandé.

Première lecture : la 'hassidout de David tient à son lever de minuit. La comparaison porte sur ce qu'un roi peut légitimement s'accorder : les autres rois dorment jusqu'à la troisième heure du jour, et David renonce à ce repos.

9
וְאִידָךְ, כָּךְ אָמַר דָּוִד לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, לֹא חָסִיד אֲנִי? שֶׁכָּל מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב יוֹשְׁבִים אֲגֻודּוֹת אֲגֻודּוֹת בִּכְבוֹדָם, וַאֲנִי יָדַי מְלֻוכְלָכוֹת בְּדָם וּבְשָׁפִיר וּבְשִׁלְיָא כְּדֵי לְטַהֵר אִשָּׁה לְבַעֲלָהּ. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא כָּל מַה שֶׁאֲנִי עוֹשֶׂה, אֲנִי נִמְלָךְ בִּמְפִיבֹשֶׁת רַבִּי, וְאוֹמֵר לוֹ: ״מְפִיבֹשֶׁת רַבִּי, יָפֶה דַּנְתִּי? יָפֶה חִייַּבְתִּי? יָפֶה זָכִיתִי? יָפֶה טָהַרְתִּי? יָפֶה טִמֵּאתִי?״, וְלֹא בֹּושְׁתִּי.

Et l'autre [dit] : ainsi a parlé David devant le Saint béni soit-Il — Maître du monde, ne suis-je pas un 'hassid ? Car tous les rois d'orient et d'occident siègent par groupes dans leur honneur, et moi, mes mains sont souillées de sang, de chefir (poche embryonnaire) et de chilya (placenta), afin de rendre une femme pure pour son mari.

Et non seulement cela, mais tout ce que je fais, je le soumets à Méfivochet mon maître, et je lui dis : « Méfivochet mon maître, ai-je bien jugé ? ai-je bien condamné ? ai-je bien acquitté ? ai-je bien déclaré pur ? ai-je bien déclaré impur ? » Et je n'en ai pas eu honte.

📜 Rachi (5)
יָדַי מְלֻוכְלָכוֹת בַּדָּם שֶׁהַנָּשִׁים מַרְאוֹת לוֹ דַּם נִדָּה אִם טָמֵא אִם טָהוֹר שֶׁיֵּשׁ מַרְאוֹת דָּם טָהוֹר בְּאִשָּׁה:
« Mes mains sont souillées de sang » — les femmes lui montrent le sang de nida pour savoir s'il est impur ou pur, car il existe chez la femme des teintes de sang pur.
וּבְשָׁפִיר הוּא עוֹר הַוָּלָד שֶׁהָעֲצָמוֹת וְהַגִּידִים וְהַבָּשָׂר נְצוּרִים בְּתוֹכוֹ. וְיֵשׁ שַׁפִּיר שֶׁהָאִשָּׁה יוֹשֶׁבֶת עָלָיו יְמֵי טֻומְאָה וִימֵי טָהֳרָה וְאֵי זֶה זֶה הַמְרֻוקָּם וּבְמַס' נִדָּה (דַּף כֹּד ב) מְפָרֵשׁ לָהּ וְיֵשׁ שַׁפִּיר מָלֵא מַיִם וְדָם שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב וָלָד לֵישֵׁב עָלָיו טֻומְאַת יוֹלֶדֶת וִימֵי טָהֳרָתָהּ:
« Et de chefir » — c'est la membrane de l'embryon, dans laquelle les os, les tendons et la chair sont formés. Il existe un chefir pour lequel la femme observe les jours d'impureté et les jours de pureté, celui qui présente une forme constituée, comme l'explique le traité Nida (24b) ; et il existe un chefir rempli d'eau et de sang, qui n'est pas considéré comme un enfant pour qu'elle observe à son sujet l'impureté de la femme qui accouche et ses jours de pureté.
וּבֻשְׁלַיָּא דִּתְנַן (שָׁם כו) אֵין שִׁלְיָא בְּלֹא וָלָד וְהוּא כְּמִין לְבוּשׁ שֶׁהַוָּלָד שׁוֹכֵב בְּתוֹכָהּ וְקוֹרִין ושטי"דור בְּלַעַ"ז וְתַנְיָא (שָׁם) אֵין שָׁלְיָא פְּחוּתָה מִטֶּפַח וּתְחִלָּתָהּ כְּחוּט שֶׁל עֵרֶב וְסוֹפָהּ כְּתוּרְמוֹס וְהָיוּ מְבִיאִין אוֹתָהּ לְפָנָיו לִרְאוֹת אִם יֵשׁ בָּהּ כַּשִּׁיעוּר וְאִם עֲשׂוּיָה כַּדָּת שָׁלְיָא שֶׁנַּחֲזִיקֶנָּה שֶׁהָיָה וָלָד בְּתוֹכָהּ וְנִמּוֹחַ וְתֵשֵׁב עָלָיו יְמֵי טֻומְאָה וְטָהֳרָה אִם לָאו:
« Et de chilya » — car nous avons appris (Nida 26a) qu'il n'y a pas de placenta sans enfant ; c'est comme un vêtement dans lequel l'enfant est couché, que l'on appelle vestidour en langue vernaculaire. Et il a été enseigné (ibid.) qu'un placenta n'est pas moindre d'un tefa'h, que son début est comme un fil de trame et sa fin comme un lupin. On le lui apportait pour voir s'il avait la mesure requise et s'il était constitué comme un placenta, de sorte que l'on présume qu'un enfant s'y trouvait et s'y est dissous, et qu'elle observe à son sujet les jours d'impureté et de pureté ; ou bien non.
זָכִיתִי וְחִיַּיבְתִּי שַׁייָּךְ בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת וְדִינֵי נַפְשׁוֹ':
« J'ai acquitté et j'ai condamné » — cela concerne les affaires pécuniaires et les affaires capitales.
טִמֵּאתִי וְטִהַרְתִּי בְּהִלְכוֹת טֻומְאָה וְטָהֳרָה:
« J'ai déclaré impur et j'ai déclaré pur » — dans les lois d'impureté et de pureté.
🪔 Ben Yehoyada (3)
שֶׁכָּל מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב יוֹשְׁבִים אֲגֻדּוֹת אֲגֻדּוֹת בִּכְבוֹדָם. נ״ל בס״ד נָקֵיט אַגָּדוֹת עַל שְׁלֹשָׁה מִינֵי כָּבוֹד הַמְיֻוחָד לָהֶם, כִּי אֵין אֲגֻודָּה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה וּכְבוֹדָן שֶׁל מְלָכִים מְשֻׁולָּשׁ בִּשְׁלֹשָׁה מִינֵי כָּבוֹד, הָא' מִצַּד שֵׁבֶט הַמֶּמְשָׁלָה וְהַמְּלוּכָה הַמָּסוּר בְּיָדָם בִּלְבַד לִרְדּוֹת בּוֹ, וְהַב' מִצַּד הַכִּסֵּא, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר פַּרְעֹה לְיוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה (בְּרֵאשִׁית מא, מ) רַק הַכִּסֵּא אֶגְדַּל מִמֶּךָּ, וְהַג' מִצַּד הַמַּלְבּוּשׁ הַמְיֻוחָד לָהֶם דַּוְקָא שֶׁאֵין רְשׁוּת לְשׁוּם אָדָם לְהִתְכַּבֵּד בּוֹ לְלָבְשׁוֹ, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (אֶסְתֵּר ח, טו) וּמָרְדֳּכַי יָצָא מִלִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ בִּלְבוּשׁ מַלְכוּת, הֲרֵי שְׁלֹשָׁה מִינֵי כָּבוֹד, שֶׁהוּא אֲגֻודָּה, כִּי אֵין אֲגֻודָּה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה, הֵם מְיֻוחָדִים לַמְּלָכִים בִּלְבַד, וְלָזֶה אָמַר יוֹשְׁבִים אֲגֻודּוֹת אֲגֻודּוֹת, בִּכְבוֹדָם וַאֲנִי עָשִׂיתִי לְהֵפֶךְ שֶׁהָיִיתִי מְזַלְזֵל בְּעַצְמִי בַּעֲבוּר מִצְוַת השי"ת לְטַהֵר אִשָּׁה לְבַעְלָהּ, בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים שֶׁהָיְתָה יָדַי מְלֻוכְלָכוֹת בְּדָם וְשַׁפִּיר וְשֶׁיַּלֵּיהּ, כְּדֵי לְטַהֵר אִשָּׁה לְבַעֲלָהּ.
« Car tous les rois d'orient et d'occident siègent par groupes dans leur honneur. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a employé le mot agoudot (groupes) pour les trois sortes d'honneur qui leur sont propres, car il n'y a pas d'agouda à moins de trois, et l'honneur des rois est triple. La première sorte vient du sceptre de domination et de royauté, remis à eux seuls pour gouverner ; la deuxième vient du trône, comme Pharaon dit à Yossef le juste, la paix soit sur lui (Genèse 41, 40) : « par le trône seulement je serai plus grand que toi » ; la troisième vient du vêtement qui leur est propre, que nul n'a le droit de revêtir pour s'en honorer, comme il est dit (Esther 8, 15) : « et Mordekhai sortit de devant le roi en vêtement royal ». Voilà trois sortes d'honneur, ce qui forme une agouda, car il n'y a pas d'agouda à moins de trois, et elles appartiennent aux rois seuls. C'est pourquoi il dit « ils siègent par groupes, dans leur honneur » ; et moi j'ai fait l'inverse, je me rabaissais moi-même pour la mitsva de Hachem, afin de rendre une femme pure pour son mari, par trois choses, mes mains étant souillées de sang, de chefir et de chilya, afin de rendre une femme pure pour son mari.
כָּל מַה שֶׁאֲנִי עוֹשֶׂה, אֲנִי נִמְלָךְ בִּמְפִיבֹשֶׁת רַבִּי וְאוֹמֵר לוֹ מְפִיבֹשֶׁת רַבִּי, יָפֶה דַּנְתִּי? יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת, לָמָּה הָיָה מַזְכִּיר שְׁמוֹ שֶׁאוֹמֵר לוֹ מְפִיבֹשֶׁת רַבִּי, כֵּיוָן שֶׁהוּא מְדַבֵּר עִמּוֹ בְּפָנָיו, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְאוֹמֵר לוֹ יָפֶה דַּנְתִּי, וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁהִקְשׁוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל, אֵיךְ יִקְרָאֵהוּ בִּשְׁמוֹ מֵאַחַר שֶׁהָיָה רַבּוֹ, דְּאַף עַל פִּי שֶׁאוֹמֵר לוֹ רַבִּי, גַּם כֵּן אָסוּר בְּפָנָיו, וְתֵרְצוּ דְּדִין זֶה לָא אִתְּמַר אֶלָּא בְּרַבּוֹ מֻובְהָק, וּמְפִיבֹשֶׁת לֹא הָיָה רַבּוֹ מֻובְהָק, אֶלָּא עִירָא הַיָּאִירִי הָיָה רַבּוֹ מֻובְהָק, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּעֵירוּבִין וְעַל דִּבְרֵיהֶם הַנִּזְכָּרִים יֵשׁ מַקְשִׁים מַאי קַשְׁיָא לְהוּ, וַהֲלֹא יְהוֹשֻׁעַ אָמַר (בַּמִּדְבָּר יא, כח) אֲדֹנָי מֹשֶׁה כְּלָאֵם, וְתֵרְצוּ הָתָם, אָמַר אֲדוֹנִי מֹשֶׁה, שֶׁהִקְדִּים אֲדוֹנִי לִשְׁמוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְזֶה שָׁרִי אֲפִילּוּ בְּרַבּוֹ מֻובְהָק, אֲבָל אִם הָיָה אוֹמֵר מֹשֶׁה אֲדוֹנִי, אָסוּר בְּרַבּוֹ מֻובְהָק, וְכָאן אָמַר מְפִיבֹשֶׁת רַבִּי, הַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּלָא הָיָה רַבּוֹ מֻובְהָק עַד כָּאן דְּבָרָיו. וּבָזֶה מוּבָן בס"ד שַׁפִּיר מַה שֶׁנִּתְחַכֵּם דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לוֹמַר שְׁנֵי מִילּוֹת יְתֵירוֹת אֵלּוּ, וְהֵם מְפִיבֹשֶׁת רַבִּי קֹודֶם שֶׁיֹּאמַר לוֹ יָפֶה דַּנְתִּי? כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְלוֹנָן עָלָיו הַשּׁוֹמֵעַ לוֹמַר אִם הוּא רַבְּךָ, אֵיךְ הָיִיתָ דָּן מֵעִיקָּרָא, דְּאָסוּר לְהוֹרוֹת בִּזְמַן שֶׁרַבּוֹ קַיָּים, וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ שְׁלֹשָׁה פַּרְסָאוֹת אָסוּר, דְּחָשׁוּב בְּפָנָיו, לְכָךְ נִתְחַכֵּם לְהַבְלִיעַ הַתֵּירוּץ שֶׁל קֻושְׁיָא בִּדְבָרָיו שֶׁהָיָה אוֹמֵר לוֹ בִּתְחִלַּת דְּבָרָיו מְפִיבֹשֶׁת רַבִּי, וּמְדַבְּרִים אֵלּוּ יָבִין הַשּׁוֹמֵעַ שֶׁלֹּא הָיָה מְפִיבֹשֶׁת רַבּוֹ מֻובְהָק דְּאִם הָיָה רַבּוֹ מֻובְהָק, הָיָה צָרִיךְ לוֹמַר לוֹ רַבִּי מְפִיבֹשֶׁת, כְּמוֹ שֶׁאָמַר יְהוֹשֻׁעַ אֲדוֹנִי מֹשֶׁה, וְכֵיוָן שֶׁרָמַז בְּדִבּוּר זֶה שֶׁלֹּא הָיָה רַבּוֹ מֻובְהָק הַשְׁתָּא, מִמֵּילָא לֹא יָבֹא הַשּׁוֹמֵעַ לְהַקְשׁוֹת עָלָיו אֵיךְ הוֹרָה הֲלָכָה מֵעִיקָּרָא בְּפָנָיו, דְּדִין זֶה לָא אִתְּמַר אֶלָּא בְּרַבּוֹ מֻובְהָק שֶׁלֹּא יוֹרֶה תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה פַּרְסָאוֹת, וְאִם אֵין רַבּוֹ מֻובְהָק שָׁרִי.
« Tout ce que je fais, je le soumets à Méfivochet mon maître, et je lui dis : Méfivochet mon maître, ai-je bien jugé ? » On peut demander : pourquoi mentionnait-il son nom en lui disant « Méfivochet mon maître », puisqu'il lui parlait en face ? Il aurait suffi de dire « et je lui dis : ai-je bien jugé ? ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que cela repose] sur la question posée par les commentateurs de mémoire bénie : comment pouvait-il l'appeler par son nom, puisqu'il était son maître ? Même en lui disant « mon maître », cela reste interdit en sa présence. Ils ont répondu que cette règle n'a été énoncée qu'à propos du rav mouvhak (le maître principal), et que Méfivochet n'était pas son maître principal : c'est Ira le Yairi qui l'était, comme il est dit dans la guemara d'Erouvin. Sur ces paroles, certains objectent : qu'est-ce qui leur faisait difficulté ? Yehochoua n'a-t-il pas dit (Nombres 11, 28) « mon seigneur Moche, empêche-les » ? On a répondu que là-bas il a dit « mon seigneur Moche », plaçant « mon seigneur » avant le nom de Moche notre maître, ce qui est permis même avec le maître principal ; mais s'il avait dit « Moche mon seigneur », ce serait interdit avec le maître principal. Or ici il dit « Méfivochet mon maître » : la raison en est qu'il n'était pas son maître principal — fin de leurs propos. Par là se comprend bien, avec l'aide du Ciel, l'habileté du roi David à dire ces deux mots supplémentaires, « Méfivochet mon maître », avant de lui dire « ai-je bien jugé ? » : afin que celui qui l'entend ne lui fasse pas reproche en disant « s'il est ton maître, comment as-tu jugé d'abord ? », car il est interdit d'enseigner du vivant de son maître, et même à moins de trois parsaot c'est interdit, cela étant considéré comme en sa présence. Il s'est donc habilement arrangé pour glisser la réponse à l'objection dans ses paroles, en lui disant d'emblée « Méfivochet mon maître » ; de ces mots, celui qui entend comprend que Méfivochet n'était pas son maître principal, car s'il l'avait été, il aurait dû lui dire « mon maître Méfivochet », comme Yehochoua a dit « mon seigneur Moche ». Et puisqu'il a fait allusion par cette formule à ce qu'il n'était pas son maître principal, celui qui entend n'en viendra pas à lui objecter comment il a enseigné la halakha en sa présence, car cette règle n'a été dite que du maître principal, dont on n'enseigne pas à moins de trois parsaot ; et si ce n'est pas le maître principal, c'est permis.
יָפֶה דַּנְתִּי? יָפֶה חִיבַּתִּי? יָפֶה זָכִיתִי? יָפֶה טָהַרְתִּי? יָפֶה טִמֵּאתִי? וְלֹא בִּשְׁתֵּי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּקִיצּוּר וְלֹא עוֹד אֶלָּא כָּל מַה שֶׁאֲנִי דָּן אֲנִי נִמְלָךְ בִּמְפִיבֹשֶׁת רַבִּי וְלֹא בֹּושְׁתִּי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יֵשׁ אָדָם אַחֵר שֶׁהוֹרָה הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה וְרוֹצֶה לִשְׁאוֹל אוֹתוֹ הַדִּין מֵרַבּוֹ, אוֹ מִן הַגָּדוֹל מִמֶּנּוּ, כְּדֵי שֶׁיֵּדַע אִם יָפֶה הוֹרָה אוֹ שֶׁמָּא טָעָה, לֹא יֹאמַר לוֹ כָּךְ וְכָךְ הוֹרֵיתִי וְעָשִׂיתִי מַעֲשֶׂה, כִּי יָרֵא שֶׁמָּא טָעָה וְאָז יֵבוֹשׁ מִמֶּנּוּ, אֶלָּא יִשְׁאַל מִן הָרַב דֶּרֶךְ שְׁאֵלָה לִלְמֹוד דִּין, וְלֹא יַגִּיד שֶׁעָשָׂה מַעֲשֶׂה, וְהַיְינוּ רְבוּתֵיהּ דְּדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁלֹּא הָיָה נוֹהֵג כָּךְ, אֶלָּא הָיָה אוֹמֵר כָּךְ דַּנְתִּי וְכָךְ חִיַּיבְתִּי, שֶׁהוּא מַגִּיד לִפְנֵי מְפִיבֹשֶׁת שֶׁעָשָׂה מַעֲשֶׂה וְלֹא בֹּושְׁתִּי שֶׁלֹּא חָשַׁשְׁתִּי מִן הַבּוּשָׁה דְּשֶׁמָּא טָעִיתִי, וְאָז בָּא אֲנִי לִידֵי בּוּשָׁה, וְאַף עַל גַּב דִּדְבָרִים אֵלּוּ הָיָה אוֹמְרָם לִפְנֵי הקב"ה שֶׁהוּא יוֹדֵעַ הָאֱמֶת וּלְמַאי אִצְטְרִיךְ לְפָרוֹשֵׁי כֻּולֵּי הַאי, אַךְ זֶה יָדוּעַ שֶׁהָאָדָם יְפָרֵשׁ זְכִיּוֹתָיו כְּדֵי לִסְתּוֹר פִּי הַמְקַטְרְגִים וּלְעוֹרֵר מְלִיצֵי יֹושֶׁר עָלָיו לְמַעְלָה. וְהִנֵּה רַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ זָכִיתִי וְחִיַּיבְתִּי שַׁייָּךְ בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת וּבְדִינֵי נְפָשׁוֹת עַייֵּן שָׁם, וּמַקְשִׁים הָעוֹלָם בִּשְׁלָמָא דִּינֵי מָמוֹנוֹת יָכוֹל לָדוּן אוֹתָם לְבַדּוֹ, וּלְכָךְ הָיָה נִמְלַךְ בִּמְפִיבֹושֶׁת אַחַר מַעֲשֶׂה, אֲבָל דִּינֵי נְפָשׁוֹת צָרִיךְ לָדוּן בַּסַּנְהֶדְרִין קְטַנָּה אוֹ גְּדוֹלָה, וְאֵין הַדִּין נִפְסָק עַל פִּי יָחִיד, וְאִם דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה יוֹשֵׁב בַּסַּנְהֶדְרִין וְדָן דִּינֵי נְפָשׁוֹת, לֹא נִפְסַק הַדִּין עַל פִּיו לְבַדּוֹ, וְעוֹד דָּבָר שֶׁנִּפְסַק עַל פִּי הַסַּנְהֶדְרִין לֹא שַׁיָּיךְ לִשְׁאֹל אוֹתוֹ אַחַר כָּךְ מִפִּי הַיָּחִיד, יִהְיֶה מִי שֶׁיִּהְיֶה, דְּאֵין דִּבְרֵי הַיָּחִיד כְּלוּם אַחַר דִּבְרֵי הַסַּנְהֶדְרִין שֶׁהֵם רַבִּים, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָאו בְּדִין נְפָשׁוֹת בִּלְחוּדֵיהּ הוּא מְדַבֵּר, אֶלָּא מְדַבֵּר בְּדִין נְפָשׁוֹת דְּפָתֵיךְ בַּהֲדֵי דִּין מָמוֹן, כְּגוֹן הָא דְּקַייְמָא לָן בַּגְּמָרָא דְּסַנְהֶדְרִין דַּף ע"ב, הָיָה בָּא בַּמַּחְתֶּרֶת וְשָׁבַר אֶת הֶחָבִית, אִם יֵשׁ לוֹ דָּמִים חַיָּיב, אֵין לוֹ דָּמִים פָּטוּר, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י כְּלוֹמַר, אִם אֵינוֹ רָאוּי לֵיהָרֵג, כְּגוֹן שֶׁבָּא אָב עַל הַבֵּן, דְּתַנְיָא לְקַמָּן דְּאֵין הַבֵּן רַשַּׁאי לַהֲרֹוג אֶת אָבִיו הַבָּא עָלָיו בַּמַּחְתֶּרֶת, חַייָּב לְשַׁלֵּם אֶת הֶחָבִית כִּשְׁאָר מַזִּיק, וְאִם אֵין לוֹ דָּמִים, כְּגוֹן שְׁאָר כָּל אָדָם שֶׁנִּיתַּן רְשׁוּת לְבַעַל הַבַּיִת לְהָרְגוֹ, פָּטוּר מִלְּשַׁלֵּם דְּחִיּוּב מִיתָה וְחִיּוּב תַּשְׁלוּמִין בָּאִים כְּאֶחָד, וְאַף עַל פִּי שֶׁנִּיצּוֹל פָּטוּר מִן הַתַּשְׁלוּמִין, דְּקַיְימָא לָן בִּכְתֻובּוֹת דַּף ל"ד, חַייָּבֵי מִיתוֹת שׁוֹגְגִין, כְּגוֹן שֶׁלֹּא הִתְרוּ בָּהֶן, אֵין מְשַׁלְּמִין מָמוֹן שֶׁעִם הַמִּיתָה, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין נֶהֱרָגִין עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. נִמְצָא לְפִי זֶה, אֶפְשָׁר שֶׁיָּבֹא לִפְנֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לְבַדּוֹ דִּין מָמוֹן דְּפָתֵיךְ בַּהֲדֵי דִּין נְפָשׁוֹת, כְּגוֹן שֶׁשִּׁבֵּר חָבִית אוֹ עָשָׂה שְׁאָר הֶזֵּק לַחֲבֵירוֹ בְּבוֹאוֹ בַּמַּחְתֶּרֶת, דְּהַשְׁתָּא אַף עַל גַּב דְּיֵשׁ כָּאן דִּינֵי נְפָשׁוֹת, אֵין דִּין זֶה שֶׁל נְפָשׁוֹת בָּא לִפְנֵי הַסַּנְהֶדְרִין כִּי הַבָּא בַּמַּחְתֶּרֶת אֵינוֹ נֶהֱרָג בְּסַנְהֶדְרִין וְאֵינוֹ נֶעֱנָשׁ בְּבֵית דִּין כְּלָל, אַךְ הֵם בָּאִים לִפְנֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לָדוּן בְּדִינֵי הַמָּמוֹן בִּשְׁבִיל הֶיזֵּק הֶחָבִית וְכַיּוֹצֵא, זֶה טוֹעֵן שֶׁהָיָה מִתְחַייֵּב בְּנַפְשׁוֹ וּפָטוּר, וְזֶה טוֹעֵן שֶׁלֹּא הָיָה מִתְחַייֵּב בְּנַפְשׁוֹ, כְּגוֹן שֶׁטּוֹעֵן שֶׁהִקְפּוּהָ בְּנֵי אָדָם אוֹ עֵדִים, וְכַנִּזְכָּר בְּהָרַמְבַּ"ם הִלְכוֹת גְּנֵיבָה פ"ט הֲלָכָה י"א, אוֹ שֶׁטּוֹעֵן טְעָנוֹת אֲחֵרוֹת שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל בַּעַל הַבַּיִת לְהָרְגוֹ דַּהֲרֵי זֶה מִתְחַיֵּיב בְּמָמוֹן וְאָז דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה מֻוכְרָח לָדוּן תְּחִלָּה בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ אֶת הַדִּין הַנּוֹגֵעַ לְדִינֵי נְפָשׁוֹת, לִרְאוֹת אִם זֶה הָאָדָם יֵשׁ לוֹ דָּמִים אוֹ לָאו, וְאָז אַחַר כָּךְ יָדוּן דִּין הַמָּמוֹן אִם יִתְחַיֵּיב בְּהֶיזֵּק זֶה, וְכַמָּה הוּא מִתְחַייֵּב וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה, וְכֵיוָן דְּדִינִים אֵלּוּ הָא בְּהָא תַּלְיָא, לָכֵן שׁוֹאֵל תְּחִלָּה לִמְפִיבֹשֶׁת אִם יָפֶה חִייַּבְתִּי אוֹ זָכִיתִי בְּדַעְתִּי בְּעִנְיַן דִּינֵי הַנְּפָשׁוֹת, לָדַעַת אִם יֵשׁ לוֹ דָּמִים אוֹ לָאו, וְאַחַר כָּךְ שׁוֹאֵל מִמֶּנּוּ אֶת אֲשֶׁר דָּן לְעִנְיַן מַעֲשֶׂה בְּדָבָר הַנּוֹגֵעַ לְמָמוֹן. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד, כְּגַן הָא דְּתַנְיָא בַּגְּמָרָא דְּשַׁבָּת וְסַנְהֶדְרִין וּשְׁאָר דֻּוכְתֵי, הַגּוֹנֵב כִּיס בְּשַׁבָּת חַיָּיב, שֶׁהֲרֵי נִתְחַיֵּיב בִּגְנֵיבָה קֹודֶם שֶׁיָּבֹא לִידֵי אִיסּוּר סְקִילָה, הָיָה מְגָרֵר וְיוֹצֵא פָּטוּר שֶׁהֲרֵי אִיסּוּר גְּנֵיבָה וְאִיסּוּר סְקִילָה בָּאִין כְּאֶחָד, וּלְפִי זֶה הַשְׁתָּא אִם זֶה הַגַּנָּב שֶׁגָּנַב בְּשַׁבָּת כְּבָר מֵת, דְּלָא נִשְׁאַר כָּאן דִּינֵי נְפָשׁוֹת כְּדֵי לְדוּנוֹ בְּסַנְהֶדְרִין, וְרַק בַּעַל הַגְּנֵיבָה תּוֹבֵעַ מִן יוֹרְשָׁיו מָמוֹן שֶׁגָּנַב אֲבִיהֶם מִמֶּנּוּ בְּשַׁבָּת, וְהוּא טוֹעֵן שֶׁאֲבִיהֶם נִתְחַיֵּיב בִּגְנֵיבָה קֹודֶם שֶׁבָּא לִידֵי אִיסּוּר סְקִילָה, וְהַיּוֹרְשִׁין טוֹעֲנִין שֶׁהָיָה הָעִנְיָן כָּךְ שֶׁהַגְּנֵיבָה וְהַסְּקִילָה בָּאִים כְּאֶחָד, וּפָטוּר מִן הַמָּמוֹן, וּבְהַאי גַּווְנָא צָרִיךְ שֶׁיִּדּוֹן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה תְּחִלָּה בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ עַל דִּין הַנְּפָשׁוֹת, לְבָרֵר אִם זֶה חַייָּב מִיתָה אוֹ לָאו, וְאַחַר שֶׁיִּתְבָּרֵר אֶצְלוֹ דִּין זֶה, אָז יְבָרֵר דִּין הַב' שֶׁל הַמָּמוֹן לַעֲשׂוֹת מַעֲשֶׂה, וְעַל כֵּן הוּא שׁוֹאֵל מִן מְפִיבֹשֶׁת עַל שְׁנֵי הַדִּינִין, דְּהָא תַּלְיָא בְּהָא, וְעוֹד יֵשׁ לְתָרֵץ כַּמָּה הַמְצָאוֹת עַל דֶּרֶךְ אֹופֶן זֶה הַשֵּׁנִי אֲשֶׁר כָּתַבְתִּי, דְּאַייְרֵי בְּהֵיכָא שֶׁכְּבָר מֵת וְאֵין כָּאן דִּינֵי נְפָשׁוֹת לְדִין בְּסַנְהֶדְרִין ודו"ק. וְהָא דְּלָא נָקֵיט נָמֵי הִכְשַׁרְתִּי וּפָסַלְתִּי אָסַרְתִּי וְהִתַּרְתִּי, נִרְאֶה לִי דְּכָל זֶה נִכְלָל בְּאוֹמְרוֹ יָפֶה דַּנְתִּי, וְרַק פֵּרֵט עוֹד לְמֵימַר חִיַּיבְתִּי וְזָכִיתִי, מִפְּנֵי שֶׁהֵם חֲמוּרִים וְקָשִׁים הַרְבֵּה.
« Ai-je bien jugé ? ai-je bien condamné ? ai-je bien acquitté ? ai-je bien déclaré pur ? ai-je bien déclaré impur ? Et je n'en ai pas eu honte. » On peut demander : il aurait fallu dire brièvement « et non seulement cela, mais tout ce que je juge, je le soumets à Méfivochet mon maître, et je n'en ai pas eu honte ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est la suivante : lorsqu'un homme a rendu une décision et l'a mise en pratique, puis veut interroger son maître ou plus grand que lui pour savoir s'il a bien enseigné ou s'il s'est trompé, il ne lui dira pas « voici ce que j'ai enseigné et voici l'acte que j'ai accompli », car il craint de s'être trompé et d'avoir alors honte devant lui ; il posera plutôt la question au maître comme une question d'étude, sans dire qu'il a agi. Or la grandeur du roi David, la paix soit sur lui, est qu'il ne se conduisait pas ainsi : il disait « voici ce que j'ai jugé et voici ce que j'ai condamné », déclarant devant Méfivochet qu'il avait déjà agi ; « et je n'en ai pas eu honte », c'est-à-dire je n'ai pas craint la honte qui surviendrait si je m'étais trompé. Et bien qu'il adressât ces paroles au Saint béni soit-Il, qui connaît la vérité, et que l'on puisse demander pourquoi tant de détails, il est connu que l'homme détaille ses mérites afin de fermer la bouche des accusateurs et d'éveiller en sa faveur des défenseurs en haut. Or Rachi de mémoire bénie a expliqué que « j'ai acquitté et j'ai condamné » concerne les affaires pécuniaires et les affaires capitales ; voir là-bas. On objecte communément : les affaires pécuniaires, il pouvait les juger seul, et c'est pourquoi il consultait Méfivochet après coup ; mais les affaires capitales doivent être jugées par un Sanhédrin petit ou grand, et le jugement n'y est pas rendu par un seul. Si le roi David siégeait au Sanhédrin et jugeait des affaires capitales, la sentence n'était pas rendue par lui seul ; de plus, une décision rendue par le Sanhédrin ne se soumet pas ensuite à l'avis d'un particulier, quel qu'il soit, car les paroles d'un seul ne pèsent rien après celles du Sanhédrin, qui sont celles de plusieurs. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il ne parle pas d'une affaire capitale isolée, mais d'une affaire capitale mêlée à une affaire pécuniaire, comme ce que nous tenons dans la guemara de Sanhédrin 72a : celui qui vient par effraction et brise un tonneau, s'il a du sang il est tenu, s'il n'a pas de sang il est exempt. Rachi explique : s'il n'est pas passible d'être tué, comme un père venant chez son fils, car il a été enseigné plus loin que le fils n'a pas le droit de tuer son père qui vient par effraction, il doit payer le tonneau comme tout auteur de dommage ; et s'il n'a pas de sang, comme tout autre homme, que le maître de maison a le droit de tuer, il est exempt de payer, car l'obligation de mort et l'obligation de paiement viennent ensemble, et même s'il en réchappe il est exempt du paiement, car nous tenons dans Ketoubot 34a que ceux qui sont passibles de mort par inadvertance, par exemple sans qu'on les ait avertis, ne paient pas l'argent qui accompagne la mort, même s'ils ne sont pas mis à mort — fin de ses paroles. Il ressort de là qu'il pouvait venir devant le roi David seul une affaire pécuniaire mêlée à une affaire capitale, par exemple celui qui a brisé un tonneau ou causé un autre dommage à son prochain en venant par effraction : bien qu'il y ait là matière capitale, cette matière ne vient pas devant le Sanhédrin, car celui qui vient par effraction n'est pas mis à mort par le Sanhédrin et n'est pas puni par le tribunal du tout ; on vient donc devant le roi David pour juger l'affaire pécuniaire du dommage du tonneau et de ce qui s'y compare, l'un prétendant que l'homme était passible de mort et donc exempt, l'autre prétendant qu'il ne l'était pas, par exemple qu'il était entouré de gens ou de témoins, comme il est rapporté dans le Rambam, lois du vol, chapitre 9, halakha 11, ou avançant d'autres prétentions selon lesquelles le maître de maison ne pouvait pas le tuer, de sorte qu'il est tenu au paiement. Le roi David devait alors juger d'abord en lui-même la question relevant du droit capital, pour voir si cet homme avait du sang ou non, et ensuite juger l'affaire pécuniaire, s'il est tenu pour ce dommage et pour combien. Ces deux jugements dépendant l'un de l'autre, il demandait donc d'abord à Méfivochet s'il avait bien condamné ou bien acquitté dans son esprit en matière capitale, pour savoir si cet homme avait du sang ou non, et ensuite il lui demandait ce qu'il avait jugé en acte pour la matière pécuniaire. Ou encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, [que l'on peut prendre] le cas enseigné dans la guemara de Chabbat, de Sanhédrin et ailleurs : celui qui vole une bourse pendant Chabbat est tenu, car il s'est rendu passible pour le vol avant d'en venir à l'interdit passible de lapidation ; s'il la traînait en sortant, il est exempt, car l'interdit de vol et l'interdit passible de lapidation viennent ensemble. Selon cela, si ce voleur qui a volé pendant Chabbat est déjà mort, de sorte qu'il ne reste plus de matière capitale à juger devant le Sanhédrin, et que le propriétaire du bien volé réclame à ses héritiers l'argent que leur père lui a volé pendant Chabbat, le propriétaire prétendant que leur père s'est rendu passible pour le vol avant d'en venir à l'interdit de lapidation, et les héritiers prétendant que le vol et la lapidation venaient ensemble et qu'il est donc exempt du paiement — dans un tel cas, le roi David devait juger d'abord en lui-même la matière capitale, pour établir si cet homme était passible de mort ou non, et une fois cette question tranchée à ses yeux, il tranchait la seconde, celle de l'argent, pour agir. C'est pourquoi il interrogeait Méfivochet sur les deux jugements, l'un dépendant de l'autre. On peut encore proposer plusieurs cas construits sur cette seconde voie que j'ai écrite, où l'homme est déjà mort et où il n'y a plus de matière capitale à juger devant le Sanhédrin. Et quant au fait qu'il n'a pas dit non plus « ai-je bien déclaré apte et bien déclaré impropre, ai-je bien interdit et bien permis », il me semble que tout cela est compris dans « ai-je bien jugé », et qu'il n'a détaillé « j'ai condamné et j'ai acquitté » que parce que ces cas sont graves et particulièrement difficiles.
💡 Explication

Seconde lecture de la 'hassidout de David, sur un autre terrain : la fonction de juge. Les femmes lui apportaient le sang à examiner, le chefir (la poche qui enveloppe l'embryon) et la chilya (le placenta), pour déterminer leur statut d'impureté ; l'enjeu final est de rendre la femme pure pour son mari. Un roi pouvait s'y refuser au nom de sa dignité.

Le « non seulement cela » ajoute un second renoncement : David soumettait ses décisions à Méfivochet, son maître, sur les trois domaines qu'il énumère — les affaires pécuniaires et capitales (acquitter, condamner) et les lois de pureté. Accepter d'être corrigé en public constitue ici le sommet de la démonstration.

10
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: מַאי קְרָא — ״וַאֲדַבְּרָה בְעֵדֹתֶיךָ נֶגֶד מְלָכִים וְלֹא אֵבוֹשׁ״.

Rabbi Yehochoua fils de Rav Idi a dit : quel est le verset ? « Et je parlerai de Tes témoignages devant des rois, et je n'aurai pas honte. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי קְרָא? (תְּהִילִּים קי״ט:מ״ו) וַאֲדַבְּרָה בְעֵדֹתֶיךָ נֶגֶד מְלָכִים וְלֹא אֵבוֹשׁ. פֵּירֵשׁ מָהַרְשָׁ"א מָאן מַלְכֵי רַבָּנָן עַיֵּין שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַפֵּיק לִמְפִיבֹשֶׁת בְּשֵׁם מַלְכֵי, כִּי מְלָכִים בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן מִכֵּלִים , כְּלוֹמַר, וְאַף עַל פִּי שֶׁאֲנִי יוֹדֵעַ בּוֹ שֶׁהוּא מַכְלִים, שֶׁאוֹמֵר לִי טָעִיתָ, עִם כָּל זֶה לֹא נִמְנַעְתִּי מִלְּדַבֵּר לְפָנָיו הוֹרָאוֹת שֶׁהָיִיתִי מוֹרֶה בְּעֵדוֹתֶיךָ.
« Quel est le verset ? (Psaumes 119, 46) Et je parlerai de Tes témoignages devant des rois et je n'aurai pas honte. » Le Maharcha a expliqué : qui sont les rois ? Les maîtres [de la Torah] ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il désigne Méfivochet par le mot melakhim (rois), car melakhim, par permutation des lettres, donne makhlim (celui qui confond). C'est-à-dire : bien que je sache de lui qu'il me confond, en me disant « tu t'es trompé », je ne me suis pas pour autant abstenu d'énoncer devant lui les décisions que je rendais sur Tes témoignages.
💡 Explication

Appui scripturaire de la seconde lecture. Le verset des Psaumes réunit les deux éléments : David parle de Torah devant des rois, et il n'en a pas honte. Le Ben Yehoyada propose de lire « des rois » comme désignant Méfivochet lui-même.

11
תַּנָּא: לֹא ״מְפִיבֹשֶׁת״ שְׁמוֹ, אֶלָּא ״אִישׁ בֹּשֶׁת״ שְׁמוֹ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ מְפִיבֹשֶׁת? שֶׁהָיָה מְבַייֵּשׁ פְּנֵי דָּוִד בַּהֲלָכָה, לְפִיכָךְ זָכָה דָּוִד וְיָצָא מִמֶּנּוּ כִּלְאָב.

On a enseigné : son nom n'était pas « Méfivochet » mais « Ich Bochet », et pourquoi l'a-t-on appelé Méfivochet ? Parce qu'il faisait honte au visage de David dans la halakha.

C'est pourquoi David a mérité que sorte de lui Kilav.

📜 Rachi (2)
מְפִיבֹושֶׁת [מִפִּי בֹּושֶׁת] בְּדִבְרֵי הֲלָכָה הַיּוֹצְאִין מִפִּיו הָיָה בֹּושֶׁת לְדָוִד שֶׁפְּעָמִים שֶׁהָיָה טוֹעֶה וְהוּא אוֹמֵר לוֹ טָעִיתָ:
« Méfivochet » — [mipi bochet, de sa bouche la honte] : par les paroles de halakha qui sortaient de sa bouche, il y avait de la honte pour David, car il arrivait que David se trompe et que lui, lui dise « tu t'es trompé ».
לְפִיכָךְ בִּזְכוּת שֶׁהָיָה דָּוִד מַקְטִין עַצְמוֹ זָכָה וְיָצָא מִמֶּנּוּ כִּלְאָב:
« C'est pourquoi » — par le mérite de s'être rabaissé, David a mérité que Kilav sorte de lui.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לא 'מפיבשת' שמו, אלא 'איש־בשת' שמו. הקשה הרב פרשת דרכים ז"ל דף ל"ו למאי אצטריך להביא דבר זה כאן, דהכא הזכיר שם מפיבשת בהעברה בעלמא? עיין שם. ונראה לי בס"ד שהביא הש"ס דברי תנא הנזכר כדי לפרש בזה מה שאמר, ולא עוד אלא שכל מה שאני עושה אני נמלך במפיבשת רבי, דקשא מה שייכות יש לחסידות זו, עם אותה חסידות שהיה עושה לטהר אשה לבעלה כדי שיאמר ולא עוד אלא וכו', אך בזה המאמר של תנא הנזכר נתבארו הדברים היטב, והוא כי פרשתי לעיל דנקט חסידות זו שהיה עושה כדי לטהר אשה לבעלה, היינו משום כי היתה כונתו בזה לתקן ענין בת שבע, שנראה שחטף אשה מבעלה קודם זמן הראוי. אך בענין זה של בת שבע היה עוד חטא אחר מלבד הנזכר, והוא מה שהרג את אוריה בחרב בני עמון, דאף על פי שנתחייב אוריה מיתה, היה צריך לדון אותו בסנהדרין, ואם כן צריך לדוד המלך ע"ה תיקון אחר הנוגע לענין שפיכות דמים, שאף על פי שאוריה חייב יש על דוד המלך ע"ה טענה הנזכרת הנוגעת לשפיכות דמים. ועל כן נתכוון לעשות תיקון לחטא זה של שפיכות דמים בדבר זה שהיה נוהג לשאול מן מפיבשת, ואומר לו יפה דנתי, ואף על פי שידע שהיה דרכו להכלימו, היה מקבל צער הביוש בשמחה לכפרה על חטא שפיכות דמים הנזכר, דלא היה חטא גמור ממש, והיינו כי אמרו רבותינו ז"ל הביוש הוא דומה לשפיכת דמים, דאזיל סומקא ואתי חוורא, ולכן אמרו רבותינו ז"ל כל המבייש את חבירו כאלו שפך דמו, וכל שכן דוד המלך ע"ה שהיה טבעו אדמוני עם יפה עינים, שהיה ניכר בו יותר דאזיל סומקא ואתי חוורא, דבזה הביוש נתקן אותו חטא של שפיכות דמים, דלא הוה חטא שפיכות דמים ממש מאחר כי אוריה היה (מחויב) מיתה כפי הדין. ולזה אמר ולא עוד אלא שכל מה שאני עושה נמלך במפיבשת רבי, ואף על פי שהיה מביישני אקבל בשמחה ובזה תקנתי גם חטא השני הבא מחמת ענין בת שבע, ולזה הביא כאן תנא לא מפיבשת שמו אלא איש בשת שמו, ונקרא כן על אשר היה מבייש פני דוד בהלכה, והיינו דלא תימא מנא לן דהיה מבייש, ודילמא אף על פי שהיה שואל על כל דבר לא היה דרכו לביישו, לכך הביא דברי תנא הנזכר דקאמר שהיה מביישו באמת, ועל כן נקרא מפיבשת, ואם כן בזה נתפרשו שפיר דברי דוד המלך ע"ה שאמר ולא עוד אלא וכו'.
« Son nom n'était pas Méfivochet mais Ich Bochet. » Le rav Parachat Derakhim de mémoire bénie a demandé, page 36, pourquoi il fallait apporter cette donnée ici, alors que le nom de Méfivochet n'a été mentionné qu'en passant ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Talmud a apporté les paroles du tana mentionné afin d'expliquer par là ce qui a été dit « et non seulement cela, mais tout ce que je fais je le soumets à Méfivochet mon maître ». Car on peut demander quel rapport il y a entre cette 'hassidout et celle qui consistait à rendre une femme pure pour son mari, pour qu'il dise « et non seulement cela ». Or par l'enseignement de ce tana les choses s'éclairent bien. J'ai en effet expliqué plus haut qu'il a mentionné la 'hassidout consistant à rendre une femme pure pour son mari parce que son intention était de réparer par là l'affaire de Bat Cheva, où il apparaissait qu'il avait arraché une femme à son mari avant le temps convenable. Or dans cette affaire de Bat Cheva il y avait une autre faute encore, celle d'avoir fait tuer Ouria par l'épée des fils d'Ammon : bien qu'Ouria eût été passible de mort, il fallait le juger au Sanhédrin. Le roi David avait donc besoin d'une autre réparation, touchant l'effusion de sang, car même si Ouria était coupable, la reproche mentionnée, touchant l'effusion de sang, pesait sur lui. C'est pourquoi il a voulu réparer cette faute d'effusion de sang par sa conduite habituelle d'interroger Méfivochet et de lui dire « ai-je bien jugé ? » : bien qu'il sût que celui-ci avait coutume de le confondre, il recevait la peine de la honte avec joie, en expiation de cette faute d'effusion de sang qui n'était pas une faute pleine et entière. Car nos maîtres de mémoire bénie ont dit que la honte ressemble à l'effusion de sang, puisque le rouge s'en va et le blanc vient, et c'est pourquoi ils ont dit que quiconque fait honte à son prochain, c'est comme s'il versait son sang ; à plus forte raison le roi David, dont la nature était rousse avec de beaux yeux, chez qui l'on remarquait davantage que le rouge s'en va et que le blanc vient. Par cette honte se réparait cette faute d'effusion de sang, qui n'était pas une effusion de sang véritable puisque Ouria était passible de mort selon le jugement. C'est pourquoi il dit « et non seulement cela, mais tout ce que je fais je le soumets à Méfivochet mon maître », c'est-à-dire : même s'il me faisait honte, je recevais cela avec joie, et par là j'ai réparé aussi la seconde faute venue de l'affaire de Bat Cheva. C'est pour cela que l'on a apporté ici le tana « son nom n'était pas Méfivochet mais Ich Bochet », ainsi appelé parce qu'il faisait honte au visage de David dans la halakha. Et si tu demandais d'où nous savons qu'il lui faisait honte, et que peut-être, bien qu'il l'interrogeât sur tout, il n'avait pas coutume de le faire rougir, c'est pour cela que l'on a apporté les paroles de ce tana, qui dit qu'il lui faisait honte en vérité et qu'il fut pour cela appelé Méfivochet. Ainsi s'expliquent bien les paroles du roi David lorsqu'il dit « et non seulement cela, etc. ».
וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ 'מְפִיבֹשֶׁת'? שֶׁהָיָה מְבַיֵּשׁ פְּנֵי דָּוִד בַּהֲלָכָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵהֵיכָא מַשְׁמַע דָּבָר זֶה, וְאִם מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ אוֹתִיּוֹת בֹּשֶׁת וַהֲלֹא גַּם בְּשֵׁם אִישׁ בֹּשֶׁת יֵשׁ זֶה? וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ מִפִּיו הָיָה בֹּשֶׁת לְדָוִד, וַעֲדַייִן קַשָּׁא מֵהֵיכָא מַשְׁמַע שֶׁהָיָה הַבֹּשֶׁת לְדָוִד, וְדִילְמָא הָיָה מִפִּיו בֹּשֶׁת לַאֲחֵרִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁדָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה בַּמַּלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד פֶּה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בִּפְתִיחַת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, מַלְכוּת פֶּה תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְלָכֵן עִיקַּר תִּיקּוּנִים שֶׁלּוֹ הָיוּ בַּפֶּה, שֶׁהָיָה אוֹמֵר שִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת, וּבָזֶה מוּבָן שַׁפִּיר הַנּוֹטָרִיקוֹן שֶׁל שֵׁם מְפִיבֹשֶׁת שֶׁהוּא מֵי פִּי בֹּשֶׁת, כְּלוֹמַר מִי שֶׁהוּא פִּי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּחִינַת פֶּה הָיָה עוֹשֶׂה לוֹ בֹּשֶׁת, גַּם עוֹד יוּבָן עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב בְּסֵפֶר יְצִירָה, אַבְרָהָם עֵין יָמִין, יִצְחָק עַיִן שְׂמֹאל, יַעֲקֹב אֹזֶן יָמִין, מֹשֶׁה אֹזֶן שְׂמֹאל, אַהֲרֹן נְחִיר יָמִין, יוֹסֵף נְחִיר שְׂמֹאל, דָּוִד פֶּה, עַיֵּין שָׁם, נִמְצָא דָּוִד הוּא בְּחִינַת פֶּה, וְזֶה הַנּוֹטָרִיקוֹן הוּא מִי פִּי בֹּשֶׁת עַל דֶּרֶךְ שֶׁבֵּאַרְנוּ ודו"ק.
« Et pourquoi l'a-t-on appelé Méfivochet ? Parce qu'il faisait honte au visage de David dans la halakha. » On peut demander d'où cela se déduit : si c'est parce que le nom contient les lettres de bochet, le nom Ich Bochet les contient également. Rachi a expliqué « de sa bouche venait la honte pour David », mais il reste à demander d'où l'on déduit que la honte était pour David, et peut-être de sa bouche venait-elle pour d'autres. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le roi David appartenait à la malkhout, qui est le sod de la bouche, comme il est dit dans la Péti'ha d'Eliyahou de mémoire bénie : la malkhout est la bouche, la Torah orale ; c'est pourquoi ses réparations principales se faisaient par la bouche, en disant des chants et des louanges. Ainsi se comprend bien le notarikon du nom Méfivochet, qui est « mi pi bochet », c'est-à-dire celui qui est ma bouche, l'aspect de la bouche, lui causait la honte. On le comprendra encore d'après ce qui est écrit dans le Sefer Yetsira : Avraham l'œil droit, Yits'hak l'œil gauche, Yaakov l'oreille droite, Moche l'oreille gauche, Aharon la narine droite, Yossef la narine gauche, David la bouche ; voir là-bas. Il se trouve donc que David relève de l'aspect de la bouche, et ce notarikon est « mi pi bochet » selon ce que nous avons expliqué ; examine bien la chose.
💡 Explication

La baraita relit le nom comme un surnom : Méfivochet se décompose en « mipi bochet », de sa bouche vient la honte. Rachi précise le mécanisme : lorsque David se trompait, cet homme le lui disait.

Le folio ajoute une conséquence : accepter cette honte à valu à David une récompense de mesure pour mesure — un fils, Kilav, dont la sagesse renversera la situation au segment suivant.

12
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא ״כִּלְאָב״ שְׁמוֹ אֶלָּא ״דָּנִיֵּאל״ שְׁמוֹ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ ״כִּלְאָב״ — שֶׁהָיָה מַכְלִים פְּנֵי מְפִיבֹשֶׁת בַּהֲלָכָה.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : son nom n'était pas « Kilav » mais « Daniel », et pourquoi l'a-t-on appelé Kilav ? Parce qu'il confondait le visage de Méfivochet dans la halakha.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא דָּנִיֵּאל שְׁמוֹ בְּמָקוֹם אֶחָד אוֹמֵר (שְׁמוּאֵל ב ג׳:ג׳) וּמִשְׁנֵהוּ כִלְאָב לַאֲבִיגַיִל אֵשֶׁת נָבָל וְגוֹ' וּבְמָקוֹם אַחֵר אוֹמֵר וְהַשֵּׁנִי דָּנִיֵּאל לַאֲבִיגַיִל בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (א ג):
« Mais Daniel était son nom » — à un endroit il est dit (II Samuel 3, 3) « et son second, Kilav, d'Avigail femme de Naval, etc. », et à un autre endroit il est dit « et le second, Daniel, d'Avigail », dans les Chroniques (I, 3).
שֶׁהָיָה מַכְלִים פְּנֵי מְפִיבֹושֶׁת כָּל אָב מַכְלִים אֶת הָרַב שֶׁהָיָה אָב בְּהוֹרָאוֹת:
« Parce qu'il confondait le visage de Méfivochet » — Kilav se lit « makhlim av » : il confondait le maître, qui était av (autorité) en matière d'enseignement.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לֹא 'כִּלְאָב' שְׁמוֹ, אֶלָּא 'דָּנִיֵּאל' שְׁמוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁגַּם שֵׁם דָּנִיֵּאל אִצְטְרִיךְ לְהַאי דְּרָשָׁה שֶׁל כִּלְאָב, יַעַן כִּי שֵׁם כִּלְאָב נִדְרָשׁ שֶׁהָיָה מִכֵּלִים אָב, וַעֲדַייִן צָרִיךְ לְהָבִין בְּאֵיזֶה דָּבָר מַכְלִימוֹ, שֶׁמָּא הוּא בְּחָכְמוֹת הָעוֹלָם, לָזֶה בָּא שָׁם דָּנִיֵּאל וְנִדְרָשׁ דִּין אֵל, כְּלוֹמַר הָיָה מִכֵּלִים אֶת אָב בְּדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁהִיא דִּין אֵל, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים עו, ט) מִשָּׁמַיִם הִשְׁמַעְתָּ דִּין, וְגַם יֵשׁ עוֹד רֶמֶז בְּשֵׁם כִּלְאָב, בְּךָ אֵל , כְּלוֹמַר כְּאִלּוּ בְּךָ שׁוֹכֵן א-ל, שֶׁשְּׁכִינָה עִמְּךָ שֶׁהָיִיתָ חָכָם כָּל כָּךְ לְהַכְלִים אָב.
« Son nom n'était pas Kilav mais Daniel. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nom Daniel est lui aussi nécessaire à cette interprétation de Kilav. En effet, le nom Kilav est interprété comme « il confondait le av », et il reste à comprendre en quoi il le confondait — peut-être dans les sciences du monde ; c'est pourquoi vient le nom Daniel, interprété comme « din E-l » (le jugement de D.ieu), c'est-à-dire qu'il confondait le av dans les paroles de Torah, qui sont le jugement de D.ieu, comme il est dit (Psaumes 76, 9) « des cieux Tu as fait entendre le jugement ». Il y a encore une allusion dans le nom Kilav, « bekha E-l » (en toi est D.ieu), c'est-à-dire : comme si D.ieu résidait en toi, la Chekhina étant avec toi puisque tu étais assez sage pour confondre le av.
שֶׁהָיָה מַכְלִים פְּנֵי מְפִיבֹשֶׁת בַּהֲלָכָה. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהָיָה מַכְלִימוֹ בְּאוֹתָם הַהֲלָכוֹת שֶׁהָיָה חוֹלֵק בָּהֶם עַל אָבִיו אֲשֶׁר הָיָה מַכְלִימוֹ בָּהֶם, וְעַתָּה בָּא כִּלְאָב בְּנוֹ וּמַרְאֶה פָּנִים לְאוֹתָם הַהוֹרָאוֹת שֶׁהָיָה דָּוִד אָבִיו מוֹרֶה וּמְבָרֵר שֶׁיָּפֶה הוֹרָה, וּבָזֶה הָיָה מִכֵּלִים אֶת מְפִיבֹשֶׁת שֶׁהָיָה אוֹמֵר לְאָבִיו שֶׁטָּעָה, וְלָכֵן אָמַר עָלָיו דָּוִד אָבִיו (מִשְׁלֵי כג, טו) בְּנִי, אִם חָכָם לִבֶּךָ, יִשְׂמַח לִבִּי גַם אָנִי, שֶׁאֵין שִׂמְחָתוֹ עַל אֲשֶׁר מַכְלִים אֶת מְפִיבֹשֶׁת אֶלָּא שִׂמְחָתוֹ עַל אֲשֶׁר בֵּירֵר שֶׁהוֹרָאָתוֹ הָיָה בֶּאֱמֶת וְצֶדֶק, שֶׁבָּא וְקִייֵּם אֶת דְּבָרָיו הָרִאשׁוֹנִים וְנִתְבָּרֵר שֶׁהוֹרָה כַּהֲלָכָה.
« Parce qu'il confondait le visage de Méfivochet dans la halakha. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le confondait dans les halakhot où celui-ci avait contredit son père et l'avait confondu ; et voici que Kilav son fils vient et présente des arguments en faveur des décisions que David son père avait rendues, établissant qu'il avait bien enseigné ; par là il confondait Méfivochet, qui avait dit à son père qu'il s'était trompé. C'est pourquoi David son père a dit à son sujet (Proverbes 23, 15) « mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur à moi aussi se réjouira » : sa joie ne venait pas de ce que Méfivochet était confondu, mais de ce que son fils établissait que son enseignement était vrai et juste, venant confirmer ses paroles premières et établir qu'il avait tranché selon la halakha.
💡 Explication

Même procédé que pour Méfivochet, applique au fils de David. Le nom véritable, attesté dans les Chroniques, est Daniel ; le surnom Kilav se lit comme « makhlim av », il confond le maître, l'autorité en matière d'enseignement.

La séquence forme une boucle : celui qui faisait honte à David se voit à son tour confondu par le fils que cette honte à valu à David.

🖼️ Schéma
Trois générations : celui qui fait honte et celui qui mérite Chaque nom est relu comme un surnom tiré de ce que son porteur fait dans la halakha. Méfivochet nom réel : Ich Bochet mévayech = il fait honte le maître de David fait honte David il accepte la correction et je n'en ai pas eu honte Ps. 119, 46 mérite Kilav nom réel : Daniel makhlim av = il confond le maître le fils de David confond à son tour le maître de David Ce que la chaîne établit La honte acceptée dans l'étude produit une descendance capable d'établir la vérité. Les deux versets de Chelomo (Prov. 23, 15 et 27, 11) viennent clore la séquence : mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur se réjouira.
La chaîne des trois générations : chaque nom est relu par ce que son porteur fait dans la halakha.
13
וְעָלָיו אָמַר שְׁלֹמֹה בְּחָכְמָתוֹ ״בְּנִי אִם חָכַם לִבֶּךָ יִשְׂמַח לִבִּי גַם אָנִי״, וְאוֹמֵר: ״חֲכַם בְּנִי וְשַׂמַּח לִבִּי וְאָשִׁיבָה חֹרְפִי דָבָר״.

Et c'est à son sujet que Chelomo a dit dans sa sagesse : « Mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur à moi aussi se réjouira » ; et il dit : « Sois sage, mon fils, et réjouis mon cœur, que je puisse répondre à celui qui m'outrage ».

🪔 Ben Yehoyada (2)
וְעָלָיו אָמַר שְׁלֹמֹה בְּנִי, אִם חָכָם לִבֶּךָ, יִשְׂמַח לִבִּי גַם אָנִי. פֵּירֵשׁ מִקְרָא זֶה אֲמָרוֹ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל כִּלְאָב בְּנוֹ, וְכָתְבוּ שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה בְּמִקְרָאָיו, וְנִרְאֶה לִי בס"ד רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ב נִי, א ם ח כם ל בָּךְ, י שָׂמֵחַ ל בֵּי ג ם א נִי גֵּימַטְרְיָא פ"ה [58] כְּמִנְיַן דָּנ י אֵל לְבַד מִן אוֹת יוּ"ד דְּאֵינָהּ יוֹצֵא בְּמִבְטָא, וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת ח כם ב נִי ו שָׂמַח ל בֵּי, ו אָשִׁיבָה ח רָפֵי ד בַּר גֵּימַטְרְיָא ס"ד [64] , וְשֵׁם כִּלְאָב עַם הַכּוֹלֵל נ"ד [54] וְעִם אוֹתָהּ הַיּוֹד שֶׁל דָּנ י אֵל עוֹלֶה ס"ד [64] , הֲרֵי נִרְמְזוּ שְׁנֵי שְׁמוֹתָיו בִּשְׁנֵי מִקְרְאוֹתָיו אֵלּוּ.
« Et c'est à son sujet que Chelomo a dit : mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur à moi aussi se réjouira. » Il a expliqué que ce verset a été dit par le roi David, la paix soit sur lui, au sujet de Kilav son fils, et que le roi Chelomo l'a écrit dans ses versets. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les initiales de « béni im ''hakham libékha yismah libi gam ani » ont pour valeur numérique 85, comme le compte de Daniel sans la lettre youd, qui ne s'entend pas dans la prononciation ; et les initiales de « ''hakham béni vesamah libi veachiva 'horfi davar » ont pour valeur numérique 64, tandis que le nom Kilav avec le kolel vaut 54, et avec ce youd de Daniel il monte à 64. Voilà que ses deux noms sont allusivement contenus dans ces deux versets.
וְאוֹמֵר חֲכַם בְּנִי וְשַׂמַּח לִבִּי, וְאָשִׁיבָה חָרְפִּי דָּבָר. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי אִצְטְרִיךְ תְּרֵי קְרָאֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי פָּסוּק בְּנִי אִם חָכַם לִבֶּךָ וְכוּ' אֲמָרוֹ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל כִּלְאָב, וּפָסוּק חָכָם בְּנִי יִשְׂמַח לִבִּי אָמְרוּ עַל שְׁלֹמֹה בְּנוֹ, שֶׁהָיָה חָכָם נִפְלָא מִכָּל הָאָדָם, שֶׁשְּׁנֵי מִקְרָאוֹת אֵלּוּ אֲמָרָם דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, וְכִיוֵּן אוֹתָם שְׁלֹמֹה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ וּכְתָבָם בִּפְסוּקֵי מִשְׁלֵי שֶׁלּוֹ, וְהֵבִיא הַשַּׁ"ס כָּאן מִקְרָא הַשֵּׁנִי שֶׁאָמְרוּ עַל שְׁלֹמֹה בְּנוֹ, מִפְּנֵי שֶׁגַּם הוּא מְדַבֵּר מֵעֵין הַדְּבָרִים שֶׁל פָּסוּק בְּנִי אִם חָכַם לִבֶּךָ שֶׁאָמְרוּ עַל כִּלְאָב, וְהוּא כִּי מִן תֹּוקֶף וְעֹוצֶם חָכְמָתוֹ שֶׁל שְׁלֹמֹה הַמֹּחֲרָפִים אוֹתוֹ בִּשְׁבִיל עִנְיַן בַּת שֶׁבַע, כִּי אִם חַס וְשָׁלוֹם הָיְתָה אֲסוּרָה, לֹא הָיָה מוֹלִיד מִמֶּנָּה בֵּן חָכָם נִפְלָא מִכָּל הָאָדָם, וְלָזֶה אָמַר וְאָשִׁיבָה חָורְפִּי דָּבָר. וְאִם נְפָרֵשׁ שֶׁגַּם פָּסוּק זֶה קָאֵי עַל כִּלְאָב נִרְאֶה לִי אוֹמְרוֹ וְאָשִׁיבָה חָרְפִּי דָּבָר עַל פִּי הַדֶּרֶךְ שֶׁכְּתִכְתֵּי שֶׁהָיָה כִּלְאָב מְבַיֵּישׁ אֶת מְפִיבֹשֶׁת בְּאוֹתָם הֲלָכוֹת, אֲשֶׁר בִּיֵּישׁ בָּהֶם אֶת אָבִיו מִקֹּודֶם, וְהָיָה מַרְאֵה פָּנִים בַּהֲלָכָה שֶׁיָּפֶה הוֹרָה אָבִיו, וְהִנֵּה בְּוַדַּאי אוֹיְבֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיוּ שְׂמֵחִים מִקֹּודֶם כְּשֶׁהָיָה מְפִיבֹשֶׁת אוֹמֵר לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁטָּעָה, וְהָיוּ מְחָרְפִים אוֹתוֹ עַל טְעִיּוֹתָיו, אַךְ עַתָּה שֶׁבָּא כִּלְאָב וּבֵירֵר שֶׁאָבִיו יָפֶה הוֹרָה, וְאַדְּרַבָּה מְפִיבֹשֶׁת טָעָה בְּחֶלְקוֹ עָלָיו, וְלָכֵן עַתָּה אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וְאָשִׁיבָה חָורְפִּי דָּבָר, כְּלוֹמַר אַתָּה שִׂמְחַת לִבִּי בְּחָכְמָתֵךְ אַךְ אֵין אֲנִי שָׂמֵחַ עַל הַכְלָמָתוֹ שֶׁל מְפִיבֹשֶׁת חַס וְשָׁלוֹם, אֶלָּא אֲנִי שָׂמֵחַ עַל אֲשֶׁר עַתָּה אֲנִי מֵשִׁיב אֶת חָורְפִּי דָּבָר. וְעוֹד יִתְבָּאֵר הֵיטֵב אוֹמְרוֹ וְאָשִׁיבָה אֶת חָורְפִּי דָּבָר בְּפָסוּק זֶה שֶׁל כִּלְאָב, עַל פִּי הַמִּדְרָשׁ בְּפָרָשַׁת תּוֹלְדוֹת שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה פֵּירֵשׁ מִן אֲבִיגַיִל שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים לֵידַע אִם הִיא מְעֻובֶּרֶת מִן נָבָל אוֹ לָאו, אֲבָל הַלֵּיצָנִים הָיוּ אוֹמְרִים מִן נָבָל מְעֻובֶּרֶת, מֶה עָשָׂה הקב"ה, צִוָּה אֶת הַמַּלְאָךְ וְאָמַר לוֹ לֵךְ וְצַר הַוָּלָד בִּדְמוּת דָּוִד אָבִיו, וּלְכָךְ נִקְרָא כִּלְאָב, כֻּולּוֹ אָב, עַד כָּאן, עַייֵּן שָׁם, וּבָזֶה מוּבָן שַׁפִּיר מַה שֶׁאָמַר דָּוִד ע"ה עַל כִּלְאָב חֲכַם בְּנִי וְשַׂמַּח לִבִּי וְאָשִׁיבָה חֹורְפִי דָבָר, שהקב"ה עָשָׂה צוּרָתְךָ כְּצוּרָתִי כְּדֵי שֶׁיִּסְתֹּם פִּיהֶם שֶׁל הַלֵּיצָנִים וְזֶהוּ וְאָשִׁיבָה חָורְפִּי דָּבָר.
« Et il dit : sois sage, mon fils, et réjouis mon cœur, que je puisse répondre à celui qui m'outrage. » On peut demander pourquoi deux versets sont nécessaires. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset « mon fils, si ton cœur est sage, etc. » a été dit par le roi David au sujet de Kilav, et que le verset « sois sage, mon fils, et réjouis mon cœur » a été dit au sujet de Chelomo son fils, qui fut un sage merveilleux, plus que tout homme ; ces deux versets ont été dits par le roi David, et Chelomo les a saisis par l'esprit saint et les a écrits dans ses versets des Proverbes. Le Talmud a apporté ici le second verset, dit au sujet de Chelomo son fils, parce que lui aussi parle de choses semblables à celles du verset « mon fils, si ton cœur est sage » dit au sujet de Kilav : par la force et l'ampleur de la sagesse de Chelomo se trouvaient répondus ceux qui l'outrageaient à propos de l'affaire de Bat Cheva, car si elle avait été interdite, à D.ieu ne plaise, il n'aurait pas engendré d'elle un fils sage plus que tout homme ; c'est pourquoi il dit « que je puisse répondre à celui qui m'outrage ». Et si l'on explique que ce verset aussi porte sur Kilav, il me semble que « que je puisse répondre à celui qui m'outrage » se comprend selon la voie que j'ai écrite : Kilav confondait Mefivochet dans les halakhot où celui-ci avait fait honte à son père auparavant, et il présentait dans la halakha des arguments montrant que son père avait bien enseigné. Or les ennemis du roi David se réjouissaient assurément, auparavant, lorsque Mefivochet disait au roi David qu'il s'était trompé, et ils l'outrageaient sur ses erreurs ; mais maintenant que Kilav est venu établir que son père avait bien enseigné, et que Mefivochet au contraire s'était trompé en le contredisant, le roi David dit « que je puisse répondre à celui qui m'outrage », c'est-à-dire : tu as réjoui mon cœur par ta sagesse, mais je ne me réjouis pas de la confusion de Mefivochet, à D.ieu ne plaise ; je me réjouis de ce que je peux maintenant répondre à celui qui m'outrage. On comprendra encore mieux ce « que je puisse répondre à celui qui m'outrage » dans ce verset relatif à Kilav d'après le Midrach sur la paracha Toledot, où nos maîtres de mémoire bénie ont dit que le roi David s'est séparé d'Avigail trois mois pour savoir si elle était enceinte de Naval ou non, mais que les railleurs disaient qu'elle était enceinte de Naval. Qu'a fait le Saint béni soit-Il ? Il a ordonné à l'ange en lui disant : va et forme l'enfant à l'image de David son père ; c'est pourquoi il fut appelé Kilav, koulo av (tout entier son père) ; voir là-bas. Par là se comprend bien ce que David, la paix soit sur lui, a dit de Kilav : « sois sage, mon fils, et réjouis mon cœur, que je puisse répondre à celui qui m'outrage » — le Saint béni soit-Il a fait ta forme semblable à la mienne afin de fermer la bouche des railleurs, et c'est cela « que je puisse répondre à celui qui m'outrage ».
💡 Explication

Deux versets des Proverbes viennent clore la séquence. Le second ajoute un élément au premier : la sagesse du fils fournit au père de quoi répondre à ceux qui l'outragent. Le Ben Yehoyada rattache cette réponse aux accusations pesant sur David dans l'affaire de Bat Cheva.

14
וְדָוִד מִי קָרֵי לְנַפְשֵׁיהּ ״חָסִיד״? וְהָכְתִיב ״לוּלֵא הֶאֱמַנְתִּי לִרְאוֹת בְּטוּב ה׳ בְּאֶרֶץ חַיִּים״, וְתָנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי: לָמָּה נָקוּד עַל ״לוּלֵא״? — אָמַר דָּוִד לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, מֻובְטָח אֲנִי בְּךָ שֶׁאַתָּה מְשַׁלֵּם שָׂכָר טוֹב לְצַדִּיקִים לֶעָתִיד לָבוֹא, אֲבָל אֵינִי יוֹדֵעַ אִם יֵשׁ לִי חֵלֶק בֵּינֵיהֶם אִם לָאו?!

Et David s'appelait-il lui-même « 'hassid » ? Or il est écrit : « Si je n'avais eu la foi de voir la bonté de ה' sur la terre des vivants » ; et on a enseigné au nom de Rabbi Yossi : pourquoi des points sont-ils placés au-dessus de « loulé » ?

David a dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, j'ai confiance en Toi que Tu paies une bonne récompense aux justes dans le monde à venir, mais je ne sais pas si j'ai une part parmi eux ou non.

📜 Rachi (2)
לוּלֵא הֶאֱמַנְתִּי לִרְאוֹת בְּטוּב ה' כְּבָר טְרָדוּנִי מִיִּרְאָתֶךָ כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר כִּי גֵרְשׁוּנִי הַיּוֹם מֵהִסְתַּפֵּחַ בְּנַחֲלַת ה' לֵאמֹר לֵךְ עֲבֹוד וְגוֹ' (שְׁמוּאֵל א כ״ו:י״ט):
« Si je n'avais eu la foi de voir la bonté de ה' » — ils m'ont déjà chassé loin de Ta crainte, comme il est dit « car ils m'ont chassé aujourd'hui de m'attacher à l'héritage de ה', en disant : va servir [d'autres dieux] » (I Samuel 26, 19).
נָקוּד עַל לוּלֵא לִדְרוֹשׁ אֶת הַנְּקֻודָּה שֶׁהִיא מְמַעֶטֶת אֶת מַשְׁמָעוּת הַכָּתוּב לוֹמַר שֶׁלֹּא דָּבָר בָּרוּר הָיָה לוֹ לִרְאוֹת בְּטוֹב ה'. לוּלֵא לְשׁוֹן אֵם לֹא כְּמוֹ לוּלֵי אֱ-לֹהֵי אָבִי וְגוֹ' הָיָה לִי (בְּרֵאשִׁית ל״א:מ״ב):
« Des points au-dessus de loulé » — pour interpréter le point, qui restreint le sens de l'écrit : la vision de la bonté de ה' n'était pas pour lui une chose assurée. « Loule » a le sens de « si ce n'était », comme « loulé Elo-hé avi... haya li » (Genèse 31, 42).
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְדָוִד, הֵיכִי קָרֵי לְנַפְשֵׁיהּ 'חָסִיד'? הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל אֵין קֻושְׁיָא זוֹ שָׁיְיכָה לַסֻּוגְיָא דִּידַן והו"ל לְמִרְמֵי קְרָאֵי אַהֲדָדֵי? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי דִּבְלָאו הָכִי הָיִיתִי מְפָרֵשׁ מַה שֶׁאָמַר (תְּהִלִּים פו, ב) כִּי חָסִיד אֲנִי, לָאו בַּחֲסִידוּת דְּתוֹרָה וּמִצְוֹת קָאָמַר, אֶלָּא עַל גְּמִילוּת חֲסָדִים שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה עִם כָּל עַמּוֹ, כִּי בַּעַל צְדָקָה וְחֶסֶד נִקְרָא חָסִיד, עַל שֵׁם הַחֶסֶד שֶׁעוֹשֶׂה, וְכֵן כַּת מַלְאָכִים יֵשׁ לְמַעְלָה שֶׁנִּקְרָאִים בְּשֵׁם חֶסֶד עַל שֵׁם מִצְוַת גְּמִילוּת חֲסָדִים, אַךְ אַחַר שֶׁפֵּירְשׁוּ רַבִּי לֵוִי וְרַבִּי יִצְחָק דְּאַייְּרִי בַּחֲסִידוּת שֶׁל מַעֲשִׂים טוֹבִים לְכָךְ הִקְשָׁה מִן פָּסוּק לוּלֵא וְכוּ'.
« Et David, comment s'appelait-il lui-même 'hassid ? » Le Tsela'h de mémoire bénie a demandé : cette objection n'a pas de rapport avec notre sougya, et il aurait fallu opposer les versets l'un à l'autre ; voir là-bas. Il me semble que, sans cela, j'aurais expliqué ce qui est dit (Psaumes 86, 2) « car je suis un 'hassid » comme ne portant pas sur la 'hassidout de la Torah et des mitsvot, mais sur les actes de bonté qu'il faisait avec tout son peuple, car celui qui pratique la tsedaka et le ''hessed est appelé 'hassid en raison du ''hessed qu'il accomplit ; de même il existe en haut une catégorie d'anges appelés du nom de ''hessed, en raison de la mitsva des actes de bonté. Mais dès lors que Rabbi Levi et Rabbi Yits'hak ont expliqué qu'il s'agissait d'une 'hassidout de bonnes actions, il a objecté à partir du verset « loulé », etc.
מֻבְטָח אֲנִי בְּךָ שֶׁאַתָּה מְשַׁלֵּם שָׂכָר טוֹב לְצַדִּיקִים לֶעָתִיד לָבוֹא, אֲבָל אֵינִי יוֹדֵעַ אִם יֵשׁ לִי חֵלֶק בֵּינֵיהֶם אִם לָאו. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ שָׂכָר טוֹב וְדַי לוֹמַר שָׂכָר סְתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל מִצְוַת עֲשֵׂה אֵין שָׂכָר מִן הַדִּין כִּי יֹאמַר הקב"ה מִי הַקַּדְמֹנִי וַאֲשַׁלֵּם, אֲבָל עַל מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה יֵשׁ שָׂכָר מִן הַדִּין כִּי קִיּוּם מִצְוֹת אֵלּוּ הוּא מֵחֲמַת תִּגְבֹּורֶת הָאָדָם עַל יֵצֶר הָרַע, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם וּבָזֶה מוּבָן דִּבְרֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, לָא מִבָּעֲיָיא שְׂכַר סוּר מְרַע שֶׁהוּא קִיּוּם לֹא תַעֲשֶׂה, דְּוַדַּאי תְּשַׁלֵּם שָׂכָר, אֶלָּא אֲפִילּוּ שָׂכָר שֶׁל וַעֲשֵׂה טוֹב שֶׁהוּא קִיּוּם הֶעֱשִׁין, דְּיֵשׁ בָּזֶה טַעֲנַת מִי הַקַּדְמֹנִי וַאֲשַׁלֵּם, מֻובְטְחַנִי בְּךָ שֶׁתְּשַׁלֵּם שָׂכָר לְעוֹלָם הַבָּא, וּלְכָךְ אָמַר שָׂכָר טוֹב, כְּלוֹמַר שָׂכָר שֶׁל וַעֲשֵׂה טוֹב שֶׁהוּא מִצְוַת עֲשֵׂה. בְּרַם עֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אוֹמְרוֹ מֻובְטָח אֲנִי, וְכִי הוּא לְבַדּוֹ בָּטוּחַ בָּזֶה, גַּם יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אוֹמְרוֹ וְאֵינִי יוֹדֵעַ אִם יֵשׁ לִי חֵלֶק עִמָּהֶם דְּאֵיךְ יִסְתַּפֵּק עַל עַצְמוֹ בְּכָךְ, וַהֲלֹא רוֹאֶה בְּחוּשׁ שֶׁשְּׁכִינָה עִמּוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁפֵּירְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אוֹר שֶׁבָּרָא הקב"ה בְּיוֹם רִאשׁוֹן הָיָה מֵאִיר מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ וְצָפָה הקב"ה בָּרְשָׁעִים וְגָנְזוּ לַצַּדִּיקִים לֶעָתִיד לָבֹא, וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הַכַּוָּנָה עַל יְסוֹד דְּחָכְמָה שֶׁהוּא הוי"ה דיודי"ן שֶׁמִּסְּפָרוֹ חֶסֶד [72] , וְגָנַז מִמֶּנּוּ מִסֵּפֶר טוֹב שֶׁלֹּא יִתְגַּלֶּה, וְהַשְּׁאָר כְּמִנְיַן הַכֹּל יִתְגַּלֶּה, אֲבָל לֶעָתִיד יִתְגַּלֶּה גַּם מִסֵּפֶר טוֹב הַנִּזְכָּר, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר (תְּהִלִּים כג, ו) אַךְ טוֹב וָחֶסֶד יִרְדְּפוּנִי וְכוּ', וְכַנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת, יְעַיֵּין שָׁם. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר מֻובְטָח אֲנִי בְּךָ שֶׁאַתָּה מְשַׁלֵּם שָׂכָר טוֹב, דַּייְקָא רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁגַּם הָאוֹרוֹת שֶׁהֵם מִסֵּפֶר טוֹב אֲשֶׁר עַתָּה הֵם גְּנוּזִים, בָּטוּחַ אֲנִי שֶׁתְּגַלֶּה אוֹתָם לַצַּדִּיקִים וְתַשְׁלִים אוֹתָם לָהֶם, וּכְמוֹ שֶׁדָּרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁגְּנָזוֹ לַצַּדִּיקִים, אַךְ אֵינִי יוֹדֵעַ אִם יֵשׁ לִי חֵלֶק עִמָּהֶם בַּחֵלֶק שֶׁל הטו"ב כַּנִּזְכָּר, כִּי וַדַּאי לָאו הַכֹּל יִזְכּוּ לְכָךְ כִּי אִם רַק אוֹתָם הַנִּקְרָאִים בְּנֵי עֲלִיָּה. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד יֵשׁ צַדִּיק וְיֵשׁ חָסִיד שֶׁהוּא גָּדוֹל מִצַּדִּיק, שֶׁהַצַּדִּיק עוֹשֶׂה רַק לְתִיקּוּן נַפְשׁוֹ, וְאֵין בּוֹ כֹּחַ לִיתֵּן כֹּחַ מִנַּפְשׁוֹ לִנְפָשׁוֹת אֲחֵרִים לְסַיְּיעָן בְּתִיקּוּן שֶׁעוֹשִׂים בַּתּוֹרָה וּמִצְוֹת וּתְפִלּוֹת, אֲבָל הֶחָסִיד יֵשׁ בּוֹ כֹּחַ לְסַיֵּיעַ אֲחֵרִים לָתֵת אֶצְבָּעוֹ בְּנֵיהֶם לְחַזְּקָם בְּתִיקּוּן שֶׁעוֹשִׂין לְנַפְשָׁם. וְעַל זֶה אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אֵינִי יוֹדֵעַ אִם הִגַּעְתִּי לְמַעְלָה זוֹ שֶׁיֵּשׁ לִי חֵלֶק בִּשְׂכַר הַצַּדִּיקִים, כִּי כָּל צַדִּיק שֶׁהוּא מְסַיֵּיעַ לְצַדִּיק אַחֵר שֶׁצָּרִיךְ סִיּוּעַ הֲרֵי זֶה יֵשׁ לוֹ חֵלֶק בִּשְׂכַר תִּיקּוּן מַעֲשָׂיו שֶׁל אוֹתוֹ צַדִּיק, וּלְהָכִי מַקְשֵׁי כֵּיוָן שֶׁקָּרָא עַצְמוֹ חָסִיד, אִם כֵּן הוּא מִן אוֹתָם הַמְסַייְּעִים לַצַּדִּיקִים שֶׁבְּדוֹרָם שֶׁיֵּשׁ לָהֶם חֵלֶק עִמָּהֶם, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בִּשְׂכָרָם, וְאִם כֵּן אֵיךְ קָאָמַר כָּאן שֶׁהוּא הָיָה מִסְתַּפֵּק עַל עַצְמוֹ בִּדְבַר הַמַּעֲלָה הַזֹּאת, וּמְתָרֵץ שֶׁמָּא יְגָרֵם הַחֵטְא, וְלֹא יִשָּׁאֵר בְּמַדְרֵגָה הָעֶלְיוֹנָה הַזֹּאת שֶׁל חָסִיד שֶׁיִּהְיֶה הוּא יָכוֹל לְסַיֵּיעַ אֲחֵרִים.
« J'ai confiance en Toi que Tu paies une bonne récompense aux justes dans le monde à venir, mais je ne sais pas si j'ai une part parmi eux ou non. » On peut demander pourquoi il fallait préciser « une bonne récompense », alors qu'il suffisait de dire « une récompense ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que cela repose] sur ce qu'ont écrit les commentateurs de mémoire bénie : pour les mitsvot positives il n'y a pas de récompense de plein droit, car le Saint béni soit-Il dira « qui M'a devancé pour que Je paie ? » ; mais pour les mitsvot négatives il y a une récompense de plein droit, car leur accomplissement vient de ce que l'homme l'emporte sur le mauvais penchant, et nos maîtres de mémoire bénie ont dit que tout est entre les mains du Ciel hormis la crainte du Ciel. Ainsi se comprennent les paroles du roi David : non seulement la récompense du « écarte-toi du mal », qui est l'accomplissement des mitsvot négatives, que Tu paieras certainement, mais même la récompense du « fais le bien », qui est l'accomplissement des mitsvot positives, où vaut l'argument « qui M'a devancé pour que Je paie ? », j'ai confiance en Toi que Tu la paieras dans le monde à venir ; c'est pourquoi il dit « une bonne récompense », c'est-à-dire la récompense du « fais le bien », qui sont les mitsvot positives. Il reste cependant à demander sur ce « j'ai confiance » : est-il donc seul à en être assuré ? Et il reste à demander sur ce « je ne sais pas si j'ai une part parmi eux » : comment pouvait-il douter de lui-même, alors qu'il voyait manifestement que la Chekhina était avec lui ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que cela repose] sur ce qu'ont expliqué nos maîtres de mémoire bénie : la lumière que le Saint béni soit-Il a créée le premier jour éclairait d'un bout du monde à l'autre ; le Saint béni soit-Il regarda les méchants et la mit en réserve pour les justes dans le monde à venir. Notre maître le Ari de mémoire bénie a expliqué que l'intention porte sur le yessod de la ''hokhma, qui est le Nom en youdin dont le compte est celui de ''hessed, et qu'Il en a mis en réserve le compte de tov afin qu'il ne se révèle pas, le reste se révélant selon le compte de hakol ; mais dans l'avenir se révélera aussi le compte de tov mentionné, et c'est ce qui est dit (Psaumes 23, 6) « seulement le bien et la bonté me poursuivront, etc. », comme il est rapporté dans le Sefer HaKavanot ; voir là-bas. C'est ce qu'il dit : « j'ai confiance en Toi que Tu paies une bonne récompense », précisément, c'est-à-dire que même les lumières qui sont du compte de tov, aujourd'hui en réserve, je suis assuré que Tu les révéleras aux justes et que Tu les leur donneras en plein, comme nos maîtres l'ont interprété par « Il l'a mise en réserve pour les justes » ; mais je ne sais pas si j'ai une part parmi eux dans cette part du tov mentionnée, car assurément tous n'y accèdent pas, mais seulement ceux qu'on appelle les fils de l'élévation. Ou encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a le juste et il y a le 'hassid, qui est plus grand que le juste : le juste n'agit que pour la réparation de sa propre âme, et il n'a pas la force de donner de la force de son âme à d'autres âmes pour les aider dans la réparation qu'elles accomplissent par la Torah, les mitsvot et les prières ; le 'hassid, lui, a la force d'aider les autres et de leur tendre le doigt pour les affermir dans la réparation qu'ils font pour leur âme. C'est à ce sujet que le roi David a dit : je ne sais pas si je suis parvenu à ce degré où j'ai une part dans la récompense des justes, car tout juste qui en aide un autre ayant besoin d'aide à une part dans la récompense de la réparation accomplie par ce juste. C'est pourquoi on objecte : puisqu'il s'est appelé 'hassid, il est donc de ceux qui aident les justes de leur génération et qui ont une part avec eux, c'est-à-dire dans leur récompense ; comment dit-il alors ici qu'il doutait de lui-même sur ce degré ? On répond : peut-être la faute en sera-t-elle cause, et il ne demeurera pas dans ce degré supérieur de 'hassid où il peut aider les autres.
💡 Explication

Objection contre les deux lectures précédentes. Si David se déclarait 'hassid, comment expliquer le verset des Psaumes où il exprime un doute ? Les points diacritiques placés par la tradition scribale au-dessus du mot loulé sont lus comme une restriction du sens : la vision de la bonté divine n'était pas pour lui une chose assurée.

Le doute porte précisément sur sa part parmi les justes dans le monde à venir, alors que la récompense elle-même ne fait pour lui aucun doute.

15
שֶׁמָּא יִגְרֹום הַחֵטְא.

Peut-être la faute en sera-t-elle cause.

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּא יִגְרֹום הַחֵטְא תֵּירוּצָא הוּא לְעוֹלָם מֻוחְזָק בְּיָדוֹ שֶׁהוּא חָסִיד וְזֶה שֶׁסָּפֵק בְּיָדוֹ אִם יִרְאֶה בְּטוֹב ה' לְפִי שֶׁהָיָה יָרֵא שֶׁמָּא יֶחֱטָא וְיִגְרֹום הַחֵטְא מִלִּרְאוֹת בְּטוֹב:
« Peut-être la faute en sera-t-elle cause » — c'est une réponse : il tenait bien pour acquis qu'il était un 'hassid, et son doute portait sur le fait de voir la bonté de ה', parce qu'il craignait de fauter et que la faute ne l'empêche de voir cette bonté.
💡 Explication

Réponse en trois mots. Le doute de David ne portait pas sur son état présent : il se tenait bien pour 'hassid. Il craignait une faute à venir, qui le priverait de ce qui lui revenait. Le principe ainsi dégagé, chema yigrom ha'het, va être appuyé sur deux précédents.

16
כִּדְרַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי, דְּרַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי רָמֵי, כְּתִיב: ״וְהִנֵּה אָנֹכִי עִמָּךְ וּשְׁמַרְתִּיךָ בְּכֹל אֲשֶׁר תֵּלֵךְ״, וּכְתִיב: ״וַיִּירָא יַעֲקֹב מְאֹד״ אָמַר: שֶׁמָּא יִגְרֹום הַחֵטְא.

Comme [l'enseignement de] Rabbi Yaakov bar Idi ; car Rabbi Yaakov bar Idi opposait [deux versets] : il est écrit « Et voici, Je suis avec toi et Je te garderai partout où tu iras », et il est écrit « Et Yaakov eut très peur ». Il s'est dit : peut-être la faute en sera-t-elle cause.

📜 Rachi (1)
וַיִּירָא יַעֲקֹב שֶׁמָּא אַחַר הַבְטָחָה חָטָאתִי וְכִדְתַנְיָא שֶׁהַחֵטְא גּוֹרֵם שֶׁאֵין הַהַבְטָחָה מִתְקַיֶּימֶת:
« Et Yaakov eut peur » — peut-être ai-je fauté après la promesse ; et comme il a été enseigné, la faute fait que la promesse ne s'accomplit pas.
💡 Explication

Premier appui, tiré d'une contradiction apparente dans le récit de Yaakov. Une promesse explicite de protection lui avait été faite au songe de l'échelle, et pourtant il prend peur à l'approche d'Essav. La résolution est la même : une promesse peut être annulée par une faute survenue depuis.

17
כִּדְתַנְיָא ״עַד יַעֲבֹר עַמְּךָ ה׳, עַד יַעֲבֹר עַם זוּ קָנִיתָ״.

Comme il a été enseigné : « jusqu'à ce que passe Ton peuple, ה' ; jusqu'à ce que passe ce peuple que Tu as acquis ».

💡 Explication

Introduction du second appui : un verset du Chant de la mer dont les deux moitiés semblent redondantes. La baraita citée au segment suivant tire de cette répétition deux événements distincts.

18
״עַד יַעֲבֹר עַמְּךָ ה׳״ — זוֹ בִּיאָה רִאשׁוֹנָה, ״עַד יַעֲבֹר עַם זוּ קָנִיתָ״ — זוֹ בִּיאָה שְׁנִיָּה. מִכָּאן אָמְרוּ חֲכָמִים: רְאוּיִם הָיוּ יִשְׂרָאֵל לֵיעָשׂוֹת לָהֶם נֵס בִּימֵי עֶזְרָא כְּדֶרֶךְ שֶׁנַּעֲשָׂה לָהֶם בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן. אֶלָּא שֶׁגָּרַם הַחֵטְא.

« Jusqu'à ce que passe Ton peuple, ה' » — c'est la première entrée ; « jusqu'à ce que passe ce peuple que Tu as acquis » — c'est la seconde entrée. De là, les Sages ont dit : Israël était digne qu'un miracle soit fait pour lui aux jours d'Ezra, comme il en fut fait pour lui aux jours de Yehochoua fils de Noun ; mais la faute en a été cause.

📜 Rachi (4)
בִּיאָה רִאשׁוֹנָה שֶׁבָּאוּ בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ:
« La première entrée » — celle des jours de Yehochoua.
בִּיאָה שְׁנִיָּיה כְּשֶׁעָלוּ מִגָּלוּת בָּבֶל בִּימֵי עֶזְרָא:
« La seconde entrée » — lorsqu'ils sont montés de l'exil de Babylone aux jours d'Ezra.
רְאוּיִים הָיוּ לֵיעָשׂוֹת לָהֶם נֵס לָבוֹא בְּיָד רָמָה:
« Ils étaient dignes qu'un miracle soit fait pour eux » — pour venir la main haute.
אֶלָּא שֶׁגָּרַם הַחֵטְא וְלֹא הָלְכוּ אֶלָּא בִּרְשׁוּת כּוֹרֶשׁ וְכָל יְמֵי מַלְכֵי פָּרַס נִשְׁתַּעְבְּדוּ לָהֶם לְכוֹרֶשׁ וְלַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּלְדָרְיָוֶשׁ הָאַחֲרוֹן:
« Mais la faute en a été cause » — ils ne sont montés qu'avec l'autorisation de Cyrus, et durant tous les jours des rois de Perse ils leur furent assujettis, à Cyrus, à A'hachvéroch et à Darius le dernier.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רְאוּיִים הָיוּ יִשְׂרָאֵל לֵעָשׂוֹת לָהֶם נֵס בִּימֵי עֶזְרָא. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל עַל מַה שֶּׁכָּתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל אִם הַנָּבִיא מִתְנַבֵּא לַאֲחֵרִים טוֹבָה אֵין הַחֵטְא גּוֹרֵם לְבַטֵּל דִּבְרֵי הַנָּבִיא וְכוּ' עַיֵּין שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין הַתְחָלָה לְקֻושְׁיָא זוֹ, כִּי זֶה הַכְּלָל לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא עַל הַבְטָחָה גְּלוּיָה וּמְפֹורֶשֶׁת בְּדִבְרֵי הַנָּבִיא, אַךְ כָּאן יֵשׁ לְפָרֵשׁ הַפָּסוּק כֻּולּוֹ עַל בִּיאָה רִאשׁוֹנָה מְדַבֵּר, וַאֲפִילּוּ אִם נֹאמַר מֵחֲמַת יִתּוּר הַכָּתוּב מֻוכְרָח לְפָרְשׁוֹ עַל בִּיאָה שְׁנִיָּה, מִכָּל מָקוֹם אֵינוֹ מְפֹורָשׁ שֶׁיַּעֲשֶׂה לָהֶם נֵס כְּמוֹ בִּיאָה רִאשׁוֹנָה, אֶלָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁיַּעֲלוּ וְיָבוֹאוּ עוֹד הַפַּעַם בִּיאָה שְׁנִיָּה, וְדָבָר זֶה נִתְקַיֵּים בֶּאֱמֶת שֶׁעָלוּ וּבָאוּ בִּיאָה שְׁנִיָּה בִּימֵי עֶזְרָא, וְאֵין הַכְזָבַת הַנָּבִיא בְּדָבָר הַטּוֹב שֶׁהוּא אֵינוֹ גָּלוּי וּמְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי הַנְּבוּאָה וּפָשׁוּט. וְעוֹד יֵשׁ לְתָרֵץ דְּהָכָא שָׁאנֵי כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁשָּׁרְתָה רוה"ק עַל כָּל יִשְׂרָאֵל וְאָמְרוּ כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל דִּבְרֵי הַשִּׁירָה הַזֹּאת ברוה"ק, וְאִם כֵּן דָּמֵי לְהַבְטָחַת הַטּוֹבָה לַנָּבִיא עַל יְדֵי עַצְמוֹ כִּדְאָמְרִינַן גַּבֵּי יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה.
« Israël était digne qu'un miracle soit fait pour lui aux jours d'Ezra. » Le Tsela'h de mémoire bénie a objecté à partir de ce qu'a écrit le Rambam de mémoire bénie : lorsque le prophète prophétise à d'autres un bien, la faute ne cause pas l'annulation des paroles du prophète, etc. ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette objection n'a pas lieu d'être, car cette règle n'a été dite que d'une promesse manifeste et explicite dans les paroles du prophète. Ici, on peut expliquer tout le verset comme parlant de la première entrée ; et même si l'on dit qu'à cause de la redondance de l'écrit il faut nécessairement l'expliquer de la seconde entrée, il n'y est pas explicite qu'un miracle sera fait pour eux comme à la première entrée : cela veut dire seulement qu'ils monteront et viendront une seconde fois, et cela s'est accompli en vérité, puisqu'ils sont montés et venus une seconde fois aux jours d'Ezra. Il n'y a donc pas de démenti du prophète sur une chose bonne qui n'est ni manifeste ni explicite dans les paroles de la prophétie, et cela est évident. On peut encore répondre qu'ici le cas est différent, car nos maîtres de mémoire bénie ont dit que l'esprit saint reposa sur tout Israël et que chacun d'Israël dit les paroles de ce chant par l'esprit saint ; il en va donc comme d'une promesse de bien faite au prophète pour lui-même, ainsi que nous l'avons dit à propos de Yaakov notre père, la paix soit sur lui.
(שְׁמוֹת טו, טז) 'עַד יַעֲבֹר עַם זוּ קָנִית' זוֹ בִּיאָה שְׁנִיָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁקָּרָא לְיִשְׂרָאֵל שֶׁהָיוּ בְּבִיאָה שְׁנִיָּה בְּשֵׁם עַם זוֹ, הַייְנוּ כִּי הֵם הָיוּ אוֹתָם שֶׁעָשָׂה לָהֶם הקב"ה נֵס בִּגְזֵרַת הַמָּן שֶׁגָּזַר עֲלֵיהֶם הֲרִיגָה בי"ג אֲדָר, שֶׁהוּא מְסַפֵּר זוֹ, וּבָזֶה הַנֵּס שֶׁעָשָׂה לָהֶם הקב"ה בְּ'זוּ' [13] אֲדָר קָנָה אוֹתָם מֵחָדָשׁ קְנִיָּה מְחֻודֶּשֶׁת, וּלְהָכִי קְרָאָם עַם 'זוֹ' רְצוֹנוֹ לוֹמַר עַם בַּעֲלֵי נֵס שֶׁל ז"ו. אוֹ יוּבָן קְרָאָם עַם זוֹ כִּי אֶצְלָם נִשְׁלְמָה קַבָּלַת תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, דַּהֲדוּר קִבְּלוּהָ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, וּכְמוֹ שֶׁבֵּיאֲרוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דְּאָמְרוּ הֲדוּר קַבְּלוּהָ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, דְּקָאֵי עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְאִם כֵּן הָשְׁתָּא נַעֲשׂוּ בַּעֲלֵי זוֹ, כִּי תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הִיא ז' סְפָרִים, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי ט' א') חָצְבָה עַמּוּדֶיהָ שִׁבְעָה, שֶׁפָּסוּק (בַּמִּדְבָּר י' לָהּ-לוֹ) וַיְהִי בְּנָסַע הוּא סֵפֶר בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה הִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים, הֲרֵי נַעֲשׂוּ עַתָּה עַם זוֹ שֶׁהֵם שְׁלֵמִים בַּתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה בְּיַחַד.
« (Exode 15, 16) Jusqu'à ce que passe ce peuple que Tu as acquis — c'est la seconde entrée. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il a appelé les Israélites de la seconde entrée du nom de « ce peuple » (am zou), c'est parce qu'ils sont ceux pour qui le Saint béni soit-Il a fait un miracle lors du décret de Haman, qui avait décrété contre eux la mise à mort le treize d'Adar, nombre correspondant à zou ; et par ce miracle qu'Il leur a fait le treize d'Adar, Il les a acquis à nouveau d'une acquisition renouvelée. C'est pourquoi Il les appelle « am zou », c'est-à-dire le peuple de ceux à qui advint le miracle du treize. On peut aussi comprendre qu'Il les a appelés « am zou » parce que c'est chez eux que s'est achevée la réception de la Torah orale, car ils l'ont reçue de nouveau aux jours d'A'hachvéroch, comme les commentateurs de mémoire bénie l'ont expliqué à propos de la parole de nos maîtres selon laquelle ils l'ont reçue de nouveau aux jours d'A'hachvéroch, ce qui porte sur la Torah orale. Ils sont donc devenus alors les détenteurs de zou, car la Torah écrite compte sept livres, comme nos sages l'ont dit sur le verset (Proverbes 9, 1) « elle a taillé ses sept colonnes », le passage (Nombres 10, 35-36) « vayehi binsoa » étant un livre à lui seul, et la Torah orale compte six ordres. Les voilà devenus « am zou », complets ensemble dans la Torah écrite et dans la Torah orale.
💡 Explication

La répétition du verset est lue comme visant deux venues en terre d'Israël : celle de Yehochoua et celle d'Ezra, au retour de Babylone. Puisque le même verset les couvre toutes deux, la seconde était due au même régime que la première, une entrée miraculeuse et « la main haute ».

Le constat historique est autre : la montée d'Ezra s'est faite avec l'autorisation de Cyrus et sous la sujétion des rois de Perse. L'écart entre le du et le réel fournit la preuve recherchée : la faute empêche.

🖼️ Schéma
Les deux entrées en terre d'Israël dans un seul verset Ex. 15, 16 : la répétition est lue comme visant deux venues distinctes. ad yaavor amkha ה' la première entrée Aux jours de Yehochoua fils de Noun. Entrée miraculeuse, la main haute. Le miracle a eu lieu. ad yaavor am zou kanita la seconde entrée Aux jours d'Ezra, au retour de Babylone. Israël était digne du même miracle. La faute en a été cause. Le rapprochement des deux moitiés du verset fonde la comparaison : ce qui était dû à la seconde entrée se mesure à ce qui a été accordé à la première. La différence constatée devient la preuve que la faute empêche.
Deux entrées dans un seul verset : la comparaison rend visible ce que la faute a coûté.
19
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים עַד חֲצוֹת: חֲכָמִים כְּמַאן סְבִירָא לְהוּ, אִי כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לְהוּ — לֵימְרוּ כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר.

« Et les Sages disent : jusqu'à minuit. » Les Sages, selon qui tiennent-ils ? S'ils tiennent comme Rabbi Eliezer, qu'ils disent comme Rabbi Eliezer !

📜 Rachi (3)
חֲכָמִים כְּמַאן סְבִירָא לְהוּ בְּמַשְׁמָעוּת בְּשָׁכְבְּךָ הָאָמוּר בַּתּוֹרָה:
« Les Sages, selon qui tiennent-ils » — quant au sens de « bechokhbekha » (quand tu te couches) énoncé dans la Torah.
אִי כַּר' אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לְהוּ דְּאִית לֵיהּ בְּשָׁכְבְּךָ כָּל זְמַן שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹסְקִין לֵילֵךְ וְלִשְׁכַּב זֶה מַקְדִּים וְזֶה מֵאַחַר:
« S'ils tiennent comme Rabbi Eliezer » — qui soutient que « quand tu te couches » désigne tout le temps où les gens s'occupent d'aller se coucher, l'un plus tôt, l'autre plus tard.
לֵימְרוּ כַּר' אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר סוֹף הָאַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה דְּוַדַּאי כֹּל שֶׁדַּעְתּוֹ לִישֹׁן כְּבָר שָׁכַב וְיָשַׁן:
« Qu'ils disent comme Rabbi Eliezer » — qui dit : jusqu'à la fin de la première veille, car assurément, quiconque a l'intention de dormir s'est déjà couché et endormi.
💡 Explication

Retour à la michna du début du traité, après la longue digression aggadique. La question porte sur la lecture du mot bechokhbekha (« quand tu te couches ») dont chacun tire le terme du chema du soir.

Rabbi Eliezer lit ce mot comme désignant le temps où les gens vont se coucher, et fixe le terme à la fin de la première veille. Si les Sages partagent cette lecture, ils devraient fixer le même terme ; leur « jusqu'à minuit » demande donc une autre explication, que le folio suivant fournira.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).