Berakhot 4b -- La haie des sages, la jonction de la gueoula à la tefila et le Chema du lit

Berakhot 4b

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya du terme du Chema du soir : les sages tiennent en vérité comme Rabban Gamliel, mais ils ont fixé minuit comme haie protectrice, de peur que l'homme rentrant du champ ne s'endorme avant d'avoir lu et prie ; la beraita conclut par une menace de mort, dont la Guemara donne deux explications. Vient ensuite la grande mahloket entre Rabbi Yo'hanan, qui promet le monde à venir à qui joint la bénédiction de gueoula à la tefila du soir, et Rabbi Yehochoua ben Levi, pour qui les prières ont été instituées au milieu, entre les deux lectures du Chema ; leur désaccord est fondé tantôt sur un raisonnement au sujet de la délivrance d'Égypte, tantôt sur deux lectures du verset bechokhbekha ouvekoumekha.

L'objection de Mar fils de Ravina, tirée de la bénédiction Hachkivenou, conduit au principe de la bénédiction prolongée. Le folio enchaîne sur la promesse attachée à Tehila léDavid dit trois fois par jour, sur l'absence du noun dans ce psaume, puis sur le rang comparé de Mikhael et de Gavriel mesuré au nombre de leurs vols.

Il se ferme en revenant à son point de départ : même après la synagogue, mitsva de lire le Chema sur son lit.

Le fil du folio : de la haie des sages à la lecture sur le lit Quatre mouvements. Le fil conducteur est la formule "fils du monde à venir", qui appelle chaque nouveau bloc. Mouvement 1 (seg. 0-4) -- Pourquoi les sages disent "jusqu'à minuit" Les sages tiennent en vérité comme Rabban Gamliel (toute la nuit), mais ils ont dressé une haie (sayag) à minuit. Motif : l'homme qui rentre du champ se fie au délai, s'endort, et perd la nuit entière. La beraita conclut : qui transgresse les paroles des sages est passible de mort. Deux explications de cette sévérité. Enjeu : distinguer le din (toute la nuit) de la takana protectrice (minuit). Mouvement 2 (seg. 5-14) -- Joindre la gueoula à la tefila du soir La beraita dit "il lit le Chema et prie" : appui pour R. Yo'hanan, qui promet le monde à venir à qui joint gueoula et tefila le soir. R. Yehochoua ben Levi : les prières ont été instituées au milieu, entre les deux lectures du Chema. Deux fondements possibles de la mahloket : une sabara (la délivrance à-t-elle commencé le soir ?) ou un verset (bechokhbekha ouvekoumekha). Objection de Mar fils de Ravina : Hachkivenou s'intercale. Réponse : c'est une gueoula prolongée, comme "ה' ouvre mes lèvres" pour la tefila. Enjeu : la continuité entre le récit de la délivrance et la demande adressée au Roi. Mouvement 3 (seg. 15-21) -- Tehila léDavid trois fois par jour R. Elazar au nom de R. Avina : qui dit Tehila léDavid (Ps 145) trois fois par jour a l'assurance du monde à venir. Recherche du motif : l'ordre alphabétique seul ne suffit pas (Ps 119 en a huit), la subsistance seule non plus (le Grand Hallel en parle). Conclusion : ce psaume réunit les deux. Puis R. Yo'hanan : pourquoi le noun manque-t-il ? À cause du verset d'Amos sur la chute. Réponses : lecture adoucie en Terre d'Israël ; et David a placé juste après le verset du samekh, "Hachem soutient tous ceux qui tombent". Enjeu : ce qui rend un texte quotidien digne d'une telle promesse. Mouvement 4 (seg. 22-27) -- Les anges, puis retour au Chema sur le lit Association par le nom de R. Elazar : Mikhael est supérieur à Gavriel, car il arrive en un seul vol contre deux. Guezera chava "ehad" / "ehad" pour identifier le seraf d'Isaie à Mikhael. Baraita : échelle des vols, de Mikhael à l'ange de la mort. Retour au thème initial : R. Yehochoua ben Levi -- même après la synagogue, mitsva de lire le Chema sur son lit (Ps 4, 5). Le folio s'interrompt sur "Rav Nahman a dit" ; la suite se lit au début de 5a. Enjeu : la boucle du folio revient à la lecture du soir, mais déplacée de la synagogue vers le lit.
Les quatre mouvements du folio et leur enchaînement.
La mahloket du soir : R. Yo'hanan contre R. Yehochoua ben Levi Un seul désaccord, deux fondements possibles : par le raisonnement (sabara) ou par le verset (kra). Rabbi Yo'hanan Chema, puis tefila -- le soir aussi Rabbi Yehochoua ben Levi Les prières au milieu : tefila, puis Chema Voie 1 : sabara La délivrance à commencé dès le soir de Pessa'h, même si la délivrance pleine n'est venue qu'au matin. Il y a donc bien une gueoula du soir à raconter, et il vaut la peine d'y joindre la demande. Puisque la délivrance pleine ne fut qu'au matin, celle du soir n'a pas rang de gueoula véritable. Rien n'oblige donc à lui joindre la tefila, et l'ordre du soir peut différer de celui du matin. Voie 2 : kra -- un seul verset, "quand tu te couches et quand tu te lèves" Le heqech porte sur l'ordre des actes : de même qu'au lever c'est Chema puis tefila (tous en conviennent pour le matin), de même au coucher : Chema puis tefila. Le heqech porte sur la proximité du lit : de même qu'au lever on lit le Chema au sortir du lit, de même au coucher : le plus près du lit. Nafka mina -- l'ordre de l'office du soir Selon R. Yo'hanan : Chema, ses bénédictions, gueoula, puis immédiatement la Amida. La halakha suit cette position. Selon R. Yehochoua ben Levi : la Amida du soir précède, et le Chema du soir se lit ensuite, au moment du coucher. Conséquence pratique retenue par Tossefot : ne pas parler entre la bénédiction de gueoula du soir et la Amida. La beraita du champ ("il lit le Chema et prie") sert d'appui décisif à R. Yo'hanan.
R. Yohanan contre R. Yehochoua ben Levi : les deux fondements du désaccord et sa conséquence pratique.
L'objection de Mar fils de Ravina et la notion de "bénédiction prolongée" Si les sages ont ajouté un texte à l'endroit même de la jonction, cet ajout appartient à ce qu'il prolonge. Objection (seg. 12) Le soir, la michna prescrit deux bénédictions avant le Chema et deux après. La seconde des deux dernières est Hachkivenou. Elle s'intercale donc entre la bénédiction de gueoula et la Amida : la jonction demandée par R. Yo'hanan est rompue. Ordre effectif de l'office du soir 2 bénédictions Chema Gueoula Hachkivenou Amida un seul bloc : gueoula arikhta (gueoula prolongée) Réponse (seg. 13-14) Puisque les sages ont institué Hachkivenou à cet endroit précis, il compte comme la suite de la gueoula, non comme une coupure. Preuve par l'absurde : sans ce principe, le matin non plus on ne pourrait joindre, puisque l'on dit "ה' ouvre mes lèvres" juste avant la Amida. Le même principe, applique deux fois Matin : "ה' ouvre mes lèvres" précède la Amida et vaut comme tefila arikhta, une prière prolongée. Soir : Hachkivenou suit la gueoula et vaut comme gueoula arikhta. Règle dégagée : une institution rabbinique placée à la jonction est absorbée par la pièce qu'elle jouxte.
Comment Hachkivenou cesse d'être une coupure : le principe de la bénédiction prolongée.
1
וְאִי כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל סְבִירָא לְהוּ — לֵימְרוּ כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל.

Et s'ils tiennent comme Rabban Gamliel, qu'ils disent alors comme Rabban Gamliel !

📜 Rachi (2)
וְאִי כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל סְבִירָא לְהוּ דְּמַשְׁמַע לֵיהּ בְּשָׁכְבְּךָ כָּל זְמַן שֶׁבְּנֵי אָדָם שׁוֹכְבִים וְיֵשׁ בַּכְּלָל הַזֶּה כָּל הַלַּיְלָה:
Et s'ils tiennent comme Rabban Gamliel — pour qui « quand tu te couches » signifie : tout le temps où les gens sont couchés, ce qui englobe la nuit entière.
לֵימְרוּ כר"ג עַד עַמּוּד הַשַּׁחַר:
Qu'ils disent comme Rabban Gamliel — jusqu'au lever de l'aube.
💡 Explication

Fin de la question ouverte au folio précédent. La michna oppose les sages, qui fixent le terme du Chema du soir à minuit, à Rabban Gamliel, qui l'étend jusqu'à l'aube. La Guemara vient d'examiner l'hypothèse selon laquelle les sages liraient le verset comme Rabban Gamliel ; elle la pousse à sa conséquence : si telle est leur lecture du verset, leur énoncé devrait suivre.

2
לְעוֹלָם כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל סְבִירָא לְהוּ, וְהָא דְּקָא אָמְרִי ״עַד חֲצוֹת״, כְּדֵי לְהַרְחִיק אֶת הָאָדָם מִן הָעֲבֵירָה. כִּדְתַנְיָא, חֲכָמִים עָשׂוּ סְייָג לְדִבְרֵיהֶם, כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא אָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה בָּעֶרֶב, וְאוֹמֵר: ״אֵלֵךְ לְבֵיתִי וְאֹוכַל קִימְעָא וְאֶשְׁתֶּה קִימְעָא, וְאִישַׁן קִימְעָא, וְאַחַר כָּךְ אֶקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע וְאֶתְפַּלֵּל״, וְחוֹטַפְתּוֹ שֵׁינָה וְנִמְצָא יָשֵׁן כָּל הַלַּיְלָה. אֲבָל אָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה בָּעֶרֶב, נִכְנָס לְבֵית הַכְּנֶסֶת, אִם רָגִיל לִקְרוֹת — קוֹרֵא. וְאִם רָגִיל לְשַׁנּוֹת — שׁוֹנֶה, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּמִתְפַּלֵּל, וְאוֹכֵל פִּתּוֹ וּמְבָרֵךְ.

En vérité ils tiennent comme Rabban Gamliel, et s'ils ont dit « jusqu'à minuit », c'est afin d'éloigner l'homme de la transgression. Comme il a été enseigné : les sages ont fait une haie à leurs paroles, afin qu'un homme ne rentre pas du champ le soir en se disant : « je vais rentrer chez moi, je mangerai un peu, je boirai un peu, je dormirai un peu, et ensuite je lirai le Chema et je prierai » — et le sommeil le saisit, et il se trouve dormir toute la nuit.

Mais l'homme rentre du champ le soir, entre à la synagogue : s'il est accoutumé à lire [le texte biblique], il lit ; s'il est accoutumé à étudier [la michna], il étudie ; puis il lit le Chema et prie, et [ensuite] il mange son pain et bénit.

📜 Rachi (2)
מִן הָעֲבֵירָה שֶׁמָּא יִסְמֹוךְ עַל שְׁהוּת שֶׁיֵּשׁ לוֹ כִּדְתַנְיָא:
De la transgression — de peur qu'il ne se fie au délai dont il dispose, comme il a été enseigné.
קִימְעָא מְעַט:
Kimea — un peu.
🗂️ Tossefot (1)
וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּמִתְפַּלֵּל מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁמִּשָּׁעָה שֶׁהִגִּיעַ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁל לַיְלָה שֶׁאֵין לוֹ לֶאֱכֹול סְעוּדָה עַד שֶׁיִּקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל עַרְבִית:
Et il lit le Chema et prie — d'ici il ressort que, dès l'instant où le temps du Chema du soir est arrivé, il ne doit pas prendre de repas avant d'avoir lu le Chema et prie la prière du soir.
💡 Explication

Réponse : le din (la règle de fond) est bien celui de Rabban Gamliel, toute la nuit. Le terme de minuit est une takana protectrice, un sayag (haie) destiné à empêcher l'homme de se fier au délai dont il dispose.

La beraita décrit ensuite le trajet corrigé : la synagogue avant la maison, l'étude avant l'office, l'office avant le repas. Le détail « s'il est accoutumé à lire il lit, s'il est accoutumé à étudier il étudie » situe chacun à son niveau, sans exiger de tous la même occupation.

🖼️ Schéma
Pourquoi une haie à minuit : les deux trajets de l'homme qui rentre du champ Sans la haie -- il se fie au délai (toute la nuit) rentre du champ mange un peu, boit un peu dort un peu le sommeil le saisit il dort toute la nuit : Chema et tefila perdus Avec la haie -- il vise minuit rentre du champ entre à la synagogue lit ou étudie selon son habitude Chema puis tefila mange son pain et bénit Ce que la haie déplace Le din reste celui de Rabban Gamliel : jusqu'à l'aube. Les sages n'ont pas raccourci le temps du Chema. Ils ont fixé un terme antérieur pour que l'homme ne s'autorise pas le repos avant d'avoir lu et prie. Le repas passe après l'office : c'est la lecture qu'en tire Tossefot pour la pratique. La sévérité de la conclusion ("passible de mort") vise cette haie précise, exposée à la contrainte du sommeil.
Les deux trajets du soir et ce que la haie des sages vient déplacer.
3
וְכָל הָעֻובָּר עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים חַיָּיב מִיתָה.

Et quiconque transgresse les paroles des sages est passible de mort.

💡 Explication

Formule de clôture de la beraita. Elle surprend par sa sévérité, appliquée à une haie rabbinique et non à une interdiction de la Torah : c'est ce qui déclenche la question suivante.

4
מַאי שְׁנָא בְּכָל דֻּוכְתָּא דְּלָא קָתָנֵי ״חַייָּב מִיתָה״, וּמַאי שְׁנָא הָכָא דְּקָתָנֵי ״חַייָּב מִיתָה״?

En quoi tous les autres endroits diffèrent-ils, où il n'est pas enseigné « passible de mort », et en quoi cet endroit-ci diffère-t-il, où il est enseigné « passible de mort » ?

💡 Explication

La question porte sur une anomalie de formulation. Les transgressions de paroles rabbiniques sont nombreuses et la menace de mort n'y figure pas ; il faut donc un motif propre à ce cas.

5
אִיבָּעֵית אֵימָא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אֹונֶס שֵׁינָה. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְאַפּוֹקֵי מְמָאֵן דְּאָמַר ״תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת״, קָא מַשְׁמַע לַן דְּחוֹבָה.

Si tu veux, dis : parce qu'il y a la contrainte du sommeil. Et si tu veux, dis : pour exclure celui qui dit que la prière du soir est facultative — cela nous enseigne qu'elle est obligatoire.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם אֹונֶס שֵׁינָה הַתּוֹקַפְתּוֹ לַעֲבֹור עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים הֻוזְקְקוּ לְהַזְהִירוֹ יוֹתֵר:
À cause de la contrainte du sommeil — qui s'empare de lui au point de lui faire transgresser les paroles des sages ; il a donc fallu l'avertir avec plus de force.
מְמָאֵן דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפָ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כז:):
De celui qui dit — plus loin, au chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 27b).
💡 Explication

Deux motifs distincts. Le premier tient à la faiblesse du sujet : le sommeil s'empare de lui malgré lui, il faut donc un avertissement plus fort qu'ailleurs. Le second est polémique : la formule vise la position, discutée plus loin dans le traité, selon laquelle la prière du soir serait facultative ; le langage de la beraita tranche implicitement qu'elle est obligatoire.

6
אָמַר מַר, קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּמִתְפַּלֵּל. מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵיזֶהוּ בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא — זֶה הַסּוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה שֶׁל עַרְבִית. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אוֹמֵר: תְּפִלּוֹת בָּאֶמְצַע תִּקְּנוּם.

Le Maître a dit : « il lit le Chema et prie ». Cela vient à l'appui de Rabbi Yo'hanan, car Rabbi Yo'hanan a dit : qui est fils du monde à venir ?

Celui qui joint la gueoula à la tefila du soir. Rabbi Yehochoua ben Levi dit : les prières, on les a instituées au milieu.

📜 Rachi (4)
אָמַר מַר קוֹרֵא ק"ש שֶׁל עַרְבִית תְּחִלָּה וְאח"כ מִתְפַּלֵּל:
Le Maître a dit : il lit le Chema — celui du soir d'abord, et ensuite il prie.
מְסַייַּע לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן דְּאָמַר עַרְבִית נָמֵי ק"ש וְאַחַר כָּךְ תְּפִלָּה כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה. וּדְלֹא כַּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דְּאָמַר תְּפִלָּה וְאַחַר כָּךְ ק"ש:
Cela vient à l'appui de Rabbi Yo'hanan — qui dit que le soir aussi c'est le Chema puis la tefila, afin de joindre la gueoula à la tefila ; et non comme Rabbi Yehochoua ben Levi, qui dit la tefila puis le Chema.
זֶה הַסּוֹמֵךְ וְכָל שֶׁכֵּן דְּשַׁחֲרִית דְּעִיקַּר גְּאֻולַּת מִצְרַיִם בְּשַׁחֲרִית הֲוָה כְּדִכְתִיב מִמָּחֳרַת הַפֶּסַח יָצְאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל (בַּמִּדְבָּר ל״ג:ג׳) וּסְמִיכַת גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה רָמְזָה דָּוִד בְּסֵפֶר תְּהִלִּים דִּכְתִיב ה' צֹורִי וְגוֹאֲלֵי (תְּהִילִּים י״ט:ט״ו) וּסְמִיךְ לֵיהּ יַעַנְךָ ה' בְּיוֹם צָרָה (שָׁם כ) וְאָמְרִי' בִּבְרָכוֹת יְרוּשַׁלְמִי (פ"א) מִי שֶׁאֵינוֹ סוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה לָמָּה הוּא דּוֹמֶה לְאוֹהֲבוֹ שֶׁל מֶלֶךְ שֶׁבָּא וְדָפַק עַל פִּתְחוֹ שֶׁל מֶלֶךְ יָצָא הַמֶּלֶךְ וּמְצָאוֹ שֶׁהִפְלִיג אַף הוּא הִפְלִיג אֶלָּא יִהְיֶה אָדָם מְקָרֵב להקב"ה אֵלָיו וּמְרַצֵּהוּ בְּתִשְׁבָּחוֹת וְקִלּוּסִין שֶׁל יְצִיאַת מִצְרַיִם וְהוּא מִתְקָרֵב אֵלָיו וּבְעוֹדוֹ קָרוֹב אֵלָיו יֵשׁ לוֹ לִתְבֹּועַ צְרָכָיו:
Celui qui joint — et à plus forte raison le matin, car l'essentiel de la délivrance d'Égypte eut lieu le matin, comme il est écrit « le lendemain de Pessa'h les enfants d'Israël sortirent » (Nombres 33, 3). Et David a fait allusion à la jonction de la gueoula à la tefila dans le livre des Psaumes, où il est écrit « ה' mon rocher et mon rédempteur » (Psaumes 19, 15), suivi immédiatement de « que ה' te réponde au jour de détresse » (Psaumes 20, 2). Et nous disons dans le Talmud de Jérusalem, Berakhot (chapitre 1) : celui qui ne joint pas la gueoula à la tefila, à quoi ressemble-t-il ? À l'ami du roi qui vient frapper à la porte du roi ; le roi sort et le trouve déjà parti, alors lui aussi s'en va. Que l'homme rapproche plutôt de lui le Saint béni soit-Il et se le rende favorable par les louanges et les éloges de la sortie d'Égypte ; alors Il se rapproche de lui, et tant qu'Il est proche, il a de quoi demander ses besoins.
בְּאֶמְצַע תִּקְּנוּם בֵּין שְׁנֵי ק"ש תִּקְּנוּ כָּל תְּפִלּוֹת שֶׁל יוֹם דְּקָא סָבַר תְּפִלַּת עַרְבִית קוֹדֶמֶת לק"ש:
On les a instituées au milieu — entre les deux lectures du Chema on a institué toutes les prières du jour, car il tient que la prière du soir précède le Chema.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אֵיזֶהוּ בֶּן העוה"ב וְכוּ' וְאָנוּ שֶׁאוֹמְרִים יִרְאוּ עֵינֵינוּ וּפְסוּקִים אֲחֵרִים אַחַר הַשְׁכִּיבֵנוּ. נִרְאֶה הוֹאִיל וְתַקִּינוּ לְהוּ רַבָּנָן ה"ל כִּגְאוּלָּה אֲרִיכְתָּא דְּתַקִּינוּ לוֹמַר זֶה שֶׁבְּתוֹךְ כָּךְ יִתְפַּלֵּל חֲבֵירוֹ גַּם הוּא וְלֹא יֵלֵךְ מבהכ"נ עַד שֶׁיִּגְמֹור כָּל אֶחָד תְּפִלָּתוֹ. וְגַם יֵשׁ בְּאוֹתָם פְּסוּקִים י"ח אַזְכָּרוֹת כְּנֶגֶד י"ח בְּרָכוֹת דִּשְׁמֹנֶה עֶשְׂרֵה וְאַגַּב שֶׁתִּקְּנוּ לוֹמַר אוֹתָם פְּסוּקִים תִּקְּנוּ לוֹמַר חֲתִימָה שֶׁל יִרְאוּ עֵינֵינוּ. וַהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן דְּבָרַיְיתָא מְסַיַּיע לֵיהּ וְכֵן פָּסַק ה"ג. וְאִם כֵּן יֵשׁ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לְסַפֵּר בֵּין גְּאֻולָּה דְּעַרְבִית לִשְׁמֹנָה עֶשְׂרֵה. וּמִיהוּ בְּסֵדֶר רַב עַמְרָם פִּי' מַה שֶׁאָנוּ אוֹמְרִים קַדִּישׁ בֵּין גְּאֻולָּה לִתְפִלַּת עַרְבִית לְאַשְׁמְעִינַן דְּלָא בָּעֵינַן מִסְמַךְ גְּאֻולָּה דְּעַרְבִית לִתְפִלָּה מִשּׁוּם דִּתְפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת. וְלָא נְהִירָא [דְּאִם כֵּן] ר' יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ תְּפִלַּת עַרְבִית חוֹבָה דִּפְלוּגְתָּא הִיא דְּרַב וְר' יוֹחָנָן וַהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן. וְנָכוֹן לְהַחְמִיר וּלְהִזָּהֵר מִלְּסַפֵּר בֵּינְתַיִם וְאִי תֵּימָא קַשְׁיָא הִלְכְתָא אַהִלְכְתָא דְּקַיְימָא לַן תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת וְהָכָא פָּסְקִינַן כְּרַבִּי יוֹחָנָן צָרִיךְ לוֹמַר דַּאֲפִילּוּ אִי סוֹבֵר רַבִּי יוֹחָנָן כְּרַב דְּאָמַר רְשׁוּת הִיא מִכָּל מָקוֹם מְחַיֵּיב לִסְמֹוךְ. אִם כֵּן גַּם לָנוּ יֵשׁ לִסְמֹוךְ:
Car Rabbi Yo'hanan a dit : qui est fils du monde à venir, etc. — et nous, qui disons « Yirou eneinou » et d'autres versets après Hachkivenou : il semble que, puisque les sages les ont institués, cela vaut comme une gueoula prolongée. On a institué de les dire pour que, pendant ce temps, le voisin achève lui aussi sa prière et que nul ne quitte la synagogue avant que chacun ait terminé la sienne. De plus, ces versets contiennent dix-huit mentions du Nom, correspondant aux dix-huit bénédictions de la Amida ; et à l'occasion de l'institution de ces versets, on a institué de dire la formule de clôture de « Yirou eneinou ». La halakha est comme Rabbi Yo'hanan, car la beraita vient à son appui, et ainsi ont tranché les Halakhot Guedolot. Il faut donc prendre garde de ne pas parler entre la gueoula du soir et la Amida. Toutefois, dans le Seder de Rav Amram, il est expliqué que si nous disons le Qaddich entre la gueoula et la prière du soir, c'est pour nous enseigner qu'on n'a pas besoin de joindre la gueoula du soir à la tefila, la prière du soir étant facultative. Mais cela ne paraît pas juste, car [s'il en était ainsi] Rabbi Yo'hanan tiendrait que la prière du soir est obligatoire — or c'est une controverse entre Rav et Rabbi Yo'hanan, et la halakha est comme Rabbi Yo'hanan. Il convient donc d'être rigoureux et de se garder de parler entre-temps. Et si tu objectes qu'il y a là une halakha contre une halakha, puisque nous tenons que la prière du soir est facultative et qu'ici nous tranchons comme Rabbi Yo'hanan, il faut dire que même si Rabbi Yo'hanan tenait comme Rav, qui dit qu'elle est facultative, il obligerait néanmoins à joindre. Nous aussi, alors, nous devons joindre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵיזֶהוּ בֶּן עוֹלָם הַבָּא? זֶה הַסּוֹמֵךְ גְּאֻלָּה לִתְפִלָּה שֶׁל עַרְבִית. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי רְבוּתָא דִּתְפִלַּת עַרְבִית לְעִנְיָן זֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ תְּפִלַּת שַׁחֲרִית כְּנֶגֶד בַּיִת רִאשׁוֹן שֶׁהָיָה בִּזְכוּת אַבְרָהָם, וּתְפִלָּה מִנְחָה כְּנֶגֶד בַּיִת שֵׁנִי שֶׁהָיָה בִּזְכוּת יִצְחָק, וּתְפִלַּת עַרְבִית כְּנֶגֶד בֵּית שְׁלִישִׁי שֶׁיִּהְיֶה בִּזְכוּת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה בִּמְהֵירָה בְּיָמֵינוּ אָמֵן, לְכָךְ הַסּוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה שֶׁל עַרְבִית מוֹרֶה שֶׁהוּא בּוֹטֵחַ בַּגְּאֻולָּה הָעֲתִידָה, וְיֵשׁ לוֹ אֱמוּנָה בָּזֶה שֶׁיִּתְקַייֵּם לֶעָתִיד (מִיכָה ז, טו) כִּימֵי צֵאתְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם אַרְאֶנּוּ נִפְלָאוֹת, וְאַף עַל פִּי שֶׁרוֹאֶה הַגָּלוּת נִתְאָרֵךְ אֵינוֹ מִתְיָיאֵשׁ, כְּאוֹתָם הַבּוּרִים שֶׁהֵם מִתְיָיאֲשִׁים מֵחֲמַת אֹורֶךְ הַגָּלוּת, וּלְכָךְ שְׂכָרוֹ גָּדוֹל יוֹתֵר מִן הַסּוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה שֶׁל שַׁחֲרִית, שֶׁהוּא סוֹמֵךְ עַל זְמַן שֶׁכְּבָר עָבַר וְנַעֲשָׂה, וְלָזֶה קְרָאוֹ בֶּן עוֹלָם הַבָּא, מִפְּנֵי שֶׁזֶּה נוֹגֵעַ לֶאֱמוּנָה וְעוֹלָם הַבָּא, גַּם כֵּן הִיא תְּלוּיָה בֶּאֱמוּנָה.
« Qui est fils du monde à venir ? Celui qui joint la gueoula à la tefila du soir. » Il y a lieu de demander : quelle est la particularité de la prière du soir à cet égard ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que la prière du matin correspond au premier Temple, qui fut par le mérite d'Avraham ; la prière de minha au second Temple, qui fut par le mérite de Yitshak ; et la prière du soir au troisième Temple, qui sera par le mérite de Yaakov notre père, la paix soit sur lui, rapidement de nos jours, amen. Aussi celui qui joint la gueoula à la tefila du soir montre-t-il qu'il a confiance en la délivrance future et qu'il a foi en l'accomplissement à venir de « comme aux jours de ta sortie du pays d'Égypte, Je lui ferai voir des merveilles » (Michee 7, 15) ; bien qu'il voie l'exil se prolonger, il ne désespère pas, à la différence des ignorants qui désespèrent devant la longueur de l'exil. Sa récompense est donc plus grande que celle de qui joint la gueoula à la tefila du matin, lequel s'appuie sur un temps déjà passé et accompli. C'est pourquoi on l'a appelé fils du monde à venir : parce que cela touche à la emouna (la foi), et le monde à venir dépend lui aussi de la emouna.
💡 Explication

La Guemara relève un détail de l'ordre dans la beraita : le Chema avant la tefila, le soir comme le matin. Cet ordre appuie Rabbi Yo'hanan, pour qui la bénédiction de gueoula (délivrance), qui clôt le Chema, doit toucher immédiatement la Amida.

Rabbi Yehochoua ben Levi soutient l'ordre inverse : les prières du jour ont été placées au milieu, entre le Chema du matin et celui du soir ; la prière du soir précède donc le Chema du soir, lu au moment du coucher.

7
בְּמַאי קָא מִפַּלְגִּי?

Sur quoi divergent-ils ?

8
אִי בָּעֵית אֵימָא קְרָא, אִי בָּעֵית אֵימָא סְבָרָא.

Si tu veux, dis : sur un verset ; si tu veux, dis : sur un raisonnement.

💡 Explication

Formule classique offrant deux fondements possibles à une même mahloket : soit une sabara (raisonnement), soit un kra (verset). La Guemara développe d'abord la sabara, puis le verset.

9
אִי בָּעֵית אֵימָא סְבָרָא.

Si tu veux, dis : un raisonnement.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי בָּעֵית אֵימָא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אֹנֶס שֵׁנָה. נִרְאֶה לִי לְכָךְ זָכַר בַּבָּרַיְיתָא עִנְיָן זֶה שֶׁל חִיּוּב מִיתָה, כְּדֵי לִרְמֹוז הַטַּעַם שֶׁל עִיקַּר הַגְּזֵרָה הוּא מֵחֲמַת אֹונֶס שֵׁינָה שֶׁהִיא אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בְּמִיתָה.
« Si tu veux, dis : parce qu'il y a la contrainte du sommeil. » Il me semble que si la beraita a mentionné ce point de la peine de mort, c'est pour faire allusion au motif même du décret : la contrainte du sommeil, qui est un soixantième de la mort.
10
דְּרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר גְּאֻולָּה מֵאוּרְתָּא נָמֵי הָוֵי, אֶלָּא גְּאֻולָּה מְעַלַּייְתָא לָא הָוְיָא אֶלָּא עַד צַפְרָא. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי סָבַר כֵּיוָן דְּלָא הָוְיָא אֶלָּא מִצַּפְרָא — לָא הָוְיָא גְּאֻולָּה מְעַלַּיְיתָא.

Rabbi Yo'hanan tient que la délivrance eut lieu dès le soir aussi, et que seule la délivrance pleine et entière n'advint qu'au matin. Et Rabbi Yehochoua ben Levi tient que, puisqu'elle ne fut qu'à partir du matin, [celle du soir] n'avait pas rang de délivrance pleine et entière.

📜 Rachi (1)
גְּאֻולָּה מֵאֻורְתָּא לָא הָוֵי הִילְכָּךְ גְּאֻולָּה דְּאֻורְתָּא לָא חֲשִׁיבָא לְאַהְדּוֹרֵי עֲלָהּ סְמִיכַת תְּפִלָּה:
Il n'y eut pas de délivrance dès le soir — la délivrance du soir n'a donc pas assez de poids pour qu'on cherche à lui joindre la tefila.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֵּיוָן דְּלָא הָוֵי אֶלָּא מִצַּפְרָא, לָא הָוֵי גְּאָלָהּ מֵעִלַּיְתָא. הִקְשָׁה עֲטֶרֶת רֹאשׁ זַ"ל עַל כָּל פָּנִים מֵאֵיזֶה טַעַם סְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דִּתְפִלּוֹת בָּאֶמְצַע תִּיקְּנוּם, דְּהָא אֲפִילּוּ לִדְבָרָיו, עַל כָּל פָּנִים יוֹתֵר טוֹב גַּם כֵּן בְּאֻורְתָּא לִסְמֹוךְ, דְּהָא עַל כָּל פָּנִים הָוֵי קְצָת גְּאֻולָּה נָמֵי מֵאֻורְתָּא וְכוּ', עַייֵּן שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְהָא פְּלִיגִי רַבִּי יוֹחָנָן סָבַר טוֹב לַעֲשׂוֹת זֵכֶר נֵס לְנֵס קָטָן כְּדֵי לְהַרְבּוֹת בִּשְׁבָחָיו יִתְבָּרֵךְ, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי סָבַר שֶׁאִם לְנֵס קָטָן שֶׁל אֻורְתָּא נַעֲשֶׂה זֵכֶר בִּסְמִיכוּת גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה, אִם כֵּן מַה יִתְרוֹן עָשִׂינוּ בָּזֶה לַנֵּס הַגָּדוֹל שֶׁל צַפְרָא, לְכָךְ עָדִיף דְּנִשְׁתּוֹק מִלַּעֲשׂוֹת זֵכֶר לַנֵּס הַקָּטָן: וְדַע דְּרָאִיתִי בְּסֵפֶר דִּקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים שֶׁהֵבִיא מִן הַשַּׁ"ס כְּתָב יָד אִי בָּעֵית אֵימָא סְבָרָה, וְאִי בָּעֵית אֵימָא קְרָא, וְזוֹ הַגִּרְסָה נְכוֹנָה יוֹתֵר כְּדֵי דְּלָא לֶהֱוֵי כִּיהוּדָה וְעוֹד לִקְרָא, וְכֵן הַשַּׁ"ס נָמֵי גַּם כֵּן פֵּירֵשׁ תְּחִלָּה הַסְּבָרָה וְאַחַר כָּךְ הַקְּרָא, וְהִנֵּה לְפִי גָּרְסָה שֶׁלָּנוּ דְּגָרְסִינַן אִי בָּעֵית אֵימָא קְרָא וְאִי בָּעֵית אֵימָא סְבָרָה, יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא פֵּירֵשׁ הַשַּׁ"ס טַעְמָא דִּקְרָא קֹודֶם, וְנִרְאֶה לִי הָא דְּפֵירֵשׁ אוֹתוֹ בָּאַחֲרוֹנָה לְלַמְּדֵינוּ שֶׁאֵין זוֹ דְּרָשָׁה גְּמוּרָה אֶלָּא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא, יַעַן כִּי תְּפִלָּה הִיא דְּרַבָּנָן, וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר דְּאוֹרָיְיתָא, מוֹדֶה דְּהַזְּמַן דְּרַבָּנָן.
« Puisqu'elle ne fut qu'à partir du matin, elle n'avait pas rang de délivrance pleine. » L'Ateret Roch, de mémoire bénie, a demandé : en fin de compte, pour quelle raison Rabbi Yehochoua ben Levi tient-il que les prières ont été instituées au milieu ? Même selon lui, il vaudrait mieux joindre aussi le soir, puisqu'il y eut malgré tout un peu de délivrance dès le soir, etc. — vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que leur divergence porte sur ceci : Rabbi Yo'hanan tient qu'il est bon de faire mémoire même d'un petit miracle, afin de multiplier les louanges de Hachem ; et Rabbi Yehochoua ben Levi tient que si l'on fait mémoire du petit miracle du soir par la jonction de la gueoula à la tefila, quelle distinction reste-t-il alors pour le grand miracle du matin ? Mieux vaut donc s'abstenir de faire mémoire du petit miracle. Et sache que j'ai vu dans le Dikdoukei Soferim, qui rapporte d'un manuscrit du Talmud la leçon « si tu veux, dis un raisonnement, et si tu veux, dis un verset » ; cette leçon est plus juste, pour éviter le défaut que vise l'expression « Yehouda et encore un verset » [alléguer une preuve mineure à côté de l'Écriture], et de fait le Talmud explique d'abord le raisonnement, puis le verset. Or selon notre leçon, qui porte « si tu veux, dis un verset, et si tu veux, dis un raisonnement », il y a lieu de demander pourquoi le Talmud n'a pas exposé d'abord le motif tiré du verset. Il me semble que s'il l'a exposé en dernier, c'est pour nous enseigner qu'il s'agit là d'une simple asmakhta (appui scripturaire) et non d'une derasha pleine et entière, puisque la tefila est d'institution rabbinique — et même selon celui qui la tient pour toranique, il admet que son horaire est rabbinique.
💡 Explication

Le raisonnement porte sur la sortie d'Égypte. Israël reçut la permission de partir dans la nuit, mais ne quitta effectivement l'Égypte qu'au matin. Rabbi Yo'hanan estime qu'il y a là une délivrance réelle, digne d'être racontée le soir et suivie de la demande ; Rabbi Yehochoua ben Levi n'y voit pas une gueoula assez pleine pour appeler cette jonction.

11
וְאִיבָּעֵית אֵימָא קְרָא, וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ, דִּכְתִיב ״בְּשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ״.

Et si tu veux, dis : un verset. Tous deux ont exposé un seul et même verset, celui où il est écrit « quand tu te couches et quand tu te lèves ».

💡 Explication

Deuxième fondement possible. Le verset (Deutéronome 6, 7) met en parallèle le coucher et le lever ; ce parallèle est un heqech (rapprochement scripturaire) qui transporte au soir un trait tiré du matin. Reste à savoir lequel.

12
רַבִּי יוֹחָנָן סָבַר: מַקִּישׁ שְׁכִיבָה לְקַיְּמָהּ, מַה קִימָה — קְרִיאַת שְׁמַע וְאַחַר כָּךְ תְּפִלָּה, אַף שְׁכִיבָה נָמֵי — קְרִיאַת שְׁמַע וְאַחַר כָּךְ תְּפִלָּה. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי סָבַר: מַקִּישׁ שְׁכִיבָה לְקַיְּמָהּ: מַה קִימָה — קְרִיאַת שְׁמַע סָמוּךְ לְמִטָּתוֹ, אַף שְׁכִיבָה נָמֵי — קְרִיאַת שְׁמַע סָמוּךְ לְמִטָּתוֹ.

Rabbi Yo'hanan tient : [l'Écriture] rapproche le coucher du lever — de même qu'au lever c'est le Chema puis la tefila, de même au coucher : le Chema puis la tefila. Rabbi Yehochoua ben Levi tient : [l'Écriture] rapproche le coucher du lever — de même qu'au lever le Chema se lit au plus près du lit, de même au coucher : le Chema se lit au plus près du lit.

📜 Rachi (1)
מַה קִימָה ק"ש וְאַחַ"כּ תְּפִלָּה דִּבְשַׁחֲרִית כּוּלְּהוּ מוֹדוּ דְּבָעֵי מִסְמָךְ:
De même qu'au lever le Chema puis la tefila — car pour le matin tous s'accordent qu'il faut joindre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי יוֹחָנָן סָבַר מַקִּישׁ 'שְׁכִיבָה' ל'קִימָה'. הִקְשָׁה עֲטֶרֶת רֹאשׁ זַ"ל כֵּיוָן דְּעַל כָּל פָּנִים הֶיקֵּשׁ שֶׁל בְּשָׁכְבְּךָ יֵשׁ לוֹ פָּנִים לְכָאן וּלְכָאן, מְנָא לַן לְכָל חַד לְהַכְרִיעַ כִּדְרָשָׁה דִּילֵיהּ עַייֵּן שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיֵשׁ לְכָל חַד פָּנִים לְהַכְרִיעַ כִּדְרָשָׁתוֹ, דְּרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר הֶיקֵּשׁ דְּסָמוּךְ לְמִטָּתוֹ, אֵין זֶה הֶיקֵּשׁ גָּמוּר דְּיֵשׁ בְּנֵי אָדָם שֶׁמְּלַאכְתָּם בַּלַּיְלָה וִישֵׁנִים בַּיּוֹם, וְכֵן שׁוֹמְרֵי עִיר וְגַנּוֹת וּפַרְדֵּסִים נְעוּרִים בַּלַּיְלָה וִישֵׁנִים בַּיּוֹם, וְאֵלּוּ אֵין קְרִיאַת שְׁמַע דְּשַׁחֲרִית סָמוּךְ לְמִטָּתָם, וְאַף עַל גַּב דְּרֻובָּא דְּעָלְמָא לָאו הָכִי הוּא, מִכָּל מָקוֹם מֵאַחַר דְּאִיכָּא הָכִי לָא חֲשִׁיב יְסוֹד גָּמוּר בִּקְרִיאַת שְׁמַע דְּשַׁחֲרִית כְּדֵי שֶׁנַּקִּישׁ עָלָיו קְרִיאַת שְׁמַע דְּעַרְבִית, אֲבָל דָּבָר זֶה שֶׁל קְרִיאַת שְׁמַע תְּחִלָּה וְאַחֲרֶיהָ תְּפִלָּה דְּשַׁחֲרִית, הוּא יְסוֹד גָּמוּר שֶׁלֹּא יִשְׁתַּנֶּה בְּשׁוּם אָדָם וּבְשׁוּם עֵת, לָכֵן יֵשׁ לוֹמַר וַדַּאי הַהֶיקֵּשׁ שֶׁל פָּסוּק הוּא עַל זֶה, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי סָבַר הֵן אֱמֶת, דְּהֶיקֵּשׁ זֶה עָדִיף טְפֵי, מִכָּל מָקוֹם מִן הַכָּתוּב יֵשׁ גִּילּוּי דַּעַת שֶׁרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת הַהֶיקֵּשׁ עַל סְמִיכוּת הַמִּטָּה, וְהַייְנוּ מִשּׁוּם דְּיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה אָמַר בְּשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה, אֶלָּא וַדַּאי בָּא הַכָּתוּב לְהוֹרוֹת לָנוּ שֶׁנַּעֲשָׂה הַהֶיקֵּשׁ עַל סְמִיכוּת הַמִּטָּה, וּלְהָכִי נָקֵיט שְׁכִיבָה וְקִימָה שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר שְׁכִיבָה בַּמִּטָּה וְקִימָה מִן הַמִּטָּה.
« Rabbi Yo'hanan tient : l'Écriture rapproche le coucher du lever. » L'Ateret Roch, de mémoire bénie, a demandé : puisque le heqech tire de « quand tu te couches » se prête aux deux lectures, d'où chacun tire-t-il de quoi trancher en faveur de sa propre derasha ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que chacun dispose d'un appui pour trancher selon sa derasha. Rabbi Yo'hanan tient que le heqech portant sur la proximité du lit n'est pas un heqech complet, car il y a des gens dont le travail est de nuit et qui dorment le jour, ainsi que les gardiens de ville, de jardins et de vergers, éveillés la nuit et endormis le jour : pour ceux-là, le Chema du matin ne se lit pas au sortir du lit. Et bien que la plupart des gens ne soient pas dans ce cas, du moment que le cas existe, cela ne constitue pas dans le Chema du matin un fondement assez ferme pour qu'on lui rapproche le Chema du soir. En revanche, l'ordre « d'abord le Chema, ensuite la tefila » du matin est un fondement complet, qui ne varie ni selon les personnes ni selon les moments ; il faut donc dire assurément que le heqech du verset porte sur cela. Rabbi Yehochoua ben Levi tient qu'il est vrai que ce heqech-là serait préférable, mais que l'Écriture manifeste tout de même son intention de porter le heqech sur la proximité du lit : car il y a lieu de demander pourquoi elle a dit « quand tu te couches et quand tu te lèves » alors qu'elle aurait pu dire « le jour et la nuit ». C'est donc assurément que l'Écriture vient nous indiquer de porter le heqech sur la proximité du lit ; et c'est pour cela qu'elle a pris les termes de coucher et de lever, voulant dire : le coucher dans le lit et le lever hors du lit.
💡 Explication

Le même heqech supporte deux lectures parce que le matin présente deux traits à la fois : un ordre (Chema, puis tefila) et une position temporelle (au sortir du lit). Chacun choisit le trait qu'il tient pour l'objet du rapprochement, et il en découle deux organisations opposées de l'office du soir.

🖼️ Schéma
Un verset, deux heqech : ce que le matin transmet au soir בשכבך ובקומך "quand tu te couches et quand tu te lèves" : le soir doit ressembler au matin -- mais sur quel point ? R. Yo'hanan : le trait transmis est l'ordre Au matin : Chema, puis tefila. Nul n'en disconvient. Donc au soir aussi : Chema, puis tefila. Chema tefila Appui du Ben Yehoyada : cet ordre vaut pour tout homme et en tout temps, ce qui en fait un trait ferme, digne de servir de base au rapprochement. R. Yehochoua ben Levi : le trait transmis est le lit Au matin : on lit le Chema au sortir du lit. Donc au soir aussi : le plus près possible du coucher. tefila (au milieu) Chema, au lit Appui du Ben Yehoyada : le verset aurait pu dire "le jour et la nuit" ; s'il parle de coucher et de lever, c'est que le lit lui-même est le point visé.
Le même verset, deux traits transmis du matin au soir.
13
מֵתִיב מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא, בָּעֶרֶב מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם לְפָנֶיהָ וּשְׁתַּיִם לְאַחֲרֶיהָ. וְאִי אָמְרַתְּ בָּעֵי לִסְמֹוךְ, הָא לָא קָא סָמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה, דְּהָא בָּעֵי לְמֵימַר ״הַשְׁכִּיבֵנוּ״!

Mar, fils de Ravina, objecte : le soir, on récite deux bénédictions avant [le Chema] et deux après. Or, si tu dis qu'il faut joindre, voilà qu'il ne joint pas la gueoula à la tefila, puisqu'il doit dire « Hachkivenou » !

💡 Explication

Objection tirée d'une michna ultérieure du traité. La quatrième bénédiction du soir, Hachkivenou (« fais-nous coucher en paix »), vient après la bénédiction de gueoula ; elle s'interpose donc entre la gueoula et la Amida, et la jonction exigée par Rabbi Yo'hanan devient impossible dans l'office tel qu'il est fixé.

🖼️ Schéma
L'objection de Mar fils de Ravina et la notion de "bénédiction prolongée" Si les sages ont ajouté un texte à l'endroit même de la jonction, cet ajout appartient à ce qu'il prolonge. Objection (seg. 12) Le soir, la michna prescrit deux bénédictions avant le Chema et deux après. La seconde des deux dernières est Hachkivenou. Elle s'intercale donc entre la bénédiction de gueoula et la Amida : la jonction demandée par R. Yo'hanan est rompue. Ordre effectif de l'office du soir 2 bénédictions Chema Gueoula Hachkivenou Amida un seul bloc : gueoula arikhta (gueoula prolongée) Réponse (seg. 13-14) Puisque les sages ont institué Hachkivenou à cet endroit précis, il compte comme la suite de la gueoula, non comme une coupure. Preuve par l'absurde : sans ce principe, le matin non plus on ne pourrait joindre, puisque l'on dit "ה' ouvre mes lèvres" juste avant la Amida. Le même principe, applique deux fois Matin : "ה' ouvre mes lèvres" précède la Amida et vaut comme tefila arikhta, une prière prolongée. Soir : Hachkivenou suit la gueoula et vaut comme gueoula arikhta. Règle dégagée : une institution rabbinique placée à la jonction est absorbée par la pièce qu'elle jouxte.
L'objection, l'ordre réel de l'office du soir et le principe qui la résout.
14
אָמְרִי: כֵּיוָן דְּתַקִּינוּ רַבָּנָן ״הַשְׁכִּיבֵנוּ״ — כִּגְאוּלָּה אֲרִיכְתָּא דָּמְיָא. דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, שַׁחֲרִית הֵיכִי מָצֵי סָמִיךְ? וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בַּתְּחִלָּה אוֹמֵר: ״ה׳ שְׂפָתַי תִּפְתָּח״, וּלְבַסּוֹף הוּא אוֹמֵר: ״יִהְיוּ לְרָצוֹן אִמְרֵי פִי״.

Ils ont dit : puisque les sages ont institué « Hachkivenou », cela vaut comme une gueoula prolongée. Car si tu ne dis pas ainsi, comment pourrait-on joindre le matin ?

Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : au début il dit « ה' ouvre mes lèvres », et à la fin il dit « que les paroles de ma bouche soient agréées » ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
כֵּיוָן דְּתַקִּינוּ רַבָּנָן 'הַשְׁכִּיבֵנוּ', כִּגְאֻלָּה אֲרִיכְתָּא דָּמְיָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בִּשְׁלָמָא פָּסוּק (תְּהִלִּים נא, יז) אֲדֹנָי שְׂפָתַי תִּפְתָּח וּפִי יַגִּיד תְּהִלָּתֶךָ שַׁיָּיךְ לִתְפִלָּה, וְגַם הוּא עַצְמוֹ לְשׁוֹן תְּפִלָּה, אֲבָל 'הַשְׁכִּיבֵנוּ' לֹא נִזְכַּר בָּהּ עִנְיָן שֶׁל גְּאֻולָּה וְלָא שָׁייְכָה לִגְאוּלָּה, וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בֶּאֱמֶת יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה תִּקְּנוּ רַבָּנָן כָּאן ב' בְּרָכוֹת וּבְשַׁחֲרִית בְּרָכָה א' שֶׁל גְּאֻולָּה, וְנִרְאֶה בס"ד הַטַּעַם בְּשַׁחֲרִית זֵכֶר לַגְּאוּלָּה שֶׁעָבְרָה, וְהִיא לֹא הָיְתָה שְׁלֵימָה לִנְפָשׁוֹת וּלְגוּפִים יַחַד, אֲבָל הַגְּאֻולָּה הָעֲתִידָה לִהְיוֹת בִּמְהֵירָה בְּיָמֵינוּ אָמֵן תִּהְיֶה שְׁלֵימָה בֵּין לִנְפָשׁוֹת בֵּין לְגוּפִים, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (תְּהִלִּים יד, ז) בְּשׁוּב ה' שְׁבוּת עַמּוֹ, יָגֵל יַעֲקֹב בִּגְאֻולַּת הַגּוּפִים, יִשְׂמַח יִשְׂרָאֵל בִּגְאֻולַּת הַנְּפָשׁוֹת, וְיָדוּעַ כִּי גְּאֻולַּת הַגּוּפִים גְּלוּיָה, וּגְאֻולַּת הַנְּפָשׁוֹת נִסְתֶּרֶת, וְלָכֵן בְּעַרְבִית תִּקְּנוּ בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה כְּנֶגֶד גְּאֻולַּת הַגּוּפִים, שֶׁהִיא גְּאֻולָּה גְּלוּיָה, וּלְכָךְ מְפֹורֶשֶׁת שָׁם הַגְּאֻולָּה בְּגָלוּי, וּבְרָכָה ב' דְּהַשְׁכִּיבֵנוּ כְּנֶגֶד גְּאֻולָּה שֶׁל הַנְּפָשׁוֹת שֶׁהִיא נִסְתֶּרֶת, וּלְכָךְ רָמְזוּ אוֹתָהּ שָׁם בְּדֶרֶךְ הֶעְלֵם, דְּהַיְינוּ הַשְּׁכִיבָה קָאֵי עַל הַגָּלוּת, וְהָעֲמִידָה קָאֵי עַל הַגְּאֻולָּה, וְכָל שְׁאָר דְּבָרִים שֶׁבָּהּ הֵם רוֹמְזִים עַל זְמַן גְּאֻולָּה הָעֲתִידָה, כִּי אַף עַל פִּי שֶׁפְּשַׁט הַדְּבָרִים הוּא בְּעִנְיַן הַגּוּפִים, הִנֵּה בֶּאֱמֶת כֻּולָּם רוֹמְזִים עַל עִנְיְינֵי גְּאֻולָּה הָעֲתִידָה, וּכְמוֹ תְּפִלַּת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה שֶׁפְּשׁוּטָה הוּא בָּאָרֶץ וְהָרֶמֶז שֶׁלָּהּ בַּשָּׁמַיִם, וְלָזֶה אָמְרוּ כֵּיוָן דְּתִקְּנוּ רַבָּנַן הַשְׁכִּיבֵנוּ כִּגְאֻולָּה אֲרִיכְתָּא דָּמְיָא, כִּי כָּאן נִרְמְזָה הַגְּאֻולָּה כְּדֶרֶךְ הֶעְלֵם וְנִסְתָּר. וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ קֻושְׁיַת הָרַב הצל"ח זַ"ל לָמָּה הֵבִיא הַגְּמָרָא סִיּוּם דִּבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁאָמַר וּלְבַסּוֹף הוּא אוֹמֵר יִהְיוּ לְרָצוֹן אִמְרֵי פִי, וַהֲלֹא כָּל הוֹכָחָתוֹ הִיא מִתְּחִלַּת דִּבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁאָמַר שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר אֲדֹנָי שְׂפָתַי תִּפְתַּח, עַיֵּין שָׁם, וּבָזֶה נִיחָא שֶׁהֵבִיא גַּם סוֹף דִּבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן כְּדֵי לְהַסְבִּיר לָנוּ טַעְמוֹ שֶׁל הַתֵּירוּץ שֶׁתֵּירֵץ דְּהָוֵי הַשְׁכָבֵינוּ כִּגְאֻולָּה אֲרִיכְתָּא, וְהִגִּיד לָנוּ בָּזֶה כִּי עִנְיָן זֶה הוּא דּוֹמֶה לִשְׁנֵי פְּסוּקִים אֵלּוּ שֶׁהִצְרִיכוּ רַבָּנָן לְאוֹמְרָם אֶחָד קֹודֶם תְּפִלָּה וְאֶחָד אַחַר תְּפִלָּה, וְהַטַּעַם יָדוּעַ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל עַל בְּרָכוֹת שֶׁל עֲמִידָה, שֶׁלֹּא יַחְשֹׁוב הָאָדָם שֶׁהֵם צָרְכֵי עַצְמוֹ בִּלְבַד, אֶלָּא צָרִיךְ שֶׁתִּהְיֶה כַּוָּנָתוֹ עַל חֶפְצֵי שָׁמַיִם גַּם כֵּן, כִּי בְּרָכוֹת אֵלּוּ אַף עַל פִּי שֶׁפְּשׁוּטָם מְדַבֵּר בְּצָרְכֵי הָאָדָם יֵשׁ בָּהֶם רֶמֶז בְּעִנְיְנֵי שָׁמַיִם שֶׁמְּדַבְּרִים בְּתִיקּוּן הַמִּדּוֹת הָעֶלְיוֹנוֹת כַּיָּדוּעַ, וְלָזֶה אוֹמְרִים תְּחִלָּה אֲדֹנָי שְׂפָתַי תִּפְתָּח בְּפַשְׁטוּת הַדְּבָרִים, וּפִי יַגִּיד תְּהִלָּתֶיךָ בְּסוֹדָן שֶׁל דְּבָרִים, וּבַסּוֹף תִּיקְּנוּ לוֹמַר יִהְיוּ לְרָצוֹן אִמְרֵי פִי עַל פְּשׁוּטָם שֶׁל דְּבָרִים, וְהֶגְיוֹן לִבִּי עַל סוֹדָן שֶׁל דְּבָרִים, וְזֶהוּ מַמָּשׁ עִנְיַן בִּרְכַּת הַשְׁכִּיבֵנוּ דִּמְתָרֵץ הַשַּׁ"ס דְּהָוֵי גְּאֻולָּה אֲרִיכְתָּא, דְּקָאֵי עַל הָרֶמֶז שֶׁיֵּשׁ בְּתוֹךְ הַבְּרָכָה הַזֹּאת וְכַאֲשֶׁר בֵּאַרְנוּ בס"ד.
« Puisque les sages ont institué Hachkivenou, cela vaut comme une gueoula prolongée. » Il y a lieu de demander : passe encore pour le verset « ה' ouvre mes lèvres et ma bouche dira Ta louange » (Psaumes 51, 17), qui se rattache à la tefila et qui est lui-même un langage de prière ; mais dans Hachkivenou, la délivrance n'est ni mentionnée ni même en cause. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a d'abord lieu de demander pourquoi les sages ont institué ici deux bénédictions, alors que le matin il n'y en a qu'une seule pour la gueoula. Le motif me paraît être celui-ci : le matin, c'est un rappel de la délivrance passée, qui ne fut pleine ni pour les âmes ni pour les corps ensemble ; tandis que la délivrance future, qui adviendra rapidement de nos jours, amen, sera pleine tant pour les âmes que pour les corps. C'est ainsi que j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, le verset « quand Hachem ramènera les captifs de Son peuple » (Psaumes 14, 7) : « Yaakov exultera » pour la délivrance des corps, « Israël se réjouira » pour la délivrance des âmes. Or il est connu que la délivrance des corps est manifeste et celle des âmes cachée. C'est pourquoi, le soir, on a institué la première bénédiction en face de la délivrance des corps, qui est une délivrance manifeste, et c'est là que la délivrance est nommée ouvertement ; et la seconde bénédiction, Hachkivenou, en face de la délivrance des âmes, qui est cachée, et c'est pourquoi on l'y a désignée par voie d'allusion voilée : le coucher renvoie à l'exil, et le lever à la délivrance, et toutes les autres formules de cette bénédiction font allusion au temps de la délivrance future. Car bien que le sens littéral des mots concerne les corps, tous en vérité font allusion aux affaires de la délivrance future — de même que la Amida, dont le sens littéral est terrestre et l'allusion céleste. Voilà pourquoi ils ont dit : puisque les sages ont institué Hachkivenou, cela vaut comme une gueoula prolongée — car la délivrance y est désignée par voie de voilement et de secret. Et par là se résout la question du Tselah, de mémoire bénie : pourquoi la Guemara a-t-elle rapporté la fin des paroles de Rabbi Yo'hanan, qui dit « et à la fin il dit : que les paroles de ma bouche soient agréées », alors que toute la preuve tient au début de ses paroles, sur l'obligation de dire « ה' ouvre mes lèvres » ? Vois-y. Selon ce qui précède, on comprend qu'elle ait rapporté aussi la fin de ses paroles, afin de nous faire saisir la raison de la réponse donnée, à savoir que Hachkivenou vaut comme une gueoula prolongée. Elle nous indique par là que ce cas ressemble à ces deux versets que les sages ont prescrit de dire, l'un avant la prière et l'autre après. Le motif en est connu, comme l'ont dit les maîtres de la Kabbale au sujet des bénédictions de la Amida : que l'homme ne pense pas qu'elles concernent ses seuls besoins, mais qu'il dirige aussi son intention vers les desseins du Ciel ; car ces bénédictions, bien que leur sens littéral parle des besoins de l'homme, comportent une allusion aux choses célestes, traitant de la réparation des middot supérieures, comme il est connu. C'est pourquoi l'on dit d'abord « ה' ouvre mes lèvres » selon le sens littéral des choses, et « ma bouche dira Ta louange » selon leur sod (sens secret) ; et à la fin on a institué de dire « que les paroles de ma bouche soient agréées » selon le sens littéral, et « et la méditation de mon cœur » selon leur sod. Telle est exactement la situation de la bénédiction Hachkivenou, dont le Talmud répond qu'elle est une gueoula prolongée : cela porte sur l'allusion contenue dans cette bénédiction, comme nous l'avons expliqué avec l'aide du Ciel.
💡 Explication

Réponse : ce que les sages ont institué à cet endroit précis appartient à la pièce qu'il prolonge. Hachkivenou compte comme la suite de la bénédiction de gueoula, non comme une interruption.

La preuve procède par l'absurde : le matin aussi, on intercale « ה' ouvre mes lèvres » entre la gueoula et la Amida. Si un ajout rabbinique coupait, la jonction serait impossible le matin également — or tous conviennent qu'elle y est réalisée.

15
אֶלָּא הָתָם כֵּיוָן דְּתַקִּינוּ רַבָּנַן לְמֵימַר ״ה׳ שְׂפָתַי תִּפְתַּח״ — כִּתְפִלָּה אֲרִיכְתָּא דָּמְיָא. הָכָא נָמֵי, כֵּיוָן דְּתַקִּינוּ רַבָּנַן לְמֵימַר ״הַשְׁכִּיבֵנוּ״ — כִּגְאוּלָּה אֲרִיכְתָּא דָּמְיָא.

Mais là-bas, puisque les sages ont institué de dire « ה' ouvre mes lèvres », cela vaut comme une tefila prolongée. Ici de même : puisque les sages ont institué de dire « Hachkivenou », cela vaut comme une gueoula prolongée.

💡 Explication

Formulation symétrique du principe dégagé. Un ajout institué au point de jonction est absorbé par la pièce qu'il jouxte : en amont de la Amida il devient prière, en aval de la gueoula il devient gueoula.

16
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, אָמַר רַבִּי אֲבִינָא: כָּל הָאוֹמֵר ״תְּהִלָּה לְדָוִד״ בְּכָל יוֹם שָׁלֹשׁ פְּעָמִים — מֻובְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא.

Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Avina : quiconque dit « Tehila léDavid » trois fois chaque jour a l'assurance d'être fils du monde à venir.

📜 Rachi (1)
שָׁלֹשׁ פְּעָמִים כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ תְּפִלּוֹת:
Trois fois — en correspondance avec les trois prières.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָאוֹמֵר (תְּהִלִּים קמה) 'תְּהִלָּה לְדָוִד' שָׁלֹשׁ פְּעָמִים בְּכָל יוֹם, מֻבְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לִשְׁלֹשָׁה פְּעָמִים, וְגַם מַה שֶׁקְּרָאוֹ בֶּן עוֹלָם הַבָּא, דְּיָדוּעַ טַעַם אֲמִירַת הַמִּזְמוֹר הַזֶּה בְּכָל יוֹם מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ פָּסוּק הַמְדַבֵּר בְּפַרְנָסָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא וְיָדוּעַ שֶׁהַפַּרְנָסָה תִּמָּשֵׁךְ מִשֵּׁם ס"ג וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב עֲטֶרֶת רָאשֵׁי אֲדוֹנִי אָבִי זלה"ה עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים נה, כג) הַשְׁלֵךְ עַל ה' יְהָבְךָ וְהוּא יְכַלְכְּלֶךָ, כִּי מַס' יַהְבָּךְ ל"ז [37] כְּמִנְיַן מִילּוּי שֵׁם ס"ג , וְדִבְרֵי פִּי חָכָם חֵן, וְהִנֵּה מִזְמוֹר זֶה אֵין בּוֹ אוֹת נוּ"ן. נִמְצָא הוּא כ"א פְּסוּקִים, וּשְׁלֹשָׁה פְּעָמִים כ"א עוֹלֶה ס"ג, לְכָךְ בִּקְרִיאַת מִזְמוֹר זֶה ג"פ יִתְעוֹרֵר שֶׁפַע שֵׁם ס"ג, וְיָדוּעַ כִּי שֵׁם ס"ג הוּא בְּסוֹד הַבִּינָה שֶׁהִיא נִקְרֵאת עוֹלָם הַבָּא. וְלָזֶה אָמְרוּ כָּל הָאוֹמֵר מִזְמוֹר זֶה שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם ס"ג פְּסוּקִים, מֻובְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן עוֹלָם הַבָּא, שֶׁהִיא סוֹד שֵׁם ס"ג, כִּי מְעוֹרֵר בָּזֶה הֶאָרַת שֵׁם ס"ג שֶׁהוּא בְּחִינַת עוֹלָם הַבָּא, וּבָזֶה מוּבָן שַׁפִּיר קִישּׁוּר מַאֲמָר זֶה עִם מַאֲמָר הַקּוֹדֵם, שֶׁאָמַר מִפְּנֵי מַה לֹא נֶאֱמַר נוּ"ן בְּאַשְׁרֵי, וְהַיְינוּ שֶׁהִקְדִּים בְּאוֹתוֹ מַאֲמָר לְלַמְּדֵינוּ עֹומֶק הַכַּוָּנָה שֶׁל דְּרָשָׁה זוֹ הַשֵּׁנִית, כְּלוֹמַר כֵּיוָן דְּלָא נֶאֱמַר נוּ"ן בְּאַשְׁרֵי אֵין שָׁם אֶלָּא כ"א פְּסוּקִים, וְלָכֵן בִּקְרִיאָה שֶׁל שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים בַּיּוֹם יָצָא הַחֶשְׁבּוֹן מְכֻווָּן אֶל שֵׁם ס"ג שֶׁהוּא בְּחִינַת עוֹלָם הַבָּא. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ טַעַם אַחֵר לַאֲמִירַת שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים, כִּי כ"א פְּסוּקִים הַנִּזְכָּרִים, יֵשׁ בָּהֶם י"ט פְּסוּקִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם אֶתְנָח, וְיָדוּעַ כָּל תֵּיבָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ אֶתְנָח נֶחְשָׁב לְסוֹף פָּסוּק, וּלְפִי זֶה י״ט פְּסוּקִים הַנִּזְכָּרִים הֵם ל״ח, וְעִם שְׁנֵי פְּסוּקִים שֶׁל קוּ״ף וְתָי״ו שֶׁאֵין בָּהֶם אֶתְנָח נַעֲשׂוּ אַרְבָּעִים, וְג' פְּעָמִים אַרְבָּעִים הֵם ק"ך [120] כְּמִנְיַן שְׁנוֹתָיו שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְיָדוּעַ הַפַּרְנָסָה הִיא בִּזְכוּתוֹ תָּמִיד , כִּי הוּא זָכָה לְבֵינָהּ אֲשֶׁר מִשָּׁם הַפַּרְנָסָה, וְאִיתָא בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה זָכָה לְבֵינָהּ בִּהְיוֹתָהּ בְּסוֹד סֶמֶךְ, וְהִנֵּה סָמֶ"ךְ [120] בְּמִילּוֹאוֹ ק"ך [120] וְהַכֹּל עוֹלֶה בְּקָנֶה אֶחָד. וְהִנֵּה הָרַב הַכּוֹתֵב בְּעֵין יַעֲקֹב הִתְפַּלֵּא אֵיךְ אֲמִירַת מִזְמוֹר קָטָן וְכוּ', וְעוֹד לָמָּה אָמַר מֻובְטָח, יֹאמַר מִנּוֹחֲלֵי עוֹלָם הַבָּא? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין צ.) כָּל יִשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא, אַךְ אָמְרוּ יֵשׁ כַּמָּה דְּבָרִים שֶׁהָעוֹשֶׂה אוֹתָם אֵין לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא, וְלָזֶה אָמְרוּ כָּאן הָאוֹמֵר תְּהִלָּה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים בַּיּוֹם מֻובְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן עוֹלָם הַבָּא, כְּלוֹמַר מִצְוָה תָּגֵין עָלָיו שֶׁלֹּא יִכָּשֵׁל בְּאוֹתָם דְּבָרִים אֲשֶׁר בָּהֶם מְאַבֵּד חֵלֶק עוֹלָם הַבָּא, וְעַל זֶה אָמְרוּ לְשׁוֹן מֻובְטָח, וְעַל דֶּרֶךְ זֶה הֵם דִּבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁאָמַר אֵיזֶהוּ בֶּן עוֹלָם הַבָּא זֶה הַסּוֹמֵךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה, שֶׁזְּכוּת מִצְוָה זוֹ תָּגִין שֶׁלֹּא יְאַבֵּד חֵלֶק עוֹלָם הַבָּא. בְּרַם דַּע כִּי הַסְּגֻולָּה הַזֹּאת אֵינָהּ קַלָּה עַל הָאָדָם, כִּי בְּוַדַּאי הַתּוֹעֶלֶת שֶׁלָּהּ הוּא תָּלוּי בְּכַוָּנַת הַלֵּב שֶׁיִּהְיֶה מְכַווֵּן בַּאֲמִירַת הַמִּזְמוֹר לְהָבִין בִּלְבָבוֹ מַה שֶׁמּוֹצִיא מִפִּיו, וְלָא סַגִּי בַּאֲמִירָה בִּלְבַד, גַּם עוֹד תָּלוּי בָּזֶה עִנְיַן אֱמוּנָה כְּשֶׁאוֹמֵר פּוֹתֵחַ אֶת יָדֶיךָ וְכוּ' צָרִיךְ שֶׁהוּא מַאֲמִין בֶּאֱמֶת שֶׁכָּל פַּרְנָסָה בָּאָה בְּהַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ וְלֹא יַחְשֹׁוב כּוֹחוֹ וְעֹוצֶם יָדוֹ עוֹשִׂים חַיִל, וְנִמְצָא לְפִי זֶה אֲמִירַת מִזְמוֹר זֶה לָאו מִלְּתָא זוּטַרְתִּי הִיא, כִּי יֵצֶר נִצָּב לִקְרָאתוֹ לְבִלְבְּלוּ בְּכָל זֶה וּמַתְעֵהוּ ודו"ק.
« Quiconque dit Tehila léDavid (Psaumes 145) trois fois chaque jour a l'assurance d'être fils du monde à venir. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, pouvoir donner une raison au nombre de trois fois, ainsi qu'à l'appellation de fils du monde à venir. Il est connu que l'on dit ce psaume chaque jour parce qu'il contient un verset traitant de la subsistance, comme le dit la Guemara ; et il est connu que la subsistance découle du Nom de valeur soixante-trois (SaG), ainsi que l'a écrit la couronne de ma tête, mon seigneur et père, de mémoire bénie, sur le verset « jette ton fardeau sur Hachem et Il te soutiendra » (Psaumes 55, 23) : car la valeur de yéhavkha (ton fardeau) est trente-sept, comme le compte du remplissage du Nom de valeur soixante-trois — et les paroles de la bouche du sage sont grâce. Or ce psaume ne comporte pas la lettre noun : il s'y trouve donc vingt et un versets, et trois fois vingt et un font soixante-trois. Aussi, par là lecture de ce psaume trois fois, éveille-t-on l'influx du Nom de valeur soixante-trois ; et il est connu que ce Nom relève du sod de la Bina, qui est appelée « monde à venir ». Voilà pourquoi ils ont dit : quiconque dit ce psaume trois fois, ce qui fait soixante-trois versets, a l'assurance d'être fils du monde à venir, lequel est le sod du Nom de valeur soixante-trois, puisqu'il éveille par là l'illumination de ce Nom, qui est de l'ordre du monde à venir. Ainsi se comprend fort bien le lien de cet enseignement avec celui qui suit, où il est demandé pourquoi le noun n'a pas été dit dans Achré : ce dernier enseignement a été placé là pour nous faire saisir la profondeur de la première derasha, à savoir que, le noun n'ayant pas été dit dans Achré, il n'y a que vingt et un versets, de sorte qu'à la lecture de trois fois par jour le compte tombe exactement sur le Nom de valeur soixante-trois, qui est de l'ordre du monde à venir. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, pouvoir donner une autre raison à la récitation trois fois. Parmi les vingt et un versets mentionnés, dix-neuf comportent un etnahta ; or il est connu que tout mot portant un etnahta compte comme une fin de verset : ces dix-neuf versets en font donc trente-huit, et avec les deux versets du qof et du tav, qui n'ont pas d'etnahta, on atteint quarante. Trois fois quarante font cent vingt, comme le compte des années de Moche notre maître, la paix soit sur lui ; et il est connu que la subsistance vient toujours par son mérite, car il a mérité la Bina, d'où vient la subsistance. Il est rapporté dans le saint Zohar que Moche notre maître a mérité la Bina lorsqu'elle est dans le sod du samekh ; or samekh vaut soixante et son remplissage vaut cent vingt, et tout revient au même. Le maître qui écrit dans le Ein Yaakov s'est étonné : comment la récitation d'un petit psaume, etc. ? Et pourquoi a-t-il dit « il a l'assurance », plutôt que « il est de ceux qui héritent du monde à venir » ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Sanhédrin 90a) que tout Israël a une part au monde à venir, mais ils ont dit aussi qu'il est plusieurs actes dont l'auteur perd sa part au monde à venir. C'est pourquoi ils ont dit ici : celui qui dit Tehila trois fois par jour a l'assurance d'être fils du monde à venir, autrement dit : cette mitsva le protégera de trébucher dans les actes par lesquels on perd sa part au monde à venir ; et c'est en ce sens qu'ils ont employé le terme « il a l'assurance ». De la même manière s'entendent les paroles de Rabbi Yo'hanan, qui a dit : qui est fils du monde à venir ? Celui qui joint la gueoula à la tefila — le mérite de cette mitsva le protégera de perdre sa part au monde à venir. Sache toutefois que ce moyen n'est pas aisé pour l'homme, car son profit dépend assurément de l'intention du cœur : il faut, en disant ce psaume, comprendre en son cœur ce que la bouche prononce, et la seule récitation ne suffit pas. Cela dépend aussi de la emouna : lorsqu'il dit « Tu ouvres Ta main », etc., il doit croire en vérité que toute subsistance vient par la providence de Hachem, sans penser que sa force et la puissance de sa main lui procurent cette réussite. Il ressort de là que la récitation de ce psaume n'est pas une petite affaire, car le mauvais penchant se dresse contre lui pour le troubler en tout cela et l'égarer — pèse-le bien.
⚖️ Rosh (1)
כָּתַב רַב עַמְרָם זַ"ל שֶׁאִם נִכְנָס אָדָם לבהכ"נ וְרוֹאֶה שֶׁאִם יֹאמַר כָּל אֵלּוּ הַפְּסוּקִים שֶׁלֹּא יוּכַל לְהַשְׁלִים וּלְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּתוֹ עִם הַצִּבּוּר שֶׁיֹּאמַר בָּרוּךְ שֶׁאָמַר וּמִזְמוֹר שֶׁל תְּהִלָּה לְדָוִד דְּאָמְרִי' בפ"ק דַּף ד כָּל הָאוֹמֵר תְּהִלָּה לְדָוִד בְּכָל יוֹם מֻובְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא וְאַגַּב אוֹתוֹ מִזְמוֹר תִּיקְּנוּ לוֹמַר עַד סִיּוּם תְּהִלִּים הִלְכָּךְ טוֹב הוּא שֶׁיְּדַלֵּג כְּדֵי שֶׁיִּקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר וְכָתְבוּ בְּשֵׁם הר"י זַ"ל שֶׁאָמַר בְּשֵׁם רַבּוֹתָיו זַ"ל שֶׁאִם נִכְנָס בְּשָׁעָה שש"ץ מַתְחִיל יוֹצֵר וְאֵין לוֹ שְׁהוּת לוֹמַר אַפֵּי' מִזְמוֹר תְּהִלָּה לְדָוִד טוֹב הוּא שֶׁיִּקְרָא ק"ש בְּבִרְכוֹתֶיהָ וְיִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר וְאַחַ"כּ יִקְרָא פְּסוּקֵי דְּזִמְרָה עִם הַבְּרָכוֹת שֶׁלְּפָנֶיהָ וְשֶׁלְּאַחֲרֶיהָ לְפִי שֶׁהַתְּפִלָּה רְצוּיָה וּמְקֻובֶּלֶת עִם הַצִּבּוּר:
Rav Amram, de mémoire bénie, a écrit que si un homme entre à la synagogue et voit que, s'il dit tous ces versets, il ne pourra pas achever et prier sa prière avec l'assemblée, il dira « Baroukh cheamar » et le psaume « Tehila léDavid », car nous disons au premier chapitre, feuillet 4 : quiconque dit Tehila léDavid chaque jour a l'assurance d'être fils du monde à venir ; et c'est à l'occasion de ce psaume que l'on a institué de dire jusqu'à la fin des Psaumes [de pessouké dezimra]. Il est donc bon qu'il en saute une partie, afin de lire le Chema et de prier avec l'assemblée. Et l'on a écrit au nom du Ri, de mémoire bénie, qui l'a dit au nom de ses maîtres, de mémoire bénie, que s'il entre au moment où l'officiant commence Yotser et qu'il n'a pas le temps de dire même le psaume Tehila léDavid, il est bon qu'il lise le Chema avec ses bénédictions et qu'il prie avec l'assemblée, puis qu'il lise ensuite les pessouké dezimra avec la bénédiction qui les précède et celle qui les suit, car la prière dite avec l'assemblée est agréée et reçue.
💡 Explication

Nouveau bloc, appelé par l'expression « fils du monde à venir » employée plus haut par Rabbi Yo'hanan. « Tehila léDavid » désigne le Psaume 145, que l'usage fait précéder de deux versets commençant par achre — d'où le nom courant de cette prière.

17
מַאי טַעְמָא?

Quelle en est la raison ?

18
אִילֵּימָא מִשּׁוּם דְּאָתְיָא בְּאָלֶף בֵּית, נֵימָא ״אַשְׁרֵי תְּמִימֵי דֶּרֶךְ״ דְּאָתְיָא בִּתְמַנְיָא אַפִּין.

Si tu dis : parce qu'il suit l'ordre alphabétique — que l'on dise plutôt « Heureux ceux dont la voie est intègre », qui suit l'alphabet huit fois.

💡 Explication

Premier candidat écarté. Le Psaume 119 déploie huit versets pour chaque lettre de l'alphabet : si le seul acrostiche alphabétique fondait la promesse, ce psaume-là serait plus indiqué.

19
אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ ״פּוֹתֵחַ אֶת יָדְךָ״, נֵימָא ״הַלֵּל הַגָּדוֹל״ דִּכְתִיב בֵּיהּ ״נֹתֵן לֶחֶם לְכָל בָּשָׂר״.

Si donc c'est parce qu'il contient « Tu ouvres Ta main » — que l'on dise plutôt le Grand Hallel, où il est écrit « Il donne du pain à toute chair ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
לֵימָא 'הַלֵּל הַגָּדוֹל'! דִּכְתִיב בֵּיהּ 'נָתַן לֶחֶם לְכָל בָּשָׂר'. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ כַּיָּדוּעַ שֶׁפָּסוּק (תְּהִלִּים קמה, טז) פּוֹת ח א ת יָד ך , נִרְמַז בּוֹ שֵׁם הַפַּרְנָסָה הָעִיקָּרִי שֶׁהוּא שֵׁם חת"ך , אַךְ נִרְמַז בּוֹ בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת, הָאֶחָד הוּא בְּסוֹפֵי תֵּיבוֹת פּוֹתֵחַ אֶת יָדְךָ, וְהַב' בְּמִסְפַּר וּמַשְׂבִּיעַ [428] שֶׁעוֹלֶה מִסְפַּר חת"ך [428] , וְצָרִיךְ הָאָדָם לְכַוֵּין בּוֹ בִּשְׁנֵי הַמְּקוֹמוֹת הָאֵלֶּה וְכַנִּזְכָּר בְּכַוָּנוֹת רַבֵּינוּ הָאֲרִי זַ"ל, וְהִנֵּה שֶׁזֶּה רָמוּז גַּם כֵּן בַּפָּסוּק נֹתֵן לֶחֶם לְכָל בָּשָׂר כִּי אוֹתִיּוֹת שְׁנִיּוֹת הֵם חת"ך, יַעַן נָתָן כְּתִיב בְּלֹא וָא"ו. וּבָזֶה מוּבָן דִּבְרֵי הַגְּמָרָא אִי מִשּׁוּם דִּכְתִיב בֵּיהּ נָתַן פּוֹתֵחַ אֶת יָדְךָ וְכוּ', שֶׁרָמוּז שֵׁם בְּסוֹפֵי תֵּיבוֹת שֵׁם הַפַּרְנָסָה, לֵימָא 'הַלֵּל הַגָּדוֹל'! דִּכְתִיב בֵּיהּ 'נָתַן לֶחֶם לְכָל בָּשָׂר', שֶׁגַּם כָּאן רָמוּז שֵׁם רנ"ז שֶׁל הַפַּרְנָסָה בְּאוֹתִיּוֹת שְׁנִיּוֹת, וּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ תַּרְתֵּי פֵּירוּשׁ בַּפָּסוּק פּוֹתֵחַ אֶת יָדְךָ וְכוּ' יֵשׁ בּוֹ רֶמֶז שְׁנֵי שֵׁמוֹת הֲנֵז' בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת, אֲבָל פָּסוּק נָתַן לֶחֶם רָמוּז שֵׁם אֶחָד דַּוְוקָא וּלְכָךְ פּוֹתֵחַ עָדִיף טְפֵי.
« Que l'on dise le Grand Hallel, où il est écrit : Il donne du pain à toute chair. » Vois le commentaire de Rachi, de mémoire bénie. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, pouvoir expliquer ainsi : il est connu que dans le verset « Tu ouvres Ta main » (Psaumes 145, 16) se trouve désigné le Nom principal de la subsistance, qui est le Nom Hatakh ; et il y est désigné en deux endroits : d'abord par les finales des mots poteah et yadekha, ensuite par la valeur numérique de oumasbia, quatre cent vingt-huit, qui est celle de Hatakh. L'homme doit y diriger son intention en ces deux endroits, comme il est mentionné dans les kavanot de notre maître le Ari, de mémoire bénie. Or cela se trouve aussi désigné dans le verset « Il donne du pain à toute chair », car les deuxièmes lettres des mots forment Hatakh, noten y étant écrit sans vav. Ainsi se comprennent les paroles de la Guemara : si c'est parce qu'il y est écrit « Tu ouvres Ta main », etc., où se trouve désigné par les finales le Nom de la subsistance, que l'on dise plutôt le Grand Hallel, où il est écrit « Il donne du pain à toute chair », puisque la aussi se trouve désigné par les deuxièmes lettres le Nom de la subsistance de valeur deux cent cinquante-sept. Et elle répond : parce qu'il contient les deux — à savoir que dans le verset « Tu ouvres Ta main », etc., il y a l'allusion aux deux Noms mentionnés, en deux endroits, tandis que le verset « Il donne du pain » n'en désigne qu'un seul ; c'est pourquoi « Tu ouvres » est préférable.
💡 Explication

Second candidat écarté, sur le même mode. Le Grand Hallel (Psaume 136) énonce lui aussi la subsistance donnée à tout vivant ; ce thème seul ne suffit donc pas à distinguer le Psaume 145.

20
אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ תַּרְתֵּי.

C'est donc parce qu'il contient les deux.

📜 Rachi (1)
דְּאִית בֵּיהּ תַּרְתֵּי דְּאָתֵי בְּאָלֶ"ף בֵּי"ת וְיֵשׁ בּוֹ שֶׁבַח הֲכָנַת מָזוֹן לְכָל חַי:
Parce qu'il contient les deux — il suit l'ordre alphabétique et il contient la louange de la subsistance préparée pour tout vivant.
💡 Explication

Conclusion par élimination : la promesse tient à la réunion des deux traits dans un seul texte, l'acrostiche alphabétique et la mention de la subsistance de tout vivant.

🖼️ Schéma
Pourquoi Tehila léDavid : la recherche du critère par élimination Chaque critère pris seul désigne un autre texte ; leur réunion ne se trouve que dans le Psaume 145. Texte Ordre alphabétique Subsistance de tout vivant Achré temiméi derekh (Ps 119) huit fois l'alphabet oui, et huit fois absente Hallel haGadol (Ps 136) "Il donne du pain à toute chair" absent oui Tehila léDavid (Ps 145) "Tu ouvres Ta main" oui oui Conclusion de la Guemara : la promesse tient à la réunion des deux traits dans un même texte, dit trois fois par jour. Rachi rattache les trois fois aux trois prières quotidiennes. La suite du folio examine une singularité de ce psaume : l'absence du verset commençant par noun.
Les deux critères appliqués aux trois textes examinés.
21
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי מַה לֹא נֶאֱמַר נוּן בְּ״אַשְׁרֵי״ — מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מַפַּלְתָּן שֶׁל שׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל, דִּכְתִיב: ״נָפְלָה לֹא תוֹסִיף קוּם בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל״.

Rabbi Yo'hanan a dit : pourquoi le noun n'a-t-il pas été dit dans « Achré » ? Parce qu'il contient la chute des ennemis d'Israël, comme il est écrit : « elle est tombée, elle ne se relèvera plus, la vierge d'Israël ».

🪔 Ben Yehoyada (2)
מִפְּנֵי מַה לֹא נֶאֶמְרָה נוּ"ן בְּאַשְׁרֵי? הִקְשָׁה הָרַב הצל"ח עַל אוֹמְרוֹ בְּאַשְׁרֵי, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר ב'תְּהִלָּה לְדָוִד', כִּי אַשְׁרֵי אֵינוֹ רֹאשׁ הַמִּזְמוֹר? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת י"ח פְּסוּקִים שֶׁל יְהִי כָּבוֹד יֵשׁ בָּהֶם רֶמֶז עַל כֶּתֶר, וְזֶה הַכֶּתֶר נַעֲשֶׂה מִן כ"ב אַתָּווָן, לָכֵן אוֹמְרִים תְּהִלָּה לְדָוִד אַחֲרָיו מִיָּד בְּלִי הֶפְסֵק, וְלָכֵן אֵין לְהַפְסִיק בֵּין פְּסוּקִים אֵלּוּ לִתְהִלָּה לְדָוִד בְּפָסוּק אַחֵר כִּי פּוֹגֵם בְּכֶתֶר הַנִּזְכָּר חַס וְשָׁלוֹם, וְלָכֵן תֵּיכֶף יַתְחִיל לוֹמַר אַשְׁרֵי וְכוּ' תְּהִלָּה לְדָוִד וְכוּ', וְהַסּוֹד כֶּתֶר דִּיצִירָה, כִּי כָּל אַשְׁרֵי הוּא בְּכֶתֶר, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, עַיֵּין שָׁם. וְאִם כֵּן לְפִי זֶה מִן פָּסוּק אַשְׁרֵי תִּתְעוֹרֵר הַקֻּושְׁיָא יוֹתֵר, דְּקַשָּׁא לָמָּה אוֹמְרִים פָּסוּק זֶה שֶׁל אַשְׁרֵי, וְלָמָּה הוּבָא כָּאן עִם תְּהִלָּה לְדָוִד, אֶלָּא מֻוכְרָח לוֹמַר מִשּׁוּם דְּכָאן רָמוּז הַכֶּתֶר הַנַּעֲשֶׂה מִן כ"ב אַתָּווָן, וְלִהְיוֹת כִּי אַשְׁרֵי הוּא בְּכֶתֶר, לָכֵן אוֹמְרִים אוֹתוֹ כָּאן, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, וְאִם כֵּן תִּיקְשֵׁי הָשְׁתָּא לָמָּה לֹא נִזְכַּר בְּנוּ"ן, כִּי כ"ב אַתָּווָן כּוּלְּהוּ צְרִיכִי לְתַשְׁלוּם הַכֶּתֶר שֶׁהוּא נַעֲשֶׂה מִן כָּל כ"ב אַתָּוָון, וְלָכֵן הַשּׁוֹאֵל נָקֵיט שְׁאֵלָה זוֹ שֶׁל מִפְּנֵי מָה עַל הַתְחָלַת פָּסוּק אַשְׁרֵי, וְהֵשִׁיב לוֹ לְפִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ נְפִילָה לְכָךְ לֹא נִכְתַּב בְּפֵירוּשׁ, וְאָמַר רַבִּי נַחְמָן בַּר יִצְחָק, אֲפִילּוּ הָכֵי רָמַז דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לְאוֹת הַנּוּ"ן בָּאוֹת הַסָּמֶ"ךְ עַצְמוֹ, וְנִמְצָא שֶׁאֵינוֹ חָסֵר אוֹת הַנּוּ"ן מִן הַמִּזְמוֹר הַזֶּה. בְּרַם קַשָּׁא לָמָּה שָׁאַל עַל חֶסְרוֹן הָאוֹת בְּמִזְמוֹר זֶה, וְלֹא שָׁאַל עַל מִזְמוֹר (תְּהִלִּים כ"ה) לְדָוִד אֵלֶיךָ ה' נַפְשִׁי אֶשָּׂא, מִזְמוֹר (תְּהִלִּים ל"ד) לְדָוִד בְּשַׁנּוֹתוֹ אֶת טַעְמוֹ דְּחָסֵר מִנַּיְיהוּ אוֹת וָא"ו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם בְּשֵׁם 'הַכֹּל בּוֹ', דְּהַאי פָּרַשְׁתָּא חֲבִיבָה דְּפָתַח בִּתְהִלָּה וְסִיֵּים בִּתְהִלָּה, וְהִנֵּה מְבֹואָר נָמֵי בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י עַל מִזְמוֹר זֶה, דְּפָתַח בִּתְהִלָּה וְסִייֵּם בִּתְהִלָּה, שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רֶמֶז לִשְׁתֵּי תְּהִלּוֹת וְהֵם תְּהִלָּה עֶלְיוֹנָה בִּינָה, וּתְהִלָּה תַּחְתּוֹנָה מַלְכוּת, אֲשֶׁר שְׁנֵיהֶם נִקְרָאִים נוּ"ן שֶׁהֵם סוֹד שְׁתֵּי נוני"ן, עַד כָּאן דִּבְּרוּ, יְעֻויַּן שָׁם, וְלָכֵן דִּקְדֵּק הַשּׁוֹאֵל לִשְׁאוֹל רַק עַל מִזְמוֹר זֶה, שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁתֵּי תְּהִלּוֹת שֶׁהֵם ב' נוני"ן כָּאָמוּר, וְלָכֵן רָאוּי שֶׁלֹּא יֶחְסַר בְּמִזְמוֹר זֶה אוֹת נוּ"ן, וְהֵשִׁיב רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק שֶׁכָּלַל אוֹתוֹ עִם סָמֶ"ךְ, דִּכְתִיב (תְּהִלִּים קמה, יד) סוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנֹּפְלִים הֲרֵי לֹא נֶחְסַר לְגַמְרֵי. וַעֲדַייִן צָרִיךְ לְהָבִין בְּמַאֲמָר זֶה דְּשָׁאַל מִפְּנֵי מָה, עַל פִּי הַכְּלָל הַיָּדוּעַ כָּל מָקוֹם שֶׁאוֹמֵר מִפְּנֵי מָה, מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ ב' טְעָמִים לְפָנָיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי הַגְּמָרָא דְּשַׁבָּת (דַּף קד) נוּ"ן כְּפוּפָה נוּ"ן פְּשׁוּטָה, נֶאֱמָן כָּפוּף נֶאֱמָן פָּשׁוּט וְכוּ', צדי"ק כְּפוּפָה צַדִּיק פְּשׁוּטָה, צַדִּיק כָּפוּף צַדִּיק פָּשׁוּט, וּמַקְשֶׁה הַיְינוּ נֶאֱמָן כָּפוּף נֶאֱמָן פָּשׁוּט, וְתֵירֵץ הוֹסֵף לְךָ הַכָּתוּב כְּפִיפָה עַל כְּפִיפָתוֹ, מִכָּאן שֶׁנָּתְנָה תּוֹרָה בִּמְנוֹד רֹאשׁ, עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא לְפִי זֶה הוֹרָאַת הַנּוּ"ן וְהוֹרָאַת הַצָּדִ"י אַחַת, מַה שֶׁיּוֹרֶה זֶה יוֹרֶה זֶה, עַל כֵּן יֵשׁ לוֹמַר הָא דְּחִיסֵּר כָּאן אוֹת נוּ"ן מִפְּנֵי שֶׁהוּא נִכְלָל בְּצָדִ"י, שֶׁאוֹת הַצָּדִ"י יְשַׁמֵּשׁ בִּמְקוֹמוֹ גַּם כֵּן, וְקִים לֵיהּ בִּדְרָבָא מִינֵּיהּ, וְגַם שֶׁבָּא לְהוֹדִיעֵנוּ לְפִי דַּרְכּוֹ שֶׁשְּׁנֵיהֶם הוֹרָאָה אַחַת לָהֶם, וְזֶהוּ טַעַם אֶחָד שֶׁהָיָה גָּלוּי לִפְנֵי הַשּׁוֹאֵל, וְעוֹד הָיָה גָּלוּי לְפָנָיו טַעַם זֶה, דְּקָאָמַר הַשַּׁ"ס דְּהוּא מִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ נְפִילָה, וּלְכָךְ שָׁאַל מִפְּנֵי מָה, וְהֵשִׁיב לוֹ מֵהַאי טַעְמָא.
« Pourquoi le noun n'a-t-il pas été dit dans Achré ? » Le Tselah a demandé : pourquoi dire « dans Achré », alors qu'il aurait fallu dire « dans Tehila léDavid », puisque Achré n'est pas le début du psaume ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est écrit dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, au Chaar haKavanot, que les dix-huit versets de « Yehi khévod » comportent une allusion au Keter, et que ce Keter est formé des vingt-deux lettres ; c'est pourquoi on dit Tehila léDavid immédiatement après, sans interruption, et l'on ne doit pas interrompre entre ces versets et Tehila léDavid par un autre verset, car on porterait atteinte au Keter mentionné, à D.ieu ne plaise ; aussi commence-t-on aussitôt par dire « Achré », etc., puis « Tehila léDavid », etc. — et le sod en est le Keter du monde de Yetsira, car tout Achré relève du Keter, fin de citation ; vois-y. Selon cela, la difficulté se pose avec plus de force à partir du verset Achré : pourquoi dit-on ce verset, et pourquoi a-t-il été introduit ici avec Tehila léDavid ? Il faut donc dire que c'est parce que le Keter formé des vingt-deux lettres y est désigné, et que, Achré relevant du Keter, on le dit ici, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie. Dès lors, la difficulté est celle-ci : pourquoi le noun n'y est-il pas mentionné, puisque les vingt-deux lettres sont toutes requises pour compléter le Keter, qui est formé de l'ensemble des vingt-deux lettres ? Aussi le questionneur a-t-il pose cette question du « pourquoi » à partir du début du verset Achré. On lui a répondu qu'à cause de la chute qui s'y trouve, la lettre n'a pas été écrite explicitement ; et Rabbi Nahman bar Its'hak a dit que malgré cela, le roi David, la paix soit sur lui, a fait allusion à la lettre noun dans la lettre samekh elle-même, de sorte que la lettre noun ne manque pas à ce psaume. Reste une difficulté : pourquoi a-t-il interrogé sur l'absence d'une lettre dans ce psaume, sans interroger sur le psaume « De David : vers Toi, Hachem, j'élève mon âme » (Psaumes 25) ni sur le psaume « De David, lorsqu'il changea son comportement » (Psaumes 34), auxquels manque la lettre vav ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'on répondra] d'après ce qu'a écrit le maître du Petah Enayim au nom du Kol Bo : que ce passage est cher, ouvrant par tehila et concluant par tehila. Il est également exposé dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, au Chaar Maamarei Rachbi, sur ce psaume, qu'ouvrant par tehila et concluant par tehila, il comporte une allusion à deux tehilot : la tehila supérieure, qui est la Bina, et la tehila inférieure, qui est la Malkhout, toutes deux appelées noun, car elles sont le sod des deux noun ; fin de ses paroles, vois-y. C'est pourquoi le questionneur a pris soin d'interroger sur ce psaume seulement, où se trouvent deux tehilot qui sont deux noun, comme il a été dit : il conviendrait donc que la lettre noun n'y manque pas. Et Rav Nahman bar Its'hak a répondu qu'il l'a incluse avec le samekh, puisqu'il est écrit « Hachem soutient tous ceux qui tombent » (Psaumes 145, 14) — elle ne manque donc pas entièrement. Il reste encore à comprendre, dans cet enseignement, la formule « pourquoi », d'après la règle connue selon laquelle « pourquoi » indique que deux motifs se présentaient à celui qui interroge. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'on l'expliquera] d'après la Guemara de Chabbat (feuillet 104) : noun ployée et noun déployée, fidèle ployé et fidèle déployé, etc. ; tsadi ployée et tsadi déployée, juste ployé et juste déployé. Et la Guemara objecte : c'est la même chose que fidèle ployé et fidèle déployé ; et elle répond : l'Écriture t'a ajouté pliure sur pliure — d'où l'on apprend que la Torah a été donnée dans l'humilité ; vois-y. Il ressort de là que l'indication du noun et celle du tsadi sont une seule et même indication, ce que l'une signifie l'autre le signifie aussi. On peut donc dire que si la lettre noun manque ici, c'est parce qu'elle est incluse dans le tsadi, la lettre tsadi tenant lieu de la sienne, selon le principe « on retient la peine la plus grave » ; et il vient aussi nous apprendre, chemin faisant, que les deux ont une seule et même signification. Tel est le premier motif qui était manifeste au questionneur ; et un second lui était manifeste, celui qu'énonce le Talmud, à savoir qu'elle contient une chute. C'est pourquoi il a demandé « pourquoi », et on lui a répondu par ce dernier motif.
מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מַפַּלְתָּן שֶׁל שׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל וְהָא כָּל מְגִילַּת אֵיכָה מְסֻודֶּרֶת באלפ"א בית"א, וּמַאי גְּרִיעוּתָא דְּנוּ"ן מִשְּׁאָר אוֹתִיּוֹת? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּמְגִילַּת קִינוֹת שָׁאנֵי, דְּאָמְרָם הַנָּבִיא בְּעַד יִשְׂרָאֵל כְּאִלּוּ הַדְּבָרִים יוֹצְאִים מִפִּי יִשְׂרָאֵל, וְדֶרֶךְ הַמְקוֹנֵן לְהַגְזִים בְּדִבְרֵי קִינָה מֵעָגְמַת נֶפֶשׁ מֵרֹוב הַצַּעַר, וְאֵין זֶה דּוֹמֶה לְפָסוּק (עָמוֹס ה' ב') נָפְלָה, שֶׁהוּא מִדְּבָרָיו יִתְבָּרֵךְ שֶׁאָמַר לַנָּבִיא לְהוֹדִיעַ לְיִשְׂרָאֵל, וְלֹא נֶאֱמַר בְּדֶרֶךְ קִינָה וְהֶסְפֵּד. אַךְ רַבֵּינוּ הָרַשְׁבָּ"א זַ"ל בִּתְשׁוּבוֹתָיו חֵלֶק א' סִימָן מ"ט גַּם הוּא נִשְׁאַל בְּקֻושְׁיָא זוֹ, דִּבְאֵיכָה נִזְכָּר פורענותעל כָּל אוֹתִיּוֹת אלפ"א בית"א, וְהֵשִׁיב הָתָם מְסַפֵּר בַּפּוּרְעָנוּת שֶׁכְּבָר הָיוּ וְהִגִּיעוּ לָהֶם, אֲבָל פָּסוּק נָפְלָה מְסַיֵּים בְּדָבָר רַע מְאֹד, שֶׁאוֹמֵר גַּם מִכָּאן וּלְהַבָּא לֹא תּוֹסִיף קוּם? וְזֶה קָשֶׁה מְאֹד! עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָרַשְׁבָּ"א זַ"ל לֹא הָיָה לוֹ לְתָרֵץ מִשּׁוּם דְּאִית בָּהּ מַפָּלָה, דִּכְתִיב נָפְלָה, דְּאִי מִשּׁוּם הָא לֹא אִכְפַּת, כֵּיוָן דְּמִדְּבַר נָפְלָה עַל הֶעָבַר שֶׁכְּבָר הָיָה, אֶלָּא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִשּׁוּם דִּכְתִיב בִּנְפִילָה לֹא תּוֹסִיף קוּם. וְנִרְאֶה לִי דִּמְסַדֵּר הַשַּׁ"ס נָקֵיט הַתֵּירוּץ עַל רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא, וְלֹא פֵּירֵשׁ בִּדְבָרָיו עַל סוֹפוֹ, מִפְּנֵי שֶׁלֹּא רָצָה לוֹמַר בְּפֵירוּשׁ פֻּורְעָנוּתְזוּ דְּלָא תּוֹסִיף קוּם.
« Parce qu'il contient la chute des ennemis d'Israël. » Le Tselah, de mémoire bénie, a demandé : tout le livre des Lamentations est pourtant ordonné selon l'alphabet ; en quoi le noun serait-il inférieur aux autres lettres ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le rouleau des Lamentations fait exception : le prophète l'a dit au nom d'Israël, comme si les paroles sortaient de la bouche d'Israël, et il est d'usage que celui qui fait une élégie force les termes de sa plainte, par affliction de l'âme et excès de douleur. Cela ne ressemble pas au verset « elle est tombée » (Amos 5, 2), qui relève des paroles de Hachem, dites au prophète pour qu'il les fasse connaître à Israël, et qui n'a pas été énoncé sur le mode de l'élégie et de la lamentation. Toutefois, notre maître le Rachba, de mémoire bénie, dans ses réponses, première partie, siman 49, a lui aussi été interrogé sur cette difficulté : dans les Lamentations, le châtiment est mentionné pour toutes les lettres de l'alphabet. Il a répondu que là-bas il est fait le récit de châtiments déjà survenus et déjà atteints, tandis que le verset « elle est tombée » s'achève sur une chose très mauvaise, puisqu'il dit qu'à l'avenir encore elle ne se relèvera plus — et cela est très dur ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que selon les paroles de notre maître le Rachba, de mémoire bénie, le Talmud n'aurait pas dû répondre « parce qu'il s'y trouve une chute, comme il est écrit : elle est tombée », car cela seul n'importerait pas, la chute étant énoncée au passé ; il aurait fallu dire « parce qu'il est écrit à propos de la chute : elle ne se relèvera plus ». Il me semble que le rédacteur du Talmud a formulé la réponse sur le début du verset et n'a pas explicité la fin, parce qu'il n'a pas voulu énoncer expressément ce châtiment de « elle ne se relèvera plus ».
💡 Explication

Le Psaume 145 saute la lettre noun : entre le verset du mem et celui du samekh, aucun verset ne commence par cette lettre. Rabbi Yo'hanan y voit une omission voulue, à cause du verset d'Amos (5, 2) qui s'ouvre par nafla (« elle est tombée »).

« Les ennemis d'Israël » est ici un euphémisme désignant Israël lui-même, employé pour ne pas prononcer directement le malheur.

22
בְּמַעְרְבָא מְתָרְצִי לַהּ הָכִי: ״נָפְלָה וְלֹא תּוֹסִיף לִנְפֹּול עוֹד, קוּם בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל״. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֲפִילּוּ הָכֵי, חָזַר דָּוִד וּסְמָכָן בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר ״סוֹמֵךְ ה׳ לְכָל הַנֹּפְלִים״.

En Occident on l'arrange ainsi : « elle est tombée et ne tombera plus ; relève-toi, vierge d'Israël ». Rav Nahman bar Its'hak a dit : malgré cela, David est revenu les soutenir par l'esprit saint, ainsi qu'il est dit : « Hachem soutient tous ceux qui tombent ».

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ הָכִי אַף עַל פִּי שֶׁהִפְסִיק נוּ"ן מִפְּנֵי נְפִילָה שֶׁבָּהּ וְלֹא אָבָה לְרָמְזָהּ חָזַר וְרָמַז סְמִיכַת הַנְּפִילָה תֵּכֶף לָהּ:
Malgré cela — bien qu'il ait omis le noun à cause de la chute qu'il contient et qu'il n'ait pas voulu y faire allusion, il est revenu faire allusion au soutien des tombés juste après.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בְּמַעְרְבָא מְתָרְצִי לַהּ הָכִי. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דָּרְשִׁי לָהּ, וּלְשׁוֹן מְתָרְצֵי מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ לָהֶם קֻושְׁיָא בַּפָּסוּק? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בְּפָסוּק זֶה יֵשׁ קֻושְׁיָא גְּדוֹלָה, לְפִי פְּשַׁט הַמִּקְרָא הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נָפְלָה בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל וְלֹא תּוֹסִיף קוּם, וּמַה שֶׁזָּכַר בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל לְבַסּוֹף הוּא לָשׁוֹן מְעֻוקָּם לְפִי פְּשַׁט הַמִּקְרָא, וְלָכֵן בְּמַעֲרָבָא מִתָּרְצִי לְקֻושְׁיָא זוֹ בְּהַאי דְּרָשָׁה, דְּדָרְשִׁי לֹא תּוֹסִיף לִיפֹּול עוֹד, קוּם בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל, שֶׁעוֹשִׂים לְתֵיבוֹת קוּם בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל לוֹקֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ, דְּהַאי בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל לָא קָאֵי עַל נָפְלָה, אֶלָּא עַל קוּם בִּלְבַד, וּלְכָךְ לָא נָקֵיט הַכָּתוּב כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ בְּקֻושְׁיָא. וְאַף עַל גַּב דִּקְרָא דְּנָפְלָה הוּא בְּעָמוֹס, וְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה קָדִים טוּבָא, וְאֵיךְ קָאָמַר דְּלָא כָּתַב נוּ"ן בְּאַשְׁרֵי מִשּׁוּם הַאי קְרָא? נִרְאֶה לִי דְּוַדַּאי כָּל דִּבְרֵי הַנְּבִיאִים כְּבָר נֶאֶמְרוּ בְּסִינַי וְקִבְּלָה אוֹתָם נִשְׁמָתָם, אֶלָּא שֶׁהָיְתָה קַבָּלָתָם בְּכֹחַ, וְכַאֲשֶׁר בָּא הַנָּבִיא לָעוֹלָם הַזֶּה יָצְאוּ הַדְּבָרִים מִפִּיו מִן הַכֹּחַ לַפּוֹעֵל, וְכֵן מְפֹורָשׁ בְּמִדְרַשׁ רָבָא וְזַ"ל, וְכֵן הוּא אוֹמֵר (מַלְאָכִי א' א') מַשָּׂא דְבַר ה' אֶל יִשְׂרָאֵל בְּיַד מַלְאָכִי, בִּימֵי מַלְאָכִי לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא ב'יד מְלָאכ', שֶׁכְּבָר הָיְתָה הַנְּבוּאָה בְּיָדוֹ מֵהַר סִינַי וְעַד אוֹתָהּ שָׁעָה לֹא נִתְּנָה לוֹ רְשׁוּת לְהִתְנַבְּאוּת, וְכֵן יְשַׁעְיָה אָמַר (יְשַׁעְיָהוּ מח, טז) מֵעֵת הֱיוֹתָהּ שָׁם אָנִי, אָמַר יְשַׁעְיָה מִיּוֹם שֶׁנִּתְּנָה תּוֹרָה בְּסִינַי שָׁם הָיִיתִי וְקִבַּלְתִּי אֶת הַנְּבוּאָה הַזֹּאת, אֶלָּא (שָׁם) וְעַתָּה אֲדֹנָי ה' שְׁלָחַנִי וְרוּחוֹ, עַד עַכְשָׁיו לֹא נִיתַּן לִי רְשׁוּת לְהִתְנַבְּאוּת וְכוּ' עַייֵּן שָׁם. עַל כֵּן נִמְצָא נְבוּאָה זוֹ דְּנָפְלָה הָיְתָה גְּלוּיָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ וּנְתוּנָה מִסִּינַי, לְכָךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁחִיבֵּר הַמִּזְמוֹר הַזֶּה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ לֹא אָמַר אוֹת נוּ"ן, מִטַּעַם (הַזֶּה) שֶׁגַּם הוּא קִבֵּל הַמִּזְמוֹר הַזֶּה עִם שְׁאָר מִזְמוֹרִים מִסִּינַי, וְהִנֵּה לִדְרָשָׁה דְּמַעֲרָבָא, יֵשׁ לְתָרֵץ נוּ"ן בְּמִילּוּאֵי רָאשֵׁי תֵּיבוֹת נָפְלָה וְלֹא נוֹפֶלֶת.
« En Occident on l'arrange ainsi. » Difficulté : il aurait fallu dire « ils l'exposent ainsi » ; le terme « ils l'arrangent » indique qu'ils avaient une difficulté dans le verset. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a dans ce verset une grande difficulté : selon le sens littéral, il aurait fallu dire « elle est tombée, la vierge d'Israël, et elle ne se relèvera plus » ; le fait d'avoir mentionné « la vierge d'Israël » à la fin est une tournure contournée au regard du sens littéral. C'est pourquoi, en Occident, on résout cette difficulté par cette derasha : ils exposent « elle ne tombera plus ; relève-toi, vierge d'Israël », faisant des mots « relève-toi, vierge d'Israël » une proposition à part, de sorte que « vierge d'Israël » ne se rapporte pas à « elle est tombée » mais uniquement à « relève-toi » ; et c'est pourquoi l'Écriture n'a pas dit ce que nous avancions dans la difficulté. Et bien que le verset « elle est tombée » se trouve dans Amos, alors que le roi David, la paix soit sur lui, lui est de beaucoup antérieur, comment dire qu'il n'a pas écrit le noun dans Achré à cause de ce verset ? Il me semble qu'assurément toutes les paroles des prophètes ont déjà été dites au Sinaï et que leurs âmes les ont reçues, mais que leur réception était en puissance ; et lorsque le prophète vient en ce monde, les paroles sortent de sa bouche, passant de la puissance à l'acte. Cela est expressément énoncé dans le Midrach Rabba, en ces termes : ainsi est-il dit « oracle de la parole de Hachem à Israël par la main de Malakhi » (Malakhie 1, 1) — il n'est pas dit « aux jours de Malakhi », mais « par la main de Malakhi », car la prophétie était déjà en sa main depuis le mont Sinaï, et jusqu'à cette heure il ne lui avait pas été donné permission de prophétiser. De même Isaie a dit « dès le temps où cela fut, j'étais là » (Isaie 48, 16) : Isaie a dit, du jour où la Torah fut donnée au Sinaï, j'étais là et j'ai reçu cette prophétie ; seulement, « et maintenant le Seigneur Hachem m'a envoyé, et Son esprit » — jusqu'à présent il ne m'avait pas été donné permission de prophétiser, etc. ; vois-y. Il se trouve donc que cette prophétie de « elle est tombée » était manifeste par l'esprit saint et donnée depuis le Sinaï ; c'est pourquoi le roi David, la paix soit sur lui, qui a composé ce psaume par l'esprit saint, n'a pas dit la lettre noun, pour ce motif qu'il avait lui aussi reçu ce psaume, avec les autres, depuis le Sinaï. Et selon la derasha des gens d'Occident, on peut résoudre la question du noun par le remplissage des initiales de nafla vélo nofelet.
אֲפִלּוּ הָכֵי, חָזַר דָּוִד וְסָמְכָה בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ. קַשָּׁא כֵּיוָן דְּדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיָה קֹודֶם עָמוֹס הַנָּבִיא ע"ה סָמְכָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, אִם כֵּן (אֵיךְ) אָתֵי עָמוֹס אַחֲרָיו וְאָמַר לֹא תּוֹסִיף קוּם? וְעוֹד כֵּיוָן דְּסָמְכָה אִם כֵּן אֵין כָּאן מַפָּלָה, וְהָדְרָא קֻושְׁיָא לְדֻוכְתָּא לָמָּה לֹא אָמַר נוּ"ן בְּאַשְׁרֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מָצִינוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ דְּרַשְׁבִּ"י ע"ה דָּרַשׁ הַכָּתוּב הַנִּזְכָּר בְּאֹופֶן זֶה, נָפְלָה וְלֹא תּוֹסִיף קוּם בְּזִמְנִין אַחַרְיָנִין דְּקָמַת מֵאֵלֶיהָ, אֶלָּא אֲנִי אָקִים אוֹתָהּ, כְּדִכְתִיב (עָמוֹס ט, יא) בַּיּוֹם הַהוּא אָקִים אֶת סֻכַּת דָּוִיד הַנֹּפֶלֶת, דְּבִשְׁאָר זִימְנִין אִתִּיהִיב זִמְנָא לְגָלוּתָא וּלְהָכִי כַּד שְׁלִים זִמְנָא קָמַת הִיא מֵאֵילֶיהָ, אֲבָל הָכָא לָא אִיתְיְהִיב זִמְנָא יְדִיעָה, וְאֵיךְ תָּקוּם מֵאֵילֶיהָ, אֶלָּא קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא יוֹקִים לָהּ, וְדָא קְרָא דִּבְתוּלַת יִשְׂרָאֵל וְתֻושְׁבַּחְתָּא דִּילֵיהּ, וְכַנִּזְכָּר כָּל זֶה בַּזֹּוהַר פָּרָשַׁת וַיִּקְרָא, יְעַייֵּן שָׁם. נִמְצָא לְפִי זֶה כַּוָּנַת הַכָּתוּב הָכִי קָאָמַר לֹא תּוֹסִיף קוּם מֵאֵלֶיהָ, אֶלָּא הקב"ה יָקוּם לָהּ, וְהַפָּסוּק זֶה נֶאֱמַר לְשֶׁבַח שֶׁלָּהּ. וְהִנֵּה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה חִיסֵּר אוֹת נוּ"ן מִן הַמִּזְמוֹר הַזֶּה מִשּׁוּם דִּכְתִיב נָפְלָה, אַךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא תַּחְשֹׁוב שֶׁיֵּשׁ בִּנְפִילָה זוֹ מַפָּלָה עוֹלָמִית וּלְהָכִי נֶחְסַר אוֹת נוּ"ן, עַל כֵּן אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה סָמוּךְ לְמָקוֹם אוֹת נוּ"ן פָּסוּק סוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנֹּופְלִים, וְהַייְנוּ שֶׁבָּא לְהוֹדִיעַ לָנוּ בֵּיאוּר הַכָּתוּב הַזֶּה שֶׁל נָפְלָה, אֲשֶׁר בַּעֲבוּרוֹ חִיסֵּר הוּא אֶת אַוַּת נוּ"ן, שֶׁלֹּא תְּפָרְשֵׁהוּ לֹא תּוֹסִיף קוּם לְגַמְרֵי, אֶלָּא בֶּאֱמֶת סוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנֹּופְלִים, דְּהַשְׁתָּא בֵּיאוּר הַכָּתוּב דְּנָפְלָה הוּא כָּךְ, לֹא תּוֹסִיף קוּם מֵאֵלֶיהָ, אֲבָל הקב"ה יוֹקִים אוֹתָהּ כִּי סוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנֹּופְלִים, נִמְצָא הַאי קְרָא דְּסוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנּוֹפְלִים בָּא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לְפָרֵשׁ לָנוּ בּוֹ פֵּירוּשׁ הַכָּתוּב שֶׁל נָפְלָה וְכוּ', אֲשֶׁר בַּעֲבוּרוֹ הוּא חִיסֵּר אוֹת נוּ"ן, וְעַל זֶה קָאָמַר רַבִּי נַחְמָן בַּר יִצְחָק חָזַר דָּוִד וּסְמָכָן בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, פֵּירוּשׁ הוֹדִיעַ לָנוּ בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁיֵּשׁ סְמִיכָה וְקִימָה לִנְפִילָה זוֹ דִּבְתוּלַת יִשְׂרָאֵל הַכְּתֻובָּה בִּנְבוּאָתָהּ זוֹ דְּעָמוֹס הַנָּבִיא ע"ה, וְנִרְאֶה לִי סֶמֶךְ הוי"ה [146] עוֹלֶה מִסֵּפֶר קוּם [146] ודו"ק.
« Malgré cela, David est revenu la soutenir par l'esprit saint. » Difficulté : puisque le roi David, la paix soit sur lui, qui précédait le prophète Amos, la paix soit sur lui, l'a soutenue par l'esprit saint, comment Amos vient-il après lui dire « elle ne se relèvera plus » ? De plus, puisqu'il l'a soutenue, il n'y a donc plus de chute — et la difficulté revient à son point de départ : pourquoi n'a-t-il pas dit le noun dans Achré ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous trouvons dans le saint Zohar que Rabbi Chimon bar Yohai, la paix soit sur lui, a exposé ainsi le verset mentionné : « elle ne se relèvera plus » aux autres moments, lorsqu'elle se relevait d'elle-même — mais Moi Je la relèverai, comme il est écrit « en ce jour Je relèverai la soukka de David qui est tombée » (Amos 9, 11) ; car aux autres fois un terme était fixé à l'exil, de sorte qu'à l'échéance elle se relevait d'elle-même, tandis qu'ici aucun terme connu n'a été fixé, et comment se relèverait-elle d'elle-même ? C'est donc le Saint béni soit-Il qui la relèvera ; et ce verset concernant la vierge d'Israël est à sa louange — tout cela est mentionné dans le Zohar, parachat Vayikra ; vois-y. Il ressort de là que l'intention du verset est celle-ci : « elle ne se relèvera plus » d'elle-même, mais le Saint béni soit-Il la relèvera ; et ce verset a été dit à sa louange. Or le roi David, la paix soit sur lui, a retranché la lettre noun de ce psaume parce qu'il est écrit « elle est tombée » ; mais afin que tu ne penses pas qu'il y ait dans cette chute une chute éternelle et que ce soit pour cela que la lettre noun manque, le roi David, la paix soit sur lui, a placé tout près de l'endroit de la lettre noun le verset « Hachem soutient tous ceux qui tombent ». Il venait ainsi nous faire connaître l'explication de ce verset de « elle est tombée », à cause duquel il a retranché la lettre noun : que tu ne l'interprètes pas comme « elle ne se relèvera plus » absolument, car en vérité Hachem soutient tous ceux qui tombent. Dès lors, l'explication du verset « elle est tombée » est celle-ci : elle ne se relèvera plus d'elle-même, mais le Saint béni soit-Il la relèvera, car Hachem soutient tous ceux qui tombent. Il se trouve donc que par ce verset « Hachem soutient tous ceux qui tombent », le roi David, la paix soit sur lui, est venu nous expliquer le sens du verset « elle est tombée », etc., à cause duquel il a retranché la lettre noun. C'est sur cela que Rabbi Nahman bar Its'hak a dit : David est revenu les soutenir par l'esprit saint — c'est-à-dire qu'il nous a fait connaître par l'esprit saint qu'il y a un soutien et un relèvement pour cette chute de la vierge d'Israël écrite dans cette prophétie du prophète Amos, la paix soit sur lui. Et il me semble que samekh joint au Nom vaut cent quarante-six, comme le compte de koum (relève-toi) — pèse-le bien.
💡 Explication

Deux adoucissements. En Terre d'Israël, on redécoupe le verset d'Amos : « elle ne tombera plus » d'un côté, « relève-toi, vierge d'Israël » de l'autre, ce qui transforme la sentence en promesse.

Rav Nahman bar Its'hak observe que David a placé, à l'endroit même où le noun manque, le verset du samekh : « Hachem somekh (soutient) tous ceux qui tombent ». L'omission est ainsi immédiatement compensée par un soutien.

23
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר אֲבִינָא: גָּדוֹל מַה שֶּׁנֶּאֱמַר בְּמִיכָאֵל יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁנֶּאֱמַר בְּגַבְרִיאֵל, דְּאִילּוּ בְּמִיכָאֵל כְּתִיב: ״וַיָּעָף אֵלַי אֶחָד מִן הַשְּׂרָפִים״. וְאִילּוּ גַּבַּי גַּבְרִיאֵל כְּתִיב: ״וְהָאִישׁ גַּבְרִיאֵל אֲשֶׁר רָאִיתִי בֶחָזוֹן בַּתְּחִלָּה מֻעָף בִּיעָף וְגוֹ׳״.

Rabbi Elazar bar Avina a dit : ce qui est dit de Mikhael est plus grand que ce qui est dit de Gavriel. Car de Mikhael il est écrit : « et l'un des serafim vola vers moi » ; tandis que de Gavriel il est écrit : « et l'homme Gavriel, que j'avais vu dans la vision au commencement, vole d'un vol rapide, etc. ».

📜 Rachi (2)
וַיָּעַף אֵלַי בִּפְרִיחָה אַחַת וְלֹא הִרְגִּיעַ בֵּינְתַיִם:
Il vola vers moi — d'un seul vol, sans s'arrêter entre-temps.
מוּעָף בִּיעָף שְׁתֵּי פְּרִיחוֹת:
Vole d'un vol — deux vols.
💡 Explication

Nouveau bloc, appelé par le nom de Rabbi Elazar cité plus haut. Le critère de comparaison est tiré du langage des versets : le verbe simple pour Mikhael (un vol), la forme redoublée mouaf biaf pour Gavriel (deux vols). Moins de vols marque un rang plus élevé.

24
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״אֶחָד״ מִיכָאֵל הוּא?

D'où ressort-il que ce « l'un » désigne Mikhael ?

💡 Explication

Le verset d'Isaie ne nomme personne : il parle d'« un des serafim ». La Guemara demande donc ce qui autorise à l'identifier à Mikhael.

25
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אָתְיָא ״אֶחָד״ ״אֶחָד״. כְּתִיב הָכָא ״וַיָּעָף אֵלַי אֶחָד מִן הַשְּׂרָפִים״, וּכְתִיב הָתָם: ״וְהִנֵּה מִיכָאֵל אֶחָד (מִן) הַשָּׂרִים הָרִאשֹׁונִים בָּא לְעָזְרֵנִי״.

Rabbi Yo'hanan a dit : cela s'apprend par « un » et « un ». Il est écrit ici : « et l'un des serafim vola vers moi », et il est écrit là-bas : « et voici Mikhael, l'un des princes premiers, vint à mon aide ».

💡 Explication

Identification par guezera chava : un même terme, ehad (« un »), figure dans les deux versets, ce qui autorise à transporter de l'un à l'autre l'identité du personnage. Dans Daniel, ce « un » désigne explicitement Mikhael.

26
תַּנָּא: מִיכָאֵל — בְּאַחַת, גַּבְרִיאֵל — בִּשְׁתַּיִם, אֵלִיָּהוּ — בְּאַרְבַּע, וּמַלְאַךְ הַמָּוֶת — בִּשְׁמֹנָה. וּבִשְׁעַת הַמַּגֵּפָה, בְּאַחַת.

Il a été enseigné : Mikhael en un [vol], Gavriel en deux, Eliyahou en quatre, et l'ange de la mort en huit. Et au temps de l'épidémie, en un seul.

📜 Rachi (1)
בְּאַחַת בִּפְרִיחָה אַחַת:
En un — d'un seul vol.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיכָאֵל בְּאַחַת, גַּבְרִיאֵל בִּשְׁתַּיִם. הִנֵּה בָּזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קכו, ו') בָּא יָבוֹא בְּרִנָּה, ב"א רֶמֶז לְאַחַת וּשְׁתַּיִם שֶׁל מִיכָאֵל וְגַבְרִיאֵל, יָבוֹאוּ לָעוֹלָם בְּרִנָּה לְבָשָׂר טוֹב, וְלַעֲשׂוֹת טוֹבָה בָּעוֹלָם, וְלֹא עַל דִּין וּפֻרְעָנוּת חַס וְשָׁלוֹם. גַּם בָּזֶה יוּבָן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי ל, כט) שְׁלֹשָׁה הֵמָּה מֵיטִיבֵי צָעַד וְאַרְבָּעָה מֵיטִבֵי לָכֶת, וְהַייְנוּ שְׁלֹשָׁה רֶמֶז לִשְׁלֹשָׁה טִיסוֹת שֶׁל מִיכָאֵל וְגַבְרִיאֵל, וְאַרְבָּעָה שֶׁל אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב: וְהִנֵּה מִיכָאֵל [101] , אִם תֵּחָלֵק מִסְפַּר שְׁמוֹ לִשְׁנֵי חֲלָקִים יִשָּׁאֵר אֶחָד [50/50 וְנִשְׁאַר 1] , רֶמֶז כִּי טַס כְּאַחַת, ו גַּבְרִיאֵל [246] אִם תֵּחָלֵק מִסְפַּר שְׁמוֹ אַרְבָּעָה חֲלָקִים, שֶׁהוּא כֶּפֶל הַשְּׁתִי חֲלָקִים שֶׁחֶלְקַת בְּמִיכָאֵל, יִשָּׁאֵר שְׁתַּיִם [246÷4=61.5, 61×4=244 וְנִשְׁאַר 2] , רֶמֶז שֶׁהוּא טַס בִּשְׁתַּיִם, גַּם אֵלִיָּהוּ [52] מִסְפַּר בֵּן [52] , שֶׁהוּא אַרְבָּעָה פְּעָמִים [13×4=52] אֶחָד [13] , לִרְמֹוז שֶׁהוּא טַס בְּאַרְבָּעָה, וְלָכֵן לֶעָתִיד יְבַשְּׂרֵנוּ אַרְבָּעָה דְּבָרִים, דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ נב, ז) מַשְׁמִיעַ שָׁלוֹם מְבַשֵּׂר טוֹב מַשְׁמִיעַ יְשׁוּעָה אֹמֵר לְצִיּוֹן מָלַךְ אֱ-לֹהָיִךְ, הֲרֵי אַרְבַּע בְּשׂוֹרוֹת בְּזֶה אַחַר זֶה בְּהַדְרָגוֹת כְּנֶגֶד אַרְבַּע טִיסוֹת, יְהִי רָצוֹן שֶׁיְּבַשְּׂרֵינוּ טוֹב בְּקָרוֹב אָמֵן כֵּן יְהִי רָצוֹן. וְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל פֵּירֵשׁ מִיכָאֵל הוּא בְּחֶסֶד, וְלָכֵן אֵינוֹ נִגְלַם בַּאֲוִיר עוֹלָם הַזֶּה, אֶלָּא רַק בִּיסוֹד הַמַּיִם כְּנֶגֶד הַחֶסֶד, וּלְכָךְ בִּקְפִיצָה אַחַת יָכוֹל לִקְפֹּוץ כָּל הָעוֹלָם אַחֲרֵי רִדְתּוֹ וְהִתְלַבְּשׁוּתוֹ בּוֹ, אַךְ גַּבְרִיאֵל בְּרִדְתּוֹ לָעוֹלָם הַזֶּה מִתְלַבֵּשׁ בְּמַיִם וּבָאֵשׁ שֶׁהֵם חֶסֶד וּגְבוּרָה, שֶׁמִּדָּתוֹ מִצַּד הַגְּבוּרָה, וְאִם יִהְיֶה נִגְלַם בָּאֵשׁ מִכָּל שֶׁכֵּן בְּמַיִם, כִּי לְעוֹלָם שְׂמָאלָא אִצְטְרִיכָא לְיַמִּינָא, אֲבָל יַמִּינָא לָא אִצְטְרִיכָא לִשְׂמָאלָא, לָכֵן מֻוכְרָח שֶׁיִּתְלַבֵּשׁ בִּשְׁנֵי יְסוֹדוֹת אֵשׁ וּמַיִם, אָמְנָם אֵלִיָּהוּ בְּאַרְבַּע, כִּי דַּרְגֵּיהּ לְתַתָּא מֵהַאי בְּאֵר, כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר פ' וַיֵּצֵא, וְלָכֵן מִתְלַבֵּשׁ בְּאַרְבַּע יְסוֹדוֹת וְכוּ', עַד כָּאן דְּבָרָיו, עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה בָּזֶה הַטַּעַם מִשּׁוּם דְּהוּא מִצַּד הַחֶסֶד דְּנִגְלַם בַּמַּיִם בִּלְבַד, גַּם בָּזֶה מוּבָן בס"ד הַטַּעַם מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דִּפְסָחִים דַּף קי"ח, דְּאָמַר גַּבְרִיאֵל לִפְנֵי הקב"ה אֲנִי אֵרֵד וַאֲקָרֵר מִבִּפְנִים וְאַקְדִּיחַ מִבַּחוּץ, עַיֵּין שָׁם, וְהַייְנוּ מִשּׁוּם שֶׁהוּא נִגְלָם בִּשְׁנֵי יְסוֹדוֹת אֵשׁ וּמַיִם לְכָךְ עוֹשֶׂה שְׁנֵי פְּעֻולּוֹת הַפְכִּיּוֹת קֵירוּר וְחִימּוּם.
« Mikhael en un, Gavriel en deux. » Il me semble voir là, avec l'aide du Ciel, une allusion du verset « il viendra, il viendra dans l'allégresse » (Psaumes 126, 6) : bo (de valeur trois) fait allusion au un et au deux de Mikhael et de Gavriel — qu'ils viennent au monde dans l'allégresse, pour annoncer le bien et pour faire du bien dans le monde, et non pour le jugement et le châtiment, à D.ieu ne plaise. Par là se comprend aussi, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « ils sont trois à bien marcher, et quatre à bien aller » (Proverbes 30, 29) : les trois font allusion aux trois vols de Mikhael et de Gavriel, et les quatre à ceux d'Eliyahou, dont le souvenir est en bien. Et vois : Mikhael vaut cent un ; si tu partages le compte de son nom en deux parts, il reste un — allusion à ce qu'il vole en un seul. Gavriel vaut deux cent quarante-six ; si tu partages le compte de son nom en quatre parts, soit le double des deux parts prises pour Mikhael, il reste deux — allusion à ce qu'il vole en deux. Eliyahou vaut cinquante-deux, comme le compte de ben, qui est quatre fois treize, valeur de ehad (un), pour faire allusion à ce qu'il vole en quatre. C'est pourquoi, dans l'avenir, il nous annoncera quatre choses, ainsi qu'il est écrit : « il fait entendre la paix, il annonce le bien, il fait entendre le salut, il dit à Sion : ton D.ieu règne » (Isaie 52, 7) — voilà quatre annonces l'une après l'autre, par degrés, en face des quatre vols ; qu'il soit Sa volonté qu'il nous annonce le bien prochainement, amen, ainsi soit-il. Et notre maître le Ari, de mémoire bénie, au Chaar Maamarei Razal, a expliqué que Mikhael relève du 'Hessed, et qu'il ne se revêt donc pas de l'air de ce monde, mais seulement de l'élément de l'eau, qui correspond au 'Hessed ; c'est pourquoi il peut franchir le monde entier d'un seul bond, après sa descente et son revêtement en lui. Gavriel, en descendant vers ce monde, se revêt d'eau et de feu, qui sont 'Hessed et Guevoura, sa midda étant du côté de la Guevoura ; et s'il devait se revêtir de feu, à plus forte raison d'eau, car toujours la gauche a besoin de la droite, tandis que la droite n'a pas besoin de la gauche : il doit donc nécessairement se revêtir des deux éléments, feu et eau. Quant à Eliyahou, en quatre, car son degré est plus bas, procédant de ce puits, comme il est mentionné dans le Zohar, parachat Vayetse ; c'est pourquoi il se revêt des quatre éléments, etc. — fin de ses paroles, vois-y. Et par ce motif, du fait qu'il relève du 'Hessed et ne se revêt que d'eau, se comprend aussi, avec l'aide du Ciel, ce que dit la Guemara de Pessahim (feuillet 118) : Gavriel dit devant le Saint béni soit-Il, je descendrai et je refroidirai à l'intérieur et j'embraserai à l'extérieur ; vois-y. Cela tient à ce qu'il se revêt des deux éléments, feu et eau, et peut donc produire deux effets opposés, refroidissement et échauffement.
💡 Explication

Baraita qui systématise le critère en une échelle : un, deux, quatre, huit. Le nombre de vols mesure la distance à franchir, donc la proximité de l'envoyé.

L'exception finale renverse l'échelle : au temps de l'épidémie, l'ange de la mort arrive lui aussi en un seul vol.

🖼️ Schéma
L'échelle des vols : moins de vols, rang plus élevé Le nombre de vols nécessaires pour atteindre sa destination mesure la proximité de l'envoyé. Envoyé Nombre de vols Source Mikhael Isaie 6, 6 : "et l'un des serafim vola vers moi" Gavriel Daniel 9, 21 : "vole d'un vol", deux fois Eliyahou Baraita Ange de la mort Baraita Exception : au temps de l'épidémie L'ange de la mort arrive alors en un seul vol -- l'échelle habituelle est suspendue.
L'échelle des vols et son exception.
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אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אַף עַל פִּי שֶׁקָּרָא אָדָם קְרִיאַת שְׁמַע בְּבֵית הַכְּנֶסֶת — מִצְוָה לִקְרוֹתוֹ עַל מִטָּתוֹ. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מַאי קְרָא — ״רִגְזוּ וְאַל תֶּחֱטָאוּ אִמְרוּ בִלְבַבְכֶם עַל מִשְׁכַּבְכֶם וְדֹמּוּ סֶלָה״.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : même si un homme a lu le Chema à la synagogue, c'est une mitsva de le lire sur son lit. Rabbi Yossi a dit : quel est le verset ?

« Frémissez et ne péchez pas ; dites-le en votre cœur sur votre couche, et taisez-vous, sela ».

📜 Rachi (3)
אִמְרוּ בִּלְבַבְכֶם אִמְרוּ מַה שֶׁכָּתוּב עַל לְבָבֶךָ (דְּבָרִים ו):
Dites-le en votre cœur — dites ce qui est écrit « sur ton cœur » (Deutéronome 6).
עַל מִשְׁכַּבְכֶם שֶׁנֶּאֱמַר בְּשָׁכְבְּךָ (שָׁם):
Sur votre couche — car il est dit « quand tu te couches » (ibid.).
וְדֹומּוּ בְּשֵׁינָה אַחֲרֵי כֵן:
Et taisez-vous — dans le sommeil, ensuite.
💡 Explication

Retour au thème du folio, mais déplacé : la lecture publique du soir ne dispense pas de la lecture sur le lit. Cette position s'accorde bien avec le heqech de Rabbi Yehochoua ben Levi vu plus haut, qui liait le Chema du soir à la proximité du lit.

Rachi décompose le verset des Psaumes (4, 5) selon les termes mêmes du Chema : « en votre cœur » renvoie à al levavekha, « sur votre couche » à bechokhbekha, et « taisez-vous » au sommeil qui suit.

28
אָמַר רַב נַחְמָן:

Rav Nahman a dit :

💡 Explication

Le folio s'interrompt ici, au milieu de l'énoncé. La suite, qui restreint la portée de la règle de Rabbi Yehochoua ben Levi pour un talmid 'hakham, se lit au début de 5a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).