Berakhot 5a — Les quatre armes contre le yetser hara, la Torah qui protège, et le grand traité des souffrances

Berakhot 5a

Sougya : Le folio quitte la question du chema sur le lit (le talmid 'hakham lui-même doit dire un verset de miséricorde) pour deux enseignements de Rabbi Levi bar Hama au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : l'échelle des quatre armes contre le mauvais penchant, tirée d'un seul verset des Psaumes, puis la lecture du verset des tables qui fait tenir dans le Sinaï les cinq étages de la Torah. Rabbi Yits'hak montre ensuite la force protectrice du chema du soir : une épée à deux tranchants, des mazikim qui s'écartent.

Resh Lakich étend cette protection aux souffrances, Rabbi Yo'hanan l'objecte et déplace la règle : c'est la négligence de l'étude qui attire des souffrances laides. De là s'ouvre le grand traité des yissourim, cœur du folio : la procédure d'examen (pashpesh, puis bittul Torah, puis souffrances d'amour), la condition d'acceptation tirée du korban acham, la récompense, la mahloket sur ce qui mérite encore le nom de souffrances d'amour, et enfin leur fonction : elles décapent les fautes, comme le sel adoucit la viande.

Le folio se ferme sur la baraita de Rabbi Chimon bar Yohai : trois dons acquis par la souffrance -- la Torah, la terre d'Israël et le monde à venir.

Le fil du folio : de la garde de la nuit au traité des souffrances Un seul mouvement continu : ce qui protège l'homme, puis ce qui arrive quand la protection semble manquer. Mouvement 1 (seg. 0-2) -- Fin du chema sur le lit, et deux enseignements de Resh Lakich Le talmid 'hakham est dispensé, mais Abaye exige de lui un verset de miséricorde. Puis : les quatre armes contre le yetser hara. Puis la lecture du verset des tables : mikra, michna, Prophètes et Écrits, talmud -- tout donné à Moche au Sinaï. Charnière : la troisième arme est justement le chema du soir. On revient donc à lui. Mouvement 2 (seg. 3-5) -- Ce que la Torah écarte Rabbi Yits'hak, deux fois : le chema du soir est une épée à deux tranchants ; les mazikim s'écartent de celui qui le lit. Resh Lakich élargit au même verset de Job : celui qui s'occupe de Torah, les yissourim s'écartent de lui. Le mot of du verset est lu comme Torah, le mot rechef comme mazikim, puis comme souffrances. Mouvement 3 (seg. 6-7) -- L'objection de Rabbi Yo'hanan, et le retournement Cela, même les enfants d'école le savent. La règle est donc renversée : celui qui peut étudier et ne le fait pas reçoit des souffrances laides. Puis, sur le mot tov du verset des Proverbes : D.ieu a donné la Torah et s'en est réjoui. À partir d'ici, le folio ne parle plus de protection mais de souffrance reçue. Mouvement 4 (seg. 8-18) -- Le traité des yissourim Procédure : examiner ses actes, puis mettre en cause la négligence de l'étude, puis conclure aux souffrances d'amour. Condition : les accepter, comme le korban acham est apporté en connaissance. Récompense : descendance, longs jours, étude qui tient. Mahloket sur la définition, puis leur fonction : kal vahomer de la dent et de l'œil, gezera chava du sel et de l'alliance. Mot-clé du mouvement : mirouk, le décapage des fautes. Mouvement 5 (seg. 19-23) -- La baraita de Rabbi Chimon bar Yohai Trois dons précieux, donnés seulement par le moyen des souffrances : la Torah, la terre d'Israël, le monde à venir. Puis un tana enseigne devant Rabbi Yo'hanan : celui qui s'occupe de Torah et d'actes de bonté -- suite au folio 5b.
Les cinq mouvements du folio : le folio glisse de la protection de la nuit au traité des souffrances, sans rupture.
Les quatre armes contre le yetser hara (seg. 1) Un seul verset, Ps. 4, 5, découpé en quatre morceaux : chaque morceau donne une arme, dans l'ordre. Le verset : Ragzou ve-al techeta-ou / imrou bilvavkhem / al michkavkhem / ve-domou sela 1. Ragzou ve-al techeta-ou -- dresser le bon penchant contre le mauvais L'arme la plus directe : la colère du yetser tov, la guerre intérieure sans intermédiaire (Rachi). Si cela suffit : moutav, c'est bien. Sinon, on monte d'un cran. 2. Imrou bilvavkhem -- s'occuper de Torah Ce qui est déposé dans le cœur : l'étude, seule arme que rien d'extérieur ne peut prendre à l'homme. Si cela suffit : moutav. Sinon, on monte encore. 3. Al michkavkhem -- lire le chema Le mot couche renvoie à bechokhbekha : acceptation du joug, et rappel de la rétribution. Si cela suffit : moutav. Sinon, il reste une dernière arme. 4. Ve-domou sela -- se rappeler le jour de la mort Rachi : le jour du silence est le jour de la mort, silence éternel. Aucun cran au-dessus. L'ordre est significatif : on ne commence pas par la plus forte. Le Ben Yehoyada retient les trois premières armes sous l'acronyme kachet : keriat chema, torah.
L'échelle de Resh Lakich : quatre armes tirées des quatre membres d'un seul verset, dans un ordre croissant.
La procédure quand la souffrance vient (seg. 8-12) Rava, ou Rav Hisda : trois étapes dans l'ordre, et l'on ne passe à la suivante qu'après échec de la précédente. Des yissourim arrivent Étape 1 : yefachpech bema-assav -- examiner ses actes Nous sonderons nos voies, nous les examinerons, et nous reviendrons vers ה' (Lam. 3, 40). A trouvé une faute : la cause est identifiée, la techouva est le remède. a examiné et n'a rien trouvé Étape 2 : mettre en cause le bittoul Torah Heureux l'homme que Tu châties, ה', et que Tu instruis de Ta Torah (Ps. 94, 12). Rachi : c'est par les souffrances que l'homme en vient à l'étude. a mis en cause et n'a rien trouvé Étape 3 : ce sont des yissourim chel ahava Car celui que ה' aime, Il le reprend (Pr. 3, 12). Rachi : sans aucune faute, pour augmenter la récompense. Certitude, non hypothèse : bidoua, on le sait. La condition (seg. 10-11) Il ne suffit pas de les subir : im tassim acham nafcho. De même que le korban acham est apporté lada-at, en connaissance et de plein gré, ainsi les souffrances doivent-elles être reçues lada-at. La récompense (seg. 12) Il verra une descendance, il prolongera ses jours. Et non seulement cela : son étude tiendra dans sa main, car le désir de ה' réussira par sa main -- alors que la souffrance devrait, naturellement, faire oublier.
La procédure de Rava : trois étapes, puis la condition d'acceptation et la récompense.
1
אִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא — אֵין צָרִיךְ. אָמַר אַבַּיֵּי: אַף תַּלְמִיד חָכָם מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמֵימַר חַד פְּסוּקָא דְרַחֲמֵי, כְּגוֹן: ״בְּיָדְךָ אַפְקִיד רוּחִי, פָּדִיתָה אוֹתִי ה׳ אֵל אֱמֶת״.

« S'il est un talmid 'hakham (érudit), il n'a pas besoin [de lire le chema sur son lit]. » Abaye a dit : même un talmid 'hakham doit dire un verset de miséricorde, par exemple : « En Ta main je confie mon esprit ; Tu m'as délivré, ה', D.ieu de vérité » (Ps. 31, 6).

📜 Rachi (1)
וְאִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא שֶׁרָגִיל בְּמִשְׁנָתוֹ לַחֲזֹור עַל גִּרְסָתוֹ תָּמִיד דַּיּוֹ בְּכָךְ:
« Et s'il est un talmid 'hakham » — qui a coutume de sa michna, de repasser constamment son étude : cela lui suffit.
💡 Explication

Fin de la sougya du chema sur le lit, commencée au folio précédent. La michna n'impose pas cette lecture, mais les Sages l'ont instituée comme garde de la nuit. Le talmid 'hakham en est dispensé parce qu'il s'endort dans les paroles de Torah.

Abaye refuse la dispense complète : la protection ne vient pas seulement de l'occupation de l'esprit, elle demande un acte de remise entre les mains du Ciel. Le verset choisi, beyadekha afkid rouhi, dit exactement cela : le sommeil est un dépôt de l'âme, repris au réveil.

2
אָמַר רַבִּי לֵוִי בַּר חָמָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: לְעוֹלָם יַרְגִּיז אָדָם יֵצֶר טוֹב עַל יֵצֶר הָרַע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רִגְזוּ וְאַל תֶּחֱטָאוּ״ אִם נִצְּחוּ — מוּטָב, וְאִם לָאו — יַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִמְרוּ בִּלְבַבְכֶם״. אִם נִצְּחוּ — מוּטָב, וְאִם לָאו — יִקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל מִשְׁכַּבְכֶם״. אִם נִצְּחוּ — מוּטָב, וְאִם לָאו — יִזְכּוֹר לוֹ יוֹם הַמִּיתָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְדָמוֹ סֶלָה״.

Rabbi Levi bar Hama a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : que l'homme dresse toujours son bon penchant (yetser tov) contre le mauvais penchant (yetser hara), ainsi qu'il est dit : « Frémissez et ne fautez pas » (Ps. 4, 5).

S'il l'a vaincu, tant mieux ; sinon, qu'il s'occupe de Torah, ainsi qu'il est dit : « dites en votre cœur ». S'il l'a vaincu, tant mieux ; sinon, qu'il lise le chema, ainsi qu'il est dit : « sur votre couche ».

S'il l'a vaincu, tant mieux ; sinon, qu'il se rappelle le jour de la mort, ainsi qu'il est dit : « et taisez-vous, sela ».

📜 Rachi (2)
יַרְגִּיז יֵצֶר טוֹב שֶׁיַּעֲשֶׂה מִלְחָמָה עִם יֵצֶר הָרַע:
« Qu'il dresse le bon penchant » — qu'il fasse la guerre au mauvais penchant.
וְדֹומּוּ סֶלָה יוֹם הַדּוּמִיָּה הוּא יוֹם הַמָּוֶת שֶׁהוּא דּוּמִיָּה עוֹלָמִית:
« Et taisez-vous, sela » — le jour du silence, c'est le jour de la mort, qui est un silence éternel.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לְעוֹלָם יַרְגִּיז אָדָם יֵצֶר טוֹב עַל יֵצֶר הָרַע. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ לְעוֹלָם, הַיְינוּ רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֲפִילּוּ בְּדָבָר הַמֻּותָּר לוֹ , כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ קַדֵּשׁ עַצְמְךָ בַּמֻּותָּר לָךְ, וְכֵן אָמְרוּ סְעוּדָה שֶׁהֲנָאָתְךָ מְרֻובָּה מִמֶּנָּה מְשׁוֹךְ יָדְךָ מִמֶּנָּה, וּבָזֶה נִיחָא לְשׁוֹן יַרְגִּיז, דְּמַשְׁמָעוֹ רֹוגֶז לְשׁוֹן כַּעַס, כְּמוֹ שֶׁבֵּאֵר מָהַרְשָׁ"א זַ"ל, וְהַיְינוּ שֶׁבָּא לוֹמַר שֶׁיְּקַדֵּשׁ עַצְמוֹ בַּמֻּותָּר לוֹ, שֶׁיֵּשׁ לוֹ נַחַת בּוֹ, יִמְאַס בּוֹ וְלֹא יִרְצֶה לְקַבֵּל שִׁימּוּשׁוֹ, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ לֹא מֵעֻוקְצֵיךְ וְלֹא מִדֻּובְשִׁיךְ, כֵּן הוּא יִמְאַס כְּתַאֲוָה הַנִּמְשֶׁכֶת מִן הַיֵּצֶר אֲפִילּוּ בְּדָבָר הַמֻּותָּר, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל ר' יוֹסֵי שֶׁהָיָה מְגַלֶּה טֶפַח וּמְכַסֶּה שְׁתֵּי טְפָחִים, וְדוֹמֶה כְּמִי שֶׁכְּפָאוֹ שֵׁד וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד תֵּיבַת לְעוֹלָם שֶׁבָּא לְרַבּוֹת גַּם עַל יְמֵי הַזִּקְנָה , כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בִּירוּשַׁלְמִי פ"ג דְּשַׁבָּת, תַּמָּן תָּנֵינַן אַל תַּאֲמִין בְּעַצְמְךָ עַד יוֹם מוֹתְךָ, מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה אַל תַּאֲמִין בְּעַצְמְךָ עַד יוֹם זִקְנָתְךָ, כְּגוֹן אֲנִי, שֶׁהָיָה (חוֹשֵׁב) בְּעַצְמוֹ שֶׁלֹּא יִשְׁלֹוט בּוֹ יֵצֶר הָרַע מִפְּנֵי שֶׁהָיָה זָקֵן, יוֹם אֶחָד בָּאָה רוּחַ אַחַת וְנַעֲשֵׂית לְפָנָיו כְּאִשָּׁה יָפָה מְאֹד, וְעָבְרָה לְפָנָיו וְהִתְחִיל לְתָובְעָהּ, וְאַחַר כָּךְ הִתְחִיל לְהִתְחָרֵט בּוֹ מֵחֶטְאוֹ, וְאָמְרָה לוֹ אַל תִּצְטַעֵר כִּי רוּחַ הִיא, וְלֹא נִכְשֶׁלֶת בְּאִשָּׁה, אַךְ לֵךְ וְהִשְׁוָה עַצְמְךָ לַחֲבֵרֶיךָ, וְתִשְׁנֶה הַמִּשְׁנָה כְּמוֹ שֶׁהִיא עַד יוֹם מוֹתְךָ, כִּי אֲפִילּוּ בִּימֵי הַזִּקְנָה אֵין אָדָם בָּטוּחַ מִמִּכְשׁוֹל הַיֵּצֶר הָרַע, עַייֵּן שָׁם, וְלָזֶה בָּא לְרַבּוֹת כָּאן לְעוֹלָם עַל יְמֵי הַזִּקְנָה. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי שֶׁבָּא לְרַבּוֹת בְּתֵיבַת לְעוֹלָם עַל שְׁעַת אֲנִינוּת , כִּדְאִיתָא בְּקִדּוּשִׁין דַּף פ', דְּסָבְרִי רַבָּנָן אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת אֲנִינוּתוֹ שֶׁל אָדָם יִצְרוֹ מִתְגַּבֵּר עָלָיו, כְּהַהוּא מַעֲשֶׂה דְּהַהִיא אִיתְּתָא דַּהֲוָה עוֹבָדָא וְאַפֵּיקְתֵּיהּ, וּפֵרְשׁוּ שָׁם הַתּוֹסָפוֹת אֵיךְ הֲוָה מַעֲשֶׂה בָּזֶה, יְעֻויַּן שָׁם. וְלָזֶה אָמַר לְעוֹלָם רוֹצֶה לוֹמַר אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת אֲנִינוּת יַרְגִּיז אָדָם וְכוּ', וְאַל יֹאמַר שְׁעַת אֲנִינוּת תְּבִיר יֵצֶר הָרַע, וְאֵין צָרִיךְ הָאָדָם לְהָכִין עַצְמוֹ לַמִּלְחָמָה נֶגְדּוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ לְעוֹלָם יַרְגִּיז, עַל פִּי מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא יִרְאֶה אָדָם כְּאִלּוּ כָּל הָעוֹלָם חֶצְיוֹ זַכַּאי וְחֶצְיוֹ חַיָּיב, עָשָׂה מִצְוָה אַחַת הִכְרִיעַ עַצְמוֹ וְכָל הָעוֹלָם לְכַף זְכוּת, עָשָׂה עֲבֵירָה אַחַת הִכְרִיעַ הַכֹּל לְכַף חוֹבָה וְהַייְנוּ כִּי יֵצֶר הָרַע מַטְעֶה אֶת הָאָדָם וּמַרְאֶה לוֹ שֶׁהוּא רֻובּוֹ זַכַּאי, וְלָכֵן אִם יָבֹא עֲבֵירָה לְיָדוֹ יַפְתֵּהוּ לַעֲשׂוֹתָהּ, בְּאוֹמְרוֹ גַּם אִם תַּעֲשֶׂנָּה, הִנֵּה רוֹבְךָ זַכַּאי וְאֵין בָּזֶה נֶזֶק, וְאִם יָבֹא לְפָנָיו מִצְוָה יַשְׁמִיט אוֹתוֹ מִמֶּנָּה, בְּאוֹמְרוֹ יֵשׁ לְךָ רֹוב זְכִיּוֹת, וּמַה תּוֹסִיף בְּמִצְוָה זוֹ, אֲבָל אִם הָאָדָם יִרְאֶה עַצְמוֹ מְשֻׁותָּף עִם כָּל הָעוֹלָם בְּיַחַד, לֹא יָכוֹל לַחְשֹׁוב שֶׁהָעוֹלָם רֻובָּם זַכָּאִים, כִּי מֵהֵיכָן יוֹדֵעַ זֶה בַּאֲחֵרִים, וְאִם כֵּן מֻוכְרָח שֶׁיֵּשׁ לוֹ לְהִסְתַּפֵּק וְלוֹמַר שֶׁמָּא הָעוֹלָם שָׁקוּל, וְאִם עָשָׂה עֲבֵירָה נִמְצָא מַכְרִיעַ לְחוֹבָה, וְאִם עָשָׂה מִצְוָה מַכְרִיעַ לִזְכוּת, וּבָזֶה יוּכַל לְהַרְגִּיז הַיֵּצֶר טוֹב עַל יֵצֶר הָרַע וְלֹא יָכוֹל עָלָיו יֵצֶר הָרַע, וְלָזֶה אָמַר לְעוֹלָם, כְּלוֹמַר כַּאֲשֶׁר הָאָדָם יְצָרֵף עַצְמוֹ עִם הָעוֹלָם, אָז בָּזֶה יוּכַל לְהַרְגִּיז יֵצֶר הַטּוֹב עַל יֵצֶר הָרַע שֶׁלֹּא יוּכַל הַיֵּצֶר הָרַע לְפַתּוֹתוֹ בְּדִבְרֵי הֶבֶל הַנִּזְכָּר.
« Que l'homme dresse toujours son bon penchant contre le mauvais penchant. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot « toujours » (le'olam) veut dire : même dans une chose qui lui est permise, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie, « sanctifie-toi dans ce qui t'est permis », et de même, « d'un repas dont ton plaisir est grand, retire ta main ». Ainsi s'explique le terme yargiz, dont le sens est le courroux et la colère, comme l'a expliqué le Maharcha de mémoire bénie : il vient dire que l'homme doit se sanctifier dans ce qui lui est permis, et que ce dont il tire de l'agrément, il doit le dédaigner et refuser d'en recevoir le service, comme ils ont dit « ni de ton dard ni de ton miel » ; ainsi dédaignera-t-il le désir qui vient du penchant, même dans une chose permise, comme ils ont dit de Rabbi Yossi qu'il découvrait un tefah et en couvrait deux, et qu'il paraissait comme contraint par un démon, et d'autres choses semblables. D'une autre manière il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot « toujours » vient inclure aussi les jours de la vieillesse, comme il est dit dans le Talmud de Jérusalem, chapitre 3 de Chabbat : là-bas nous avons appris, ne te fie pas à toi-même jusqu'au jour de ta mort. Il advint qu'un hassid était assis et répétait, ne te fie pas à toi-même jusqu'au jour de ta vieillesse, comme moi — car il pensait en lui-même que le mauvais penchant n'aurait plus prise sur lui puisqu'il était vieux. Un jour vint un esprit qui prit devant lui la forme d'une femme très belle ; elle passa devant lui et il se mit à la réclamer, puis il commença à se repentir de sa faute. Elle lui dit : ne t'afflige pas, car je suis un esprit et tu n'as pas trébuché avec une femme ; mais va, mets-toi au rang de tes compagnons et répète la michna telle qu'elle est, jusqu'au jour de ta mort, car même aux jours de la vieillesse nul n'est à l'abri de la chute du mauvais penchant. Vois-y. C'est pourquoi le mot « toujours » vient inclure ici les jours de la vieillesse. De même il me semble qu'il vient inclure par ce mot le temps de l'aninout (le deuil avant l'inhumation), comme il est rapporté dans Kidouchin folio 80, où les Sages tiennent que même au temps de son aninout le penchant de l'homme le domine, comme dans ce fait rapporté d'une femme, et les Tossefot expliquent là comment la chose advint ; vois-y. C'est pourquoi il dit « toujours », c'est-à-dire même au temps de l'aninout, que l'homme dresse etc., et qu'il ne dise pas que l'aninout brise le mauvais penchant et qu'il n'a pas besoin de se préparer à la guerre contre lui. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'expliquer « qu'il dresse toujours » d'après ce que dit la guemara : que l'homme se voie comme si le monde entier était pour moitié méritant et pour moitié coupable ; s'il accomplit un seul commandement, il se fait pencher lui-même et le monde entier du côté du mérite, s'il commet une seule faute, il fait tout pencher du côté de la faute. Car le mauvais penchant trompe l'homme et lui montre qu'il est en majorité méritant ; ainsi, si une faute se présente à lui, il le séduira en lui disant, même si tu la commets, ta majorité est méritante et il n'y a là aucun dommage ; et si un commandement se présente à lui, il l'en détournera en lui disant, tu as une majorité de mérites, qu'ajoutera ce commandement ? Mais si l'homme se voit associé au monde entier, il ne peut plus penser que le monde est en majorité méritant, car d'où le saurait-il des autres ? Il lui faut donc douter et dire, peut-être le monde est-il en équilibre ; s'il commet une faute il fait pencher vers la faute, et s'il accomplit un commandement il fait pencher vers le mérite. Par là il pourra dresser son bon penchant contre le mauvais, et le mauvais penchant n'aura pas prise sur lui. C'est pourquoi il dit le'olam : lorsque l'homme se joint au monde (olam), alors il peut dresser le bon penchant contre le mauvais, et le mauvais penchant ne peut plus le séduire par les paroles vaines mentionnées.
שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים ד׳:ה׳) רִגְזוּ וְאַל תֶּחֱטָאוּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵהֵיכָא מַשְׁמַע דְּקָאֵי עַל הַתּוֹרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי הַמִּדְרָשׁ כִּי לֶקַח טוֹב נָתַתִּי לָכֶם, מִי שֶׁלּוֹקֵחַ סְחוֹרָה וְיוֹצֵא לַדֶּרֶךְ מִתְיָירֵא מִן הַלִּסְטִים, אֲבָל הַתּוֹרָה אֵינוֹ כֵּן וְכוּ', שֶׁמָּא יְכוֹלִים הַלִּסְטִים לִיקַּח תּוֹרָתוֹ מִתּוֹךְ לִבּוֹ, מַעֲשֶׂה בִּסְפִינָה אַחַת וְכוּ' עַייֵּן שָׁם [אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ, מַעֲשֶׂה בִּסְפִינָה אַחַת שֶׁהָיוּ בָּהּ פַּרְגְּמְטוֹטִין וְהָיָה שָׁם חָבֵר אֶחָד. אָמְרוּ לוֹ: אֵן פְּרַגְמַטְיָא שֶׁלְּךָ? א"ל: מֻוצְנַעַת הִיא. אָמְרוּ לוֹ: לָמָּה לֹא תִּרְאֶה לָהּ אוֹתָנוּ? א"ל שֶׁאֶכָּנֵס לַמְּדִינָה אֶרְאֶה אוֹתָהּ לָכֶם. הִתְחִילוּ לְחַזֵּר עַל הַסְּפִינָה וְלֹא מָצְאוּ, הִתְחִילוּ לְשַׂחֵק עָלָיו, לֹא עָשׂוּ אֶלָּא נִכְנְסוּ הַמּוֹכְסִים עֲלֵיהֶם וְלָקְחוּ כָּל מַה שֶׁהָיָה בְּיָדָם, נִכְנְסוּ לַמְּדִינָה לֹא הָיָה לָהֶם לֹא לֶאֱכֹול וְלֹא לִלְבֹּושׁ, אוֹתוֹ חָבֵר נִכְנַס לְבֵית הַכְּנֶסֶת הִתְחִיל לֵישֵׁב בָּרַבִּים וְדוֹרֵשׁ לָהֶם. הִתְחִילוּ בָּאִים וּמְבַקְּשִׁים מִמֶּנּוּ, אָמְרוּ לוֹ: בְּבַקָּשָׁה מִמְּךָ בִּשְׁבִיל שֶׁאַתָּה מַכִּיר אוֹתָנוּ, לָמַד עָלֵינוּ זְכוּת. מִי גָּרַם לוֹ לְהִנָּצֵל? הַתּוֹרָה שֶׁבְּלִבּוֹ, הָוֵי כִּי לֶקַח טוֹב] נִמְצָא הַלֵּב מְיֻוחָד לֶאֱצֹור בּוֹ הַתּוֹרָה כִּי שָׁם אִי אֶפְשָׁר לֶאֱצֹור הַמָּמוֹן, וְזֶה שֶׁנֶּאֱמַר אִמְרוּ בִּלְבַבְכֶם, כְּלוֹמַר מִן הַגָּנוּז וּמֻונָּח בִּלְבַבְכֶם שֶׁהֵם דִבְרֵי תוֹרָה, אֲשֶׁר שָׁם הָאוֹצָר שֶׁלָּהֶם שֶׁהַיֵּצֶר הָרַע אִי אֶפְשָׁר לְהִלָּחֵם עִמּוֹ בִּכְלִי זַיִין חִיצוֹנִי, כִּי אִם רַק בָּזֶה הַמֻּונָּח תּוֹךְ הַלֵּב. נִמְצָא הֵם שָׁלֹשׁ סְגֻולּוֹת עַד הַיֵּצֶר הָרַע, וּבָזֶה (יוּבָן) מַה שֶׁאָמַר [דָּוִד] בְּקִינָּה עַל שָׁאוּל וִיהוֹנָתָן (שְׁמוּאֵל ב' א, יח) לְלַמֵּד בְּנֵי יְהוּדָה קש"ת, שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת קְרִיאַת שְׁמַע תּוֹרָה, כְּלוֹמַר זְכוּת שְׁנֵי צַדִּיקִים אֵלּוּ יָגֵן שֶׁלֹּא תִּצְטָרְכוּ לְלִימּוּד שֶׁיֵּשׁ מִן הַמִּיתָה, אֶלָּא יַסְפִּיק לָכֶם לִימּוּד שְׁתַּיִם אֵלֶּה, שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת קש"ת.
« Ainsi qu'il est dit (Ps. 4, 5) : Frémissez et ne fautez pas. » Il y a lieu de demander : d'où ressort-il que cela porte sur la Torah ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est d'après le midrach sur « car Je vous ai donné un bon achat » : celui qui prend une marchandise et se met en route craint les brigands, mais il n'en va pas ainsi de la Torah etc. ; les brigands peuvent-ils prendre sa Torah du dedans de son cœur ? Il advint qu'un navire etc., vois-y. [Nos maîtres ont dit : il advint qu'un navire portait des marchands, et il y avait là un homme d'étude. Ils lui dirent : où est ta marchandise ? Il leur dit : elle est cachée. Ils lui dirent : pourquoi ne nous la montres-tu pas ? Il leur dit : quand j'entrerai dans la ville, je vous la montrerai. Ils se mirent à chercher partout dans le navire et ne trouvèrent rien, et ils se mirent à rire de lui. Or les douaniers montèrent sur eux et prirent tout ce qu'ils avaient en main ; ils entrèrent dans la ville sans rien à manger ni à vêtir. Cet homme d'étude entra à la synagogue, s'assit devant l'assemblée et enseigna. Ils vinrent alors lui demander et lui dirent : de grâce, puisque tu nous connais, plaide en notre faveur. Qui lui valut d'être sauvé ? La Torah qui était dans son cœur. C'est le sens de « car Je vous ai donné un bon achat ».] Il ressort de là que le cœur est le lieu propre où emmagasiner la Torah, car on ne peut pas y emmagasiner de l'argent. C'est le sens de « dites en votre cœur », c'est-à-dire : de ce qui est caché et déposé en votre cœur, à savoir les paroles de Torah, dont le trésor est là. Car on ne peut faire la guerre au mauvais penchant avec une arme extérieure, mais seulement avec ce qui est déposé au dedans du cœur. Il y a donc trois remèdes contre le mauvais penchant. Ainsi comprend-on ce que David a dit dans son élégie sur Chaoul et Yehonatan (II Sam. 1, 18) : « pour enseigner aux fils de Yehouda kachet », qui est l'acronyme de keriat chema et de torah ; c'est-à-dire, que le mérite de ces deux justes vous protège, afin que vous n'ayez pas besoin de l'enseignement que l'on tire de la mort, mais que vous suffisent ces deux enseignements-là, dont les initiales forment kachet.
💡 Explication

Le verset Ps. 4, 5 est découpé en quatre membres, et chaque membre fournit une arme. Le verbe hirgiz ne veut pas dire ici s'irriter, mais dresser en guerre : Rachi glose « qu'il fasse la guerre au mauvais penchant ».

L'ordre est délibérément croissant. On commence par la résistance directe, puis on passe à l'étude, puis au chema qui est acceptation du joug du Ciel, et l'on ne recourt au rappel de la mort qu'en dernier. Ce rappel est l'arme la plus efficace et la plus coûteuse : elle arrête le penchant en arrêtant tout désir.

Le passage arrive ici parce que la troisième arme est justement le chema du soir dont traitait le folio.

🖼️ Schéma
Les quatre armes contre le yetser hara (seg. 1) Un seul verset, Ps. 4, 5, découpé en quatre morceaux : chaque morceau donne une arme, dans l'ordre. Le verset : Ragzou ve-al techeta-ou / imrou bilvavkhem / al michkavkhem / ve-domou sela 1. Ragzou ve-al techeta-ou -- dresser le bon penchant contre le mauvais L'arme la plus directe : la colère du yetser tov, la guerre intérieure sans intermédiaire (Rachi). Si cela suffit : moutav, c'est bien. Sinon, on monte d'un cran. 2. Imrou bilvavkhem -- s'occuper de Torah Ce qui est déposé dans le cœur : l'étude, seule arme que rien d'extérieur ne peut prendre à l'homme. Si cela suffit : moutav. Sinon, on monte encore. 3. Al michkavkhem -- lire le chema Le mot couche renvoie à bechokhbekha : acceptation du joug, et rappel de la rétribution. Si cela suffit : moutav. Sinon, il reste une dernière arme. 4. Ve-domou sela -- se rappeler le jour de la mort Rachi : le jour du silence est le jour de la mort, silence éternel. Aucun cran au-dessus. L'ordre est significatif : on ne commence pas par la plus forte. Le Ben Yehoyada retient les trois premières armes sous l'acronyme kachet : keriat chema, torah.
Les quatre armes, dans l'ordre du verset et dans l'ordre de la difficulté.
3
וְאָמַר רַבִּי לֵוִי בַּר חָמָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, מַאי דִכְתִיב ״וְאֶתְּנָה לְךָ אֶת לֻחֹת הָאֶבֶן וְהַתּוֹרָה וְהַמִּצְוָה אֲשֶׁר כָּתַבְתִּי לְהוֹרֹתָם״. ״לֻחֹת״ — אֵלּוּ עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת, ״תּוֹרָה״ — זֶה מִקְרָא, ״וְהַמִּצְוָה״ — זוֹ מִשְׁנָה, ״אֲשֶׁר כָּתַבְתִּי״ — אֵלּוּ נְבִיאִים וּכְתוּבִים, ״לְהוֹרוֹתָם״ — זֶה תַּלְמוּד, מְלַמֵּד שֶׁכֻּולָּם נִתְּנוּ לְמֹשֶׁה מִסִּינַי.

Et Rabbi Levi bar Hama a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : que signifie ce qui est écrit, « Je te donnerai les tables de pierre, et la Torah et le commandement que J'ai écrits pour les instruire » (Ex. 24, 12) ?

« Les tables », ce sont les dix paroles ; « la Torah », c'est le mikra (le texte écrit) ; « et le commandement », c'est la michna ; « que J'ai écrits », ce sont les Prophètes et les Écrits ; « pour les instruire », c'est le talmud. Cela enseigne que tous furent donnés à Moche depuis le Sinaï.

📜 Rachi (3)
זֶה מִקְרָא חֻומָּשׁ שֶׁמִּצְוָה לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה:
« C'est le mikra » — le Houmach, car il y a un commandement de lire dans la Torah.
זוֹ מִשְׁנָה שֶׁיִּתְעַסְּקוּ בַּמִּשְׁנָה:
« C'est la michna » — qu'ils s'occupent de la michna.
זֶה גְּמָרָא סְבָרַת טַעֲמֵי הַמִּשְׁנָיוֹת שֶׁמִּמֶּנּוּ יוֹצְאָהּ הוֹרָאָה. אֲבָל הַמּוֹרִים הוֹרָאָה מִן הַמִּשְׁנָה נִקְרְאוּ מְבַלֵּי הָעוֹלָם בְּמַס' סוֹטָה (דַּף כב.):
« C'est la guemara » — le raisonnement sur les motifs des michnayot, d'où sort la décision pratique. Mais ceux qui tranchent la halakha à partir de la michna sont appelés ceux qui ruinent le monde, dans le traité Sota (22a).
🪔 Ben Yehoyada (3)
'לֻחֹת' אֵלּוּ עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה פֵּרֵט רֶמֶז לַעֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת בִּפְנֵי עַצְמָהּ, וַהֲלֹא הֵם בִּכְלַל הַמִּקְרָא, וְנִרְאֶה לִי עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל שֶׁיֵּשׁ בַּעֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת רֶמֶז לְכָל תרי"ג מִצְוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה כֻּולָּהּ, לְכָךְ חֲלָקָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ, כִּי יֵשׁ בָּם רְבוּתָא עַל שְׁאָר מִקְרָאוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה.
« Les tables, ce sont les dix paroles. » Il y a lieu de demander : pourquoi a-t-il détaché une allusion aux dix paroles à part, alors qu'elles font partie du mikra ? Il me semble que c'est d'après ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie, qu'il y a dans les dix paroles une allusion à l'ensemble des six cent treize commandements de toute la Torah ; c'est pourquoi il les a comptées à part, car elles ont sur les autres versets de la Torah une supériorité.
'אֲשֶׁר כָּתַבְתִּי', אֵלּוּ נְבִיאִים וּכְתוּבִים. הַקֻּושְׁיָא יְדוּעָה כָּאן דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נְבִיאִים וּכְתוּבִים קֹודֶם הַמִּשְׁנָה, וְרָאִיתִי לְהָרַב פְּנֵי יְהוֹשֻׁעַ זַ"ל יִשּׁוּב דָּבָר זֶה לְנָכוֹן, דְּנָקֵיט כָּאן כַּסֵּדֶר, וְהַיְינוּ תְּחִלָּה נָקֵיט הַמִּקְרָא, וְאַחַר הַמִּקְרָא נָקֵיט מִשְׁנָה זוֹ הִיא הַקַּבָּלָה וְהַמָּסֹורֶת שֶׁעָלֶיהָ אָמְרוּ בְּאָבוֹת (פֶּרֶק א' מִשְׁנָה א') וּמְסָרָהּ לִיהוֹשֻׁעַ, וְאַחַר כָּךְ נָקֵיט נְבִיאִים וּכְתוּבִים דְּאָתוּ בַּדּוֹרוֹת שֶׁאַחֲרֵיהֶם, וְאַחַר כָּךְ נָקֵיט הַגְּמָרָא שֶׁהָיָה בִּימֵי הָאָמוֹרָאִים, שֶׁנִּתְמַעֲטוּ הַלְּבָבוֹת וּבָאוּ הָאָמוֹרָאִים וְטָרְחוֹ לִמְצוֹא טַעַם וְסָבְרָה לְהִלְכוֹת, וּלְהוֹדִיעַ מָקוֹם וּמוֹצָא הַהֲלָכָה בַּמִּקְרָאוֹת. וְהִנֵּה נִמְצָא רָמַז הַכָּתוּב כָּאן חֲמִשָּׁה מִינִים שֶׁנָּתְנוּ לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה מִסִּינַי, וְנִרְאֶה לִרְמֹוז אוֹתָם בס"ד בְּחָמֵשׁ אוֹתִיּוֹת באלפ"א בית"א הַסְּמוּכִים זֶה לָזֶה יַחַד, כִּי אַחַר אוֹת 'טי"ת' הָרוֹמֶזֶת לִכְלָלוּת הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת 'טוֹב', יֵשׁ 'יו"ד' רוֹמֶזֶת ל'עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת', וְאַחֲרֶיהָ 'כָּ"ף כ"ף' כְּפוּלָה, אֵלּוּ הֵם 'כְּתוּבִים כְּתוּבִים', שֶׁהֵם נֶחֱלָקִים לִשְׁתֵּי מַדְרֵגוֹת בְּסוֹדָם, שֶׁהֵם חָמֵשׁ מְגִילּוֹת בְּחִינָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ, וּשְׁאָר כְּתוּבִים בְּחִינָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ, כַּנִּזְכָּר בְּכִתְבֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, אוֹ שֶׁהֵם חֲלוּקִים כָּךְ, תְּהִלִּים מִשְׁלֵי אִיּוֹב כְּתוּבִים רִאשׁוֹנִים, וְעֶזְרָא וּנְחֶמְיָה וְדִבְרֵי הַיָּמִים כְּתוּבִים אַחֲרוֹנִים, הֲרֵי נִרְמְזוּ שְׁתֵּיהֶם בִּשְׁנֵי כָּפִי"ן, וְאַחֲרֵיהֶם אוֹת 'למ"ד' רֶמֶז לִ'תַּלְמוּד' יְרוּשַׁלְמִי וּבַבְלִי, שֶׁנִּקְרָאִים תַּלְמוּד עַל שֵׁם אוֹת לָמֶ"ד, וְאַחֲרָיו 'מֵ"ם מ"ם', רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מ קְרָא מ שָׁנָה, וְאַחֲרֵיהֶם 'נוּ"ן נו"ן', הֵם נְבִיאִים רִאשׁוֹנִים וּנְבִיאִים אַחֲרוֹנִים, וַחֲמִשָּׁה אוֹתִיּוֹת הַנִּזְכָּרִים שֶׁהֵם 'כָּ"ף לָמֶ"ד מֵ"ם נו"ן' הֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת כ וְלָם נ תְּנוּ ל מֹשֶׁה מ סִינַי.
« Que J'ai écrits, ce sont les Prophètes et les Écrits. » La difficulté est connue ici : il aurait fallu mentionner les Prophètes et les Écrits avant la michna. J'ai vu que le Rav Pnei Yehochoua de mémoire bénie résout la chose comme il convient : le verset énumère selon l'ordre. On mentionne d'abord le mikra ; après le mikra on mentionne la michna, qui est la réception et la tradition dont il est dit dans les Avot (chapitre 1, michna 1) « et il la transmit à Yehochoua » ; ensuite on mentionne les Prophètes et les Écrits, venus dans les générations suivantes ; ensuite on mentionne la guemara, qui fut aux jours des Amoraim, lorsque les cœurs diminuèrent et que les Amoraim vinrent et peinèrent pour trouver la raison et le raisonnement des halakhot, et pour faire connaître le lieu et l'origine de la halakha dans les versets. Il se trouve donc que le verset fait allusion ici à cinq catégories données à Moche notre maître, que la paix soit sur lui, depuis le Sinaï. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut y faire allusion par cinq lettres de l'alphabet voisines les unes des autres : après la lettre têt, qui fait allusion à l'ensemble de la Torah appelée tov (bien), vient le youd qui fait allusion aux dix paroles ; après lui le kaf redoublé, kaf kaf, ce sont ketouvim ketouvim, car les Écrits se divisent en deux degrés dans leur sod (sens caché), les cinq rouleaux formant un ordre à part et le reste des Écrits un ordre à part, comme il est mentionné dans les écrits de notre maître le Ari de mémoire bénie ; ou bien ils se divisent ainsi, Tehilim, Michle et Iyov sont les premiers Écrits, et Ezra, Nehemia et Divre Hayamim les derniers Écrits ; les voilà tous deux désignés par les deux kaf. Après eux vient la lettre lamed, allusion au talmud, celui de Jérusalem et celui de Babylone, qui sont appelés talmud du nom de la lettre lamed ; après elle mem mem, initiales de mikra et michna ; après eux noun noun, ce sont les premiers Prophètes et les derniers Prophètes. Et ces cinq lettres mentionnées, kaf lamed mem noun, sont les initiales de koulam nitnou léMoche miSinaï, tous furent donnés à Moche depuis le Sinaï.
מַאי דִכְתִיב (שְׁמוֹת כ״ד:י״ב) וְאֶתְּנָה לְךָ אֶת לֻחֹת הָאֶבֶן וְהַתּוֹרָה וְהַמִּצְוָה אֲשֶׁר כָּתַבְתִּי לְהוֹרֹתָם. צָרִיךְ לְהָבִין מַאי קַשְׁיָא לֵיהּ בִּקְרָא דְּקָאָמַר מַאי דִכְתִיב, וְהָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל פֵּירֵשׁ דְּקַשְׁיָא לֵיהּ דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לוּחוֹת הָאֶבֶן אֲשֶׁר כָּתַבְתִּי וְהַתּוֹרָה וְהַמִּצְוָה, כִּי רַק הַלּוּחוֹת הָיוּ מִכְתַּב אֱ-לֹהִים, וְהוּא נָכוֹן, וַאֲנָא עָבְדָא נִרְאֶה לִי בס"ד דְּקַשְׁיָא לֵיהּ תֵּיבַת לְךָ יַתִּיר, כֵּיוָן דְּאָמַר (דְּבָרִים ט' א') עֲלֵה אֵלַי הָהָרָה, דַּי לוֹמַר וְאֶתְּנָה לְךָ אֶת לֻחֹת הָאֶבֶן, דְּוַדַּאי אֵלָיו יִתֵּן כֵּיוָן דְּהוּא לְבַדּוֹ עוֹלֶה, גַּם קַשְׁיָא לֵיהּ אוֹמְרוֹ הַתּוֹרָה וְהַמִּצְוָה, וַהֲלֹא הַמִּצְוֹת הֵן הֵן דִּבְרֵי הַתּוֹרָה, וְלָמָּה פַּלְגִינְהוּ, לָכֵן בָּא לְפָרֵשׁ כָּל מִלְּתָא בְּאַפֵּי נַפְשֵׁיהּ דְּקָאֵי עַל דָּבָר אַחֵר וּכְתִיבַת לְךָ בָּא לְלַמְּדֵנוּ שֶׁהַכֹּל נִתְּנוּ לְמֹשֶׁה מִסִּינַי.
« Que signifie ce qui est écrit (Ex. 24, 12) : Je te donnerai les tables de pierre, et la Torah et le commandement que J'ai écrits pour les instruire. » Il faut comprendre quelle difficulté il trouve dans le verset, pour dire « que signifie ce qui est écrit ». Le Rav Iyoun Yaakov de mémoire bénie a expliqué que la difficulté est qu'il aurait fallu dire « les tables de pierre que J'ai écrites, et la Torah et le commandement », car seules les tables étaient une écriture de D.ieu ; et cela est juste. Et moi, serviteur, il me semble avec l'aide du Ciel que la difficulté tient au mot lekha (à toi), qui est de trop : puisqu'il est dit (Dt. 9, 1) « monte vers Moi sur la montagne », il suffisait de dire « et Je donnerai les tables de pierre », car c'est assurément à lui qu'Il les donnera, puisque lui seul monte. De plus, il trouve difficile qu'il soit dit « la Torah et le commandement », alors que les commandements sont eux-mêmes les paroles de la Torah : pourquoi les séparer ? C'est pourquoi il vient expliquer chaque terme à part, chacun portant sur une chose distincte, et l'écriture du mot lekha vient nous enseigner que tout fut donné à Moche depuis le Sinaï.
💡 Explication

Un seul verset porte cinq termes ; la lecture attribue à chacun un étage de la tradition. L'enjeu est le principe de la Torah orale : la michna et le talmud ne sont pas des ajouts postérieurs, ils étaient contenus dans le don du Sinaï.

Rachi souligne le rang du dernier terme : le talmud est le raisonnement sur les motifs des michnayot, et c'est de là seule que sort la décision pratique. Il renvoie à Sota 22a, où celui qui tranche à partir de la michna seule est appelé destructeur du monde.

4
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע עַל מִטָּתוֹ, כְּאִלּוּ אוֹחֵז חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת בְּיָדוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״רוֹמְמוֹת אֵל בִּגְרוֹנָם וְחֶרֶב פִּיפִיּוֹת בְּיָדָם״, מַאי מַשְׁמַע? אָמַר מַר זוּטְרָא וְאִיתֵּימָא רַב אַשִּׁי: מֵרֵישָׁא דְּעִנְיָנָא, דִּכְתִיב: ״יַעְלְזוּ חֲסִידִים בְּכָבוֹד יְרַנְּנוּ עַל מִשְׁכְּבוֹתָם״. וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״רוֹמְמוֹת אֵל בִּגְרוֹנָם וְחֶרֶב פִּיפִיּוֹת בְּיָדָם״.

Rabbi Yits'hak a dit : quiconque lit le chema sur son lit, c'est comme s'il tenait en main une épée à deux bouches, ainsi qu'il est dit : « Les louanges de D.ieu dans leur gorge, et une épée à deux bouches dans leur main » (Ps. 149, 6).

D'où cela ressort-il ? Mar Zoutra, et certains disent Rav Achi, a dit : du début du passage, car il est écrit « Que les hassidim exultent dans la gloire, qu'ils chantent sur leurs couches », et il est écrit après cela : « Les louanges de D.ieu dans leur gorge, et une épée à deux bouches dans leur main ».

📜 Rachi (2)
כְּאִלּוּ אוֹחֵז חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת בְּיָדוֹ לַהֲרֹוג אֶת הַמַּזִּיקִין:
« Comme s'il tenait une épée à deux bouches dans sa main » — pour tuer les mazikim.
מַאי מַשְׁמַע דְּבִקְרִיאַת שְׁמַע:
« D'où cela ressort-il » — qu'il s'agit du chema.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע עַל מִטָּתוֹ, כְּאִלּוּ אוֹחֵז חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת בְּיָדוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁקָּרָא לִקְרִיאַת שְׁמַע בְּשֵׁם חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת, כִּי בִּקְרִיאַת שְׁמַע יֵשׁ יִחוּד הַ'תִּפְאֶרֶת' בַּפָּסוּק שְׁמַע יִשְׂרָאֵל, וְיִחוּד הַ'מַלְכוּת' בַּפָּסוּק בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד, וּלְכָךְ קָרְאָה שְׁתֵּי פִּיּוֹת כְּנֶגֶד ב' יִחוּדִים הַנִּזְכָּרִים שֶׁבָּהּ, אוֹ יוּבָן עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים צא, ז) יִפֹּל מִצִּדְּךָ אֶלֶף וּרְבָבָה מִימִינֶךָ, וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל יִפֹּול לְשׁוֹן מַפָּלָה, וּדְלֹא כְּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל, וְקָאֵי עַל אוֹתָם הַגּוּפִים הַטְּמֵאִים, שֶׁהֵם הַמַּזִּיקִין, שֶׁהִלְבִּישׁוּ לַנְּשָׁמוֹת הַקְּדוֹשׁוֹת בַּעֲוֹן שֶׁזַּ"ל, שֶׁיָּמוּתוּ וְיִפְּלוּ מִיָּמִין וּמִשְּׂמֹאל, וְכַנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּונוֹת, וּלְפִי זֶה לְהָכִי קוֹרֵא אֶת קְרִיאַת שְׁמַע בְּשֵׁם חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת, מִפְּנֵי שֶׁהִיא הוֹרֶגֶת מִיָּמִין וּמִשְּׂמֹאל. וּמַה שֶׁאָמַר בְּיָדוֹ, נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּונָה כְּאִלּוּ אוֹחֵז הַחֶרֶב בְּיָדוֹ דַּוְקָא, וְאֵין בְּיַד הַשּׂוֹנֵא כְּלוּם, שֶׁבָּזֶה הוּא בָּטוּחַ לַהֲרֹוג אֶת הַשּׂוֹנֵא, אוֹ יוּבָן הַכַּוָּנָה לוֹמַר שֶׁאֵין הַחֶרֶב תָּלוּי עָלָיו שֶׁעוֹדֶנּוּ בְּנַרְתִּיקוֹ, שֶׁצָּרִיךְ שְׁהוּת מְעַט עַד שֶׁיִּשְׁלְפֶנּוּ וְיֹאחֲזֶנּוּ בְּיָדוֹ לַהֲרֹוג בּוֹ, אֶלָּא הוּא כְּאִלּוּ הַחֶרֶב שְׁלוֹף וּמוּכָן בְּיָדוֹ שֶׁאָז הוֹרֵג אֶת הָאוֹיֵב תֵּיכֶף, וְכֵן זֶה הוֹרֵג בְּכֹחַ קְרִיאַת שְׁמַע אֶת הַמַּזִּיקִין תֶּיכֶף וּמִיָּד. אוֹ יוּבָן בס"ד לִרְמֹוז יָדוּעַ שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי ס"ג [שֵׁם הֲוָיָ״ה בְּמִלּוּי יודי״ן כָּזֶה: יוּ״ד ה״י וָא״ו ה״י מִסִּפְרוֹ 63 וְשָׁלֹשׁ פְּעָמִים אהי״ה מִסִּפְרוֹ 63] , וְשֵׁם אהי"ה בְּמִלּוּי יודי״ן [כָּזֶה: אָלֶ״ף ה״י יוּ״ד ה״י מִסִּפְרוֹ 161] עוֹלִים דֶּרֶךְ [224] , וְכַוָּנַת חֹודֶשׁ אֱלוּל בְּשֵׁמוֹת אֵלּוּ לְטַהֲרַת הָאָדָם בִּתְשׁוּבָה, וְהִנֵּה מִסְפַּר חֶרֶב [210] וּמִסְפַּר יָד [14] עוֹלִים דֶּרֶךְ [224] , כְּמִנְיַן ב' שֵׁמוֹת הַנִּזְכָּרִים וְזֶהוּ כְּאִלּוּ אוֹחֵז חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת בְּיָדוֹ, דַּיְיקָא שֶׁאָז יֵשׁ לוֹ הֶאָרָה מִן שֵׁמוֹת שֶׁעוֹלִים דֶּרֶךְ.
« Quiconque lit le chema sur son lit, c'est comme s'il tenait en main une épée à deux bouches. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il appelle le chema une épée à deux bouches est que le chema contient l'union du Tiferet dans le verset « Écoute Israël », et l'union de la Malkhout dans le verset « Béni soit le nom de la gloire de Son royaume à jamais » ; c'est pourquoi il l'a appelée à deux bouches, en face des deux unions mentionnées qu'elle contient. On peut aussi le comprendre d'après ce que dit le verset (Ps. 91, 7) « il en tombera mille à ton côté et dix mille à ta droite ». Notre maître le Ari de mémoire bénie a expliqué yipol au sens de chute et de défaite, et non comme l'a expliqué Rachi de mémoire bénie : cela porte sur ces corps impurs qui sont les mazikim, dont furent revêtues des âmes saintes par la faute de l'émission de semence en vain, et qui mourront et tomberont à droite et à gauche, comme il est mentionné dans le Sefer haKavanot. Selon cela, il appelle le chema une épée à deux bouches parce qu'elle tue à droite et à gauche. Et lorsqu'il dit « dans sa main », il me semble avec l'aide du Ciel que l'intention est : comme s'il tenait l'épée dans sa main précisément, et que l'ennemi n'a rien en main, de sorte qu'il est assuré de tuer l'ennemi. Ou bien on comprendra que l'épée n'est pas suspendue sur lui encore dans son fourreau, ce qui demanderait un délai avant qu'il ne la dégaine et ne la saisisse pour tuer, mais qu'elle est comme dégainée et prête dans sa main, de sorte qu'il tue l'ennemi aussitôt ; ainsi celui-ci tue-t-il les mazikim par la force du chema, aussitôt et sans délai. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion connue : le Nom de quatre lettres dans son remplissage de samekh-guimel [le Nom écrit en toutes lettres avec des youd, dont le compte est 63, et trois fois Ekyeh dont le compte est 63] et le Nom Ekyeh dans son remplissage de youd [dont le compte est 161] montent ensemble à 224 ; et l'intention du mois d'Eloul par ces Noms est la purification de l'homme par la techouva. Or le nombre de herev (épée, 210) et le nombre de yad (main, 14) montent à 224, comme le compte des deux Noms mentionnés. C'est le sens de « comme s'il tenait une épée à deux bouches dans sa main », précisément : il a alors un éclairement venu des Noms qui montent à ce compte.
💡 Explication

La question mai machma demande d'où l'on sait que le verset des Psaumes parle du chema du soir. La réponse ne vient pas du verset lui-même mais de celui qui le précède : « qu'ils chantent sur leurs couches ». Le chant sur la couche, c'est le chema du soir ; l'épée de la ligne suivante est donc l'effet de ce chant.

Rachi précise l'usage de l'arme : tuer les mazikim, les forces nuisibles de la nuit. Le folio construit ainsi une continuité entre la lecture du chema et la protection.

5
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע עַל מִטָּתוֹ — מַזִּיקִין בְּדֵילִין הֵימֶנּוּ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְנֵי רֶשֶׁף יַגְבִּיהוּ עוּף״, וְאֵין ״עוֹף״ אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ וְאֵינֶנּוּ״. וְאֵין ״רֶשֶׁף״ אֶלָּא מַזִּיקִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְזֵי רָעָב וּלְחֻמֵי רֶשֶׁף וְקֶטֶב מְרִירִי״.

Et Rabbi Yits'hak a dit : quiconque lit le chema sur son lit, les mazikim (forces nuisibles) s'écartent de lui, ainsi qu'il est dit : « et les fils de réchef élèvent le vol » (Job 5, 7). Or « of » (vol) ne désigne que la Torah, ainsi qu'il est dit : « Poses-tu les yeux sur elle, elle n'est plus » (Pr.

23, 5) ; et « réchef » ne désigne que les mazikim, ainsi qu'il est dit : « rongés par la faim, dévorés par le réchef et le ketev mériri » (Dt. 32, 24).

📜 Rachi (3)
וּבְנֵי רֶשֶׁף יַגְבִּיהוּ עוּף הָעוֹף מְסַלְּקָם מִמְּךָ:
« Et les fils de réchef élèvent le vol » — le of les écarte de toi.
הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ אִם תִּכְפֹּל וְסָגַרְתָּ עֵינֶיךָ בַּתּוֹרָה הִיא מִשְׁתַּכַּחַת מִמְּךָ:
« Poses-tu les yeux sur elle » — si tu bats des paupières et fermes les yeux sur la Torah, elle s'oublie de toi.
קֶטֶב מְרִירִי זֶה שֵׁם שֵׁד הַצָּהֳרַיִם בְּמַסֶּכֶת פְּסָחִים (דַּף קיא:):
« Kétev mériri » — c'est le nom du démon de midi, dans le traité Pessahim (111b).
🪔 Ben Yehoyada (3)
וְאֵין 'עוֹף' אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ וְאֵינֶנּוּ. הִנֵּה לְעֵיל פֵּרַשְׁתִּי בס"ד טַעַם לָמָּה מִכַּנָּהּ הַתּוֹרָה בְּשֵׁם עוֹף, וְכָאן אָבֹא לְפָרֵשׁ בס"ד עוֹד עַל פִּי הַדֶּרֶךְ הָרִאשׁוֹן שֶׁבָּא לְהוֹרוֹת בָּזֶה הַשֵּׁם שֶׁל עוֹף עַל תּוֹרָה לִשְׁמָהּ, וְהוּא בְּהִקְדִּים מַעֲשֶׂה בְּרַב אֶחָד שֶׁנִּכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ שֶׁהָיָה בּוֹ תַּלְמִידִים הַרְבֵּה עוֹסְקִים בַּגְּמָרָא, וְהָיָה קוֹלָם בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה נִשְׁמָע לְמֵרָחוֹק, זֶה מַקְשֶׁה, וְזֶה מְתָרֵץ, וּמְנַגְּחִין זֶה אֶת זֶה בַּהֲלָכָה בְּקוֹלֵי קוֹלוֹת, זֶה בּוֹנֶה, וְזֶה סוֹתֵר, זֶה צוֹעֵק מִכָּאן, וְזֶה צוֹעֵק מִכָּאן, וְיִכָּנֵס הָרַב וְיֵשֵׁב בְּרֹאשׁ וְיַעַן וְיֹאמַר לַתַּלְמִידִים הָהֵם, אֲנִי רוֹאֶה הַבַּיִת הַזֶּה כֻּולּוֹ תּוֹרָה מָלֵא עַד הַתִּקְרָה, וְיִשְׂמְחוּ הַתַּלְמִידִים עַל דְּבָרַי כִּי חָשְׁבוּ בְּשִׁבְחָן הוּא מְדַבֵּר אֲשֶׁר מִלְּאוּ אֶת בֵּית הַמִּדְרָשׁ הַהוּא תּוֹרָה, וְכַאֲשֶׁר רָאָה הָרַב שֶׁלֹּא הֵבִינוּ כַּוָּנָתוֹ אָמַר לָהֶם בְּנֵי דְּבָרַי אֵלֶּה הֵם תּוֹכַחַת מוּסָר לָכֶם הֲלֹא תֵּדְעוּ כִּי הַלּוֹמְדִים תּוֹרָה לִשְׁמָהּ אָז תֶּיכֶף וּמִיָּד הֶבֶל הַתּוֹרָה הַיּוֹצֵא מִפִּיהֶם עוֹלֶה לָעוֹלָם הָעֶלְיוֹן לְמַעְלָה, וְנִבְרָא מִמֶּנּוּ אוֹרוֹת קְדוֹשִׁים אֲשֶׁר שָׁם בָּעוֹלָם הָעֶלְיוֹן הֵמָּה יַחְנוּ אַךְ הַלּוֹמְדִים תּוֹרָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ אֵין הֶבֶל הַתּוֹרָה שֶׁלָּהֶם כְּדַאי לַעֲלוֹת, וְנִשְׁאַר לְמַטָּה עַל כֵּן בִּרְאוֹתִי שֶׁאֵין לִימּוּד שֶׁלָּכֶם לְשֵׁם שָׁמַיִם, אָמַרְתִּי הַבַּיִת הַזֶּה מָלֵא תּוֹרָה יַעַן כִּי תּוֹרָה שֶׁלָּכֶם שֶׁבְּכָל יוֹם וְיוֹם אֵינָהּ עוֹלָה, וְנִשְׁאֲרָה לְמַטָּה בַּבַּיִת הַזֶּה, לְכָךְ נִתְמַלֵּא עַד הַתִּקְרָה מִדִּבְרֵי תּוֹרָה שֶׁל כָּל יוֹם וְיוֹם, וְיֵבוֹשׁוּ הַתַּלְמִידִים וְיִקְּחוּ דִּבְרֵי הָרַב הָאֵלֶּה מוּסָר גָּדוֹל עַל לִבָּם עַד כָּאן. וּלְפִי זֶה מוּבָן הַטַּעַם מַה שְׁכִינָה הַתּוֹרָה בְּשֵׁם עוֹף, לוֹמַר צָרִיךְ שֶׁתִּלְמְדוּ תּוֹרָה לִשְׁמָהּ, שֶׁתִּהְיֶה כְּמוֹ עוֹף הַפּוֹרֵחַ וּמְעוֹפֵף לַעֲלוֹת לְמַעְלָה לְמַעְלָה וְלֹא יִשָּׁאֵר הֶבֶל שֶׁלָּהּ רִבּוּץ לְמַטָּה בָּאָרֶץ, וּבָזֶה יָבוֹאוּ נָכוֹן דִּבְרֵי הַמָּהַרְשָׁ"א זַ"ל שֶׁכָּתַב דְּסָמַךְ אַסֵּיפָא דִּקְרָא דִּכְתִיב כַּנֶּשֶׁר יָעֹוף הַשָּׁמַיִם, וְהַייְנוּ לוֹמַר דַּוְקָא תּוֹרָה כָּזוֹ שֶׁהִיא לִשְׁמָהּ יֵשׁ בָּהּ כֹּחַ לִדְחוֹת הַיִּסּוּרִין וּלְהַצִּיל הָאָדָם מֵהֶם.
« Et of ne désigne que la Torah, ainsi qu'il est dit, poses-tu les yeux sur elle, elle n'est plus. » Plus haut j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle la Torah est désignée du nom de of ; ici je viens l'expliquer encore, selon la première voie, en montrant que ce nom de of vient enseigner l'étude pour elle-même (lichma). Et cela d'après ce fait : un rav entra dans une maison d'étude où de nombreux disciples étaient occupés de guemara, et leur voix dans la guerre de la Torah s'entendait au loin, celui-ci demandant, celui-là répondant, se heurtant l'un l'autre dans la halakha à grands cris, l'un bâtissant et l'autre démolissant, celui-ci criant d'un côté et celui-là de l'autre. Le rav entra, s'assit en tête, prit la parole et dit à ces disciples : je vois cette maison toute pleine de Torah jusqu'au plafond. Les disciples se réjouirent de ces paroles, pensant qu'il parlait à leur louange, puisqu'ils avaient rempli cette maison d'étude de Torah. Voyant qu'ils n'avaient pas compris son intention, le rav leur dit : mes fils, ces paroles sont pour vous une remontrance. Ne savez-vous pas que, chez ceux qui étudient la Torah pour elle-même, le souffle de la Torah qui sort de leur bouche monte aussitôt vers le monde d'en haut, et qu'il s'en forme des lumières saintes qui demeurent là-haut ? Mais chez ceux qui étudient la Torah non pour elle-même, le souffle de leur Torah ne mérite pas de monter et il reste en bas. Aussi, voyant que votre étude n'est pas pour le Ciel, ai-je dit que cette maison est pleine de Torah, parce que votre Torah de chaque jour ne monte pas et reste en bas dans cette maison, et qu'elle s'est ainsi remplie jusqu'au plafond des paroles de Torah de chaque jour. Les disciples eurent honte et prirent ces paroles du rav comme une grande leçon de morale ; jusqu'ici. Selon cela, on comprend pourquoi il désigne la Torah du nom de of : pour dire qu'il faut étudier la Torah pour elle-même, de sorte qu'elle soit comme l'oiseau qui s'envole et monte toujours plus haut, et que son souffle ne demeure pas accroupi en bas sur la terre. Ainsi s'ajustent les paroles du Maharcha de mémoire bénie, qui a écrit qu'il s'appuie sur la fin du verset où il est écrit « comme un aigle il s'envole vers le ciel » : c'est-à-dire que seule une telle Torah, faite pour elle-même, a la force de repousser les souffrances et d'en sauver l'homme.
כָּל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע עַל מִטָּתוֹ, מַזִּיקִין בְּדֵלִין הֵימֶנּוּ. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל כֵּיוָן דְּרַבִּי יִצְחָק דְּרֵישׁ בְּדֵלִין הֵימֶנּוּ, אֵיךְ הוּא עַצְמוֹ דָּרַשׁ חֶרֶב פִּיּוֹת בְּיָדוֹ, כֵּיוָן דִּבְדֵלִין לָמָּה לוֹ חֶרֶב לְהִלָּחֵם עִמָּהֶם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בַּפָּסוּק (שְׁמוּאֵל ב' כב, מו) בְּנֵי נֵכָר יִבְלוּ, כִּי הַקְּלִיפּוֹת הֵם זְכָרִים וּנְקֵבוֹת, וְאוֹתָם הָרוֹצְחִים שֶׁרוֹצִים לְהָמִית אֶת הָאָדָם הֵמָּה הַזְּכָרִים, שֶׁהֵם הָעִיקָּר בָּזֶה אֶלָּא שֶׁהַנְּקֵבוֹת נִטְפָּלִים לָהֶם, כִּי כֵן הוּא טֶבַע הָעוֹלָם שֶׁהַזְּכָרִים עוֹשִׂים מִלְחָמָה וְלֹא הַנְּקֵבוֹת, אֲבָל בִּבְחִינַת הַפִּתּוּי הָעִיקָּר הֵם הַנְּקֵבוֹת כְּדִכְתִיב (מִשְׁלֵי ה, ג) חָלָק מִשֶּׁמֶן חַכָּה, אֶלָּא שֶׁהַזְּכָרִים נִטְפָּלִים עִמָּהֶם וְהִרְחִיב הַדִּבּוּר בָּזֶה בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה מִתְייַשְּׁבִים שְׁתֵּי דְּרָשׁוֹת שֶׁל רַבִּי יִצְחָק הֵיטֵב, דְּמַה שֶׁאָמַר אוֹחֵז חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת בְּיָדוֹ, הַיְינוּ כְּדֵי לַהֲרֹוג אוֹתָם כּוֹחוֹת הַזְּכָרִים שֶׁהֵם הָעוֹשִׂים מִלְחָמָה, וְצָרִיךְ חֶרֶב לְהָרְגָם, וּמַה שֶׁאָמַר מַזִּיקִין בְּדֵילִין הֵימֶנּוּ, קָאֵי עַל כּוֹחוֹת הַנְּקֵבוֹת הַבָּאִים לְהִדָּבֵק בּוֹ לְפַתּוֹתוֹ וּלְטָמְאוּ, וְאֵלּוּ אֵין עוֹשִׂין מִלְחָמָה, וּלְכָךְ אָמַר בְּדֵילִין מִמֶּנּוּ, וְאַף עַל גַּב שֶׁשָּׁם כָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל דְּכוֹחוֹת הַנְּקֵבוֹת נִקְרָאִים שֵׁדִים, מִכָּל מָקוֹם קְרָאָם כָּאן מַזִּיקִין בְּלָשׁוֹן מֻושְׁאָל, כִּי תַּכְלִית כַּוָּונָתָם בְּפִתּוּי וְטֻומְאָה כְּדֵי לְהַזִּיקוֹ אַחַר כָּךְ עַל יְדֵי הַזְּכָרִים. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּכַוָּנַת קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁעַל הַמִּטָּה לְכַוֵּין לְהָמִית הַמַּזִּיקִין הַנִּמְשָׁכִים מֵאוֹתָהּ קְלִיפָּה 'אֵשֶׁת זְנוּנִים' וּמִתְחַבְּרִים בְּטִיפּוֹת הַזֶּרַע שֶׁיָּצְאוּ מִן הָאָדָם, וְצָרִיךְ לְהָמִית אוֹתָם הַגּוּפִים הַטְּמֵאִים הַמַּלְבִּישִׁים לְאוֹתָם נְשָׁמוֹת שֶׁל טִיפּוֹת הַזֶּרַע עַייֵּן שָׁם, וְעַל אֵלּוּ קָאָמַר רַבִּי יִצְחָק כְּאִלּוּ אוֹחֵז חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת בְּיָדוֹ, וּמַה שֶׁאָמַר מַזִּיקִין בְּדֵילִין מִמֶּנּוּ, קָאֵי עַל שְׁאָר מַזִּיקִין וְשָׁדַיִם הַנִּמְצָאִים בָּעוֹלָם אוֹ דְּקָאֵי עַל אוֹתָם שֶׁמִּתְלַבְּשִׁים בְּטִיפּוֹת הַזֶּרַע, אַךְ לֹא הִגִּיעַ עֲדַייִן זְמַן מִיתָתָם, כִּי יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁאֵין הָאָדָם יָכוֹל לְהָמִית הַכֹּל בְּבַת אַחַת, אֶלָּא כָּל לַיְלָה הוֹרֵג שִׁיעוּר הָרָאוּי לוֹ כְּפִי בְּחִינָתוֹ, וְעַל הָרֹוב לֹא יוּכַל לְהָמִית אֶלָּא דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ, כְּמִסְפַּר הַיָּמִים אֲשֶׁר חָטָא וְכַנִּזְכָּר בִּדְבָרֵינוּ קֹודֶם, לָכֵן עַל אוֹתָם שֶׁלֹּא הִגִּיעַ זְמַנָּם לְהָמִית אוֹתָם אָמַר בְּדֵלִין הֵימֶנּוּ, שֶׁדּוֹחֶה אוֹתָם מֵעָלָיו לְפִי שָׁעָה עַל יְדֵי קְרִיאַת שְׁמַע. וְהִנֵּה בָּזֶה מוּבָן הַכָּתוּב יִפֹּל מִצִּדְּךָ אֶלֶף, כְּנֶגֶד אוֹתָם שֶׁהִגִּיעַ זְמַנָּם לָמוּת, אֵלֶיךָ לֹא יִגַּשׁ, כְּנֶגֶד אוֹתָם שֶׁהֵם רַק בְּדֵלִין הֵימֶנּוּ.
« Quiconque lit le chema sur son lit, les mazikim s'écartent de lui. » Le Tselah de mémoire bénie a demandé : puisque Rabbi Yits'hak enseigne qu'ils s'écartent de lui, comment a-t-il enseigné lui-même qu'il tient une épée à deux bouches dans sa main ? S'ils s'écartent, pourquoi lui faut-il une épée pour les combattre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie sur le verset (II Sam. 22, 46) « les fils de l'étranger dépérissent » : les kelipot (écorces) sont mâles et femelles, et ces meurtrières qui veulent faire mourir l'homme sont les mâles, qui sont ici l'essentiel, les femelles ne leur étant qu'adjointes, car telle est la nature du monde, que les mâles font la guerre et non les femelles ; mais du côté de la séduction, l'essentiel ce sont les femelles, comme il est écrit (Pr. 5, 3) « son palais est plus doux que l'huile », les mâles ne leur étant qu'adjoints ; il a développé la chose dans le Chaar haPessoukim, vois-y. Par là, les deux enseignements de Rabbi Yits'hak s'accordent parfaitement : lorsqu'il dit qu'il tient une épée à deux bouches dans sa main, c'est pour tuer ces forces mâles qui font la guerre, et il faut une épée pour les tuer ; et lorsqu'il dit que les mazikim s'écartent de lui, cela porte sur les forces femelles qui viennent s'attacher à lui pour le séduire et le rendre impur, et celles-là ne font pas la guerre, aussi dit-il qu'elles s'écartent de lui. Et bien que notre maître de mémoire bénie écrive là que les forces femelles sont appelées chedim, il les appelle ici mazikim par emprunt, car le terme de leur intention dans la séduction et l'impureté est de lui nuire ensuite par les mâles. D'une autre manière il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est d'après ce qu'a écrit notre maître de mémoire bénie sur l'intention du chema que l'on dit sur le lit : il faut avoir l'intention de faire mourir les mazikim qui viennent de cette kelipa appelée « femme de débauche » et qui s'attachent aux gouttes de semence sorties de l'homme, et il faut faire mourir ces corps impurs qui revêtent les âmes de ces gouttes, vois-y ; c'est de ceux-là que Rabbi Yits'hak dit qu'il tient comme une épée à deux bouches dans sa main. Et lorsqu'il dit que les mazikim s'écartent de lui, cela porte sur les autres mazikim et chedim qui se trouvent dans le monde, ou bien sur ceux qui se revêtent des gouttes de semence mais dont le temps de mourir n'est pas encore venu ; car on sait ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie, que l'homme ne peut pas les faire tous mourir en une seule fois, mais que chaque nuit il en tue la mesure qui lui revient selon son rang, et le plus souvent il ne peut en faire mourir que jour après jour, selon le nombre des jours où il a fauté, comme il est dit dans nos paroles précédentes. C'est pourquoi, de ceux dont le temps de mourir n'est pas venu, il dit qu'ils s'écartent de lui, c'est-à-dire qu'il les repousse loin de lui pour un temps par le chema. Et par là se comprend le verset « il en tombera mille à ton côté », pour ceux dont le temps est venu de mourir, « il ne s'approchera pas de toi », pour ceux qui seulement s'écartent de lui.
שֶׁנֶּאֱמַר הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ וְאֵינֶנּוּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה עָשָׂה דְּרָשָׁה זוֹ עַל פָּסוּק זֶה, דְּעָדִיף לִסְמֹוךְ דְּרָשָׁה זוֹ עַל פָּסוּק (זְכַרְיָה ה' א') מְגִלָּה עָפָה דִּכְתִיב בִּזְכַרְיָה שֶׁהוּא פָּסוּק נְבִיאִים? וְנִרְאֶה לִי דְּרָשָׁתוֹ עַל פָּסוּק שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה דִּקְדִים לִזְכַרְיָה הַנָּבִיא ע"ה בִּזְמַן, וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּפָסוּק מְגִילָּה עָפָה דִּזְכַרְיָה קָאֵי עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה דַּוְקָא, וּפָסוּק הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ קָאֵי עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה וְתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב.
« Ainsi qu'il est dit, poses-tu les yeux sur elle, elle n'est plus. » Il y a lieu de demander pourquoi il a fait cette dérachah sur ce verset, alors qu'il valait mieux l'appuyer sur le verset (Zacharie 5, 1) « un rouleau volant », écrit dans Zacharie, qui est un verset des Prophètes. Il me semble qu'il a fait sa dérachah sur un verset du roi Chelomo, que la paix soit sur lui, qui précède dans le temps le prophète Zacharie ; et il me semble encore que le verset du rouleau volant de Zacharie porte sur la Torah orale précisément, tandis que le verset « poses-tu les yeux sur elle » porte sur la Torah orale et sur la Torah écrite.
💡 Explication

Le verset de Job est obscur : ouvné réchef yagbihou of. La lecture homilétique traite les deux mots rares comme des termes techniques : of vaut Torah, réchef vaut mazikim. Le verset dit alors que la Torah fait s'élever, donc s'écarter, les nuisibles.

Chaque identification reçoit son propre appui. Pour of, le verset des Proverbes où la richesse s'envole comme un aigle sert à montrer que la racine se dit de ce qui s'échappe. Pour réchef, le verset de Devarim où il figure à côté de ketev mériri, que Rachi identifie comme le démon de midi.

6
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: כָּל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה — יִסּוּרִין בְּדֵילִין הֵימֶנּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְנֵי רֶשֶׁף יַגְבִּיהוּ עוּף״. וְאֵין ״עוֹף״ אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר ״הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ וְאֵינֶנּוּ״, וְאֵין ״רֶשֶׁף״ אֶלָּא יִסּוּרִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְזֵי רָעָב וּלְחֻמֵי רֶשֶׁף״.

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : quiconque s'occupe de Torah, les yissourim (souffrances) s'écartent de lui, ainsi qu'il est dit : « et les fils de réchef élèvent le vol ». Or « of » ne désigne que la Torah, ainsi qu'il est dit : « Poses-tu les yeux sur elle, elle n'est plus » ; et « réchef » ne désigne que les yissourim, ainsi qu'il est dit : « rongés par la faim, dévorés par le réchef ».

📜 Rachi (1)
וּלְחוּמֵי רֶשֶׁף כְּתִיב בֵּין רָעָב לְמַזִּיקִין נִדְרָשׁ לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו יִסּוּרִין וּמַזִּיקִין:
« Et dévorés du réchef » — c'est écrit entre la faim et les mazikim ; on l'interprète vers ce qui précède et vers ce qui suit : souffrances et mazikim.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאֵין 'עוֹף' אֶלָּא תּוֹרָה. פֵּירוּשׁ מַשְׁמַע שֶׁהַתּוֹרָה דּוֹחָה אֶת הַמַּזִּיקִין, וְאִם כֵּן מִמֵּילָא שָׁמְעִינַן דִּקְרִיאַת שְׁמַע שֶׁהִיא מִדִּבְרֵי תּוֹרָה שֶׁנִּתְקְנָה עַל הַמִּטָּה כְּדֵי שֶׁיָּשֵׁן מִתּוֹךְ דִבְרֵי תוֹרָה, מוֹעֶלֶת לִדְחוֹת הַמַּזִּיקִין הַבָּאִים לְהִתְגָּרוֹת בָּאָדָם בְּעֵת שֵׁינָה, שֶׁהִיא אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בְּמִיתָה. וְהִנֵּה יֵשׁ לְדַקְדֵּק לָמָּה כִּינָּה כָּאן אֶת הַתּוֹרָה בְּשֵׁם עוֹף וְלֹא אָמַר תּוֹרָה לַהֲדֵיהּ, אוֹ לְכַנּוֹת אוֹתָהּ בִּשְׁאָר כִּינּוּיָם שֶׁלָּהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבָּא לִרְמֹוז בָּזֶה עַל הַלִּימּוּד לִשְׁמָהּ כְּדֵי שֶׁיּוֹעִיל לְכָךְ, וְהוּא כִּי הַלּוֹמֵד לִשְׁמָהּ מַחְשַׁבְתּוֹ בְּלִימּוּדוֹ פּוֹנֶה לְמַעְלָה לְהָאִיר בְּשָׁרְשׁוֹ וּלְתַקֵּן עוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים, אֲבָל שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ מַחְשַׁבְתּוֹ דְּבוּקָה וּקְשׁוּרָה בָּאָרֶץ הַתַּחְתּוֹנָה כִּי כַּוָּנָתוֹ לְהַשִּׂיג אֹושֶׁר עוֹלָם הַזֶּה וְתוֹעֶלֶת הַחֹומֶר, לְכָךְ הַלּוֹמֵד שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ יִדְמֶה לִבְהֵמוֹת וְחַיּוֹת שֶׁהֵם דְּבוּקִים וּקְשׁוּרִים בָּאָרֶץ הַתַּחְתּוֹנָה שֶׁאֵינָם יְכוֹלִים לְהַגְבִּיהַּ עַצְמָן מִן הַקַּרְקַע, וְלָכֵן הֵם חֹומֶר גַּס הַרְבֵּה, אֲבָל הָעוֹף חָומְרוֹ זַךְ יוֹתֵר מֵהֶם, שֶׁהוּא פּוֹרֵחַ בָּאֲוִיר וּמַגְבִּיהַּ עַצְמוֹ לְמַעְלָה, וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם מַה שֶׁכִּינָּה אֶת הַתּוֹרָה בְּשֵׁם עוֹף, כִּי רַק מִי שֶׁלְּבָבוֹ פּוֹנֶה לְמַעְלָה הֲרֵי זֶה מִתְקַיֶּימֶת בְּיָדוֹ, וְעַייֵּן מָהַרְשָׁ"א שֶׁכָּתַב אַסֵּיפָא דְּהַאי קְרָא קָסְמִיךְ, דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי כג, ה) כְּנֶשֶׁר יָעֹוף הַשָּׁמַיִם, דְּקָאֵי עַל הַתּוֹרָה וְיָבֹא נָכוֹן לְפִי דְּבָרֵינוּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי כִּינָּה אוֹתָהּ בְּשֵׁם עוֹף [156] , שֶׁהוּא מִסְפַּר יוֹסֵף [156] , וְיָדוּעַ תַּלְמִיד חָכָם מְכוֹנָה בְּשֵׁם יוֹסֵף, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים כָּל זְמַן שֶׁמַּזְקִינִין דַּעְתָּן מִתּוֹסֶפֶת, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי א, ה) יִשְׁמַע חָכָם וְיוֹסֶף לֶקַח. וְנִרְאֶה לִרְמֹוז עוֹד בְּעִנְיָן זֶה כִּי הַתּוֹרָה נִקְרֵאת אִמְרֵי שֶׁפֶר, וּכְמוֹ שֶׁדָּרְשׁוּ עַל הַפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית מט, כא) הַנִּתָּן אִמְרֵי שֶׁפֶר עַל דִבְרֵי תוֹרָה, וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנִּקְרֵאת אִמְרֵי שֶׁפֶר, דְּיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ שִׁשִּׁים רִבּוֹא פְּרוּשִׁים לַתּוֹרָה וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים, וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם שֶׁנִּקְרֵאת שֶׁפֶר , רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש שִׂים ר וּבָא פ יְרוּשִׁים, וְלָכֵן מַזִּיקִין שֶׁנִּקְרָאִים רש"ף , בְּדֵלִין מִכֹּחַ הַתּוֹרָה שֶׁהִיא שֶׁפֶר , אוֹתִיּוֹת דְּדִין כַּדִּין, גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד רֶשֶׁף אוֹתִיּוֹת שָׂרָף , וְהוּא שֵׁם מִשֵּׁמוֹת הַקְּלִיפּוֹת שֶׁנִּקְרָאִים ' נ חָשׁ ש רַף ע קְרָב', אֲשֶׁר רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם עש"ן כַּנּוֹדָע, וְהַתּוֹרָה נִקְרֵאת אֵשׁ שֶׁשּׂוֹרֵף אֶת הַשְּׂרָף שֶׁהוּא רֶשֶׁף, וּמְבַטְּלוֹ. וַעֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בְּמַאֲמַר הַנִּזְכָּר דְּקָאָמַר וְאֵין 'עוֹף' אֶלָּא תּוֹרָה דְּנִרְאֶה שֶׁבָּא לִשְׁלֹול מַשְׁמָעוּת אַחֶרֶת, וְזֶה אֵינוֹ, כִּי עוֹף מַשְׁמָעוּתוֹ יָדוּעַ שֶׁהוּא בַּעַל חַי אֲשֶׁר יְעוֹפֵף, וּלְכָךְ נִקְרָא עוֹף, וּדְרָשָׁה זוֹ דְּקָאֵי עַל הַתּוֹרָה אֵינָהּ אֶלָּא רֶמֶז וְאַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין כַּוָּנַת בַּעַל הַמַּאֲמָר עַל מִלַּת עוֹף דְּעָלְמָא, אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ עַל מִלַּת עוֹף דְּהַאי קְרָא בִּלְבַד, דְּאֵין לָהּ מַשְׁמָעוּת עוֹף שֶׁהוּא בַּעַל חַי, אֶלָּא מַשְׁמָעוּתָהּ הוּא עַל תּוֹרָה דַּוְקָא, וְהוּא כִּי מֵאַחַר דְּרֶשֶׁף דִּכְתִיב בְּהַאי קְרָא הוּא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר, מַזִּיקִין, אִם כֵּן אִי אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ הַאי עוֹף כְּמַשְׁמָעוֹ בְּעָלְמָא שֶׁהוּא בַּעַל חַי, דְּאֵיךְ יִתָּכֵן לוֹמַר שֶׁהָעוֹפוֹת יִשְׁלְטוּ בַּמַּזִּיקִין, עַל כֵּן מֻוכְרָח לוֹמַר אֵין עוֹף הָאָמוּר בְּהַאי קְרָא אֶלָּא תּוֹרָה, וּבָזֶה נִיחָא נָמֵי סְמִיכוּת הַמַּאֲמָרִים הָאֵלֶּה יַחַד אֵין עוֹף אֶלָּא תּוֹרָה, וְאֵין רֶשֶׁף אֶלָּא מַזִּיקִין, וְדוֹק.
« Et of ne désigne que la Torah. » L'explication est qu'il en ressort que la Torah repousse les mazikim ; et de là nous apprenons d'office que le chema, qui fait partie des paroles de Torah et qui a été institué sur le lit afin que l'homme s'endorme au milieu des paroles de Torah, sert à repousser les mazikim qui viennent provoquer l'homme au temps du sommeil, lequel est un soixantième de la mort. Or il y a lieu de se demander pourquoi il désigne ici la Torah du nom de of, au lieu de dire simplement la Torah, ou de la désigner par l'une de ses autres appellations. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vient faire allusion par là à l'étude pour elle-même, sans laquelle la Torah ne servirait pas à cet effet. Car celui qui étudie pour elle-même, sa pensée dans l'étude est tournée vers le haut, pour éclairer sa racine et réparer les mondes supérieurs, tandis que celui qui n'étudie pas pour elle-même a la pensée collée et attachée à la terre d'en bas, puisque son intention est d'obtenir le bonheur de ce monde et le profit de la matière. Aussi celui qui n'étudie pas pour elle-même ressemble-t-il aux bêtes et aux animaux, collés et attachés à la terre d'en bas, incapables de s'élever du sol, et leur matière est fort épaisse ; mais l'oiseau a une matière plus pure que la leur, car il vole dans l'air et s'élève vers le haut. Par là on comprend pourquoi il désigne la Torah du nom de of, car elle ne subsiste qu'entre les mains de celui dont le cœur est tourné vers le haut. Vois le Maharcha, qui a écrit qu'il s'appuie sur la fin de ce verset, où il est écrit (Pr. 23, 5) « comme un aigle il s'envole vers le ciel », ce qui porte sur la Torah, et cela s'ajuste bien à nos paroles. Il me semble encore qu'il l'a désignée du nom de of (156), qui est le compte de Yossef (156), et l'on sait que le talmid 'hakham est désigné du nom de Yossef, comme ils ont dit que les sages, plus ils vieillissent, plus leur intelligence s'ajoute (mitossefet), et comme il est dit (Pr. 1, 5) « le sage entendra et ajoutera de l'acquis ». Il me semble encore faire allusion, dans ce sujet, à ce que la Torah est appelée imré chefer, comme on l'a exposé sur le verset (Gen. 49, 21) « celui qui donne des paroles de beauté », dit des paroles de Torah ; et j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, la raison de cette appellation : on sait qu'il y a six cent mille explications de la Torah, comme l'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie dans le Chaar haGuilgoulim, et par là on comprend pourquoi elle est appelée chefer, initiales de chichim ribo perouchim (six cent mille explications). C'est pourquoi les mazikim, qui sont appelés rechef, s'écartent par la force de la Torah qui est chefer, les mêmes lettres, mesure pour mesure. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que rechef a les lettres de saraf, qui est un des noms des kelipot appelées nahach, saraf, akrav, dont les initiales forment achan, comme on le sait ; et la Torah est appelée feu, qui brûle le saraf, c'est-à-dire le rechef, et l'annule. Il reste encore à demander sur cet enseignement : lorsqu'il dit « of ne désigne que la Torah », il semble vouloir exclure un autre sens, ce qui n'est pas le cas, car le sens de of est connu, c'est un être vivant qui vole, et c'est pour cela qu'il est appelé of ; cette derachah portant sur la Torah n'est donc qu'une allusion et un appui. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'auteur de l'enseignement ne parle pas du mot of en général, mais du mot of de ce verset seulement, lequel ne peut pas avoir le sens de l'oiseau qui est un être vivant, mais porte nécessairement sur la Torah. Car puisque le mot rechef écrit dans ce verset veut dire les mazikim, il est impossible d'expliquer ce of selon son sens ordinaire d'être vivant, car comment dire que les oiseaux dominent les mazikim ? Il faut donc dire que le of énoncé dans ce verset ne désigne que la Torah. Et par là se comprend aussi l'enchaînement de ces deux énoncés ensemble, of ne désigne que la Torah et rechef ne désigne que les mazikim ; examine-le bien.
💡 Explication

Resh Lakich reprend exactement la structure de Rabbi Yits'hak, en changeant seulement l'identification de réchef : non plus les mazikim, mais les souffrances. Rachi montre que le verset de Devarim autorise les deux lectures, car oulehouméi réchef y est placé entre la faim et les nuisibles, et se laisse donc interpréter vers l'avant comme vers l'arrière.

C'est ici que le folio bascule. Jusqu'à présent, on parlait de ce qui menace la nuit ; à partir de cette phrase et de l'objection qui la suit, on parlera des souffrances.

7
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: הָא אֲפִילּוּ תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן, יוֹדְעִין אוֹתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר ״וַיֹּאמֶר אִם שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע לְקוֹל ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ וְהַיָּשָׁר בְּעֵינָיו תַּעֲשֶׂה וְהַאֲזַנְתָּ לְמִצְוֹתָיו וְשָׁמַרְתָּ כָּל חֻקָּיו כָּל הַמַּחֲלָה אֲשֶׁר שַׂמְתִּי בְמִצְרַיִם לֹא אָשִׂים עָלֶיךָ כִּי אֲנִי ה׳ רֹופְאֶךָ״. אֶלָּא: כָּל שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה וְאֵינוֹ עוֹסֵק — הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מֵבִיא עָלָיו יִסּוּרִין מְכֹועָרִין וְעוֹכְרִין אוֹתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נֶאֱלַמְתִּי דוּמִיָּה הֶחֱשֵׁיתִי מִטּוֹב וּכְאֵבִי נֶעְכָּר״, וְאֵין ״טוֹב״ אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לֶקַח טוֹב נָתַתִּי לָכֶם תּוֹרָתִי אַל תַּעֲזֹבוּ״.

Rabbi Yo'hanan lui dit : cela, même les enfants de la maison du maître le savent, ainsi qu'il est dit : « Il dit : si tu écoutes bien la voix de ה' ton D.ieu, si tu fais ce qui est droit à Ses yeux, si tu prêtes l'oreille à Ses commandements et gardes tous Ses décrets, toutes les maladies que J'ai mises sur l'Égypte, Je ne les mettrai pas sur toi, car Je suis ה' ton guérisseur » (Ex. 15, 26).

Plutôt : quiconque a la possibilité de s'occuper de Torah et ne s'en occupe pas, le Saint béni soit-Il fait venir sur lui des souffrances laides qui le troublent, ainsi qu'il est dit : « Je suis resté muet dans le silence, je me suis tu loin du bien, et ma douleur s'est troublée » (Ps. 39, 3).

Or « bien » ne désigne que la Torah, ainsi qu'il est dit : « car Je vous ai donné un bon achat, ne délaissez pas Ma Torah » (Pr. 4, 2).

📜 Rachi (3)
אֲפִילּוּ תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן יוֹדְעִים שֶׁהַתּוֹרָה מְגִינָּה שֶׁלְּמֵדִין מִסֵּפֶר חֻומָּשׁ אִם שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע כָּל הַמַּחֲלָה אֲשֶׁר שַׂמְתִּי וְגוֹ'. וַאֲפִילּוּ הַקְּטַנִּים שֶׁלֹּא הִגִּיעוּ לְסֵפֶר אִיּוֹב כְּבָר לָמְדוּ:
« Même les enfants de la maison du maître le savent » — que la Torah protège, car ils apprennent du livre du Houmach « si tu écoutes bien... toutes les maladies que J'ai mises... » ; et même les plus petits, qui ne sont pas encore arrivés au livre de Job, l'ont déjà appris.
הֶחֱשֵׁיתִי מִטּוֹב מִן הַתּוֹרָה:
« Je me suis tu loin du bien » — loin de la Torah.
וּכְאֵבִי נֶעְכָּר מַכָּה עֲכוּרָה:
« Et ma douleur s'est troublée » — une plaie trouble.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֶלָּא, כָּל שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ לַעֲסֹק בַּתּוֹרָה וְאֵינוֹ עוֹסֵק. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אִם בָּא לְתָרֵץ בָּזֶה דִּבְרֵי רֵישׁ לָקִישׁ, לְהַצִּילוֹ מִקֻּושְׁיָא שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן אֵיךְ תֵּירֵץ דְּבָרָיו בָּזֶה, וְאִם בָּא לְפָרֵשׁ פָּסוּק (אִיּוֹב ה' ז') וּבְנֵי רֶשֶׁף, דְּדָרֵישׁ לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ, אֵיךְ נִדְרָשׁ הַפָּסוּק בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָעִנְיָן אַךְ תְּחִלָּה נָבִין מֶה עִנְיַן יִסּוּרִין מְכֹועָרִין, וְכִי יֵשׁ יִסּוּרִין יָפִים, וְנִרְאֶה הַכַּוָּנָה כִּי יִסּוּרִין שֶׁאֵין בָּהֶם בִּיטּוּל תּוֹרָה נִקְרָאִים יִסּוּרִין יָפִים, וּכְמוֹ שֶׁתִּמְצָא אֵצֶל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי ע"ה בַּגְּמָרָא דִּמְצִיעָא דַּף פ"ד, בְּאֻורְתָּא אוֹמֵר לָהֶם בּוֹאוּ אַחַיי, וּבְצַפְרָא אֲמַר לָהֶם זִילוֹ מִשּׁוּם בִּיטּוּל תּוֹרָה, וְכֵן אִיתָא לְקַמָּן יִסּוּרִין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם בִּיטּוּל תּוֹרָה אֵינָן יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה, וְאִידָךְ אָמַר יִסּוּרִין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם בִּיטּוּל תְּפִלָּה אֵינָן יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה. וּבָזֶה מוּבָן הַמַּאֲמָר דְּאַחַר שֶׁהֵבִיא מִסֵּדֶר הַשַּׁ"ס קֻושְׁיַת רַבִּי יוֹחָנָן עַל רֵישׁ לָקִישׁ, בָּא מִסֵּדֶר הַשַּׁ"ס לְפָרֵשׁ כַּוָּנַת רֵישׁ לָקִישׁ, שֶׁאֵין כַּוָּנָתוֹ כְּמוֹ שֶׁהֵבִין רַבִּי יוֹחָנָן, אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ הוּא לְדָבָר זֶה, לְכָךְ אָמַר מְסַדֵּר הַשַּׁ"ס, אֶלָּא אֵימָא כָּךְ הִיא כַּוָּנַת רֵישׁ לָקִישׁ לוֹמַר, כָּל מִי שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ לַעֲסֹוק וְאֵינוֹ עוֹסֵק הקב"ה מֵבִיא עָלָיו יִסּוּרִין מְכֹועָרִין, רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם בִּיטּוּל תּוֹרָה כְּפִי מִדָּתוֹ שֶׁל זֶה שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ לַעֲסֹוק וְאֵינוֹ עוֹסֵק, וְלָכֵן דִּקְדֵּק רֵישׁ לָקִישׁ בִּדְבָרָיו וְאָמַר יִסּוּרִין בְּדֵלִין מִמֶּנּוּ, וְלֹא אָמַר מִסְתַּלְּקִין אוֹ בְּטֵלִין, יַעַן שֶׁאֵין מִסְתַּלְּקִין אוֹ בְּטֵלִין אֶלָּא רַק בְּדֵלִין לְפִי שָׁעָה, כְּדַהֲוָה אֵצֶל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי, שֶׁהָיוּ בְּדֵלִין בַּיּוֹם וְחוֹזְרִין וּבָאִים בַּלַּיְלָה, וְהָכִי דִּיֵּיק הַכָּתוּב שֶׁמֵּבִיא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר וּבְנֵי רֶשֶׁף יַגְבִּיהוּ עוּף, שֶׁלֹּא אָמַר יְסַלְּקוּ עוֹף אֶלָּא יַגְבִּיהוּ לְפִי שָׁעָה בִּזְמַן שֶׁעוֹסֵק בַּתּוֹרָה שֶׁלֹּא יִגְּעוּ בּוֹ.
« Plutôt : quiconque a la possibilité de s'occuper de Torah et ne s'en occupe pas. » Il y a lieu de demander : s'il vient par là résoudre les paroles de Resh Lakich et le sauver de la difficulté de Rabbi Yo'hanan, comment ses paroles se trouvent-elles résolues par là ? Et s'il vient expliquer le verset (Job 5, 7) « ouvné rechef », que Resh Lakich a interprété, comment le verset est-il interprété ainsi ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut d'abord comprendre ce que sont des souffrances laides — y aurait-il donc des souffrances belles ? Il semble que l'intention soit celle-ci : les souffrances qui n'entraînent pas de bittoul Torah sont appelées belles, comme tu le trouves chez Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon bar Yohai, que la paix soit sur lui, dans la guemara de Metsia folio 84 : le soir il leur disait, venez mes frères, et le matin il leur disait, allez-vous-en, a cause du bittoul Torah ; et de même il est dit plus loin que des souffrances qui entraînent un bittoul Torah ne sont pas des souffrances d'amour, et l'autre dit que des souffrances qui entraînent un bittoul tefila ne sont pas des souffrances d'amour. Par là se comprend cet enseignement : après que le rédacteur du Talmud a rapporté la difficulté de Rabbi Yo'hanan sur Resh Lakich, il vient expliquer l'intention de Resh Lakich, qui n'était pas celle que Rabbi Yo'hanan avait comprise, mais celle-ci ; c'est pourquoi le rédacteur dit, plutôt, dis ainsi, telle est l'intention de Resh Lakich : quiconque a la possibilité de s'occuper de Torah et ne s'en occupe pas, le Saint béni soit-Il fait venir sur lui des souffrances laides, c'est-à-dire qui entraînent un bittoul Torah, à la mesure de celui qui pouvait s'occuper de Torah et ne s'en est pas occupé. C'est pourquoi Resh Lakich a été précis dans ses paroles et a dit que les souffrances s'écartent de lui, sans dire qu'elles se retirent ni qu'elles cessent, car elles ne se retirent ni ne cessent, mais s'écartent seulement pour un temps, comme il en fut chez Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon bar Yohai, où elles s'écartaient le jour et revenaient la nuit. Et c'est ce que dit précisément le verset qu'il apporte, « et les fils de rechef élèvent le vol », car il n'a pas dit qu'ils les écartent, mais qu'ils les élèvent pour un temps, tant que l'homme s'occupe de Torah, afin qu'ils ne le touchent pas.
הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מֵבִיא עָלָיו יִסּוּרִין מְכֹעָרִין וְעוֹכְרִין אוֹתוֹ. כְּבָר דִּקְדַּקְנוּ לְעֵיל וְכִי יֵשׁ יִסּוּרִין נָאִין וְיָפִין? וּפֵרַשְׁנוּ כַּנִּזְכָּר לְעֵיל. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיִסּוּרִין מְכֹועָרִין קָאֵי עַל עֲנִיּוּת בַּר מִינָן, כִּי הֶעָנִי יִהְיֶה מְכֹועָר בְּעֵינֵי בְּנֵי אָדָם, הֵן בְּחָכְמָתוֹ כְּדִכְתִיב וְחָכְמַת הַמְסֻכָּן בְּזוּיָה, וְהֵן בְּמַלְבּוּשָׁיו שֶׁאִם יִלְבַּשׁ בֶּגֶד יָקָר שֶׁל מֶשִׁי חוֹשְׁבִים הָעוֹלָם שֶׁהוּא בֶּגֶד פָּשׁוּט, וְאִם יִלְבַּשׁ טַבַּעַת מֵאֶבֶן טוֹבָה וִיקָרָה, חוֹשְׁבִין שֶׁהוּא שֶׁל זְכוּכִית. מַעֲשֶׂה בִּשְׁנֵי חֲתָנִים אֶחָד עָשִׁיר וְאֶחָד עָנִי שֶׁנִּכְנְסוּ לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וְהֶעָשִׁיר נִכְנַס תְּחִלָּה, וְהָיָה לוֹבֵשׁ חֲגוֹרָה אַחַת מִבֶּגֶד צֶמֶר גֶּפֶן פָּשׁוּט, שֶׁקְּנָאָהּ בְּשִׁבְעָה דִּינָרִים שֶׁל כֶּסֶף, וְהָיָה בְּאֶצְבָּעוֹ טַבַּעַת מֵאֶבֶן פְּשׁוּטָה שֶׁל זרננ"ף, שֶׁקָּנָה אוֹתָהּ בִּשְׁנֵי דִּינְרֵי כֶּסֶף, אֲשֶׁר מַרְאִיתָהּ דּוֹמֶה לְאֶבֶן טוֹבָה שֶׁל אלמא"ס, וְהִתְחִילוּ בְּנֵי אָדָם לְהִסְתַּכֵּל בּוֹ כְּדַרְכָּן, וְיֹאמַר אֶחָד לַחֲבֵירוֹ רְאֵה חֲגוֹרָה זוֹ כַּמָּה חֲשׁוּבָה בְּוַדַּאי עֶרְכָּהּ חֲמִשִּׁים זְהוּבִים, אָמַר לוֹ חֲבֵירוֹ זוֹ לְפָחוֹת כִּשְׁמוֹנִים זְהוּבִים, וְיִשְׁאַל לוֹ עַל הַטַּבַּעַת אִם יִמְצָא כָּזֹאת לִקְנוֹת בְּמָאתַיִם זְהוּבִים, וַיֹּאמֶר לוֹ חֲבֵירוֹ מָה אַתָּה אוֹמֵר, כָּזֹאת אֲפִילּוּ בְּאַרְבַּע מֵאוֹת זְהוּבִים לֹא יִרְצוּ לִמְכֹּור, וְהִנֵּה אַחַר כָּךְ נִכְנַס חֲתַן הֶעָנִי וְהָיָה לוֹבֵשׁ חֲגוֹרָה יְקָרָה שֶׁהִיא שא"ל כשמי"ר, שָׁוֶה מֵאָה זְהוּבִים שֶׁלָּקַח אוֹתָהּ בִּשְׁאֵלָה מִן גְּבִיר אֶחָד, בַּעֲבוּר אוֹתוֹ יוֹם בִּלְבַד, וּבְאֶצְבָּעוֹ טַבַּעַת מֵאֶבֶן טוֹבָה, שֶׁלְּקָחָהּ גַּם כֵּן בְּתוֹרַת שְׁאֵלָה שָׁוְוייָא ת"ק זְהוּבִים, וְיֹאמַר אֶחָד לַחֲבֵירוֹ מַה תַּחְשֹׁוב בְּכַמָּה לָקַח הֶעָנִי הַזֶּה חֲגוֹרָה, אָמַר לוֹ לִמְרֻובֵּה בַּעֲשָׂרָה דִּינָרִים, כִּי צֶמֶר גֶּפֶן הִיא זוֹ, וְשָׁאֲלוּ עַל הַטַּבַּעַת, אָמַר לוֹ זוֹ אֶבֶן שֶׁל זרנג"ף, שָׁוֶה לִמְרֻובֵּה שְׁנֵי דְּנֵרֵי כֶּסֶף, נִמְצָא גַּם שֶׁמַּלְבּוּשִׁים וְתַכְשִׁיטִין, כְּשֶׁיִּהְיוּ עַל הֶעָנִי יִהְיוּ מְכֹועָרִים בְּעֵינֵי הָעוֹלָם, וְכֵן עוֹד גַּם כֵּן הֶעָנִי יִהְיֶה מְכֹועָר גַּם מִצַּד הַמַּעֲשִׂים וְהַמִּידּוֹת, וְהֶעָשִׁיר לְהֵפֶךְ, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ כֶּסֶף מְטַהֵר מַמְזֵרִים, רָאָה כַּמָּה גּוֹרֵם הָעֹונִי כִּיעוּר לָאָדָם מִכָּל הַצְּדָדִין, וְלָכֵן הָעֲנִיּוּת נִקְרָא יִסּוּרִין מְכֹועָרִין שֶׁעוֹכְרִין אֶת הָאָדָם. וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ בס"ד טַעַם שֶׁתִּהְיֶה עֲנִיּוּת בִּשְׁבִיל בִּיטּוּל תּוֹרָה, כִּי יָדוּעַ יַעֲקֹב וְעָשׂוּ חֶלְקוֹ הָעוֹלָמוֹת, וְאֵין לְיִשְׂרָאֵל עֹושֶׁר וּמֻותָּרוֹת בָּעוֹלָם הַזֶּה, וְרַק הֵם זוֹכִים בְּעֹושֶׁר מִדִּין מַצִּיל זוֹטוֹ שֶׁל יָם, כִּי עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁלָּהֶם הָעוֹלָם קַייָּם, וְלָכֵן זֶה שֶׁאֵינוֹ עוֹסֵק בַּתּוֹרָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה עָנִי, וּלְכָךְ אוֹמְרִים הָעוֹלָם בִּלְשׁוֹן מְלִיצָה 'חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי. וְדוֹק.
« Le Saint béni soit-Il fait venir sur lui des souffrances laides qui le troublent. » Nous avons déjà demandé plus haut : y aurait-il des souffrances agréables et belles ? Et nous avons expliqué comme il a été dit. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les souffrances laides désignent la pauvreté, que le Ciel nous en préserve, car le pauvre est laid aux yeux des gens, tant dans sa sagesse, comme il est écrit « la sagesse du pauvre est méprisée », que dans ses vêtements, car s'il porte un habit précieux de soie, le monde pense que c'est un habit ordinaire, et s'il porte une bague de pierre précieuse et de valeur, on pense qu'elle est de verre. Il advint que deux jeunes mariés, l'un riche et l'autre pauvre, entrèrent à la synagogue. Le riche entra le premier ; il portait une ceinture d'une simple étoffe de coton, achetée sept dinars d'argent, et à son doigt une bague de pierre ordinaire, achetée deux dinars d'argent, dont l'aspect ressemblait à une pierre précieuse. Les gens se mirent à le regarder, comme à leur habitude, et l'un dit à son compagnon : vois cette ceinture, comme elle est de prix, elle vaut assurément cinquante pièces d'or ; son compagnon lui dit : celle-ci en vaut au moins quatre-vingts. Il l'interrogea sur la bague, s'il s'en trouverait une pareille à acheter pour deux cents pièces d'or, et son compagnon lui dit : que dis-tu là, une pareille, même pour quatre cents pièces d'or on ne voudrait pas la vendre. Ensuite entra le marié pauvre, qui portait une ceinture précieuse, valant cent pièces d'or, qu'il avait empruntée à un homme riche pour ce jour-là seulement, et à son doigt une bague de pierre précieuse, empruntée elle aussi, valant cinq cents pièces d'or. L'un dit à son compagnon : combien penses-tu que ce pauvre a payé sa ceinture ? Il lui dit : dix dinars tout au plus, car c'est du coton. Il l'interrogea sur la bague, et il lui dit : c'est une pierre ordinaire, qui vaut au plus deux dinars d'argent. Il se trouve donc que même les vêtements et les parures, lorsqu'ils sont sur le pauvre, sont laids aux yeux du monde ; et de même le pauvre est laid aussi du côté des actes et des qualités, tandis que le riche est l'inverse, comme ils ont dit que l'argent purifie les bâtards. Vois combien la pauvreté rend l'homme laid de tous les côtés ; c'est pourquoi la pauvreté est appelée des souffrances laides qui troublent l'homme. Il me semble expliquer, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle la pauvreté vient du bittoul Torah : on sait que Yaakov et Essav se sont partagé les mondes, et qu'Israël n'a pas de richesse ni de superflu en ce monde ; ils n'y ont droit qu'au titre de celui qui sauve ce que la mer a rejeté, car c'est par leur occupation de Torah que le monde subsiste. Aussi celui qui ne s'occupe pas de Torah doit-il être pauvre ; et c'est pourquoi le monde dit par manière de jeu de mots, hassoure mehassera vehakhi katani (il manque quelque chose, et voici comme il faut enseigner). Examine-le bien.
💡 Explication

L'objection n'est pas que l'enseignement soit faux, mais qu'il n'apprend rien : le verset d'Exode, appris par tout enfant dans le Houmach, dit déjà que l'obéissance écarte les maladies. Un énoncé d'Amora doit ajouter quelque chose.

Rabbi Yo'hanan retourne donc la phrase : le même verset de Job ne parle plus de la protection mais de sa privation. Celui qui peut étudier et ne le fait pas reçoit des yissourim mekho'arim, des souffrances laides. Le verset des Psaumes est lu comme un aveu : je me suis tu loin du bien, c'est-à-dire loin de la Torah, et de là ma douleur.

C'est la charnière du folio : tout ce qui suit traite des souffrances, de leur diagnostic et de leur fonction.

🖼️ Schéma
Un même verset, deux lectures : Resh Lakich et Rabbi Yo'hanan Ce que peut dire, ou ne peut pas dire, le verset où vni rechef yagbihou of (Job 5, 7). Resh Lakich (seg. 5) Lecture : of = Torah, rechef = yissourim. Enoncé : celui qui s'occupe de Torah, les souffrances s'écartent de lui. Intérêt : la Torah protège, comme elle protégeait déjà des mazikim (seg. 4). Registre : promesse de protection. Rabbi Yo'hanan (seg. 6) Objection : cela, même les enfants d'école le savent, par Ex. 15, 26 -- aucune des maladies d'Égypte ne sera mise sur toi. Enoncé corrigé : celui qui peut étudier et ne le fait pas reçoit des souffrances laides. Registre : mise en garde. Ce que l'objection change Un enseignement d'Amora doit apporter plus que ce qu'un enfant tire déjà du Houmach. Rabbi Yo'hanan ne nie pas la protection : il retourne l'énoncé et le rend informatif du côté de la sanction. C'est l'entrée du folio dans les yissourim.
Ce que l'objection de Rabbi Yo'hanan retire à Resh Lakich, et ce qu'elle met à la place.
8
אָמַר רַבִּי זֵירָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא: בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם. מִדַּת בָּשָׂר וָדָם, אָדָם מוֹכֵר חֵפֶץ לַחֲבֵירוֹ, מוֹכֵר עָצֵב, וְלוֹקֵחַ שָׂמֵחַ, אֲבָל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֵינוֹ כֵּן, נָתַן לָהֶם תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל — וְשָׂמֵחַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לֶקַח טוֹב נָתַתִּי לָכֶם תּוֹרָתִי אַל תַּעֲזֹבוּ״.

Rabbi Zera, et certains disent Rabbi Hanina bar Papa, a dit : viens et vois, la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas la mesure de la chair et du sang. La mesure de la chair et du sang : un homme vend un objet à son prochain, le vendeur est triste et l'acheteur est joyeux.

Mais le Saint béni soit-Il n'est pas ainsi : Il a donné la Torah à Israël et Il s'est réjoui, ainsi qu'il est dit : « car Je vous ai donné un bon achat, ne délaissez pas Ma Torah » (Pr. 4, 2).

📜 Rachi (2)
הַמּוֹכֵר עָצֵב שֶׁפֵּירַשׁ הֵימֶנּוּ דָּבָר חָשׁוּב כָּזֶה וּמִתּוֹךְ דּוֹחֲקוֹ מְכָרוֹ:
« Le vendeur est triste » — car une chose aussi précieuse s'est séparée de lui, et c'est sous la contrainte de sa gêne qu'il l'a vendue.
וְשָׂמַח שֶׁהֲרֵי הקב"ה מַזְהִירָם מִלַּעֲזֹוב אוֹתָהּ וּמַשְׁבְּחָה לִפְנֵיהֶם בְּלָקַח טוֹב אַחַר שֶׁנְּתָנָהּ לָהֶם:
« Et s'est réjoui » — puisque le Saint béni soit-Il les met en garde de ne pas la délaisser et la loue devant eux comme un bon achat, après qu'Il la leur a donnée.
🪔 Ben Yehoyada (3)
בּוֹא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם. קַשָּׁא מַאי מַשְׁמָעוּת לָשׁוֹן זֶה 'בֹּא וּרְאֵה', וְהָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם אָדָם מוֹכֵר חֵפֶץ וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּ'מוֹכֵר עָצֵב' אֵינוֹ נִרְאֶה לָעֵינַיִם, כִּי הֵם דְּבָרִים שֶׁבַּלֵּב, וְאִם כֵּן הַשּׁוֹמֵעַ מַאֲמָר זֶה יִקְשֶׁה, לָמָּה אַתָּה אוֹמֵר מוֹכֵר עָצֵב כֵּיוָן דְּלָקַח מָעוֹת לָמָּה יַעֲצֹב, אַךְ מִי שֶׁהוּא נִתְנַסָּה בְּדָבָר זֶה שֶׁמָּכַר חֵפֶץ הוּא יוֹדֶה בְּוַדַּאי לִדְבָרִים אֵלֶּה, כִּי יָדַע מִנַּפְשֵׁיהּ וְלָזֶה אָמַר 'בֹּא וּרְאֵה', כְּלוֹמַר לִידֵי מִדָּה זוֹ לִמְכֹּור חֵפֶץ וְתִרְאֶה, כִּי נָכוֹן הַדָּבָר הַזֶּה שֶׁאֲנִי אוֹמֵר.
« Viens et vois, la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas la mesure de la chair et du sang. » On demande quel est le sens de cette expression « viens et vois » ; il aurait fallu dire, l'usage du monde est qu'un homme vend un objet etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le fait que le vendeur soit triste ne se voit pas des yeux, car ce sont des choses qui sont dans le cœur ; celui qui entend cet enseignement objectera donc, pourquoi dis-tu que le vendeur est triste, puisqu'il a reçu de l'argent, pourquoi s'attristerait-il ? Mais celui qui a fait l'épreuve de la chose et a vendu un objet reconnaîtra assurément la vérité de ces paroles, car il le sait par lui-même. C'est pourquoi il dit « viens et vois », c'est-à-dire viens à cette situation de vendre un objet, et tu verras que la chose que je dis est juste.
מוֹכֵר עָצֵב וְלוֹקֵחַ שָׂמֵחַ. קַשָּׁא לְמַאי אִצְטְרִיךְ לִמְנַקֵּט בַּמָּשָׁל אֶת הַלּוֹקֵחַ, וַהֲלֹא בַּנִּמְשָׁל לֹא נִזְכַּר אֶלָּא הַנּוֹתֵן וְלֹא הַלּוֹקֵחַ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּהִקְדִּים תְּחִלָּה דִּקְדּוּק אֶחָד, אֵיךְ קָאָמַר מוֹכֵר עָצֵב, דְּזֶה תִּינַח בְּמוֹכֵר חֵפֶץ דְּלָא קָאֵים לְמִמְכָּר, שֶׁמּוֹכְרוֹ מִתּוֹךְ דּוֹחֲקוֹ, אֲבָל מוֹכֵר חֵפֶץ דְּקָאֵים לְמִמְכָּר, אַדְּרַבָּה יִשְׂמַח וְאִם לֹא יִמְכֹּור יְעַצֵּב, וְכָל חֲפָצִים הַנִּמְכָּרִים רֻובָּם הֵם חֲפָצִים דְּקָייְמִי לְמִמְכָּר, אַךְ נִרְאֶה לִי דְּגַם בַּחֲפָצִים דְּקָייְמִי לְמִמְכָּר יִהְיֶה לִפְעָמִים מוֹכֵר עָצֵב, אִם נִתְאַנָּה בְּמֶכֶר וּמָכַר בְּזוֹל, אַךְ כֹּל כְּהַאי גַּוְונָא וַדַּאי הַלּוֹקֵחַ שָׂמֵחַ, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם לֹא מָכַר בְּזוֹל אֵין הַלּוֹקֵחַ שָׂמֵחַ, וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ בַּעַל הַמַּאֲמָר לְהַזְכִּיר לוֹקֵחַ שָׂמֵחַ בַּמָּשָׁל, כְּדֵי לְהוֹדִיעַ דְּאַייְרֵי בְּחֵפֶץ הַנִּמְכָּר בְּזוֹל דְּבָזֶה הַלּוֹקֵחַ שָׂמֵחַ, וְאָז מִמֵּילָא הַמּוֹכֵר עָצֵב אַף עַל פִּי שֶׁהוּא חֵפֶץ דְּקָאֵים לְמִמְכָּר.
« Le vendeur est triste et l'acheteur est joyeux. » On demande pourquoi il a fallu mentionner l'acheteur dans la parabole, alors que dans l'application il n'est question que de Celui qui donne et non de celui qui reçoit. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut d'abord poser une précision : comment peut-il dire que le vendeur est triste ? Cela se comprend pour celui qui vend un objet qui n'était pas destiné à la vente, et qu'il vend sous la contrainte de sa gêne ; mais celui qui vend un objet destiné à la vente, au contraire, se réjouit, et s'il ne vendait pas il s'attristerait — et la plupart des objets vendus sont des objets destinés à la vente. Il me semble pourtant que même pour des objets destinés à la vente, le vendeur sera parfois triste, s'il a été lésé dans la vente et a vendu à bas prix ; et dans un tel cas l'acheteur est assurément joyeux, tandis que si l'on n'a pas vendu à bas prix, l'acheteur n'est pas joyeux. C'est pourquoi l'auteur de l'enseignement a dû mentionner dans la parabole que l'acheteur est joyeux, afin de faire savoir qu'il parle d'un objet vendu à bas prix, où l'acheteur est joyeux, et où dès lors le vendeur est triste, même s'il s'agit d'un objet destiné à la vente.
אֲבָל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֵינוֹ כֵּן. מַקְשִׁים אֵין הַנִּמְשָׁל דּוֹמֶה לְמָשָׁל, כִּי הַמּוֹכֵר עָצֵב מִפְּנֵי שֶׁעַכְשָׁיו יָצָא הַחֵפֶץ מִיָּדוֹ וְחָסֵר מֵאִיתּוֹ, מַה שֶׁאֵין כֵּן הַתּוֹרָה, אַף עַל פִּי שֶׁנָּתַן אוֹתָהּ לְיִשְׂרָאֵל לֹא יָצְאָה מִיָּדוֹ אֶלָּא עוֹדֶנָּה אֶצְלוֹ, כְּמַדְלִיק נֵר מִנֵּר שֶׁאֵין הָרִאשׁוֹן חָסֵר כְּלוּם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּחֲשִׁיבָה יָצְאָה מִיָּדוֹ כִּבְיָכוֹל, מִשּׁוּם דְּקַייְמָא לָן (דְּבָרִים ל, יב) לֹא בַּשָּׁמַיִם הִיא, וְכַאֲשֶׁר חִלְּקוּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עִם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וְיָצְאָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, עָמַד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עַל רַגְלָיו וְאָמַר לֹא בַשָּׁמַיִם הִיא, וְלֹא עָשׂוּ כַּאֲשֶׁר אָמְרָה בַּת קוֹל, כֵּן אוֹתָם הֲלָכוֹת שֶׁנִּשְׁכְּחוּ בְּאֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, לֹא הָיָה יָכוֹל יְהוֹשֻׁעַ לְקַבְּלָם מִן הקב"ה עַד שֶׁבָּא עָתְנִיאֵל בֶּן קְנַז וְהֶחֱזִירָם בְּפִלְפּוּלוֹ, וְלָכֵן מִצַּד זֶה נִדְמֶה כְּאִלּוּ יָצְאָה מִיָּדוֹ כִּבְיָכוֹל. נִמְצָא הקב"ה נָתַן אֶת הַתּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל וְשָׂמֵחַ, וּבָזֶה יוּבָן (תְּהִלִּים קד, לא) יְהִי כְבוֹד ה' לְעוֹלָם יִשְׂמַח ה' בְּמַעֲשָׂיו, כְּבוֹד ה' זוֹ הַתּוֹרָה שֶׁבָּהּ נִגְלֶה כְּבוֹד ה', וְלָכֵן כְּתִיב בָּהּ יַעֲלַת חֵן, מִסְפַּר חֵן [58] הוּא כְּבוֹד ה' [58] , אַף עַל פִּי שֶׁנִּתְּנָה לָעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן, אֲפִילּוּ הָכֵי יִשְׂמַח ה' בְּמַעֲשָׂיו, וּבָזֶה יוּבָן (תְּהִלִּים טז, יא) תּוֹדִיעֵנִי אֹרַח חַיִּים, זוֹ הַתּוֹרָה, עַל כָּל זֶה שֹׂבַע שְׂמָחוֹת אֶת פָּנֶיךָ שֶׁאַתָּה שָׂמֵחַ, וְלָכֵן נְעִימוּת בִּימִינְךָ נֶצַח שֶׁנִּתְּנָה בְּיָמִין שֶׁמּוֹרֶה עַל שִׂמְחָה וְרָצוֹן. וּמַה שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל בְּדִבּוּר הַמַּתְחִיל וְשָׂמַח, שֶׁהֲרֵי הקב"ה מַזְהִיר אוֹתָנוּ מִלַּעֲזֹוב אוֹתָהּ, בָּא לְפָרֵשׁ מֵהֵיכָא דָּיֵיק לָהּ שֶׁשָּׂמֵחַ, וּפֵירֵשׁ מִפְּנֵי כִּי מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם, אִם הַמּוֹכֵר עָצֵב שֶׁלֹּא מָכַר הַחֵפֶץ אֶלָּא מִתּוֹךְ דּוֹחֲקוֹ, הִנֵּה עֵינָיו בַּחֵפֶץ אוּלַי יוּכַל לִקְנוֹתוֹ אַחַר כָּךְ מִן הַלּוֹקֵחַ, לְכָךְ לֹא יְצַוֶּה לַלּוֹקֵחַ שֶׁלֹּא יַעֲזֹוב הַחֵפֶץ, וְלָכֵן כָּאן שֶׁצִּוָּה אוֹתָנוּ הקב"ה שֶׁנַּחֲזִיק בַּחֵפֶץ הַקָּדוֹשׁ הַזֶּה וְלֹא נֶעְזָבֵהוּ, מוּכָח דְּשָׂמֵחַ הוּא יִתְבָּרֵךְ בְּזֶה הַמִּקָּח שֶׁנָּתַן לָנוּ.
« Mais le Saint béni soit-Il n'est pas ainsi. » On objecte que l'application ne ressemble pas à la parabole, car le vendeur est triste parce que l'objet est maintenant sorti de sa main et lui manque, ce qui n'est pas le cas de la Torah : bien qu'Il l'ait donnée à Israël, elle n'est pas sortie de Sa main mais se trouve encore auprès de Lui, comme celui qui allume une lampe à une autre lampe sans que la première manque de rien. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle est tenue pour sortie de Sa main, s'il est permis de parler ainsi, parce que nous tenons pour règle (Dt. 30, 12) « elle n'est pas dans les cieux » ; ainsi, lorsque Rabban Gamliel et Rabbi Yehochoua furent en désaccord avec Rabbi Eliezer, une voix céleste sortit et dit que la halakha était comme Rabbi Eliezer, mais Rabbi Yehochoua se leva sur ses pieds et dit, elle n'est pas dans les cieux, et l'on ne fit pas comme la voix céleste l'avait dit. De même, les halakhot oubliées lors du deuil de Moche notre maître, que la paix soit sur lui, Yehochoua ne put pas les recevoir du Saint béni soit-Il, jusqu'à ce que vienne Otniel ben Kénaz qui les rétablit par son argumentation. De ce côté-là, il semble donc, s'il est permis de parler ainsi, qu'elle soit sortie de Sa main. Il se trouve alors que le Saint béni soit-Il a donné la Torah à Israël et s'est réjoui ; et par là se comprend (Ps. 104, 31) « que la gloire de ה' soit à jamais, que ה' se réjouisse de Ses œuvres » : la gloire de ה', c'est la Torah, par laquelle se révèle la gloire de ה', et c'est pourquoi il est écrit d'elle « biche gracieuse », le compte de hen (58) étant celui de kevod ה' (58) ; bien qu'elle ait été donnée à ce monde d'en bas, malgré cela « que ה' se réjouisse de Ses œuvres ». Par là se comprend aussi (Ps. 16, 11) « Tu me feras connaître le chemin de la vie », c'est la Torah, et malgré tout « des joies plénières sont devant Ta face », que Tu es joyeux, et c'est pourquoi « des délices sont dans Ta droite pour toujours », car elle a été donnée par la droite, qui indique la joie et la faveur. Quant à ce qu'a écrit Rachi de mémoire bénie sur les mots « et s'est réjoui », que le Saint béni soit-Il nous met en garde de ne pas la délaisser, il vient expliquer d'où l'on déduit qu'Il s'est réjoui : il explique que, selon l'usage du monde, si le vendeur est triste parce qu'il n'a vendu l'objet que sous la contrainte de sa gêne, son œil reste sur l'objet, dans l'espoir de pouvoir le racheter ensuite à l'acheteur, et il ne commandera donc pas à l'acheteur de ne pas délaisser l'objet ; ici donc, où le Saint béni soit-Il nous a commandé de tenir fermement cet objet saint et de ne pas le délaisser, il est prouvé qu'Il se réjouit, béni soit-Il, de cette vente qu'Il nous a faite.
💡 Explication

Le passage s'accroche au mot tov du verset des Proverbes cité juste avant. Le terme lekah désigne une acquisition ; le verset présente donc le don de la Torah comme une vente, ce qui ouvre la comparaison.

La preuve du contentement divin ne vient pas du mot joie, absent du verset, mais du comportement : selon Rachi, un vendeur qui a vendu à regret garde l'œil sur son objet et n'ira pas recommander à l'acheteur de ne pas s'en séparer. Puisque D.ieu nous enjoint de ne pas délaisser la Torah et en fait l'éloge après l'avoir donnée, c'est qu'Il se réjouit de la transaction.

9
אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַב חִסְדָּא: אִם רוֹאֶה אָדָם שֶׁיִּסּוּרִין בָּאִין עָלָיו — יְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשָׂיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נַחְפְּשָׂה דְרָכֵינוּ וְנַחְקֹרָה וְנָשׁוּבָה עַד ה׳״. פִּשְׁפָּשׁ וְלֹא מָצָא — יִתְלֶה בְּבִטּוּל תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַשְׁרֵי הַגֶּבֶר אֲשֶׁר תְּיַסְּרֶנּוּ יָּהּ וּמִתּוֹרָתְךָ תְלַמְּדֶנּוּ״.

Rava a dit, et certains disent Rav Hisda : si un homme voit que des souffrances viennent sur lui, qu'il examine ses actes, ainsi qu'il est dit : « Sondons nos voies et examinons-les, et revenons vers ה' » (Lam. 3, 40).

S'il a examiné et n'a rien trouvé, qu'il mette la chose au compte du bittoul Torah (la négligence de l'étude), ainsi qu'il est dit : « Heureux l'homme que Tu châties, ה', et que Tu instruis de Ta Torah » (Ps. 94, 12).

📜 Rachi (2)
פִּשְׁפָּשׁ וְלֹא מָצָא לֹא מָצָא עֲבֵירָה בְּיָדוֹ שֶׁבִּשְׁבִילָהּ רְאוּיָן יִסּוּרִין הַלָּלוּ לָבֹא:
« Il a examiné et n'a pas trouvé » — il n'a pas trouvé entre ses mains de faute pour laquelle ces souffrances-là mériteraient de venir.
אַשְׁרֵי הַגֶּבֶר אֲשֶׁר תְּיַסְּרֶנּוּ יָּהּ וּמִתּוֹרָתְךָ תְלַמְּדֶנּוּ שֶׁבִּשְׁבִיל יִסּוּרִין צָרִיךְ אָדָם לָבֹא לִידֵי תַּלְמוּד תּוֹרָה:
« Heureux l'homme que Tu châties, ה', et que Tu instruis de Ta Torah » — car c'est par les souffrances que l'homme en vient à l'étude de la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אִם רוֹאֶה אָדָם שֶׁיִּסּוּרִין בָּאִין עָלָיו, יְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשָׂיו. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אִם יִסּוּרִין בָּאִין עַל הָאָדָם יְפַשְׁפֵּשׁ, וּמָה עִנְיַן רְאָיָה זוֹ כָּאן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַיִּסּוּרִין תְּחִלָּתָם בָּאִים מוּעָטִין וְאַחַר כָּךְ יִרְבּוּ בְּהַדְרָגוֹת, וְאִם כֵּן בִּתְחִילָּתָם מַמָּשׁ אֵין נִרְאִין וְנָכְרִים אֶלָּא רַק לְבַעַל הַיִּסּוּרִין, דְּלֵב יוֹדֵעַ מָרַת נַפְשׁוֹ מִן עֲקִיצָה קְטַנָּה, וְאַחַר שֶׁיִּתְפַּשְּׁטוּ וְיִתְגַּבְּרוּ אָז נִרְאִין וְנוֹדָעִין לְכָל אָדָם, וְלָזֶה אָמַר אִם יִרְאֶה אָדָם שֶׁיִּסּוּרִין בָּאִין עָלָיו יְפַשְׁפֵּשׁ, כְּלוֹמַר צָרִיךְ לְפַשְׁפֵּשׁ מֵעֵת שֶׁהוּא לְבַדּוֹ רוֹאֶה אוֹתָם וְאֵין אֲחֵרִים רוֹאִין וּמַכִּירִין בָּהֶם, וְהַיְינוּ בִּתְחִלַּת בִּיאָתָם וְהִתְעוֹרְרוּתָם אָז יָשִׂים עַל לִבּוֹ לְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשָׂיו.
« Si un homme voit que des souffrances viennent sur lui, qu'il examine ses actes. » Il y a lieu de demander : il aurait fallu dire, si des souffrances viennent sur l'homme, qu'il examine ; que vient faire ici cette vision ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les souffrances commencent par être légères, puis vont croissant par degrés ; à leur tout début, elles ne sont donc visibles et reconnaissables que du seul homme qui les subit, car le cœur connaît l'amertume de son âme des la plus petite piqûre ; et lorsqu'elles se sont étendues et renforcées, elles deviennent visibles et connues de tous. C'est pourquoi il dit, si un homme voit que des souffrances viennent sur lui, qu'il examine, c'est-à-dire qu'il doit examiner dès le moment où lui seul les voit et où les autres ne les voient ni ne les reconnaissent, à savoir au commencement de leur venue et de leur éveil : c'est alors qu'il doit prendre à cœur d'examiner ses actes.
פִּשְׁפָּשׁ וְלֹא מָצָא, יִתְלֶה בְּבִטּוּל תּוֹרָה. מַקְשִׁים כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ עֲוֹן בִּיטּוּל תּוֹרָה שֶׁהוּא חָמוּר אֵיךְ פִּשְׁפָּשׁ וְלֹא מָצָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הָאָדָם אֵינוֹ מְחֻויָּב לַעֲסֹוק כָּל הַיּוֹם בַּתּוֹרָה , כִּי הַרְבֵּה עָשׂוּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי וְלֹא עָלְתָה בְּיָדָם, אַךְ צָרִיךְ לִקְבֹּועַ לוֹ שָׁעוֹת לְעֵסֶק הַתּוֹרָה וּשְׁאָר שָׁעוֹת יַעֲסֹוק בִּמְלַאכְתּוֹ לְהָבִיא לֶחֶם בֵּיתוֹ, אֲבָל זֶה הָעֵסֶק בֶּאֱמֶת אֵין שִׁיעוּרוֹ שָׁוֶה אֵצֶל כָּל אָדָם, שֶׁיֵּשׁ אָדָם יַסְפִּיק לוֹ לְצֹורֶךְ פַּרְנָסָתוֹ עֵסֶק שְׁתֵּי שָׁעוֹת, וְיֵשׁ אַרְבַּע, וְיֵשׁ יוֹתֵר, אַךְ כָּל אָדָם צָרִיךְ לְשַׁעֵר כְּפִי אֹומֶד דַּעְתּוֹ כַּמָּה שָׁעוֹת בַּיּוֹם יַסְפִּיקוּ לוֹ לְצֹורֶךְ פַּרְנָסָתוֹ וְיַעֲסֹוק בָּהֶם, וְאֶפְשָׁר שֶׁהוּא טוֹעֶה בְּאֹומֶד זֶה שֶׁיַּעֲשֶׂה אֹומֶד שָׁעָה אוֹ חֲצִי שָׁעָה יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁצָּרִיךְ, וְהוּא אֵינוֹ מַרְגִּישׁ בָּזֶה, לְכָךְ אִם פִּשְׁפֵּשׁ וְלָא מָצָא יִתְלֶה בְּבִיטּוּל תּוֹרָה, כִּי יֹאמַר וַדַּאי טָעִיתִי בְּאֹומֶד וַאֲנִי עוֹסֵק שָׁעָה אוֹ חֲצִי שָׁעָה יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁצָּרִיךְ לִי, וְנִמְצָא אֲנִי בִּטַּלְתִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה בָּהֶם שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ. וּבָזֶה נִיחָא מַה שֶׁאָמַר תָּלָה וְלֹא מָצָא, פֵּירוּשׁ תָּלָה בְּטָעוּת הָאֹומֶד הַנִּזְכָּר, וּלְכָךְ חָזַר וְחִיסֵּר מִשִּׁיעוּר עֵסֶק פַּרְנָסָתוֹ חֲצִי שָׁעָה, וְרָאָה שֶׁאֵינוֹ מַסְפִּיק לוֹ, וְעִם כָּל זֶה עָשָׂה נִסָּיוֹן וְרָאָה דִּתְחִלָּה לֹא טָעָה בְּאוֹתוֹ הָאֹומֶד, וּמִמֵּילָא לֹא מָצָא לוֹ עָוֹן בְּבִיטּוּל תּוֹרָה כַּאֲשֶׁר תָּלָה בּוֹ, אָז וַדַּאי דְּאֵלּוּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה הֵן. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד לְתָרֵץ מַה שֶׁאָמַר יִתְלֶה בְּבִיטּוּל תּוֹרָה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֶפְשָׁר שֶׁאֲנִי בִּטַּלְתִּי עֵסֶק תּוֹרָה בִּשְׁבִיל מִצְוָה שֶׁהָיָה אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָהּ עַל יְדֵי אֲחֵרִים וַאֲנִי בִּטַּלְתִּי תּוֹרָה כְּדֵי לַעֲשׂוֹתָהּ, וְלָכֵן דָּבָר זֶה לֹא מָצְאוּ בַּפִּשְׁפּוּשׁ הָרִאשׁוֹן, כִּי בֶּאֱמֶת לֹא בִּיטֵּל תּוֹרָה בְּחִנָּם אֶלָּא רַק בַּעֲבוּר עֵסֶק מִצְוָה, וְאִם תָּלָה בְּכָךְ וְאַחַר כָּךְ נוֹדַע לוֹ בְּבֵירוּר שֶׁלֹּא נִזְדַּמֵּן לוֹ דָּבָר זֶה שֶׁלֹּא בִּיטּוּל תּוֹרָה בַּעֲבוּר מִצְוָה שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָהּ עַל יְדֵי אֲחֵרִים, אָז יָדַע שֶׁהֵם יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה יִתְלֶה בְּבִיטּוּל תּוֹרָה שֶׁל אֲחֵרִים, כִּי יֹאמַר אֶפְשָׁר בִּקַּשְׁתִּי לִי אֵיזֶה עֵסֶק מֵאֲחֵרִים לַעֲשׂוֹתוֹ וְגָרַמְתִּי לָהֶם שֶׁיִּבָּטְלוּ מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה בַּעֲבוּר עִסְקֵי, וְדָבָר זֶה לֹא נוֹדַע לוֹ מִן פִּשְׁפּוּשׁ מַעֲשָׂיו שֶׁפִּשְׁפֵּשׁ תְּחִלָּה, וְאִם תָּלָה בְּכָךְ וְלֹא מָצָא, כְּגוֹן שֶׁאַחַר כָּךְ נִתְבָּרֵר לוֹ שֶׁכָּל אוֹתָם אֲחֵרִים שֶׁבִּקֵּשׁ מֵהֶם עֵסֶק לְעַצְמוֹ לֹא הָיָה לָהֶם עֵסֶק תּוֹרָה כְּלָל אָז הֵם שֶׁל אַהֲבָה.
« Il a examiné et n'a pas trouvé, qu'il mette au compte du bittoul Torah. » On objecte : puisqu'il a entre les mains la faute du bittoul Torah, qui est grave, comment a-t-il examiné sans rien trouver ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'homme n'est pas tenu de s'occuper de Torah toute la journée, car beaucoup ont fait comme Rabbi Chimon bar Yohai et n'y sont pas parvenus ; il lui faut seulement se fixer des heures pour l'étude, et employer les autres heures à son travail pour rapporter le pain de sa maison. Or cette occupation n'a pas la même mesure pour tous : il est des hommes à qui deux heures suffisent pour leur subsistance, d'autres quatre, d'autres davantage ; chacun doit évaluer selon son estimation combien d'heures par jour lui suffisent pour sa subsistance, et s'y employer. Il se peut qu'il se trompe dans cette estimation et évalue une heure où une demi-heure de plus qu'il ne faut, sans s'en apercevoir. C'est pourquoi, s'il a examiné et n'a rien trouvé, qu'il mette la chose au compte du bittoul Torah, car il se dira, assurément je me suis trompé dans mon estimation et je m'occupe une heure où une demi-heure de plus qu'il ne me faut, et j'ai donc annulé l'étude pendant ce temps sans nécessité. Par là se comprend ce qui est dit, il a mis au compte et n'a pas trouvé : c'est-à-dire qu'il l'a mis au compte de l'erreur d'estimation mentionnée, qu'il a donc retranché une demi-heure de la mesure de son occupation, et qu'il a vu qu'elle ne lui suffisait pas ; il a fait l'essai et a vu qu'il ne s'était pas trompé au départ dans cette estimation, et il ne trouve donc pas de faute de bittoul Torah là où il l'avait mise. Alors, assurément, ces souffrances sont des souffrances d'amour. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, de résoudre autrement ce qu'il dit, qu'il mette au compte du bittoul Torah : c'est-à-dire, peut-être ai-je négligé l'étude pour un commandement qu'il était possible de faire accomplir par d'autres, et j'ai négligé la Torah afin de l'accomplir moi-même ; cette chose-là, il ne l'a pas trouvée dans le premier examen, car en vérité il n'a pas négligé la Torah pour rien, mais pour un commandement. S'il l'a mise à ce compte, et qu'ensuite il lui apparaisse clairement que le cas ne s'est pas présenté, qu'il n'a pas négligé la Torah pour un commandement réalisable par d'autres, alors il saura que ce sont des souffrances d'amour. D'une autre manière il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'il le mette au compte du bittoul Torah des autres, car il se dira, peut-être ai-je demande à d'autres de faire pour moi quelque travail et leur ai-je fait ainsi négliger l'étude de la Torah à cause de mes affaires ; cette chose-là ne lui est pas apparue dans l'examen de ses actes qu'il avait fait d'abord. Et s'il l'a mis à ce compte sans rien trouver — par exemple s'il lui est apparu ensuite que tous ceux à qui il avait demandé un service n'avaient aucune occupation de Torah — alors ce sont des souffrances d'amour.
💡 Explication

Le folio passe de la souffrance qui sanctionne une faute à la souffrance qui n'en sanctionne aucune. Rava donne une procédure ordonnée : on ne saute pas d'étape et l'on ne conclut jamais d'emblée.

Premier temps, yéfachpech béma'assav : fouiller ses actes, le verbe désigne une recherche minutieuse. Second temps, si rien ne ressort, mettre en cause le bittoul Torah, la négligence de l'étude, faute qui échappe à l'examen ordinaire parce qu'elle est faite d'absences et non d'actes. Rachi tire du verset que la souffrance a pour effet d'amener l'homme à l'étude.

10
וְאִם תָּלָה וְלֹא מָצָא — בְּיָדוּעַ שֶׁיִּסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה הֵם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי אֶת אֲשֶׁר יֶאֱהַב ה׳ יוֹכִיחַ״.

Et s'il a mis la chose à ce compte et n'a rien trouvé, il est acquis que ce sont des souffrances d'amour (yissourim chel ahava), ainsi qu'il est dit : « car celui que ה' aime, Il le reprend » (Pr. 3, 12).

📜 Rachi (1)
יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה הקב"ה מְייַסְּרוֹ בעוה"ז בְּלֹא שׁוּם עָוֹן כְּדֵי לְהַרְבּוֹת שְׂכָרוֹ בָּעוֹלָם הַבָּא יוֹתֵר מִכְּדֵי זְכִיּוֹתָיו:
« Des souffrances d'amour » — le Saint béni soit-Il le châtie en ce monde sans aucune faute, afin d'augmenter sa récompense dans le monde à venir au-delà de ce que méritent ses mérites.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִם תָּלָה וְלֹא מָצָא, בְּיָדוּעַ שֶׁיִּסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה הֵן. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל הקב"ה מִיסְרוּ בָּעוֹלָם הַזֶּה בְּלִי שׁוּם עָוֹן כְּדֵי לְהַרְבּוֹת שְׂכָרוֹ בָּעוֹלָם הַבָּא יוֹתֵר מִכְּדֵי זְכִיּוֹתָיו, נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בִּשְׁבִיל טִיפּוֹת דָּם שֶׁיָּצָא מִן הַנָּבִיא מִיכָיְהוּ ע"ה, שֶׁאָמַר לְאוֹתוֹ הָאִישׁ, (מְלָכִים א' כ, לז) הַכֵּינִי נָא וַיַּכֵּהוּ הָאִישׁ הַכֵּה וּפָצֹעַ, כִּיפֵּר שֶׁלֹּא נֶהֶרְגוּ יִשְׂרָאֵל עִם אַחְאָב בְּמִלְחֶמֶת מֶלֶךְ אֲרָם, כִּי צַעַר הַנָּבִיא שֶׁהָיָה צַדִּיק גָּמוּר שְׁקִיל כְּנֶגֶד מַלְקוּת כַּמָּה אֲלָפִים אֲנָשִׁים, וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן, אִם הָאָדָם צַדִּיק גָּמוּר מַצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל בְּיִסּוּרִין שֶׁלּוֹ מִכַּמָּה מִלְּקִיּוֹת וּגְזֵירוֹת רָעוֹת, כִּי עַל יְדֵי כֵּן יִהְיֶה לָהֶם הַנְפָּשָׁה מִן קִטְרוּג הַמְקַטְרְגִים הָרוֹדְפִים אוֹתָם, וְאָז יִהְיֶה לָהֶם אֲרִיכוּת אַפַּיִם עַד שֶׁיָּשׁוּבוּ בִּתְשׁוּבָה, וְאָז זוֹכֶה הַצַּדִּיק הַהוּא בְּאוֹתוֹ שָׂכָר הַמַּגִּיעַ מִתְּשׁוּבָה וּמַעֲשִׂים טוֹבִים אֲשֶׁר עוֹשִׂין יִשְׂרָאֵל מִכֹּחַ הַרְוָוחָה הַנַּעֲשֵׂית לָהֶם עַל יְדֵי הַיִּסּוּרִין שֶׁסָּבַל לַעֲצֹור בְּעַד הַפֻּרְעָנוּת שֶׁלֹּא בָּא עֲלֵיהֶם, וְגַם עוֹד, מֵאַחַר שֶׁעַל יָדוֹ נִשְׁאֲרוּ בַּחַיִּים וְעָשׂוּ מִצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים יֵשׁ לוֹ חֵלֶק בָּהֶם, וְלָזֶה אָמַר כְּדֵי לְהַרְבּוֹת שְׂכָרוֹ בָּעוֹלָם הַבָּא יוֹתֵר מִכְּדֵי זְכִיּוֹתָיו. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז כִּי הַיִּסּוּרִין הֵם דִּין, וְאַהֲבָה שֶׁל הַצַּדִּיק אֲשֶׁר מְקַבֵּל אוֹתָם בְּאַהֲבָה הִיא חֶסֶד, וַהֲרֵי בָּזֶה נַעֲשֶׂה תַּעֲרֹובֶת חֶסֶד וְדִין, וְעַל יְדֵי כֵּן יִתְמַתְּקוּ כּוֹחוֹת הַדִּין לְמַעְלָה בְּמִדַּת הָרַחֲמִים, גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יִסּוּרִין [336] הֵם מִסְפַּר של"ו [336] , וְיָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל עַל הַפָּסוּק שֶׁלּוֹ הָיִיתִי הַכָּתוּב בְּאִיּוֹב, שֶׁהֵם סוֹד ג' פְּעָמִים 'אֱ-לֹהִים' הַמִּתְמַתְּקִים בִּשְׁלֹשָׁה הויו"ת, שֶׁהֵם מִסֵּפֶר שֶׁלּוֹ [156] , וּבָזֶה יִהְיֶה 'שלו"ה' בָּעוֹלָם עַיֵּין שָׁם, וּלְפִי זֶה לְכָךְ נִקְרָאִין יִסּוּרִין שֶׁהֵם מִסְפָּר שֶׁלּוֹ, וּבָזֶה יוּבָן רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים כד, ה) יִשָּׂא בְרָכָה מֵאֵת ה' וּצְדָקָה מֵאֱ-לֹהֵי יִשְׁעוֹ, יִשָּׂא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת י סוּרִין ש ל א הָבָה הֵם בְרָכָה מֵאֵת ה' וּצְדָקָה מֵאֱ-לֹהֵי יִשְׁעוֹ, כִּי עַל יָדָם יִרְבֶּה שְׂכַר הָאָדָם, וּלְכָךְ צַדִּיק גָּמוּר מְכוֹנָה בְּשֵׁם אִישׁ כִּי יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה הֵם לְצַדִּיק גָּמוּר דַּוְקָא.
« Et s'il a mis à ce compte et n'a rien trouvé, il est acquis que ce sont des souffrances d'amour. » Rachi de mémoire bénie a expliqué : le Saint béni soit-Il le châtie en ce monde sans aucune faute, afin d'augmenter sa récompense dans le monde à venir au-delà de ce que méritent ses mérites. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle qu'ont dite nos maîtres de mémoire bénie : par les gouttes de sang sorties du prophète Mikhayahou, que la paix soit sur lui, lorsqu'il dit à cet homme (I Rois 20, 37) « frappe-moi donc », et que l'homme le frappa et le blessa, il fut expié qu'Israël ne fût pas tué avec Ahav dans la guerre du roi d'Aram ; car la douleur du prophète, qui était un juste accompli, pesait autant que les coups de milliers d'hommes. Il en va de même ici : si l'homme est un juste accompli, il sauve Israël par ses souffrances de bien des coups et de bien des décrets mauvais, car par là ils obtiennent un répit face aux accusateurs qui les poursuivent, et ils reçoivent alors un délai jusqu'à ce qu'ils reviennent par la techouva ; ce juste mérite alors la récompense qui revient de la techouva et des bonnes actions accomplies par Israël grâce au répit qui leur a été procuré par les souffrances qu'il a supportées pour retenir le châtiment de venir sur eux. De plus, puisque c'est par lui qu'ils sont restés en vie et ont accompli des commandements et de bonnes actions, il a part à celles-ci ; c'est ce que veut dire Rachi, afin d'augmenter sa récompense dans le monde à venir au-delà de ce que méritent ses mérites. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, faire allusion à ceci : les souffrances sont din (rigueur), et l'amour du juste qui les reçoit avec amour est 'hessed (bonté) ; il se fait donc par là un mélange de 'hessed et de din, et par là les forces du din sont adoucies en haut dans la mesure de miséricorde. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que yissourin (336) a le compte de chalo (336), et l'on connaît ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie sur le verset « j'étais tranquille » écrit dans Job, que c'est le sod de trois fois Elokim adoucis par trois Noms de quatre lettres, dont le compte est chalo (156), et par là il y aura chalva (tranquillité) dans le monde ; vois-y. Selon cela, elles sont appelées yissourin parce qu'elles ont le compte de chalo. Par là se comprend l'allusion du verset (Ps. 24, 5) « il portera une bénédiction de ה' et une justice du D.ieu de son salut » : yissa est l'acronyme de yissourin chel ahava, lesquels sont une bénédiction de ה' et une justice du D.ieu de son salut, car par eux la récompense de l'homme augmente ; et c'est pourquoi le juste accompli est désigné du nom d'ich, car les souffrances d'amour ne sont précisément que pour le juste accompli.
💡 Explication

La conclusion est formulée comme une certitude, bidoua, et non comme une hypothèse : la procédure ayant épuisé les deux causes possibles, il ne reste que la troisième.

Rachi donne la définition exacte : le Saint béni soit-Il châtie l'homme en ce monde sans aucune faute, afin d'augmenter sa récompense dans le monde à venir au-delà de ce que ses mérites lui vaudraient.

🖼️ Schéma
La procédure quand la souffrance vient (seg. 8-12) Rava, ou Rav Hisda : trois étapes dans l'ordre, et l'on ne passe à la suivante qu'après échec de la précédente. Des yissourim arrivent Étape 1 : yéfachpech béma-assav -- examiner ses actes Nous sonderons nos voies, nous les examinerons, et nous reviendrons vers ה' (Lam. 3, 40). A trouvé une faute : la cause est identifiée, la techouva est le remède. a examiné et n'a rien trouvé Étape 2 : mettre en cause le bittoul Torah Heureux l'homme que Tu châties, ה', et que Tu instruis de Ta Torah (Ps. 94, 12). Rachi : c'est par les souffrances que l'homme en vient à l'étude. a mis en cause et n'a rien trouvé Étape 3 : ce sont des yissourim chel ahava Car celui que ה' aime, Il le reprend (Pr. 3, 12). Rachi : sans aucune faute, pour augmenter la récompense. Certitude, non hypothèse : bidoua, on le sait. La condition (seg. 10-11) Il ne suffit pas de les subir : im tassim acham nafcho. De même que le korban acham est apporté lada-at, en connaissance et de plein gré, ainsi les souffrances doivent-elles être reçues lada-at. La récompense (seg. 12) Il verra une descendance, il prolongera ses jours. Et non seulement cela : son étude tiendra dans sa main, car le désir de ה' réussira par sa main -- alors que la souffrance devrait, naturellement, faire oublier.
La procédure complète : trois étapes ordonnées, puis la condition et la récompense.
11
אָמַר רָבָא, אָמַר רַב סְחוֹרָה, אָמַר רַב הוּנָא: כֹּל שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא חָפַץ בּוֹ — מְדַכְּאוֹ בְּיִסּוּרִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַה׳ חָפֵץ דַּכְּאוֹ הֶחֱלִי״.

Rava a dit au nom de Rav Sehora au nom de Rav Houna : celui en qui le Saint béni soit-Il trouve Son désir, Il l'écrase par les souffrances, ainsi qu'il est dit : « et ה' a désiré l'écraser, Il l'a rendu malade » (Is. 53, 10).

📜 Rachi (1)
וַה' חָפֵץ דַּכְּאוֹ הֶחֱלִי מִי שהקב"ה חָפֵץ בּוֹ מַחֲלֵהוּ בְּיִסּוּרִין:
« Et ה' a désiré l'écraser, Il l'a rendu malade » — celui en qui le Saint béni soit-Il trouve Son désir, Il le rend malade par les souffrances.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֹּל שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא חָפַץ בּוֹ, מִדַּכְּאוֹ בְּיִסּוּרִין. יֵשׁ לְהָבִין מָה הַלָּשׁוֹן אוֹמֶרֶת מִדַּכְּאוֹ וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִיסְרוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כְּלוֹמַר מַקְנֶה לוֹ עַל יְדֵי כֵּן מִדַּת עֲנָוָה וְשִׁפְלוּת, וְלָזֶה אָמַר 'מִדַּכָּאוֹ' מִלְּשׁוֹן דַּכָּא וּשְׁפַל רוּחַ, וּמַה שֶׁאָמַר וְאִם קִבְּלָם, מַה שְׂכָרוֹ יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי לְשׁוֹן סָפֵק זֶה דְּנָקֵיט, וַהֲלֹא בְּהָכִי מַייְרֵי דְּקָאָמַר שֶׁהוּא חָפֵץ בּוֹ שֶׁזֶּה וַדַּאי יְקַבְּלֵם מֵאַהֲבָה? וְנִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה שֶׁמֵּאֵלָיו מְקַבְּלָם מֵאַהֲבָה שֶׁהוּא יְבַקֵּשׁ אוֹתָם בְּרָצוֹן טוֹב, וּכְמוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי בִּמְצִיעָא דַּף פ"ד, שֶׁהָיָה אוֹמֵר בָּאוּ אָחִי בָּאוּ רֵיעִי.
« Celui en qui le Saint béni soit-Il trouve Son désir, Il l'écrase par les souffrances. » Il faut comprendre ce que dit ce terme, medakéo (Il l'écrase) ; il aurait fallu dire, Il le châtie. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela veut dire qu'Il lui fait acquérir par là la qualité d'humilité et d'abaissement ; c'est pourquoi il dit medakéo, du terme daka véchefal roua'h (écrasé et humble d'esprit). Et lorsqu'il est dit « et s'il les a reçues, quelle est sa récompense », il y a lieu de demander ce que signifie cette formule de doute, alors qu'il est question ici de celui en qui D.ieu trouve Son désir, lequel les recevra assurément avec amour. Il me semble que l'intention est qu'il les reçoit de lui-même avec amour, en ce qu'il les demande de bon gré, comme Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon bar Yohai dans Metsia folio 84, qui disait, venez mes frères, venez mes compagnons.
12
יָכוֹל אֲפִילּוּ לֹא קִבְּלָם מֵאַהֲבָה? — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אִם תָּשִׂים אָשָׁם נַפְשׁוֹ״, מֶה אָשָׁם לָדַעַת, אַף יִסּוּרִין — לָדַעַת.

On pourrait croire qu'il en va ainsi même s'il ne les a pas reçues avec amour ? Le verset dit : « si son âme se constitue en acham », de même que le korban acham est apporté en connaissance, ainsi les souffrances doivent-elles être reçues en connaissance.

📜 Rachi (2)
אָשָׁם קָרְבָּן:
« Acham » — un korban.
נַפְשׁוֹ מִדַּעְתּוֹ:
« Son âme » — de son plein gré.
💡 Explication

La suite du même verset d'Isaie fournit la condition. Le mot acham désigne le sacrifice de culpabilité ; or un korban n'est valable que s'il est apporté volontairement, lada'at, avec la connaissance et le consentement de celui qui l'offre. Rachi glose donc les deux mots : acham est un korban, nafcho veut dire de son plein gré.

La souffrance n'expie donc pas d'elle-même : elle vaut comme offrande lorsqu'elle est acceptée. C'est ce qui distingue la souffrance subie de la souffrance reçue.

13
וְאִם קִבְּלָם מַה שְּׂכָרוֹ: ״יִרְאֶה זֶרַע יַאֲרִיךְ יָמִים״. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁתַּלְמוּדוֹ מִתְקַיֵּים בְּיָדוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְחֵפֶץ ה׳ בְּיָדוֹ יִצְלָח״.

Et s'il les a reçues, quelle est sa récompense ? « Il verra une descendance, il prolongera ses jours. » Et non seulement cela, mais son étude tiendra dans sa main, ainsi qu'il est dit : « et le désir de ה' réussira par sa main ».

🪔 Ben Yehoyada (3)
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁתַּלְמוּדוֹ מִתְקַיֵּם בְּיָדוֹ. הַכְּלָל שֶׁל וְעוֹד אֶלָּא דְּאִיכָּא בְּתַלְמוּדָא יָדוּעַ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כָּאן הַכַּוָּנָה אַף עַל פִּי דְּמִצַּד הַטֶּבַע יִהְיֶה עָלוּל לְשִׁכְחָה, מֵאַחַר שֶׁהוּא מְבֻולְבָּל בְּיִסּוּרִין וְכוֹחוֹ חָלוּשׁ, עִם כָּל זֶה הקב"ה יִתְנַהֵג עִמּוֹ הֵפֶךְ הַטֶּבַע, שֶׁיִּתְקַייֵּם תַּלְמוּדוֹ בְּיָדוֹ וְלֹא יִשְׁכָּחֶנּוּ. וְהִנֵּה יֵשׁ לְהָבִין מָה עִנְיַן 'תַּלְמוּדוֹ בְּיָדוֹ' דְּקָאָמַר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כְּלוֹמַר שֶׁיִּזְכֶּה לְקַיֵּים הַלִּימּוּד שֶׁלּוֹ בְּפֹועַל, נָאֶה דּוֹרֵשׁ וְנָאֶה מְקַיֵּים, וְכָל מַעֲשֶׂה יִתְייַחֵס לַיָּדַיִם. אוֹ יוּבָן הַכַּוָּנָה שֶׁלֹּא יֶחֱטָא אַחַר כָּךְ וְיִקְּחוּ אֲחֵרִים אֶת חֶלְקוֹ בְּגַן עֵדֶן, אֶלָּא יִשָּׁאֵר תַּלְמוּדוֹ בְּיָדוֹ. אוֹ יוּבָן הַכַּוָּנָה שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ אֶל עֵזֶר וְסִיּוּעַ מִזּוּלָתוֹ. אוֹ יוּבָן בס"ד הַכַּוָּנָה יִתְקַיֵּים כְּמִסְפַּר טו"ב הָרָמוּז בְּיָדוֹ, כִּי בַּיָּד יֵשׁ טו"ב פְּרָקִים עַד סָמוּךְ לְכַתֵּף, וְד' פְּעָמִים טוֹב [17] שֶׁהֵם כְּנֶגֶד פַּרְדֵּ"ס הֵם מִסְפַּר חַיִּים [68] .
« Et non seulement cela, mais son étude tiendra dans sa main. » La règle du vélo od ela dans le Talmud est connue. Il me semble ici, avec l'aide du Ciel, que l'intention est que, bien que du côté de la nature il soit exposé à l'oubli, puisqu'il est troublé par les souffrances et que sa force est affaiblie, malgré tout le Saint béni soit-Il agira avec lui à l'encontre de la nature, de sorte que son étude tiendra dans sa main et qu'il ne l'oubliera pas. Il y a lieu de comprendre ce que veut dire « son étude dans sa main ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela veut dire qu'il méritera d'accomplir son étude en acte, beau dans son enseignement et beau dans sa pratique, tout acte se rapportant aux mains. Ou bien l'intention est qu'il ne fautera pas ensuite, de sorte que d'autres prendraient sa part au jardin d'Éden, mais que son étude lui restera en main. Ou bien l'intention est qu'il n'aura pas besoin de l'aide et du secours d'autrui. Ou bien encore, avec l'aide du Ciel, l'intention est qu'elle subsistera selon le compte de tov (17), auquel il est fait allusion par le mot yad (main), car la main comporte dix-sept articulations jusqu'au voisinage de l'épaule, et quatre fois tov (17), qui correspondent aux quatre niveaux du pardes, font le compte de 'hayim (68).
שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ נ״ג:י׳) וְחֵפֶץ ה' בְּיָדוֹ יִצְלָח. נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז קַבָּלַת יִסּוּרִין מֵאַהֲבָה הִיא אַהֲבָה כְּפוּלָה, דְּהַייְנוּ אַהֲבָה מִצַּד הַנֶּפֶשׁ וְאַהֲבָה מִצַּד הַגּוּף, וּב' פְּעָמִים אהב"ה [13] מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה [26] , לְכָךְ חֵפֶץ ה' בְּיָדוֹ יִצְלַח, כְּלוֹמַר הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת חֵפֶץ ה', שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ד' חֲלָקִים פַּרְדֵּ"ס כְּנֶגֶד ד' אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם, בְּיָדוֹ יַצְלִיחַ.
« Ainsi qu'il est dit (Is. 53, 10) : et le désir de ה' réussira par sa main. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, faire allusion à ceci : recevoir les souffrances avec amour est un amour double, l'amour du côté de l'âme et l'amour du côté du corps, et deux fois ahava (13) font le compte du Nom de quatre lettres (26) ; c'est pourquoi le désir de ה' réussira par sa main, c'est-à-dire que la Torah, appelée le désir de ה', qui comporte les quatre parties du pardes en face des quatre lettres du Nom, réussira par sa main.
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁתַּלְמוּדוֹ מִתְקַיֵּם בְּיָדוֹ. שָׁם שְׁלֹשָׁה מַתָּנוֹת נָתַן הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל וְכֻולָּן לֹא נְתָנָן אֶלָּא עַל יְדֵי יִסּוּרִין. מַקְשִׁים מִנְיָינָא לָמָּה לִי, וְגַם כֻּולָּן לָמָּה לִי, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר תּוֹרָה, וְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וְעוֹלָם הַבָּא נִתְּנוּ עַל יְדֵי יִסּוּרִין, וְעוֹד קַשָּׁא הָא קָא חָזֵינַן יֵשׁ שֶׁזָּכוּ לַתּוֹרָה וּלְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא עַל יְדֵי יִסּוּרִין, וְעוֹד עוֹלָם הַבָּא זוֹכֶה הָאָדָם בָּהּ עַל יְדֵי מַעֲשָׂיו, וְיִסּוּרִין מַאן דְּכַר שְׁמַיְיהוּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּשָׁלֹשׁ אֵלֶּה נִשְׁתַּלְשְׁלוּ מִן ג' סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם חָכְמָה בִּינָה דַּעַת, שֶׁהֵם ג' קַוִּין, וְהַיְינוּ אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מִן חָכְמָה, לְכָךְ אָמַר (מִשְׁלֵי ג, יט) ה' בְּחָכְמָה יָסַד אָרֶץ, וְלָזֶה אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אַוֵּירָא דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַחְכִּים, וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי הַמִּדְרָשׁ אָמַר לוֹ הַקָּבָּ"ה לְמֹשֶׁה, חָכָם אַתָּה וְאַתָּה מְבַקֵּשׁ לִיכָּנֵס לָאָרֶץ, וְעוֹלָם הַבָּא מִן הַבִּינָה, שֶׁהִיא סוֹד עוֹלָם הַבָּא, וְנִקְרֵאת עוֹלָם הַבָּא כַּנּוֹדָע, וְתוֹרָה מִן הַדַּעַת, וְלָכֵן נִתְּנָה עַל יְדֵי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁהָיָה בְּסוֹד הַדַּעַת, וְלָכֵן נִקְרֵאת תּוֹרַת מֹשֶׁה, דִּכְתִיב (מַלְאָכִי ג, כב) זִכְרוּ תּוֹרַת מֹשֶׁה עַבְדִּי. וְהִנֵּה בַּגְּמָרָא לְקַמָּן אִיתָא אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב, עוֹלָמְךָ תֵּרָאֶה בְּחַיֶּיךָ, וּלְפִי פְּשׁוּטוֹ קַשָּׁא, הֲיִתָּכֵן שֶׁיְּבָרְכוּ אֶת הַצַּדִּיק שֶׁיֹּאכַל עוֹלָמוֹ בְּחַיָּיו, אַךְ הַכַּוָּנָה יְדוּעָה דְּיֵשׁ צַדִּיק שֶׁיַּעֲלֶה בְּמַעֲלוֹת רָמוֹת עַד שֶׁמַּרְגִּישׁ שִׂמְחָה וְשָׂשׂוֹן בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה וְהַמִּצְוֹת, דָּבָר אֲשֶׁר לֹא יְשֹׁועַר שֶׁיִּהְיֶה לוֹ עֹונֶג נִפְלָא מֵעֵין עֹונֶג עוֹלָם הַבָּא, וְעַל זֶה אָמְרוּ לֵיהּ עוֹלָמְךָ תֵּרָאֶה בְּחַיֶּיךָ, וְכַמְבֹואָר שָׁם, וְהִנֵּה עוֹלָם הַבָּא דְּנָקֵיט הָכָא, הוּא עַל עֹונֶג עוֹלָם הַבָּא שֶׁמַּרְגִּישׁ בְּחַיָּיו בָּעוֹלָם הַזֶּה מִכֹּחַ עֹוצֶם צִדְקָתוֹ, דְּאֵין כָּל צַדִּיק זוֹכֶה לְכָךְ, וְכַוָּנַת הַבָּרַייְתָא לוֹמַר דְּאֶפְשָׁר שֶׁיִּזְכֶּה לַתּוֹרָה וְגַם לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בְּלֹא יִסּוּרִין, אֲבָל שְׁלָשְׁתָּן בְּיַחַד דְּהַייְנוּ שֶׁיִּהְיֶה בַּעַל תּוֹרָה וְגַם יוֹשֵׁב בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְגַם יִזְכֶּה לָעוֹלָם הַבָּא אֲשֶׁר הִיא בָּעוֹלָם הַזֶּה, עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ עוֹלָמְךָ תִּרְאֶה בְּחַיֶּיךָ, לֹא יִזְכֶּה לְשָׁלֹשׁ אֵלֶּה בְּיַחַד, אֶלָּא רַק עַל יְדֵי יִסּוּרִין. וְזֶה שֶׁאָמְרוּ שָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת נָתַן הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל, נָקֵיט מִנַּיִן שָׁלֹשׁ לִרְמֹוז שֶׁהֵם נִשְׁתַּלְשְׁלוּ מִן ג' סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת, שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה קַוִּין, וְכֻולָּן לֹא נָתְנוּ אֶלָּא עַל יְדֵי יִסּוּרִין, כֻּולָּן דַּייְקָא, פֵּירֵשׁ שְׁלָשְׁתָּם בְּקִיבּוּץ אֶחָד כִּיחֵד לֹא נָתְנוּ לְאָדָם אֶחָד, אֶלָּא עַל יְדֵי יִסּוּרִין, וּבָזֶה הַבֵּיאוּר שֶׁבֵּאַרְנוּ תָּבֹא נָכוֹן הוֹכָחָה שֶׁמֵּבִיא לָעוֹלָם הַבָּא מִן פָּסוּק (מִשְׁלֵי ו, כג) וְדֶרֶךְ חַיִּים תּוֹכְחוֹת מוּסָר, כִּי לְפִי דְּבָרֵינוּ קָאֵי עַל עוֹלָם הַבָּא שֶׁיִּמָּצֵא הָאָדָם בְּעוֹדוֹ חַי בָּעוֹלָם הַזֶּה, וְיָדוּעַ כִּי עוֹלָם הַזֶּה נִקְרֵאת דֶּרֶךְ חַיִּים, כִּי הִיא דֶּרֶךְ לֵילֵךְ בָּהּ לָעוֹלָם הַבָּא שֶׁהִיא אֶרֶץ הַחַיִּים, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב הצל"ח זַ"ל עַל מַאֲמָר לָמַדְנוּ אָרְחוֹת חַיִּים, שֶׁנִּזְכֶּה בָּהֶם לָעוֹלָם הַבָּא ודו"ק.
« Et non seulement cela, mais son étude tiendra dans sa main. » Il est enseigné là que le Saint béni soit-Il a donné trois dons à Israël, et qu'aucun d'eux ne fut donné autrement que par les souffrances. On objecte : pourquoi ce dénombrement, et pourquoi « tous » ? Il aurait fallu dire, la Torah, la terre d'Israël et le monde à venir furent donnés par les souffrances. On objecte encore que nous voyons des hommes qui ont mérité la Torah et la terre d'Israël sans souffrances ; et de plus, le monde à venir, l'homme l'obtient par ses actes — que viennent faire ici les souffrances ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces trois-là découlent des trois premières sefirot, qui sont 'hokhma, bina et daat, et qui forment trois lignes : la terre d'Israël vient de 'hokhma, et c'est pourquoi il est dit (Pr. 3, 19) « ה' par la sagesse a fondé la terre », et c'est pourquoi nos maîtres de mémoire bénie ont dit que l'air de la terre d'Israël rend sage ; par là j'ai expliqué le midrach où le Saint béni soit-Il dit à Moche, tu es sage et tu demandes à entrer dans la terre. Le monde à venir vient de bina, qui est le sod du monde à venir et qui est appelée monde à venir, comme on le sait ; et la Torah vient de daat, c'est pourquoi elle fut donnée par Moche notre maître, que la paix soit sur lui, qui était dans le sod du daat, et c'est pourquoi elle est appelée la Torah de Moche, comme il est écrit (Malachie 3, 22) « souvenez-vous de la Torah de Moche Mon serviteur ». Or il est rapporté dans la guemara plus loin que les Sages dirent à Rav, puisses-tu voir ton monde de ton vivant ; selon le sens simple, cela fait difficulté : est-il concevable que l'on bénisse le juste de consommer son monde de son vivant ? Mais l'intention est connue : il est un juste qui monte à des degrés si élevés qu'il ressent joie et allégresse dans l'occupation de la Torah et des commandements, chose inconcevable, un délice merveilleux qui tient du délice du monde à venir, et c'est de cela qu'ils lui ont dit, puisses-tu voir ton monde de ton vivant, comme il est expliqué là. Le monde à venir dont il est question ici désigne donc ce délice du monde à venir que l'on ressent de son vivant en ce monde, par la force de l'immensité de sa droiture, et que tout juste ne mérite pas. L'intention de la baraita est de dire qu'il est possible de mériter la Torah, et aussi la terre d'Israël, sans souffrances ; mais les trois ensemble, c'est-à-dire être maître de Torah, habiter la terre d'Israël, et mériter en outre ce monde à venir qui est dans ce monde-ci, à la manière de ce qu'ils ont dit, puisses-tu voir ton monde de ton vivant — ces trois-là ensemble, on ne les mérite que par les souffrances. Et c'est pourquoi il est dit trois dons, le nombre trois faisant allusion à ce qu'ils découlent des trois premières sefirot, qui sont trois lignes ; et « tous ne furent donnés que par les souffrances », tous précisément, c'est-à-dire les trois réunis en un seul faisceau ne furent pas donnés à un même homme sinon par les souffrances. Avec cette explication, la preuve qu'il apporte pour le monde à venir du verset (Pr. 6, 23) « et un chemin de vie, les réprimandes de la morale » vient juste, car selon nos paroles cela porte sur le monde à venir que l'homme trouve alors qu'il est encore vivant en ce monde ; et l'on sait que ce monde-ci est appelé chemin de vie, car il est le chemin par lequel on va vers le monde à venir, qui est la terre des vivants, comme l'a écrit le Rav Tselah de mémoire bénie sur l'enseignement « enseigne-nous les voies de la vie », que nous méritions par elles le monde à venir. Examine-le bien.
💡 Explication

Le même verset d'Isaie fournit aussi la récompense, en trois temps : la descendance, la durée, et l'étude qui tient. Ce troisième point est présenté comme un surplus, vélo od ela.

Le hefets ה' du verset est lu comme la Torah, lieu où le désir divin se révèle. La force de l'énoncé tient à ce que la souffrance devrait naturellement disperser l'esprit et faire oublier l'étude ; la promesse va donc contre le cours ordinaire des choses.

14
פְּלִיגִי בָּהּ רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי וְרַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא. חַד אָמַר: אֵלּוּ הֵם יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה — כָּל שֶׁאֵין בָּהֶן בִּטּוּל תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַשְׁרֵי הַגֶּבֶר אֲשֶׁר תְּיַסְּרֶנּוּ יָּהּ וּמִתּוֹרָתְךָ תְלַמְּדֶנּוּ״.

Rabbi Yaakov bar Idi et Rabbi Aha bar Hanina sont en désaccord sur ce point. L'un dit : les souffrances d'amour sont toutes celles qui n'entraînent pas de bittoul Torah, ainsi qu'il est dit : « Heureux l'homme que Tu châties, ה', et que Tu instruis de Ta Torah » (Ps.

94, 12).

💡 Explication

La mahloket ne porte plus sur le diagnostic mais sur la définition : jusqu'où une souffrance peut-elle aller et rester une souffrance d'amour ? La première position pose une limite fonctionnelle : si elle empêche l'étude, elle a cessé d'être un bienfait.

L'appui est le même verset qui servait à l'étape 2 de la procédure : sa seconde moitié, oumitoratkha telamdenou, décrit un homme que le châtiment laisse capable d'apprendre.

15
וְחַד אָמַר: אֵלּוּ הֵן יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה — כָּל שֶׁאֵין בָּהֶן בִּטּוּל תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרוּךְ אֱ-לֹהִים אֲשֶׁר לֹא הֵסִיר תְּפִלָּתִי וְחַסְדּוֹ מֵאִתִּי״.

Et l'un dit : les souffrances d'amour sont toutes celles qui n'entraînent pas de bittoul tefila (interruption de la prière), ainsi qu'il est dit : « Béni soit D.ieu, qui n'a pas écarté ma prière ni Sa bonté de moi » (Ps. 66, 20).

16
אֲמַר לְהוּ רַבִּי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא בַּר אַבָּא, הָכִי אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵלּוּ וָאֵלּוּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה הֵן, שֶׁנֶּאֱמַר ״כִּי אֶת אֲשֶׁר יֶאֱהַב ה׳ יוֹכִיחַ״.

Rabbi Abba, fils de Rabbi Hiya bar Abba, leur dit : ainsi a dit Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : les unes et les autres sont des souffrances d'amour, ainsi qu'il est dit : « car celui que ה' aime, Il le reprend » (Pr. 3, 12).

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵלּוּ וָאֵלּוּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה הֵן. נִרְאֶה לִי בס"ד מַפִּיק לָהּ מִדִּכְתִיב יוֹכִיחַ, וְאֵין תּוֹכָחָה אֶלָּא לְמִי שֶׁבְּיָדוֹ עָוֹן, וּלְמַאן דְּאָמַר כֹּל שֶׁיֵּשׁ בִּיטּוּל תּוֹרָה וּתְפִלָּה אֵין אֵלּוּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה, הַייְנוּ טַעְמָא כִּי שֶׁל אַהֲבָה אֵינָן בָּאִין אֶלָּא לְמִי שֶׁאֵין בְּיָדוֹ עָוֹן שֶׁפִּשְׁפֵּשׁ וְלֹא מָצָא וְכָאן אָמַר יוֹכִיחַ מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ עָוֹן.
« Les unes et les autres sont des souffrances d'amour. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le tire de ce qui est écrit yokhiah (Il le reprend), et qu'il n'y a de réprimande que pour celui qui a une faute entre les mains ; et pour celui qui dit que toutes celles qui entraînent un bittoul Torah ou tefila ne sont pas des souffrances d'amour, la raison est que celles d'amour ne viennent que sur celui qui n'a pas de faute entre les mains, ayant examiné sans rien trouver, tandis qu'il est dit ici yokhiah, ce qui laisse entendre qu'il y a une faute.
🖼️ Schéma
Qu'est-ce qui mérite encore le nom de yissourim chel ahava ? Trois positions, et la nafka mina : le sort du verset umi-toratkha telamdenou. Première position (seg. 13) Celles qui n'entraînent pas de bittoul Torah. Appui : Ps. 94, 12 -- et Tu l'instruis de Ta Torah. Si l'homme ne peut plus étudier, Seconde position (seg. 14) Celles qui n'entraînent pas de bittoul tefila. Appui : Ps. 66, 20 -- béni soit D.ieu qui n'a pas écarté ma prière. ce n'est plus une souffrance d'amour. Rabbi Yo'hanan (seg. 15) Les unes et les autres sont des souffrances d'amour. Appui : Pr. 3, 12 -- celui que ה' aime, Il le reprend, sans réserve. Aucune souffrance n'est exclue. Le prix à payer par Rabbi Yo'hanan (seg. 16) S'il n'exclut rien, le verset umi-toratkha telamdenou ne peut plus servir de critère. Il le relit donc autrement : al tikri telamdenou -- lis non pas Tu l'instruis, lui, mais Tu nous l'enseignes, à nous. Le verset ne définit plus les souffrances : il nous apprend seulement d'où nous savons qu'un tel homme est dit heureux.
Les trois positions sur la définition, et le prix que Rabbi Yo'hanan doit payer sur le verset.
17
אֶלָּא מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״וּמִתּוֹרָתְךָ תְּלַמְּדֶנּוּ״ — אַל תִּקְרֵי ״תְּלַמְּדֶנּוּ״, אֶלָּא תְּלַמְּדֶנּוּ. דָּבָר זֶה — מִתּוֹרָתְךָ תְּלַמְּדֶנּוּ.

Alors que vient enseigner « et Tu l'instruis de Ta Torah » ? Ne lis pas telamdenou — Tu l'instruis, lui — mais telamdenou — Tu nous l'enseignes : cette chose-là, c'est de Ta Torah que Tu nous l'enseignes.

📜 Rachi (2)
דָּבָר זֶה שֶׁאַשְׁרֵי אָדָם אֲשֶׁר תְּיַסְּרֶנּוּ יָהּ:
« Cette chose » — qu'heureux est l'homme que Tu châties, ה'.
מִתּוֹרָתֶךָ תְּלַמְּדֶנּוּ כְּלוֹמַר מִתּוֹרָתֶךָ אָנוּ לְמֵדִין אוֹתוֹ:
« De Ta Torah Tu nous l'enseignes » — c'est-à-dire : c'est de Ta Torah que nous l'apprenons.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַל תִּקְרָא: 'תְּלַמְּדֶנּוּ' אֶלָּא 'תְּלַמְּדֶנּוּ'. פֵּירֵשׁ אַל תִּקְרֵי תְּלַמְּדֶנּוּ בשב"א תַּחַת תָּי"ו וּפַתַ"ח תַּחַת לָמֶ"ד ודג"ש בְּמֵ"ם וסגו"ל תַּחַת דָּלֶ"ת דְּמַשְׁמַע דְּקָאֵי עַל אוֹתוֹ הָאִישׁ אֲשֶׁר תְּייַסְּרֶנּוּ אֶלָּא תְּלַמְּדֶנּוּ תָּי"ו בְּפַתַ"ח וּבְמֵ"ם לֹא יֵשׁ דג"ש וְהַדָּלֶ"ת בצר"י שֶׁבָּזֶה תִּהְיֶה הַכַּוָּנָה עָלֵינוּ שֶׁאֲנַחְנוּ הָאוֹמְרִים אַשְׁרֵי עַל אוֹתוֹ גֶּבֶר, מֵהֵיכָא אֲנַחְנוּ לוֹמְדִים לוֹמַר עָלָיו אַשְׁרֵי, דְּמַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ הַצָּלָה גְּמוּרָה בְּיִסּוּרִין אֵלּוּ, לָזֶה אָמַר מִתּוֹרָתֶךָ אַתָּה מְלַמֵּד אוֹתָנוּ דָּבָר זֶה לְאוֹמְרוֹ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י מִתּוֹרָתֶךָ אָנוּ לְמֵידִין אוֹתוֹ.
« Ne lis pas telamdenou mais telamdenou. » L'explication : ne lis pas telamdenou avec un cheva sous le tav, un patah sous le lamed, un daguech dans le mem et un segol sous le dalet, ce qui porterait sur cet homme-là que Tu châties, mais telamdenou, avec un patah sous le tav, sans daguech dans le mem et avec un tsere sous le dalet, ce qui portera sur nous, qui disons « heureux » de cet homme : d'où apprenons-nous à dire de lui « heureux », ce qui laisse entendre qu'il a un sauvetage complet par ces souffrances ? Sur quoi il dit, c'est de Ta Torah que Tu nous enseignes cette chose à dire, comme l'a écrit Rachi, de Ta Torah nous l'apprenons.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan n'exclut aucune souffrance ; le verset de Ps. 94, 12 ne peut donc plus servir de critère de tri. Il le relit en changeant la vocalisation : le suffixe ne renvoie plus au souffrant mais à nous.

Le verset ne définit alors plus les souffrances d'amour, il fournit seulement la source de notre jugement : d'où savons-nous qu'un tel homme est dit heureux ? De Ta Torah, qui nous l'enseigne. Rachi ramène davar ze à la première moitié du verset, achre haguever.

18
קַל וָחֹומֶר מִשֵּׁן וָעַיִן. מַה שֵּׁן וָעַיִן שֶׁהֵן אֶחָד מֵאֲבָרָיו שֶׁל אָדָם — עֶבֶד יוֹצֵא בָּהֶן לְחֵרוּת, יִסּוּרִין שֶׁמְּמָרְקִין כָּל גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Un kal vahomer (raisonnement à fortiori) à partir de la dent et de l'œil : si la dent et l'œil, qui ne sont qu'un des membres de l'homme, font sortir l'esclave en liberté, des souffrances qui décapent le corps entier de l'homme, à plus forte raison.

🪔 Ben Yehoyada (1)
קל־וחמר משן ועין. מקשים האי קל וחומר מיפרך, דעבד עברי יוכיח, דאינו יוצא בשן ועין, וישראל יש להם דין עבד עברי? ונראה לי בס"ד דהאי ילפותא היא למי שחטא ונעשה עבד ליצר הרע, דהשתא ידמה לעבד כנעני, וביסורין יצא לחירות מן שליטת יצר הרע בהאי קל וחומר, ובזה יובן בס"ד רמז הכתוב (משלי כג א) כי תשב ללחום את מושל בין תבין את אשר לפניך, וידוע כי דרשו רבותינו ז"ל האי מושל על יצה"ר שמושל באדם ע"י העונות, והוא יאמר לאדם כבר משלתי בך ונעשית עבד לי, ואיך תצא מתחת ידי על ידי תשובה, הנה אתה בן אדם כי תשב ללחום עמו על טענתו, בין תבין את אשר לפניך, רצונו לומר באיברים שיש בפנים שלך, שהם שן ועין שעבד יוצא בהם לחירות, וזהו בין תבין שתי הבנות, א' מן שן וא' מן עין, ומהם תקח קל וחומר לדין החירות שלך.
« Un kal vahomer à partir de la dent et de l'œil. » On objecte que ce kal vahomer se réfute, car l'esclave hébreu le contredit : il ne sort pas par la dent et l'œil, et les Israélites ont le statut d'esclave hébreu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette déduction vaut pour celui qui a fauté et s'est fait l'esclave du mauvais penchant : il ressemble alors à l'esclave cananéen, et par les souffrances il sortira en liberté de la domination du mauvais penchant, selon ce kal vahomer. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Pr. 23, 1) « lorsque tu t'assieds pour manger avec un dominateur, comprends bien ce qui est devant toi » ; on sait que nos maîtres de mémoire bénie ont interprété ce dominateur comme le mauvais penchant, qui domine l'homme par les fautes. Il dira à l'homme : je t'ai déjà dominé et tu es devenu mon esclave, comment sortirais-tu de ma main par la techouva ? Or toi, fils d'homme, lorsque tu t'assieds pour lutter avec lui sur cet argument, « comprends bien ce qui est devant toi », c'est-à-dire dans les membres qui sont sur ta face, à savoir la dent et l'œil, par lesquels l'esclave sort en liberté ; et c'est le sens de bin tavin, deux compréhensions, l'une à partir de la dent et l'autre à partir de l'œil, dont tu tireras un kal vahomer pour ta propre liberté.
💡 Explication

La Torah libère l'esclave cananéen dont le maître a fait tomber une dent ou crevé un œil (Ex. 21, 26-27). Le raisonnement transpose : un dommage porté à un seul membre suffit à donner la liberté, donc une souffrance qui atteint le corps entier obtient à plus forte raison une libération.

La liberté visée ici est l'affranchissement des fautes. Le verbe memarkin, décaper, sera repris au segment suivant : il donne le mot-clé de toute la sougya.

19
וְהַייְנוּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: נֶאֱמַר ״בְּרִית״ בְּמֶלַח, וְנֶאֱמַר ״בְּרִית״ בְּיִסּוּרִין, נֶאֱמַר ״בְּרִית״ בְּמֶלַח, דִּכְתִיב: ״וְלֹא תַשְׁבִּית מֶלַח בְּרִית״ וְנֶאֱמַר ״בְּרִית״ בְּיִסּוּרִין, דִּכְתִיב: ״אֵלֶּה דִּבְרֵי הַבְּרִית״, מַה ״בְּרִית״ הָאָמוּר בְּמֶלַח — מֶלַח מְמַתֶּקֶת אֶת הַבָּשָׂר, אַף ״בְּרִית״ הָאָמוּר בְּיִסּוּרִין — יִסּוּרִין מְמָרְקִין כָּל עֲוֹנֹותָיו שֶׁל אָדָם.

Et c'est là ce qu'a dit Rabbi Chimon ben Lakich. Car Rabbi Chimon ben Lakich a dit : le mot « alliance » (brit) est employé à propos du sel, et le mot « alliance » est employé à propos des souffrances.

Le mot alliance est employé à propos du sel, car il est écrit : « tu ne feras pas cesser le sel de l'alliance de ton D.ieu » (Lev. 2, 13) ; et le mot alliance est employé à propos des souffrances, car il est écrit : « voici les paroles de l'alliance » (Dt.

28, 69). De même que, dans l'alliance dite à propos du sel, le sel adoucit la viande, ainsi, dans l'alliance dite à propos des souffrances, les souffrances décapent toutes les fautes de l'homme.

📜 Rachi (2)
נֶאֱמַר בְּרִית בְּיִסּוּרִין דִּכְתִיב אֵלֶּה דִבְרֵי הַבְּרִית אַחַר הַקְּלָלוֹת נֶאֱמַר בְּמִשְׁנֵה תוֹרָה:
« Le mot alliance est employé à propos des souffrances, car il est écrit : voici les paroles de l'alliance » — cela est dit après les malédictions, dans le Michne Torah.
אַף יִסּוּרִין מְמָרְקִין כָּל עֲוֹנֹותָיו שֶׁל אָדָם גָּרְסִי':
« De même les souffrances décapent toutes les fautes de l'homme » — telle est la leçon.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַה 'בְּרִית' הָאֲמוּרָה בְּמֶלַח, מֶלַח מְמַתֶּקֶת אֶת הַבָּשָׂר. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁבֵּיאַרְנוּ לְעֵיל, ש יִסּוּרִין [336] הֵן מִסְפַּר של"ו כְּמִנְיַן חִיבּוּר שְׁלֹשָׁה הויו"ת בִּשְׁלֹשָׁה שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים, וְלָזֶה יָלֵיף כָּאן הַיִּסּוּרִין מִן הַמֶּלַח בְּבָשָׂר, כִּי מֶלַח מִסְפַּר שְׁלֹשָׁה הויו"ת, וּבָשָׂר רֶמֶז לְדִין דְּשֵׁם אֱ-לֹהִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר פ' שֵׁמוֹת, בָּשָׂר הוּא דִּין סֻומָּקָא, וּלְכָךְ בֵּין הָעַרְבַּיִם דְּדִין תָּלֵי בְּעָלְמָא תֹּאכְלוּ בָּשָׂר, וּפֵירֵשׁ בקה"י זַ"ל שֵׁם אֱ-לֹהִים בְּמִילּוּי יודי"ן מִסֵּפֶר ש' וְשֵׁם אֱ-לֹהִים בְּרִבּוּעַ מִסְפַּר ר', וְעִם שְׁנֵי כּוֹלְלִים הֲרֵי בָּשָׂר, עַייֵּן שָׁם, וְזֶה שֶׁאָמְרוּ מַה מֶלַח רֶמֶז לִשְׁלֹשָׁה הויו"ת מַמְתֶּקֶת הַבָּשָׂר, שֶׁהוּא סוֹד דִּינִים דְּשֵׁם אֱ-לֹהִים, אַף בְּרִית הָאֲמוּרָה בְּיִסּוּרִין, יִסּוּרִין מְמַתְּקִין עֲוֹנֹתָיו שֶׁל אָדָם, דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא וּבָזֶה יוּבָן דִּבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּמִּדְרָשׁ, צַדִּיקִים תְּחִלָּתָן יִסּוּרִין וְסוֹפָם שֶׁלָּוָה וּרְשָׁעִים תְּחִלָּתָן שֶׁלָּוָה וְסוֹפָם יִסּוּרִין וְהַיְינוּ הַצַּדִּיקִים מְקַבְּלִין יִסּוּרִין מֵאַהֲבָה וְעַל יְדֵי כֵּן יִתְמַתְּקוּ ג' שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים בִּשְׁלֹשָׁה שֵׁמוֹת הוי"ה, וְיִהְיֶה מִזֶּה מִסְפָּר שֶׁלּוֹ, שֶׁהוּא לְשׁוֹן שֶׁלָּוָה אַךְ הָרְשָׁעִים מְהַפְּכִין מִסְפָּר שֶׁלּוֹ הַנִּזְכָּר, שֶׁהוּא לְשׁוֹן שֶׁלָּוָה, לְמִסְפַּר יִסּוּרִין.
« De même que dans l'alliance dite à propos du sel, le sel adoucit la viande. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est d'après ce que nous avons expliqué plus haut, que yissourin (336) a le compte de chalo, comme le nombre de l'union de trois Noms de quatre lettres avec trois Noms Elokim ; c'est pourquoi il tire ici les souffrances du sel dans la viande, car melah a le compte de trois Noms de quatre lettres, et bassar (la viande) fait allusion au din du Nom Elokim, comme il est dit dans le Zohar sur la parachat Chemot, que la viande est un din rouge, et que c'est pourquoi il est dit « entre les deux soirs, lorsque le din est suspendu sur le monde, vous mangerez de la viande » ; le Rav Kehilat Yaakov de mémoire bénie a expliqué que le Nom Elokim dans son remplissage de youd a le compte de trois cents, et le Nom Elokim en son carré le compte de deux cents, et avec deux unités d'ensemble cela fait bassar ; vois-y. C'est le sens de « de même que le sel, allusion aux trois Noms de quatre lettres, adoucit la viande », qui est le sod des dinim du Nom Elokim, « ainsi l'alliance dite à propos des souffrances, les souffrances adoucissent les fautes de l'homme », l'un dépendant de l'autre. Par là se comprennent les paroles de nos maîtres de mémoire bénie dans le midrach : les justes, leur commencement est souffrance et leur fin tranquillité, et les méchants, leur commencement est tranquillité et leur fin souffrance ; c'est-à-dire que les justes reçoivent les souffrances avec amour, et que par là trois Noms Elokim sont adoucis par trois Noms de quatre lettres, d'où vient le compte de chalo, qui est le terme de chalva, tandis que les méchants renversent le compte de chalo mentionné, qui est le terme de tranquillité, en le compte de yissourin.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אִם ת"ח הוּא אֵין צָרִיךְ. אַבַּיֵּי אָמַר אַף ת"ח בָּעֵי לְמֵימַר חַד פְּסוּקָא דְּרַחֲמֵי כְּגוֹן בְּיָדְךָ אַפְקִיד וְגוֹ'. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר כָּל הַקּוֹרֵא שְׁמַע עַל מִטָּתוֹ כְּאִלּוּ אוֹחֵז חֶרֶב שֶׁל שְׁתֵּי פִּיּוֹת בְּיָדוֹ שֶׁנֶּאֱמַר יַעְלְזוּ חֲסִידִים בְּכָבוֹד יְרַנְּנוּ עַל מִשְׁכְּבוֹתָם רוֹמְמוֹת אֵל בִּגְרוֹנָם וְחֶרֶב פִּיפִיּוֹת בְּיָדָם. אָמַר רַבִּי יִצְחָק כָּל הַקּוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע מַזִּיקִין בְּדֵלִין הֵימֶנּוּ שֶׁנֶּאֱמַר וּבְנֵי רֶשֶׁף יַגְבִּיהוּ עוּף וְאֵין עוּף אֶלָּא תּוֹרָה שֶׁנֶּאֱמַר הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ וְאֵינֶנּוּ וְאֵין רֶשֶׁף אֶלָּא מַזִּיקִין שֶׁנֶּאֱמַר מְזֵי רָעָב וּלְחֻומֵי רֶשֶׁף: גָּרְסִי' בְּפֶרֶק יְדִיעוֹת הַטֻּומְאָה (שְׁבוּעוֹת דַּף טו:) שִׁיר שֶׁל פְּגָעִים בְּכִנּוֹרוֹת וּבִנְבָלִים וּבְתֻופִּים וְאוֹמֵר יֹושֵׁב בְּסֵתֶר עֶלְיוֹן בְּצֵל וְגוֹ'. עַד כִּי אַתָּה ה' מַחְסִי. וְאוֹמֵר ה' מָה רַבּוּ צָרָי רַבִּים קָמִים עָלָי עַד לָהּ' הַיְּשׁוּעָה רִיבָּ"ל מְסַדֵּר לְהוּ לְהָנֵי קְרָאֵי וּגְנֵי. הֵיכִי עֲבִיד הָכִי וְהָא אָמַר רִיבָּ"ל אָסוּר לְהִתְרַפְּאוֹת בְּדִבְרֵי תּוֹרָה. לְהָגֵן שָׁאנֵי:
Rav Nahman bar Yits'hak a dit : s'il est un talmid 'hakham, il n'a pas besoin. Abaye a dit : même un talmid 'hakham doit dire un verset de miséricorde, tel que « En Ta main je confie » etc. Rabbi Elazar a dit : quiconque lit le chema sur son lit, c'est comme s'il tenait en main une épée à deux bouches, ainsi qu'il est dit « Que les hassidim exultent dans la gloire, qu'ils chantent sur leurs couches, les louanges de D.ieu dans leur gorge et une épée à deux bouches dans leur main ». Rabbi Yits'hak a dit : quiconque lit le chema, les mazikim s'écartent de lui, ainsi qu'il est dit « et les fils de rechef élèvent le vol » ; or « of » ne désigne que la Torah, ainsi qu'il est dit « poses-tu les yeux sur elle, elle n'est plus », et « rechef » ne désigne que les mazikim, ainsi qu'il est dit « rongés par la faim et dévorés du rechef ». Nous avons appris au chapitre Yediot hatouma (Chevouot 15b) : le chant contre les atteintes se dit avec harpes, luths et tambourins, et l'on récite « Celui qui demeure dans le secret du Très-Haut, à l'ombre... » jusqu'à « car Toi, ה', es mon refuge », et l'on récite « ה', que mes ennemis sont nombreux, nombreux ceux qui se lèvent contre moi » jusqu'à « à ה' appartient le salut ». Rabbi Yehochoua ben Levi disposait ces versets et se couchait. Comment agissait-il ainsi ? N'est-ce pas Rabbi Yehochoua ben Levi lui-même qui a dit qu'il est interdit de se soigner par des paroles de Torah ? Pour se protéger, c'est différent.
💡 Explication

La gezera chava repose sur le mot brit présent dans les deux contextes. Le verset de Devarim 28, 69 vient immédiatement après les malédictions, comme le note Rachi : c'est ce qui autorise à l'appeler l'alliance des souffrances.

Le raisonnement porte sur la fonction : le sel n'abîme pas la viande, il la rend mangeable. Les souffrances ne sont donc pas présentées comme une peine mais comme une mise en état. Le verbe mematket — adoucir — et le verbe memarkin — décaper — décrivent la même opération dans deux registres.

🖼️ Schéma
Deux voies pour établir la même chose : les souffrances décapent Un raisonnement à fortiori, puis une gezera chava. Le mot commun est mirouk, le décapage. Kal vahomer de la dent et de l'œil (seg. 17) Cas léger : le maître fait tomber une dent ou crevé un œil de son esclave. Un seul membre est atteint -- et l'esclave sort libre. Cas lourd : des souffrances qui décapent le corps entier -- à plus forte raison. La liberté visée ici est l'expiation. Gezera chava du mot brit (seg. 18) Brit dans le sel : tu ne feras pas cesser le sel de l'alliance (Lev. 2, 13). Brit dans les souffrances : voici les paroles de l'alliance (Dt. 28, 69). Le sel adoucit la viande et la rend mangeable ; les souffrances décapent les fautes. L'effet n'est pas la peine, mais la mise en état. Pourquoi deux démonstrations Le kal vahomer établit l'ampleur de l'effet -- le corps entier. La gezera chava en donne la nature -- une alliance, non une sanction.
Les deux démonstrations du mirouk : l'ampleur par le kal vahomer, la nature par la gezera chava.
20
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת טוֹבוֹת נָתַן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל, וְכֻולָּן לֹא נְתָנָן אֶלָּא עַל יְדֵי יִסּוּרִין, אֵלּוּ הֵן: תּוֹרָה וְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהָעוֹלָם הַבָּא.

Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Chimon ben Yohai dit : trois bons dons le Saint béni soit-Il a donnés à Israël, et tous ne furent donnés que par le moyen des souffrances. Les voici : la Torah, la terre d'Israël et le monde à venir.

💡 Explication

La baraita conclut le traité des souffrances en leur donnant un rôle positif général : elles ne sont pas seulement expiation, elles sont la condition d'acquisition de ce qui a le plus de prix.

Le mot décisif est vekhoulan, et tous : aucune exception. Le Ben Yehoyada note que l'on peut recevoir l'un de ces dons sans souffrance, et lit la baraita comme portant sur leur réunion chez un même homme.

🖼️ Schéma
Les trois dons acquis par la souffrance (seg. 19-22) Baraita de Rabbi Chimon bar Yohai. Chaque don a son verset, et le verset lie le don à la réprimande. La Torah Ps. 94, 12 : Heureux l'homme que Tu châties, ה', et que Tu instruis de Ta Torah. Le châtiment et l'étude sont dans le même verset. Déjà cité en seg. 8 et 13. La terre d'Israël Dt. 8, 5 : comme un homme châtie son fils, ainsi ה' te châtie. Puis Dt. 8, 7 : car ה' te fait entrer dans un bon pays. Ici, la preuve tient à l'ordre des versets : oukhtiv batreh. Le monde à venir Pr. 6, 23 : car le commandement est une lampe et la Torah une lumière, et les réprimandes de la morale sont un chemin de vie. Rachi : derekh 'hayim désigne la vie du monde à venir. Le mot vekhoulan (et tous) porte le poids de la baraita : aucun des trois n'est donné autrement. Le Ben Yehoyada précise que l'on peut recevoir l'un d'eux sans souffrance, mais les trois ensemble chez un même homme, seulement par la souffrance.
Les trois dons et leurs versets ; chaque preuve lie le don à la réprimande.
21
תּוֹרָה מִנַּיִן — שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַשְׁרֵי הַגֶּבֶר אֲשֶׁר תְּיַסְּרֶנּוּ יָּהּ וּמִתּוֹרָתְךָ תְלַמְּדֶנּוּ״.

La Torah, d'où le sait-on ? De ce qu'il est dit : « Heureux l'homme que Tu châties, ה', et que Tu instruis de Ta Torah » (Ps.

94, 12).

22
אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, דִּכְתִיב: ״כִּי כַּאֲשֶׁר יְיַסֵּר אִישׁ אֶת בְּנוֹ ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ מְיַסְּרֶךָּ״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״כִּי ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ מְבִיאֲךָ אֶל אֶרֶץ טוֹבָה״.

La terre d'Israël, car il est écrit : « comme un homme châtie son fils, ה' ton D.ieu te châtie » (Dt. 8, 5), et il est écrit après cela : « car ה' ton D.ieu te fait entrer dans un bon pays » (Dt.

8, 7).

💡 Explication

Ici la preuve ne vient pas d'un seul verset mais de l'enchaînement de deux : oukhtiv batreh, et il est écrit après cela. La proximité des versets vaut argument, le châtiment précédant l'entrée dans le pays.

23
הָעוֹלָם הַבָּא, דִּכְתִיב: ״כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר וְדֶרֶךְ חַיִּים תּוֹכְחוֹת מוּסָר״.

Le monde à venir, car il est écrit : « car le commandement est une lampe et la Torah une lumière, et les réprimandes de la morale sont un chemin de vie » (Pr. 6, 23).

📜 Rachi (1)
וְדֶרֶךְ חַיִּים חַיֵּי העוה"ב הָוְייָן לוֹ תּוֹכָחוֹת מוּסָר לָאָדָם:
« Et un chemin de vie » — la vie du monde à venir lui advient par les réprimandes de la morale.
24
תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הָעוֹסֵק בְּתוֹרָה וּבִגְמִילוּת חֲסָדִים

Un tana enseigna devant Rabbi Yo'hanan : quiconque s'occupe de Torah et d'actes de bonté (guemilout hassadim)

💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la phrase ; la suite est au folio 5b. La baraita enchaîne naturellement sur ce qui précède : après les trois dons acquis par la souffrance, on va parler de celui que la souffrance épargne.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).